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Philosophie 7 : Gnomique
La Volonté de puissance
Dans La volonté de puissance, Nietzsche pronostique l’avènement et le triomphe en Europe du bouddhisme, une forme de parachèvement du nihilisme : « la ‘religion de la pitié’, préparation au bouddhisme ». Nietzsche réagissait à Schopenhauer. Telle est la racine du courant de pensée völkisch spécifiquement anti-bouddhiste : « La croisade des moines mendiants », etc., qui se comprend difficilement hors de ce contexte, vu la quasi-inexistence d’un mouvement bouddhiste en Allemagne et en Europe à l’époque.
ii
Nietzsche est convaincu que le darwinisme pose le progrès des espèces.
iii
« Ce qui veut se maintenir dans la puissance flatte la populace », donc la volonté de puissance implique de flatter la populace ? Nietzsche a-t-il adopté la conduite qu’il préconise ?
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Quand on ne pense pas, on parle ; autrement on écrit.
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L’expérience possible est entièrement déterminée (nature), c’est-à-dire qu’il n’y a de possible dans l’expérience que ce qui est déterminé (selon une causalité naturelle). La liberté de l’homme ne fait donc pas partie de l’expérience possible. Mais l’expérience possible n’a elle-même de réalité que pour la raison théorique. L’expérience subjective transcendantale, en tant qu’esprit libre, se vit comme entièrement séparée de la nature.
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L’insociable sociabilité : pensée Tetris ? Nous vivons de toute évidence en société, mais il nous en coûte beaucoup.
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Chez Schopenhauer, la frontière entre le génie et le saint n’est pas des plus claires, ni celle entre le philosophe et le génie. Une piste peut-être : Platon est un génie, Aristote un philosophe.
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La formule de Schopenhauer selon laquelle le monde matériel est conditionné par « les fonctions de notre cerveau » (Le Monde comme volonté et comme représentation : Suppléments au Livre I) se heurte à l’objection de Lénine : le cerveau est matériel (Voyez Le kantisme devant le matérialisme dialectique de Lénine x). La réponse à l’objection doit éviter de supposer le monde matériel. La volonté, donc, se matérialise, se donne un support matériel. Le support matériel de la connaissance est le cerveau : c’est le support matériel d’un sujet connaissant non objectal. Le sujet n’est pas matériel. Si le support du sujet connaissant est matériel, c’est que la volonté s’est matérialisée, s’est objectivée. La chronologie empirique des phénomènes est à la fois fictive et universelle, elle n’existe que pour une subjectivité formelle.
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Ce n’est pas moi qui ai fait la loi et ce n’est même personne car tout le monde est pour la liberté, la main sur le cœur. Un gros joufflu arrive et me dit : « La loi protège la liberté. » Il croit que, parce qu’il ne parle pas anglais, personne ne le parle, mais les États-Unis sont un pays libre, la France un pays de gros joufflus.
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Le bruit est en train de détruire l’intelligence.
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La technique est utile au niveau des sous-espèces antagonistes mais la notion d’utilité ne prévaut plus au niveau de l’espèce entière. La technique est inutile pour l’espèce dans la mesure où il est complètement indifférent à celle-ci que telle ou telle de ses sous-espèces extermine toutes les autres (ce qui est le seul but de la technique : la guerre). En d’autres termes, il m’est utile de l’emporter sur mon ennemi (de même espèce mais d’une sous-espèce différente) grâce à la technique mais le résultat est indifférent à l’espèce elle-même, la technique est donc inutile à celle-ci. Il n’y a pas lieu de croire que l’espèce requiert la supériorité des plus intelligents (la sous-espèce la plus intelligente) définis comme les plus avancés dans la technique, car tous les moyens de supériorité possibles se valent pour l’espèce et sont validés par elle. Que la technique devienne le seul critère de hiérarchisation entre les sous-espèces humaines (de quelque manière qu’on cherche à distinguer ces dernières, nations, civilisations – le « choc des civilisations » –, races…) ne rend pas la technique utile à l’espèce.
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Le « premier nombre transfini » (Cantor) apportant un soulagement à notre esprit (Delachet, L’analyse mathématique), je propose de l’appeler Dieu, car il remplit la même fonction, tout aussi arbitrairement, comme la tortue portant le monde dont riait déjà Voltaire (car elle n’était, elle, portée par rien).
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La réponse de Socrate à Ménon est la métempsycose parce que Socrate voulait imposer la notion d’âme.
(Voyez Cours de philo 4 : Que la connaissance soit un ressouvenir… ici)
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Le boulevard Saint-Michel donne sur le quai des Orfèvres et sur le boulevard du Palais. Les cafés autour de la fontaine Saint-Michel ne sont pas le monde de la culture mais le monde qui l’étouffe.
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Spectacle de Variétés : Paul Valéry
Valéry manque de culture philosophique, c’est-à-dire de véritable culture. Le finalisme, qu’il veut « licencier » faute de penser que l’on puisse y appliquer autre chose que « l’imagination pure » (Variété I), est amplement analysé dans la Critique de la faculté de juger de Kant et autrement plus en profondeur que par Poe qui est la source des quelques réflexions de Valéry. La Critique de la faculté de juger est la première œuvre de philosophie des sciences naturelles (non théologique) d’orientation holiste, systémique, organiciste (insuffisance du principe d’explication mécaniste).
ii
Dans Variété I, Valéry se livre à une puérile discussion de philosophie des sciences d’où sont absents ceux qui ont pensé sur ces questions. Or « on » ne pense rien de l’univers, contrairement à ce qu’affirme Valéry ; ce sont des penseurs qui ont pensé ces choses, et c’est donc leur pensée qui doit être discutée, non celle d’un « on » inexistant. La pensée de cet « on » ici décrite peut en réalité se rattacher à la philosophie de tel penseur ou de tel autre, qui lui a proprement donné forme, et faire passer ce philosophe pour un « on » est pure et simple balourdise.
iii
Dans un hommage funèbre à Proust (V. I) se trouve l’aveu que Valéry n’a presque rien lu de cet écrivain si « grand » dont il écrit l’hommage inspiré…
iv
Mallarmé se mit un jour à divaticiner, à vaticiner et divaguer tout en se prenant pour une diva. Et ça marche ! Le Hegel de la poésie.
Valéry vénère ce qu’il ne comprend pas : la science, faute de l’avoir étudiée, et Mallarmé, qui dans sa seconde période ne sera jamais lisible.
Moins un auteur est lisible, plus il est « conférençable » : « qui proclame un Dieu aussi puissamment qu’il le nie » (Variété II).
v
L’« auteur difficile » se heurte au ressentiment de ceux qui ne peuvent le comprendre, nous explique Valéry, en défense de son ami Mallarmé. Soit. Mais Valéry condamne aussi l’obscurité dans une œuvre littéraire : « L’obscurité, d’une part ; l’inanité, de l’autre ; le vague excessif, l’absurde, la singularité personnelle exagérée, tous ces dangers qui ne cessent de veiller étroitement autour des ouvrages de l’esprit menacent spécialement les poèmes et les sollicitent vers les abîmes de l’oubli. » (V. II : Passage de Verlaine) Or qu’est-ce qui rend Mallarmé difficile, sinon son obscurité ?
vi
L’emphase sur « l’univers des mots » (V. II, folio essais p. 289) et tutti quanti, mais même celle sur « l’univers des idées » au sens où Valéry l’entend (même page), à savoir l’univers des concepts abstraits plutôt que des Idées platoniciennes, intuitionnables, est au point de vue schopenhauerien où je me place, pathétique. C’est l’intuition des Idées qui fait la poésie, et non les mots, la langue, la parole, cette petite excroissance à la surface du monde.
vii
Les philosophèmes tirés de la pensée scientifique n’en imposent qu’à ceux qui ne connaissent ni la philosophie ni les sciences. Valéry en fait volontiers usage.
viii
Lire Valéry est de la paresse.
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Le muet du sérail comme intellectuel.
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Les variétés d’atomes se distinguent les unes des autres par la masse du noyau (et la charge). La masse étant exprimée par une valeur numérique, l’atomisme revient à dire qu’une masse ne peut prendre que des valeurs discrètes, alors qu’une masse peut prendre a priori une valeur aussi proche de zéro que l’on veut. Dans un atome le nombre d’électrons est égal au nombre de protons du noyau, pour l’hydrogène 1, etc. Donc, l’atome d’hydrogène est d’hydrogène parce que sa masse = (correspond à) e (1 électron) + 1 proton. L’atome de 2 électrons/protons (hélium) est ce qu’il est parce que sa masse est double. Les molécules sont des combinaisons d’atomes distinguées par leurs masses. La molécule d’eau H2O a deux atomes de masse x et un atome de masse y qui se combinent (sans se fondre l’un dans l’autre). Les atomes sont rangés sur une échelle de masse, de 1 (hydrogène) à 92 (uranium). Ce qui distingue l’uranium de l’hydrogène, c’est qu’il a une masse 92 fois plus élevée – en réalité deux critères : le numéro atomique Z (lié à la charge) et le numéro de masse A. Si Z et A sont dans un rapport constant, on peut ramener la différence entre atomes à une seule valeur. C’est de cette différence (disons) de masse qu’on déduit des éléments chimiques, qui ne sont ainsi irréductibles l’un à l’autre que par une différence qui ailleurs n’a aucune pouvoir de discrimination fondamentale, une différence de masse ; c’est-à-dire que si l’on appliquait à la masse dans le tableau de Mendeleïev le traitement qu’on lui réserve ailleurs, on ne pourrait point parler d’éléments, tandis que là qui dit masse différente dit nature différente (deux éléments distincts).
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Philosophie politique
En Thaïlande, la participation électorale est moins élevée à Bangkok, la capitale, que dans le reste du pays (Pierre Fistié, La Thaïlande). À méditer. Ce sont les populations les moins éduquées qui votent le plus : les plus éduqués rejettent le patronage et le clientélisme électoraux.
ii
Le sujet n’est pas de prévenir les « étroites considérations partisanes » dans un comité parlementaire mais d’empêcher que la classe politique agisse comme un groupe d’intérêts communs contre les libertés publiques et individuelles, et la considération de ce problème conduit à écarter le recours à un comité parlementaire, fût-il équitablement transpartisan, et requiert le juge indépendant.
iii
L’independant counsel est aux États-Unis un procureur privé hors du « parquet » fédéral. Même en admettant que l’attorney general américain soit purement et simplement l’équivalent d’un procureur général français, où est l’independant counsel français qui réponde à la même problématique (affaires « politiques » sensibles) que cette institution en Amérique ?
iv
Les juges des États, élus (sauf dans dix États), sont « souvent assez médiocres » selon André Tunc (Le droit des États-Unis, 1974), et moi je dis que ce sont les juges français qui sont médiocres, comme tout ce qui sort formaté d’une école : juges scolastiques.
Ce point de vue laissant entendre que les juges sont médiocres parce qu’élus, que le vice est dans l’élection, il faut étendre la conclusion à toute la classe politique. Ce devant quoi, du reste, Tunc ne recule pas s’agissant des représentants du Congrès, parlant sans ambages de leur « médiocrité » (p. 44).
Par ailleurs, quand on lit que le droit anglais est « un droit très technique », on veut rire. Le droit français ne l’est pas moins. Les chinoiseries sont belles et bonnes chez nous mais elles disqualifient le droit des autres ?
v
La souplesse du « gouvernement de cabinet » (du régime parlementaire, opposé au régime présidentiel) est annulée en France par l’institution du Président de la République : le gouvernement peut changer mais au fond par là rien ne change, puisque le principal titulaire du pouvoir exécutif reste le même jusqu’au terme prescrit. Nous n’avons que l’apparence de cet avantage (c’est seulement en cas de cohabitation que le pouvoir exécutif principal passe au Premier ministre).
En régime parlementaire, le Premier ministre peut être démis par la majorité sans motif. Un Édouard P. n’a pas été remplacé par un Jean C. en raison de manquements, la majorité (dans les faits, le Président) l’a remplacé sans motif parce qu’elle a considéré que C. était davantage l’homme de la situation que P. dans la situation présente et/ou à venir. A contrario, dans un régime présidentiel, comme aux États-Unis, le Président est nommé pour une durée déterminée et la majorité ne peut le remplacer sans motif (les motifs sont constitutionnellement énumérés et tiennent à des manquements ou impossibilités d’exercer). Les Britanniques insistent sur cet avantage du système parlementaire, avec des exemples tirés de l’histoire, notamment quand le Parlement britannique a remplacé un Premier ministre par un autre au moment de la guerre de Crimée, parce que Hamilton-Gordon n’avait supposément pas la même étoffe que Palmerston pour conduire une guerre : remplacer un « Quaker » par un « pugiliste », selon les mots de Bagehot.
Pour Bagehot (The English Constitution), il s’agit de pouvoir changer les hommes, les capacités, en dehors du scrutin établi à intervalles fixes. En France, un tel changement n’est guère possible : ou bien le gouvernement change de camp ou bien le Président reste l’exécutif principal, et même s’il peut entendre la nécessité de changer de politique les nécessités du moment pourraient impliquer en l’occurrence que ce soit lui qui soit changé. Autrement dit, notre système est faussement mixte.
vi
« They [German functionaries] are under a semi-military discipline. In Bavaria, for instance, the superior civil functionary can place his inferior functionary under house-arrest, for neglect of duty, or other offence against civil functionary discipline. In Wurtemberg, the functionary cannot marry without leave from his superior. Voltaire says somewhere, that, ‘‘the art of government is to make two-thirds of a nation pay all it possibly can pay for the benefit of the other third.’’ This is realised in Germany by the functionary system. The functionaries are not there for the benefit of the people, but the people for the benefit of the functionaries. (…) In France, at the expulsion of Louis Philippe, the civil functionaries were stated to amount to 807,030 individuals. This civil army was more than double that of the military. In Germany, this class is necessarily more numerous in proportion to the population, the landwehr system imposing many more restrictions than the conscription on the free action of the people, and requiring more officials to manage it, and the semi-feudal jurisdictions and forms of law requiring much more writing and intricate forms of procedure before the courts than the Code Napoleon. » (Walter Bagehot, The English Constitution, 1867)
La bureaucratie allemande pire que la bureaucratie française ! Ainsi, quand Max Weber critique le spoils system américain comme contraire à l’État moderne, et quand avant lui Hegel fait de l’État bureaucratique un monument de rationalité, « le rationnel en soi et pour soi », ils le font en tant que porte-parole de la hideuse bureaucratie allemande.
A contrario, les Anglais n’ont pas, selon Bagehot, le préjugé bureaucratique, le culte de l’employé, du Beamstenstaat, tandis le culte de l’argent, potentiellement nuisible à la culture des plus hautes facultés de l’esprit et qui découle de leur absence de préjugés envers les affaires, est tenu néanmoins en respect par une aristocratie héréditaire maintenue en tant que force sociale. (Du moins à l’époque où Bagehot écrivait.)
vii
L’idée de F. D. Roosevelt était que l’État doit contrecarrer l’injustice sociale engendrée par les intérêts privés égoïstes. Pour un socialiste, cette position n’a aucun sens car l’État capitaliste est au service des intérêts privés, du capital. Du point de vue socialiste, l’idée de Roosevelt consistait donc à créer un État capitaliste en Amérique, où il existait bien une société capitaliste mais pas encore d’État bureaucratique, structure indispensable au capitalisme avancé.
viii
Il y a deux façons pour l’esclavage d’être dans un texte constitutionnel : il peut y être toléré (et alors on peut l’abolir sans que ce soit inconstitutionnel) ou il peut y être garanti (et alors son abolition est inconstitutionnelle). La discussion concernant le fameux arrêt Scott v. Sandford est donc, non pas que le juge Taney de la Cour suprême ait, comme on le dit, vu l’esclavage dans la Constitution, car l’esclavage y était, mais qu’il l’y ait vu comme garanti plutôt que toléré.
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Il n’est sans doute pas exagéré de dire qu’un Français moyen connaît mieux le droit américain que le droit français, en raison du cinéma, et qu’en conséquence il se pense plus libre qu’il n’est.
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De la démocratie en Amérique
Le fonctionnaire élu ne peut être soumis à une hiérarchie administrative. Pour les crimes, il est jugé par les tribunaux ordinaires, pour les fautes administratives par un tribunal « administratif » (la cour des sessions : voyez le paragraphe suivant), pour son zèle il est soumis à l’élection.
Il n’existe pas de ministère public près la cour des sessions. 1/ La tâche est confiée au grand jury du comté. 2/ Certains délits doivent être poursuivis d’office. 3/ Un particulier peut être accusateur et, à ce moment-là, il touche une partie de l’amende si une amende est prononcée.
ii
Ce qu’écrit Tocqueville de l’administration du Québec par la France est trop humiliant pour être rapporté sur un blog en français.
iii
Au moment où Tocqueville écrit, le prix de la main-d’œuvre en Amérique est plus élevé qu’en Europe. Ce fait étayerait l’idée de sélection favorable à l’Amérique (Jack London) : les meilleurs ouvriers européens auraient quitté le vieux continent pour un meilleur salaire et n’auraient donc pas été, comme dans ma contre-hypothèse provisoire, évincés du marché européen, les moins bons prenant au contraire les places laissées vacantes en Europe.
iv
Les faits semblent indiquer que les États abolitionnistes craignaient l’esclavage comme une pépinière de noirs sur le continent américain, qu’ils s’opposaient à l’esclavage par racisme.
« Non seulement l’Ohio n’admet pas l’esclavage, mais il prohibe l’entrée de son territoire aux Nègres libres, et leur défend d’y rien acquérir. »
« Les États où l’esclavage est aboli s’appliquent ordinairement à rendre fâcheux aux Nègres libres le séjour de leur territoire ; et comme il s’établit sur ce point une sorte d’émulation entre les différents États, les malheureux Nègres ne peuvent que choisir entre des maux. »
« Il existe une grande différence entre la mortalité des Blancs et celle des Noirs dans les États où l’esclavage est aboli : de 1820 à 1831, il n’est mort à Philadelphie qu’un Blanc sur quarante-deux individus appartenant à la race blanche, tandis qu’il y est mort un Nègre sur vingt et un individus appartenant à la race noire. La mortalité n’est pas si grande à beaucoup près parmi les Nègres esclaves. »
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Le Test de Descartes
Le fameux test de Turing est en fait le test de Descartes, la refonte d’un critérium imaginé par ce dernier, qui décrit dans le Discours de la méthode un test permettant de distinguer d’un homme une machine à forme humaine, par deux moyens : 1/ la machine ne peut répondre par la parole « au sens de tout ce qui se dira en sa présence » (seulement à quelques-unes des paroles dites), et 2/ son action manquant de la raison, « instrument universel, qui peut servir en toutes sortes de rencontres », elle montrerait par certaines de ses actions qu’elle n’agit point par connaissance mais « seulement par la disposition de [ses] organes ».
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Le Discours de la méthode est écrit contre « l’école ».
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Kierkegaard : l’adhésion va au nombre – au nombre seulement.
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Le concept de l’angoisse† : chaque individu recommence da capo (éd. Tel : pp. 187, 192n, 194 [+ 237 pas complètement da capo]). C’est pourquoi : Der Geist.
(Il faut suivre : cherchez Der Geist dans Les Pensées d’un homme-bureau, PDF disponible en Table des matières.)
† Dans ce livre, les intuitions géniales de Kierkegaard sont encore enserrées dans la forme hégélienne, dans la philosophie d’université.
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Les films à petit budget ont peu de dialogues (même s’ils ont peu d’action car l’action coûte cher), alors que les dialogues ne coûtent rien. Les producteurs visent un public international de salles d’art et d’essai, et comme il n’y a pas de budget pour doubler ces films ils sont forcément sous-titrés ; or personne ne peut entendre de longs dialogues dans une langue qui n’est pas comprise à l’oreille sans s’impatienter, parfois jusqu’au malaise. C’est la raison, je crois, du paradoxe de tant de films muets à l’ère du cinéma parlant. Et c’est pourquoi ces films sont en général sans intérêt, car les idées qui pourraient les rendre intéressants se transmettent par des dialogues, comme dans les pièces de théâtre, qui ne sont faites que de dialogues. C’est pourquoi aussi, alors qu’une pièce de théâtre est de la littérature, on ne parle pas de « cinéma littéraire » mais d’« art et essai ».
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Cédar et Dhaïda, les personnages de La chute d’un ange de Lamartine, sont le prototype de Tarzan et Jane. Elle lui apprend à parler : « leurs lèvres mille fois les redirent [leurs noms] ensemble » Ils trouvent refuge dans les branches des arbres, leur nid d’amour : « Il craignait que le sol ne lui fût une insulte… verte soupente ».
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Ils appellent Iron Man pour les sauver d’Irony Man.
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Tout ce que vous direz d’intelligent pourra être retenu contre vous.
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Baudelaire
L’« horreur de l’ennui », un leitmotiv de Baudelaire, est incompréhensible chez un homme d’esprit.
ii
Any Where Out of the World : Baudelaire est un précurseur du titre anglais. Et le recueil lui-même, Le Spleen de Paris : un sentiment typiquement anglais, dans la capitale française.
iii
Dans Les Maîtresses, Baudelaire appelle la parlerie des viveurs sur les femmes une banalité : il a lui-même contribué à introduire la banalité dans la poésie… C’est la meilleure définition de sa modernité dans ce qu’elle a d’« osé ». (La vraie modernité, c’est Rimbaud, nietzschéen.) De même, il a sacrifié à la « scatologie » du goût français† : c’est là sa principale innovation peut-être. Il faut s’en tenir à Schopenhauer : tout cela n’avait pas à entrer dans l’art et où cela s’introduit ce n’est plus de l’art mais la banalité. Autrement dit, le vrai juge de Baudelaire, ce n’est pas le magistrat Pinard mais le serviteur de l’art, qui n’a même pas le droit de compatir.
La modernité littéraire de Baudelaire n’est pas littéraire : c’est la banalité du non-art entrée dans l’art. Ce n’est pas là que Baudelaire est artiste. Rimbaud, qui n’a pas fait carrière dans les lettres, est plus conforme à l’éternelle réalité de l’art dévoilée par Schopenhauer.
† « Le Français est un animal de race latine ; l’ordure ne lui déplaît pas dans son domicile, et en littérature il est scatophage. Il raffole des excréments. Les littérateurs d’estaminet appellent cela le sel gaulois. » (Mon cœur mis à nu)
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Les gens de lettres n’ignorent rien de ce qu’il est absolument oiseux de savoir.
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Les mauvais poètes sont l’alibi du bourgeois pour étouffer les bons poètes dans ses fils et son entourage. C’est pourquoi il publie et subventionne les mauvais poètes.
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Hugo, le chantre de la masculinité toxique, est sauvé du cynisme par sa bêtise.
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Beaucoup d’amis : ça se sent.
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Influence subliminale. Il me semble rétrospectivement que l’impact de lectures anciennes (le Traité du désespoir, Alain…) fut plus important de beaucoup que ce que l’effet immédiat pouvait laisser attendre ; pour le Traité, pas mal d’ennui, le survol d’une bonne partie du livre en pensant à autre chose, comme si cette lecture inattentive devait, ainsi que le prédit la théorie subliminale, avoir plus d’effet qu’une lecture serrée. Il existerait donc quelque chose comme comprendre subliminalement.
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Le talisman contre le despotisme asiatique, qui est un despotisme des États établis sur de vastes territoires, est la structure fédérale. Or c’est cette structure qui force à déroger au principe « un homme une voix ».
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The Human Tamagotchi.
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Les langues qui modifient, parfois sensiblement, la racine des mots selon le genre, le cas, etc. (suédois, islandais…) sont-elles désavantagées dans les moteurs de recherche sur internet (on ne trouvera pas des pages pertinentes en cherchant une forme du mot plutôt qu’une autre, par exemple) ?
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Les micro-économistes américains manquent de déontologie en refusant de rendre à Vilfredo Pareto – en raison, je suppose, de ses liens avec le fascisme italien – l’hommage qui lui est dû.
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Il y a un usage animal et un usage humain de l’intelligence. L’usage animal est pratique, l’usage humain théorique (esthético-théorique).
Law 16: Where knowing the law is of no use
English (I) and French (II).
I
Critical race theory is correct: civil rights legislation is rubbish and the liberals’ record a piece of trash.
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Where knowing the law is of no use
British man cleared after being arrested for “offensive” online video. A win for free expression.
A win for free expression? “The court cleared L. after learning he did not make the video, shared it as a joke, and the clip had been quote-tweeted 369 times, and retweeted 47 times, and had 107 likes.” The police picked up the man randomly among 400 “criminals” and there was a trial and that wasn’t the trial of the police but of the man and you call that a win for free expression? No, it would have been a win if the police had been tried and convicted for harassing a law-abiding citizen.
Why do I say the man was subjected to police harassment? Normally, when police bring a man before a criminal court for trial, if the court, differing from the police, pronounces acquittal, it is based on a difference as to facts. The police thought, according to the evidence at their disposal, that the man was guilty, but the court found out the story was another one. They differ on the facts of the case. But when the court acquits the accused based on the same facts upon which the police and the prosecutor acted to prosecute the accused, how do you call this?
Here the court learnt that L. “did not make the video, shared it as a joke, and the clip had been quote-tweeted 369 times, and retweeted 47 times, and had 107 likes,” but the police investigation, which obviously had reached the selfsame conclusion that L. “did not make the video, shared it as a joke, and the clip had been quote-tweeted 369 times, and retweeted 47 times, and had 107 likes” had sent L. before a court for these –and no other– facts! Clearly L. had NOT told the police he had made the video himself, in dead earnest, and was the only person to share it, because we will assume he is not suicidal–if he were he would have told the court the same story. Therefore, the police, having all the facts it needed to leave L. alone, ignored the law and subjected L. to a dire ordeal–out of sadism? one might ask.
With these perverted laws repressing speech, it is always the same and everybody knows it and no one dares speak their mind because a trial’s always possible, it all depends on the subjective appreciation –or even whims– of this or that officer or magistrate. This, I believe, is a strong motive why the U.S. Supreme Court wants none of such insanities, whereas in Britain they are still children living in the days of Blackstone who thought free speech is protected when there is no prior restraint.
In other words, they all agree on the facts of the case; yet, based on facts on which they all agree, one demands a conviction and the other acquits. This means no one can know what is permissible and what is not, as knowing the law is of no use. What is required of citizens is not so much knowing the law as being able to read people’s minds.
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Feudalism and Liberty
Since when can anyone not to mention employers, punish anyone for stating their thoughts and opinions? My employer is not my “daddy” and I am not their property so whatever I say or do as long as it is not at work is none of their concern, ever. (Dr Z.)
The situation Dr Z. describes resembles feudalism. However, if we take the problem as one of freedom maximizing, we probably should leave employers some room to dismiss at will, which remains the default rule in most of the United States (De Geest, American Law: A Comparative Primer, 2020).
To begin with, the U.K. Equality Act, which excludes opinion as a just cause for dismissal (except “discrimination” –read: content that is not politically correct, and you can count on British courts to make the exception as broad –or rather as discriminatory– as they can, and “harassment”), is of 2010, that is, it is a recent creation. Before that, British employers could fire workers based on their opinions and that would be construed most of the time as fitting the employer’s discretion.
In the U.S. there is no federal Equality Act statute and, as I said, the at-will doctrine remains the default rule. How they blend this with fair employment clauses of the civil rights statutes is beyond my knowledge. Be that as it may, one’s opinion is not one of the protected classes covered by the civil rights acts, so if an employee displeases his boss because of his opinions and the boss fires him, probably there is not much the employee can do about it. An employer might argue his collaborator is undermining his business (which has a public relations dimension) by making his opinions known, and sometimes that could well be the case, so I cannot agree 100% with Dr Z. because it is a business owner’s freedom against that of his employee, and both must retain some degree of freedom. Yet we all perceive that employers will bend to outside pressures to dismiss any employee who expresses views unpleasant to this or that community or lobby so long as they cannot reply to such cancel mobs (heckler’s veto) that the law bars them from dismissing the employee based on his or her opinions. So, yes, probably some statute is needed to shield employees, because that would even shield the employer. The latter would then face boycott campaigns (boycott is protected speech) but –who knows?– he might survive it. However, I don’t expect business organizations to support such a policy.
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Claim Settlement, or The New Aristocracy
How can you settle claims as prosecution for a crime does not depend on actual claims at all? Even though nobody would file a claim when there is a dead man, prosecuting authorities, if they’ve got a suspect, will send him or her before a court of law. So what does it mean that claims are settled? In theory an injured party has no power to prevent criminal prosecution. Is it settled with the prosecutor then? On what grounds?
Another example: the OJ Simpson trials. There were two trials: criminal and civil (tort suit). As you remember OJ was aquitted by the criminal court and found guilty in the tort trial (due to different evidence rules) but that’s not what interests me now. What interests me is how parties can settle a claim in a criminal trial when they’re not even supposed to be there and it takes a civil trial for them to be represented (in some countries the criminal and tort aspects would have been judged in one single trial)?
ii
My conjecture is that claims are settled when the prosecutor doubts that the evidence is beyond a reasonable doubt (the legal standard of proof in criminal trials) and therefore doubts that a criminal trial can thrive against the suspect, so the prosecutor treats the whole matter as a tort case that can be settled between parties. However, on what principle can the pondering of evidence value at the disposal of the prosecution allow the prosecution to make a tort of a crime (or to erase, so to speak, the criminal dimension of an offense that is both a tort and a crime)–while evidence value is the fortuitous result of police work?
The consequence is that rich people, no matter how criminally they behave, will hardly ever have criminal records–rules of subsequent offenses, among other things, will not apply to them. What a privilege.
Tocqueville, a keen observer of the United States, warned about two dangers: tyranny of the masses, which libertarians are fond to recall, but also the tyranny of a money aristocracy.
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State Action of Private Platforms
Lawsuit against Twitter reveals how it works with Democrats to censor. (Reclaim the Net, June 18, 2021)
Evidence of state action: “One of these documents is an email from M., Press Secretary for then-California Secretary of State P., to Twitter employee K. that appears to refer to this dedicated channel as ‘the partner portal.’ In the email, M. flagged a tweet from another Twitter user that was previously reported through this partner portal and stated: ‘We would like this tweet taken down ASAP to avoid the spread of election misinformation.’”
1/ Not only did the state refer the tweets through the “dedicated channel,” which would be the usual procedure, but also and in any case the state, via a public officer, made the alleged usual procedure an unusual one by sending an unsolicited email (“Flagging the following tweet that I reported…”), which can be construed as a threat and command to process the report according to the state’s wish.
2/ If the appellation “partner portal” is a true description, then obviously the nexus is established between the private party and the state and therefore the private party’s action is state action.
Given state action, censorship by the private party is a civil liberties First Amendment case.
II
À l’occasion de l’enfarinage de J.-L. Mélenchon le 12 juin, j’apprends, dans le journal, qu’un homme a été interpellé pour « violence sur personne chargée d’une mission de service public ». Je suppose que ce sont les députés et autres élus que notre code pénal décrit comme des personnes chargées d’une mission de service public.
La situation est donc la suivante aux élections : un candidat déjà élu est une personne chargée d’une mission de service public, ce qui lui vaut une protection judiciaire spéciale, tandis que ses concurrents qui ne sont pas déjà élus ne sont rien. C’est octroyer à certains candidats un avantage contraire à tous les principes d’un régime électif. (Je ne crois pas que Mélenchon l’ait jamais dénoncé, ni le Conseil constitutionnel mais ça ce n’est même pas un peu étonnant.)
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Une justice de bons petits soldats du gouvernement
Je pense que les juges ne devraient plus être inamovibles comme actuellement mais élu par la population locale et notés sur leurs résultats.
Je suis moi-même pour l’élection des juges (ou de la plupart des juges) mais cette personne fait erreur sur le statut actuel du juge français.
1/ Obligation statutaire de mobilité :
“Le juge français est soumis à une obligation statutaire de mobilité géographique ou fonctionnelle qui est exercée généralement tous les cinq à sept ans.”
2/ Un seul pool de magistrats du parquet (hiérarchiquement dépendants du ministère de la justice !) et du siège, avec passage de l’un à l’autre et dans les deux sens, exemple ce jeune magistrat : “Issu du premier concours de l’ENM (celui des étudiants), trois ans de parquet, deux ans et des poussières de siège civil.”
Dans les pays civilisés, l’administration du parquet est staffée par des fonctionnaires administratifs de même statut que les autres fonctionnaires de l’administration centrale, c’est-à-dire de la branche exécutive ; en France, elle l’est par… des juges. (Il n’est pas “juge” quand il est au parquet, car on l’appelle alors un “procureur” ou son “substitut”, mais c’est bien la même personne qui passe de l’un à l’autre.)
Alors parler d’inamovibilité…
ii
Mes cours de droit sont un peu lointains mais je confirme que le juge est inamovible. Les magistrats ne peuvent pas recevoir une nouvelle affectation sans avoir donné leur consentement. Leur indépendance est garantie par le fait que le gouvernement ne peut pas suspendre, déplacer ou destituer un magistrat.
Mon interlocuteur a bonne mémoire mais réciter des cours de droit n’aide malheureusement pas, le plus souvent, à bien juger de la situation.
C’est comme quand, en 2013, le gouvernement pond une loi sur « l’indépendance du parquet », parce que la Cour européenne des droits de l’homme est un peu critique (un peu seulement mais quand même, ça fait tâche) et qu’en 2018, donc après cette loi sur « l’indépendance du parquet », la Cour EDH confirma sa jurisprudence (et ses critiques) dans un nouvel arrêt (Thiam c/ France). Vous voyez le problème ? Je suis certain qu’il y a beaucoup de commentaires élogieux de cette loi et de l’indépendance du parquet.
Mais nous parlons du siège et, citation pour citation, je connais celle-là : « Il est plus étonnant que le Conseil constitutionnel ait estimé que la condition de mobilité imposée aux magistrats du siège par la loi organique du 25 février 1992 ne méconnaissait pas le principe fondamental d’inamovibilité. » (Turpin, Mémento de la jurisprudence du Conseil constitutionnel) Étonnant, voire risible.
Ce que mon interlocuteur dit n’est pas faux, simplement il faut prendre en compte la porosité entre les deux administrations, qui ne peut en aucun cas décrire une séparation des pouvoirs, que l’inamovibilité des juges est censée garantir.
iii
Dans ce contexte, l’élection des juges serait un renforcement du pouvoir des juges et de leur indépendance effective vis-à-vis du gouvernement.
Il y a plusieurs raisons à cela. Je me borne à en citer deux. La première, pas forcément la plus fondamentale selon moi, est qu’il y aurait des juges élus sur d’autres plateformes électorales que celle du gouvernement en place, de la même manière qu’il y a des régions ou des départements et autres de couleurs politiques différentes de celle du gouvernement. Ces juges auraient des comptes à rendre à un électorat, c’est-à-dire qu’ils appliqueraient une politique judiciaire dans leur ressort juridictionnel. De fait, aujourd’hui, c’est le parquet (le gouvernement) qui applique dans les cours une politique judiciaire, tandis que les juges ne sont que des machines à « appliquer la loi ».
Cette première raison n’est pas sans lien avec celle qui me semble plus fondamentale encore et qui est qu’un juge élu ne peut pas être un fonctionnaire anonyme soumis au devoir de réserve, et soumis dans tout son être, comme le juge actuel. Un élu soumis au devoir de réserve ? Absurde. Or le juge français est, dans notre droit, la personne la plus soumise aux restrictions draconiennes du devoir de réserve, de par le statut écrit de la magistrature (le plus draconien à cet égard avec le statut militaire). Cela doit être également pris en considération quand on parle de sa prétendue inamovibilité : en réalité, il est enserré dans un inextricable réseau de chicane statutaire et la moindre prise de parole de sa part équivaut, en fait, à sa mort professionnelle. C’est la forme la plus insidieuse de castration jamais conçue, mais comme elle n’empêche pas de se reproduire je suppose que les intéressés estiment avoir préservé l’essentiel.
iv
On ne peut pas être un bon juge indépendant avec les qualités qui font un bon petit soldat du gouvernement comme le magistrat du parquet, et quand un système prétend, comme le système français, que les deux sont interchangeables, en réalité il organise une justice de bons petits soldats du gouvernement, par contamination.
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Enquête ouverte sur un ex-général, accusé de propos antisémites. (Le Figaro, 18/6/21)
Non, une enquête n’est pas ouverte sur le général Delawarde pour « propos antisémites ».
Une enquête est ouverte pour « diffamation publique et provocation à la haine et à la violence à raison de l’origine ou de l’appartenance à une ethnie, une nation, une race ou une religion ».
Des propos antisémites ou homophobes ou ce que vous voulez qui ne sont ni de la diffamation (diffamation envers un groupe, catégorie totalement sui generis qui ne s’encombre pas de la moindre « exception de vérité » disculpatoire en matière de diffamation) ni de la provocation à la haine ni de l’incitation à la violence ni de l’injure ni de l’incitation à la consommation de stupéfiants ni de l’outrage à personne responsable d’une mission de service public ni de l’outrage à personne dépositaire de l’autorité publique ni de l’outrage aux symboles républicains ni des fausses informations, c’est-à-dire des fake news, ni de la violation du secret de l’instruction ni de la violation du secret médical ni de l’atteinte à la vie privée ni du blasphème (contrairement à ce que prétend la classe politique, il y a de la jurisprudence en 5e République) ni de la divulgation d’informations privées à des fins malveillantes sur une personne chargée d’une mission de service public ni de l’offense au chef de l’État (ah non, pardon, ç’a été abrogé en 2013, au temps pour moi) ni de l’atteinte au droit à l’image ni de la contestation de crime contre l’humanité ni de l’apologie d’actes de terrorisme ni de l’apologie de crimes de guerre ni de l’apologie d’eugénisme ni qu’est-ce que j’ai bien pu oublier ? NE SONT PAS UN DÉLIT.
ii
« Une enquête a été ouverte… »
Bonjour Monsieur. Êtes-vous le général Dominique Delawarde ? – Oui. Avez-vous tenu tel jour sur la chaîne Cnews les propos, je cite, « … » ? – Oui.
Vachement dure, l’enquête… (Oh là là, qu’est-ce qu’on a progressé depuis Sherlock Holmes !)
Dans ces affaires, il y a le plus souvent, peut-être presque toujours, un accord de tous, police, procureur, accusé, juge (tout le monde sauf le jury parce qu’il n’y a pas de jury), sur les FAITS (« machin a dit truc ») et pourtant il arrive que, pour des faits sur lesquels ils sont tous D’ACCORD, l’un exige une condamnation et l’autre acquitte.
« Va comprendre, Charles ! Avec le PMU on joue comme on aime. » Ils ont trop regardé la télé, ma parole… Quand les faits sont établis sans contestation, c’est la loi qui est le PROBLEME si elle permet ces divergences.
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Rimbaud inconnu : L’Ascétique
Citations tirées d’Une saison en enfer (c’est nous qui soulignons) :
À chaque être, plusieurs autres vies me semblaient dues. Ce monsieur ne sait ce qu’il fait : il est un ange. Cette famille est une nichée de chiens. Devant plusieurs hommes, je causai tout haut avec un moment d’une de leurs autres vies. – Ainsi, j’ai aimé un porc.
J’ai eu raison de mépriser ces bonshommes qui ne perdraient pas l’occasion d’une caresse, parasites de la propreté et de la santé de nos femmes, aujourd’hui qu’elles sont si peu d’accord avec nous.
N’est-ce pas parce que nous cultivons la brume ? Nous mangeons la fièvre avec nos légumes aqueux. Et l’ivrognerie ! et le tabac ! et l’ignorance ! et les dévouements ! – Tout cela est-il assez loin de la sagesse de l’Orient, la patrie primitive ? Pourquoi un monde moderne, si de pareils poisons s’inventent !
Moi ! moi qui me suis dit mage ou ange, dispensé de toute morale, je suis rendu au sol, avec un devoir à chercher, et la réalité rugueuse à étreindre ! Paysan !

