Category: Onomasticon

Quelques curiosités du moyen âge révélées par les mots du vieux français

Trouvées dans le Glossaire de la langue romane de Jean-Baptiste Roquefort (M DCCC VIII, 1808)

Lexique pour philosophes, poètes, historiens, linguistes, étymologistes, amateurs de reconstitutions historiques, rôlistes et curieux, complétant mon Cabinet de curiosités.

L’original est en noir, mes remarques en indigo (un commerce florissant au moyen âge).

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A

Abace, abaco, abacon, abaque : Buffet de service, petite table carrée qui servait, dans un festin, à mettre les pots et les verres, d’abacus. Ces mots étaient aussi employés pour désigner une table sur laquelle on traçait des figures et des nombres d’arithmétique. Cette petite table ou ais, se nommait table de Pythagore ; de là vient que dans quelques auteurs anciens, abaco signifie arithmétique.

Le mot latin abacus, du grec abax, dont dérivent ces termes n’existe plus, en français, contrairement à l’anglais, que dans le sens historique de « Sorte de sceptre, long d’une toise, que portait le grand maître des templiers ». S’agissant de cette dernière définition, il n’est pas évident de comprendre comment on est passé d’un objet du type planche, tablette ou table, l’abax grec et l’abacus latin, à un objet du type bâton (sceptre).

Le mot français moderne abaque tout comme le mot anglais abacus ont acquis le sens de boulier quand ce dernier objet a été introduit en Europe depuis la Chine, supplantant les systèmes qui le précédaient, dans certains usages tels que le commerce.

Abacot : Ancien chapeau royal des rois d’Angleterre.

Le terme existe en effet en anglais, en tant que, selon le Merriam-Webster, variante du mot bycoket, qui est, selon telle autre définition en ligne, le nom du chapeau de Robin des Bois, alors même que le nom original du personnage est Robin Hood, c’est-à-dire Robin au capuchon et non Robin à l’abacot… D’autre part, le chapeau de Robin des Bois est dit par cette dernière définition correspondre au « chapeau à bec » en français, mais une troisième définition du bycoket lui donne une forme « en double couronne » (The upper part was in the form of a double crown), ce qui ne semble pas du tout correspondre au chapeau à bec, et c’est pourtant cette définition qui parle d’une coiffe des rois d’Angleterre. Bref, il existe autour de ces termes anglais une certaine confusion que je ne peux débrouiller.

Voyez la photo en fin de lexique pour l’abacot du type Robin des Bois, c’est-à-dire du chapeau à bec.

Abbéesse : Supérieure d’un couvent de religieuses. Ce mot désigne aussi une femme qui préside aux lieux de prostitution ; d’abbattissa.

C’est, en français moderne, le mot abbesse, qui semble avoir perdu le second sens ici présenté.

Accides : Nom d’un peuple, employé dans les Chroniques de S. Denis, pour désigner les sujets du vieil (sic) de la Montagne, roi des Accides ; occidentes. Hakesins, hactasis, hassassis, héissessins : Assassins ; nom de peuple, sujets du Vieux de la Montagne ; d’occidentes, selon MM. Sainte-Palaye et Meuchet. « Li Vious de la Montagne oï / Dire que li Rois erst croisiés : / Deux siens hakesins apiela, / Et deux coutiaus si leur bailla, / Et coumanda mer à passer / Por le Roi Loeys tuer. » (Philippe Mouskes, fol. 709) (Ce que je traduis par : « Le Vieux de la Montagne entendant dire que le Roi des Francs s’était croisé, il appela deux de ses Assassins et, leur tendant deux poignards, leur commanda de traverser la mer pour aller tuer Saint Louis. » Chronique rimée de Philippe Mouskes, 13e siècle)

Parmi les diverses étymologies proposées pour le nom de cette secte ismaélienne, nous avons donc celle, latine, d’occidentes, du verde occido, qui a donné le vieux verbe français « occire ».

Achrême, achroume : Vieillard qui tousse habituellement ; peut-être n’est-ce qu’une allusion au nom de Chrémès, personnage d’un vieillard de Térence.

Acorer : Arracher le cœur, les entrailles, faire mourir ; de cor.

Acoupaudir : Débaucher la femme d’un autre.

Affourcher : Se mettre à cheval sur un bâton pour aller au sabbat, comme on le supposait aux sorcières.

Alamandine, alabandine : espèce de rubis moins précieux que le rubis d’Orient, [nom] formé d’Alabande, ville de Carie dans l’Asie mineur, d’où Pline dit qu’on tirait cette espèce de rubis.

Alapite, alapiste : Farceurs qui se donnaient des soufflets pour amuser le peuple.

Altargues : Offres faites en argent, pour avoir part aux prières de l’église.

Ancon, ancone, angon : Pique dont les fantassins se servaient, on la nommait autrement francisque ; d’uncus, croc.

C’est manifestement une erreur si l’ancon est bien une pique, car la francisque est une sorte de hache ; au mot francisque, Roquefort décrit d’ailleurs celle-ci comme une hache et non comme une pique. Il est tout de même étonnant que ce que les auteurs s’accordent à décrire comme un javelot, et qui se lancait, dérive du mot « croc, crochet », étymologie qui pourrait bien faire penser davantage à une hache qu’à un trait. Une définition anglaise impute à ce javelot une « pointe barbelée » (A type of javelin with a barbed tip), ce qui semble encore peu satisfaisant, même si c’était le cas, pour rendre compte de l’étymologie ci-dessus.

Androm, androme, androne : Salle de compagnie au rez-de-chaussée, galerie, lieu d’assemblée pour des hommes ; c’est aussi une très petite ruelle entre deux maisons, dans laquelle on jette les eaux ; en Provençal et en Languedocien modernes, il signifie un cloaque, un égout, un cul-de-sac.

S’agissant de la deuxième partie de la définition, c’est sans doute une indication qu’il faut corriger un peu notre perception des villes au moyen âge si l’on perçoit celles-ci comme un lieu où chacun, faute d’égouts, jetait ses « eaux » (notamment le contenu des latrines) devant chez lui, quelle que circulation qui s’y trouvât. Une telle indifférence aux contingences extérieures semble tout de même extraordinaire, quand on y réfléchit deux secondes, et me paraît donc être davantage un préjugé envers le passé qu’autre chose. Il se pourrait en réalité que ce soient surtout les andromes, c’est-à-dire de « très petites ruelles », des interstices entre maisons, de nul passage ou presque, qui servissent à ce genre de vidange nécessaire. Peut-être la seule circulation (honnête) qu’on trouvait dans ces andromes était celle de personnes préposées à leur nettoyage. Le sens de « cul-de-sac » dont Roquefort dit qu’il est resté en Languedocien moderne semble confirmer que ces ruelles étaient peu empruntées.

Angerin : Homme de basse extraction, qui épouse une Damoiselle.

Aquereau : Machine de guerre.

Sans plus amples informations. Les différents noms de machines de guerre appelleraient un lexique à part entière. J’en cite quelques-unes, qui ne sont même pas la totalité de celles nommées dans le Roquefort (car j’en ai laissé passer) : arganette, batefou, bedondaine ou dondaine, bible, boso, briche, calabre, carcamousse, chat, chauffault, chijers, coillart ou couillard ou coullart, escorpion, espringale, fandofle, fondelle, hélépole, lance à feu, lide ou clide, macefonde, mangonneau, martinet, mouton, onagre, passavant, perdriau, perrier, ribaudequin, tortorelle ou tortue, trébuchet, triquoise, truie ou truhie, tumeriau, veuclaire ou vuglaire. Certaines semblent être de simples variétés de catapulte, si même plusieurs de ces noms ne désignent pas tout simplement la même machine.

Archegaye, arsegaye : Bâton ferré par les deux bouts que portaient les Stradiots, cavaliers Albanais, qui servaient en France sous les règnes de Charles III et de Louis XII. Commines, dans ses Mémoires, traitant de la guerre d’Italie, parle des Stradiots.

Archerot : Petit archet, épithète donnée à Cupidon.

Ariole, auriole : Devin, sorcier ; ariolus.

Arquelier, harquelier : Homme gagé par un religieux pour le mener faire la quête ; ce mot a signifié aussi un vagabond, un vaurien, un batteur de pavé.

Asseyner, assenier, assinier : Mettre des signes ou des marques sur les vêtements ; assignare. Les filles publiques de Toulouse étaient obligées de mettre des marques pour se distinguer des honnêtes femmes.

Atre, atrie : Cimetière ; d’atrium.

Auferrant : Cheval de bataille.

Une autre définition, trouvée en ligne, donne simplement « cheval » tandis qu’une autre encore évoque un « cheval de bataille d’une certaine qualité ».

Axinomancie : Sorte de divination, manière de prédire l’avenir par le moyen d’une hache ou d’une cognée, qu’on faisait rougir et qu’on posait sur une agate ; du grec άξίνη, hache, et de μαντεία, divination.

Les différentes formes de divination que j’ai relevées dans le présent lexique sont plus anciennes que le moyen âge et remontent à l’antiquité. Certaines ont pu subsister au-delà de l’antiquité, d’autres se sont sans doute éteintes avec elle.

B

Balcanifer : L’étendard et le porte-étendard des templiers.

Selon d’autres, l’étendard lui-même était appelé balcanum. Le radical latin -fer- va dans le sens d’une telle distinction.

Barbillon : Fer qu’on mettait au bout d’une flèche ou d’un dard, et qui était barbu ; de sorte qu’une fois entré en chair, on ne pouvait l’en retirer qu’en déchirant les parties environnantes.

Dans le même genre, voyez l’arme dénommée barbole, dans mon Cabinet de curiosités.

Barbute : Homme d’armes, ainsi appelé à cause de l’habillement de tête, ayant une mentonnière ; espèce de couverture dont on se garantissait la tête dans les combats ; barbuta.

Il est difficile de se faire une idée précise à partir de ces définitions. Il se pourrai, en ce qui concerne la première, que Roquefort commette un contre-sens. La barbute semble être, de l’avis plus ou moins général, un casque plus ouvert et moins couvrant que le heaume, de sorte que son nom ne viendrait pas de la mentonnière (pièce d’armure couvrant le menton) évoquée par Roquefort mais du fait contraire que la barbe naturelle de ceux qui la portent était visible (barbuta, which in Italian literally means ‘bearded’, possibly because the beard of a wearer would be visible). Mais cette définition anglaise n’est pas non catégorique (« possibly »). Quant à ce que pourrait être une « couverture » pour se garantir la tête dans les combats, j’avoue ma perplexité si ce n’est pas un casque ; il est indiqué ici et là que les barbutes pouvaient être ornées de crêtes de plumes ou couvertes de tissus peut-être plus ou moins flottants.

Becquoysel : Sorte d’arme qui ressemblait à un bec d’oiseau.

Ce ne serait pas le bec-de-corbin, sorte de marteau d’armes ou marteau de guerre, mais un « couteau en forme de bec d’oiseau », définition trouvée en ligne pour l’orthographe becoisel.

Behaignon : Bohémien, sorcier, devin.

Belin : Sorcier, enchanteur ; au figuré, un sot ; et un mouton ou bélier franc. Beliner : Tromper, attraper quelqu’un.

Il est vraisemblable que le sens figuré sot vienne du sens premier de mouton plutôt que du sens premier de sorcier, a fortiori quand beliner veut dire « tromper quelqu’un » (ce qui n’est pas à la portée d’un sot).

Bibloteur : Ouvrier en os et en ivoire.

C’est-à-dire qui travaille l’os et l’ivoire (pour ceux qui ne sont pas familiers avec le français quelque peu archaïsant de Roquefort).

Bierre (bière) : Nom générique de toutes sortes de bières, dites boires bouillis, qui étaient la goudale, le hambours, le houppes, le brisemars, la quieute, la cervoise et le haquebart. On mettait aussi au nombre des boires bouillis, la bière faite avec du jus de cerise.

Bloi : Blond, jaune, bleu et blanc. Blondir : User d’art pour paraître blond ou blanc.

Bougerie : Crime de bestialité ; de bulgaria ; d’où bougeronner, commettre le péché de sodomie.

Braon : Le gras des fesses, le derrière.

Braconage : Droit qu’avait un seigneur sur les filles de ses vassaux lorsqu’elles se mariaient.

Ce qui semble donc être un autre nom du droit de jambage ou de cuissage ou deculage. Voyez culage. Voyez également despucellement.

C

Caborde : Petite loge de pierres sans mortier, qu’on fait dans les vignes.

Cachenez : Petit masque de velours ou d’étoffe fine, que les dames portaient pour conserver leur teint.

L’orthographe moderne est bien sûr cache-nez, qui désigne aujourd’hui une écharpe. Alors que bien des mots du vieux français ont disparu de notre vocabulaire quand bien même ils y seraient encore utiles selon moi (j’en donne dans ce lexique quelques exemples : fongineux, mérétrical…), le mot cache-nez semble complètement superflu pour désigner une écharpe dont on peut se couvrir le bas du visage en cas de froid : y aurait-il des écharpes dont on ne peut pas se couvrir le bas du visage ?

Pour ce mot, comme pour gimple, peploum, touret et wiart, qui masquent le visage de la femme et sont donc des variétés de voile intégral, voyez mon essai Le voile intégral des femmes dans l’histoire de l’Occident (ici).

Cagarier, cagarieur : Visage ou grimace d’un constipé.

Je donne cette intéressante définition de Roquefort pour sa précision et son originalité, tout en pensant comme d’autres, dont au moins un linguiste ancien (Lacombe, 1766), que ces mots sont en réalité synonymes de « chieur », quelqu’un qui chie.

Cagoule : Soutane, froc de moine.

Cakehan, cakehen, caquehein, casquehein : Cabale, conspiration, projet de révolte. Le cakehan désignait le soulèvement de tous les ouvriers d’un ou de plusieurs métiers qui s’assemblaient et refusaient de travailler pour un motif quelconque.

Les esprits réactionnaires ont tort de considérer que les relations du travail étaient plus satisfaisantes à l’époque des corporations de l’ère préindustrielle : le mot caquehein leur montre que ces relations pouvaient déjà déboucher sur des piquets de grève. Curieusement, je n’ai jamais non plus trouvé ce mot dans la littérature prolétarienne. Cette dernière adopte à certains égards le même point de vue que les réactionnaires sur la condition du travailleur à l’ère préindustrielle, non, toutefois, pour préconiser un retour aux formes dépassées de l’économie mais pour souligner la violence de l’économie capitaliste industrielle. Je fais mienne l’analyse de ces auteurs prolétariens sur le caractère sans précédent de la violence des conditions de travail dans les grandes usines des premiers temps de l’ère industrielle, notamment pour les enfants.

Camelin, cameline : Sorte d’étoffe de couleur brune faite de poil de chameau. Les manufacture d’Amiens et de Cambray au XIIIe siècle, étaient fort renommées pour la fabrication de cette étoffe que portaient les gens riches.

Fréquent dans les œuvres littéraires évoquant le moyen âge, et donc relativement connu, ce terme, il convient de le souligner, atteste de l’ouverture des économies au moyen âge, puisque, tout comme les épices, le camelin ne pouvait être qu’un produit d’importation depuis les régions extra-européennes.

Canterme : Sorte de sortilège, de maléfice.

Caraie, caraude, caraux : Espèce de sortilège ; billet écrit en caractères magiques. Caraudesse : Sorcière, qui a le visage défiguré ; de cara, visage ; en Lang. carëto, un masque.

L’étymologie du visage et du masque semble indiquer qu’une sorcière est souvent identifiée par sa grimace, et que, si elle a parfois le pouvoir d’apparaître sous les traits d’une belle jeune femme, c’est en réalité un « visage défiguré ». Voyez masque plus bas. Je remarque également que le terme latin pour un masque, larva, désigne par ailleurs, au pluriel, une sorte de fantômes, les « larves » à l’apparence hideuse.

Carme : Charme, sortilège ; de carmen.

Carnon : Ancienne arme des Français.

Carvane : Association, assemblée, réunion de plusieurs personnes pour voyager, pour aller en marchandise, en pèlerinage, ou pour quelqu’autre sujet que ce soit. Mot dérivé de l’arabe, ou des langues de l’Asie. En basse latinité caravana et carvana.

Choule, choulle : Boule de bois que l’on pousse avec une crosse ; sorte de jeu de mail. Plus anciennement, on désignait par choule les jeux de ballon, de paume, et de longue paume. D’où chouleve (choulève), joueur de ballon et de paume.

Chrapoudine : Sorte de pierre précieuse, qu’on croyait se trouver dans la tête d’un vieux crapaud.

En français moderne, crapaudine. Une des nombreuses sortes de bézoards réputés magiques dans les anciens temps.

Cibole : Tête d’une massue.

Claver : Imprimer un fer rouge sur la tête d’un animal pour le préserver de la rage.

Clunagiter : Remuer les fesses.

Colre-russe : Bile noire, épanchement, dégorgement de bile ; cholera rufa.

Cette bile noire n’est autre que la mélancolie dans la théorie des humeurs d’Aristote, qui y voit « un fluide d’une essence subtile, supérieure aux quatre éléments terrestres et analogue au principe des astres, qui ont un caractère divin ; elle est de la nature de l’éther, ce cinquième élément ou quintessence d’origine céleste » (Robert Flacelière, Devins et oracles grecs, 1961)

Coninetter : Onomatopée du chant du merle, lorsque cet oiseau est en amour.

Contretenant : Champion qui, dans un tournoi, entrait en lice pour combattre celui qui était le tenant.

Conventicule : Assemblée secrète d’une partie des moines d’un couvent ; conventiculum.

Le terme désigne de nos jours une « assemblée secrète et illicite » (Littré).

Couers : Mari qui souffre et qui favorise les infidélités de sa femme.

Crochet : Sorte de boîte d’artifice que l’on tirait lors des réjouissances publiques.

Ancienneté de l’usage des feux d’artifice, connus du moyen âge depuis les voyages de Marco Polo, qui de retour de Chine fit connaître à ses compatriotes et la poudre à canon et les feux d’artifice qui s’en servent.

Crouste : Église souterraine ; de crypta.

Culage, cullage, culiage : Droit que certains seigneurs s’attribuaient, de coucher la première nuit des noces avec l’épousée ; c’était aussi le nom du présent que l’époux était obligé de faire à ses amis le premier jour des noces, pour qu’ils le laissassent coucher avec sa femme.

D

Défectif : Se dit encore dans quelques provinces en parlant d’un chat subtil et voleur.

Défourmé : Bâtard, adultérin ; et un homme laid, mal bâti ; deformis.

Despucellement : Ancien droit seigneurial.

Détranchés : Souliers d’une longueur extraordinaire, qui furent longtemps de mode, surtout dans le XIVe siècle. Plus la qualité de celui qui les portait était éminente, et plus les souliers étaient longs. Ceux d’un prince avaient deux pieds, et ceux d’un chevalier un pied et demi ; c’est sans doute de là qu’est venu le proverbe : Il est sur un grand pied dans le monde, pour dire, considéré, d’un grand état, d’une grande fortune.

Plus connus sous leur nom de souliers à la poulaine.

Discrétoire : Lieu d’assemblée des mères discrètes [religieuses qui entrent dans le conseil de la Supérieure d’une communauté] dans les couvents de femmes ; discretorium.

Le terme est tiré du sens aujourd’hui caduc de discret « qui a du discernement, du jugement ».

Dominical : Voile blanc sans lequel les femmes ne pouvaient approcher de la sainte Table ; dominicale.

Dorbus : Excréments pulvérisés.

Contexte ? Roquefort tire le mot d’un dictionnaire plus ancien (Lacombe 1776), guère plus explicite avec la définition « merde pulvérisée ».

Dorsal : Tapisserie ou autre étoffe suspendue à un mur ; de dorsalis.

Druydes, druyndes : Prêtres ou devins des anciens Gaulois ; druidæ ; du Grec drus, chêne, arbre consacré à leurs cérémonies ; leurs prophétesses s’appelaient dryades.

Très intéressant emploi du mot dryade qui désigne les nymphes des forêts et des arbres. Les dryades sont, dit-on, particulièrement associées au chêne, qui était par ailleurs l’arbre sacré des druides. Le contexte des dryades-nymphes et des druides est donc tout semblable, et il se pourrait que le mythe des dryades soit né chez les Grecs du personnage des druides.

Dusiens : Prétendus démons qu’on nommait incubes. On supposait qu’ils avaient commerce avec les femmes qu’ils conduisaient au sabbat ; de dux, conducteur, guide. S. Augustin, Cité de Dieu, liv. 15, chap. 23, les appelle dusii ; dans S. Isidore, dusius ; en bas Bret. deuz.

E

Échippe : Espèce d’estrapade, de laquelle on jetait les coupables dans une eau boueuse, d’où le bourreau ne les tirait que pour les fustiger, et les chasser ignominieusement de la ville ; de scopa.

Emplumer : Plaisanterie dont on punissait un homme surpris en état d’adultère.

Voyez le mot emplumement dans mon Cabinet de curiosités. C’est le supplice du « goudron et des plumes » qui, comme on le sait, a perduré bien au-delà du moyen âge.

Encluse : Fille dévote qui vivait dans une église où elle entretenait la propreté, parait les autels, etc.

Enfanmentère : Fantôme, esprit, lutin, revenant.

Envulter, envoulter : Faire une effigie en cire pour s’en servir à des sortilèges.

En français moderne, envoûter. Voyez le mot veu ci-dessous.

Escoillié : Eunuqe ; de colus.

Escouberette : Jeune servante qui balaie ; de scoparius.

Il semble évident que c’est de ce mot que vient notre soubrette, qui désigne une servante de comédie, et que l’étymologie de plusieurs autres, qui la répètent, comme le Robert (et le dictionnaire étymologique d’Alain Rey), à savoir que ce mot de théâtre viendrait du provençal pour « affecté, qui fait le précieux », a peu de sens. D’une part, la soubrette ne présente pas un trait stéréotypique d’affectation ou préciosité. D’autre part, elle est au bas de l’échelle sociale y compris parmi la nombreuse domesticité des intérieurs nobles ou bourgeois de l’époque, avec sa hiérarchie ; c’est là qu’elle doit se placer pour le sel de la comédie, et l’on est donc naturellement allé cherché la soubrette parmi les servantes affectées aux plus humbles tâches, comme l’escoubement à l’escoube (balai) par l’escouberette, ou scouberette, ou soubrette.

Escoufle : Cerf-volant.

Escouvettes : Grands manches à balai, avec lesquels on supposait que les sorciers ou prétendus tels allaient aux sabbats, en se mettant à cheval dessus ; de scopa.

Essoriller : Couper, arracher les oreilles, c’était le supplice auquel on condamnait les voleurs ; d’exauriculare.

Quand on ne leur coupait pas la main ou le pied.

Estrie : Fantôme, spectre, sorcière, loup-garou.

Apparemment la même chose que stryge ou strige, du Grec στρίγξ strix.

F

Fachil, fachignier, fachinier, facinier, fatilié : Sorcier, enchanteur, devin, diseur de bonne aventure ; fatidicus.

Faicturerie : Art magique, sorcellerie, sortilège ; factura. Faiturier : Sorcier, qui fait des maléfices et des sortilèges.

Le mot faiturier me semble se retrouver dans l’italien fattucchiero, masculin, rare, de fattucchiera : « donna che esercita, o si cree che eserciti, le arte magiche, compiendo malie e stregonerie ». La racine en est dans tous les cas le verbe « faire ».

Faide : Droit qu’avaient les parents ou amis d’un assassiné de venger sa mort sur son meurtrier ; en bas lat. faida.

Faisnieur : Gardien des corps morts.

Faitila, faitilia : Poison, charmes magiques, enchantements.

Falcaire : Épée en forme de faux ; falcaria.

Famulaires : Sorte de caleçons que portaient les moines.

Flambart : Feux volants ou follets, qui paraissent sur les eaux à la fin de l’automne, autrement dit le feu de S. Elme.

Forcesainte : Boucle, agrafe de ceinture, ou coffret à reliques.

Foungineux : Terrein rempli de champignons ; funginus.

Je revendique l’utilité de ce terme, sous la forme modernisée fongineux : une clairière fongineuse où viennent danser les fées sous la lune.

Fourcilles : Petites fourches patibulaires placées sur les grands chemins pour effrayer les malfaiteurs.

Franche-dogue : Terme d’injure d’un Anglais à un Français, comme chien de Français. « Franche-dogue dist un Anglois, / Vous ne faites que boire vin ; / Si faisons bien, dist li François, Mais vous buvez le lienequin, / Roux estes comme pel de mastin. » (Eust. Deschamps, fol. 224) (Ma traduction : Chien de Français, dit un Anglais, vous ne faites que boire du vin ; Certes, dit le Français, mais vous buvez de la bière et vous êtes roux comme une peau de mâtin. »)

C’est évidemment de « French dogs » qu’il s’agit.

Franchiman : Français qui habite par-delà la Loire, et qui parle naturellement bon français, sans accent désagréable.

Il me paraît curieux, surtout après la précédente entrée, de trouver cette définition toute positive, de ce qui me paraît n’être autre chose qu’un Frenchman.

Fresaude : Sorcière, enchanteresse, magicienne.

Furelique, furrelique : Petite monnaie noire.

Mes recherches sur internet montrent que Roquefort s’est contenté de reprendre cette définition à d’autres dictionnaires plus anciens, sans y rien ajouter. Je suis perplexe devant une monnaie « noire » car un métal noir n’existe pas à l’état naturel et il ne devait guère être simple d’en produire à l’époque. S’agit-il, dès lors, d’une monnaie non métallique ? Cela se pourrait car, selon d’autres sources, cette monnaie, également appelée poitevine, était de très faible valeur (et, pour cette raison, interdite en Normandie) (Revue numismatique, vol. 13, 1848)

Certaines amulettes thaïlandaises réputées particulièrement puissantes sont produites dans un alliage métallique noir aux reflets iridescents, le lek-laï.

Fusée : Sorte de bâton de défense, ainsi nommé à cause de sa forme.

À cause de sa forme en fuseau.

Fy : Espèce de lèpre, maladie des bœufs ; terme d’aversion et de mépris.

Ce terme de mépris est devenu fi, comme dans « fi donc ! », lui-même tombé en désuétude.

Fyfi (mestre) : Vidangeur, cureur de latrines.

G

Galbanoner : Terme des vitriers qui nettoient les vitres sans les déplacer.

Galonner sa barbe : Selon Borel, c’était la peigner, y mettre de petits glands au bout de chaque floquet, comme font les Dames de leurs cheveux. On faisait cela aussi avec du fil d’or, ou bien on couvrait la barbe de paillettes ou de limaille d’or ; et si on était jeune et sans barbe, on s’en mettait une fausse de fil d’or ; mais cela ne se pratiquait qu’aux enterrements des grands, pour rendre la cérémonie plus majestueuse ; car la barbe a toujours marqué vénération.

Voyez blondir. Ce dernier mot, comme la coutume ci-dessus décrite, comme le mot loriot plus bas, semblent témoigner d’une certaine attirance pour le blond au moyen âge (tendance qui semble également attestée par quelques usages de l’antiquité). Cette préférence pour le blond est évoquée dans ma série de « psychologie évolutionniste » (The Science of Sex I-VI : voyez la table des matières de ce blog), certains auteurs dans ce domaine affirmant qu’une telle préférence est biologiquement déterminée. Je suis aujourd’hui moins convaincu par leurs arguments. Selon eux, la blondeur attirerait comme un signe indubitable de jeunesse et donc de fertilité, car les personnes blondes le sont de moins en moins à mesure qu’elles avancent en âge. Or, quelle que soit la couleur des cheveux, les cheveux sont plus beaux quand la personne est jeune et saine que quand elle vieillit, et si les cheveux plus pigmentés ne se distinguent pas à travers les âges de la vie par des variations de coloris aussi prononcées que les cheveux dépigmentés, ils varient par d’autres qualités, de brillant et autre…, sans doute tout aussi perceptibles, c’est-à-dire que de beaux cheveux noirs et brillants sont tout aussi manifestement un signe de jeunesse et de fertilité que des cheveux très blonds.

S’agissant de la coutume ci-dessus, on pourrait par ailleurs l’expliquer par les origines germaniques de la noblesse et des dynasties royales au moyen âge (Francs etc.), ou encore, éventuellement, par un goût pour l’apparence de l’or, la blondeur étant ce qui rappelle le plus l’or : le goût naturel pour l’apparence des métaux précieux et des gemmes est, sur un autre registre, expliqué par Aldous Huxley dans son essai Heaven and Hell sur les expériences mystiques et psychédéliques.

Gamologie : Traité sur les noces.

Littré, qui connaît ce mot, parle de traité sur le mariage, ce qui semble plus approprié et corrige ce que peut avoir d’incongru un traité sur les noces, qui sont une cérémonie ponctuelle qui n’appellent pas forcément un traité, au-delà de quelques conseils pratiques. Un « traité sur les noces » (Roquefort), au sens moderne, peut difficilement passer pour un traité de la vie dans le mariage, ce que je suppose être un « traité sur le mariage » (Littré).

Garancie : Couleur de cerf.

Sauf à se perdre en conjectures, il ne s’agit donc pas de la même chose que la garance, plante utilisée en teinturerie et qui donne un rouge vif. Mais le brun de la peau de cerf peut aussi être un roux très intense…

Gare : Cave, souterrain.

Garelax : Loup garrou (sic).

Gargariton (dit) : Jargon des médecins.

Garou : Sorcier ; gerulphus.

Le gerulphus est le loup-garou lui-même, en bas latin.

Gaset : Jeune chat.

Gastos : Savant, sage, selon Borel ; d’où, dit-il, viennent les noms des anciens Gaulois, Wisogastus, Husegastus, Salegastus et Losogastus, qui écrivirent la loi salique.

Je n’ai pas d’informations particulières à ce sujet mais je m’étonne que des Gaulois soient auteurs de la loi des Francs. Je trouve en ligne mention de « quatre grands du royaume des Francs, Visogast, Arogast, Salegast, Windogast ».

Gelasins : Les fossettes des joues ; de gelasinus.

Genéaux, genaux : Astrologues, tireurs d’horoscopes ; de genethliaci.

Geneschier, genicier : Sorcier, enchanteur.

Généthliaque : Tireur d’horoscope, devin, astrologue ; de genethliacus, du Grec γενέθλη. Généthliologie : Espèce de divination astrologique, par laquelle on prétendait connaître par l’état du ciel, à la naissance de quelqu’un, ce qui devait lui arriver pendant le cours de sa vie ; du Grec γενεθλιαλογία.

Genoche : Sorcière, selon Borel, qui cite la loi salique. Guenoche, guenuche : Sorcière, enchanteresse.

Gessine : La cérémonie et le festin des relevailles.

Gimple, guimple : Guimpe, partie de l’habillement d’une femme, espèce de voile qui cachait le visage.

Gladiatoire (main) : Main meurtrière, terrible dans les combats.

Glager : Répandre des fleurs ou des herbes odoriférantes sur un chemin, comme on faisait dans ces derniers temps le jour de la Fête-Dieu.

Cette pratique de joncher de fleurs et de parfums le chemin des processions religieuses est encore vivace en Inde. J’en ai trouvé une trace en Amérique latine au vingtième siècle, avec le mot chagrillo : voyez mes Americanismos.

Glap, glatissement : Aboiement d’un chien.

Glop : Boiteux ; claudus.

Gnac : Coup de dents.

Gobbin : Petit bossu ; de gibbus.

Gohine : Nom fabuleux d’une princesse d’Angleterre, que le roman de Tristan de Léonois, dépeint comme une femme extrêmement méchante, et dont le nom paraît avoir formé le mot gouine, femme de mauvaise vie, de basses mœurs, femme méchante.

Gomorant : Habitant de Sodome et de Gomorrhe ; sectateur des vices qui leur étaient reprochés.

Le Liber Gomorrhianus de Pierre Damien a consacré cet usage du nom des habitants de Gomorrhe pour désigner les pratiques aujourd’hui plus connues sous le nom de leurs voisins de Sodome. Plus particulièrement, ce livre décrit comment la confession mutuelle permet aux « sectateurs » en question, membres du clergé, de s’absoudre mutuellement. Il me paraît certain que c’est à ce livre, datant du 11e siècle, qu’il faut imputer l’inscription au nombre des « délits graves », susceptibles d’excommunication, en droit canonique, de « l’absolution du complice dans un péché contre le sixième commandement de Dieu (canon 1378, § 1), c’est-à-dire en matière de chasteté » (Le Tourneau, 1988).

Gourmancien : Nécromancien, devin, astrologue.

Groules, grolles, groulles : Savates, pantoufles.

Les grolles désignent aujourd’hui tout type de chaussures en argot.

Guestiere (guestière), geneschiere (geneschière) : Sorcière.

Gyromantie (gyromancie) : Sorte de divination qui se pratiquait en tournant autour d’un cercle sur la circonférence duquel on avait marqué des lettres ou d’autres caractères significatifs.

L’ancêtre des pratiques de spiritisme, où la gyromancie est effectuée non par le mouvement des corps autour d’un cercle mais, par exemple, le mouvement d’un verre sur lequel les participants, assis autour d’une table, ont chacun posé un ou plusieurs doigts.

H

Ham, hamel, hamelet : Village, hameau bâti au milieu des champs ; de l’arabe khan, khanih.

L’un des plus célèbres personnages de la littérature occidentale, Hamlet, a donc un nom d’origine arabe.

Handuiteur : Espèce de professeur dans une académie de jeux de hasard et d’adresse, tels que dés, cartes, trictrac, boules, quilles, etc.

Haneprie : Toute espèce de hanap d’orfèvrerie ou de cuivre doré, et l’art de les faire et de les fabriquer.

Hec, heche (hèche) : Porte coupée en deux parties, dont celle d’en bas ne passe point l’estomac, porte qui clôt le bas de la baie, pour empêcher les bestiaux d’entrer dans les maisons ou en d’autres lieux.

Hellequin : Lutin, esprit follet, fée, fantômes imaginaires de chevaliers qui combattaient dans les airs.

L’Arlequin de la Commedia dell’Arte a des origines plus inquiétantes que ses tours sur scène, puisqu’il n’est autre que Hellequin, conducteur des démons de la Mesnie Hellequin, chasse sauvage ou chasse aérienne héritée du wotanisme des Scandinaves.

Voyez le tableau du peintre norvégien Peter Nicolai Arbo en bas de ce lexique.

Herbelée : Potion médicinale faite de jus d’herbes ; herbilis, herbile.

Herbeline : Brebis maigre et éclopée, qu’on fait paître à part dans de bons pâturages.

Hercotectonique : Art de l’architecture militaire.

Hiraux : Ceux qui récitaient publiquement des fables et des romans.

Hoguinelle : Troupe de mendiants.

Hottu : Courbé, voûté par l’habitude de porter la hotte.

I

Ignise : Purgation par le feu, épreuve faite par le feu ou par un fer chaud.

Issorba : Aveugler, rendre aveugle ; supplice en usage aux X et XIe siècles.

L

Lampian : Épée, flamberge dont la lame est bien luisante, bien polie.

Langoiement : Action d’examiner la langue d’un porc, pour vérifier s’il n’est point attaqué de ladrerie.

Lecticaire : Fossoyeur, porteur de corps morts ; lecticarius.

Leu-wasté : Loup-garou.

Lisme : Tribut que payaient aux nations Barbaresques les Souverains qui voulaient commercer avec elles.

Loriot : Ornement de tête, tresses de cheveux blonds.

Luiton, luthon : Esprit follet, lutin.

Pour « esprit follet », également : Folot, Foletéour.

Lumerette : Feu follet qui paraît la nuit.

M

Manies : Figures de cire dont nos pères se servaient pour les sortilèges ; manducus, ou du Grec μαντεία.

Maou-bos : Forêt dangereuse, bois rempli de brigands ; malus boscus.

Mare : Espèce de monstre.

C’est exactement le mare de la langue anglaise, qui a donné le mot nightmare, le mare de la nuit.

Marisson : Petit marais.

Marramas, mattabas : Espèce de drap d’or.

Masque : Sorcière, diseuse de bonne aventure.

Le mot est féminin et vient du latin masca, qui désigne une stryge (stria, striga) ou une lamie (lamia), sortes de monstres. Le terme masque au féminin existe encore dans le dictionnaire français : « terme familier d’injure dont on se sert quelquefois pour qualifier une jeune fille, une femme, et lui reprocher sa laideur ou sa malice ; sorcière (languedoc. masco, sorcière, du bas-latin masca) » (Grand Robert).

Maubuisson : Buisson près duquel il est dangereux de passer.

J’ignore si ce buisson est dangereux en raison de quelque magie ou pour toute autre raison.

Mauron : Rond de malheur, cercle tracé par un magicien.

Meretrical (mérétrical) : Qui appartient à une prostituée.

Dans le sens « Relatif à ou qui appartient à ». Mot du vieux français dont il n’existe pas d’équivalent en français moderne, sans qu’il y ait de raison valable à une telle disparition, qui oblige le locuteur contemporain à des périphrases, des circonlocutions alambiquées.

Mesel, meséau : Lépreux ; malheureux, infortuné. Ducange, dans ses Observations sur l’Histoire de S. Louis, dit que ladre et mesel sont synonymes et signifient lépreux ; Barbazan prétend qu’il faut en faire en la distinction (…) pour moi, je crois que la mesellerie a été, dans l’origine, une maladie différente de la ladrerie, que par suite on les a confondues, et qu’elles ont servi à désigner un mal affreux, que l’on réputait le plus dangereux de tous ; il paraît certain que les meséaux étaient traités moins sévèrement que les ladres.

Miséricorde (épée de) : Poignard très pointu, sorte d’épée fort courte qui faisait partie de l’armement des anciens chevaliers ; ces poignards étaient ainsi nommés, de ce que les chevaliers qui avaient terrassé leurs ennemis, s’en servaient pour les tuer s’ils ne criaient miséricorde. On disait aussi dague de miséricorde.

« Terrasser » est ici entendu au sens strict de faire tomber à terre. Comme le montre bien le film Excalibur (1981), un chevalier en armure qui tombe à terre est comme une tortue sur le dos. Son ennemi peut le mettre à mort en lui enfonçant une lame par les jointures de l’armure, le plus souvent au niveau de la gorge. En revanche, le film ne montre pas l’ennemi de l’adversaire terrassé changer d’arme, prendre une dague de miséricorde plus fine et plus pointue que l’épée dont il se sert pour combattre, laquelle, si elle était suffisamment longue et large, devait être difficile à employer pour ce genre de mise à mort.

Monaul, monaut : Qui n’a qu’une oreille, qui en a perdu une ; de monoculus.

Monocle : Qui n’a qu’un œil, borgne ; monoculus.

Mouard, mouarde : singe, guenon. Mounin, mounette, mounine : Singe mâle et femelle.

N

Narquin, narquois : Mendiant, voleur, coupeur de bourses, fourbe, trompeur ; l’argot, langage des gueux, langue composée de mots énigmatiques, de mots remplis de ruse et de finesse.

Néette : Eau, mare où l’on met rouir le chanvre. Nais : Rutoir pour le chanvre. Rutoir : Lieu où l’on fait rouir le lin et le chanvre.

Neule : Pâtisserie fort déliée, connue encore dans quelques provinces du Nord, sous le nom de noules, noudles, espèces d’oublies.

Les noudles font immédiatement penser au mot anglais noodles (nouilles), où des linguistes anglophones croient voir une origine hollandaise. S’agissant d’une pâtisserie fort déliée, il y a lieu de croire que c’était une sorte de pâte, de pasta en somme, donc de nouilles. Le mot qui désigne nos nouilles (à côté de celui qui désigne nos pâtes et est d’origine italienne) pourrait donc bien être la forme moderne de ces noules.

Nomance, nomancie : L’art de deviner ce qui peut arriver d’heureux ou de malheureux à une personne, en examinant les lettres de son nom de baptême ; onomancia.

Nouement de l’aiguillette : Impuissance accidentelle, espèce de maléfice qu’on attribuait aux prétendus sorciers.

O

Oblie, oublie : Sorte de pâtisserie légère et fort déliée, que nous appelons plaisirs ; en bas lat. oblia ; c’était aussi le nom d’une cérémonie qui se pratiquait dans les églises le jour de la Pentecôte, et qui consistait à jeter du haut de la nef, des étoupes enflammées.

Ottruchier, ottrucher : Homme qui élevait et dressait les oiseaux de proie, en général.

Quant à l’autruche, on l’appelait struction.

P

Pacolet (cheval de) : Cheval de bois imaginaire qui allait dans les airs, et qui se conduisait au moyen d’une cheville. Quelques poètes anciens ont donné le nom de pacolet au cheval Pégase.

Cet aéronef apparaîtrait entre autres dans le roman de chevalerie Valentin et Orson, dont la plus ancienne version remonte au 13e siècle (la version française imprimée date de 1489). Il s’agit d’un aéronef, à la manière de Jules Verne, c’est-à-dire d’une technologie imaginaire plutôt que d’un animal imaginaire, vu que Pacolet est en bois et se conduit « au moyen d’une cheville », ce qui me fait penser au manche de pilotage d’un avion.

Paléoc, paletot, paltoc : Tulipe bigarrée, et coupée par différentes couleurs. Mais à Paltoc, paltoque : La tulipe, fleur bulbeuse.

Passaire : Potion médicinale passée à la chausse.

Cette mystérieuse chausse doit être la « chausse d’Hippocrate » ou « chausse à hypocras », « utilisée en pharmacie » selon le Grand Robert, et qui était une sorte de « filtre, entonnoir en étoffe ».

Pegomancie (pégomancie) : Divination païenne qui se faisait en jetant des espèces de dés dans les fontaines ; lorsqu’ils allaient au fond, on en tirait un heureux présage ; mais quand ils s’arrêtaient à la surface, c’était mauvais signe ; pegomantia.

Peploum, peplum : Voile, coiffure de femme en usage au XIIe siècle ; elle enveloppait la tête et le menton, et remontait jusqu’au nez.

Petteur, pettour (péteur) : Nom de celui qui, à raison de l’office de la sergenterie qu’il possédait en fief, avait le droit singulier de se présenter tous les ans, le jour de Noël, devant le Roi d’Angleterre, et de faire un pet devant lui.

Piement, pieument, pigment, piment : Liqueur composée de miel, de vin, et de différentes épices ; pigmentum. Pour Pigment : également, « vin rouge, vin haut en couleur, vin rosé ». Pour Pieument et Piment : également, « mélisse, citronnelle ».

Pimpeloré (drap) : Drap qui est à feuilles de pimprenelle, autrefois pimpinelle.

L’expression « drap à feuilles de pimprenelle » n’est pas des plus explicites. Selon un autre ancien dictionnaire (le Godefroy), le mot, avec l’orthographe pinpeloré, signifie « orné de diverses couleurs » et ne renvoie pas à la primprenelle mais est une variant de pintelé, pinteloré. Selon le Dictionnaire de l’Académie française de 1839, le mot signifie « orné d’une broderie qui imite les feuilles de la pimprenelle ».

Pimpousaie, pimpousée : Femme qui fait la délicate, la précieuse.

Pitouns : Devins, sorciers.

Polincteur : Homme qui embaume les morts ; de pollinctor.

Le terme latin pollinctor est connu en anglais, où il a le sens de « undertaker; a person who prepared corpses for a funeral » ou bien « one who prepares materials for embalming the dead; a kind of undertaker ». Le sens anglais pourrait laisser penser que polincteur ne décrit pas seulement une fonction relative à l’embaumement des momies dans l’Égypte ancienne, dont les manuscrits du moyen âge pouvaient avoir à parler, mais aussi une certaine fonction funèbre au moyen âge, qui reste cependant assez floue.

Posoera : Sorcière, femme débauchée.

Poussaille, pousse : Gardes, archers, gens destinés à saisir et chasser les vagabonds et les voleurs.

Proelingant : Qui goûte le premier aux plats.

Q

Questron : Bâtard, enfant d’une prostituée.

R

Rabat : Esprit follet, lutin.

Ramassières : Sorcières, qui s’imaginaient aller au sabbat sur un ramon, ou balai.

Rancoulli : Eunuque.

Relique à pierres : Reliquaire garni de pierreries.

Renvoisons : Prières pour les biens de la terre.

Rodondon : Espèce de manteau, ainsi nommé à cause de sa rondeur.

Roffée : Gale, teigne, croûte de gale.

S

Sacards : Ceux qui, sous le prétexte d’ensevelir les pestiférés, volent leurs maisons ; gens de sac et de corde.

Sacs : Certains religieux, ainsi nommés de ce qu’ils étaient vêtus d’un habit grossier comme un sac.

Sagane : Sorcière.

Saphistrin : Saphir d’Allemagne.

Sarviciau : Garde de femme en couche.

Satyriau : Petit satyre.

Sauterai : Nom que les gens de campagne donnent à un prétendu génie familier, qu’ils croient ou supposent s’attacher à quelques chevaux d’une écurie, et en prendre un soin particulier.

Ressemble au drolle de mon Cabinet de curiosités.

Sauvage (chevalier) : Chevalier errant, inconnu.

Séjour (beste de) : Cavale ou vache qui a mis bas, et qu’il faut laisser reposer.

Sorceron : Breuvage fait par sortilège.

Sore, soré : Jaune, doré, de couleur blonde. Cette épithète a été employée pour châtain clair.

Sourclave : Fausse clef.

Pour quoi faire ?

Squenancie : Parfum de racines de jonc.

T

Tiersaige : La troisième partie des biens d’un défunt, que le curé de sa paroisse exigeait en certains lieux, pour lui donner la sépulture : ce droit fut réduit à la neuvième partie, et ensuite entièrement aboli.

Thoilette, toilette : Batiste, toile fine de lin.

Touret : Masque que les dames portaient, et qui ne cachait que le nez ; de là on le nommait touret de nez ; on l’agrandit depuis, et alors on l’appela loup. On appelait encore ainsi un petit oreiller, ou bien un petit coussin qui servait à cacher les défauts de la taille.

Tragelaphe : Animal qui tient du cerf et du bouc.

Le tragélaphe est une antilope africaine, par exemple dans Chateaubriand. Je trouve également cette définition : « Le tragélaphe est un cerf dont le tête est une tête de bouc ou une tête humaine. Il est représenté combattant avec un lion, dans la symbolique chrétienne du moyen âge. » (Meubliz, le meuble de A à Z)

Traquenard : Piège à prendre des souris et des rats.

Triaclieur, triaclier : Marchand d’orviétan qui court les places et les rues, vendeur de thériarque.

Trilingues : Nom qu’on donnait aux Marseillais, parce qu’ils parlaient trois langues, le Latin, le Grec et le Gaulois.

Troève : Essaim d’abeilles trouvé dans un bois. Aboilage, abollage : Droit qu’ont les seigneurs de prendre les abeilles qui se trouvent sur leurs dépendances. Aurilleur : Fermier qui jouit du droit d’aboilage ou d’abeille.

S’agissant de troève, l’emploi du mot « trouvé » semble indiquer que l’essaim d’abeilles devient la propriété de celui qui le trouve ; il ne s’agit pas seulement d’un essaim « rencontré » dans un bois. Les deux mots suivants servent à confirmer cette interprétation : le seigneur, ou un fermier, peut « prendre » les abeilles qu’il trouve sur son domaine.

Troiche : Bouquet de fleurs, de perles, ou de pierres précieuses.

Truiettes : Marques rouges qui sont sur les jambes de ceux qui s’approchent trop du feu.

V

Vautrier : Chasser le sanglier.

Vert-may : Branches de verdure dont on parait les rues dans les jours de processions.

J’imagine qu’on parait les rues en les jonchant de branches de verdure, et cela nous renvoie donc aux pratiques décrites par le verbe glager (voyez supra).

Veu, vœu, voult, vout : Figure de cire qui représentait celui qu’on désirait blesser ou tuer en la piquant ; de vultus.

Vulsenade : Meurtre que le mari fait à l’instant même où il surprend sa femme en adultère ; de vulnerari.

W

Wain, wayn : Spectre, fantôme.

Wairon, vairon : Loup-garou.

Wiart, wite : Voile dont les femmes se couvrent le visage.

Z

Zahorie : Vue perçante.

Le mot existe en espagnol, avec un sens de pouvoir spécial qui doit être contenu dans la définition laconique du Roquefort : zahorí, zaorí «persona a quien el vulgo atribuye la propriedad de ver lo que está oculto, especialmente veneros de agua subterránea y yacimientos minerales».

*

Sainte Hélène portant un chapeau à bec (abacot) par Agnolo Gaddi (14e siècle)

Åsgårdsreien (1872) par Peter Nicolai Arbo

Americanismos V: Guaraní

Nous poursuivons notre onomasticon d’americanismos en langue espagnole par la présente série tirée du Gran Diccionario de lengua guaraní (1987) du philologue paraguayen Máximo Ricardo Dacunda Díaz (décédé en 2006), ci-après DD.

Certaines des entrées qui suivent figurent déjà dans nos séries précédentes, et c’est pourquoi nous renvoyons à plusieurs reprises à tel ou tel numéro, car le DD, un dictionnaire à la fois guarani-espagnol et espagnol-guarani (assorti d’une grammaire et d’une partie documentaire sur la culture guarani : céramique, artisanat, numération, connaissances astronomiques…), s’étend assez peu, dans la partie lexicale, sur les considérations ethnographies et historiques, au contraire du Diccionario general de americanismos (1942) du Mexicain Francisco J. Santamaría (ci-après FS) dont nous nous sommes servis presque exclusivement jusque-là. Le guarani a au Paraguay le statut de langue officielle au même titre que l’espagnol, et un dictionnaire espagnol-guarani a donc dans ce pays une finalité pratique immédiate.

Dans le même esprit que les précédentes séries (I-IV) (voir Index), le choix des mots retenus est largement idiosyncratique et n’est motivé ni par la fréquence ou l’importance culturelle ni par quelque autre considération de méthode que ce soit, mais par la recherche de ce que j’appellerais une typicité extraordinaire des « objets » considérés, dans une optique de collectionneur, presque de cabinet de curiosités, poétique et philosophique.

De même que précédemment, je complèterai ces entrées, dans la mesure du possible, par des exemples tirés de la littérature, quand j’en rencontrerai lors de mes lectures.

Ce qui me conduit à la troisième source de cette série, le Diciónario brasileiro da língua portuguesa en ligne de la maison d’édition Michaelis (ci-après BR). En l’occurrence, cela s’imposait car le nombre d’americanismos d’origine guarani, ou tupi-guarani, en portugais du Brésil est significatif.

La seule source pour l’extraction des mots a été le DD et, quand j’ai pu trouver le terme dans le FS et/ou le BR, j’ai ajouté les définitions de ces derniers, qui apportent souvent un complément utile.

Les définitions espagnoles et portugaises sont traduites par moi-même, avec mes commentaires entre crochets [ ].

*

Aarú. Bolo alimenticio preparado con carne triturada de tatú mezclada con fariña de mandioca, tribu Nambiguá, Brasil.

Pâte alimentaire à base de chair de tatou triturée et mélangée à de la farine de manioc, chez les Nambikwara du Brésil.

Aaru (m). Espécie de bolo de origem indígena, característico do povo nhambiquara, feito com tatu moqueado, inteiramente socado no pilão e ao qual se mistura massa de farinha de mandioca. (BR)

Espèce de gâteau d’origine indigène, caractéristique du peuple Nambikwara, fait de tatou grillé et haché au pilon, mêlé à une pâte de farine de manioc.

Abaré. Hombre diferente. Entre los tupis brasileros significa misionero, sacerdote.

« Homme différent », nom donné aux missionnaires chrétiens par les Tupis du Brésil.

Abaré, Avaré ou Abaruna (m). Designação dada pelos indígenas do Brasil ao sacerdote cristão: missionário, padre, em especial, os jesuítas. (BR)

Nom donné par les Indiens du Brésil au prêtre chrétien ; missionnaire, père, en particulier jésuite.

Ängá-pîtá. Luz mala en la noche.

Feu-follet (« lumière mauvaise ») dans la nuit.

Anguaî o Ibîrá Payé. Árbol del bálsamo; árbol mágico, curativo.

Arbre du baume ; arbre magique aux vertus médicinales.

Angurú. Fantasma.

Fantôme.

Añá. (adj) malo; (s) diablo, demonio. [Véase Aña: Americanismos III]

(Adj.) mauvais ; (subst.) diable, démon.

Añangá. Espíritu del mal.

L’esprit du mal.

Anhangá ou Anhanga (m). Espírito ou gênio que, segundo os indígenas brasileiros, protege os animais, tomando a forma de qualquer deles, para assustar o caçador ou pescador. 2 Fantasma, espectro ou visagem de gente, animal da terra, água ou ar, que amaldiçoa aquele que o vê. 3 Diabo. (BR)

«Muita gente dizia que aquilo era obra do vento, mas eu tenho a certeza que foi mesmo Anhanga, que é um não sei que diga muito miserável. Só vendo o fragoido que ele fazia na mata. –Mas você não o viu? –Deus me defenda de uma desgraça dessas, seu doutor! A gente fica estragado para o resto da vida. Dizem que ele é um homão de mais de três metros, mal empernado de cara, com a pele curtida e uns cabelos duros e torados que nem caraca de carnaúba. O pior é que ele encandeia pelos olhos e a gente fica peado na sua frente como qualquer mocó diante da sucurijú.» (Gastão Cruls, A Amazónia misteriosa)

Esprit ou génie qui, selon les Indiens du Brésil, protège les animaux, pouvant prendre la forme de n’importe lequel d’entre eux dans le but d’effrayer le chasseur ou le pêcheur. 2 Fantôme ou spectre d’une personne, d’un animal terrestre, marin ou aérien, dont l’apparition fait peser une malédiction sur celui qui la voit. 3 Diable.

Añá-ratá. Fuego del diablo.

Feu du diable.

Añangagüéra. Diablo viejo. 2 Apodo dado a los conquistadores portugueses en el Brasil.

Vieux diable. 2 Sobriquet donné aux conquistadores portugais du Brésil.

Aosó. Mitología: Ser de la fecundidad.

Dans la mythologie guarani, l’être de la fécondité.

Arabú. Comida que se hace con huevos de tortuga, fariña y azúcar, por los guaraníes del Brasil.

Plat à base d’œufs de tortue, de farine de manioc et de sucre chez les Guaranis du Brésil.

Arabu ou Abunã (m). Iguaria amazonense, feita como pirão, com ovos de tartaruga, tracajá ou outro quelônio; leva farinha de mandioca e, muitas vezes, açúcar. (BR)

Un mets amazonien, semblable à la bouillie de manioc, à base d’œufs de tortue ou d’autres quéloniens, de farine de manioc et souvent de sucre.

Ararambói. Ofidio de coloración verde y líneas amarillas, que vive trepado a los árboles. Se alimenta de pájaros pequeños.

Ophidien à la peau verte veinée de jaune, qui vit suspendu dans les arbres. Il se nourrit de petits oiseaux. [Connu en français sous le nom de boa émeraude ou boa canin.]

Ararambói, araramboia, cobra-papagaio

Araramboia (f). Cobra-papagaio; serpente (Corallus caninus) da família dos boídeos, cujo dorso verde apresenta listras transversais amareladas e partes inferiores esbranquiçadas; araboia, arauemboia, jiboia-verde, periquitamboia.

« Cobra-perroquet », type de boa dont le corps est vert et présente des lignes transversales jaunes sur le dos et dont la partie inférieure est de couleur blanchâtre.

Ayacuá. Diablo pequeño con arco y flecha. [Véase Americanismos I]

Diablotin armé d’arc et de flèches. [Voir le mot dans Americanismos I, où ce faunesque génie est décrit un peu plus en détail.]

Caarö. (Español Caaró) Reducción Jesuítica de Guaraníes en el Oriente del Río Uruguay, donde fue muerto su fundador Padre Roque González de Santa Cruz en 15-11-1628, a manos de los Caciques Carupé y Aregoatí, de los aborígenes rebeldes Maraguá y Caburé, instigados por el Cacique Hechicero Ñezú, y éste influenciado por el diabólico Cacique Potivará. El padre Roque había fundado la Reducción de Caaró el 1° de noviembre de ese mismo año; y anteriormente otras importantes reducciones de guaraníes, como Yapeyú, San Francisco Javier de Tabatí, Candelaria de Caázapá Miní y otras. Según la historia de esta tragedia, Carupé arrancó el corazón del Padre mártir Roque González de Santa Cruz, y lo atravesó con una flecha, arrojándolo después al fuego. El corazón no se quemó, y actualmente se conserva en Asunción, Paraguay, su ciudad natal.

Nom d’une réduction de Guaranis fondée par les Jésuites à l’est du fleuve Uruguay et où fut mis à mort son fondateur, le père Roque Gonzalez de Santa Cruz, le 15 novembre 1628, aux mains des caciques Carupé et Aregoati des tribus rebelles Maragua et Caburé, subverties par le cacique sorcier Niezu, celui-ci sous l’influence du diabolique cacique Potivara. Le père Roque avait fondé la réduction de Caaro le 1er novembre de la même année, et d’autres importantes réductions guaranies auparavant, telles que Yapeyu, Saint François Xavier de Tabati, Candelaria de Caazapa Mini, et d’autres. Selon le récit qui est fait de cette tragédie, le chef Carupé arracha le cœur du père martyr et le transperça d’une flèche, avant de le jeter au feu. Le cœur ne se consuma point dans les flammes et il est actuellement conservé à Asuncion, au Paraguay, la ville natale du père Roque.

Caapí. [Planta] De ramas largas, de flores rosadas, del cual se extrae un alcaloide. Los hechiceros de las tribus lo utilizaron mucho en acciones curativas y en sesiones espirituales religiosas.

Plante aux longues lianes et aux fleurs roses, dont on extrait un certain alcaloïde. Les magiciens des tribus l’utilisaient fréquemment dans un but curatif ainsi qu’au cours de séances spirituelles religieuses. [C’est un autre nom de l’ayahuasca, un hallucinogène puissant : voir ce mot dans Americanismos I.]

Caapi (m). Planta lenhosa (Banisteriopsis caapi), da família das malpighiáceas, nativa da região amazônica, de folhas ovaladas e flores róseas em panículas, da qual se extrai a banistera, alcaloide com propriedades alucinógenas; cipó-jagube. (BR)

Plante ligneuse de la famille des malpighiacées, native de la région amazonienne, aux feuilles ovales et aux fleurs roses en panicules, de laquelle on extrait la « banistera », un alcaloïde hallucinogène.

Caá Póra. El Dueño-Fantasma del Bosque. Según el hechicero, cada vez que uno se interne en el bosque, debe solicitar permiso al Caá Póra. En la mitología tupí, Caá Póra se presentaba en forma de una mujer con una sola pierna y que caminaba dando saltos; o a veces se presentaba como un niño con cabeza muy grande.

Génie des forêts. Selon les magiciens, chaque fois que quelqu’un pénétre dans la forêt, il doit en demander la permission à Caa Pora. Dans la mythologie tupi, Caa Pora avait l’apparence d’une femme unijambiste qui chemine en sautillant ; ou bien il prenait autrement l’aspect d’un enfant pourvu d’une tête énorme.

Caapora ou Caipora (m o f). Ente fantástico originário da crença tupi, derivado do curupira, muito conhecido popularmente e que, conforme a região, é representado ora como uma mulher unípede, que anda aos saltos, ora como uma criança de cabeça enorme, ora como um caboclinho encantado, ora ainda como um duende sertanejo, cujos pés têm calcanhares para a frente e os dedos para trás e que anda montado em um porco selvagem e protege as caças, matas e florestas. Em todas essas versões da crendice popular, é, entretanto, associado à má sorte e à morte. (BR)

Être fantastique très connu des croyances tupi, dérivé du Curupira, et qui, selon les régions, est représenté sous l’aspect d’une femme unijambiste qui avance en sautillant ou bien comme un enfant à la tête énorme, un oiseau enchanté ou encore un génie agreste dont les pieds ont les talons devant et les doigts derrière, monté sur un cochon sauvage et protecteur de la faune et de la flore. Dans ces croyances populaires variées, il est toutefois toujours associé au mauvais sort et à la mort.

Caá-Yarîi. Mitología guaraní de Misiones, Arg. Dueña, patrona, abuela de la Yerba Mate. No ostante ser abuela, se la describe como una mujer joven y rubia, y es protectora de los yerbales.

Dans la région de Misiones, en Argentine, la patronne ou grande-mère de l’herbe maté. Bien qu’on parle de grand-mère, elle est décrite comme une jeune femme blonde [très atypique des Amérindiens en général et des Guaranis en particulier] et elle est la protectrice des prairies de maté.

Caátorî. Hierba de la alegría.

Herbe de la joie. [Un narcotique ?]

Caba tatú. Avispa productora de miel. Tiene el nombre de tatú por la similitud de su nido con la caparazón del tatú.

Une certaine guêpe productrice de miel, dont le nom de « guêpe-tatou » vient de la ressemblance de son nid avec la carapace du tatou.

Caba tatú, cabatatu, vespa-tatu, maribondo-tatu, tatucaba

Cabatatu (f). Vespa social (Synoeca cyanea) de coloração azul-metálica, com a cabeça avermelhada, que constrói ninhos em árvores com a forma de carapaça de tatu; maribondo-tatu, tatu, tatucaba, tatucaua, vespa-tatu. (BR)

Guêpe sociale de couleur bleue métallique et dont la tête tire sur le rouge, qui construit dans les arbres des nids en forme de carapace de tatou.

Caburé. Nombre vernáculo guaraní de un pequeño buho, del tamaño del puño. Caburé-í. Caburé de menor tamaño (Glaucidium nanum). En Corrientes y Misiones existe la creencia del Payé de Caburé-í. El Abá Payé (hombre hechicero) o Cuñá Payé (mujer hechicera) preparan el Payé, una pequeña bolsita que contiene plumas del Caburé-í, untada con particulas de sesos y con bermellón. Además del amor, la pluma de Caburé-í trae a su poseedor mucha suerte, en negocios y juegos de azar. [Véase Payé en Americanismos I.] (FS caburé, caburey)

Nom vernaculaire guarani d’une petite chouette de la grosseur du poing. Caburé-í. Il en existe une variété plus petite encore, qui donne son nom à une pratique magique par laquelle le magicien ou la magicienne prépare une petite bourse contenant des plumes de cet animal et ointe avec des particules de la cervelle de l’oiseau et du vermillon. Cette amulette est supposée apporter à son possesseur amour, succès dans les affaires, chance aux jeux de hasard…

Caburé (m). Glaucidium brasilianum. 2 Glaucidium minutissimum. 3 Vaso usado em rituais de feitiçaria. 4 Uma das figuras do bumba meu boi, representando essa ave com a cabeça exageradamente grande, característica que, durante as apresentações, assusta as crianças. (BR)

3 Vase utilisé dans les rituels de magie. [Il s’agit sans doute, à l’origine, de la bourse dont il est question dans DD.] 4 Un des personnages du bumba-meu-boi [un carnaval populaire dont le personnage principal est un bœuf (boi) qui meurt et ressuscite], représenté sous la forme de cet oiseau avec une tête exagérément grande, une caractéristique qui a le don, lors des représentations, de faire peur aux enfants.

Camboatá o Îbîrá Corpus. Con los gajos de este árbol los Padres Jesuitas adornaban las calles y llevaban a modo de palmas en las procesiones, en días de festividades religiosas. (FS camboata; BR camboatá, fruta-de-pombo)

Avec les branches de cet arbre les pères jésuites ornaient les rues, et ils les portaient également en guise de palmes dans les processions, les jours de fête religieuse.

Caraí Pîrahé. Mitología: Señor de la Noche. Fantasma de la Noche. Pombero. [Véase Pombero: Americanismos III]

Le seigneur de la nuit. L’esprit de la nuit. Le Pombero. [Voir ce mot dans Americanismos III.]

Categuara. Antiguo puerto en la Costa del Pacífico, en el Perú, que figura en el Mapa de Ptolomeo.

Ancien port de la côte du Pacifique, au Pérou, qui figure sur la mappemonde de Ptolémée. [Je rappelle que Ptolémée a vécu au IIe siècle. Le professeur Dacunda Diaz appartient ainsi à ces chercheurs pour qui l’Amérique n’était pas une complète terra ignota avant Colomb. Pour quelques données et réflexions à ce sujet, voir mon essai.]

Cumacú. Árbol con propiedad mágicas para preservar la libertad.

Un certain arbre aux propriétés magiques préservant la liberté.

Curundú. Amuleto con virtudes sobrenaturales. A quien lo posee, en peleas y duelos criollos desvía las balas y el lanzaso, defendiéndolo.

Amulette dotée de pouvoirs surnaturels qui dévie les balles et les coups de lance pour défendre son possesseur, dans les rixes ou les fameux « duels créoles » des gauchos.

Curupá. Narcótico vegetal que los guaraníes empleaban para adormecer a los peces y pescarlos. [Véase Curupa en Americanismos IV.]

Narcotique végétal que les Guaranis employaient pour endormir les poissons pendant la pêche.

Curupí. Fantasma que habita en los bosques. Es un aborigen corpulento de color rojizo, impresionante, que camina con los talones de los piés hacia adelante, y los dedos para atrás. Cuando el Curupí aparecía a los aba guaraní, esos enloquecían, arrojándose a algún río o atropellando espinas y ramas del bosque, matándose.

Génie des forêts. C’est un Indien corpulent de couleur rubiconde, qui a les doigts de pied à l’arrière et les talons devant. Quand le Curupi apparaissait aux Guaranis, ils devenaient fous, se jetaient dans une rivière ou contre des arbustes pleins d’épines pour se tuer.

Curupira ou Currupira (m). Ente fantástico que habita as matas, considerado um dos mitos mais antigos do Brasil. É representado por um garoto de baixa altura, cabelos cor de fogo, e pés com os calcanhares para a frente e os dedos para trás, a fim de enganar os caçadores. É o protetor das árvores e da caça. (BR)

Créature fantastique habitant les forêts, considéré comme l’un des mythes les plus anciens du Brésil. Il est représenté comme un garçonnet de petite taille aux cheveux couleur de feu et les pieds talons devant et doigts derrière pour induire les chasseurs en erreur. Il est le protecteur des arbres et des animaux.

Garapé. Zanja Jesuítica antigua, del siglo XVII, que unía el río Aguapey con el río Paraná.

Ancien canal (littéralement, en espagnol, « tranchée ou fossé jésuite ») qui, au dix-septième siècle, unissait le Rio Aguapey et le Rio Parana. [La topographie de la région connaît encore les noms propres de Zanja Garapé et Zanja Jesuitica.]

Güirapurú. Mitología: Ave hechicera. Guirapuru o Uirapuru (m) (Pipra) (BR)

Dans la mythologie guarani, un oiseau magicien. [Il s’agit, selon le dictionnaire brésilien, d’un oiseau du genre Pipra, mais il ne mentionne pas les croyances relatives à cet oiseau.]

Î Póra o Y Yára. Mitología: Señora dueña de las aguas.

La reine des eaux. [J’ai eu l’occasion de l’évoquer dans mon essai Ingeborg, A Viking Girl on the Blue Lagoon.]

Iara ou Mãe-d’água (f). Ente fantástico, espécie de sereia, meio mulher, meio peixe, que habita rios e lagoas; aiuara-aiuara, uiara.

Iara ou « la Mère des eaux », créature fantastique, espèce de sirène, mi-femme mi-poisson, qui vit dans les rivières et les lacs.

Irasëma. Mitología: Diosa o dueña de los cantares. I: agua; rasé: murmullo, llanto; ma: ya. Murmullo del agua al correr o caer.

Déesse ou reine des chansons. Son nom signifie « le murmure de l’eau (qui court ou tombe) ».

Itá. Piedra. 2 Ornatos de piedra pulida que se encuentran en las urnas funerarias de los antiguos pueblos guaraníticos como los del Delta del Paraná, Buenos Aires.

Pierre. 2 Ornements de pierre polie trouvés dans les urnes funéraires de anciennes populations guaranies, telles que celles du delta du Parana, dans la région de Buenos Aires.

Itã (f). Ornato de pedra, típico das urnas funerárias dos antigos povos aborígines; intã. (BR) [Cf. Muiraquitã: pedra das amazonas.]

Ornement de pierre typique des urnes funéraires des anciens peuples indigènes.

Lampalagua o Curiyú. Ofidio de gran tamaño que habita en la laguna de Yberá. Devora y traga zorros, vizcachas, ciervos y otros animales. [Véase Ampalagua: Americanismos I.]

Serpent colossal habitant la lagune d’Ybera. Il dévore et engloutit renards, viscaches, cerfs et autres animaux.

Ampalágua (f) ou Curudiú (m). Sucuri-amarela. (BR) « Boa jaune »

Lobizón o Luisón. Superstición adoptada. El séptimo hijo varón consecutivo que se convierte en perro o en lobo grande. Realiza sus salidas nocturnas semanales en días viernes. No es carnívoro y se alimenta de excrementos de los gallineros. [Véase Americanismos III.]

Dans cette supersticion empruntée à d’autres par les Guaranis, il s’agit du septième fils consécutif d’un même lit, qui se transforme en chien ou en loup. Il réalise ses sorties nocturnes hebdomadaires le vendredi. Il n’est pas carnivore mais se nourrit de la fiente des poulaillers.

Mainumbî. Picaflor or colibrí. La superstición popular le atribuye a su presencia buena noticia o grata visita.

Colibri. Les croyances populaires affirment que sa présence augure d’une bonne nouvelle ou d’une visite agréable.

Moñái. Mitología: Uno de los siete Entes del mal.

Selon la légende, une des sept entités du mal. [DD omet de dire quelles sont les six autres.]

Ñacurutú. Impresionante y majestuosa ave de rapiña de toda la América Meridional (Bubo virginianus ñacurutu). De vida nocturna. Los guaraníes creían que su canto impresionante significa : Añá-ñeé-ngurú-pitü, es decir, «El diablo habla en la oscuridad entre dientes»; y que su contacto contagiaba al hombre pereza.

Un oiseau de proie impressionnant et majestueux dont l’habitat recouvre l’ensemble de l’Amérique méridionale. De mœurs nocturnes. Les Guaranis croyaient que son chant impressionnant disait « Le diable parle entre ses dents dans l’obscurité », et que son contact rendait l’homme paresseux.

Ñandá. Mitología de Guarayos. Creían y adoraban a un animal sagrado, parecido al mulo.

Les Indiens de la province de Guarayos vénéraient un certain animal sacré de ce nom et imaginaire, semblable au mulet.

Ñandú Tatá. Mitología. Ñandú: avestruz; tatá: fuego. Según la creencia, es el fuego o luz mala que camina de noche, o corre como el ñandú.

« L’autruche de feu » est, dans les croyances populaires, un feu-follet ou « lumière mauvaise » qui sort la nuit et court comme l’autruche appelée ñandú.

Ñandutí. Tejido fino como tela de araña, con hilos muy finos. Se teje en el Paraguay. [Véase Americanismos III.]

Un tissu fin comme de la toile d’araignée, tissé au Paraguay. [Le terme est composé à partir du nom d’une araignée, ñandú (comme l’autruche), également appelée araña chata (araignée plate).

Ñasaindî. Luz de la luna llena. Añá-hesä-hendî significa: Añá: diablo; hesä: ojo; hendî: encendido. Como es de noche, «es el ojo encendido del diablo que mira la tierra», en su polisíntesis la palabra ñasaindî.

La lumière de la pleine lune. Le nom signifie « l’œil brillant du diable qui regarde le monde ».

Ombú. Árbol grande de buen follaje, típico del habitat guaraní (Phytolacca dioica). Su ceniza contiene potasa y sirve para hacer jabón. Folc. La superstición lo relaciona con los «entierros» y «tesoros escondidos» debajo de sus raíces, acompañados de «luces malas». Además que las aves nunca anidan en su follaje y es dañoso dormir debajo del árbol.

Grand arbre de bon feuillage, typique du milieu guarani. Sa cendre, qui contient de la potasse, permet de fabriquer du savon. Folk. La supersticion l’associe aux trésors cachés, entre ses racines, ainsi qu’aux « lumières mauvaises » (feux-follets) ; de même, les oiseaux ne nicheraient jamais dans ses branches, et dormir sous l’arbre serait néfaste.

Ombú (m). … Crece aislado en medio de la pampa, y no ofrece otra utilidad que la sombra o el pasajero abrigo que presta contra la lluvia o el viento, pues no da fruto, ni su madera esponjosa puede ser empleada en carpintería ni para calefacción, porque no arde. Muy común también en los cementerios, en Argentina. (FS)

L’ombú pousse isolé au milieu de la pampa et n’est d’aucune utilité, si ce n’est pour l’ombre ou l’abri temporaire qu’il offre contre la pluie ou le vent, vu qu’il n’a pas de fruits et que son bois spongieux ne peut servir ni en charpenterie ni pour le chauffage, dans la mesure où il ne prend pas feu. On le trouve également souvent dans les cimetières, en Argentine. [Il est curieux que l’arbre soit dit ici ne pas brûler, alors que l’on a vu plus haut que sa cendre sert à faire du savon ; mais ces deux sources ont près de cinquante ans d’écart.]

Paná paná. Migración de golondrinas en cierta época del año.

Migration d’hirondelles à une certaine époque de l’année. [DD semble là se fourvoyer complètement : il ne s’agit pas d’hirondelles, dont les migrations sont bien connues de nos climats, mais d’essaims entiers de papillons, selon la définition du BR qui suit.]

Panapaná (m). Borboleta. 2 Grande quantidade de borboletas em migração; panamá, panapanã. 3 Bando de borboletas que sugam sais minerais de terra úmida, à beira de rios. (BR)

Panapaná azul

Papillon. 2 Grande quantité de papillons en migration. 3 Essaim de papillons lorsqu’ils sont en train de sucer les minéraux de la terre humide, au bord des rivières.

Pichaí. Cabello de negro.

Les cheveux d’une personne de race noire.

Pirá Guacupá. Pez de los ríos Paraná y Uruguay, de un palmo a lo largo, de cuerpo con escamas plateadas brillantes. En la cabeza el guacupá tiene dos piedras. El jesuita Domingo de Torres descubrió en estas piedras propiedades medicinales contra el mal de piedras: «Se muelen dos piedrecillas, y su polvo mezclar con vino tinto tibio o agua algo caliente: agregar tres granos de trigo reducidos también a polvo… todo esto contra las piedras y el mal de orina.»

Poisson des Rios Parana et Uruguay, de vingt à trente centimètres de long et couvert de brillantes écailles argentées. Son crâne contient deux pierres [des bézoars], auxquelles le jésuite Domingo de Torres découvrit des vertus contre les calculs urinaires : « Moudre les deux petites pierres et mélanger leur poudre avec du vin rouge tiède ou de l’eau chaude : ajouter trois grains de blé également réduits en poudre… contre les calculs et le mal des urines. »

Pirá Cururú. Pez sapo. Pez feo parecido al sapo.

Poisson-crapaud, un poisson d’aspect rébarbatif ressemblant au crapaud.

Cururu (m). Pacamão, peixe-sapo. (Lophiosilurus alexandri) (BR)

Piranú. Mitología. Monstruo protector de los peces en Misiones, Arg. «Pez grande y negro, con ojos grandes y cabeza de caballo, que echaba a pique las canoas de los pescadores.»

Monstre protecteur des poissons, dans la région de Misiones, en Argentine. « C’est un grand poisson noir, avec de grands yeux et une tête de cheval, qui coulait par le fond les pirogues des pêcheurs. » [DD n’indique pas l’origine de cette citation.]

Póra cî. Fantasma: Madre de la belleza.

Un certain génie : la Mère de la beauté.

Quimbaya. Familia aborigen de la costa de Ecuador. Eran muy hábiles en trabajos de oro. Los ídolos de oro hechos por ellos, conocidos como el «Tesoro de los Quimbayas», se encuentran en el Museo Nacional Arqueológico de Madrid, España.

Peuple d’Indiens de la côte de l’Écuateur. Ils étaient très habiles dans le travail de l’or. Des idoles en or connues sous le nom de « trésor des Quimbayas » font partie de la collection du Musée national d’archéologie de Madrid.

Tesoro de los Quimbayas

Quimbayas (mpl). Indios que vivían encajonados entre la cordillera y el río Cauca, entre los ríos Tucurumbi y Zegues, en Colombia, donde constituían la provincia llamada de Quimbaya. Los quimbayas eran unas de las seiscientas tribus que pobablan el territorio colombiano al llegar allá los conquistadores en 1549; la región que ocupaban, corresponde actualmente al departemento de Cauca. Parece que provenían de la gran familia andina de los indígenas colombianos; fueron famosos principalmente por sus artefactos de oro. (FS)

Indiens qui vivaient entre la cordillère et le Rio Cauca, entre les Rios Tucurumbi et Zegues, en Colombie, où ils constituaient la province dite de Quimbaya. Ils étaient une des 600 tribus peuplant le territoire colombien à l’arrivée des Espagnols dans la région en 1549 ; la contrée où ils vivaient correspond à l’actuel département de Cauca. Il semble qu’ils provenaient de la grande famille andinne des Indiens de Colombie. Ils sont renommés principalement pour leur travail de l’or.

Quîvú quîvú. Hormiga que camina hacia atrás.

Fourmi qui avance à reculons.

Saperé. Mitología: Duende, hijo del fantasma Curupí.

Selon la légende, cette créature est le fils du génie Curupi.

Suiñandî. Ceibo. Arbusto de las costas de los ríos con bella flor roja. Flor nacional de la Argentina. Una hermosa leyenda expresa que la flor representa a la guaraní llamada Anahí, de voz dulce, pero fea, inmolada, salvando su raza.

Arbuste du bord des fleuves ayant une belle fleur rouge, la fleur nationale de l’Argentine. Une belle légende raconte que la fleur représente la jeune Guaranie Anahi, laide mais à la voix douce, qui se sacrifia pour sauver son peuple.

Sananduí (m). Erythrina crista-galli. Seibo, sanandu, mulungu, canivete, sapatinho-de-judeu, bico-de-papagaio (Erythrina falcata); flor-de-coral (Erythrina corallodendron). (BR)

Entre autres noms de cette fleur, ou d’autres proches et pas toujours bien distinguées dans le langage vernaculaire, en portugais du Brésil, on trouve « godasse de juif », « bec de perroquet », « fleur de corail ».

Sumé o Tumé. Santo Tomás. Sacerdote que enseñó a los guaraníes a cultivar la tierra.

Saint Thomas. Prêtre qui enseigna aux Guaranis la culture de la terre. [DD reprend à son compte la thèse – qui fait partie du folklore guarani – selon laquelle l’apôtre Thomas aurait fait de grands voyages à travers le monde, selon les uns en Inde, selon les autres, à l’instar du polymathe mexicain Carlos de Sigüenza y Gongora (mort en 1700), aux Indes, c’est-à-dire en Amérique.]

Sumé (m). Personagem mítica e lendária que teria aparecido e ensinado aos indígenas a agricultura e, por desgosto com os homens, teria desaparecido misteriosamente. (BR)

Personnage mythique et légendaire qui serait venu aux Indiens et leur aurait enseigné l’agriculture puis, par dégoût des hommes, aurait disparu mystérieusement.

Tambú. Larva comestible. [Véase Americanismos I.]

Larve comestible.

Tambu (m). Bicho de pau podre. (BR)

Larve du hanneton [dont le nom portugais est « le vermicule du bois pourri », en raison de sa vie passée sous les troncs morts des arbres tombés.]

Tananá. Insecto ortóptero del norte, que con estridencia emite su nombre, que es onomatopéyico.

Insecte orthoptère du nord qui émet son nom onomatopéique de manière stridente.

Tananá (m). Pequeno ortóptero (Thliboscelus camellifolius) da família dos tetigoniídeos, encontrado na Amazônia, de cor verde-folha, muito conhecido por emitir um som intenso e característico ao friccionar a base de uma das asas contra o lado oposto. As asas desse inseto são abauladas e formam uma câmara de ressonância, que amplia o som emitido. (BR)

Petit insecte orthoptère d’Amazonie, de couleur vert-feuille, très connu pour le son intense et caractéristique qu’il émet en frottant la base de chacune de ses ailes l’une contre l’autre. Ses ailes arquées forment une caisse de résonance qui amplifie le son émis.

Tapirichú. Gusano del mboyacá (coco).

Ver de la noix de coco.

Taú. Fantasma con la encarnación del mal.

Génie qui est l’incarnation du mal.

Tereré. Crujir de árboles en el bosque. 2 Infusión de yerba mate, fría o helada, que se bebe en el verano.

Grincement des arbres dans la forêt. 2 Infusion d’herbe maté servie glacée au printemps.

Terere (m). En el Paraguay y Bolivia, la yerba del mate puesta en maceración en agua fría, de lo cual resulta una bebida muy agradable. (FS)

Au Paraguay et en Bolivie, herbe maté que l’on fait macérer dans de l’eau fraîche et dont il résulte une boisson très désaltérante.

Tipói. Vestido simple sin mangas ni cuello, de las mujeres guaraníes, usado después de la Conquista.

Vêtement simple, sans manches ni col, des femmes guaranies, entré en usage après la Conquête.

Tipoy (m). En los países del Plata, especia de camisa larga y sin mangas, túnica desceñida, semejante al huipil, que constituye el vestido típico de las indias civilizadas y de las mujeres campesinas. (FS)

Dans les pays du Rio de la Plata, espèce de chemise ample et sans manches, tunique sans ceinture semblable au huipil, et qui est le vêtement typique des Indiennes civilisées et des femmes de la campagne.

Tipói (m) ou Tipoia (f). Vestido em forma de camisola sem manga. (BR)

Tupichuá. Demonio que trata con una persona.

Démon qui traite avec une personne.

Uatapú. Bocina y sonido que los guaraníes obtenían soplando el bucio de caracol, para atraer a los peces y cazarlos.

«Los guaraníes conocieron el minvy chué, especie de flauta muy parecida a la quena peruana; el minvy guasú, similar a la anterior pero más grande; el yandú’pu’á, trompa de guerra para la que se usaba la caparazón del tatú; el uatapú, bocina a la cual atribuían los indios la virtud de atraer a los peces; el minvy tara’rá, gruesa bocina de guerra; el turú, trompeta de tacuara, que después de la introducción del ganado por los europeos se hacía de los cuernos.» (Juan Natalicio González, Ideología guaraní, 1958)

Conque de mollusque dont les Guaranis se servaient pour, avec le son produit en soufflant dedans, attirer les poissons lors de la pêche.

Uatapu (m). Búzio. 2 Trombeta feita de concha usada pelos indígenas.

Mollusque gastropode pourvu d’une conque. 2 L’instrument que font de cette conque les Indiens.

Yarîi. Mitología: Duende protector.

Esprit protecteur.

Yateré. Fantasma que proviene de la luna (Yacy): Yacy Yateré. [Véase Ñacanendi: Americanismos II.]

Esprit originaire de la lune. [Voir Ñacanendi, dans Americanismos II, quelques autres détails au sujet de cette croyance.]

Yayurú. Loro de pico grande.

Un perroquet au long bec [qui ne semble toutefois pas être le toucan.]

Septembre 2017

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