Category: Littérature

Journal onirique 6

Période : février-mars 2020. (Une partie de ce journal est donc un journal onirique de confinement.)

N.B. En commençant par cette série de rêves, je randomise complètement, par des jets de dés, les initiales des prénoms de personnes que je connais apparaissant dans mes rêves.

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Dans un futur proche, la pollution de l’air rend impossible de pratiquer des sports de compétition sans un certain équipement individuel qui permet aux sportifs de maintenir dans l’organisme un niveau suffisant d’oxygène exploitable. Sans cet appareil, que la personne doit porter en permanence, rien que le trajet entre le domicile et l’installation sportive, même en bus, fait perdre à la personne 80 % de son oxygène utilisable, ce qui l’empêche de réaliser la moindre performance sportive.

Arrivant en bus dans un stade, j’entre avec d’autres dans une piscine couverte. Tous les couloirs du bassin sont pris, sauf celui le plus à gauche. Je comprends qu’il ne va pas être possible pour moi de nager aujourd’hui, car je n’ai pas l’appareil en question : en effet, même pour faire du sport en tant que simple loisir, les personnes dotées de l’appareil sont privilégiées par rapport aux autres pour l’utilisation des équipements sportifs. Deux jeunes dans la même situation que moi décident de tenter leur chance et s’avancent vers l’autre bout de la piscine en longeant le couloir de gauche inoccupé. Le maître nageur les arrête et leur demande de montrer leur poison cleaner (épurateur de poison), c’est-à-dire l’appareil que j’ai décrit. L’un des deux jeunes, parce qu’il ne possède pas l’appareil et que cette discrimination l’exaspère, répond de manière impertinente : « I’m on top of it. » (Je suis dessus, dans le sens : Où est mon appareil ? Pourquoi me poser la question puisqu’il est évident que je suis dessus ; alors que le jeune n’est sur rien d’autre que sur le sol). Cette réponse lui vaut d’être jeté tout habillé par le maître nageur dans le couloir inoccupé du bassin. En essayant de se retenir à l’autre jeune, il entraîne ce dernier dans sa chute ; les deux se retrouvent à l’eau. Comme ils protestent contre ce traitement, le maître nageur continue de les humilier en les empêchant de sortir du bassin et même en leur enfonçant la tête sous l’eau quand il s’approchent du bord.

Bien que familier, dans le futur proche dont il est question, chez toute personne investie de la moindre parcelle d’autorité, ce comportement m’écœure, et je ressors, non sans décocher, pour tenter de faire honte à ce maître nageur que je suppose être un bon patriote américain (les dialogues en anglais indiquent que nous sommes aux États-Unis) : « Commie stuff ! » (C’est un truc de communiste.)

Il se peut que cette remarque serve à décrire non pas tant, à son attention, le comportement sadique du maître nageur que la scène tout entière dont je viens d’être témoin, et que ce mot d’humeur soit donc plutôt un jugement sur un film que je serais en train de regarder (tout en jouant dans ce film un rôle secondaire), une contre-propagande à de la propagande capitaliste-autoritaire à destination des patriotes américains, la décrivant sous les traits de l’ennemi.

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À vélo je cherche à me rendre dans une communauté hippie libertaire en bordure de Paris. Je traverse toute la capitale à vélo pour cela, et le trajet est en pente sur une bonne partie du chemin, ce qui est à la fois spectaculaire, grâce à la vitesse que je peux acquérir, et dangereux, m’obligeant à freiner longuement à intervalles réguliers. Je me dis en outre que le retour sera compliqué. Alors que le soir tombe, je sors de la ville en débouchant d’un tunnel en pente lui aussi, et la route est à présent entourée d’épaisses broussailles. Un panneau indique la présence à peu de distance de la communauté d’El Lobo (le loup ?) ou de La Lobo (pour lobotomie ?). Je descends de vélo à l’entrée du chemin qui, se perdant entre les broussailles, me paraît conduire à la communauté. Sur ce chemin, je croise deux hippies qui me confirment que je suis sur la bonne voie, et j’arrive à bon port.

Voyant tout d’abord une hippie préparer un stand de vente, je lui demande si je peux trouver ici des space cakes (gâteaux au cannabis). Elle me répond que non, que c’est ce que beaucoup de touristes demandent mais que les membres de la communauté n’en vendent pas, ni ne vendent de cannabis. Peut-être qu’elle me répond cela me prenant pour un policier, ou qu’elle prend de prime abord tout inconnu pour un policier potentiel.

Je poursuis ma visite par le marché, derrière deux autres touristes, dont l’un remarque à voix bien haute qu’on ne trouve que de la bimbeloterie pour touristes. Les stands présentent en effet des objets standardisés estampillés hippies que l’on trouve un peu partout ailleurs ; la hippie à qui j’avais demandé des space cakes avait d’ailleurs fait allusion à cette invasion. Les tenanciers de ces stands ont l’apparence classique des faux hippies, avec des cheveux longs mais attachés, et le reste à l’avenant, tout ce qu’il y a de lisse et net. Comme ils sentent que je les observe en me faisant ces réflexions, je perçois une certaine gêne chez eux à jouer, par intérêt lucratif, ce rôle fictif de libertaires qu’ils ne sont pas et ne seront jamais. Quoi qu’il en soit, il semble bien que le touriste venant visiter la communauté en soit pour ses frais, que la plupart ne verront que ce que les marchands du temple leur laisseront voir.

La nuit tombant, on allume des guirlandes d’ampoules électriques. Malgré ce que j’ai dit plus haut, il me semble tout de même voir quelque chose d’authentiquement hippie dans une représentation théâtrale en plein air et en allemand donnée par trois femmes aux longs cheveux déployés, sans doute d’origine teutonique.

Par ailleurs, un hippie qui semble lui aussi authentique m’invite à goûter d’un fruit qui ressemble à une pastèque et que la communauté, me dit-il, cultive. Quand j’ai mangé la chair, je lui demande où jeter, non pas l’écorce, mais ce qui ressemble plutôt à un gros noyau ayant l’aspect d’une bûche de bois. Il me dit de ne surtout pas le jeter car cela se mange. Il m’invite donc à manger du bois ! Pour ne pas le vexer (de plus, d’autres hippies nous regardent), je mords dans la bûche et parviens à en détacher un morceau, que je commence à mâcher. Ce n’est pas mauvais, bien que coriace. Je dis que cela a goût de nougat, et ma comparaison paraît être appréciée.

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Dans un salon avec beaucoup de gens, une mouette sur le parquet cherche à grimper sur moi : elle saute sur ma jambe et s’y agrippe à l’aide de ses pattes, puis entreprend de monter en battant des ailes. Je l’écarte en essayant de ne pas la blesser. Puis un jeune chat réalise une véritable prouesse : courant à travers le salon pour prendre son élan, il grimpe au mur grâce à la vitesse acquise, puis court au plafond sans tomber, également avec la vitesse acquise, le traversant tout entier en diagonale avant de redescendre par le mur opposé. Ayant accompli ce fait insigne, il me regarde. Je m’étonne que les autres personnes présentes ne soient pas plus impressionnées par ce que nous venons tous de voir.

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Un film sur la guerre du Pacifique (1941-1945) du côté japonais.

Trois amis japonais font connaissance de leurs fiancées japonaises à Paris. Ce sont des jeunes gens cultivés, idéalistes, bohèmes. Quand la guerre est déclarée, les trois amis sont envoyés au front.

Contre les Américains, l’aviation japonaise a mis au point un avion spécial : quand cet aéronef parvient au-dessus d’un porte-avions, il se transforme en étoile à quatre branches et se laisse tomber pour crever le pont avec l’une des branches, faisant exploser le porte-avions. On en voit un action ; c’est en quelque sorte un Goldorak ou Transformer avant l’heure.

Dans ce combat, deux des trois amis sont noyés ensemble : ils s’enfoncent côte à côte dans l’eau verte, communiant au moment de mourir dans la pensée de leurs chères fiancées Kuroke et Kuryûku.

Le troisième survit à la guerre : il est prisonnier des Français qui sont de retour en Indochine, utilisé comme interprète par l’administration militaro-judiciaire et traité par elle en esclave. Or la famille de sa fiancée s’était établie en Indochine. Les deux n’ont plus de nouvelles l’un de l’autre. Nous voyons la fiancée : sa coupe de cheveux rappelle les Années folles et montre assez qu’elle pas la mousmé traditionnelle. Comme elle se rend à l’administration française pour certaines démarches relatives à la situation de ses parents, les deux se retrouvent : c’est lui, alors qu’il est en train d’officier comme interprète, qui la voit le premier, tandis qu’elle regarde le ciel par la fenêtre avec une profonde mélancolie.

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Tout est en verre dans la caverne. Le gris est dans l’obscurité. (Tiré des Aphorismes de Hegel)

À table, une discussion s’engage sur la philosophie. R. (♀) dit qu’elle ne comprend pas pourquoi Hegel est si connu tandis que Max Ethiops l’est si peu, alors que, selon elle, l’un a écrit la même chose que l’autre. Je souris à part moi car, ne connaissant pas cet Ethiops, je ne pense pas non plus, à l’instar de Schopenhauer, que Hegel a sa place dans une discussion sur la philosophie. Par la fenêtre, je regarde dans le jardin un massif multicolore d’énormes roses pompons.

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Il est un degré de maturité intellectuelle qui ne permet plus l’épanouissement de l’homme. (Pensée attribuée à J.-L. Mélenchon)

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On ne meurt pas femme.

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I. et T. (2 ♀) discutent de manière mystérieuse pour moi du « Tex-Zaberg » (test de Tex et Zaberg). Mes demandes d’explication sur ce point sont à plusieurs reprises ignorées, puis T. me répond : « C’est le test pour les mariages… » Elle ne termine pas sa phrase mais je la complète moi-même, venant de comprendre : « Pour les mariages bostoniens. » Un mariage bostonien est, depuis le roman Les Bostoniennes (1886) de Henry James, une manière de décrire deux femmes vivant ensemble, sans cohabitation charnelle. Dans ce rêve, je l’emploie comme une manière de décrire deux personnes vivant ensemble sans cohabitation charnelle quel que soit leur sexe, donc, aussi bien, un homme avec une femme. Le test de Tex-Zaberg est un instrument des sciences psychologiques permettant de déterminer si une relation de cette nature entre deux personnes peut durer, car I. est inquiète à ce sujet, vivant avec un homme en « mariage bostonien ».

Note : On ne parle plus de mariage bostonien et, sauf si ce phénomène n’a jamais existé dans la réalité ou s’il a cessé d’exister un jour, il faut croire qu’il est aujourd’hui appréhendé sous une autre étiquette ; il me semble alors que ce doit être l’étiquette LGBT, à savoir que des femmes et des hommes vivant ensemble (femme avec femme, homme avec homme) sans cohabitation charnelle passent pour former des couples homosexuels bien qu’ils n’aient pas de rapports sexuels. Or les raisons autres que sexuelles pour vivre en couple ne peuvent manquer dans des sociétés caractérisées par ce que le professeur Bella DePaulo appelle le préjugé de singlism, qui discrimine, en particulier financièrement, les personnes vivant seules.

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Dans le train où je suis assis, un homme qui vient de monter reste debout près de ma place, manipulant une sorte de gros fil. Quand le train redémarre, il me demande s’il peut s’assoir sur le siège à côté de moi. Cette demande m’étonne car le wagon est peu rempli et ce monsieur pourrait trouver un duo de places entièrement libre, mais je me conforme à la plus élémentaire courtoisie et l’invite à s’assoir, en retirant mon manteau du siège où je l’avais posé et que l’étranger souhaite occuper. Cet étranger descend du train une ou deux stations plus loin, après que nous avons échangé quelques paroles banales.

À une autre gare monte un groupe de trois hommes, et là encore, bien qu’il y ait toujours de nombreuses places libres dans le wagon, l’un des trois me demande s’il peut s’assoir à côté de moi, et les deux autres prennent également place à peu de distance. Le nouveau venu cherche à me faire parler de mon précédent voisin dès qu’il a réussi à me faire dire que j’ai eu un autre voisin avant lui dans ce train. Je comprends alors que j’ai affaire à des phanségars : le précédent passager était en mission pour me tuer (la pelote de gros fil qu’il manipulait était son arme de mort, avec laquelle il devait m’étrangler). Les trois autres s’attendaient à trouver mon cadavre et cherchent à présent à comprendre pourquoi leur co-sectateur n’a pas mis le plan à exécution.

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Trois petites frappes. L’un d’eux rencontre une fille et décide de se ranger avec elle. Les deux autres lui jouent un tour : ils le forcent avec leur voiture à reculer avec sa voiture, les deux voitures nez à nez. C’est leur façon de dire adieu au lâcheur. C’est aussi de cette manière que d’autres voyous, plus tard, s’en prennent à ces deux-là : avec leur camionnette ils acculent leur véhicule contre un mur, puis deux hommes sortent de la camionnette et tirent à bout portant sur la voiture, dont les vitres transpercées par les balles se couvrent de sang.

De son côté, le troisième ne s’est pas vraiment rangé. On le voit en débardeur dans son intérieur pauvre, avec sa femme et leur bébé. Il quitte fréquemment son foyer avec un pistolet qu’il tient caché. Dehors, il lance des appels mystérieux depuis une cabine téléphonique, des menaces. On apprend qu’il fait désormais partie de la bande d’un parrain local. Un jour, celui-ci tient à lui parler car il considère que la petite frappe fait des choses en douce, dans le dos du parrain et pour son compte personnel. Il le rencontre en même temps qu’un autre voyou, plus ancien, également coupable de manquements, et que le parrain commence par faire avouer. Sur les aveux du voyou, le parrain le tue d’une balle dans la tête.

C’est alors que je réalise que c’est un film que je suis en train de regarder depuis une salle de cinéma vétuste et qui reste éclairée pendant la projection. Je ne suis pas assis sur un siège mais à même le sol, devant l’écran, faute de places. Des spectateurs parlent en même temps que le film ; j’en avise un groupe et leur dis que le film n’est pas fini. Ils me répondent qu’ils sont justement en train d’essayer de faire taire ceux qui parlent pendant. Cela devient le brouhaha dans la salle car tout le monde parle pour faire taire ceux qui parlent pendant le film. Finalement, un spectateur à la voix de stentor parvient à imposer le silence en proférant des menaces de mort. Dans la mesure où il se pourrait très bien qu’il me prenne pour un de ceux qui ont parlé pendant le film, j’éprouve de la nausée en entendant ses menaces. Je souhaite cracher pour m’en soulager mais en suis incapable en raison, découvré-je, d’une pierre noire et plate qui se trouve sous ma langue (et qui pourrait être la véritable cause de ma nausée). J’extrais cette pierre avec les doigts et la jette devant moi, mais, fasciné par ce bézoard improbable, je le ramasse pour l’examiner plus attentivement.

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Vagabondage picaresque dans une Espagne du temps passé.

Je trouve sur mon chemin une guitare (instrument dont je ne sais pas jouer) et j’en effleure les cordes du bout des doigts. Ce geste me révèle alors l’essence de cet instrument, qui est la même que celle de la harpe. Il faut avoir les doigts les plus légers possibles pour exprimer toutes les harmoniques des cordes, et, fort de cette intuition, il me semble produire en continuant d’effleurer la guitare une musique céleste. Un enfant du village, qui s’étonne de cette façon de jouer inhabituelle, veut me montrer comment ils jouent ici, et produit un affreux tintamarre en balayant les cordes du poing plus que des doigts. J’essaie de lui faire comprendre que cette manière de jouer traditionnelle n’est pas la bonne, ce dont il éprouve quelque honte.

Quand je poursuis mon chemin, il décide de quitter son village et de me suivre dans mon vagabondage. Nous rejoignons d’autres picaros et le soir, au moment de nous coucher tous à la belle étoile, je présente à mon nouveau compagnon le chat du groupe, un chat blanc appelé Poisson-Lune. Mais le gamin fait à propos de Poisson-Lune des remarques désobligeantes qui me conduisent à penser que c’est de la mauvaise graine.

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Je décide d’assassiner un enquêteur importun venant mettre son nez dans mes affaires. Je le tue puis découpe son cadavre en morceaux avec une scie, en commençant par les chevilles et les poignets, et vais jeter les morceaux dans une tourbière à quelque distance du château (car je suis dans ce rêve une sorte de baron Frankenstein). En revenant au château, par un chemin de forêt au beau milieu d’un automne de conte de Grimm (les feuilles des arbres sont oranges), je crois voir quelqu’un au bout du chemin et me rends compte que j’ai toujours la scie à la main, ce qui pourrait me dénoncer à un témoin. Je me précipite alors dans les taillis au bord du chemin et cache la scie sous un tas de feuilles mortes, puis retourne sur le chemin, où il semble n’y avoir personne ; mon imagination m’aura joué un tour.

Aux abords du château, un autre enquêteur, accompagné d’un simple agent en uniforme, est en train de chercher le corps de son collègue disparu, celui que je viens de tuer, dans des herbes hautes de la propriété. Je me doute qu’il sait que je suis l’assassin de son collègue mais je suis déterminé à ne pas me trahir ni à lui laisser trouver la moindre preuve matérielle de ma culpabilité. Je passe à côté de lui sans qu’il cesse sa recherche, et je ne le salue pas non plus.

Un peu plus tard, il me rejoint au château pour m’interroger. Je l’accueille dans un salon où mes tableaux sont exposés (car dans ce rêve je suis aussi peintre à mes heures perdues). Or voilà qu’il commence à trouver de l’intérêt à mes peintures et à en faire devant moi une longue analyse psychologique (plutôt qu’esthétique). Ce comportement n’est pas sans me troubler mais je me rassure en pensant qu’une telle analyse ne peut produire aucune preuve de culpabilité et qu’il cherche seulement à me déstabiliser. Or il y parvient puisque je finis par le rouer de coups avec ma canne, le tuant à son tour, en hurlant pour me justifier que les chrétiens ont massacré des milliers de musulmans (pendant les Croisades) et que ses leçons de morale sont donc très déplacées.

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Je rends visite à une communauté hippie établie dans un château. Il s’y trouve un personnage étrange, colossal et vaguement difforme, aux longs cheveux blonds pâles, qui fait office de DJ. Alors que je me promène seul sur les créneaux du château, je le vois marcher devant moi, de sa démarche un peu grotesque, pressé de disparaître de mon champ de vision. Je rejoins un groupe de hippies qui disent vouloir me présenter « le troll », car ils m’assurent qu’un troll vit avec eux. Comme je leur réponds qu’un troll est une créature légendaire qui dans la réalité n’existe pas, ils se récrient et insistent qu’un troll vit dans la communauté ; alors je fais mine de les croire, et, subodorant qu’ils prennent pour un troll l’étrange personnage dont j’ai parlé, au physique particulier, je dis : « C’est un grand blond, n’est-ce pas ? » Ils confirment que mon intuition est la bonne. S’agit-il d’un véritable troll ?

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L’apocalypse s’est produit, la Terre est dévastée. Je me retrouve seul avec un compagnon d’infortune dans un vaste hôpital sombre et abandonné. Nous avons survécu, mais comment allons-nous à présent nous maintenir en vie dans ce monde désert ? Dans le coin d’une pièce vide, je trouve, remplissant un trou dans le sol, un tas de cachets de paracétamol et me réjouis de cette trouvaille devant mon compagnon. Or ces cachets ont été rassemblés là par un autre occupant de l’hôpital désert, un adolescent, qui se découvre à nous à cette occasion (pour réclamer le paracétamol qu’il avait entassé là comme un écureuil des noisettes). Nous l’interrogeons et apprenons qu’il survit en ces lieux grâce à un stock de poches de sang qu’il a trouvé dans une autre aile de l’hôpital, c’est-à-dire qu’il survit en buvant du sang humain. Le stock est selon lui suffisant pour vivre de longues années dans l’hôpital. Je blâme cette forme de vampirisme et explique qu’il nous faut sortir de l’hôpital pour tenter de retrouver d’autres survivants. C’est notre devoir en tant qu’hommes : recréer les bases de la civilisation. Cependant, les deux ne sont guère enthousiastes. Le premier est tenté d’adopter la philosophie de l’adolescent et de profiter du stock de poches de sang, et de son côté l’adolescent me rétorque que notre devoir en tant qu’hommes ne peut être ce que j’affirme vu que la civilisation vient de se détruire elle-même.

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À l’accueil de l’hôtel où j’arrive, un palace dans le style art déco, on me donne la clé de ma chambre au cinquième étage. Je prends l’ascenseur avec deux jeunes touristes étrangères. Elles descendent au même étage et je les suis en cherchant ma chambre. Nous traversons tout l’étage sans que je la trouve, tandis que les touristes trouvent la leur, la dernière chambre en sortant de l’ascenseur. Elles me regardent par-dessus l’épaule d’un œil sombre, me prenant pour un pervers. Je rebrousse chemin et continue de chercher, mais ma chambre est introuvable. En me fondant sur un raisonnement déductif à partir des numéros de chambre trouvés sur les portes de cet étage, qui présentent pourtant la plus grande absence d’ordre imaginable, entre 8 et 1600, je conclus que ma chambre est en réalité à l’étage supérieur.

Je reprends donc l’ascenseur. L’étage supérieur n’est pas le 6e (qui n’existe pas sur les boutons de l’ascenseur) mais le 7e. Au 7e étage, je me pose à une espèce de bar ou comptoir qui se trouve là et déplie une carte de l’hôtel qui m’a été donnée à l’accueil avec la clé de ma chambre. Pendant que j’examine ce plan, une femme de chambre en tenue très sexy me demande si j’ai besoin d’aide. Nous lions conversation, puis elle va faire le ménage dans la chambre à côté. Un groupe de jeunes clients de l’hôtel l’y rejoint, après que l’un d’eux l’a appelée devant moi : « Gisèle ! » (ou Gisele en allemand). Je les entends bavarder par la porte ouverte, contrarié par l’idée d’une possible orgie entre eux. Ayant trouvé ma chambre sur la carte (il faut que je monte encore deux étages), je quitte l’endroit, en décidant en mon for intérieur que la femme de chambre et les touristes ne feront que bavarder.

Quand j’arrive devant l’ascenseur, l’étage est tout à coup plongé dans le noir à cause d’une coupure de courant, et les ascenseurs ne marchent plus ; il faut que je prenne les escaliers, qui continuent, eux, d’être éclairés. Deux étages plus haut, je sors des escaliers et me retrouve sur une terrasse où des clients fument des cigarettes. On me dit là qu’il faut traverser la terrasse pour accéder aux chambres, ce que je fais, me retrouvant alors dans un grand hall de gare, elle aussi dans le style art déco. J’aborde une passante et lui demande si nous sommes dans un hall de gare, ce qu’elle confirme. Je m’enquiers alors si elle sait où se trouve ma chambre d’hôtel. Elle m’invite à la suivre et, en sortant de la gare, me montre à quelque distance une passerelle qu’elle dit conduire aux chambres de l’hôtel. Elle est prête à me montrer le chemin jusqu’à cette passerelle. En nous y rendant, nous passons devant un orchestre de plein air, dans un kiosque sur la place, qui, avec des musiciens du troisième âge, joue une musique plutôt mauvaise. Je demande à mon accompagnatrice si c’est là l’orchestre de l’hôtel mais elle n’ose répondre. En chemin, je me fais la réflexion qu’il est étonnant qu’elle prenne tant de peine pour un parfait étranger, mais il faut reconnaître que le chemin pour accéder à la passerelle est loin d’être simple.

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Un adepte du snorkeling pratiqué nu me recommande le nudisme. Pour moi qui dans mon enfance ai pratiqué le snorkeling (avec masque et tuba mais sans palmes) – cela ne s’appelait pas encore snorkeling et n’avait pas de nom, et les noms français que je trouve aujourd’hui sont longs et lourds, nous ne sommes pas un peuple qui cherche à nommer les choses –, qui l’ai pratiqué avec un émerveillement inépuisable, en Méditerranée sur la Côte des roses, pour observer les poissons et ramasser des coquillages, l’idée de la nudité dans cette activité tout à coup m’enchante. En m’imaginant pratiquer le snorkeling nu, j’éprouve un sentiment de grande liberté. Au réveil, je suis convaincu du bien-fondé du nudisme.

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Dans une administration où j’occupais, semble-t-il, un poste important mais où je fus disciplinairement dégradé, on me demande de rafraîchir un tableau d’art contemporain ornant une salle de réunion. Il s’agit d’un grand tableau monochrome rose. Avec un pot de peinture de même couleur, je me mets donc à repeindre le monochrome au rouleau, exactement comme si je repeignais le mur blanc derrière. Bien que le résultat ne puisse pas être un tableau différent (mais seulement un tableau rafraîchi), je me fais la réflexion que ce rafraîchissement est une trahison de l’œuvre de l’artiste, car même si l’on ne pourra voir aucune différence à l’œil nu, un certain scanner pourrait sans aucun doute révéler que les gestes de l’artiste et les miens ne furent pas les mêmes. D’où cette conclusion en forme de théorème de l’art : même si rien, absolument rien ne permet de distinguer deux monochromes à l’œil nu, chaque monochrome est unique.

Sur ces entrefaites, un ex-collègue de la classe importante passe derrière mon dos. Nous nous retournons au même moment et nous faisons face ; il me tend la main, bien qu’il soit toujours, lui, en costume cravate et que je sois moi en salopette de peintre du BTP ; j’en éprouve de la reconnaissance.

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BC : avant la vaccination de Jésus-Christ. AD : après la vaccination de Jésus-Christ.

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On nous sert à manger, à T. (♂) et moi, une chauve-souris au milieu d’une grande assiette blanche. C’est une petite chauve-souris étendue sur le dos, et qui bouge : ses gestes et la physionomie de sa face expriment la souffrance. Je fais remarquer à notre hôte que la chauve-souris bouge mais il répond qu’elle est bien morte et qu’il s’agit seulement de mouvements post-mortem résultant de la friture dans l’huile bouillante. Malgré ces explications, je refuse de manger. T. n’a pas ces scrupules, il saisit la chauve-souris du bout des doigts, l’enveloppe dans ses ailes comme un pâté impérial dans une feuille de salade et, sans la moindre sauce, la croque puis se met à mâcher. Le bruit indique un mets particulièrement croustillant, qui donne envie… Je demande à T. s’il a senti la chauve-souris bouger dans sa bouche, voire dans son œsophage.

Pierre angulaire (1960) par Aurélie Nemours (Beaubourg fév. 2020)

Journal onirique 5

Période : février 2020 (sauf pour le premier rêve, qui remonte à octobre 2019).

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Une visite de mon appartement par des acheteurs potentiels a lieu. Le groupe de visiteurs se trouve dans ma chambre alors que je suis encore au lit. J’en éprouve de l’embarras, sors du lit et, tout en emportant des vêtements pour m’habiller dans une autre pièce, j’adresse des excuses en anglais au groupe de visiteurs, en leur donnant l’assurance que la « visit manager » va s’occuper de leur visite au mieux. Je suis assez fier de ma trouvaille de « visit manager » et considère en mon for intérieur que cette formule est à elle seule de nature à corriger chez les acheteurs potentiels la mauvaise impression produite par le fait d’avoir trouvé l’occupant des lieux dans son lit.

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Au cirque, avec d’autres personnes disséminées dans les gradins, je suis censé faire la « claque » du directeur du cirque au moment où les artistes sont présentés au public avant le spectacle. Le directeur, qui a lui-même un numéro dans son spectacle, a choisi cette méthode pour attirer l’attention du public sur son numéro en particulier, le clou du spectacle selon lui.

Les présentations commencent : les artistes sont réunis en demi-cercle sur la piste et chacun s’avance et fait une révérence ou une autre forme de salutation quand son nom est appelé. J’attends donc, vigilant, que l’on appelle le nom de scène du directeur. Pendant ce temps, le public applaudit poliment les artistes, comme il se doit et sans plus. Puis, à la surprise de la claque « officielle », un certain artiste avant le nôtre reçoit un tonnerre d’applaudissements. Les organisateurs de cette claque étant assis à côté de moi, je les écoute parler : ils ont organisé cette claque de leur côté, d’eux-mêmes et en tant qu’association gay, pour rendre hommage à la beauté de cet artiste, physiquement leur préféré. Je me dis que notre claque à nous, après cela, n’aura pas autant d’effet que prévu. C’est ce qui s’appelle se faire doubler sur la claque.

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Dans un pays du tiers monde, P. et moi devons passer devant l’administration militaire pour des formalités relatives aux civils étrangers. Les militaires en charge de ces formalités sont les « lionceaux du Bengale », un corps de novices, et ils ont en effet la physionomie non pas léonine mais indienne de leur nom. Le premier des deux à passer, j’obtiens mon document sans difficulté. Pendant que c’est le tour de P. et que j’attends dans une pièce à côté, j’entends le ton monter entre lui et le militaire préposé au traitement de l’acte (le même militaire que pour moi). On lui demande de rédiger et signer une déclaration sur des faits survenus à son arrivée dans le pays, des faits où il est question d’un paon qui crie. P. refuse d’écrire que le paon a « crié » car le cri du paon a un nom spécial, comme les autres cris d’animaux, et il souhaite écrire ce mot-là mais ne l’a pas en tête, ni le militaire, et on ne le laisse pas consulter son smartphone. [N.B. Selon Google, le paon braille, criaille ou paone.] C’est pourquoi le ton monte. Au bout de quelques instants, le préposé militaire revient me voir pour m’annoncer qu’ils ne peuvent laisser P. quitter les lieux en raison d’anomalies dans son dossier. Il me fait signe de le suivre et nous passons dans la partie des locaux affectée aux détentions. Je suppose que P. a demandé à ce qu’on me laisse le voir dans sa cellule pour échanger quelques mots avant que je reparte, mais quand le militaire ouvre la porte d’une cellule, celle-ci, en plus d’être pestilentielle, est vide : c’est moi qui dois l’occuper.

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J’emménage dans un appartement présentant cette particularité que l’une des pièces est commune avec l’appartement voisin. Cette pièce, un salon, n’est séparée de l’autre appartement que par un canapé, ou plutôt une double rangée de canapés adossés l’un à l’autre et qui empêchent de traverser la pièce (c’est-à-dire qu’ils occupent toute la longueur de ce qui aurait autrement été le mur de séparation) mais n’empêchent pas de se voir ni de se parler. Ainsi, les voisins qui craignent l’isolement ou la solitude, ou de rester enfermés dans leur petit cercle familial, peuvent converser dans cette pièce de part et d’autre de la délimitation. Et quand ils ne le souhaitent pas, ils font comme s’ils étaient entièrement chez eux plutôt que dans une salle commune, ou bien, s’ils ne parviennent pas au degré d’abstraction suffisant, ils évitent cette pièce, ce qui se trouve être mon choix car cet aménagement me semble plus gênant qu’autre chose.

Avec quelques amis, je sors en ville, où se déroule une fête locale. Il s’agit d’une espèce de compétition sportive ou folklorique. Chaque fois qu’une équipe remporte une manche ou une partie, des gens grimpent sur une sorte de tour en pierre de quelques mètres de hauteur pour y laisser un drapeau aux couleurs de l’équipe victorieuse. Les rues sont noires de monde, et la tour aux drapeaux fourmille elle aussi de gens qui se sont hissés sur elle et y restent (sur plusieurs degrés car c’est une tour à degrés).

Ce qui devait arriver arriva : deux personnes – deux jeunes filles – tombent de leur perchoir sur la tour, ce qui provoque un grand cri de la foule. Au bout de quelques instants de tumulte, on demande à la foule de s’éloigner du lieu des festivités et de la tour, car elle est trop compacte pour permettre aux deux jeunes filles, qui se trouvent apparemment entre la vie et la mort, d’être conduites à l’hôpital. Je suis donc le mouvement, au milieu de cette foule compacte. Le flux s’éclaircit peu à peu, les gens sur les bords de la foule trouvant d’autres voies et délestant le corps central. Au bout d’un moment, nous avançons au milieu d’une densité de personnes tout à fait normale en ville. À côté de moi marche une adolescente d’une quinzaine d’années ; c’est l’une des deux filles tombées, et elle a tout l’air de s’être bien remise de sa chute. Alors que nous sommes engagés dans un tunnel, elle me parle de ce qu’elle vient de vivre, me dit que c’est une impression étrange que de se retrouver parmi les gens comme à l’accoutumée alors qu’il y a quelques instants encore « elle était morte ».

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Organisateur d’une manifestation, je marche à l’avant du cortège avec les autres organisateurs tout en discutant avec eux. Le parcours implique de traverser à la nage le fleuve qui coupe la ville en deux, ce que nous faisons sans barguigner, tout en poursuivant notre discussion. Puis, alors que le cortège se repose sur les marches d’un monument colossal de l’autre côté du fleuve, un policier en civil chargé de contrôler la manifestation nous harangue. Il nous dit que nous sommes des bourgeois du 7e arrondissement qui ne cherchons qu’à humilier le peuple du 5e arrondissement, car cette manifestation comme les autres se passent dans ce dernier arrondissement. Sa harangue suscite une franche hilarité parmi les manifestants, qui rient et applaudissent.

Peut-être inspiré par la forte pensée de cet agent, je vais passer un entretien pour entrer dans la police. L’officier qui m’interroge (non comme un suspect mais comme un candidat à l’embauche) est d’une élégance à laquelle je ne me serais pas attendu, frisant le dandysme, notamment par ses chaussettes colorées. Il arbore celles-ci l’air de rien en croisant haut les jambes ou en posant une jambe sur le genou de l’autre, cette gestuelle me permettant de bien voir ses chaussettes dans la mesure où l’entretien se tient assis face à face et sans bureau entre nous deux.

Une question m’embarrasse : il veut savoir si je suis pieux. J’ai compris qu’il voulait détecter des signes de radicalisation fondamentaliste, présente ou future. Hésitant, je commence à répondre que les cours de philosophie que j’ai suivis au lycée m’ont mis en présence des preuves de l’existence de Dieu selon les philosophes, et que ces preuves viennent naturellement à l’esprit de ceux qui, au cours de leur maturation intellectuelle, se posent des questions métaphysiques. Puis je pense me tirer d’embarras en expliquant qu’une personne pieuse est forcément quelqu’un qui pratique une religion, une personne pratiquante, et que je ne suis donc pas pieux.

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En Suède, je sors de mon appartement dans le but de prendre un train de banlieue, passer quelques stations, descendre et reprendre un train en sens contraire pour revenir chez moi. C’est le seul objet de ma sortie et je suis d’ailleurs en pyjama et robe de chambre pour bien montrer que je ne fais que prendre l’air et me dégourdir les jambes. De surcroît, je suis de cette façon plus élégant que la plupart des gens, ce qui n’a rien à voir avec les Suédois mais plutôt avec l’habillement moderne.

Dans un couloir du train, en voyant deux jeunes femmes devant moi, au bout du couloir, je me redresse pour apparaître dans ma plus belle prestance et, ce faisant, me retrouve bloqué entre les cloisons ; c’est comme si je m’étais dilaté en même temps que redressé, à la manière d’un pigeon qui se rengorge. Je parviens à continuer d’avancer, mais difficilement, tant le passage m’est devenu étroit. Sur un des murs, je lis des instructions de la compagnie ferroviaire invitant à « contourner » les autres passagers pour passer son chemin dans un couloir de train, avec un indescriptible schéma fléché censé pourtant expliciter le texte. Je lis cette instruction, par ailleurs écrite en anglais, à voix haute et ajoute à l’attention des deux jeunes personnes immobiles à l’entrée du couloir : « C’est facile à dire ! » Car ma situation montre bien qu’il serait particulièrement difficile de contourner quelqu’un dans un couloir déjà trop étroit pour une seule personne (sachant, qui plus est, que les hommes suédois sont assez souvent plus grands et plus larges que moi).

L’une des jeunes femmes me répond : « Et puis les gens ne connaissent pas forcément l’anglais », car les instructions sont, comme je l’ai fait remarquer, en anglais. Alors, moi : « Je croyais pourtant que la grande majorité des Suédois connaissaient l’anglais grâce à leur système d’éducation particulièrement performant. » La jeune femme l’admet, tout en justifiant ses paroles par une distinction nécessaire entre les capacités écrites et orales.

Je descends du train avec d’autres passagers. Dehors, il n’y a pas de quai et les passagers traversent carrément les voies. Après avoir vu qu’il n’y avait que de la forêt du côté opposé, je les suis. J’ai à peine traversé une voie qu’un train y passe à toute allure ; j’ai donc manqué de peu de me faire écraser. Le train était sans chauffeur et présentait un aspect de monstre mécanique. Nous sommes dans un district d’exploitation forestière où ne descendent pas en principe de passagers, à part les ouvriers des exploitations ; c’est pourquoi les trains passent à toute allure sans s’annoncer. Il m’arrive la même aventure en franchissant une deuxième voie : un train la traverse à toute vitesse juste après mon passage, me frôlant, alors que je n’avais rien vu ni entendu venir. Et, comme le précédent, le train, sans chauffeur, avait l’air d’une créature monstrueuse et vivante, bien que mécanique, plus que d’une simple machine. Je n’ose plus bouger, craignant, dans l’entrelacs de voies ferrées qui m’entoure, de me faire écraser au moindre mouvement.

Un groupe d’ouvriers travaille sur un chantier juste à côté ; l’un d’eux me tend la main pour me faire franchir une voie et je me retrouve au milieu d’eux. Ils travaillent à la construction d’une nouvelle voie, là encore avec une machine-monstre. Les ouvriers posent une certaine quantité de matériaux au sol puis la machine passe dessus, et derrière elle la voie ferrée est en place sur quelque distance. Pour me libérer de ce labyrinthe, je n’ai plus qu’à traverser la zone où doit passer la machine-monstre, en évitant qu’elle y passe au même moment, sous peine de servir moi-même de matériau de construction.

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Une petite fille japonaise nous raconte une histoire dans laquelle un homme mauvais provoque la ruine d’un homme intègre en lui mentant sur l’état réel du fonds de commerce qu’il lui cède. Je demande à la petite fille quelle est, selon elle, la morale de cette histoire. Elle répond qu’il faut être sur ses gardes mais je lui dis que la morale de l’histoire est qu’il est faut être bon. Au moment où je dis cela, un homme japonais apparaît près de la fille, visible d’elle et de moi, et me sourit d’un sourire exprimant contentement et gratitude. C’est l’esprit du grand-père défunt de la petite fille, qui fut victime de l’histoire qu’elle vient de nous raconter et dont sa famille a souffert avec lui.

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Je suis sur un échafaudage en plastique à plusieurs niveaux, dont seul le niveau inférieur permet d’espérer une chute non mortelle. L’épreuve consiste, en commençant par le niveau le plus élevé, à courir sur l’échafaudage sans tomber, selon un parcours menant de niveau en niveau jusqu’à terre. À la fin de chaque niveau, il faut sauter dans le vide sur l’échafaudage immédiatement en-dessous pour commencer le parcours inférieur.

Je saute avec succès sur le parcours du dernier niveau. Alors que j’approche de la fin de l’épreuve, l’échafaudage commence à se démanteler, à perdre des éléments, mais je parviens tout de même au bout du parcours, où je m’assois pour me laisser tomber, après un bref repos, sur le sable blanc d’une plage avec au loin une skyline de gratte-ciels. La fin de l’épreuve symbolise l’année 1776, date de l’indépendance des colonies américaines, et l’échafaudage représente les temps de l’histoire humaine antérieurs à cette date.

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Avec J. et P. nous avons bouclé nos bagages, car les vacances sont terminées et nous repartons demain, et nous nous couchons, P. et moi au deuxième étage, J. à l’étage en-dessous. Le lendemain matin, à notre réveil, nous découvrons par les fenêtres, avec P., qu’une inondation monstre a noyé toute la région aux alentours sous les eaux, jusqu’au deuxième étage de la maison que nous occupons. Nous n’avons aucun moyen de savoir ce qu’il est advenu de J., et quand passe sous nos fenêtres une péniche qui faisait croisière sur les cours d’eau de la région et se trouve à présent perdue dans les immensités aquatiques provoquées par l’inondation, nous sautons à son bord, au milieu de quelques touristes désemparés. Il n’y a plus de vivres à bord. Nous parvenons à une ville, dont la périphérie, elle-même inondée, est annoncée par de vastes réseaux de ponts métalliques, à l’ombre desquels passe la péniche. Des gens sautent des ponts pour nous rejoindre. Pour éviter d’en prendre un sur la tête, P. et moi plongeons dans l’eau et suivons la péniche à la nage, à une certaine distance car la plupart de ceux qui sautent des ponts tombent dans l’eau.

Nous rejoignons la terre ferme, une partie seulement de la ville étant sous les eaux, et nous rendons à la gare. Là, nous montons dans un train à destination du Malawi voisin car je dis à P. qu’il faut faut passer la frontière afin de fuir le chaos indescriptible engendré par les inondations dans le pays. P. est sceptique, il pense que nous serons refoulés à la frontière du Malawi. À voir les foules hagardes un peu partout, je me doute à mon tour que le nombre de réfugiés doit être trop important et que le Malawi va fermer ses frontières, s’il ne l’a pas déjà fait.

Nous sortons du train et errons dans les rues épargnées par l’inondation, réfléchissant à une solution. Alors que nous passons près d’un groupe de jeunes assis sur les marches d’un porche, j’entends l’un d’eux dire aux filles du groupe : « Je vous dis que c’est la bonne solution. » Je me jette alors sur lui, menaçant de le tuer s’il ne me révèle pas immédiatement sa solution, pour que nous en profitions nous aussi. Or il cherchait seulement à vendre de la cocaïne – une échappatoire misérable. Nous repartons, accompagnés à présent par plusieurs jeunes du groupe.

Ensemble nous finissons par quitter la ville dans un autocar avec d’autres personnes, mais, dans cet arrangement, nous sommes plus ou moins otages des gens peu fréquentables, punks paramilitaires, qui contrôlent le bus, conduit par l’un d’eux, et se conduisent en maîtres à bord. Parmi les autres otages, et nos alliés, un vieux chauffeur routier malmené par la vie et un comparse à lui, qui souffre de lombalgies sévères. Un soir, alors que le chauffeur routier et moi sommes descendus de l’autocar et que celui-ci fait une manœuvre, le conducteur perd le contrôle du véhicule, qui verse et fait même un tonneau. Accourant pour porter assistance aux passagers, nous découvrons que les membres de la bande qui « tenait » le bus sont tous hors d’état de poursuivre le périple, tandis que les autres vont bien. Nous repartons, le chauffeur routier au volant et moi à ses côtés. Tout le monde est si content d’être débarrassé des autres. L’une des filles s’est mise en maillot de bain, aux couleurs des États-Unis, et me sourit dans le rétroviseur. Par ailleurs, le comparse du chauffeur nous annonce qu’il n’a plus mal au dos, résultat inespéré des secousses de l’accident. Nous rions.

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La nuit, sur les bords de Seine parisiens, un homme, en tendant les bras vers le fleuve, produit des feux d’artifice. J’ignore si c’est parce qu’il jette ainsi des poignées d’une poudre d’artificier spéciale qui agit au contact de l’air. Je m’approche du parapet pour mieux profiter du spectacle mais suis aussitôt pris de vertige.

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Pour acheter un billet de train, le guichet se trouve dans une galerie commerciale. Quand je suis au guichet, je fais un rêve éveillé dans mon rêve endormi : la guichetière est chez moi, dans ma chambre, et je passe commande du billet depuis mon lit. C’est comme se faire livrer un repas à domicile, sauf que c’est un agent de la SNCF qui vient chez vous pour que vous réserviez votre billet sans avoir à vous déplacer (ni allumer votre ordinateur). Je lui dis que je veux un aller-retour dont le départ est le 31. Puis je regarde le calendrier sur mon iPhone pour déterminer la date de retour, sachant que je veux rester quinze jours. Je détermine de cette manière que mon retour sera le 5. La commande est passée et je me réalise aussitôt que je vais devoir l’annuler car je suis loin de mon compte de quinze jours avec des billets le 31 et le 5. Mais entre-temps je trouve que la guichetière, assise au bord de mon lit avec sa tablette numérique, est désirable, et elle me fait depuis le début des minauderies. Seulement, quand je pose la main sur son épaule pour lui dire qu’elle est très gentille, elle se fige aussitôt et je fais alors un signe de croix en présentant mes plus plates excuses, pour éviter un procès.

Le rêve éveillé prend fin et je me retrouve de nouveau dans la galerie commerciale. Je distingue dans la foule une mère et sa fille. Leur âge apparent indique assez que la mère était adolescente quand elle est tombée enceinte. Les deux marchent main dans la main. La fillette ne cesse de répéter : « C’est riquiqui, c’est riquiqui, c’est riquiqui… », comme un perroquet qui aurait entendu ces mots quelque part et les répéterait sans les comprendre. Alors qu’elles viennent de s’engager sur un escalier mécanique pour monter à l’étage supérieur, la mère demande à la fillette d’arrêter, sans colère et d’ailleurs plutôt amusée. La fillette continue de plus belle, et je les perds de vue. On ne peut que conjecturer le contexte dans lequel ces mots ont été prononcés à l’origine.

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Zombé Montos. (En me réveillant, c’est tout ce qui me reste du rêve. L’expression m’évoque alors, outre la physionomie lusophone de ces mots, dont je ne tire rien, par homéophonie un titre Zombie Mondo, qui serait un film mondo sur les zombies. Le genre cinématographique appelé « mondo », d’après le film italien Mondo cane (1962), est un genre documentaire porté sur le sensationnel, souvent cru, voire violent. Un mondo sur les zombies serait par définition un documentaire où les zombies seraient donc une réalité.)

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L’Univers a besoin d’un briquet : une nouvelle théorie montre qu’il a fallu un briquet pour allumer le Big Bang.

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Je loue une chambre dans la spacieuse maison de M. et Mme X, qui ont également un autre locataire. M. X décide d’accueillir en outre une certaine personnalité louche des Balkans, qui lui loue une chambre en journée de temps à autre pour y passer quelques heures avec sa maîtresse. Cela se passe en général quand l’autre locataire et moi ne sommes pas là. Or, un jour, j’aperçois tout de même ces étrangers : l’amant et sa maîtresse sont tous les deux obèses, on dirait d’ailleurs plus sa sœur que sa maîtresse. Ils sont accompagnés par deux gardes du corps, lesquels ont l’habitude d’attendre dans le jardin. J’en parle à M. X, qui m’explique la situation et qui, même si je suppose qu’il est généreusement rémunéré pour le service rendu, se fait un sang d’encre à cause de ces « locataires ». Un soir où M. et Mme X nous ont invités à dîner, l’autre locataire sans histoire et moi, le mafieux des Balkans s’attarde avec sa maîtresse et ses gardes du corps. Nous sommes ennuyés car nous n’osons pas regagner nos chambres de peur d’un incident. Une autre fois, le mafieux réprimande M. X au sujet de l’entretien du jardin, pour y avoir trouvé un étron en sortant prendre l’air avec sa maîtresse, alors que c’est un de ses gardes du corps qui avait chié dans le jardin en l’attendant.

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Un spécialiste discute mon hypothèse « Un philosophe au nom de cimetière : Kierkegaard » (kierkegaard = churchyard = cimetière). [Cette « hypothèse » est en fait une simple remarque, que j’ai griffonnée parmi d’autres notes manuscrites.] Il conteste le sens que je donne à « gaard » ; selon lui, il s’agit d’un très ancien mot scandinave qui désignait à l’origine, sous une forme un peu différente, une chaise ou un banc, puis aurait évolué, à la fois dans sa graphie et sa sémantique, pour désigner, à une époque moins lointaine, une conversation, une discussion, parce que les gens bavardaient assis sur des chaises ou des bancs. Puis le mot aurait disparu de la langue danoise où il subsistait avec ce dernier sens, sauf dans quelques noms propres comme celui de Søren Kierkegaard. Ce nom, conclut-il, a le sens en réalité de conversation d’église. Je fais remarquer que cela décrit assez bien la philosophie même de Kierkegaard.

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J’ai rendez-vous à l’Université de N. avec un vieil ami perdu de vue depuis le temps de nos études. Croyant me rappeler de la disposition des lieux, j’entre par une porte secondaire et me retrouve dans des locaux incroyablement vétustes et délabrés, en même temps que mal éclairés. Les étudiants, les professeurs que je croise ont l’air aussi misérable que le reste, c’est très frappant et vaguement inquiétant. Ils sont silencieux et rasent les murs, et je suspecte qu’ils me regardent, avec mon manteau (alors même qu’il a quinze ans d’âge), comme quelqu’un n’ayant rien à faire là. Ne trouvant pas mon chemin et n’imaginant même pas le demander à l’une de ces créatures, je décide de ressortir et de rentrer chez moi.

Aux abords de la gare qui dessert l’université, je croise par hasard N., un autre vieil ami du temps de nos études et perdu de vue depuis lors. Nous nous saluons chaudement, puis je lui raconte ce qui vient de m’arriver. Il m’explique que je suis entré par l’arrière de l’université, dans le département des langues slaves, où les étudiants comme les professeurs sont tous étrangers, c’est-à-dire originaires des pays slaves. Il me raconte ensuite qu’il est actuellement professeur d’économie à N. Je l’en félicite et lui demande des éclaircissements sur la « théorie de Duclos ». Au sujet de Duclos, je commence par préciser qu’il s’agit de l’ancien secrétaire général du Parti communiste français, mais il me corrige, et je me reprends en même temps : c’est le nom d’une économiste française homonyme. Selon N., la théorie dite des stratagèmes de Duclos est un mélange de théorie des jeux et de théorie de la lutte des classes qui montre qu’une classe doit toujours finir par assassiner l’autre.

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Je me rends à une exposition d’art contemporain avec A. et un autre garçon qui ne la quitte pas d’une semelle et représente donc un rival gênant. Dans la première salle, des photographies sont exposées sur de grands écrans verticaux, et le public peut y ajouter des effets temporaires telles que des fractales de Mandelbrot et autres surfaces tachistes de synthèse à l’aide d’une borne tactile dans un coin de la salle. C’est ce que nous explique le guide du musée en nous faisant une démonstration. Cette installation me paraissant de peu d’intérêt, je décide de ne pas attendre la fin des explications et poursuis la visite de l’exposition seul, au risque de laisser le champ libre à l’autre garçon avec A.

Dans la salle suivante, il n’y a que trois casiers, que le visiteur peut ouvrir. Le premier contient quelques lettres sous enveloppe, le deuxième des fils qui pendouillent, le troisième quelque chose de plus insignifiant encore. C’est visiblement une salle qui requiert de longues explications du guide, mais je décide de ne pas attendre.

Dans la salle d’après, les œuvres exposées sont à base de recyclage de matériel informatique. Je remarque en particulier une figurine d’homoncule sous perfusion de câbles d’ordinateur par lesquels il est alimenté et maintenu en vie. Avant de passer à la salle suivante, je regarde en arrière dans l’enfilade des pièces pour voir si A. et l’autre ont avancé, mais je ne les vois pas.

La salle suivante est occupée par un grand bassin où l’artiste a reconstitué une contrée paradisiaque au bord de l’eau, avec des acteurs, hommes et femmes, nus. Les hommes sont assis sur la plage, les femmes s’ébattent dans l’eau si bien que leur nudité, à elles, n’est pas apparente. Il faut longer le bassin pour parvenir à la salle suivante. Je me rends compte alors que la paroi du bassin est en vitre transparente, de sorte que l’on peut regarder par là ce qui se passe sous l’eau. Mon imagination en est titillée : la nudité des actrices de l’installation doit être visible par la paroi du bassin. Après m’être approché de l’endroit où elles s’ébattent, qui se trouve d’ailleurs sur le chemin de la salle suivante, je regarde par la paroi transparente. Les actrices jouent en réalité des sirènes et, comme elles ont des queues de sirène, on ne voit pas leur nudité.

Dans la salle suivante, l’artiste a imité des travaux de fouille archéologique. Comme dans les musées d’histoire naturelle où l’on trouve exposés des squelettes et des fossiles d’animaux antédiluviens tels qu’ils sont apparus aux archéologues dans le sol, affleurant à la surface dégagée, ici le visiteur peut voir le squelette des jambes d’un archéologue géant, portant encore, délavé par le temps, son short kaki.

Forêt des contes, par Cécile Cayla Boucharel