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Journal onirique 22

Période : septembre-novembre 2021.

Mes larmes sont bleues tant j’ai regardé le ciel et pleuré Mes larmes sont jaunes tant j’ai rêvé des épis d’or et pleuré

Mohamed al-Maghout

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Sans titre, par Cécile Cayla Boucharel

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J’appartiens à une organisation de lutte pour la libération de la Palestine. Un soir, un de mes équipiers, un Arabe, me conduit dans les toilettes d’un bar-restaurant. Là, il se met à frapper avec son briquet contre la porte d’un cabinet, comme s’il souhaitait en déranger l’occupant. En jaillit alors un colosse noir, qui lance un poing comme une boule de bowling contre la figure de mon équipier, lequel, s’attendant à une réaction de cette nature, parvient cependant à l’esquiver. Le poing percute le mur sans que le Noir semble ressentir la moindre douleur. Nous voyant déjà massacrés, je tombe au sol en glissant le long du mur, presque évanoui. Mon équipier crie qu’un groupe d’agents israéliens vient d’arriver en ville ; le Noir comprend que c’est une mission qu’on lui confie et, dans sa joie, se contente de pulvériser une portière de cabinet, plutôt que nous. Reprenant mes esprits, je me réjouis grandement d’une telle recrue.

La suite du rêve évoque les obscures dissensions entre Habbache et Lecache au sein du mouvement palestinien.

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B. a fabriqué une montgolfière qu’il dirige avec une télécommande. Un ballon dirigeable, donc. Il fait la démonstration de sa maniabilité dans une cité HLM et je trouve très beau le vol de ce ballon violet entre les façades de diverses couleurs pâles, orange, rose, lilas…

Cependant, le ballon rapetisse à vue d’œil et finit par rebondir sur le sol comme un ballon de jeu. J’avais cru voir une flamme à l’intérieur mais de plus près je constate que ce sont des gouttes d’eau pure enfermées dans une poche à l’intérieur du ballon comme la goutte dans « l’améthyste de Picasso » (Claude Roy).

Nous sommes encore, B., quelques autres amis français et moi, pour plusieurs jours aux États-Unis. Nous logeons chez l’habitant, dans une maison dont le propriétaire nous loue une partie tout en louant l’autre partie à Y., une Américaine, avec qui j’ai fait connaissance.

Un matin, encore en robe de chambre, je suis le chat de la maison dans l’entrée commune aux deux parties, et plus exactement dans le prolongement de cette entrée qui conduit chez Y., où, tout en caressant le chat, j’ai un bout de conversation avec cette dernière. On sonne. Y. dit que c’est une amie qu’elle attend mais c’est tout un groupe de personnes qui passent à la queue leu-leu devant moi pour se rendre chez Y., et nous nous saluons, chacun me disant bonjour à son tour et moi disant bonjour à chacun. Ils sont tous, comme Y., membres d’une certaine église qui recrute au sein de la classe moyenne éduquée, une de ces nombreuses églises américaines dont un Français peut difficilement comprendre la raison d’être.

Pendant qu’ils défilent devant moi, pour varier la formule de mes salutations je dis à l’une de ces personnes, une femme : « Nice to meet you », à quoi elle répond (ce qui n’est pas, je crois, idiomatiquement correct) « Me too » (une traduction littérale de « Je suis ravi de faire votre connaissance », « Moi de même »), et cela provoque alors quelques pouffements de rire car cela pourrait donner à penser qu’elle fait allusion au hashtag #Metoo contre les violences sexuelles, me dénonçant comme un agresseur.

Toute cette séquence est à vrai dire embarrassante car ces inconnus me voient alors que je suis encore en robe de chambre (ce qui pourrait à la limite passer pour une forme d’atteinte sexuelle, d’exhibitionnisme). Quand enfin tout le monde est passé, je me remets à caresser le chat. J’entends une des nouvelles venues demander à Y. qui je suis et Y. inventer une histoire la mettant en valeur auprès de son invitée : elle raconte que je suis un prestigieux conférencier français qu’elle a rencontré aux Conférences de Champigny, qui sont apparemment une rencontre œcuménique internationale. Entendant cela, je prie en mon for intérieur pour qu’aucun de ces gens ne vienne me parler, afin de ne pas risquer de faire perdre la face à Y. en me montrant complètement au-dessous du portrait mensonger qu’elle vient de dessiner. Le mieux est donc que je me carapate au plus vite mais je dois encore passer l’éponge sur la table devant moi, où traînent quelques débris de chou rouge.

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Je vis sur le plan des poètes, qui se situe au-dessus de celui des gens ordinaires. Un jour, souhaitant descendre au plan en-dessous, je marche le long de la limite de mon plan pour trouver un endroit où la descente serait praticable. Selon les lieux, le plan inférieur est en effet plus ou moins loin, c’est-à-dire que je suis plus ou moins haut. Je découvre enfin un endroit où la descente pourrait se faire sur quelques mètres seulement et où se trouve un tuyau qui relie les deux plans et pourrait me servir de corde pour descendre. Les tuyaux de ce genre sont un travail d’ingénierie, comme des canalisations d’eau. Les ingénieurs vivent sur le plan des gens ordinaires et c’est dans l’ordre des choses, me dis-je, parce que, malgré leurs études, ils ne peuvent être mis sur le même plan que les poètes.

Je descends en m’aidant du tuyau comme d’une corde de rappel et parviens dans une rue où, me voyant, l’ingénieur responsable des tuyaux de la zone vient immédiatement me saluer et rendre hommage au poète : « Descendu de votre plan mais pas moins près du ciel ! », dit-il avec un grand sourire. C’est charmant de sa part.

Au bout de la rue se trouve une grande place où se presse une multitude de gens et je vais de ce côté. Parmi les premières personnes que je distingue dans cette foule se trouve D., portant une veste vert bouteille, voire vert émeraude. Alors que j’eusse préféré l’éviter, il me voit et vient me parler. Il me montre sa nouvelle carte d’identité, me faisant remarquer qu’il tient encore sa serviette de table sur la photo. Je vois en effet au bas de la photo un bout de tissu du même vert que sa présente veste (tandis qu’il porte sur la photo un costume bleu marine), qui doit être la serviette en question, tenue au niveau du ventre. Je lui dis : « Et pourquoi te mettre à présent une serviette de table sur les épaules ? », par allusion à la couleur voyante de sa veste.

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Je me trouve dans une soucoupe volante survolant la campagne à basse altitude tandis que son pilote, un petit humanoïde en combinaison de cosmonaute, court après pour tenter de la rattraper et d’en reprendre le contrôle. Autrement dit, il n’y a pas de pilote dans la soucoupe.

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Je vis avec une femme dans une maison isolée où un autre homme nous impose sa présence. Que cet homme agisse de la sorte nous est odieux et nous en venons à le haïr mais nous ne pouvons le lui dire. Incapable de concevoir cette haine, il ne perçoit que notre embarras et l’attribue à une relation battant de l’aile entre la femme et moi. Cela l’incite à chercher à tirer profit de la situation et courtiser la femme. Une telle attitude ne peut qu’exacerber ma haine envers lui, de même que notre embarras en sa présence, ce qui le confirme d’autant plus dans l’idée que ses tentatives de séduction doivent être tôt ou tard couronnées de succès.

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Le mot « écunucapion ».

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C’est notre dernier jour en touristes dans une capitale d’Europe centrale et je décide que nous devons faire autre chose que déambuler dans les rues. Je propose donc d’aller voir un musée mais N. (♀) objecte que cela va coûter de l’argent. Il s’ensuit une petite dispute où je finis par dire que c’est moi qui paierai. Auparavant, il nous faut aller manger et R. (♂) pointe alors du doigt les arches jaunes d’un McDonald’s à quelque distance. C’est là que nous irons, R. et moi. Le restaurant se trouve dans un centre commercial, tout de suite après l’entrée. Nous nous asseyons à la première table, attendant que quelqu’un vienne prendre notre commande.

Une affiche sur le mur ainsi que les clients de la table voisine me font penser que McDonald’s a dans ce pays poussé si loin la logique d’adaptation, habituellement marginale, aux particularités locales qu’il ne sert même pas, ici, de hamburgers.  En effet, les clients de la table d’à côté, dans le dos de R., mangent diverses charcuteries qu’ils enroulent dans des galettes de sarrasin. R. et moi n’avons nulle envie d’essayer ces charcuteries, ce n’est pas pour cela que nous avons choisi de venir au McDo. Comme le restaurant comporte un étage supérieur, je propose à R. de m’attendre le temps que j’aille voir s’ils servent leurs produits ordinaires à l’étage, et si c’est le cas je passerai commande. Avant de prendre l’escalator, qui se trouve à côté de notre table, je lui dis, en guise de commentaire humoristique sur la politique adoptée dans le pays, que si nous étions au Vietnam le restaurant s’appellerait McDeu (censé être le nom de McDo vietnamisé).

En prenant l’escalator, je me rends compte que R. va peut-être m’attendre longtemps car l’escalator descendant n’est pas à côté de l’escalator montant que je suis en train d’emprunter, qu’il se trouve je ne sais où et descend je ne sais où.

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Je suis fâché que Kant ait déclaré devoir quelque chose à Rousseau, qui était un chantre des passions comme son ami Diderot, parce que si Kant a introduit quelque chose de Rousseau dans sa propre philosophie c’est qu’il ne l’a pas compris ou bien par une interprétation tirée par les cheveux.

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Le poète italien Marinetti assiste à une cérémonie fasciste en l’honneur des pêcheurs morts en mer. Des pêcheurs et leurs femmes, ou des veuves, formant une chaîne humaine autour d’une table, oscillent de droite et de gauche tandis qu’ils récitent l’un après l’autre des vers du poète à la mémoire des morts.

Puis, Marinetti « l’eczobuban » (néologisme formé d’après un mot grec qui désignerait une certaine classe de conducteurs de char antiques) repart dans une Ferrari dont le disque des roues est fait d’os humains. Son prochain manifeste est une apologie de l’assassinat comme moyen d’étudier la façon dont les états d’âme circulent à travers le système nerveux.

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Au sommet d’un arbre dénué de feuilles, je regarde le manège de moineaux qui semblent nicher sur certaines branches terminées en forme de disques, constituant autant de plateformes. D’où je me trouve je ne peux voir ce qui se passe sur ces disques, seulement les moineaux aller et venir depuis et jusqu’à ceux-ci. Je fais le tour de l’arbre pour voir s’il n’y aurait pas une plateforme moins haute que les autres qui me permettrait de regarder à sa surface. J’en trouve une à ma hauteur où s’ébattent trois scorpions blancs, deux d’entre eux véritablement blancs comme la neige et le troisième, un peu plus petit, blanc jaunâtre, comme une statuette d’ivoire. Ils étaient en train de folâtrer entre eux en se touchant des pinces et de la bouche quand ma présence leur fait immédiatement prendre une attitude défensive, tournés vers moi prêts à l’attaque (on sait que la meilleure défense est l’attaque). Face à cette situation dangereuse, je m’écarte doucement, disparaissant de leur champ de vision comme ils disparaissent du mien. Au bout de quelques instants, je retourne voir ce qu’ils font mais d’un peu plus loin. Les trois scorpions se lancent dans le vide, accrochés à un fil organique, comme du fil d’araignée, sécrété par l’un d’eux et animé d’un mouvement giratoire autour de l’arbre. Le fil doit se rompre pour conduire les scorpions vers de nouveaux horizons. Il faut juste qu’il ne casse pas dans ma direction, auquel cas je prendrais les scorpions en pleine figure. Le fil casse et entraîne les scorpions au loin, comme un fil de la Vierge des araigneaux. Les scorpions sont partis parce que je les ai dérangés. Je suis émerveillé par la qualité de raisonnement qu’il faut à l’instinct pour conduire cette séquence d’actions coordonnées entre trois individus.

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Avec un caméraman j’embarque sur un bateau de sauvetage en mer pour un reportage. Le capitaine, sa femme et leurs enfants vivent sur ce bateau, ils n’ont pas d’autre habitation. Quand je l’interviewe, la femme se plaint : au fil du temps et des naissances, les choses se sont accumulées dans le bateau et celui-ci ne flotte plus aussi bien qu’avant, en fait il a tendance à s’enfoncer et c’est dangereux.

Nous assistons à un sauvetage. Les touristes tombés en rade en pleine mer sont recueillis sur le pont du bateau, où la femme du capitaine cherche à les humilier, les accusant de négligence.

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Mes parents invitent E. à passer quelques jours avec nous dans la grande maison de … Un soir, en passant devant la chambre qu’elle occupe, je constate que le trou de la serrure est suffisamment grand pour que je puisse jeter un œil à l’intérieur. Je la vois aller et venir dans la salle d’eau de l’autre côté de la chambre ; elle est nue. Quand elle va s’assoir en peignoir sur le lit, je ne vois plus que ses jambes, un peu plus haut que le genou. Elle les relève écartées, si bien que je ne vois plus que les pieds et les chevilles, et je me doute alors, trouvant bien dommage de ne pas en voir plus, qu’elle est en train de caresser son ctéïs.

Elle se relève pour sortir, toujours en peignoir. Il est trop tard pour que je fuie, le bruit précipité de mes pas dans le couloir trahirait ma présence ; je me recroqueville donc dans le coin près de la porte, à demi caché par une table basse qui s’y trouve, espérant pouvoir prendre la poudre d’escampette après son passage. Or elle regardera forcément dans ma direction en fermant la porte derrière elle, me dis-je, et, malgré la relative obscurité du couloir, me verra donc… Je reste immobile, accroupi dans mon coin, lui tournant le dos, tandis que j’entends la porte s’ouvrir, se refermer, puis E. s’éloigner, apparemment sans m’avoir vu. Cependant j’en doute, je pense qu’elle m’a vu mais a préféré feindre ne pas me voir.

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Dans le métro, j’apprends en consultant mes e-mails qu’une femme de mon entourage fait circuler une photo de moi prise à mon insu dans le métro. C’est une photo sans intérêt, me montrant simplement assis, l’air vaguement hébété. Plus que cette histoire elle-même, c’est un détail de la photo qui m’intrigue : le visage d’un autre passager, derrière moi, qui regarde en direction de l’objectif et prend donc sur le fait le photographe clandestin.

À la station où je descends, l’architecture est babylonienne, il faut gravir plusieurs escalators qui semblent infinis et franchir plusieurs séries de portiques automatiques. N’ayant pas de ticket, je me faufile entre les portiques. Un voyageur me dit que l’amende pour ce que je fais est de 123 euros. Je le remercie de cette information.

J’arrive au bord d’un court de tennis, à l’étage supérieur de la station, où I. doit jouer un match important contre un adversaire finlandais. Ce Finlandais est d’ethnie yatkine, une peuplade vivant sur la frontière du cercle arctique, juste avant les Lapons (qui occupent donc une position intermédiaire entre le cercle arctique et les Yatkines) et qui, en raison de son établissement dans des zones inhospitalières, est supposée souffrir de toutes sortes de carences. C’est du moins ce qu’expliquent les commentateurs officiels du match. Il faut donc supposer, du fait de ces carences, qu’I. est bien parti pour gagner. Or je souhaite qu’il perde. Il perd d’ailleurs le premier jeu, ce qui le déstabilise profondément.

Près d’un kiosque à hot-dogs non loin du court, un autre spectateur me dit qu’il n’aime pas regarder les jeux Olympiques. Je lui réponds que je n’aime pas quant à moi regarder le tennis car le bruit répété de la balle sur les raquettes me paraît excessivement monotone.

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Au Japon, je viole (et j’en demande pardon au lecteur) une résidente chez ma logeuse. Elle s’apaise dès que je parviens à la pénétrer et, quand la logeuse me surprend et profère des menaces, comme je réponds que j’ai l’intention d’épouser ma victime, celle-ci devient tout à fait détendue et contente.

Voici comment j’interprète le fait que ma victime se calme au moment de la pénétration. Selon la génétique et la psychologie évolutionniste, nous sommes des machines réplicatoires au service de nos gènes. Une femme violée peut donc inconsciemment (dans un inconscient génétique) raisonner comme suit, c’est-à-dire ses gènes : si j’ai un fils à la suite de ce viol (et, toujours selon la psychologie évolutionniste, un viol a statistiquement plus de chances de déboucher sur une grossesse qu’un rapport sexuel normal !), ce sera lui-même un violeur en vertu de son hérédité –tel père tel fils–, ce qui m’arrive est donc une opportunité de maximiser mon succès reproductif de machine réplicatoire (projeté sur plusieurs générations). Tant que la pénétration n’est pas engagée, ce raisonnement n’est qu’hypothétique car l’agresseur peut s’avérer incapable de réaliser son intention. La résistance au viol pourrait donc logiquement, selon cette interprétation, avoir pour véritable cause une volonté génétique inconsciente de tester la capacité du violeur à conduire l’acte à bien dans les conditions les moins favorables. Plus l’opposition rencontrée par le violeur est grande, plus son possible fils futur sera l’héritier de grandes qualités reproductives. – Si l’on voulait voir dans ces réflexions une apologie du viol, je précise que je suis pour rendre le viol passible de mort (moyennant quelques conditions de preuve et en écartant l’intime conviction, cette frivolité du droit français, lui-même pitoyable). Et même l’adultère.

Mais revenons au rêve. Je choisis d’annoncer mon mariage avec cette victime car je fuis une autre conquête, plus régulière, à qui j’ai promis le mariage. Dès lors que je suis engagé avec la présente femme, je n’ai plus d’obligations envers cette autre. Mon machiavélisme m’enchante et je me promets de faire de mon mariage une couverture de respectabilité pour de nombreuses séductions.

[La science au fondement de ce rêve est celle présentée dans mon ouvrage The Science of Sex: Competition and Psychology de 2016, dont le PDF est disponible sur la page Index/Table of Contents du présent blog.]

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L’idole empalée. Je crains de la reconnaître.

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Pendant le repas on me dit qu’une des oies de mes parents est morte à cause d’une gangrène aux pattes. On veut me montrer cette gangrène et l’on apporte donc une des pattes, qui s’avère être une jambe humaine enrobée dans de la cellophane. La jambe est couverte en plusieurs endroits de grosses taches sombres. P. (♀) ouvre la cellophane et arrache un de ces chancres à la main, puis le dépose sur un dessous de plat, sur la table. C’est une grosse éponge noire et gluante.

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Érection en direction…

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Un homme entre dans une librairie qu’il découvre pour la première fois au cours de l’une de ses déambulations. C’est une librairie de bouquiniste plus ou moins spécialisée dans l’ésotérisme. À l’intérieur, personne pour l’accueillir, pas d’autres clients non plus. Tandis qu’il furète dans le capharnaüm de livres, un petit garçon l’approche et se met à vouloir lui recommander des ouvrages. L’homme, trouvant cette présence intempestive, entend éconduire l’enfant mais ce dernier insiste, longuement, et ses paroles témoignent de connaissances en occultisme à vrai dire inquiétantes, surtout pour un garçon de son âge. À la fin, excédé en même temps que sous l’impression d’un indéfinissable malaise devant un tel étalage de connaissances démonologiques et de magie noire chez un enfant, il lui demande brutalement de bien vouloir le laisser en paix.

Alors qu’il monte un escalier avec quelques livres sous le bras, pensant trouver la caisse là-haut, il entend derrière lui l’enfant l’appeler encore, d’un ton ayant quelque chose de sarcastique : « Voilà quelque chose à propos de Suzy ! » L’homme se fige. Suzy est un nom important dans sa vie, un ancien amour. Mais il décide d’ignorer cette parole et continue de monter l’escalier sans se retourner.

En haut se trouve la libraire, une femme qu’il reconnaît comme étant Suzy, qu’il n’a pas vue depuis des années. Le petit garçon est son fils, qu’elle élève seule. L’enfant n’étant élevé que par sa mère, on se demande naturellement si l’homme ici présent ne serait pas le père ; il se le demande lui-même, sans trop s’attarder à cette pensée. Suzy et lui échangent quelques mots. Elle lui demande, parce que l’homme est quelque chose dans les milieux de l’éducation ou de la pédagogie, s’il pense que son fils, qu’elle scolarise elle-même en raison de la personnalité atypique du garçon qui le rend impropre à fréquenter l’école, a le niveau. L’homme répond laconiquement que non. Une ombre passe sur le visage de Suzy. Il paye ses livres et s’en va, dans un brumeux quartier désert de manoirs. Le garçon sort sur le pas de la porte derrière lui, criant du même ton sarcastique que précédemment : « Au revoir, papa ! »

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Certaines personnes changent de personnalité du jour au lendemain, devenant complètement apathiques. Une femme en découvre un jour la raison quand elle est témoin, alors qu’elle n’aurait pas dû l’être, de la façon dont les équipes médicales interviennent à la suite d’un accident de la route subie par une amie. Les principaux organes vitaux, dont le cerveau, sont remplacés par du matériel électronique. Les accidentés et les grands malades ne sont ainsi plus soignés mais transformés en cyborgs.

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En vacances, on me conduit dans une église où doit se tenir je ne sais quelle cérémonie. Je suis surpris de trouver parmi l’assistance et les organisateurs un nombre important de représentants de l’État : des édiles et même quelques députés. Quand je demande à S. ce qu’on doit célébrer, il me répond : « La Marseillaise. » C’est donc une cérémonie laïque qui mobilise à son profit un lieu de culte. Je me lance dans un discours, expliquant à S. que la politique française de laïcité est en réalité un athéisme militant, intolérant, ayant fait couler beaucoup de sang.

À la fin de la cérémonie, je dis à X. que je ne pense pas avoir complètement perdu mon temps car être présent m’a permis de « voir et être vu ». Je suis X. croyant qu’il nous conduit à la sortie mais il s’engage dans un ensemble de sombres cellules trop basses pour s’y tenir debout ; de l’une d’elles on peut voir en contrebas les organisateurs de la cérémonie ranger le matériel de sonorisation. Je dis à X. qu’il faut sortir mais il préfère rester étendu sur le sol de la cellule, impossible de le tirer de là.

Je sors donc seul et me rends compte que j’ai laissé ma parka quelque part. Au cours de mes recherches inquiètes, j’entre dans la maison attenante à l’église et dont les propriétaires possèdent également l’église et le vaste terrain qui l’entoure. La vue de l’église depuis le jardin de cette maison est impressionnante. La maîtresse de maison me découvre chez elle ; comprenant tout de suite que je viens d’assister à la cérémonie, elle n’est pas surprise par ma présence. Quand je lui dis que je cherche une parka vert olive, elle me témoigne du mépris en disant que j’ai une petite vie. Je vais poursuivre ailleurs mes recherches. À mon réveil, je me dis, mais ce n’est pas la première fois, qu’il est temps de changer de parka.

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Il pleut dans le musée et je n’ai pas de parapluie. Cherchant à m’abriter, je vois deux, trois personnes blotties sous une projection de mur au-dessus d’une issue de secours. À côté de l’issue, l’ascenseur a lui-même un parapet au-dessus des portes. Je me dirige de ce côté pour m’abriter mais réalise qu’il ne doit pas être permis de bloquer l’accès de l’ascenseur en restant devant. En outre, le bouton d’appel est allumé, ce qui signifie que des gens vont en sortir puisqu’il n’y a d’autre étage que le rez-de-chaussée.

Parmi les œuvres exposées dont je me souviens : une série de portraits en peinture d’immigrants allemands, surtout des femmes, peintes sur le pont du bateau qui les mène en Amérique, et une représentation rose et lilas de la tour Eiffel vue depuis la base, mais c’est une anamorphose, le reflet dans un miroir déformant de produits de charcuterie, jambon et autres, dans un rayon d’épicerie.

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Celui que je prenais pour un rival mieux placé avoue des années plus tard qu’il n’était qu’un confident malheureux : A. ne lui parlait que de moi, de son amour pour moi, de son désespoir devant mon indifférence. Moi qui l’aimais tant… Faut-il être vain pour tirer satisfaction de cette révélation après avoir enterré un amour si malheureux et une part de moi-même avec ! Il dit aussi, pour expliquer le besoin qu’elle avait d’un confident, que c’était « une céléminaire ».

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E., qui dans ce rêve est mon dealer de hasch, vient à mon invitation car je veux acheter une barrette, la première depuis bien longtemps. Nous sommes dans la cuisine, où ma femme de ménage se trouve également, en train de travailler. J’essaie d’engager la conversation avec E. de manière seulement allusive, de façon que la femme de ménage ne comprenne pas qu’il s’agit d’une transaction illicite, mais mon intention échappe complètement à E., qui répond en prononçant le mot « cannabis » sans vergogne. Il me dit que le prix est de 17, ce qui veut dire, dans sa langue commerciale, 170 euros. Bien que je trouve cela cher (tout en n’ayant plus la moindre notion du prix d’une barrette), j’accepte et l’invite à fumer le premier joint avec moi.

Dans mon bureau, je fais de la place sur le bureau pour rouler un joint. Or j’ai laissé traîner un dessous de table de friterie, plus exactement d’une certaine franchise de fast-food, dessous de table en papier maculé par les reliques d’un repas, ce qui a attiré des fourmis, dont le bureau est pour cette raison couvert.

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La poudre des millepêches (sic : attaché).

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S’inspirant de la pratique de certains mendiants, un ministre, pour demander une augmentation du budget de son ministère, écrit « 1 million » sur un bout de carton et pose avec, en costume cravate, devant les caméras.

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Au cours d’une discussion, j’explique que le régime de Vichy ne peut être haï sans réserve en raison du point commun entre son nom et celui de la pastille de Vichy, ce bonbon à la fraîcheur incomparable. Je répète l’explication à Y., arrivée en cours de route, mais celle-ci prétend réduire à néant ma théorie en dénigrant les pastilles Vichy.

Journal onirique 21

Période : septembre 2021.

Forêt, par Cécile Cayla Boucharel

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Un poème est lu, je vois la page, en retiens deux vers : « D’un arc-en-ciel de fleurs / au catafalque des fautes. »

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Un inconnu dans le genre tibétain, en costume traditionnel, se présente à mon domicile, où je me trouve avec mon invitée M., et me tend une lettre manuscrite. C’est le roi du Bhoutan qui m’écrit, dans un français approximatif, qu’un coup d’État vient d’avoir lieu, avec le concours d’un mercenaire danois du nom de Nils Biehls, et me demande mon aide.

Je me rends sur place. Dans la capitale, le palais royal occupe un côté de la place centrale et les appartements des épouses et concubines du roi sont de l’autre côté, le roi devant donc traverser la place, ouverte à tous venants, pour rencontrer ses femmes, ce qui semble bien peu pratique. L’usurpateur a naturellement fait siennes les femmes du roi déposé. Il les a battues et violées, et certaines d’entre elles vont bientôt accoucher à la suite de ces violences, ce qui les plonge dans de grandes souffrances morales car elles donneront le jour à la progéniture d’un usurpateur maudit. Des vidéos circulent dans les cercles de la résistance, montrant des femmes sur le point d’accoucher, le visage tuméfié par les coups, en larmes et se débattant en vain pour échapper aux soldats du tyran qui font office de sages-femmes.

J’ai pris contact avec une servante du gynécée qui feint d’être loyale au tyran mais est en même temps une figure clé de la résistance. Nous décidons d’organiser une réception à l’attention des mercenaires occidentaux impliqués dans le coup d’État, officiellement pour leur rendre hommage mais en réalité pour les éliminer car nous considérons qu’ils sont le principal obstacle au retour du roi déposé. Il m’est permis, avec la servante, d’organiser cette réception car, tout comme elle, je joue un double jeu, faisant semblant de continuer à remplir une fonction de conseiller occulte auprès du tyran comme je le faisais pour le roi.

Les premiers mercenaires arrivent, revêtus de leur tenue militaire, casques, gilets pare-balles, armés. Parmi eux je vois P., que dans la réalité je connais comme un fonctionnaire mal noté de ses supérieurs et qui s’est donc, ici, reconverti dans le mercenariat. Je vais le saluer et il me présente un de ses amis mercenaires. Je tente une plaisanterie à leur attention : « C’est donc vous les responsables ? », sous-entendu : responsables du coup d’État, mais la boutade n’est guère appréciée.

Trêve de plaisanteries, quand les mercenaires sont arrivés en nombre, la servante et moi nous éclipsons et sortons dans une ruelle près de la place centrale où nous rejoignons nos camarades. Tout le monde est armé, nous pouvons donner l’assaut. Aux insurgés, je lance : « Visez la tête et visez bien ! » Je dis de viser la tête car les mercenaires portent des gilets pare-balles, cependant ils ont aussi des casques, mais il est important de rapporter cette parole car elle montre le leader que je suis.

Nous traversons une arche sombre et débouchons sur la place centrale, où des miliciens bhoutanais au service de l’usurpateur ouvrent le feu sur nous. La bataille commence. J’ai un pistolet dans chaque main et fais feu avec l’un puis l’autre, abattant deux miliciens à ma grande satisfaction. Après cette excellente entrée en matière, il me semble cependant que mes pistolets ne fonctionnent plus, appuyer sur la gâchette ne paraît produire aucun effet, mais je continue au cas où cette impression serait fausse.

Quelques-uns d’entre nous entrent dans un bâtiment jouxtant la place afin d’accéder au palais par l’intérieur. Là, je prends un moment pour examiner mes armes et constate que les gâchettes ne fonctionnent plus. Dans une salle un peu plus loin, nous rencontrons des Français d’apparence louche, qui se disent des nôtres mais nous objurguent de cesser toute violence, car la violence, disent-ils, ne résout rien. Je leur demande leur papier OCB, car ils étaient en train de se faire des joints, et me roule une cigarette, tout en pensant qu’il doit s’agir d’agents à la solde du tyran.

Poursuivant mon chemin, je débouche sur une salle de spectacle plongée dans la pénombre, éclairée seulement par quelques lampions disséminés parmi les boiseries laquées. Un ballet chinois est sur le point d’être joué pour une poignée de Français et quelques autres Occidentaux. Ces gens, me prenant pour un nouvel expatrié, cherchent à lier connaissance et je me mets à bavarder avec eux.

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Il existe en Islande une ruine extraordinairement ancienne considérée par l’humanité tout entière comme un lieu maudit, que nul n’approche. Or une coalition de pays influents dirigée par la chancelière allemande, prenant prétexte de la pandémie de covid-19, décide de rompre ce tabou millénaire et procède en grande pompe au descellement des accès à cette ruine.

Deux clans islandais sur le point de déterrer une nouvelle fois la hache de guerre se mettent finalement d’accorder pour éviter le retour des hostilités en sacrifiant le dictateur libyen Mouammar Kadhafi, alors en visite en Islande, dans cette ruine mystérieuse. Kadhafi capturé, il est attaché à une corde et descendu, la nuit, le long d’un mur de douve d’une hauteur prodigieuse. Ce sont les douves qui dessinent la limite extérieure du site antédiluvien. Au fond, les murs sont percés de tunnels dont les Islandais attendent de voir si quelque chose en sortira quand ils secouent Kadhafi, dont ils se servent ainsi comme d’un appât, comme d’une mouche devant le trou d’une araignée. Kadhafi est en effet placé par les manieurs de corde devant un de ces tunnels mais, comprenant le but de la manœuvre, il parvient, par la résistance qu’il oppose depuis ces profondeurs, à se maintenir en retrait par rapport à l’entrée, hors de la vue d’un possible occupant du tunnel. Or il semblerait que ces conduits soient occupés par de colossales créatures tentaculaires.

Un flashback nous ramène quelques jours auparavant. Je suis dans la même maison d’hôtes où le dictateur libyen est descendu avec sa suite. Ayant acheté en ville une paire de chaussures de femme, chaussures du genre vulgaire, à talons hauts, Kadhafi cherche à les passer à une hôtesse de l’air arabe de sa suite, chaussée de sandales. Il ne fait aucun doute que le dictateur cherche à lui passer ces chaussures car elles lui semblent plus affriolantes, et comme il ne se laisse nullement décourager par les refus et la résistance de l’hôtesse, je crains qu’il ne finisse par la violer. Il a déjà réussi à lui passer une chaussure, il ne reste plus que l’autre. Aussi, je demande à un officier militaire de la suite de Kadhafi de l’empêcher d’aller plus avant. Se laissant convaincre par mes arguments, le militaire pose la main sur l’épaule de Kadhafi, le retourne et lui assène un violent coup de poing dans la figure. « Pas comme ça ! », m’écrié-je, car je pensais que l’officier ramènerait son maître à la raison par des paroles. L’officier, pour la carrière duquel je ne suis dès lors guère optimiste, se retire tandis que j’aide Kadhafi, sonné, à s’asseoir dans un fauteuil. Outre la douleur physique, on sent que cet incident lui cause une grande souffrance morale. L’hôtesse de l’air en est apitoyée et, tandis qu’elle prodigue des soins au dictateur, celui-ci la convainc de reprendre les choses où elles en étaient quand il reçut le coup de poing. L’hôtesse n’oppose plus aucune résistance, elle s’accroupit entre les jambes du dictateur et commence à lui caresser l’entrejambes.

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Le gouvernement interdit les restaurants aux vétérans de retour du Vietnam en raison d’un événement dont je suis responsable.

Au Vietnam, je défendais seul, un jour, une position armé d’une simple carabine. Avec une telle arme je ne pouvais tirer beaucoup de munitions, et mes tirs n’étaient pas non plus précis, je manquais mes cibles. Aussi l’ennemi parvint-il facilement à s’approcher bien qu’il eût à traverser une zone découverte. Cependant, au moment où les Viets se croyaient sur le point de parvenir à leur but, je jetai la carabine et les canardai avec une mitrailleuse. Comme ils étaient à la fois proches et exposés, ce fut un véritable massacre.

De retour aux États-Unis, je me rendis dans un fast-food. Certains avantages avaient été créés pour les vétérans dans la vie civile. Au fast-food, par exemple, normalement le client demande bag ou regular, à savoir, soit il emporte sa commande dans un sac en papier (bag) soit il mange sur place et se fait servir sur un plateau (regular). (C’est ce qui correspond dans la réalité à « to eat here or to take away », souvent réduit à « here or take away ».) Pour les vétérans avait été créée la nouvelle formule bagular, à la fois bag et regular, c’est-à-dire qu’ils pouvaient manger sur place en ayant leur nourriture servie dans un sac en papier, et certaines places étaient par priorité réservées aux formules bagular.

Ce jour-là, je commandai donc ma formule bagular et rejoignis dans le restaurant un groupe de personnes qui voulaient m’entendre parler de mon expérience au Vietnam. Or, quand j’en vins à l’événement mémorable que j’ai décrit, je revécus la scène avec une telle intensité que la mitrailleuse m’apparut dans les mains et que je canardai les clients du restaurant comme si c’étaient des Viets.

J’avais donc commis une tuerie de masse dans le fast-food. Si le gouvernement décida d’interdire alors les restaurants aux vétérans de la guerre du Vietnam, c’est peut-être aussi parce que ce regrettable événement n’était pas isolé.

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Au lycée, nous organisons entre amis un banquet à l’approche de la fin de l’année scolaire. G., assis à côté de moi, parle du calendrier des examens qui lui restent à passer dans sa classe scientifique et me demande ce qu’il en est pour moi. Je lui dis que je ne peux répondre à sa question : « En classe scientifique vous avez un planning mais en classe littéraire nous n’en avons pas. » Cette réponse est appréciée des élèves de classe scientifique, car c’est évidemment une pique contre le fonctionnement des classes littéraires, où, à cause d’une forme de paresse intellectuelle, nous ne pouvons rien prévoir, rien planifier.

Comme souvent quand je rêve d’examens, je suis pris d’inquiétude car des examens approchent (même si, dans le cas présent, je ne sais pas exactement quand ils doivent avoir lieu) et je n’ai encore rien fait pour m’y préparer.

Plus tard au cours du repas, G. me raconte la récente sortie du ministre de la justice sur le mariage. Le ministre aurait dit que les femmes devaient se marier parce qu’elles sont égales aux hommes.

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Je dois prendre l’avion avec dans mes bagages mes derniers écrits, qui tombent peut-être sous le coup de la loi, mais je me dis que la police aérienne ne contrôle pas ce genre de choses. Or, lors du contrôle de sécurité avant l’embarquement, mon sac est ouvert et les manuscrits trouvés. L’agent me demande de le suivre dans les locaux de la police de l’aéroport. Je suis séparé de C. (♂) qui voyage avec moi.

On me demande d’attendre dans un couloir entièrement vide et nu, sous la surveillance d’un policier, tandis qu’on fouille dans une salle ma valise et les bagages de C. par la même occasion. Je reste debout contre le mur du couloir, tandis que le policier qui me surveille se tient à peu de distance, lui-même appuyé contre le mur mais seulement de la main pour me faire face. Un autre policier arrive et me dit de me déshabiller, en me montrant du doigt l’extrémité du couloir, où se trouvent des patères murales où suspendre ses vêtements ainsi qu’une chaise. Je m’y rends et commence à me déshabiller, en pensant que j’aurais mieux fait de mettre mes cahiers au fond de ma valise plutôt que dans mon sac à dos. Et puis, au vu de la tournure que prennent les événements, je me dis que non, qu’ils doivent avoir mon nom dans un fichier et auraient de toute façon fouillé la valise.

Le policier me dit de me dépêcher car cela fait une demi-heure déjà qu’ils s’occupent de nous. Bien que lancées sans apparence de sarcasme, ces paroles me font l’effet d’une cinglante ironie car, puisque l’on demande que je me déshabille, il faut croire que nous en avons encore pour un bon moment.

C. sort d’une salle et cherche à intercéder avec le policier –appelons-le le chef pour le distinguer de celui qui me surveille– mais celui-ci le remet sèchement à sa place. C. a l’air désespéré.

Tandis que je me déshabille, le policier qui me surveille, et qui m’a suivi du côté des patères, consulte son téléphone portable et murmure : « Jamais une femme ne m’a traité comme une m*** de cette façon. » Cela me donne une petite satisfaction, car c’est un ennemi présentement, mais ne laisse augurer rien de bon quant à son état d’esprit.

Je décide de garder mon caleçon et mes chaussettes et me tiens droit dans cet appareil pour faire comprendre que j’ai fini. Le chef me regarde et dit : « Enlève tout. » Je montre le caleçon d’un air interrogatif, comme ultime tentative de faire respecter ma dignité, mais le chef : « Les chaussettes aussi » (c’est-à-dire : oui, le caleçon, et les chaussettes aussi).

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Il y a des poèmes qui te blessent par des mots oubliés.

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Nous marchons dans une forêt que J., qui me sert de guide, me dit être du type « forêt de forêt ». Les arbres qui tombent abattus par le vent ou la foudre servent à la croissance d’autres arbres. C’est en voyant les arbres horizontaux sur le sol que l’on mesure vraiment leur taille colossale. La terre est rouge du fait de la décomposition des feuilles.

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Un bureaucrate est convoqué par son supérieur qui l’informe que son travail ne donne plus satisfaction. Selon le rapport, la cause de cette chute de niveau est la publication en ligne par l’intéressé de poésie qu’il écrit. Comme son travail ne donne plus satisfaction, on s’apprête à le radier. Il venait de faire savoir qu’il souhaitait quitter la bureaucratie en bénéficiant d’un dispositif de départ financièrement accompagné. Radié, il partira sans rien. Il comprend alors que tout bureaucrate demandant à bénéficier du départ accompagné se trouve radié sous un prétexte quelconque, que le dispositif n’existe en fait que comme un moyen pour la bureaucratie de détecter les éléments les moins motivés pour les écarter sans débourser un liard.

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La situation n’est pas des plus claires à Washington, D.C. Il semblerait qu’une milice ait organisé des mass shootings simultanés en plusieurs points de la capitale fédérale, dans le but de déclencher le soulèvement de l’Amérique conservatrice contre l’État profond. Cela aurait conduit alors un nombre important d’habitants de la ville à sortir armés de chez eux, certains en costume d’Halloween, pour commettre des actes de violence gratuite et précipiter la chute du régime.

Sur le quai de la gare, un train arrive de Philadelphie. Trois hommes et une femme en sortent, obèses et armés jusqu’aux dents, pour participer au soulèvement. Ils pensaient que le train serait bondé de gens déterminés comme eux et sont très déçus de constater qu’ils sont les seuls à s’être déplacés. Je m’approche et leur demande, constatant avec eux l’inertie des gens, s’il est bien vrai qu’un soulèvement a lieu.

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Je vais au fast-food avec G., qui a décidé de se faire passer pour muette. J’accepte donc de commander pour elle et lui demande d’écrire ce qu’elle souhaite sur un bout de papier que je lui tends, un vieux ticket de caisse tout froissé. Après avoir écrit, elle me repasse le papier, sur lequel je ne vois rien. « Are you f***ing with me ? » dis-je, irrité. En fait, ainsi que me l’explique la troisième personne qui se trouve avec nous, comme son stylo n’a plus d’encre, G. a « gravé » sa commande avec la mine ; je vois en effet quelques vagues formes gravées par enfoncement du papier.

Une caissière m’appelle pour passer commande. Je me rends à la caisse en espérant pouvoir déchiffrer les notes de G. Regardant de nouveau le papier, je vois cependant que, devant ma difficulté à lire ses « gravures », elle m’en a remis un autre et que j’ai maintenant dans la main une ancienne facture du même fast-food où G. a déjà mangé ; mais elle était alors en groupe et avait payé pour tout le monde, si bien que la facture ne m’indique que très imparfaitement ce qu’elle souhaite. Je décide donc de choisir au hasard dans cette commande un burger, une boisson et un dessert. Or les noms que je lis sur la facture me sont si peu familiers (je ne connais pas cette chaîne de restaurants) et sont si peu explicites que je suis obligé de me les faire expliquer par la caissière. Sans doute parce qu’elle trouve que cela commence à prendre beaucoup de temps, G. me rejoint à la caisse et commande elle-même à voix haute. Elle cesse donc de se faire passer pour muette et je rougis de honte à l’idée que nous devons être ridicules pour ceux qui furent témoins de notre manège quand elle faisait la muette.

Le temps passe, G. et moi nous sommes perdus de vue. Je trouve un jour sur YouTube une vidéo d’elle. C’est un film d’un peu plus d’une minute dans lequel elle participe au programme d’un youtubeur connu qui publie des vidéos où il gifle des personnes consentantes. Cela commence par un bref entretien où G. se présente. En la voyant dans cette vidéo, je suis stupéfait par sa beauté merveilleuse, notamment la beauté de ses yeux, qui ne m’avait pas échappé dans la réalité mais qui paraît ici sublimée. Le youtubeur a, tout du long, un ton égrillard, comme s’il produisait des vidéos de caractère sexuel sadomasochiste. Le moment de la gifle est venu, il ne se passe rien, on nous explique qu’une gifle invisible a bien été donnée. Puis nous voyons G. et le youtubeur discuter sur le pas d’une porte, je crois entendre G. gémir de plaisir ; cela pourrait être un extrait d’enregistrement du off entre le gifleur et G., ce qui m’enrage. Les deux sont rejoints par d’autres sortant de la maison, qui quittent les lieux avec G. Le gifleur reste seul, il marche vers la caméra en concluant : « Les participants à mes vidéos ne m’invitent jamais avec leurs amis et c’est bien dommage. » Je me dis alors que s’il avait fait gémir G. de plaisir, elle l’aurait invité à sortir avec ses amis et que les gémissements en bruit de fond sont donc un ignoble trucage de ce youtubeur, chez qui d’ailleurs tout est ignoble. Que G. se soit abaissée à faire cette vidéo, même si elle peut toujours dire que c’est peu de chose, me révolte. Je suis convaincu qu’elle l’a fait en représailles contre moi, pour me blesser.

Je décide de tout quitter en n’emportant que mes souvenirs de G. Errant dans les rues en short et tee-shirt, tenant à la main un sac en plastique contenant les souvenirs, j’ai l’air d’un sans-abri qui porte avec lui tout son bien. J’arrive dans un jardin municipal où je cherche à entrer. Un petit groupe de personnes, visiblement des étrangers d’Europe de l’Est en situation irrégulière, me croisent et, me prenant pour un véritable sans-abri, plus ou moins comme eux, me conseillent de rebrousser chemin car la police est en train de quadriller le jardin pour vérifier les passes sanitaires de tout le monde. Je fais donc comme ces illégaux et me carapate, tout en observant du coin de l’œil la police qui a rassemblé les paisibles occupants du jardin pour les contrôler, sans aménité, les uns après les autres. Car j’ai quitté mon domicile en oubliant mon passe sanitaire et ce serait bête de prendre une amende alors que j’ai bien reçu les deux injections. Je décide donc de retourner chez moi, ma vocation de clochard remise à plus tard.

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En vacance aux Bermudes, « territoire britannique d’outre-mer » où le bermuda peut être porté dans le Parlement local (ceci n’est pas dans le rêve mais un souvenir de la réalité), je suis charmé par une colonie britannique figée dans le temps, plus britannique que l’Angleterre elle-même, aujourd’hui dégénérée. Dans la capitale, dont le nom, ainsi que me l’apprend internet à mon réveil, est Hamilton, j’admire un boulevard planté d’essences d’arbres exotiques.

Je suis en pension sur un campus universitaire où l’Angleterre a transporté le modèle de ses universités d’Oxford et Cambridge. Alors que je prends mon petit déjeuner dans le réfectoire gothique, où des touristes coréens me regardent haineusement pour être là dans mon élément, de manière si consciente, je reçois un appel téléphonique. C’est U., qui me dit qu’il se rend en voiture à … et me demande si je souhaite qu’il m’y conduise. Je lui réponds que je me trouve aux Bermudes. « Aux Bermudes ? », répète-t-il et je sens dans sa voix une admiration mal dissimulée et quelque peu jalouse pour cette destination inattendue qui lui démontre, s’il en était besoin, à quel point je suis cool. En allant et venant dans le jardin attenant au réfectoire, je lui raconte mon séjour. Tout en parlant, je l’entends qui discute avec sa femme et comprends donc qu’il a posé le téléphone. À un moment, je l’appelle : « U. ? », pour savoir s’il peut m’entendre. Pas de réponse. Je raccroche sans que nous nous disions au revoir.

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Un scandale éclate quand est révélée l’existence d’un réseau de prostitution de mineures au service des élites politiques. Dans le journal de grande diffusion dont j’ouvre les pages, je trouve, illustrant un long article sur le sujet, des images pornographiques tirées de cette activité, le visage des clients n’apparaissant pas et ceux des victimes étant barrés au niveau des yeux pour qu’on ne puisse les reconnaître. Alors qu’elles provoquent un début d’excitation sexuelle en moi, je trouve ces images totalement déplacées, car l’effet que je suis en train de sentir me laisse penser que cette publication incitera les gens à recourir aux services de prostituées mineures. Cela m’étonne à peine : j’y vois une confirmation de la collusion de la presse avec l’État profond et la classe politique éclaboussés, et cet article est une manière de dire aux petites gens : « Vous feriez la même chose à leur place. »

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Un squatteur signe sans le savoir son arrêt de mort en occupant une maison abandonnée où a été cachée une grosse somme d’argent. Venu sur place pour tenter de trouver l’argent, je suis repoussé par le squatteur qui se fait passer pour le propriétaire des lieux. Pour éviter un esclandre, je n’insiste pas mais je reste dans les parages en guettant une occasion de pénétrer dans la maison. Un homme que je reconnais comme un assassin s’y présente à son tour et je comprends qu’il ne laissera pas le squatteur lui jouer son numéro de propriétaire en colère.

Plus tard, je me trouve avec une compagne à l’intérieur d’une école désaffectée où, dans une classe vide, je suis en train de cacher une grosse somme d’argent. Avant de finir, je me rends compte que de l’argent est resté dans une autre salle, à l’étage inférieur, et que je ferais mieux d’aller le chercher et de l’apporter ici pour le cacher avec le reste. Au moment où je vais sortir, la femme, qui veut m’accompagner, me dit qu’il vaudrait mieux finir de cacher l’argent ici avant de rapporter l’autre, pour éviter que quelqu’un ne le trouve pendant que nous sommes sortis. Je ne l’écoute pas. Dans les escaliers, nous sommes arrêtés par le même assassin que plus haut, à la recherche de l’argent. Une fusillade éclate. Je le touche plusieurs fois avant qu’une de ses balles ne me touche, mais il porte un gilet pare-balles et pas moi. Il s’apprête alors à me torturer pour que je lui révèle où se trouve l’argent et commence par décrire longuement ce qu’il va me faire, dont je retiens qu’il veut m’éplucher comme une orange.

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Le chocolatier du village se sert de chocolat usé, qu’il va chercher dans les poubelles, pour faire son chocolat.

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Shawn et Bez, du groupe Happy Mondays, cuvent, allongés sur la moquette, un cocktail d’alcool et de drogues. Depuis le canapé, je leur cite un penseur français qui a dit « La jeunesse est l’élégance de l’âme », ce que je traduis par « Youth is the distinction of the soul », mais j’ajoute que certaines âmes, comme celle de Shawn, sont toujours distinguées.

Une blonde fillette vient nous dire qu’elle fait une machine à laver et nous la suivons donc avec notre linge sale dans la salle d’eau, où, tandis que nous sommes agenouillés pour enfourner le linge dans la machine, elle nous compisse chacun à notre tour.

Jetant un œil dans le tambour de la machine, je vois que c’est en fait un passage vers une autre salle de bain. Après avoir jeté le linge à même le sol de cette nouvelle pièce, je demande : « Pourquoi y a-t-il un cabinet dans la machine à laver ? »

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Grâce à une hypnose collective, j’ai pu me rendre coupable d’un crime de stupre sur une connaissance. Malheureusement, parmi les personnes que j’endormis, se trouvait un petit garçon dont le subconscient a retenu mes incantations d’hypnotiseur et qui se prend à les fredonner de temps en temps, comme une chanson qu’il aurait apprise, sans qu’il puisse dire, quand on lui pose la question, où il l’a entendue. Cela risque de révéler mon crime aux esprits pénétrants. Le temps que je me décide à faire disparaître ce petit garçon, un homme est parvenu à reconstituer le fil des événements. Il entend donc me livrer à la police et me ligote à l’aide d’une corde, mais je parviens à lui échapper en plongeant, la nuit, dans une rivière. Comme je suis emporté par le courant, il croit savoir où me saisir de nouveau et court le long de la berge pour m’intercepter. Incapable de lutter contre le courant en surface, je plonge vers le fond, où se présente ma liberté sous la forme d’un tunnel englouti qui doit me conduire vers une issue inconnue de mon poursuivant, mais, refusant une fuite déshonorable, je me jette dans un cachot sous une cloche d’air, où, m’asseyant en tailleur, j’entends me laisser stoïquement mourir d’inanition en expiation de mon crime.