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Journal onirique 3

L’omniprésent ignore l’unilatéralité et la lourdeur de ce qui n’est que réel – cela qui se borne à tantôt enchaîner l’homme, tantôt le repousser et tantôt l’abandonner, le livrant chaque fois aux distorsions du hasardeux.

Heidegger, Wie wenn am Feiertage… / Comme au jour de fête

Journal onirique. Période : janvier 2020.

Suivi de trois poèmes inédits.

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Giallo. Sur l’idée de la vendetta contre le genre humain ou la société, comme dans le film Lo squartatore di New York (L’éventreur de New York) de Lucio Fulci, c’est ici le général en chef de l’armée nationale qui entreprend de plonger la planète dans le chaos, sous couvert de secret-défense, pour venger l’accident qui a fait de son fils unique un légume. L’opacité entourant les milieux militaires, accoutumés, du fait de la doctrine dite réaliste des relations internationales, à agir en dehors de tout cadre légal, et les hautes sphères dirigeantes en général, rend malheureusement impossible à l’opinion publique de comprendre que ce haut responsable agit non pas en vue du mandat officiel qu’il a reçu mais entièrement mû par sa folie privée.

Étant l’une des rares personnes à connaître l’existence du légume, que son père enferme chez lui gardé par une vieille femme, je commence à comprendre, et j’essaie d’alerter la presse indépendante sur ce qui est en train de se passer et que personne ne parvient à expliquer de façon satisfaisante.

Le mot giallo, qui veut dire « jaune » en italien, désigne les films noirs de ce pays, films dont la facture est unique et inimitable. Certains noms parmi les plus grands du cinéma italien se sont illustrés dans le genre, tels que Dario Argento, Mario Bava, Sergio Martino, Umberto Lenzi, Lucio Fulci. Le film de ce dernier que je cite dans la description du rêve entre indéniablement dans le genre mais, par son plasticisme borgien, est tout particulièrement apprécié des amateurs de films d’horreur.

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La scientifique en blouse blanche me conduit auprès de l’un de ses petits protégés, un enfant surdoué, au cours d’un rendez-vous que j’ai sollicité pour qu’elle me présente la méthode pédagogique nouvelle qu’elle a mise au point et développée en vue de servir ces superintelligences précoces et de prévenir les dysfonctionnements qui les guettent dans un monde tellement inférieur à leurs capacités. Mis en présence du petit garçon, je ressens immédiatement une sourde hostilité de classe : voilà un rejeton de la grande bourgeoisie qui, après son passage dans ce jardin d’enfants aux allures de laboratoire du MIT et au terme de son éducation qui sera sans aucun doute du même tonneau, avec des prix Nobel pour précepteurs particuliers, ira tout naturellement occuper la place dirigeante qui lui revient dans l’infernal système d’exploitation de la classe à laquelle je m’identifie.

J’observe la méthode d’apprentissage de la scientifique en blouse blanche. Quand l’enfant dysfonctionne sur l’exercice multitâches qui lui est assigné, la scientifique lui sort immédiatement d’une boîte en plastique (qui ressemble à un aspirateur sans tuyau) une panoplie de jouets éducatifs auxquels il se met à jouer simultanément, comme un maître des échecs se mesurant à plusieurs adversaires. Le petit garçon commente en même temps ses différentes parties, et sa manière de s’exprimer est très au-dessus de son âge. Je cherche dans son activité les signes prémonitoires d’un échec futur, mais je dois me rendre à l’évidence… Même la pensée que le contact des jouets en plastique le voue à une existence artificielle ne me console pas.

Comme il me voit l’observer avec une attention soutenue, il me sourit. Je lui souris en retour ; du fait de mon animosité, je doute de pouvoir lui renvoyer un sourire Duchesne, c’est-à-dire un sourire authentique (avec les yeux et pas seulement les zygomatiques), mais il paraît satisfait. Il me semble d’ailleurs que mon hostilité s’est changée en bienveillance pendant le bref laps de temps que je lui souriais, et c’est peut-être son propre sourire Duchesne qui, par l’activation de mes neurones miroirs, a suscité chez moi un sourire Duchesne en retour, et de la bienveillance. Il faut donc croire qu’il ne rencontrera aucun obstacle insurmontable dans l’exploitation infernale de ma classe, tant qu’il sourira. Le salut de cette classe est dans son inconscience et sa frivolité.

[Comme, selon certaines théories, le simple fait d’activer volontairement ses muscles zygomatiques produit l’effet qui conduit autrement à sourire de manière involontaire, c’est-à-dire l’un ou l’autre d’un éventail de sentiments agréables et bienveillants, la question est aussi de savoir comment il peut arriver qu’un sourire ne soit pas un sourire Duchesne.]

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Je me trouve dans la chambre de la maison où j’ai grandi. Attiré à la fenêtre par un vacarme de chantier, j’assiste à une scène imprévue : chez nos voisins de gauche, une énorme pelleteuse creuse dans le petit jardin, juste à la frontière avec le nôtre. Ces travaux provoquent soudain un enfoncement de notre maison, ce qui me conduit précipitamment au dehors. Sous le hangar ouvert qui sert de garage, je retrouve B. (♂), qui me vend un sachet (plastique Zip) de cannabis. Nous sommes rejoints par H. et A., deux amis délurées que, dans la réalité, j’ai perdues de vue depuis longtemps ; à mon réveil j’oublie la conversation qui s’est conclue par une accolade affectueuse avec A.

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Dans la petite ville typique du Sud profond américain (Deep South) nommée Ch. (j’oublie le nom exact à mon réveil [désolé !] mais je le crois formé sur le modèle de Chattanooga, dans le Tennessee), les gens du cru me parlent du Jack Boy. C’est une espèce de monument qui surplombe la ville depuis une colline adjacente et que j’aperçois. D’où je suis, cela ressemble à une sorte de pagode chinoise ou japonaise. Les autochtones emploient l’expression « écrire au Jack Boy » pour désigner leur pratique immémoriale de suspendre à la toiture de cette construction des lettres rédigées de leur main dans lesquelles ils demandent telle ou telle bénédiction – des lettres votives, en somme. Bien que cette pratique païenne détonne dans ce Sud profond, le Jack Boy fait face à un autre problème. Le portrait du Jack Boy, gravé dans le bois, est en effet une représentation jugée offensante d’un Noir, et le Jack Boy doit bientôt subir le même sort que les autres monuments confédérés : être démantelé.

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Je prends des cours d’indonésien à la Harvard Summer School. Pendant l’un de ces cours, nous assistons à la projection d’un film dans une caverne. À la fin du film, la professeure se sépare de ses étudiants avec les mots « Horé béchama », ce qui ressemble à de l’indonésien mais, pour autant que je connaisse cette langue, n’en est pas. La suite du rêve est une méditation sur le sens de ces paroles. Horé existe bien : c’est « hourra » (un emprunt au néerlandais, selon le dictionnaire de Pierre Labrousse). Quand à béchama, qui devrait s’écrire, pour obtenir avec la graphie indonésienne la prononciation que j’ai entendue, bekhama, ou, pour une prononciation proche, becama (prononcer bétchama) ou bejama (prononcer bédjama), le mot ne semble pas exister, sous aucune de ces formes. Le plus proche que je trouve (à mon réveil) est bejana, qui veut dire « vase » (le mot vient du sanskrit). « Hore bejana » se traduirait donc pas « hourra le vase » ; curieuse façon de dire au revoir. Or hore ressemble à sore (prononcer soré), soir, soirée (le mot vient-il du français via le néerlandais ? je l’ignore mais cela m’a toujours intrigué), que l’on trouve par exemple dans la salutation « selamat sore », bonsoir (en fait à partir de quinze heures). Ma conclusion est que « horé béchama » est une façon de dire au revoir qui signifie littéralement « (c’est) l’heure du pyjama », l’heure de mettre son pyjama, donc l’heure de se coucher, et par conséquent veut dire « bonne nuit ». En effet, horé est proche du mot « heure », comme soré est proche de « soirée », et béchama est proche de pyjama. « Horé béchama » est donc l’heure du pyjama (littéralement « heure pyjama » : une simple apposition peut servir à construire un complément du nom en indonésien, qui par ailleurs se passe de l’article défini).

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Avec trois autres lycéens (je rêve que je suis lycéen alors que je ne le suis plus depuis longtemps), deux garçons et une fille, je me rends après les cours dans un petit commerce en libre service près du lycée, où l’on peut acheter snacks et boissons, faire des photocopies, etc.  L’un des garçons, un peu simplet, porte une dague sur lui ce jour-là. Ce que voyant, l’autre garçon s’en saisit et la sort de son fourreau. Il en menace la fille, moitié par plaisanterie moitié par réelle hostilité, et la lui plante dans le visage, juste au dessous du nez. Je crois alors qu’il l’a assassinée mais j’apprends qu’une dague plantée à cet endroit précis n’atteint aucun organe vital et ne provoque même aucune lésion. Après s’être ôtée la dague du visage, la fille, qui n’entend pas laisser passer un tel affront, sort un mini katana, et un duel s’engage entre les deux. Au terme de ce combat, elle se retrouve étendue morte, bel et bien poignardée par la dague cette fois-ci ; pourtant sa mort est accidentelle (c’est un fait incontestable).

Bien qu’il s’agisse d’un accident, le garçon décide de quitter les lieux sans attendre la police, de crainte d’être inculpé par erreur. L’autre, le simplet, finit par faire de même malgré mes tentatives pour l’en dissuader : il craint que sa dague ne l’inculpe. Sur ces entrefaites, d’autres lycéens arrivent en foule. J’explique ce qui s’est passé, les commentaires vont bon train. Je finis par dire que, plutôt que d’attendre la police, je vais aller la prévenir. L’idée est discutée. On commence par vouloir m’en dissuader, en invoquant la personnalité de la morte. Un camarade me raconte une anecdote à ce sujet : il a entendu dire par un autre ami commun qu’un jour ce dernier avait approché le visage de la poitrine de la fille pour l’examiner de plus près, en faisant semblant (autant que possible) de ramasser un stylo, et qu’elle avait bougé sa poitrine de telle manière qu’à travers le pull blanc elle en caressa le visage du garçon. C’est moi qui conclus l’anecdote en disant qu’elle satisfaisait ainsi un penchant (je retiens le mot « lubrique »), ce que le narrateur de l’anecdote confirme en hochant la tête. Je réplique que cela ne change rien à l’affaire, que, même si je n’allais pas à la police, celle-ci finirait bien par tout découvrir. On me dit alors qu’allant d’y aller il faudrait peut-être modifier la position du corps de façon à rendre plus évidente la cause accidentelle de la mort, sa position actuelle pouvant laisser place au doute dans l’esprit des enquêteurs. L’idée fait alors l’objet d’une discussion animée (à laquelle j’assiste sans y prendre part).

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Nous étions trois amis. La première scène a lieu pendant notre adolescence et décrit comment nous avons découvert notre amitié. Une fête nocturne aux lampions est organisée dans un bois automnal par les jeunes d’un même établissement au retour des fêtes de fin d’année (donc en plein hiver). C’est en échangeant des vœux de bonne année avec ces deux-là que je prends conscience du lien qui nous unit. Dans ce rêve, les garçons échangent des vœux entre eux en se faisant la bise.

La deuxième scène représente notre adolescente amitié. Nous sommes dans la chambre de l’un des trois, fumant, discutant, racontant des histoires. Je sors de son paquet une cigarette au papier doré (nous sommes une jeunesse dorée). En la tapotant sur le bureau pour compacter le tabac, je dois – c’est une hypothèse – l’avoir mise en contact avec des cendres encore chaudes car elle commence à se consumer par le filtre – un filtre blanc. Alors je la pose sur le bord d’un cendrier, où j’observe se consumer à vive allure la cigarette au papier doré.

La troisième scène se passe des années plus tard. L’un de nous, J., entretemps a quitté notre trio pour se ranger, car nous étions selon lui des représentants de la bourgeoisie décadente. Dans cette troisième et dernière scène, j’appelle dans le salon G. – nous vivons ensemble pour la commodité de notre vie d’orgies décadente. G. me trouve assis au piano en robe de chambre, pianotant sur quelques touches, devant un invité debout qui a gardé son manteau, et qui est joué par Robert De Niro. C’est J. J’explique à G. que J. est venu nous demander de lui prêter de l’argent car il a été condamné à une amende de 6.000 (la monnaie n’est pas précisée). Je prends un malin plaisir à faire répéter à J. la raison de sa condamnation : « Pour ? » « Pour attentat à la pudeur », répond-il en butant sur les mots, trahissant son embarras et sa honte. Or G. et moi devons nous acquitter régulièrement d’amendes de 50.000 et plus, et cela ne nous appauvrit jamais.

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Deux policiers noirs quittent la police à cause du racisme qu’ils y subissent et se mettent au service d’un riche magnat blanc de l’industrie (que je connais dans la réalité comme employé de bureau mal noté), en tant que gardes du corps. Ce magnat est à la fois homosexuel et amateur de femmes noires. Il connaît le secret pour éviter de contracter la chaude-pisse : le coït avec une femme (apparemment seules les femmes transmettent la chaude-pisse) ne doit jamais dépasser un certain temps, qu’il précise, une durée plutôt courte – autrement dit, il ne faut pas chercher à satisfaire les femmes qui ne peuvent être satisfaites dans ce laps de temps. Ce secret est conservé dans une banale expression idiomatique anglaise, dont je n’aurais jamais su qu’elle parlait de chaude-pisse s’il ne l’avait pas décryptée pour moi. Le magnat fait la fortune des deux gardes du corps noirs.

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Dans une ferme en Australie (avant les incendies, quand il y avait encore des fermes), avec d’autres Européens je suis un stage pour apprendre des techniques agricoles aborigènes. On nous donne un outil griffu pour retourner la terre, chacun sur un bout de parcelle. Les autres sont déjà passés à autre chose que je continue de retourner la terre, car mon zèle me pousse à travailler au-delà de la parcelle qui m’a été confiée. Un responsable blanc de la ferme vient constater que la terre n’est pas bien retournée là où j’ai travaillé. Tandis qu’il me donne des conseils, nous entendons un appel au secours depuis un petit local maçonné au bord du champ. Dans l’obscurité, nous y trouvons un enfant ou adolescent aborigène juché sur des poutres en hauteur, où il a grimpé pour boire de l’alcool en cachette et ne sait maintenant plus comment redescendre. Le responsable, une sorte de contremaître, le tire de là et le conduit dans un hangar où il le fait asseoir à côté d’un autre Aborigène pris lui aussi en flagrant délit de manquement à l’une quelconque des règles de la ferme.

Tous les travailleurs blancs de la ferme sont présents dans le hangar, debout le long des murs ; chacun a été convié à participer à la punition des deux Aborigènes, à savoir leur passage à tabac. En tant que dernier venu parmi les travailleurs blancs, c’est à moi qu’il revient de commencer le tabassage. C’est un autre contremaître, métis de Blanc et de Noir ou Aborigène, aux yeux hallucinés, qui m’explique tout ça. Devant ma surprise et mon malaise, il insiste sur le fait que c’est une pratique nécessaire au bon fonctionnement de l’exploitation (le terme est approprié) et que, si je refusais devant les travailleurs blancs de châtier les délinquants, je compromettrais l’avenir même de la ferme. Je ne peux cependant m’empêcher de trouver cette punition complètement barbare et je réfléchis à une excuse, j’imagine de remplacer ma contribution obligatoire au tabassage des deux malheureux par une lettre que je leur écrirais pour les remettre sur le droit chemin en les adjurant de renoncer à l’avenir à leurs conduites coupables – car je suis un littéraire. Las ! me doutant qu’ils ne savent pas lire, je me réveille pour ne pas avoir à les rouer de coups.

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Dialogue social R-conditionné.

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Dans une Italie sous-développée, je prends le train. Pour les plus pauvres, il existe des places spéciales sur le côté du train, où les passagers s’asseoient les jambes pendantes à l’extérieur. En me penchant par la fenêtre, j’en observe deux : je ne vois que leur giron et leurs jambes. Ce sont deux femmes portant des robes de crépon claires. Quand le train passe sur une flaque de boue, il la fait gicler, et elle retombe sur ces passagères pauvres.

Arrivé à la gare, je me dissimule à quatre pattes derrière un distributeur de snacks et boissons, d’où j’ai un excellent poste d’observation sur un déjeuner de Mme X entourée d’hommes. Au bout de quelques instants, Mme X s’aperçoit que je l’espionne ; elle n’en fait rien paraître aux personnes qui l’entourent mais je remarque sa satisfaction de se savoir espionnée par un soupirant. Son mari, jusque-là caché par elle (depuis mon poste), recule brusquement sa chaise de la table et regarde dans ma direction par-dessus l’épaule de sa femme, comme s’il s’était tout à coup douté de ma présence. Nos regards se croisent au moment où je replace ma tête derrière la machine (d’où elle dépassait forcément pour que je fusse en mesure d’observer).

La question que je me pose est la suivante : nos regards s’étant croisés, est-il possible qu’il ne m’ait pas vu, ou, au moins, qu’il ne sache pas ce qu’il a vu ?

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Charligone. (Irrégulier.)

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Sans doute à cause d’une grève des transports, je dois traverser une grande partie de la ville à pied. Au passage piéton, je m’engage sur la chaussée, suivant les deux personnes près de moi, et nous manquons de peu de nous faire écraser par une voiture roulant à vive allure. Les deux personnes que j’ai suivies, deux touristes étrangères, qui n’ont pas traversé au bon moment ni regardé du bon côté, me signifient leur frayeur, également en manière d’excuses car c’est en les suivant que j’ai moi aussi failli me faire écraser (bien qu’elles n’eussent aucunement eu à s’excuser puisqu’elles n’étaient pas responsables de la négligence par laquelle je calquai ma conduite sur la leur sans m’assurer par moi-même des circonstances qui nous entouraient). Quand le feu pour piétons passe enfin au vert, la foule traverse.

De l’autre côté, m’apercevant qu’un de mes lacets de chaussure s’est défait, je quitte le trottoir pour un espace un peu surélevé qui le jouxte et qui semble fait exprès à l’attention de ceux qui doivent refaire leurs lacets et ne veulent point déranger les autres piétons. L’endroit étant couvert, il y fait un peu sombre. Alors que je suis accroupi, trois inconnus déboulent dans cet espace, m’y ayant aperçu : un loubard en blouson noir s’accote contre le mur devant moi, les deux autres, des filles miséreuses aux jupes quasiment en loques, l’air de camées, s’interposent entre le trottoir et moi. L’une des filles m’explique que ses frais de stage viennent d’être augmentés de manière unilatérale et injuste et qu’elle a besoin d’argent pour poursuivre ses études. Je dis « non » encore accroupi. Puis, comme j’ai terminé, je me lève pour continuer mon chemin, tout en me doutant que ces gens-là trouveraient à redire. Je parviens sur le trottoir mais le loubard m’y bloque le chemin et m’adresse la parole d’un air menaçant : « Qu’est-ce que tu réponds ? » Je dis : « Je n’ai pas d’argent à vous donner. »

Le dilemme est double.

Tout d’abord, il ne m’a pas été demandé « une petite pièce pour manger », comme le font la plupart des mendiants, mais de l’argent pour payer des études (où je vois du reste une ruse grossière de la fille pour se présenter comme quelqu’un qui veut « s’en sortir » alors qu’il s’agit certainement d’acheter de la drogue). Donner une petite pièce pour me tirer d’embarras semble donc exclu ; la piécette serait refusée, la sollicitation deviendrait plus pressante encore, une fois mon portefeuille sorti, si même le loubard n’en profitait pas tout bonnement pour me l’arracher des mains.

Le second dilemme consiste à respecter l’impératif kantien de ne jamais mentir. Cela exige de ne pas répondre « Je n’ai pas d’argent (sur moi) », car j’en ai (sur moi). Or, quand je dis « Je n’ai pas d’argent à vous donner », cela peut se comprendre de deux manières, soit comme « Je n’ai pas d’argent sur moi » soit comme « Je veux garder tout mon argent pour moi, merci de votre compréhension ». La seconde interprétation est la seule correcte, même si c’est l’autre message que j’espère faire passer de manière convaincante, comme le plus à même de me tirer rapidement d’embarras.

Quoi qu’il en soit, je me retrouve libre en train de courir dans la rue ; j’ai donc échappé à mes agresseurs (en trouvant un moyen de fuir, sans aucun doute, ce qu’atteste un certain sentiment de honte). Sur mon chemin je trouve une batte de baseball cloutée dont je m’empare aussitôt, en cas de nouvelle agression. La saisir m’inonde d’une envie sauvage d’en découdre, je frappe contre les murs avec, tout en ressentant que le véritable plaisir serait de frapper une matière plus molle, comme un visage humain. Plus loin, voyant, dans un renfoncement du trottoir provoqué par l’usure, un paquet de cigarettes vide, je frappe dessus à coups redoublés avec la batte, tout en tenant mon visage près du paquet, et l’écrasement de cette matière molle me provoque une grande satisfaction.

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En Iran, dans un passé proche, mon ambassadeur et moi, second de l’ambassade, sommes invités à déjeuner à l’ambassade britannique avec l’ambassadeur du Royaume-Uni et son second. Il se trouve que nous conduisons dans cette ambassade une opération d’espionnage de grande ampleur et dans la durée. Le jour même, après le repas, mon ambassadeur demande à rester seul quelques instants, sous un prétexte étudié, pour photographier des documents à l’aide d’un appareil miniaturisé dans la bague qu’il porte.

Au cours de la conversation postprandiale que nous avons pendant ce temps, je relève qu’une remarque de mon ambassadeur pendant le repas a éveillé la suspicion de nos hôtes : il a laissé entendre qu’il savait quelque chose qu’il ne devait pas savoir. Je me rends compte que l’entretien, tout en gardant la même cordialité que ci-devant, a pris la forme d’un interrogatoire dissimulé. Je réponds de la manière la plus détachée possible, comme si rien n’était changé.

Lorsque mon ambassadeur finit par nous rejoindre, il ne tarde pas à comprendre à son tour et je perçois, sous des dehors inchangés, une inquiétude grandissante de sa part. Nous continuons ce jeu de fausses mondanités, puis mon ambassadeur est saisi d’un malaise, qu’il met sur le compte d’une indigestion due à la fatigue, et se fait raccompagner. Le second de l’ambassade britannique me fait alors comprendre qu’il voit dans ce malaise l’aveu qu’il attendait car il m’annonce, entouré de soldats, que je vais être conduit devant une personne qui nous démasquera définitivement. Le rêve se termine sur ces paroles, tandis qu’il me pousse devant lui d’un geste brutal mettant fin à toute politesse diplomatique. Je suis leur prisonnier.

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À trois heures du matin, dans mon lit, à la lumière d’une lampe de chevet, je consulte la carte des mets qui peuvent m’être livrés (ou simplement servis depuis les cuisines de la résidence, si je demeure en résidence-services, ce qui n’est pas entièrement clair). Tout ce qui peut être commandé à cette heure est pré-préparé et ne demande aucun travail en cuisine, sauf une chose : une crêpe au chocolat fondu en verrine, qui requiert de faire fondre le chocolat, lequel, une fois fondu, sera versé dans la verrine, où l’on plongera ensuite la crêpe artistement. C’est ce que je décide de commander, non sans un certain sentiment de culpabilité, et sans aucune certitude d’être servi car peut-être que personne n’acceptera de travailler en cuisine à trois heures du matin.

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L’inventeur du « bleu Jol », un cyan cramé, a également inventé un jeu de société. Il se lamente du succès de son jeu auprès du public car ce succès risque de le faire déréférencer du Gault et Millau des jeux, le Games & Armours. Il explique ou tente d’expliquer les raisons de ce paradoxe.

………………….

3 poèmes inédits

Pour le numéro 178 de la revue de poésie Florilège, j’ai envoyé quatre poèmes inédits (de 2019) dont un a été retenu (et paraîtra donc dans la revue en mars 2020). Je publie ici les trois autres.

Indignement condamné je
suis sans beaucoup d’égards jeté
depuis la plateforme du vaisseau-pénitentiaire
sur ou plutôt dans la planète gazeuse des supplices
convexe Cénote
où mon corps missile plonge
et disparaît
après avoir troué l’horizon de nuages échevelés

Dans cette aveugle sphère

après un milliard de décharges électriques
je crève les turbulences au point symétrique
(non sans quelques fourmillements dans les membres)
car entendez-moi rien

ne put dévier ma chute

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J’invoque ton nom

J’invoque ton nom
qui se prononce
comme
Comment t’appelles-tu ?

Oui
Comantapeltu
Roi des faibles
je suis de tes sujets !

Et alors ?
Je te fais honte
Je fais honte même au Roi des Rois
des faibles !

Tu es tellement faible que tu as honte pour tes sujets
Tu ne peux régner c’est-à-dire les exploiter
tellement leur faiblesse te fait honte
et tellement tu es ainsi faible
et tellement ta faiblesse leur fait honte

Pourtant ils sont faibles

Autant que toi

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L’histoire nous apprend

L’histoire nous apprend
Que le bien et le mal
Sont bien et mal
C’est-à-dire le bien bien et le mal mal
(Et non chacun des deux les deux
ce qui n’aurait aucun sens)
Mais parfois
Le bien d’autrui vaut mieux que deux tu l’auras
On est d’accord

Les belles lettres forment un bel esprit
– Ce que Kant appelle un singe

Et Schopenhauer s’étonnait
Que Kant eût si bien pu parler du beau
Sans avoir jamais vu la moindre œuvre d’art
(à Königsberg en Prusse orientale)
Schopenhauer conclut que Kant parlait du beau comme un aveugle
Mais bien

Journal onirique 2

Les idées viennent en dormant.

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Deux couples d’amis participent à une émission de télé-réalité du type Koh-Lanta, sur une île déserte. L’un des couples saisit cette opportunité pour assassiner l’autre couple, pour une histoire d’argent. Quand la voix off de l’émission détaille les heureuses conséquences financières de la mort des deux participants pour leurs assassins, la femme, qui entend elle aussi la voix off, laisse éclater sa joie.

Le couple assassin a mis à profit l’isolement de l’île déserte pour commettre son crime – comme si cet isolement était réel et non une mise en scène de télé-« réalité » : on peut penser que les deux couples étaient seuls sur l’île avec une petite équipe de tournage et que l’isolement était donc en partie réalisé.

Une idée alternative est que les producteurs de l’émission étaient de mèche avec le couple assassin : les amis de ces derniers croyaient participer à une émission de télé-réalité mais ont été victimes d’un snuff. Par conséquent, l’intérêt, pour les spectateurs, est aussi – mais cela ne m’apparaît, en tant qu’onironaute spectateur de cette émission, que progressivement – d’observer comment les assassins s’y prennent pour commettre leur crime.

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Il peut arriver que l’on se fasse connaître de la police à son insu par des e-mails que la police a trouvés et lus dans le smartphone d’une personne interpellée. C’est ce sur quoi ce rêve attire mon attention.

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Je déjeune avec C. (♀), membre des Brahma Kumaris, et le député Georges F., ancien directeur de la MIVILUDES (Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires). Il est question du Homard Gate. Je fais remarquer que toute considération d’économie était absente des dîners en question et qu’au contraire les grands moyens ont été employés pour que ces dîners soient les plus chers possible. Le député élabore alors une théorie sur ce que pourrait être le « coût décent » d’un dîner officiel, en se basant sur ce que coûte une bouteille de vin dans les cantines des ministères, voire, compte tenu de son intérêt pour les questions pénitentiaires également, dans les prisons (sans doute les cantines du personnel).

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Me rendant à un cinéma « d’art et d’essai » dont je suis, dans ce rêve, familier, je découvre après avoir acheté mon ticket qu’il ne s’agit pas cette fois-ci de la projection d’un film mais d’une exposition en présence de l’artiste, qui explique son travail au public au cours d’une visite guidée. Cela se passe au cinéma parce que certaines des œuvres exposées sont des vidéos (un support courant dans l’art contemporain). Une de ces vidéos est le film d’un tableau abstrait de l’artiste accroché à un mur et tournant sur lui-même dans le sens des aiguilles d’une montre – à moins que ce ne soit l’écran vidéo qui tourne sur lui-même.

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La pensée est plus rapide que la lumière.

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En classe de mathématiques (avec pour professeur l’économiste et politicien indien Subramanian Swamy, qui fut dans la réalité mon professeur d’économie à la Harvard Summer School de 2004), je ne prends que des notes superficielles, ce qui me fait anticiper mon échec à l’épreuve de mathématiques du baccalauréat. Cette anticipation inquiète n’est cependant pas de nature à me faire prendre des notes plus détaillées ; je persiste à ne relever que les éléments du cours qui contribuent à la connaissance du kantisme. Certains résultats mathématiques sont en effet le fruit des efforts de mathématiciens pour confirmer ou récuser la pensée de Kant. Un de ces résultats, dans le sens d’une confirmation, est particulièrement séduisant ; malheureusement, je l’oublie à mon réveil.

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En classe, à Harvard, la professeure nous informe que, selon l’administration de l’université, un étudiant du cours n’est pas régulièrement inscrit et que sa présence risque donc de n’apparaître dans aucun fichier de l’université. La professeure se tourne alors vers moi, confirmant mes craintes que je pourrais bien être cet étudiant. Elle me demande de vérifier le statut de mon inscription. Je google alors sur mon iPhone mais la recherche ne donne rien ; il faut dire que j’ai oublié de googler mon nom parmi les mots clés de la recherche. Mon voisin me suggère donc de googler « Boucharel-harvard.com ».

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Le président de la République est présent à un carnaval, dans ce qui semble être une église, pour rencontrer l’opposition. Il n’est pas déguisé, porte un costume cravate. Je me fais passer pour un de ses partisans et, quand, lors de la prise de parole d’un opposant, il s’exclame « Que chie que chaud ! », je pousse un « Oh ! » de surprise et ris bruyamment. Devant ce succès, le président adopte cette interjection pour larder systématiquement les prises de parole de ses opposants.

Il s’agit d’une expression désuète, dont le sens n’est pas très éloigné de « peu me chaut » et dont le mot « chie », peut-être du verbe « chier », en trouble plus d’un dans l’audience, ce qui semble être l’effet visé par le président.

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Avec d’autres militants, je grimpe une échelle qui conduit à un pont suspendu très haut (à hauteur de gratte-ciel) au-dessus du fleuve et de la ville. C’est un pont étroit d’où l’on peut facilement tomber, mais je ne ressens aucun vertige jusqu’à ce que des militants entonnent le chant de manifestation « Et tout – le monde – détest-e la police ! – Et tout – le monde… » car alors j’anticipe une charge des forces de l’ordre sur le pont, et le vertige me saisit. Je réussis cependant à le surmonter et parviens au bout du pont, à l’étage supérieur d’un centre commercial. En me retournant, je vois que les militants chanteurs, lourdement armés, forment une véritable milice paramilitaire. Certains militants tièdes se disent entre eux, en descendant les escaliers vers les galeries du centre commercial, qu’une telle milice est une curieuse manière de lutter pour les libertés, que de cette façon la force ne peut être remplacée que par la force, mais je ne suis pas de leur avis (je ne suis pas un tiède).

[Note. Les mots milice et militant ont la même étymologie.]

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Devant moi, mon ami B., duquel je ne me fais pas remarquer, se voit refouler à l’entrée de l’université par les portiers alors qu’il venait demander une bourse d’études. Il se fait refouler à cause de ses cheveux longs, me dis-je. Je décide pour ma part de ne rien demander aux portiers, pensant demander mon chemin seulement une fois à l’intérieur, et je traverse les portiques avec un passe. Après être entré et avoir traversé le hall, je demande le chemin du bureau des bourses à une étudiante assise au comptoir d’une buvette. Elle me montre une porte non loin de là : « Après cette porte, tout droit puis à droite. » En ouvrant la porte, je suis surpris, alors que je m’attendais à un couloir, de trouver un amphithéâtre. Sur l’estrade en contrebas, la professeure ne fait pas cours mais tente de répondre à la contestation des étudiants présents : je tombe en plein mouvement étudiant. Si je veux suivre les indications qui m’ont été données à la buvette, il me faut descendre jusqu’à l’estrade, devant la professeure, puis prendre une porte à ma droite. C’est ce que je fais, le plus discrètement qu’il m’est possible. Cette fois, la porte donne sur un dédale de cavernes, dont je peux apercevoir l’ampleur par quelques dégagements, me trouvant à son niveau supérieur. Bien que j’aperçoive une étudiante, puis une autre, aller leur chemin vers les profondeurs de ces grottes, je décide de ne pas les suivre car je n’arrive pas à me convaincre que je trouverai le bureau des bourses au bout de cet improbable chemin. Je retourne donc dans l’amphithéâtre, où j’apprends que les deux étudiantes que je viens d’apercevoir sont l’objet d’une horrible machination : elles pensent rejoindre le lieu où leur sera remis un prix de reine de beauté fictif qu’elles croient avoir gagné mais se rendent en réalité à la cérémonie de sacrifice humain dont elles doivent être victimes. La contestation étudiante n’était elle-même qu’un simulacre.

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[Il s’agit d’un rêve éveillé, au moment d’une sieste, avant de m’endormir tout à fait ; c’est du moins ce qu’il m’a semblé rétrospectivement.]

L’étreinte de la femme-araignée. Sa morsure, quand elle a encore forme de femme, paralyse et rigidifie le corps de son amant ; le pénis est mis en état d’érection. Les mouvements matriciels autour du pénis introduit produisent l’éjaculation. L’accouplement a lieu pendant que la femme-araignée est sous forme arachnéenne et couvre sa victime. Plus tard, la mise-bas a lieu pendant qu’elle a forme humaine : des araignées lui sortent de la matrice.

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Dans une grande entreprise de média, le personnel a des séances quotidiennes d’aérobique. Un jour, à la demande de la directrice, la coach d’aérobique explique que les séances comprendront désormais des attouchements entre collègues ; devant l’incrédulité de certains, elle précise qu’il faut que le personnel entre de plain-pied dans son temps. Plusieurs collègues hommes me mettent la main aux fesses pendant la séance. Les effets de cette nouvelle philosophie aérobique ne se font pas attendre à l’échelle de l’entreprise. Une collègue explique dans un couloir à la directrice, en fumant une cigarette, que cela a profondément changé ses relations avec son père, avec qui elle a maintenant des rapports sexuels, et elle en remercie la directrice. Un nouveau-venu dans l’entreprise, qui ne supportait pas ce nouvel état d’esprit, part quant à lui en laissant à une collègue âgée un emballage de bébé poupée dans lequel on voit, à travers le plastique transparent, un sandwich baguette garni avec la cervelle d’un autre collègue dont il ne pouvait souffrir les attouchements. Une autre collègue décide désormais de travailler nue. Un autre demande à un collègue de venir partager son bureau avec lui ; quand le second refuse, le premier s’énerve et remet son pénis dans son pantalon, ce qui fait voir aux tiers qu’il avait fait cette invitation le pénis à l’air. La collègue nue décroche le téléphone : c’est sa mère, avec qui elle a une conversation en italien. Elle lui demande de parler plus lentement, lui rappelant qu’elle ne parle plus très bien cette langue, étant de la deuxième génération d’Italo-Américains.

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L’Afrique n’exporte pas de produits manufacturés mais nous envoie une image subliminale. Malheureusement pour elle, les guerres interethniques brouillent cette image.

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À Paris, devant une porte cochère, trois petites filles asiatiques  m’abordent en souriant avec les mots « thaï, thaï » quand je passe et repasse. Plus tard, je franchis cette porte (les fillettes ne s’y trouvent plus à ce moment-là) et répète les mots « thaï, thaï » à la gardienne asiatique que je trouve sous le porche. Elle fait alors descendre deux des petites filles, qui m’accompagnent dans des escaliers conduisant à un lobby où nous devons prendre un ascenseur pour monter à une chambre dans les étages. Tandis que nous attendons l’ascenseur, l’une des fillettes dit qu’elles savent faire toutes sortes de choses et me demande si je souhaite faire ces choses avec l’une d’elles, et alors laquelle, ou bien avec les deux. Quand je réponds « avec les deux », un homme portant lunettes et moustache, d’aspect débonnaire, m’appelle par mon prénom, bien que je ne le connaisse pas, et demande à me parler quelques instants à l’écart. Je comprends qu’il s’agit d’un officier de police qui vient de me prendre en quelque sorte en flagrant délit dans une sordide affaire de prostitution de mineures. Tout en le suivant vers le lieu où je suppose qu’il va m’interroger, je réfléchis à ce que je vais lui dire : j’ai l’intention d’affirmer que j’ignorais qu’il s’agissait de prostituées, que rien dans les quelques échanges que nous avons eus elles et moi devant l’ascenseur et qu’il a dû entendre ne me permettait de supposer qu’elles se prostituaient, et d’expliquer que les distractions auxquelles je pensais étaient parfaitement innocentes. Pressentant que mes explications ne le convaincront pas, je me réveille.

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Des individus cherchent à faire passer de la drogue de Mongolie en République populaire de Chine par avion. Le plan qu’ils mettent au point consiste à cacher la drogue dans un couffin car ils imaginent que cet objet, supposément occupé par un bébé, n’attirera pas l’attention des douanes et de la police. Il leur reste à trouver comment prêter vie à ce bébé fictif pour que le couffin paraisse réellement occupé par un bébé. L’idée qu’un enregistrement audio de pleurs et babillages puisse tromper la crédulité des gens me laisse sceptique.

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La civilisation de corail.

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L’hombrologie (science de l’homme, hombre) se distingue de l’ostéopathie en ce qu’elle n’interdit pas de péter.

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Une personne de ma connaissance, vieille fille vers la fin d’une carrière de pigiste obscure, me montre de manière inattendue, en me tendant une liasse de dessins, qu’elle a une activité artistique. De façon plus inattendue encore, ces dessins ne sont pas complètement mauvais, leur originalité m’étonne. L’un d’eux en particulier retient mon attention : c’est un dessin abstrait où dominent les couleurs rouge et rose fuschia, et où se distinguent également deux yeux de verre bleus, l’un et l’autre placés sans ordre dans le dessin pour mieux ressortir. Les reflets du verre et l’intensité de l’iris sont saisissants. Toutefois, je demande à l’artiste d’encrer les traits qu’elle a laissés au crayon à papier, comme le contour des yeux de verre, et de même, pour ces contours en forme de globe, d’utiliser un compas, avant que je publie son dessin sur mon blog.

Ensuite, j’initie plusieurs personnes au jeu de plateau que vient d’inventer mon ami M., un jeu à la manière de Talisman, bien que je l’aie testé en solo et l’aie trouvé ennuyeux. Comme il fallait s’y attendre, les joueurs s’ennuient, et, à l’instigation d’une joueuse, interrompent la partie. Je prends donc la décision de ne pas les initier à un autre jeu inventé par M. qui est la suite de celui-ci et que, le testant en solo, j’ai également trouvé ennuyeux.

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Je prends en filature une lycéenne dans la rue. Elle est de petite taille, porte un jeans et un blouson noir, mais bien que le blouson la désigne à l’attention de la police, elle donne plutôt l’impression d’être bon chic bon genre. Derrière elle, je franchis la grille de l’enceinte extérieure du lycée et continue la filature dans la cour, où elle rejoint un groupe de lycéens mâles occupés à discuter. L’un d’eux attire particulièrement mon attention par son look post-hippie : c’est un blondinet avec un vague chignon sur la tête et des poils follets au menton. Ma filature quitte le groupe pour entrer dans le hall du lycée, où je continue de la suivre. Là, dans la foule, elle est avisée par le proviseur, qui l’appelle, souhaitant parler avec elle de ses nombreuses absences injustifiées : « Suivez-moi dans mon bureau, Rothschild ! » Rothschild est le nom de ma filature, un cas de petite délinquance juvénile au sein de la grande bourgeoisie.

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À l’intérieur d’un hôpital futuriste, un match de football est organisé dans un couloir. Le public se tient debout de part et d’autre du couloir, avec, contre le mur en face de moi, des officiels parmi lesquels je reconnais le président russe Vladimir Poutine. Il semble que les spectateurs, se faisant face à si peu de distance, passent plus de temps à se regarder les uns les autres qu’à suivre le match lui-même. Quand le match se termine, je n’en ai aucun souvenir. Poutine serre des mains et je m’approche ; quand vient mon tour, je ne peux lui offrir que le bout de mes doigts car j’ai la main engourdie, et je note dans son regard un furtif étonnement de ne pas recevoir une poignée de main franche. Je me perds ensuite dans l’hôpital, ses couloirs obscurs, son ascenseur qui, quand les portes s’ouvrent, s’ouvrent en fait sur un escalier s’enfonçant à perte de vue dans les profondeurs.

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Les maisons de retraite ont de petits chiens blancs pelucheux pour le bien-être des pensionnaires mais qui servent aussi pour être mangés par les politiciens et leurs invités. C’est une collaboratrice de la maison de retraite que je suis en train de visiter qui me l’apprend, au moment où je m’applique à donner une caresse à chaque petit chien alors qu’ils se tiennent immobiles, entassés les uns contre les autres sur des chariots de cantine le long des couloirs de l’établissement, inquiets, frissonnant comme s’ils venaient de vivre un tremblement de terre. Ils sont peints comme des gâteaux car ils doivent être servis au déjeuner organisé pour la visite d’une ministre. Croisant celle-ci dans un couloir, alors qu’elle se rend avec d’autres personnes au réfectoire où doit avoir lieu le déjeuner, je la pousse brutalement, irrité par la coutume barbare dont on vient de m’apprendre l’existence. La ministre tombe au sol mais ne fait pas de scandale. Dehors, entre le bâtiment principal et le réfectoire, je suis présenté à des collaborateurs politiques de la ministre, dont deux sont investis de missions de sécurité bien qu’à la différence des gorilles exerçant habituellement ce genre de fonctions ils soient grêles et efféminés (des assassins plutôt que des gardes du corps). Ils me prennent pour cible de leurs plaisanteries et intimidations ; l’un d’eux fait mine de me pousser du doigt, comme s’il voulait m’écarter d’une pichenette. Je pressens que l’on va me faire payer mon geste contre la ministre ; je suis prêt à en découdre, mais cela ne se produit pas. Au moment d’entrer dans le réfectoire, je suis séparé de la fonctionnaire et lanceuse d’alerte avec qui je me trouvais (celle qui m’expliqua le double rôle des petits chiens) car les pensionnaires et fonctionnaires mangent à part des politiciens (et collaborateurs politiques) et de leurs invités, dont je suis ; au milieu des gens massés à l’entrée pour passer le contrôle de sécurité, je m’exclame : « Ils ne veulent pas mélanger les serviettes et les torchons ! » Un autre invité répond : « Ou l’inverse ! »

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Je retrouve une vieille photo de classe, où je regarde d’abord tendrement la belle S., à côté de moi sur la photo et avec qui, dans le rêve, je suis resté en termes d’affection. Puis je remarque qu’une élève assise au premier rang exhibe ses parties intimes. Par ailleurs, une autre élève non loin de celle-ci fait une fellation au garçon derrière elle. Je me demande comment j’ai pu ne pas voir ces choses à l’époque, et comment cette photo a pu être distribuée aux uns et aux autres sans faire scandale.

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En rentrant chez moi après une absence prolongée, je découvre que mon appartement est occupé par un inconnu qui en a fait sa résidence et se trouve au lit avec deux femmes de petite vertu. Je lui demande de quitter immédiatement les lieux mais il refuse. Vêtu d’un simple caleçon, il me menace physiquement : l’empoignade qui s’ensuit me montre que sa force est supérieure à la mienne. Je l’avertis que je vais appeler la police, à quoi il réplique qu’il ne craint rien, qu’il a la police dans sa poche, parce qu’il est député (ce que je sais être faux). Dans le bureau, où doit se trouver le téléphone, celui-ci n’y est plus, et je n’ai pas non plus mon téléphone portable. Je cherche en vain le téléphone dans plusieurs autres pièces. L’ami qui m’accompagne me dit alors qu’il l’a vu dans la chambre, où je dois donc retourner malgré le risque d’être agressé par le squatteur. Le téléphone s’y trouve en effet, à côté du lit, là où dormait l’une des femmes. J’appelle la police tout en luttant contre le squatteur qui cherche à me faire raccrocher. Après que j’ai expliqué mon problème à la policière au bout du fil, celle-ci me demande quand je souhaite que la police intervienne. Je réponds : « Le plus tôt possible. » La policière m’annonce alors que ce ne sera pas avant cinq jours. Interloqué, j’essaie de plaider pour une intervention immédiate, mais c’est en vain. Je raccroche et parviens au bout du compte à jeter le squatteur hors de chez moi, dans les escaliers, où nous croisons un écrivain pédophile connu qui engage la conversation avec moi.

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Je déjeune au restaurant thaïlandais qui est mon favori dans la réalité, sauf que cette fois cela se passe au bord de l’eau et de la façon suivante : je suis le seul client et assis à même le sol, tandis que les deux jeunes propriétaires du restaurant, dans le rêve un homme français et une femme thaïlandaise, sont également à ma table, elle face à moi, lui à ma gauche, tous deux sur des tabourets et me surplombant. Tandis que je suis là, je me rends compte que je n’ai pas commandé l’un de mes plats préférés, la soupe lac xa (dans la réalité cette soupe n’est pas servie au restaurant thaïlandais auquel je pense mais l’était dans un restaurant chinois à Chaville, dont les propriétaires, en partant après plusieurs décennies d’activité, ont emporté avec eux leur recette inimitable de cette soupe par ailleurs bien connue). Je commence donc à me lamenter bruyamment sur cet oubli de ma part, afin de faire accepter que je puisse commander une soupe lac xa à emporter malgré l’heure. Ma demande est acceptée. Pendant cet échange mon repas est devenu froid, alors la patronne le place sur un réchaud devant moi mais, en réchauffant la nourriture, elle la carbonise complètement, la réduisant à une petite boule blanche. (Comme ces perles mystérieuses que laisse la crémation de certains saints bouddhiques et qui sont vénérées en tant que reliques).

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Je rêve que les flashs lumineux que je vois en appuyant sur mes yeux fermés forment une montagne russe sur laquelle je me trouve lancé à grande vitesse. Après quelques instants, cette montagne russe s’avère être une rampe de lancement qui me projette dans l’espace, traversant des constellations d’étoiles (et l’effet 3D, absent dans la réalité de ce genre d’« images » les yeux fermés, ou bien présent seulement par un vague effet de profondeur, est ici saisissant).

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Membre d’une société savante, après avoir assisté déchaussé, comme les autres présents, à une conférence, j’oublie de remettre mes chaussures en sortant, alors que nous nous rendons tous ensemble au restaurant. Bien qu’embarrassant, cet oubli ne m’empêche finalement pas d’entrer dans le restaurant avec les autres, parce qu’en mangeant on a les pieds sous la table et que personne ne pourra donc voir que je n’ai pas de chaussures, moi y compris. Au cours du repas, je demande à un convive de bien vouloir me servir du vin. Il me passe la bouteille en simulant l’ivresse, pour égayer la compagnie. Alors que je me fais la réflexion que cette petite comédie n’est pas drôle, je commets une faute grossière : au lieu de verser le vin dans mon verre, je bois à même la bouteille, comme si je venais d’ouvrir le frigidaire de mon appartement de célibataire et que j’en avais tiré une bouteille de jus de fruit ou de soda pour y boire au goulot. Les convives sont consternés. Je prends conscience que mes habitudes érémitiques me rendent inapte à toute forme de sociabilité. On continue toutefois de se servir du vin à la bouteille après mon geste, comme si rien ne s’était passé : on fait en somme comme si l’on n’avait rien vu.

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Bangkok, Thaïlande, la nuit. Un tremblement de terre se produit. Les édifices sont secoués mais aucun ne s’effondre. Il semble que ce soit ce qui se passe habituellement car de nombreux immeubles sont entourés de filets au-dessus du sol pour recevoir les personnes que les secousses jettent de leurs terrasses ou de leurs fenêtres. Cependant, nombre de personnes qui tombent sur ces filets rebondissent dessus et finissent tout de même par s’écraser au sol. Dans certains cas, l’effet de ces filets est celui d’un véritable trampoline : les personnes rebondissent plusieurs fois sur le filet avant d’être projetées dans le vide et donc de poursuivre leur chute mortelle.