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Journal onirique 20

Pour rester près de vous malgré moi, malgré ma vie, j’ai vécu toute mes nuits dans les songes et, le jour, je me suis à peine réveillé pour subir une vie où je n’étais plus. (Armand Robin)

Période : juillet-septembre 2021

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Un enfant se suspend à la tête d’un éléphanteau, serrant dans ses mains les plis de la peau épaisse. En levant un peu la tête, l’éléphanteau, parce qu’il aime les enfants, soulève l’enfant de terre et l’embrasse de ses deux trompes (en effet il a deux trompes). L’enfant et l’éléphanteau restent ainsi embrassés.

Hélas, c’est quand ils vont disparaître que nous découvrons la tendresse des éléphants !

Eléphanteau Playmobil

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Nous sommes invités à venir boire des tisanes de cannabis. Quand tout le monde est servi, notre hôtesse sort sur le pas de sa porte et souffle dans une conque retentissante. Comme la conque est en résine de cannabis, je fais remarquer que son timbre, sa sonorité ne peuvent manquer d’être identifiés par la police au cas où elle l’entendrait. Cela ne semble émouvoir personne.

Plus tard, la fille de notre hôtesse me dit (c’est une jeune femme) : « Allons faire pipi ensemble », mais je lui réponds que je l’ai déjà fait.

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Les Yonis d’Estrémadure

Quel est le mystère de la province espagnole d’Estrémadure ? Alors que tous les lieux « paumés » (c’est le mot qui me vient dans le rêve) attirent des touristes, l’Estrémadure n’attire personne – ce dont je ne sais rien en réalité mais, si c’est une région touristique, les médias n’en parlent pas. Ce doit donc être un lieu maudit, pensé-je en occultiste.

On m’apprend l’existence de pratiques magiques propres à cette région, pratiques qui sont l’apanage d’une classe de sorciers locaux, les Yonis. Ceux-ci fabriquent pour les paysans du cru des objets dont chaque famille est censée posséder un exemplaire chez soi. On m’en montre un. Il s’agit d’une planchette de bois, verticale, possédant une « tête » semi-articulée que l’on peut descendre et monter le long de la planchette, ce qui produit par je ne sais quel mécanisme un son inattendu, remarquablement strident, comme si un groupe de mouettes, de corneilles ou d’autres grands oiseaux se mettaient à crier tous ensemble. Cependant, avec le temps, l’usure, la poussière ou tout autre forme d’encroûtement, le son s’altère « vers le grave » et les propriétaires de ces objets cherchent alors à s’en débarrasser. Ainsi peut-on en acheter pour deux pesos. Cherche-t-on par cette information à faire venir des touristes en Estrémadure ?

Ce rêve me fait prendre conscience de la singularité du nom Estrémadure (Extremadura en espagnol) : « extrêmement dure ». Or on sait que le yoni est en sanskrit le pendant du lingam, qui pense yoni pense lingam. C’est ainsi que m’est apparue la particularité. Et il existe un mystère de l’Estrémadure pour moi depuis que j’appris en classe d’espagnol, il y a des années, la mélancolique chanson Ya se van los pastores a Extremadura (ya se queda la sierra triste y oscura…, seules paroles dont je me souvienne et que je me surprends des années plus tard à fredonner encore de temps à autre, paroles qu’il faut ponctuer par « chic, chic, chic »). Aujourd’hui, je crois comprendre que la sierra est triste parce que l’extrême-dure est loin.

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Dans un État rural du sud des États-Unis, un shérif arrête sa voiture dans une station-service et demande au jeune employé qui se trouve là s’il a vu des fonctionnaires fédéraux dans les parages. Le pompiste répond que non. Le shérif explique alors que le gouvernement fédéral vient d’envoyer des fonctionnaires pour faire la leçon aux habitants de la région et que lui, shérif, cherche à éviter ces fouille-merde.

Il demande au pompiste de lui apporter « le sac de merde, car il vaut mieux que les fédéraux ne voient pas ça ». Le pompiste lui rapporte un sac poubelle en plastique rempli d’excréments. C’est le système d’égouts local, la merde est collectée dans un sac poubelle commun et régulièrement jetée avec le sac dans le bayou. Il ne faut pas que les fonctionnaires fédéraux l’apprennent ; le shérif va donc lui-même jeter le sac.

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Un informaticien, cheveux longs, lunettes, quelques poils follets cherchant à passer pour une barbe n’était que le système pileux n’est pas assez abondant, arrive au bureau. Suspendu près de la porte d’entrée se trouve, à l’intérieur, un nid de mésanges avec la mère et, le bec grand ouvert, ses oisillons. L’informaticien lève le bras pour que la mère puisse picorer dans la barre chocolatée Lion qu’il tient à la main et distribuer des morceaux aux oisillons. Son supérieur hiérarchique passe en trombe et l’informaticien poursuit son chemin, écœuré parce que l’excitation du supérieur a fait tomber le nid.

Approchant de son carré de travail (l’espace est découpé en « bureaux » individuels séparés par de minces cloisons), il trouve son bureau occupé par un inconnu : un jeune homme dans le même genre que lui, cheveux longs, lunettes, imberbe, plutôt blond alors qu’il est, lui, châtain. Il reste interdit. La collègue du carré d’en face, de l’autre côté du couloir, lui lance : « Je trouvais bizarre que ce ne soit pas toi ce matin. » Tandis que notre informaticien reste interdit, d’autres collègues profitent de la remarque de la jeune femme pour s’attrouper et demander au nouveau venu qui il est. Ce dernier, souhaitant montrer qu’il est à sa place, prend un ordinateur portable et demande aux gens de le suivre dans une salle de réunion pour une démonstration.

Dans la salle de réunion, le nouveau venu, debout, tapote sur son clavier d’ordinateur puis éteint les lumières. Dans la pénombre, on voit une femme se redresser sur un lit mortuaire et poser le pied à terre. Nue et portant des talons aiguilles, elle se met à danser lascivement, comme dans un show érotique. Le nouveau venu fait remarquer la perfection de l’hologramme : « Du jamais vu », assure-t-il.

Puis il tapote de nouveau sur son clavier et une voiture démarre dans un parking attenant à la salle de réunion et la prolongeant ; ainsi est-il capable de démarrer des voitures depuis son ordinateur.

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Je travaille avec des cheminots dans un tunnel ferroviaire. Nous devons corriger une « asymétrie linéaire », l’adjectif « linéaire » s’appliquant à la ligne de chemin de fer, et pour cela couper des tronçons de ligne. Un cheminot lance une sonde – un plomb au bout d’un fil – loin en avant sur la voie et nous devons découper le tronçon sur la distance du jet. Quand un tronçon est découpé, nous l’enroulons sur lui-même comme si c’était une pâte de bitume, et le tronçon enroulé nous passons au suivant en lançant de nouveau la sonde.

À la sortie du tunnel, nous montons sur une plateforme en hauteur depuis laquelle nous surplombons la voie. J’observe aussi un bureau sans toit où un ex-ministre prend connaissance de plans d’ingénieur en exprimant sa satisfaction, au plus grand plaisir des ingénieurs. Dans le bureau d’à côté, des salariés sont assis autour d’une grande table. Ils ne portent pas de masque sanitaire et l’une des collègues, au bout de la table, annonce qu’un nouveau cluster va se déclarer car elle a le covid-19 mais refuse de rester chez elle pour ne pas faire faux bond à ses collègues ni manquer à ses devoirs professionnels.

Sur ce, W. descend de la plateforme où nous sommes pour déposer sous les pieds des femmes présentes dans le bureau des carrés de mousse jaune pâle afin qu’elles soient plus à l’aise : elles peuvent ainsi retirer leurs chaussures et poser les pieds sur les carrés de mousse tout en travaillant.

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La Lune trouée

L’humanité est inquiète car l’apparence de la Lune a subitement changé : elle a maintenant des trous, certains la traversant de part en part. Cette transformation imprévue ébranle de nombreuses certitudes. Si ce n’est pas à cause de poches de gaz explosif à l’intérieur de la Lune, c’est forcément dû, dit-on, à l’intervention d’extraterrestres qui nous sont encore cachés ; s’ils peuvent agir de la sorte sur notre satellite, ils pourraient également agir sur la Terre.

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Dans le judaïsme, un lolilot est un cahier de jeune fille, le plus souvent un journal intime, inséré dans un livre sacré. Par exemple : « L’exemplaire de la Torah appartenant à la famille X et que l’on croyait perdu vient d’être retrouvé avec un lolilot de la benjamine entre deux pages. »

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Je suis dans un film d’horreur où Freddy Krueger doit se manifester mais seulement à la fin. La vie des gens s’altère à cause de leurs cauchemars, pas encore suffisamment pour que Freddy apparaisse. Sur un grand boulevard, un homme mûr reçoit des propositions sexuelles de deux lycéennes sans doute mineures. Il les suit mais est transformé en vieux papier journal traîné par le vent dans la rue.

J’entre dans un cinéma que je connais dans la réalité, une salle d’art et d’essai. À cause du confinement, les prix d’entrée sont devenus exorbitants pour certains films : 250 euros pour tel et tel film ensemble, un autre film à 120 euros… La gérante me conseille donc des films en fonction de mon budget.

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À la campagne où je passe des vacances, je vois, entre deux aires de blé sur pied séparées par un chemin, un lézard géant, plus grand qu’un dragon de Komodo, de couleur noire et tacheté de rouge, blanc et or, traverser le chemin, passant rapidement d’une aire à l’autre.

Lorsque j’en informe le propriétaire du gîte, il me demande dans quelle chambre je dors et cela veut dire que je n’ai pas à m’inquiéter puisque je dors dans une chambre. Or, en raison de la chaleur, je ne dors justement pas dans ma chambre mais sur les blés : je tends un drap sur les blés en pied qui sont suffisamment compacts pour que l’on puisse dormir dessus. Je dors donc à la surface des profondeurs où vit ce lézard géant.

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Lors d’un match olympique de ping-pong entre la Chine et le Japon, le joueur chinois perd la balle de match quand son adversaire japonais renvoie une balle, smatchée, contre l’objectif d’une caméra de télé, où elle rebondit pour revenir sur la table. Les règles prévoient dans ce cas que c’est comme si la balle avait touché le filet avant de rebondir sur la table et qu’il faut donc continuer de jouer le point. Les caméras de télévision qui filment le match font ainsi partie intégrante du terrain de jeu, au même titre que la table elle-même. Déstabilisé, le joueur chinois perd le point après encore quelques échanges, puis perd le match.

Dans le rêve, je regarde ce match à la télévision et je vois donc, comme les autres téléspectateurs, la balle frapper la caméra comme si elle venait me frapper.

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Contre l’avis de tous, j’insiste pour regarder à la télévision un certain film de guerre et je prévaux. Les autres regardent le film avec moi. Nous voyons d’abord des soldats anglais en uniforme rouge de la guerre anglo-zouloue mais au moment de l’action les soldats anglais, toujours en Afrique, portent des chemisettes et des shorts beiges ainsi que le casque anglais en forme de soucoupe des deux guerres mondiales ; c’est donc plutôt une bataille opposant les Anglais à l’Afrika Korps. Sur un terrain quasi désertique, les soldats, que nous voyons de dos, sont assis le cul au sol et reculent dans cette position. L’un d’eux, dans la même position mais armé d’une mitrailleuse lourde, enclenche celle-ci. La décharge continue de projectiles le pousse à reculons par la seule force de l’arme, si bien que, contrairement aux autres, il n’a besoin d’aucun effort pour reculer. Cinq ou six missiles ennemis fusent dans le ciel, avec de longues traînées majestueuses, dans notre direction (car nous autres spectateurs sommes, je le rappelle, juste dans le dos des soldats anglais). On ne discerne pas encore si l’un de ces missiles est susceptible de tomber sur nous. Il faut attendre un peu pour le savoir. La scène s’arrête là.

Nous sommes à présent dans une ville du sud de l’Europe, où nos soldats anglais, en tenue de civils – pantalons et polos de couleurs variées – se trouvent en permission. Ils continuent de marcher, comme au régiment, à la cadence imposée par le chef, mais la gestuelle martiale a disparu, ou plutôt elle est comme caricaturée dans une chorégraphie dont la tonalité homo-érotique ne peut échapper à personne. Au moment où ils font une pause, l’un des soldats passe sa cigarette au chef (les deux sont jeunes et beaux comme on dit que des mannequins de mode sont beaux) : du dos de la main tenant la cigarette, il caresse la joue du chef de haut en bas puis effleure le col et la poitrine jusqu’à rencontrer la main, qui prend la cigarette. C’est la dernière bouffée, que le chef aspire avant de jeter le mégot au sol. Tout ce rituel homo-érotique pour une seule bouffée… Cela porte mon embarras, en pleine ascension pendant la chorégraphie, à son comble, car à présent les autres vont penser que c’est en raison de son contenu homo-érotique que j’insistais pour voir ce film, mais je m’apprête à leur dire que je n’en savais rien.

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Je découvre par moi-même comment sauter en skateboard, comment faire un « ollie », ce que dans la réalité je n’ai jamais su, il y a trente ans lorsque j’achetai une planche. C’était d’ailleurs moins une planche qu’une bûche, vu son poids, et je ne comprends même pas que l’on ait pu vendre cela sous le nom de skateboard, mais c’est un fait, tout comme le fait que j’achetai cette bûche, car elle avait de jolis dessins : autrement dit, le skateboard était fini pour moi avant même d’avoir commencé.

La technique, qui m’avait échappé jusque-là car elle est contre-intuitive, consiste à pousser d’abord la planche vers le sol avec le pied qui se trouve devant, ce que je décris en espagnol à je ne sais qui par les mots « pujar para subir » (pousser pour monter). À mon interlocuteur j’explique que, bien contre-intuitif, c’est en fait, quand on y pense, très logique. Ayant compris la technique, j’exécute des ollies, plus ou moins réussis, l’un après l’autre. – En réalité, la poussée vers le sol est à la fois intuitive et logique, mais avec le pied qui se trouve à l’arrière de la planche.

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Une expédition scientifique découvre un animal antédiluvien, qu’elle rapporte avec elle en Europe. Il s’agit d’un animal ayant la taille et l’apparence d’un chat domestique mais qui se rattache aux dinosaures disparus. D’ailleurs, dans la cage au fond couvert de paille où l’animal est gardé, il pond un œuf. Grand comme un œuf de poule, c’est un œuf en or massif avec des bras et des jambes, qui court de-ci de-là comme un véritable petit animal exubérant. La mère ne semble cependant pas comprendre qu’il s’agit de son œuf car elle saute sur lui comme un chat sur une souris, le laissant repartir puis sautant à nouveau dessus, tout à ce jeu cruel que font subir les chats aux animaux plus petits, rongeurs ou lézards. L’œuf étant en or massif, nous ne craignons pas grand-chose pour lui, mais nous craignons que l’animal antédiluvien ne s’abîme les dents.

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Un fonctionnaire mal noté de ses supérieurs a fabriqué pendant son temps libre une boîte de conserve de fruits en sirop, avec l’étiquette portant toutes les mentions légales. Bien que ce passe-temps n’ait que peu d’intérêt, je fais semblant d’admirer et relève aussi que, s’il souhaite se reconvertir dans les affaires, il vient de se former à la mise en boîte et à l’étiquetage. Une particularité de son produit est, alors que les fruits en boîte ou en bocal sont normalement d’une seule essence de fruit, ou bien en salade de fruits, qu’ici la boîte contient à la fois des pêches et des litchis.

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Cela commence comme une biographie de Rabindranath Tagore. Une fois célèbre, alors qu’il part pour un voyage en Europe, c’est moi qui prends le bateau à sa place. Il s’agit d’un petit bateau à moteur guère approprié pour une longue traversée de la mer mais je ne me laisse pas décourager par cette pensée. Après avoir lancé le bateau, je m’allonge, la tête sur un coussin. Dans cette position confortable, je vois au loin d’immenses navires qui sont comme des monuments sur la mer. La pensée qu’avec certains d’entre eux nous nous allons nous croiser et que, si je me trouve sur leur chemin, ils détruiront ma coque de noix, m’effleure à peine. Mon bateau se conduit tout seul et je me fie à lui. Je salue les passagers d’un grand voilier à ma droite, dont une touriste en maillot de bain tombée sous mon charme au premier regard et mélancolique de me voir passer.

Enfin apparaissent au loin des massifs montagneux, indiquant que je ne suis pas sur la mer mais sur un grand lac. À l’approche du rivage, un afflux de barques avec des pèlerins à bord m’entoure ; cela signifie que nous abordons à un rivage sacré, avec des temples de grande réputation. Pour faire bonne tenue parmi cette foule dévote, je me mets à réciter des mantras de mon invention, en me disant qu’il existe tellement de langues en Inde qu’aucun de ceux qui m’entendra ne saura que j’invente des paroles et que tous croiront que je prie dans une langue indienne inconnue d’eux. Mes mantras sont la répétition de trois mots inventés auxquels j’ajoute un quatrième mot qui est le seul à changer chaque fois, et cette psalmodie étonnante me paraît presque authentique à moi-même. Pour le quatrième mot j’utilise entre autres des noms et des termes reconnaissables par tous, comme « dharma », afin de rendre l’illusion plus parfaite.

C’est entouré, crois-je, du respect de ces humbles gens pour mon apparente dévotion que j’aborde au rivage et pénètre dans un temple. Curieusement, les murs sont en préfabriqué, couleur saumon. Il ne se trouve pas non plus de statues ni le moindre ornement, à part des graffitis sur les murs en préfabriqué. Il y a quelques religieux, dont certains concertent des séductions illicites de visiteuses, ce qui me froisse ; l’un parle même d’éteindre la lumière pour qu’ils puissent enlever des femmes dans le noir.

Je comprends que les graffitis, en diverses langues, sont laissés par les visiteurs, l’un écrivant que ce monde est fumée, un autre que le refroidissement climatique (sic) annonce la fin du monde. Je décide de laisser quelques paroles à mon tour. Alors que je suis en train d’écrire, un Indien en longue chemise blanche lit à voix haute : « ablution, ablation » et trouve cela remarquable. Or, au moment où il me félicite, je n’ai encore écrit qu’« ablution, » – il a donc lu dans mes pensées. Après qu’il a continué son chemin, je termine mon graffiti.

Cherchant ensuite la sortie, je trouve l’entrée principale, par où je ne suis pas entré. Elle comporte une affiche expliquant la nature du lieu : ce n’est pas un temple mais un centre d’information de l’UNESCO sur le tabagisme.

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Le rêve décrit la vie d’un village attardé dans le passé. Après je ne sais quel accident ou maladie, un homme de ce village a été réduit à l’état de tête. Habitués à son existence, sa famille et les autres villageois prennent certes soin de lui sans rien demander en retour – car quel service pourrait rendre un homme réduit à n’être qu’une tête ? – mais montrent peu de compassion pour son état. Quand il fait chambre avec d’autres, dans un cageot aménagé, posé sur un meuble, les gens se moquent de lui, disent : « À défaut de le faire, tu regardes ! » et ils éclatent de rire. D’ailleurs, la femme, dans la chambre, croit qu’il regarde et ne tolère bientôt plus sa présence. Dehors, où parfois on l’emmène pour qu’il voie du monde, car il reste un homme curieux qui n’aime pas s’ennuyer, on a voulu le placer sur l’épaule de quelqu’un, mais cette personne semble alors avoir deux têtes et les gens ne tolèrent pas cela non plus. On a également essayé de lui faire des béquilles, avec deux échelles, afin qu’il se déplace tout seul, mais c’était impraticable car il aurait fallu qu’il ait des bras pour pouvoir s’en servir. Alors il ne restait que Népoménus, un homme à tout faire, qui fut chargé de garder et de sortir l’homme-tête.

Intéressé par cette histoire extraordinaire, je me rends dans ce village afin d’y rencontrer Népoménus et l’homme-tête. Je trouve Népoménus sur le pas de sa porte alors qu’il rentre de voyage. Je l’avais prévenu de mon arrivée mais sans lui dire la véritable raison de ma visite ; il ne sait donc pas que je connais l’existence de l’homme-tête. Je le suis dans les escaliers qui conduisent à sa chambre. Là, il se débarrasse de quelques affaires sur une table encombrée de livres et de papiers, puis ouvre la fenêtre et place hâtivement un objet sur le rebord, si hâtivement que l’objet tombe de l’autre côté, hors de ma vue, et je n’ai pas eu le temps de bien le voir. Je suppose qu’il s’agit de l’homme-tête, que Népoménus place sur le rebord de la fenêtre pour que ce dernier puisse regarder ce qui se passe au-dehors, se distraire du va-et-vient villageois. Je suis tout de même étonné que Népoménus l’ait sorti d’une besace : ce n’était pas l’idée que je me faisais de la tâche de sortir l’homme-tête car je ne vois pas quel plaisir il peut prendre à sortir enfermé dans un sac.

Je demande à Népoménus ce qu’est l’objet qu’il a voulu mettre sur le bord de la fenêtre. Il passe la main par l’ouverture et ramasse, sans doute sur un balconnet, une tête qu’il pose la face contre la table. Je n’en vois pas le visage, seulement des cheveux blonds et bouclés, mais la tête paraît sans vie. « On m’a demandé de rapporter ça du Pakistan », me dit Népoménus. Ce n’est donc pas l’homme-tête, seulement une tête, la tête d’un mort en parfait état de conservation. La question qui me taraude alors est comment une tête aussi blonde peut être du Pakistan. Il me revient à la mémoire des récits concernant une tribu montagnarde de là-bas où le blondisme ne serait pas rare.

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Je me rends dans une librairie dans l’intention d’acheter trois livres de poésie, qui sont les Lusiades de Camões dans une traduction en alexandrins du dix-neuvième siècle, des traductions de poésie allemande par Gérard de Nerval et des vers de Léon-Paul Fargue. Les livres que je cherche sont classés par ordre alphabétique sur un présentoir tournant. En faisant tourner le présentoir, j’oublie le livre que je cherche en premier. Me vient alors à l’esprit un autre des trois livres et je me mets à chercher celui-là, mais j’oublie aussitôt quel est cet autre livre que je cherche à la place. Un autre des trois livres me vient alors à l’esprit, et ainsi de suite : j’oublie toujours, au moment où je le cherche, lequel des trois livres je suis en train de chercher.

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Les nids en spirale

U. me demande de l’accompagner le long de la rivière car elle veut me montrer que les oiseaux nés au printemps ont grandi et sont en train de nidifier pour la saison des amours. Nous parvenons sur un bras de la rivière où le lit est peu profond et où se trouve une colonie de colverts, surtout des femelles, en petits groupes. Dans le groupe de quatre femelles que je me mets à regarder plus attentivement, chaque femelle plonge la tête dans l’eau à tour de rôle. U. m’explique qu’elles sont en train de creuser au fond de la rivière un nid en spirale. (Comme elles sont plusieurs femelles à conduire ces travaux, on peut penser que ces nids sont partagés.)

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Dans une salle de classe, la professeure nous montre une photo de président de la République et demande ce qu’il manque sur cette photo. Je lève la main et réponds : « De la nudité », ce qui suscite des murmures en divers points de la classe et je comprends que ma réponse est peu appréciée des autres élèves, surtout ceux de sexe féminin. Les réponses se poursuivent, tournant toutes autour du thème du chapeau, ce qui me fait vaguement comprendre ma bourde ; je reprends donc la parole pour indiquer à la professeure que je croyais le jeu plus ouvert. Elle me rabroue en me reprochant de n’avoir pas écouté les consignes. Au temps pour moi ! Je pense alors à la réponse « tricorne » mais, n’étant pas sûr, garde le silence.

À la fin du cours, la professeure nous demande de nous rendre au stand monté par une équipe médicale extérieure, où nous recevrons chacun une information individuelle sur l’IVG. Hors de la classe, nous nous agglutinons donc devant une table où un médecin nous informe que nous allons être appelés par notre nom. C’est alors mon nom qu’il appelle.

Je me présente et le médecin m’invite à le suivre, avec son assistante, dans une autre pièce. Il s’assoit à une table où se trouve un appareil électronique dans de la bakélite noire et me demande de m’assoir en face de lui. Pendant les préparatifs, l’assistante me demande ce que vais faire ce soir. Je réponds que j’ai rendez-vous avec M. B. (un professeur d’origine vietnamienne que j’ai connu dans la réalité lorsque j’étais étudiant à Nanterre) avec des membres de ma famille vivant en région parisienne. Je trouve cette question plutôt inattendue, dans le contexte, mais me demande tout de même si je ne devrais pas à mon tour m’enquérir de ce qu’eux-mêmes font ce soir, par politesse.

Le médecin, que j’ai peut-être croisé au lycée de Sèvres il y a des années (je garde cette question pour plus tard), me passe un casque d’écoute et dit que nous pouvons à présent passer aux ultrasons. Je demande quel est le rapport avec l’IVG ; c’est l’assistante qui répond, noyant le poisson. J’ai le casque sur les oreilles et reçois dans l’une d’elles le choc d’un son perçant ; le médecin a simplement testé le fonctionnement de l’appareil et du casque mais je trouve tout de même que c’est une agression sadique. Il s’agit de tester mon ouïe aux ultrasons mais je crains qu’on ne cherche à me faire passer pour fou, que ce test ne soit en fait un test psychiatrique. Le test a commencé, trois collaborateurs, des femmes, de l’équipe médicale nous ont rejoints : leur fonction est de jouer une saynète en notre présence, pour qu’il y ait du bruit et que le test soit ainsi plus concluant. J’entends parler les actrices dans la pièce mais aucun ultrason dans le casque.

Au bout d’un moment, je redemande le rapport de ce test avec l’IVG (par laquelle, d’ailleurs, je ne suis pas, en tant qu’individu de sexe masculin, directement concerné au point d’avoir à recevoir une information individuelle), l’une des actrices, en tenue d’infirmière, dit : « Il est temps que celui-là fasse le plongeon » et, se plaçant derrière moi, pousse la chaise sur laquelle je suis assis et qui s’avère être un fauteuil roulant. Elle me promène ainsi, comme un malade, dans les couloirs pendant un moment puis me pousse vers un mur où je dois me heurter ; je comprends que c’est ce qu’elle appelle « faire le plongeon » mais, comme elle ne va pas très vite, il me suffit de lever le pied pour qu’en touchant le mur avec j’arrête le fauteuil sans me faire trop de mal. Elle me reconduit alors dans la salle aux ultrasons, où le test peut se poursuivre. Ce n’était qu’un avertissement.

Journal onirique 19

Période juin-juillet 2021.

Chaque fois que la vie est touchée, elle réagit par le rêve et par les larves.

Les Anciens, qui croyaient à leurs rêves, croyaient à la valeur de signification de leurs rêves, ils ne croyaient pas aux formes rêvées. Derrière leurs rêves et par échelons les Anciens pressentaient des forces et ils plongeaient au milieu de ces forces.

Chaque rêve est un morceau de douleur à nous arraché par d’autres êtres, au hasard de la main de singe que chaque nuit ils jettent sur moi, la cendre en repos de notre moi qui n’est pas cendre mais mitraille comme le sang est de la ferraille et le moi le ferrugineux.

Trois citations d’Antonin Artaud

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En Inde, je me rends avec plusieurs compagnons dans une grande salle de concert pour assister à je ne sais trop quelle cérémonie attirant des foules immenses. Comme mes compagnons entrent par une entrée et moi par une autre, je n’espère plus les retrouver à l’intérieur vu le nombre de personnes présentes, car c’est comme s’ils se trouvaient à présent au nord de l’Inde et moi au sud.

À la fin de la cérémonie, alors que je suis la foule vers la sortie, je suis abordé par un senior indien d’apparence distinguée, comme s’il avait compris mon désarroi d’être seul en pays étranger. Il m’invite à le suivre à travers une immense librairie adjacente à la salle de concert, par laquelle nous pourrons plus facilement retourner à l’air libre. Cette librairie doit être la plus grande au monde car elle a non seulement tous les livres qu’ont les librairies occidentales mais aussi ceux que ces dernières n’ont pas (les librairies occidentales proposent peu de livres en sanskrit, par exemple). Tandis que nous marchons entre les rayons, nous faisons connaissance.

Il me dit qu’il est membre du Bund, une société indienne, plus ou moins rattachée à ses débuts au Second Reich allemand, d’où son nom, société par laquelle la geste de l’indépendance indienne a commencé. Il m’explique que beaucoup d’artistes de l’Inde coloniale appartenaient au Bund et refusaient d’être anoblis par l’empire britannique, qui pratiquait une politique d’anoblissement afin de se ménager des appuis locaux : les artistes du Bund refusaient car ils voulaient rester des artistes populaires, proches du peuple et de ses goûts. Ce faisant, ils invoquaient – ce que je trouve curieux – l’exemple de la politique culturelle ottomane. Fasciné de m’entretenir avec un membre d’une telle société historique, je lui dis ce qu’évoque pour moi le Bund, et que je les imagine organisant des cérémonies solennelles commémorant le souvenir des grands événements du passé ; touché par ses paroles, il me prend la main et la garde. Le fait de marcher main dans la main avec un homme m’embarrasse un peu mais compte tenu de sa bonté je n’ose retirer ma main de crainte de le froisser.

Nous continuons de traverser la librairie. Après m’avoir offert un polo de couleur kaki – en fait, il l’a commandé car ils n’avaient pas la taille XL dans cette couleur et la taille L risquait d’être trop juste –, me voyant compulser, pendant qu’il passait cette commande, de gros volumes d’un Who’s Who du sikhisme, un volume pour les Singh, un autre pour les Kaur, il m’offre un compendium du « qui est qui » dans le sikhisme contemporain. Le polo plus le livre, je me demande si cela ne dépasse pas les seuils permis par les lois anti-corruption de mon pays, puis je me rappelle que je ne suis pas concerné par ces lois.

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À l’occasion de la sortie de son dernier film, sur la guerre d’Indochine, un réalisateur français annonce la sortie d’une série de films par lui et d’autres réalisateurs visant à dénoncer « la froideur des époques sans guerre ».

Dans son film, un soldat français offre à sa fiancée un sac appartenant à l’un de ses amis, un autre soldat, mort au front. Il fait ce présent à sa fiancée au moment où les deux sont au lit. La fiancée fouille le sac et s’exclame : « Qu’est-ce que c’est que ça ? » Pour mieux voir, elle secoue le contenu du sac sur le lit, faisant tomber un anneau dont la présence avait échappé à l’attention du soldat. Il prend l’anneau et comme, dit-il, un anneau qui a été porté au doigt a pris la forme de ce doigt, pour que sa fiancée puisse le porter il cherche à déformer le cercle de l’anneau avec une lame de couteau.

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Je dois me rendre à une audience de jugement et m’y trouve accompagné de trois étudiants en droit censés me conseiller. Sur place on nous explique qu’un serpent très venimeux se trouve dans la salle mais que normalement tout devrait bien se passer. Nous entrons dans une salle entièrement vide, de gens comme de meubles, au milieu de laquelle se trouve le serpent. Nous nous asseyons chacun dans un coin différent de la pièce, à même le sol. Après quelques instants, c’est sur moi que le serpent jette son dévolu. Je cherche à m’en protéger à l’aide d’une couverture que je tiens devant moi, mais je vois la tête du serpent, parfois entière, parfois seulement ses yeux, qui ne cesse de chercher à me regarder par-dessus la couverture. Je n’ose faire de geste brusque pour chasser le serpent et dois supporter l’angoisse de cette épreuve. Je préfère donc me réveiller.

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En Corée du Sud, une firme a mis au point des poupées technologiques qui peuvent servir de jouets mais combattent aussi les démons surnaturels. Le petit garçon coréen de la famille où je loge possède une telle poupée, qui représente un petit garçon coréen à peu près de la taille et de l’apparence du garçon (l’originalité n’est pas encouragée chez les enfants coréens, qui s’habillent et se coiffent donc de la même manière). Une nuit, alors que nous regagnons nos chambres respectives en bavardant, il me dit, inquiet, que son robot n’est pas comme les autres. Je lui réponds que ce sont des jouets fabriqués à la chaîne et qu’il n’a donc rien à craindre.

Je me rends ensuite aux toilettes. Ce sont des sortes de toilettes turques, où, cependant, il ne faut pas s’accroupir mais s’agenouiller. La cuvette est obstruée par ce qui paraît être des rondelles de pomme de terre.  J’urine quand même mais la couche de rondelles de pomme de terre est plus résistante que je ne le croyais et empêche l’urine de s’évacuer au fond de la cuvette. L’urine se répand autour. Je dois attendre d’avoir fini d’uriner pour nettoyer cette cochonnerie indigne d’un étranger invité chez une bonne famille coréenne. Quand j’ai fini, je cherche d’abord à tirer la chasse, mais, alors que ça ne provoque aucun effet sur ce plan, cela fait jaillir violemment de l’eau de plusieurs canalisations de la pièce, y compris à travers les murs, inondant partiellement les toilettes.

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Quand un Ent se déplace dans la forêt, chacun de ses pas fait trembler les arbres aux alentours, qui ondulent au gré de sa marche, et leurs frondaisons se frottant rythmiquement les unes aux autres font un grand bruit de feuilles. Pour éviter de se trouver face à face avec l’Ent, il faut suivre les oiseaux et les autres animaux dans la direction de leur fuite.

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J’accompagne de mauvais gré M., V. et F. dans une galerie commerciale pour des courses. Dans le parking, F. (♂), qui conduisait, ouvre le coffre de la voiture et me tend d’abord mon manteau puis un pack de six briques de lait, si bien que, pour endosser mon manteau, je suis d’abord obligé de le poser par terre pour prendre le pack, puis de poser le pack au sol pour reprendre mon manteau et l’endosser. Le fait d’avoir dû poser mon manteau par terre accroît ma mauvaise humeur et je tiens ce discours à F. : « Tu n’as pas attendu que je mette mon manteau pour me donner le pack, de crainte que je parte ayant mis mon manteau sans prendre le pack, et c’est pourquoi j’ai dû poser mon manteau par terre. » Je lui reproche en outre son choix dans des termes philosophiques dont la cohérence m’échappe en écrivant ces lignes : le manteau et le pack de lait sont l’un l’objectif et l’autre le subjectif, il y avait un ordre à respecter que F. a méconnu, aveuglé par sa méfiance.

Entrant dans la galerie, nous passons d’abord devant une boutique de chaussures. V. me demande si j’ai des chaussures X (une certaine marque) et je lui réponds que non. Sa question m’irrite car elle sait, et elle sait que je sais qu’elle sait, que je n’en ai pas et n’en veux pas.

Quand nous traversons ensuite une librairie, F. me fait remarquer un rayon avec des livres d’occasion de la collection Poésie/Gallimard. Je vais regarder de quels titres il s’agit ; tandis que je m’attarde à cet examen, les autres continuent leur chemin et je me retrouve seul sans savoir comment nous pourrions nous retrouver dans la galerie commerciale.

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Je me trouve dans une petite pizzeria où le gérant ou bien patron fait à la fois le pizzaïolo et le serveur. C’est un homme moustachu, d’âge mûr, extraverti. Un autre pizzaïolo, jeune et maigre, entre. Les deux se saluent. Ils portent chacun un tablier blanc maculé de sauce tomate. Mon pizzaïolo toise le nouveau venu et lui lance : « Ce n’est pas de la pizza, ça ! » Ce qui peut avoir deux sens. Comme le rouge de la sauce tomate de l’un n’est pas exactement le même que celui de l’autre, le premier prétend que l’autre utilise de la mauvaise sauce tomate et donc ne fait pas de bonnes pizzas. Ou bien il insinue que les taches ne sont pas de la sauce tomate mais du sang. Cette dernière interprétation n’est pas forcément tirée par les cheveux car ici les pizzaïolos sont aussi des chasseurs de fantômes, et c’est d’ailleurs pour demander son aide dans une affaire de fantômes que le jeune pizzaïolo est venu trouver son aîné.

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Un jeune avocat, dans le bureau duquel je me trouve, doit m’aider en vue d’examens que je vais passer. Il me demande quel genre d’aide je souhaite. Question embarrassante car je pensais qu’il le savait mieux que moi. Devant mon hésitation, il propose de s’appuyer sur un manuel mais ce n’est pas ce que je souhaite car nous n’avons pas le temps de voir l’ensemble du manuel. Alors il me raconte qu’il est devenu célèbre grâce à une affaire de brevets hollandais. Son bureau, son costume indiquent l’opulence. Il parle d’ailleurs néerlandais, avec un fort accent, comme je peux m’en rendre compte au cours de la brève visite que lui rend son ancien client dans l’affaire des brevets et à laquelle j’assiste bien que cela ne me concerne en rien.

Le Néerlandais sorti, d’autres personnes entrent dans le bureau ; c’est un groupe qui vient trouver l’avocat pour une formation également, et l’avocat donne alors sa leçon comme si je faisais moi-même partie de ce groupe et que mes attentes étaient les mêmes attentes que celles de ces gens.

Au moment de la pause déjeuner, nous découvrons que le jeune avocat prodige habite toujours chez ses parents. Son bureau se trouve aussi chez eux. Une partie de la maison a été aménagée en cantine, séparée du jardin par une baie vitrée, où je vais manger avec le groupe de la leçon (mais nous sommes sans l’avocat). À table, au cours de la conversation, quelqu’un évoque les manières de dandy de l’avocat, la façon dont il a refait son nœud de cravate pendant la leçon, ce qui était prendre les gens de haut. On parle de son ascension fulgurante, quasiment dès son baccalauréat en poche.

Je dis que son domaine d’expertise est tout de même très pointu, puis demande à mes compagnons de table la raison pour laquelle ils sont venus le trouver. L’homme à côté de moi répond que c’est pour leur métier : ils doivent apprendre à vacciner les gens sans leur consentement, ce qui suppose quelques connaissances juridiques indispensables en cas de révolte. Il poursuit en racontant qu’il n’a d’ailleurs pas attendu d’avoir ces connaissances pour pratiquer, depuis des années, des vaccinations sans consentement, c’est-à-dire, dans les circonstances qu’il décrit, à l’insu des gens.

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Dans l’appartement de T., des gens sont réunis pour une rencontre du troisième type. À mon entrée on me conduit vers la baie donnant sur l’extérieur, où l’on me dit que « le Père » vient d’arriver. S’agit-il de Dieu ? Je vois dans la nuit, à la lumière d’une lune immense, les deux assis de dos, un adulte parler avec un enfant, tandis que des créatures plus indistinctes, des sortes de femmes chauves portant des collerettes, se tiennent à respectueuse distance. – S’agit-il du Père et du Fils ?

Pour en savoir plus, je m’approche du groupe de journalistes présents pour l’occasion. Le groupe est animé par un Indien (d’Inde) ventripotent en polo bleu marine qui fait les présentations. D’abord trois Espagnols, qui saluent les autres dans leur langue. L’Indien cherche en même temps à pratiquer des attouchements sur une jeune collègue qui semble par son apparence être de la même nationalité que lui ; quand, après avoir avancé et retiré sa main plusieurs fois, il la pose sur un sein de la jeune femme, celle-ci le rabroue en allemand. Je m’éloigne.

Une invitée m’informe que quelqu’un sonne à la porte d’entrée. Je lui demande ce qu’elle attend pour aller ouvrir mais, devant son air timoré, j’y vais moi-même. À la porte, je constate qu’il n’y a aucune poignée ni rien qui permette d’ouvrir depuis l’intérieur. Faut-il que je tente de passer le bout des doigts dans la rainure ? Au moment où je pose la main sur la porte, un vieil homme visiblement très excité fait irruption dans la pièce, m’obligeant à reculer – c’est la personne qui sonnait. Pensant que c’est un voisin venu se plaindre du bruit, je m’apprête à l’éclairer sur les événements très importants pour l’humanité qui sont en train de se produire dans cet appartement, mais il brandit sous mon nez du matériel de BTP pour me faire comprendre que c’est lui qui a retiré la poignée intérieure de la porte. Il me traîne au-dehors pour me montrer quelques autres travaux clandestins, à savoir plusieurs boutons électriques près de la porte, boutons dont je ne vois du reste pas comment ils pourraient permettre d’ouvrir de l’intérieur, donc comment ils sont censés remplacer la poignée retirée.

Alors que je me dégage des griffes du vieux fou, un grand bruit se fait entendre, comme d’une soucoupe volante. J’espère que nos visiteurs du troisième type ne sont pas déjà repartis. Voyant passer la pharmacienne, je lui demande où se trouve T. Elle m’invite à la suivre et me conduit à l’entrée de l’immeuble, où une ambulance s’apprête à recevoir T. inanimé dans un fauteuil roulant. Il a subi un choc en rapport avec la rencontre du troisième type.

Alors que nous retournons à l’appartement, je dis à la pharmacienne : « Depuis le premier jour où je vous ai vue à la pharmacie, sans le vouloir souvent je pense à vous… » Elle répond : « Ah oui, finalement. » Puis : « Mes enfants… » Ces derniers mots mettent fin au rêve.

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K., la femme que j’aime dans ce rêve, une femme que j’ai aimée dans la vie, un amour d’enfance, me dit qu’elle m’aime. Aussitôt je me fais la réflexion que ce n’était pas à elle de le dire, que ce n’est pas ainsi que les choses doivent se passer ; en même temps, je commence à la trouver grassouillette, à percevoir chez elle un défaut physique. Mais je ne veux tout de même pas mettre un terme à notre histoire. Je dois accomplir deux choses. La première est de renoncer aux autres filles, qui précisément à ce moment-là deviennent plus pressantes et ne veulent plus me laisser libres un seul moment. Sans renoncer à toutes les autres possibilités de couple, je ne peux pas former un couple avec K. La seconde est de renoncer à mes amis, à la bande que nous formons, où chacun, moi compris, semble en fait n’aspirer qu’à se détacher pour former un couple à part, et pourtant… Et pourtant, quand vient l’heure du couple à part, cela ne semble pas du tout être un choix évident.

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Je suis soumis à l’épreuve de la castanescence, un monde végétal spongieux qui se matérialise dans la nuit d’une cellule de donjon, monde de végétation mais en même temps de chair – le terreau où pousse cette végétation luxuriante – et qui provoque une soif intense. Quand, au sortir de cette cellule, je me désaltère, la désaltération même me fait marcher de travers, si bien que les habitants de ce pays où je suis étranger me prennent pour un ivrogne, alors que je n’ai bu que de l’eau.

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À l’aéroport, dans un pays arabe du Golfe où je viens en touriste.

Mon billet d’avion comporte un code commençant par pé té lé, qui se lit comme « Pétez-les ».

Sur le chemin entre l’avion et le carrousel à bagages, je suis alpagué successivement par plusieurs représentants qui me parlent d’attractions touristiques locales dont le but est de « faire connaître l’islam » ; je les écoute et prends leurs prospectus. Dans la queue pour le contrôle des passeports, je me trouve derrière un couple de jeunes touristes français et, les entendant parler de l’une de ces attractions, je les aborde pour partager avec eux la réflexion suivante : « Si les pays musulmans font du prosélytisme religieux auprès des touristes tandis que les pays chrétiens ne le font pas de leur côté, il n’y a pas de réciprocité. » Les deux jeunes n’apprécient pas trop ma remarque. Le garçon me répond qu’il n’y a pas de pays chrétien, la France, par exemple, est un pays séculier. Je ne lui donne pas tort, ajoutant simplement : « Du reste, si j’ai été alpagué par ces représentants pour leurs attractions prosélytes, c’est sans doute que je dois avoir l’air d’un professeur susceptible d’être intéressé par des sorties culturelles. »

Je monte dehors dans la navette qui doit me conduire à mon hôtel. La navette démarre alors que je suis en train de regarder son circuit sur la partie supérieure de la cloison, si bien que, surpris, je m’affale sur une passagère, lui présentant mes excuses et demandant si je ne lui ai pas fait de mal, en anglais. Elle n’a rien.

Mon hôtel se trouve au premier arrêt de la navette. C’est un arrêt en hauteur, qui surplombe l’hôtel composé de deux tours de verre viride sombre, quasi noir, jointes par une arrête commune. L’hôtel est enchâssé dans un écrin de végétation luxuriante, comme une oasis, et dans cette région désertique cette forêt de palmiers est sans doute arrosée par un important système d’irrigation. Un site magnifique.

Je m’engage dans l’escalier en pierre qui doit conduire à l’entrée mais après quelques marches l’escalier cède la place à une échelle verticale de plusieurs dizaines de mètres de hauteur le long de la façade de l’hôtel. Il me semble étonnant que l’on force le client à descendre une échelle. Le long de l’échelle pend un gros fil en plastique blanc que je suppose servir d’appui pour la main lors de la descente mais, quand je le touche, il en jaillit de l’eau et je comprends qu’il s’agit en fait d’un élément du système d’arrosage. L’échelle paraît d’ailleurs donner en contrebas sur une arrière-cour plutôt que sur une entrée. Je me suis donc égaré dans des parties réservées au personnel.

Après avoir resserré le tuyau pour ne pas laisser fuir davantage l’eau, je considère ma situation présente : dois-je, étant en somme suspendu au-dessus du vide (ce qui habituellement me donne le vertige, bien que ce ne soit pas le cas ici – c’est un progrès), appeler à l’aide ? Si j’appelle à l’aide, des touristes empruntant l’escalier finiront bien par m’entendre et me prêteront secours, mais n’est-ce pas de nature à gâter un tant soit peu leur plaisir de touristes ? Je décide au bout du compte de m’en sortir seul et reviens donc à mon point de départ, à savoir l’arrêt de la navette.

Empruntant de nouveau l’escalier, je me colle dans les pas d’autres touristes, en regardant bien où je mets les pieds plutôt que les beautés du paysage qui se révèlent depuis l’escalier en colimaçon et dont les touristes s’ébaudissent. Je parviens enfin à l’entrée de l’hôtel, le Vihai Thai, un grand hôtel thaïlandais. L’intérieur est exotique et feutré, avec peu de va-et-vient, extrêmement à mon goût. Mais je me rends compte que j’ai laissé ma valise en haut de l’escalier.

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Avec T. j’arrive à la garden-party de L. Quand nous la saluons, L. nous dit : « Nous sommes cent-vingt. » T. exprime sa satisfaction que ce soit « sans vin », car elle est abstème, mais nous voyons L. ressortir de son cellier avec une de ces grandes bouteilles de champagne aux noms babyloniens.

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Le comique amoureux, quand on lui demande ce qu’il pense de son amour non partagé, répond : « Je suis un acteur comique, quand je suis ridicule je ne suis pas ridicule. » – Avec dans le rôle de l’acteur comique Pascal Légitimus.

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En France on ne brûle pas les livres, seulement les auteurs.

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Je veux sortir avec ma carabine pour m’exercer au tir mais je me rends compte que si je sors en ville avec une carabine la police m’arrêtera car il n’est pas permis de s’exercer au tir en ville. Il faudrait que j’aille à la campagne mais j’habite loin de la campagne et ne sais pas comment y aller.

Alors je sors avec ma carabine sur le balcon. En bas passe une femme noire. Je cache aussitôt mon arme derrière la balustrade en la tenant contre mon bassin les deux bras étendus le long du corps, car si une personne de couleur voit un Blanc avec une arme cela peut donner lieu à une enquête pour tentative de meurtre. Je reste immobile en regardant passer la femme, qui porte une minijupe. Comme elle doit gravir un talus, j’observe s’il ne va pas m’être donné de voir sous sa jupe.

Puis je me promène sur le balcon, un balcon collectif qui fait le tour de l’immeuble. Alors que tombe le soir, un voisin sort sur le balcon d’un immeuble en face et se met à chanter. C’est un chanteur noir apprécié dans le quartier et des voisins sortent à leur tour sur leurs balcons pour mieux l’écouter. Entouré de voisins, je m’assois comme eux, ce qui est aussi un moyen de cacher ma carabine au plus grand nombre de gens possible.

Je ne me souviens pas si elle est chargée, or en cas d’enquête pour tentative de meurtre contre le chanteur noir il vaudrait mieux pour moi qu’elle ne le soit pas. J’ouvre la carabine discrètement et trouve un plomb logé dans le chargeur (c’est une carabine à plomb). Je réfléchis au moyen de retirer le plomb sans me faire remarquer car si un témoin me voit décharger une arme en présence d’une foule avec des personnes de couleur, je suis bon pour le tribunal car c’est l’indice (il y a de la jurisprudence là-dessus) que je voulais commettre un meurtre mais que la présence impromptue de la foule m’en a empêché et que j’ai alors eu peur.

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En sortant de la bibliothèque, je croise dans les couloirs de l’université V. et un autre, qui me demandent quel est le livre que j’ai sous le bras. C’est un livre sur l’histoire des Goths que je n’ai pu m’empêcher d’emprunter alors qu’il est grand temps que je me consacre entièrement à la philosophie, leur dis-je, car l’histoire est, comme l’a dit Nietzsche, une passion mauvaise et, comme l’a dit Kierkegaard, une science d’approximation seulement, une distraction, une dissipation.

Nous sortons et marchons sur une allée ombragée par des arbres en fleur dont commencent à sortir les fruits, ce qui attire dans leurs frondaisons un grand nombre de mésanges à tête claire. Un grumeau de fruit me tombant sur un doigt, je tends le bras pour m’en débarrasser en secouant la main mais, plus rapide que moi, une mésange se pose sur ma main et becque le grumeau. Voyant une intention de ma part dans ce geste fortuit, une intention de la nourrir, la mésange se pose ensuite sur le livre que je tiens et me présente son bec grand ouvert pour que j’y dépose d’autres morceaux de fruit. Évidemment son attente est trompée puisque le grumeau m’était tombé dessus par hasard, aussi se met-elle à picorer le papier sur la tranche du livre, par – est-ce croyable ? – dépit et mécontentement.

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Je suis jeté en prison avec un autre, appelons-le T. Notre cellule commune est séparée d’une autre par une vitre en plexiglas incassable à partir de la mi-hauteur du mur, si bien que l’on peut voir de l’autre côté. Les occupants de l’autre cellule sont une femme, qui vient aussitôt nous parler près de la glace, et son mari. Au cours de la conversation, je constate que la glace est mal fixée et qu’il est possible de la soulever, ce qui nous permettrait non seulement de passer à volonté d’une cellule à l’autre mais aussi (ce qui paraît moins évident au réveil) de nous évader de prison. Mais pour cela il faut que le mari soit de la partie et nous aide à soulever la vitre, autrement trop lourde. Craignant les conséquences d’une évasion manquée, il hésite quelques instants.

Nous sommes à présent dans les couloirs de la prison. Je dis : « Les deux en costard devant ! » Il s’agit de T. et du mari : leur costume cravate rendra plus douteux pour les gardiens que nous croiserions le fait que nous sommes des fugitifs. Le mari, là encore, est réticent car, placé devant, il a plus de chances d’être appréhendé, mais il comprend l’intérêt de cette manœuvre et s’y soumet.

Un gardien cherche à vérifier notre identité mais nous passons outre en courant. T. et moi parvenons à la sortie et nous courons à présent dans les rues d’un village méditerranéen, le soir. Je dis à T. qu’il nous faut trouver une maison où nous cacher pendant quelque temps, surtout lui, avec ses cinq enfants, même si quatre d’entre eux sont déjà des voleurs devant de toute façon finir en prison.

Nous débouchons, dans un crépuscule rouge pâle, sur une place de village où se trouve une famille en combinaisons de cosmonautes, y compris les enfants. Nous leur demandons d’avoir l’amabilité de nous indiquer une maison libre que nous pourrions louer. Sans parler ils indiquent du doigt en contrebas un quartier d’immeubles HLM. Un avion de chasse passe au-dessus et largue une bombe sur le quartier, puis un second avion fait de même. Le quartier est en cours de démolition (c’est la raison pour laquelle ces braves gens portent des combinaisons spatiales, pour éviter toutes retombées radioactives ou autres) : nous ne cherchons donc pas au bon endroit pour nous loger.

Je montre à T. une maison qui vole dans le ciel à présent nocturne, fuyant la destruction par les avions de chasse. « C’est comme dans La maison qui s’envole de Claude Roy ! », dis-je. (Ce roman pour enfants illustré est un vieux souvenir, je ne l’ai pas lu mais je me souviens que c’était le n° 1 de la collection Folio Junior.)

T. et moi quittons les lieux. Nous passons devant un muret sur lequel se tortille un éléphanteau avec dessus un garçonnet thaï portant la natte de cheveux traditionnelle sur son crâne rasé. Intrigué, je m’arrête. En caressant la tête de l’éléphanteau, ma main passe un instant sous le garçonnet et je constate qu’il est en réalité d’un poids colossal (c’est une sorte de djinn) et que l’animal souffre sous lui. Je comprends alors que tout dans ce rêve n’est qu’un parc d’attractions : la prison factice où l’on s’amuse à s’évader, le spectacle de la destruction d’un quartier HLM, la maison qui vole, et la prochaine attraction nous attend, avec entre les deux ce petit éléphant, qui n’a même pas été considéré digne d’être une attraction à part entière et fait office de spectacle subalterne au milieu des attractions principales. Je suis attristé par cette exploitation sans cœur d’un animal si bouleversant.

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Y. (♂) et moi venons d’emménager en colocation dans une péniche. Un soir que je rentre sous une pluie torrentielle, je marche le long du quai sans retrouver la péniche. Je marche jusqu’à une sorte de galerie couverte, mais ouverte aux quatre vents, où se trouvent quelques boutiques, comme un marchand de hot-dogs. Ce lieu m’indique que j’ai depuis longtemps dépassé la péniche. M’y abritant de la pluie, je téléphone chez nous depuis une cabine. C’est Sophie qui répond. Une femme noire et sa fille Sophie sont également colocataires dans la péniche. Sophie me dit que la péniche est à sa place habituelle. J’ai donc dû passer sans la reconnaître à cause de la pluie et de l’obscurité.

Je décide de retourner à la station de métro, où ce rêve a commencé, non pas en revenant sur mes pas mais en prenant une péniche de transport public. Il fait jour à présent. Je monte dans la péniche et me plonge dans la lecture d’un journal. Je lis un long article sur la carrière et la vie d’un journaliste sportif célèbre qui vient de décéder, le genre de chose qu’il faut s’attendre à trouver dans un journal et pour lequel j’ai la plus grande indifférence. Dans cette péniche bondée je ne peux rester assis sans rien faire, mais lire le journal est une occupation dégradante.

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Sans titre, par Cécile Cayla Boucharel