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Gérard Blua : Anthologie (Suite)

Pour quelques mots de présentation du poète Gérard Blua, voyez Gérard Blua : Une brève anthologie (ici), dont le présent choix de textes est la suite. Une présentation un peu plus longue que j’ai écrite doit paraître dans un prochain livre de Blua réunissant des textes de lui ainsi que sur lui et son œuvre.

Il s’agit ici d’un choix que j’ai fait dans quatre autres recueils de Gérard, soit au total, sur le présent blog, soixante poèmes tirés de neuf recueils publiés entre 1975 et 2021.

J’ai choisi pour illustrer ce choix de textes trois tableaux de Jean-Paul Moya, qui collabora avec Gérard dans plusieurs groupes pluridisciplinaires comme Expression Delta, création de Blua, et le groupe Janus, création de Moya. Un tel choix a donc du sens. Avec ces mouvements d’artistes, Blua et Moya contribuèrent au rayonnement de la culture française à l’étranger, dont je note en particulier les échanges avec la République dominicaine (à l’occasion desquels Blua se lia d’amitié avec Pedro Mir), mais on pourrait encore citer Monaco, l’Espagne, le Québec, la Belgique…, en plus de nombreuses expositions à Marseille et Paris.

Ys (1997) par Moya

*

Être Moi (1975, Éditions de la Revue Moderne ; 2021, Éditions Campanile, 2de éd.)

Où es-tu ma force
Ma lutte avec les autres
Où es-tu mon socle
Mon espoir
Pourquoi les fourmis
Grossissent-elles
Soudain ?

Où sont mes fiertés
Mes orgueils
Mes désirs de vaincre
Où sont les temps
Des mondes immenses
À la mesure
De mes vérités ?

Suis-je donc devenu
Si petit ?

*

On se masse à mes pieds
Et on m’aspire
J’entends hurler
Depuis le fin fond des âges
Égalité Égalité Égalité !
Espérance de revanche
Du vaincu sur son vainqueur
Égalité Égalité Égalité !
Promesse d’Harpagon
Qui a caché son or
Égalité Égalité Égalité !
Opium de l’opprimé
Qui ramasse une miette
Sous la table des repus

Des sourires anonymes
Satinent mon néant
Mais j’entends murmurer
Grandissant
Depuis la nuit des temps
Fraternité Fraternité Fraternité !
Prière d’aristocrate mourant
Pour qu’on meure avec lui
Fraternité Fraternité Fraternité !
Prière de l’impuissant
Qui veut jouir des fils des autres
Fraternité Fraternité Fraternité !
Prière du bâtard
Pour qui le fruit
Vaut mieux que son arbre

Je sens la haine sourdre
Qui me cherche et m’écrase
Mais que peut-on contre un mort ?
Et j’entends vomir depuis toujours
Liberté Liberté Liberté !
Masque des profiteurs
Pour maintien d’ignorance
Liberté Liberté Liberté !
Masque des criminels
Fruits de notre justice
Liberté Liberté Liberté !
Masque ramassé par le fou
Libéré aussitôt
Puisqu’il paraît humain

Égalité Fraternité Liberté !
Pleure mon cœur
Pleure
Tu es dévoré par une société
De chaînes

*

Société immonde
Qui se délecte
De ses propres immondices
Société immonde
Dans mes pensées
Société de bassesse
Souviens-toi de l’histoire de l’Homme

Je vois un Homme
Qui avance et qui parle
Je vois un Homme seul
Et qui dit
Je suis la Vérité !
Et la foule s’incline
Car seuls les dieux
Peuvent l’être
Mais quel nuage de pourpre
Le protège ?

Je vois un Homme qui s’arrête
Au bord d’un fleuve
Je vois un Homme qui fixe les eaux
Et apaise leurs tourbillons
Et la foule s’y baigne
Mais quelle étrange puissance
L’habite ?

Je vois un Homme qui longe la mer
Je vois un Homme
Qui marche sur elle
L’infini lui appartient
Et les autres pêchent
Dans son miracle
Mais quels rayons d’éternel
Le soutiennent et le guident ?

Je vois un Homme qui ouvre les yeux
À la souffrance
Je vois un Homme qui appelle
Et guérit d’un geste
Et les autres dansent
Sur leurs béquilles
Mais quel amour
Est sa vie ?

Je vois un Homme
Jugé par les hommes
Je vois un Homme
Qui dit
Je suis Homme !

Je le vois sur sa croix
Crachant son sang
Et sa vie
Et qui dit
Homme pardonne-leur
Ils ne sont que des hommes !
Et la foule le perce
Car sa chair
Ressemble à la sienne !

Je vois un monde fou
Qui a tué un Homme
Parce qu’il n’était pas Dieu

*

Ma vie
Je sens ton souffle sur mon visage
Ton haleine qui me caresse
Ta tiédeur qui me confond

Ma vie
T’ai-je au moins appelée ?
Est-il un vrai besoin
De tes beautés inutiles ?

Étrange amour
Qui me torture
Toute une vie

Ma vie
Lequel de nous s’agrippe à l’autre
Voit ses doigts distordus
Sur le sens du mystère
Lequel s’étouffe déjà
D’une séparation
Recréant le vide ?

Ma vie
Pourquoi m’offrir ce que tu offres à tous ?
Voudrais-tu m’appâter
D’un secret de Polichinelle ?

Je t’aime ma vie
Avec l’avidité de tous les démunis
Il te faudra pourtant être nouvelle
Pour moi qui t’aime tant

Ou bien partir

*

Regardez l’horizon
Ses reflets
Couleurs sublimes
Perceptibles des seuls cœurs
Vos nuances se ressentent

Regardez la fine couche
De beauté
Qui recouvre les arbres
Comme neige
Le soleil ne la fera pas fondre

Humains vous retrouvez-vous
Dans l’arc-en-ciel ?
Y a-t-il un peu de vous
Dans la mélancolie des automnes ?
Communiez-vous avez votre conscience ?

Retrouvez-vous la vie
Dans la fleur éclose ?
Pouvez-vous vous enivrer
Des tiédeurs salines
Ou de pluie ?

Insensibles humains
Pierres que l’on croit pensantes
Quelle décadence apprise avec amour
A creusé sous vos pieds
Le gouffre de l’indifférence ?

*

C’est ton eau noire
Qui sera mon dernier drap
C’est ton sel
Ma dernière nourriture
Les poissons et les algues
Mon dernier convoi
Je l’ai voulu

C’est ta voix
Qui dira ma dernière prière
C’est ton rivage
Qui sera mon dernier refuge
Tes phares
Mon dernier regard
Je l’ai voulu

C’est ta plage
Qui sera mon dernier repos
Ton ciel
Mon dernier sourire
Toi
Qui sera mon éternité
Je l’ai voulu

Mer
N’aie aucune crainte
Aucune haine
Tu me tueras
Tu m’aimeras
Je l’ai voulu

Tu me navigueras
Au gré des vents
Vers tes secrets magnifiques
Tes palais inconnus
Ton corail rose
M’étreindra
Je l’ai voulu

Ô que vienne
La dernière seconde
Le dernier grain de sable
Ma dernière goutte de vie
Le temps que je me suis fixé
Est là
Je ris d’aller plus vite
Que les heures

L’instant m’appelle
Est-il impatient
Lui aussi ?
Ma mort
Sera ma mort

Je l’ai voulu

*

Ondine (1976, Éditions de la Revue Moderne ; illustrations par Pierre Gennat) : « À une petite fille morte dans les bras de sa vie »

Non !
Ne regarde pas !
Image
après
image
on achète ta vie
et ta peau
et ton ventre.
Non !
Ne regarde pas !
Miroir
après
miroir
on impose à ta vie
à ta peau
à ton ventre.
Non !
Ne regarde pas !
Le feu
brûle partout où ta main
se dirige
stigmate
après
stigmate
ils auront
ta beauté.
Non !
Ne regarde pas !
et
garde à ton esprit
l’hymen
de tes yeux
visionnaires

*

Viens
Il n’y a plus de fleurs
ce ne sont que des bouches
en bouquets
affamés
guettant ta chair naïve
bavant
le sang des muses
en rosée
maquillée
ondulant
langoureuses
et gourmandes
en des hymnes rythmés
par les vents.

Viens
tous les arbres sont morts
leurs branches sont des bras
en grappes
cadencés
cachant leurs griffes raides
traquant
tes éveils tendres
et suant
leurs envies
en humus
d’artifices
attendant
l’ordre que donneront les enfers.

Viens
tous les cieux sont éteints
ce ne sont que des trappes
piégées
oubliettes
rêvant ta vie jetée
voulant
ta vie jetée
disloquée
et vaincue
si brisée
de ténèbres
pourrissant
en des fanges tissées
de l’en-haut.

Viens
de cette enfance reine
où rien n’est impossible
viens
réelle
bouche fleur à éclore
si vraie
branches à ton corps
et enfin
guidant tout
étant lu
et lisant
ton regard
vivant des deux dernières
étoiles.

*

Ils sont là
déformés
déformant
miroirs tourbillonnants
reptiles silencieux
les épaules voûtées
du poids du monde
mais
pesant
sans regret
sur des épaules
en bas
cyclopes
aux aguets
derrière la lorgnette
infirmes
aux abois
sur le rail des béquilles
crevant
de rêves fous
et fous
à la folie
de ne point les vouloir
assez
pour qu’ils deviennent enfin
quotidiens
happant
tout de leurs langues
distillant
tout de même
ignorants
à mourir
et à faire mourir
qui
hors la perversion
fait pousser
dans ses traces
des songes inhumains
ils sont là
invisibles
mais voyant
tout
tout ce qu’ils veulent voir
tout ce qu’il leur faut voir
tout ce qu’ils doivent voir
pour que tout soit ainsi
leurs désirs
et leur ordre
et leurs contradictions
leur monde
et leur système
sans question
sans réponse
sans amour
mais
le viol à leurs lèvres
et leurs lèvres
si près
si prêtes…

Ils sont là
œil noir
dans le tombeau
d’une voûte céleste

déjà tout entière
en ce qu’elle croit
en ce qu’elle pense
en ce qu’elle veut
drapée dedans l’enfance
Ondine
sommeille.

*

La verdad (1998) par Moya

Amniotiques (1992, Autres Temps ; 2021, Éditions Campanile, 2de éd.)

Derrière le miroir
Je décomptais
Sur les doigts de ma nuit
La distance mythique
Entre deux morts semblables

Sur mes lèvres
Un baiser de marbre
Brûlait
Cette étape

*

Ailleurs
La caverne gouttait
Les sueurs de la terre

À cette musique
De sang tiède
Je confiais mes sommeils
Pétrifiés

*

Sans nom
Il me fallait bien aller
Vers ce jour utopique
Que la vie
M’avait promis :
Une aube de fausse couche

Un forceps dans le cœur
Je vibrais encore d’un cri
Mal défini

*

J’ai accroché
Mes stigmates anachroniques
Au bec de la Résignation
Jamais
Personne ne viendra plus visiter
Le serment que je Te fis

Tu vivras
En marge de Ta mort
Dans l’intimité de ma chute

*

J’entendais pourtant
Le tumulte des silences
Exhalés
Par les suiveurs de cadavres
Ils placardent
Des avis de recherche
Sur tous les cimetières
Et vomissent
Des affections acides
Sur une enfance naturalisée

Qui avait dû choir
De mon dernier bagage

*

Je me suis étendu
Sur des fleurs oniriques
Derrière mes paupières
Closes
Un arc-en-ciel pansait
Les plaies
D’une pluie pâle

Les visages attendus
Jamais
N’émergèrent des moisissures

*

Me glisser
Dans la grimace béante
Qui aurait su
Bercer mon enfance
Y flotter
D’un rire clair

Ces simples hallucinations
Toujours
Furent frappées du sceau
De l’interdit

*

J’allais
Dans ce bonheur mordant
D’être Ton souffle
D’être Ton chemin
D’être Ton être

D’être
Entre nos deux reflets
Ton dernier spectateur

*

Du troupeau
Ne restaient
Épars dans l’espace mortuaire
Que les pointillés d’un passage
Fœtus de cervelles brunes
Déjectés
Pour n’avoir su atteindre
Les sommets destinés

Je foulais
Leur étrange mélange
À mes larmes d’échec

*

Sans doute
Les extérieurs véhiculaient-ils
Une biographie officielle
Lambeaux de peau racornie
Arrachés à mes défenses

Jusqu’au bout
Je n’ai rien dit du puits
Qui traversait mon corps
Jusqu’à Ta source

*

Cela dut prendre
L’intervalle d’une vie
Au sablier humain

Mes vingt ans dans les yeux
Je traînais
Une horloge castrée
De ses deux aiguilles
Dans mon périple fou

*

Un souffle aussi
Vint
Parole confuse
Bâillonnant
Le vide profond
Dont j’avais fait le leurre
De mon existence

Je vivais violemment
Derrière leurs miroirs

*

J’étais arrivé à Notre frontière
Le trajet m’abandonnait
Sur l’autre berge d’un fleuve
De pierre
Ma main se vidait de la Tienne
Comme suspendue
À une déchirure

À tout hasard
Je T’ai vêtu
De ma dernière blessure

*

Plier le mystère
Dans la poche du Temps
Raboutir
Les éclats de deux vies
En une ombre profonde
Suaire qui désespère
Masque qui rêve

Toi au bout de ma route
Moi si douce falaise

*

Vont-ils te reconnaître
En moi
Me reconnaître
Sans Toi ?
D’ailleurs
Y a-t-il encore
Quelque chose à reconnaître
Dans la Douleur
Qui vêtira ma marche ?

Sachez-le
Chaque rire était un clou
Craché par mon cœur
Au travers de ma gorge

*

Fragments du Silence (2012, Autres Temps)

Qui de l’ombre ou de l’arbre
Projette l’autre
D’hier ou de demain
Porte le sens du vrai ?
Et croire en sa marche
Est-ce pour autant
Aller ailleurs
Que vers sa propre naissance ?

Les dunes impavides
Jalonnent leurs regards
Des noires carcasses
De convictions et d’évidences.

*

Il n’est pas d’ailleurs
Dans le train démentiel
Entre deux gares
Que nous sommes.
S’écarter de la voie
Ou bien stopper son cours
Ne sont au dictionnaire
Du langage du rail.

Si ce n’est peut-être
Ce songe d’Icare
Fenêtre ouverte
Écrasé dans le soleil.

*

Ce que je crois savoir
M’égare
Dans tout ce que j’ignore
Du rêve.
Jusqu’aux mots
Dans leur imperfection
Qui dénient
Tout ce qui fait leur sens.

Le silence
Comme un linceul
M’étreint
De sa vérité inconnue.

*

L’imaginaire glace la pensée
Dans l’opaque éternité
Et dérivent
Les banquises de l’erreur.
De soleils froids
En givre sans tain
Le gel des certitudes
En oublie jusqu’au feu.

C’est la cendre pourtant
Qui portera peut-être
Mais si loin
La présence d’une idée.

*

Déplacer sa présence
Est-ce rire du temps
Sinon momifier l’espace
Dans sa respiration ?
La fumée qui nous fuit
Ne traîne pas son âtre
La source n’est réelle
Qu’au lointain de ses chutes.

En sa marche immobile
Le dernier tremblement
Fige l’ultime étoile
De l’enfin avenir.

*

Où accrocher ses mains
Aux falaises du doute
Et poser son esprit
Dans les volcans du Verbe ?
Demeure en la survie
Pour quelle attente
Pour quel voyage
La force du refus.

L’espace
M’habite alors
D’une étreinte amniotique.
J’approche.

Cléopâtre (1998) par Moya

Gérard Blua : Une brève anthologie

Le poète Gérard Blua, écrivain, éditeur (Le Temps Parallèle, avec Jean Siccardi et Jean Aron, Autres Temps), animateur culturel (mouvement Expression Delta, échanges culturels internationaux dans le cadre du Centre culturel de Marseille…), et dont j’ai chez moi six recueils, me fait l’honneur de publier sur ce blog une anthologie poétique de mon choix.

Les origines à la fois grecques et italiennes de Gérard Blua le prédestinaient à vivre à Marseille, « seconde Athènes » sous la plume de Joachim du Bellay, aux fondements et florissement plus anciens (et peut-être plus durables) que ceux de Lutèce. Ce choix de poèmes montrera cependant que la poésie de Gérard Blua ne fait pas dans la couleur locale. Dans cette poésie qui va du vers libre au vers blanc (sous l’influence de l’écriture musicale, car Gérard Blua est également l’auteur-compositeur d’une centaine de chansons enregistrées à la Sacem), la culture est une ouverture sur le monde : latinité américaine (Pedro Mir), latinité orthodoxe (les poèmes à la Roumanie), Méditerranée nord-africaine (les poèmes à l’Algérie), Québec (avec un recueil publié à la fois en France et au Canada), etc. En tant qu’éditeur Gérard Blua a fait une large place à ces littératures.

Dans sa poésie onirico-politique, marquée par la répression des intellectuels en différents pays, notamment dans son recueil de 1982, j’aime voir, bien qu’il ne m’ait rien dit à ce sujet, la situation de la Grèce au temps des colonels.

Qui plus est, Gérard a nourri le dialogue des arts, car il est l’auteur de plusieurs ouvrages d’artistes présentant des peintres méditerranéens : Jean-Paul Moya (dont les belles muses masquées servent d’illustration principale à cette anthologie), Georges Briata, Léon Zanella, Pierre Ambrogiani…

Couverture du livre Moya (Autres Temps, 1998) sur le peintre Jean-Paul Moya. Textes de Gérard Blua.

N.B. Dans l’anthologie, les notes en italiques appelées par un obèle sont de ma plume.

Maux-Dire : Jeu Craie au tableau noir
(Le Temps Parallèle, 1982 1e éd. ; Éditions Campanile 2020 éd. revue et augmentée)

.

À Richard Martin

Je dédie ces écrits
à toutes les plumes du monde
dans du plomb vil emprisonnées
à celles qui le furent
à celles qui le seront
car c’est la contradiction historique du plomb
de ne pouvoir affirmer autrement
l’incommensurable poids d’une plume

Vu que le nom de Richard Martin apparaît plus d’une fois dans ce choix de poèmes, je crois bon d’indiquer qu’il s’agit du comédien et dramaturge, fondateur et directeur du théâtre Toursky (nommé en hommage au poète Alexandre Toursky) à Marseille, où entre autres Léo Ferré s’est souvent produit.

*

Mais les oiseaux insistent et s’appellent
Furie qui se multiplie
Et pousse leur infini
Dans les limites fragiles
De mon crâne
Craquements sifflements éclairs
Qui ?
Peut-on seulement être sûr de son lit
Qui ?
Ai-je su nager vers la notice d’emploi
Qui ?
Je demande le chemin des issues de secours
Qui ?
Craquements sifflements éclairs
Dans mon crâne
Qui sonne ?
Ma main vient de saisir ton corps mon ancre
Ma femme
Quelque part dans les pierres tranquilles
De chez nous
J’abandonne le navire sans mât aux voiles froissées
Par l’empreinte de nos deux corps
Ne t’effraie point les oiseaux sont partis
Sauf un qui tourne encore dans ma mémoire
Où il me cherche depuis que je suis né

*
Ils m’ont demandé mon nom
Et j’ai répondu
VIVRE
Dans la pièce d’à côté
Le bourreau aiguisait ses dents
Sur la meule du temps
Crissement insupportable
Acide coulé dans mes oreilles
Incandescence du son
Calcinant mon cerveau
J’ai voulu répéter
Mais ils m’ont dit
Que dans le fond
Tout cela
N’avait plus d’importance

*

Je me souviens :
Il y avait des fleurs sur ses lèvres
Et ils asséchèrent sa bouche
Il y avait des fleurs dans ses mains
Et ils guillotinèrent ses doigts
Il y avait des fleurs dans ses yeux
Et ils émondèrent son regard
Il y avait des fleurs dans son cœur
Et ils coupèrent les tiges de sa vie
Je me souviens
Nous trouvâmes ses graines
Dans les boues d’un régime
Les fanges d’un Système
Les déserts despotiques
Ses graines envolées
Dans les râles d’un peuple essoufflé
Nourri sourdement de sa sueur
Ses graines qui nous parlent sans cesse
De Lui mon frère de Lui mon double de Lui moi-même
Mais les fusils ne le savaient pas
Mais les fusils ne le savent pas
Mais les fusils ne le sauront pas

Je me souviens
De toutes mes morts fécondes
Comme Sisyphe de sa pierre

*

Je suis las
De leurs griffes de leur bave de leurs morsures
De leurs insultes de leur cris de leurs coups
La médiocrité m’imprègne me ronge se diffuse
S’insinue dans mes silences brûle mes mots
Les portes claquent les fenêtres battent
Dans mon crâne tout s’effrite se lézarde et entre
Dans la lente agonie de l’abandon définitif
Je cherche cependant sans espoir un repaire
Une marque une tache peut-être un souvenir
Quelque chose qui dise que j’existe
Un lien qui me rattache encore à moi-même
Mais leurs yeux nauséeux derrière leurs bureaux
À l’abri des lumières pointées
Gomment mes tentatives délavent mes efforts
Étirent mon cadavre sous ma peau fatiguée
Je suis las
De mes souffrances de mes résistances de ma vie
De mes errances de mes appels de mon doute
Et quelque part au plus profond de moi-même
Dans les ultimes caches de mes luttes clandestines
Traqué fourbu cerné rampant mais fuyard heureux
Un inconnu qui me ressemble
Et m’a longtemps habité dans mes caves contradictoires
Commence
La grève de ma fin

*

Sans cesse ils m’interrogent
Et je n’ai toujours pas compris
Ce qu’ils veulent savoir
Rien
Je crois   certainement
Rien

Ils font partie
De ces laborieux bureaucrates
Dont le travail est de questionner
Bien
Je crois   certainement
Bien

Mais qu’une seule réponse de ma part
Dérouterait violemment
De leur interprétation de l’aveu

*

Le requiem de mon cœur
Déverse et rythme un flot de musiques
De sang
Mon corps est à l’écoute systématique
De sang
Mes yeux se gorgent de l’intérieur
De sang
Ma bouche pâteuse s’imprègne
De sang
Mon être vibre et s’apaise
De sang
Les chants s’étirent et gonflent mes veines
De sang
Mélodies souveraines royales sous le masque
De la dépouille vaine que je laisserai
Sèche apparence épouvantail et mue rien
Oh hurlez cuivres cordes et percussions
Partition magistrale qui force le passage
Hurlez en moi jusqu’à cette dernière note
De sang
Dont je suivrai le cortège vibratoire
De sang
Jusqu’à l’ultime secret de mon cerveau
Et je me coucherai parmi mes souvenirs
De sang
Enfin tous retrouvés

*

Les journaux étaient silencieux
Ou bien n’étaient pas
Les voix des haut-parleurs
Les images des lucarnes
Tout forgeait un univers qui n’était pas
Mais à l’apparence nécessaire
ELLE
demandait voulait savoir demandait
vertige tourbillon tourmente folie
LUI
n’existait plus n’avait jamais pas
Imaginaire déposé aux pieds du meurtre
Rires des mercenaires
Rires des fonctionnaires
Regards lourds des voisins
Des autres de tous rires
Les libraires eux-mêmes ne connaissaient plus ce poète
Alors assise au bord du trottoir les pieds dans le caniveau
Au plus profond du gouffre de haine creusé par mille regards

ELLE
pensait à sa chance d’avoir créé un rêve
Et d’avoir pu l’aimer le vivre le posséder

*

Ils avaient traîné son corps sans vie apparente comme l’on sort le taureau
De l’arène après le spectacle bouffon et terrible et sanglant et comme l’on
Sortait certainement les esclaves du cirque après que les pouces se fussent
Baissés voilà des millénaires que l’on traîne les mêmes et que les mêmes
Les traînent dans une même ocre poussière qui enveloppe les mêmes rites
Et les mêmes pouvoirs et provoque la même toux de rage dans les mêmes
Gorges qui fixent les mêmes couteaux voilà des millénaires encore que les
Mêmes têtes se tournent pour ne rien voir et cachent les mêmes visages
Dans les mêmes mains agitées d’un même tremblement celui de la même
Peur qui fortifie une même lâcheté et qui perpétue un même Système et
Un même ordre suprême dans une même éternité et voilà des millénaires
Enfin que dans ces mêmes corps sans vie apparente que l’on traîne vers
Des mêmes lieux d’un même inconnu dans un même but s’accrochent les
Mêmes dernières pensées qui se pétrifient dans les mêmes ultimes mots
J’aime
Comme si les mêmes soleils devaient toujours briller et les mêmes lunes
Se satisfaire d’une même aridité d’une même solitude d’un même silence
Ils avaient traîné son corps sans vie apparente en éboueurs consciencieux
des dieux dans un étrange crépuscule vers un égout final où il faudra bien
un jour se décider à fouiller les traces encore palpitantes et chaudes de la
Vraie Beauté

Maux-Dire : Jeu Craie au tableau noir, par Gérard Blua, Editions Campanile, 2020. Couverture : Dessin de Pierre Gennat.

*
Ivre Québec (Écrits des Forges/Autres Temps, 2002)

.

Des tourbes limoneuses
Ruisselant dans mon crâne
Me vint l’idée du feu
Des mangroves secrètes
Au tréfonds de mon être
Le chant de l’inaudible
Mais de quel labyrinthe
Catacombe ou volcan

La lave du poème ?

*

De mes faims infantiles
De mes banquets impies
Quelle famine reste ?
Cannibales amours
Dressées sur autels borgnes
Demeure le remords.
Au ventre du langage
Ferments et borborygmes

La nausée comme une encre.

*

Le rêve mord
Bleu
Les rives de la vie

Bleue mort
Qui se retire
Comme une vague

*

Ne l’a-t-on jamais dit
À vos chaînes ?
Ailleurs est une fleur qui vous aime

.

Une attente vous rêve
Bien au-delà de vous
Vivre renaît de chaque escale

Terre froide terre givre
Bouche estuaire
Qui attend un si long baiser

Balbutiements qui percent
Flots et effluves
De nos étreintes de brumes bleutées

*

Car du saphir qui sourd
En aurores fragiles
À l’améthyste crue
Sertie de crépuscules
Quel souffle rêverait
Sa bleue éternité
Sous l’aile du corbeau
En spirales de jais

D’alabandine de la mort ?

*

Au cœur des trois rivières
Une île si tranquille
Qui se voudrait frontière

*

Est-ce mensonge que revivre
Illusion qu’oublier l’oubli ?
J’affirme l’éternité de l’été.

*

Dernier regard

Je suis d’une mosaïque
De mille exils
Aux couleurs de rêve et de sang

Tout en moi
Est fragment des différences
Qui mêlèrent leurs amours dans le Temps

Trace aussi
Des meurtres qui expatrièrent
Et des crimes qui accueillirent

Car pour être là aujourd’hui
Combien furent ailleurs
À espérer pour moi, l’inconnu de demain

Et si je brûle en ce lieu désormais
Que d’autres voudraient clore
C’est du feu d’entrailles lointaines

Jusqu’à cette quiétude parfois
Voile doucereux de leurs mensonges
Qui ne soit l’écho de mes cris séculaires

Car une lumière sans mémoire
Que serait-elle d’autre
Si ce n’est la récurrence des ténèbres

Et le silence terrible des oublis
La mort infiniment renouvelée
Des vies que je porte en mon ventre

Mon sang n’est pas le mien
Offert par mille hémorragies
Et puisque je te le donne

Je suis de ton visage
Tout autant que tu es du mien
Étrange étranger qui me ressemble tant.

*

Dans le cheminement de l’œuvre (Autres Temps, 2007)

.

Ceci,
à toi qui as les yeux fermés,
à toi qui les ouvres mais ne vois pas,
à toi qui vois mais ne regardes pas,
à toi qui regardes mais ne cherches pas,
à toi qui cherches mais ne trouves pas,
à toi qui trouves mais ne comprends pas,
à toi qui comprends,
mais qui fermes les yeux.

*

D’Algérie

Terres démembrées
après le terrible hurlement de la fracture
que nous racontez-vous ?
Alors que le sable s’engouffre
dans les meurtrissures de la ville
et dans les plaies béantes
d’hier la vie.
Alors que les vents tranchants
étêtent
ce qu’il reste de l’arbre ou de la fleur
assèchent
l’ultime résistance d’une fontaine.

Éboulis de pierre
ravines de béton
masquant les visions d’étages
érigés par des mains d’espérance
blanches ailes-bâtisses
aux yeux bleus dressées vers le soleil
que nous écrivez-vous ?
Alors que le silence
progresse désormais dans ses failles
s’insinue dans cette neuve catacombe.
Alors qu’une mortelle éternité
depuis étouffe la mort.

Ruines écartelées
dans les souffrances d’une mémoire torturée
que nous montrez-vous ?
Alors que le rire d’un enfant
éclate de rouge
sur la roche martyre.
Signature du rut de la bête.
Alors que le sillon s’endort
dans la nuit de l’oubli
et momifie ses graines inutiles.
Cadavre craquelé
d’une terre abandonnée au meurtre.

Renverser le cours de l’oued
Et de l’Histoire
quelle seconde y suffit ?
Tellurisme totalitaire
transformant le paysage de l’homme
en charnier de pierres pourrissantes.
Mais combien de millénaires
pour désenfouir
notre regard complexe sur le monde
et retrouver les traces
d’une si longue naissance ?
Lutte permanente pour une autre existence.

C’est ainsi qu’ils ont cru
ramener un pays de lumière
au stade le plus primitif de la vie.
Peurs qui courent dans les déserts.
Fureurs qui émondent
et règnent sur la famine des faibles.
Doctrines qui rajoutent
deux pattes à l’humain vaincu.
Mais la parole ne meurt jamais
avec la langue coupée.

Les voix savent se poser
et attendre
en marge des gorges tranchées.
Sans visage et sans nom
elles connaissent la permanence du dire.
Cela fait si longtemps
que l’ombre s’obstine à leur silence.
Invente des flots furieux et des cendres impassibles.
Des coulées de tombes.
Mais derrière le linceul terrible
des tremblements de verre
toujours demeure
l’éternité du souffle des poètes.

*

De Roumanie I

Dans la nuit de Breaza
les œufs multicolores
des Pâques byzantines,
lucioles libérées
d’une géhenne inculte,
paroles de terres neuves
portées au bout des lèvres
de l’ami et poète.
Et puis le havre quiet
d’un voyage roumain.

C’était l’espoir
et un ciel sombre
dans les bagages épars
d’une attente en apnée
au profond de l’enfance
de la fête orthodoxe
Grèce entremêlée
au partage constant
d’un Marseille à l’aplomb
du mythe et de son rêve.

*

De Roumanie IV

Breaza cachait dans sa nuit
les œufs multicolores de sa Pâque.
Sans bruit
sans chant
sans lumière
se refermait le cercle
dans la dérive des gestes
et la détresse des esprits.
En un ailleurs introuvé
la cérémonie liait d’autres hommes.

Perdus dans l’âge retrouvé
d’une humanité sans âge,
nous allumâmes nos bougies
aux simples étoiles
du feu de nos regards.
Célébration de l’incandescence
pour qu’un monde s’éclaire
d’entre les boues régnantes
et qu’un songe s’élève
de la pierre meurtrie.

Où êtes-vous églises illuminées
de fidèles connaissant vos routes,
ignorantes obstinées
d’errants et d’égarés
au plus près des vérités qui vous érigent ?

*

Pour survivre
J’ai roulé en moi
La pierre du tombeau.

*

Croire
au tréfonds d’une chair improbable
brodée d’urgence et de présent
que naître n’est qu’être
début de toute chose

Creuser
à fleur d’espace
la dérive de l’origine
en ce rêve fou
de désenfouir la vérité

Et traîner
la mortelle poussière
d’un crâne-lune en ruine
coquille pitoyable d’escargot erectus
sur l’orbite de l’erreur

*

Traces (Éditions Campanile, 2018)

.

À Yves Berger

C’est désormais la boue
Qui perle des voix
Et inonde
Les cerveaux de Panurge

Le poids, le nombre, la quantité
Sont les valeurs suprêmes
Du squelette blanchi
De la démocratie

Le brouhaha étouffe la pensée
Le bruit se veut musique
Les taches sont l’écriture
La langue se dessèche

Le vide remplace le vivre
L’inculture ouvre ses écoles
Quand la médiocrité
Découvre ses tribunaux

Et les petits marquis
Sous leurs bonnets phrygiens
Applaudissent le bal des mâchoires
Qui déjà se délectent

Du festin de leurs propres mains

*

À Pedro Mir

Regarde
    Enfant des terres nôtres
    Homme de l’avenir
    Lové sur ses racines
    Femme espérant le jour
    Venu de ses entrailles
Regarde
    Où les yeux
    Crèvent d’être des yeux
    Ces cages que l’on brise
    Terres vivantes
    Porteuses de peuples vivants
Regarde
    La pierre de naissance
    Le bois de l’existence
    Le sable éparpillé
    De l’autre mort
    Le sel de la misère
Regarde
    Frère lointain
    D’exil en abandon
    De fuite et de censure
    Rêve en persécution
    Tressé de mille gestes
Regarde
    L’immortel drape le poème
    Du chant de ta mémoire
    Les aubes dans ta trace
    Désormais s’obstinent
    À forger l’imaginaire
Regarde
    Le contrepoint de ta musique
    Et la parole viendra après

Ce texte au grand poète de République dominicaine Pedro Mir est déjà paru sur le présent blog, en annexe de mes traductions de poésie dominicaine (ici). Gérard Blua a participé dans les années 70-80 à des échanges culturels entre la République dominicaine et la France, à l’occasion desquels il s’est lié d’amitié avec Pedro Mir.

*

À Jacques Prévert

Il était le plus laid
Elle était la plus laide
Mais ils se plurent
Dès le premier regard
Et l’Amour ce jour-là
Retrouva son vrai visage

*

À Richard Martin

Ouvrez !
              La porte retentit
              Quelque chose
              Est derrière.

Ouvrez !
              Car peut-être
              Est-il temps encore.

Ouvrez !
              Le volet si rouillé
              Ou bien
              Vos yeux.

Ouvrez !
              La terre riche !

Ouvrez !
              Le ciel limité !

Ouvrez !
              Le cœur engourdi !

Ouvrez !
              La porte retentit
              Quelque chose
              Est derrière.

Ouvrez !
              Avant que la main libre
              Dessus
              Ne soit clouée.

*

À Hélène Perret

C’était un jour sans oiseaux sur la mer.

Le froid rongeait les roches avec ce parfum âcre qui sied aux amours impossibles. Un silence opaque habitait les vagues dans leur lent mouvement affectueux vers un rivage méprisant leurs caresses. C’était comme un hiver installé dans un corps blotti au creux d’un rêve inaccessible. Avec des hémorragies de glace au bord des yeux. Et le long frisson de l’immobilité qui installe son sommeil complice. Le vent s’acharnait sur les dernières paroles devenues sans importance. Vieillies par l’absence. Que faisaient-elles là sans l’écrin de leurs lèvres ?

C’était un jour sans demain et sans hier.

L’inertie étirait ses venins sur les heures trop tendres. Une poussière âpre étouffait les désirs dans les ventres de pierre. C’était comme une chair figée dans son refus. Rien n’indiquait pourtant que jamais, ici, dans le ruminement de la séparation, ne fut un sourire de fleur. Car tout n’était qu’inanité sans la moindre sueur d’envie. Mais le sable, qui coagule dans les veines. Alors, quelle larme attendre d’un rocher, si ce n’est cette algue déchirée, arrachée au cœur de l’insondable ?

C’était un jour sans moi, car je l’avais vécu.

*

Funériales (Éditions Campanile, 2021)

.

Pour Richard Martin

C’était un jour comme les autres
Un jour de foule aveugle
Un jour de système qui va
Dans les couloirs de Panurge
Un jour d’incommunicabilité
Et de têtes courbées
Dans leurs mangeoires
Un jour de grève sans fin
Simplement
Un théâtre avait disparu

Sur les ruines de la tragédie
Tu as demandé pourquoi
Pourquoi as-tu demandé
Pourquoi
Et ils t’ont dit
Que tu n’avais pas changé

Il est des systèmes qui tuent
Et d’autres qui regardent mourir
Toi, de ton talent, de ta carrière
Et du marbre de ton verbe
Tu témoigneras de cette différence
De toute l’éternité de ta présence

*

Pour Pierre Gennat

Visage
Au tronc noueux
Sous le scalp des feuillages
Doigts
De pierres dressées
Ou bien lèvres d’argile
S’ouvrant
À l’estomac
D’une terre fétide
Et le vent
Qui te frôle
Mais ne t’éveille pas

Où es-tu où dors-tu

Ne peut-on rien changer
Au cours de toute chose
Au cours de tout ce qui est
Au cours du long torrent
Qu’est le sens de l’Histoire
Ne peut-on rien changer

Où es-tu où dors-tu

Mon œil est impuissant
À saisir les destins
À maîtriser les vies
À offrir le regard
Responsable et si vrai
De l’absence mortelle

L’illustrateur Pierre Gennat, aujourd’hui décédé, était lié au groupe artistique et littéraire Expression Delta animé par Gérard Blua à Marseille dans les années soixante-dix. Victime d’une maladie incurable qui le plongea dans une forme sévère de dépression, il a détruit la plus grande partie de son œuvre, dont il ne reste par conséquent, et malheureusement, que quelques traces trop rares.

Funériales : Poétique du bout de la vie, par Gérard Blua, Editions Campanile, 2021. Couverture : Dessin de Pierre Gennat.

*

L’écho est le reflet du regard (Éditions Maïa, 2021)

.

À Richard Martin

Dormez braves gens
Dormez
Le printemps veille
Et tire ses lourdes chaînes
Dormez
Et clôt ses griffes raides
Dormez
Soyez en paix
Les fusils
Sont en fleurs