Pillages et Port d’armes : Droit 44

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On prétend que la liberté d’expression est nécessaire à la démocratie mais le seul pays au monde qui ait, du point de vue de sa législation, une véritable liberté d’expression, ce sont les États-Unis, où les lois contre le Premier Amendement de la Constitution sont systématiquement cassées par une Cour suprême non élue. Aux États-Unis, comme en France et ailleurs, les élus font tout pour éroder la liberté d’expression par des lois, et c’est parce que des juges indépendants non élus s’y opposent que ce pays se distingue. En Europe, les élus obtiennent ce qu’ils veulent, et de ce fait il n’y a pas de liberté d’expression. Si bien que, si la liberté d’expression est nécessaire à la démocratie, comme la classe politique élue s’y oppose et la combat partout, la classe politique est un obstacle à la démocratie. Ou bien la liberté d’expression est nécessaire pour tout autre chose.

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Ceux qui parlent de « glissement vers la dictature » prêtent à sourire. La France ne fait présentement qu’ajuster sa législation répressive existante au nouvel environnement numérique qui permet de la contourner. Nés de la dernière pluie, ces sauveurs niais ne changeront rien. (Février 2024)

Il y a deux choses. 1° La loi sur les réseaux sociaux ne fait qu’adapter la répression existante au nouveau milieu numérique. 2° Une loi telle que la proposition de loi Yadan étend certes le domaine de la répression, mais c’est ce qu’ont fait tous les gouvernements de ce pays les uns après les autres au cours des dernières décennies.

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Pas une année ne passe en France sans une nouvelle loi de répression de la parole, parce que, nous dit-on, « l’arsenal » n’est pas suffisant. |À supposer que ce soit vrai, quelle déficience cognitive profonde peut être à l’origine d’un tel dysfonctionnement législatif ?

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Que demander d’abroger une loi scélérate (loi de 2014 sur « l’apologie du terrorisme ») fasse dire qu’il est ainsi démontré que ceux qui font cette demande soutiennent le terrorisme montre le niveau de la liberté d’expression en France. (Novembre 2024)

Pourquoi l’apologie du terrorisme est-elle une infraction en France alors qu’elle est libre aux États-Unis (« advocacy of unlawful acts »). Quelle est cette sous-liberté qui est la nôtre ?

Nous lisons que la loi de 2014 est nécessaire pour lutter contre les filières de recrutement. Est-ce un rêve ? Nous combattrions comme de l’apologie ce qui est au plan légal de l’association de malfaiteurs, « l’entente établie en vue de la préparation d’un ou plusieurs crimes » ?

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Tant de procès pour contenus « haineux » à l’encontre des militants en France et ailleurs en Europe, et pourtant dans presque aucun de ces procès, qui en fournissent l’occasion, n’est invoquée l’inconstitutionnalité de ces lois. Quel est donc ce cirque ? Même quand l’un des accusés gagne son procès au fond, la loi reste une épée de Damoclès.

Une défense mettant en cause la répression de la parole appelle une question prioritaire de constitutionnalité (QPC) in limine litis. Dans une plaidoirie « au fond », il n’y a guère que deux possibilités : 1° « Je n’ai pas tenu ces propos », ou 2° « Les propos tenus n’enfreignent pas la loi ». Il faut que la QPC soit in limine litis, « au seuil du procès », car le procès porte « au fond » et s’il n’y a plus de loi il n’y a plus de procès. C’est la seule défense « militante ». Si la procédure en vient au fond, aucune critique de la loi n’a de sens et ne sera retenue, car la justice doit juger d’après les lois.

Au cas où le Conseil constitutionnel s’est déjà prononcé sur la constitutionnalité de la loi, cela ne peut être un obstacle à une nouvelle QPC. Le Conseil constitutionnel saisi de la constitutionnalité d’une loi se prononce sur des moyens ou arguments : à nouveaux moyens, nouvelle question.

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« Je suis raciste »

« Est-ce que la loi française me permet de dire : ‘Je suis raciste’, juste cela, rien d’autre ? » Réponse de l’IA : « Oui etc. »

« Oui, à condition que… » Normalement, la principale question lors d’un procès est : « L’accusé a-t-il commis les actes qui lui sont reprochés ? » Dans le contentieux de la parole, la question est le plus souvent : « Que penser de ce que personne ne nie avoir été dit ? » « Moi, je pense que c’est un délit, et vous ? » Aucune sécurité juridique n’existe plus dans ces conditions. La censure administrative était plus respectueuse des grands principes du droit, car en droit pénal il existe le principe selon lequel le doute doit profiter à l’accusé. Dans le contentieux pénal de la parole, tout est douteux. Une apologie, par exemple, doit être plus qu’une simple approbation : où l’une finit-elle ? où commence l’autre ? Ils veulent, ou certains ont voulu, que l’apologie soit plus qu’une simple approbation afin de sauver les apparences, pour dire que ce régime défend la liberté d’opinion et qu’il faut vraiment avoir exagéré pour être condamné. En réalité, c’est à la tête du client.

Si vous dites « je suis raciste », juste cela, cela n’empêche pas que vous ayez pu dire autre chose ailleurs qui permette de comprendre l’un au regard de l’autre comme délictuel et passible de prison. Aucune échappatoire n’est permise, quand il le faut.

Alors, oui, on peut dire « je suis raciste », juste cela, si vous voulez, car le régime a besoin de cette fiction pour prétendre garantir la liberté d’opinion. Certes, il y a aussi ceux qui, parfois à des positions gouvernementales, proclament que « le racisme n’est pas une opinion, c’est un délit », mais là nous avons véritablement affaire à des porcs.

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Pillages et Port d’armes

Des pillages de l’ampleur de ceux du 17 octobre 2026 ne sont guère imaginables dans un pays où porter une arme est un droit.

À la suite de ces pillages, le Président de la République a annoncé des mesures de suspension du droit de manifester, car la police ne peut être en nombre suffisant dans ces conditions et l’idée qu’un homme libre a le droit d’être armé et de défendre sa vie et ses biens est inconnue en France.

C’est pour vous désarmer que l’État dit que sa première mission est la sécurité, mais croyez-vous vraiment qu’un criminel craint l’État comme il craindrait un homme armé ?

(ii)

Quiconque est un peu familier de psychologie des foules sait que la plupart des pilleurs du 17 octobre méritent clémence pour des actes opportunistes, mais le même pouvoir qui empêche les gens de défendre leur vie et leurs biens châtie durement quelques voleurs opportunistes, pour faire peur.

Des rideaux de fer aux boutiques rendent le vol difficile. Quand il n’y a pas d’obstacles, c’est ne pas voler qui est difficile. Quand l’État supprime les obstacles (police absente, pas le droit pour les commerçants de se défendre), la justice doit être clémente aux voleurs opportunistes.

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Pendant les grands procès en URSS, peu avant la mort de Staline, un des chefs d’accusation était que les accusés cherchaient à faire passer l’antisionisme, qui devenait une politique officielle de l’URSS, pour de l’antisémitisme. C’était peut-être un chef d’accusation crédible.

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Le Conseil constitutionnel français fonctionne au mépris d’un principe fondamental à valeur constitutionnelle, le principe selon lequel nul ne peut être juge et partie. On peut en France être le père d’une loi et être plus tard juge de sa constitutionnalité.

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Le seul pays européen ayant une législation sur la franc-maçonnerie, l’Italie, est aussi le seul où il a existé des loges maçonniques d’extrême droite.

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L’ancien de Louis-le-Grand est contre les lycées privés : il veut que tout le monde à Saint-Denis étudie à Paul Éluard. C’est comme ça que la société sera égalitaire, pour l’ancien de Louis-le-Grand.

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(EN)

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The “well-regulated militias” of the Second Amendment of the U.S. Constitution are what voters who in majority voted for mass deportations should be part of when the policy they voted for is sabotaged. These are not the militias of the so-called militia statutes, which are mere departments of the standing army. A “well-regulated militia” is armed citizens taking a policy that is vital to “the security of a free state” (Second Amendment), such as curbing illegal foreign invasion, into their own hands when other constitutional institutions are remiss.

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On a private island known for human trafficking, you should find a burial ground. A large-scale human trafficker is always a murderer too, because among the trafficked individuals, some will try to escape, some will become a nuisance, some an unwanted burden.

Being on a private island with private pilots, either you dump the bodies, which will be clues flushed on random shores, or you carry them elsewhere, straining your pilots, or you simply bury them on the island, where no one will dig unless you are already finished. (In case sulfuric acid is used, bones are partially or heavily degraded, but fragments remain; teeth and implants are often intact; microscopic residues, such as fine mineral structures, recrystallized calcium phosphate, are present.)

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A war for women’s liberation is a mission for women soldiers. Good luck!

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Surely the stupidest people on Earth are those who had the technology to land on the moon and lost it.

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Fat people should be taxed for being fat, as they encroach on others’ space. In public transportation, it is almost impossible that a fat person will not touch others, while physical contact is undesirable.

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Nonneutral non-belligerency

“A non-belligerent state differs from a neutral one in that it may support certain belligerents in a war but is not directly involved in military operations.”

The Axis declared war on the United States because the U.S. was mobilizing its whole industry against it, supplying its enemies, and sanctioning it by freezing its assets, among other things†, as NATO does today with Russia.

Pearl Harbor cannot be said to have been “unprovoked.” Being nonneutral is a casus belli: Nonneutral non-belligerency is formally deprived of the Hague Convention status of neutrality.

Besides, the right to self-defense is obviously restricted to certain limits with respect to proportionality, in order not to be characterized völkerrechtlich as aggression plain and simple. Before an hypothetical international court, therefore, there would be two cases regarding the Pacific War: 1° a case against Japan as aggressor (and I believe Japan had a casus belli) and 2° a case against the United States as aggressor, as I believe the U.S. by making use of atomic bombs exceeded its right to self-defense under the circumstances, thus committing aggression.

† For instance, Germany had to smuggle its platinum from Colombia because the United States had pressured the country to sell her platinum to her only (monopsony), months before Pearl Harbor. A non-belligerent nonneutral state trying to break one’s war machine knows what to expect.

(ii)

Similarly, Spain was non-belligerent but not neutral. Spain remained non-belligerent because she was exhausted by the Civil War. She had fought Bolshevism on her own ground and had been plundered by Red internationalists (to this day the Incas’ gold lies in Moscow’s vaults).

Nevertheless, she provided vital tungsten to the Axis throughout the war. As a result, in 1945 the United Nations excluded Spain, and there was a total embargo from the USA, USSR, and Europe, from 1946 to 1951. (Peron’s Argentina disregarded it and sent wheat.) France closed the border for a few years. Spain was treated as an enemy.

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Hate speech laws are a crime.

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Lawfulness of incitement to violence

Incitement to violence is protected speech in the United States, with a minor exception made of “incitement to imminent violence likely to occur.” Saying, therefore, that incitement to violence is not free in the United States is further from the truth that saying it is free, that is, it is not true.

One can call for someone’s murder. It is protected “advocacy of unlawful acts” as long as the call is not likely to result in an imminent act, that is, if it is not “brigaded with action,” in the words of Justice Black (former Klansman), like a call to and from a mob on the street. Furthermore, only true threats are crimes, and case law is stringent as to what a true threat is. When a civil servant said, after President Reagan was shot, “If they go for him again, I hope they get him” is protected speech according to the Supreme Court (Rankin v. McPherson). Likewise, “If they ever make me carry a rifle, the first man I want to get in my sights is L.B.J.” is protected speech (Watts v. United States). A call to someone’s murder, a threat to kill someone can be protected speech.

If my neighbor threatens me, it may be a true threat. But when someone openly wishes the death of a public figure, like Reagan or L.B.J., it cannot be a true threat because no one believes you can shoot the President or even Charlie Kirk alone. In this case, it is “hyperbole.” In both Rankin and Watts, there was a “conditionality” in phrasing that made the speech not a true threat, but if my neighbors said: “Given the opportunity, I would kill you,” conditionality would be immaterial, because my neighbors have the opportunity to kill me any day of the week. Not so with a public figure, the real criterion here, as in libel law.

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“That man, that young man, I forgive him.” (Charlie Kirk’s widow, at a Republican convention in Sep. 2025, shortly after her husband’s assassination)

Before she spoke in front of thousands of people, no one told her that said “young man,” Tyler Robinson, is presumed innocent and that the proper way to express her feelings was therefore to forgive “the assassin whoever they are.” Robinson says he is innocent, he was not arrested in flagrante delicto and is presumed innocent until found guilty by a court of law. Apparently, the Republican Party wants people to believe otherwise, as no one told her.

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A lady making an American Sign Language (ASL) “I love you” sign that is also the occult sign of the horns in front of a largely Christian audience might be case of swift demonic possession, because this is the kind of confusion one should know must be avoided in front of a Christian audience. If she were sent as an envoy to a country where there are two ways of saying “thank you,” one of which can also mean “fvck you,” she would be well advised to prefer one way over the other, out of respect.

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Should rape be an exception to an abortion ban? Some countries have such an exception. One should ask if rape statistics are higher in these countries, because, given the possibility, some women who want an abortion may claim that they were raped.

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If Mexican laws allowed Mexicans to carry guns, illegal cartels would not be ruling the country.

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“Hate crime” laws were designed with the following aim: Some hecklers will be “troubling the peace” at most, while responding to them will be a heinous “hate crime”. This is an unconstitutional ploy, preventing the free expression of political ideas. Hate crime laws protect an unconstitutional heckler’s veto.

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Trials for hate speech and Constitutional Review

When a defendant’s claim in a hate speech case is that the law is not compatible with general principles, defense must be filed as asking the court to review the law’s constitutionality, otherwise the court will only examine whether the defendant’s words fall within the purview of the law. Defendants must ask for a review of the law’s constitutionality for the court to say they had the right to say what they said, namely because the law is unconstitutional. In proceedings on the merits of a case, the only possible defense, for “hate speech,” is: 1° “I did not say these words” or 2° “These words are no breach of the law”. Whether anti-migrant speech, for instance, is true or not, the anti-migrant speech law exists, if it was not judged unconstitutional “in limine.”

Preparing a defense with arguments for in-limine review of the law’s constitutionality but presenting these arguments during proceedings on the merits, where such claims as “I speak the truth” are irrelevant, is senseless. The court applies a law, the constitutionality of which the defendant failed to ask the court to review, which was the only available step in a “I speak the truth” defense. In proceedings on the merits of the case, a court does not care if speech is true or not. Absent constitutional review, which must be asked formally by the defendant, the court will not call experts to prove or disprove the truth of speech. If the speech sounds offensive, the law was designed to crack down on it. On the merits, a court will not care about truth, or statistics, or what X and Y claim; it must apply a legislation intent on cracking down on speech.

(ii)

“The judge openly admitted the facts themselves were not false.” – Not at all. The court said it is not bound by scientific or statistical evidence on the merits of a case because hate speech laws crack down on hate speech, not false speech. The court will not look at the truth of speech in proceedings on the merits. Such a judgment is perfectly legalistic. The defendant mistook his arguments for unconstitutionality of hate speech laws for arguments on the merits of his case. The law, not the judgment, is the problem. The defendant’s lawyers’ work, on the other hand…

(iii)

The judge did not make the statute. And when scores of militants year in year out are tried for hate speech but do not attempt to have the statutes eviscerated by a court when given the opportunity by their own trial, I am asking: What is this circus?

The judge did not make the statute but he could terminate it by declaring it unconstitutional, if only the militant in front of him would remember he is a militant who wants the statute terminated and file for constitutional review. Even if, by some circumstances unique to the case, the defendant wins, the law will still allow to try the same kind of speech. Each case is unique, as they say.

The problem is with the law, but the defendant does not challenge its constitutionality, although his trial gives him the opportunity; that is, regardless of the result of this trial, the law will remain. And militants will keep blaming courts for applying laws!

Calls for helping with legal fees would make more sense if the defendants challenged the laws’ constitutionality.

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Authorities should not interfere with families aggrieved by heinous murders. Any government contact of the sort is a devious pressure on families not to vent “bad” feelings and should not be tolerated.

Mer des naufrages : Poèmes lusitains d’Afonso Lopes Vieira

Mar dos naufragios! Ilha d’oiro! Ir
Ao acaso! O piloto é Deus! A’vante!
Sol da India ! Mar verde! Perseguir
Esse sonhado sonho, alto e distante…

Le poète Afonso Lopes Vieira (1878-1946) est une figure majeure du modernisme, c’est-à-dire de la poésie post-romantique portugaise. Au sein de ce mouvement, il se fit le chantre des valeurs culturelles nationales, ce dont il témoigna entre autres par ses contributions, à partir de 1911, à la redécouverte du dramaturge Gil Vicente (15e-16e s.), aujourd’hui considéré comme le premier grand auteur de théâtre portugais, et par son édition nationale des Lusiades en 1928, forte d’un appareil d’érudition sans précédent, pour laquelle il s’entoura de collaborateurs compétents.

Nous avons traduit dans le présent billet des poèmes de deux de ses recueils les plus anciens, de 1898 et 1901, où la versification est encore rigoureusement classique. Nous indiquons toutefois que sont aujourd’hui considérés comme plus représentatifs de sa poésie des œuvres ultérieures qui prennent des libertés avec la versification et tendent au vers libre, ce pourquoi il passe pour un précurseur des tendances contemporaines. La sensibilité et l’originalité du poète sont cependant pleinement manifestes dans les recueils de la première période, la contrainte formelle n’a pas empêché leur expression.

Portrait d’Afonso Lopes Vieira à la bibliothèque municipale de Leiria,
dans la salle qui reproduit la bibliothèque privée du poète.

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Naufragé : Poèmes lusitains
(Náufrago: Poemas lusitanos, 1898)

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Portugais d’aujourd’hui (Português de hoje)

Je vins au monde en terre portugaise,
je suis d’un peuple de la mer qui chante le fado :
et de là viennent mon mal, ma tristesse,
mes vieux vingt ans, tout mon fardeau !
Je suis d’un peuple qui rêve, chante et prie,
auquel on a jeté le mauvais œil…
Je suis ce qui meurt, suis le dernier, celui de la fin,
je suis le Portugais d’aujourd’hui, dans ce temps venu.

Je vins au jour en terre de malheur,
ô Portugais seuls en ce monde !
Vous évoquez, gens d’aujourd’hui,
certaine race dont nous descendons.
Vent de mer qui déchire tout…
Que sont devenues les ombres amicales des ancêtres ?
Bons chevaliers et navigateurs,
regardez nos douleurs, nos douleurs !

Les vieux disent : – Jeunes gens, vous faites
horreur ! Poètes, vous êtes des fossoyeurs ! –
Vieux de mon âge, où se trouve-t-il des jeunes gens ?
Printemps empêchés, ô janviers !
Avec nous les douleurs ne firent jamais la paix !
Nous sommes navigateurs et chevaliers
sans mer, sans foi, sans bras pour une épée,
nous sommes d’aujourd’hui, les derniers, les rien.

D’autres ont sillonné la mer tout entière,
d’autres ont su gagner le ciel.
Nos âmes à nous ont naufragé,
les Indes de nos rêves se sont perdues !
Pauvres de nous ! Où nous a-t-on laissés ?
Pauvre de moi ! Pauvre de moi ! Où suis-je ?
Tombes de la mer, ouvrez-vous ! Ô sombres
flots ! Vous serez nos sépultures !

Ô Portugal de la mer, du soleil, de l’amour,
montagnes, pinèdes, ô ciel bleu nonpareil !
Nous souffrons tous la même douleur
et nous mourrons aussi du même mal…
Ô Portugal du soleil, de la mer, de l’amour !
Bonne terre de Dieu ! Bon Portugal !
Voyez, Seigneur, en ce que nous avons donné ce jour,
expatriés sur la terre où nous sommes nés…

Mer des naufrages ! Île d’or1 ! Aller
au hasard ! Le pilote est Dieu ! En avant !
Soleil des Indes ! Mer verte ! Poursuivre
ce rêve rêvé, haut et lointain…
Et après tout cela, devoir ouvrir
les yeux, et mourir ! Chantons avant
de mourir, et que la mort soit notre gloire :
et les ondes garderont notre Mémoire.

1 Île d’or : Dans Les Lusiades de Camoëns, l’Île d’or, ou l’Île des Amours, est créée par Vénus pour récompenser les nautes lusitains au terme de leur périple. Elle est de nouveau évoquée dans le sonnet « Lusiades » ci-dessous.

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De ma fenêtre (Da minha janela)

Je regarde au loin depuis ma chambre, par la grande
fenêtre qui s’ouvre sur le paysage amer,
ce mélancolique horizon de verts
dans lequel, mon cœur, tu te perds tout entier…
D’où j’écris, à l’heure calme de l’angélus,
je vois un bout de Coimbra : et quelles saudades
éveille en moi ce fragment moribond
de vieilles maisons et d’oliviers, avec la Quinta dans le fond !
Toute chose que je vois, au clair soleil, ou bien le soir
quand ce même soleil brille encore derrière Santa Clara,
m’est devenue si familière, intimement,
que le moindre peuplier que j’aperçois est un ami.
Elle donne, cette fenêtre, sur la Cerca, la domine ;
et quand je m’accoude sur une autre, je me souviens d’elle :
car d’aucune autre fenêtre je ne vois l’antique perspective
dont je me suis épris, et qui m’est si bonne amie…
Soir de mai. Dehors, les rossignols chantent.
Quelle douce paix ! Et, distrait, j’évoque
qui vivait jadis dans cette même chambre… Ce serait
un chevalier de féale chevalerie,
qui s’en fut de par le monde, et puis devint
un saint et vint ici finir ses jours…
Bons moines ! Fontaines chantant dans les vergers
des domaines, soleil dans le ciel, repos, air pur,
donner l’aumône, prier…
                                          Qu’il doit être bon de vivre ainsi !

Quand je quittai ma maison pour venir ici,
cette voûte, la chambre, l’église abandonnée
et cet air de chagrin qui se lamente, résigné,
cette fenêtre, d’où je vis, baigné d’or,
en un ciel vert d’automne un soleil de mauvais augure ;
ce passage pour moi inconnu
(c’était l’automne…) si triste, si dénué de vie ;
l’Estrada da Beira entre les saules minces ;
les cloches d’or de Coimbra, cristallines ;
le fleuve en bas, où remontait, ailes ouvertes,
un bateau rappelant les Découvertes ;
échos perdus de chants de jeunes filles
qui me parvenaient comme des ombres de chansons ;
les couchers de soleil pleins de couleur ; un chien qui criait
à la tombée de la nuit… La fontaine pleurant
près d’un cèdre qui crevait l’air doux ;
cette courbe exceptionnelle que fait le fleuve
au fond, là-bas… Les tristes arbres de la Lapa ;
cette tristesse dans l’air, la couleur de ma cape ;
cet arbre qui donnait au paysage exsangue
la note étrange de ses bras couleur de sang ;
les Ursulines avec leur aspect blanc d’asile,
comme un couvent dans un roman de Camilo2…
Tout cela, mon Dieu ! me donnait l’impression
que quelqu’un mourait à l’intérieur de mon cœur !
Et le regret de ma maison… Ô mon amour lointain !
Si j’allais à la fenêtre pour regarder… c’était pire :
c’était comme si je respirais dans l’air
des larmes que j’aurais ensuite à pleurer.
Quels sombres présages : je me rappelle avec tendresse
des vers qu’à cette époque je fis pour ma sépulture…
Je recevais une lettre et me mettais à trembler :
un malheur ? Dieu du ciel ! Qu’allais-je lire ?…
C’était un mal qui me venait et je ne savais d’où !
Et à l’heure où, Jésus ! le soleil précieux se cache
et les cloches sonnent, les couleurs s’effacent
et les amoureux tissent lentement leur rêve…
à cette heure, pareille à celle-ci, ce que je sentais,
c’étaient des volontés de mourir !

                                                       Et cette agonie,
ce mal (c’était le mal de ceux qui sentent trop)
venait de l’air, venait de la couleur des oliviers.
Ce mal venait de ce qui maintenant est mon amour :
cette triste perspective que je voyais depuis la fenêtre.
Elle me faisait peur, avant que les yeux habitués
à voir le soleil ne devinassent ses soucis,
et me tortura quand je la vis la première fois
depuis ma table, assis là sur la chaise.
Et quand je regardais dehors pour la voir,
je la haïssais ! Car, pauvre de moi, elle me faisait mourir !

Mais peu à peu, je m’habituais à la voir ainsi ;
je vis sa douleur qui s’attachait tellement à moi,
je la compris, et je l’aimai, dès lors, aussitôt,
je l’estimai, telle quelle, souffrante et résignée.
Elle ne me fait plus pleurer si je la vois avec amour ;
elle me donne envie de lui dire : Est-ce que tu vas mieux ?
J’aime cette triste compagne, depuis ma chambre.
Et dans mes colères, dans mes ennuis, quand, fatigué
des rendez-vous au-dehors, je revenais, comme
j’avais besoin d’elle ! Comme je la regardais ! Comme je l’aimais…
Et puis il semble aussi que, de tant la regarder,
de tant la voir, tant la sentir, tant l’aimer,
nous nous comprenions, nous sentions, nous aimions !
Et un peuplier là-bas me dit un jour adieu, avec ses branches…

2 Camilo : Longtemps les Portugais n’appelèrent le romancier Camilo Castelo Branco (1825-1890) que par son prénom, tant sa renommée était grande et sans égale.

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Le fado (O fado)

Fados du Portugal, en soupirs et gémissements,
fados qui êtes notre âme ! Tristes fados
qui me parlez de tristesse et de saudade,
amers, exhalés, traînés…

          Chansons du fado ! Où
          s’en est-il vu de pareilles ?
          Que de malheur ne cache pas
          le fado de nos vies !

Ô fados rauques, ô cantilènes du malheur !
Larmoyantes guitares, où parle un cœur !
Fados de mon pays, traduisant cette race !
Vers égarés si pleins d’émotion…

          Portugais, Portugais
          de ce royaume infortuné !
          Vous pressentiez vos revers
          puisque vous avez inventé le fado !

Fados qui êtes la vivante image de ces vies,
que de passion ! Que d’émotion ! Que de saudade !
Musique tragique, jouée pour les partances,
où pleure et gémit notre fatalité !

          Lendemains ! Avenir !
          Que m’importe de vous connaître ?
          La Destinée m’entraîne infailliblement…
          Et que ce soit ce que Dieu veut.

Cela devait être ! Cela devait être, gens perdues !
Nous avons fait naufrage… Adieu, race qui te trouves à ta fin.
Personne n’échappe à sa destinée dans cette vie,
ni à ce qui doit être ! Il devait en être ainsi…

          Chacun, en naissant, a
          une étoile qui dit
          si sa vie sera fortunée
          ou s’il doit être malheureux.

Aveugles qui chantez le grand et horrible crime !
Et qui traînez dans les fermes et les villages
votre plainte où je ne sais quelle douleur s’exprime
dans la guitare qui soupire et la voix qui gémit…

          Humbles aveugles aux violons,
          arrêtez-vous à ma porte un moment :
          je dois remplir vos sacoches,
          vous donner du pain, vous donner du vin.

Ô navire des Indes qui transportes des pierres fines,
Voiles chrétiennes faisant le tour du monde !
La tempête t’a murmuré les augures
qui disaient qu’un jour tu coulerais au fond !

          Et la nef qui partit divine
          rencontra sa mauvaise destinée.
          Nul n’échappe à son destin,
          que ce soit homme ou bateau.

On dit que le fado fut en haute mer inventé
par des marins partis à l’aventure…
Oui, seuls, en vérité, peuvent l’avoir créé,
ceux qui vivent sur leur propre sépulture !

          Chantons, au moment de partir
          vers où le Destin nous conduit,
          le fado de notre vie,
          le fado de notre mort !

*

L’usine (A fábrica)

Je vois d’ici toute la vallée si verte,
depuis le couvent où je suis le dernier moine.
Mais même ici le bon air se perd
et je ne trouve pas la tranquillité.

Même ici, je n’ai point de repos !
Pauvre vie passée tout entière à souffrir !…
Une usine se trouve là, en bas,
et me torture, à grincer toujours !

Cela me révulse : c’est comme penser
que je m’arrache les ongles ou mords un mouchoir.
Je l’entends dès le matin au réveil,
et la nuit, Jésus ! quelle souffrance.

Et ce n’est pas seulement pour moi, mais aussi
pour tout ce que je vois alentour :
le paysage qu’épouvante ce fracas
et que la fumée asphyxie et tourmente !

L’allée des peupliers, ô estrada da Beira !
aimée des rossignols au printemps,
toute cette fumaille te salit
et les rossignols, à présent, ont fui !

Pauvres arbres tout crachés
de fumée noire, arbres, écoutez-moi !
Et personne ne trouve que massacrer les routes,
quand elles sont belles, soit un grand crime…

Vieux parc des Bentos, où jadis
les moines marchaient, près du Mondego,
tu as encore cèdres et fleurs, des eaux qui chantent,
mais tu as déjà perdu ta tranquillité !

Fleuve qui passes sur des sables d’or,
tu ne peux plus librement couler
car des machines étouffent ton murmure…
Fleuve, enfuis-toi vite vers la mer !

Et l’usine travaille et ne se repose pas,
vomit de la fumée et fais grincer ses engrenages !
Pauvre Isabelle ! quel horrible voisinage,
qui terrorise la nuit ta statue.

Je vois d’ici les tuiles
de son toit et ses cheminées.
Quelle horreur ! au pied de ce vieux paysage
et à nos pieds, comme le fleuve.

Je reste à la regarder depuis la fenêtre…
Je la hais, je voudrais la voir en ruines !
Le soir, parce que je n’entends qu’elle,
je n’entends plus les cloches des Ursulines.

Je deviens fou ! Me poursuit l’obsession
de l’usine qui grince, entendue sans cesse.
Et j’aspire à la mer, à la solitude,
ou bien à vivre au fond d’un puits !

Ô ma patrie, nef démantelée,
laisse les odieuses civilisations !
Redeviens le Portugal de cape et d’épée,
« de faits d’armes insignes et d’hommes vaillants »3…

Et je pense alors aux gens heureux
qui vivaient sans progrès, sans la vapeur,
quand existait une foi sûre, ardente,
et qu’il y avait des épées, et qu’il y avait de l’amour !

3 Citation du premier vers des Lusiades de Camoëns : « De assignaladas Armas e Barões ».

*

Notre-Dame de la mer, ou des flots (A Senhora do mar, o das ondas)

(Du couvent de Saint-Jean de Dieu, à Lisbonne)

Ndt. L’église du couvent de Saint-Jean de Dieu à Lisbonne, fondé par les Hospitaliers en 1629, comportait une image miraculeuse de la Vierge portant le nom qui constitue le titre du poème. Le couvent fut confisqué en 1834, au moment de la politique de suppression des ordres religieux, et affecté à d’autres usages. On ne sait pas ce qu’est devenue la statue.

Apparue sur les flots de la mer,
les vagues vertes t’ont conduite jusqu’à la plage ;
tu nous fus apportée dans une petite caisse
par les vagues, qui s’étaient faites sirènes.

Et dans une vieille église qui se trouvait
au bord de ces eaux qui te guidèrent,
ta statue sirène levait les yeux
et souriait très doucement.

Les navigateurs qui partaient
s’aventurer sur la vaste mer,
de loin vous suivaient des yeux
et vous recommandaient leur âme.

Et ils faisaient des vœux : – Si les flots
tumultueux ne deviennent notre sépulture,
nous reviendrons, bonne Dame,
offrir un cierge de notre taille. –

Et de retour, harassés par la lutte
avec les vents déchaînés sur les mers perfides,
ils réalisaient leur promesse, et dans ton église
priaient à genoux et déchaussés.

Après des odyssées désespérées,
beaucoup venaient te rendre grâces
de ce que les nuées poussées par les vents
n’eussent point fait de morts ni de malheurs !

Ton manteau délivrait des périls
de la mer, dans les nuits mauvaises, angoissantes…
Et délivrait des vents ennemis
et de l’échouage nocturne contre les rochers.

Tu conservais, Mère, ces vies !
Et les nefs affamées sans provisions
que les ondes brutales emportaient,
parvenaient au port de leur salut.

Quand les pauvres navires naufrageant
se brisaient en mille éclats,
les naufragés recouraient à toi
et toi, de loin, tu réalisais des miracles !

Je m’attache, où que j’aille, à toi,
dans cette haute mer pleine d’afflictions !
Jamais avec plus de foi personne n’a prié,
je tends les bras, je crie mes oraisons !

Mais où es-tu ? Mais où es-tu maintenant ?
Mes yeux te cherchent, je ne te trouve pas…
Personne ne te prie plus, bonne Mère !
Ton église fut jetée bas !

Alors, après que tu fus tirée de là,
tu as entendu la mer, peut-être…
Et les vagues t’ont rappelée, t’ont appelée
pour qu’avec elles tu retournes.

Et de nouveau, sur la mer apparue,
Ô Dame des flots, tu fus exilée !
Les flots de la mer t’amenèrent,
les flots de la mer te reprirent…

*

« Des mers qu’on sillonnait pour la première fois… » (« Por mares nunca de antes navegados… »)

Ndt. Le titre est entre guillemets car il s’agit de l’un des premiers vers des Lusiades du Camoëns. Nous en donnons l’alexandrin de la traduction d’Hyacinthe Garin en 1889. On retrouve le vers dans le sonnet « Lusiades » ci-dessous.

Sur la haute mer naviguent les caravelles perdues…
En avant ! Ouvrez au vent les voiles ! Découvrir !
Les flots, affamés, ouvrent leurs gueules
(En avant ! En avant !) pour toutes les engloutir.

– Larguez au vent furieux les grandes voiles !
– Que la Sainte Vierge nous protège ! (Et le vent de rire…)
Démantelées sur cent mers par cent tempêtes,
les vieilles nefs se rappellent leur rêve en partant…

– Jamais plus je ne te reverrai ! fait une voix, qui pleure.
Portugal, Portugal, adieu ! adieu ! adieu !
(Et les vents criaient, tout tremble à leur voix.)

Vasco de Gama, debout, haut et serein, contemplant,
domine la furie de la tempête et dit aux siens :
– C’est la mer, la mer qui tremble devant nous !

*

Paladin (Magriço)

Ndt. « Le Maigre », Magriço, était le surnom du chevalier Álvaro Gonçalves Coutinho, au quinzième siècle. Il est nommé dans la légende des « Douze d’Angleterre » (Os Doze de Inglaterra), selon laquelle douze chevaliers portugais partirent défendre de nobles dames anglaises qui restaient sans champions dans leur pays. Ce surnom est devenu un nom commun servant à désigner un paladin.

Chevalier idéal d’entreprises amoureuses,
fleur d’Aventure éclose au soleil du Portugal.
Héros ingénu défenseur des dames anglaises,
ô toujours pur, chevalier toujours loyal !

Vêtu d’acier, la plume au vent, armes brillant
au soleil, en ce combat (jusqu’alors inégal4…),
je t’évoque ! Seigneur protecteur des faiblesses,
chevalier de Dieu et de l’amour, spirituel.

Ah ! que ne suis-je l’un de ces Douze vainqueurs !
Pour en rase campagne ou dans l’arène (belle mort…),
brandir à la lumière mon épée, dans une flamme !

Âme loyale, vie loyale, loyales amours.
Et, un jour, comme toi, devant une cour,
entrer en lice et combattre – pour ma Dame !

4 jusqu’alors inégal : Dans la légende des Douze d’Angleterre, les onze chevaliers partis par voie de mer arrivent ensemble, et le combat qui s’engage face aux douze chevaliers anglais est inégal jusqu’à ce que Magriço, parti par voie de terre, les rejoigne in extremis.

*

Lusiades (Lusiadas)

Dire ce qu’il sentait,
ce qu’il aimait, je ne l’ose,
de même les pleurs qu’il versait,
mais les paroles que j’écris
sont celles qu’il a dites.

Cristóvão Falcão

Lusiades ! Je refermai le livre ; des huitains
vibraient en moi, très lointains.
Sur des mers que nul n’avait sillonnées,
mon cœur, à présent tu naviguais.

Tu déployais au vent des voiles chrétiennes,
au large ! au large ! vieilles nefs errantes !
Que Dieu protège en mer les navigateurs !
Terreur du vent qui hurle ! Et les vagues vertigineuses !

Rêve remplissant la terre et la mer…
Et je vois l’Île d’or. Et sifflant
dans le haut gréement, le vent pleure.

Cœur ! cœur ! c’est l’accalmie.
Et sur mon poème je reste à songer
au malheur d’être né de nos jours…

*

Les niches (Os nichos)

Ndt. Ces niches sont appelées alminhas, « petites âmes », comme le rappelle le premier vers du sonnet, car elles invitent à prier pour les âmes du Purgatoire, en particulier les âmes des enfants morts en bas âge.

Humbles niches dévotes (appelées alminhas)
qu’on trouve le long des routes de ce pays,
vous rappelez les nids au-dessus des balcons,
les confortables lares des hirondelles.

Ô ma dévotion, mes tendresses,
à leur pied vous êtes ressuscitées !
Et je les aime plus que les cathédrales
qui montent vers le ciel en lignes compliquées.

Elles sentent l’œillet, ont le parfum des roses ;
et dans une coupe d’huile une lumière brille
au pied de la Vierge dans l’attitude du pardon.

Elles brillent la nuit dans les campagnes,
quand les gens rentrent chez eux… Que Dieu nous garde !
Niches dévotes ! Portugal chrétien…

*

Race de naufragés (Raça de náufragos)

Agrippés aux planches du Navire,
les ondes nous engloutissent ! Nous allons ainsi,
rameaux pourris de l’Arbre d’or,
morts de faim et de soif… et le vent est froid !

Les vagues s’avancent, l’une après l’autre, à la file,
et nous entraînent au loin… Et nous crions !
Courage, allez, nous nous sauverons tous !
Impossible ! Ma vigueur, je l’ai perdue…

Des corps sans âme, laquelle fut oubliée
loin de nous ; dans le vaste monde
nous l’avons éparpillée peu à peu.

Que ferons-nous, Seigneur ? Où aller ?
Que devons-nous faire, tous, à présent,
dès lors que nous n’avons plus la Mer à découvrir ?

.

Le Poète Saudade
(O Poeta Saudade, 1901)

.

Les luths (As violas)

Ndt. L’« Expédition d’Afrique » (Jornada de África) dont il est question dans le présent sonnet est le nom consacré de la campagne militaire portugaise au Maroc en 1578, au cours de laquelle le roi Sébastien Ier trouva la mort. Cette mort en terre étrangère donna naissance au messianisme sébastianiste, selon lequel le roi reviendrait sauver le Portugal de ses malheurs. Lopes Vieira était sensible à cette légende, dit-on, mais il ne paraît pas qu’elle soit évoquée dans le sonnet. Elle l’est en revanche dans « La légende de Don Sébastien » du poète espagnol Francisco Villaespesa, que nous avons traduite ici [Tambourins sévillans]).

« Mourir, mais lentement », criait le Roi.
La nuit de la défaite à la fin descendait
comme un rideau lacéré couvrant
le butin de la mort hideuse et féroce.

Dans sa soif, chaque cadavre se rafraîchissait
les lèvres à la blessure qui fleurissait sur lui…
Et le croissant de lune naissant
était maure, et de sang se peignait.

Mais les garçons, dans la grande ardeur heureuse
de cette Expédition d’Afrique, avaient apporté
les luths gémissants de leur pays…

Et caressés et pincés par le vent
qui souffle du pays où ils naquirent,
les luths jonchent le sol, brisés !

*

Frère Antoine des Plaies (Frei António das Chagas)

Ndt. Né António da Fonseca Soares, le frère Antoine des Plaies était un fidalgo et poète portugais qui se fit moine franciscain. Il vécut au monastère du Varatojo, dans l’Estrémadure portugaise.

Dans le mélancolique moûtier érigé
en contrée montagneuse, sur la roche dure,
au bord d’une claire source murmurante
d’où sortent les méandres de fraîche rivière,

après avoir vécu et être mort
en de longs chemins d’amertume,
un homme a trouvé sa sépulture ici,
près de Dieu, caché des hommes.

Dans ces monts incultes, escarpés,
parmi de chers souvenirs pleurés,
parmi les arbres doux et beaux,

il vécut sa mort, bénie !
Aussi les yeux tristes s’éprennent-ils
de ce mélancolique monastère.

*

La vieille chanteuse de fado (A velha do fado)

Je vis un jour dans la rue, parmi de stupides gens,
un aveugle qui grattait sa dolente guitare :
nostalgiques, les notes montaient dans l’air,
cristallisant en soupirs au-dessus de la foule barbare.

Avec le musicien, ouvrant une gorge douloureuse
dans un effort de voix, grotesque ! une petite vieille
désaccordait un chant mélodieux,
qui nous venait chimérique à travers cette voix.

C’était une ballade d’amour torturé, sensuel…
La guitare accroissait ses gémissements… Mes nerfs défaillaient !
Chaque note stridente s’accompagnait des paroles brutales
du groupe qui jouait en écoutant les musiciens.

Et la ballade d’amour sensuel, torturé…
Et la guitare gémissant, grattant, montant…
Oh ! la vieille gorge ! où venait coagulé
en larmes le sanglot, retombant en larmes…

En un éclair, moi, dans le cœur,
en cette vieille qui criait là ce fado
(tandis que se dissipait l’écho de la chanson…)
d’un pays j’eus la vision : je vis ma patrie.

*

Romance (Romance)

La sœur a fui, elle a fui
vers des terres lointaines ;
par amour elle s’enfuit
sur les routes longues.

Les dames d’eaux et de vents
dans leur couvent de la sierra,
elle abandonne les nonnes et les novices,
n’emporte point d’elles regret.

Les arbres verts du jardin
et les pleurantes fontaines,
elle abandonne arbres et fontaines,
les abandonne sans tristesse.

Sa petite cellule blanche
avec ses vases de roses,
elle abandonne fleurs et cellule,
les abandonne sans douleur.

Mais à l’heure de partir
(de partir par amour)
elle regarde la Sainte Vierge…
et soupire de s’en aller !

La nostalgie qu’elle sent,
la nostalgie entrant en elle :
c’est de quitter la Vierge
que souffre seul son cœur.

Et retirant son habit
(qu’elle ne portera plus jamais…)
elle en revêt la Sainte Vierge,
à la Sainte Vierge le donne.

La sœur est revenue, elle est revenue
des terres lointaines…
Le départ fut joyeux,
mais triste le retour !

Le cavalier qu’elle avait suivi
bientôt la laissa seule ;
sur les routes longues,
la malheureuse pleurait.

Elle eut soif, elle eut faim,
les larmes baignaient son visage ;
Elle eut tant de nostalgie
de ce qu’elle avait abandonné :

les dames d’eaux et de vents
dans leur couvent de la sierra,
elle se rappela les nonnes et les novices…
Et d’elles eut regret !

Les arbres verts du jardin
et les pleurantes fontaines…
Elle se rappela les fontaines, les arbres,
avec tristesse se les rappela !

Sa petite cellule blanche
avec ses vases de roses…
Elle se rappela les vases et la cellule,
se rappela tout avec douleur !

Elle arrive à la porte du couvent,
que va-t-elle faire ?
On n’entre point là déshonorée.
Déshonorée, l’on pleure.

Mais elle entendit chanter le chœur
(où naguère elle chantait…),
elle fit un pas vers la porte,
fit un autre pas et entra.

La porterie est déserte
(car c’est l’heure de la prière).
Elle court jusqu’à sa cellule
et se met à pleurer, pleurer !

Là se trouve la Sainte Vierge
revêtue de son habit…
Ah ! quelle tristesse !
Elle n’aurait jamais dû partir !

La Sainte Vierge sourit,
et la Sainte Vierge lui dit :
– L’habit que tu m’as donné,
tu peux le porter encore :

pendant que tu n’étais plus là
je me fis passer pour toi,
vêtue de ton habit…
Et personne ne m’a reconnue.

*

Le cœur d’Adamastor (O coração do Adamastor)

Après qu’Adamastor, triste géant
qui sur la mer épouvanta les caravelles,
eut conté son histoire au navigateur
avec tant de larmes et de plaintes,
il resta muet, cependant que,
ayant dit leur cause ancienne,
en lui vivaient encore, souvenirs,
les mélancoliques lamentations amoureuses.

Dans ce Cap fabuleux changé
qui fut ensuite appelé cap des Tempêtes,
pour qu’il pâtît plus encore de son amour perdu,
seul son cœur en lui ne changea pas :
pour Thétis, la belle nymphe, rendu fou
par l’amour qu’il avait de longtemps absorbé,
érigé sur la mer, Adamastor
conserve cet amour dans son cœur.

Mais Thétis, laquelle avant le dupait déjà,
quand elle se faisait rocher dans ses bras,
afin de lui rendre la vie plus amère
par le souvenir des maux qu’elle lui causa,
pour lui rappeler les désirs qu’il étouffa,
et ceux toujours plus grands qu’elle allumait,
autour du vieux Cap allait et venait,
toute nue, en lui souriant !

De ses bras fendant distinctement
le courant sans fin des flots marins,
tantôt elle disparaissait lentement,
tantôt elle revenait, chantant et riant ;
et dans ses rires et démonstrations de joie,
la nymphe, qui était la reine de la mer,
sans scrupules de causer si grande peine,
lui montrait son corps, hors des flots !

Le cœur du monstre, palpitant
sous la roche qui l’ensevelissait tout entier,
souffrait le dur et pitoyable malheur
qu’était l’amour qu’elle rappelait ainsi !
En tourmentes gaspillant vainement sa colère,
il agitait la mer par des bourrasques ;
et de ses rauques soupirs de nostalgie,
c’est à cause de son amour qu’il créait les tempêtes !

C’étaient des gémissements, des cris de vengeance
qui bouleversaient les flots, et le vent furieux,
par la haine amoureuse qui ne connaît de repos
dans le cœur du Cap tempêtueux !
Et pour chaque souvenir candide remontant
de son histoire d’amour, lui, l’amoureux transi,
déchaînait ainsi la tempête,
tandis que son cœur se fendait.

Les pauvres nefs des Lusitains qui passaient
pleines d’une foi sereine sur la mer,
prises dans les bourrasques naufrageaient,
et les ondes les engloutissaient sans pitié !
Alors, Adamastor, entendant les cris
que poussaient les nautes en mourant,
content, s’apaisait, en pensant
que l’un d’eux pouvait être aimé.

Mais quand l’aurore aux doigts de rose
répandait ses lumières, voyant tant de débris,
Adamastor se repentait alors
de tant de mort et destruction causée aux nôtres ;
son vieux cœur se comprimait
sous le poids des rochers qui formaient un squelette,
et soupirant, se lamentant après Thétis,
il soufflait de nouveau les folles tourmentes.

Immense et solitaire, au Cap abrupt et sévère
dans le destin qu’autrefois les dieux prononcèrent,
les hommes, par terreur et peut-être aussi bravade,
changèrent son antique nom :
à celui qui vivait dans un désespoir aussi profond
ils donnèrent le nom de Bonne-Espérance !
Pauvre de ce géant enamouré
qui tant aima et ne fut jamais aimé !

Aussi, quand les nuages apparaissent,
chargés de vents dévastateurs,
sachez que ce sont des douleurs qui ne le quittent pas
et des saudades tristes qui chantent encore :
ce sont elles qui obscurcissent le ciel
et soulèvent les vagues vertes et noires ;
c’est le vieil amour, éternellement nouveau
dans le cœur du grand Cap triste.

Amants pleurant la cruauté
de celles à qui vous donnâtes votre amour,
aimez les colères de la tempête
et la fureur des vents et des brisants :
là vous entendrez la grande saudade,
à la vôtre égale, du pauvre Adamastor…
Et vous serez contents, et deviendrez confiants,
d’ajouter votre souffrance à celle des géants !