Journal onirique 23

Tvinga mig inte att förneka vad jag sett som sanning i drömmen, som dröm i verkligheten. Tvinga mig inte att stryka varghundarna medhårs eller stoppa till vulkaner med tidningar.

Ne m’obligez pas à nier la vérité que j’ai vue en rêve ni le rêve que j’ai vu dans la réalité. Ne m’obligez pas à caresser les loups dans le sens du poil, à boucher les volcans avec des journaux.

Artur Lundkvist (avec ma traduction)

Période : novembre 2021.

Sans titre par Cécile Cayla Boucharel

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Pendant les vacances, un Américain me raconte une aventure qu’il vécut lors d’une sortie en mer, à bord d’un bateau de plaisance avec sa femme et un couple d’amis. Entrés la nuit dans les eaux d’un archipel des Caraïbes, ils virent que la mer était couverte de pétrole, comme après le naufrage d’un tanker, et que des feux s’allumaient par endroits. Il dut donc naviguer en évitant les feux mais, comme ceux-ci s’étendaient parfois dangereusement, il fallait aussi réduire les flammes au jet d’eau. Le bateau navigua dans cet enfer ardent tant bien que mal une partie de la nuit, évitant la catastrophe.

Au petit matin, ils étaient au large de nouveau mais un autre danger les guettait car la mer était agitée et sa femme voulut le remplacer aux commandes. Or la manière de piloter de sa femme est, selon ses propres termes, à la fois « awkward and reasoning ». (C’est ainsi, pour être tout à fait exact, qu’il qualifiait la capacité des femmes à piloter en général, mais je ne veux point passer pour sexiste, en raison des conséquences pénales que cela peut avoir en France, croyez-le ou non). Parce qu’elle est maladroite (« awkward ») aux commandes, elle cherche toujours à donner une explication de la moindre de ses manœuvres, à justifier l’injustifiable, et son attention est en fait davantage occupée à trouver des arguments qu’à piloter (elle est « raisonneuse »).

Le bateau piloté par la femme manqua de verser quand une grosse vague le souleva. Il ne se renversa pas mais l’épouse de l’Américain fut projetée dans l’eau. Ce dernier dut alors la sauver, avant de conduire, enfin, tout le monde à bon port.

Ayant échappé à ces deux dangers, les flammes et le pilotage de la femme, ils furent accueillis par une foule en délire et des journalistes. L’Américain me montre un reportage filmé pour l’occasion. Le journaliste présente les plaisanciers de l’enfer comme de « véritables héros américains », de dignes descendants des pionniers. Le moindre fait divers, en somme, sert aux médias nationaux à rappeler l’exceptionnalisme américain, le destin hors du commun de la nation américaine.

Sur le chemin de retour vers ma chambre, je m’égare dans le dancing de l’hôtel, où je me sens immédiatement mal à l’aise et me mets à chercher fébrilement la sortie, sous le regard mi-narquois mi-hostile des clients car je ne feins pas de vouloir rester avec eux. Or je ne trouve pas la sortie. Près de quelques tables, je vois bien un couloir conduisant au dehors mais c’est en réalité plus un boyau étroit au travers duquel il me faudrait ramper ; outre le fait que ramper dans des boyaux étroits est une de mes hantises, un de mes cauchemars, j’aurais en outre à m’engager dans ce trou devant les clients alcoolisés et je ne doute pas qu’ils ne commentent durement, dans mon dos mais aussi dans mes oreilles, cette excentricité, pour me la faire payer.

Je finis par trouver la véritable sortie et poursuis la recherche de ma chambre. Elle me conduit sur une terrasse couverte d’arches en briques rouges où se prépare un spectacle. Trois hommes et une femme noirs, que j’identifie comme des membres, à présent bien vieillis, du groupe Boney M., attendent complètement nus que commence la musique sur laquelle ils doivent danser dans le plus simple appareil. À quoi peuvent être réduits des artistes de renommée internationale ! De pareils spectacles pour les clients goguenards d’un hôtel même pas spécialement luxueux.

En regardant la ville depuis la terrasse, je vois que c’est jour de fête et décide de sortir. Dans un bar à absinthe, je rencontre Verlaine et Rimbaud et convaincs ce dernier de quitter Verlaine pour éviter que celui-ci ne lui fasse une réputation de pédéraste [voyez mon Réexamen des relations entre Verlaine et Rimbaud, ici, dont s’inspire cet épisode onirique] et de venir faire avec moi le picaro. Nous sortons sans Verlaine.

Voyant une engageante terrasse de bar où sont suspendus des fanions représentant le drapeau palestinien, je suggère aussitôt à Rimbaud de nous poser là. Comme il accepte, je me réjouis d’associer une telle figure littéraire à la cause palestinienne.

En nous approchant, nous découvrons que ce n’est pas la terrasse d’un bar mais d’une simple épicerie, dans laquelle nous devrions tout de même pouvoir trouver de la bière.

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Je cherche à faire ressentir à des Français les hallucinantes implications historiques universelles du fait que Venise et la Vénétie qui l’entoure aient fait partie de l’Empire austro-hongrois, mais cela ne suscite aucun intérêt chez eux. Il faut avoir une âme artiste pour saisir profondément ces implications, et j’attire tout de même l’attention d’une chanteuse lyrique, qui m’invite à l’une de ses représentations.

L’opéra se joue dans un palais vénitien où le public se mêle aux artistes comme s’ils étaient les invités d’une réception. Pendant que chante l’artiste lyrique, près de qui je me trouve avec d’autres personnes du public, on frappe à la porte derrière elle. Tout en continuant de chanter, elle ouvre : ce sont trois jeunes femmes arrivant en retard. La chanteuse, se tournant vers moi, cesse de chanter et improvise à mon attention une déclamation, un récitatif dans lequel elle me reproche doucement de ne pas avoir eu la grâce d’aller ouvrir moi-même. Telle avait bien été pourtant mon impulsion première mais je restai hésitant, et c’est cette hésitation qu’elle me reproche, tout en me sachant gré de mon impulsion. Puis elle reprend son chant. Les trois retardataires, vexées par les paroles de la prima donna dans le récitatif, décident de ressortir, la dernière claquant la porte derrière elles pour bien montrer qu’elles ne sont pas des nuisances à moitié.

Après la représentation, je suis seul avec la chanteuse dans mes bras et je continue d’entretenir son âme artiste de Venise et de l’Empire austro-hongrois. Elle me dit alors qu’elle m’aime et, bien qu’elle me connaisse depuis fort peu de temps, je lui sais gré de passer outre certaines formes, car je n’ai plus l’âge de prendre le temps. Je lui dis que je l’aime aussi. J’essaie de lui dévoiler avec des mots qu’avec elle je sors de mon moi, je ne suis plus moi, je ne suis plus un moi, mais je crains tout à coup de trahir une personnalité dénuée de sens pratique, donc un mauvais époux, même pour une âme artiste.

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Une de nos anciennes colonies en Afrique noire connaît un boom économique extraordinaire laissant augurer que l’Afrique est sur le point de devenir une puissance de premier plan, car ce pays investit d’abord sur le continent africain, notamment dans des usines de désalinisation d’eau.

Une délégation de ce pays se rend en France pour réclamer deux dunes jadis transportées par l’industrie touristique française en vue d’agrémenter notre littoral. Ces dunes avaient une valeur sacrée pour les populations locales, qui souhaitent donc les racheter.

Peu convaincu par le boom, je résume la situation comme suit : « Ils vendent de l’eau et achètent du sable », ce qui fait sourire O. ♂. Nous passons en voiture près d’un groupe de femmes de cette délégation, qui se promènent dans …, petite ville de villégiature sur la côte des roses, où doivent se trouver les dunes. J’essaie de voir le plus de visages possible car ce sont de très belles femmes, très foncées, avec des traits fins, mais c’est rendu difficile par le fait qu’elles portent pour la plupart un voile de tête, d’influence islamique ou touareg. L’une d’elles, sans voile et plus jeune, presque une enfant, porte sur la tête un véritable monument capillaire hautement compliqué.

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Un grand classique de mes rêves depuis l’adolescence : l’examen final de mathématiques. La récurrence de ce thème renvoie à l’époque du baccalauréat, où dans la réalité je sabotai délibérément le temps que j’avais prévu de consacrer à réviser pour cette épreuve en faisant tout autre chose, ce qui me valut (pardon de raconter ma vie) la note de 5/20 en mathématiques au bac, alors que l’épreuve était fortement coefficientée puisque c’était un bac A1 français-maths. Je passai le bac avec la mention « Bien ». Un simple 10/20 en maths m’eût valu la mention « Très bien » et je me demande combien de lycéens obtiennent cette dernière mention avec un 10/20 dans l’une de leurs épreuves les plus coefficientées.

Dans ces rêves, je souhaite habituellement réviser mais les circonstances m’en empêchent ou bien je suis empêché d’être présent à l’épreuve et c’est éliminatoire : ce genre de choses. Encore cette nuit, je souhaite fermement réviser les maths dans les meilleures conditions, pour exceller à l’épreuve. Il faut pour cela que je mette le manuel de mathématiques bien en évidence sur mon bureau afin que, le moment venu, je m’y plonge sans barguigner. Or je ne le retrouve pas. Je cherche longtemps dans d’innombrables tiroirs pleins à craquer. Finalement, je remets la main dessus. Par la fenêtre j’entends la chanson de fillettes qui jouent, formant une ronde, dans un jardin, chanson dont les paroles parlent de « mauvais soleil ».

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Il y a dans les Confessions de Jean-Jacques Rousseau un passage obscur et mystérieux, jusqu’à ce jour passé sous silence par les commentateurs, et qui semble être l’aveu qu’il est le père biologique de certain personnage important. Cela se serait passé quand il était l’invité du cocu dans son château. Dans ce passage, un simple paragraphe, Rousseau rompt avec le style de sa narration et parle sous forme d’énigme, écrivant notamment : « Elle était le bulteau, j’étais le berlan. » Plus qu’un aveu, c’est même, de la manière dont je le comprends, une forfanterie de la part du philosophe, qui se vante de son infâme trahison, manière pour lui de condamner la morale traditionnelle. Il se donne à connaître, ainsi, comme un libertin du dix-huitième siècle.

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À cause d’innombrables piétons marchant sur les pistes cyclables, je suis empêché de faire une agréable promenade à vélo. Cela commence dans les couloirs du métro, où des pistes cyclables sont aménagées mais non respectées par les piétons. Je me rends d’une banlieue à une autre. Encore une chose qui m’irrite dans le métro : en plus des messages de service pour l’information des usagers, les maires des communes concernées font leur propre publicité par le biais de messages enregistrés dans lesquels ils vantent leur gestion, un emploi de l’argent public de nature à fausser la concurrence électorale, selon moi.

Dehors, la même foule de piétons m’empêche de circuler librement. Un autre cycliste se trouve à présent à mes côtés. Alors que je suis à tout moment obligé de poser le pied à terre à cause des piétons, ce n’est pas le cas pour lui car il s’appuie sur moi. Quand, au bout d’un moment, je lui demande d’arrêter, il fait mine de m’ignorer. Je deviens alors violent, le pousse et jette son vélo en basse du fossé longeant la piste.

L’homme, un blond avec un gros nez, cherche alors à se venger, un couteau dans chaque main. La difficulté, pour moi, c’est qu’il tient un couteau lame en haut et l’autre lame en bas ; je dois, pour l’empêcher de frapper, lui saisir les poignets, l’un de façon à prévenir un coup ascendant, l’autre de façon à prévenir un coup descendant, et cela ne me semble sur le moment pas du tout intuitif.

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Dans un futur proche, les frontières ne peuvent plus être traversées qu’en transitant par des camps de concentration sous commandement militaire, le temps d’un contrôle approfondi de chaque individu. Alors qu’un groupe de chanteuses en tournée internationale se trouve dans un de ces camps, un officier parle de l’une d’elles avec un collègue. Il dit avoir pris les mesures nécessaires pour qu’elle ne sorte plus du camp : « Comme ça, personne ne saura jamais. » On comprend que l’autre officier a eu dans le passé une liaison avec cette chanteuse et que la révélation de cette affaire ruinerait sa carrière ; en retenant la chanteuse indéfiniment prisonnière, ce risque peut être évité. La chanteuse est donc informée que le contrôle doit prendre un peu plus de temps dans son cas, tandis que ses compagnes peuvent quitter le camp et passer la frontière dès à présent. Nous les voyons se dire au revoir, désolées mais espérant se retrouver bientôt. La chanteuse retenue est vaguement inquiète mais elle n’a rien à se reprocher, pense-t-elle. Elle ignore que son ancien amant est officier dans le camp. Nous savons quant à nous qu’elle ne doit plus jamais revoir le monde extérieur.

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L’Inde s’est dotée d’un programme spatial. Selon ce spécialiste, elle pourrait obtenir tous les services qu’elle attend de son programme à bien moindre coût en passant des contrats avec des entreprises privées étrangères, principalement américaines, et le spécialiste d’énumérer les différentes offres existant sur le marché, toutes infimes, en termes de prix, par rapport à ce que coûte à l’Inde son programme spatial. Ce qu’il faut comprendre, c’est que les applications civiles du programme ne sont aucunement la priorité, qu’il s’agit en réalité de dépenses militaires, de souveraineté. Les économies nationales n’ont rien à faire de la théorie des avantages comparatifs.

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En touristes dans un pays du Golfe, M. ♀ et moi convenons de nous retrouver dans le lobby de l’hôtel pour nous rendre à l’aéroport, direction la France, après que chacun aura récupéré ses bagages dans sa chambre. Dans la mienne, il me revient à l’esprit que le frigidaire, au format minibar, et le four à micro-ondes qui s’y trouvent étant ma propriété, je dois repartir avec, ce qui m’ennuie beaucoup car c’est encombrant. D’un autre côté, les laisser ici serait jeter l’argent par les fenêtres. Je me convaincs donc de les emporter, un dans chaque main, tenus par une courroie, même si c’est lourd. Ce point réglé, je dois encore faire mon sac à dos mais je m’aperçois qu’il me faut ranger, en plus de vêtements, tout un tas d’objets et de paperasse accumulés. Craignant que M. ne soit déjà en train de m’attendre, je jette tout pêle-mêle dans le sac.

Enfin, quand j’ai terminé, je me rends à l’accueil pour le check-out. Là, l’employée de l’hôtel me dit que je dois d’abord passer par le bureau du ministre de l’intérieur car j’aurais insulté d’autres touristes au cours de mon séjour et c’est au ministre de décider s’il m’autorise à sortir du pays. On me fait attendre devant la porte de son bureau, sur un banc, dans un couloir à l’écart. Les heures passent. Ne me voyant donner aucun signe de vie, M. s’est sans doute décidée à repartir sans moi. La nuit tombe et je continue d’attendre. Je me dis que le ministre a dû m’oublier et qu’on finira donc par me laisser repartir. (Je suis un optimiste.)

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Avec T. ♂ en excursion en Angleterre pour visiter des châteaux le long d’un certain fleuve, comme les châteaux de la Loire en France.

Les châteaux sont de pierre jaune crème et leurs portails couverts d’une même structure, une sorte de marquise, en bronze vert-de-grisé représentant des guivres ou dragons, deux le plus souvent. Dans la cour intérieure de l’un de ces châteaux, T. frappe à une petite porte au-dessus de laquelle se trouve, gravé dans la pierre, le mot Cocoletero.

Une femme d’âge mûr nous laisse entrer. Au salon, nous nous asseyons dans des fauteuils et notre hôtesse apporte un gâteau au chocolat dont elle se met à découper des tranches, m’en servant trois empilées l’une sur l’autre dans une assiette. Elle me tend aussi un livre et dit vouloir nous expliquer le sens du mot « cocoletero » en anglais. Je pensais que ce mot pouvait avoir un rapport avec la préparation du gâteau au chocolat mais pas du tout. Dans son premier sens, un cocoletero est un panorama. Dans son second sens, bien moins connu, il s’agit de la situation d’une femme ayant perdu je ne sais quoi d’important pour sa vie sociale.

Le livre comporte des images de la forêt anglaise et je ne sais pourquoi cela me fait penser à la forêt dans la culture allemande. Tout en feuilletant les pages, je mange du gâteau, qui ne me paraît pas si bon qu’il en avait l’air, étant peu moelleux et plutôt sec. Je continue de feuilleter le livre, et la conversation, dont cette activité m’abstrait car il faut que par politesse je m’intéresse au contenu du livre, donc m’absorbe plus ou moins dedans, languit jusqu’à s’interrompre entièrement entre notre hôtesse et T. Si bien que la situation devient embarrassante à trois points de vue : je dois à la fois faire semblant de m’intéresser au livre, d’apprécier le gâteau – et pour cela finir les trois tranches servies – et faire honneur à la conversation sans trouver quoi dire et sans être aidé par T. ni par notre hôtesse.

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Chez un couple de connaissances, un petit appartement où, dans peu d’espace, ils sont parvenus à ranger un grand nombre de livres de manière élégante, ils discutent dans le canapé du salon et je suis assis par terre sans participer à la conversation. Je suis gêné par un bruit de voix venant de dehors par la fenêtre ouverte et finis par me lever pour fermer la fenêtre. L’appartement est au premier étage tout au plus – l’impression est en fait qu’il se situe entre le rez-de-chaussée et le premier étage – et je vois dehors deux chauffeurs de taxi, à côté de leurs voitures garées là. La fenêtre fermée, je dis à mes amis cultivés qu’il ne faut pas se laisser contaminer par les gens vulgaires. L’homme répond que l’on ne peut être contaminé du moment qu’on ne les fréquente pas mais je réplique qu’il suffit pour cela de les entendre bavarder par une fenêtre ouverte.

Ensuite, nous regardons un film érotique. En fait, je suis laissé seul à le regarder, elle et lui vaquant à d’autres occupations, et je trouve cela peu convenable car je n’ai pas été consulté sur le choix du film. L’homme revient mais, au lieu de s’assoir, il s’appuie des coudes sur le dos du fauteuil où je suis, faisant ainsi mine de regarder le film par-dessus ma tête. Afin de lui faire comprendre que cela me gêne, je dis simplement, tourné vers lui : « Carrément ? », mais cela ne suscite aucune réaction de sa part, il reste accoudé là, juste au-dessus de ma tête. Alors je sors brusquement du fauteuil, me jetant à quatre pattes sur la moquette, et sous le poids de l’homme, qui n’est ainsi plus contrebalancé par rien, le fauteuil se renverse et l’homme tombe dessus.

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Nous sommes assis en cercle sur des chaises, faisant salon. Les invités africains de mes parents, un couple, nous rejoignent après avoir donné son bain à leur bébé. De tous ici présents, je suis le dernier à voir le bébé. Sa mère le pose sur une serviette, sur une table basse, puis rapproche la table des chaises pour s’assoir avec nous. Comme le bébé s’est mis à geindre dès qu’il fut hors des bras de sa mère, mon père, à ma gauche, le prend sur ses genoux. C’est alors que je découvre son visage, un visage horriblement déformé : l’enfant n’a pas de nez car la bouche, en bec de lièvre, occupe le milieu de la face. Cette vision me glace, j’offre un sourire crispé sans oser prodiguer une ou deux caresses comme je l’aurais peut-être fait avec un bébé normal, craignant en même temps d’attrister les parents par ma réserve. Son regard sur moi me bouleverse.

Mon père dit alors que le bébé, qui sort du bain, a de l’eau dans l’oreille. À la place de l’oreille se trouve une sorte d’orifice buccal, avec seulement la mâchoire inférieure, possédant quelques dents. Lorsque mon père penche un peu le bébé de côté, il jaillit de cet orifice une grande quantité d’eau ; l’orifice bée un peu plus et je vois à l’intérieur le reste de la bouche, des dents ici et là, disposées sans ordre.

On dit deux, trois choses gentilles au bébé, qu’il devait avoir été bien gêné par toute cette eau dans son oreille. Il répond : « Mais ouan-ouan. » Ouan-ouan est mon surnom quand j’étais petit, surnom traduisant une habitude de pleurer fort pour un rien (« ouin ! ouin ! » modifié pour produire une assonance avec mon prénom). Je comprends alors que ce bébé monstrueux a conscience de sa difformité mais qu’il espère qu’elle lui passera, de même que l’habitude que j’ai décrite m’est passée en grandissant.

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Dans un garage de pavillon, où se trouve un panneau de basket, nous jouons à ce jeu avec L., un garçon d’une dizaine d’années, et deux autres garçons, adolescents. L. accomplit des prodiges, envoyant le ballon dans le panier depuis l’entrée du garage et réussissant même, malgré sa petite taille, des slam dunks en courant littéralement sur le mur pour monter plus haut. Quant à moi, malgré ses dénégations polies, je suis un joueur médiocre et je préfère finalement les regarder jouer. Lorsqu’ils font une pause, nous discutons de films vus récemment, surtout des films d’action, et les films semblent projetés à mesure que nous les évoquons. Revivant en quelque sorte mon adolescence de cette manière, je me dis que quelque chose y manquait, qu’elle était moins rutilante que ce que j’avais cru.

Mes yeux tombent alors sur une énorme araignée, de la taille d’une main, sur le mur. Certaines parties du garage sont en effet couvertes de toiles d’araignée mais je n’imaginais que leurs habitantes pussent être aussi grandes. Or je m’engage par inadvertance dans un passage entièrement occupé par une toile géante, dont la résistance est à la mesure de la taille ; avancer au travers me demande d’importants efforts. Pire, comme j’entraîne la toile avec moi, je suis certain que l’araignée qui l’occupe doit me tomber dessus, et c’est bien ce qui se produit : je vois l’énorme araignée sur mon ventre.

Sorti du passage, je rejoins les autres. L’araignée, qui n’est plus sur moi, a dû tomber pendant ma course. Tout va bien. Je me débarrasse des fils qui me couvrent, en disant : « Sur des fils aussi résistants, on pourrait étendre le linge. »

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Assis sur un muret, je vois dans l’ombre des pins un grand échassier noir, de ma taille, qui me regarde avec de gros yeux ronds et dorés. Il s’approche et s’appuie contre moi pour dormir. Je crois que sa tête est posée sur la mienne. Je ne peux donc plus bouger car je ne souhaite pas troubler son sommeil, comme quand, enfant, le chat venait dormir sur mon lit et que je n’osais plus faire un mouvement, flatté de sa présence (cet échassier onirique est d’ailleurs l’un de nos chats car nous avions chez mes parents une chatte noire aux grands yeux dorés, Junon, après Muguette et avant Léo pour Léopoldine, qui nous a donné trois chatons, Grisou pour Grisette, Clarence et Tihi).

Je dis alors à E. ♂ : « Regarde un peu ça. Si j’avais essayé de l’approcher, il ne me l’aurait pas permis, mais me voyant immobile il vient dormir contre moi ! » E. répond : « Oui, nous n’avons pas des relations faciles avec les animaux. » C’est une pensée de Schopenhauer, une pensée profonde, dont ce rêve est l’illustration.

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Je lis dans le journal un article sur une femme de lettres française qui fut une figure de la collaboration avec l’Allemagne nazie. Elle disait détester les « privat-deux cents » et : « Je n’ai le droit de me tromper que pour un fascisme morbide et faux. » Quand on lui demandait quel était son personnage historique préféré, elle répondait : « Hitopet » (prononcé Hitopett).

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Parce que je me trouve dans une auberge où éclate une rixe, je suis embarqué comme les autres par la police. Indigné par le traitement que je reçois au poste, je me plains, ce qui me vaut des traitements encore pires.

Le temps passe. Un jour, je suis une nouvelle fois embarqué, de même qu’un autre homme, en raison d’une altercation entre nous deux. Tandis que nous suivons l’agent de police dans des escaliers, je me promets de garder cette fois mon calme, de ne pas récriminer, afin de ne pas empirer la situation. L’escalier débouche sur une cave sombre où l’agent nous dit de nous assoir sur un banc pourri. Je suis appelé par une policière, une femme policier, à son bureau, dans cette même cave, pour un interrogatoire. Elle commence par dire qu’elle me connaît déjà. Je lui réponds que je me suis certes déjà trouvé là mais pour des faits dont j’étais innocent. Elle m’apprend alors – horreur ! – qu’il existe sur moi depuis ce jour un dossier de personnalité criminologique et que, sur la foi de celui-ci, je suis le principal suspect dans plusieurs affaires de meurtre, le croisement des circonstances et de mon dossier ayant persuadé les enquêteurs que le coupable ne peut être que moi.

Philo 11 : Révolution et révolution

Non-assistance, port d’armes et frais contingents d’avocat

« Détresse dans le métro : réagiriez-vous ? Ils testent la réaction des passagers dans le métro. »

Il s’agit d’une caméra cachée dans laquelle un homme importune lourdement une femme dans une rame de métro, les deux étant des acteurs, afin de filmer la réaction des passagers. C’est finalement une femme qui réagit en demandant à l’homme de cesser ses importunités. La vidéo se termine sur le traitement par les journaux télévisés de l’absence de réaction à des agressions de ce genre.

Les journaux télévisés sont incapables de commenter le sujet de manière pertinente.

Il n’y a pas de délit de non-assistance à personne en danger quand le témoin peut raisonnablement penser qu’il se mettrait en danger lui-même. L’exemple classique est la personne qui voit quelqu’un se noyer et ne sait pas nager : on n’attend pas d’elle qu’elle saute à l’eau car elle ne ferait que se noyer elle aussi, sans sauver personne. (En revanche, on considérera qu’elle doit alerter d’autres personnes et ne doit pas simplement passer son chemin.)

En cas d’agression, les gens qui ne reçoivent pas de formation particulière en arts martiaux ou d’autres formes de combat au corps à corps ne sont pas en mesure d’évaluer leurs chances de dissuader un agresseur, potentiellement armé, et je ne vois pas qui pourrait leur jeter la pierre s’ils ne réagissent pas, même pour dire « Arrêtez », car ce simple mot peut susciter une réaction violente de la part de l’agresseur, à savoir des coups, y compris avec une arme, des coups potentiellement mortels, c’est-à-dire qu’ils dirigeraient l’agression contre eux plutôt que contre la première victime, et personne n’a le droit de demander qu’un autre se porte victime à sa place.

En ce qui concerne l’agression filmée dans la vidéo, les passagers peuvent penser, et très certainement espérer, que l’agresseur finira par arrêter d’« embêter la dame » car on ne voit pas trop qu’il se mette à la violer devant tout le monde, et, si c’était le cas, il se mettrait en état d’être plus facilement immobilisé par un ou des témoins.

Qu’une femme, plutôt qu’un homme, réagisse à ce stade n’est pas étonnant, contrairement à ce qu’on pourrait penser, car il est plus probable que l’agresseur réagisse violemment (par la violence physique) à l’intervention d’un homme qu’à celle d’une femme : c’est une question de psychologie, relative à la compétition des mâles. Autrement dit, l’homme qui intervient doit s’attendre à un affrontement physique. Or un agresseur est potentiellement armé tandis qu’un témoin à coup sûr ne l’est pas, le port d’armes étant interdit en France. L’agression montre justement quel genre d’homme est l’agresseur, à savoir le genre à porter une arme au mépris de la loi. C’est ce que dit, au fond, le contrôleur des douanes en civil, témoin passif parmi les autres, interrogé dans la vidéo : il ne portait pas son arme et ne savait pas « si l’homme était armé », c’est-à-dire qu’il pensait bien que l’homme pouvait être armé.

Dans le passé –on peut le lire dans certains livres et le voir dans certains films–, quand quelqu’un criait « Au voleur ! », toute la rue courait après le voleur. Les mœurs ont bien changé, se dit peut-être le lecteur, mais c’est que la loi était différente : ne pas courir avec les autres, quelqu’un criant « Au voleur ! », était un délit. C’était l’époque où l’État n’entretenait pas une police de centaines de milliers de têtes. À présent, nous payons des impôts pour ces centaines de milliers de fonctionnaires, mais il faut encore courir après les voleurs ? On me voit venir. Augmenter les effectifs de la police ne sert à rien. La France est un État policier, le Royaume-Uni n’en est pas un, cela se voit dans les chiffres des effectifs de fonctionnaires et pas dans les chiffres de la délinquance, car il n’y a pas plus de délinquance, pas plus d’insécurité dans l’un (le Royaume-Uni) que dans l’autre (la France). La police ne défend pas les gens (les caméras non plus), elle ramasse les débris et nettoie le sang (ce qui ne demande pas tant de fonctionnaires) ; ce sont donc les gens qui doivent se défendre eux-mêmes et pour cela ils doivent être armés.

ii

On aura compris que je trouve ces caméras cachées de mauvais goût, de même que les journaux télévisés qui, à la fin de la vidéo, font un sujet non pas des agressions elles-mêmes (une « violente prise à partie » à Roubaix et des agressions verbales prolongées à Lille) mais de l’apathie des témoins. Je réponds ceci. Que jettent la pierre aux apathiques ceux qui savent se battre car, comme je l’ai dit, un homme ne peut intervenir que s’il est prêt à se battre, donc s’il sait se battre. Et il faut même qu’il soit très sûr de lui car les chances ne sont pas de son côté : il est désarmé tandis que l’agresseur est possiblement armé (sans parler d’artillerie lourde mais ne serait-ce que d’un poing américain, ce genre d’attirail de délinquant).

Est-ce qu’un homme est supposé savoir se battre ? Du temps où le service militaire existait, ça peut se discuter (et encore). Aujourd’hui, non, un homme n’est pas censé savoir se battre. Je ne compte pas les bagarres avec ses frères ou dans les cours de récréation ; même si cela peut constituer une petite expérience, passé un certain âge ça s’arrête (normalement). Par ailleurs, même en comptant ces petites bagarres, un enfant unique a bien des chances de ne s’être jamais battu de sa vie et les enfants uniques sont de nos jours plus la règle que l’exception. Enfin, un agresseur a statistiquement le profil de quelqu’un qui sait plus ou moins se battre ou en a davantage l’expérience que l’usager lambda des transports en commun. Donc, quand une femme, comme celle interrogée dans la vidéo, se plaint : « C’est une femme qui est allée raisonner l’agresseur, pas un des hommes présents n’a bougé », je me demande où elle se croit. Au temps des chevaliers ? Les chevaliers avaient des armes. Les femmes ont le droit de vivre leur vie, de sortir la nuit en petite tenue sans être molestées par des mâles agressifs ; ce qui est sûr aussi, c’est que c’est moins risqué avec un garde du corps. Il n’y a pas de délit de non-assistance à personne en danger quand les témoins ne savent pas se battre. Alors le témoin passe son chemin, ne va même pas chercher la police car il s’entendrait dire : « Pourquoi n’êtes-vous pas intervenu ? » et il ne pourrait pas répondre : « Et vous, pourquoi est-ce qu’on vous paye ? » car ce serait peut-être un outrage à M. ou Mme l’agent.

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Aux États-Unis, des gens qui, comme à Lille et Roubaix dans les exemples cités, se feraient agresser verbalement dans les transports en commun poursuivraient la société de transport en justice. Les journaux télévisés français feraient donc bien plutôt de se demander si les victimes en question ont l’espoir d’obtenir une réparation par voie judiciaire, ou plutôt pourquoi elles n’ont aucun espoir. C’est un peu plus préoccupant, à vrai dire, que le fait qu’aucun passager ne réagisse. Si la société de transport courrait un risque sérieux de verser des dommages-intérêts, elle consentirait des efforts pour que cela n’arrive pas. Aux États-Unis, ces sociétés étant des « common carriers », elles ont des obligations légales, telles qu’assurer la sûreté des passagers, c’est-à-dire qu’elles sont responsables civilement des dommages, physiques et psychologiques, subis par ceux-ci lors des transports.

Si, comme à Lille ou Roubaix, des avocats apprenaient les agressions verbales subies, ils se présenteraient spontanément aux victimes en leur proposant leurs services selon un contrat de « contingent fees », ou honoraires contingents : le client ne débourse rien tant qu’une décision de justice n’est pas prononcée et rien non plus si la décision ne lui donne pas raison, il ne paie l’avocat que si celui-ci lui a fait gagner des dommages-intérêts en justice, un pourcentage de ces réparations décidé à l’avance entre les deux. Or, en France, ce genre de contrat est INTERDIT ! Les victimes sont donc laissées à elles-mêmes, la plupart ignorant le droit (je ne sais pas, bien que cela me semblerait aller de soi, si les victimes d’agressions peuvent se retourner contre une société de transport, mais ces sociétés étant toutes plus ou moins publiques cela suppose, en France, l’intervention du juge administratif, un juge partial par construction et définition). En France, il existe certes l’aide juridictionnelle, c’est-à-dire une prise en charge d’une partie des frais d’avocats pour les personnes à faibles revenus mais c’est de la plaisanterie : aucun avocat, dans ces conditions, ne vient proposer ses services aux victimes, qui parfois ne savent même pas qu’elles sont victimes au sens juridique, alors qu’elles souffrent.

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Révolution et révolution

« Que faire contre une révolution qui a tellement raison ? Rien. L’aimer. C’est ce que font les nations. La France se donne, le monde l’accepte. Tout le phénomène actuel est dans ces quelques mots. On résiste à l’invasion des armées ; on ne résiste pas à l’invasion des idées. » (Victor Hugo)

Le prototype du chauvin boursouflé. « La France se donne, le monde l’accepte… » Ce que le monde (non anglo-saxon) doit à la France, c’est l’État policier. La vraie révolution démocratique a eu lieu aux États-Unis, Tocqueville a tout dit à ce sujet et rien des événements ultérieurs ne l’a démenti à ce jour.

« La démocratie américaine a surtout été inspirée par Montesquieu » me répond-on. Certes, mais Montesquieu est lui-même inspiré par Locke et Locke est par ailleurs aussi une source directe de la démocratie américaine, avec d’autres. L’esprit de Montesquieu est davantage présent dans la république américaine que dans la république française (même si les bustes de Montesquieu sont chez nous et pas chez eux).

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Les États-Unis indépendants n’ont pas soutenu les guerres révolutionnaires de la France. La question a été débattue et tranchée conformément à la réalité de la révolution française : celle d’un mouvement sans vision, d’une caricature à mépriser.

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Il y a statistiquement bien plus de chances qu’un Américain soit désigné membre de jury qu’un Français. Chez nous, il n’y a de jurys qu’au pénal, donc pour juger dans des affaires criminelles (devant une cour d’assises). Aux États-Unis, les jurys jugent aussi des affaires civiles, avec des modalités différentes selon les États : au Texas, les affaires de divorce passent devant un jury, dans le Delaware les affaires de droit commercial ne passent pas, par exception, devant un jury (et c’est sans doute pourquoi la plupart des grandes sociétés américaines sont « incorporées » au Delaware), etc. On peut penser que la démocratie consiste à poser un bulletin dans une urne régulièrement (avec le sourire, s’il vous plaît) mais on peut aussi lire Tocqueville (De la démocratie en Amérique) et pleurer que ce grand auteur français soit si peu lu dans son pays.

On pourrait ajouter que la plupart des juges aux États-Unis sont élus mais c’est sans doute encore un détail insignifiant, sinon comment les Français accepteraient-ils de ne pas élire leurs juges ?

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Comment le droit dit de la presse ne serait-il pas une censure objective dès lors que personne ne peut être certain que sa propre interprétation subjective prévaudra sur d’autres interprétations subjectives ? Or le principe est que nul n’est censé ignorer la loi et pas que chacun doive lire dans les pensées d’un fonctionnaire ou d’un juge ! Les gens s’autocensurent mais la raison en étant un mécanisme institutionnel cela fonctionne de la même manière qu’un bureau de censure gouvernemental, même si c’est plus hypocrite.

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La culpabilité de n’importe quelle parole est facilement démontrable : cf. le schéma de Schopenhauer dans Le monde comme volonté et comme représentation.

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Les juges ne vivent pas pour la loi mais de la loi. Les fonctionnaires ne vivent pas pour l’État mais de l’État. Et tous des bousilleurs.

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Les appelés du service militaire étaient soumis aux obligations de réserve du soldat : pas de réunion ni d’activité politique ou syndicale, autorisation du ministre (pas moins) pour évoquer publiquement une question politique, mettre en cause une puissance étrangère ou une organisation internationale…, et ils étaient passibles du tribunal militaire, appliquant le code de justice militaire. – C’était la principale fonction du service : apprendre aux futurs fonctionnaires (on parle de la France) à vivre privés de droits.

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Kierkegaard : Le paroxysme de la passion subjective est le souci de la béatitude éternelle.

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L’homme du télos absolu selon Kierkegaard, cet homme qui ne se fait pas moine, car c’est là une « extériorité », mais est incognito dans le monde, ressemble fort au stoïcien critiqué par Schopenhauer : il prend les choses du monde en disant « bah » – mais il les prend ! Il ne se prive de rien.

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La routine est le maximum d’une chose, pourtant il n’y a rien à raconter. S’il n’y a rien à dire du plus, rien non plus à dire du moins.

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Aragon, le chantre de la fidélité conjugale ? Quelqu’un qui insiste autant pour dire qu’il a fait une croix sur son passé – depuis Elle – parle plus de son passé que d’Elle. Il y a des nostalgies plus discrètes.

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Les Français n’osent pas trop se vanter que la France soit le berceau du surréalisme, pourtant ils sont prompts à se vanter.

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L’étendard meuglant est levé.

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Joseph Pujol, le Pétomane, est notre Mozart.

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Goethe, un petit-maître dans le goût français. Peu apprécié en Allemagne, selon Mme de Staël.

Son Faust est tiré de Marlowe.

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L’exemple de vos aînés vous en dit assez sur le néant de sublimité de tout amour, pourtant vous ne le voyez pas ; vous ne pouvez croire qu’ils ont vécu, ces grotesques, ce que vous vivez, mais vous serez grotesques comme eux car ce que vous vivez n’est autre que le chemin vers ce qu’ils vivent et que vous voyez lucidement.

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Pour Gérard de Nerval (Labrunie), Schiller est d’un « idéalisme parfois absurde ». C’est un pendu qui parle.

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Celui qui parvient à la dominance par la voie de l’intrigue est un gorille de papier.

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Il n’y a pas de bons poètes avec de faux noms.

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Ils sont tous pour Proust contre Sainte-Beuve mais la seule question qu’ils se posent : « Était-ce un homme à femmes ? »

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Ils font tout pour qu’on croie qu’ils sont seuls au monde, les poètes pères de famille.

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Daniel Boulanger fut scénariste sur certains films, dialoguiste sur d’autres. Qui était le carcassier ? Aucun de ces produits hybrides n’est une œuvre.

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Les règles de l’art n’ont pas été imposées par des rois ou des bureaucrates, des règlements de police.

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Quand vous lisez les mots « sans filtre », c’est le filtre qui parle.

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En quoi le racisme est-il pire que le patriotisme ?

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Quelle idée de nommer ambassadeurs des poètes, de leur faire représenter leur pays par des mondanités !

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Il faut être crétin pour penser qu’il y a de la poésie dans le sexe.

Jamais la musique n’excite sexuellement – la musique qui est le modèle de tous les arts, l’art primordial.

Mais, Reverdy : la poésie peut être mise partout. Partout sauf dans le sexe.

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La république de Platon n’est pas une utopie : c’est dans cette réalité-ci que les poètes n’ont pas droit de cité.

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Des médailles sur des écailles.

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Le concept de maladie mentale « fonctionnelle », sans lésion organique, peut servir à créer autant de fous que l’on veut.

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Le plus impressionnant, dans le chiffre de 99 % de fiabilité d’une technique de police scientifique, est le taux d’erreur judiciaire qu’implique l’utilisation de cette technique : une condamnation sur cent est une erreur.

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« On ne naît pas femme, on le devient » ne veut dire au fond qu’une chose, se défend Simone, c’est que le statut des femmes n’est pas forcément le même d’une société à une autre. Une platitude. Sous le paradoxe, une platitude. Cela résume l’existentialisme.

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Les défenseurs anti-intellectuels de la publicité

« Il est empiriquement vérifiable que le degré d’hostilité croît avec le niveau d’instruction (…) les intellectuels peuvent exprimer des jugements très violents contre la réclame, probablement parce que nos maîtres à penser ressentent toute publicité comme une concurrence déloyale. » (Gérard Lagneau, Sociologie de la publicité, 1983)

Cette pique d’un anti-intellectualisme primaire est en outre dérisoire : un intellectuel n’entre pas en concurrence avec un marchand de lessive.

Elle est dérisoire mais elle n’est guère étonnante, et que des gens supposés appartenir au milieu intellectuel, comme des universitaires, fassent leur le point de vue commercial n’est guère non plus étonnant car nous connaissons la différence entre Universitätsphilosophie et philosophie, la première étant la caricature dégénérée de la seconde.

Or la réponse à cette pique se trouve chez l’auteur lui-même, qui l’y a mise sans la voir (il ne faut pas trop en demander aux anti-intellectuels) : « La cible publicitaire idéale, dans ces conditions, sera celle qui obéit à une loi ‘normale’ sous le rapport qui intéresse le publicitaire. La représentation graphique d’une courbe dite ‘en cloche’ réalise le meilleur compromis possible entre les diversités individuelles et l’homogénéité collective. »

L’intellectuel n’est jamais « la cible idéale » car il se trouve à une extrémité de la courbe. La publicité est précisément le message que son instruction le conduit à regarder avec hauteur, comme un manque d’instruction et de culture.

La tolérance à la publicité est le signe certain d’un tel défaut. Il est absolument vrai que plus l’individu est cultivé plus il hait la pub : ceci ne peut souffrir aucune exception car l’homme cultivé n’est jamais la cible du message publicitaire qui s’impose à lui partout. Cet homme pourrait être indifférent à des messages sporadiques mais ce n’est pas possible vis-à-vis d’une exposition constante. Parmi les gens instruits, ceux qui supportent le mieux la publicité sont les plus mal dégrossis, les plus proches de la cible. L’enfant ne montre aucun rejet de la publicité.

Même quand elle fait fond sur des choses que l’on ne peut qualifier de médiocres a priori, comme la vie de famille, la publicité les rend médiocres par son traitement. Même quand elle fait fond sur la pulsion sexuelle et cherche en quelque sorte à séduire sexuellement, elle échoue en dépit de l’universalité de la pulsion, en raison des attentes différenciées en termes de séduction : certaines séductions charment les uns et repoussent les autres. Les séductions grossières repoussent les esprits raffinés, et les conceptions de séduction véhiculées par la publicité sont pour ces derniers tout simplement répugnantes. Autrement dit, l’homme de culture est condamné à vivre dans un monde qui lui répugne. Ce ne serait pas autant le cas sans la publicité car les relations entre hommes civilisés sont, même avec les classes les moins instruites, marquées par une certaine réserve ou retenue, qui fait complètement défaut à la publicité par principe.

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Monument de la Victoire (อนุสาวรีย์ชัยสมรภูมิ) à Bangkok, Thaïlande, érigé en 1941 pour célébrer la VICTOIRE CONTRE LA FRANCE (guerre franco-thaïlandaise de 1940-1941) (Source : dreamstime)