Journal onirique

La fondation de l’être est liée aux signes des dieux. Et en même temps la parole poétique n’est que l’interprétation de la « voix du peuple » (Stimme des Volkes). C’est de ce nom que Hölderlin appelle les légendes, les « dicts », dans lesquels un peuple fait mémoire de son appartenance à l’étant en son ensemble. Souvent cette voix se tait et s’exténue en soi-même. (Heidegger, Hölderlin et l’essence de la poésie / Hölderlin und das Wesen der Dichtung)

Il faut donc quelqu’un de plus haut, de plus proche du Sacré, et pourtant toujours encore différent de lui, un dieu, pour lancer dans l’âme du poète l’éclair qui enflamme. Ainsi le dieu prend sur lui Cela qui est « au-dessus » de lui, le Sacré, et, l’assemblant, il le porte à l’acuité et à la force de l’unique éclair grâce auquel il est « orienté » vers les hommes ; c’est ainsi qu’il en fait le don. (Heidegger, Comme au jour de fête / Wie wenn am Feiertage…)

Aussi incroyable que cela puisse paraître, il n’y a pas de conviction qui soit enracinée en moi avec une plus grande certitude que celle-ci : Le contact psychique avec les habitants des autres planètes est un phénomène normal de la conscience humaine. (Helgi Pjeturss)

[Je commence par un rêve couché sur papier en anglais, bien que, de mémoire, je n’aie jamais rêvé qu’en français. L’anglais était la langue que j’utilisais alors à titre principal pour mes notes. Contrairement aux rêves suivants, celui-ci est présenté sous une forme moins narrative que didactique.]

Seeing sex acts sparks spite. When you look for intimacy in order to have sex with your girlfriend, when you look for a secluded place (not your own) where she and you will be alone and undisturbed, in fact you run the risk of making unwanted encounters.

You go to a lonely, isolated place with your girlfriend but three bad guys find you there by chance, aggress you, beat you, humiliate you, rape the girl with impunity as there is no witness and no one to give a help. (Remember: You needed an isolated place.)

Probably, in the remote past gangs of men would form and take the opportunity of pairs having to isolate themselves to gang rape women. Cf. H.G. Wells about Japanese rapist gangs (in The Outlook for Homo Sapiens). Männerbünde. Hence a slasher film may not always put one in a self-protection mode, as supposed by evolutionary psychology (Kenrick & Griskevicius), but rather could put one in the mate-attraction mode specific to ancestral Männerbund members…

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Je fais de l’auto-stop dans le village de Fibblwuggn, où je suis égaré (je cherche à retourner à la gare ferroviaire à l’extérieur du village), profitant de ce qu’un jeune routard est là et fait lui-même du stop, quelque peu désabusé par son insuccès. Les voitures nous ignorent délibérément, de même que les habitants du village.

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Un très vieil homme, qui dans sa jeunesse l’a connu, me parle de Kant. Il avait une maladie des nerfs qui lui faisait voir par moments en noir et blanc (il voyait la vie en gris). Il a par ailleurs inventé le moulin à poivre de table. Et : « Il était pauvre comme Job. Quel homme ! » À ces paroles, j’ai honte de moi.

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Après avoir subi des épreuves initiatiques de nature thériomachique (en particulier la morsure à la tête par un homme-chien), je suis devenu membre d’une société secrète sataniste et cannibale, comme mes parents, mes frères et ma sœur [qui n’apparaissent pas sous les traits des membres de ma famille réelle]. Seule une autre sœur n’en fait pas partie et ignore l’existence de cette société secrète. Je finis par dire à la première, celle qui appartient à la secte, que je ne peux plus vivre ainsi. Cela se passe sur le pont d’un bateau dans l’archipel de Stockholm, par une belle journée de l’été scandinave ; ma sœur est d’ailleurs une grande et belle Suédoise blonde. Elle commence par ne pas vouloir m’écouter, puis nous nous étreignons en pleurant ; elle comprend. Ce sont des larmes d’adieu très émouvantes.

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Papi va mourir [mon grand-père était déjà décédé depuis plusieurs années quand je fis ce rêve]. Je le vois d’abord assis sur le banc de pierre dans le jardin de sa maison, avec mon père (son fils). Il me regarde. Puis nous mangeons dans la salle à manger, avec d’autres, mais Papi est maintenant un homoncule, une sorte de bébé, et comme je l’ai mal ajusté sur sa chaise il se renverse et tombe par terre. Sous cette forme il demande une grande attention et de grands soins, comme sous sa forme suivante, un chat maigre.

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Des enfants font les « vagabonds du rail » (cf. La route de Jack London sur son expérience de hobo) jour après jour pour se rendre à l’école et en revenir.

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Une discussion chez un écrivain au Caire. Entre les méandres du Nil se sont établies des communautés humaines (d’origine commune) n’ayant plus que très peu de relations entre elles du fait de leur séparation par le fleuve. C’est ainsi que la langue originale de ces communautés s’est perdue, remplacée par de multiples dialectes propres à chacune.

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Une créature du prince des ténèbres tue un homme en lui arrachant la tête. La tête est arrachée avec une sorte de croc ou de ventouse plantée dans le crâne de l’homme à terre. La tête arrachée entraîne avec elle l’ensemble des viscères (comme pour un krasseu thaï [voyez ici]), traînés au sol, sur un tapis de couleur claire, où ils laissent une empreinte sanglante.

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Parfum Le Chômeur de la boutique Lady Laine (choix de pulls en laine). Belle boîte et beau flacon noirs et or de ce parfum.

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Je m’engage dans un cañon de glace, que surplombent de part et d’autre des montagnes irisées par le soleil. Le corridor du cañon est en pente déclinante et, le sol étant lui-même glacé, je me laisse glisser, debout, en tâchant de garder mon équilibre. Plus je descends, plus les parois du cañon s’élèvent et l’intérieur du cañon s’assombrit. Au moment où F. me rejoint sur un skate-board, nous parvenons à l’entrée d’un tunnel, marquée par d’étranges mousses de couleur rouille.

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Un conducteur de train, tenant à me montrer une certaine particularité du réseau ferroviaire connue de lui, me conduit comme unique passager le long d’une voie traversant une forêt au bord d’un précipice. Au fond du précipice se trouve une zone résidentielle. La voie est si près du vide qu’elle ne peut plus être empruntée, m’explique le conducteur. À un moment, le train est même obligé de rouler en dehors des rails pour ne pas tomber dans le vide.

J’ai rendez-vous avec J. à une station de métro de Dubaï, ou d’une autre ville du Golfe, pour lui raconter la chose. En sortant de la station, je le trouve qui m’attend. Je scrute des yeux la skyline pour retrouver le chemin de retour à notre hôtel. L’architecture qui s’offre à mes yeux, sous un ciel lumineux, est futuriste et étincelante. C’est J. qui trouve les repères le premier et nous nous mettons en marche.

En chemin, alors nous nous engageons sur la chaussée pour traverser une rue, une voiture déboule. Je recule et fais reculer J. pour retourner sur le trottoir, mais la voiture, que nous avons forcée à ralentir, nous y suit et pile devant nous quand nous sommes dos au mur. La conductrice, une jeune femme occidentale, tient à nous réprimander pour nous être engagés sur la chaussée, mais je ne comprends rien à ses paroles. Elle repart. Un passant, occidental également, dans le genre hippie, entend lui aussi nous faire la leçon. Je cherche à nous excuser par la discussion prenante qui nous occupait, J. et moi, ainsi que par le fait que « ma courge raccourcit », ce qui veut dire, sans doute, que je me fais vieux.

Notes

1/ C’est comme si le train de la forêt m’avait déposé à la station de métro de la ville futuriste, comme si la station de métro était un arrêt régulier de cette ligne perdue.

2/ La skyline me surprend par ce que j’y découvre. Mes souvenirs de voyage, dans la vie éveillée, sont peu mobilisés par ce qui s’offre à mes yeux dans ce rêve (contrairement à la première partie du rêve, où la zone résidentielle au fond du précipice est bien connue de moi dans la réalité). Certaines tours d’une couleur brun sombre ont des formes improbables. Je prends grand plaisir à contempler cette skyline. Je comprends que nous ne sommes pas à l’époque, ni même à l’ère, où j’ai visité le Golfe, mais dans un futur lointain.

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Une salle de classe (collège ou lycée). La professeure va et vient entre les tables. Sa jupe blanche laisse voir par transparence, dans la salle claire à la lumière du jour, ses sous-vêtements, ainsi que les mouvements de ses fesses et de ses muscles. Je me demande si les autres le voient aussi, et cette idée me rend jaloux. Lors d’un passage près de ma table, elle laisse discrètement tomber un bout de papier plié sur mon cahier. Je le lis à la dérobée : « Reste à la fin du cours. » C’est un rendez-vous ! Comme je n’ai pas l’habitude de m’attarder dans la salle de classe à la fin des cours, et qu’au contraire je sors toujours parmi les premiers, je réfléchis au moyen de rester le dernier cette fois-ci sans que cela paraisse suspect aux autres.

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En rentrant dans mon appartement à N., je découvre qu’une voisine l’occupe. C’est le gardien, dit-elle, qui lui a donné les clés. Deux autres voisins, ses amis, viennent lui rendre visite ; en me croisant dans un couloir, ils me saluent du nom de « Monsieur Pioch » (sans « e ») et se font la réflexion entre eux, dans mon dos, que j’ai tout de même un nom bizarre. À mon retour d’une course, la squatteuse me rend les clés. Je lui demande si elle n’en a plus besoin, si elle n’a plus besoin d’une chambre, et comme elle me répond que non, en descendant les escaliers vers son propre appartement, je lui lance : « Quel dommage ! » C’est mon côté galant.

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Une réunion d’amis chez une jeune ministre. Nous sommes plusieurs avec elle sur son lit, peu vêtus. Elle me laisse lui caresser les jambes. Au moment où je me lève du lit, F., qui jusque là se tenait à côté, se jette brutalement sur elle : quand le calme est rétabli, on découvre qu’il lui a « clippé » (to clip, couper) un bout d’oreille avec un coupe-ongles.

À sa sortie de l’hôpital, nous nous retrouvons elle et moi de nouveau sur son lit, cette fois seuls tous les deux. Son oreille est coupée en deux par le milieu. Comme je témoigne de la surprise, elle me demande si c’est laid. Je lui réponds que c’est visible. Nous restons sur son lit. Je regarde par la fenêtre, puis la fenêtre elle-même. Derrière un voilage blanc, le carreau est couvert sur sa partie basse de dessins d’enfant, comme on en voit parfois aux vitres des écoles (mais ce sont plutôt des collages, dans la réalité). La vue donne sur un austère quartier de vieux bâtiments officiels, ministériels. Je comprends qu’elle occupe cette chambre depuis toute petite et qu’elle a gardé ces dessins sur la fenêtre (ses propres dessins) pour avoir dans sa vie autre chose que la sinistre austérité d’une vie ministérielle.

En sortant, je suis arrêté, ainsi que d’autres passants, par un agent de police, en raison de quelque cérémonie officielle dont on ne voit nulle trace. L’agent n’a pas d’uniforme, est mal rasé ; c’est un contractuel d’un nouveau genre. Les autres passants supportent mal d’être immobilisés, on demande au contractuel ce qu’il ferait si la foule s’en prenait à lui, la question étant posée sans doute parce qu’il n’a pas d’arme et que les gens le savent. Il s’enferme dans une guérite branlante, d’aspect vétuste, en expliquant qu’il y serait bien à l’abri. Quand il en ressort, la même question lui est posée de nouveau, sous une forme à peine différente, par un individu dont je perçois que l’intention, en posant cette question, est d’inciter à la violence contre le contractuel.

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P. et moi sommes en chasse d’une sorcière particulièrement pestilentielle. Pour la repérer, nous disposons d’un matériel spécial : il s’agit de prélever du bout des doigts dans un pot une goutte d’un produit semblable à du mercure et de la lâcher : si la gouttelette monte en l’air, la sorcière n’est pas dans les parages, si la gouttelette au contraire tombe, la sorcière n’est pas loin. Je répète l’opération plusieurs fois tandis que nous explorons un atelier désaffecté. Les gouttes montent au plafond – jusqu’à ce qu’une goutte tombe.

Plus tard, la nuit, nous devons nous remettre en chasse de la sorcière. Il nous tombe dessus une pluie torrentielle ; elle a été provoquée à dessein par la sorcière, c’est ce que je dis à P. que cette pluie décourage.

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Lors d’un banquet de militants, nous recevons un paquet expédié par notre branche espagnole. C’est, avec les salutations à l’occasion de l’événement que nous commémorons, une vidéo, que nous projetons immédiatement. Les images d’époque en noir et blanc rappellent que notre mouvement ouvrier-prolétarien s’est orienté vers le fascisme en Espagne, ce qu’illustrent les enregistrements de nos anciens dirigeants locaux, bardés de cartouchières comme des Mexicains, et certains slogans tels que « ¡Pópulo duro! » (Pueblo duro).

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À la caisse d’une supérette, quand vient mon tour dans la queue, les trois ou quatre personnes suivantes déposent leurs courses en même temps que moi sur le tapis roulant. Leurs produits passent donc en caisse avec les miens mais je fais bien attention à ne mettre que mes propres achats dans mon cabas. Fâché par leur inconduite, mais gardant le silence, j’éprouve tout de même aussi de la fierté d’être capable de bien distinguer mes produits des leurs, de ne commettre aucune erreur à ce sujet. Puis je me rends compte que je vais devoir payer pour leurs courses passées en caisse avec les miennes.

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Je reçois trois lettres des États-Unis, dont l’expéditeur est une inconnue. En ouvrant la première, je lis qu’elle me reproche l’utilisation sur mon blog d’une photo sans son consentement. La lettre est déjà ancienne car j’ai reçu cette partie de mon courrier (ces lettres et quelques autres) avec du retard. D’où les deux autres lettres de la même personne, forcément sur le même sujet. Je suppose que l’absence de réponse, due au retard de mon courrier, n’a pas contribué à la mettre dans de bonnes dispositions à mon égard. Sa lettre est en deux langues : anglais et français. Le français est à peine compréhensible et, fait curieux, l’anglais ne l’est pas moins. Il s’agit donc peut-être d’un robot et ces courriers ont été envoyés à des centaines de milliers de blogueurs pour leur extorquer de l’argent en misant sur une infraction banale à la législation sur les droits d’usage des photos. C’est ce que je me dis pour me rassurer.

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Peut-on tenir un psychothérapeute pour responsable des homicides commis par un patient ? L. affirme que c’est le psychothérapeute que la société doit condamner. Je réponds que cette solution juridique doit être d’emblée écartée.

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Je suis en immersion dans une famille afrikaner d’Afrique du Sud pour un séjour linguistique sur le point de s’achever. Les enfants de la famille sont un garçon et deux filles, à peu près de mon âge et très blonds. L’une des sœurs me demande de l’aider à naviguer sur internet car elle ne trouve pas la page anglophone du site officiel du Canada pour l’accueil d’étudiants étrangers ; elle se trouve sur la page en espagnol du site et je lui montre que c’est sur l’onglet Languages qu’il faut cliquer pour pouvoir choisir l’anglais. C’est ce que j’essaye de faire mais de nombreuses fenêtres ne cessent alors de s’ouvrir avec des vidéos pornos et je suis vite débordé, je n’arrive plus à les fermer. Je lui dis que son ordinateur est infesté de malwares, tout en essayant diverses manipulations pour ouvrir la page demandée ; manœuvres qui échouent les unes après les autres à cause des fenêtres ouvertes par les malwares. Quelques remarques échangées en aparté entre elle et sa sœur me font alors comprendre qu’elles ont eu vent de mon intérêt pour l’islam au cours de mes études, me suspectent d’être un islamiste et vont chercher à m’humilier.

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Vu une chose horrible. On croit d’abord à une grosse araignée noire, déjà effrayante telle quelle, mais ce n’est là que la partie antérieure d’un mille-pattes monstrueux. La créature se trouve sur le carreau extérieur de la fenêtre de ma chambre. Elle entre par la fenêtre ouverte, traverse la chambre en rampant au plafond, redescend au sol par le mur et va se cacher dans l’obscurité de la salle de bains, où je n’ose me rendre. Dans la journée qui suit, le malaise de cette apparition cauchemardesque me revient par intermittence.

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Ce n’est pas un rêve que je crois vivre mais plutôt un film que je regarde, et dont je me dis que la trame est trop compliquée car j’oublie en cours de route des éléments et des personnages. C’est une sorte de roman filmé d’Agatha Christie, qui se passe entre une grande ville européenne (sans doute Londres) et le Raj anglais (l’Inde coloniale). Par la splendeur du décor, les scènes du Raj me conduisent, en plus de la fascination, à la réflexion amère que ce cinéma a placé la barre trop haut avec son idéal inaccessible (qui est peut-être la civilisation britannique ou, plus exactement, la civilisation de l’Empire britannique). Les premières images du Raj sont celles de l’héroïne quand elle arrive au manoir où elle doit faire sa vie, montrant son émerveillement (que l’on ne peut que partager) devant tant de luxe anglais et de luxuriance orientale. Mais le film a commencé dans la ville européenne. Je cherche à comprendre ce qui s’est passé – les circonstances du crime – mais il est surtout question d’un invité qui ne parle jamais et que l’on continue d’inviter malgré cela, un certain Sergio Volpi. Je suggère que c’est peut-être un espion italien, un espion de Mussolini, mais on me fait comprendre le caractère anachronique de mon hypothèse. Bref, après un coup de téléphone entre Londres et l’Inde, où l’héroïne apprend qu’une jeune femme qu’elle a croisée en arrivant en Inde a été retrouvée assassinée peu après, je comprends que l’intrigue est la suivante : un écrivain est soupçonné d’avoir fait assassiner Awa, la femme qu’il aime et qui est allée vivre en Inde, et c’est à moi qu’il revient de prouver son innocence, car je sais qu’il est innocent.

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Bien qu’il y ait eu quelques doutes à ce sujet, le train s’arrête à la gare du village reculé qui est ma destination. Je viens assister à une cérémonie traditionnelle au cours de laquelle la population du village se réunit dans un amphithéâtre en gradins pour assister à une joute oratoire dont le personnage principal ressemble à un juge. Je me rends compte au bout d’un moment que j’ai un rôle à jouer dans cette cérémonie, après que les femmes assises derrière moi eurent décrit à l’assistance le caleçon qui dépasse de mon pantalon (ma chemise étant sortie du pantalon). On me revêt d’un grand châle censé faire de moi l’incarnation de telle vieille femme mythique de ces contrées et je me dois me rendre ainsi accoutré dans un sanctuaire, où je ne peux espérer parvenir qu’après avoir escaladé une falaise. Alors que je suis presque parvenu au sommet, un vieillard quasi valétudinaire engage la descente, ce qui me contraint, compte tenu de son grand âge, à redescendre pour attendre qu’il soit à son tour arrivé en bas de la falaise. Mais en raison de sa condition physique c’est avec beaucoup de peine qu’il descend et je me demande comment je pourrais l’aider. Le voyant finalement inerte et suspendu à peu de distance du sol, je le saisis à bras le corps pour le déposer à terre. Puis je reprends mon ascension. Malheureusement, elle est cette fois-ci beaucoup plus difficile ; après bien des difficultés à trouver les bonnes prises, je parviens tout de même au sommet. Mais au lieu d’y trouver l’entrée du sanctuaire, je me retrouve sur un étroit piton glissant, surplombant le pays, et pour éviter le vertige je me réveille.

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Lors d’une conférence, j’apprends que l’air est de nos jours si pollué que les nouveaux-nés puent la pollution en naissant. (L’odeur de la pollution imprègne leur peau.)

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Conte africain. Trois petits forgerons (enfants), l’un au four, avec un soufflet, l’autre avec une calebasse qu’il brandit en l’air régulièrement, le troisième près du petit bois à brûler, chantent un chant magique. L’un après l’autre, chacun entonne un couplet. Puis le petit forgeron du tas de bois poursuit seul, sous son auvent, alternant des couplets à peine audibles avec des périodes de silence. Ensuite, l’un d’eux se rend auprès d’un homme alité à cause de la fièvre et lui prédit, s’il ne se conforme pas à certaines prescriptions, une mort ignominieuse en Europe, chez les Blancs. Puis il lui trace une croix noire sur la poitrine.

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Je suis l’inventeur d’un puissant aphrodisiaque. Il s’agit de mêler une poudre rouge à une poudre verte dans un flacon rempli d’un liquide transparent (qui n’est pas de l’eau mais une préparation spéciale). Deux femmes se trouvent là. Je dis à la plus jeune : « Conserve bien cette recette car elle te permettra de réaliser tous tes désirs sans effort, et cela n’a pas de prix. » À peine ai-je prononcé ces mots qu’une réflexion me vient, variation sur la dialectique hégélienne du maître et de l’esclave : ce que je viens de promettre ne peut être une bonne chose. La réponse de la jeune femme montre d’ailleurs qu’elle n’est pas convaincue. Je la rabroue cependant et place la potion dans la lumière verte d’un frigidaire.

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Sur une plage de sable et de rochers, on me laisse apercevoir un monde sous-marin à explorer. Je plonge, équipé seulement de lunettes, mais ne parviens pas à ce monde entraperçu car je me trouve dans une boucle qui me reconduit à mon point de départ. D’ailleurs, dès que j’ai la tête sous l’eau, ce n’est plus la mer mais une piscine : une piscine en forme de boucle. Déçu, j’éprouve tout de même une certaine fierté d’avoir pu faire toute la boucle sous l’eau sans reprendre une seule fois mon souffle à la surface.

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Je fais partie d’une équipe dont la mission est de combattre et d’éliminer un super-vilain, sorte d’homme au masque de cire qui se couvrait auparavant le visage de bandelettes mais décida un jour d’y renoncer et de laisser apparent aux yeux de tous son visage hideux, tout en portant des lunettes noires et des costumes élégants avec chapeau de feutre. (Dans le générique du film, on voit le super-vilain ôter ses bandelettes et sourire sardoniquement à un homme épouvanté par la vision qui s’offre à lui.)

À deux, nous nous rendons dans une tour de bureaux où nous pensons pouvoir tomber sur ce super-vilain. Dans le lobby qui conduit au couloir où il est censé se trouver, un fonctionnaire demande au vigile un produit contre les brûlures d’estomac. Le vigile le lui donne et le fonctionnaire s’engouffre dans les toilettes. Le vigile est de mèche avec nous : nous l’avons soudoyé, et c’est lui qui a administré au fonctionnaire un produit diarrhéique pour que nous ayons la voie libre. Nous nous engageons, mon équipier et moi, dans le couloir, qui s’avère extrêmement étroit, avec des portes de part et d’autre. Mon équipier en ouvre plusieurs à la suite. Soudain une porte vers le fond du couloir s’ouvre d’elle-même et il en sort une horrible tête volante semblable à une tête de gorgone ou à un beholder. C’est peut-être un avatar de notre ennemi. Pris au dépourvu, nous fuyons, non sans emporter une bassine pleine d’horribles vers dans un bouillon orange.

De retour à la maison, je décris ce que je rapporte comme un « bac à vers luisants » mais m’empresse d’en vider le contenu sur les parterres sablonneux du perron, d’où les vers, à présent des mille-pattes, se répandent dans toutes les directions. Je regrette à voix haute qu’il n’y ait pas de Roundup pour empêcher que cette vermine se multiplie. Opinant, une jeune femme de l’équipe dit qu’il est en effet dommage que l’agriculture soit par ici biologique.

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Avec une certaine démarche énergique, en balançant les bras, on peut se promener dans la rue en pyjama et avoir l’air cool, et même avoir l’air le plus cool : c’est ce dont je fais l’expérience dans ce rêve.

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Avec d’autres touristes, nous gravissons une pente de montagne enneigée, par un jour de grand soleil. Puis, dans je ne sais quel édifice, nous montons des escaliers, au bout desquels il n’y a rien à faire que descendre un autre escalier, ce que nous faisons. Nous voyons une porte à un étage inférieur et y sonnons. Un Indien (d’Inde) nous ouvre et nous fait asseoir dans son salon. Un spectacle nous est donné. Une musicienne indienne en sari rouge joue de la cithare cul par-dessus tête, l’instrument étant posé derrière sa tête. Je devine qu’il s’agit d’une version épurée d’un art érotique traditionnel, un art des prostituées du Kama Sutra, qui jouaient de la cithare pendant qu’elles se faisaient prendre dans cette position acrobatique. (À mon réveil, je me fais la réflexion que de cette manière la musicienne pouvait jouer de la cithare avec à la fois les mains et les pieds.)

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La sorcière du Groenland. Lors d’une convention politique d’extrême-droite, est exprimée l’idée que le libéralisme économique et politique est la meilleure façon de parfaire la ségrégation des Noirs. L’une des personnalités invitées à cette convention, bien qu’elle en soit absente, est une certaine Européenne établie au Groenland et qu’en raison de sa philosophie ésotériste et New Age les médias appellent une sorcière. Pour la discréditer est sortie une sex tape où elle se masturbe dans sa chambre. La conversation en vient à porter sur où passer sa retraite, et quelqu’un remarque qu’il est dommage que la couronne danoise soit la monnaie du Groenland car elle y rend le coût de la vie particulièrement élevé, tandis que le cours des changes fait de l’Indonésie une destination très avantageuse pour les retraités occidentaux.

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Islande. Je fais partie d’une équipe internationale dont la mission est d’empêcher la propagation du communisme dans le pays. Des gens du cru nous parlent d’un village ou labyrinthe de squelettes humains laissé par les occupants après la guerre (occupants allemands plutôt qu’américains) au milieu d’une forêt. Je décide de m’y rendre. À l’approche du lieu, le guide devient hésitant ; il faut attendre un autre guide, une femme, pour que je puisse poursuivre. Le chemin passe à présent par un tunnel dont la paroi au-dessus de nos têtes est couverte de magnifiques cristaux étincelants. La guide m’apprend qu’ici, à la mort des gens, on cristallise leurs restes (leurs cendres), et que ce tunnel est donc un cimetière.

Vasarely (Beaubourg 2019)

Twit25 Grøxit

Twitter Anthology Oct-Nov 2019 FR-EN

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Demander la levée d’interdiction d’une organisation classée terroriste n’est pas un délit selon la Cour européenne des droits de l’homme : « Appeler à la levée de l’interdiction du PKK relevait de sa liberté d’expression » (Aydin c/ Allemagne, 27.1.2011).

[Mais « celle-ci [Aysel Aydin, la requérante] était néanmoins passée outre l’interdiction [du PKK en tant qu’organisation terroriste] en signant la déclaration [de soutien au PKK], en participant à la campagne [pour la levée de l’interdiction du PKK] et en faisant des dons à une section du parti » et a donc été, selon la Cour, légitimement condamnée par la justice allemande. Qui peut bien comprendre cette jurisprudence à dormir debout ? Appeler à la levée de l’interdiction du PKK relève de la liberté d’expression mais se servir de cette liberté d’expression en signant une déclaration appelant à la levée de l’interdiction du PKK est condamnable ! Cela n’a aucun sens.]

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De l’avis de toutes les parties au conflit en Syrie, les mouvements kurdes alliés aux Occidentaux sont liés au PKK qui est interdit aux US et dans l’UE comme organisation terroriste. Je demande au nom des droits de l’homme la condamnation de ces États alliés à une organisation terroriste. De deux choses l’une, ou bien l’organisation est terroriste et ces États, dont la France, soutiennent le terrorisme, ou bien elle ne l’est pas et ces États répriment les libertés fondamentales de leurs populations (en les empêchant de soutenir une organisation qui ne devrait pas être interdite).

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Ubalanced Democracy

The people in the blue area outnumber the people in the grey area.” [I didn’t find the source for this map, the anonymous tweeb who posted it said no word about it.]

Thence you can infer that a person’s vote in the blue area weighs much lower than a person’s vote in the grey area in national elections, except in single-district systems (with one district covering the whole country).

Take Australia, with a tiny blue speck on her South-Eastern coast. They’ve got federal elections for two Houses of Parliament. Besides this, I know nothing of their electoral system but if it isn’t a single-district system I can imagine two alternatives. 1/ Each district sends in an equal number of representatives: then Australia is dead as a democracy. 2/ Each district sends in a different number of MPs according to demographics, but then, given the concentration of the population as evidenced by the map, a fair number would be something like 100 MPs for the blue speck and 1 MP for each other district and I’m sure the actual figures don’t show such discrepancies as would reflect the true demographic ones. So constituents in the tiny blue speck remain at a disadvantage, they are second-class citizens as far as the ballot is concerned.

As an aside (so to speak), the ballot-disadvantaged blue speck concentrates the proletariat of the country (as demographic concentration follows industrial/economic concentration).

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@LucasFoxNews reports Pentagon “likely” to send tanks and armored units to eastern Syria to protect the oil fields.

The spin on Syria’s oil fields is about making the thing look rational (“the economy”). Yet the oil you pay with a costly military occupation is more expensive than the oil you get through deals, usually.

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Timing (of about ten days)

-Trump announces US withdrawal from Syria
-After outcry Trump cancels withdrawal “because of the oil fields”
-ISIS leader Baghdadi is killed by US soldiers in Syria

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« Les mots tuent. » Donc il faut les condamner à perpétuité ?

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La démocratie a-t-elle encore un avenir ? Un débat @LeMondeFestival (Le Monde)

Quand un journal du capital demande si la démocratie a un avenir, on sent que le capital n’y croit plus trop.

La démocratie en France, avec la concurrence de la Chine ? Vous voyez des travailleurs français voter pour la semaine de 80 heures ? (Ce chiffre est donnée par la FIDH, qui estime entre 60 et 80 heures la durée hebdomadaire réelle du travail en Chine, où la durée légale est de 44 heures.)

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Does the U.S. not having an official language give U.S. citizens the right to address a state or federal administration in any language and the right to a reply in the language used in the address? And why not?

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Au pays de la justice aveugle

Quand la chancellerie (le ministère de la justice) adresse une note aux juges d’instruction pour faire pression sur eux en vue de booster les intentions de vote pour le parti gouvernemental aux élections, cela veut dire que les juges d’instruction ont ce pouvoir ? Expliquez-moi ça, s’il vous plaît, c’est pour comprendre la justice de mon pays.

Si cette note a été conçue comme un moyen de pression, cela veut dire que les juges d’instruction ont le pouvoir d’influer sur les résultats des élections municipales. J’aimerais comprendre par quel mécanisme. Est-ce par le biais du traitement judiciaire des « affaires » ?

ii

Pourquoi le gouvernement dit-il aux juges d’instruction que la carte judiciaire dépendra des résultats électoraux, et non, en même temps, aux directeurs de bureaux de poste que la carte des bureaux de poste dépendra des résultats électoraux ? Les juges ont un pouvoir électoral ? Où est-ce écrit ?

Et le fait que les juges sont, comme cela ressort de l’existence de ce courrier de la chancellerie, en mesure d’influencer des résultats électoraux, en quoi est-ce démocratique ?

iii

Il est à présent indubitable que la France n’a pas de Constitution, au sens de l’article 16 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen (DDHC) : « Toute société dans laquelle la garantie des droits n’est pas assurée, ni la séparation des pouvoirs déterminée, n’a point de Constitution. »

En effet, non seulement on savait déjà que le parquet (les procureurs) permet au gouvernement français de conduire une « politique pénale » au-delà de son pouvoir propre qui est par essence légiférant (il a l’initiative des lois) et réglementaire, mais on apprend à présent aussi que les juges du siège eux-mêmes sont dans la dépendance, puisque la note de la chancellerie, dont le fond est confirmé par un magistrat (« De tels calculs ont toujours existé, mais personne n’était assez bête pour les consigner noir sur blanc », Le Canard enchaîné du 30.10.2019), montre qu’ils exercent la justice en fonction des intérêts électoraux (et sans doute d’autres intérêts encore) du gouvernement en place.

Dès lors que la France n’a pas de Constitution, puisque aucun des deux versants de l’autorité judiciaire, parquet et siège, n’est indépendant de l’exécutif, tout acte répressif des autorités est une violence illégitime.

Le magistrat anonyme cité par le Canard enchaîné souligne la bêtise de l’administration et/ou du gouvernement, mais on peut y voir plutôt le cynisme de ceux qui n’hésitent plus à « consigner noir sur blanc » des pratiques inavouables, parce que les juges ne les ont jamais dénoncées. Puisque les juges n’ont jamais dénoncé comme un scandale ces « calculs » foulant aux pieds leur indépendance, n’est-il pas permis aux gouvernants de penser que révéler ces pratiques au grand jour ne saurait avoir la moindre conséquence ? Les moutons ne mordent pas.

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Sant Bhindranwale

Jarnail Singh Bhindranwale aka Sant Bhindranwale (picture from Les Sikhs, 1989, by Michel Delahoutre)

[This posting of a portrait of Sant Bhindranwale from a French book on Sikhs and Sikhism gives me the opportunity to post a few earlier tweets that I have so far left out of my tweet anthology on this blog.]

Bhindranwale never demanded Khalistan: Subramanian Swamy, reports @IamsurjitSingh (HT Punjab, 29 Apr, 2018)

[This piece of news raised my attention because I was Swamy’s student at Harvard Summer School 2004 and besides the name ‘Subramanian’ appeared in a collection of Bhindranwale’s speeches that I was reading at the time of learning the news, so I wanted to know if the Subramanian named by Bhindranwale was Subramanian Swamy. The tweets read as follows:]

In Struggle for Justice: Speeches and Conversations of Sant Jarnail Singh Khalsa Bhindranwale, Sikh Educational & Religious Foundation, Dublin, Ohio, 1999), Bhindranwale names a few times a Subramanian “who is a prominent representative of a party,” and calls him a “jackal” (p.133). Could it be Subramanian Swamy?

Bhindranwale’s Speech 14 of May 1983 (excerpt):

Subramanian said this. He said: “When the Emergency was declared, I grew a beard, put a turban, and changed my name to Singh.” I asked him why. He said: “To hide [from oppression].” I replied: “Sikhism is Kalgidhar Ji’s jungle. In it there are tigers and leopards. Jackals also hide in it. If a jackal like yourself also found an excuse [to join it] in order to hide, it is not our fault.” He said: “I accept defeat.” (End of quotation; brackets are from the transcripts and not mine) Who is that Subramanian “who is a prominent representative of a [political] party”?

[I got no answer. I hope such quotation and my suggestion that the politician told of by Bhindranwale was Subramanian Swamy was not found offensive by Swamy’s supporters if they happened to read these tweets of mine. I have already talked of Subramanian Swamy on this blog (here), where I recall his intellectual (he’s an economist of international repute) and political achievements and stress my disapproval of his dismissal from his position at the Harvard Summer School faculty. Given what has been happening in Kashmir lately, I add that he may also be considered one of the intellectual fathers of the Indian authorities’ action there.

As to Subramanian’s demand that the files relative to Operation Blue Star be declassified (Hindustan Times, Oct 1, 2018), it is a praiseworthy initiative to help shed more light on this sensitive issue. On June 7, 2019, he tweeted the following: ‘Operation Bluestar was a Soviet Union conspiracy to make us [India] more dependent on USSR for our defence against Pak. This way Soviets could pincer attack being then in Afghanistan . It was TDK [Sonia Gandhi, according to a webpage, swamy39abbreviations, which explains the abbreviations used by Subramanian on Twitter] who kept pressing Indira to attack Sant Bhindranwale. So did Surjeet of CPM [sic for CPI(M), Communist Party of India, then led by Harkishan Singh Surjeet].’’

As to his statement according to which, as quoted by Hindustan Times, ‘‘Bhindranwale never demanded Khalistan,’’ it is confirmed by Bhindranwale’s speeches, although Bhindranwale laid down conditions for the Sikhs not demanding Khalistan, for instance:

We do not seek [Khalistan], but if it is given us we shall not refuse. If they keep us with them, among them, we shall not accept living as second class citizens. We shall live as first class citizens and work as equal partners. Whatever concessions are available to others, [for example] the convenience that Pawan Kumar has – of keeping two hundred and thirty grenades, [should as well be available to] any person with ‘Singh’ in his name. (July 30, 1983, p. 211, brackets are from the transcripts and not mine) There are many other similar utterances. Bhindranwale’s demand was one of equal rights for Sikhs under the Constitution of India, a perfectly legitimate demand were it not that India’s government said the Sikhs already had equal rights and their requests were therefore unconstitutional. The example taken in this quote by Bhindranwale is admittedly odd, refering to an obscure case of which he speaks at length; another example is therefore in order:

I have been asked many times by our newspaper friends about my opinion regarding Khalistan. I have but one answer for all of them: I do not oppose it nor do I support it as yet. In all tape-recordings this has been my statement: I neither oppose it nor support it. It is the business of the Center [transcriber’s note: Government of India] and not mine. The Center should tell us if it wishes to keep these turbaned people with it or not. … If they wish to stay with us, they should give us our share. We have given ninety heads, all the rest of them have given ten [transcriber’s note: Reference is to the 93 Sikhs having been hanged to death by the British during India’s struggle for freedom]. (Dec 31, 1983, pp. 327-8]

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Icy Green 2: From Grøxit to Greenland Deal

[For Icy Green 1, see here]

The problem for pensioners from abroad who want to settle down in Greenland is that the Danish currency makes it so expensive. Solution: #GreenlandDeal #GreenlandPurchase

ii

Stark numbers of Greenlanders are found among Denmark’s homeless population: Aalborg 27%, Odense 15%, Copenhagen 12%. (Source : dr.dk, Nov 3, 2019)

iii

#Grøxit/#Groexit: In 1979 Greenland became autonomous inside the Kingdom of Denmark and in 1982 it voted to leave Europe (& Grøxit became effective in 1985).

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Chasse aux sorcières

Est justifiée l’hospitalisation sous contrainte de celle qui parle de sorcellerie et maintient que son « visage change tous les jours ». Cour d’appel de Rennes, 25 avril 2012

Est justifiée l’hospitalisation sous contrainte de celle qui soutient qu’elle a vu le diable et qu’elle discute régulièrement avec sa cousine et sa mère qui sont pourtant décédées. Cour d’appel de Versailles, 13 septembre 2013

Est justifiée l’hospitalisation sous contrainte de celui qui : – déclare être Jesus, – puis finalement être l’antéchrist, – assure qu’il est télépathe, – certifie qu’il devine les pensées – et maintient que ces éléments ne sont pas pathologiques. CA Aix-en-Provence, 5/4/19

Ces jurisprudences « Halloween » montrent que la justice française en est encore à la chasse aux sorcières.

Si les personnes internées d’office ne sont pas dangereuses, le but de leur internement est de leur faire renoncer à des idées mystiques qu’aucune démonstration rationnelle ne peut infirmer (ni d’ailleurs confirmer). C’est du lavage du cerveau. Ces personnes sont victimes, d’un côté, d’une bien-pensance religieuse qui, tout en ayant elle-même des idées mystiques dans le cadre de ses dogmes, condamne des formes externes de mysticisme, et, de l’autre, d’un dogmatisme matérialiste réduisant la pensée à l’empirisme.

Au cas où il irait de soi que, dans les tweets « Est justifiée l’hospitalisation sous contrainte de la personne qui… », la personne, sans être dangereuse, est incapable de pourvoir à ses besoins, il faut se demander si c’est en raison de licenciements causés par ses idées.

C’est ma conviction que certaines personnes hospitalisées sous contrainte en France gagneraient autant que tous les juges de France réunis si elles étaient citoyens américains. #PaulaWhite (conseillère spirituelle du Président Donald Trump)

Veuillez noter [dans une vidéo réunissant quelques passages choisis des prédications de Paula White], après les hurlements, le «speaking in tongues» de Paula, le « parler en langues », ou glossolalie, pour le terme technique. N’essayez pas devant un préfet ou un juge français => Hospitalisation sous contrainte.

Sans ces tweets [du compte Curiosités juridiques], je n’aurais pas la notion que la France prive de liberté des individus inoffensifs et capables de pourvoir à leurs besoins, à cause de leurs idées mystiques. Cela vient compléter le dossier contre la France antipays des droits de l’homme.

« Prive de liberté » et soumet à des traitements inhumains et dégradants : médicamentation forcée=« camisole chimique » et demain peut-être le retour des électrochocs, qui ont déjà fait leur retour aux États-Unis. (En attendant le retour de la lobotomie ?)

ii

Est justifiée l’hospitalisation sous contrainte de celle qui parle de sorcellerie et maintient que son « visage change tous les jours ».

Cette femme est hospitalisée sous contrainte car elle croit que son « visage change tous les jours ». Or c’est scientifiquement vrai : le facial symmetry index est corrélé à des taux hormonaux qui varient au cours du cycle menstruel. C’est donc parce que cette femme est plus sensible que la moyenne à ces variations faciales, qui peuvent l’inquiéter et qu’elle aura peut-être tendance, dès lors, à exagérer, qu’elle se trouve internée et soumise à la camisole chimique. En France.

[Ces conclusions sont fondées sur les éléments apportés par les tweets. Je me fie à la compétence des juristes de ce compte Twitter pour présenter les éléments les plus saillants de ces jurisprudences, c’est-à-dire les éléments principaux du jugement, sans laisser d’importantes considérations de côté. Car il va de soi que, si une hospitalisation sous contrainte est justifiée par le fait de parler de sorcellerie, d’affirmer que son visage change tous les jours et d’avoir tenté d’assassiner son conjoint, le fait de laisser de côté ce dernier élément serait trahir le sens de la décision et non en rendre compte.]

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Après la Marche du 10 novembre [contre l’islamophobie], les islamophobes veulent interdire le mot Allah dans l’espace public (car ce serait islamiste). Ils préparent une loi : il ne sera permis de dire Allah que chez soi, les fenêtres fermées, après 22 heures et jusqu’à 6 heures du matin. #islamophobie 🤡

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Le sexe socialiste – et si c’était mieux ? La chercheuse américaine Kristen Ghodsee revisite la société est-allemande. (Mediapart)

La RDA n’était pas un régime socialiste mais une exploitation bureaucratique du prolétariat (cf. Cornelius Castoriadis). Dans cette société bureaucratique, la classe bureaucratique avait davantage de moyens à sa disposition que la classe capitaliste dans une société capitaliste pour concentrer entre ses mains les richesses créées par le prolétariat, et c’est ce qu’elle a fait.

À la fin de la Guerre froide, quand des touristes russes et d’autres pays de l’Est commençaient à venir en Europe occidentale, tout le monde était frappé par leur morgue et vulgarité. On disait alors que c’étaient des nouveaux riches. Mais c’était la classe bureaucratique reconvertie au capitalisme. Cette morgue, cette vulgarité des nouveaux touristes d’au-delà du rideau de fer effondré, était celle des esclavagistes bureaucratiques des économies « socialistes », et elles donnent une idée de l’enfer que cette classe a fait vivre aux travailleurs de ces pays.

De fait, qu’était la « planification socialiste » de ces économies ? C’était le moyen de la classe bureaucratique de maintenir l’immense majorité au minimum vital, là où dans le bloc atlantiste les travailleurs arrachaient malgré tout quelques avancées (précaires).

Aujourd’hui, quand une telle classe bureaucratique bien établie, en Chine (13e plan quinquennal 2016-2020), joue le marché mondial, la classe capitaliste dans le monde entier sent sa propre faiblesse, son inorganisation, son « anarchie »…

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Quand la sociologue Monique Pinçon-Charlot parle des grands bourgeois qu’elle a connus [interview par Thinkerview mise en ligne sur YouTube le 4 juin 2019], vingt ans après elle est encore tout émoustillée. Tout le monde ne peut pas être Jack London, socialiste, premier écrivain américain millionnaire, qui les a fréquentés aussi et a dit tout ce qu’il faut savoir : des buses.

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L’interdiction de la diffamation religieuse par la loi française

Le parti LFI n’aime pas le mot islamophobie car, selon JLM, « il ne faut pas donner l’impression qu’il est interdit de critiquer une religion ». Peut-on avoir un exemple de critique qui ne soit ni injure ni provocation à la haine ni diffamation envers un « groupe de personnes à raison de leur religion » ? – S’il n’est « pas interdit de critiquer une religion », comme le croit JLM, alors il n’est pas non plus interdit de critiquer une race, un sexe, une orientation sexuelle et toutes les autres catégories qui figurent avec la religion dans la loi de 1881.

Non seulement il semble difficile de critiquer une religion sans risque de poursuites judiciaires mais il existe aussi un contentieux des films « blasphématoires » : TGI Paris 22.9.88, 1e civ. 29.10.90 cf. J.-M.  Denquin, Sur les conflits de liberté, 1981. Une jurisprudence dite « équilibrée ». Ma source (B. Beignier) dit en outre qu’un décret du 27 mars 1992 interdit « l’utilisation de moyens susceptibles de choquer les sentiments religieux » dans la publicité. Il semble donc bien que le droit aujourd’hui se « libéralise » en faveur de l’islamophobie et d’elle seule. C’est une attaque contre l’islam.

Ce dévoiement de l’application du droit se traduit d’abord par le fait que les intervenants du débat public feignent d’ignorer la loi, à savoir que les dispositions sur les délits de presse (de parole) couvrent les religions, toutes les religions, dont bien sûr l’islam. #Le10contrelislamophobie

JLM n’aime pas le mot islamophobie mais a-t-il un problème avec le mot homophobie ? Non ? Or religion et orientation sexuelle sont protégées identiquement dans notre droit : « groupe de personnes à raison de leur ethnie, nation, race ou religion, de leur sexe ou orientation sexuelle etc. ». La loi est claire. On peut parler pénalement d’islamophobie comme on peut parler de racisme et d’homophobie. Ces débats, sur le fait que l’islamophobie ne serait pas condamnable en France, sont mascarade et mépris de la loi. Sacré Méluche, ça fait un quart de siècle qu’il siège dans l’une ou l’autre assemblée, vote ces lois liberticides les unes après les autres (comme tous les autres parlementaires, d’ailleurs) mais voilà, « il ne faut pas donner l’impression qu’il est interdit de critiquer une religion »…

ii

Les propos du ministre de l’éducation : « Le voile n’est pas conforme à nos valeurs » (quelles valeurs, quand un ministre s’exprime, sinon les valeurs républicaines ?) sont une sérieuse mise en cause du voile et de la religion qui (c’est selon) le prescrit ou l’encourage.

Selon le résumé gouvernemental de la politique du gouvernement, « le voile n’est pas souhaitable mais pas interdit. » Sauf que, pour le ministre, le voile n’est pas souhaitable car « pas conforme à nos valeurs ». Quelles valeurs, quand un ministre s’exprime, sinon les valeurs de la République ? Ne pas être conforme aux valeurs de la République, c’est ce qu’il peut y avoir de pire ; ce serait, si de telles catégories existaient, un délit non seulement selon la loi mais selon la norme la plus haute, la Constitution, selon laquelle la « forme républicaine » est intangible. Par conséquent, si le voile islamique n’est pas conforme à nos valeurs républicaines, non seulement le voile pas souhaitable mais il n’est pas non plus constitutionnel, donc il ne peut même pas être légal, une loi ne peut pas l’autoriser car elle serait inconstitutionnelle ! « Pas souhaitable car ‘pas conforme à nos valeurs’ (ministre), donc inconstitutionnel, mais pas interdit. » 👌

« Non conforme à nos valeurs » signifie non conforme à nos valeurs républicaines qui s’incarnent dans des principes à valeur constitutionnelle (PVC), donc, n’étant pas conforme aux PVC, pas conforme à la Constitution, pas constitutionnel. « Mais pas interdit. » 👌

« Le voile (islamique) n’est pas conforme à nos valeurs (républicaines). » => Diffamation au sens de l’article 32 de la loi de 1881 envers un groupe de personnes à raison de leur appartenance à une religion = « diffamation religieuse ». [Avec lien vers un article d’avocat, « Diffamation publique et religion » (x).]

iii

Si « le voile n’est pas conforme à nos valeurs », on voit mal comment il peut être légal ou plutôt, même, constitutionnel, puisque nos valeurs s’incarnent dans des principes à valeur constitutionnelle.

On serait au Danemark, par exemple, une telle déclaration ministérielle (« le voile n’est pas etc. ») n’aurait pas grande importance mais notre loi sur les associations, pour ne citer que celle-là, interdit les associations dont l’idéologie ou les motivations ne sont pas conformes à nos valeurs… Malaise.

iv

Un ancien secrétaire général de la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH) publie en 2019 un article intitulé La diffamation religieuse n’est un délit ni en France ni à l’ONU [Le copyright est daté de 2019]. L’article 32 de la loi de 1881 parle pourtant de « groupes de personnes à raison de leur religion », mais l’ancien secrétaire général de la CNDCH écrit :

« En droit français la liberté d’expression et d’opinion, principe fondamental des droits de l’homme, admet deux limitations lorsqu’il s’agit de religion : La diffamation à l’égard d’une personne, sanctionnée d’une peine d’emprisonnement d’un an et/ou d’une amende de 45 000 euros, et/ou l’injure condamnée par une peine de six mois d’emprisonnement et/ou de 22 500 euros d’amende ; La provocation à la discrimination, à la haine et à la violence à l’égard d’une personne ou d’un groupe de personnes à raison de leur appartenance à une religion déterminée, sanctionnée par une peine d’un an de prison et/ou d’une amende de 45 000 euros. »

Cet ex-secrétaire général de la CNCDH publie en ligne la contre-vérité « La diffamation religieuse n’est pas un délit en France ». Or c’est si bien un délit qu’il a fallu faire une exception aux principes : « L’offre de preuve est impossible en matière de diffamation raciale. » (courdecassation.fr : lien) Cette citation parle certes de diffamation raciale mais l’article 32 (comme les articles 33 et 24) met dans le même sac race et religion comme catégories des « groupes de personnes à raison de… », ce qui signifie, la diffamation raciale existant, que la diffamation religieuse existe tout autant.

Oui, l’article 32 met dans le même sac race et religion car il parle (comme les articles 33 et 24) de « groupe de personnes à raison de leur origine ou de leur appartenance ou de leur non-appartenance à une ethnie, une nation, une race ou une religion [je souligne] déterminée ».

Il suffit de googler « diffamation religieuse » pour avoir de la jurisprudence : « Constitue le délit de diffamation publique envers un groupe de personnes un article qui, après dénonciation des pratiques d’égorgement de moutons auxquelles donne lieu la fête de l’Aïd etc. » (tiré de l’article « Diffamation publique et religion » cité plus haut).

Les trois articles pertinents sont l’article 24 (provocation à la discrimination, à la haine etc.), l’article 32 (diffamation) et l’article 33 (injure). Pour chacun, la religion est incluse comme facteur aggravant au même titre que la race. Et au même titre que d’autres catégories, dont la nationalité. Donc, insulter quelqu’un parce qu’il est, par exemple, de nationalité comorienne, c’est un an d’emprisonnement et 45.000 euros d’amende. Comme quand on dit devant caméras : « Le kwassa-kwassa pêche peu, il amène du Comorien », ce qui revient à déshumaniser ces personnes « à raison de » leur nationalité : « C’est pas du poisson, c’est du Comorien. » Qui a entendu le « premier magistrat » s’excuser pour ces paroles ? Pendant ce temps, des citoyens français (vulgus pecum) prennent cher au pénal pour des plaisanteries plus drôles que ça, même après s’être excusés.

Quand il parle des Comoriens comme d’une marchandise indésirable (« amène du Comorien »), les hauts fonctionnaires qui l’entourent – on le voit sur la vidéo – rient. Les médias ont parlé de « rire gêné » mais peut-être que ce sont les caméras qui les gênaient car ils auraient voulu se rouler par terre.

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J’ai vécu quand j’étais adolescent avec environ 1.000 euros par mois. … Je sais ce que c’est de boucler une fin de mois difficile. (Premier magistrat)

Un adolescent qui vit avec 1000 euros par mois, on est loin de la précarité. (Hilare)

Qui plus est, 1.000 euros il y a 20-25 ans, c’était bien plus qu’aujourd’hui : #inflation

Certes, l’euro n’existait pas il y a vingt-cinq ans, quand il était adolescent, mais s’il convertit ses revenus en francs de l’époque en euros, il faut savoir s’il tient compte de l’inflation ou non. Bref, qu’il donne son véritable salaire en francs de l’époque pour que l’on puisse juger. A priori, ces 1.000 euros ne tiennent pas compte de l’inflation car c’est tout de même un calcul un peu savant et il aurait dit quelque chose comme « Après avoir posé la question à l’INSEE, je gagnais etc. ». Il a donc sans doute simplement converti ses francs de l’époque en euros, et il gagnait par conséquent bien plus que 1.000 euros d’aujourd’hui.

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Situation chaotique à l’université Lille 2. 200 étudiants ont saccagé l’amphithéâtre, déchiré le livre de Hollande, qui a dû être évacué en urgence. (La Plume libre)

En déchirant des exemplaires du livre de François Hollande, il est évident que les étudiants ont commis un très grave attentat contre la culture.

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Midway

A few remarks about #MidwayMovie by Roland Emmerich. [Midway, 2019]

1-Contrary to my (admittedly scant) reading on the topic but also Clint Eastwood’s Letters from Iwo Jima, here the Japanese forces are described as superior to the U.S.’s on all counts (numbers and military technology). It seems extremely unlikely. Kamikazes were started when the Japanese realized that their fighter aircrafts were no match for the U.S.’s, whose technological advance was unbridgeable. Moreover Japanese industrial capacity was small compared to that of the United States.

Considering Japan’s alleged numerical and technological superiority in WW2 according to the movie, the message is it’s the brilliant guy in slippers at the cipher bureau won the war… Wait till we face the numerical and tech match of China.

2-Doolittle’s indiscriminate air bombing of Tokyo was a war crime. Strange that this character is later heard saying, about the Japanese in China: “What are their targets? There are only civilians here!” Was his own excuse for the Tokyo raid that his planes might have (by chance) hit military targets?

3- About officers’ humaneness with their boys, French philosopher Alain [Émile Chartier], who fought in WWI, has something to say, and it’s that there is no such humaneness. When a high-ranking officer with no knowledge whatsoever of current field conditions orders men to attack the enemy through a muddy field where they will be bogged down, you shut up and die and the brass gets off scot-free.

So I start seeing with respect the custom of Japanese officers, as described in Midway, to harakiri (seppuku) after a dramatic failure, and I can only wish to serve under Nippon-like officers in the next war rather than under the kind of officers described by Alain.

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“There is no reason to fear low-skilled migration.” Nobel prize-winning economist Esther Duflo says “the effect of low-skilled migration on low-skilled wages is zero”. (Channel 4 News)

Supply-demand models are BS? She must explain how her paradoxical (no matter how politically correct) conclusions fit in the science. When supply grows, the equilibrium price (wages) must decrease: that’s the science. Say it isn’t science once for all.

‘For example when Cubans came to Miami in big waves, when Castro gave them the green light for a short period, you had a huge wave of Cuban migrants, and David Card, a labour economist at Berkeley, studied this episode and looked at what happened to the wages of the low-skilled people in Miami, compared to other similar cities. Nothing.’’ (Duflo)

Does the Miami study include illegal work (black market)?

‘‘Opposite, in the 1960s, there was already a lot of protests against migrants and so finally Kennedy decided to send back home all the temporary migrants that were working on farms in California. What happened to wages? Nothing. … When the migrants got sent home, the farmers mechanized.’’ (Duflo)

The removal of migrant workers from California had no effect on wages because employers then mechanized. But then the conclusion is that migrants were an obstacle to mechanization, i.e. to productivity gains, and that’s an even stronger motive to oppose immigration!

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#Schoolshooting is one of the many problems with school.

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Evaëlle, 11, Thibault, 12, committed suicide because of school bullying. How many more? The evils of school are many.

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Of French Religious Libel Law

You [Attorney D. Niose] wrote “One of the many problems with the concept of protecting religion from defamation is that ideas (including religious ideas) cannot be defamed – only people can be defamed.”

In France one incurs 1 year imprisonment & 45.000€ fine for defaming a religious group (article 32 of 1881 Law). Don’t let the name ‘‘1881 Law’’ mislead you: This is no dusty relic from a bygone authoritarian age, it’s only that every new speech restriction is incorporated into that old law of 1881, and although the law looks old on the face of its name the repression is very much alive.

As to your quote. If a group, meaning here not a group of people in the street but a community, i.e., for a religious group, a community cemented by faith, can be defamed, then your definition of libel is void as far as French law is concerned. France shows the way toward repression.

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Dans le futur, après la chute, des chercheurs s’interrogeront sur ce qui est arrivé à la France quand des intellectuels se sont mis à dire publiquement leur haine à la fois du féminisme, des musulmans, de l’écologisme et du peuple. En somme de l’égalité. (Edwy Plenel)

Ils se demanderont aussi pourquoi, alors que chaque nouvelle majorité politique aggravait solennellement (et même rituellement) la législation contre les « contenus haineux », le procureur ne se saisissait pas des contenus haineux répandus par ces mêmes intellectuels médiatiques.

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Valeurs Actuelles, le journal choisi par le Président de la République pour une interview exclusive, se félicite (tweet du 15 novembre) des records d’audience sur Cnews d’une personne condamnée en justice pour ses propos haineux.

Bon barrage à tous.

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Le contentieux administratif des blessures causées par les forces de l’ordre

Il faut saisir le juge administratif d’une demande d’indemnisation sur la base d’une responsabilité de l’État pour blessures.

i/ Responsabilité sans faute

Le requérant n’a pas besoin de prouver une faute des forces de l’ordre si : 1/ celles-ci ont fait usage, au cours de l’opération ayant causé les blessures, d’armes dangereuses (Les GLI-F4 sont considérées comme des armes de guerre : « Les grenades GLI-F4 sont classifiées en tant qu’armes de guerre dans le Code de la sécurité intérieure » Wkpd) et 2/ la victime est une personne tierce à l’opération.

Les grands arrêts de principe du Conseil d’État sur la question : Responsabilité de l’État engagée sans faute à prouver : – en cas d’usage d’armes dangereuses : arrêt Consorts Lecomte, CE 24 juin 1949 ; & – la victime est une personne non visée par l’opération, Dame Aubergé, CE 27 juillet 1951.

(Dans le cas d’une opération de maintien de l’ordre au cours d’une manifestation, il semble évident qu’un journaliste est « tiers à l’opération ». Mais je considère, comme je l’ai déjà écrit sur ce blog, que poser en principe qu’un manifestant ne pourrait revendiquer la qualité de « tiers à l’opération » en cas de blessures lors d’une opération de maintien de l’ordre dans une manifestation, serait problématique, car cela viderait de son sens la notion de « personne tierce » dans la mesure où les personnes visées par une opération de police sont normalement individuellement déterminées et où sont donc « tierces » toutes celles qui ne sont pas ces individus-là ; si tout manifestant était visé par principe dans le cadre d’une opération de maintien de l’ordre en manifestation, le critère précédent ne s’appliquerait plus, le groupe de manifestants se substituant aux personnes.)

ii/ Responsabilité en raison d’une faute commise par un agent

Dans le cas du dernier éborgné en date, Manu (qui a perdu son œil lors de l’Acte 53 des Gilets Jaunes), il est évident, puisqu’il existe une vidéo de l’impact, qu’un expert pourra dire si la grenade lacrymogène a été tirée par son arme propre, le fusil destiné à tirer ce genre de grenade, ou si elle a été lancée à la main, au lance-pierre ou à l’arbalète. (Cela devrait même être possible d’après l’examen des blessures.)

La vitesse et la trajectoire horizontale excluent selon moi l’hypothèse d’un jet à la main : le projectile sort du canon d’une arme. Sur un plateau télé, un policier rappelle qu’en cas de tir d’une grenade lacrymogène au fusil la trajectoire doit être parabolique. Si le juge constate à la vidéo que le projectile sort du canon d’une arme, il constatera par conséquent en même temps que le tir enfreignait les consignes d’utilisation de l’arme. Si le tir a enfreint les consignes d’utilisation, il y a faute, et la responsabilité de l’État est donc engagée pour blessures devant le juge administratif en raison d’une faute de l’agent (faute de service ou bien faute personnelle non dépourvue de tout lien avec le service).

À moins qu’un manifestant ait arraché son fusil des mains d’un agent et s’en soit servi… Aucun signalement n’ayant été fait en ce sens, le tir tendu, si le juge administratif constate que c’est un tir d’arme, est la faute d’un agent de l’État. La responsabilité de l’État est par conséquent engagée.

iii/ Saisir le juge administratif et pas seulement la juridiction pénale

a)

Les poursuites pénales doivent identifier un individu responsable mais pas les poursuites en responsabilité de l’État devant le tribunal administratif puisque l’État peut être reconnu responsable même sans faute d’un agent. Si la « faute de service » ou la « responsabilité sans faute » peut être retenue, je ne vois pas le juge exiger de connaître le tireur.

Je constate que les victimes des manifestations de Gilets Jaunes se tournent vers des avocats de droit privé : ces derniers ne savent rien ou presque du droit administratif et semblent en tout cas ignorer les possibilités d’action en responsabilité de l’État.

« Les affaires de Flash-Ball devant la juridiction administrative ne sont pas légion. La voie devant le juge pénal étant systématiquement empruntée, les requérants ont rarement actionné le juge administratif. » (Article Dalloz 17.7.2018 La responsabilité de l’État pour l’utilisation d’un Flash-Ball x)

Or la cour administrative d’appel (CAA) a condamné le 5 juillet 2018 l’État à la suite d’un tir de flash-ball (LBD) d’un policier qui avait blessé un mineur à l’œil au cours d’une manifestation. Cette jurisprudence doit selon moi s’appliquer aussi aux GLI-F4 et autres. L’article rappelle la jurisprudence relative aux grenades lacrymogènes mais l’arrêt (un arrêt technique) date des années cinquante. Le LBD serait une « arme dangereuse » (selon la CAA de Nantes) mais pas les GLI-F4 apparues en 2011 et contenant de la TNT ? Impossible.

b)

Quand les avocats de droit administratif parlent des Gilets Jaunes, ce n’est pas pour dire à ceux-ci qu’ils peuvent se faire indemniser par le juge administratif la perte d’un œil mais pour dire aux commerçants qu’ils peuvent se faire indemniser une vitrine…

« Responsabilité sans faute de l’État [vis-à-vis notamment des commerçants dont les commerces ont subi des dégradations] du fait des attroupements ou rassemblements. »

« Sans faute », cela veut dire, en gros, une indemnisation automatique en cas de recours. Ça, c’est pour la vitrine. Pour l’oeil d’un Gilet Jaune, ce n’est pas encore gagné…

Vu que les commerçant souscrivent des assurances tous risques, pour peu qu’ils fassent un recours devant le juge administratif pour vitrine brisée après un acte Gilets Jaunes, l’assurance privée plus l’indemnisation judiciaire, cela peut même être une aubaine. Qu’est-ce qui l’empêche ?

c)

Quand comprendrez-vous que face aux provocs des giléjones, on est dans la légitime défense et que ça devient compliqué ? (mevely11)

Votre point de vue peut se défendre mais le procureur qui vient de requérir contre un agent des forces de l’ordre trois mois de prison avec sursis pour avoir jeté un pavé dans une manifestation de Gilets Jaunes ne paraît pas avoir vu de la légitime défense dans ce geste. Attendons de savoir ce que dira le juge.

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Pardon de pas avoir les mêmes évidences immédiates que ceux qui vont chaque jour sur les médias mainstream, mais on voit bien que ce n’est pas sur ces médias que les gens apprennent à défendre leurs droits.

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Facebook is said to be too lax as to speech police. Lately, a famed clown said they would have let Hitler do his propaganda on the platform. Yet the Weimar Republic had repressive hate speech laws and a few Nazis were tried for hate speech, before takeover.

The evidence points to the likelihood that the next party in power in France will be the Islamophobic RN (there are already clear Islamophobic trends in the current government), despite harsh hate speech legislation that includes religious libel laws.

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Rares les artistes qui ont osé défendre les Gilets Jaunes. (Gladiator)

Les artistes qui défendent les Gilets Jaunes grillent leurs chances de tourner dans des spots de pub bien payés (pour des pâtes, du savon, des balayettes…).

J’aurais voulu être un artiste
pour aider à vendre des croquettes pour chien  🎶

« Ces succulentes croquettes, je les ai goûtées : ce sont les meilleures ! »

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La publicité, ce truc qui n’existe dans aucune théorie économique…