TW22 A First-Amendment Revolution

Twitter Anthology Aug-Sep 2019

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What France needs is a First-Amendment revolution.

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We need answers. Lots of them. (Alexandria Ocasio-Cortez, commenting headline ‘Jeffrey Epstein Dead in Suicide at Jail, Spurring Inquiries’)

Congress getting answers supposes that a significant part of its male members be not in Epstein’s files. Nor the spouses of female Congress members.

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If Epstein was murdered, the culprit is his successor.

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Le #DeepState (État profond) pour les nuls. Aux États-Unis, les élections entraînent un renouvellement des postes de la haute administration aux couleurs de la nouvelle majorité politique : c’est ce qu’on appelle le spoils system ou système des dépouilles. La bureaucratie qui échappe à ce mouvement est le Deep State.

La France est un Deep State total [exception faite de la poignée d’« emplois supérieurs à la discrétion du gouvernement »].

Par conséquent, n’essayez pas d’importer le concept de Deep State pour parler de la France. Vous vous ridiculiseriez comme ceux qui parlent de « politiquement correct » alors que le #politicallycorrect #PC est une régulation de la parole sans juge. En France, on régule la parole par amende et prison. Rien à voir.

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Quand la France choisissait un écrivain pour ses billets de banque (le 50 francs de 1993 à 2001), c’était… le Pilote de guerre Saint-Exupéry. Ça plus le défilé militaire du 14 juillet : c’est moi ou il y a un fil rouge ?

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#JeNeSuisPasLePrésidentDesRiches

La preuve, c’est que, quand je suis allé manger dans une pizzeria (menu à 27€), mes amis des médias ont trouvé ça tellement original et amusant !

La preuve, c’est que le kwassa-kwassa pêche peu, il amène du Comorien, c’est différent.

Seulement ça devient les dix petits nègres.

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En droit français, une injure par un média est une satire, une satire par un twittos est une injure.

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La différence entre les États-Unis et l’ex-URSS, c’est que les États-Unis ont connu le communisme sur leur sol : les communautés New Harmony (Owen), Icarie (Cabet), Brook Farm (phalanstère), etc.

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Hong Kong #antiELAB protesters adopt the name #UmbrellaMovement (same as 2014). It reminds me of ‘la révolte des ombrelles,’ the Umbrella Revolt of July 1942 in Cambodia, which started the independence movement from French rule in the country.

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Toute personne (éditeur…) qui réédite un classique comportant des propos condamnables aux termes de la loi actuelle devrait être poursuivie (avec prescription courant à partir de la réédition). Ce qui démontre l’insanité de notre droit.

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Quoi de plus stupide que ce nom de « droit de la presse » pour des textes qui vont jusqu’à condamner des propos tenus en privé ?

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Quand Diogène le Cynique dit à l’empereur Alexandre : « Ôte-toi de mon soleil », le plus étonnant est que nul procureur ne se soit saisi pour outrage au chef de l’État. Autres temps, autres mœurs.

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La Belgique a un parti politique ISLAM (Intégrité Solidarité Liberté Authenticité Moralité) qui défend les intérêts des Musulmans belges. Or la Belgique compte 6 % de Musulmans contre 7,5 % pour la France (ce qui est le plus haut pourcentage en Europe de l’Ouest [après Chypre, 22,7 %]). Mais en France aucun parti de ce type n’existe. Pourquoi ?

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Comme aux États-Unis, il existe au Danemark, pays membre de l’Union européenne, un parti nazi légal et ce parti se réclame du NSDAP allemand. En quoi cette démocratie se porte-t-elle moins bien que la démocratie française où je ne suis même pas sûr de ne pas être poursuivi pour apologie du nazisme à cause de ce tweet ?

Comparons le Danemark et la France à l’aide des indices internationaux pertinents (2018) :

Democracy Index DK 5e FR 29e
Human Freedom Index DK 6 FR 32
Press Freedom Index DK 5 FR 32

Le pays où le parti nazi (Danmarks Nationalsocialistiske Bevægelse) est légal est de loin le plus démocratique et libre.

[Un mot sur ces indices qui tendent à revenir régulièrement sur ce blog et dont certains lecteurs pourraient contester la validité. Ils ont le mérite d’exister. Et comme les chiffres ici indiqués pour les deux pays le montrent, leurs classements tendent à converger, alors que ces indices sont calculés par des organisations différentes : le Democracy Index émane d’intérêts privés par le biais de la société The Economist Intelligence Unit, les deux autres de la société civile, à savoir le Human Freedom Index conjointement du Cato Institute, du Fraser Institute et du Liberales Institut à la Friedrich-Naumann-Stiftung für die Freiheit, et le Press Freedom Index de l’ONG Reporters sans frontières.]

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#HomardGate Un rempart de homards contre l’extrême-droite.

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Le CSA (Conseil supérieur de l’audiovisuel) met en garde LCI pour les propos islamophobes de Zemmour. (France-Soir)

Le procureur s’est-il saisi ou bien n’attaque-t-il que les pauvres et les sans-nom ?

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Le CSA rappelle LCI à l’ordre, suite aux propos de Zemmour en février dernier. Très bien. Et après ? Les journalistes continueront-ils de se taire lorsque des propos islamophobes sont proférés sur leur plateau ? (CCIF [Collectif contre l’islamophobie en France])

Si le procureur ne se saisit pas, vous pouvez, en tant qu’association, porter plainte, pour –selon la nature des propos– injure envers un groupe de personnes en raison de leur religion ou incitation à la haine envers un groupe de personnes en raison de leur religion. Vous aurez pour vous le témoignage du CSA.

La prescription pour ce type de délit étant d’un an, vous avez jusqu’à février 2020 pour déposer une plainte. N’hésitez pas car d’autres n’hésitent pas.

J’ai commencé par dire « Si le procureur ne se saisit pas » mais l’un n’empêche pas l’autre. N’attendez pas de savoir si le procureur se saisit d’office, comme il peut le faire sur ce genre de délit, mais attaquez en justice.

Au cas où vos statuts en tant qu’association ne vous permettraient pas de porter plainte dans une telle affaire, il faut alors faire un signalement au procureur et lui demander de se saisir d’office.

Quand une plainte sera déposée ou le procureur se sera saisi, l’intéressé sera convoqué pour une audition à la police, puis recevra une citation à comparaître devant le tribunal correctionnel ; il peut encourir une peine d’un an d’emprisonnement et 45.000€ d’amende.

Passer par le CSA n’était pas nécessaire mais son avis ne peut que rendre une plainte recevable (si vos statuts le permettent) ou contraindre le procureur à se saisir d’office à partir du signalement qui lui sera fait.

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Les révolutionnaires du Tchad, documentaire de Raymond Depardon en trois parties, 1970-75-76, sur le Frolinat (Front de libération nationale du Tchad) d’Hissène Habré.

Un contingent français a été envoyé combattre le Frolinat de 1968 à 1971 à l’insu de l’opinion française. L’opération est un échec. Depardon dit que 200 soldats français y laissèrent la vie, « dans l’anonymat ».

L’otage française du Frolinat Françoise Claustre est interviewée par Depardon. Extraits : « Le gouvernement français ment. » « Jamais je n’aurais pensé que le gouvernement français soit si lâche. » Un tel reportage est-il pensable aujourd’hui ? Médias ou merdias ?

Stéphane Hessel d’#IndignezVous, qui était alors diplomate, est cité par Françoise Claustre dans l’interview : « M. Stéphane Hessel est venu mais ça n’a rien donné. Une fois que le Tchad a fermé la porte aux Français, les Français s’écrasent. Lâchement. » Il y avait de quoi s’indigner, là, non ?

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Ceux qui disent que le Coran est violent n’ont pas lu la Bible.

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Le président de la France a dit (en off mais c’est sorti) que, face à Poutine, « on est des pitres ». Nous sommes prévenus : il ne veut pas être un pitre mais un Poutine.

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It isn’t enough that First Amendment law be protected in the United States. America’s alliance and support must be made conditional on First Amendment constitutional reforms, for instance in E.U. countries, where there’s hardly any constitutional review worth the name in many cases.

In one country, constitutional control is the task of a council (Conseil constitutionnel) where former legislators sit, so these guys may be asked to control the constitutionality of bills they passed and that actually bear their names! (To hell with ‘Nemo judex in causa sua’ [could be their motto].)

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La corrida de la mort

Deux ministres à une corrida et c’est un scandale. Ça suffit ! Qu’on le veuille ou non, la corrida fait partie de notre patrimoine… et à ce que je sache, ce n’est pas illégal. (Éric Brunet, journaliste)

Si c’était illégal, il n’y aurait pas seulement un scandale mais aussi un procès.

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La nouvelle de Jack London La Folie de John Harned est le plus brillant et le plus beau plaidoyer contre la tauromachie. Ceux qui la lisent et continuent de ne pas avoir honte sont très… « forts ».

Extraits :

Ce doit être, alors, un goût cultivé artificiellement, répondit John Harned. À Chicago [aux abattoirs], nous tuons tous les jours des taureaux par milliers, mais personne ne voudrait payer pour assister à ce spectacle [à une corrida].

Ne savons-nous pas tous que, vingt-quatre heures durant, on prive d’eau la pauvre bête et qu’immédiatement avant la course on lui en donne à satiété ?
— De sorte qu’il entre dans l’arène alourdi par l’eau ? fit brusquement John Harned ; et je vis qu’il avait l’œil très gris, très froid et perçant.
— C’est une précaution indispensable pour le sport, répondit Luis Cervallos.

Vous aimez les taureaux, à ce que je vois ? dit Maria Valenzuela avec un sourire forcé.
— Je les préfère en tout cas à ces hommes-là, riposta John Harned. Un toréador n’est pas brave. Voyez ! Le taureau tire déjà la langue, il est fatigué avant d’avoir commencé !

C’est très simple, déclara Luis Cervallos. Le taureau ferme les yeux en chargeant. Donc…
— Donc, interrompit John Harned, l’homme n’a qu’un pas à faire pour s’écarter de son chemin, et le taureau passe à côté… (…) Mais les vaches, elles, ne ferment pas les yeux. Je possède chez moi une vache de Jersey, une bonne laitière, qui aurait vite raison de toute cette bande-là.
— Mais les toréadors ne se battent pas avec des vaches.
— Non, fit John Harned, ils en ont peur.

Pauvre bête ! (…) D’abord, on le gonfle d’eau ; puis les toréadors l’épuisent en se relayant. Pendant que les uns le fatiguent, les autres se reposent. Mais on n’accorde aucun répit au taureau. Quand il est à bout de forces, le matador vient lui plonger son épée dans le corps.

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Le 10 janvier est la fête nationale du vaudou (ou vodoun) au Bénin 🇧🇯

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Hate speech laws are insanely undemocratic because they repress disparagement only as directed to some as if the others were less sensitive to it. #GodBlessAmerica (I live in E.U.)

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De Gaulle président faisait condamner à tour de bras des opposants pour offense au chef de l’État (une incrimination supprimée après condamnation de la France par la Cour européenne des droits de l’homme en 2013) mais sinon, hein, quel grand homme.

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Il y en a, on dirait qu’ils ne connaissent que la Corée du Nord ou le Venezuela, pour comparer la France, et qu’ils n’ont jamais entendu parler de la Norvège, de la Suède, des Pays-Bas, de l’Irlande, de tous les autres voisins de la France loin devant elle au Democracy Index.

En France, le pouvoir dit au peuple : « Souriez, vous pourriez être en Corée du Nord ou au Venezuela. » En Norvège, en Suède, au Danemark, aux Pays-Bas, en Irlande etc. etc. (chez nos voisins), le pouvoir dit : « Souriez, vous pourriez être en France. »

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L’Antifa

Quand il dit qu’il combat le fascisme, tout le monde lui sourit et lui fait des clins d’oeil. Quand il dit qu’il combat le capitalisme, on hausse les épaules ou on le regarde de travers. Il faut le comprendre…

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« Les exhortations à combattre le fascisme au nom de la démocratie sont un leurre destiné à faire oublier au prolétariat que son véritable ennemi est et reste le système capitaliste. » Wkpd Amadeo Bordiga (1889-1970)

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Icy Green

Greenland Shirt 2019 by the National Republican Congressional Committee (NRCC) Source (“Give a gift of $25 or more and we’ll send you our new limited-edition shirt!”)

Sa proposition sur le Groenland rejetée, Trump repousse une rencontre avec la première ministre du Danemark. (LeHuffPost)

Les États-Unis ont déjà une base militaire de plus de 3.000 km2 au Groenland : « Le territoire de 3000 km2 qui assurait depuis des millénaires la subsistance de ce peuple de chasseurs était réquisitionné pour agrandir la base militaire américaine installée en 1951. » (Article de LibérationDroit au retour : les Inuits de Thulé en appellent à Strasbourg, du 26 mai 2004) Ce que les autorités danoises se gardent bien de rappeler.

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I can’t find the surface of Thule Air Base in Greenland although I’ve read Danish authorities forcibly took 3,000 square kilometers from Inuits for the U.S. base.

Please someone give us the figure for the surface of Thule Air Base in Greenland (“autonomous country of the kingdom of Denmark”). I want to be sure it isn’t the whole surface of Greenland already.

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A couple of Danish politicians have made fun of Trump’s #GreenlandPurchase idea, drawing huge attention on them in this way, but the truth is that the story of Denmark in Greenland is one of colonial abuse:

Greenland Reconciliation Commission finds colonization did ‘a lot of damage.’ (CBC News, Jan 4, 2018)

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Pia Klemp ❤️

Captain Pia

Pia Klemp, capitaine du bateau Sea Watch, refuse la médaille de la Ville de Paris. (Le Parisien)

[Extraits de la lettre de Pia Klemp motivant son refus.] « Votre police vole les couvertures de gens contraints de vivre dans la rue, pendant que vous réprimez des manifestations. » « Nous n’avons pas besoin de pouvoirs décidant qui est un ‘héros’ et qui est ‘illégal’ »

Et vlan !

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Petite erreur de traduction de l’anglais au français dans la lettre de Pia Klemp. [La lettre est accessible en ligne en anglais et en français ; je pense qu’elle a été écrite par Pia en anglais, puis traduite par elle ou ses amis en français, par égard pour la mairie de Paris, capitale de la France.]

« It is time we cast all medals into spearheads of revolution! » est traduit par «  Il est temps que toutes les médailles soient lancées comme des fers de lance de la révolution ! »  Il faut lire : que les médailles soient fondues en fers de lance. L’idée exprimée par Pia est de fondre les médailles dans un fourneau ou creuset pour en forger des fers de lance (de la révolution). C’est poétique et beau.

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Disgusted to see that the hashtag #PiaKlemp, in homage to the captain of the Sea Watch 3, isn’t trending in spite of her refusing the medal vermeil offered by political wrecks.

Looks like people only aim at one thing in life: A medal.

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La #bravitude de Pia Klemp est bien mal récompensée quand, après avoir refusé la médaille en vermeil (en vermeil !) de Mme la mairesse, elle n’a pas droit à une haie d’honneur sur Twitter.

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#SOS Mairie coule à pic après passage #SeaWatch3 #PiaKlemp

(Merci de ramasser vos déchets en plastique avant de quitter la plage à la fin.)

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Politicianism

A lawmaker in New Zealand brought his baby to parliament after coming back from paternity leave. The House speaker babysat for him during a debate. (AJ+)

Can I do the same at my job and say there’s a Zealand politico did it? Indecent politicianism.

They are insulting their constituents, who have no right under the bills they pass to do the same as them here!

Their constituents must struggle with the finding of and paying huge sums for kindergartens!

HOT TIP Register your child New Zealand has lots of ECE services, but demand is high. Places can be hard to get, especially in the bigger cities and towns. So check early that the pre-school you are interested in has room for your child.” (newzealandnow.govt.nz “Page last updated: 16/05/2019”)

Good luck.

“Especially in the bigger cities and towns.” Cities are bigger than towns so the lingo means: Places are hard to get in cities and even in towns. Remains the country but there people are used to driving long distances so no one bothers tell them they will for babysitting too.

It’s cute how you think you know more about NZ than actual NZers because of a line on a website. What an ego. (Cate O.)

For one thing I translated contemporary Maori poetry from NZ and I invite NZers to read those poets and poems like Forked Tongues, Our tupuna remain, Comparatively speaking there is no struggle, Zigzag Roads, and others with similar social content. (Here and here in French translation)

What’s cuter in my eyes is that a NZer deems a website from NZ government such a distorsion of truth that a foreigner should consider it garbage.

[And in further reply to a couple of indignant comments based on the dignified ones’ own experience:]

I have no doubt a petty bourgeois experience is a thing. I don’t mean to be harsh but what amazes me is that when your government says demand is high and places can be hard to get, you and others say “No, it’s very easy and proof is… me (and my neighbors too).”

[Then this exchange on my translation skills:]

Your poetry translation fails to give the tribal affiliation of the poets. Even a NZ rock can see you read the words but you don’t really get it. Also, you translated from one colonial language to another. You don’t even know te reo! Haere atu! (papango)

Tribal affiliation would be of little relevance for unspecialized francophone readership. The poetry was written in English and I made no attempt at making believe I know te reo [Maori language].

When I write “contemporary Maori poetry” you read “poetry in Maori,” ignoring that: “As far as Māori literature can be said to exist, it is principally literature in English dealing with Māori themes” (Wkpd NZ lit.) Had I translated te reo I’d had said so. You’re a fraud.

You’re using Wikipedia to tell me about whether or not my own literature exists? You don’t even know enough about this country to know our lit, your supposed area of expertise, and you’re convinced you know the country better than the people who live here. You egg. (papango)

I quoted a source you can check. In the context “As far as Māori lit can be said to exist, it is principally in English,” “contemporary Maori poetry” means “in English”: I didn’t have to be specific as it’s the unusual that must be specified, not the previsible. You had no clue.

Besides, you admitted failing your French class [“Happily, although you should know that I base my entire view of your nation on a section of poems I translated in high school French (which I failed) and will be very very upset with anyone who lives there trying to tell me it’s in any way different to what was in those.“] and, as the original English poems aren’t on my blog, where did you read them? You simply can be no judge of my translations and antagonize me gratuitously.

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Un Français ne peut pas comprendre les États-Unis sans les étudier de manière approfondie. Quand il entend dire que telle loi a été votée là-bas, il imagine que c’est plié, comme en France, mais aux États-Unis toute personne peut faire casser la loi devant une cour de justice pour inconstitutionnalité. Une loi fédérale, par exemple, est soumise au contrôle de n’importe quelle cour fédérale (cours de district, cours d’appel fédérales), dont le système est chapeauté par la Cour suprême.

Les questions prioritaires de constitutionnalité #QPC introduites en France par révision constitutionnelle en 2008, censées aller dans le même sens, reposent sur un Conseil constitutionnel où siègent d’anciens législateurs au mépris du principe « nul ne peut être juge et partie » (Nemo judex in causa sua).

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Notre actuel Président n’invente rien. « Le Président de la République est garant de l’indépendance de l’autorité judiciaire. » (article 64 de la Constitution) Vous le voyez, le problème, ou pas ?

Cela fait soixante ans que cet article existe. Toujours fiers d’être Français ?

Vous ne voyez toujours par le problème ? Un indice : « Toute société dans laquelle la garantie des droits n’est pas assurée, ni la séparation des pouvoirs déterminée, n’a point de Constitution. » (Article 16 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789) Et maintenant ?

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Amazonas Grand Hotel

Amazon forest fires extend plantation and mining areas as aimed by Brazilian government.

Forestal destruction is also required by Solid State Entity i.e. autonomous AI located in hardware, to which humidity needed by biological organisms, including humans, is adverse. SSE needs a dry desert.

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As deforestation of Amazonia has always been on Bolsonaro’s platform, #AmazonFires are, if he didn’t start them, providential for him and the people he serves. After the fires are over, I guess he won’t “re-forest” but plant soybean and open mines as he said he would on deforested areas.

Yet I think Bolsonaro may have started the fires, precisely because deforestation has been on his political platform. For everybody knows political platforms are the most invisible thing in the world.

“Would I have started fires criminally after saying I’d deforest within the law, signing the needed decrees? It can’t be me, it’s NGOs in order to ruin my government’s reputation.” Yet fires started criminally have no culprit unless found by investigators. That’s the difference with legal deforestation.

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Il paraît que les États-Unis sont le pays où les gens se font des procès pour un oui ou pour un non. En France, c’est l’État qui fait ça.

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Race et religion en « droit de la presse » : kif-kif bourricot

Il n’est pas raciste de s’en prendre à une religion. (Henri Pena-Ruiz, philosophe)

Ce n’est pas ce qui dit la loi, qui peut faire condamner quelqu’un à un an de prison pour injure ou provocation à la haine envers « un groupe de personnes (pas seulement « une personne ») à raison de leur religion ». Autrement dit, ce n’est pas raciste de s’en prendre à une religion car une religion n’est pas une race ; c’est quand même, aux termes de la loi, haineux.

Il est malhonnête [de la part de tels ou tels (journalistes ?) auxquels Pena-Ruiz s’en prend dans ce tweet] de ne citer que le bout de phrase « on a le droit d’être islamophobe ». Je vous invite à regarder la vidéo de la conférence.  (Henri Pena-Ruiz)

Je ne vois pas comment on aurait le droit d’être islamophobe alors qu’il existe un délit d’injure envers un groupe de personnes à raison de leur religion et un autre d’incitation à la haine envers un groupe de personnes à raison de leur religion.

Le délai de prescription pour ces délits n’est pas l’immuable délai de trois mois du droit de la presse, mais un an. Et le procureur peut décider de poursuites de son propre chef (ou celui du pouvoir exécutif dont il dépend) sans qu’il y ait de plainte, et ce alors même que des associations agréées ont de droit la qualité à agir pour porter plainte.

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Élisabeth Badinter : « Il ne faut pas avoir peur de se faire traiter d’islamophobe. » (France Inter, tweet du 6 janvier 2016)

Ça revient à dire qu’il ne faut pas craindre d’enfreindre la loi :

« injure envers un groupe de personnes à raison de leur origine ou de leur appartenance à une ethnie, une nation, une race ou une religion déterminée, à raison de leur sexe, de leur orientation sexuelle ou de leur handicap » (article 33 de la loi de 1881). + le même article pour incitation à la haine (article 24).

Après Badinter, Pena-Ruiz et d’autres continuent avec « on a le droit d’être islamophobe » alors que les articles 24 et 33 de la loi de 1881 incluent la religion. Comme ils ne veulent pas l’abrogation de ces articles (rien ne laisse supposer qu’ils la souhaitent, comme de mon côté je le demande), ils cherchent à en exclure les Musulmans. Les autres y ont droit mais pas les Musulmans !

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Citez-moi un propos qui serait islamophobe et licite, sans être de l’injure ou de l’incitation « envers un groupe de personnes à raison de leur religion ». Merci d’avance.

« Hijab et niqab sont misogynes » « la lecture littéraliste du coran conduit au fanatisme et à une vision rétrograde des rapports homme-femme » « une partie des faits décrits dans le coran ne sont qu’affabulations » « le coran incite à la haine envers les athées et les agnostiques » (philip KA)

Si j’étais une association agréée, je porterais plainte contre de tels propos. Un juge peut tout à fait penser qu’ils sont illicites. Misogyne et rétrograde sont des insultes. Dire que l’islam incite à la haine est une incitation à la haine.

La religion étant, par ces articles de loi, protégée au même titre que la race, l’ethnie, etc, si j’ai le droit de critiquer une religion sans que ce soit une injure ou une incitation, alors j’ai le droit de critiquer une race, une ethnie, etc, sans que cela le soit. Là aussi, des exemples ?

Ces articles posent le principe que des communautés déterminées par les catégories énumérées sont protégées par la loi. On parle d’ailleurs de minorités protégées (protégées par des peines aggravées par rapport à l’injure ou à l’incitation à la haine simples). On pourrait donc même dire que la critique envers une telle minorité est une incitation à la haine par définition de la loi. C’est pourquoi je demande des exemples de critiques envers ces minorités qui ne soient pas de l’insulte ou de l’incitation. Ceux qui, comme Pena-Ruiz, parlent de cette distinction comme d’une réalité, ont une représentation fausse de la liberté de parole dans notre droit et, partant, dans notre société.

Libre à vous de penser que le salafisme et le wahhabisme n’ont pas une vision rétrograde des rapports entre les deux sexes. Au vu des conditions de vie des femmes dans les pays où cette lecture littéraliste impose son ordre social, il n’y a pas vraiment discussion… (philip KA)

Le sujet, c’est la loi française. Même si ce que vous dites était vrai, en injure ou incitation à la haine, “truth is no defense” (formule du droit anglo-saxon qui s’applique ici). (En diffamation, c’est différent.) Vous pouvez poursuivre un ou des Musulmans qui s’expriment pour injure envers les femmes (article 33 « injure envers un groupe de personnes à raison de leur sexe ») mais dire que l’islam est misogyne, c’est (en vertu du même article 33) une « injure envers un groupe de personnes à raison de leur religion ».

[En réalité, mon interlocuteur a en partie changé son fusil d’épaule : au lieu de parler d’islam, il évoque certains courants de l’islam, le salafisme et le wahhabisme, pour que son propos porte non pas sur une religion, c’est-à-dire sur un « groupe de personnes à raison de leur religion », mais sur une ou des idéologies, le juge répressif ne connaissant pas de « groupes de personnes à raison de leur idéologie ». Le lien de ces idéologies à l’islam aurait pu être laissé dans le vague, mon interlocuteur aurait pu ne pas dire s’il considère ces idéologies comme consubstantielles à l’islam, comme devant en naître nécessairement, et ç’aurait été de bonne guerre. Il qualifie cependant ces idéologies de « lecture littéraliste » au sein de l’islam, ce qui revient à disculper l’islam lui-même des propos tenus sous l’empire de ces idéologies.]

iv

La phrase « L’islam est une religion, pas une ethnie » montre votre ignorance de la loi, puisque la loi protège la religion au même titre que l’ethnie, la race, etc.

Insulte et critique de la religion n’ont rien à voir, c’est bien pour cela que les gens comme vous sont dangereux avec leurs amalgames. (Marie-France B.)

Donc on peut critiquer une race si ce n’est pas une injure ou une incitation à la haine ? [C’est le même argument que j’ai avancé précédemment : « La religion étant, par ces articles de loi, protégée au même titre que la race, l’ethnie, etc, si j’ai le droit de critiquer une religion sans que ce soit une injure ou une incitation, alors j’ai le droit de critiquer une race, une ethnie, etc, sans que cela le soit. Là aussi, des exemples ? »]

Droit au blasphème qui est reconnu en France et que vous voulez faire passer pour de « l’islamophobie ». (Marie-France B.)

Il existe en France un contentieux des films « blasphématoires » : TGI Paris 22.9.1988, 1e civ. 29.10.1990 cf. J-M Denquin, Sur les conflits de liberté, 1981. Une jurisprudence dite « équilibrée ». Ma source (B. Beignier) dit également que le décret du 27 mars 1992 interdit « l’utilisation de moyens susceptibles de choquer les sentiments religieux » dans la publicité. Compte tenu de ces éléments, je ne vois pas d’où sort ce « droit au blasphème » que vous invoquez.

Le concept d’islamophobie n’existe pas en droit, certes. Seulement si vous croyez que cela vous permet de vous exprimer librement sur une religion, vous vous trompez.

[Mon interlocutrice alors de publier deux extraits, dont le premier est tiré d’un article de Libération, extrait sans mention de date :]

Conscients de cette distorsion entre le droit international et leur droit interne, plusieurs États, sous l’impulsion de l’Organisation de la coopération islamique (OCI), ont tenté d’obtenir au Conseil des droits de l’homme de l’ONU, en 2011, une résolution qui reconnaîtrait l’interdiction de la diffamation religieuse. Cette tentative a échoué. (Libération)

La France n’a nul besoin d’un délit de « diffamation religieuse » puisqu’elle a l’article 33 précité. Cet article est même plus répressif que ce que serait un tel délit, car en diffamation on peut invoquer une « exception de vérité » (exceptio veritatis) tandis que pour une incitation ce n’est pas prévu. Pour l’injure et l’incitation, il ne sert juridiquement à rien de se défendre en disant « Ce que j’ai dit est vrai ». Le juge ne se prononce pas : la loi française protège l’islam, c’est tout ce qu’il sait. Dire que l’islam, par exemple, incite à la haine, même si c’était vrai, n’exclurait pas que cette parole est une incitation. Si un Musulman incite à la haine par ses propos ou ses écrits, il peut être poursuivi et condamné, mais l’islam, à titre de religion, est protégé : dire que l’islam incite à la haine est donc une incitation à la haine envers les Musulmans.

S’il existait un délit de « diffamation religieuse », le prévenu pourrait invoquer la fameuse exception de vérité, et le juge pèserait l’argument. L’article de Libération, du moins l’extrait, fait croire que la France, en refusant ce délit, reste libérale, alors que c’est tout le contraire. La demande de l’OCI concernait des pays où la religion n’est pas une catégorie dans les hate speech laws nationales, et ne visait donc pas la France qui lui donne déjà pleinement satisfaction, et même au-delà. Même en droit de common law, le libel (diffamation) fonctionne de la manière que j’ai indiquée : “truth is defense“. Si la démarche de l’OCI avait abouti, les pays de common law auraient été invités à adopter des lois de diffamation religieuse qui resteraient toujours plus libérales que ce que nous avons chez nous actuellement.

[Les difficultés sous-jacentes à ce qui vient d’être exposé sont sans doute la raison pour laquelle la notion de group libel (diffamation d’un groupe de personnes) n’a, aux États-Unis, après une première jurisprudence de la Cour suprême qui semblait l’admettre (Beauharnais v Illinois, 1952), finalement jamais connu d’autre application. Dans le cas du religious libel proposé par l’OCI, comment un juge pourrait-il prendre sur lui de déterminer avec l’autorité de la chose jugée la vérité de ce qu’est le contenu d’une religion, en particulier d’une religion qu’il ne pratique pas ? Si le juge entrait dans une telle démarche, il faudrait alors parler non de gouvernement mais de tyrannie des juges.]

[Le second article provient de l’Institut Montaigne, think tank de hauts fonctionnaires (extrait non daté) :]

En France, il est possible d’insulter une religion, ses figures et ses symboles, il est en revanche interdit d’insulter les adeptes d’une religion. L’introduction de ces nouveaux délits a entraîné des difficultés d’interprétation qui se sont matérialisées par des décisions de justice parfois douteuses. (Institut Montaigne)

Amusante, cette expression de « difficultés d’interprétation ». Pendant que d’autres pensent, nous nous demandons ce que la loi nous autorise à penser. Qu’est-ce qu’un pays ayant de telles lois peut offrir au monde ? Rien de bon.

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As public officials we can’t really sue, and just have to live with all the vile untrue things people say about us. (Ilhan Omar)

It is wise of U.S. law to make libel lawsuits hardly winnable for public officials, as an official’s career exposes him or her to public scrutiny as a matter of democratic values. People around the world envy the Americans for their wise jurisprudence.

Please note that in some EU countries public officials don’t have the scruples you here express about suing for libel, and they sue for libel, as national laws not only make the case winnable but also skew the judicial process to the officials’ advantage.

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Je soumets au #RIC (référendum d’initiative citoyenne) la loi suivante : interdire les tribunes officielles des stades aux élus et politiciens.

Ils gagnent un énorme capital de sympathie en fonction des scores des matchs de sport. Un gain indu qui détourne l’attention de l’exécution de leur mission. #GiletsJaunes

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Le droit français du racisme anti-Blanc

Je veux bien que le #RacismeAntiBlanc n’existe pas, seulement il y a déjà eu des condamnations au pénal. La loi parle de groupes de personnes à raison de leur origine, race, ethnie, nationalité, religion, handicap, sexe, orientation sexuelle… Elle ne dit pas « à raison de leur race à l’exception de la race blanche ».

Dire, comme l’humoriste australien (d’origine bangladaise) Aamer Rahman, que les Blancs ont une dette envers les races de couleur en raison de l’esclavage et de la colonisation, c’est, en droit français, même si c’est vrai, une incitation à la haine envers un groupe de personnes en raison de leur race. En injure et incitation, “truth is no defense“: le tribunal n’examine pas le reproche sous-jacent à l’injure/incitation, il se borne à constater qu’il y a injure/incitation, et la condamne. Accuser un groupe racial (les Blancs) de crimes (coloniaux) est une incitation à la haine. 🤷‍♂️

J’ai cité l’adage anglo-saxon parce qu’il est court mais en français ça donne ça : l’exceptio veritatis (exception de vérité) peut être invoquée en diffamation mais pas en injure, où la défense peut invoquer une excuse de provocation. Sauf qu’un « groupe de personnes » (abstrait) ne peut provoquer…

En droit français est une minorité protégée tout groupe de personnes « à raison de leur race », ce qui inclut la race blanche (articles 24 et 33 de la loi sur la presse) ; de même tout groupe de personnes « à raison de leur sexe » (mêmes articles), ce qui permettra demain d’exterminer judiciairement le féminisme.

L’expression « à raison de leur sexe » permet de comprendre que parler de minorité protégée n’a rien à voir avec la définition ordinaire de minorité. C’est une définition sui generis. La race blanche majoritaire est une minorité protégée. [Les sexes oscillent autour d’un ratio 50:50, donc des propos ou écrits sur un groupe de personnes à raison de leur sexe visent soit une moitié de la population, soit l’autre moitié ; il ne s’agit pas de minorités numériques.]

Si le droit français était féministe, il dirait que la loi protège de l’injure/incitation à la haine « les femmes », plutôt que « toute personne ou groupe de personnes à raison de leur sexe », ce qui inclut les hommes et les protège d’éventuelles incitations féministes à la haine.

De même, si, pour le droit français, il n’existait pas de racisme anti-Blanc, la loi ne parlerait pas de « personne ou groupe de personnes à raison de leur race », ce qui protège les Blancs au même titre que d’autres de l’injure et de l’incitation à la haine, par des peines aggravées.

Le droit français des « contenus haineux » peut (peut-être en réalité doit) servir à réprimer l’expression des minorités, et il se pourrait que ce soit déjà le cas. Les statistiques raciales officielles n’existant pas en France, on ne sait pas quels groupes raciaux ces lois punissent. Si, par exemple, 30 % des personnes condamnées à ce titre étaient maghrébines ou d’origine maghrébine (8-9 % de la population française), la loi française visant à protéger les minorités réprimerait proportionnellement plus une minorité que la majorité. L’État n’a pas de statistiques.

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Commet une faute l’employeur qui ne réagit pas lorsque son salarié se fait traiter de « Nain de Fort Boyard » par un client. Cour d’appel d’Aix-en-Provence, 11 octobre 2018. (Curiosités juridiques)

Puisque l’on ne peut pas se faire justice soi-même, pourquoi prétendre que l’employeur devrait faire justice à son salarié ?

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En France, la parole est libre de tout contenu.

Réflexions sur la philosophie transcendantale dans l’Opus postumum de Kant

Les lignes qui suivent sont un compte rendu partiel de l’Opus postumum : Passage des principes métaphysiques de la science de la nature à la physique de Kant (Presses universitaires de France, collection Épiméthée, 1986, traduction, présentation et notes par François Marty), œuvre relativement peu étudiée, ainsi qu’un ensemble de réflexions inspirées par une première lecture.

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L’idéalisme philosophique est peu plausible.

(Demande à ta mère, qui t’a connu de zéro à trois ans : tu ne savais pas encore que toi seul est le monde que déjà elle te torchait le cul.)

Tout comme Renan disait que, bien que l’on ne puisse prouver que les anges n’existent pas, l’humanité pensante a néanmoins adopté une forme de pensée qui se détourne de considérer leur existence, on pourrait dire que, même si l’on ne peut démontrer que l’idéalisme est faux, nous ne concevons tout simplement plus les choses de cette manière, et nous satisfaisons du matérialisme. (Nous nous en satisfaisons car les objections que l’idéalisme lui oppose sont sérieuses.)

Après la mort de Dieu et la mort de l’art, il faudrait donc ratifier la mort de la philosophie. Dans le matérialisme, la méthode scientifique est le tout de la pensée rationnelle. La spéculation philosophique extérieure à l’expérimentation et à la prédiction mathématique ne peut que créer de la confusion, voire engendrer des partis-pris nuisibles à la recherche objective.

Voici donc une tentative de défense de l’idéalisme.

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Kant a décrit sa philosophie comme un idéalisme transcendantal. Il a cependant distingué celui-ci du « système idéaliste (que moi seul je suis le monde) » (227) (par ce postulat se donne à connaître la forme la plus extrême de l’idéalisme, le solipsisme), en ce qu’il ne nie pas la réalité externe d’une chose en soi distincte des phénomènes que nous intuitionnons. Cependant, dès lors qu’il ne reconnaît pas au monde matériel que nous intuitionnons la qualité de chose en soi, indépendante de nos représentations, le kantisme ne peut pas non plus être dit matérialiste.

Lénine, qui nie qu’une pensée puisse être autre chose que l’une ou l’autre, ou bien idéaliste ou bien matérialiste (Matérialisme et empiriocriticisme), classe Kant parmi les idéalistes, tout en reconnaissant sa spécificité du bout des lèvres. (J’y reviendrai dans un autre essai.)

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La philosophie transcendantale s’intéresse à ce qui est connu a priori, avant toute expérience sensible, et qui donc assure la régulation de cette dernière.

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« Il n’y a aucune partie absolument première de la matière. » (7)

Il n’existe pas de « parties simples » de la matière : pas de particules élémentaires. La divisibilité infinie de la matière, que nous pensons a priori, c’est-à-dire de manière nécessaire et inconditionnée, apodictique, n’est pas seulement la divisibilité mathématique appuyée sur l’intuition et les axiomes de la géométrie, mais également une divisibilité mécanique infinie.

En décomposant un corps organique en ses parties, certes on en rompt l’unité organique et donc on le détruit, mais le concept de matière ne comporte pas a priori celui de vie. Il n’existe donc pas de « point matériel » qui représenterait une unité indécomposable. La divisibilité de la matière morte suit a priori le chemin de la divisibilité mathématique infinie.

La physique quantique assure avoir infirmé ce point de vue : il existerait une limite théorique à la divisibilité mécanique de la matière, le quantum de Planck. On peut relever ce que dit Stephen Hawking à ce sujet : « Nous avons quelques bonnes raisons théoriques de penser que nous possédons, ou que nous ne sommes pas loin de posséder la connaissance des ultimes briques de construction de la nature. …  Si l’on avait une particule avec une énergie supérieure à l’énergie de Planck (1019 GeV), sa masse serait si concentrée [suivant la formule E=mc2] qu’elle se retrancherait elle-même du reste de l’univers et qu’elle formerait un trou noir. » (Une brève histoire du temps)

La physique des particules élémentaires découle de la physique de l’atome, qui est une reprise de la philosophie atomistique, que Kant appelle, dans l’Opus postumum (OP), une « fausse doctrine de la nature »  (11). L’atomisme antique définissait la matière comme agrégat de parties simples, ou points matériels, les atomes, et entendait distinguer les différentes formes de la matière par les combinaisons d’atomes et d’espaces vides propres à chacune. Or l’espace vide ne relève pas du concept de l’expérience possible.

« La chaleur ne peut être pensée que comme inhérence » (14-5)

Il faut d’abord penser une matière occupant un espace avant de penser dans cet espace un réchauffement ou refroidissement. Qu’en est-il du prétendu vide cosmique ? Quelle température les physiciens pourraient-ils bien lui attribuer, s’ils étaient cohérents dans leur emploi du concept d’espace vide ? On ne peut pas penser une température du vide ni un lieu de l’espace physique sans température (une température nulle n’est pas un néant, un vide, de température). Dites adieu au vide.

On ne peut pas plus penser un espace vide qu’un temps vide.

« Le pur vide n’est pas un objet d’expérience possible » (47) Aussi ce que la physique appelle le vide (ce qu’elle ose appeler le vide) est-il traversé de forces, fluctuations quantiques, photons de basse énergie, matière diffuse, etc. etc.

Mais c’est la philosophie que l’on accuse d’employer les mots de manière indécise et flottante.

Le concept d’espace vide a été introduit dans la physique moderne par Newton, mais « non, selon Kant, comme proposition d’expérience » (104). La physique de l’atome s’est constituée sur un modèle « planétaire » de l’atome, avec des orbites électroniques autour d’un noyau. De même que Newton a introduit un vide interplanétaire, la physique de l’atome, avec son modèle planétaire, a introduit le vide dans l’atome. Dans les deux cas, on se sert du vide de l’atomisme antique, qui n’appartient pas à notre concept de l’expérience possible.

(Kant ne rejette pas la théorie de Newton quand bien même elle emploie le concept d’espace vide. Les fragments de l’OP, du moins dans le choix du texte français dont je me suis servi, ne permettent pas d’en dire beaucoup plus sur ce point. On rappellera que l’astronomie de Ptolémée, qui n’était nullement – pas plus que ne peut l’être une théorie usant du concept d’espace vide – une description exacte du système solaire, permettait cependant de prédire les éclipses solaires et lunaires avec une grande précision. La preuve par le résultat est donc de peu de poids en réalité.)

Faisons le pari qu’à l’avenir on trouvera des particules plus élémentaires, c’est-à-dire que la divisibilité mécanique de la matière sera observée au-delà des limites jusque-là connues pour suivre son chemin le long de la divisibilité mathématique. Avec la décomposition du niveau jusqu’alors considéré comme élémentaire, les propriétés de ce dernier ne peuvent pas ne pas subir une refonte complète : on doit admettre qu’on ne le connaissait pas, et ainsi de suite jusqu’aux niveaux les plus élevés. (Sauf dans une pensée systémique, où la connaissance des parties n’est pas nécessaire à la connaissance du tout.)

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L’espace ne contient pas de vide mais est entièrement baigné par l’éther : « Il y a une matière répandue comme un continuum dans le tout de l’espace cosmique, remplissant en les pénétrant de façon uniforme tous les corps (qui n’est par suite soumise à aucun changement de lieu) ; cette matière, qu’on l’appelle l’éther ou calorique [Wärmestoff], etc., n’est pas un élément hypothétique (pour expliquer certains phénomènes et pour trouver de manière plus ou moins vraisemblable des causes pour des effets donnés), mais elle peut être reconnue et postulée a priori comme une pièce appartenant nécessairement au passage des principes métaphysiques de la nature à la physique. » (56)

L’éther est impondérable car on ne peut pas peser une matière qui remplit l’espace cosmique ; il manque la possibilité d’exercer sur elle la force de la pesée dans une direction donnée. Comme le rappelle Kant, la mesure d’un quantum de matière ne peut être ni mathématique (car l’atomisme est faux et l’on ne peut donc compter des particules) ni géométrique (car le volume seul ne dit rien de la densité), il faut donc procéder dynamiquement, par la pesée : « par la grandeur de la force motrice qu’un volume de matière exerce dans une même direction et avec une même vitesse de mouvement sur un objet mobile » (7-8).

Cet argument selon lequel l’impossibilité de peser une matière, l’éther, signifie qu’elle est impondérable, n’est pas sans rappeler à première vue le consensus de Copenhague, dans le domaine de la physique des particules, consensus qui conclut à de l’indéterminable dans l’objet lui-même du fait de l’inévitable interaction avec l’instrument de mesure. Cependant, ce consensus ne tient pas la route, philosophiquement, car on peut concevoir la possibilité d’autres instruments de mesure qui permettraient d’observer ces échelles sans interaction de l’observateur avec les phénomènes observés, par exemple grâce aux nanotechnologies. Cette pensée à elle seule dément l’affirmation selon laquelle l’indéterminé est dans le phénomène observé lui-même. En revanche, dans le cas de l’éther, il est impossible, et cela nous le savons également a priori, d’imaginer la possibilité d’une balance capable de peser une matière remplissant tout l’espace.

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Le concept de l’expérience possible est la clé de voûte de l’expérience. L’expérience possible ne se déduit pas de l’expérience (« cela n’est pas possible car cela ne s’est jamais vu ») ni de la logique (dont les opérations formelles peuvent s’appliquer au-delà du champ du possible).

– N’est-ce pas, au contraire, la logique qui se contredit elle-même ? Une singularité est un résultat mathématique qui contredit la logique.

– La logique ne se prononce pas sur les bornes du domaine de l’expérience. Ce n’est pas la logique qui me dit qu’une température ne peut être infinie, car la température n’est pas une notion logique mais physico-empirique. C’est le concept de l’expérience possible qui m’informe que cette association « température infinie » n’est pas valide, et que sa considération relève donc, au mieux, d’une hypothèse ou d’un résultat provisoire voué tôt ou tard à être écarté, sinon du jeu, de la fantaisie (aussi austère soit-elle).

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La certitude apodictique ne peut être tirée de la chose en soi parce que l’expérience ne peut fournir cette certitude (Hume). La certitude apodictique ne se tire que de la connaissance a priori par laquelle s’organise notre expérience. La critique humienne de ce qu’offre l’expérience, liée à l’irréfutabilité de l’existence et du contenu des propositions synthétiques a priori (axiomes mathématiques et catégories de l’entendement), fonde la philosophie transcendantale.

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L’expérience n’offre qu’une connaissance contingente.

– Pourtant, l’idée de lois de la nature nous fait tirer de l’expérience celle de nécessité. Notre expérience et les lois suffisent à répondre aux remarques de Hume, sans besoin de recourir à la philosophie transcendantale.

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Une proposition synthétique a priori (PSAP) est un paradoxe car, pour former un jugement synthétique, c’est-à-dire un jugement qui attribue un prédicat au sujet au-delà du principe d’identité, il faut en principe observer un objet de l’expérience. Or, quand un tel jugement est a priori, il n’est pas tiré de l’expérience. C’est donc là que se trouve en réalité le paradoxe à expliquer par toute philosophie : « Comment des jugements synthétiques a priori sont-ils possibles ? »

Dès lors que ces PSAP sont données, dans les axiomes de la géométrie et les catégories de l’entendement (quantité, qualité, relation, modalité), la conclusion nécessaire est que ce sont ces PSAP qui régulent notre expérience.

C’est ainsi que nous avons un concept de l’expérience possible.

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Cette expérience est donc médiate. Ce que je connais n’est pas la chose en soi mais des objets de l’expérience régulée a priori dans la médiation.

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L’espace et le temps sont des formes a priori de l’intuition.

Le matérialisme est faux car la connaissance de la géométrie est a priori, avant toute expérience. Si le matérialisme était vrai, l’espace serait une simple représentation et ne nous fournirait pas de synthèse a priori ; nous tirerions donc de l’expérience les propriétés des figures géométriques.

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Or nous ne pouvons même pas penser qu’une telle synthèse nous soit donnée par l’expérience car c’est cette synthèse qui est au fondement de l’organisation et de l’unité de notre expérience. Que l’espace, parce qu’il est la forme de notre intuition sensible, nous donne, non pas une simple représentation sensible, mais cette synthèse, conduit nécessairement à penser (dans une critique de la raison) que ce qui est connu est déterminé dans sa forme par cette synthèse plutôt que par la chose elle-même, la chose en soi. Notre connaissance est médiatisée par des PSAP dont nous ne pouvons rendre compte par l’expérience, donc par le matérialisme (qui est un empirisme).

Sans ces PSAP nous ne pouvons avoir aucune expérience comme tout unifié de la conscience. Dès lors, la matière ne peut être première puisqu’elle n’est pas une chose en soi mais un phénomène de mon intuition.

– Mais quand je n’avais aucune pensée ? La croissance du nourrisson est-elle, elle aussi, comme l’évolution du monde et de l’espèce à partir du singe, selon Schopenhauer, cherchant à sauver l’idéalisme kantien, une illusion ?

– La croissance du nourrisson, le fait qu’il n’ait aucune pensée dont il garde le moindre souvenir par la suite, confirme que nous ne pouvons avoir la moindre expérience sans PSAP. L’expérience est en idée, puisque de ma vie avant l’idée je ne conserve aucun souvenir.

– Cependant, si l’un de mes membres a été blessé quand j’étais nourrisson (pardon pour la brutalité de l’exemple), j’en conserverai la trace, par une malformation de ce membre ou une cicatrice.

– Mon corps est un phénomène dont j’ignore tout tant que je ne dispose pas de PSAP. Tant que je ne suis que matière, ou du moins pure sensibilité, comme le nourrisson, je ne suis proprement rien à moi-même : mon moi se trouve donc ailleurs. Dès que je me vois, je me vois autrement que comme matière, je me vois comme esprit. Avant ce moment, je voyais (mes yeux fonctionnaient), mais je ne me voyais pas. C’est quand l’œil de l’esprit s’est ouvert que je me suis vu, comme esprit. Je suis né à moi-même en même temps que mon esprit est né, ce n’était donc pas moi qui était cette matière, ou cette pure sensibilité, c’était quelque chose, disons une vie, dans laquelle un jour par l’esprit je me suis vu : la place que je suis venu occuper. Cette vie, je peux même, dans certains cas, tels qu’un accident, la quitter avant qu’elle ne s’éteigne (je peux devenir un « légume »).

Il n’y a pas d’esprit sans vie – du moins jusqu’à présent cela ne s’est jamais vu. Mais parce que vie et esprit ne sont pas identiques, on a été amené à le concevoir : les esprits désincarnés, Dieu l’Esprit. Contre ces croyances, le matérialisme fait de l’esprit une fonction de la matière. Le matérialiste fait comme s’il pouvait sortir de son esprit (là où d’autres croient pouvoir sortir de leur corps) : comme s’il pouvait se connaître comme matière sans esprit.

– Je l’ai été, c’est certain, de zéro à trois ans…

– Le matérialiste dit alors que la matière se sert de l’esprit pour parvenir à ses fins. Et ses fins, ou plutôt sa fin, c’est qu’elle se perpétue, le matérialiste ne parvient pas à lui en trouver d’autre. La finalité, pour l’esprit, comporte a priori l’idée d’un perfectionnement. Or que montre l’histoire de l’humanité ? La simple perpétuation de l’espèce humaine ou son perfectionnement ?

– Par le seul jeu de la sélection naturelle, Darwin décrit pourtant un perfectionnement, dans le sens d’une plus grande spécialisation des parties : « Les êtres placés aux degrés inférieurs de l’échelle de l’organisation sont plus variables que ceux qui en occupent le sommet. Je pense que, par infériorité dans l’échelle, on doit entendre ici que les différentes parties de l’organisation n’ont qu’un faible degré de spécialisation pour des fonctions particulières ; or, aussi longtemps que la même partie a des fonctions diverses à accomplir, on s’explique peut-être pourquoi elle doit rester variable, c’est-à-dire pourquoi la sélection naturelle n’a pas conservé ou rejeté toutes les légères déviations de conformation avec autant de rigueur que lorsqu’une partie ne sert plus qu’à un usage spécial. » Et : « Comme la sélection naturelle n’agit que pour le bien de chaque individu, toutes les qualités corporelles et intellectuelles doivent tendre à progresser vers la perfection. » (L’origine des espèces)

C’est pourquoi, d’ailleurs, me paraît contestable ce qui tu écris ailleurs : « Que l’évolution soit linéaire de cette façon, le darwinisme a montré, bien que de nombreux darwiniens aient maintenu cette façon de voir, que c’était vrai en tendance, sous l’effet de la sélection naturelle, mais que les circonstances pouvaient tout aussi bien conduire à des ‘régressions’, et qu’il convenait au fond d’abandonner un vocabulaire à connotation hiérarchique en ces matières, car des ‘régressions’ sont adaptatives. »

Le matérialisme affirme que le perfectionnement dans le genre humain a été le passage de l’idéalisme (fétichisme) au matérialisme.

Et de ton côté tu es porté, selon ton humeur, à donner à la pensée primitive un contenu positif…

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L’idéalisme philosophique, y compris l’idéalisme transcendantal, se heurte au phénomène de l’implantation, phylogénique (le monde a existé avant toute forme de connaissance possible) et ontogénique (l’esprit se développe dans le corps d’un nourrisson vers l’âge de trois ans), phénomène qui semble faire de l’esprit une fonction de la matière.

(Voici ce que répond Schopenhauer, idéaliste, au sujet de ce que j’appelle ici l’implantation phylogénique, à savoir l’explication qu’il en donne pour maintenir l’idéalisme :

‘‘Im Grunde jedoch sind alle jene Vorgänge, welche Kosmogonie und Geologie (als lange vor dem Dasein irgendeines erkennenden Wesens geschehn) vorauszusetzen uns nötigen, selbst nur eine Übersetzung in die Sprache unsers anschauenden Intellekts aus dem ihm nicht faßlichen Wesen an sich der Dinge. Denn ein Dasein an sich selbst haben jene Vorgänge nie gehabt, sowenig als die jetzt gegenwärtigen; sondern der Regressus an der Hand der Prinzipien a priori aller möglichen Erfahrung leitet, einigen empirischen Datis folgend, zu ihnen hin: er selbst aber ist nur die Verkettung einer Reihe bloßer Phänomene, die keine unbedingte Existenz haben.’’ (Paralipomena, Kapitel 6: Zur Philosophie und Wissenschaft der Natur § 85)

‘‘Die allem Leben auf der Erde vorhergegangenen geologischen Vorgänge sind in gar keinem Bewußtsein dagewesen: nicht im eigenen, weil sie keines haben; nicht in einem fremden, weil keines dawar. Also hatten sie aus Mangel an jedem Subjekt gar kein objektives Dasein, d.h. sie waren überhaupt nicht, oder was bedeutet dann noch ihr Dagewesensein? –  Es ist im Grunde ein bloß hypothetisches: nämlich wenn zu jenen Urzeiten ein Bewußtsein dagewesen wäre, so würden in demselben solche Vorgänge sich dargestellt haben; dahin leitet uns der Regressus der Erscheinungen: also lag es im Wesen des Dinges an sich, sich in solchen Vorgängen darzustellen.’’ (Ibid. § 85 note F))

En adoptant, pour tirer les conclusions de ce phénomène, le point de vue matérialiste, je ne me considère plus comme sujet, et observe dès lors les phénomènes d’un point de vue non pas objectif (il est trop tôt pour le dire) mais « désubjectivé » ou « a-subjectif ». Or l’a-subjectif est-il (plus) objectif ?

Le point de vue « du sujet » est ce que la psychologie appelle mentalisme.

C’est prétendre faire une simple représentation sensible de la forme a priori de la subjectivité.

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Nous avons tous la même subjectivité formelle. La même forme de la subjectivité.

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Si les catégories de l’entendement n’évoluent pas (le tiers exclu vaudra toujours), est-ce à dire qu’elles sont consubstantielles à la chose en soi et que nous avons donc développé naturellement, au cours de l’évolution, l’organe pour les penser adéquatement ? Ce qui permet d’en douter, ce sont les antinomies de la raison. Si l’espace et le temps n’étaient pas des formes a priori de l’intuition, c’est-à-dire si le matérialisme était vrai, les antinomies de la raison n’existeraient pas : nous pourrions trancher décisivement les questions de savoir si l’espace est fini ou infini et si le temps est éternel ou a eu un commencement. Or, non seulement nous sommes incapables de répondre à ces questions (sans acte arbitraire), mais l’une comme l’autre des réponses possibles est contradictoire en soi et ces questions ne peuvent donc recevoir aucune réponse. Comment, dans ces conditions, affirmer que nous avons un organe de la pensée produit par la nature pour la penser de manière adéquate ? Les antinomies nous empêchent même de penser que notre organe évoluera de façon à pouvoir résoudre ces questions : la contradiction logique interne à chacune des propositions antithétiques, qui empêche la moindre réponse, est hors de prise de l’histoire. Le logos est anhistorique.

Est-ce à dire que l’esprit est situé hors de l’évolution ? Ne peut-on penser une autre forme de pensée que la pensée humaine ?

Un premier élément de réponse : Les théories sur le divers des formes de la pensée humaine, dans le temps (histoire) et l’espace (cultures), sont fausses pour l’essentiel. Par exemple, la distinction entre temps linéaire et temps cyclique ne porte pas en réalité sur le temps mais sur le concept d’historicité. Ce sont deux conceptions différentes de ce qu’est l’histoire. Le débat sur l’historicité comporte des opinions sur la finalité de l’homme qui ne se trouvent pas dans un débat sur le temps.

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« Cette position du sujet, originairement, dans l’intuition est à considérer comme l’objet en soi lui-même. »

Je suis la chose en soi. Si ce n’était pas le cas, les limites de la raison humaine ne s’expliqueraient pas : l’instrument serait adapté à ses fins. Lénine, après Engels, répond que notre connaissance approche asymptotiquement de la perfection et qu’il n’y a rien à demander de plus à un instrument naturel. Kant a déjà opposé la critique de la raison à de tels arguments. Sans nier un accroissement cumulatif des connaissances par la science (et peut-être Kant a-t-il là concédé trop, eu égard à ce que l’humanité oublie au cours de son histoire, aux changements de paradigmes scientifiques…), les antinomies montrent une inadéquation essentielle de l’instrument pour donner du monde matériel en tant que tout une image satisfaisante, et même une image quelconque, qui ne soit pas arbitraire.

De sorte que la raison appartient, non pas à la nature en tant qu’ensemble des phénomènes régis par les lois de causalité, mais au domaine inconditionné de la liberté, que lui indique l’impératif catégorique, son seul compas, sa seule boussole.

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– Le vicaire savoyard est un bon représentant de la morale d’esclave selon Nietzsche. Pour le vicaire, un acte de négation de l’inclination naturelle démontre la liberté, mais elle montre seulement la tendance de sa nature dégénérée à dévier d’une vie selon la nature saine. Ce point de vue, Nietzsche l’a pris de Schopenhauer, pour qui la volonté (Wille) s’incarne en diverses natures, chacune agissant selon le déterminisme de sa tendance propre.

Ou bien, parler de loi morale inconditionnée, qui rendrait le sujet autonome par rapport aux fins de la nature, c’est méconnaître le fait que la nature est indifférente au sort des individus. Elle produit un rebut énorme, et la masse des individus qui se trouvent rejetés dans ce rebut, qui échouent à atteindre les fins que leur assigne la nature, n’en vivent pas moins, bon gré mal gré ; leurs autojustifications « morales », ou moralisantes, ne sont pas l’indice d’un « méta-naturalisme » dans la vie humaine, mais seulement le résultat du rebut normal des productions naturelles.

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Dans la Phénoménologie de l’esprit, Hegel a tenté de répondre à la question : Comment l’en-soi (An-sich) peut-il être connu dès lors que notre conscience n’a affaire qu’à des objets pour nous (für uns) ? C’est, selon lui, l’objet même de la connaissance qui résoud cette contradiction : l’Esprit qui cherche à se connaître. Le passage de l’en-soi à l’en-soi pour soi est l’expérience. Il doit advenir un point où l’apparence se confond avec l’être, ce qui permet le savoir absolu.

Cette idée de savoir absolu est absurde. Quelle preuve pourrais-je avoir que je sais tout absolument ?

Le savoir absolu suppose un état de l’humanité où plus rien ne puisse être inventé, où toutes les inventions possibles soient connues et menées à leur perfection.

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La dialectique hégélienne ne peut pas être remise sur ses pieds (Marx) sans cesser par là-même de répondre à la question : comment une connaissance absolue est-elle possible ? Car il est logique de penser que l’esprit cherche à se connaître, tandis que cela n’a rien de nécessaire pour la matière. Que la matière cherche à se connaître en se créant un esprit, c’est possible, mais le contraire l’est tout autant, tandis que nous ne comprendrions pas que l’esprit ne cherche pas à se connaître. La pensée est un accident de la matière (pour le matérialiste) tandis qu’elle est un prédicat de l’esprit. Si l’esprit est second, ce qui lui est premier ne peut être connu parfaitement, car il est alors la partie d’un tout, un produit de ce tout, constitutionnellement limité par son état de partie ; il est même faux, dans ce cas, de parler comme Lénine d’approche asymptotique de la connaissance parfaite. C’est parce que l’esprit est premier que le savoir absolu est possible, selon Hegel.

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Je vis davantage dans mes pensées que dans mon corps. (« Je » c’est-à-dire « On ».)

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Si Dieu était une substance, ce serait un simple phénomène. (Même comme substance immatérielle ? Mais Kant rejette ce concept comme chimérique.) En tant que personne, il a le caractère nouménal de la liberté ; la liberté du noumène, de la chose en soi.

Dire que Dieu est une idée de la raison, même en précisant que c’est une idée nécessaire, je ne vois pas comment cela pourrait ne pas être blasphématoire. Il ne faut donc pas trop donner d’importance aux formulations de ce genre chez Kant, si l’on tient à sauver sa théologie.

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« Il y a un Dieu dans l’âme de l’homme. On se demande s’il est aussi dans la nature. » (173)

Il semblerait que l’on n’ait pas à se poser la question puisque la nature m’est donnée par mon intuition (par mon âme ?).

Portrait de Kant (par ?)