TW19 De l’acte XIX à l’acte XXIV : Le portrait de Duchmol Gray

ACTE XIX (Suite)

Le référendum révocatoire (recall) est d’autant plus justifié en France que les mandats y sont tous dans la fourchette haute, c’est-à-dire particulièrement longs. Une vraie caste de potentats.

Par exemple, le mandat de député est de cinq ans. Comparez : Argentine deux ans, États-Unis deux ans, Australie trois ans, Mexique trois ans, Nouvelle-Zélande trois ans, Philippines trois ans… Dans quatre pays seulement les députés font plus de cinq ans, et quels pays, Centrafrique, Liberia, Sri Lanka, Yémen, des pays où les mandats sont de six ans.

Une Constitution démocratique ne devrait pas prévoir de mandats longs sans recall ou référendum révocatoire.

[La plupart des mandats de députés dans le monde durent quatre ou cinq ans ; la France n’est donc pas une anomalie mais elle fait partie des pays où le mandat de député est le plus long. Les autres mandats électifs y sont également longs : celui du président de la République est passé de sept à cinq ans, ceux des élus locaux, maires et autres, sont de six ans, sans oublier les sénateurs, dont le mandat de neuf ans avant la réforme de 2003, porté à six ans à cette date, était sans aucun doute le plus long mandat électif du monde…]

ACTE XX

Le moindre potentat local se croit permis d’interdire aux citoyens français de manifester dans le périmètre de sa ville, en claquant des doigts, et on nous dit que c’est « la loi ». Certains ont beaucoup de choses à apprendre sur ce qu’est une république. Outre que l’ordre d’interdiction de manifester à Nice [pendant l’acte XX] doit être déféré au juge administratif, c’est typiquement le genre de décision arbitraire qui appelle un référendum révocatoire local pour sortir un potentat.

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L’injure sur Twitter. L’émetteur est dans le contexte psychologique d’une conversation à bâtons rompus (oral) mais l’effet pour le récepteur est celui d’une missive solennelle (écrit). Le droit n’est pas adapté.

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Des politiciens au ras du plancher

Les peines plancher se veulent, et c’est un comble, une ingérence du législatif dans le judiciaire mais en fait elles ne sont rien car c’est la même chose que le minimum de peine légal déjà existant, que le juge ignore quand il retient des circonstances atténuantes.

L’ingérence n’est pas dans le fait de prononcer un minimum légal mais dans celui de vouloir empêcher le juge de retenir des circonstances atténuantes. Que les politiciens qui promettent à leurs électeurs crédules des peines plancher nous expliquent comment ils comptent les faire appliquer par le pouvoir judiciaire sans priver celui-ci de son pouvoir d’appréciation, ce qui serait inconstitutionnel.

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Des policiers qui se déguisent en Gilets Jaunes (cf David Dufresne @davduf) pour interpeller peuvent aussi servir d’agents provocateurs, mais le juge n’apprécie guère ce genre de pratiques et s’il constate des provocations policières il peut disculper pour « contrainte irrésistible » les manifestants mis en cause, les poursuites cessent. Les indices de la présence d’agents provocateurs dans les manifestations de Gilets Jaunes se multipliant, j’appelle donc les avocats à faire appel dans les procès en cours aux précédents sur la contrainte irrésistible.

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Si la réponse pénale au racisme consiste à prononcer des rappels à la loi pour les injures contre telle minorité et des peines de prison pour les injures contre telle autre, c’est du racisme. Faites voir un peu vos statistiques.

Comment ça, il n’y en a pas ?!

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Is Maduro a harder authoritarian than leaders of Singapore, Taiwan and other such countries who credit their economic success to their governments’ ‘soft authoritarianism’. USA’s ‘antikomunismo’ (Juan José Arévalo) may well have prevented the emergence of ‘tigers’ in Latin America.

[Antikomunismo (with a k) is a concept designed by Guatemalan writer and statesman J.J. Arévalo to describe U.S. foreign policy in Latin American combating under the name of ‘Communism’ all kinds of left-leaning governments and movements, sometimes connected very remotely, if at all, with the Communist Bloc or Communist parties.]

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En France un Gilet Jaune a été condamné à quatre mois de prison avec sursis pour avoir crié « Guillotine ! Guillotine ! » lors d’une rencontre inopinée entre un groupe de Gilets Jaunes et un député. La justice française considère qu’il a menacé de mort ce dernier. Donc ce Gilet Jaune a une guillotine chez lui et est prêt à l’utiliser contre le député ? Absurde. Pourtant, c’est ce qui ferait que ces paroles sont une « vraie menace ».

La jurisprudence de la « vraie menace » est américaine (true threat) et de bon sens. Le Gilet Jaune n’a proféré aucune menace réelle. Que le procureur indique que « le suspect a pris conscience lors de sa garde à vue de la portée de ses propos » est une dérision sinistre.

Le procureur dit aussi : « Nous avons la crainte que des personnes fragiles pourraient s’en prendre physiquement à des représentants de la Nation », à cause de « Guillotine ! », mais un citoyen, un homme libre n’a pas à se demander comment réagiront à ses paroles des « personnes fragiles » (des fous !).

Exiger de se demander comment un déséquilibré mental est susceptible de réagir à nos paroles avant de les prononcer, ce serait du plus grand comique si cela ne venait pas d’un magistrat capable de vous envoyer en prison.

Des personnes s’étant suicidées après avoir lu le Werther de Goethe, on chercha à le lui reprocher mais Goethe répondit qu’il n’était pas responsable des acte des personnes fragiles (ses mots étaient plus désobligeants que ça).

Un citoyen américain opposé à la conscription pour le Vietnam a pu dire sans être inquiété : « Si on me force à porter le fusil, ma première balle sera pour LBJ [Président Lyndon B. Johnson]. » Ce n’est pas une « vraie menace ». (Arrêt Watts v. United States, 1969) Voilà ce que j’appelle un pays libre.

Un autre citoyen américain, fonctionnaire, a pu dire sans être inquiété, c’est-à-dire sans pouvoir être légalement licencié pour ces propos, après la tentative d’assassinat contre le président Reagan : « La prochaine fois, j’espère qu’ils ne le rateront pas. » (Arrêt Rankin v. McPherson, 1987)

« Sans être inquiétés » dans le sens où, si des gens ont certes cherché à les faire punir pour ces paroles, la justice de leur pays les a défendus, dénonçant ainsi leurs accusateurs comme des scélérats et des ennemis de la liberté.

De même, en France, répondre à un policier est un outrage tandis que dans un pays libre (les États-Unis), « la Cour suprême annule la condamnation d’un homme qui avait lors d’une interpellation traité le policier de fils de pute et menacé de le tuer ». (Arrêt Gooding v. Wilson, 1972)

Par ailleurs, « la Cour suprême annule un arrêté municipal interdisant d’insulter des agents de police ». (Arrêt Lewis v. New Orleans, 1974)

Les paroles du procureur (« Nous avons la crainte que des personnes fragiles pourraient s’en prendre physiquement à des représentants de la Nation ») montrent que celui-ci sait que « Guillotine ! » n’était pas une menace mais y voit plutôt un risque d’incitation pour des « personnes fragiles », auxquelles le Gilet Jaune ne s’adressait même pas !

Le Gilet Jaune s’adressant à un député, il a été poursuivi pour menaces contre ce député et condamné à quatre mois de prison. Or le procureur dit en public que ce n’était pas une menace mais une incitation envers des « personnes fragiles », auxquelles le GJ ne s’adressait pas.

ACTE XXI

La France confrontée à une explosion du trafic de drogue (Le Figaro)

C’est bon pour la croissance puisque le trafic de drogue est maintenant comptabilisé dans le PIB. La lutte policière et judiciaire contre ce trafic nuit désormais à la croissance française.

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Charte africaine des droits de l’homme et des peuples : « éliminer le colonialisme, le néocolonialisme, l’apartheid, le sionisme, les bases militaires étrangères d’agression et toutes formes de discrimination » (Préambule)

‘‘to eliminate colonialism, neo-colonialism, apartheid, zionism and to dismantle aggressive foreign military bases and all forms of discrimination’’ (Preamble of the African Charter on Human and Peoples’ Rights)

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Toujours pas de PMC (produits de marquage codés) ? « [Ces produits] persistent trois à quatre semaines sur la peau et même plusieurs mois sur les vêtements en dépit des lavages. » (L’Express)

À quand le PMC = luminol à vie sur la peau ? Lépreux fluo du XXIe siècle.

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L’asile d’aliénés

Sur le plateau d’iTélé, Rama Yade dit que Macron n’aurait jamais été Président si un test d’« équilibre psychologique » avait été prévu avant sa nomination, et la journaliste, interloquée, l’appelle Marine Le Pen : « Vous êtes sérieuse, Marine Le Pen ? Vous dites qu’Emmanuel Macron est fou ? »

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The advisable increase of consociationalism with the increase of multiculturalism in European countries implies among other things that Muslim populations have their own religious jurisdictions in domains to be determined with them.

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Các dân tộc xích gần nhau đặng làm ra một trái Đất lớn hơn.
Les peuples se sont rapprochés pour faire une Terre plus grande.

Các dân tộc sẽ tạo lại con ngưòi đẹp hơn tất cả những thần thánh mà con người đã từng sinh ra.
Les peuples réinventeront l’homme plus beau que tous les dieux que l’homme a enfantés.

Cù Huy Cận (1919-2005), poète vietnamien 🇻🇳 (traduction Paul Schneider)

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Chambre souveraine(ment imbécile)

i

Le Sénat invite le Gilets Jaune Éric Drouet puis, quand celui-ci arrive à sa porte, l’empêche d’entrer en s’excusant d’un risque de trouble à l’ordre public. Vous comprenez, maintenant, pourquoi on appelle le Sénat « la chambre du seigle et de la châtaigne » ?

Le Sénat a obéi aux ordres de qui ? (Mary G.)

Comment ? Le Sénat ne serait pas une chambre « souveraine » ?

Mais peut-être qu’ils ne savaient pas ce que c’est qu’un trouble à l’ordre public, ne l’ont appris par hasard qu’après avoir invité Éric Drouet et ne pouvaient donc pas comprendre le risque créé par leur invitation au moment où ils l’envoyaient à Éric ? Dans ce cas, on a une chambre souveraine qui vote les lois et à qui on doit rappeler ce qu’est un trouble à l’ordre public.

En repoussant Éric Drouet après l’avoir invité et en invoquant une excuse « bidon » pour son revirement, le Sénat a montré qu’il était une chambre souverainement imbécile.

ii

Pays monocaméraux d’Europe et leurs classements 2018 au Democracy Index (DI) et Human Freedom Index (HFI) (indiqués quand leurs résultats sont devant ceux de la France DI 29e/HFI 32e)

🇧🇬
🇨🇾 */30
🇭🇷
🇩🇰 5/6
🇪🇪 23/14
🇫🇮 8/10
🇬🇷
🇭🇺
🇱🇻 */23
🇱🇹 */20
🇱🇺 12/15
🇲🇹 18/19
🇵🇹 27/22
🇸🇰
🇸🇪 3/17

🇮🇸 2/27
🇳🇴 1/10

En résumé, les États monocaméraux sont majoritaires dans l’Union européenne (15 sur 27) et, dans l’ensemble, plus démocratiques et respectueux des libertés que la France bicamérale (seulement 5 États sur 15 font moins bien que la France sur les deux index).

Sénat pour quoi faire ? Une seconde chambre parlementaire a un sens dans un État fédéral pour représenter les États fédérés. Dans un État unitaire, ça n’a aucun intérêt. (Dans l’Union européenne, les États qui ne sont ni fédéraux ni monocaméraux sont, outre la France, l’Irlande, l’Italie, les Pays-Bas, la Pologne, la République tchèque, la Roumanie et la Slovénie, soit 8 sur 27. [On voit que je ne compte plus le Royaume-Uni parmi les pays de l’UE.])

Un Sénat ne sert donc à rien car 1/ la France n’est pas un État fédéral et 2/ le Sénat ne rend pas la France plus démocratique ni plus respectueuse des libertés que ses voisins monocaméraux. Sert juste à recycler de vieux barbons qui n’ont rien fait pour les libertés.

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« Jojo, le gilet jaune » de l’académicienne Danièle Sallenave (sortie le 18/04). Sans aucun doute ce que j’ai lu de plus juste et sensible sur les Gilets Jaunes. (Alain Jean-Robert)

Un gilet jaune sur l’habit vert : Danièle Sallenave, l’académicienne des Gilets Jaunes.

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Armes à ADN

Lors de l’Acte XVIII des Gilets Jaunes, des canons à eau et des gaz contenant des marqueurs d’ADN et des nanoparticules ont été utilisés contre les manifestants. (…) Ces ‘armes à ADN’ développées en Grande-Bretagne et largement utilisées en Israël … où des détenus palestiniens affirment avoir contracté divers types de cancers suite à leur marquage ADN ou l’usage d’autres techniques de contrôle impliquant des nanoparticules. (…) Le gouvernement français a reconnu avoir utilisé des marqueurs chimiques sur des manifestants à titre d’expérimentation lors des manifestations du 1er mai 2018. (strategika51)

Avant de dire que ma source est conspirationniste, lisez ceci : « il nous a semblé plus utile … de voir de quelle manière le ministre allait mettre en œuvre les nouvelles préconisations de maintien de l’ordre, les nouvelles techniques d’intervention, en termes de drones, de marquage ADN, de plus grande mobilité des forces de l’ordre… » (la présidente de la commission des lois de l’Assemblée nationale en réponse à la question d’un député sur une audition à venir du ministre de l’intérieur)

La présidente de la commission cite deux nouvelles techniques de maintien de l’ordre : les drones et le marquage ADN. Les drones, on les a vus à l’acte XXI. On peut penser que le marquage ADN a également été utilisé.

ACTE XXII

En toute logique, l’interdiction du port d’armes en France est inconstitutionnelle, du fait de l’article 5 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 : « La loi n’a le droit de défendre [=interdire] que les actions nuisibles à la société. » Porter une arme n’est pas une action nuisible en soi.

Par exemple, les Sikhs doivent, selon leur religion, toujours porter un poignard nommé kirpan mais cela leur est interdit en France : le Sikh qui porte son kirpan y est arrêté par la police et condamné pour port d’arme illégal. Mais le kirpan n’est pas « nuisible à la société » !

Aux États-Unis, où les gens peuvent porter des armes, on ne connaît pas non plus la soumission de lèche-bottes qu’on exige des Français, peuple de moutons, devant la police et toutes autres bureaucraties. Cf « En France, répondre à un policier est un outrage. Dans un pays libre (les États-Unis), la Cour suprême a annulé un arrêté municipal interdisant d’insulter des agents de police (arrêt Lewis v. New Orleans, 1974). »

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Le portrait de Duchmol Gray

Accusés de vol en réunion pour avoir décroché le portrait de Macron : « On risque quand même cinq ans de prison. » (France 3 Alsace)

Il n’y a pas vol quand on ne convoite pas l’objet pris et qu’on le tient à la disposition de la justice pour lui faire prendre la poussière à la Caisse des dépôts. Le culte de la personnalité, c’est du passé.

Sur Wkpd « Portrait officiel du Président », on peut lire : « L’affichage du portrait du président dans les mairies est une tradition républicaine et n’est en rien obligatoire. » Dans les mairies peut-être mais dans les commissariats de police ?

Et dans Libération : « Contrairement à l’idée reçue, l’affichage des portraits de présidents en mairie est une coutume, mais pas une obligation. » Et c’est quoi, l’idée reçue, dans les commissariats ? Vous avez honte ou quoi ?

Qu’a-t-on fait des millions de portraits de Hollande, Sarkozy, Chirac… une fois décrochés de leurs mairies, commissariats et tout le reste ? Qu’a-t-on fait de ces chefs-d’oeuvre immortels ?

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A look at the various therapeutic applications of psychedelics and their modern history following their rediscovery by the Western world. (Beckley Foundation)

‘Therapeutic psychedelics’ is a contradiction in terms as therapeutics aims at floating individuals on mundane performance whereas psychedelics opens them to extramundane experience. U.S. Congress’s Religious Freedom Restoration Act (RFRA) of 1993 is thus a wiser approach to the question than academia’s.

As to peyote, “All US states except Idaho and Texas allow usage by non-native non-enrolled persons in the context of ceremonies of the Native American Church. Some states such as Arizona exempt any general bona fide religious activity or spiritual intent.” (Wkpd)

By their laws confining peyote use to natives enrolled in the Native American Church, Idaho and Texas discriminate against this Church because they deny it the right to proselytize through peyote experience. You can’t get the message through words.

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« Les pays européens n’interdisent pas le peyotl, à l’exception de la Suisse et de la France. » (Wkpd « peyotl ») Eh oui, on ne peut pas avoir une « chambre du seigle et de la châtaigne » (Sénat) et légaliser le peyotl. Les rongeurs de châtaignes n’aiment pas les plantes exotiques.

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Outrage à symboles

On ne plaisante pas chez les Frogs… « Le fait d’outrager l’hymne national ou le drapeau tricolore est puni de 7.500 euros d’amende. » Le Conseil constitutionnel a précisé que les sanctions ne s’appliquaient pas aux « propos tenus dans un cercle privé ». Trop aimable.

Le Conseil constitutionnel a précisé que ça ne s’appliquait pas aux outrages en « réunion privée », trop aimable, ni aux « oeuvres de l’esprit », comme si c’était à Javert ou à Tartaglia de dire quels tweets ont de l’esprit et quels tweets n’en ont pas.

Aux États-Unis, on peut brûler le Stars and Stripes à longueur de journée sans être inquiété par la justice. Si les Français connaissaient leurs lois, ils ne fanfaronneraient pas tant avec leur « patrie des droits de l’homme ».

Aux États-Unis, quand vous brûlez le Stars and Stripes, vous pouvez être inquiétés par des fous qui vous envoient des balles de pistolet chez vous ou passent des appels anonymes (ça s’est vu). Chez nous, quand vous brûlez le drapeau, vous êtes sûrs d’être inquiétés par la justice. Donc, chez nous, ce sont des fous qui écrivent la loi.

Quand tu ouvres le code et que tu lis les mots « outrage aux symboles », le doute s’empare de toi et tu regardes à nouveau la couverture pour voir si tu n’as pas pris les Mémoires d’un névropathe de Schreber par erreur dans la bibliothèque.

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To all Notre-Dame gargoyles alive: My place is your place! #NotreDameFire

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As U.S. charges against Julian Assange are based on the Espionage Act of 1917, I think they are doomed to failure, given the Supreme Courts’s precedent in Schenck v. United States (1919): “Does the Espionage Act violate the freedom of speech and the press guaranteed by the First Amendment? – No, not when applied to the suppression of speech that constitutes a ‘clear and present danger’ of evils that Congress has a right to prevent.” (Essential Supreme Court Decisions, John R. Vile, 2018) The documents have been leaked: What about the ‘clear and present danger’? Has U.S. collapsed? 🤔 Had the leaks been a ‘clear and present danger,’ once fulfilled they would have had clear and present consequences, the lack of which hints at their having been no danger, hence at an erroneous construction by the executive. #Wikileaks

Furthermore, “the word ‘security’ [national security] is a broad, vague generality whose contours should not be invoked to abrogate the fundamental law embodied in the First Amendment.” Supreme Court, New York Times Co v. United States (1971) (Pentagon Papers)

As to Julian Assange being a foreigner, “a petitioner’s status as an alien is not a categorical bar to habeas corpus relief” (“but the precise range of the writ is more difficult to determine“) Supreme Court, Boumediene v. Bush (2008)

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Entre deux autoritarismes, il est naturel de préférer celui qu’on ne subit pas.

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L’État français étant propriétaire de Notre-Dame de Paris, c’est à lui, donc au contribuable, qu’incombent les frais des travaux, sans violation de la loi de 1905 sur la séparation de l’Église et de l’État. Comprenne qui peut.

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Il est venu le temps de dire merci aux riches ! (Éric Brunet, journaliste, à la suite de l’annonce de dons de quelques riches industriels français pour la reconstruction de Notre-Dame de Paris)

Chez les riches, on remercie quelqu’un quand on veut lui dire « casse-toi ». Exemple : « Éric s’est fait remercier comme une vieille chaussette. »

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« Des informations politiques ignorées par les médias traditionnels ont souvent été divulguées par le biais de YouTube, ce qui a permis l’émergence d’un journalisme citoyen. » (Cour européenne des droits de l’homme, 2015)

En donnant le badge bleu [signalant une personnalité connue] à tout journaliste avec carte de presse à qui leur employeur achète des abonnés (followers), Twitter discrimine contre les « journalistes citoyens » reconnus par la CEDH et qui prennent le relais de « médias traditionnels » corrompus.

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La France est tellement dans un esprit de dictature militariste autoritaire napoléo-gaullien que les médias français n’ont rien trouvé de mieux que d’appeler le Président des États-Unis « l’homme le plus puissant du monde », comme si la démocratie consistait à donner régulièrement les pleins pouvoirs à un homme. Ça décrit peut-être la pseudo-démocratie française mais pas la démocratie américaine. Médias les plus stupides du monde.

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Moi, Simon, gaullien…

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La première photographie supposée d’un trou noir est en fait une image de synthèse très fantaisiste. (strategika51)

Le jour où ils photographieront la densité « infinie » du centre d’un trou noir relativiste, ce sera le 32 du mois… 🤓

[Sur ce sujet, voir mes billets Kantism & Astronomy (x) et Singuliers Trous noirs (x).]

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L’incendie de Notre-Dame n’est peut-être pas un « complot » mais l’État, propriétaire de la cathédrale et responsable de sa sécurité, a des comptes à rendre.

Lanceurs d’alerte, faites votre devoir. Toute personne qui aurait connaissance de faits de négligence dans la gestion de la sécurité de Notre-Dame de Paris est priée de le faire savoir.

Notre-Dame : une cellule psychologique activée pour les agents du ministère de la Culture. (BFMTV)

Sans blague ? J’y vois un instrument de pression : « Ne vous avisez pas de lancer des alertes sur ce que vous savez car vous le paieriez très cher. » Une cellule de pression psychologique pour éviter que les agents du ministère parlent…

ACTE XXIII

Pour moi c’est le samedi de trop. #Acte23 #ActeXXIII (@asibulle)

La patience en un tweet.

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Il n’y a pas de « démocratie locale » en France car, s’il faut des immunités pour les élus de la nation en démocratie, il en faudrait pour les élus locaux en démocratie locale et, comme il n’y a pas les unes, il n’y a pas non plus l’autre.

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#Pénal Accusatoire (UK, US) vs. Inquisitoire (France)

« La procédure [accusatoire], plus favorable à la défense de l’accusé, est évidemment moins propice à assurer la défense de l’ordre public. » (André Laingui, Histoire du droit pénal, 1993) Évidemment? Comme si l’ordre public n’était bien défendu qu’en France…

Non, la procédure inquisitoire, comme tout ce que la France doit au général Boney-Napoléon, c’est le moyen de maintenir la dictature sous les oripeaux de la démocratie, de broyer l’individualité par les appareils répressifs. Sans, évidemment, mieux défendre l’ordre public pour autant !

Étant donné que notre code naboléonien inspire plus ou moins directement le droit de nos voisins continentaux, il y a peu de choses à attendre d’une Union européenne sans le Royaume-Uni en termes de libertés individuelles. Et la lutte contre le terrorisme aidant…

*

Grosse indignation de la semaine : « Suicidez-vous ! »

i

Les suicides dans la police ne sont pas dus aux Gilets Jaunes ni à ce que ces derniers peuvent crier sous l’effet de la colère, mais à des causes tout autres que les porte-parole de la police dénonceraient s’ils représentaient vraiment leurs collègues.

Certains représentants de la police invités par les médias s’expriment sur les Gilets Jaunes, depuis le début de la crise, non comme porte-parole de leurs collègues mais comme porte-parole du gouvernement. Mais ce n’est pas pour ça que leurs collègues les ont élus !

[Je parle évidemment des représentants syndicaux et non des représentants hiérarchiques, dont il est normal d’attendre, je suppose, qu’ils soient porte-parole du gouvernement.]

ii

Grosse indignation de la semaine sur « Suicidez-vous ! » mais pas dans Le Canard enchaîné, qui publie un dessin : « Manifestants : Suicidez-vous ! CRS : Dernière sommation, à 3 on prend nos antidépresseurs… » Pourquoi personne ne s’indigne-t-il de ce dessin ?

Il s’agit d’un journal satirique. On ne peut pas en dire autant des Gilets Jaunes. (@metronome2)

Les journaux satiriques n’ont pas le monopole de la satire. Ce n’est pas parce que leurs opposants décrivent depuis le début les Gilets Jaunes comme des abrutis qu’on est obligé de les croire. De fait, le « Suicidez-vous ! » lancé par les Gilets Jaunes était très exactement de la satire et pas du tout une incitation au suicide, qualification qui ridiculiserait celui qui la mettrait en avant. On s’est bel et bien indigné dans les médias d’une expression satirique.

Pour retenir une provocation ou incitation au suicide, il faudrait considérer que les CRS sont dans l’ensemble fragiles psychologiquement… Et si une telle qualification était retenue, j’affirme que Le Canard enchaîné, sous couvert de son étiquette de journal satirique, a également fait de la provocation au suicide de CRS et policiers.

iii

Toute la semaine, les médias parlent des suicides parmi les forces de l’ordre. Le samedi, des manifestants qui font face aux forces de l’ordre leur crient, au milieu de tensions, « Suicidez-vous ! » (comme on pouvait s’y attendre, les Français étant un peuple spirituel et caustique). Ces manifestants ont donc clairement des intentions criminelles, selon les médias…

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« Le terme ‘journaliste’ désigne toute personne physique ou morale pratiquant à titre régulier ou professionnel la collecte et la diffusion d’informations au public par l’intermédiaire de tout moyen de communication de masse ». Rec° R (2000) 7 du Comité des Ministres. » (via Guillaume Champeau)

Cette définition du Comité des Ministres (du Conseil de l’Europe), restrictive, est dépassée par la jurisprudence même de la Cour européenne des droits de l’homme sur le « journalisme citoyen ». Vu la jurisprudence de la Cour EDH, non seulement Gaspard Glanz [journaliste indépendant non titulaire d’une carte de presse, arrêté pendant l’acte XXIII et placé en garde à vue pendant 48 heures] a évidemment le statut de « journaliste citoyen » mais le critère d’exercice « à titre régulier » du Comité, sans même parler de son « à titre professionnel », est caduc.

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Juste un rappel : ce n’est pas le gouvernement qui décide qui est journaliste et qui ne l’est pas. Sinon la liberté de la presse ne vaudrait rien.

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« La France voisine avec quelques autres pays pas spécialement réputés pour leur respect des droits de l’homme, dans le peloton de tête des pays du Conseil de l’Europe les plus condamnés [pour non-respect de l’article 10 de la CEDH relatif à la liberté d’expression]. » (Christophe Bigot, La liberté d’expression en Europe, 2018)

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Fiché S par Benalla.

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Tout le droit français relatif aux outrages envers « personnes dépositaires etc » est une violation de la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l’homme sur la nécessaire « plus grande tolérance » pour tous types de propos envers ces personnes afin que vive le débat démocratique.

La législation française de l’outrage, injure aggravée en fonction du destinataire, s’il représente l’autorité, est à l’exact opposé des vues de la Cour européenne des droits de l’homme, qui demande une « plus grande tolérance » là où la France prévoit depuis toujours une plus grande sévérité. Comment prétendre, en effet, à un fonctionnement démocratique normal quand les autorités s’immunisent de la critique (qui a le droit d’être virulente) et donc de la mise en cause de leur responsabilité en aggravant les peines pour les propos les visant ?

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Under the First Amendment there is no such thing as a false idea. However pernicious an opinion may seem, we depend for its correction not on the conscience of judges and juries but on the competition of other ideas.” (U.S. Supreme Court Justice Powell)

That tells you why La France is a “shithole country.”

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U.S. judge issued a preliminary injunction against enforcement of Texas’ anti-BDS law that bans state workers from boycotting Israel. The judge said political boycotts are protected speech. (BDS movement)

Of course! Where do these Texas legislators think they are? Do they think Texas is a state not of the U.S. federation (ranking 25th on Democracy Index 2018) but of the Mexican federation (ranking 71st)?

With federal court’s striking down Texas anti-BDS, pro-Israel oath law, this is the third state law of this kind that is judicially struck down after Arizona and Kansas. When will state legislatures understand what the First Amendment is?

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It is impossible to concede that by the words freedom of the press the framers of the amendment intended to adopt merely the narrow view then reflected by the law of England that such freedom consisted only in immunity from previous censorship.” (Justice Sutherland) #FirstAmendment

I wrote an unpublished memo on free speech protection 1/ in France 2/ by European Court of Human Rights & 3/ in U.S. Indicting for both 1 and 2. Could the U.S. Supreme Court consider the proposal of setting up an appeal to the Court by European citizens?

Citizens from countries that are parties to the Universal Declaration of Human Rights (UDHR) should be entitled to claim the protection of free speech guaranteed by the precedents of the U.S. Supreme Court, as both these countries’ and U.S.’s Constitutions are mindful of UDHR and the U.S. Supreme Court precedents showing a more generous approach to the question they ipso facto disqualify other parties’ restrictions on free speech as illegitimate. The Court is better equipped to judge based on its own precedents, hence the proposed appeal procedure.

[Generous is probably not the right word as in free countries the Constitution is the supreme rule on which free citizens agree, but on the other hand liberal would tend to make the question understood in terms of one party or the other…]

ACTE XXIV

Les députés de tous partis répètent en boucle qu’ils sont « députés de la nation » et non de tel ou tel territoire. Cela rend le passage à la circonscription unique d’autant plus logique et évident. #unhommeunevoix

La France n’a pas signé la Convention-cadre pour la protection des minorités nationales (autochtones). C’est le seul pays du Conseil de l’Europe avec l’Andorre, Monaco et la Turquie. 😂😭

Poésie maorie contemporaine

Mes traductions de poésie aborigène d’Australie (ici) étant le billet le plus visité de ce blog, bien plus que la poésie d’Amérique latine ou d’Afrique, voyons si la poésie maorie de Nouvelle-Zélande rencontre un succès comparable.

Les poèmes suivants, traduits de l’anglais, sont tirés de l’anthologie The Moon on My Tongue: An Anthology of Māori Poetry in English (Arc Publications, UK, 2017) (La lune sur ma langue : une anthologie de poésie maorie anglophone), qui est elle-même une sélection de poèmes réalisée à partir d’une autre anthologie publiée antérieurement, Puna Wai Kōrero: An Antholy of Māori Poetry in English (Auckland University Press, 2014), éditée par Reina Whaitiri et Robert Sullivan.

Le maori est, à côté de l’anglais, langue officielle en Nouvelle-Zélande depuis 1987. Le nombre de locuteurs en est relativement faible puisqu’il ne représente que 3,7 % de la population du pays, alors que les Maoris sont 15 % de la population (chiffres Wkpd), ce qui témoigne d’une relative déculturation. Les locuteurs de maori sont tous bilingues maori et anglais. La littérature écrite en langue maorie reste rare.

Dans la poésie maorie contemporaine en langue anglaise, l’usage de mots maoris est fréquent (l’anthologie comporte un glossaire abondant). Comme le fait remarquer Ben Styles, auteur de la préface à l’anthologie The moon on My Tongue, ces mots maoris n’apparaissent pas en italique dans les poèmes. J’ai parfois choisi de garder les mots maoris, même si la tendance sans doute naturelle en anglais de Nouvelle-Zélande à employer des mots maoris pour évoquer des réalités culturelles maories, a fortiori dans un contexte de revendication identitaire, ne justifie pas forcément de laisser ces mots tels quels pour un lecteur français a priori moins intéressé par le véhicule de la culture, la langue, que par la culture elle-même et ses manifestations concrètes ; aussi, quelques autres fois, j’ai jugé préférable de traduire le terme en français à partir du glossaire, pour faciliter la lecture. De même, si le choix de ne pas employer en anglais d’italique pour les mots maoris a un sens dans le contexte d’une culture « dominée » qui cherche à imprégner le véhicule « dominant » en gommant le caractère d’apport étranger que souligne l’italique, cela aurait bien moins de sens dans une traduction française, tout en rendant la lecture plus difficile (car l’italique permet au lecteur d’identifier immédiatement des notions susceptibles de lui être moins familières).

Les poètes ici traduits sont Hiria Anderson (un poème), Hilary Baxter (2), Jacq (Jacqueline) Carter (2), Rangi Faith (1), Keri Hulme (1), Phil Kawana (1), Hinewirangi Kohu (1), Paula Morris (2), Tru Paraha (1), Apirana Taylor (1), Haare Williams (1) et Vernice Wineera (2).

Tout comme dans l’anthologie elle-même, les femmes sont particulièrement bien représentées puisque, sur ces douze poètes, seulement quatre sont des hommes, à savoir (dans la mesure où leurs prénoms ne sont pas toujours facilement imputables à un sexe ou à l’autre, pour un lecteur français) : Rangi Faith, Phil Kawana, Apirana Taylor et Haare Williams.

Langue fourchue (Forked Tongue) par Hiria Anderson

Tu me regardas dans les yeux
sans un tressaillement de ton front plissé
ni un pli de ta bouche souriante aux lèvres fines
et en remuant les mains tu dis :
« Même si nous contrôlons les voies maritimes
cela ne vous empêche pas de prier ‘votre’ dieu de la mer »
et tu t’attendais à ce que je sourie, puis tu dis :
« Nous serons de meilleurs gardiens car nous avons de l’argent »
et tu t’attendais à ce que je me sente mieux, puis tu dis :
« Ce n’est pas seulement ‘nous’ qui polluons les eaux mais tout le monde »
et tu t’attendais à ce que je sois d’accord avec ça, puis tu dis :
« Bien sûr que vous ‘pourrez’ manger les fruits de mer après que nous aurons nettoyé le système d’assainissement »
et tu t’attendais à ce que mon fils mange, puis tu dis :
« Tout le monde profitera de cette vente, ils ont besoin de notre sable »
et tu t’attendais à ce que j’y croie.
Mais je n’y croirai jamais !

*

Réminiscence (Reminiscence) par Hilary Baxter

Je me souviens enfant
mon père me portait
bien haut
sur ses épaules ou sur sa tête
j’avais tellement chaud
dans la salopette rouge en tricot
mon père portait
sa vieille gabardine

Il courait à travers
les bois de Karori
moi au-dessus en position instable
traversant chemins berges
ruisseaux perdus
de feuilles brunes humides

Puis remontant
l’allée de gravier
donnant sur la route ancienne
je ne trouvais plus que
mon trône d’arbres
regardait de haut le monde

autour de moi attendant que je grandisse

*

Octobre 1972 (October 1972) par Hilary Baxter

Ma joie est une joie tribale
ma solitude forte solitude
et ma tristesse
ce sont des allées de fleurs
qui mènent à la rivière
où va et vient le taniwha génie des eaux

et les chouettes appelaient
un père aux pieds nus
mon père
disciple du Christ maori

J’entends un vieil homme chanter
il a les cheveux dans la lumière du soleil

*

Nos ancêtres sont toujours là (Our tūpuna remain) par Jacq Carter

Note. Le terme Pākehā qui revient à plusieurs reprises dans le poème désigne, en langue maorie, le Néo-Zélandais blanc, d’origine anglo-saxonne.

Rien de tel qu’un palmier nīkau solitaire
au milieu d’une rizière
propriété de quelque Pākehā
pour vous donner honte

Entourée de montagnes
qui vous rappellent
que jadis cette rizière
partageait le même tapu, la même sacralité

C’est un peu comme le cimetière
au milieu de cette réserve
qui fut jadis un village
avant qu’un Pākehā y mette le feu

Alors vous êtes prévenus :

il faudra plus
qu’un
changement de nom
des arbres abattus
des maisons incendiées

pour nous faire oublier

que nos ancêtres sont toujours là.

*

En comparaison, il n’y a pas de quoi se plaindre (Comparatively speaking, there is no struggle) par Jacq Carter

Quand des gens comme toi me disent

que les choses ne vont pas mal aussi mal ici
qu’ailleurs

je me dis que tu n’as pas été

dans la région du Waikato1
ou parmi mon peuple

il y a quelque deux siècles
ni chaque jour depuis lors

vivant sur une terre
qui n’est plus la tienne
pêchant en des eaux
qui ne sont plus pures

ni à chaque réunion
de chaque place de village
ravivant les paroles
mana Māori motuhake2

comme le font toutes
les places de village du pays.

Tu sembles croire que les choses
ici vont mieux
parce que tu ne nous vois pas mourir
ou combattre ouvertement

comme si tout ça
c’était du passé.

J’ai tendance à penser

qu’un des pires effets de
la colonisation

c’est quand les gens ne luttent plus
car ils n’en voient pas la raison
et pensent que

tout va bien
en comparaison.

Alors combien de Maoris
as-tu convaincus aujourd’hui
que nous autres « Mahrees »
devrions nous considérer chanceux
et que les choses auraient pu être pires
comme elles l’ont été pour les « Abos » ?3

1 Waikato : région du nord de la Nouvelle-Zélande.

2 mana Māori motuhake : selon le glossaire annexé à l’anthologie : «separate Māori identity; autonomy» (séparatisme maori ; autonomie)

3 Mahrees et Abos : Le premier terme semble faire référence à une prononciation défectueuse par les « Pakeha » du nom des Maoris, et le terme « Abo » est en anglais une appellation des Aborigènes d’Australie considérée comme péjorative. Ainsi, la poétesse, en empruntant son langage insultant, souligne l’hypocrisie du colonisateur.

*

Nous perdons notre mana (Losing our mana) par Rangi Faith

Note. Le mana est une notion familière aux étudiants en anthropologie, qui la trouvent dans de nombreuses études consacrées aux peuples premiers, que ce soit chez Marcel Mauss, Claude Lévi-Strauss, Roger Caillois, Mircea Eliade… Le Grand Robert en donne la définition suivante : « Puissance surnaturelle impersonnelle et principe d’action, dans certaines religions (d’abord en parlant des Mélanésiens). »

Il fut un temps où le pied
glissait sur elles
dès que l’on entrait
depuis la berge
dans l’eau sombre,

à présent on dit
qu’aucune anguille n’a été
prise
depuis les trois dernières funérailles

et les frères
en aval de la rivière
sortent la nuit
et coupent les filets –

ils y sont contraints
il n’y a plus de kai4
dans la rivière,
nous perdons notre mana.

4 kai : nourriture (glossaire).

*

Fins et commencements (Ends and Beginnings) par Keri Hulme

D’où viens-je ?
Je ne demande pas le pourquoi de mon existence
quand tombe la nuit :
je fabrique des paniers de lin vert
pour garder les anguilles sanglantes au ventre d’argent
comme le faisaient mes ancêtres :
une lame en coquille de moule
est un outil de choix
pour découper des lanières
la mienne luit de ses taches

D’où viens-je ?
Je ne demande pas le pourquoi de mon existence
quand naît le jour :
je tamise un sable noir
comme le faisaient les mineurs,
empruntant leurs anciens passages d’espérance
grenat, titane, fer et or…
le visage grave et brun de ma pelle
montre un froid sourire d’acier.

Née de l’autre côté de la colline
fille de la mer-femme,
qui peut dire d’où je viens ?

*

Scènes de logement social (Scenes from a council tenancy) par Phil Kawana

L’Homme qui tousse se fracture la lumière
tamise à travers le treillis de la fenêtre
cliquetis de clés d’appartement et de poumons
sac de course plein de néants
chacun un capillaire rompu duquel
le sang dépité
se libère
pour monter à la surface

L’automne finissant est une plaisanterie du soleil caché
les collines se dressent à l’ouest moites, froides
une ombre lentement répand une ombre
les murs nus suppurent, le dos au jour tumescent
les fils du tramway tendent leur gaze
sur les banlieues d’esclaves pour dettes
aspire la méthamphétamine et les anxiétés
enfonce bien le manuscrit au fond de ta poche

Il y a des emballages de fast-food
des sacs de supermarché pour sniffer
et des haillons, dans la cage d’escalier
taguée qui sent la pisse
passe en baissant les yeux
tu ne sais pas quels yeux tu croises
ni ceux que tu n’oses croiser, ici
dans cet autre royaume

Les murs sont beige institutionnel
un air de dire « du calme, tu vas rester ici un moment »
chuchoté aux oreilles inquiètes
sols en vinyle polis
lambeaux de revêtement pendouillant des portes
ventilations hors service depuis des années
des années comme une intraveineuse, s’égouttant, distillant,
diluées par leur chute, leur moment passé.

Dans les couloirs, la lumière électrique
ne s’éteint jamais.

Entre les palissades des blocs de béton
un garçon des Samoa, trop jeune pour aller à l’école
trop grand pour rester au lit quand brille le soleil
chante des chants de chorale, des génériques de télé
des spots publicitaires et des mots sans queue ni tête, juste pour entendre
les notes sautiller et se pourchasser
l’une l’autre comme des poissons arc-en-ciel
par-delà mur et fenêtre dans le ciel bleu Pacifique.

C’est bon quand le soleil peut séparer
les silhouettes de la colline et du chez soi
quand il sèche les chemins vérolés et les torchons comme neufs
qui obstruent le quartier sur les rangs de cordes à linge
un peloton en vêtements blancs, gardant les manières d’antan
vieillards aux yeux gris, à la peau couleur de whisky et fatigués
traînés le long du patio par des chaises de cuisine
fuyant les ombres chasseresses

Il y a toujours des ombres ici ; elles passent
comme l’odeur de cannabis
près de l’ascenseur, comme l’émanation
des suintements du local à poubelles
sur lequel tout l’immeuble repose
le vide-ordures proute et les poubelles clappent
dans une joie symphonique, atone
écho d’une obscurité qui s’inhale

Et derrière les rideaux des fenêtres
plus haut où des aperçus
d’une autre vie peuvent encore être saisis
l’oligarchie de l’architecture et de la géographie
a relâché sa pression colonisatrice, mais
les empreintes restent, le panorama intérieur
conçu de l’extérieur et donnant seulement sur
des gens étalés comme des épingles.

Dans les couloirs, la lumière électrique
ne s’éteint jamais.

*

Pain grillé (Fried bread) par Hinewirangi Kohu

Pākehā /Femme blanche :
images subversives dans ma tête.
Je veux être une Pākehā.
Je veux être une femme blanche.
Ce serait sans douleur – aucune souffrance,
seulement de la dureté – aussi net
que l’inox.

Je cache ma laideur maorie
–…je fais une overdose de parfum Judith Arden,
…..me sépare des miens
–…nie l’essence maorie

haine du sol en terre de notre whare (maison),
du stigmate des poux,
haine des sandwichs au pain grillé
qui durcissent avec la mélasse,
j’échange mes repas de pain grillé
pour des clubs-sandwichs raffinés
et je bois dans une bouteille en plastique,
haine de la mauvaise articulation de la langue maorie,
j’essaie désespérément de parler comme une Pākehā.

Mon dieu, comme j’ai envie d’être blanche – une Pākehā.
Je serai,
Je serai,
Je serai la meilleure

Pākehā bronzée, brune, aux yeux bruns du monde !

*

Grand-mère anglaise (English Grandmother) par Paula Morris

Tu viens en bateau, la valise pleine
de savon et de chocolat. Nous sommes en 1970. Tu
ne sais pas trop ce qu’on peut acheter ici, ni à quel degré
de civilisation nous sommes parvenus.

Pour moi tu as apporté une belle poupée aux cheveux auburn.
Elle est si différente et surprenante que je l’appelle
Alison, un nom que je connais à peine et qui ne me plaît pas vraiment.
À Noël tu nous offres une balançoire.

Tu es assise sur une chaise de table à dossier rigide
– jamais sur le sol comme notre vraie grand-mère, celle
qui nous appelle ses mokopuna (petits-enfants). Tu dis que s’asseoir
par terre pour lire le journal c’est de la paresse.

Ma sœur est anglaise et à toi, mais nous te sommes étrangers
mon frère et moi. Tu souris peu.
Je suis une étrange petite fille basanée. Je parle peu.
Il refuse de te faire la bise.

Aujourd’hui, je pense que nous pourrions nous aimer l’une l’autre. Comme toi,
je noie ma nourriture sous le poivre, et je festonne
la maison à Noël. J’aime rester debout
en mangeant mon petit déjeuner et en lisant le journal.

Au bout d’un an tu retournes en Angleterre, déçue,
soulagée. Nous avons une nouvelle table pour la salle à manger – ronde et
blanche – avec des chaises qui se balancent. Ne te balance pas,
dit ma mère. Elle est toujours ta fille.

*

(Where) par Paula Morris

D’où êtes-vous, demandé-je au garçon de café.
Il vient du Brésil, de Pologne, de Florence.
Parfois il vient du Mexique, et je
dis alors : comme la petite amie de mon neveu.

À Auckland le chauffeur de taxi qui vit à
Henderson est Afghan. Ils sont
quarante ici, me dit-il. Ils aiment bien, même
s’ils doivent faire leur pain eux-mêmes.

À New-York le chauffeur de taxi est Pakistanais.
Il me demande d’où je suis, et veut parler
cricket. Son rêve, dit-il, est de vivre
avec son frère à Bradford.

À Auckland le dentiste est Brésilien. À
Sheffield le propriétaire du café vient d’Auckland.
À Londres le garçon qui nous sert vient de Glasgow.
À Glasgow le garçon qui nous sert vient de Melbourne, comme

mon docteur à Iowa City, le spécialiste du nez,
qui se penche au-dessus de moi sur la table d’opération.
D’où êtes-vous, me demande-t-il.
Je lui réponds que je suis d’Auckland. Excellent, dit-il.

Parfois à Auckland le chauffeur de taxi est
d’Auckland. Il n’est de nulle part ailleurs
que d’Auckland. Mon rêve, lui dis-je,
est de revoir le tramway.

*

Connaissant parfaitement tout ce qui est sur terre (Knowing entirely everything on earth that is) par Tru Paraha

Au poète Aï (To the poet Ai)

Alors, mon cœur d’argilite

frappé par le marteau
s’ouvrit en deux
formant deux herminettes de pierre

aux noms sacrés.
Libres, de ce
canyon déchiqueté s’envolèrent

des aigles et un faucon sauvage ;
des tempêtes de sable ;
des léviathans ; un papillon

venu de quelque archaïque
forteresse.
Esclave de ma vocation

Je parlementai avec les dieux
pour une vie, indiciblement
sensuelle, dévoilai

mon anarchie nue en
offrandes d’or et de printemps,
banquetai dans la solitude.

Connaissant parfaitement
tout ce qui est sur terre,
je tends les graines interrogatrices
d’un front plissé.

Laisse-moi étonner,
stupéfier
–d’abord, comme femme,

puis entre dans ma splendide
réserve de félicité.
Demande-moi n’importe quoi, demande-moi.

Je suis pure,
parfaite, ignorance.
Je sais moins que rien.

*

Pensées et souvenirs d’une ancienne (Feelings and memories of a kuia) par Apirana Taylor

Les Maoris d’aujourd’hui
ne sont plus des Maoris
Je ne sais pas ce qu’ils sont

Je me souviens des gens d’autrefois
ils étaient polis
et aimaient parler
ils allaient d’un pas tranquille
mais ce qui était à faire était fait

Aujourd’hui mon petit-fils est toujours pressé
mais on dirait qu’il ne fait jamais rien
ils ne m’adressent presque pas la parole
et n’ont pas l’air heureux

Dans mon enfance
nous avions de grands jardins
et tous les enfants y travaillaient
les anciens
faisaient des plaisanteries
ils préparaient un grand repas le matin
nous étions très heureux

Parfois
nous allions au lac
ramassions des fougères
et les liions en gerbes
avec des fibres d’akeake
puis nous jetions les fougères
dans l’eau

Après les en avoir retirées
nous les secouions
et de nombreux poissons
en tombaient

Dans la forêt
il y avait quantité
de pigeons gras et succulents
la rivière
abondait en anguilles
notre repas nageait devant nous
il suffisait
de tendre la main

La forêt
a été abattue
la rivière barrée
le lac pollué

Plus le Pākehā est proche
et plus il nous rend la vie
difficile

Puis ce fut la guerre
de nombreux Maoris
qui auraient été de grands leaders
pour notre peuple
ont été tués
et pourquoi donc

Pour que nous vivions sur des parcelles de dix ares5
alors que nous avions autrefois
plus de terre
que je n’en pouvais mesurer des yeux

Pour que nous mangions
des hamburgers
alors que nous avions autrefois
de la nourriture fraîche

Pour qu’au bout du compte nous soyons
abandonnés
malheureux
sans savoir pourquoi.

5 parcelles de dix ares : traduction de quarter acre sections. Ces parcelles, avec pavillon, ont longtemps représenté la norme idéale de la propriété (suburbaine) en Australie et Nouvelle-Zélande (voir Wkpd « Quarter Acre »). Elles font partie de ce qu’il est convenu d’appeler le New Zealand dream (ou Kiwi dream). Entre parenthèses, des études montrent que ce système de pavillon avec jardin serait plus favorable à la fertilité et donc à la démographie que le logement en appartement : cf Wkpd « New Zealand Dream ».

*

Koha par Haare Williams

Notre
Nounou Waï
chantait
aux arbres du jardin
donnant un nom
à chacun

Nous ne savions pas trop
pourquoi
« Les arbres donnent tout
pour les arbres
ne pas donner c’est
mourir

Tu ne donnes presque rien
quand tu donnes
des choses
donner de soi-même
comme les arbres
ça c’est donner
apprenez d’eux

La Terre
pour Mère
et le Ciel
pour Père
il n’est rien
qu’ils ne partagent ! »

L’année
où Nounou Waï est partie,
les arbres se mirent à vieillir
et moururent,
nous ne savions pas trop
pourquoi.

*

Chanté depuis Kapiti (Song from Kapiti) par Vernice Wineera

Il est des gens
qui survivent
par la promesse du soleil.
Tels sont les habitants
de la côte de Paekākāriki,
dans leurs habitations nichées contre
la falaise d’argile crénelée
face à la fureur hivernale
de l’immense océan.
Je regarde un oiseau de mer solitaire
immobile comme un morceau de bois
sur un rocher battu des vents,
les plumes ébouriffées
par le vent froid du sud
soufflant depuis l’Antarctique.
Les éparses herbes toetoe
ploient sous le vent
et traînent leurs frondes emplumées
sur la grise plage farouche.
Elles plongent des doigts glacés
dans mon cœur.
Je suis cet oiseau
transi par le vent du sud,
aux ailes de bois
dans l’air froid salé.
Je suis l’enfant des Ngāti Toa6,
cherchant ma place
dans une société de métropole.
Je suis celle qui apprend à chanter
les chants doux-amers de l’âme d’un peuple.
Je suis l’oiseau solitaire
vivant dans les limbes de la nostalgie,
combattant le monde hivernal,
survivant
grâce à la promesse ténue
d’un été qui s’annonce.

6 Ngāti Toa : nom d’un clan maori.

*

Wellington, vers 1950 (Wellington, circa 1950) par Vernice Wineera

Le vent était toujours là.
Vent du sud, soufflant de l’Antarctique,
qui montrait ses dents pour arracher les vêtements,
les cheveux, la peau, la chair même des côtes,
et ensuite te léchait les os
de sa langue infiniment froide.
Et parfois vent du septentrion,
non moins cruel, grondant le long des gorges
au nord du village, tranchant d’un coup de griffes les branches
des eucalyptus, les toitures
des maisons de bois, fragiles, le moindre clou
grinçant pendant l’assaut.
Alors nous craignions de sortir
chercher du bois, les charbons
achetés pour quelques shillings bien gardés dans la bourse.
Quelqu’un le devait pourtant,
et je me soustrayais à la coulpe de te regarder
engoncée dans ton mince manteau
dans le vent sauvage, ton insuffisante écharpe
battant l’air autour de tes cheveux gris,
la hache tenue en l’air
quand tu luttais pour la laisser choir
contre les bûches humides
sur le billot.
Alors je sortais, au-devant
du claquement de la porte à minuterie
dans le jour animal,
le monde entier en contorsions,
les serpents dans les arbres,
les chiens hurlant au ciel,
les piquets de la palissade se balançant possédés
par quelque chose de terrible, d’invisible.
Les pièces vides de la maison,
moites de leur vue sur la mer grise
et le ciel sombre, devenaient alors
la seule matrice de chaleur restante
pour une jeune femme de quinze ans perdue
dans la tempête, une évanescente année de grand-mère
seule compagne.