UV Bubble : La bulle ultraviolette

Florilège de textes publiés comme blogueur sous les billets d’autres blogueurs (avril-mai 2020).

La première partie du présent billet est consacrée à l’idée, que j’exprimai pour la première fois le 11 avril 2020, d’un traitement du coronavirus covid-19 et de tous autres virus aéroportés par les ultraviolets – un sujet placé entre-temps sous les feux de la rampe par le président américain Donald Trump.

 

Sans titre, par Cécile Cayla Boucharel

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I) La bulle ultraviolette

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Certains pays assainissent les eaux avec des ultraviolets (UV) : « Introduction à la méthode de désinfection par les UV. Contrairement aux méthodes de désinfection de l’eau par les produits chimiques, la lumière UV inactive rapidement et efficacement les micro-organismes par un processus physique. Lorsque les bactéries, les virus et les protozoaires sont exposés aux longueurs d’onde germicides de la lumière UV, ils deviennent incapables de se reproduire et perdent leur pouvoir d’infection. » (Société Trojan UV : Water Confidence)

Des lampes UV sont également à la vente pour permettre aux particuliers de désinfecter leurs logements.

Les UV semblent être une voie possible de prévention des pandémies virales aéroportées. Si, par exemple, on doublait l’éclairage d’un réseau de métro avec des lampes UV, les couloirs de métro, qui présentent de fortes densités de population plusieurs fois par jour, seraient sains. On peut envisager aussi de doubler en UV l’éclairage extérieur des villes ; une certaine proportion de la surface au sol serait ainsi complètement saine, réduisant l’exposition globale de la population de la ville aux virus et donc la morbidité globale au sein de cette population. Cet éclairage UV pourrait n’être activé que de manière saisonnière, par exemple pendant l’épisode grippal annuel, ou bien l’être en permanence.

Face à de nouveaux virus pour lesquels il n’y a pas encore de vaccin, cette méthode, pour peu qu’elle soit praticable, présenterait un avantage évident.

(Ce texte, publié sous un article du blogueur Aphadolie, date du 11 avril. La conférence de presse du président Donald Trump où ce dernier a parlé d’UV pour le traitement du covid-19, date du 24 avril.)

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L’idée s’inspire, on l’aura compris, non pas des techniques de désinfection d’eau par UV mais des lampes UV qui sont vendues pour désinfecter les pièces d’une habitation et les maintenir saines de « bactéries, virus et protozoaires ». Si c’est possible pour des habitations, cela doit l’être aussi pour tous autres types de bâtiments et infrastructures fermés, privés et publics, voire pour les lieux ouverts. La lumière UV étant invisible (« lumière noire »), un tel système ne créerait aucune gêne oculaire. En revanche, la question des effets sur la santé se pose puisque les UV peuvent être responsables de cancers de la peau, mais des gens font des séances d’UV dans des caissons pour bronzer, et ce type de matériel est agréé : on sait donc doser le rayonnement, et il s’agit par conséquent de voir si l’on peut créer un système suffisamment puissant pour prévenir toute pandémie virale sans risque de mélanomes. Les effets possibles sur l’atmosphère et le climat devraient également être étudiés.

Vu que Bill Gates vient de prédire (sur la foi de je ne sais quelles études) des épisodes pandémiques avec de nouvelles souches virales inconnues tous les vingt ans à l’avenir, un système tel que je le suggère prend tout son sens si l’humanité souhaite éviter les confinements mondiaux à répétition (avec les conséquences économiques drastiques qui doivent s’ensuivre, comme la crise majeure qui se profile aujourd’hui avec le covid-19).

Un tel système gagnerait sans aucun doute à être conçu comme le plus complet possible dès l’origine, c’est-à-dire comme une véritable « bulle ultraviolette » autour de la Terre.

12.4.20

iii

Un blogueur considère ma proposition d’utiliser les UV contre de futurs virus à ce jour inconnus (et donc sans vaccin) comme de nature à « affaiblir [l’homme] biologiquement au maximum dans un univers parfaitement protégé, stérile, et survitaminé ».

Il est aujourd’hui avéré que la réponse immunitaire de l’organisme à une parasitose est un stress considérable, dans le sens d’une dépense énergétique du métabolisme. On peut même le dire de toute maladie, jusqu’au moindre rhume : la réponse immunitaire représente une usure du système. Ce qui fait que les personnes âgées tendent vers l’immunodéficience.

Pendant la croissance de l’organisme, cette allocation de ressources pour des réponses immunitaires d’urgence face à des attaques bactériennes, virales ou parasitiques, est de nature à priver le métabolisme d’une partie des ressources qui seraient autrement dédiées à la production de tissus, d’os et de muscles. C’est pourquoi des poulets, par exemple, élevés dans des milieux sans germes acquièrent au cours de leur croissance 25% de masse corporelle en plus en moyenne par rapport à d’autres poulets. (Notez bien qu’on ne parle pas ici d’injection d’hormones ni de régimes survitaminés, donc d’intervention sur l’organisme des poulets autre qu’indirectement sur leur milieu de vie.)

Les caractéristiques de la compétition sexuelle dans le monde animal sont une pure et simple confirmation de ce fait. Les oiseaux mâles aux couleurs les plus éclatantes sont distingués par les femelles : or plus l’oiseau est porteur de parasites, plus son métabolisme est mobilisé pour lutter contre ces parasites et moins les couleurs de son plumage peuvent être éclatantes. De sorte que les couleurs du plumage, objet de la séduction des femelles, sont le marqueur d’un organisme sain, libre autant que possible de parasites et de germes, tandis qu’un plumage terne indique au contraire un organisme fortement parasité. Le chant des oiseaux obéit à la même règle.

Il semble donc y avoir une erreur au fond de la pensée selon laquelle un milieu « stérile » débiliterait l’organisme car celui-ci ne serait alors pas accoutumé à lutter contre les germes. La lutte contre les germes a un coût élevé, en termes de métabolisme. On sait que nous sommes de plus grande taille que nos ancêtres ; la raison avancée, et la seule, est celle de notre alimentation, mais il est évident que c’est aussi le résultat d’un environnement moins stressant pour le métabolisme au moment de la croissance, à savoir que notre milieu, en Occident, est aujourd’hui bien plus « stérile » que celui de nos ancêtres (par rapport à qui nous vivons aussi plus longtemps).

La bulle ultraviolette que j’évoque a donc aussi un sens dans ce contexte.

13.4.20

iv

La course au vaccin contre le covid-19 paraît bien compromise ; un virus qui mute tous les quinze jours semble en effet avoir trouvé la parade au principe même de la vaccination, basé sur le principe de l’immunité…

La dernière conférence de presse de Donald Trump, qui a parlé de rayonnement ultraviolet appliqué au corps humain, prend donc tout son sens. L’opposition politique y a vu une proposition à court terme, et se moque de lui, mais il me semble plutôt qu’il pose les bases d’un nouveau type de recherche.

Il me paraît de plus en plus évident que nous devons collectivement trouver une alternative à la vaccination. Comparons les choses. La vaccination exige un vaccin pour chaque type de virus, tandis qu’un seul et même système d’UV détruirait quant à lui tous les virus, connus et inconnus. L’avantage des UV ne fait par conséquent pas le moindre doute. Je ne sais pas si l’on pourra inventer un système de projection de lumière UV dans l’organisme qui ne détraque pas ce dernier, mais un « traitement de surface » suffisamment étendu serait déjà de nature à prévenir les infections : c’est cette idée que j’appelle la « bulle ultraviolette ».

Des robots de traitement de surface par UV sont déjà utilisés contre le coronavirus, par exemple ceux de la société danoise UVB Robots, dont le président indique que la demande de ses robots a explosé avec la pandémie de covid-19.

24.4.20

v

Suite aux révélations sur les nombreuses mutations du covid-19, qui présente à ce jour déjà plus de trente souches (trente-trois souches), et les conséquences qu’il convient d’en tirer dans la recherche d’un vaccin, à savoir qu’il est probable qu’un vaccin unique ne sera pas efficace contre toutes les souches, mais qu’il faudra peut-être au contraire autant de vaccins que de souches, car, comme le dit un médecin chinois, « il ne faut pas traiter le covid-19 comme une maladie unique », et compte tenu du fait que, chacun de ces vaccins « régionaux » étant développé localement, on ne peut pas s’attendre à ce que tous les vaccins sortent en même temps (même si l’on peut supposer qu’une fois un vaccin trouvé cette découverte permettra de conclure les autres plus rapidement), on voit mal comment la fermeture des frontières ne s’imposerait pas.

Le gouvernement des États-Unis a pris une mesure de cessation complète de l’immigration légale de 60 jours, dont d’aucuns, au sein même du gouvernement, affirment déjà que ce « provisoire » a vocation à devenir la règle dans la durée, à savoir, je suppose, que les États-Unis vont revenir à une période d’immigration légale très restrictive, comme dans les années de la Grande Dépression (avec des restrictions quantitatives mais aussi quant aux pays d’origine autorisés à envoyer des migrants). D’autres États ont mis en place des périodes de quarantaine drastique pour les personnes entrant sur leur territoire, ou projettent de le faire (Grande-Bretagne).

Il semble en effet, au moins pendant une certaine période, que même un pays qui vaccinerait sa population ne serait pas immunisé contre toutes les souches du covid-19 et que les étrangers porteurs de ces autres souches resteraient donc un danger pour la population nationale vaccinée. À moyen terme, on peut envisager qu’une même injection réunisse tous les vaccins développés contre les souches du covid-19, mais ce dernier ne va-t-il pas développer de nouvelles souches tant et plus, si bien qu’une course serait perdue d’avance et qu’il conviendrait de développer sans tarder les méthodes alternatives connues, pour les rendre soit opérationnelles soit plus efficaces (des traitements généralistes du type chloroquine ou interféron alpha 2b, ultraviolets, et autres) ?

26.4.20

vi

« Coronavirus : les rayons ultraviolets pour éliminer le Covid-19. En retard sur l’Asie, l’Europe se met à son tour aux ultraviolets pour désinfecter des objets en quelques secondes et des pièces entières ou l’intérieur de bus en quelques minutes. » (L’Express, 11.5.20)

« C’est très différent de ce que suggérait le président Trump fin avril. Il ne s’agit pas d’irradier le corps des patients. »

La société américaine AytuBioScience travaille de son côté sur des dispositifs d’irradiation du corps des patients par des UV en vue de traiter le covid-19 : « UV light treatment that can be administered internally to coronavirus patients on ventilators. »

J’ai connu l’existence de cette société AytuBioScience quand son PDG a réagi publiquement aux sarcasmes des politiciens et militants démocrates, ainsi qu’à ceux des journalistes, après la conférence de presse du président Trump qui évoquait une irradiation par UV pour traiter le covid-19, ce sur quoi travaille justement cette société.

En insistant sur le fait que les dispositifs décrits ne sont « pas ce que suggérait le président Trump en avril », les médias semblent continuer à chercher à faire passer ces paroles de Trump pour une « gaffe » mais, sans le moindre parti pris, je tiens à dire que cette ligne d’argumentation politicienne est navrante, et je vais en donner les raisons brièvement.

Les dispositifs d’UV ici décrits ne sont pas, comme le rappellent les médias, des « caissons à UV ». Or les caissons à UV existent bel et bien, et font l’objet d’agréments par les autorités sanitaires et scientifiques pour une commercialisation en vue de permettre aux gens de bronzer. Ces caissons à UV ne sont rien d’autre qu’un système d’irradiation du corps humain par des UV. L’idée d’une irradiation du corps par de la « lumière noire » n’a donc en soi rien d’original, et c’est pourquoi une personne informée des questions scientifiques ne peut qu’être navrée de voir que l’expression de cette idée par une autorité politique est amenée à produire des sarcasmes de la part de l’opposition (et d’une partie de la presse), comme si celle-ci savait que cette idée qui n’a rien d’original et au contraire est d’application ancienne, est une impossibilité, une absurdité.

Une fois cela bien établi, il n’en reste certes pas moins que le traitement de contaminations virales de l’organisme par irradiation d’UV n’existe pas encore. C’est un fait. Cependant, encore une fois, pour une personne informée des questions scientifiques, l’idée n’a rien en soi qui puisse surprendre. Même en rappelant les risques des UV pour l’organisme, rien ne permet de conclure à l’impossibilité de tels dispositifs : autant vaudrait conclure de la dangerosité des rayons X à l’impossibilité de la radiologie. Or les rayons X sont dangereux pour l’organisme (« radiomes » ou brûlures radiologiques, cancers…) et les radios médicales sont pourtant quelque chose d’extrêmement courant.

Telles sont les raisons pour lesquelles l’opposition au président Trump n’aurait jamais dû chercher à se servir contre lui de ses paroles sur les UV.

Quant à l’épidémie de cancers de la peau par exposition au soleil, il y a au moins un scientifique de renom, le Dr. Robin Baker (biologiste), qui a émis l’hypothèse qu’elle ne serait pas tant due aux UV qu’aux crèmes solaires censées protéger la peau des UV (c’est l’objet d’un chapitre de son livre Fragile Science). La corrélation est entre exposition au soleil et cancers, mais une corrélation ne dit rien en soi sur un lien de cause à effet, et une autre corrélation tout aussi établie est celle entre application de crèmes solaires et cancers (car ceux qui s’exposent au soleil utilisent de la crème solaire), et l’idée que se badigeonner abondamment le corps de produits chimiques est quelque chose de peu naturel pour la peau, a du sens.

12.5.20

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II) Divers

Pourquoi le temps passe-t-il ? Parce qu’il n’existe pas. J’ai bon ? Comme disait Alain : « Ces puérilités étonnent les ignorants. »

« Mais j’attends qu’un de ces matins cet auteur propose comme possible une marche rétrograde du temps ; car je ne vois rien, dans ses principes, qui y fasse obstacle. Ainsi je reviendrai sur la terre, et à l’école, et je mourrai le jour de ma naissance. Ces puérilités étonnent les ignorants ; seulement à nos yeux elles sont usées. » (Les valeurs Einstein cotées en Bourse, Propos d’Alain du 13 juin 1923)

Ces puérilités étaient déjà « usées » au début du vingtième siècle.

Le temps et l’espace sont les formes a priori de notre intuition (kantisme). Avant de remettre cela en cause, les physiciens « penseurs » feraient bien de se dire une bonne fois pour toutes que ce qu’ils observent dans le cadre d’un théorie de la lumière à la fois corpusculaire et ondulatoire (ondulatoire, c’est-à-dire comme une onde se propageant dans un milieu alors même, qui plus est, que selon la relativité l’éther prétendument n’existe pas et qu’il n’y a donc pas de milieu, dans le vide, pour qu’une onde se propage) est ininterprétable.

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La crise du coronavirus relance une controverse scientifique vieille de 150 ans, par Karen Selick. (La controverse entre Pasteur et Béchamp)

Il s’agit d’un texte intéressant dans l’ensemble par les éléments d’histoire scientifique qu’il comporte mais je trouve tout de même le point de vue de Selick caricatural. Tout d’abord, il faut faire remarquer que, si les approches de Béchamp et de Pasteur sont opposées, on ne peut pas parler de plagiat, car le plagiat suppose une reprise et non une contradiction. Et en réalité la théorie des germes (Pasteur) et celle du terrain ne sont pas incompatibles, et je crois que personne ne les oppose. La polémique a été « oubliée » car elle n’existe pas : les germes agissent sur un terrain, il faut un terrain pour que les germes agissent. Si ce terrain est « déficient », le germe agit sur celui-ci de manière plus virulente, et la notion de maladie opportuniste (« maladie due à des germes habituellement peu agressifs mais qui sont susceptibles de provoquer de graves complications en affectant des personnes ayant un système immunitaire affaibli ») montre bien que l’on ne peut pas opposer de manière tranchée une théorie des germes et une théorie du terrain.

Cela ne veut pas dire que telle ou telle politique de santé publique ne favorisera pas telle ou telle approche (peut-être sous l’influence de groupes de pression économiques), et peut-être même que cette influence s’est faite ces dernières décennies de manière unilatérale au profit d’une approche plutôt que d’autres, mais reconduire cela au niveau théorique ne peut être fait, me semble-t-il, qu’en caricaturant les théories.

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« Certaines structures biologiques sont si petites que les scientifiques ne peuvent pas les voir avec les microscopes les plus puissants. C’est là que l’animatrice moléculaire et conférencière de TED, Janet Iwasa devient créative. » (TED YouTube)

« Son objectif général est de créer des visualisations moléculaires et cellulaires précises et convaincantes qui soutiendront la recherche, l’apprentissage et la communication scientifique. »

« Créer des visualisations convaincantes » : il convient de bien noter le caractère conjectural du travail de Janet Iwasa. Ses visualisations sont simplement un possible qui ne contredit aucune des données connues, mais l’ensemble des formes possibles qui ne contredisent pas les données connues est infini.

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Port d’armes et Liberté

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Les ventes d’armes ont explosé aux États-Unis pendant la pandémie de covid-19 en raison de la crainte, entend-on dans certains médias, de législations à venir qui restreindraient ce commerce. Je note cette explication ; je voyais quant à moi plutôt des craintes relatives au confinement lui-même, c’est-à-dire des villes désertées où les bandes criminelles pourraient agir plus librement, idée qui inciterait les gens à renforcer leur auto-défense en achetant des armes (ou davantage d’armes). Ce qui a été dit des pillages à New York ne fait d’ailleurs que leur donner raison. Il y a lieu de croire, hypothétiquement, que certaines localités plus isolées connaissent, outre les vagues de pillages un peu partout, des vagues d’attaques à main armée de domiciles particuliers ou de personnes isolées dans la rue. Les deux explications ne sont pas exclusives l’une de l’autre, et, à vrai dire, je ne vois pas que ces statistiques de vente soient inquiétantes (dans la mesure où les criminels s’approvisionnent eux au marché noir, tandis que ces statistiques concernent des commerces sous licence).

Pour un Français moyen, désarmé depuis longtemps, ce commerce ne peut que susciter l’inquiétude, car la politique de désarmer les citoyens repose nécessairement sur un élément (plutôt qu’un argument) psychologique de culpabilisation de l’achat d’armes. Pour le citoyen désarmé d’un État étatiste (car le désarmement des citoyens est une des conditions de l’étatisme), l’achat d’armes a tendance à être en soi suspect. C’est aussi pourquoi un film comme Bowling for Columbine (2002) de Michael Moore passe en France pour un plaidoyer bien moins prudent qu’il n’est en réalité, car pour nous cela confirme purement et simplement les dispositions psychologiques nées de notre désarmement, tandis que dans les pays anglo-saxons ce plaidoyer comporte en lui une dimension répressive négative, à savoir la promotion de l’idée de supprimer une liberté constitutionnelle (Second Amendement de la Constitution américaine). Le film est donc en réalité bien plus nuancé, ou en réalité plus prudent, que ce qu’ont vu la critique et le public français. Par exemple, Michael Moore rappelle qu’au Canada voisin il y avait à l’époque du tournage du film (en 2002) 7 millions d’armes civiles pour 30 millions d’habitants, c’est-à-dire un nombre élevé qui classe le Canada comme un des pays au monde où la population civile possède le plus grand nombre d’armes (certes derrière les États-Unis), mais Michael Moore rappelle aussi que les mass shootings sont au Canada un phénomène quasi-inexistant, contrairement aux États-Unis voisins. Il pose donc la question de savoir d’où vient la différence, étant entendu que la liberté de port d’armes et le nombre d’armes dans la population ne peuvent être le seul phénomène explicatif puisque, si c’était le cas, le Canada ne se distinguerait pas aussi nettement des États-Unis au plan de la récurrence des tueries de masse.

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« États-Unis : des manifestants anti-confinement pénètrent armés dans le parlement du Michigan » (Le Parisien, 1er mai 2020)

« Ces militants pro-armes considèrent comme illégale la décision de la gouverneure de prolonger l’état d’urgence de 28 jours, ordonnée sans l’accord de l’assemblée à majorité républicaine. »

Ne connaissant pas cette « milice pour la liberté du Michigan », la seule chose que je puis dire c’est que la demande d’un vote formel de l’assemblée de l’État du Michigan pour la prolongation du confinement dans cet État, loin d’être « extrémiste », qui est le qualificatif accolé à cette milice par le texte du Parisien, semble pleinement conforme aux principes de l’État de droit (rule of law), et à moins que – ce que j’ignore – les assemblées des États soient de jure dessaisies de cette question en vertu de la Constitution américaine, je leur souhaite d’obtenir satisfaction. (Considérant d’ailleurs qu’il y a des chances pour que cette assemblée, même « à majorité républicaine », se conforme au point de vue fédéral, mais ce n’est pas le sujet. [J’ai souligné « même » car c’est le Parisien qui prétend qu’une assemblée à majorité républicaine doive être considérée a priori comme opposée à l’État fédéral, quand bien même ce dernier serait dirigé par une majorité républicaine.])

En France, le Parlement est appelé à voter des lois de ce type dans le même contexte, et le contraire paraîtrait choquant. Par conséquent, alors que, même avec un vote des assemblées représentatives les questions de la sauvegarde des libertés sont loin d’être par le fait apurées, il est assez consternant que cette manifestation passe pour la demande exorbitante d’une milice extrémiste.

L’adjectif « extrémiste » accompagne celui d’« antigouvernemental », qui ne peut pas être compris par un Français moyennement informé (par exemple un lecteur assidu moyen du Parisien), et il y a des chances que le journaliste auteur de l’article lui-même ne sache pas ce que cela veut dire, à moins que la vue d’hommes armés lui ait fait peur et que l’adjectif « antigouvernemental » lui semblait véhiculer une idée suffisamment inquiétante pour traduire son frisson. Antigouvernemental, en l’occurrence, ne peut vouloir dire ici qu’« anti »-gouvernement fédéral, c’est-à-dire qu’il qualifie des gens qui sont pour une lecture constitutionnelle en faveur des États (fédérés) plutôt que du gouvernement central. En France, on appellerait ça demander plus de décentralisation…

Une autre différence entre un Français et un Américain, c’est que l’un chante « Aux armes, citoyens ! » et que l’autre est libre de porter des armes. « Vous chantiez, j’en suis fort aise… »

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« Loi Avia : C’est la liberté d’expression qu’on assassine. » (Aphadolie)

On n’assassine pas un mort, mais, comme de grands groupes économiques et financiers sont mis dans la boucle (avec de possibles amendes à la clé pour ces groupes), cela suscite quelques levées de boucliers, contrairement aux précédentes lois qui ont fait de ce pays une pseudo-démocratie (flawed democracy selon le Democracy Index), parmi les deux ou trois les moins enviables d’Europe de l’Ouest (dans un tiercé France-Grèce-Italie des lanternes rouges, c’est-à-dire dans la même catégorie qu’un pays, la Grèce, encore à moitié sous-développé et un autre, l’Italie, gangrené par la terreur mafieuse, les assassinats de juges, etc.)

Or ceux qui ne trouvent rien à redire à des peines privatives de liberté dans la loi de 1881 peuvent-ils en cohérence s’opposer à de la censure ?  Je prends un exemple. Un médecin qui, pendant la pandémie de covid-19, tweeterait « On doit trier les malades », se rendrait, peut-être à son insu, coupable d’apologie de l’eugénisme (art. 511-1-2 CP). Préfère-t-il voir son tweet effacé ou recevoir une citation à comparaître devant le tribunal et encourir une peine de trois ans d’emprisonnement (!) et 45.000 euros d’amende ? Je pense qu’il préfèrerait qu’on efface son tweet et que ça s’arrête là.

Mais, évidemment, si la loi Avia c’est censure plus procès, il ne manquera plus que la peine de mort.

La présidente du Conseil national des barreaux semble penser que la loi Avia choisit la censure plutôt que la pénalisation (et non les deux mais, à vrai dire, je ne vois pas ce qui empêcherait le procureur de poursuivre un contenu même après l’avoir fait retirer) : « Ce texte délègue le pouvoir de censure à des organismes privés. (…) Si vous êtes l’auteur d’un contenu supprimé et que vous n’êtes pas d’accord avec la censure, vous allez devoir saisir le juge et rien n’est organisé. Ce sera le parcours du combattant. » En attendant, le parcours du combattant existe déjà pour la personne visée : elle doit prouver son innocence afin d’éviter une condamnation (avec potentiellement une peine d’emprisonnement). Étant entendu que les « contenus haineux » (sur la définition desquels le représentant de Google en France et d’autres feignent de s’interroger) ne sont rien que ce que la loi française condamne déjà (notamment par de l’emprisonnement), à savoir : injure, diffamation, provocation à la haine, apologies diverses et variées, outrage à personne dépositaire, fausses nouvelles etc. etc.

etc.

Journal onirique 9

Période : Mai 2020 (sauf pour le premier rêve, plus ancien).

Les initiales des prénoms ont été rendues aléatoires par des jets de dés.

La vie et les rêves sont les feuillets d’un livre unique ; la lecture suivie de ces pages est ce qu’on nomme la vie réelle ; mais quand le temps accoutumé de la lecture (le jour) est passé et qu’est venue l’heure du repos, nous continuons à feuilleter négligemment le livre, l’ouvrant au hasard à tel ou tel endroit et tombant tantôt sur une page déjà lue, tantôt sur une que nous ne connaissions pas ; mais c’est toujours dans le même livre que nous lisons. Cette lecture fragmentaire ne fait pas corps avec la lecture suivie de l’ouvrage entier ; pourtant elle en diffère assez peu, si l’on veut bien considérer que la lecture suivie commence aussi et finit ex abrupto ; il est donc permis de la regarder elle-même comme une page isolée, un peu plus longue que les autres. (Schopenhauer)

Ou bien on ne rêve pas du tout, ou bien on rêve d’une façon intéressante. (Nietzsche)

 

 

Sans titre, par Cécile Cayla Boucharel

 

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Je fais du tourisme avec I. dans un pays étranger (peut-être le Portugal). En marchant, nous traversons d’abord une forêt puis une place où se prépare une fête foraine et où ne se trouvent encore que les forains montant leurs stands et manèges. Enfin, alors que le soleil entame sa descente, nous arrivons en bord de mer. Ce bord de mer est une place carrée avec une église ; c’est un des côtés de la place qui borde la mer, à savoir que la place est édifiée sur un abîme au fond duquel, quelques centaines de mètres plus bas, se trouve la mer. La paroi de cet abîme est entièrement lisse, comme si la falaise était en pierre taillée : ce n’est pas une falaise, en réalité, mais le prolongement vertical de la place. Et la mer étale, à l’horizon de laquelle descend le soleil, est comme le miroir de cette surface verticale. Les habitants de la ville s’assoient pour bavarder au bord de la place, les pieds dans le vide, contemplant le coucher de soleil. La seule idée de faire comme eux me donne le vertige ; j’ai la conviction que je ne pourrais m’approcher de l’abîme qu’en rampant, à défaut de quoi je tomberais fatalement dans le vide immense. Aussi m’est-il impossible de profiter de la vue que permet ce bord de mer.

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J’assiste au premier meeting politique d’une femme que je connais et qui vient de se lancer dans cette activité. Le meeting a lieu en plein air, en début de soirée, sur une place où des gradins ont été montés devant le pupitre de l’oratrice et sur les côtés. Comme il n’y a plus de place dans les gradins au moment où j’arrive, je m’assieds devant le premier rang situé au niveau du sol, à gauche du pupitre, si bien que je vois l’oratrice de côté. En fait, plutôt que de m’asseoir, je m’étends de tout mon long, appuyé sur un coude, et reçois de temps à autre un léger coup de pied dans le dos ou les jambes, lorsqu’un spectateur du premier rang bouge les pieds. La première fois que cela se produit, je me retourne et vois que j’ai reçu un coup de pied dans les jambes de la part d’un célèbre industriel français.

Le discours de l’oratrice est, en termes de platitude, tout ce qu’on peut attendre d’un tel exercice, et sa « claque » manque singulièrement de sagacité, lançant des applaudissements aux moments les moins pertinents, comme quand l’oratrice s’exclame « Je vous le dis ».

À la fin du discours, je me rends compte que j’ai posé mon veston près de moi, dans les pieds des gens du premier rang, en l’occurrence d’une jeune femme, qui l’a piétiné. Quand je reprends mon veston, elle et son amie font mine de découvrir l’attentat contre mon vêtement, mais, loin de s’en excuser, en plaisantent, et je vais dans leur sens en disant que c’est un privilège, sous-entendu d’avoir son veston piétiné par une personne d’une telle qualité ou, dans un sens galant, pourquoi pas, d’une telle beauté. La jeune femme sourit, rougit presque. Du reste, elle n’avait pas à s’excuser de piétiner une chose que j’avais jetée dans ses pieds ; c’est le fond de ma pensée. Et je me rends compte que mon veston n’est pas assorti à mon pantalon.

Le public du meeting se dispersant, je me mets en recherche d’un restaurant. Je ne trouve que des kiosques de buralistes, marchands de journaux et de tabac, tous Chinois. Ils ont organisé un diabolique système de captation de clients : le client tombe de kiosque en kiosque en croyant trouver à l’angle du kiosque précédent un restaurant, s’enfonçant ainsi de plus en plus profondément dans un labyrinthe de kiosques de buralistes, et les kiosques sont de plus en plus sombres et désolés à mesure qu’il s’enfonce.

Je parviens à sortir de ce dédale je ne sais comment et trouve, dans une galerie commerciale, un restaurant. Un restaurant chinois. Avant d’entrer, je décide de fumer une cigarette à l’extérieur de la galerie, où conduit une porte se trouvant justement là. Elle mène sous un auvent où il est possible de fumer à l’abri de la pluie. Et il pleut. Un autre fumeur est déjà sous l’auvent : un jeune homme asiatique. J’allume une cigarette et, manquant de me tordre la cheville et de tomber de tout mon long en marchant vers le bord de l’auvent, je donne à cette maladresse l’apparence d’un pas de danse afin de ne pas être ridicule aux yeux de l’autre. Puis je retourne près de la porte. C’est alors que le jeune homme se met lui-même à danser, non pas à exécuter un seul pas comme moi, mais à danser véritablement, en silence, tandis qu’il me tourne le dos et fait face à la pluie.

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Un célèbre animateur de télévision, du genre vulgaire et populacier, a décidé de se lancer en politique et mène campagne. Comme il me demande comment les gens autour de moi perçoivent sa candidature, je lui réponds que je connais plusieurs personnes qui lui sont favorables. Il me dit qu’il reçoit des menaces de mort, comme : « Le capital te détruira. »

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Dans un monde post-apocalyptique, je traverse une grande étendue désertique avec un groupe de vagabonds. Je suis un peu à la traîne, aux côtés d’un gamin déluré qui m’explique les choses car je suis un nouveau dans ce groupe. Nous nous dirigeons vers une petite construction non loin de laquelle se trouve une citadelle de la même couleur ocre que la terre sèche du désert tout autour. Le gamin me dit que, si nous nous postons et attendons près de cette petite construction, les gens de la citadelle nous distribueront des glaces (alimentaires), ce qui est l’objet de notre présente transhumance. Tandis que les plus avancés du groupe sont déjà sur place, deux femmes sortent de la citadelle et se dirigent vers la petite structure. Ce sont deux femmes de race noire vêtues de longues robes à la manière de bonnes sœurs ou de prêtresses, qui marchent dans le silence le plus complet. Le gamin pense qu’elles sortent pour distribuer des glaces.

Lorsque nous arrivons à notre tour, je fais face aux derrières des deux prêtresses qui s’affairent devant une ouverture de la construction, un peu surélevées par rapport au groupe, étant montées sur un rebord ou une marche de la structure. Alors je mets la main aux fesses de l’une puis de l’autre en disant : « J’échange ma glace contre ça. » Cette paillardise ne suscite aucune réaction, de la part ni des deux intéressées ni du groupe. Les prêtresses finissent ce qu’elles avaient à faire puis, toujours en silence, retournent d’où elles viennent, sans nous donner de glaces.

Une rumeur alors s’élève du milieu des vagabonds consternés, qui laisse bientôt place à des cris d’émeute : « Des glaces ! Des glaces !… » Mais la citadelle, entièrement close sur elle-même, reste impassible. Un homme du groupe, s’en approchant et la contournant, trouve sur le côté une fenêtre, dont il découpe la vitre à l’aide d’un objet abrasif afin de s’introduire à l’intérieur de la citadelle. Nous sommes plusieurs à l’y suivre.

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Un peintre belge a filmé des violences policières depuis sa fenêtre lors d’une manifestation contre la monarchie belge. Ces images montrent des comportements d’une extrême brutalité. Un groupe de policiers est parvenu à isoler quelques manifestants et s’est déchaîné sur eux. Il y a même eu un meurtre : un policier a tiré plusieurs coups de feu à bout portant sur un manifestant puis laissé le pistolet à la ceinture du cadavre pour faire croire à un suicide (bien qu’il eût fallu laisser l’arme dans la main de la victime et que, par ailleurs, le corps était criblé de balles).

Les images, relayées par les médias, scandalisent l’opinion publique. La monarchie belge vacille. Le fils du peintre, encore enfant, est traumatisé par toute cette histoire.

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Alors que je suis en train de faire mon lit, la ministre du travail et son cabinet (tous des hommes) font irruption dans ma chambre et me demandent aggressivement si j’ai l’intention de porter plainte contre le gouvernement au sujet de la gestion de crise du coronavirus covid-19. Amusé, je réponds que l’idée ne m’a jamais effleuré l’esprit. Cette réponse les met aussitôt dans de meilleures dispositions, et le dircab m’aide même à faire mon lit, tandis que les autres fouillent tout de même la pièce. Je me demande ce qui me vaut cette visite. Soit le gouvernement possède un dossier des renseignements me décrivant comme susceptible de vouloir porter plainte, soit on a lu sur mon compte Twitter des remarques que j’y ai laissées en effet, remarques d’un caractère juridique général et objectif qui ne traduisent toutefois aucune intention propre.

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Après des années, je me rends de nouveau sur la Côte des roses. À l’époque déjà lointaine où je cessai de m’y rendre avec mes parents, le bétonnage de la côte ne faisait que commencer ; aussi, j’appréhende ce que je vais trouver, craignant que ce retour ne ternisse mes souvenirs heureux.

Je suis attendu. À la gare, on me présente tout d’abord une jeune femme asiatique, dont on me dit qu’« elle vote d’actualité au Parlement européen ». Je sais ce que sont les questions d’actualité au Parlement français mais n’ai aucune idée de ce qu’est un vote d’actualité au Parlement européen. Selon ce que laissent entendre mes hôtes, je suis censé travailler au Parlement européen de temps à autre, et donc y avoir croisé cette personne. L’expression « vote d’actualité » semble renvoyer à une activité très subalterne qu’elle y exercerait occasionnellement. Bien sûr, je n’en ai aucun souvenir mais feins la bonne surprise, ce dont la jeune femme me laisse d’ailleurs entendre, par sa mine, qu’elle n’est nullement dupe.

Nous sortons tous de la gare et j’embrasse des yeux la côte des roses nouvelle pour la confronter à mon souvenir. Le panorama est bien plus construit qu’à l’époque, indéniablement, mais ce sont de belles constructions. On y voit notamment deux mosquées monumentales, l’une ressemblant au Taj Mahal et l’autre ressemblant au Taj Mahal avec des bulbes noirs et dorés. Ce spectacle est bien plus splendide, je trouve, que la côte un peu sauvage que je quittai pour la dernière fois il y a longtemps.

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Mes parents, mes frères et moi avons déménagé en Thaïlande. Dans notre nouvelle maison, je couche dans la même chambre que mes deux frères. Le soir, V. et moi regardons dans la chambre un documentaire à la télé sur la Thaïlande, tandis que J. dort déjà, en ronflant. Dans le documentaire, il est notamment question d’un parc public où sont exposées des statues de bonzes de taille plus grande que nature en pâte à modeler grise. Chaque statue est revêtue d’une robe de bonze orange en tissu véritable. L’un des bonzes est représenté en train de jouer au tennis.

Quand le documentaire se termine, V. se couche, tandis que je souhaite lire un peu. Au moment où je veux aller aux toilettes, V. s’est levé pour faire de même, mais je passe devant lui malgré ses protestations. Les toilettes sont un lieu mystique et spirituel, éclairé par une réplique brillante du Bouddha d’émeraude (palladium du royaume de Thaïlande), qui tient en respect les fantômes dont on sent la présence. Je ressors pour dire à V. d’y aller avant moi, car j’ai soudain la notion que je vais passer du temps aux toilettes.

Quand V. a fini, j’y retourne et constate alors, tandis que je croyais être encore au beau milieu de la nuit, que c’est déjà le matin. La lumière du jour éclaire la pièce, qui a perdu son caractère spirituel. C’est une déception. Je m’assieds sur la cuvette et regarde par la fenêtre les étudiants qui se rassemblent dans le parc voisin avant les cours. Or les toilettes où je me trouve servent d’entrée aux salles de classe et, quand l’heure a sonné, des foules d’étudiants thaïs passent devant moi toujours assis sur la cuvette, voire forment dans la pièce des petits groupes pour bavarder.

Au début, les étudiants font mine de m’ignorer, puis une étudiante se poste devant moi et se met à chanter, comme à mon attention : « Aujourd’hui c’est la fête ! En rouge c’est la fête ! » (Une possible allusion aux Chemises rouges, partisans de l’ex-Premier ministre Thaksin Shinawatra.) Tandis qu’elle chante, je me couvre d’une serviette, ce qui rend plus malaisé – car je dois tenir la serviette d’une main pour qu’elle ne tombe pas au sol – de m’essuyer le derrière. Alors qu’elle chante toujours, un autre étudiant m’apporte un gâteau dans lequel sont fichés des cierges magiques crépitants.

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En Inde, un vieil homme d’apparence honnête, portant moustache et calotte musulmane, dit la chose suivante : « Qu’est-ce qu’un mégot de cigarette écrasé dans la rue, dans ce pays ? C’est quelqu’un qui a écrasé le pied de quelqu’un d’autre. » Comme les mégots de cigarette écrasés dans la rue sont nombreux en Inde, faut-il entendre, cela signifie que l’Inde est un pays où n’existe aucune solidarité entre les gens. Je suis un peu surpris, et déçu, qu’un tel jugement puisse être prononcé sur l’Inde, et j’analyse un peu plus en détail cette parole de l’homme. Il y a beaucoup de mégots écrasés mais c’est parce que des gens méchants écrasent les pieds de leurs concitoyens, c’est-à-dire que les gens qui jettent des mégots dans la rue ne les écrasent pas eux-mêmes et les laissent au contraire se consumer, et que par ailleurs les gens, en marchant dans la rue, évitent de marcher sur les mégots qui s’y trouvent ; c’est seulement quand une personne méchante écrase le pied d’une autre personne que ces deux pieds, l’un écrasant l’autre, peuvent se trouver dans la situation d’écraser un mégot.

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À l’école, je suis tenu pour responsable de la blessure que se fait à l’œil un camarade de classe, H., fils d’immigrés turcs, lors d’une partie de volley-ball. Je suis d’ailleurs convaincu de ma responsabilité, et mortifié, bien que rien dans la manière dont les choses se sont passées n’indique la moindre responsabilité de ma part ni d’aucun des autres joueurs à cette partie. Ses parents décident d’envoyer H. se faire soigner en Turquie (comprenne qui peut), et je suis obligé par les autorités de l’école de me rendre dans ce pays moi-même pour y suivre son traitement. Avant mon départ, la mère de H. me remet un flacon en me disant que, si son fils perd son œil, je sais ce qu’il me reste à faire, et qu’elle fera la même chose de son côté. La fiole contient un poison mortel. (On notera que la mère dit qu’elle mettra fin à ses jours si son fils perd un œil, ce qui semble tout de même être une réponse extrême.)

En Turquie, je suis logé dans la chambre d’hôpital de H. Nous dormons tête-bêche dans deux lits placés côte à côte. Cette position inhabituelle et le fait que H. soit de plus grande taille que moi l’amène à m’avertir qu’il pue des pieds et que je risque d’en être incommodé (comme il est plus grand que moi, ses pieds, quand nous nous couchons, arrivent plus près de mon visage que les miens du sien).

Arrive le jour où l’on doit lui retirer son pansement pour voir si son œil est réparé. Le médecin constate que l’opération et le traitement sont un plein succès. Je suis soulagé.

La nouvelle de la guérison de H. passe à la télévision, où l’on voit son père applaudir aux côtés de Staline, qui applaudit aussi, le dictateur soviétique ayant, pour une raison que j’ignore, décidé de donner à cette affaire l’importance d’une affaire d’État, en pleine guerre froide.

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Je suis l’assistant d’un ex-politicien français recyclé en ambassadeur de France au Chili. L’ambassadeur, qui traînait déjà en France une réputation sulfureuse, indispose au plus haut degré les autorités du pays hôte par ses mœurs indignes, voire franchement bestiales et criminelles. Ces autorités décident finalement de le bannir et le jettent ligoté du haut d’une falaise dans la mer, avec ordre de ne pas remettre le pied sur la côte du Chili mais de trouver refuge dans l’Argentine voisine. Dans sa chute, l’ambassadeur passe à travers un trou dans la roche à mi-hauteur entre le sommet de la falaise, d’où il est jeté, et la mer, un trou pas très large, de sorte que si l’on n’avait pas jeté l’ambassadeur de manière très précise, celui-ci ne serait pas tombé dans la mer mais se serait écrasé sur la roche à côté du trou, ou bien serait tombé dans la mer avec le crâne ou des membres éclatés. Bien que je sois son assistant, je ne suis pas compris dans le bannissement (je suis d’ailleurs innocent des turpitudes qui lui sont reprochées), mais je saute depuis la falaise de mon propre chef, plus loin que la roche trouée, pour suivre l’ambassadeur.

Il se pourrait que ce soit moi qui le débarrasse de ses liens (car il était, je le répète, ligoté) mais je n’en ai aucun souvenir. Nous nous retrouvons à nager tous les deux dans la mer, d’un côté, par rapport à la côte, puis de l’autre, après nous être rendu compte que nous allions dans la mauvaise direction pour rejoindre l’Argentine. La vue de la côte depuis la mer est magnifique. Sous un ciel austral gris et nébuleux, la côte est entièrement construite selon une architecture éblouissante, mêlant harmonieusement à de grands palmiers des constructions toutes plus élégantes et originales les unes que les autres. (Je rappelle que, pour le savant et intellectuel islandais Helgi Pjeturss [1872-1949], principal inspirateur de la démarche du présent journal onirique, les paysages inconnus de nos rêves sont ce que des extraterrestres nous donnent à voir de leurs lointaines planètes.)

Quand nous mettons pied à terre, nous ne nous retrouvons pas au milieu de cette architecture de rêve mais dans une bâtisse en chantier où nous voyons débouler une énorme machine dont la fonction est de construire des édifices de manière automatisée. Nous risquons la mort si nous ne sortons pas au plus vite de là, ce que je tente de faire en me tractant par des barreaux au plafond (comme les échelles horizontales, ou barres à singe, des jardins d’enfants ; escalera china en espagnol).

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Une personne du « milieu » m’explique une pratique. Quand un patron de café, bistrot ou autre établissement commercial de ce type connaît des démêlés avec la justice pouvant lui valoir une amende, il fait passer son établissement sous un autre régime juridique dans lequel ce qui était jusque-là compté comme revenus est désormais compté comme autre chose ; il n’a plus ainsi que des revenus résiduels, voire plus de revenus du tout, facialement (et légalement), et comme, dans la pratique, la justice calcule les amendes en fonction des revenus de la personne condamnée, cette opération permet au patron de l’établissement de minimiser la peine.

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Nous sommes tellement illuminés par les gyrophares de police que nous ne voyons plus rien.

[À ceux qui déploreront ce rêve, considérant, peut-être à juste titre, que le crime en France est un cancer dont rien ne semble pouvoir arrêter la progression, je souhaite indiquer que j’ai rédigé quelques notes montrant que le nombre de policiers rapporté à la population française est l’un des plus élevés du monde occidental (ici), et que, par conséquent, si une telle statistique peut coexister avec un crime endémique, il ne suffit pas que nous ayons beaucoup de fonctionnaires de police, il faut encore que la police protège les honnêtes gens plutôt que les criminels.]

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À cause de H., la maison où j’habite avec Q. (♂) et lui est devenu le repaire d’une bande de voyous. H., en effet, changeant du tout au tout, s’est rebellé – certains diraient émancipé –et s’est mis à fréquenter ces délinquants (peut-être avoir lu Nietzsche, pour qui les gens ne manquent pas de louer nos vertus car elles servent leurs intérêts). Q. et moi cherchons à nous opposer à cette intrusion, Q. plutôt faiblement, moi en ne manquant jamais l’occasion de traiter les nouveaux venus de délinquants et en les menaçant d’appeler la police. Ils cherchent à me nuire mais les menaces que je profère les retiennent.

Un jour, je croise dans l’escalier une des quelques filles qui traînent avec cette bande. Nous sommes seuls, elle et moi, et l’idée me traverse l’esprit que la nouvelle situation créée par la conduite de H. pourrait avoir du bon si, avec les mêmes menaces par lesquelles je tiens les voyous en respect, je parvenais à obtenir des faveurs des filles qui traînent avec eux. Mais je me dis aussi que ce pourrait être une erreur ; si la fille m’accusait de l’avoir agressée sexuellement, la bande aurait des raisons de s’en prendre à moi, et je n’aurais d’autre choix que de les tenir en respect cette fois non plus avec de simples menaces verbales mais avec un pistolet, et cela plus les accusations de viol ou d’agression sexuelle ne manquerait pas alors de mettre la police de leur côté. Je renonce donc à toute entreprise en ce sens.

Plus tard, j’ai la désagréable surprise de constater que Q. est tombé sous l’emprise de la même fille et je m’attends donc à le voir passer d’un moment à l’autre du côté de la bande et de H., donc à me retrouver seul contre tous.

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Une époque passée de la navigation internationale est connue sous le nom d’époque des pirates hollandais corsaires, des Hollandais à la fois corsaires et pirates, qui non seulement attaquaient et pillaient les navires marchands, dérobant de nombreuses marchandises précieuses pour leur compte, mais qui étaient en outre grassement payés par le gouvernement hollandais. La principale force d’opposition à ces pirates était la marine de Suède.

Les bateaux des pirates étaient des galères où régnait le plus grand contraste entre la misère des galériens et le luxe héliogabalesque du commandement et de l’équipage hollandais.

Je suis galérien sur l’un de ces navires, dont le capitaine, efféminé, précieux et frisé, abuse sexuellement des galériens, les uns après les autres. Mon tour n’est pas encore venu, et, malheureusement pour le capitaine, les galériens se soulèvent et attaquent leurs maîtres. Pendant le combat, je suis poursuivi par deux féroces gardes-chiourme, des mulâtres, dont l’un porte un crochet à la place d’une main, mais suis sauvé par un autre galérien qui put s’emparer du sabre d’un Hollandais. Il décapite le premier garde-chiourme puis abat son sabre dans l’épaule du second, avant de le décapiter également. Mon sauveur et moi sommes les deux seuls survivants à bord.

Nous quittons le navire dans un canot et accostons sur un littoral sauvage. Tandis que nous nous enfonçons à l’intérieur des terres en courant sur une pente boueuse, mon compagnon m’explique que nous avons bien fait de ne pas prendre de gants aux Hollandais pour nous protéger les mains des germes, car l’échange de gants déjà portés n’est guère hygiénique : « Mieux vaut les germes que les miasmes », conclut-il.

Nous voyant entourés de molosses chez qui nous pressentons une volonté de nous attaquer, nous ramassons des pierres au sol et mon compagnon en jette une sur le premier molosse qui s’approche. Il la lance faiblement et la pierre atteint le chien sans lui faire de mal. L’animal continue donc de s’approcher, puis se dresse sur ses pattes arrière, saisit entre ses pattes avant l’autre pierre restant à mon compagnon et la pose en équilibre sur sa truffe, comme un animal de cirque. Le dresseur de l’animal sort de sa maison, sur le toit en herbe de laquelle nous nous trouvons, la maison étant creusée dans la terre, et, en nous voyant avec son chien, éclate de rire.