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Poésie révolutionnaire d’Afrique noire francophone (Bénin, Burkina Faso, Guinée)

Choix et présentation par Florent Boucharel

En travaillant pour ce blog à des traductions poétiques, je laissai forcément de côté un pan entier de la littérature mondiale : la littérature francophone. Avec le temps, je devins insatisfait de cette situation et finis par me décider à recueillir de la poésie francophone pour la publier sur mon blog à côté de mes traductions. Cela ne me demande certes pas autant d’effort mais cela peut permettre au lecteur de langue française de découvrir une poésie avec laquelle il n’est pas forcément familiarisé.

Je commence par de la poésie de trois pays d’Afrique noire qui ont expérimenté des régimes socialistes, le Bénin, le Burkina Faso et la Guinée (Guinée-Conakry). Les pays d’Afrique noire francophone qui, au lendemain de leur indépendance, ont constitué des régimes socialistes, soit marxistes-léninistes soit inspirés d’un « socialisme africain » cherchant à adapter la réflexion socialiste au contexte de l’Afrique, proches à la fois des régimes d’URSS et/ou de Chine populaire et du Mouvement des non-alignés, sont :

–la Guinée avec Sékou Touré (1958-1984)

–le Mali avec Modibo Keïta (1960-1968)

–le Congo-Brazzaville pendant la République populaire du Congo (1966-1992)

–le Bénin pendant la République populaire du Bénin (1975-1990)

–Madagascar pendant la République démocratique malgache (1975-1992)

–le Burkina Faso avec Thomas Sankara (1983-1987).

Les poètes représentés dans la présente série sont, pour le Bénin, Noureini Tidjani-Serpos (3 poèmes), Jérôme Carlos (1), Dossa François Agonvinon (1), Eustache Prudencio (1) et Richard Dogbeh (1), pour le Burkina Faso Babou Paulin Bamouni (3), et, pour la Guinée Sékou Touré (3 + 1 extrait).

*

Bénin

Place de l’étoile rouge à Cotonou

Les poèmes sont tirés de l’anthologie Poésie du Bénin (Éditions Silex, Paris, 1983) compilée et présentée par Évelyne Françoise Gonçalvès.

À la suite du titre du poème et du nom de l’auteur, j’indique entre parenthèses le nom du recueil dans lequel le texte a été publié, avec la date.

Bouffon par Noureini Tidjani-Serpos (Maïté, 1968)

Universitaire et haut-fonctionnaire international à l’UNESCO, selon sa page Wkpd en français Noureini Tidjani-Serpos aurait vécu plusieurs années en exil aux « heures sombres du régime militaire ‘révolutionnaire’ ». L’article n’en dit pas davantage mais on y trouve par ailleurs que Tidjani-Serpos a enseigné à l’Université nationale du Bénin un nombre indéterminé d’années entre 1972 et 1991, c’est-à-dire pendant ledit régime.

L’introduction de l’anthologie semble indiquer que les poètes qui y figurent se sont solidarisés avec la révolution béninoise de 1972 :

« D’aucuns ont alors prétendu que les Béninois étaient avant tout des essayistes, ne tenant pas compte des turbulences politiques qui marquèrent depuis toujours, de façon profonde, la vie du pays. Un certain nombre de jeunes Béninois ont pris la décision de combler un vide d’autant plus surmontable qu’à partir de 1972, il semblait que le pays se stabilisait et qu’une politique de défense, d’illustration, de revalorisation et de valorisation du patrimoine culturel national était promue. Les poèmes rassemblés dans cette anthologie portent les marques d’une véritable explosion. Des poèmes qui circulaient sous le manteau sous les régimes précédents pouvaient avoir une existence publique. [Selon cette anthologie, publiée à Paris, ce sont ainsi les régimes d’avant 1972 qui ont été des « heures sombres », mais on peut penser que, même publiée à Paris, l’anthologie a reçu l’imprimatur du régime révolutionnaire béninois et que cette introduction en reflète le point de vue.] (…) Ce n’est point un hasard si le souffle poétique béninois n’a réellement pris son envol que dix ans après les indépendances [c’est-à-dire, au Bénin, en 1972, dix ans après l’indépendance de 1962 et à partir de la Révolution]. C’est qu’en l’espace de dix ans, toutes les expériences possibles et imaginables pour préserver l’ancien ordre des choses ont été tentées, épuisées. Le silence n’était plus possible. La plupart des poètes ici rassemblés participaient aux efforts discrets qui préparaient l’émergence d’un courant souhaitant impulser de profonds changements structurels. »

Cela dit, je n’ai pas plus d’informations sur les relations de Tidjani-Serpos au régime révolutionnaire béninois.

J’observe cependant que ce poème, Bouffon, est une satire de la « négritude » et l’auteur fait même, pour l’écarter, allusion à la pensée de Senghor qui avait émis l’idée que la raison était hellénique et l’émotion noire. La critique de la négritude a été un élément de la pensée révolutionnaire de différents mouvements de libération nationale, un aspect que j’évoque dans mon introduction à La Négritude dans la poésie révolutionnaire hispano-américaine (x), ainsi que dans un article paru pour la revue Florilège (n° 171, juin 2018), « La négritude dans la pensée révolutionnaire : Contre la négritude ». L’introduction de l’anthologie évoque également le sujet : « Sauf dans l’œuvre de précurseurs comme Richard Dogbeh et Eustache Prudencio, il y a dans tous ces poèmes l’indice d’une nette rupture avec la négritude. Les poètes béninois ont répercuté dans leurs chants les cris de divers peuples en lutte. »

À présent, place au poème.

Je précise seulement qu’en raison de la difficulté, sur WordPress, d’« alinéer » les vers (je dois procéder avec des points en début de ligne), j’ai été contraint de simplifier la présentation en limitant le nombre de renfoncements par rapport à la gauche, afin d’éviter un trop grand nombre de points sans signification de ponctuation. La remarque vaut également pour le poème suivant, ainsi que pour les poèmes Prière aux dieux et Abomey. Merci de votre compréhension.

…Je me ris de la négritude
Ce joli cheval que les forains
Vantent le long des cirques
Je me tords devant
L’hellénité de la pensée
Et la négritude de la sensation
Ma peau refuse
L’écorchure de ces plaisanteries
Au goût de confiseries poivrées
Je me ris de la négritude
Engendrant la réaction
Du Noir contre le Noir
Et je me proclame bleu, rouge orange
Jaune dans la courbure de l’arc-en-ciel
Et je m’installe
Dans l’âpreté de ma condition d’homme
Pour mieux cracher
Sur la poésie Noire
Blanche
Jaune
Et partout où l’homme est bafoué
Dans les rizières Vietnamiennes
Au seuil du canal de Suez
Sur le littoral du Bénin
Je crie dans les contorsions
Et mes contorsions
Sont Sémites
Jaunes
Noires
Séjanos [?].
Ma conscience explose
Chaque matin
Dans les graffiti ondulatoires
Du journal parlé.

*

Au Musée de l’Homme par Noureini Tidjani-Serpos (Agba’nla, 1973)

…..L’ART au Musée de l’HOMME
Le balayeur des rues devant le musée,
C’est un homme et c’était son art,
L’homme à la porte du musée
Il se fout de l’art
Il a faim le mec
Il a froid le gars
Son balais smicard
Rythmant son cauchemar.
……….Mon pote,
Il n’a rien dit, l’homme
Que tenir son BALAI.
Sortez son art du muséum
…Le musée de l’HOMME ABSTRAIT
…Le musée de l’Homme Ethnologique
Pour que vive l’homme concret
…Celui de tous les jours.

*

Scénario pour une bande dessinée par Noureini Tidjani-Serpos (Agba’nla, 1973)

…L’Indien sauvage.
Le beau cavalier blanc.
…La horde sauvage des Indiens
La belle race des conquérants du Far-West.
Le beau cavalier blanc est un pistolero
…Le méchant Indien va manger
……L’oie blanche.
Sans confession.
…Le beau cavalier arrive à temps.

……PAN ! PAN !
Les plumes volent.
…Celles du méchant Indien évidemment.
……LES INDIENS SONT TOUS MORTS.
..Le beau cavalier blanc
..A épousé la belle intrépide blanche.
…Ils eurent beaucoup d’enfants
……Qui ne furent jamais scalpés
…Et au nom du Christ ressuscité
..Parquèrent les fantômes des Indiens
……Dans les RÉSERVES
Importèrent d’Afrique des animaux zoologiques
……Et pour la mémoire des hommes
…Inventèrent la…
Littérature enfantine.

*

Salut aux armes par Jérôme Tovignon Carlos (Jérôme Carlos) (Cri de liberté : Contribution à la Révolution Dahoméenne, 1973)

Je te salue courageux Peuple de Palestine,
Je te salue dans le traquenard des balles traîtresses des faux frères,
Je te salue au cœur même de la babel
Entretenue autour de ta cause pourtant juste,
Et mon cœur vibrant sous les ressacs oppressants de mon sang coléreux,
Et mon doigt vengeur vouant aux gémonies
Tous les traîtres, tous les vomis de la grande patrie arabe,
Je t’attends, ô Peuple, sur les champs d’honneur où se lavent l’affront et la honte.

Je te salue, héroïque combattant de Palestine,
Je te salue dans l’embrasement apocalyptique des bombes meurtrières,
Je te salue à l’aube diaphane de ta victoire imminente,
Et ma voix fusant en ondées fécondes de tes hauts faits,
Et mes mains se joignant au ban d’honneur universel,
Je vous attends ô FEDAI sur les routes royales
Qui conduisent à l’assemblée des peuples dignes.

Je te salue, intrépide Peuple de Palestine,
Je te salue dans l’ardeur féline de ta foi combattante,
Je te salue au soir moribond du sionisme agonisant,
Tout drapé dans mon ample boubou blanc,
Mes doigts agrippés aux cordes sonores de ma Kora,
Mon cœur sonnant le glas de l’infernale tyrannie,
Mon être, tout mon être déployant tes oriflammes de gloire
Qui clament au vent la densité de l’Événement,
Je t’attends, ô Peuple, sur les sentes embaumées
Qui conduisent au podium des Peuples libres.

*

Prière aux dieux par Dossa François Agonvinon (Cris et Paroles, 1974)

Aujourd’hui, j’ai mangé un gâteau de blé
et puis j’ai pensé à ceux qui manquent de pain !
j’ai pensé aussi à ceux qui n’ont pas de bouche pour manger !

Aujourd’hui, j’ai marché
et puis j’ai pensé à ceux qui n’ont pas de jambes pour marcher !

J’ai vu le docker du port
porter un sac de ciment à deux mains
et puis j’ai pensé à ceux qui n’ont pas de bras
pour porter des gants de fer !

J’ai couru le Monde
et puis j’ai pensé à ceux qui ploient sous le poids des chaînes
et qui couvent dans leurs bouches des crachats amers et acides…

Et puis j’ai dit :
–Sacrés, de nos races,
ouvrez les yeux à ceux qui ne voient pas,
donnez la bouche à ceux qui n’en ont pas.

Aujourd’hui, mon frère a roulé dans un lit au luxe insolent
et puis j’ai pensé
j’ai pensé à ceux qui gisent dans la cendre
et qui croupissent sous le poids de la Misère.

Aujourd’hui, j’ai avalé une gorgée d’eau
et puis l’âme de ceux qui pressent dans leurs mains décharnées le sable chaud
et n’en récoltent que larmes,
leur âme est venue se planter sur l’écran de mes rêves
et puis j’ai dit :

– Ô Dieux de nos terres et de nos forêts,
Dieux de nos eaux et de nos montagnes,
Esprits de nos maisons et de nos champs
couvrez ces immenses couches de terres nues qui éclatent sous la flamme du
soleil parâtre, de vos cruches d’eau fertilisante,
donnez la sève aux arbres
et la fleur aux rosiers…

Et puis j’ai dit encore :
– Grands Seigneurs qui jonchez la galerie de nos sanctuaires,
Vous, forgés à l’image de ce qu’ils furent,
…VAILLANTS,
et de ce qu’ils ne sont pas,
…morts,
Vous, bénissez le ciel et la terre,
…la terre,
car la terre souffre de l’injustice des hommes.

PAROLES SOIENT FAITES !

*

Abomey par Eustache Prudencio (Violence de la Race, 1969)

Eustache Prudencio a été chef du service de presse et de la documentation à la présidence de la République ainsi qu’ambassadeur pendant le régime révolutionnaire.

Dans les ruines des palais royaux d’Abomey,
J’entends le souffle de notre brillante histoire.
Ces murs immenses que grignotent vents et pluies
Sont les poumons puissants des rois
De mon pays détruits par les Blancs
Au cours de combats inégaux injustes.
Cette place rouge de colère
Piétinée jadis par nos amazones+ intrépides
S’agite encore de rage et de douleur.
Ah ! cette poussière que soulèvent les tam-tams,
Cette poussière que caressent les chants
Qu’autrefois entonnaient majestueusement
Nos illustres princes et rois
Dans les pans de leurs toges énormes,
Cette poussière qui n’est pas de la poussière
Mais la gloire de nos soldats enflammés,
Le courage de nos combattants prêts
À offrir leur tête pour défendre la cité !
Ces arbres géants témoins
De notre dignité, de notre détermination, de notre soleil
Se balancent à peine car chargés de prestige.
Ces bas-reliefs suggestifs et riches
Tracent aux flancs des murs
Les épopées de notre histoire agitée
Aux pages scintillantes d’événements
Dont le souvenir remonte des abysses
Émouvants et réconfortants de notre vie.
Chaque grain de sable chaque brindille chaque insecte
Veut être le messager fidèle qui conte
Les paillettes d’or de notre passé.
Ces oiseaux sur les toits regardent silencieusement
Le ciel et se refusent à chanter
Pour ne pas troubler le repos des rois
Car leurs esprits toujours vivants et forts
Tournent, flottent sans cesse
À l’ombre des trônes que l’autre croit vides.
Lorsque dérouté par la déchéance de mes contemporains
Écœuré par les abandons et les hontes,
Bouleversé par les voltes-faces ignominieuses,
Secoué par l’incivisme de mes concitoyens,
Je veux me refaire un cœur de lion,
Le seul temple qui me permette de me ressouvenir,
C’est bien Abomey et ses palais royaux,
Abomey, ses traditions intactes.
Veuille le ciel que mes compatriotes aillent souvent
Aux sources retremper leur patriotisme,
Ce patriotisme anémié et triste
Qu’ils traînent lamentablement sur les routes
Parsemées d’écueils de toutes sortes.
Veuille le ciel que nos rois et preux
Nous montrent le chemin de la gloire.

+Amazones : Les « Amazones du Dahomey » étaient un régiment militaire de femmes dans le royaume du Dahomey, royaume dont Abomey était la capitale.

*

Paroles par Richard Dogbeh (Rives mortelles, 1964)

Notre pays flétri se guérit pas à pas
Il voudrait installer partout des usines du savoir
…partout dans les villes partout dans les brousses
…partout où gémit un homme à sauver
Qui nous donnera un poème de fer et de béton
Nos taudis de bois et d’argile ne durent
Qui nous offrira le chapeau de tôle et les bancs et le tableau noir
Nous écrirons sur nos calebasses si nous manquons de cahier
Nous lirons dans le ciel si notre maître sait guider les chariots
Encre violette ne faut nous volerons l’indigo bleu de nos artisans
Adieu plumes gauloises nous nous appliquerons sur les roseaux du Bénin
Avant tout qui nous montera nos usines des maîtres des bancs et le tableau noir
Nous désirons avec toutes nos illusions d’enfant visiter tous les sentiers de la vie
Nos pères sont morts dans la solitude
Nous leurs fils avons soif de toute la connaissance du monde.

*

Burkina Faso

Poèmes tirés du recueil Luttes de Babou Paulin Bamouni (Éditions Silex, Paris, 1980).

Babou Paulin Bamouni (1950-1987) était directeur de la presse présidentielle et un proche collaborateur de Thomas Sankara, le « Che Guevara africain ». Il fut assassiné en même temps que ce dernier.

Je m’appelle continent

Je m’appelle le continent au front immense
Fait d’un roc massif inattaquable
Bâti sur des possibilités inestimables
Et sur tous les espoirs permis aux dieux.
Mon corps volcanique gonflé d’énergie
Fait de moi un continent doublement miné,
Aguerri aux souffrances causées par un monde perfide
Qu’il me faut d’un sursaut bien de moi
Ramener avec détermination à la raison.
Car si je suis désormais le continent de la révolte,
Je suis aussi celui qui relève les défis
Et celui qui doit à présent s’imposer
Avec des hommes dignes de ce nom
Au-devant des actes virils interdits
Aux infâmes et aux incapables,
Je suis le continent de la sagesse,
Je suis le continent de l’action
Et du courage surnaturels,
Non celui des étiquettes et des bassesses
Qui sont la pâture des lâches et
De mes ennemis héréditairement
Éduqués à ma sempiternelle détraction,
À mon humiliation et ma perte honteuse.
Je ne suis pas le continent des faux poètes,
Des faux prêtres et des faux chantres
Qui ignorent à qui ils ont bien affaire
Et de moi ne voient que danseur en transe,
Monstre béat ébranlé d’émotion et non de raison.
Je suis le continent qui bouge,
La logique qui se meut et qui défie.
De mon immensité convoitée je ferai
De moi une force terrifiante
Fendant les océans, les cieux et des cours d’eau
Déviant de leurs lits, originels.
Je suis le continent où à jamais
Les montagnes seront bientôt aplanies
Et du dessous desquelles apparaîtront
Des hommes nouveaux aux cœurs de lion,
Aux âmes et corps animés d’intégrité,
D’honnêteté et d’un amour du travail,
Pour effacer mon image de continent habité
De souffre-douleurs sans joie aux mains
D’exploiteurs et de voleurs de deniers publics.
Malheur ! Je suis le continent vendu aux inconscients,
Aux chercheurs de trésors mal acquis,
Et aux âmes mal intentionnées vomies
Par mille horizons voraces.
Je ne suis pas le continent vierge
Comme on se plaît à le dire.
Je ne suis pas le continent du folklore
Comme on se contente de le montrer
Je ne suis pas le continent de la quiétude
Comme le chantent les esprits trompeurs
Je suis le continent meurtri et endolori.
Je suis le continent-puzzle,
À des milliers de problèmes à la fois confronté
En demeurant le continent de l’unité humaine
Dans la diversité,
À un grand ensemble le temps me pousse
Pour devenir véritablement le continent
Au fronton gigantesque,
Sous lequel les siècles baisseront la tête ;
Le continent fait de roc massif
Et d’hommes nourris de grands idéaux
Dont la mise en acte me donnera
Pour des siècles et des siècles un nom
Dont l’éclat et le poids modifieront
Le cours des temps,
Les temps actuels des choses,
Les choses enfin qui m’appelleront continent.

*

Les forces de lumière

Le jour de lumière se lèvera
Sur nous et nous nous libérerons
Pour un monde nouveau ;
Nous les hommes plongés dans la nuit,
Nous les forces maîtresses de demain,
Qui avançons vers la liberté.
Nous les hommes dominés d’aujourd’hui,
Nous les forces de la lumière éternelle,
Sous le poids du monde exploiteur
Nous courbons encore l’échine.
Dans l’ignorance de nos forces vives,
Nous marchons encore sous la matraque.
La lumière du jour ne tardera plus.
Le jour libérateur s’annonce,
Et pour l’impérialisme sonne
Inexorablement le glas.
Conscience, désormais, nous prenons
De nos forces rédemptrices
Sur lesquelles nous devons à jamais compter.
Pour nous les opprimés du monde,
Pour nous les forces exploitées de la terre,
La lumière du jour est proche.
Nous qui vivons de faim
Et d’injustice quotidienne ;
Nous qui sommes nourris
D’ignorance et de domination,
Nos forces appellent la lumière,
La grande lumière du jour,
Le jour de justice et de paix
Pour instaurer un monde à nous.
Un monde d’où seront bannis
Les pleurs et les grincements de dents.
Un monde où règneront à jamais
La joie de vivre et la fraternité.
Ce monde, nos forces immenses
Demain, pour nous, le bâtiront
Pour sortir des ténèbres et de la honte
Et embrasser la lumière du jour ;
Ce jour qu’imposeront nos forces de lumière.

*

Le jugement

J’accuse !
Oui, j’accuse tout le monde,
Moi N’krumah, le fils de l’Afrique
Que vous avez tous trahi !
J’accuse tout le monde,
Moi Lumumba, le défenseur-né
De l’indivisible Afrique !
Pourlécheurs de bottes impies,
Je vous accuse de haute trahison !
Inconscients et marchands d’esclaves,
Je vous accuse tous
De cupidité et de mercantilisme !
Moi qui cherchais la grandeur,
L’honneur et la gloire de l’Afrique,
Je vous accuse tous
D’être d’ignobles personnages vendus
Aux fossoyeurs impénitents de
Notre Afrique, terre de paix !
Je vous accuse tous d’être
Des tombeaux blanchis, et
Des races-de-vipères sans nom,
Vous qui ne cherchez que
La déstabilisation du continent noir !
Je vous accuse tous
D’égoïsme ignominieux,
Vous qui ne cherchez pas
Une Afrique unie et puissante
Pour contrer les pires impérialismes !
Je vous accuse tous
De chercher à vous enrichir
Sur le dos des masses laborieuses !
Je vous accuse tous
De collaborer perfidement
Avec les plus abjects des ennemis
De l’Afrique ma mère !
Mais à cela vous êtes prévenus :
L’AFRIQUE consciente, inévitablement
De vous se vengera dans le sang.
L’Afrique des forces centrifuges
Pour vous piétiner, relèvera la tête.
L’Afrique profonde, demain
Vous videra de votre sang impur.
L’Afrique des forces nouvelles
Et pensantes, sans tarder, mettra fin
À vos manœuvres de mort et de malheur,
Pour faire de l’AFRIQUE NOUVELLE
Un continent puissant et illuminé
Qui affrontera les siècles à venir
Le front face au soleil.

*

Guinée

Poèmes tirés du livre La Révolution culturelle d’Ahmed Sékou Touré (Imprimerie nationale « Patrice Lumumba », 1969, vol. XVII des œuvres complètes de Sékou Touré).

On ne présente pas Ahmed Sékou Touré, président de la Guinée de 1958 à 1984.

Septembre 1898

Triste fin des pulsations libres
D’un empire fier et souverain ;
Triste fin d’un temps
Indélébilement inscrit dans le Temps,
Qui vit prospérer une communauté
Rayonnante de valeurs propres.
Un temps où à l’Afrique
Appartinrent en propre
La terre et le ciel,
La lumière et l’air aussi,
Toute la semence.
Notre peuple, alors maître,
Au chantier de l’authenticité,
Solidaire d’autres frères,
Conjuguait idées et actions
Pour vivre, créer et avancer
Quand par l’arbitraire
L’impérialisme avec ses canons,
Usant de l’argument de la force,
Lui confisqua l’existence et le devenir,
Polluant ses sources vives,
Se répandant en destructions et souillures.

*

Septembre 1958

Le joug partout blesse
Le vol et le viol prolifèrent
Au rythme saccadé
Du souffle maudit
De l’insolite présence.
Tout devient néant et s’étiole
Hormis la flamme déposée
Au tréfonds de l’âme commune.
Malgré la rigueur asséchante,
Germera et grandira la semence
Sur un sol pourtant rasé
Vidé de ses sources,
Au sein d’une société
Menacée d’anéantissement.
Le combat ne prit jamais fin
Car le souvenir de la liberté
Demeura l’avenir du passé.
D’intrépides pionniers s’élancèrent
À la reconquête du pouvoir
Et finalement triompha la Révolution.

*

Alpha Yaya

9 février 1911, déportation d’un héros
Et 9 février 1955, assassinat d’une héroïne,
L’immortelle CAMARA M’BALIA.
Deux faits illustrant à jamais
La cruauté d’un système.
Mais la cause qu’il bafouait
Restant juste et impérissable,
Galvanisait en le Peuple militant
L’esprit de sacrifice.
Campée dans la raison historique,
L’ardente volonté populaire
Activement incarnait toutes les forces,
Celles qui devaient enterrer
Et les imposteurs et leurs crimes,
Permettre au peuple victorieux
De recréer la vie dans l’honneur,
De réhabiliter notre œuvre
En la replaçant désormais
Au centre d’une révolution
Génératrice de paix et de progrès.

*

Révolution Guinéenne (extrait)

(…)

RÉVOLUTION sociale !
Partant du peuple,
Pour le bien du peuple,
Elle socialise les hommes
Et leurs moyens de production,
Nationalise les richesses
Du sol et du sous-sol
Afin de rendre inaliénable
Le Patrimoine domanial.
À tout développement
Assignant des buts sociaux,
Elle affirme la primauté
Du droit et des intérêts populaires,
Au peuple réserve souveraineté et pouvoir,
À l’individu : liberté, participation et sécurité,
Afin d’assurer interdépendance
Entre la « partie » et le « tout »
Qui sont l’un à l’autre,
L’un de l’autre.

RÉVOLUTION humaine !
Sachant l’homme supérieur
À toutes richesses matérielles
Dont il est, par son travail,
Le créateur et le censeur.
Des facultés intellectuelles
Elle favorise l’épanouissement,
Donnant à l’Enseignement
Et à l’éducation de l’homme
Leur sens le plus humain.
Elle garantit pour chacun
Liberté et dignité,
Dans sa vie de chaque jour
Au sein de la société
Fraternellement unie dans la solidarité.
Humanisant la société,
Elle universalise l’Être.
Et dans le chantier de l’amour
Habité par les anges,
Elle conduit l’homme.

(…)

Poésie chicano révolutionnaire: Aztlán

¡Ay te watcho, Aztlán!

La littérature chicano est la littérature des citoyens nord-américains d’origine latino et tout particulièrement mexicaine. Ces derniers étant très souvent bilingues espagnol et anglais, leur littérature l’est également. Certains poèmes font ainsi alterner les deux langues et le slang chicano va jusqu’à les mêler au sein d’expressions toutes faites (comme « ay te watcho » plus ou moins dérivé de « hasta la vista », « see you soon »).

Les traductions suivantes sont tirées de l’anthologie Canto Al Pueblo IV (1980), publiée à l’occasion du quatrième festival annuel de culture chicano Canto Al Pueblo (Chant au Peuple), qui eut lieu du 1er au 10 mai 1980 à Phoenix, Arizona.

Les poètes représentés sont : Arturo Arcángel (5 poèmes), María Arellano (1), José Antonio Burciaga (1+1), Ana Castillo (3), Rafael C. Castillo (un poème en six chants), Abelardo Delgado, également connu sous le nom de Lalo Delgado (3), Verónica Medina Ramos (1) et Jim Sagel (2). Les poètes les plus connus sont Arturo Arcángel, José Antonio Burciaga, Ana Castillo, Rafael C. Castillo, Lalo Delgado et Jim Sagel.

Les concepts politiques véhiculés par le mouvement chicano, et notamment les revendications territoriales et culturelles liées à Aztlán, sont particulièrement saillantes dans les poèmes ici traduits de Rafael C. Castillo et Abelardo Delgado, auxquels je renvoie le lecteur.

Certains poèmes ont été écrits en espagnol, d’autres en anglais. Le titre original entre parenthèses indique la langue traduite ; dans un cas, où le titre laisse planer l’ambiguïté, j’ai ajouté une note sur ce point. Comme je l’ai indiqué, il arrive que des poèmes soient écrits dans les deux langues à la fois. Il y avait alors deux possibilités : ou bien tout traduire, à la fois l’espagnol et l’anglais, en trouvant un moyen de distinguer, par exemple par des italiques, les passages de l’original dans l’une et l’autre langues, ou bien ne traduire qu’une des deux langues afin de conserver le bilinguisme du poème. C’est cette dernière solution que j’ai choisie, dans deux poèmes ici traduits ; ce choix permet de conserver l’effet de l’alternance voulue par les auteurs, mais elle exige évidemment que le lecteur soit bilingue. En l’occurrence, dans les poèmes en question, j’ai traduit l’espagnol et laissé l’anglais tel que dans l’original.

Pour donner une idée de ce que donnent dans le texte original de tels poèmes bilingues, je reproduis, en prélude de cette série, un poème de José Antonio Burciaga à la mémoire du peintre muraliste chicano Armando Estrella, qui fut impliqué dans les trois premiers festivals Canto Al Pueblo et mourut soudainement en janvier 1980. Artiste engagé, c’était un responsable du Partido de la Raza Unida, qui porte les revendications les plus radicales des Chicanos.

En annexe de cette série, plusieurs photographies commentées me permettront d’ajouter quelques éléments sur le militantisme et la culture chicano tout en agrémentant visuellement ce billet.

*

Vámonos armando con estrellas par José Antonio Burciaga

You painted above me in Milwaquis
A mural in a brand new dilapidated barrio
And in Corpus I forgot your handle
But I will never forget
The rose you painted
Above my three skulls
Y de la muerte nació tu rosa
Armando Estrella

Those murals
Continue to breathe
La vida cotidiana
De tu querida Raza
But your colors
Betrayed you black T-Shirts
Armando Estrella

Today you painted
The saddest mural
Todo negro enlutado
Los colores te lloran
Y las murallas te añoran

Con murales
Fuiste Armando
Tus barrios
Con Estrellas
It was all so clear
Armando

And following your wishes
I will celebrate your exit
With a few beers
Just the way you wanted

Ay te watcho
Sabiendo que
Jamás te irás por la sombrita
Siendo Estrella
Vámonos Armando

Tu amigo
Que ya no te olvida

*

Seul et tout seul (Solo y a Solas) par Arturo Arcángel

Note. Arturo Arcángel est un poète colombien.

Regarde-moi
nuit
regarde-moi bien en face

déploie omnipotente
tes corbeaux de sadisme
et sur la légère luminescence de ma peau taillée
fouille avec acharnement dans mes cicatrices malades.

Regarde-moi
nuit
comme ça…
l’univers s’amuse à me congeler
et j’ai peur pour mon âme
………………..qui lutte
………………..toute seule.

Je lutte contre la lassitude
lutte contre mille offenses
lutte contre l’angoisse

Où va la paix
qui
…s’
…..échappe
……..de moi
………heure après heure
et goutte après goutte ?

Amour
béni !
Reviens mon amour !
Jamais je ne t’ai autant aimée
que cette nuit !
Reviens mon amour !
Ouvre tes ailes et recueille-moi
sauve-moi en toi
si Dieu descend
il m’accordera le suicide…

*

Leçon 28 (Lección 28) par Arturo Arcángel

Dans cette chambre
il y a
une reine : l’angoisse

un roi : le gel
un bouffon : l’expérience
un courtisan : l’ennui
un trône : l’agonie
une fenêtre : la chimère
une porte : le suicide

et
un esclave,
un… Moi !

*

Anticipation II (Anticipo II) par Arturo Arcángel

Un jour viendra

le
vide
sera
l’unique présence.

Nous nous retrouverons
sous terre
–décomposés–
et,
sans plus d’analyses,
nous comprendrons
……………que
……………rien
……………ne
……………valait
……………la
……………peine.

*

Portrait dans un aquarium (Retrato en un acuario) par Arturo Arcángel

Avec de vieux cartons
et des cartons neufs,
avec des cartons blancs
et des cartons noirs

je vais fonder un village
sans frontières d’adobe
ni fleuves de larmes.

Un village sombre
…….et monotone
……….semblable à ma vie.

Vieux cartons
cartons neufs
cartons blancs
cartons noirs

je fonderai ce village

dans chaque maison le portrait de son maître
pour que l’on sache à quoi ressemble dieu,
sur chaque lit une rose
pour que les rêves aient l’odeur de l’amour.

Il y aura aussi une place de village
mais pas de prison
mais pas d’église
Car la liberté y prévaudra

Un sombre village en hiver
comparable à ma vie.

*

Au miroir (Al espejo) par Arturo Arcángel

Nous enfermons des poissons
dans un aquarium
et surveillons leurs nageoires
avec un plaisir malicieux dans les yeux
……….pour oublier
……….que nous sommes prisonniers
……….et n’avons ni paysage ni chemin.

Nous enfermons des oiseaux
dans quarante centimètres d’air
délimités par du fil de fer
……….pour oublier
……….que nous sommes des prisonniers
……….inutiles et restreints.

Nous enfermons le poisson.
Nous asphyxions l’oiseau.
La terre nous enferme.

*

Sans titre par María Arellano

Note. Poème bilingue espagnol-anglais que j’ai traduit en poème bilingue français-anglais.

Seigneur,
…Je dois être folle car je n’arrive plus à comprendre
…ce voile qui m’a enveloppée.
Moi, si jeune, si vive once, je ne suis plus.
Mais je reste là, Groping into the
……………………………..F
………………………………A
………………………………..L
………………………………….L
……………………………………I
……………………………………..N
……………………………………….G
…………………………………………dusk.

Bien que je regarde les arbres, mes amis, l’art… et
Mes livres, there is a stillness to it all.
L’ordre qui rend compte, où est-il ?

Les gens que je respecte ne le trouvent pas non plus, mais eux
rient. Empty Actors. Damn them for not
knowing and STILL BEING.

Seigneur, mes amis continuent chaque jour, faisant
………………………………………………ce
…………………………………………qu’ils ont à faire
…………………avec des sourires tellement beaux…
……………………………………………………………….mais, comment ?

*

Rats de bibliothèque (Book Worms) par José Antonio Burciaga

L’étudiant
a labouré son esprit nocturne
en sillons réguliers de connaissance
sachant que la récolte
lui apporterait
l’abondance

S’inclinant avant
et après
chaque paragraphe
l’absorption
d’encre noire
a sanforisé
le cerveau hyper-musclé
de caillots de sagesse surdouée
et de futilités inoubliables

Les esprits qui ont trait
l’huile de lampe des élucubrations
développent des cloques
entre leurs oreilles
à force de flagellation intellectuelle

Il s’est forgé
une mentalité stoïque
en disséquant
grenouilles
poèmes
et romans
et en apprenant dans des livres
et encore des livres
la science appliquée de la vie
au prix
d’une expérience neuve
et ce de façon à écrire d’autres livres
et des articles
et des essais…

titulaire
d’une licence
il passe un mastère
puis un doctorat
pour obtenir
sa carte de membre à vie
de l’école
sans interruption
depuis le jardin d’enfants
jusqu’à ce que la mort
l’emporte…

*

Pensées d’une nuit de fin d’été (Thoughts on a Late August Night) par Ana Castillo

je pensais…
(oui, c’est une mauvaise habitude
dont je n’ai jamais réussi à me débarrasser,
malgré tous mes efforts)
que les simples mots
je t’aime
ne sont pas du tout ce que l’on prétend.

je suis sûre que naguère
le simple fait de les prononcer
provoquait des guerres
assujettissait des nations
changeait l’aspect
de la carte du monde
et en général
donnait lieu à de très bons moments
entre celui ou celle qui les prononçait
et l’heureux auditeur ou auditrice.

Mais il semble à présent, du moins
à mon humble avis
et selon mon esprit
passionnément observateur,
qu’on les emploie à la place
de quelque chose d’autre…
que pour des raisons personnelles
on préfère ne pas définir ;
et qu’en fait
la signification réelle de
je t’aime
pourrait bien être :

je sais ce qui est le mieux pour toi
et donc ce qui sera le mieux
pour moi.
je t’aime…
et tu avais promis !
je t’aime… alors
où étais-tu cette nuit ?
et ainsi de suite.

Il suffit d’indiquer
en conclusion que
je t’aime
est une illusion interprétée
servant de fondement
à la confusion
des deux parties
et que si nous pouvions dire en toute sincérité
ce que
nous voulons vraiment,
ce dont avons vraiment besoin,
on verrait sans aucun doute
une réduction des statistiques
de cœurs brisés…
et même peut-être
de têtes cassées.

Mais bien sûr
comme je l’ai dit
je ne faisais que penser
alors que cette nuit de fin d’été
n’en finissait pas
et que me trouvant
de façon si embarrassante seule
sans la possibilité de l’entendre ou
de le dire
l’ironie de la situation
requérait mon attention.

Comme je l’ai dit…
je ne faisais que penser
(une mauvaise habitude dont je ne suis jamais
parvenue à me débarrasser).

*

Poème 13 (Poem 13) par Ana Castillo

moi aussi
je peux dire
au revoir
sans effort
en silence
moi aussi
je peux
me retirer
d’un espace
non désiré
faire volte-face
aller de l’avant
ne jamais
regarder
par-dessus mon épaule
moi aussi
je contrôle
la mémoire
efface l’expérience
inutile
déromantise
les histoires d’amour
moi aussi
je peux enrouler
les lendemains
autour de moi
sans compagnie
(congeler mon
ventre)
publier mon
nom de naissance
moi aussi
je peux être
l’enfant de ma mère
car l’extension
de mon père
s’est améliorée
moi aussi
je peux continuer
à gesticuler
le courage
à professer la fierté
moi aussi
je vaux
bien cela
moi aussi je
pourrais vivre
satisfaite
de tous mes
actes
contente
au sein de mon
ignorance.

*

Hiver sauvage (Invierno salvaje) par Ana Castillo

Note. Les quelques noms propres apparaissant dans ce poème, tels que « le John Hancock », pour John Hancock Center, indiquent que nous sommes à Chicago.

Sans être nommé, le Chicano Park de cette ville est réputé pour ses peintures murales appartenant à la culture chicano. Sur l’une d’elles, l’artiste a rendu hommage à Fidel Castro et Che Guevara parmi les figures du mouvement chicano.

Hiver Sauvage –
Tu veux nous tuer ?

………………..Tu n’auras pas
………………..cet honneur.

Les usines
nous attendent
et la voix
du contremaître
est plus
………………..forte
………………..que la tienne.

Les bureaux
de la Tour Sears
Les « Steel Mills »
et la multitude
de boutiques et magasins

………………..nous appellent

jour après jour
nuit après nuit –

………………..et

Le souvenir de la faim
que nous avons connue
nous force à

………………..répondre.

Nous sommes les « petites machines »
qui font briller le sol
des hôpitaux
et chaque vitre du
John Hancock.

Tu crois que ta morsure
féroce qui gèle
les pieds et bleuit
les mains

………………..nous coupera
………………..le circuit ?

Non, Hiver Sauvage,

………………..Non.

Même si nous nous rappelons
cette terre aride
un soleil constant
des plages blanches

………………..les palmiers qui dansaient
………………..dans la brise –

C’est un luxe
de touristes
de gouverneur
et de président
de grande compagnie.

Rien de plus qu’un
souvenir pour

………………..nous.

Alors, je t’en supplie
de la part de tous,
va-t-en, maintenant ! Va-t-en.

………………..Cesse
………………..de plaisanter.

Car quelque chose de plus grand
et menaçant
que toi
nous appelle :

………………..la vie.

*

Variation sur un thème de Dostoïevski (A Variation on a Dostoevski Theme) par Rafael C. Castillo

Note. Poème en anglais avec quelques insertions en espagnol (ainsi qu’une en français et une en allemand), que j’ai laissées non traduites. Je laisse également au lecteur le soin de se remémorer les multiples références littéraires présentes dans le texte.

Canto I

J’étais étendu la face cachée dans mes mains sales
quand la sensation d’yeux perçants me força à me redresser.
Figura fantomatique d’un Inquisiteur espagnol du 13e siècle,
visage obscurément noir : indistinct, vide
visage, sans contours, sans traits, sans forme.

Le visage de Méphistophélès n’a pas de forme –
Marlowe était un sacré menteur ;
« Es-tu prêt pour la sentence ? »,
demanda une voix caverneuse ;
« Qu’ai-je donc fait ? »
Je refusais d’accepter le destin kafkaïen de l’Humanité ;
« Prépare ton âme et ton corps pour le Premier Cercle !!! »
« Qu’ai-je fait ? » répondis-je.
Mais à peine avait-il parlé que cela fut accompli.

Un million d’apparitions se manifestèrent ;
la Malinche perfide me montra du doigt ;
La Llorona pleura pour moi ; Ivan Karamazov baisa
mon front ; je sentis même l’Albatros autour de
mon cou.

Puis, un grand signe rouge au néon : SANS ISSUE
Soudain l’apparition encapuchonnée
se dévoila : c’était Hernan Cortez ;
Le faux prophète Quetzalcoatl ;
les voix hurlantes de mes frères par centaines gémirent :
Chicanos, Mestizos, Indios, Batos Locos.

« Quel est mon destin ? », demandai-je.
« Ton destin est bien pire que celui de tes ancêtres :
c’est le verdict de ce tribunal que tes
prédécesseurs soient harcelés de schismes, que le
Nouveau Monde arrose sa terre de ta sueur, que
tes enfants soient schizoïdes, ignorants à jamais de
leur identité ; et puisse leur biculturalisme bilingue
subir en vertu du Titre IV1 de nombreuses manipulations et dégradations bureaucratiques. »

Canto II

Un million de configurations traversèrent mon chemin mental
Sans contours ni forme :
Peut-être que mon crime, pour ce visiteur nocturne,
avait été une certaine hauteur envers le bavard des Témoins de Jéhovah, ou,
peut-être, ma sensibilité prufrockienne envers l’humanité,
ou le cauchemar sartrien d’un Enfer non matériel.
C’est seulement mon imagination : un léger assoupissement
aux dimensions et revitalisations borgésiennes ;
« Toi, Emiliano Moctezuma, es accusé
d’hérésie, de trahison impie envers le Rocher
de fondation ; et d’avoir répandu les paroles de L’Être
et le Néant
. »

« Qui es-tu pour me juger, toi qui es seulement
un produit du néant et de l’intangibilité ? »
répliquai-je d’un air de défi.
« Une tabula rasa », hurlai-je. « Laisse-moi me réveiller ! »

Canto III

Je me réveillai pour découvrir que mon corps transcendait
l’interprétation husserlienne : sans forme, sans visage.
Je vis les lancinantes figuras obscuras de Gregor
Samsa ; ce bâtard pendu de Smerdiakov ; et le
dirigeant Œdipe : parricide con toto.
Un autre personnage apparut : « Nous sommes les gardiens
de la critique littéraire établie, de la religion
des gens de lettres. »

« La critique littéraire n’existe pas »,
répliquai-je. « C’est un mythe terrible, à la Susan
Sontag, Contre l’interprétation. »
« Même ton peuple y a succombé ; c’est
inévitable ; ton peuple a émigré à travers
le Désert à la recherche de la Citadelle de la Raison. »
« Oui », répondis-je, « c’est écrit : nos chroniqueurs
célèbrent encore l’accomplissement prochain de la prophétie. »
« Oui, nous avons les écrits de Ricardo Sánchez, Alurista,
Omar Salinas, Tino Villanueva, Nephtali De León : les
forgeurs de mythes de la poésie chicano contemporaine, » répondit
la voix.
« Il est triste que n’existe pas de tel sanctuaire : car les rêves
insipides ne font pas la réalité. »
« Mensonges ! Mensonges ! »
« Laisse-moi t’exposer mes raisons, afin que tu saches pourquoi
un rêve comme Aztlán doit survivre. »
« Je t’écoute, mortel », railla le visiteur à la cape.

Canto IV

Alors j’argumentai ainsi :

« Avant Zeus, avant le mythe du Cyclope et du Cerbère à trois têtes, avant Hercule, avant Ulysse de Joyce, avant les centaines de falsifications, l’Omeyocán des Aztèques –le treizième ciel– constitua l’autel des poètes et des dieux : Ometechtli, Omecihuatl, Tezcatlipoca et le légendaire Tonatiuh, hantent encore de leur lamentation les rues de Los Angeles et San Antonio.

C’est le pseudo-érudit occidental qui a empêché la naissance de la littérature d’Aztlán ; c’est cette institution qui viola l’esprit fertile de la créativité ; tua et subordonna style, technique, narration, scénario, mètre et caractère à des instruments caducs et préformatés de divisions bourgeoises.

Non, je ne suis pas l’avocat de l’art pour l’art [en français dans le texte] puisque je transcende les mesquines dichotomies aristotéliciennes ; je ne demande ni faveur ni attention. Je ne fais que reconnaître la respectabilité de la littérature chicano. »

« Ça suffit, idiot. Je vais à présent démolir tes accusations ! », tonna la voix. « Tu ne peux revenir sur l’impossible : ton peuple et donc ton art sont mesquins, bas et inesthétiques. Qui a cure de la littérature de barrio, de serpents à plumes à part D.H. Lawrence, du Colibri-de-la-gauche ? Nous aussi nous utilisons la méthodologie de Georg Lukaćs à notre avantage, car c’est une épée à double tranchant. »

« Tu ne peux revenir sur la littérature chicano », répondis-je. « La création de nombreuses petites revues et de magazines témoigne déjà du fait que le ‘géant endormi’ du cliché est un Léviathan littéraire qui s’éveille. La civilisation occidentale n’aura pas d’autre choix que de louer les travaux colossaux de ces indios qui promeuvent las letras nobles.

En tant que tels, nous sommes libres de créer », conclus-je.

L’Inquisiteur encapuchonné éclata de rire. « Freiheit ist nur in dem Reich der Träume, ah ah ah ah ah ah !!! »

Pourtant, dans mes rêves la réalité existe.

Canto V

Je sentis la sueur qui coulait sur mes yeux, mes membres qui tremblaient ; puis les rayons de soleil du matin brillèrent sur mon visage ruisselant. J’étais sous terre. « Est-il l’heure ? »

Marchant le long des couloirs de l’erreur, je me souvins que le miracle, le mystère et l’autorité ont aussi été les fondations de l’idéologie occidentale : donnez du mystère aux masses : genre, courant-de-conscience, technique, avant-garde ; donnez-leur du miracle : science-fiction, hardcore, gothique, Bellow, Mailer, Fowles, Pound ; et enfin donnez-leur de l’autorité : Welleck, Eliot, Howe, Rahv ; ce sont les scalpels de la critique littéraire ; l’aune à laquelle l’idéologie occidentale mesure Aztlán.

Canto VI

Finalement, échappant à la poigne de l’Inquisiteur ;
échappant à la sombre caverne de la critique littéraire ;
fuyant les maudites icônes du quasi-art,
je vis les instruments de la sagesse griffonnés sur les
planches : de belles et resplendissantes peintures sur un mur.

M’élevant dans la brillante lumière d’Aztlán,
je sentis la force de la sagesse toucher mon visage.
Mes yeux ne voyaient plus l’Inquisiteur espagnol encapuchonné ;
à la place, un vide d’idées : Énergie et Masse.

En bas les poètes pleurent et écrivent des éloges funèbres ;
lisibles et clairs : « Ci-gît le
poète des poètes, un monument vivant de la
littérature chicano. »

1 Titre IV : Le Titre IV de la loi sur l’enseignement supérieur de 1965 aux États-Unis, relatif aux programmes fédéraux d’aide financière.

*

Aztlán par Abelardo Delgado

[Note. Poème traduit de l’anglais.]

« Certains ont pensé que les Aztèques étaient originaires du nord lointain, c’est-à-dire d’au-delà de l’Arizona ; d’autres ont supposé qu’ils provenaient du légendaire pays d’Aztlán, mais personne ne sait où se trouve un tel endroit. » (Victor W. von Hagen, Les Aztèques)

le légendaire pays d’aztlán
foules-tu son sol aujourd’hui, chicano ?
quel est ton rôle historique
en tant que descendant direct de ces
…………………………….faiseurs de légendes, les aztèques ?
in 1168, l’an deux aztèque,
l’année de la canne à sucre –la caña–
huit cent huit ans plus tôt…
soustrais ton âge actuel et insère-toi dans
l’octocentenaire calendrier aztèque.
une seconde ? un jour ? un an ?
vingt-quatre ans ? quarante-quatre ans ?
cent deux ans ?
les aztèques savaient qui ils étaient
…………………………….en 1168.
sais-tu qui tu es en 1976 ?
leur voyage avait pour destination l’anahuac.
ton voyage va-t-il de l’anahuac vers aztlán ?
le travailleur sans papiers
……………..semble le penser.
nous le pensons.
quelque mille aztèques seulement firent le voyage.
y a-t-il aujourd’hui mille chicanos
qui veuillent… qui soient capables… qui osent… conscients de leur histoire,
accomplisseurs des anciennes légendes incomplètes ?
les aztèques étaient fiers et toujours prêts à la guerre.
notre fierté est-elle aujourd’hui diluée
et notre volonté de combattre se réduit-elle
à écrire une lettre de protestation ?

*

Le chemin le plus sûr (El camino más seguro) par Abelardo Delgado

Nous voulons aller en un lieu,
Sans avoir à nous traîner par terre,

…..Le lait
……..Et le miel
Sont fleuves et lacs.
De vagues efforts
Dans l’histoire
Nous rappellent
Qu’un tel lieu n’existe pas.
L’araigneau2
……Qui ne devient pas araignée,
Qui ne tisse pas de toile,
N’attrape pas de mouches
Et meurt bientôt.
Le chemin le plus sûr
Est le plus dur,
Celui de pierre,
Celui d’asphalte,
Celui de lutte.
C’est seulement par la lutte
Que s’accomplit le destin.
C’est seulement par le rêve
……….Que nous pouvons
……………Nous confronter
À la réalité
Qui coupe
Et nous fait saigner.
Je voudrais
…..Parvenir
……..À vivre
Assez longtemps
Pour voir
Un tel lieu
Où les enfants jouent,
Où les femmes, en plus d’être aimées,
Sont respectées,
Où les hommes
Ne transforment pas leur prochain en bête,
Où les êtres humains ne sont pas une nuisance.

2 L’araigneau : L’original dit «Uvar que no crece a araña, que no teje telaraña…» et j’ai traduit d’après le contexte (araigneau, petit de l’araignée) car je suis incapable de trouver nulle part le sens de cet uvar, si ce n’est que le mot figure dans le nom scientifique d’une certaine sauterelle, et il s’agirait alors d’appeler la sauterelle à se transformer en araignée pour pouvoir vivre…

*

Quand je serai grand (When I Grow Up) par Abelardo Delgado

Quand je serai grand
Je serai un soda.
Non, non, non.
Je serai docteur
Et ferai que tout le monde aille bien.
Quand je serai grand
Je serai un gobelet en carton,
Non, non, non.
Je serai avocat
Et veillerai à ce que la Justice prévale.
Quand je serai grand
je serai un arrêt-court3.
Non, non, non.
Je serai homme d’affaires
Et placerai la satisfaction
Des clients au-dessus de mes profits.
Quand je serai grand
Je serai un keystone cop4.
Non, non, non.
Je serai acteur de cinéma
Et ferai rire et pleurer
Les gens.
Quand je serai grand
Je serai un chiot de chihuahua.
Non, non, non.
Je serai vendeur
Et vendrai de l’espoir aux gens
Et les ferai payer avec de l’amour.
Quand je serai grand
Je serai une serpillière.
Non, non, non.
Je serai promoteur
Et construirai une maison pour chaque famille.
Quand je serai grand
Je serai une grosse côtelette de porc.
Non, non, non.
Je serai astronaute
et voyagerai jusqu’à Mars.
Quand je serai grand
je serai une confiserie.
Non, non, non.
Je serai un homme de Dieu
Et le ferai descendre
Pour jouer avec nous.
Quand je serai grand
Je serai une sucette.
Non, non, non.
Je serai policier
Et n’utiliserai jamais un pistolet.
Quand je serai grand…
……………c’est que j’aurai grandi.

3 Arrêt-court : shortstop, une position sur le terrain de baseball.

4 Keystone cop : semble se référer à une série de films burlesques muets des années 1910 mettant en scène une équipe de policiers incompétents, les Keystone Cops, précurseurs de la série des Police Academy plus connus aujourd’hui.

*

Je suis du sud du Colorado (Yo soy del sur de Colorado) par Verónica Medina Ramos

Je suis du sud du Colorado
Mon papa était fermier aux temps heureux
De la transhumance des brebis vers les hautes pâtures
Quand on chargeait les mules de provisions
Et allait d’étape en étape, aux aboiements des chiens
Et en hélant les bêtes,
Sur la route en direction de Capulín.

Je suis du sud du Colorado
De la si belle vallée de San Luis
Dans un espace de plaines 40 acres
Semés jusqu’au ruisseau,
Entourés de peupliers, bosquets de liberté
J’ai grandi seule, seule au point de savoir parler aux pluviers.

Je me souviens des jachères de mon papa,
Que remuaient les lombrics, nourriture des poules,
Et de la crème du lait blanc, que, me semble-t-il,
On ne finissait jamais.
La coutume de discipline religieuse
De ces temps purs de la jeunesse
De premières communions, confirmations et aspirations.

Je suis du sud du Colorado
Des 40 acres de terrain
De Don Félix Rivera
Mon père gagna sa fiancée en se montrant capable de conduire les chevaux
De leur mettre le harnais et debout
De conduire les bêtes et l’attelage, joyeux, en sifflant.

Les hommes, dans mes souvenirs, étaient
Tondeurs, bergers, endurants
Et spirituels, amicaux et rieurs,
Et parfois, à cause des grands froids,
Ou de la mauvaise récolte ou des nombreux enfants,
Ou de la sévérité de la vie, parfois,
Durs et amers.

Et les femmes, cuisinières de nourriture d’ouvriers agricoles,
Suspendaient le linge sous les fortes bourrasques qui soufflent
Dans le fond de cette vallée.
Quelle beauté que de pouvoir dans la solitude
s’arrêter, s’arrêter
Devant le pur émerveillement de la sierra enneigée
Les couleurs d’automne et de printemps pour laver
La laine des matelas
Beauté de fêtes de Noël, de palmes innombrables
Souliers blancs et neufs d’espérance.

*

Procopio par Jim Sagel

Note. Poème bilingue espagnol-anglais que j’ai traduit en bilingue français-anglais.

L’œuvre de Jim Sagel est considérée comme faisant partie de la littérature chicano bien que ses parents fussent des fermiers d’origine prussienne. Après avoir épousé une femme chicano et appris l’espagnol, il s’est identifié à la culture chicano.

Procopio fut toujours un garçon
…très sérieux
kept himself to school
didn’t chase after girls
…comme les autres garçons
il passait tout son temps
with his left foot planted up
against the wall of the Ag [agriculture] building
hands hitched in his pockets
parlant de ses piments
…et de ses chers petits veaux.

il fut soldat là-bas au Vietnam
et gardait toujours sur lui son petit livre de prières
que lui avait offert sa maman
didn’t mix much with the other guys
wouldn’t even smoke any dope
and every night after lights
…were long out
he’d still be mumbling softly
through the tattered pages
en rêvant à son petit potager

but after he lost his left leg
and prayer book to a Viet Cong mine
il arrêta de prier
and a month later
when they flew him back home
barely in time for his mother’s veillée funèbre
il vendit tous ses veaux

puis il vendit aussi
le terrain de sa mère
and rented a trailer in town
which he rarely leaves
except to cash
his monthly disability check

*

En couleurs (De colores) par Jim Sagel

–Ah, mon cher petit Dieu– celui de là-bas,
…parce que celui d’ici c’est un Américain !
…..dit tante Lucía
quand elle ne supporte plus
les absurdités des Mormons.

–Qui t’oblige à rester en Utah ?
…..lui demande Papa,
son unique frère.

–Tu as raison, Nito5
…répond-elle
–et j’ai même envie de retourner
au pays où ils ne me traiteraient pas
comme une étrangère mais ici j’ai une maison
et c’est ici que mon pauvre mari a travaillé
toute sa vie
et je mourrai ici à mon tour

Mais ici
dans sa petite maison près de Provo
les gens ne parlent pas espagnol
et le Safeway ne vend pas de pozole
et il n’y a pas de messe en espagnol
et la grande affaire d’être homme
et même les affaires du ciel
se font en anglais

Mais toujours tante Lucía
en se levant le matin
prend son chapelet
et prie en mexicain son cher petit Dieu
celui de là-bas
parce que cet Américain blanc d’ici
pense qu’il commande à tout le monde
tandis qu’elle sait que son vrai Dieu
peint le ciel en couleurs
et chante pour les oiseaux en des milliers de langues.

5 Nito : Sans majuscule dans le texte (nito), c’est en fait le diminutif de hermanito, petit frère, cher frère, difficile à rendre en français (frérot étant a priori exclu). C’est aussi un prénom en tant que tel, plutôt rare, ainsi qu’un sobriquet.

Une membre des Brown Berets (Boinas Cafés), organisation chicano militante, pendant la Marcha de la Reconquista (Marche de la Reconquête) de Calexico a Sacramento, mai 1971. (Source: Notes from Aztlan)

Une membre de Las Adelitas de Aztlán, organisation féminine chicano nommée d’après les combattantes de la Révolution mexicaine, las Adelitas. (Source: The New Yorker)

Alice Bag (Alicia Armendariz), punkera d’East Lost Angeles, une pionnière du punk chicano dans les années 70 avec son groupe The Bags et d’autres groupes comme Los Illegals, The Plugz, Cruzados…