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TW20 De l’acte XXIV à l’actroïde

J’ai téléphoné au silence
O geste inconséquent !

La sonnerie a tué le silence

Noureini Tidjani-Serpos, Agba’nla, 1973 🇧🇯

À l’heure où la nuit se lève
À l’heure où chaque étoile nous rappelle
Un lambeau de notre souffrance
Je dis que tous les opprimés sont des poètes

N. Tidjani-Serpos, Agba’nla, 1973 🇧🇯

Nul ne sait

Est la vérité.
Pas même
Ceux
Qui ont raison.

Frédéric P. Titinga, Poèmes pour l’Angola, 1992 🇧🇫

Je suis le continent de la sagesse,
Je suis le continent de l’action
Et du courage surnaturels,
Non celui des étiquettes et des bassesses

Babou Paulin Bamouni, Luttes, 1980 🇧🇫

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ACTE XXIV (Suite)

Gilets Jaunes : huit mois avec sursis pour avoir crié « suicidez-vous » à des policiers (Le Monde)

Huit mois de prison pour « suicidez-vous » en application du fameux « outrage à personne dépositaire etc » contraire à la Convention européenne des droits de l’homme [comme expliqué dans TW19].

Quand on dit « huit mois de prison avec sursis », les gens retiennent « sursis » mais la personne a un sursis car elle n’est pas connue de la justice ; si elle était connue, par exemple pour avoir volé un sandwich, elle prenait huit mois fermes pour « outrage à personne etc »…

Un journal « satirique », parce que bourgeois, peut publier un dessin

« suicidez-vous ! » CRS : « Dernière sommation, à 3 on prend nos antidépresseurs »

tant qu’il veut, il bénéficie d’une « immunité prétorienne » (Bernard Beignier, 1992). Mais un pauvre prend huit mois pour « outrage ».

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« Justification d’identité. La personne contrôlée doit justifier de son identité. Elle peut présenter un titre d’identité. Elle peut aussi présenter une autre pièce (document d’état civil avec filiation, livret militaire, carte d’électeur ou carte vitale) voire un témoignage. Si la personne contrôlée ne peut pas présenter de documents ou s’ils paraissent insuffisants pour établir l’identité (document sans photo), une vérification d’identité peut être demandée. » (service-public.fr)

Typique du droit français, d’une hypocrisie sans nom. Vous êtes libres de ne pas avoir de papiers sur vous mais dans ce cas la police est libre de vous embarquer. Tout le monde est libre, quoi… 🙄

« Avoir une carte d’identité n’est pas obligatoire. Néanmoins … si vous êtes soumis à un contrôle d’identité, la procédure sera plus longue si vous ne pouvez pas présenter de pièce d’identité. » (serive-public.fr)

J’adore…

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My bill doesn’t punish any political activity. It protects the right of local & state govts that decide to no longer do business with those who boycott Israel. So boycotting Israel is a constitutional right,but boycotting those participating in BDS isn’t? (Sen. Marco Rubio)

In France you’re free to move around without ID but then police are free to take you to the station. Everybody’s free!

With such laws the French deserve being called 🤡 If your bill passes we’ll be saying it of Americans, Marco Rubio.

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Vous, les Gilets Jaunes, vous êtes méchants, vous ne parlez que des #ViolencesPolicières et des mauvais côtés, jamais des bons côtés. Donc, moi, j’ai décidé de montrer les bons côtés.

Voilà.

@Lesinconnus

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« On va chercher à comprendre le contexte. Si ce policier a jeté un pavé, c’est peut-être car il n’avait plus de grenades sur lui » explique le Sicop, le Service d’Information et de Communication de la Police. (Le Parisien) #1erMai

Le Sicop-athe.

ACTE XXV

Le ministère des solidarités et de la santé a supprimé son tweet sur le paludisme et le super visuel de ses communicants hors pair. (Vincent Castella, La France Insoumise)

« Un enfant meurt du paludisme toutes les deux minutes. Accélérons le mouvement. » 😶🙄

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Gilets jaunes : Juliette Binoche et Emmanuelle Béart saluent un mouvement « sans précédent » (Huffington Post)

Juliette Binouze et Emmanuelle Pétard aussi soutiennent les Gilets Jaunes ✌️

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Évitez de parler aux forces de l’ordre pendant les manifestations : elles voient venir « l’outrage à personne dépositaire de l’autorité » et ça les rend nerveuses.

De même, évitez de parler aux politiciens. Laissez-les parler. Vous pourriez les outrager mais l’inverse n’est pas vrai.

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Poll: Do you think that you benefit as much from democracy as politicians do?

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Les livres d’histoire nous disent que les chevaliers du moyen âge défendaient « la veuve et l’orphelin » (parfois aussi « les pauvres ») mais ils ne donnent pas d’exemple. C’était juste une façon de parler, la chevalerie était une organisation militaire comme les autres.

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Que Saint-Germain-des-Prés, quartier exclusivement de boutiques de luxe, sacs en peau et fripes griffées, soit le symbole de la vie intellectuelle française en dit plus long sur celle-ci qu’elle-même en général.

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Case law by the U.S. Supreme Court has made it clear that hate speech laws, which the Court has consistently and systematically struck down, are a maneuver to insulate ethnic lobbying from democratic scrutiny.

Which, by implication, unveils as puppet theatres the so-called democracies where hate speech laws are enforced (which is about all other democratic countries in the world). #GodBlessAmerica #FirstAmendment

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La composition du Conseil constitutionnel est anticonstitutionnelle. Le fait qu’y siègent d’anciens membres de l’exécutif et du législatif conduit ces juges à juger (sur question préjudicielle de constitutionnalité, QPC) de lois qui peuvent même porter leur nom et les rend donc « juge et partie ». Il fallait oser…

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Dans « fous-moi la paix », il y a « fous-moi ». C’est donc qu’elle veut ! [Non ?]

ACTE XXVI

Mathématiques des retraites

1

Aujourd’hui, dans notre système, pour 1€ de cotisation retraite, un ouvrier touche x et un cadre touche x’ de retraite, avec x < x’ en raison de la plus grande espérance de vie du cadre.

2

Si, demain, on retarde le départ à la retraite des deux d’un même quantum (d’un même nombre d’années), la différence indiquée en 1 est accrue en raison du fait que les années passées à la retraite par l’ouvrier sont plus entamées par le report que celles du cadre.

Source : « L’inégalité fondamentale face à la retraite est l’inégalité des espérances de vie : les bas salaires ont en général des espérances de vie sensiblement plus faibles que les hauts salaires, si bien qu’ils touchent leur retraite pendant une période sensiblement plus courte. … [en France] pour 1 franc de cotisations versées pendant la vie active, les cadres supérieurs touchent pendant leur retraite une pension totale qui est de plus de 50 % plus élevée que celle touchée par les ouvriers (Chassard et Concialdi, 1989). » (Thomas Piketty, L’économie des inégalités)

Ce qui est montré dans l’étude citée, c’est que, quels que soient les montants de cotisation versés par les uns et les autres, « pour 1€ de cotisations versées pendant la vie active » un cadre touche plus de retraite qu’un ouvrier car il a une espérance de vie plus longue. La question des différences de salaires, donc de cotisations, est neutralisée pour montrer non pas l’inégalité visible des retraites qui résulte de l’inégalité des salaires mais l’inégalité invisible qui résulte des différences d’espérance de vie.

Mon objet est de montrer l’effet sur cette inégalité « invisible » d’un report de l’âge légal de départ en retraite.

Pour un âge de départ à la retraite à 60 ans, l’ouvrier reste 20 ans en retraite, le cadre 25 ans : 5 ans d’écart. Si l’âge du départ à la retraite passe à 62 ans, l’ouvrier restera 20 – 2 = 18 ans à la retraite, le cadre 25 – 2 = 23 ans : toujours 5 ans d’écart.

Là encore, on laisse de côté les différences de salaire attenantes à l’inégalité visible entre retraites. Si l’on s’en tient, donc, à l’espérance de vie, un report de deux ans, comme dans l’exemple ci-dessus, conserve le même écart entre le nombre d’années en retraite entre le cadre et l’ouvrier, mais ce n’est pas cet écart qui est pertinent ; l’élément à prendre en compte est que 2/20=0,1 (ouvrier) est supérieur à 2/25=0,08 (cadre), c’est-à-dire qu’avec le report de l’âge légal la durée de la retraite de l’ouvrier est relativement plus rognée que la durée de retraite du cadre.

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Le bourgeois français est adepte de la modération. En matière de régime politique, il y a longtemps qu’il a choisi d’être modérément démocratique.

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#Flashball

Les larmes nues
de ces yeux sans corps
dans la nuit de l’oppression
m’ont ému aux armes

#GiletJaune

Ta main mon frère
est morte
mais son geste

vit dans mon cœur

#Jojo

Parle
toi dont le nom fait rire
ceux qui vivent dans la poussière de leur âme

#Zineb

Morte du choc opératoire
causé par la fermeture de ses volets
elle n’a pas eu le temps de s’excuser
de mourir au mauvais moment

#Geneviève

Effondrée par défaut de sagesse
son inanimée obstruction
(obligeant à l’enjamber)
ne restera pas impunie

ACTROÏDE

Quelques écrivains hors des sentiers battus: Une auberge espagnole

Tout est dit dans le titre.

Une fois que tout est dit, on peut ajouter que les sentiers battus ne sont pas forcément les moins surprenants, en littérature. Les classiques sont toujours recommandables et leurs commentateurs pas toujours très pertinents : c’est à chacun de les redécouvrir.

Mais on peut aussi sortir des sentiers battus pour chercher le mérite injustement oublié ou bien un mérite étranger qui n’est pas encore entré pleinement dans notre aire culturelle et reste ignoré de nos compatriotes alors même qu’il est réputé par-delà nos frontières. J’hésite encore à dire que mes quelques lectures hors des sentiers battus littéraires me conduisent à proclamer à la face du monde que j’ai trouvé des trésors, car je n’en suis pas absolument certain. Mais la liste de noms qui suit n’en est pas moins un aperçu comme un autre, idiosyncratique, de l’histoire de la littérature. Chaque nom présente une particularité dont ma curiosité s’est emparée, sans avoir rien lu de l’auteur à ce jour dans la très grande majorité des cas.

Les écrivains que je nomme ne sont d’ailleurs pas d’illustres inconnus puisque j’ai trouvé leurs notices biographiques principalement dans une encyclopédie généraliste en trois ou cinq volumes (je ne me rappelle malheureusement plus laquelle), ce qui montre que j’ai sélectionné ces écrivains parmi un choix relevant lui-même d’une sélection drastique. Une poignée d’autres noms sont tirés du Nouveau Dictionnaire des auteurs de la collection Bouquins (2002), donc d’un choix un peu plus large. Enfin, deux noms (Amo et Autroche) sont tirés du Grand Larousse du dix-neuvième siècle en seize volumes, donc d’un choix encore plus large, me semble-t-il.

Les éléments de biographie sont strictement ceux de mes sources, bien que je ne retienne que certains aspects des notices la plupart du temps, et que je fusionne parfois des éléments de l’une et de l’autre source. Mes commentaires ou ajouts sont indiqués entre crochets [ ].

Il n’est pas certain que les informations reprises ici soient toujours pertinentes. J’ai notamment eu l’occasion de trouver des interprétations différentes sur internet, quand je suis allé chercher des éléments sur tel ou tel auteur ; de telles différences m’ont conduit à ne pas retenir l’auteur en question dans ma liste. Mais je n’ai procédé à une telle recherche internet que pour un nombre limité des auteurs qui suivent, afin de laisser à la source (principalement, donc, une encyclopédie généraliste vieille aujourd’hui de quelques décennies) tout le sel qui m’a conduit à retenir les noms de ces écrivains.

Certains n’ont retenu mon attention que par leur mort. C’est le privilège du martyre, dont la littérature compte un bon nombre de cas, en tous points du monde.

C’est tout ce que je crois devoir dire en introduction à ce fragment d’histoire de la littérature qui n’a, ce dont je me flatte, aucun caractère scientifique. Si c’était un travail scientifique, ce ne serait pas le fruit d’un loisir éclairé.

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Moussa Aïbek, écrivain soviétique ouzbek (1905-1968), Le vent de la vallée dorée (1950), sur la vie des kolkhozes cotonniers.

Alaol, poète et soufi bengali (1597-1613), poète officiel à la cour d’Arakan [aujourd’hui une province de Birmanie : État de Rakhine ou d’Arakan].

Anton Wilhelm Amo, philosophe allemand d’origine ghanéenne (1700 ?-1754). Noir de la Guinée [la région de l’Afrique connue à l’époque sous ce nom et qui inclut l’actuel Ghana], il fut enlevé de son pays puis instruit par les soins du duc de Brunswick ; il devint conseiller d’État à Berlin. Ses œuvres philosophiques datent de cette époque. Il quitta l’Europe en 1743 et se fit ermite et devin en Abyssinie.

Reinaldo Arenas, écrivain cubain (1943-1990), membre de l’armée révolutionnaire castriste, il connut ensuite dans son pays les camps de rééducation pour homosexuels et autres [« lacra social »], puis l’exil.

Claude de Loynes d’Autroche, écrivain français (1744-1823), proposa de « refondre », c’est-à-dire de récrire Virgile, Horace, le psalmiste David, Le Tasse, Milton, etc.

Julius Bahnsen, philosophe allemand (1830-1881), disciple de Schopenhauer, il en radicalisa le pessimisme. Fondateur de la caractérologie [révision de la phrénologie et physiognomonie]. Das Tragische als Weltgesetz (Le tragique en tant que loi du monde, 1877).

Nina Berberova, femme de lettres et poétesse russe (1901-1993), émigrée en France, elle s’établit aux États-Unis en 1950 à cause de « l’attitude pro-soviétique de l’intelligentsia parisienne ».

Abdul Latif Bhittai, soufi et poète sindhi (1689-1752), Sahju Risalo, recueil de légendes populaires auxquelles il donne un sens mystique.

Rolf Boldrewood, romancier australien (1826-1915). Un Saxon de Sydney (1891).

Charles Brifaut, poète français (1781-1851), chantre de l’Empire napoléonien puis de la Restauration monarchique. Élu à l’Académie française en 1826 [ou L’habit vert couronne la veste retournée].

Joan [Ion] Budai-Deleanu, écrivain roumain (1760-1820), La Tziganiade (1812) évoque en parallèle la lutte de Vlad Tepes [Dracula] contre les Turcs et les efforts des Tziganes pour former un État.

Jean Cau, écrivain français (1925-1993), secrétaire de Sartre de 1946 à 1957, il devint ensuit un pamphlétaire de droite. Tropicanas, de la dictature et de la révolution sous les Tropiques (1970), Ma misogynie (1972), Discours de la décadence (1978).

Félicien Challaye, essayiste français (1875-1967), pacifiste, collaborateur à des journaux pro-allemands tels que Germinal ; anticolonialiste.

Curt Corrinth, écrivain allemand (1894-1960), évolua du socialisme au national-socialisme, puis se fit le chantre d’une union universelle par la communion sexuelle, en RDA.

Gustaf Philip comte de Creutz, poète et diplomate suédois (1731-1785), promoteur des relations culturelles avec la France. Atis et Camilla (1761).

Pierre Delaudun d’Aigaliers, poète français (1575-1629), auteur de « demi-sonnets » (un quatrain plus un tercet).

Olof von Dalin, poète et historien suédois (1708-1765), introduisit le goût français en Suède.

Charles Montagu Doughty, écrivain anglais (1843-1926), mystique nationaliste ; il effectua le pèlerinage de La Mecque masqué et vécut deux ans parmi les Bédouins. L’Aurore britannique (1906).

Charles Dovalle, poète français (1807-1829), Le Sylphe (1830), posthume. [Ses dates de naissance et de mort indiquent que Dovalle est décédé à l’âge de vingt et un ou vingt-deux ans. Il fut tué en duel par le directeur du théâtre des Variétés, qu’il avait brocardé avec esprit.]

Henri Joseph Dulaurens, écrivain français (1719-1797), moine défroqué, auteur de romans picaresques et licencieux tels que Je suis pucelle (1767) ; il passa ses dernières années dans une maison de redressement pour ecclésiastiques [alors même que la Révolution française était passée par là].

Tony Duvert, écrivain français (1945[-2008]), homosexualité, sexualité enfantine et adolescente. Prix Médicis 1973. [Sans commentaire]

Victor Escousse, écrivain français (1813-1832), se suicida après l’échec du drame Raymond co-écrit avec Louis Lebras (1811-1832) qui se suicida avec lui. [Les dates de ces deux Chatterton montrent le jeune âge auquel ils quittèrent ce bas monde de leur propre main. Chatterton (1752-1770), de tous les poètes, conserve malgré tout le record du suicide précoce, à ma connaissance. P.S. Ceci n’est pas une incitation à se suicider, merci de votre attention.]

Mouloud Feraoun, écrivain algérien (1913-1952), assassiné par l’OAS.

Agnolo Firenzuola, écrivain italien (1493-1543), Ragionamenti d’amore (Raisonnements d’amour, 1548) mêle des nouvelles licencieuses à un traité de l’amour platonique.

Niccolo Franco, écrivain italien (1515-1570). Priapea (Priapée, 1542). Condamné par l’Inquisition pour immoralité et pendu.

Philip Freneau, poète américain (1752-1832), partisan de l’indépendance, parfois appelé « the Poet of the American Revolution » ; descendant de Huguenots français. [Pour tous Français qui, comme moi, sont convaincus de la réalité de l’« exceptionnalisme » (exceptionalism) américain en termes de libertés publiques fondamentales, et comparativement des carences graves des autres régimes démocratiques à cet égard, notamment en Europe, il ne peut qu’être réjouissant qu’un descendant de Français soit encore appelé (pourquoi « parfois » ?) le poète de la Révolution américaine.]

Judith Gautier, femme de lettres française (1845-1917), fille du poète Théophile Gautier, introductrice de l’orientalisme en France : Le dragon impérial (1868). Participa aux luttes pour introduire l’œuvre de Wagner dans notre pays. [Doublement pionnière en France, donc : de l’orientalisme et du wagnérisme.]

William Gifford, poète et critique anglais (1756-1826), directeur de l’Anti-Jacobin puis de la Quarterly Review, il écrivit des pièces contre-révolutionnaires. The Baviad (1791).

Olympe de Gouges, femme de lettres et publiciste française (1755-1793). L’esclavage des nègres (1792), pièce de théâtre anti-esclavagiste. Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne (1792). Guillotinée. [Un aperçu original sur l’action du Comité de salut public].

Nikolaï Stepanovitch Goumilev, poète russe (1881-1921), fondateur en 1912 de l’école acméiste. Accusé de complot antirévolutionnaire, il mourut fusillé.

Mekhti Gousseïn [Houssein], écrivain soviétique azerbaïdjanais, a consacré deux romans aux prospecteurs de pétrole offshore, Apchéron (1947) et Les rochers noirs (1957). [La couverture d’une édition française récente d’Apchéron par la Fondation Heydar Aliyev se trouve en bas de ce billet.]

Nikolai Grundtvig, pasteur danois (1783-1872), il voulut concilier le paganisme nordique avec l’esprit chrétien.

Hamka, écrivain indonésien (1908[-1981]), uléma, romancier (Sous la protection de la Ka’aba, 1936), essayiste (L’influence de Mohamed Abduh en Indonésie, 1961).

Johan Ludvig Heiberg, écrivain danois (1791-1860), maître à penser des lettres danoises entre 1830 et 1850 ; hégélien, il critiqua les romantiques ; directeur du Théâtre Royal de 1849 à 1856, il refusa les pièces d’Ibsen et de Bjørnson.

William Hope Hodgson, écrivain anglais (1877-1918), auteur de romans fantastiques, Les pirates fantômes (1909), La chose dans les algues (1914), un des maîtres de Lovecraft.

Mas Marco Kartodikromo, écrivain indonésien (1890-1932), militant nationaliste et communiste, il mourut dans un camp de déportation néerlandais.

Nikolaï Alekseïevitch Kliouïev, poète soviétique (1887-1937), lié à une secte de vieux-croyants hostile à la civilisation urbaine, il attribua à la révolution russe un sens messianique. L’isba et le champ (1928).

Maurice La Châtre, écrivain et éditeur français (1814-1900), saint-simonien, ouvrit un phalanstère [fourriériste ?], participa à la Commune. Il fut le premier éditeur de Marx en français. Histoire des papes (1842-43), Histoire de l’Inquisition (1880).

Walter Savage Landor, écrivain anglais (1775-1864). Commanda un régiment contre Napoléon en Espagne (1808). Gebir (1798), épopée anticoloniale, contre le monothéisme et pour un paganisme rénové.

Sidney Lanier, écrivain américain (1842-1881), le premier des grands écrivains sudistes. Tiger Lilies (1867).

Claude Le Petit, poète français (1639-1662). Le Bordel des Muses. Pour des strophes contre les jésuites, il fut brûlé vif après avoir eu le poing coupé. [La couverture d’une édition récente du Bordel des Muses, aux éditions Fissile, se trouve en bas de ce billet.]

Friedrich Lienhard, écrivain alsacien (1865-1929), partisan de la germanisation, se fixa en Allemagne après la Première Guerre mondiale. Oberlin (1910), roman de la Révolution française en Alsace.

Suzanne Lilar, femme de lettres belge d’expression française (1901[-1992]), elle réfuta les thèses de Simone de Beauvoir sur le « deuxième sexe ».

Li Yu, écrivain chinois (1611-1680). Rouputuan, la chair comme tapis de prière (1693, posthume). [Ce classique de la littérature érotique chinoise, au sujet d’un homme qui parvient à se faire greffer un pénis de cheval en parfait état de fonctionnement, a été adapté au cinéma dans le film hong-kongais Sex and Zen (1991). L’auteur du roman passe pour avoir été un recalé du mandarinat tombé dans la débauche.]

Thomas MacDonagh, écrivain irlandais (1878-1916). Exécuté par les Anglais.

Guilhem Molinier, écrivain toulousain du XIVe siècle. Chancelier du « Consistoire du Gai Savoir », il rédigea, sous le titre de Las leys d’amors (Les lois d’amour), le code poétique de cette société (vers 1356). [Pour les spécialistes de Nietzsche.]

Valentin Yoka [Valentin-Yves ou Vumbi-Yoka] Mudimbe, romancier zaïrois (né en 1941). Le Bel Immonde (1976), analyse psychologique de l’intellectuel déraciné.

Ahmet Nedim, poète turc ottoman (1681-1730), auteur d’un Divan sur la vie raffinée de « l’Ère des tulipes », sous Ahmet III.

Kitarô Nishida, philosophe japonais (1870-1945). Par le concept de l’expérience pure, il s’oppose au dualisme sujet-objet de la philosophie occidentale. Soutint le fascisme pendant la Seconde Guerre mondiale.

Ludvig Anselm Nordström, écrivain suédois (1882-1942) influencé par le futurisme italien. La Suède de la saleté (1938), essais et reportages. [Première et unique fois dans ma vie où j’ai entendu parler d’un écrivain suédois influencé par le futurisme italien. Cela méritait une mention.]

Vladimir Odoïevski, écrivain russe (1804-1869), connu comme le « Hoffmann russe » pour ses nouvelles fantastiques. L’asile d’aliénés (1824), La princesse Zizi (1839).

Alfredo Oriani, écrivain italien (1852-1909), connut le succès de manière posthume avec le fascisme, qui vit en lui un précurseur. La Défaite (1896), dénonçant la décadence. Au-delà (1877), récits d’amour saphique. [Je laisse le lecteur décider si ce sont les récits saphiques d’Au-delà qui firent d’Oriani un précurseur selon le fascisme, car cela dépasse ma compétence.]

Ferrante Pallavicino, écrivain italien (1616-1644). Décapité pour hérésie.

Alexandre Parseval-Grandmaison, poète français (1759-1834), participa à l’expédition de Bonaparte en Égypte.

Coventry Patmore, poète anglais (1823-1896), poète de l’amour conjugal [c’est assez rare pour être mentionné]. Faithful for ever (1860), The Victories of Love (1863).

Jóannes Patursson, poète des îles Féroé (1866-1946), leader du mouvement nationaliste féringien et fondateur de son premier parti indépendantiste en 1906.

José Rizal, écrivain philippin (1861-1896), condamné à mort par un tribunal militaire espagnol et fusillé. El filibusterismo (1891).

Jean-Antoine Roucher, poète français (1745-1794), guillotiné avec André Chénier.

Dominique Rouquette, écrivain louisianais [de Louisiane] de langue française (1810-1890). Fleurs d’Amérique (1856), poèmes.

Joseph Roux, poète français de dialecte limousin (Tulle 1834-1905), capoulié du félibrige. La chansou limousina (1889).

Eyvind [Eyvindr] Skaldaspillir, scalde norvégien du Xe siècle, opposé à la christianisation. Ses poèmes ont été édités en 1908 par Finnur Jónsson dans Den norsk-islandske skjaldedigtning (La poésie scaldique de Norvège et d’Islande).

Joost Van den Vondel, poète et dramaturge néerlandais (1587-1679) ; [tout comme le français est la « langue de Molière »,] le néerlandais est la « langue de Van den Vondel ».

Humphry Ward, romancière anglaise (1851-1920), tante d’Aldous Huxley, fondatrice en 1908 du mouvement contre le vote des femmes.

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Les curieux, n’oubliez pas non plus de jeter un œil dans mon Cabinet des curiosités.

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Apchéron par Mekhti Houssein, Fondation Heydar Aliyev, 2012

Le Bordel des Muses (1663 posthume) par Claude Le Petit, aux éditions Fissile, 2009