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Premier amour numéro 2: Recueil poétique

Ceci est mon sixième recueil de poésie, inédit à ce jour. Je le publie intégralement ici.

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Table des matières

  1. Premier amour numéro 2 : Poèmes
  2. Premier amour (suite et fin) : Poèmes anciens
  3. Autres poèmes anciens

Sans titre I, par Cécile Cayla Boucharel

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*

I) Poèmes

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Laisse-moi te ployer contre un cœur éclatant,
Parce que j’ai vécu sans amour, combattant
Pour des causes sans gloire, et privé de tendresse ;
Laisse-moi t’infliger la fiévreuse caresse
De rudes mains sans art ; laisse marquer ta chair
Du feu de mes baisers, comme une esclave au fer,
Mon tison te couvrir d’une brûlante empreinte,
Qui sera sur ton corps le plan du labyrinthe
Où divague mon âme, enchaînée à tes yeux,
Une prison de nuit et de flambeaux joyeux…
Planant sur les miroirs d’eau lente de ta bouche,
M’enivrer de tes sangs, sueurs, comme une mouche,
C’est mon rêve animal, sous le muscle appelant
Ton sein de minéraux et d’ombre pantelant,
Pour que ton cri se noie en ma gueule affamée
Quand je mordrai les sels de ta bouche enflammée.

Pour que l’obscurité qui cache ta pudeur
Me révèle un chemin d’aurore et de splendeur,

Pour qu’il ne reste rien que la cendre à l’aurore
De tout ce que le cœur vindicatif adore,

Pour que sur ton front las d’opales ruisselant
Se lustre le cristal des fleurs, étincelant,

Pour que sur ton front pur mon crâne en stalactite
Éclabousse l’abîme infernal d’anthracite,

Pour que sur cette mer de nos exhalaisons
Se déchaîne l’orage igné des pâmoisons,

Pour que les condamnés à l’amour que nous sommes
S’embrassent en démons ennemis de tous hommes,

Pour que l’amour ne soit qu’un plongeon au plus noir
Gouffre noir et sans fond du profond désespoir,

Pour que la volupté soit la chute des anges,
Et plus vertigineuse encore : Mes louanges !

Je mourrai si tu pars, j’ai longtemps attendu
Que tu donnes la clef du paradis perdu…

*

Donne à l’eau que tu bois dans ma bouche altérée
Le goût de souterrain, de baume enténébrée
Qui fera de cette eau flétrie en baisers morts
La source d’un baiser et d’un amour plus forts ;
Donne-lui la fraîcheur d’un précipice immense
Où n’atteint le rayon qui sur les arbres danse,
La clarté cristalline et pure jaillissant
Des antres stygiens, le torrent hennissant
Hors du gouffre sans fond où, roulant sur lui-même,
Il s’ensevelissait dans son vertige extrême ;
Donne à ce tourbillon de notre baiser fou
L’exaltante fraîcheur des neiges de ton cou,
Pour ce désert en moi, refleuri par la pluie,
Où reviendra brouter toute la faune enfuie.

La clarté d’iceberg du saphir de tes yeux
Inonde l’océan glacé de tant de feux
Que l’on ne peut savoir si le ciel se reflète
Dans la mer ou la mer, sa plus noble conquête,
Dans l’azur ; donne à l’eau qu’à ton souffle je bois
L’éther du firmament, mais plus pur mille fois !

*

Pourquoi tant de bonheur charnel dans ton regard
Quand sur ta nudité choppe mon œil hagard ?

Pourquoi, puisque je sais que telle est ma conquête,
Suis-je comme un enfant devant l’idole quiète ?

Pourquoi prends-tu cet air souverain, triomphal,
Alors que l’on décrit ton abandon un mal ?

Tu n’as jamais été si bas selon le monde,
Mais voilà que ton œil est d’un juge et me sonde.

Comme un roi de jadis en mendiant grimé
Se découvrait à qui, sans l’avoir présumé,
Lui faisait bon accueil, ta nudité m’enseigne
Le royaume secret où ta puissance règne.

Ta nudité, royaume agreste et féodal
N’ayant pour suzerain que ton orgueil royal,
Est le terrain de chasse et de jeu de tes songes
Éveillés, et le rêve où telle tu me plonges.

Or comme tu voulus me le donner à voir,
Il faut que j’aie été digne d’un tel savoir.

Pourquoi tant de bonheur, complet, dans ta pupille
Quand tu me vois voyant ce paradis qui brille

D’aurore boréale, et tu me vois voyant
Les mirages dorés d’un Éden chatoyant

Comme un enchantement sous une lune blonde,
– Comme si je n’avais jamais bien vu le monde ?

*

Quand je touche ta peau découverte, sans voiles,
Le monde disparaît dans un brouillard d’étoiles.

Si je n’ai hors de toi ni cœur ni passion,
C’est que le monde n’est qu’imagination.

C’est un rêve incertain dont le feu de ta joue
Me réveille, un vieux sort que ton souffle déjoue,

Un mirage qu’éteint l’oasis de tes yeux,
Une ombre que dissipe un souvenir des cieux

Pour mon âme absorbée en ton image sainte.
– Ce pâle simulacre est une idole peinte !

Penser à toi suffit pour l’abattre à jamais,
Révélé son néant par ce que tu promets.

Qu’il soit toujours le même à chaque replongée
Ne prouve rien : toi-même, es-tu jamais changée ?

Il ne peut être vrai, puisque par cet amour
Je perçois qu’il n’est rien que toi dans ce séjour.

Ainsi, l’illusion est par toi manifeste,
Par l’amour l’univers s’en va, toi seule reste.

Or cet amour si grand est vrai, puisque j’en vis !

(Et nul doute pour soi : je pense, donc je suis.)

*

Moi sans Toi

Non, je n’étais pas fait pour goûter au bonheur
Puisqu’en pensant à nous, seul dans ma chambre noire,
J’imaginais qu’un trait me traversait le cœur,
Pour que sur mon corps mort tu pleures ma mémoire.

C’est ainsi seulement que voyait l’avenir
Mon esprit éperdu : cette flèche tirée
D’on ne sait où venait subitement finir
Mes jours, et j’étais mort à tes pieds, sidérée ;

Et devant tous, alors, comprenant ton malheur
De me perdre à jamais, tu tombais comme folle,
Exhalant en sanglots une immense douleur,
Sur un cadavre froid, sans regards ni parole.

Tu serrais contre toi, convulsive, arrosant
Son visage figé de tes brûlantes larmes,
Cette vaine dépouille, immobile à présent,
De qui voulait tant vivre esclave de tes charmes ;

Et tu pleurais alors d’amour et désespoir
Cet ami qui devait ne jamais disparaître
Pour que dans le bonheur tu lui fisses savoir
Que s’il était aimé c’est qu’il était ton maître.

Tu pleurais devant tous, toi si fière ! pour lui,
De ton corps effondré tu recouvrais sa forme.
– À quel point m’émouvait ton empyrée enfui,
Seul dans ma chambre, au cœur de la nuit noire informe !

Je ne pouvais dormir tant ce drame accablant
De son funèbre éclat obsédait ma pensée ;
Et jamais je ne pus oublier ce brûlant
Désordre qui gonflait ma poitrine oppressée…

Jamais je n’oublierai l’hallucinant transport,
Et d’autres, que te voir, enfant pure et divine,
Me provoquait, choyant l’image de la mort ;
Je n’oublierai jamais cette amour enfantine.

*

Quand la vie était simple, Audrey fut mon amie,
Et déjà, pour Audrey, je connus l’insomnie.
Je revois cette époque et je me dis qu’Audrey
M’aurait bien plu – mais qui charme la Loreley ?
Audrey, belle princesse, avec tout l’or du monde
Dans ses cheveux, et tout le ciel et toute l’onde
Et tous les diamants dans ses deux beaux yeux bleus,
Audrey de tout mon cœur, Audrey de tous ses feux.
Comme elle était alors je la vois en pensée :
Parfaite, ainsi qu’elle est à présent, enchâssée
Dans un âge plus mûr ; je la voyais ainsi
Telle qu’elle serait, telle qu’alors aussi.
Ce que je voyais donc, c’est, dis-je, son Idée,
Derrière la caverne une âme élucidée.
Comprenez-vous ? je vis de mes deux yeux alors,
Et n’en revenant point, son âme sans son corps !
Croyez-vous que s’oublie un pareil phénomène ?
Vous ne savez donc point où la passion mène.
C’est qu’Audrey me donna son cœur afin de voir
Par l’amour le secret, ce qu’il nous faut savoir.
Nous touchâmes au but d’emblée, ô sois bénie !

Quand la vie était belle, Audrey fut mon amie.

*

Longtemps, longtemps après, Audrey, je t’ai revue,
Minute ni hasard ni tout à fait prévue ;
Cela devait venir, il fallait te revoir,
Car je t’avais aimée et je voulais savoir.
Mais cela ne fut point quête préméditée :
La chose ne pouvait au fond être évitée.
Je n’en fus point surpris, tu n’avais pas changé,
Je l’avais pressenti, je l’avais présagé ;
Car j’avais vu ton âme, et l’avais vue entière,
Hors du corps, hors du temps, au-delà de la terre !
Au-dessus de la dune où se marquent tes pas,
J’avais vu par le cœur ce qui ne change pas.

*

Audrey, la vie avait près de toi tant de roses
Qu’en mes jours de printemps j’ai comblé pour toujours
La mesure qu’un cœur peut recevoir des choses ;
Je ne demande rien au temps qui suit son cours.

Ô qu’aurais-tu bien pu donner d’autre à mon âme,
Dès lors qu’en elle tout te venait consacré ?
Qu’aurait-il donc bien pu s’ajouter à la trame
De mon être, introduit dans ce film adoré ?

La vie était un film, une romance, un rêve
Plus intense que tout ce qui s’est jamais vu,
Où la moindre lueur dans tes yeux, la plus brève,
Avait l’inoubliable attrait de l’imprévu.

J’éprouvais près de toi des véhémences telles
Qu’en secret je riais des engouements d’autrui ;
Audrey, le monde entier, comme un vol d’hirondelles
Quand je disais ton nom s’enfuyait devant lui.

Audrey, en m’endormant je voyais ton visage ;
À mon réveil, Audrey, m’illuminaient tes yeux ;
En rêvant je suivais au cœur d’un paysage
Divin notre bonheur, calme et silencieux.

Nulle piste n’avait pour moi d’attrait que celle
Où je pouvais penser que s’entendraient tes pas,
En tout il me fallait remédier au zèle
Absent, quand je songeais : « Je ne m’appartiens pas. »

Audrey, je ne veux rien, ni de toi ni du monde,
Le bonheur de t’avoir aimée est si total,
Inaltérablement si pur, et si profonde
Ma gratitude, Audrey : je suis ton piédestal.

Je suis l’atlante d’or qu’a convoqué ma lyre,
Je suis le monument qu’érigea mon amour
À ton être sacré, tant fut grand le délire
De t’adorer ; le rêve est temple, est flèche, est tour.

C’est bien avant le temps du parjure et des larmes
Qu’ensemble nous avons vécu ce rêve aimé ;
Audrey, la vie avait près de toi tant de charmes…
Le monde était plus beau qu’un dessin animé.

Depuis lors, il me semble être sur cette terre
Comme un tableau maudit du vieux Dorian Gray ;
On me voit délabré par l’existence amère,
Mais en vrai, ton ami toujours le même, Audrey !

*

I

Audrey, sourire d’or, sourire d’océan,
Sourire où des couchers de soleil sur les vagues
Dessinent un amour de moire perle et cyan,
Un amour cristallin perçant des brises vagues,

Sourire blond d’aimer le printemps qui revient,
Sourire d’élysée où des fruits se dilatent,
Où le parfum rougit la fleur qui le contient,
Sourire d’île vierge où des oiseaux s’ébattent,

Où le halo des mers du Sud, opalescent,
Miroite, vole, irise une hauteur sauvage,
Farouche promontoire où l’étoile descend
Dans le lilas rayon d’un vespéral nuage,

Sourire étincelant de femme-enfant qui rêve,
D’enfant qui se voit femme et sourit de sa peur,
De femme entrevoyant un enfant qui se lève
Et qui lui tend les bras, appelant sa douceur…

II

Audrey, sourire d’île et de jardin de roses
Au bord de la mer bleue, étale un jour d’été,
Les tendres fleurs du cœur étaient à peine écloses
Que sentant leurs parfums j’en devins entêté.

Sourire d’horizon sans nuage et de moire
Où l’âme prend son vol si libre et forte, Audrey ;
Demande-moi, pensant à notre belle histoire,
Si je t’aimais beaucoup : je t’aimais tant, c’est vrai !

Cet amour était fol et pur, et fut unique,
Jamais plus je n’aimai d’une telle ferveur ;
Car je repris mon cœur il me revint cynique,
Car mon cœur fut parjure il perdit sa candeur.

Cela finit un jour, ainsi qu’un mauvais livre ;
J’oubliai ce qu’était voltiger dans le ciel.
Ce jour où j’aurais dû mourir et non point vivre,
Je fus inconsolable, indifférent, cruel.

*

Désolé

Bonheur ! quand tu me vins en annonçant l’hommage
D’un cœur sincère aimant, par un geste inédit
Je te claquai la porte au nez : tel fut l’outrage
Dont je scellai mon sort de poète maudit.

Certes, en confessant ma foi, d’ailleurs connue,
Je me fis recevoir d’un œil si courroucé !
Qui fit conjecturer à mon âme ingénue
Qu’était dans le tapis pris mon pied empressé.

Puis le temps s’écoula, je restai sans nouvelles,
Jusqu’à ce qu’une Iris messagère des dieux
Vint, le regard très noir, dire les solennelles
Paroles dont je fus cinglé, silencieux :

« Cesse de faire mal à (la douce Clitandre) ! »
À ces mots je crus bien mourir, ou sur le champ
Ou d’ici quelques jours, car je voyais descendre
La Camuse, exiger d’abandonner le camp…

En un sens j’étais mort : j’étais mort à ce rêve.
Mais je vécus, pourtant ; Clitandre reparut,
Je ne lui parlai point et je fus bon élève,
Ô mon premier amour tombé du nid mourut !

Un jour me voyant seul, Clitandre, un peu farouche,
Me demanda : « Pourquoi ce mutisme étonnant ? »
Je lui tournai le dos sans même ouvrir la bouche !
Quoi d’étonnant, après ce malheur détonant

Qui m’avait écrasé comme une foudre horrible !
Mais… ce pas qu’elle fit vers toi, grand demeuré,
Aurais-tu supposé qu’il fût même possible ?
Il te fallait saisir ce mot inespéré !

– …..

*

Premier amour n° 2

Minérale beauté de blonde châtain clair,
Ton hâle éblouissant au retour des vacances
Disait ton corps ami des caresses de l’air
Et de baisers plus forts dont je peuplais mes transes.

Tes yeux d’azur riaient comme un Éden de fleurs,
Tu sentais bon le sable étincelant des dunes,
Tes yeux d’azur gardaient aussi de tendres pleurs
Pour des nuits d’amour tendre et d’éclatantes lunes.

C’était le temps cruel des doux sens tôt mûris,
Le temps délicieux des bonheurs à portée
De main presque virile, et des jardins fleuris
Où l’on entend dans l’âme une idylle chantée.

Quand je repense à toi je ne vois nul hiver,
Comme si nous vivions sous de chaudes tropiques
Ou dans un paradis bordé par une mer
Toujours bleue, au milieu de plantes exotiques.

Dans mon cœur je t’aimais presque comme une sœur –
Une sœur préférée entre tant de sylphides ;
Ce qu’était le secret de ta folle douceur,
Je crus le deviner dans tes gaîtés splendides.

Il était si certain que nous serions amants,
Cette issue inouïe était si naturelle,
Ayant le sceau heureux des sacrés dénouements,
Et tout y conduisait… – Mais j’embrassai Gisèle.

*

Premier amour n° 2 : Suite

Quand je repense à toi je ne vois nul hiver,
Pourtant j’ai dit souvent : « Ô je te glorifie ! »
Par les yeux, les égards, dans le froid, sous l’éclair,
Au temps où les saisons duraient toute une vie.

– Je revois, bacchanté, l’auguste paternel,
Grave représentant d’acropole lettrée ;
Jamais brillant fanal de cap spirituel
N’eut une enfant aussi follement délurée !

Ce contraste-sans-l’être ajoutait au piquant
De t’adorer en tout : où d’autres sur la terre
Miraient de tes gaîtés le charme coruscant,
Moi je voyais de plus en toi cette lumière.

Autre contraste encore : alors que tout rampait
À tes pieds de déesse, et moi comme la masse
Des égaux, que ton pas après lui m’emportait,
Que je roulais avec le reste de la nasse,

Que tu pusses vouloir me distinguer du lot,
Me tirer du néant de la foule pantoise,
Assurer mon triomphe au-dessus de ce flot
Par un signe conquis d’humilité courtoise,

M’enfla d’un tel orgueil, géant, démesuré,
Que je ne pus porter cette palme sublime,
Qui, mon appui de là plus du tout assuré,
Entraîné vers son bord, me jeta dans l’abîme !

*

Ma bande et moi

Je t’aime bien, d’accord, mais crois-tu que je vais
Avec toi chaque jour, comme roule une pierre,
Bras dessus bras dessous marchant, prendre le frais ?
Entre ma bande et toi, j’ai choisi la première.

Nous autres, nous savons comment nous occuper ;
Les Cendrillons, pour nous, comme dans la légende,
Disparaissent quand l’aube aux carreaux vient frapper,
Et qu’avec le soleil se reforme la bande.

Ce cave que je vois, de quoi donc a-t-il l’air,
Traîné par sa Gisèle à lécher des vitrines
Et payer des sirops, alors qu’encore hier
Il était respecté, mieux que par des gamines ?

Dès qu’il s’attache, l’homme ôte sa veste en cuir,
Et Gisèle au goût sûr lui trouve des pantoufles ;
Ce n’est même pas tout pour lui faire plaisir :
Adieu gants noirs cloutés, voici de belles moufles !

J’aime quand tu te tords de rire à mes bons mots
Et quand tu me permets tu sais quoi – mais quand même,
Que ferais-je avec toi tout le temps sur le dos ?
Notre amour est okay, n’en fais pas un problème.

Alors n’en parlons plus, s’il te plaît, non c’est non,
Ma bande est ma famille, et la règle est connue :
Ou tu vis pour ta bande et tu t’y fais un nom,
Ou ton assiduité n’est pas la bienvenue.

En plus, je n’aime pas ton frère et tes parents,
Je n’aime pas ton art, n’aime pas tes études,
Je n’aime pas les films japonais noirs et blancs,
Je n’aime pas le thé ni les manières prudes.

Et toi tu n’aimes pas que je me roule un joint,
Tu n’adores pas Nietzsche et la polygamie,
Que la top de mon choix ne te ressemble point
(Ressemblant en effet à ta meilleure amie) ;

Tu ne me permets pas non plus – c’est grave – tout
Ce que je me dépeins, joyeux, et te demande :
Il me faut marchander, tandis que le sang bout !
Enfin, tu n’aimes pas – c’est le pire – ma bande.

*

Notre amour fut, au fond, simple comme bonjour,
Comme serrer la main de gente familière,
Entrer en fusion d’hermaphrodite amour
À l’angle d’une rue, en un choc de lumière.

La passion avait dans cet amour rêveur
Une tendre façon d’être contemplative ;
Son attente fut douce et sa claire douceur,
Murmure de la mer, fut toujours attentive.

T’aimer jusqu’à la mort, mon cœur te le devait ;
Avec toi j’aurais pu vivre mille existences,
Et sans les voir passer, car cet amour avait
Des pavots merveilleux d’éternelles latences.

*

Si tu ne t’es pas mis à genoux pour la bonne,
Tu prendras la mauvaise et la fera souffrir ;
Le regret gâtera sans cesse ton plaisir,
Un souvenir amer tuera ce qu’on te donne.

Ton cœur empoisonné par un premier amour
Tombé du ciel trop tôt ou trop loin pour l’atteindre,
Ne laissera qu’une ombre à chérir, sans l’étreindre,
Ne verra qu’un linceul au seuil du premier jour.

Tu feras des serments convaincus, sans y croire ;
Tu pleureras parfois, et ton sanglot cuisant
Se doublera pour toi d’un rire méprisant ;
Ô l’abîme sera la coupe où tu dois boire !

Mais si, guidé d’en haut, tu t’es agenouillé,
Et que pourtant le sort déjoua cette idylle,
Tu garderas une âme en or, et non point vile,
Et te sera rendu ton cœur pur non souillé.

*

La maison hantée

Ma famille habitait un riant pavillon
Avec jardin, terrasse, arbres, buissons de roses,
Dans un calme faubourg de bâtisses encloses
Parmi des halliers verts, tableau de médaillon.

Près de nous, un manoir d’aspect vieil et lugubre,
Fermé par un portail massif, lourd, saisissant,
Était inoccupé ; j’écris en frémissant,
Mais n’imagine pas, lecteur, que j’élucubre :

Ce qui suit est la pure et simple vérité. –
Longeant notre jardin, son étroit chemin sombre
De végétation étrange, dense, et d’ombre,
Conduisait au manoir gothique inhabité.

Sa hauteur en faisait le château de la ville,
Dominant les taillis d’un sous-bois épineux,
Et formant dans le ciel tourbillonnant, venteux,
Un promontoire obscur, nid de dragon vigile…

Un jour que j’étais seul au dehors, rêvassant,
Je levai le regard vers l’une des fenêtres
De l’antique séjour, par delà les grands hêtres –
Où je vis me scruter un visage glaçant.

C’était, bien que sans traits, une forme de femme ;
Elle était immobile et sans âge, et j’eus peur,
Sans comprendre pourquoi, ce n’était ni stupeur
Ni panique, non plus, qui saisissait mon âme,

C’était comme un respect ; la Dame du manoir,
Dans son cadre d’automne indistincte présence,
Pourtant indéniable, intangible évidence,
Comme une solitude altière en habit noir,

Me faisait le témoin de son navrant mystère…
En rentrant, je posai bien sûr la question :
Avions-nous des voisins ? La réponse était non.
– Je ne vis de nouveau jamais l’ombre sévère.

*

L’idole dans le labyrinthe

Dans ce dédale entré, nul ne ressort vivant ;
Derrière chaque porte un nouveau sortilège
Désoriente l’âme, à chaque pas un piège
S’ouvre, dans le donjon retraversé souvent.

Une pâle clarté présage la sortie,
Mais c’est le manteau blanc d’un combattant spectral ;
Un rire maléfique éclate, glacial,
C’est la haine infernale en guivre convertie.

Et lorsque, à bout de force, éreinté, tu verras
Devant toi sur ses gonds tourner la lourde grille
Du temple où la déesse incandescente brille,
La goule d’or vermeil et de peau, tu sauras

Que ton sang doit couler en pompeux sacrifices,
Que ton cœur dans le feu sera jeté battant,
Ton chef énucléé sur l’autel ruisselant,
Et tes viscères chauds traités en immondices.

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Sans titre II, par Cécile Cayla Boucharel

*

II) Poèmes anciens

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Premier amour (suite et fin) (1991-92)

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C’était un soir et l’on riait
De choses bêtes et futiles
Et je parlais elle priait
Mais ses vœux furent inutiles

Ô mon cœur je me suis trompé
Et j’ai broyé son frais sourire
Ô mon cœur tu m’as donc frappé
Ah j’ai souffert pour ton empire

Sa larme a glissé sur ma chair
Las ! à chaque coup que je donne
À chaque dague à chaque fer
Dans sa poitrine qui résonne

C’est moi qui souffre et moi qui meurs
C’est moi qui tombe et moi qui saigne
Nos yeux ont perdu leurs couleurs
Fiers c’est la fin de notre règne

*

Amour ô femme Amour
Prends mon ciel mes étoiles
Prends tout va-t-en ! un jour
S’envoleront nos voiles

Mon cœur mon cœur est mort
Maintenant c’est un ange
Tu pleures l’ombre dort
Dans l’eau noire de fange

Ô mon visage est blême
Et lasse mon étreinte
J’ai tant crié je t’aime
Que ma voix s’est éteinte

*

Amour détruit frustré déchiré décadent
Amour de décharnés amour de nous ma triste
Amour de rien de tout laxatif obsédant
Amour et fiel rancœur haine long jeu de piste

Désespoir et fatigue ombres clartés de nuit
Tes yeux si froids si loin trempés par trop de larmes
Plus rien ni vent ni voix ni doigts ni feu ni bruit
Plus rien j’ai tout perdu ton sourire et tes charmes

Mais quoi ? est-ce donc tout ? Tu ne dis rien ! Pourquoi ?
Où vas-tu ? tu t’enfuis tu te caches tu pleures
Et que fais-tu de toi car je te cherche moi
Dans ces Édens sans joie où les yeux sont des leurres

Mais va ! va-t-en pars donc insupportable vice
Je suis las à la fin de ton piège à corbeau
Abominable amour où tout est sacrifice
Ma vie ô c’est ta chair ton cœur c’est mon tombeau

*

Te voir ainsi perdue au milieu de l’ordure
Heureuse puis tragique ignoble puis sublime
Rayonnante splendeur puis vague tache obscure
Ô femme au cœur mourant dont aimer fut le crime

Te voir ainsi c’est trop je veux la vérité
Je veux savoir t’aimer te donner mes trésors
Et puis prendre les tiens ton rire ta beauté
Tes yeux clairs et profonds dans lesquels je m’endors

Tu fus un océan d’amour et de chaleur
Et moi le goéland qui ne partage pas
Les pays qu’il découvre ô volant de bonheur
Pour n’aimer que ton cœur toujours – jusqu’au trépas

Je me sens loin de toi si loin de ta chère ombre
Triste d’avoir perdu la lumière et la voie
Je suis une âme errante ô dans le gouffre sombre
J’oubliai le chemin vers tes rêves de joie

*

C’est pour toi que le ciel fait briller son soleil
C’est pour toi que l’été resplendit de bonheur
Tout est pour toi déesse et mon feu mon sommeil
J’écris car notre amour est cruel – est douleur

Je veux mourir de toi sous ton pâle visage
Tes cheveux sur ma joue et ta main dans la mienne
Ton sourire de lac un peu comme un mirage
Ton sein contre mon cœur adieu magicienne

Pleure on était trop beaux et notre amour trop grand
Je veux pleurer aussi car je me sens si las
Âme en peine de toi spectre fantôme errant
Vivre je ne peux plus l’amour me tue hélas

J’avais si mal vécu ô j’avais tant menti
Qu’un jour je suis tombé à genoux dans ton ombre
J’ai dit plus rien n’est vrai le jeune âge est parti
J’ai trop de ton œil clair dans mon œil torve et sombre

Je ne veux plus souffrir de t’aimer comme ça
Ton corps est le témoin de ma lente agonie
Et ton cœur ivre d’air que le mien pourchassa
Saigne sur mon visage et sur mon harmonie

*

Tout de moi t’appartient maîtresse aux yeux qui pleurent
Je n’ai plus rien à moi que suis-je alors ô rien
L’amant des éplorés ces souvenirs qui meurent
Dans le vent sans espoir remuant comme un chien

Tout de moi t’appartient et le monde et le monde
Tout tu mérites tout puisque tu m’as aimé
Belle enfin belle vrai dans le charnier immonde
De tes sœurs les putains au cœur envenimé

Reine trônant là-haut tes pieds sur mes épaules
Surmontant le fumier les rats les ossements
Les poètes blessés identiques aux saules
Pleurant toujours pourquoi ? leur cœur a des tourments

Je disais qu’il fallait de moi laisser un signe
De mon passage ici de mon long châtiment
Et toi tu répondis pure comme le cygne
Sur l’eau noire du lac : fais-moi donc un enfant

*

Je t’ai tant adorée aurore bleue étoile
Que loin de toi je meurs comme un cabot galeux
D’un linge gris crasseux mon corps tordu se voile
Cachant à tout jamais un visage hideux

J’étais vraiment trop laid monstre amant des merveilles
Bête tapie à l’ombre et toujours aux aguets
D’un regard précieux d’un rire plein d’abeilles
D’un chaste pas qui va vers des décors plus gais

Et je rêvais d’amour bien caché dans mon antre
De ces cœurs papillons qui volètent clartés
Fugaces du jardin roses et bleus au centre
Petits points de chaleur rayons d’or éclatés

Un jour tu m’apparus plus belle encor que toutes
Et j’ai voulu t’aimer ah quel sombre crétin
J’approchai tu t’enfuis que les sages m’écoutent
La nuit me vit pleurer jusqu’au petit matin

Tombé bas dans la fange et fouetté par l’ortie
J’ai perdu l’appétit j’ai perdu le sommeil
Et je meurs à présent ployé sous l’apathie
Oui mort d’avoir voulu caresser le soleil

*

Pâle c’est le printemps les gens aiment pas moi
Ils marchent dans les parcs heureux calmes et simples
Je marche triste et seul mon soleil est si froid
Et je hais ces gens-là heureux calmes et simples

A-t-il connu l’amour demandent les heureux
En me voyant passer sombre et presque invisible
Hélas oui plus que vous cœurs gluants et lépreux
J’ai plus aimé que vous bien plus… bien plus horrible

Hélas elle était belle hélas peut-être trop
Hélas l’amour est noir comme du sang de goule
Elle est partie hélas ô tambour du héraut
Fais-la moi revenir va bats donc va roule

Mais rien n’a fait rentrer ma chatte à la maison
Jamais je n’oublierai heureux calmes et simples
Ces moments de tendresse à la belle saison
Ces doux moments d’amour heureux calmes et simples

*

Heureux… heureux le chat qui paisible ronronne
Près de la cheminée étendu de son long
Heureux le sommeilleur qui quand la cloche sonne
Ne se réveille point heureux dans le salon

L’enfant couvert d’amour par des parents tranquilles
Heureux l’insouciant qui lance des cailloux
Et rit quand on le gronde heureux les gens fragiles
Blottis près de quelqu’un ô bienheureux les fous

Qui ne savent qu’aimer heureux le doux grand-père
Proche de sa famille et fier d’avoir tout fait
Heureux le voyageur les deux pieds sur la terre
Et l’âme dans le vent heureux… pas tout à fait

Pourtant tout est à lui le ciel et les nuages
Le soleil et la mer les étoiles la nuit
Mais dans son long trajet à travers tous les âges
Il ne voyage pas non en fait il s’enfuit !

*

Mettons fin à cela je ne veux plus t’aimer
À force je suis las des regrets oui tant pis
Tant pis c’est ça l’amour une plaie à gommer
Un cœur qui veut mourir envoyé au tapis

J’arrête la partie Ô lâche va tu dis
Mais c’est ne t’en fais pas notre faute à tous deux
Allez à la prochaine hardis les gars hardis
On se dira bonjour et ça va si tu veux

On se reconnaîtra sans bien se reconnaître
Pâles masques rictus froids figés par le givre
Nous nous verrons un peu nous voyant disparaître
C’est comme ça tant pis maintenant je veux vivre

*

Que c’est triste ce temps que c’est triste l’automne
Marcher dans ce vent froid me rappelle l’amour
Frappé de tous côtés de mon pas monotone
J’avance condamné dans cette nuit de jour

Les feuilles ont quitté les branches squelettiques
Pour le trottoir glacé… du malheur au malheur
Et rien ne changera pour nous paralytiques
Automne dans le ciel automne dans mon cœur

*

Ma fleur est dans le ciel on ne peut la cueillir
Que si l’on sait voler ô ma fleur est trop belle
Mais on ne peut l’aimer que si l’on veut mourir
Ma fleur est une femme attachante infidèle

Ma fleur me fait chanter ma fleur me fait pleurer
Son parfum est bien doux ma fleur est une larme
Qui coule sur mon cœur juste à peine effleuré
Mon cœur brisé vaincu par ma fleur et son charme

Ma fleur aime être aimée et je l’aime à la mort
Ma fleur est trop aimée et ma fleur est fragile
Ma fleur des nuits du Sud rêve quand elle dort
À des pays connus où l’amour est facile

Hélas je ne suis rien ma fleur n’est plus ma fleur
Quand un ange est passé la pauvre s’est flétrie
Sa chair ensanglantée implore la douleur
Ma fleur est la beauté de l’amour appauvrie…

*

Ô rêve des noirs assassins
Fontaines bouillantes du lait
Des blancs et virginaux essaims
Je veux mourir si je suis laid

Ô vol sans bruit des esprits las
Crime sans espoir des perdants
À jamais violés hélas
Vivre en connaissant ces tourments

Ô murs infatigués des jours
Fétides charniers de nos nuits
Abondantes et dans les tours
Aimer sans demander : Et puis ?

Ô visages sans horizon
Sans ciel au fond des yeux sans rien
Regards creux et pleins de poison
Je vous hais vous embrassant bien

*

Ô cieux d’argent désargentés
Rougeoiements sombres luminaires
Mousses de lumière éclatées
Vagues de brume qui s’éclairent

Ô ciel mouillé ô mon linceul
Voûte magnifique émeraude
Je chante la belle et vais seul
Et toi seul recueilles cette ode

Ohé le vent envole-toi
Et va la baiser sur les lèvres
Vent enivré rapporte-moi
La chaude saveur de ses fièvres

Ô cieux qui criez dans mon cœur
Pluie ô les larmes des déesses
Coule de mes yeux d’empailleur
J’ai vendu des rayons aux messes

Mais j’ai menti mais j’ai menti
Ma poésie est un mensonge
De l’art contrefait travesti
Le pus l’atteint le ver la ronge

Cieux laissez-moi je suis perdu
J’ai menti tout me ment mon frère
Qui riait ton rire s’est tu
Y a-t-il donc pour nous un père

*

Jus d’orange

J’ai posé le soleil aux pieds
Blancs et soyeux de ma chérie
Mais les rayons d’or carnassiers
En ont fait de la chair pourrie

J’ai mis mes lèvre sur son cou
Les étreintes sont merveilleuses
Mais j’ai laissé sur ce coin mou
Des tumeurs noires et visqueuses

J’ai chanté comme un matelot
Pour qu’elle remplisse ma gourde
D’un peu de son amour falot
M… j’ai fait d’elle une sourde

Chez des amis je vais tout fier
Disant qui de moi ne succombe
Admirez donc son petit air
Mais où est-elle
…………………Dans la tombe

*

Putride chair de nos seize ans
Terribles tourments de nos âmes
Vivre les regards malfaisants
Au fond du cœur et dans nos drames

Souffrir – à moins que l’on ne meure –
Dans les noires éternités
Démons que tout suit rien n’effleure
Vos cuirs malsains et dépités

Aux verbes qu’on a déglutis
Devant les poses des affreuses
Fuyez vers les cieux engloutis
Que les dents des charognes creusent

Débats futiles tristes gloses
Qui ne vous a supportés rage
Aux yeux vides sous les hypnoses
Des masques bleus pleins de cirage

Allons mourez ombres laquées
Luisantes faces de débris
Mourons ensemble âmes traquées
Meurs enfant meurs efface et ris

*

Elle est allongée en des rêves
Sur des poufs flottants diaprés
Et ses étreintes sont si brèves
Que les sens restent effarés

Ses longs cheveux sur le visage
Elle avance et respire l’air
Qui l’aime et l’embrasse au passage
Et qui s’envole au loin si fier

Elle sourit aux morts qui passent
Ces souvenirs de vagues soirs
Et ces images la délassent
Au milieu des bâtiments noirs

Ô qu’elle est belle l’amoureuse
Dans son manteau de sentiment
Car vous savez elle est frileuse
Sans les bras de son cher amant

L’amoureuse dans la lumière…

*

On irait mon amour chanter
Sous un ciel radieux et boire
L’eau pure du ruisseau l’été
Nous ferait un lit dans sa moire

On irait mon amour cueillir
Les fleurs des champs et les framboises
À nos lèvres dans un soupir
Ivres d’écumantes cervoises

On irait mon amour dormir
À l’ombre du saule et nos rêves
Nous diraient de ne point partir
Car les voluptés sont bien brèves

On irait mon amour s’aimer
Sous le soleil de la campagne
Courir dans le blé parfumé
De ton souffle sous la montagne

On verrait mon amour le ciel
On raconterait un nuage
Affamés on prendrait le miel
D’un ourson pour notre voyage

On boirait mon amour le lait
De languides et grasses vaches
On dirait lon la qu’il est laid
Du paysan couvert de taches

On le ferait tout ça mon cœur
Hein même on ne serait plus tristes
On rirait heureux quel bonheur
–Mes songes sont-ils réalistes

Mais je vais dormir à présent
Demain le jour sale et grisâtre
Renaîtra classique en disant
Non dans mon sein nul ne folâtre

*

Prophètes de bazar vos qui vivra verra
Me lassent à la fin vous mentez fanfarons
Que verrons-nous parlez pitres nous ne verrons
Rien nos yeux sont fermés point qui vivra mourra

*

b/ Dominus exercituum, ou Le néophyte (1999)

.

D’un monde sans espoir cruelle hypocrisie,
L’idéal faux ne sert que les ambitions
Des lâches sans vertu, sans frein, sans courtoisie,
Ne sert que la sottise et que les passions.

À faire naître un monde un idéal échoue ;
Ce culte à toi rendu, débile humanité,
Ne trompe point l’esprit : fol est celui qui loue
Cet état qui le tient hors de la vérité.

Mère aux flancs excessifs, la Nature est terrible !
Elle commande à l’homme impérieusement.
Pour l’esclave, le Sens devient imperceptible ;
S’il cherche le savoir, il accroît son tourment ;

L’amant pleure sur soi la maîtresse haïe,
Indifférente aux vœux de son cœur déchiré ;
L’amoureuse découvre un jour qu’elle est trahie,
Dans la débauche enterre un souvenir navré…

*

Au souffle du bourreau pleurent les pauvres biches !
Que je sois le premier à mourir si demain
La colère de Dieu ne s’abat sur les riches,
Ce jour où la vertu se tiendra dans Sa main.

Si je reprends l’accent des antiques prophètes,
C’est parce que je crains l’éternel châtiment ;
Et si je pousse un cri semblable au cri des bêtes,
C’est qu’un rayon du ciel me perce constamment.

*

« Baissez l’arme, les miens », leur âme détrompée,
Entendirent Jésus Marc, Luc et Mathieu ;
Et Jésus dit à Jean : « Les miens, prenez l’épée ;
Tenez-la fermement, car ainsi le veut Dieu. »

Ce fait surnaturel trouble l’âme indécise :
Se peut-il qu’une image ait différents reflets ?
Or le Christ est l’époux de la très sainte Église
Qui connaît le mystère et possède les clefs.

C’est l’Église des saints, l’Église catholique,
Communauté de grâce et d’amour et de paix,
Qui sacre les liens pour adorer l’Unique
Et guide le fidèle en allégeant son faix.

« Maintenant, prenez-là » dit Jésus à l’apôtre,
Et ma foi, s’il le faut, nous la prendrons aussi ;
Oui, nous la brandirons ! et celui qui se vautre
Devant Mammon l’idole, aura de nous souci.

Donne-nous les flambeaux de l’aube universelle
Et que tout appartienne à la communauté !
Par la foi, par la croix, le fer et l’étincelle,
Refaisons l’ordre saint de notre chrétienté.

*

III) Autres poèmes anciens

.

Saphisme

Femmes qu’aucun homme n’aura,
Dans de troublantes voluptés
Pour vous ardent l’amour sera,
Et vos demi-jours envoûtés.

Quand le plaisir effleurera
Vos corps tremblants et veloutés,
Le lit de roses deviendra
Un noir océan de clartés.

Votre jouissance atteindra
Des orbes de félicité,
Où votre raison se perdra,
Errante dans l’infinité.

Femmes qu’aucun homme n’aura,
Par vos fièvres je suis hanté ;
Le délire m’abreuvera
De votre enivrante beauté.

*

Distiques

Je suis le roi des sens, noyé dans les couleurs ;
Le fleuve aux beaux lointains emporte mes douleurs.

Un livre ne dit pas ce que dirait la lune
À ton cœur amoureux si tu foulais la dune.

Son visage est si bel et si tentant son corps,
Je m’envole vers elle, entre ses bras je dors.

Nous savons ressentir mais ne pouvons comprendre ;
Le mot est un plaisir ou devient de la cendre.

Secret désespérant, les mots ne viendront pas ;
Je baiserai l’humus que foulent tous ses pas.

Mais le poète danse au milieu des étoiles,
Il est fou, ça lui plaît, il ôte tous les voiles.

Je préfère cent fois la lueur des néons
Et n’irai pas dormir dans vos froids panthéons.

Crions : Vive l’amour, le reste a goût de cendre !
Sais-tu donc ce que c’est, toi qui n’es jamais tendre ?

Rien n’aurait pu – pleurons – éteindre mon amour,
Diamants, rubis, feux qui s’éclipsent un jour.

Je me sentais malade, étrangement malade,
J’aurais voulu vomir une triste ballade.

Mes chicots sont noircis par le jus des criquets,
Je ne suis pas joli comme ces fats coquets.

Il est un charme étrange, infini de tendresse,
Ce charme est ton regard qui m’enivre et m’oppresse.

Jeter ma poésie au gouffre noir et sec,
Et, perdue à jamais, je serai mort avec.

Je compte les regards qu’en silence tu m’offres ;
Je les garderai tous, mieux qu’aux tréfonds de coffres.

Ayez pitié de moi, j’ai fait quelques beaux vers !
Chacun en fait parfois, ton cœur est plein de vers.

Je remarque enchanté ta chaussette en dentelle ;
J’imagine un peu plus que tu ne voudrais, belle !

J’entends le bruissement des feuilles dans le vent,
Comme un feu de papier dans le soleil levant.

Mille fois génial, mille fois sans génie,
Bouddha vert, offre-moi ta bleue inharmonie !

Il n’est point de sommeil qui dure infiniment,
Et même, vrai, la mort n’est qu’un songe, vraiment.

Il pleurait de bonheur, heureux comme de naître,
Riait à son miroir, heureux comme de n’être.

Comme je suis petit et vois donc tout géant,
L’infini, de ses yeux, ne voit que le néant.

Plongeant jusqu’à mon cœur de beaux yeux angéliques,
Comme elle vit je l’aime en vers mélancoliques.

C’est bête ce qu’on dit parfois, c’est bête et beau,
Un peu comme le chant vespéral d’un corbeau.

Où se trouve ta lyre ? Elle est déjà brisée.
Où se trouve ta Muse ? Elle fut leur risée.

J’entends d’ici ta voix d’élève soprano,
Par ma fenêtre mi ! la ! sol ! au piano.

À toi qui m’as aimé, ce bouquet de ténèbres !
Tu m’enivras à mort dans des salons funèbres.

J’ai perdu le désir de chercher ici-bas,
Et les hommes sans cœur ne me comprennent pas.

Tout est gris, tout est noir, tout est trempé de pluie,
Mes larmes ne sont pas de celles qu’on essuie.

Tu te trouveras femme et tu la serviras ;
Elle, comme son chien, te prendra dans ses bras.

Horreur, trois fois horreur, je quitte votre monde !
Mais je ne peux m’enfuir, puisque la terre est ronde.

Je veux qu’on m’aime laid, sale, hirsute, crasseux ;
Ça serait vraiment bien car je suis paresseux.

Du tact, un peu d’humour, excellente recette :
La perdante à ta lèvre ira s’oublier, faite.

Ô mes rires gentils, mes innocents matins…
Mais un jour je compris qu’on est laid pour certains.

Elle aimait sans savoir pourquoi, comme une plainte,
Et moi j’ai tant chanté que ma voix s’est éteinte.

Temps passé, temps perdu, sable tombé des mains,
Devant moi la poussière et de mornes chemins.

Çà ! ne diffame point la gloire féminine :
Dans le désert parfois on trouve une oasine.

Ô comme je t’aimais ! secrètement, pour moi…
Je veux être poète en souvenir de toi.

Des Orients lointains sont tout près de nos âmes ;
Cueillons la rose, non au rosier : dans les flammes !

Je respire les fleurs, j’écoute les grillons,
Et je me berce, Lune, à tes pâles rayons.

Du sang d’un ange noir est sorti Dolorème ;
Il paraît qu’il est né coiffé d’un diadème.

Comme tout bon à rien je hais les gens heureux,
N’aime point y frotter mon caoutchouc lépreux.

À Gaël

Florent, te souviens-tu du bruit d’un sac de billes ?
Gaël, que voyais-tu sous les jupes des filles ?

*

Autres distiques

Le corps blafard des morts se dévoile à la lune,
Comme un naufragé fou s’arrache à la lagune.

Des chats noirs et boiteux miaulent rauquement,
Dansant devant l’éclair au pourpre flamboiement.

Aux lèvres sans couleur je lampe la ciguë,
Tout en ayant l’horreur de sa poitrine aiguë.

*

Mon altière jeunesse, au désir trop sensible,
Que les poignards du siècle ont juré d’égorger,
Si je veux la soustraire au terrible danger,
Ne dois-je la soumettre à la Raison terrible ?

Mais une fois dompté cet étalon sauvage,
Ne doit-il me conduire au plus altier sommet ?
Ma tête aux Salomés le frivole promet,
Tant il est périlleux de vouloir être sage.

Sans doute il vaudrait mieux corrompre ma nature,
Car la foule a horreur du partage inégal,
Et ce qui manque au faible a pris pour nom le Mal ;
Sur les lois l’envieux a mis sa signature.

*

Quatrains

Matière grasse

Lasse, tu fais suer ta graisse, ignoble truie :
De tes flasques tissus goutte une épaisse pluie.
Maigris donc, maigris donc ! te dis-je, chose obèse,
Comment appeler femme un tel monceau de glaise ?

*

Ma Muse

Elle vit dans les bars et boit toute la nuit ;
Quand le bouge s’éteint, un ivrogne la suit.
Et quand ma Muse pisse au bord du caniveau,
Sur le papier je couche un poème nouveau.

*

Et quand mes godillots, usés sur les chemins,
Déjà ne seront plus que de tristes lanières,
Je m’assoirai paisible au milieu de gamins,
Et ces pauvres enfants fermeront mes paupières.

*

L’aveugle contre un mur tendait sa maigre main
Quand un rai de couleurs pénétra dans ses yeux ;
Il s’ébaudit, heureux : il voyait le chemin !
Un enfant lui sourit devant l’arche des cieux.

*

Lune, à moi ton cancer ! Soleil, à moi tes cris !
Nuage, à moi ta lèpre ! Amour, à moi ta gale !
Travail, à moi… non, rien ! Cœur, à moi tes débris !
Vie, à moi tes bubons ! Mort, à moi ton dédale !

*

Ô pardonne à celui qui, trop plein d’amertume,
A traversé le monde en gardant sa douleur
Et jeté dans la vie une horrible pâleur
D’amant désespéré, comme un long banc de brume.

*

Je donnerais tout l’or du monde pour te plaire
Si l’or pouvait m’avoir un sourire de toi ;
Je mettrais tout à bas et puis me ferais roi
Si roi j’étais aimé de celle qui m’est chère.

*

Au détour d’un bois ombragé,
Un nuage d’aras s’élance,
Formant dans le ciel dégagé
Un arc-en-ciel qui se balance.

*

Galatée a des yeux d’aurore boréale
Où brillent les reflets de rayons infinis ;
Toi qui cherchais le sein d’une amie idéale
Pour épancher tes maux, ils sont déjà finis !

*

Un défroqué

Ah, qu’il a bien connu l’état de sécheresse !
Quand il voulait prier, il se voyait aux bains,
Et, la nuit, le couvrait une ombre vampiresse,
Le ci-devant frocard du Club des Jacobins !

(Étude à conduire : les défroqués chez les Jacobins, Hébertistes, Enragés. La liste semble longue.)

*

Après avoir été quasiment délinquant
Dans la « contre-culture » (au fait, quoi de moins rare ?),
Je me fatiguai vite, avec l’aide de Kant ;
Mon rêve fut alors : devenir chef de gare.

*

En chantant Marceline avec des pleurs de joie,
En serrant sur mon cœur des bouquets de lilas,
Aux amants de toujours, qui ne sont jamais las,
En chantant Marceline, ô je montre la voie !
Ces cœurs tombés du ciel qu’un sourire foudroie,
Conduits par les tourments avec des falbalas,
Qu’au rosier de leur âme il soit un échalas,
Ce canzo de mes pleurs dans lesquels je me noie !

*

Marceline, je ne me lasse
De prononcer votre doux nom ;
Dans chaque vers il a sa place,
Ou bien le canzo n’est pas bon.

C’est un honneur inestimable
Que de chanter votre beauté ;
Mon œuvre soit impérissable,
Vous m’inspirez l’éternité.

*

J’aime Galatée ! Ô je t’aime,
Galatée ! et je ne peux voir
Galatée ! Ô sache quand même
Que je n’ai d’autre désespoir.

Je chérirai cette folie
Comme ton époux ses enfants ;
Si ma raison est abolie,
Je vois mes rêves triomphants.

*

« Merci de faire cas ainsi de mon renom. »
C’est le cas de le dire… En vérité, pardon !
« Or laquelle des deux est la plus convoitée,
De la gloire ou de moi ? Doris ou Clitothée ? »
Tout sens dessus dessous, je nage en plein Léthée.

*

Il s’étonne, il s’attriste, il se gratte le cou,
Ô devant pareil cas sa bouche reste close,
Lorsque le gai pinson sur la branche se pose
Et qu’il m’entend chanter Cassandre comme un fou !
La nuit vient, c’est pareil, quand dans son halo flou
M’étreint le bras glacé de la lune morose,
Qui s’ébahit, tout bas, d’entendre cette chose :
Le hululement las d’un poète hibou…

*

Pourquoi le niez-vous, nous nous aimons, Monique ;
Qu’y pouvez-vous ? Comment l’aurions-nous évité ?
Quelle fut notre faute ? entrain ? frivolité ?
Nous sommes innocents, ne soyez pas inique.
Certes, je pus passer à vos yeux pour cynique,
Car – comme vous – j’étais dans la perplexité ;
Je n’osais concevoir cette sublimité,
Ce bouleversement : notre amour est unique !

*

Daignez poser vos yeux sur mon âme, madame,
Pour que mon âme enfin dans cet azur se noie.
Si vous m’aimez un peu, donnez-moi cette joie ;
Je vous aime, vos yeux seuls parlent à mon âme.

L’infini que j’y vois est à moi pour toujours,
me dis-je, vous aimant et me sachant aimé ;
Je ne m’appartiens plus, le monde inanimé
Semble perdre, oublier à jamais ses contours.

Je connais votre amour, où mon espoir s’abreuve,
Et s’il ne tarit point c’est que la source est bonne.
Votre vertu s’émeut que le cœur s’abandonne :
Comment vous remercier d’une si belle preuve ?

Comment discernerais-je un sentiment si pur
Sans le frémissement de la noble vertu ?
Mon cœur en fut saisi, comme atteint il s’est tu :
Vos yeux ! Qu’il se dilate à nouveau dans l’azur !

*

Tu fus celle par qui mon âme,
Déployant ses ailes, se pâme
Dans un ciel d’éternel amour,
Pour un voyage sans retour,
Seule vérité de ma vie.
Tu me l’as offerte, et ravie !

*

L’instituteur

Ô mon instituteur, que le monde est injuste !
Quand l’illustre Jaurès t’exalte par son buste
Et que tu te vois, toi le sublime éveilleur,
À peine mieux doté qu’un triste barbouilleur,
Quoi ! quel est ce désordre, et quelle force inique,
Au lieu de te parer d’une pourpre tunique,
T’as revêtu de pulls ternes et peu seyants
À dessein d’affaiblir tes discours flamboyants ?
– Mais, mon instituteur, compte combien vous êtes
Et tu sauras pourquoi vous vivez en ascètes :
S’il fallait vous payer comme de bons Homais,
L’industrie et l’impôt n’y suffiraient jamais !
On se serait instruits pour payer vos vacances
Et farci le cerveau pour engraisser vos panses ;
Notre enfance aurait eu ce fade goût chanci
Et l’on ne pourrait pas même dire merci ;
On gagnerait des sous, oh mais pas pour nos proches,
Nos enfants, nos parents, non : pour remplir vos poches !…
Le bienfait peu commun que tu prodiguerais,
Quand c’est par notre sang que tu prospérerais !

*

L’adieu, ou Ce n’est qu’un au revoir (Poème en deux chants)

Pardonne-moi, l’enfant,
J’ai brûlé tes poèmes
Et jeté dans le vent,
Triste, les cendres blêmes.

Parce que je souffrais
Et ne fus point capable
D’entendre des mots vrais,
Je te jugeai coupable.

Oui, me voyant mourir
Si tu chantais encore,
J’ai, pour ne plus souffrir,
Frappé ce que j’adore !

Ô j’ai brisé ton cœur
Pour survivre en ce monde !
J’ai flétri ton bonheur
Et ta gaîté féconde,

J’ai revêtu le deuil,
J’ai piétiné ta joie,
Maudissant ton orgueil
Quand tu suivais ta voie ;

Tout l’amour que j’avais
Est devenu fétide ;
Je ne sais où je vais,
Il n’est rien que le vide.

Priant l’odieux sort
Que ta mort me délivre,
Comme ce monde est mort,
Je te tuai pour vivre.

Me voici parmi vous,
Spectres sans fantaisie :
Vitupérons les fous
Épris de poésie !

Mais quoi ! vous vous doutez
Que quelque chose cloche ?
Finauds, vous suspectez
Qu’une anguille est sous roche ?

On ne peut vous doubler !
Voici la plaie infâme
Que pour vous ressembler
Je fis à ma pauvre âme.

L’affreuse vision
Épouvantable à l’homme,
L’horreur… C’est Apollon
Voulant être Prudhomme !

C’est ce monstre qui vit
Car le dieu de lumière
Sans amis, sans profit,
Serait mort de misère.

Or le monstre fait peur,
Le stratagème échoue ;
Il périt sans honneur,
Sans amis, dans la boue.

Alors, si le trépas
Ne peut être rapide,
Son repos ici-bas,
C’est penser au suicide !

Car vivre, retranché
Le talent le plus noble,
Se l’ayant arraché,
C’est un cas trop ignoble.

Ô zélote assassin,
Rends-les moi, mes poèmes,
Les enfants de mon sein
Morts de tes anathèmes !

Contemple ton malheur !
Le sang de ma blessure
Étouffe dans ton cœur,
Maudit, la flamme pure.

La vile fausseté
De tes jours, incurable,
Ne t’a point racheté
La perte irréparable.

Tu portes en tous lieux
La stupeur obstinée
De qui, fou furieux,
Brisa sa destinée.

Ombre vague, pantin
Que le néant réclame,
Bourreau de ton destin,
Tu survis à ton âme.

Maudit, trois fois maudit,
Rends-moi mon espérance
De lépreux interdit,
Rends-moi ma délivrance !…

Pardonne-moi, l’enfant,
J’ai brûlé tes poèmes
Et jeté dans le vent,
Triste, les cendres blêmes.

II

– Tu m’appelles l’enfant,
Pourtant j’étais plus homme
Que toi, morne et savant :
De ce nom je te nomme !

Mes émois sont perdus
Et se fane la rose ;
Tu les aurais vendus
Au prix de quelque chose !

C’est le summum affreux
Des lunes poursuivies :
Je n’étais pas heureux,
Malgré tout tu m’envies.

Tu pousses un soupir
Devant la joie innée ;
La beauté fait souffrir
Ton cœur empoisonné.

Il faut me dire adieu,
Avant que tu ne meures.
Aimer était un jeu ?
Aujourd’hui tu le pleures.

Si la vie est une fleur : Poésie

Par Güliz et Florent

.

Bien sûr, j’ai des rêves, mais si nous rêvons ensemble, ce sera notre rêve.

La vie nous donnera deux indices : le rêve et le souvenir.

Il faudrait que la vie ne l’emporte jamais sur l’amour de vivre.

Le monde est bien petit pour parler de l’un sans parler de l’autre.

Bon à dire : bien faire et laisser dire.

Peut-être et jamais : deux amants.

La vie a les poches pleines de rêves.

Il me faut des souvenirs comme je rêve… Pas de problème.

Les nuits finissent avec le visage de l’aube.

Peut-être que les oiseaux savent tout.

Une goutte de pluie, mon bijou, boucle d’oreille.

Nous sommes les mots, où es-tu ?

J’ai un souvenir, perdu, retrouvé, mais volé.

L’étoile, parce qu’elle fleurit là-haut.

Oui, quand vient le jour et quand peu importe la nuit.

Après une grosse averse, plus un son sur les toitures en tôle, mais la chanson du coucou.

Qui est dehors, sinon le bonhomme de neige ?

Regardez le pigeonnier dans la lune !

Chaque nuit, je compte la lune.

J’attends, donc tu vas.

La lune ne m’attend pas.

Une goutte de pluie : quelques printemps.

Partout où je vais, l’hirondelle !

Le monde n’est-il pas qu’une pierre puerpérale ?

Il y a une fleur, la mesure d’une jeune fille.

La longueur du mot « si ».

Tôt : quel âge a mon cœur ?

Le retour à l’endroit jusqu’à ce que je commence.

Le monde est aussi réel qu’il paraît.

Une luciole ! N’y touche pas !

Où vont les nuages dans nos yeux ?

Halicarnasse, les chèvrefeuilles soufflés avec le sable…

Je vis au vingtième siècle, parce que j’imagine.

Puisque je pars, pars-tu ?

La première lumière, je vole le feu.

La prochaine fois, l’avenir ne finira jamais.

Il neige, et je remplis le blanc.

Vénus à l’ouest, tu reviendras.

Et si ce n’est pas la fin d’aujourd’hui ?

Les pierres parfois parlent.

Mais la vie comme une femme en couches !

Ne t’inquiète pas ! Ne me donne pas la pomme que tu cueilles !

Cherchez-vous ce que cherchent les paons ?

Autrefois ainsi qu’une fleur !

Vers le ciel, silencieusement, mes contes.

Assez de nuit, la somnambule !

On peut parfois détruire le labyrinthe.

Sur un lotus, puis-je m’asseoir ?

Le voyage indécis : le vide d’où et pourquoi.

Un mouton sous le chêne : la brume.

Nous sommes une belle forêt et nous ne pouvons voir où finissent les arbres.

Les mots n’essaient jamais d’être quelque chose qu’ils ne sont pas.

Pas de boue, mais le trou du lapin !

Toi, le nœud des arcs-en-ciel !

La main gauche, la plus proche du cœur.

Le larmier plein de toi !

Les lucioles : la traduction des étoiles.

Écoutez-moi, le vent !

Grand-mère derrière la fenêtre… Les tempêtes et l’arc-en-ciel.

La pluie de météores : les cris imaginaires des enfants comme ceux des dinosaures.

Le brouillard roule et de nombreuses mouettes tournent autour de la tour, Léandre.

Le pré boueux… L’itinéraire des vaches.

Les pierres… On laisse les étoiles.

Demi-lune, dois-je rester ou partir ?

Le lis sur le sable, mais la brume passe.

La pluie froide… Gravée dans la pierre, le bol du mendiant.

J’accepte la mortalité comme un souvenir. Et maintenant ? C’est le passé.

La lune : l’astérisque sur la fenêtre.

Demain, un bol de cerises… La promesse de grand-mère.

Le temps : avons-nous besoin d’un totem ?

La fleur de narcisse… Soit humaniser, soit minimiser !

Les grillons… Je siffle toute la journée.

Beaucoup de printemps ! Peut-être avons-nous besoin de plus de temps.

Nos gloires… Les ombres s’allongent.

Encore, dis-le ! L’espoir.

Parfois la vie ne suffit pas aux mortels.

À bientôt, esprit des papillons.

Si tu t’en vas, l’odeur des photos !

L’abeille, est-elle belle ?

Le rythme de notre silence, l’hiver.

Comment cela commence-t-il ? Encore et encore ?

On devine, dans l’oubli.

Les petits enfants sont les plus vieux conteurs.

Pages blanches. Un rien des ombres.

Le thé. Grand-mère et le perroquet bavardent.

Salto d’un pigeon, une fève.

Les ombres du jour, la mite danse avec la mite.

Verte depuis l’avion, ma ville.

Le soleil d’hiver s’appuie sur mon épaule.

Je dors, les étoiles derrière le soleil.

Les lèvres ne mentent pas.

Le ciel, puisque tu pars, bleu.

Sans rêves, nous perdons le temps précieux.

La tempête, je récolte ce que j’ai semé.

L’arc-en-ciel, j’ai de nombreux crayons.

Les anneaux de Saturne, je plante une rose.

Aujourd’hui, je me cache derrière un papillon.

La rose sur la plénitude de nos bouches.

Les yeux du sultan : le nom populaire des lucioles.

La fenêtre de l’orage… La dernière goutte sur mon reflet.

Année bissextile : certains enfants nés vieux.

L’odeur de la terre… Je suis la mendiante de mon avenir.

La récolte… Les courtes cornes des vaches.

Au revoir, narcisse ! Je est mon écho.

La lumière de l’hiver… Le tailleur ne coud pas sa propre déchirure.

Une cuisine commune… Quelques graines de moutarde pour l’abeille.

Reviendrai-je, l’hirondelle ?

Rien : les mythes sans un barde.

Une bouchée de pomme verte et la première pluie.

La Joconde sourit, le vent balayant l’arc-en-ciel.

Va-t-on si haut, au-dessus des mots ?

Tout ce que je dis était peut-être vrai, il y a longtemps.

Sais-tu ? Les oiseaux sont partis.

Une poignée d’étoiles… Les nuages roulent, mais pas pour moi.

Un vase pour une tulipe. Les enfants visitent grand-mère.

Oui à oui. La feuille verte.

Si la vie est une fleur, il y aura les papillons.

Si j’étais toi aussi !

Le premier rendez-vous, j’écoute nos rires.

Le premier baiser… Après une longue attente, l’histoire drôle, triste.

En t’attendant, je dessine des zigzags, puis un papillon.

Pas une famille nombreuse, une rose d’un nom à l’autre.

Un lit de pins… L’étranger est parti avec la neige.

Combien d’étoiles perdues en attendant l’aube ?

Je me cacherai en toi, jusqu’à ce que je me retrouve.

Entre deux étoiles, berce-moi !

Les pieds nus sur le sable, les chemins que je trouve.

Une courte journée, la vie n’est ni longue ni courte…

Je me répète, plus rien à dire, je me répète.

Y a-t-il le ciel pour nos ailes ?

La pierre en forme de cœur, là.

L’automne derrière le soleil. Et moi ? Derrière l’épouvantail.

Puis-je courir après les lapins ?

Si la vie est une fleur, il y aura des papillons.

Bonjour et ainsi de suite, les jours.

Le soleil est un clin d’œil.

Petit matin, j’étais petite.

Où vas-tu, avant les hirondelles et la pluie ?

Je garde le blanc que j’apprends de la neige.

Poisson volant : le paradis est encore loin.

Je suis en retard aussi longtemps que demain.