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La microcéphale : Un poème

En avant-première de la publication ici même, sur ce blog, de mon prochain recueil, Je baise les pieds de la Palestine (et autres poèmes), voici La microcéphale, qui en est tiré.

Ne manquez pas la sortie prochaine, sur ce blog, du recueil Je baise les pieds de la Palestine.

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Photo : Casting partiel du film Freaks (La monstrueuse parade) de Tod Browning : sont assises sur les marchés de la roulotte Zip et Flip, deux sœurs microcéphales américaines, dont c’étaient là les noms de scène au temps des freak shows. Je pense que c’est le visage de Zip que j’ai entouré, et c’est de ce sourire que je parle. Zip était l’aînée des deux, d’une douzaine d’années, croit-on savoir (mais l’histoire ne connaît pas la date exacte de la naissance de Flip).

Ton sourire enfantin, chère microcéphale,
Me rappelle quelqu’un, une femme fatale
Dont je fus la victime et qui fait son malheur,
Ne pouvant accuser un bon mot sans douleur.
Enfant unique, un rien la transportait hors d’elle.
En elle rien n’était si vrai que le faux, quelle
Tristesse ! Et le départ du père avait laissé
Dans son cœur ombrageux un orage blessé,
Une haine de l’homme au fond de sa tendresse,
Un désir de poignard dans la moindre caresse.
C’est pourquoi lui venaient, faciles, les serments :
D’autant plus emportés que simples boniments.
Mais j’étais trop au fait pour croire sans réserve,
Et découvrant le peu de fruit de cette verve,
Sa chaleur nourrissait en retour le dépit
Dont pourrissait son cœur, par l’aigreur décrépit.
Abandonnée aux soins d’une mère débile,
Elle avait vu navrer ses rets d’enfant habile
L’objet d’un sentiment innocent et profond.
Au tragique parfois le sordide répond :
L’homme veut, en partant, les jeter sur la paille,
Un ignoble procès change en gouffre la faille.
Elle entrait dans le monde avec des rêves morts.

Elle chercha quelqu’un pour redresser les torts,
Un chevalier servant, champion de sa Dame,
Qu’elle aurait adoré, comme aucune autre femme.
Mais un oiseau pareil, cela n’existe plus,
Elle fut un fléau pour les heureux élus.
J’aurais pu, quant à moi, qui rédige ces lignes,
Sur le berceau de qui se montrèrent des signes,
Rompre cette spirale, avec un parchemin ;
Encore eût-il fallu qu’elle donnât sa main.
Mais au lieu de chercher à m’ôter tous mes doutes,
Elle voulut briser sa lance dans des joutes,
Comme si je devais recevoir sous mon toit
Un concurrent plutôt qu’un appui ferme et droit.

Aux temps de décadence implacable et de cendre,
Non, Adam et Hawa ne peuvent pas s’entendre.
Les femmes, ces sans-cœur, pour un plat de faux cils
Se sont payé nos droits d’aînesse et droits virils.
En ce Kali-Yuga de millions d’années,
À nous faire souffrir elles sont condamnées.
Que me jette la pierre aux très nombreux carats
L’idole aux seins bien lourds et desseins scélérats.

Ton sourire enfantin, chère microcéphale,
Me rappelle quelqu’un, une femme fatale…

Journal onirique 24

Période : novembre 2021-janvier 2022.

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Un vaisseau spatial est envoyé au-delà des limites connues de l’espace dans le but d’établir le premier contact de l’humanité avec des extraterrestres. L’équipage est composé d’Américains et de Chinois. On apprend au bout de quelque temps sur la terre que les choses tournent mal à bord du vaisseau, que les astronautes ont régressé vers le cannibalisme et se dévorent entre eux. Les experts sont formels : la mission est un échec, aucun extraterrestre ne voudrait entrer en contact avec des dégénérés.

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Comme l’Éducation nationale trouve malin d’envoyer des moutards effectuer des « stages » dans le monde du travail, je suis chargé de faire découvrir l’entreprise à un groupe d’enfants. Je découvre que leur langage, le langage de leur classe d’âge, m’est presque étranger, et devant un « vieux » tel que moi, ils en rajoutent, en abusent. Ce sont surtout des mots employés pour dire tout et son contraire, des éructations plus qu’autre chose en réalité, comme quand l’un d’eux s’écrie, sur une futilité que j’énonce d’un ton convaincu : « C’est lustrucrueux ! », tout content d’employer devant moi l’un de ces mots à la mode parmi eux.

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Le port de la cravate est le signe d’un conflit psychique à résoudre, autour d’un sentiment de culpabilité.

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Les cocons de moules

Dans un village corse, on me conseille d’aller voir la culture des moules sur la colline, où se situe la partie la plus élevée de la commune. Nous y montons mais ne trouvons que des parcelles vides. Le vol de moules est devenu endémique dans la région depuis que les promoteurs immobiliers font rage, et nous arrivons juste après une razzia.

Sur l’une des parcelles, je trouve deux ou trois restes, des objets ressemblant à de grosses cacahouètes d’une grosseur de deux poings environ chacun. Ce sont des cocons vides. Ces cocons, dont la membrane externe ressemble à de la toile de jute, sont l’enveloppe naturelle des moules.

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La criminologie a introduit dans le fonctionnement de la justice les résultats fumeux de toutes les écoles successives de psychologie. Des dossiers de personnalité établissant des profils criminels servent à présent de justification scientifique au sempiternel travers policier d’arracher des aveux plutôt que de rechercher des preuves. Dans le cas du droit dit de la presse, le nom qu’on donne en France au droit à la parole, ces dossiers servent à condamner des gens pour leur personnalité : ce que dit chacun est à présent filtré, interprété, déchiffré par le biais d’un dossier criminologique ayant le dernier mot.

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Deux adolescents sont accusés de viol sur une victime. Ils ne comprennent pas, ne nient pas les faits mais disent que la relation était consensuelle, que c’est même la victime qui leur avait fait des avances, aux deux en même temps.

On trouve sur les murs, dans la chambre de la victime, des photos des deux garçons et l’on se demande alors si c’est une sorte de syndrome de Stockholm, si l’adolescente est tombée amoureuse de ses violeurs. Mais on ne sait pas quand ces photos ont été accrochées aux murs. Si c’était avant le viol, la victime ressentait-elle une attirance pour les garçons, auquel cas elle aurait bien pu solliciter des rapports sexuels avec eux ? Le viol serait alors un statutory rape, ou viol par définition de la loi (quand la loi refuse de prendre en considération le consentement) ; et ce serait un viol statutaire non pas, comme dans les cas classiques, en raison de la différence d’âge entre les personnes, l’une étant mineure, mais en raison du nombre de personnes, à savoir plus de deux, toutes mineures. L’affaire est cependant classée.

Quelques années plus tard, la fille croise de nouveau l’un des garçons, à l’université. Ils discutent un brin et elle lui demande à quand remontent les faits décrits ci-dessus. Cela semble indiquer le peu de gravité d’un événement dont elle n’a plus que de vagues souvenirs. Les deux quittent la scène ensemble et l’on suppose que c’est pour renouer une relation sexuelle.

Quelques années passent encore, la fille est à présent mariée à un Japonais et vit avec une famille nombreuse dans une cité HLM. Lors d’un voyage du mari et de sa femme au Japon, des amis de l’époux posent à sa femme des questions sur son passé mais le mari, qui ne souhaite pas qu’elle révèle par inadvertance l’étrange affaire de viol supposé, les arrête avec ces mots : « Supercompétente le jour mais la nuit appartient aux rêves. »

(Note. Le consentement n’est pas une défense légale quand la différence d’âge dépasse un certain quantum, dans les cas où l’une des personnes est un mineur d’un certain âge, quatorze ou quinze ans, ou moins, selon les législations, c’est-à-dire que pour des mineurs de cet âge entre eux le consentement exclut la qualification de viol « statutaire ». Mais je doute que cette construction s’applique légitimement à des orgies de mineurs car il serait beau de voir que des mineurs qui ne peuvent avoir aux termes de la loi une relation consentie avec une personne plus âgée sans faire de cette personne un violeur de jure puissent se livrer à des pratiques déviantes entre eux : si cela leur était permis par le législateur, celui-ci discriminerait au fond contre les adultes en posant en principe à leur encontre une présomption de manipulation mentale vis-à-vis de personnes que le législateur considérerait en même temps comme libres de se livrer, avec d’autres mineurs de leur âge, à des perversions de toutes sortes, et qui pourraient donc être plutôt en situation d’initier leur supposé manipulateur.)

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Pas-de-loup aimé de Dieu : Mozart.

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À l’entrée d’une ville, au bord d’un fleuve dans un désert de pierre, je vois un éléphanteau sortir de baraquements de forains installés là. Il bifurque vers ma droite, avant de s’immobiliser puis de tomber sur le côté. Sa mère arrive, bouleversée de le voir ainsi. Elle cherche à lui prodiguer des soins : la trompe de l’éléphanteau est couverte de plaies que la mère espère soigner en y appliquant de l’eau par le bout de sa propre trompe, comme si elle baisait chacune de ces plaies.

Ce spectacle me fait pleurer, et, bien que l’on puisse me voir et dénigrer ma sensiblerie, je ne cherche pas à retenir mes larmes. Je joins mes deux mains paume contre paume et les élève au niveau de mon front, tourné vers l’éléphante et son petit, cherchant à donner à cette salutation ou prière un pouvoir magique qui facilite la guérison de l’éléphanteau. Là encore, je n’ai cure que l’on me voie et que l’on ajoute au dénigrement de ma sensiblerie celui de ma superstition. Je ne saurai pas si l’animal guérit mais je crois que oui.

Je me retrouve dans un café avec l’avocat C., à qui je parle de ce que je viens de voir. Il me dit qu’il a été payé 51.000 euros pour une campagne en faveur des éléphants mais je le soupçonne de mentir, notamment pour me faire oublier par cette somme impressionnante qu’il est un des avocats les plus miteux de la place.

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Un homme découvre que ce qu’il croyait être sa paranoïa est la réalité et qu’il est bien sous surveillance en même temps que la cible d’un complot et de tueurs. Dans une cabine téléphonique, il combat au corps-à-corps un tueur à gages venu d’Europe de l’Est. Ce dernier est armé d’un pistolet, que l’homme parvient à retourner contre le tueur avant de faire partir un coup de feu. Le tueur est mort.

L’homme a compris qu’il était le jouet d’un voisin bobo manipulateur ayant fait semblant de rechercher son amitié. Il le tue et scie le cadavre en petits morceaux en expliquant comment cacher les morceaux dans un bureau Ikea à monter soi-même. Une fois monté, le bureau paraît tout à fait normal : aucune trace de cadavre. L’homme conseille également de déposer son carnet de santé dans un coffre à la banque pour dissimuler toutes preuves restantes.

On apprend alors qu’il s’agit de Jim Morrison, qui vit à Paris avec moi ; nous vivons ensemble non comme homosexuels mais comme picaros. Comme des tueurs sont à ses trousses, il souhaite partir et me demande si je suis prêt à le suivre. Je lui réponds que oui. Je lui dis que je l’ai attendu un an quand il est parti sans moi la dernière fois et que maintenant je suis veux partir avec lui. Il est ému, tout comme moi, cela ressemble beaucoup à une déclaration d’amour. Cependant, nous ne sommes pas des homosexuels mais des picaros.

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Lors de l’un de ses derniers discours de campagne électorale, le président de la République est frappé par une crise de nerfs, avec des convulsions et d’abondantes larmes qu’il ne parvient à réprimer et qui lui donnent l’air d’un petit garçon. C’est la crise de quelqu’un qui n’en peut plus.

Je fais partie de l’équipe qui doit rédiger le compte rendu du discours et la crise est intervenue pendant le quart d’heure qui m’était imparti. Alors que les forces de l’ordre dispersent le public – pacifiquement, je vous rassure –, je demande à une collègue plus expérimentée comment nous allons traiter l’incident. Elle me dit qu’il n’y aura aucun compte rendu, que c’est comme si le discours n’avait jamais eu lieu. (Pourtant, la scène était filmée.) Je dis alors que ce n’est que partie remise, puis, après un moment de réflexion sur l’état physique et nerveux que traduit cette crise, qu’il n’y aura sans doute pas d’autre discours : le président vient de perdre les élections car qui voudrait élire un homme dans cet état ?

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Un inconnu pose ses bagages dans un petit village. Prenant son repas à l’auberge, il s’endort après avoir mangé, la tête sur la table. L’aubergiste, un personnage trouble, adultère, le réveille et lui dit que l’infirmière souhaite le voir. L’inconnu se rend alors au lieu qu’on lui indique, une pinède en dehors du village où l’infirmière a improvisé un photomaton pour éviter aux villageois ayant besoin de photos d’identité de se rendre en ville. Elle a quelques difficultés à faire fonctionner son photomaton rustique et souhaite savoir si l’inconnu n’aurait pas les compétences requises pour l’aider. « J’étais maire, répond-il, et ce sont les problèmes des infirmières dont j’aimais le moins m’occuper. »

Il la suit cependant derrière une haie de pins, où le photomaton est installé dans des broussailles au pied d’une butte. La butte est parsemée d’arbres d’une essence différente, des pins tirant sur l’orange, qui attirent immédiatement l’attention de l’inconnu. Il prétend qu’une nappe d’hydrocarbures doit se trouver sous la butte. L’infirmière répond que des géologues sont déjà passés il y a quelque temps, à la recherche d’hydrocarbures, mais qu’ils n’ont rien trouvé. Il lui demande s’ils sont venus faire des examens sur cette butte, ce dont elle ne se souvient pas. Pendant cette discussion, l’homme va de-ci de-là, procédant à des observations superficielles. Il pense avoir une estimation de la superficie de la nappe ainsi qu’une vague idée de son volume, à savoir une profondeur entre cinq et cent mètres. Si c’était confirmé, ce serait la fortune du village.

C’est ce qu’il affirme à quelques hommes qui les ont rejoints, dont le maire. Tous sont d’abord incrédules : des géologues sont passés récemment et n’ont rien trouvé. Mais devant l’air de conviction de l’inconnu, qui connaît visiblement son affaire, le maire se prend à espérer.

Une procession religieuse passe sur le chemin, à l’ombre des pins. Elle est conduite par le curé du village, tenant un reliquaire devant lui. Le maire va le voir et lui rapporte les propos du nouveau-venu. Le curé prétend que c’est impossible, que la présence d’hydrocarbures en ces lieux est contredite par les écrits de saint Davier et surtout par la doctrine de saint François Xaquin. Alors l’inconnu ramasse un bâton et le plante dans le chemin, devant la procession immobilisée. La terre est meuble à cet endroit et le bâton pénètre en profondeur. L’inconnu le retire. Tout le monde retient son souffle, les yeux fixés sur le trou. Au bout de quelques instants dans le plus grand silence, une grosse bulle noire brillante se forme à l’entrée du trou puis éclate, laissant une tache grasse sur le chemin. Un murmure d’admiration parcourt la foule : c’est du pétrole. Le curé admet qu’il a mal interprété saint Davier et saint François Xaquin et la petite foule s’en retourne au village pour délibérer des moyens d’exploiter la nappe, le maire en étroit conciliabule avec le nouveau-venu.

Chacun semble croire que la manne financière que doit générer cette nappe bénéficiera à tout le monde dans le village plus ou moins également mais j’ai quelques doutes à ce sujet ; je me demande même si, à part un ou deux privilégiés, une seule de ces âmes en profitera. J’essaie de poser la question aux uns et aux autres mais on ne m’écoute pas.

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Une femme accompagnée de deux enfants, un garçonnet et une fillette, arrive le soir sur le bord d’un étang, conduisant un âne. Les enfants sont des orphelins et la femme souhaite cacher au fond de l’étang leur héritage, deux sacs portés par l’âne, une richesse considérable. Elle leur dit que de cette manière, quel que soit le sort que leur réserve la vie durant l’enfance, ils pourront venir récupérer leur héritage une fois grands. Elle n’ose confier l’héritage à personne. Or nous savons que des gens du cru soupçonnent qu’un certain homme ayant quitté le pays a laissé son bien au fond du même étang et qu’ils souhaitent donc le sonder. Ce serait la ruine des deux petits orphelins puisqu’alors les villageois trouveraient l’héritage, sinon ce qu’ils cherchent. Cela me rend ce rêve poignant.

Alors que la femme s’est engagée avec l’âne dans les eaux de l’étang, deux hommes à cheval passent par là. Ils avisent le petit groupe et posent à la femme des questions indiscrètes, à savoir, si elle possède des biens. Elle leur répond que non, inquiète à l’idée que ce puissent être des bandits. Ils lui disent alors que le nouveau souverain, esprit fantasque, promulgue depuis sa capitale, une grande ville d’Allemagne, des lois fantasques qui conduisent nombre de gens dans les campagnes à tout quitter sans attendre, laissant leurs biens derrière eux, et qu’eux, les deux cavaliers, s’emparent des biens ainsi laissés sans que ce soit du vol puisque les biens n’ont plus de propriétaires.

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« Dans peu de temps, dis-je, un grand nombre de fonctionnaires partiront en retraite, mais, les finances de l’État ne permettant pas de répondre à leurs attentes, pour éviter les troubles l’État n’a d’autre choix, comme l’attente de ces retraités sera trompée, de les tromper sur la situation véritable. » À ces mots, le ton de ma voix est devenu sardonique. « Il doit les tromper en leur faisant croire que leur attente n’est pas trompée ! »

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Dans une cité HLM un fast-food, dans lequel j’entre. C’est une grande salle avec quelques tables éparses. Je m’assois sans commander. À la table la plus proche, où sont assis des jeunes, les filles parlent d’un certain personnage louche qui passe ici ses journées et a un comportement inquiétant lorsque le vigile n’est pas là. L’un des garçons réplique qu’on ne peut s’attendre à autre chose de la part d’un clochard.

Non loin se trouvent trois garçons qui semblent faire partie d’une fratrie, blonds et l’air cognitivement retardé. Le plus grand a une quinzaine d’années, le cadet huit ou dix ans et le dernier quatre ou cinq. Ils se tiennent près d’un de ces gros caissons qu’on ouvre par une portière horizontale sur le dessus et qui contiennent des glaces ou des produits surgelés. L’aîné, par jeu, y jette l’un puis l’autre des plus jeunes et les y tient enfermés en s’appuyant sur la portière. Cela ne me paraît être qu’un jeu stupide et sans conséquences. D’ailleurs, l’aîné se retire bientôt, ce qui permet aux deux enfants enfermés de soulever la portière, mais un ami de l’aîné veut en rajouter une couche et s’appuie à son tour sur le bac, empêchant finalement les prisonniers de sortir.

Quand il se retire enfin, au bout de quelques instants, le cadet sort, et puis c’est la consternation, car le petit est inconscient. Il est évidemment bien plus fragile à son âge. L’atmosphère est devenue très tendue, personne ne sait si l’enfant est vivant ou mort. Il reprend connaissance et s’ébroue, au grand soulagement de tout le monde. Penser que ce pauvre petit a dû se voir mourir, et mourir d’une façon aussi stupide, me rend malade.

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Horriboulo.

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De plus en plus, les gens cherchent dans le Livre saint lui-même des éléments contre son interprétation par l’Église et contre l’autorité de cette dernière, tout particulièrement en matière de mœurs et sur la conception ecclésiastique du corps. L’une des figures de proue de ce mouvement, une journaliste, reçoit un jour un exemplaire du Livre, envoyé par un prêtre renégat qui préfère rester anonyme, et qui l’accompagne d’une petite énigme. La journaliste résout l’énigme, indiquant un passage du Livre, dans lequel elle lit : « Formes de la vie, corporez-vous. » Elle ne se sent plus de joie car c’est la preuve, du moins à ses yeux, trop contente en outre d’avoir résolu l’énigme, que la stigmatisation du corps par l’Église est une déviation par rapport au texte.

Elle ajoute qu’un des grands noms de l’Église est Xavier, qui commence par un X, le X des films X. C’est ainsi que j’apprends que pour ces gens-là le corps est important parce qu’il permet d’avoir des poches, que l’on peut remplir d’argent.

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En Afrique du Sud, G. et moi avons commis je ne sais quel acte inconsidéré qui nous vaut d’être poursuivis par l’ensemble de la population noire du pays et pourrait d’ailleurs, en brisant le fragile statu quo, plonger la société dans la guerre raciale. Enfermés dans une maison, nous voyons par une fenêtre s’approcher une véritable armée irrégulière. Les Noirs encerclent la maison et se mettent à courir en petits groupes autour d’elle. Cette étrange circumambulation me fait penser à une sorte de danse totémique et je dis à G. que nous nous méprenons peut-être sur leurs intentions. Il n’est pas de cet avis.

Nous parvenons à sortir de la maison en cachette par une ruelle sordide, dans laquelle nous voyons au bout de quelques instants venir à notre rencontre une bande de loubards blancs ayant des intentions visiblement hostiles. Alors que nous avons toute la population noire du pays à nos trousses, nous sommes sur le point d’être agressés par une bande de délinquants blancs…

Je parviens cependant à les intimider par mon bagout et nous poursuivons notre chemin. Nous entrons dans une boîte de nuit où G. me conduit vers ce que je crois être les toilettes. Ce sont en fait des sas de décompression pour gens timides et dans celui où nous nous réfugions se trouvent quatre personnes qui espèrent se désinhiber avant d’entrer sur la piste. Ils se tiennent immobiles le dos contre les cloisons, attendant d’être en condition. Au bout d’un moment, ils se mettent chacun un doigt dans la bouche, comme quelqu’un qui veut se faire vomir pour évacuer un état nauséeux provoqué par l’alcool, mais eux cherchent à évacuer leur timidité.

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J’essaie de me débarrasser de la présence de garçons collants en pressant le pas, la nuit dans les rues de Paris, et en les abreuvant de plaisanteries insultantes. Nous passons devant de grands monuments imposants, dans le genre pharaonique ou stalinien, éclairés par des lumières artificielles. L’un des garçons, le chef de la bande, me fait observer que nous sommes en train de quitter Paris, comme en témoigne la transition des petites rues aux longues avenues monumentales, et qu’il n’y aura bientôt personne pour m’entendre crier. Je comprends alors que leur intention est de me violer et, pour autant que je me souvienne, c’est la première fois que je crains en rêve d’être violé. Je rebrousse aussitôt chemin, évidemment suivi par la bande, sur laquelle je continue de déverser un flot continu de plaisanteries acerbes. Quand nous sommes retournés dans les petites rues du Paris historique, j’ai la certitude, à mon grand soulagement, de leur avoir rendu le succès de leur entreprise fort douteux.

À l’aube, j’entre dans les jardins d’un consulat, commun à tous les pays d’Amérique latine. On ne peut le traverser en touchant le sol, tant la végétation est dense : il faut avancer de branche en branche.

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Dans un grand parc j’observe avec contentement un oiseau ressemblant à une petite autruche en train de picorer. Deux oisillons que je n’avais pas vus jusque-là sortent de sous leur mère et se mettent à picorer avec elle, ce qui rend le spectacle encore plus intéressant.

Puis je remarque des rongeurs semblables à des rats palmistes sortir d’un trou dans le sol. Le long d’une ligne droite sont creusés plusieurs de ces trous et les palmistes se mettent à faire une course entre eux : ils entrent dans le premier trou puis ressortent au suivant, entrent dans celui d’après et ainsi de suite, c’est une course alternée entre le terrier et la surface. Mais ils sont dérangés par des chats qui veulent eux aussi se servir de ces trous et tunnels comme d’un terrain de jeu.

Je suis rejoint par un groupe d’étudiants, ce parc faisant partie du campus où nous étudions. À mon âge, j’ai repris des études. Une fille du groupe, qui me paraît un peu plus âgée que les autres, m’entreprend et, pour le dire en un mot comme en cent, nous nous lions l’un à l’autre. Alors que nous avons quitté le groupe, au cours de notre discussion elle me demande tout à coup mon âge, interloquée car elle comprend avoir mal jugé de la situation à cet égard. Je lui réponds que j’ai quarante-cinq ans, ce qui la laisse pantoise car elle pensait que j’en avais trente. Je comprends que notre relation, engagée sur un malentendu, ne peut pas durer. Mais quelle n’est pas en outre ma surprise quand elle me dit avoir vingt ans, alors que je lui en donnais trente. Nous pensions l’un et l’autre que notre différence d’âge était bien moins grande qu’elle n’est en réalité. Cependant, alors que j’étais (et, après éclaircissements, suis forcé d’être) séduit par une maturité ne correspondant pas à son âge réel, elle était séduite par une maturité qui correspond bien à mon âge. Elle est mature pour son âge tandis que j’ai une maturité ordinaire (voire une piètre maturité, si l’on peut penser que j’ai quinze ans de moins). Ma maturité était séduisante pour elle quand elle me donnait trente ans au lieu des quarante-cinq ans qui correspondent naturellement à cette maturité. Elle aurait fait sa vie avec un étudiant ayant la maturité d’un quadragénaire mais elle ne fera certainement pas sa vie, à vingt ans, avec un quadragénaire.

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Temporel, Huile sur panneau de Jean-Paul Moya, 50×65, 1990. Collection Calzaroni – Ajaccio.