Journal onirique 19

Période juin-juillet 2021.

Chaque fois que la vie est touchée, elle réagit par le rêve et par les larves.

Les Anciens, qui croyaient à leurs rêves, croyaient à la valeur de signification de leurs rêves, ils ne croyaient pas aux formes rêvées. Derrière leurs rêves et par échelons les Anciens pressentaient des forces et ils plongeaient au milieu de ces forces.

Chaque rêve est un morceau de douleur à nous arraché par d’autres êtres, au hasard de la main de singe que chaque nuit ils jettent sur moi, la cendre en repos de notre moi qui n’est pas cendre mais mitraille comme le sang est de la ferraille et le moi le ferrugineux.

Trois citations d’Antonin Artaud

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En Inde, je me rends avec plusieurs compagnons dans une grande salle de concert pour assister à je ne sais trop quelle cérémonie attirant des foules immenses. Comme mes compagnons entrent par une entrée et moi par une autre, je n’espère plus les retrouver à l’intérieur vu le nombre de personnes présentes, car c’est comme s’ils se trouvaient à présent au nord de l’Inde et moi au sud.

À la fin de la cérémonie, alors que je suis la foule vers la sortie, je suis abordé par un senior indien d’apparence distinguée, comme s’il avait compris mon désarroi d’être seul en pays étranger. Il m’invite à le suivre à travers une immense librairie adjacente à la salle de concert, par laquelle nous pourrons plus facilement retourner à l’air libre. Cette librairie doit être la plus grande au monde car elle a non seulement tous les livres qu’ont les librairies occidentales mais aussi ceux que ces dernières n’ont pas (les librairies occidentales proposent peu de livres en sanskrit, par exemple). Tandis que nous marchons entre les rayons, nous faisons connaissance.

Il me dit qu’il est membre du Bund, une société indienne, plus ou moins rattachée à ses débuts au Second Reich allemand, d’où son nom, société par laquelle la geste de l’indépendance indienne a commencé. Il m’explique que beaucoup d’artistes de l’Inde coloniale appartenaient au Bund et refusaient d’être anoblis par l’empire britannique, qui pratiquait une politique d’anoblissement afin de se ménager des appuis locaux : les artistes du Bund refusaient car ils voulaient rester des artistes populaires, proches du peuple et de ses goûts. Ce faisant, ils invoquaient – ce que je trouve curieux – l’exemple de la politique culturelle ottomane. Fasciné de m’entretenir avec un membre d’une telle société historique, je lui dis ce qu’évoque pour moi le Bund, et que je les imagine organisant des cérémonies solennelles commémorant le souvenir des grands événements du passé ; touché par ses paroles, il me prend la main et la garde. Le fait de marcher main dans la main avec un homme m’embarrasse un peu mais compte tenu de sa bonté je n’ose retirer ma main de crainte de le froisser.

Nous continuons de traverser la librairie. Après m’avoir offert un polo de couleur kaki – en fait, il l’a commandé car ils n’avaient pas la taille XL dans cette couleur et la taille L risquait d’être trop juste –, me voyant compulser, pendant qu’il passait cette commande, de gros volumes d’un Who’s Who du sikhisme, un volume pour les Singh, un autre pour les Kaur, il m’offre un compendium du « qui est qui » dans le sikhisme contemporain. Le polo plus le livre, je me demande si cela ne dépasse pas les seuils permis par les lois anti-corruption de mon pays, puis je me rappelle que je ne suis pas concerné par ces lois.

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À l’occasion de la sortie de son dernier film, sur la guerre d’Indochine, un réalisateur français annonce la sortie d’une série de films par lui et d’autres réalisateurs visant à dénoncer « la froideur des époques sans guerre ».

Dans son film, un soldat français offre à sa fiancée un sac appartenant à l’un de ses amis, un autre soldat, mort au front. Il fait ce présent à sa fiancée au moment où les deux sont au lit. La fiancée fouille le sac et s’exclame : « Qu’est-ce que c’est que ça ? » Pour mieux voir, elle secoue le contenu du sac sur le lit, faisant tomber un anneau dont la présence avait échappé à l’attention du soldat. Il prend l’anneau et comme, dit-il, un anneau qui a été porté au doigt a pris la forme de ce doigt, pour que sa fiancée puisse le porter il cherche à déformer le cercle de l’anneau avec une lame de couteau.

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Je dois me rendre à une audience de jugement et m’y trouve accompagné de trois étudiants en droit censés me conseiller. Sur place on nous explique qu’un serpent très venimeux se trouve dans la salle mais que normalement tout devrait bien se passer. Nous entrons dans une salle entièrement vide, de gens comme de meubles, au milieu de laquelle se trouve le serpent. Nous nous asseyons chacun dans un coin différent de la pièce, à même le sol. Après quelques instants, c’est sur moi que le serpent jette son dévolu. Je cherche à m’en protéger à l’aide d’une couverture que je tiens devant moi, mais je vois la tête du serpent, parfois entière, parfois seulement ses yeux, qui ne cesse de chercher à me regarder par-dessus la couverture. Je n’ose faire de geste brusque pour chasser le serpent et dois supporter l’angoisse de cette épreuve. Je préfère donc me réveiller.

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En Corée du Sud, une firme a mis au point des poupées technologiques qui peuvent servir de jouets mais combattent aussi les démons surnaturels. Le petit garçon coréen de la famille où je loge possède une telle poupée, qui représente un petit garçon coréen à peu près de la taille et de l’apparence du garçon (l’originalité n’est pas encouragée chez les enfants coréens, qui s’habillent et se coiffent donc de la même manière). Une nuit, alors que nous regagnons nos chambres respectives en bavardant, il me dit, inquiet, que son robot n’est pas comme les autres. Je lui réponds que ce sont des jouets fabriqués à la chaîne et qu’il n’a donc rien à craindre.

Je me rends ensuite aux toilettes. Ce sont des sortes de toilettes turques, où, cependant, il ne faut pas s’accroupir mais s’agenouiller. La cuvette est obstruée par ce qui paraît être des rondelles de pomme de terre.  J’urine quand même mais la couche de rondelles de pomme de terre est plus résistante que je ne le croyais et empêche l’urine de s’évacuer au fond de la cuvette. L’urine se répand autour. Je dois attendre d’avoir fini d’uriner pour nettoyer cette cochonnerie indigne d’un étranger invité chez une bonne famille coréenne. Quand j’ai fini, je cherche d’abord à tirer la chasse, mais, alors que ça ne provoque aucun effet sur ce plan, cela fait jaillir violemment de l’eau de plusieurs canalisations de la pièce, y compris à travers les murs, inondant partiellement les toilettes.

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Quand un Ent se déplace dans la forêt, chacun de ses pas fait trembler les arbres aux alentours, qui ondulent au gré de sa marche, et leurs frondaisons se frottant rythmiquement les unes aux autres font un grand bruit de feuilles. Pour éviter de se trouver face à face avec l’Ent, il faut suivre les oiseaux et les autres animaux dans la direction de leur fuite.

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J’accompagne de mauvais gré M., V. et F. dans une galerie commerciale pour des courses. Dans le parking, F. (♂), qui conduisait, ouvre le coffre de la voiture et me tend d’abord mon manteau puis un pack de six briques de lait, si bien que, pour endosser mon manteau, je suis d’abord obligé de le poser par terre pour prendre le pack, puis de poser le pack au sol pour reprendre mon manteau et l’endosser. Le fait d’avoir dû poser mon manteau par terre accroît ma mauvaise humeur et je tiens ce discours à F. : « Tu n’as pas attendu que je mette mon manteau pour me donner le pack, de crainte que je parte ayant mis mon manteau sans prendre le pack, et c’est pourquoi j’ai dû poser mon manteau par terre. » Je lui reproche en outre son choix dans des termes philosophiques dont la cohérence m’échappe en écrivant ces lignes : le manteau et le pack de lait sont l’un l’objectif et l’autre le subjectif, il y avait un ordre à respecter que F. a méconnu, aveuglé par sa méfiance.

Entrant dans la galerie, nous passons d’abord devant une boutique de chaussures. V. me demande si j’ai des chaussures X (une certaine marque) et je lui réponds que non. Sa question m’irrite car elle sait, et elle sait que je sais qu’elle sait, que je n’en ai pas et n’en veux pas.

Quand nous traversons ensuite une librairie, F. me fait remarquer un rayon avec des livres d’occasion de la collection Poésie/Gallimard. Je vais regarder de quels titres il s’agit ; tandis que je m’attarde à cet examen, les autres continuent leur chemin et je me retrouve seul sans savoir comment nous pourrions nous retrouver dans la galerie commerciale.

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Je me trouve dans une petite pizzeria où le gérant ou bien patron fait à la fois le pizzaïolo et le serveur. C’est un homme moustachu, d’âge mûr, extraverti. Un autre pizzaïolo, jeune et maigre, entre. Les deux se saluent. Ils portent chacun un tablier blanc maculé de sauce tomate. Mon pizzaïolo toise le nouveau venu et lui lance : « Ce n’est pas de la pizza, ça ! » Ce qui peut avoir deux sens. Comme le rouge de la sauce tomate de l’un n’est pas exactement le même que celui de l’autre, le premier prétend que l’autre utilise de la mauvaise sauce tomate et donc ne fait pas de bonnes pizzas. Ou bien il insinue que les taches ne sont pas de la sauce tomate mais du sang. Cette dernière interprétation n’est pas forcément tirée par les cheveux car ici les pizzaïolos sont aussi des chasseurs de fantômes, et c’est d’ailleurs pour demander son aide dans une affaire de fantômes que le jeune pizzaïolo est venu trouver son aîné.

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Un jeune avocat, dans le bureau duquel je me trouve, doit m’aider en vue d’examens que je vais passer. Il me demande quel genre d’aide je souhaite. Question embarrassante car je pensais qu’il le savait mieux que moi. Devant mon hésitation, il propose de s’appuyer sur un manuel mais ce n’est pas ce que je souhaite car nous n’avons pas le temps de voir l’ensemble du manuel. Alors il me raconte qu’il est devenu célèbre grâce à une affaire de brevets hollandais. Son bureau, son costume indiquent l’opulence. Il parle d’ailleurs néerlandais, avec un fort accent, comme je peux m’en rendre compte au cours de la brève visite que lui rend son ancien client dans l’affaire des brevets et à laquelle j’assiste bien que cela ne me concerne en rien.

Le Néerlandais sorti, d’autres personnes entrent dans le bureau ; c’est un groupe qui vient trouver l’avocat pour une formation également, et l’avocat donne alors sa leçon comme si je faisais moi-même partie de ce groupe et que mes attentes étaient les mêmes attentes que celles de ces gens.

Au moment de la pause déjeuner, nous découvrons que le jeune avocat prodige habite toujours chez ses parents. Son bureau se trouve aussi chez eux. Une partie de la maison a été aménagée en cantine, séparée du jardin par une baie vitrée, où je vais manger avec le groupe de la leçon (mais nous sommes sans l’avocat). À table, au cours de la conversation, quelqu’un évoque les manières de dandy de l’avocat, la façon dont il a refait son nœud de cravate pendant la leçon, ce qui était prendre les gens de haut. On parle de son ascension fulgurante, quasiment dès son baccalauréat en poche.

Je dis que son domaine d’expertise est tout de même très pointu, puis demande à mes compagnons de table la raison pour laquelle ils sont venus le trouver. L’homme à côté de moi répond que c’est pour leur métier : ils doivent apprendre à vacciner les gens sans leur consentement, ce qui suppose quelques connaissances juridiques indispensables en cas de révolte. Il poursuit en racontant qu’il n’a d’ailleurs pas attendu d’avoir ces connaissances pour pratiquer, depuis des années, des vaccinations sans consentement, c’est-à-dire, dans les circonstances qu’il décrit, à l’insu des gens.

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Dans l’appartement de T., des gens sont réunis pour une rencontre du troisième type. À mon entrée on me conduit vers la baie donnant sur l’extérieur, où l’on me dit que « le Père » vient d’arriver. S’agit-il de Dieu ? Je vois dans la nuit, à la lumière d’une lune immense, les deux assis de dos, un adulte parler avec un enfant, tandis que des créatures plus indistinctes, des sortes de femmes chauves portant des collerettes, se tiennent à respectueuse distance. – S’agit-il du Père et du Fils ?

Pour en savoir plus, je m’approche du groupe de journalistes présents pour l’occasion. Le groupe est animé par un Indien (d’Inde) ventripotent en polo bleu marine qui fait les présentations. D’abord trois Espagnols, qui saluent les autres dans leur langue. L’Indien cherche en même temps à pratiquer des attouchements sur une jeune collègue qui semble par son apparence être de la même nationalité que lui ; quand, après avoir avancé et retiré sa main plusieurs fois, il la pose sur un sein de la jeune femme, celle-ci le rabroue en allemand. Je m’éloigne.

Une invitée m’informe que quelqu’un sonne à la porte d’entrée. Je lui demande ce qu’elle attend pour aller ouvrir mais, devant son air timoré, j’y vais moi-même. À la porte, je constate qu’il n’y a aucune poignée ni rien qui permette d’ouvrir depuis l’intérieur. Faut-il que je tente de passer le bout des doigts dans la rainure ? Au moment où je pose la main sur la porte, un vieil homme visiblement très excité fait irruption dans la pièce, m’obligeant à reculer – c’est la personne qui sonnait. Pensant que c’est un voisin venu se plaindre du bruit, je m’apprête à l’éclairer sur les événements très importants pour l’humanité qui sont en train de se produire dans cet appartement, mais il brandit sous mon nez du matériel de BTP pour me faire comprendre que c’est lui qui a retiré la poignée intérieure de la porte. Il me traîne au-dehors pour me montrer quelques autres travaux clandestins, à savoir plusieurs boutons électriques près de la porte, boutons dont je ne vois du reste pas comment ils pourraient permettre d’ouvrir de l’intérieur, donc comment ils sont censés remplacer la poignée retirée.

Alors que je me dégage des griffes du vieux fou, un grand bruit se fait entendre, comme d’une soucoupe volante. J’espère que nos visiteurs du troisième type ne sont pas déjà repartis. Voyant passer la pharmacienne, je lui demande où se trouve T. Elle m’invite à la suivre et me conduit à l’entrée de l’immeuble, où une ambulance s’apprête à recevoir T. inanimé dans un fauteuil roulant. Il a subi un choc en rapport avec la rencontre du troisième type.

Alors que nous retournons à l’appartement, je dis à la pharmacienne : « Depuis le premier jour où je vous ai vue à la pharmacie, sans le vouloir souvent je pense à vous… » Elle répond : « Ah oui, finalement. » Puis : « Mes enfants… » Ces derniers mots mettent fin au rêve.

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K., la femme que j’aime dans ce rêve, une femme que j’ai aimée dans la vie, un amour d’enfance, me dit qu’elle m’aime. Aussitôt je me fais la réflexion que ce n’était pas à elle de le dire, que ce n’est pas ainsi que les choses doivent se passer ; en même temps, je commence à la trouver grassouillette, à percevoir chez elle un défaut physique. Mais je ne veux tout de même pas mettre un terme à notre histoire. Je dois accomplir deux choses. La première est de renoncer aux autres filles, qui précisément à ce moment-là deviennent plus pressantes et ne veulent plus me laisser libres un seul moment. Sans renoncer à toutes les autres possibilités de couple, je ne peux pas former un couple avec K. La seconde est de renoncer à mes amis, à la bande que nous formons, où chacun, moi compris, semble en fait n’aspirer qu’à se détacher pour former un couple à part, et pourtant… Et pourtant, quand vient l’heure du couple à part, cela ne semble pas du tout être un choix évident.

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Je suis soumis à l’épreuve de la castanescence, un monde végétal spongieux qui se matérialise dans la nuit d’une cellule de donjon, monde de végétation mais en même temps de chair – le terreau où pousse cette végétation luxuriante – et qui provoque une soif intense. Quand, au sortir de cette cellule, je me désaltère, la désaltération même me fait marcher de travers, si bien que les habitants de ce pays où je suis étranger me prennent pour un ivrogne, alors que je n’ai bu que de l’eau.

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À l’aéroport, dans un pays arabe du Golfe où je viens en touriste.

Mon billet d’avion comporte un code commençant par pé té lé, qui se lit comme « Pétez-les ».

Sur le chemin entre l’avion et le carrousel à bagages, je suis alpagué successivement par plusieurs représentants qui me parlent d’attractions touristiques locales dont le but est de « faire connaître l’islam » ; je les écoute et prends leurs prospectus. Dans la queue pour le contrôle des passeports, je me trouve derrière un couple de jeunes touristes français et, les entendant parler de l’une de ces attractions, je les aborde pour partager avec eux la réflexion suivante : « Si les pays musulmans font du prosélytisme religieux auprès des touristes tandis que les pays chrétiens ne le font pas de leur côté, il n’y a pas de réciprocité. » Les deux jeunes n’apprécient pas trop ma remarque. Le garçon me répond qu’il n’y a pas de pays chrétien, la France, par exemple, est un pays séculier. Je ne lui donne pas tort, ajoutant simplement : « Du reste, si j’ai été alpagué par ces représentants pour leurs attractions prosélytes, c’est sans doute que je dois avoir l’air d’un professeur susceptible d’être intéressé par des sorties culturelles. »

Je monte dehors dans la navette qui doit me conduire à mon hôtel. La navette démarre alors que je suis en train de regarder son circuit sur la partie supérieure de la cloison, si bien que, surpris, je m’affale sur une passagère, lui présentant mes excuses et demandant si je ne lui ai pas fait de mal, en anglais. Elle n’a rien.

Mon hôtel se trouve au premier arrêt de la navette. C’est un arrêt en hauteur, qui surplombe l’hôtel composé de deux tours de verre viride sombre, quasi noir, jointes par une arrête commune. L’hôtel est enchâssé dans un écrin de végétation luxuriante, comme une oasis, et dans cette région désertique cette forêt de palmiers est sans doute arrosée par un important système d’irrigation. Un site magnifique.

Je m’engage dans l’escalier en pierre qui doit conduire à l’entrée mais après quelques marches l’escalier cède la place à une échelle verticale de plusieurs dizaines de mètres de hauteur le long de la façade de l’hôtel. Il me semble étonnant que l’on force le client à descendre une échelle. Le long de l’échelle pend un gros fil en plastique blanc que je suppose servir d’appui pour la main lors de la descente mais, quand je le touche, il en jaillit de l’eau et je comprends qu’il s’agit en fait d’un élément du système d’arrosage. L’échelle paraît d’ailleurs donner en contrebas sur une arrière-cour plutôt que sur une entrée. Je me suis donc égaré dans des parties réservées au personnel.

Après avoir resserré le tuyau pour ne pas laisser fuir davantage l’eau, je considère ma situation présente : dois-je, étant en somme suspendu au-dessus du vide (ce qui habituellement me donne le vertige, bien que ce ne soit pas le cas ici – c’est un progrès), appeler à l’aide ? Si j’appelle à l’aide, des touristes empruntant l’escalier finiront bien par m’entendre et me prêteront secours, mais n’est-ce pas de nature à gâter un tant soit peu leur plaisir de touristes ? Je décide au bout du compte de m’en sortir seul et reviens donc à mon point de départ, à savoir l’arrêt de la navette.

Empruntant de nouveau l’escalier, je me colle dans les pas d’autres touristes, en regardant bien où je mets les pieds plutôt que les beautés du paysage qui se révèlent depuis l’escalier en colimaçon et dont les touristes s’ébaudissent. Je parviens enfin à l’entrée de l’hôtel, le Vihai Thai, un grand hôtel thaïlandais. L’intérieur est exotique et feutré, avec peu de va-et-vient, extrêmement à mon goût. Mais je me rends compte que j’ai laissé ma valise en haut de l’escalier.

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Avec T. j’arrive à la garden-party de L. Quand nous la saluons, L. nous dit : « Nous sommes cent-vingt. » T. exprime sa satisfaction que ce soit « sans vin », car elle est abstème, mais nous voyons L. ressortir de son cellier avec une de ces grandes bouteilles de champagne aux noms babyloniens.

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Le comique amoureux, quand on lui demande ce qu’il pense de son amour non partagé, répond : « Je suis un acteur comique, quand je suis ridicule je ne suis pas ridicule. » – Avec dans le rôle de l’acteur comique Pascal Légitimus.

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En France on ne brûle pas les livres, seulement les auteurs.

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Je veux sortir avec ma carabine pour m’exercer au tir mais je me rends compte que si je sors en ville avec une carabine la police m’arrêtera car il n’est pas permis de s’exercer au tir en ville. Il faudrait que j’aille à la campagne mais j’habite loin de la campagne et ne sais pas comment y aller.

Alors je sors avec ma carabine sur le balcon. En bas passe une femme noire. Je cache aussitôt mon arme derrière la balustrade en la tenant contre mon bassin les deux bras étendus le long du corps, car si une personne de couleur voit un Blanc avec une arme cela peut donner lieu à une enquête pour tentative de meurtre. Je reste immobile en regardant passer la femme, qui porte une minijupe. Comme elle doit gravir un talus, j’observe s’il ne va pas m’être donné de voir sous sa jupe.

Puis je me promène sur le balcon, un balcon collectif qui fait le tour de l’immeuble. Alors que tombe le soir, un voisin sort sur le balcon d’un immeuble en face et se met à chanter. C’est un chanteur noir apprécié dans le quartier et des voisins sortent à leur tour sur leurs balcons pour mieux l’écouter. Entouré de voisins, je m’assois comme eux, ce qui est aussi un moyen de cacher ma carabine au plus grand nombre de gens possible.

Je ne me souviens pas si elle est chargée, or en cas d’enquête pour tentative de meurtre contre le chanteur noir il vaudrait mieux pour moi qu’elle ne le soit pas. J’ouvre la carabine discrètement et trouve un plomb logé dans le chargeur (c’est une carabine à plomb). Je réfléchis au moyen de retirer le plomb sans me faire remarquer car si un témoin me voit décharger une arme en présence d’une foule avec des personnes de couleur, je suis bon pour le tribunal car c’est l’indice (il y a de la jurisprudence là-dessus) que je voulais commettre un meurtre mais que la présence impromptue de la foule m’en a empêché et que j’ai alors eu peur.

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En sortant de la bibliothèque, je croise dans les couloirs de l’université V. et un autre, qui me demandent quel est le livre que j’ai sous le bras. C’est un livre sur l’histoire des Goths que je n’ai pu m’empêcher d’emprunter alors qu’il est grand temps que je me consacre entièrement à la philosophie, leur dis-je, car l’histoire est, comme l’a dit Nietzsche, une passion mauvaise et, comme l’a dit Kierkegaard, une science d’approximation seulement, une distraction, une dissipation.

Nous sortons et marchons sur une allée ombragée par des arbres en fleur dont commencent à sortir les fruits, ce qui attire dans leurs frondaisons un grand nombre de mésanges à tête claire. Un grumeau de fruit me tombant sur un doigt, je tends le bras pour m’en débarrasser en secouant la main mais, plus rapide que moi, une mésange se pose sur ma main et becque le grumeau. Voyant une intention de ma part dans ce geste fortuit, une intention de la nourrir, la mésange se pose ensuite sur le livre que je tiens et me présente son bec grand ouvert pour que j’y dépose d’autres morceaux de fruit. Évidemment son attente est trompée puisque le grumeau m’était tombé dessus par hasard, aussi se met-elle à picorer le papier sur la tranche du livre, par – est-ce croyable ? – dépit et mécontentement.

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Je suis jeté en prison avec un autre, appelons-le T. Notre cellule commune est séparée d’une autre par une vitre en plexiglas incassable à partir de la mi-hauteur du mur, si bien que l’on peut voir de l’autre côté. Les occupants de l’autre cellule sont une femme, qui vient aussitôt nous parler près de la glace, et son mari. Au cours de la conversation, je constate que la glace est mal fixée et qu’il est possible de la soulever, ce qui nous permettrait non seulement de passer à volonté d’une cellule à l’autre mais aussi (ce qui paraît moins évident au réveil) de nous évader de prison. Mais pour cela il faut que le mari soit de la partie et nous aide à soulever la vitre, autrement trop lourde. Craignant les conséquences d’une évasion manquée, il hésite quelques instants.

Nous sommes à présent dans les couloirs de la prison. Je dis : « Les deux en costard devant ! » Il s’agit de T. et du mari : leur costume cravate rendra plus douteux pour les gardiens que nous croiserions le fait que nous sommes des fugitifs. Le mari, là encore, est réticent car, placé devant, il a plus de chances d’être appréhendé, mais il comprend l’intérêt de cette manœuvre et s’y soumet.

Un gardien cherche à vérifier notre identité mais nous passons outre en courant. T. et moi parvenons à la sortie et nous courons à présent dans les rues d’un village méditerranéen, le soir. Je dis à T. qu’il nous faut trouver une maison où nous cacher pendant quelque temps, surtout lui, avec ses cinq enfants, même si quatre d’entre eux sont déjà des voleurs devant de toute façon finir en prison.

Nous débouchons, dans un crépuscule rouge pâle, sur une place de village où se trouve une famille en combinaisons de cosmonautes, y compris les enfants. Nous leur demandons d’avoir l’amabilité de nous indiquer une maison libre que nous pourrions louer. Sans parler ils indiquent du doigt en contrebas un quartier d’immeubles HLM. Un avion de chasse passe au-dessus et largue une bombe sur le quartier, puis un second avion fait de même. Le quartier est en cours de démolition (c’est la raison pour laquelle ces braves gens portent des combinaisons spatiales, pour éviter toutes retombées radioactives ou autres) : nous ne cherchons donc pas au bon endroit pour nous loger.

Je montre à T. une maison qui vole dans le ciel à présent nocturne, fuyant la destruction par les avions de chasse. « C’est comme dans La maison qui s’envole de Claude Roy ! », dis-je. (Ce roman pour enfants illustré est un vieux souvenir, je ne l’ai pas lu mais je me souviens que c’était le n° 1 de la collection Folio Junior.)

T. et moi quittons les lieux. Nous passons devant un muret sur lequel se tortille un éléphanteau avec dessus un garçonnet thaï portant la natte de cheveux traditionnelle sur son crâne rasé. Intrigué, je m’arrête. En caressant la tête de l’éléphanteau, ma main passe un instant sous le garçonnet et je constate qu’il est en réalité d’un poids colossal (c’est une sorte de djinn) et que l’animal souffre sous lui. Je comprends alors que tout dans ce rêve n’est qu’un parc d’attractions : la prison factice où l’on s’amuse à s’évader, le spectacle de la destruction d’un quartier HLM, la maison qui vole, et la prochaine attraction nous attend, avec entre les deux ce petit éléphant, qui n’a même pas été considéré digne d’être une attraction à part entière et fait office de spectacle subalterne au milieu des attractions principales. Je suis attristé par cette exploitation sans cœur d’un animal si bouleversant.

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Y. (♂) et moi venons d’emménager en colocation dans une péniche. Un soir que je rentre sous une pluie torrentielle, je marche le long du quai sans retrouver la péniche. Je marche jusqu’à une sorte de galerie couverte, mais ouverte aux quatre vents, où se trouvent quelques boutiques, comme un marchand de hot-dogs. Ce lieu m’indique que j’ai depuis longtemps dépassé la péniche. M’y abritant de la pluie, je téléphone chez nous depuis une cabine. C’est Sophie qui répond. Une femme noire et sa fille Sophie sont également colocataires dans la péniche. Sophie me dit que la péniche est à sa place habituelle. J’ai donc dû passer sans la reconnaître à cause de la pluie et de l’obscurité.

Je décide de retourner à la station de métro, où ce rêve a commencé, non pas en revenant sur mes pas mais en prenant une péniche de transport public. Il fait jour à présent. Je monte dans la péniche et me plonge dans la lecture d’un journal. Je lis un long article sur la carrière et la vie d’un journaliste sportif célèbre qui vient de décéder, le genre de chose qu’il faut s’attendre à trouver dans un journal et pour lequel j’ai la plus grande indifférence. Dans cette péniche bondée je ne peux rester assis sans rien faire, mais lire le journal est une occupation dégradante.

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Sans titre, par Cécile Cayla Boucharel

Guerre du Vietnam : Poèmes

Les trois poèmes thématiques suivants sont tirés, pour le premier, du recueil Le Bougainvillier (2011) (x) et, pour les deux autres, de La Lune chryséléphantine (2013) (x), recueils où ils sont parus dans une version un peu différente (et moins satisfaisante).

Le titre du premier, Wiat-Nam, est une façon de rendre le nom du Vietnam tel qu’on peut l’entendre prononcer en Asie du Sud-Est (oui-at-nam), notamment en Thaïlande (peut-être aussi au Laos et au Cambodge).

Les marsouins et bigors du premier vers de ce sonnet sont les noms en argot militaire de troupes coloniales françaises (anciennement de la Marine) pendant la guerre d’Indochine – les « marines » français, si l’on veut.

Le troisième poème est tiré d’une histoire vraie.

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Wiat-Nam

Les marsouins, les bigors fuyant ces fondrières,
L’Amérique envoyait sa jeunesse au combat,
Ouvriers, paysans, contraints au célibat
Le temps de s’accomplir en prouesses guerrières.

Débusquant l’ennemi hors de ses taupinières,
L’étudiant cessait de tout mettre en débat ;
S’il mourait ou rentrait cassé sur un grabat,
Éteintes, mère et sœurs témoignaient être fières.

Leur lot, à ces soldats, en longs mois meurtriers,
C’était la vision des bois incendiés,
Des corps coupés en deux par l’éclair des rafales ;

Tels qui pouvaient montrer au pandémonium
Sous un masque boueux des mines triomphales
Étaient brûlants de fièvre et bourrés d’opium.

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Nuage d’hélicoptères

Guerre du Vietnam

C’est un fracas sans nom de moteurs surchauffés :
Véloces, projetant leur noire silhouette
D’insectes monstrueux sur la forêt muette,
Ainsi que des frelons furieux, assoiffés
En essaim ravageur, les Iroquois vrombissent.
Ils emportent au loin dans leurs ventres d’acier
Les soldats qui s’en vont vers l’éclatant brasier,
Les jeunes appelés qui lentement fourbissent,
Songeurs et recueillis, leurs fusils-mitrailleurs.

Le pilote sans traits, casqué jusqu’à la bouche,
A les yeux irisés d’une tête de mouche ;
Et des flancs de la bête en vol, les artilleurs
Ajustent menaçants des canons d’armes lourdes
Où, comme des serpents de métal, et sans fin,
S’engouffreront, rageurs, pour assouvir leur faim –
À l’heure du combat, des explosions sourdes,
Des cris désespérants, des mutilations –
Les anneaux déroulés des longues cartouchières,
Comme une offrande horrible, avec force prières
Obscènes, gestes fous et prosternations,
Qu’on jette dans la gueule infâme d’une idole,
D’un four cyclopéen crépitant et crachant
Du feu, de la fumée et du sang, et prêchant
L’extermination…

                               Mais cet essaim qui vole
Sur le tapis crépu, monotone, infini
Des arbres saturés d’aurore tropicale,
Est guetté par l’immense ordure stomacale :
Ce grouillement de mort, d’horreur indéfini
Éjecte en continu de son gras spermophore
L’immonde envoûtement qui subjugue et confond ;
Cet océan de nuit végétale, sans fond,
Est, géante et fatale, une fleur carnivore.

*

Retour au civil
ou l’histoire d’un tueur en série

Poème naturaliste

Né pour tuer. C’était griffonné sur son casque.
En trois ans de Vietnam, féroce, il parcourut
L’immonde pourrissoir comme un rêve fantasque,
Entre spasmes de haine et cris d’ignoble rut,
Du nauséeux ruisseau des venelles sordides
Aux rizières de fange où la mitraille pleut,
De la fiévreuse halle à pauvresses candides,
Où l’instinct surmené flétrit autant qu’il peut,
De Bangkok, base arrière et marché d’héroïne,
À Saïgon, bordel sans lumière du jour,
Du camp d’entraînement et brute discipline
Sur le plateau désert et brûlant comme un four
Aux culs-de-sac piégés dans la jungle mauvaise.
Il vit ses compagnons mourir, indifférent,
Leurs viscères jaillir et flotter sur la glaise
Quand les corps piétinés s’engluaient en pleurant,
Sans un instant cesser de décharger son arme
En rafales d’éclairs au cœur de la forêt,
Contraint de maintenir l’impétueux vacarme
De la destruction aveugle, sans arrêt,
À moitié submergé, tapi dans sa cachette,
Entouré d’agonie, encerclé comme un loup,
Cramponné jusqu’à l’os à la mince gâchette,
Certain, s’il la quittait, de périr sur le coup,
Jetant un mur de feu contre un diable invisible,
L’ennemi savamment répandu, morne et dur,
Dont il était le but, dont il était la cible,
Dont il devait répandre à flots le sang impur.

Trois ans. Il survécut. La démence infernale
Du pandémonium l’absorba tout entier.
L’extrême violence et la mort machinale
Devinrent sa routine, et l’excès un métier.
On le rapatria, lesté d’une médaille
Et de plomb dans le corps, balafré sous l’œil droit,
Pour jouir en civil de l’inepte grisaille
D’un quartier misérable et sinistre, à Detroit.
Ses nerfs accoutumés aux chocs d’adrénaline,
Brusquement, en réponse à la sous-tension,
Giclèrent au cerveau l’infâme vaseline
D’un délire assassin ; dans l’aliénation,
Malade et comprenant que les prostituées
N’apaisaient plus ses sens d’animal prédateur,
Il les imaginait à sa merci, tuées,
Détruites par son poing d’acier dominateur.
Se gorgeant de plaisir à ce songe morbide,
Il le réalisa : sur le reste sanglant,
Il sentit son cœur battre et dans sa tête vide,
Une paix de sépulcre, et sourit, pantelant.
Tel était le moyen de coller au marasme :
Trouver une victime au hasard, torturer,
Dans les boyaux fouiller† parvenant à l’orgasme,
Déchirer lentement un corps, faire durer
L’acte monstrueux, puis, mettre le crime en scène,
Monter pour le public un spectacle hideux,
Un cadavre en morceaux, toute une histoire obscène,
Macabre et légendaire, immonde, un pas de deux
Totalement pervers et sadique. Se taire.
En marchant dans la nuit s’en retourner chez soi,
Sur le vieux canapé, morose et solitaire,
Rasséréné, gavé d’un écœurant émoi.
Repu pour quelque temps, il retrouvait les gestes
Du morne quotidien ; jusqu’à ce qu’à nouveau,
En spasmes étouffants, en tremblements funestes,
Rampe son cauchemar de la moelle au cerveau.
Souvenirs repoussés, tentations éteintes
Émergeaient du bas-fond, si captivants toujours ;
Son esprit colorait ces images déteintes
D’envoûtements nouveaux, de parfums chauds et lourds ;
Il revivait pantois chacun des paroxysmes
D’un parcours effréné jonché de promeneurs,
Des heures et des nuits d’intimes cataclysmes,
De volupté, d’amers désirs accapareurs.
Il reprenait alors sa chasse pyrétique,
L’aspect cadavéreux d’un junkie aux abois,
Soit dans la ville, soit sur la route élastique,
Aussi loin que requis par le hasard, sans choix,
L’occasion toujours récompensant sa quête :
Homme ou femme inconnue, au moment désigné,
Au lieu le plus propice, et la future enquête
Stagnerait. – Ô le bras vengeur s’est résigné !
Selon ce processus de pulsion fatale,
Combien massacra-t-il, sans crainte, d’innocents ?
Suivant des rituels d’abjection mentale,
Un culte primitif d’holocaustes grisants,
Dans son halluciné délire cannibale
Il gravit des sommets d’abominable ardeur,
Forçant sa cruauté vicieuse et brutale
Par des dévotions de sacrificateur.
Un jour que l’obsédant ainsi qu’un chien aboie,
Sa psychose, son joug fanatique d’horreur
L’avait précipité tendu sur une proie
Qui réussit à fuir en hurlant de terreur,
On mit la main sur lui ; l’appétit du carnage
Avait à ce point crû dans ses nerfs détraqués
Qu’il ne contrôlait plus ses mouvements : en nage,
Convulsé, gargouillant des sanglots suffoqués…

Né pour tuer ; c’était griffonné sur son casque.
Il aurait mieux valu, pour ce triste conscrit
Qui ne put recouvrir son instinct du vieux masque,
Que la guerre durât toujours. C’était écrit.

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Parmi les multiples attraits du plaisir sensuel éprouvé par les tueurs psychopathes et cannibales, figure certainement en bonne place le « mouvement vermiforme des intestins », que je trouve ainsi décrit par l’immortel Kant : « si on les arrache encore chauds hors de l’animal et si on les coupe en morceaux, ils rampent comme des vers, dont on peut non seulement sentir, mais encore entendre le travail » (Le Conflit des facultés, troisième section).

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Couverture de la revue NAM L’histoire vécue de la guerre du Viet-Nam n° 10 (années 90)

Diérèses (par ordre d’apparition)

(Nous n’indiquons que les diérèses inhabituelles, étant entendu que la plupart des lecteurs prononceront spontanément ou-vri-er, trois syllabes (idem pour meurtriers), et non deux, ou-vrier, au demeurant difficile à prononcer bien qu’on trouve des synérèses de ce genre dans la poésie française du temps de Corneille.)

L’é-tu-di-ant (4 syllabes)

vi-si-on (3)

in-cen-di-és (4)

pan-dé-mo-ni-um (5)

o-pi-um (3)

si-lhou-ettes (3 en fin de vers, e final non compté)

fu-ri-eux (3)

ex-plo-si-ons (4)

mu-ti-la-ti-ons (5)

pros-ter-na-ti-ons (6)

L’ex-ter-mi-na-ti-on (7) (je pense qu’on a compris le principe avec les mots en -tion/-sion et n’indique donc pas les suivants)

vi-o-lence (3, l’e final est élidé dans le mot suivant « et »)

jou-ir (2)

vi-ci-euse (3, l’e final s’élide dans le mot « et » qui suit)