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L’influenceuse au Bangladesh

L’influenceuse était partie au Bangladesh,
Conduisait un touk-touk dans la verte campagne.
Courrouça-t-elle Indra, l’Âtman ou bien Ganesh ?
Je ne sais : un scooter la suit, comme une aragne
Accourant aux frissons d’un moucheron glué.
On s’arrête ; approchant, un jeune asexué
Demande à cette miss, que le rapport conturbe,
Si, prise d’un désir soudain et sexuel,
Elle veut se donner à ce galant formel.
C’est non. Le voilà donc, filmé, qui se masturbe.

*

Vraiment, quelle aventure, ô blonde influenceuse ! –
Le galant s’approcha, son casque de scouteur
Encore sur la tête, en chemise poisseuse
Et short sportif, son œil bovin et séducteur
Étincelant ainsi qu’une agate sculptée ;
Souriant, convaincu, de cette voix flûtée
Qui sied à l’homoncule et non à l’homme fait,
Tout en dodelinant il s’offrit aux bouffées
De la miss, devant lui vainement étouffées.
L’onanisme exhibeur rendit l’instant parfait.

*

Le douteux céladon, avec un grand sourire
Où brillait la plus vaine et fantastique erreur,
S’approchant, convaincu d’être, dans son délire,
Du vaste panthéon le dieu le plus charmeur,
Demanda : « Voulez-vous avoir avec moi sexe ? »
Mais devant le dégoût expressif et réflexe
De la dame, son groin aussitôt s’assombrit,
Et, passant des égards flûtés au lourd silence,
Oublieux de l’apprêt filmant sa pétulance,
Amer et bestial, l’amant se découvrit.

*

Épilogue

De plus intelligents, plus beaux et plus instruits
Que ce drôle ont connu la funèbre navrance
De manquer du bon sens le plus simple : j’en suis
De ces fous déclarant leur flamme sans prudence
Et croyant s’illustrer quand l’échec était sûr,
Demandant le bonheur en allant droit au mur.
Notre discernement aboli, c’est en pitres
Que nous nous présentons devant notre destin. –
Le reste, concernant ce funeste mâtin,
Relève du pouvoir des compétents chapitres.

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BONUS

Égout de Jules Vallès

Vallès de Condorcet : cette noblesse vaut
Bien l’autre. Cet auteur, cet écrivain de taille
-crayon, par un beau jour se dit, pensant : Il faut
Que je montre comment on tient la valetaille.
La Commune allait mal. Là-bas le Panthéon,
Qu’en nos jours un MacDo touche, et force néon,
Suscitait de l’aigreur chez quelques communistes,
Qui clamèrent, à cran : « La poudre à ce caillou ! »
Mais Vallès entendit et sauva le bijou,
Dénonce à ses lecteurs ses laquais terroristes.

Red Hook : Poème

Des fjords vastes de brume où la mer est de glace,
Des monts abrupts plongeant dans l’océan gelé,
Des hauts-fonds où la nuit irise la nef lasse,
Dans le vent fustigeant le front échevelé,
Il arriva, pêcheur des abîmes polaires ;
Et son œil d’eau guettant les altiers stercoraires
Un jour vit se dresser les tours à l’occident.
Baluchon sur l’épaule, en bas, dans l’ombre épaisse 
Du port cyclopéen où son vaisseau le laisse,
Il s’engouffre, d’un pas massif, indépendant.

II

Le grimpeur des haubans sous les vagues énormes,
Dans les vents acharnés à démonter les mâts,
Menaçant de réduire en squelettes informes
Les vaisseaux ballottés, le grimpeur des frimas,
Des ouragans hurleurs, de l’éclair des tempêtes,
Dans le ciel maintenant marche sur les arêtes
En métal dont on fait les ninivites tours.
Et, dressés sur le sol, ces échafauds ogresques,
Pour l’écheleur des mers hautes, funambulesques,
Sont comme des parquets et le pavé des cours.

III

Un jour c’est l’accident – à terre ! –, un pied broyé 
Par la chute d’un ais, le travail impossible,
Ce grand corps ne sera plus jamais employé.
Et ses droits incertains, dans un monde impassible
Qui de lui se détourne, en peu ne sont plus rien.
On vit donc ce boiteux, aboyé par un chien,
Entrer dans un taudis par une nuit sans lune,
À Red Hook, où finit le décombre des fjords.
Quand d’autres d’un commun ancêtre sont mylords
Du dollar, investis maîtres de la fortune.

IV

Et puis l’on a rasé les taudis, fait en dur
Des maisons où bientôt s’entasse une autre lie,
Tout ce que l’univers cache de plus obscur
Emplit ces murs, grouillant de haine et de folie,
Avide, méprisable, à l’air libre un égout
Donnant à Lovecraft y passant du dégoût.
Et le rude marin des abîmes polaires,
Le géant bâtisseur des Woolworth colossaux,
Qui n’est plus qu’un fantôme aviné des ruisseaux,
Meurt sous les coups de pied de gueux patibulaires.