Category: Français

Philo 32 : Un mot de la mort relative

ÉPISTÉMOLOGIE

Le savant est non savant dans tout autre domaine que sa petite spécialité. La remarque de Jean Rostand est de la suffisance.

« À la différence d’Oppenheimer, je ne pense pas que les non-savants soient désormais condamnés à ignorer les grandes conclusions – toujours provisoires – de la science. Mais ce qui leur est quasiment interdit, c’est d’avoir un avis, de porter un jugement. » (J. Rostand, Carnet d’un biologiste) (Philo 31)

*

Hugo Dingler explique que la théorie de Maxwell, bien avant la relativité générale, introduisit le « mathématisme » dans la physique : on se contente désormais de rendre les résultats des mesures expérimentales en équations mathématiques sans se soucier d’en donner une interprétation ou explication intuitive (anschauliche Erklärung). – Cela ne change évidemment rien au fait que les savants sont non savants hors de leur domaine : ce n’est pas le mathématisme qui est cause de l’ignorance des spécialistes.

*

Zénon d’Élée : je ne peux penser le vécu. Pour qu’un objet aille d’un point à un autre dans ma représentation, je dois oublier la divisibilité de l’espace à l’infini, une loi nécessaire de l’espace mathématique. Ne pas penser pour comprendre. Penser s’oppose à comprendre.

*

Si le monde physique est fini (Aristote, Mainländer), peut-on avoir l’expérience de cette finitude ? Et quelle pourrait être cette expérience ? Nous verrions la limite de la totalité physique, nous toucherions la fin au-delà de laquelle il n’est rien et pourtant si quelque chose nous empêchait d’avancer plus avant la main ce serait comme une limite physique séparant deux milieux physiques. Il n’y a pas d’expérience possible de la totalité physique, ce qui revient à dire que le monde physique ne peut être fini. Le monde est une simple idée.

Aucun raisonnement (par exemple, le monde est une somme de forces finies, donc est lui-même fini) ne peut rendre possible l’expérience du monde en tant que totalité. Le raisonnement qui se sert des catégories de l’expérience possible pour tirer des conclusions au-delà de cette expérience, c’est la vieille métaphysique.

*

ESTHÉTIQUE

On comprend mieux la nature du marché de l’art contemporain quand on sait qu’il existe pour les riches un marché des livres anciens avec autographe, ou comment réduire un livre à sa page de titre. Tout comme dans ce dernier marché le livre n’a pas la moindre importance, que dis-je ? la littérature tout entière n’a pas la moindre importance, l’art n’est rien dans le marché de l’art.

Il est peut-être outrecuidant, de la part d’un philosophe, sachant qu’un philosophe est toujours plus ou moins tenté de bannir les poètes, de dauber ainsi sur ce plaisir de riche alors qu’il est possible qu’une véritable émotion esthétique en soit à l’origine, qu’une véritable émotion esthétique soit comme une lumière dans la vie sinistre d’un riche ; et pourquoi dénigrer la seule façon d’hommage dont le riche soit capable, l’hommage monétaire, au prétexte que celui-ci porte sur une chose aussi futile qu’une signature ? Le riche qui acquiert la signature d’un auteur n’a de cet auteur rien de plus que ceux qui lisent les livres, et même plutôt moins car il n’est pas certain qu’il lise, mais la mémoire du poète n’est-elle pas grandie par ces transactions, quand ses livres sans autographe doivent être vendus au kilomètre ou bien bennés ?

*

Il est établi que la promotion d’au moins l’une des composantes majeures de l’art contemporain, l’expressionnisme abstrait, fut un instrument de l’agence d’espionnage nord-américaine, la CIA, dans la guerre culturelle contre le réalisme socialiste, qui n’est autre qu’une forme d’académisme ou de pompier.

Le futurisme italien a directement inspiré le dadaïsme et, via celui-ci, le surréalisme, dont les accointances idéologiques sont connues, mais les futuristes italiens, à commencer par Marinetti, dénonçaient la poussée du communisme comme un phénomène d’épuisement ou de lassitude après la Première Guerre mondiale, tout en rejetant le passéisme artistique et littéraire, et notamment le culte des musées. On comprend qu’un tel mouvement pût naître en Italie, depuis toujours la proie de cette engeance, le touriste, qui voudrait que l’Italie ne fût qu’un champ de ruines : de belles ruines romaines mais en somme des ruines.

*

Le tripot littéraire

Jean-Jacques Rousseau parlait du « tripot littéraire ». Nous sommes plus dans le freak show, le cirque des monstres, un Barnum de foire. Le succès littéraire fait penser à ces détenus qui trouvent à se marier, en prison, parce que les gens se bousculent pour voir des tarés célèbres.

Leurs livres mêmes, à ces détenus, tueurs, psychotiques, se vendent si bien que les États doivent passer des lois pour interdire ces ventes ou pour que les revenus en soient versés à d’autres, comme des associations de victimes. C’est le véritable prototype des gens de lettres, ou, disons, le modèle des maisons d’édition, qui font les gens de lettres. (Les gens de lettres sont des employés de maison d’édition. Un exemple en est cet écrivain salarié 2.200 euros par mois par son éditeur en échange des livres qu’il écrirait ; il avait droit à ce salaire ainsi qu’à une secrétaire peut-être payée autant que lui.)

*

PHILOSOPHIE POLITIQUE

« [L]a crise engendrée par la COVID-19 a déstabilisé de nombreuses personnes en perte de repères dans une société complexe, interconnectée où l’information côtoie la désinformation. » &

« Il convient tout de même de souligner que chacun peut déterminer lui-même le contenu de ses représentations intellectuelles et politiques. Tout individu a le droit de douter, de s’interroger, surtout en cette période de crise sanitaire doublée d’une crise sociale. Cela relève de la liberté de pensée garantie tout aussi bien par l’article 10 de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen que par l’article 9 de la convention européenne des droits de l’homme. »

(Dernier rapport de la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires, la Miviludes : nous ne donnons que ces deux courts extraits pour ne pas encombrer notre blog avec une prose infâme ; ils montrent que la défense de la liberté d’expression, droit fondamental, est réduite à une clausule « tout de même », après que la Miviludes incite longuement le gouvernement –dont elle est un bras administratif–, de manière monomaniaque et vitupérative, à sévir contre les désinformations et les complotismes de toutes sortes, car la mission interministérielle définit à présent le « complotisme » comme une dérive sectaire.)

« Il convient tout de même de souligner… »

Ah, « tout de même » ! Remercions les auteurs du rapport pour ce « tout de même » qu’ils feraient presque oublier. Pour résumer, nous avons donc : oui mais non mais oui mais non…  Une énième, si belle illustration de la loi pénale « claire, précise et intelligible » qui permet de dire à son sujet tout et son contraire. Et c’est surtout en cette période de « crise » que tout individu a le droit de douter, de s’interroger, dans cette période qui impose par ailleurs aux pouvoirs publics, selon ce même rapport, d’être particulièrement vigilants, c’est-à-dire répressifs, vis-à-vis de toutes formes de désinformations. Au fond, il y a ceux qui ont le droit et ceux qui sont manipulés et ce n’est pas leur faute, donc il faut sévir. Puisque ce n’est évidemment pas en même temps pour les mêmes, ce « tout de même ». Ce « tout de même », c’est en fait pour les fonctionnaires de la Miviludes. Eux ne sont pas manipulables, fragiles, dans le doute, impressionnables, voire manipulateurs, prédateurs, sectaires. Car eux sont payés par le gouvernement, c’est toute la différence avec le vulgaire pékin (vulgum pecus), qu’il faut protéger des « délinquants » qui propagent des paroles et des mots, oui, mesdames et messieurs, des paroles et des mots comme autant de chaînes pour la pensée libre qui plane dans l’éther administré. Tout de même. Ou est-ce plutôt « quand bien même » ? Quand bien même l’article 10 et l’article 9 disent ceci et cela, nous, nous, nous, nous pourchassons les délinquants, tous ceux qui croyaient que ces articles protégeaient leurs opinions délinquantes et leurs mots qui tuent. Car les mots tuent, au cas où vous ne l’auriez pas appris. C’est la liberté d’expression mais « tout de même » des mots qui tuent. Si les mots tuent, pourquoi nous faire croire à la liberté des mots, pourquoi nous faire croire que les mots sont libres ? – Quand des articles juridiques sont dans la catégorie « tout de même », c’est qu’ils n’existent pas.

(ii)

Poursuivons l’analyse de ce grand moment de philosophie cartésienne (du nom de Descartes, le philosophe qui a longuement disserté de la glande pinéale).

« Le complotisme est un mode de pensée antisystème qui s’appuie sur des arguments non falsifiables, c’est-à-dire qu’ils ne peuvent être ni prouvés ni récusés, ou sur une vérité partielle, soumise à une interprétation rationnelle mais erronée. »

Les « arguments non falsifiables », qui « ne peuvent être ni prouvés ni récusés », sont un emprunt à la thèse de Karl Popper selon laquelle, en gros, la science se fonde sur des arguments falsifiables, tandis que le marxisme et le freudisme s’appuieraient quant à eux sur des arguments non falsifiables. Une thèse parfaitement saugrenue. Eysenck a surabondamment récusé les arguments du freudisme, par exemple, et bien d’autres après lui. On peut ainsi écarter le complexe d’Œdipe du point de vue darwinien, par l’absurde : si le complexe d’Œdipe existait, les personnes qui en souffrent auraient un moindre succès reproductif, compte tenu de la moindre viabilité de la descendance des couples consanguins, donc le complexe disparaîtrait : un tel complexe ne pourrait avoir la moindre réalité que si l’évolution favorisait les couples consanguins, or c’est le contraire qui se produit, l’évolution s’oppose à la fixation dans une espèce de l’attraction consanguine (Thornhill & Palmer, 2000), et l’idée que chaque individu, au sein d’une espèce, devrait surmonter une tendance naturelle opposée à son intérêt reproductif n’a pas le moindre sens évolutionniste, de sorte que, au final, ou bien le freudisme (ici le complexe d’Œdipe) est vrai et la théorie de l’évolution est fausse ou bien l’inverse. Cette discussion a pour but de montrer que le freudisme, qu’on veuille ou non l’appeler une science, est complètement susceptible d’être ou bien récusé ou bien prouvé, comme n’importe quel ensemble de propositions, de quelque nature qu’elles soient. Mais les fonctionnaires de la Miviludes ne pensent pas. Pour eux, Karl Popper a posé une vérité d’école, il existe des arguments non falsifiables et la messe est dite. Que le gouvernement ait nié l’utilité des masques hygiéniques contre le covid-19 quand il n’y avait pas de stocks de masques dans le pays (en dépit des mesures adoptées à la suite des épisodes de grippe aviaire et porcine qui exigeaient la constitution de stocks de masques) puis qu’il ait imposé le port du masque une fois seulement que des stocks furent constitués, serait un argument non falsifiable ? Ce que nous disent, au fond, ces fonctionnaires, c’est que le gouvernement et son appareil répressif ont trouvé l’argument idéal pour supprimer toute forme de débat sérieux, à savoir qu’il existe des arguments non falsifiables qui, en tant que tels, ne pouvant être ni prouvés ni récusés, ne doivent jamais entrer dans le moindre débat. Le gouvernement aurait ainsi pour mission de traquer les arguments non falsifiables afin que le débat public n’en soit pas pollué. Or, mesdames et messieurs, les arguments non falsifiables n’existent pas, et le gouvernement traque un fantôme. La Miviludes se trompe lourdement si elle croit que son misérable argument a la moindre portée.

Si, par conséquent, le « complotisme » requiert, pour exister, des arguments non falsifiables, il n’y a pas de complotisme, seulement une autorité administrative en roue libre qui ne sait plus quoi produire pour protéger l’administration et le gouvernement de la moindre critique et du moindre examen. Un plaidoyer pro domo au mépris des libertés fondamentales.

Quant aux « vérités partielles », que la Miviludes décrit de manière vague et d’ailleurs contradictoire (de quelle manière une interprétation rationnelle peut-elle être erronée ? seulement si l’on donne au mot « rationnel » un sens très large, comme lorsque l’on décrit l’homme comme un animal rationnel, c’est-à-dire que la raison n’empêche pas de se tromper, mais alors c’est du bavardage puisqu’une interprétation de l’esprit humain, erronée ou pas, est toujours rationnelle dans la mesure où l’homme est un animal rationnel), elles appellent la même réponse. Si la Miviludes donne des exemples de ce qu’elle avance, je me fais fort de lui prouver que ce ne sont ni des arguments non falsifiables mais des arguments ou bien corrects ou bien erronés, ni des vérités partielles mais ou bien des vérités ou bien des erreurs. (Je ne prétends pas juger de la vérité de n’importe quelle proposition, cela demanderait d’être omniscient ; il s’agit simplement de montrer les conditions dans lesquelles on peut juger d’un argument.)

Un dernier mot sur les « vérités partielles ». Quand de prémisses justes on tire une conclusion fausse, il s’agit non pas d’une vérité partielle mais d’un argument faux. Le problème, quand une mission interministérielle emploie ce genre de langage, c’est non seulement que l’administration d’un État supposé pluraliste se permette de juger de la vérité en dénonçant certaines formes d’expression comme des vérités seulement « partielles », ce qui signifie qu’elle peut aussi en dénoncer d’autres comme entièrement fausses, et d’autres encore, ou les mêmes, comme dangereuses, mais aussi que l’administration pourrait réprimer toute forme d’expression comme une vérité partielle sur le fondement des secrets qu’elle possède et qui ne sont pas divulgués au public : en effet, le gouvernement qui ne renonce pas à la raison d’État a les meilleures raisons du monde de dire que le public ne sait pas et doit donc se taire. Or ce même État nous assure qu’il défend notre liberté d’expression.

*

Le mouvement Dhammakaya, introduisant dans le bouddhisme thaïlandais un esprit un peu nouveau, est devenu un mouvement de masse, ce pourquoi il est entré dans le collimateur des autorités et son abbé se trouve aujourd’hui en fuite on ne sait où pour éviter une incarcération et un procès pour prétendus détournements de fonds. Le mouvement, dont les membres appartiennent principalement à la classe moyenne éduquée, continue cependant d’exister. Il a même créé un parti politique, The Land of Dharma Party, Pak Pandin Dhamma, qui se fait critiquer pour sa défense des valeurs traditionnelles bouddhistes, ce qui semble assez paradoxal dans un pays aussi majoritairement bouddhiste mais également connu pour être, depuis la guerre du Vietnam, un marché du sexe à ciel ouvert, dont profitent les élites politico-militaires par la voie de la corruption, une situation volontiers présentée par les médias internationaux comme le signe de la tolérance de la religion bouddhiste alors que ces dépravations sont condamnées à tout point de vue (esprit de lucre, de stupre, drogue, violence…) par la morale bouddhiste, pour qui la tolérance de cette gangrène est elle-même condamnable en soi.

*

Dans son arrêt Perinçek c/ Suisse de 2012, par laquelle la Cour européenne des droits de l’homme a frappé la Suisse pour avoir condamné M. Perinçek qui avait nié le génocide arménien, elle a précisé, pour en même temps maintenir intactes les législations condamnant la négation des crimes jugés par le tribunal international de Nuremberg en 1945, que ce négationnisme-là « traduit invariablement une idéologie antidémocratique », tandis que la négation du génocide arménien ne présenterait pas nécessairement un tel caractère. Il faut donc comprendre que la parole est libre en Europe à condition de ne pas promouvoir une idéologie antidémocratique, c’est-à-dire qu’elle n’est pas plus libre qu’ailleurs. En effet, les régimes antidémocratiques ne supprimant pas toutes les libertés et les régimes démocratiques ne garantissant pas toutes les libertés, ce qui revient à dire que ces derniers ne suppriment pas non plus toutes les libertés, les régimes démocratiques et antidémocratiques sont par conséquent une seule et même chose au regard des libertés. Ils sont tous dans le « plus ou moins », et chaque individu aura plus ou moins de griefs envers son régime selon qu’il se situe dans le plus ou le moins de ces privations de liberté. C’est ce qui ressort clairement de la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l’homme.

Supposons un régime antidémocratique enclin au nationalisme, on pensera que la critique de la majorité nationale n’y est pas permise, tandis que dans un régime démocratique ce sont les minorités qui sont avant tout protégées par les lois de suppression de la parole. Certains croient en effet savoir que le « racisme anti-Blancs » n’est pas pénalement condamnable en France, par exemple, pays de majorité blanche. Quel est donc le régime « majoritaire », entre les deux ?

*

Nous mesurons l’incongruité de défendre la liberté d’expression dans un milieu tellement envahi de pornographie, et tandis que les gens doivent se boucher le nez, en plus des yeux, dans ces remugles, on étouffe facilement la critique. – Pour notre justification, voyez notre essai Pacta turpia cannot be speech (ici, en anglais).

*

À la rubrique des faits divers : Condamnée pour « atteinte grave et manifestement illégale à la liberté de culte », l’administration « se réjouit ».

(Le Parisien, article du 17 mai 2022 « Beauvais : Les fidèle soulagés après la réouverture de la mosquée ». Citations : « Le juge des référés a ainsi estimé que ‘le maintien de la fermeture de la mosquée porte une atteinte grave et manifestement illégale à la liberté de culte’ et a suspendu la décision de la préfète de l’Oise, lui enjoignant de ‘réexaminer la demande de réouverture de la mosquée’. » ; « De son côté, la préfecture a pris acte de la décision. ‘On se réjouit de ce que la période de fermeture de la mosquée ait pu permettre de mieux garantir le respect par celle-ci des lois et des valeurs de la République.’ »)

*

Si les gens pensaient, où cela les conduirait-il ?

*

La conception du monde « haineuse et desséchante » de Freud : ce mot rachète Jaspers.

*

PHILOSOPHIE DE L’HISTOIRE

Un point de vue musulman

Selon certains intellectuels musulmans, l’échec des croisades induisit les chrétiens à se remettre en question tandis que les musulmans se seraient endormis sur leurs lauriers. Les chrétiens se seraient notamment mis à traduire les livres arabes en latin pour apprendre la science arabe ; cela aurait même pris le nom de « croisades de l’esprit ».

De ce point de vue, le réformisme fondamentaliste de Mohamed Abduh (1849-1905) est la clé de toutes les interprétations ultérieures, par exemple celle du Maulana Wahiduddin Khan : « The day they [les musulmans] rediscover the Qur’an, they will recover all other things they have lost, uncluding Science. » (Indian Muslims, 1994, p. 89)

(ii)

Le géocentrisme, le rejet de l’héliocentrisme par le clergé chrétien est imputé par le Maulana Wahiduddin Khan à l’idée du Dieu fait homme : la Terre l’ayant vu naître et vivre doit être le centre du monde. (Ibid., p. 74) – L’islam était donc héliocentrique avant Galilée ?

(iii)

Le Maulana ne veut pas que les musulmans s’opposent à des relocalisations de mosquées par le gouvernement indien (Ibid., p. 254), mais il a dit auparavant que, quand une mosquée a été établie régulièrement, même un musulman ne peut contester cet emplacement (p. 192) : « wherever a mosque has been lawfully built, that will be the mosque’s permanent site. Even the Muslims have no right to re-locate it. » Apparemment, c’est donc plutôt « only the Muslims have no right » !

*

Je suis riche parce que mes grands-parents, qui ne l’étaient pas, ne possédaient pas tous ces objets que je possède. C’est ainsi que tout le monde est riche.

*

Notes sur la philosophie hégélienne de l’histoire

L’histoire universelle est-elle guidée par l’idée de liberté (Hegel) ou par celle d’égalité (Tocqueville) ?

(ii)

Dans l’État jésuite du Paraguay, une cloche sonnait la nuit pour rappeler les indigènes à leur devoir conjugal. Ce que Hegel interprète comme un signe de la débilité naturelle des Indiens plutôt que de leur condition particulière dans cet État. Or le fait rappelle les animaux des zoos, dont la vigueur génésique décroît fortement.

(iii)

La description de l’Afrique subsaharienne : de minces côtes suivies d’une ceinture de marécages puis de monts difficilement franchissables, dont l’intérieur reste inconnu mais qui est habité par des hordes féroces qui parfois franchissent les montagnes pour attaquer les tribus vivant sur les flancs extérieurs. De ces hordes Hegel nomme les « Fullahs » (Peuls) et les « Mandingos » (Mandingues).

(iv)

Alors que la religion apparaît avec la conscience d’une force supérieure, même seulement naturelle, il n’existe selon Hegel rien de tel chez les Noirs d’Afrique, qui prétendent commander à la nature par des sortilèges. La religion est opposée de cette façon aux pratiques magiques.

(v)

C’est en monarchie que « Alle sind frei » (tout le monde est libre) – en aristocratie comme en démocratie, seuls « Einige sind frei » (quelques-uns sont libres). Les trois étapes du développement historique sont : despotisme, aristocratie-démocratie, monarchie.

Le peuple romain demandait sous la république ce qu’il avait eu sous les rois, à savoir « Grundbesitz und Schutz gegen die Mächtigen » (la propriété et la protection contre les puissants).

(vi)

Avec le zoroastrisme, le général (das Allgemeine) n’est plus quelque chose dans la nature empirique, mais c’est la lumière : « nicht diese oder jene besondere Existenz, sondern…die sinnliche Allegemeinheit selbst, die enfache Manifestation » (non cette existence particulière-ci ou celle-là, mais … la généralité sensible elle-même, la manifestation simple).

(vii)

Le bouddhisme est la vénération d’un homme-Dieu, « ein Mensch als Gott », mort dans le bouddhisme original (c’est Fo [Hegel donne au Bouddha Gautama son nom chinois]), vivant dans le lamaïsme (le Dalaï-Lama ou le Taschi-Lama, plus un troisième en Sibérie). – L’« homme-Dieu » caractérise le bouddhisme, non le christianisme, caractérisé quant à lui par ein Gott als Mensch.

(viii)

La religion ne sert pas l’État mais l’État sert la religion. Je prétends que c’est une proposition hégélienne.

Hegel admirant Napoléon, pouvait-il ne pas voir que l’empire napoléonien était un État religieux (création de l’Empire et sacre de Napoléon la même année, en 1804) ?

*

PHILOSOPHIE MORALE

Un mot de la mort relative

Le Bouddha Gautama avait un fils qu’il nomma Rahula, ce qui signifie « entrave », le Bouddha reconnaissant l’obstacle à la libération que représentent les attachements familiaux. Mais cette entrave est plus profonde qu’il ne l’a cru, car avoir une descendance, c’est, selon la typologie de Mainländer, se vouer à la « mort relative » contre la « mort absolue », l’homme continuant de vivre dans sa descendance. La libération absolue n’est possible que dans la mort absolue. Autrement dit, si d’autres Bouddhas que Siddharta Gautama ont vécu sans engendrer, ce sont les véritables Bouddhas, ce qui nous conduit à l’ascétisme hindou, à l’hindouisme, où les Bouddhas doivent être cherchés et trouvés.

*

Les gens souffrent pour élever des enfants qui souffriront.

*

En tournant son intelligence contre soi, dans l’ascèse, on sert l’esprit d’une façon indirecte également, que l’on n’a pas encore bien comprise : c’est que l’ascète s’oppose au progrès. La macération de la chair a pour effet de détourner de l’agitation qui est la cause du progrès des hommes et, plus encore que la chair elle-même, de leur mort spirituelle.

*

Les sentiments ont de la force sur nos pensées jusqu’à un certain point. Le sentiment de l’absurde peut bien me faire considérer que la raison est absurde et ce parce qu’elle ne répond pas à mes besoins présents. Mais le sentiment de l’absurde ne peut rien contre les vérités inconditionnelles (dont celles des mathématiques sont les moins contestées par le vulgaire). Ce sentiment est en réalité celui de la déficience de mon être sensible, or là-bas, de l’autre côté de l’absurde, dans l’évidence des vérités inconditionnelles, il n’y a pas de place pour ma sensibilité : où donc est l’absurde ?

*

La totalité de la nature, du monde est une hypothèse de la raison pure (une « Idée » de la raison) mais, par le sentiment de l’absurde, une réalité existentielle pour la raison pratique : c’est cette totalité hétérogène à mon être moral qui m’apparaît absurde.

Philo 29 : Rechtsphilosophische Grundlagen der Religionspolizei

FR-EN

Le journal Aujourd’hui en France du jeudi 29 septembre 2022 titre « Qui peut être derrière le ‘sabotage’ des gazoducs en mer Baltique ? » avec le sous-titre « (…) tous les regards se tournent vers la Russie, qui nie. L’UE promet ‘la réponse la plus ferme’. » Dans le corps de l’article, ceci : « Les États-Unis ont aussi nié toute implication, alors que Joe Biden avait laissé entendre en février que Washington ‘mettrait fin’ à Nord Stream 2 si Moscou intervenait en Ukraine. Mais l’insinuer est ‘ridicule’, a commenté ce mercredi la Maison-Blanche. Et la porte-parole du Conseil de sécurité nationale de prévenir : ‘Nous savons que la Russie fait de la désinformation, et elle le fait de nouveau ici.’ » Nous avons donc d’un côté la Russie, pour qui un gazoduc détruit représente une perte stratégique, et de l’autre les États-Unis qui avaient menacé de détruire le Nord Stream. Mais le sous-titre est « tous les regards se tournent vers la Russie ». C’est le problème : dans le contexte belliciste européen, l’évidence n’a plus aucune espèce de valeur. Dans toute enquête, celui qui a menacé d’un crime est le premier suspect quand le crime en question se produit : donc « tous les regards » sont forcément tournés vers les États-Unis. Cependant, comme nous sommes en opération spéciale contre la Russie, non, les regards ne se tournent pas vers les États-Unis mais vers la Russie. À la page suivante du même journal, interviewé le « consultant défense » Pierre S. explique l’intérêt pour la Russie de détruire le Nord Stream : envoyer « deux messages subliminaux ». On en est là.

*

Introduction to the Essence of Mutawa
oder Rechtsphilosophische Grundlagen der Religionspolizei

“Firemen confronted religious police after they tried to keep the girls inside because they were not wearing the headscarves required.”

This made the case against Saudi mutawa police and for their defanging. However, it is obvious that the mutawa officer’s decision in said case of emergency was incorrect and he must bear the blame, not the institution that he represents. Blaming a whole institution for one officer’s decision is unwarranted in every conceivable situation, so in fact the incident served to attack a policy rather than its enforcement: a devious line of argumentation.

It was an emergency but as a religion with martyrs Islam knows that not all emergencies allow for exemptions, so let us specify. The norm is covering one’s head in the public space. The girls escaping from the fire would be met and assisted by the fire patrol, which would cordon off the area; the area thus cordoned off, although outside the building and included in the public space, is for the sake of emergency under control of the fire patrol and withdrawn from the free public space momentarily. The presence of uncovered persons in this area during the fire patrol operations does not therefore violate a norm regarding the public space. And girls escaping from a fire cannot be deemed, when having their heads uncovered in such situation, to act out of disregard for the law. The mutawa officer’s appreciation of the situation in this case was blatantly incorrect, a statement of fact that has no bearing, however, on the institution and/or policy’s legitimacy.

ii

“Girls escaping from a fire cannot be deemed, when having their heads uncovered in such situation, to act out of disregard for the law.” I wrote this in order not to let one think that the issue is all about defining the public space, but it was begging the question as I was supposed to answer to “not all emergencies allow for exemptions.” The answer tended to show it was not a true exemption, in the case of girls escaping from a fire, as the area they reached was not, momentarily, public space. As to the other aspect of the discussion, assuming it was a true exemption, was it a justified one? In other words, was the mutawa officer right in demanding compliance with the law with a high probability of “martyrdom” involved? Indeed, the girls would have been shahidah for the sake of complying with modesty commands. One of the issues, there, is how probable martyrdom was: I do not have all the elements of the case to answer this question. God’s command sometimes requires that one must be willing to sacrifice one’s own life for upholding His command, for instance when martyrs were asked to sacrifice, even mere flies, to idols, they refused and knowingly paid their refusal with their lives. In other words, was the mutawa officer justified in demanding that the girls be subjected to a risk of martyrdom for upholding the command of the veil? If yes, was he justified in this only in the case of a small or miniscule risk or even in the case of perfect certainty or somewhere in between and then where? Or was he not justified because the exemption was a justified one? Exemptions must by necessity be strictly defined, both out of reverence for God and out of respect for His martyrs who sacrificed their lives instead of benefiting from exemptions. This is the crux of the issue and must be decided according to Islamic jurisprudence. My legal expertise ends here.

*

On the Accommodation of Minorities and Fairness

Discussing the depiction of American university departments of philosophy as “a sad and boring place, tragically deprived of the creativity, playfulness, and kinship of crip culture.”

Although I see what worth creativity is, I have doubts about the two other “qualities” here endorsed. Playfulness should be left at the door. At some point one has enough of playing, and as it is assumed one is playing during their leisure time, then when it comes to business it is also assumed one has had his share of playing already, for a while, and we now expect him to be stern. Otherwise, we might think she is playful in the amphitheater because she was stern in private and is in the habit of depriving her most intimate company of her delightful playfulness. If money comes from private companies, it is up to them to say whether they want playful academics on their paychecks, that is, they can ask for playfulness as academic duty for their money, if that is how they see the world (like a TV commercial, people dancing on the flimsiest occasion), but as far as public funds are concerned, how advisable is it to want that taxpayer’s money allow a few professors to daily revel in the playfulness of life? I guess the taxpayer would not allow this for too long (due to their alienation, most certainly). As to kinship, I have no idea where this leads to, only that it smacks of the same exclusiveness here decried, of nepotism and preferential treatment for one’s kind, lightyears away from traditional–and sound–academic ethics. Signed: A nonacademic philosopher.

ii

The kinship quality of crip culture seems to be an allusion to affirmative action but as a self-serving argument it then fails to convey per se the idea that non-members of this culture or institutions such as philosophy departments will, contrary to creativity and, disregarding my previous remarks, playfulness, benefit from greater inclusion of said members, except in the broad sense that all historically discriminated cultures would make society a better place for everyone through greater inclusion. Therefore, my remark that this kinship quality smacks of the same exclusiveness decried in the essay is of course discardable on the same grounds as opposition to affirmative action in general, namely, that countermajoritarian exclusiveness is not a problem as it is in fact the cure to majoritarian exclusiveness, a cure to be preferred upon formal neutrality because of structural “isms” that neutralize all attempts at neutrality. Still, in a list of specifically crip culture qualities, this is a misplaced qualification as it describes the culture based not on cripness but on discriminatedness.

As to playfulness, I realize it may be on the list as a correction to received ideas. The squares may have the notion that crips are not playful, therefore it is important to stress playfulness. It would mean, in other words, that crips are as playful as anybody, except professors of analytic philosophy, and the crux of the argument would be a call to replace anachronistically stern professors with professors more attuned to prevailing cultural codes characterized by playfulness. Not so much an improvement, then, the whole of society being considered, as the playful normalization of a stronghold of sternness.

NB. Qualities deriving from discriminatedness alone, or intrinsically, can be no argument for inclusion from the majoritarian point of view, because they are the qualities that may or even must vanish through inclusion. (Use of the word “squares” alludes to carefully nurtured marginal cultures whose aim is precisely to avoid inclusion and normalization for fear of losing certain distinct qualities.)

iii

Kinship, I am told, means in the context that crips “simply prefer each other’s company.”  How it is a quality in the sense of a universal maxim is not to understand from the standpoint of ones accustomed to hearing about minorities’ demands for inclusiveness. When nondisabled people, when the majority does little to include crips, their exclusiveness is described as a problem according to mass media and the political debate, so kinship is no universal value according to the very crip culture and militancy as defined by mass media and politics. It is “my” kinship, my minority’s kinship, that is good; “your” kinship is oppressive.

Why, in a world where kinship is of any value, should the majority have a duty to accommodate “others” rather than nurture their own kinship? It is an either-or matter. Either kinship is a value and the majority has the right to ignore minorities’ demands because it is its kinship versus theirs, and all kinships are of the same value as kinship is a value per se, or kinship is no value and then when crips defend their sense of kinship they should be left to revel in it inside their margin; the majority will not–should not–heed their demands for inclusion. We no longer accept privileges. When preferential treatments are institutionalized, the truth of this institutionalization is that the special treatment corrects (to any possible extent) an unfortunate situation. If there is no misfortune to correct, a preferential treatment, for instance quotas, is a privilege that, according to liberal worldviews, must be destroyed. The “philosophical” viewpoint that disability is a “tragedy” is not primarily philosophical but sociopolitical: Special measures for inclusion are for those who need them, that is, are in a sorry condition of want without them. It sounds like unabashed cheekiness when the ones accommodated through special treatment are telling those who accommodate them that they are the ones to pity. Maybe crips do not care about inclusion at all and it is a misunderstanding when one talks of a crip militancy for inclusion; this militancy would then be the result of political machines’ activity aimed at votes through creating an inclusion lobby out of nothing where there is only the will to be left alone among one’s kind, reveling in one’s kinship. Yet seemingly, even if the lobby were a machine’s ex nihilo scheme, many, perhaps most members of said kinship culture are conditioned by the plan: They want to be left alone and yet fully endorse the machine’s machinations and combinazioni. A form of hypocrisy.

“Normate culture,” as described, smacks a lot of middle class and suburbia. Yet nondisabled persons are not bound by such prescriptions, they can withdraw, they can ask to be left alone (even if there is a price to pay, it does not seem unreasonable to say it is a price everyone can afford). On the other hand, are crips free to withdraw from their own culture? If not, would it not be obvious that being a nondisabled person, from whom the normate culture is at most a relative prescription, is an ontologically better condition than being a crip, whose crip culture is a true Fatum of iron ineluctability? This the paper leaves unanswered, except that by extoling the crip culture it gives to think that withdrawal is no option. Yet it is the option that makes the difference.

Such fixation on the so-called normate culture betrays absorption. The scholars quoted at length for its description are evidently permeated by it, they find it in their lives, in their surroundings, in themselves; it is first and foremost a self-description. How many nondisabled persons will read this description of “their” life with a mere shrug of the shoulders? As a ballpark estimate I would say one fourth, because, as marriage and child-rearing are given as a central feature of this culture, and about one sixth to one fifth of people in any given population do not beget children–this figure is said by some to have been a constant over time–a rough guess is one fourth, considering the figure to be close to one fifth and subtracting crips and queer people. One nondisabled, straight person out of four simply does not fit in the nondisabled, straight culture as defined, and we only took one of the given criteria, so “exceptions” to the other criteria must also be considered, which is likely, all combined, to reduce the figures of “normalcy” to thin air and to make a joke of the definition. This scholarly work does not address a reality but a mere ghost, and the difference does not seem to occur to the scholars.

Same remark for what is said about queer people. The author fails to address one major part of the queer militancy as presented by mass media and politics and evidenced by surrogacy demands: Queer people want to raise families, to marry and live happily ever after.

It is the obvious consequence of the kinship quality of a culture, that it is normative. A kinship culture of cripness or queerness is as “normate” and ritualistic as any majoritarian one, as a first approach. On a second approach, it is even more normate if withdrawal is less an option, if there is less room for the possibility of withdrawal than in the case of a majoritarian normate culture.

Finally, I would like to stress a legal issue that does not exist in as severe a form in the United States because of First Amendment case law but is a sickening problem in Europe. European countries did not stop at decriminalizing homosexuality, they criminalize critic (“disparagement”) of homosexuality. From the point of view of freedom, the move, therefore, is of a quite dubious worth. Were drugs decriminalized, it would occur to no one to criminalize critic of drugs’ use. Representative associations of this and other minorities protected by group disparagement laws are invited, like true bounty hunters (which character, however and at the same time, European countries purport to have ruled out), to partake in the criminal process and may ask, as “moral persons,” financial damages. This, playful as they may be, really spoils the fun, I find.

iv

This is not to say that a “mere ghost,” as I called it, does not have some kind of existence. For instance, when, in office life, the life of organization women and men, one invites her colleagues to an afterwork office party to celebrate her last kid’s birth (and her return from parental leave), she is asking people to stay with her after work hours while her colleagues might just be tired after the long day and long to be home, especially if one has no plan to have children and is, after reading Peter Wessel Zapffe–nonqueer, nondisabled, anti-natalist Norwegian philosopher–anti-natalist, in which case he would question the celebration’s rationale itself. This person may find excuses on this and that occasion, but most certainly a systematic eschewing of afterwork events would bring him to his hierarchy’s attention, who would look askance at the attitude and perhaps translate it in managerial measures, with more or less obvious sanctions.

As to parental leave, the uncompensated increase of workload for the colleagues of the woman on leave is often measurable (yet often unmeasured). Her colleagues pay for a public natality policy and women’s inclusion policy. Admittedly, it is not too high a price in the U.S., nothing in comparison with Europe, which must be a feminist Eldorado for American gender scholars, I presume. To avoid making it look like too blunt and shocking a privilege for women in the workplace, European legislators have extended the parental leave to fathers (not on a par with women’s leave though, because of some obscure biopolitical reasons, this said tongue in cheek). Childless workers of both sexes pay the full price for women’s inclusion and natality policies, and that includes uncompensated increase of workload besides, of course, tax money.

For French women, the legislation is, for children 1-2, 16 weeks leave for each, for children 3+, 26 weeks, paid 405 euros per month, namely 89.03 euros per day to which applies a tax rate of 21 per cent. (I thought it was a percentage of the working income, by the way, and to be honest, this subsidy is a little comical, since the poverty line in the country is at 1,100 euros per month for a single person: an obvious slap in the face of single mothers, in case they do not pocket alimony too). For the father, the leave is of 25 working days, the amount of subsidy not a flat fee, unlike the mother’s, but a percentage of the three last paychecks, namely X divided by 91.25 for each day, so for 6,000 euros (income of 2,000 euros per month), 65.75 euros per day for 25 days, 1,643 euros in all.

In comparison, “There is no obligation for US employers to give paid maternity or parental leave to their workers. Instead, maternity leave is a matter left to each employer to decide upon. … However, the Family Medical Leave Act (FMLA) requires that US employers (with 50 or more employees) to allow mothers and fathers to take unpaid time off (up to 12 weeks) for the purpose of pregnancy or child-rearing. They must hold the worker’s job and health insurance in place. There is no requirement to provide pay.” (Foothold America)

The comical nature of these “achievements” will hardly escape the reader. The maternity leave means living in abject poverty if the woman is not supported by a partner or someone else’s income or by alimony: either relinquishing income (“no requirement for the employer to provide pay”), in the US, or being paid thrice less than the poverty threshold, in France.

I wanted to stress that there was another aspect to the question, namely that fertile women who pocket maternity leaves during their career–and we saw that for a French woman who gave birth to, say, four kids, that means 84 weeks leave, 1.6 year,–demand nonetheless the same progression pattern in the organization’s hierarchy as those who worked those 84 weeks for the organization, in the name of–what?–women’s rights and the bubbling natality of the nation. I wanted to stress that but, seeing the true nature of the achievement that maternity leave is, namely a mere Mrs Jones’s achievement (who lives on Mr Jones’s income too), that would be a little futile.

One will say 16 weeks (for child 1 and child 2) is only 4 months, so it is only a question of saving money for these four little months (up to 3 months in US), like one saving before a sabbatical year, and then life goes on, with a new soul in this world. No doubt a single mother with law firm partner income can afford to singly raise on leave as many children as she wants. As has just been said, it is only a question of saving money. For subprime profile Charnesia LeBlanc, almost drowned already in consumer credit repayments, one may call her maternity leave the rope around her neck. She will not take it.

v

I said money for leaves is nothing in US in comparison to Europe (taking France as example) but this deserves further discussion. US legislation says, “There is no requirement to provide pay.” A simple war-of-the-classes reasoning leads to “Don’t count on it.” However, it must be assumed, as always, that it is only at one end of the spectrum that one doesn’t count on it, while at the other end some women probably get maternity leave packages that no French woman can dream of.

The federal state has provided “paid parental leave” (which has got its acronym: PPL) for its civil servants since 2020 (Federal Employee Paid Leave Act FEPLA of Dec 2019). Before that, “[s]ome individual US states and possessions, however, do provide for paid maternity benefits, including Rhode Island, Hawaii, New Jersey, California, New York and Puerto Rico.” (International Labor Organization, 1998)

Try as I might, and I tried hard enough, on official websites with memos and FAQs, I could not find a single clue on how much money the PPL is for its beneficiaries, to compare with French figures. Talk of transparency!

“This new benefit will likely improve the desirability of Federal employment … the Office of Personnel Management said” (Washington Post). It will do more than that, it will make of the US a bureaucratic state. In a country where, according to the same WashPo paper, only 21 percent of private sector employees are eligible to paid parental leaves, because for them the rule is that there is no requirement to provide pay, for bureaucrats paid leave is now an entitlement. Of course, this will achieve civil servants’ whole desolidarization from private sector employees. So much for feminist solidarity: Die, Charnesia, die on the altar of Mrs Jones’s PPL!

Not only is maternity leave creating a differential treatment between men and women or rather childless workers and fertile (or adopting) women in the workplace, but a pregnant woman’s workload is also adjusted before her leave. For instance, if there is night work, the pregnant woman will be dispensed from it; that means more night work for her colleagues. The rationale is that the pregnant woman is some kind of disabled person.

Disability in the workplace may be the nondisabled workers’ misfortune, I am sorry to put it so bluntly. When one organization has defined what some call a “theoretical workforce,” for instance in an administration, and that theoretic workforce has been defined for one department as, say, 20 people, they are not going to count a disabled worker one half or whatever fraction of a person in this workforce. The disabled worker is 1 out of 20, but his work is adjusted according to his or her disability, so for the same workload, with the same figure of 20, you must count yourself as lucky if no disabled person works in the same theoretic force in which you belong. This, obviously, does not consider those who are always happy with their workload, however bloated it becomes, and I am told this kind of people exist. – A simple solution would be to not count a disabled worker as a whole unit in the workforce, to adjust not only their work but also their weight accordingly in the theoretic workforce…

Back to pregnant women, those other disabled workers. One line of legitimation for such differential treatment is that everyone benefits from the system, the woman’s partner, the next woman to become pregnant, etc. Everyone who reproduces, that is. A blunt disregard for the others.