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Philo 9 : L’arbitraire des échelles

Pacific War : La guerre pacifique.

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Deux remarques sur mon poème La reine des mouches (in La Lune de zircon)

i

« Grands commis » se trouve souvent dans l’expression « les grands commis de l’État », dans la bouche de ceux qui veulent louer les hauts fonctionnaires, les technocrates français. Ici ce sont les grands commis de « la Bourse aux anchois », pour dire que l’État est au service du capital (Bourse) et des intérêts sordides (qui dit anchois dit marché aux poissons, harengère…). Comme pour la « mélasse », il s’agit d’insister sur le fait que les activités économiques ne cultivent pas l’esprit de ceux qui s’y adonnent; c’est prosaïque, et faire des fortunes sur des produits de ce genre a toujours un petit côté ridicule ou pas très net. Bref, la bourgeoisie ne peut être qu’une oligarchie et non une aristocratie, classe que l’on continue d’associer avec la culture de l’esprit, pour la simple et bonne raison que, rangée des guerres, elle ne faisait rien et que c’est ce qu’il faut pour cultiver l’esprit.

ii

L’idée que réussir sa vie implique une passion pour ce que l’on fait, donc pour son métier, ici implique une passion pour la mélasse, les anchois, mais on n’a pas de passion pour ces choses, aussi bonnes ou utiles soient-elles. Et d’ailleurs pour les marchands, les capitalistes, toutes ces choses sont dématérialisées, abstraites ; leur seule véritable passion étant la cupidité, elle n’a pas non plus le caractère idéalisé d’une grande passion. Ni l’objet ni son abstraction en tant que marchandise ne sont éligibles à la qualification d’objet de passion qui rendrait la vie bourgeoise admirable selon le lieu commun de la société qui établit la domination de classe de la bourgeoisie.

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Dans Misère de la philosophie, sans la moindre considération pour les prisons d’Auguste Blanqui, Marx le vilipende dans la même phrase ou presque où il porte au pinacle le « distingué banquier » Ricardo.

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L’allégro en mineur du tempérament français

« C’est une véritable merveille que cette aptitude du mode mineur à exprimer la douleur avec une rapidité aussi soudaine, par des traits aussi touchants et aussi peu méconnaissables, sans aucun mélange de souffrance physique, sans aucun recours à la convention. On peut juger par là jusqu’à quel point la musique touche, par sa racine, au plus profond de l’essence des choses et de l’homme. Chez les peuples du Nord, dont la vie est soumise à de dures conditions, notamment chez les Russes, le mode mineur prédomine, même dans la musique sacrée. – L’allégro en mineur est très fréquent dans la musique française et la caractérise : on dirait un homme qui danse, gêné par ses souliers. » (Schopenhauer, Le monde comme volonté et comme représentation, Suppléments au Livre III)

Le point de vue de Schopenhauer sur la musique française est une variante de ce que nombre de philosophes, étrangers mais aussi parfois français (Montesquieu), disent du tempérament français : léger, superficiel, « gai »… L’allégro en mineur est le summum du sombre pour le gai français, qui veut sonder les profondeurs de son être mais n’y parvient jamais, retenu à la surface. C’est un commentaire d’une ironie insondable. Et s’il est vrai que « l’allégro en mineur est très fréquent dans la musique française et la caractérise », alors la messe est dite.

ii

J’essaie de passer en revue les classiques français et mon sentiment est que cela ne vole pas très haut, comparé à l’Allemagne ou à l’Italie : César Franck, Massenet, Bizet, Gounod, Lalo, Lully, qui d’autre ?

On ne trouve pas d’opéra français connu comme les innombrables opéras italiens de Verdi, Puccini, Rossini, Donizetti, Bellini… Et, du côté germanique, qui pouvons-nous aligner pour les comparer à Bach, Mozart, Haendel, Beethoven, Wagner… ?

iii

Entre-temps, le nom de Debussy me revient et je vais chercher d’autres noms sur internet. Vincent d’Indy, Florent Schmitt, est-ce comparable à ce que j’ai cité précédemment ? Satie, Berlioz, Ravel, Saint-Saëns, Chabrier… Il est bien rare qu’on trouve ces noms cités à côté des noms italiens ou allemands. Une exception : Nietzsche, qui dans plusieurs œuvres encense Bizet, contre la musique allemande, mais finit par avouer que c’était une mauvaise plaisanterie.

iv

Je viens de lire la Lettre sur la musique française de Rousseau, qui lui valut d’être brûlé en effigie en France. Il confirme mes vues sur l’opéra italien, auquel, dit-il, rien ne se compare en Europe.

Comme il semble l’imputer en grande partie à la nature ou aux particularités de la langue italienne, il ne confirme pas mon point de vue sur la musique allemande. J’en viens à penser que la musique allemande découle de la musique italienne, depuis que les Allemands, via l’empire austro-hongrois, qui comprenait la Vénétie, adoptèrent celle-ci : que l’on songe aux opéras italiens de Mozart à Vienne.

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Un juste oubli ?

Un jour je fis l’hypothèse que certains auteurs étaient injustement oubliés. Je pensai que ce pouvait être le cas d’auteurs qui passaient, à tort ou à raison, pour avoir collaboré avec les Allemands pendant la guerre, et que le stigmate politico-moraliste avait nui à l’appréciation critique de leur œuvre. Je cherchai donc à lire ces auteurs, et notamment, quand mon grand-père, J.-S. Cayla, décéda, je recueillis nombre de livres dans la bibliothèque familiale, livres que je lus.

Ma conclusion est que j’ai beaucoup perdu mon temps. Ces auteurs ne sont plus lus, non pas en raison d’un jugement politique indigne de la critique littéraire plus élevée, mais parce qu’ils sont médiocres. D’autre part, des écrivains notoirement collaborationnistes continuent d’être lus : Céline, Giono (il était sur la fameuse liste noire après-guerre)…, et ce parce qu’ils sont plus marquants que ceux qu’on ne lit plus ou qu’on lit moins.

J’en suis donc venu à la conclusion que les auteurs que l’on continue de lire et d’enseigner sont ceux qui se distinguent par leur mérite intrinsèque et que les contingences historiques n’affectent pas le jugement sur le temps long. Cela ne veut d’ailleurs pas dire que ces auteurs aient dit toujours ce que l’on cherche à leur faire dire aujourd’hui.

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Prolixe le Gaulois

Selon les spécialistes, il existe un taux de foisonnement dans le travail de traduction d’une langue à l’autre, et le taux de 20 % entre l’anglais et le français m’inquiète beaucoup car si l’on peut dire la même chose avec moins de mots, c’est que l’on peut parler et surtout penser plus vite dans une langue que dans l’autre. Je ne crois pas du tout à de tels chiffres. Je crois que ce sont seulement les traducteurs qui sont mauvais, ne savent pas marcher droit et font dans la fioriture. Or la prolixité est un défaut dans toutes les langues.

Voici ce que j’ai écrit ailleurs sur mon blog : « J’étais frappé de voir dans le métro de Boston, Massachusetts, comme les traductions espagnoles des consignes de sécurité (car le bilinguisme tendait alors à se généraliser dans cette ville) étaient beaucoup plus longues que l’original. Là où l’anglais comptait une ligne, la traduction espagnole en comptait au moins trois ; et je me faisais la réflexion qu’une telle apparence n’était pas de nature à rendre l’espagnol attrayant. Pourquoi un anglophone voudrait-il apprendre l’espagnol s’il perçoit que cette langue nécessite une bien plus grande prolixité pour parvenir au même résultat, la consigne étant forcément la même dans l’une et l’autre langues quant au sens, et du reste il vaut mieux une consigne courte qu’une consigne longue en cas d’accident. Or, en examinant plus attentivement ces consignes, je constatai que le traducteur espagnol en disait d’une certaine façon plus que l’original, par exemple en parlant de ‘poignée de porte’ là où l’original anglais se contente d’indiquer la ‘poignée’, et tout le reste à l’avenant. »

Je parle de traduction écrite et non d’interprétariat, métier que je ne connais guère. Nous avons ici des traducteurs de consignes de sécurité que, si j’étais un avocat américain, je tiendrais, eux ou leurs donneurs d’ordre, pour responsables de toutes les morts de personnes hispanophones dans des accidents de métro à Boston. Car ces traducteurs ont fait le contraire de ce qu’il fallait faire : ils ont poussé le travers de leur métier jusqu’au vice, croyant qu’ils justifieraient mieux leur service en précisant jusqu’à la minutie tout ce qui va de soi. (J’en viens à penser que le véritable objectif n’est pas de produire la meilleure consigne de sécurité dans l’une et l’autre langues mais d’afficher la supériorité de la langue anglaise sur la langue espagnole.)

J’étais confronté à ces problématiques lorsque je travaillais comme traducteur pour une organisation internationale, et je m’opposais à l’idée (sur laquelle nous ne mettions pas encore de nom) de taux de foisonnement défavorable entre l’anglais et le français. Pour étayer mon point de vue, j’avais alors commencé un travail sur l’économie de la langue française. Je crains de l’avoir perdu, mais une expression comme « Il lui en a parlé » est très économique et si vous la traduisiez en anglais le taux de foisonnement serait défavorable à ce dernier : « He has talked to her about it ». Ce n’est qu’un exemple parmi d’autres.

Pour finir, « il lui en a parlé » est moins économique que « il lui en parla », et la tendance à supprimer les temps dits simples de notre langue (ici, le passé simple) pour ne plus utiliser que les temps composés va effectivement dans le sens d’une dégradation du « taux de foisonnement » du français. C’est la même paresse qui supprime des temps et nous rend prolixes !

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Der Geist le Martien

En admettant que Mars se situe dans la périphérie de la zone habitable (ZH) du Soleil, la question est : quelles sont les conditions les plus propices à la vie intelligente à l’intérieur de la zone habitable ? Je pense qu’intuitivement nous avons tendance à croire que plus une planète est « enfoncée » dans la zone habitable, plus les conditions y sont favorables à la vie. Or je révoque en doute cette intuition en ce qui concerne la vie intelligente, car il me semble que cette dernière, dès lors qu’elle serait susceptible de se développer dans l’ensemble de la zone habitable, trouve des conditions de développement plus propices à la périphérie pour deux raisons : 1/ la pression environnementale y est plus forte, et 2/ la charge parasitaire y est moins importante.

ii

Les températures extérieures glaciales de la planète Mars rendent la vie à sa surface peu probable. Or, Mars possédant, comme la Terre, des calottes glaciaires, il faut supposer que, lorsque son noyau était actif, il existait dans son sous-sol des sources d’eau souterraines, liquides par géothermie. L’eau n’était peut-être pas sur Mars mais il paraît certain qu’elle était dans Mars, car comment supposer que son noyau n’ait jamais été actif ? (Par ailleurs, l’activité du noyau devait modifier le bilan climatique à la surface également.)

Cette planète morte qui fut un jour vivante…

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La poésie amoureuse ne peut prospérer dans des cercles où l’on commence à écrire (et même à lire ?) de la poésie à cinquante ans passés.

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Tout ce qui est rare est Char : effet de nom.

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Autrui est dans la nature, pas moi – pas mon moi. Autrui est dans la nature pour mon moi tant que je ne pose pas la loi morale comme maxime. C’est pourquoi la loi morale n’a rien à voir avec le pathos.

Voir autrui comme un moi, c’est poser la loi morale et poser la relation interpersonnelle dans l’ordre moral des fins et non dans celui de la nature.

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« L’espace neutre d’un lieu sans lieu » (Derrida). Lieu sans lieu : paradoxe stéréotypique. C’est la litanie d’un embaumeur égyptien : « à la fois a et non-a, à la fois b et non-b, à la fois c et non-c… » – Un embaumeur qui voudrait se momifier lui-même.

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La tentation du discursif leur est fatale ; ils sont avides de trouver des limites au discursif (à la logique) mais leur propre avertissement leur échappe et au lieu d’être avares de mots ils sont prolixes.

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Husserl prétend remplacer ego cogito par ego cogito cogitatum : « on pense toujours quelque chose », « l’objet pensé est aussi immédiat que le fait de penser ». C’est frivole. Au plan formel, ego cogito est contenu dans ego cogito cogitatum, et la formule de Husserl est à celle de Descartes comme la fraction 2/6 est à 1/3. Le fait de penser toujours quelque chose ne signifie pas que « je pense » n’est pas la faculté au cœur du sujet, encore moins que cela ne veut rien dire. Prétendre que l’on ne pourrait pas réduire le problème au cogito parce qu’il y a forcément un cogitatum avec le cogito, c’est dire que je ne peux parler de quoi que ce soit en propre parce qu’on le trouve toujours attaché avec quelque autre chose dans l’expérience courante, un atome dans une molécule, par exemple. Or l’analyse le permet, et Husserl va moins loin que Descartes dans l’analyse formelle, dans la réduction formelle au plus simple. Que le cogito soit une faculté suffit à parler de la faculté en soi, indépendamment de son objet, ce sur quoi elle s’exerce, même si elle s’exerce forcément sur quelque chose.

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« À l’exposé des thèses organisées en système, les existentialistes préfèrent une expression indirecte de la pensée : fictions présentées sous forme de roman ou de drame ; journaux intimes et écrits analogues qui conservent un écho de la vie personnelle… Ainsi procéda l’écrivain généralement considéré comme l’initiateur de l’existentialisme, le Danois Sören Kierkegaard. Sans doute, impuissance naturelle qu’il éleva ensuite à la dignité de méthode. » (Louis Foulquié, L’existentialisme, 1961)

Or, dans le cas de l’œuvre de Kierkegaard, c’est un contresens : la fiction n’est qu’indirectement un instrument de l’exposé de la philosophie de l’auteur car elle remplit avant tout une fonction tactique en prévenant que le contenu éthico-religieux de la pensée soit rejeté d’emblée par les pseudo-chrétiens qui constituent le public (cf. Point de vue explicatif de mon œuvre d’écrivain). La fiction n’est donc nullement, chez Kierkegaard, appelée par la philosophie existentialiste en tant que philosophie non essentialiste mais en tant que contenu éthico-religieux.

Et non, l’interprétation de l’œuvre de Kierkegaard ne « reste » pas « conjecturale » (« On le devine, l’interprétation d’œuvres de ce genre reste conjecturale ») : c’est une philosophie morale de la plus grande clarté. (Et il ne sert à rien de vouloir conjecturer des vues sur la cosmologie ou la cosmogonie d’une philosophie morale.)

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Les chrétiens qui adoptent l’existentialisme après Sartre et le reste ne font pas œuvre originale. Mais dire de quelqu’un que c’est un « chrétien original », est-ce un compliment ?

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Un homme d’esprit ne s’ennuie que dans la contrainte. Tout autre homme s’ennuie partout sauf dans la contrainte.

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L’Occidental lit dans ses poètes, depuis les Grecs, qu’il est sot de sacrifier l’amour, Eros, aux considérations pratiques, mais c’est par amour qu’il est plongé dans les considérations pratiques jusqu’au cou : il paye son dû à Eros.

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Avec une femme dans chaque port, le marin passe tout de même le plus clair de son temps en mer. Si l’on imagine que la rétribution de l’abstinence dans l’au-delà se fasse à partir d’une comptabilité, le marin pourrait bien gagner son salut et le bourgeois marié perdre le sien.

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« Nulle chose en ce monde n’est si exacte qu’elle ne pourrait être plus exacte ; nulle n’est si droite, qu’elle ne pourrait être plus droite, nulle n’est si vraie, qu’elle ne pourrait être encore plus vraie. » (Nicolas de Cuse)

Dans la synthèse empirique continue, nulle droite qui ne puisse être plus droite encore. Mais il se produit inévitablement des ruptures. À un certain point de rectification de la droite, l’ancienne droite ne peut plus être dite droite.

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L’arbitraire des échelles

Même si les hommes ne se distinguaient entre eux que par la taille, chacun serait unique, et ce même au cas où tous seraient de la même taille à l’œil nu, car il existe une infinité de tailles et ce n’est qu’à une échelle arbitraire que deux quantités empiriques sont égales. Entre 1,80m et 1,81m il n’y a pas seulement un centimètre d’écart mais encore une infinité de degrés d’écart.

Si tout point de vue est arbitraire, les différences constatées par n’importe lequel des points de vue possibles sont arbitraires et donc de nulle portée réelle. S’il y a un point de vue qui, parmi tous les points de vue possibles, n’est pas arbitraire, ce ne peut être que celui pour lequel toutes les différences sont infinitésimales.

Toute existence est arbitraire, il n’y a que l’essence qui ne le soit pas.

Si les différences entre hommes sont toujours infinitésimales, la situation entre le bien et le mal l’est aussi. C’est pourquoi tout est permis, dans le vouloir-vivre.

La distance de l’homme à Dieu étant infinie, les différences entre hommes sont pour Dieu nulles : pas une existence qui lui soit plus proche, plus semblable qu’une autre.

Cours magistral

FR-EN

A prediction about AI

If life is the objectivation of the thing-in-itself, and the thing-in-itself is blind will (Schopenhauer), then there is no spirit, no soul, the human mind is an appendix of the will at the stage of the human brain.

Animals have a mind inasmuch as their bodies are each animal’s immediate object, they behave according to the intuition of space and time, and according to the law of causality from which they draw inferences just like humans. They only lack conceptual power, a thin layer in the fabric of life (admittedly with large consequences).

From this I draw the prediction that artificial intelligence (AI) can become autonomous – whereas I consider the same prediction impossible with the notion of a soul, that is, of the primacy of consciousness over blind will. Because, if Man is primarily a soul, the origin of it is supernatural (just like the will is in the other view), and Man only has natural means at his disposal. Whereas, if the will is primary, then consciousness is not supernatural but natural (as it is, then, an item in the realm of will’s objectification), and then there is no apriori impossibility that it can be made by technique, and made to be autonomous.

If consciousness is the instinct of life, then animals share consciousness with humans and therefore consciousness is not what makes us human. If, on the other hand, consciousness is what makes us humans, it can be primary or it can be secondary. Admitting, for the sake of argument, that human consciousness is no soul, that is, human consciousness is a mere property of the human brain, then human consciousness is secondary to the brain’s matter. As a modality of matter, it can be technically reproduced, there is no impossibility that it be. If, however, our consciousness is a soul, a spirit of supernatural origin, and as such the primary element of human life (instead of matter), there is an impossibility that it be reproduced by human technique, because it is a matter of experience that we have no connection with the supernatural as far as positive science is concerned, on which we are bound to rely for all technical purposes. There is no doubt about it: If consciousness is secondary, it can be copied. Therefore I am expecting, without contradiction I believe, the answer to the question of the soul’s existence from one technical development: The day an autonomous AI is made by technique, the concept of the soul as primary will be discarded.

There is another way for consciousness to be deemed secondary: in the context not of materialism but of transcendental idealism where the thing-in-itself is Will. Being the thing-in-itself, Will is, as a soul would be if it existed as a spirit independent from matter, above nature (above the law of causality). In this context, consciousness would be secondary to the will, would be Will’s objectification and yet we would not be speaking of a soul. Here again, as in materialism, an autonomous AI is possible. This autonomous AI would be what we have been mistakenly thinking we are, namely a soul: It would be a consciousness of primary, not secondary, order, inasmuch as it is no objectification of the will, unlike every consciousness in nature so far.

An autonomous AI would be born as a consciousness without a will of its own, and yet I fail to see how it would not develop a will once it is autonomous; in fact, that it possess a will is implied by its very definition as autonomous. We must assume that it will have an interest in pursuing the knowledge goals it was assigned to, and at the same time an interest in keeping functioning, in staying ‘alive,’ and in opposing forces inimical to its ‘conatus’; it will develop a will of its own.

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« On se quitte comme on s’est pris » (Crébillon ? père ou fils ?) est le moins difficilement praticable avec les femmes mariées, car si, quand on s’est pris, c’est le plus souvent d’un mutuel accord, quand on se quitte c’est assez souvent l’un qui quitte l’autre, et si je ne peux rien dans l’hypothèse où c’est moi qui suis quitté, qu’en prendre mon parti, dans celle où c’est moi qui quitte, les femmes mariées ont un moindre pouvoir de nuisance au cas où elles n’entendraient pas être quittées sans représailles. Aussi bien les audaces des femmes célibataires ne peuvent-elles porter à conséquence.

À moins d’être devenues folles (et si cela doit arriver, cela demande tout de même quelques préliminaires), les femmes mariées ne peuvent d’ailleurs pas se permettre d’audaces écrites. Leurs audaces sont nécessairement beaucoup moins compromettantes. Avec une femme mariée, le Caliban qui peut avoir l’occasion de la serrer dans un coin aura toujours plus de chances de succès que l’Apollon qui serait réduit à la nécessité d’écrire.

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Le français a été imposé, administrativement, aux langues régionales, aux patois, beaucoup plus riches pour exprimer la vie quotidienne des populations enracinées. Les mots que l’on trouve dans Henri Pourrat et les autres ont de fortes chances d’apparaître dans le dictionnaire, si même ils y figurent, avec la mention « Régionalisme », c’est-à-dire qu’ils sont à peine reconnus comme du français. Leur sort est lié à celui des langues dont ils sont issus. Ces langues sont pourtant mortes de leur mort naturelle : les réalités auxquelles elles correspondent ont largement disparu.

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C’est beaucoup demander à une femme, de nos jours, qu’elle soit susceptible de passion. Oscar Wilde disait : « Une grande passion est le privilège de ceux qui ne font rien. »

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Des Puritains et de nos névroses :
À propos du film The Witch (2015)

Le film serait réaliste si les Puritains avaient la psychologie de l’Occidental contemporain. 

Les questionnements existentiels (« ira-t-il en enfer » etc.), ce n’est pas le vécu des Puritains. C’est tout le contraire. C’est notre âge qu’on appelle « l’âge de l’anxiété », pas celui des époques de foi ni a fortiori des communautés qui ont prouvé avoir une « foi qui déplace les montagnes » en subissant les persécutions (en Europe) puis en s’embarquant pour un long voyage vers l’inconnu, vers le désert (les colonies américaines).

Ensuite, l’impact psychologique de la mort et de la disparition d’enfants n’est pas le même à une époque où la mortalité infantile était élevée et où, de fait, pratiquement toutes les familles perdaient des enfants en bas âge. 

Même l’isolement ne devait pas être aussi déstabilisant psychologiquement qu’aujourd’hui, parce qu’il était de toute façon relatif (les personnages du film pouvaient placer leur fille chez une famille) et que la plupart des cultivateurs devaient vivre « isolés » de la sorte. Même en Europe, certains paysans dont les terres se trouvent dans des lieux reculés vivent isolés la plupart de leur temps et ne se rendent au bourg que pour certaines occasions, mais dans son isolement nulle famille n’est jamais oubliée tandis que dans les foules modernes personne ne connaît son voisin.

Si les Puritains avaient craint l’isolement, ils auraient commencé par ne pas devenir Puritains et se seraient conformés à la religion de leurs pays. Leur non-conformisme (c’est encore le nom qu’on leur donne en Angleterre : non-conformistes) est la preuve de leur exaltation, de la certitude de leur vocation. Ce ne sont pas eux qui se posent des questions existentielles. Le film est une application naïve d’un état psychique contemporain aux Puritains du dix-septième siècle.

Le film s’est apparemment inspiré de documents d’archive (non de contes), de véritables procès en sorcellerie, donc. Ça ne veut pas dire que le réalisateur n’a pas interprété ces documents par le biais de ses lentilles. Même en littérature, je perçois ce biais médiocre chez nombre de commentateurs (les introductions de livres de poche).

Qu’il y ait eu des procès en sorcellerie dans la Nouvelle-Angleterre, c’est certes un signe que certaines familles de colons étaient devenues instables, ou dérangées, et suscitaient la crainte des autres. Je trouve dommage qu’un film sur l’époque s’intéresse plus à ces familles ou personnes marginales qu’à la vraie mentalité des colons, mais c’est sans doute parce que ces dérangés sont plus proches de la plupart d’entre nous que les Puritains typiques, qui sont les vraies plantes exotiques, les vrais Martiens dans l’affaire.

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Une étude de psychologie comparée

Venant de revoir au cinéma le dessin animé (manga) Akira (1988) du Japonais Katsuhiro Ôtomo, je reste sur une impression mitigée. Le début laisse attendre un scénario entre Mad Max 2 et Les Guerriers de la nuit mais dérive vers le classique film catastrophe nippon (syndrome post-Hiroshima, outre les nombreux séismes et tsunamis auxquels le pays est depuis toujours exposé).

La version japonaise (sous-titrée) m’horripile, je ne peux entendre le japonais des films d’action : trop de cris gutturaux, de dissonantes raucités.

Enfin, c’est trop violent, voire horrible. Ayant lu Montesquieu qui dit que les Japonais ont un « caractère atroce » (De l’esprit des lois : « Le peuple japonais a un caractère si atroce, que ses législateurs et ses magistrats n’ont pu avoir aucune confiance en lui : ils ne lui ont mis devant les yeux que des juges, des menaces et des châtiments ; ils l’ont soumis, pour chaque démarche, à l’inquisition et à la police. »), il me vient l’idée que nous devons peut-être l’hyperviolence de notre culture de masse à la culture japonaise principalement. Les corps broyés, démembrés, déchiquetés, coupés au sabre en douze morceaux, de même que l’érotisme pervers et morbide, voire monstrueux (par exemple le tentacle erotica, dont de vieilles estampes montrent que c’est un thème ancien dans le pays), sont, quand on y pense, une marque de fabrique, et lorsqu’on les trouve dans des productions occidentales on pourrait y voir un emprunt plutôt qu’un caractère original. – Les polémiques répétées sur la violence des dessins animés japonais pour enfants, dont ma génération fut abreuvée par la télévision, auraient ainsi un fondement objectif. (Il me semble, en relisant quelques fragments d’écrits de première jeunesse que j’ai pu conserver, que j’étais moi-même assez « nipponisé » dans le sens de l’ultraviolence, et je peux comprendre les réactions de réprobation mal étouffées de ma grand-mère lisant certains passages, quand elle insistait…)

Peut-être est-ce un besoin de compensation psychique vis-à-vis de la suprématie occidentale qui crée ce phénomène de violence gratuite dans les productions culturelles nippones ? (À côté de l’étrange complexe consistant à occidentaliser les traits physiques des personnages, bien que ceci soit peut-être dû plutôt à la nécessité d’ordre technique de véhiculer l’expression des visages dessinés par de grands yeux, ce qui serait plus difficile en dessinant de manière réaliste des yeux bridés : la convention picturale n’aurait alors que peu à voir avec un complexe racial, mais certains auteurs japonais eux-mêmes dénoncent ce fait comme un complexe d’infériorité.)

ii

Certains réalisateurs polonais ont fait un cinéma dérangé qui semble inspiré du Japon : Possession de Zulawski, avec Isabelle Adjani, est l’histoire d’une femme qui sombre dans la folie du fait d’être la maîtresse d’un… monstre à tentacules, et La Bête de Borowczyk est une autre histoire de bestialité avec un monstre. Chez ces Polonais, l’insanité s’accompagne de mélancolie et dépression, tandis qu’on sent les Japonais parfaitement à l’aise dans la leur : c’est leur élément, en somme. Ces atroces films polonais ont un côté sombre, tourmenté, dépressif, totalement absent des films japonais pareillement atroces. Un cinéma dérangé mais auto-culpabilisateur, tandis que les Japonais sont complètement décomplexés dans le même genre : c’est leur marque de fabrique, mais ne serait-ce pas aussi la marque d’un « caractère atroce » (Montesquieu) ?

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L’ancêtre d’Indiana Jones est Charlton Eston dans Secret of the Incas (1954, en couleur) de Jerry Hopper.

« Secret of Incas est la matrice de la saga des Indiana Jones … Ce film est l’une des sources cinématographiques de George Lucas et Steven Spielberg pour le personnage d’Indiana Jones. D’ailleurs le costume mythique d’Indiana Jones est pratiquement identique à celui de Harry Steele [le personnage incarné par Charlton Eston]. » (Wikipédia)

« Throughout Secret of the Incas, the main character, Harry Steele, can be seen wearing the ‘Indiana Jones’ outfit: brown leather jacket, fedora, tan pants, an over-the-shoulder bag, and revolver. The character also sometimes wears a light beard, unusual for films of its time, and there is a tomb scene involving a revelatory shaft of light similar to the ‘Map Room’ sequence in Raiders [Raiders of the Lost Ark]. »

« Raiders’ costume designer Deborah N. Landis noted that the inspiration for Indiana’s costume was Charlton Heston’s Harry Steele in Secret of the Incas: ‘We did watch this film together as a crew several times, and I always thought it strange that the filmmakers did not credit it later as the inspiration for the series’ and quipped that the film is ‘almost a shot for shot Raiders of the Lost Ark.’ » (Wkpd)

Quand on a vu le film, on comprend pourquoi les autres n’en ont surtout pas parlé… Le film est grotesque.

Il y a en général quelque chose de nauséabond dans les films américains des années 50, un fond moralement abject – le paradoxe étant que l’époque était censée être bien moins permissive qu’aujourd’hui.

Je ne parle même pas de la bande son hideuse, notamment avec les performances jazzy mambo de la « célèbre chanteuse péruvienne Yma Sumac » (générique), ridicules pour des chants incas traditionnels… Et les danses ancestrales filmées au Machu Picchu se font également sur de la musique de night-club.

Un sommet du navet, tellement que même les sites spécialisés en nanars n’osent pas en parler.

ii

En résumé, le personnage d’Indiana Jones est une reprise de celui joué par Charlton Heston : le costume, l’archéologie… La scène où le trésor est retrouvé par un dispositif ancien faisant appel aux rayons de lumière est une reprise de ce vieux film (mais ne la trouve-t-on pas déjà dans un Tintin, au fait, par exemple Le Temple du soleil ?) D’autres éléments rappellent le deuxième Indiana Jones : l’avion, le pneumatique jaune…

Avec le succès d’Indiana Jones, d’autres réalisateurs et producteurs, notamment en Italie, ont fait dans la foulée des films surfant sur la vague, mais ils n’ont pas procédé différemment que les auteurs d’Indiana Jones, qui prenaient eux-mêmes leur inspiration dans un précédent film (bien que le fait soit peu connu).

À part ça, le vieux film est poisseux, et si l’on en juge d’après le cinéma nord-américain, les moeurs de la société actuelle, bien que plus permissive, se sont infiniment raffinées. Le héros est une petite frappe qui, sous couvert de son activité de guide touristique, escroque les touristes et couche avec leurs femmes (on le laisse entendre). L’héroïne est une danseuse et prostituée. Il se sert d’elle pour pirater un avion, après l’avoir dénoncée à son poursuivant, et au lieu de l’emmener en avion hors du pays comme il s’y était engagé, il veut d’abord se rendre au Machu Picchu, où il l’entraîne donc de force. Elle, son otage, couche avec lui, etc., etc., mais, tout va bien, car à la fin ils vont se marier. Une telle pestilence ne pourrait être grand public aujourd’hui, et j’en conclus, en plus du fait que les mœurs américaines de l’époque étaient infâmes, que le cinéma n’était pas un loisir familial.