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Pensées L (50) La transparence et le silence

Bassesse infuse du haut fonctionnaire

Dans l’échelle des êtres vivants, le haut fonctionnaire de la République française est situé particulièrement bas. Je ne prends pas pour critère celui de sa rémunération, qui le conduit à quitter l’administration dès qu’il le peut, pour aller « planter » les fleurons de l’industrie nationale ; je parle de la vie qu’il mène, au service non pas d’idées mais des maîtres politiques que lui désigne le scrutin.

Dans le système administratif républicain, il est impératif que le haut fonctionnaire, ce « technicien de la chose publique », ne conçoive pas son existence comme étant au service d’idées. Car il est au service de celles des hommes politiques qui alternent au pouvoir. Or, si la définition d’une existence moralement élevée est qu’elle est au service d’idées ou d’idéaux, celle du haut fonctionnaire est tout le contraire d’une vie moralement élevée.

Nous devons un tel système au général de Gaulle, qui l’a repris du régime de Vichy et de son École d’Uriage. Ce système avait été conçu dans un cadre non démocratique n’ayant pas vocation à organiser l’alternance politique des pouvoirs suprêmes. J’ignore si de Gaulle, qui avait bien mal à propos gardé de sa jeunesse un vieux fonds monarchiste, imaginait une république, une démocratie sans alternance. J’aurais peine à croire à une telle aberration mentale si plusieurs autres de ses idées ne le faisaient penser.

Le haut fonctionnaire mène une vie basse. La seule justification qu’il pourrait avancer pour nier ce fait serait d’affirmer qu’il vit au service de certaines idées qui ne sont jamais remises en cause par l’alternance. Ce faisant, il dirait aux électeurs que la politique ne porte que sur des questions de détail et que, l’important étant intangible, ils peuvent bien rester chez eux plutôt que d’aller voter pour des broutilles. C’est d’ailleurs ce à quoi tend, en démocratie, tout discours sur les valeurs : si « nos valeurs » sont intangibles, le droit de vote est une bien misérable conquête, et la « liberté » ne se conçoit que comme une accumulation d’interdits et de tabous qu’il n’est permis à aucune formation politique d’enfreindre sous peine d’excommunication.

Comme ce n’est évidemment et naturellement et bien évidemment pas le cas, il faut empêcher que davantage de Français ne se vouent à une vie de technocrate si accablante et vile en dépit de la « culture générale » de concours qu’elle suppose. L’intégration européenne doit, en bonne gestion, laminer les hautes administrations nationales. Pourquoi une telle pléthore encore aujourd’hui en France ? Poursuivons la révision générale des politiques publiques, dite RGPP, le non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant en retraite, en veillant à ce que, dans ce rapport d’un sur deux, il y ait neuf hauts fonctionnaires sur dix. (avril 2012)

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Pensée dionysiaque et tests de QI

Porté sur les études de sciences sociales, au détriment de mon activité poétique, j’ai pris connaissance de diverses recherches sur l’intelligence et sa mesure par des tests standardisés. Tout en admettant la validité de la pratique, je ne pouvais m’empêcher de penser, à la lecture de ces travaux, que quelque chose échappe à la mesure des tests, et des mots comme « pouvoir de l’imagination », « tempérament créatif », « art », « culture », me venaient à l’esprit. C’est le terme « dionysiaque » qui décrit le mieux ce qui n’est pas mesuré de cette manière.

Des pensées de Nietzsche comme « Sans la musique la vie serait une erreur » (Le Crépuscule des idoles) ou encore « Comparée à la musique, toute expression verbale a quelque chose d’indécent ; le verbe délaie et abêtit ; le verbe dépersonnalise » (La Volonté de puissance) témoignent d’une rationalité, d’une sagesse, étrangère à l’ensemble défini et mesuré par la psychologie factorielle. En même temps, cette sagesse semble assez fragile, et la preuve s’en trouve dans la pensée de Nietzsche lui-même. S’il est connu pour avoir dit que Dieu est mort, il a aussi écrit que l’art est mort. Car l’art repose sur l’illusion, et notre cerveau évolué est dans la démarche de déchirer tous les voiles des « mystères », de la religion, de la culture… Ce qui a fait déplorer au dionysiaque Oscar Wilde le « déclin du mensonge ».

Or, que l’art soit mort, que la sagesse dionysiaque soit confondue avec les élucubrations des aliénés ou qu’elle soit socialement circonscrite dans une « sphère de rationalité » esthétique (Max Weber), chez les bohèmes et les érotomanes, c’est ce que Nietzsche n’a jamais pu admettre, et sa philosophie est la tentative de sauver un type d’homme auquel, depuis des temps immémoriaux, mythologiques, l’attribut de grandeur fut conféré par une humanité reconnaissante. L’alternative est aujourd’hui la suivante : ou bien se faire le thuriféraire du « mensonge » et de la Rome des Borgia (L’Antéchrist), ou bien tuer le poète en soi. Un choix impossible, tragique. (février 2014)

[Je suis pourtant la preuve que le choix est possible puisque j’ai tué le poète en moi : cf « l’autodafé » des Fragments de jeunesse échappés à l’autodafé (2018)]

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Schopenhauer et la théorie de l’évolution

Si Kant a raison et si l’esthétique transcendantale est valide, l’évolution du monde avant l’apparition de l’homme qui s’en fait une représentation n’est qu’une fable.  Or c’est bien ce que dit Schopenhauer. Ce dernier a écrit avant Darwin, mais Darwin n’a pas découvert l’évolution du monde et de l’homme, il a découvert la sélection naturelle, qui l’explique. Schopenhauer décrit l’évolution du monde et l’apparition tardive de l’homme, à partir de primates, tout en précisant que cette évolution est un scénario nécessaire mais imaginaire. En effet, si le principe d’individuation soumis à l’espace et au temps n’existe pas dans la « chose en soi » mais seulement dans notre représentation, il en résulte qu’il ne peut y avoir d’évolution dans l’espace et le temps avant qu’existe notre représentation. Or, d’après Schopenhauer, si ce que notre représentation nous offre à voir dans le monde conduit à l’idée d’évolution, c’est-à-dire à un scénario d’après lequel notre représentation apparaît au cours d’une évolution dans l’espace et le temps, l’esthétique transcendantale (selon laquelle le temps et l’espace sont les formes a priori de notre entendement) dément la réalité en soi de ce scénario.

Schopenhauer traite à peine de ce point me semble-t-il crucial, comme si l’objection n’était pas de nature à exploser tout le système. Dans l’ensemble de son œuvre on ne trouve que quelques lignes, dans Parerga et Paralipomena (et, plus exactement, Paralipomena, Kapitel 6: Zur Philosophie und Wissenschaft der Natur), qui disent « oui, l’évolution » mais « elle est purement phénoménale, das heißt imaginaire ». (Quelques lignes du Monde comme volonté et comme représentation peuvent même affaiblir son point de vue car Schopenhauer semble évoquer une première vague représentation chez un animal primitif, ce qui laisse entendre qu’au détriment de l’esthétique transcendantale cette représentation est le produit d’une évolution dans l’espace et le temps, et donc que l’évolution précède la représentation et non l’inverse.)

Sauver l’esthétique transcendantale, sur laquelle repose entièrement la saine critique de la raison consciente de ses limites et antinomies, implique de ne laisser aucune ambiguïté sur le fait que la représentation ne peut être le produit d’une évolution dans l’espace et le temps, à savoir être elle-même purement phénoménale.

À suivre.

Encore une fois, je vous parle d’un temps où Darwin n’avait pas encore écrit L’Origine des espèces. (juillet 2014)

[Les citations allemandes originales de Schopenhauer sur le sujet dans les Paralipomena peuvent être lues sur cette autre page de mon blog .]

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Extrait d’une lettre à un jeune poète : … Je t’invite également à lire quelques auteurs anarchistes, pour le jour où tu te diras, vers le milieu de ta vie, que tu l’as ratée, et tu sauras alors que la cause en est dans une société qui brise les hommes. Les artistes qui vivent aujourd’hui de leur art sont des parasites du travailleur.

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Singuliers trous noirs

Sur la singularité du trou noir, cette citation : “gravitational force is only theoretically infinite at the zero-size center of the black hole. At any location that could actually be measured, the forces are finite, although extremely large.” (Ray Kurzweil 2005). Questions : Quelque chose qui n’existe que théoriquement existe-t-il ? Quel peut être l’effet réel d’une chose qui n’a qu’une existence théorique ? Si la densité infinie n’est réellement nulle part dans le trou noir, alors que sa présence définit le trou noir, il n’existe aucun trou noir.

Ce qu’on observe n’est pas un trou noir si la définition du trou noir implique une densité infinie. Les astrophysiciens n’ont pas une dérogation pour s’affranchir des lois de la pensée. Si le trou noir existe, la densité infinie ne peut pas être seulement théorique : il faut qu’elle existe aussi. Le problème, c’est qu’on ne peut même pas la penser, au sens que les lois de notre pensée nous l’interdisent. Appliquer le raisonnement mathématique abstrait de cette façon à un objet de l’intuition (un objet de l’espace physique) est absurde.

De sorte que, par nécessité absolue, plus notre observation des phénomènes astrophysiques se perfectionnera, plus il apparaîtra clairement qu’une théorie comprenant une densité infinie n’est pas valide, et que le phénomène s’explique autrement, d’une manière conforme aux lois de notre pensée. Notre pensée est actuellement prise en défaut pour expliquer un phénomène : elle tente de violer ses propres lois pour surmonter le problème, mais c’est complètement vain. C’est même le contraire de l’intelligence.

Il faut dire, pour être précis, qu’un trou noir « relativiste » n’existe pas. Pas plus qu’un Big Bang relativiste (avec singularité).

La notion de singularité est moins acceptable que celle de Dieu. Je perçois qu’elle commence à devenir gênante : cf la citation supra, où l’auteur croit bon de préciser que la singularité est seulement théorique – une précision nullement satisfaisante car on ne peut pas accepter, pour décrire la réalité, une théorie qui mettrait dogmatiquement à l’abri certaines de ses parties du contrôle de la réalité. Or une densité infinie n’est pas vérifiable empiriquement, pas plus que la notion de Dieu (à ceci près que la notion de Dieu ne viole pas les lois de la pensée humaine de façon si flagrante). La science ne doit pas être une religion ; c’est pourtant ce qu’elle devient si elle recourt à des notions invérifiables car s’affranchissant des lois de la pensée humaine.

Le paradoxe de Zénon apporte de l’eau à mon moulin : on peut, par un raisonnement abstrait et en apparence formellement rigoureux, aboutir à une absurdité. L’absurdité du paradoxe de Zénon est manifeste, celle de la singularité l’est tout autant, mais Zénon présente son paradoxe comme un paradoxe, pour demander que les conditions d’une pensée juste soient définies, tandis que la relativité présente sa singularité comme un résultat nécessaire. (octobre 2015)

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La transparence et le silence

Un e-mail du 29 juin 2016 au secrétariat de la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique, qui reçoit et examine les déclarations de revenus des députés (secretariat.declarations@hatvp.fr) :

Madame, Monsieur,

Les « déclarations d’intérêts et d’activité » des députés publiées sur le site de la Haute Autorité sont peu lisibles, car il semble que vous ne précisiez pas sur quels montants portent les demandes. Ainsi, on trouve pour les revenus, selon les déclarations des uns et des autres, des montants « nets », « bruts », « avant impôt », « après impôt », bref on trouve de tout, et quand aucune mention n’est faite par le député en vue de préciser sur quoi portent les chiffres qu’il déclare, comment faut-il lire ces chiffres ? Merci d’avance pour les explications que vous voudrez bien m’apporter.

Pas de réponse.

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La « vallée inquiétante » (Masahiro Mori)

J’ai tendance à partager le point de vue de Gunpei Yokoi sur les choix de débauche technologique versus les idées simples et originales qui ont fait le succès des jeux Nintendo quand il en dirigeait la conception. Il y a sans doute aussi, dans le jeu vidéo actuel, un phénomène « uncanny valley » : la simulation s’est rapprochée du réel mais n’étant pas encore parfaite elle produit un effet d’étrangeté rebutante (dès lors que ce sont des personnages humains qui sont représentés et non des monstres, auquel cas le phénomène ne s’applique pas, et les monstres peuvent être très réussis dans la mesure même où ils n’appellent pas notre empathie ou dans une bien moindre mesure). Le personnage virtuel nous est désagréable car l’imitation du réel est trop bonne pour être du dessin animé et pas assez bonne pour être hors de la vallée inquiétante. Tandis qu’un bon vieux Mario, ça reste du dessin animé.

L’uncanny valley est un concept majeur exposé par le roboticien japonais Masahiro Mori dans les années soixante-dix. On peut penser qu’en plus de détecter, dans le futur, les robots avec des tests de Turing ou des tests à la Blade Runner, le test de l’uncanny valley sera peut-être toujours valide : les robots ne sortiront peut-être jamais de la vallée, même si les signaux étranges qu’ils émettent malgré eux (gestes saccadés etc.) deviennent de plus en plus infimes.

Exposé par un roboticien, le concept est utilisé en robotique mais on peut l’appliquer à toute technologie qui tente de simuler la réalité biologique humaine, sur quelque support que ce soit : effets spéciaux de films, images de synthèse, graphisme des jeux vidéos… Les personnages en image de synthèse ne sont pas encore des acteurs crédibles à cause de l’uncanny valley. Il y a d’ailleurs un film (j’ai oublié lequel car je ne l’ai pas vu) dont on attendait un grand succès et qui a fait un flop à cause de ses personnages en image de synthèse qui ont fait une mauvaise (uncanny) impression sur le public.

C’est pourquoi les hôtels robotisés au Japon remplacent leurs Actroïdes par des… robots dinosaures. Voici un lien vers une vidéo YouTube qui montre un de ces hôtels. Il y a bien quelques Actroïdes, en réalité, mais aussi un dinosaure, qu’on ne s’attendrait pas à trouver dans un hôtel, et ce n’est pas non plus un délire des managers, car le dinosaure est une interface de service plus plaisante que l’Actroïde avec son visage humain et ses mouvements saccadés. Ces Actroïdes ont quelque chose du musée de cire. C’est très uncanny, peut-être que vous en ferez des cauchemars la nuit dans votre chambre d’hôtel… Dans la même veine, le robot Lakshmi (de conception française : il s’agit en fait du robot NAO créé en 2006 par la société Aldebaran Electronics), qui répond aux questions des clients d’agences bancaires en Inde, bien qu’humanoïde ne s’embarrasse pas d’apparence humaine : on dirait un jouet. (janvier 2017)

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Islam pacifique

L’histoire de l’expansion de l’islam présente deux faces, l’une guerrière, l’autre pacifique. Si « la guerre de mille ans » (P.N. Oak) est une manière des Hindous les plus extrémistes de décrire leur relation avec l’islam, il y a aussi le cas de l’Asie du Sud-Est, où l’islam s’est répandu sans une goutte de sang versée.

Le livre d’Ignacio Olagüe publié en 1974 (sous le patronage de Fernand Braudel), La revolución islámica en Occidente, remet en cause l’historiographie officielle de la « conquête » de l’Espagne par les Maures, sur la base des recherches du général Édouard Brémond, le « Lawrence français », (Berbères et Arabes, 1942), (c’est malheureusement Brémond qui est le Lawrence français et non Lawrence le Brémond anglais), qui fait état de l’impossibilité technique d’une telle conquête. La base des Arabes pour la conquête de l’Espagne était l’Égypte, non l’Afrique du Nord, qu’ils ne contrôlaient pas au moment de l’« invasion » de l’Espagne, ce qui suppose une logistique qui dépassait largement leurs moyens. Et l’Espagne aurait été conquise en trois ou quatre années, tandis que la Reconquête aurait pris 800 ans…

En réalité, ces faits, tels qu’ils ont été déformés par des chroniqueurs arabes ultérieurs inspirés par la muse épique, et dont les histoires ont été reprises telles quelles par les historiens occidentaux, renvoient à des luttes intestines entre Wisigoths, avec intervention de troupes berbères d’Afrique du Nord sous domination wisigothique, commandées par des Goths. La lutte opposait ariens unitaires et catholiques trinitaires. Les Ariens partageant une conception unitarienne avec l’Islam, cette dernière conception commença à se répandre, via les Berbères, en Afrique du Nord puis dans la péninsule ibérique. Un Abderraman, célèbre roi andalou, est selon toutes les descriptions connues, un Germain, blond aux yeux bleus, un Goth et non un Arabe ni même un Berbère. La pénétration de l’Islam en Ibérie a été pacifique, par prédication unitarienne, et non le fruit d’une invasion militaire arabe.

Le mouvement a été porté par une immigration berbère en grande partie causée par la désertification de l’Afrique du Nord (les peintures rupestres du Sahara montrent une faune de paysages agrestes, ce qui prouve l’extension du désert au sud du Maghreb), désertification qui s’est d’ailleurs étendue et continue de s’étendre en Espagne et dans le Midi de la France.

Par la suite, l’Afrique du Nord a connu une « contre-réforme » islamique avec les Almohades et Almoravides de Mauritanie, et ces derniers ont été les véritables envahisseurs militaires de l’Espagne (les batailles du Cid), mais nous parlons là des 12e et 13e siècles…

Les mêmes erreurs d’interprétation sont peut-être commises dans d’autres régions du monde. Olagüe souligne que l’Afrique noire, où les Arabes étaient présents depuis longtemps, a commencé à s’islamiser massivement pendant la colonisation européenne (peut-être en réaction)+. Je pense aussi à la Crimée et au Caucase ; je ne connais pas les circonstances exactes de leur islamisation mais je vois très clairement que l’envahisseur, là-bas, s’appelle le Tsar de la Sainte Russie et que cette invasion a été horriblement sanglante. Le terme « cosaquer » (pour décrire les viols de masse et le passage au fil de l’épée de populations entières), aujourd’hui tombé en désuétude, l’atteste. (octobre 2017)

+ La remarque d’Olagüe sur l’Afrique noire est de nature à contredire une pensée exprimée dans mon poème La Chute des Arabes du Congo (recueil La Lune chryséléphantine), selon laquelle l’impérialisme européen en Afrique barra la route à l’impérialisme arabe. Elle la contredit dans la mesure où ce serait en fait l’impérialisme européen qui aurait « armé » en Afrique l’expansion islamique, par réaction. Sans ce colonialisme occidental, les négriers arabes auraient continué à faire la traite depuis la côte orientale, les négriers européens et américains depuis la côte occidentale, et les Africains auraient conservé leurs traditions locales.

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Helga Pjeturss

J’ai lu il y a quelques années sur internet un essai en anglais sur l’interprétation des rêves par le savant islandais Helga Pjeturss (1872-1949), géologue de réputation internationale également féru de sciences plus ésotériques, une des sources d’inspiration du mouvement Asatru, et dont le prix Nobel de littérature islandais Halldor Laxness aurait fait l’éloge.

Pjeturss affirme que les habitants d’autres planètes communiquent avec nous dans nos rêves et il recommande de noter ses rêves pour parvenir à déchiffrer leur message. (Aussi parce que je trouvais que je commençais à manquer de pratique dans l’écriture créative) je suivis ce conseil. Je me rendis alors compte rapidement que beaucoup de mes rêves, si ce n’est tous, bricolent classiquement avec des éléments de ma vie, qu’un extraterrestre ne doit pas connaître, et j’ai rapidement arrêté. Mais peut-être que l’extraterrestre introduit son message occulte dans la matière familière du rêve.

J’ai donc tout de même cherché à en savoir plus et j’ai commandé un de ses livres, le premier dans la série de collections d’essais Nýall (éditions Félag Nýalsinna) à la librairie universitaire de Reykjavík, que je contactai par e-mail et qui, sans doute mise en joie par une demande inattendue (une commande depuis un pays aussi exotique que la France), m’offrit tout bonnement le livre, en me laissant payer les seuls frais d’expédition. Que la librairie en soit ici remerciée.

Voici le livre en photo. Il a une belle couverture en (simili-)cuir avec lettrage doré, et l’intérieur –c’est original– est imprimé à l’encre bleu marine.

Je pensais que je ferais d’une pierre deux coups : découvrir la pensée de cet auteur et, faisant fond sur mes connaissances en suédois, apprendre l’islandais. J’ai vite déchanté et ce livre conserve donc encore tous ses mystères pour moi.

Il existe toutefois un site internet de « l’Institut Pjeturss » qui comporte quelques textes en anglais, bien plus que la dernière fois que je l’ai consulté, il y a quelques années, au moment de lire l’essai sur les rêves (un texte trouvé sur ce même site). Si vous googlez le nom du savant, le site de cet institut est le premier résultat que vous verrez apparaître.

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Un décret très subliminal ayant échappé à l’attention de tout le monde
(La transparence et le silence II)

L’article 10 du décret n° 92-280 du 27 mars 1992 dispose : « La publicité ne doit pas utiliser des techniques subliminales. »

L’article 1er dispose quant à lui : « Le présent décret est applicable aux éditeurs de services de télévision. » Par conséquent, la loi française n’interdit pas la publicité subliminale sur tout autre support de médias : journaux, radio, livres, cinéma, internet…

En ce qui concerne le cas particulier du visage subliminal de François Mitterrand dans le générique du journal TV en 1988, au moment de la campagne pour les élections présidentielles, il est probable que ce décret, s’il avait existé à ce moment-là, aurait été d’application trop restreinte : puisqu’il est question de publicité (art.10) à la télévision (art.1er), cela vise a priori les spots publicitaires, peut-être aussi la promotion commerciale de produits dans certaines émissions, et non un générique de journal TV.

Toujours est-il que ceux qui écrivent « en 1992, une loi a été votée pour interdire l’usage des images subliminales à des fins publicitaires » se trompent. Ce n’est pas à proprement parler une loi mais un texte d’application d’une loi : la loi 86-1067 du 30 septembre 1986. Une recherche sur Légifrance montre que cette loi ne contient même pas le mot « subliminal ». Autrement dit, la question des techniques subliminales a très bien pu ne pas être discutée du tout au Parlement.

La loi contient dix-sept fois le mot « publicité » et je pense que l’interdiction de la publicité subliminale à la télé par le décret de 1992 est en application de l’article 43 de la loi de 1986 : « Toute forme de publicité accessible par un service de communication audiovisuelle doit être clairement identifiée comme telle. Elle doit également permettre d’identifier la personne pour le compte de laquelle elle est réalisée. » Mais c’est tout de même un saut qualitatif important car l’article 43 couvre aussi des pratiques qui sont très éloignées des techniques subliminales au sens strict.

Ce décret est resté lettre morte, il n’a eu aucune conséquence dans notre ordre juridique. Il a donné lieu à une, et une seule, recommandation du CSA, le 27 février 2002 : « En application de l’article 10 dudit décret ‘la publicité ne doit pas utiliser des techniques subliminales’ entendues comme visant à atteindre le subconscient du téléspectateur par l’exposition très brève d’images. Or, le Conseil supérieur de l’audiovisuel a récemment pu relever sur l’antenne d’un service de télévision la présence d’images subliminales, introduites lors des opérations de montage mettant en œuvre des technologies numériques. La présence de telles images n’est pas conforme aux dispositions précitées. » (texte entier)

Dans son exposé public, le CSA indique : « Cette recommandation a été adressée à M6 accompagnée d’un courrier spécifique. » (voir site du CSA)

Le décret de 1992 qui crée le délit de publicité subliminale à la télévision (et je répète que cela ne concerne que la publicité et que la télévision) ne prévoit aucune peine pour ceux qui ne respectent pas l’interdiction. De sorte que le CSA, quand il a constaté que M6 avait enfreint l’interdiction, en 2002, n’a pu qu’adresser une « recommandation » à la chaîne privée, sans valeur contraignante et sans saisine de la justice, et sans même nous dire sur son site si M6 a obtempéré. Et depuis lors, plus rien. C’est ce qui s’appelle une parodie de législation et de justice. (mars 2018)

J’ai donc écrit au CSA (par e-mail le 5 mars 2018). Je lui ai adressé un premier e-mail alors que je connaissais l’existence du décret de 1992 mais non l’avis de 2002. En voici le contenu :

Madame, monsieur,

Aux termes du décret n° 92-280 du 27 mars 1992 applicable aux services de télévision, ‘La publicité ne doit pas utiliser des techniques subliminales.’ (article 10)

Je souhaiterais connaître les réflexions du CSA au sujet des techniques subliminales et si des cas de publicité utilisant des techniques subliminales ont déjà été soumis à l’attention du régulateur.

Quels sont les critères retenus par le CSA, ou le législateur (mais je ne connais pas d’autre texte normatif évoquant ces techniques, et la loi de 1986 dont le décret de 1992 est un texte d’application ne comporte pas le mot « subliminal »), pour caractériser ces techniques subliminales ?

Peut-on vous soumettre des cas et quelles suites y donnez-vous ? Peut-on saisir la justice et quelles suites donne-t-elle à ces saisines ?

Je ne reçois pas de réponse. Entretemps, je découvre l’existence de son avis de 2002 et lui récris donc (le 17 mars) :

Madame, Monsieur,

Oh, quelle interessante recommandation du CSA en 2002 à la chaîne M6 qui s’est rendue coupable de diffuser des images subliminales en violation du règlement de 1992 ! J’espère que vous avez un dossier annexe à cette recommandation, détaillant les faits, car je voudrais le consulter.

Je vous appelle un de ces jours pour prendre rendez-vous.

Pas de réponse, bien sûr. À suivre pour vous raconter mon expédition subliminale au CSA prochainement.

Le décret a été pris par l’administration après que le Parlement a voté une loi dont aucun article n’évoque la publicité subliminale et donc sans que le Parlement, les partis politiques aient débattu du sujet. Le décret sert à faire passer le message que la thématique est prise en considération, puis un avis est pris par le CSA pour rendre le même service, et la mascarade est jouée, les choses peuvent s’arrêter là. Les esprits peu profonds qui ont fait une vague recherche sur le sujet vont assurer leurs lecteurs que le droit français les protège contre des techniques mystérieuses et inquiétantes, et que, par un simple décret sorti de la manche du gouvernement et un avis dont les détails ne sont connus de personne, toute entreprise de manipulation a été étouffée dans l’œuf. Autrement dit, le titre que j’ai choisi, « un décret ayant échappé à l’attention de tout le monde », est inexact : peu de gens ont certes entendu parler du décret mais ceux qui ont cherché à savoir l’ont trouvé, ainsi que l’avis du CSA, sur leur chemin, et la confiance innée du bon citoyen dans les institutions de son pays fait le reste.

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Au chanteur Benoît Carré, laissé sur son blog :

Vous avouez utiliser des techniques subliminales (« voix cachée ») dans la dernière chanson de l’album Fermé pour la saison. Je suppose que l’on ne peut pas déchiffrer à l’oreille ce que dit cette voix « cachée ». Pourquoi ne pas nous révéler ici les paroles qu’elle prononce, pour être sûr qu’elle n’incite pas à se droguer ou à commettre des meurtres ?

J’ai repéré une technique de voix « cachées », c’est-à-dire audibles mais dont il est impossible de saisir à l’oreille les paroles, dans les chansons Something Got Me Started de Simply Red et I Love the Dead d’Alice Cooper. Je n’ai pas réussi à faire réagir le responsable d’un compte Twitter d’Alice Cooper quand je lui ai demandé la même chose qu’à Benoît Carré, à savoir de révéler les paroles enregistrées en « voix cachée ».

Et Benoît Carré n’a pas non plus répondu (ni publié mon commentaire sur son blog).

Si un ingénieur du son ne prend pas spontanément contact avec moi en lisant ces lignes pour que nous déchiffrions ensemble les paroles mystérieuses de ces « voix cachées » et cachottières, j’en contacterai un pour recourir à ses services.

Donc, là aussi, à suivre.

Kant et Schopenhauer : une bibliographie fasciste

Toute bibliographie sur Kant a ses nationaux-socialistes : Alfred Baeumler, Gottfried Martin, Martin Heidegger (le moins connu d’entre eux)… (Pensées XLIII) (Heidegger est le philosophe des trois cités le plus connu mais le nazi le moins connu des trois, si vous voyez ce que je veux dire.)

La présente bibliographie ne saurait en aucun cas prétendre à l’exhaustivité, et ce pour plusieurs raisons.

Tout d’abord, la pensée de Kant et celle de Schopenhauer sont discutées dans toutes sortes d’ouvrages, y compris de fiction, par exemple Les Déracinés de Maurice Barrès, avec son personnage de professeur kantien entouré de disciples, ou encore Martin Eden de Jack London, où le personnage éponyme rejette la « métaphysique médiévale » de Kant pour sa formation intellectuelle. Le champ d’une bibliographie qui entendrait inclure ces œuvres de fiction est immense. Dans le cas de Schopenhauer, cette exclusion est certes regrettable dans la mesure où ce philosophe reste relativement mal aimé au sein des facultés de philosophie (notamment en France), alors qu’il a exercé une influence majeure sur des écrivains de renom, de Thomas Mann à Romain Rolland.

Ensuite, la pensée de l’un et l’autre est également discutée à titre secondaire ou accessoire dans de très nombreux ouvrages universitaires, et ce dans toutes sortes de disciplines au-delà de la philosophie. Inclure toutes ces œuvres, si c’était possible, donnerait là encore à cette bibliographie une dimension exorbitante.

La présente bibliographie se concentre donc sur les ouvrages spécifiquement consacrés à l’un ou l’autre de ces philosophes, ou à un aspect particulier de leur pensée respective. Ma recherche a porté sur les ouvrages publiés ; la recherche d’articles de journaux universitaires n’a pas été approfondie (ce qui signifie que la plus grande partie de la production universitaire est elle aussi laissée de côté).

En ce qui concerne les auteurs de nationalité autre qu’allemande, j’ai restreint le critère de recherche aux personnes de qui j’ai trouvé la trace d’un engagement « fasciste ». Pour les Italiens, par exemple, je n’ai pas retenu les œuvres même publiées pendant la période fasciste si leurs auteurs ne présentent pas un tel engagement selon les éléments biographiques dont je dispose, et ce même s’ils occupaient une chaire universitaire dans l’État totalitaire fasciste, ce qui indique tout de même a priori une compatibilité avec les principes idéologiques de cet État mais peut indiquer aussi une conformité de façade ou bien encore une certaine tolérance de ce même État fasciste quant au profil idéologique des occupants de positions éminentes.

Les titres des ouvrages parus sous le Troisième Reich sont soulignés. Les autres ouvrages ont été publiés avant ou après par des auteurs dont l’engagement fasciste est connu.

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Allemands

ACKERMANN Otto, Kant im Urteil Nietzsches, Tübingen 1939 (K. vu par Nietzsche)

BAEUMLER Alfred, Das Problem der Allgemeingültigkeit in Kants Ästhetik, 1914 (Le problème de l’universalité dans l’esthétique de K.) ; Das Irrationalitätsproblem in der Ästhetik und Logik des 18. Jahrhunderts bis zur Kritik der Urteilskraft, 1923 (Le problème de l’irrationnalité dans l’esthétique et la logique du 18e siècle jusqu’à la Critique de la faculté de juger) ; Kants Kritik der Urteilskraft. Ihre Geschichte und Systematik, 1923 (La Critique de la faculté de juger de K. : son histoire et son système)

Nsdap. Membre fondateur en 1930 du Kampfbund für deutsche Kultur (Alfred Rosenberg). Responsable du département des sciences dans l’Amt Rosenberg (« Bureau Rosenberg ») organe directeur de la politique culturelle et éducative du Nsdap.

BAUMGARTEN Eduard, article Kants Lehre vom Wert der Person, Blätter für Deutsche Philosophie, volume 15, 1941/42 (La théorie de la valeur de la personne chez K.)

Nsdap, SA.

BOHATEC Josef, Die Religionsphilosophie Kants in der Religion innerhalb der Grenzen der bloßen Vernunft, Hambourg 1938 (La philosophie de la religion chez K. dans La Religion dans les limites de la simple raison)

BORCH Rudolf, Schopenhauer. Sein Leben in Selbstzeugnissen, Briefen und Berichten, 1941 (S. : sa vie d’après son témoignage, lettres et récits)

BORRIES Kurt, Kant als Politiker. Zur Staats- und Gesellschaftslehre des Kritizismus, 1928 (K. homme politique : la théorie de l’État et de la société dans le criticisme kantien)

Nsdap, SA.

BROCKDORFF Cay v., Die Differenz zwischen Schopenhauer und den Nachkantianern, 1919 (La différence entre S. et les post-kantiens) ; Schopenhauer, Stuttgart 1941

Nsdap. Membre de la Kant-Gesellschaft.

CHAMBERLAIN Houston Stewart, Immanuel Kant. Die Persönlichkeit als Einführung in das Werk, 1905 (K. : la personnalité en guise d’introduction à l’œuvre)

CRAMER Wolfgang, Das Problem der reinen Anschauung. Eine erkenntnistheoretische Untersuchung der Prinzipien der Mathematik, Tübingen 1937 (Le problème de l’intuition pure : examen des principes des mathématiques du point de vue de la théorie de la connaissance)

Nsdap.

CYSARZ Herbert, Schopenhauer und die Geisteswissenschaft, 1925 (S. et les sciences humaines)

Nsdap.

DEL-NEGRO Walter, Hans Vaihingers philosophisches Werk mit besonderer Berücksichtigung seiner Kantforschung, Kantstudien 42, 1937 (L’œuvre philosophique d’Hans Vaihinger et en particulier ses travaux sur K.)

DULCKEIT Gerhard, Naturrecht und positives Recht bei Kant, 1932 (Droit naturel et droit positif chez K.)

Juriste et philosophe du droit. Pas d’appartenance politique mais proche idéologiquement du Nsdap, reconnu en tant que tel par les autorités, notamment en raison de son opposition à la distinction héritée du droit romain entre droit privé et droit public (cf. Wkpd Deutsch).

EBBINGHAUS Julius, Kants Lehre vom ewigen Frieden und die Kriegsschuldfrage, 1929 (La théorie kantienne de la paix perpétuelle et la question de la responsabilité de la guerre [Première Guerre mondiale]) ; Die Formeln des kategorischen Imperativs und die Ableitung inhaltlich bestimmter Pflichten, 1960 (Les formules de l’impératif catégorique et la déduction d’obligations déterminées)

Membre du Deutschnationale Volkspartei (DNVP) qui fit alliance avec le Nsdap pendant la République de Weimar.

EHRENSTEIN Walter, Die Reichsfeier zum 150. Geburtstag Arthur Schopenhauers in Danzig, Jahrbuch der Schopenhauer-Gesellschaft 26, 1939 (Commémoration du 150e anniversaire de la naissance d’A.S.) ; article Schopenhauer als Psychologe, 1938 (S. comme psychologue)

Nsdap.

EMGE Carl August, Das Eherecht Immanuel Kants, 1924 (Le droit matrimonial selon K.) ; Gedächtnisschrift für Arthur Schopenhauer zur 150. Wiederkehr seines Geburtstages, Berlin 1938 (In memoriam A.S. pour le 150e anniversaire de sa naissance) éd. avec Otto von Schweinichen ; Kreise um Schopenhauer, 1962 (Cercles autour de S.)

Nsdap. Vice-président du comité pour la philosophie du droit de l’Académie allemande du droit (Hans Frank). Président du comité scientifique de la Nietzsche-Archiv.

GADAMER Hans-Georg, Immanuel Kant, 1960

Signataire de la profession de foi des professeurs allemands à Adolf Hitler, novembre 1933. Membre du Nationalsozialistischer Lehrerbund (NSLB) (Ligue NS des enseignants).

GASSE Irene, Staat und Recht bei Schopenhauer, 1938 (État et droit chez S.)

GROENER Maria, Wie ist die Darstellung von Schopenhauers Leben, Charakter und Lehre durch Kuno Fischer im neunten Bande seiner Geschichte der neueren Philosophie zu beurteilen? 1918 (Quel jugement convient-il de porter sur la présentation de la vie, du caractère et de l’œuvre de S. dans l’histoire de la philosophie moderne en 9 volumes de Kuno Fischer ?) ; Schopenhauer und die Juden, 1920 et 1943 (S. et les juifs) ; Hominibus bonae voluntatis: das Buch vom Weibe im Lichte Schopenhauers, 1923 (Aux hommes de bonne volonté : le « Livre de la femme » à la lumière de S.) ; Schopenhauer der Künstler, 1927 (S. artiste)

Membre fondateur de la Neue Deutsche Schopenhauer-Gesellschaft, une organisation clairement völkisch (nationaliste), en 1920.

HAERING Theodor, Über den Duisburg’schen Kantnachlaß und Kants Kritizismus um 1775, 1910 Diss. (Les manuscrits de Duisburg et le criticisme de K. vers 1775)

Nsdap.

HÄRTLE Heinrich, Kant und der europäische Geist, 1974 (K. et l’esprit européen)

Nsdap, SA. Directeur pour les sciences humaines et la philosophie dans le Bureau Rosenberg.

HARTMANN Hans, Schopenhauer, ca 1960

Docteur en théologie. Nsdap.

HEIDEGGER Martin, Kant und das Problem der Metaphysik, 1929 (K. et le problème de la métaphysique, traduit en français)

Nsdap.

HEIMSOETH Heinz, Atom, Seele, Monade. Historische Ursprünge und Hintergründe von Kants Antinomie der Teilung, 1960 (Atome, âme, monade : les origines et l’arrière-plan historiques de l’antinomie kantienne de la divisibilité) ; Studien zur Philosophie Immanuel Kants, 1961 (Études sur la philosophie d’E.K.) ; Transzendentale Dialektik. Ein Kommentar zu Kants Kritik der reinen Vernunft, 4 vol., 1966-71 (Dialectique transcendantale : commentaire de la Critique de la raison pure)

Nsdap, NSLB.

HENNEMANN Gerhard, article Schon Kant kannte die Juden, 1938 (K. connaissait déjà les juifs)

HEYSE Hans, Einleitung in die Kategorienlehre, 1921 Diss. (Introduction à la théorie des catégories) ; Der Begriff der Ganzheit und die Kantische Philosophie. Ideen zu einer regionalen Logik und Kategorienlehre, 1927 (Le concept de totalité et la philosophie kantienne : idées pour une logique et une théorie des catégories régionales)

Nsdap. Vice-président de la Kant-Gesellschaft 1935-37.

HILDEBRANDT Kurt, Kant und Leibniz. Kritizismus und Metaphysik, 1955 (K. et Leibniz : criticisme et métaphysique)

Nsdap.

HOFFMANN Richard Adolf, Kant und Swedenborg, 1909

Docteur en théologie. Nsdap. Membre de l’Institut für Erforschung und Beseitigung des jüdischen Einflusses auf das deutsche kirchliche Leben (Institut pour l’étude et l’élimination de l’influence juive dans la vie de l’Église allemande [protestante]).

HÜBSCHER Arthur, Gespräche (Schopenhauer), 1933 (Propos de S.) ; Schopenhauer-Jahrbuch, seit 1937 (Almanach annuel de S., à partir de 1937) ; Der junge Schopenhauer, 1938 (Le jeune S.) ; Arthur Schopenhauer, 1938 ; Leben mit Schopenhauer, 1966 (Une vie avec S.)

Président de la Schopenhauer-Gesellschaft de 1936 à 1982.

KNITTERMEYER Hinrich, Immanuel Kant. Vorlesungen zur Einführung in die kritische Philosophie, Bremen 1939 (E.K. : leçons d’introduction à la philosophie critique)

Nsdap.

KRÜGER Gerhard, Kants Lehre von der Sinnesaffektion, 1925 Diss. (La théorie kantienne de l’affection des sens) ; Philosophie und Moral in der Kantischen Philosophie, 1931 (Philosophie et morale dans la philosophie kantienne)

Signataire de la Profession de foi des professeurs allemands à Adolf Hitler.

LEHMANN Gerhard, Geschichte der nachkantischen Philosophie. Berliner Kritizismus und kritisches Motiv in den philosophischen Systemen des 19. und 20. Jahrhunderts, 1931 (Histoire de la philosophie post-kantienne : le criticisme berlinois et le thème critique dans les systèmes philosophiques des 19e et 20e siècles) ; Beiträge zur Geschichte und Interpretation der Philosophie Kants, 1969 (Contributions à l’histoire et à l’interprétation de la philosophie de K.) ; Kants Tugenden. Neue Beiträge zur Geschichte und Interpretation der Philosophie Kants, 1980 (Vertus de K. : nouvelles contributions à l’histoire et à l’interprétation de la philosophie kantienne)

Bureau Rosenberg.

LEIDER Kurt, article Kant als Vater der Romantik, 1944 (K. père du romantisme) ; Arthur Schopenhauer, 1954

Collaborateur de l’Ostpreußische Parteiblatt der Nsdap.

LIEBRUCKS Bruno, Probleme der Subjekt-Objekt-Relation [bei Kant], Königsberg 1934 (mit dem Kant-Preis ausgezeichnet) (Les problèmes de la relation sujet-objet ; un essai distingué par le Prix Kant)

Nsdap, SA.

LIPS Peter, Schopenhauer und die Physiognomik, Hambourg 1941 (S. et la physiognomonie)

MARTIN Gottfried, Arithmetik und Kombinatorik bei Kant, Freiburg 1934 Diss. (Arithmétique et analyse combinatoire chez K.) ; Immanuel Kant. Ontologie und Wissenschaftstheorie, 1951 (E.K. : Ontologie et philosophie des sciences) ; Sachindex zu Kants Kritik der reinen Vernunft, 1967 (Index thématique de la Critique de la raison pure)

Nsdap.

MENZER Paul, Natur und Geschichte im Weltbild Kants, 1924 (Nature et histoire dans la vision du monde kantienne) ; Kants Persönlichkeit, 1924 (La personnalité de K.) ; Eine Vorlesung Kants über Ethik, 1924 (Une leçon de K. sur l’éthique) ; Kants Ästhetik in ihrer Entwicklung, 1952 (L’esthétique de K. dans son développement)

Président de la Kant-Gesellschaft, 1933-38. Treudienst-Ehrenzeichen in Gold, 1939.

MEYER-ABICH Adolf, Über Liebmanns Erkenntnislehre und ihr Verhältnis zur Kantischen Philosophie, 1916 (De la théorie de la connaissance de Liebmann dans sa relation à la philosophie kantienne)

Signataire de la Profession de foi des professeurs allemands à Adolf Hitler.

MITTASCH Alwin, Schopenhauer und die Chemie, Heidelberg 1939 (S. et la chimie)

Chimiste.

MOLLOWITZ Gerhard, Kants Platoauffassung, Kant-Studien 40, 1935 (L’interprétation de Platon par Kant)

Nsdap.

NOACK Hermann, Introduction à La Religion dans les limites de la simple raison, 1961

SA. Signataire de la profession de foi des professeurs allemands à Adolf Hitler.

PFEIFFER Konrad, Zum höchsten Dasein. Goethes Faust im Lichte der Schopenhauerschen Philosophie, Berlin-Leipzig, 1938 (Pour l’existence la plus haute : Le Faust de Goethe à la lumière de la philosophie de S.) ; Von Mozarts göttlichem Genius. Eine Kunstbetrachtung auf der Grundlage der Schopenhauerschen Philosophie, Berlin 1941 (Du génie divin de Mozart : une étude d’histoire de l’art d’après les principes de la philosophie schopenhauerienne)

Membre de la Schopenhauer-Gesellschaft.

RENSCH Bernhard, article Kants Vorstellungen über den menschlichen Geist, Philosophia Naturalis 19, 1982 (Les représentations de l’esprit humain chez K.)

Biologiste. Membre de plusieurs organisations liées au Nsdap, dont le NSLB.

RIEFFERT Johann Baptist, Die Lehre von der empirischen Anschauung bei Schopenhauer und ihre historischen Voraussetzungen, 1910 Diss. (La théorie de l’intuition empirique chez S. et ses conditions historiques)

Nsdap (exclu pour avoir caché son appartenance au SPD, parti social-démocrate), Kampfbund, SA.

RIPKE-KÜHN Lenore, Kant contra Einstein, 1920

Völkisch.

SCHILLING Kurt, Kant. Persönlichkeit und Werk, Münich 1942 (K. : personnalité et œuvre) ; Geschichte der Philosophie: Von der Renaissance bis Kant, 1954 (Histoire de la philosophie de la Renaissance jusqu’à Kant)

Nsdap.

SCHLAF Johannes, Zur Aprioritätenlehre Kants, 1934 (La théorie de l’apriorité chez K.)

Écrivain. Signataire du Serment de fidélité à Adolf Hitler (88 écrivains et poètes), octobre 1933.

SCHMALENBACH Hermann, Kant und die Philosophie der Gegenwart, 1924 (K. et la philosophie contemporaine) ; Die Kantische Philosophie und die Religion, 1926 (La philosophie kantienne et la religion) ; Kants Religion, 1929 (La religion de K.)

George-Kreis (cercle d’idées conservatrices-révolutionnaires autour du poète Stefan George).

SCHMIDT Raymund, Schopenhauer-Brevier, Leipzig 1938 (Bréviaire de S.) ; article Schopenhauer und die Juden, 1938 (S. et les juifs)

SCHWEINICHEN Otto v., Gedächtnisschrift für Arthur Schopenhauer zur 150. Wiederkehr seines Geburtstages, 1939 éd. avec Carl August Emge [voir Emge]

Nsdap, SA.

SWOBODA Ernst, Das allgemeine bürgerliche Gesetzbuch im Lichte der Lehren Kants, 1926 (Le code civil à la lumière de la pensée de K.)

Nsdap, SA.

TANZMANN Bruno, Die Rettung von Schopenhauers Philosophie für die völkische Erziehung, 1919 (Le sauvetage de la philosophie de S. pour une éducation völkisch [nationaliste])

Fondateur Hakenkreuz-Verlag, völkisch.

TÖPFER Hellmuth, Deutung und Wertung der Kunst bei Schopenhauer und Nietzsche, Leipzig 1933 Diss. (Interprétation et évaluation de l’art chez S. et chez Nietzsche)

WEBER Johann Emil, Wie lange noch? Programmschrift zur Neuordnung der Schopenhauer-Gesellschaft, 1920 (Combien de temps encore ? Programme pour la réorganisation de la Société Schopenhauer)

Membre fondateur de la Neue Deutsche Schopenhauer-Gesellschaft, völkisch.

WUNDT Max, Kant als Metaphysiker. Ein Beitrag zur Geschichte der deutschen Philosophie im 18. Jahrhundert, 1924 (K. métaphysicien : contribution à l’histoire de la philosophie allemande du 18e siècle) ; article Kant und der deutsche Geist, Archiv für die gesammte Psychologie, 1936 (K. et l’esprit allemand)

Membre du Kampfund (Rosenberg), collaborateur du journal NS Völkischer Beobachter.

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Autres nationalités

BRĂILEANU Traian, traduction en roumain de la Critique de la raison pure, en 1930, de la Critique de la faculté de juger, en 1940, et de l’Idée d’une histoire universelle, en 1943

Roumain. Philosophe et sociologue. Membre dirigeant de la Garde de fer. Ministre de l’éducation nationale dans le gouvernement collaborationniste, 1940-41.

DE LORENZO Giuseppe, Leopardi e Schopenhauer, 1923

Italien. Orientaliste, géographe (vulcanologie) et philosophe. « Comparait Mussolini au Bouddha. »

GĂVĂNESCU Ion, Dela Kant la Hitler: spre pacea lumii, 1942 (De K. à Hitler : vers la paix universelle)

Roumain. Membre dirigeant de la Garde de fer.

GENTILE Giovanni, traducteur de la Critique de la raison pure, en 1909-10, avec Giuseppe Lombardo Radice

Italien. Le « philosophe du fascisme » selon ses propres termes.

IONESCU Nae, une édition de la Critique de la raison pratique, 1934

Roumain. Philosophe. Opposant conservateur à la Garde de fer, puis la soutient.

LAMANNA Eustachio Paolo, Il fondamento morale della politica secondo Kant, 1916 (Le fondement moral de la politique selon K.) ; Kant. Un profilo, 1925 (K. : un portrait)

Italien. Philosophe. Signe le Manifeste des intellectuels antifascistes de Benedetto Croce en 1925 (en réponse au Manifeste des intellectuels fascistes de Giovanni Gentile), avant de se rallier au fascisme.

LILJEQVIST Efraim, Der schwedische Persönlichkeitsidealismus und Kant, Vienne 1934 (L’idéalisme de la personnalité suédois et K.)

Suédois. Philosophe. Président du Riksföreningen Sverige-Tyskland, l’Association pour l’amitié entre la Suède et l’Allemagne, pro-nazie, 1939-41.

MAKANEC Julije, article Kant, Prosvjetni život II, 1943

Croate. Philosophe. Ministre de l’éducation nationale dans l’État croate Oustacha, fasciste.

NOICA Constantin, Concepte deschise în istoria filozofiei la Descartes, Leibniz și Kant, 1936 (Concepts clairs d’histoire de la philosophie chez Descartes, Leibniz et Kant) ; Două introduceri și o trecere spre idealism. Cu traducerea primei introduceri kantiene a Criticei Judecării, 1943 (Deux introductions et un passage vers l’idéalisme, avec la traduction de la première introduction kantienne à la Critique de la faculté de juger)

Roumain. Membre de la Garde de fer. Collaborateur de l’Institut germano-roumain de Berlin, 1940-44.

PAPINI Giovanni, Il crepuscolo dei filosofi. Kant, Hegel, Schopenhauer, Comte, Spencer, Nietzsche, 1906 (Le crépuscule des philosophes) ; L’importanza di Schopenhauer, 1913 (L’importance de S.)

Italien. Proche du fascisme.

PETROVICI Ion, Kant und das rumänische Denken, 1927 (K. et la pensée roumaine) ; Viața și opera lui Kant. 12 lecții universitare, 1936 (Vie et œuvre de Kant : 12 leçons universitaires) ; Schopenhauer, 1937 [en roumain] ; Zum 150. Geburtstage Schopenhauer, Heidelberg 1939 [Pour le 150e anniversaire de la naissance de S.)

Roumain. Ministre de l’éducation nationale dans le gouvernement antisémite d’Octavian Goga, 1937-38, puis ministre de la culture dans le gouvernement collaborationniste d’Antonescu, 1941-44.

REALE Miguel, A doutrina de Kant no Brasil, 1949 (La doctrine de K. au Brésil)

Brésilien. Un des dirigeants du mouvement intégraliste (mouvement fasciste brésilien). Membre fondateur de l’Académie brésilienne de philosophie en 1989.

VLEESCHAUWER Herman Jan de, La déduction transcendantale dans l’œuvre de Kant, 3 volumes, Antwerp-Paris 1934, 1936, 1937 ; L’évolution de la pensée kantienne. L’histoire d’une doctrine, Paris 1939

Belge. Membre du Vlaams Nationaal Verbond (VNB) fasciste. Directeur général à l’enseignement supérieur pendant l’occupation de la Belgique. Condamné à mort après la guerre pour collaboration, s’enfuit en Afrique du Sud, où il enseigne la philosophie, à l’Université de Pretoria, de 1955 à 1966.