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Un signal radio venu de l’espace

I/ Oui (20-22 décembre 2020)
II/ Mais non (23 décembre)

I/ Oui

Les lois de la physique, de la chimie, de la biologie sont supposées valables pour tout l’univers, aussi infini soit-il, c’est-à-dire pour tout l’univers physique, chimique et biologique. Si l’on n’admet pas ce postulat, on n’admet aucune de ces sciences comme pouvant être fondées sur des lois. Partant de là, le principe est : Mêmes causes, mêmes effets. Ce principe s’entend en général comme impliquant des variations somme toute peu spectaculaires entre différentes parties de l’univers, et les savants qui cherchent aujourd’hui de la vie sur d’autres planètes recherchent tout d’abord des planètes pouvant présenter des caractéristiques pas trop différentes de celles de la Terre, à savoir, premièrement, des planètes qui soient dans la « zone habitable » de leur étoile. Parce que ceux qui cherchent de la vie le font avec une certaine idée de ce qu’est la vie, en gros de « longues molécules à forte teneur en carbone » : aucune molécule de cette sorte ne pourrait se maintenir aux températures d’une étoile (en réponse à une personne imaginant que le soleil serait peut-être habité par une forme de vie dont nous ignorons tout), et ces molécules ne peuvent se maintenir théoriquement que dans un certain écart de températures et en présence d’autres conditions physiques qui définissent une zone habitable.

Le principe « mêmes causes, mêmes effets » peut selon d’autres, et notamment le Japonais Magoroh Mayurama, s’interpréter différemment, selon le principe « petites causes, grands effets » qui s’est dégagé plus récemment des travaux de physique sur les turbulences et la théorie du chaos : de petites différences dans les conditions initiales pourraient produire un spectre de phénomènes différents bien plus large.

S’agissant de la recherche de vie extraterrestre, le consensus scientifique est que la vie extraterrestre existe sur d’autres planètes et la question restant pendante est de savoir s’il existe de la vie intelligente. On définit cette vie intelligente comme une forme de vie qui, à un certain stade de son développement, serait capable d’émettre des ondes radio et/ou d’autres signaux d’activité, et il n’y a pas de consensus scientifique aujourd’hui sur ce point, non pas, cependant, parce que l’idée d’une vie intelligente extraterrestre serait trop étrange pour les scientifiques mais parce que l’on n’a encore détecté aucun signal de ce genre et que c’est difficile à expliquer vu le nombre d’étoiles et de planètes dans l’univers. On n’arrive pas à expliquer pourquoi, en gros, s’il existe de la vie extraterrestre intelligente, elle n’est pas déjà chez nous. C’est le paradoxe de Fermi (du nom du physicien italien Enrico Fermi).

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Loin que l’idée de vie extraterrestre intelligente paraisse étrange aux scientifiques, c’est plutôt l’absence de vie extraterrestre intelligente qui serait étrange et demanderait un travail d’explication, car selon le principe « mêmes causes, mêmes effets » il est certain, d’autres planètes avec les mêmes conditions que la Terre existant et quelques-unes ayant même déjà été identifiées, que le principe devrait conduire à l’existence d’une vie civilisée, émettant des ondes radio, comme la civilisation terrestre. Cependant, selon le principe « petites causes, grands effets », il se pourrait qu’une petite cause sur la Terre ait produit un grand effet qui ne se retrouve pas ailleurs : la vie intelligente. Mais cela reste tout de même moins probable que l’autre hypothèse, qui a pour elle les grands nombres de l’infinité de l’espace.

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D’autres conditions, d’autres principes, quelque part ailleurs dans l’univers, n’en seraient pas moins soumis aux mêmes limites théoriques.

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Que peut connaître l’homme au-delà de « la limite humaine » ? Rien. Donc, que chercher au-delà de la limite humaine ? Rien.

S’il y a des choses au-delà de cette limite, elles ne peuvent nous affecter, car ce qui peut nous affecter peut être connu de nous. Si cela ne peut pas nous affecter, cela nous est indifférent. Rien n’empêche d’imaginer des plans d’existence où nous n’avons aucune part et qui n’ont aucune part au nôtre, il n’en reste pas moins que, dans le domaine du connaissable, nous posons le réel comme soumis à des lois telles que nous les donne notre entendement.

« Connaître » au sens où un rat connaît l’humain dont il est le cobaye, par exemple. Notre limite peut impliquer qu’on ne comprenne pas une intelligence extraterrestre de beaucoup supérieure, mais si elle venait en contact avec nous, à moins qu’elle se cache, nous le saurions, et si elle nous traitait comme des rats de laboratoire nous le saurions aussi, nous le « connaîtrions », même si nous ne savions pas comment ils font tout ce qu’ils nous font ni comment ils s’appellent. L’humain n’est pas au-delà de la limite du rat en ce sens.

Une intelligence extraterrestre, si elle peut entrer en contact avec nous, doit avoir des caractéristiques formelles comparables à l’intelligence humaine, et connaître, car elle y est soumise elle aussi, les mêmes lois physiques, chimiques, biologiques que nous (quelle que soit la manière dont elle les exprime et quels que soient les faits qu’elle met en lumière plutôt que d’autres). Si elle est plus avancée que nous, elle a une connaissance plus approfondie de ces lois, si elle est moins avancée, une connaissance moins approfondie.

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De prochaines découvertes remettront en question les échafaudages théoriques les mieux fondés mais le fait est que ces échafaudages, ces constructions ne sont même pas le principal : on dit que la lumière est « à la fois » ondulatoire et corpusculaire et c’est une contradiction prima facieon the face of it » : elle n’est même pas cachée), mais nous « touchons » quand même la loi qu’est censée représenter cette construction puisque nous en tirons quelques prédictions limitées mais correctes qui nous permettent de perfectionner notre technique.

Le consensus me semble être le suivant parmi ceux qui croient aux extraterrestres, c’est-à-dire au MIT et au Max-Planck-Institut : les extraterrestres intelligents devraient assez nous ressembler en termes d’intelligence. Indépendamment des particularités de la faune et de la flore des exoplanètes, et même de la physiologie des extraterrestres intelligents qui les habiteraient, le point de vue matérialiste qui s’impose à la science dans son domaine fait que la nature doit doter l’intelligence de certaines capacités générales selon un certain schéma : l’intelligence est un miroir et les miroirs, même de différentes matières, fonctionnent selon le même principe.

Je crois que l’on s’attend donc à des différences à peine plus marquées qu’entre les Espagnols et les Aztèques au moment de la Conquista. Les Aztèques faisaient partie des peuples avancés de l’époque mais il a suffi d’une poignée d’Espagnols avec des fusils et des chevaux pour qu’une civilisation disparaisse. Un petit delta technique a fait toute la différence. Nous sommes déjà tournés vers l’espace, donc à la veille, pouvons-nous croire, de voyager dans l’espace (peut-être même à la veille d’envoyer un homme sur la Lune), aussi une intelligence qui voyagerait déjà ne serait pas forcément beaucoup plus avancée, seulement un peu plus.

Il reste que l’absence de signal radio extraterrestre est paradoxale (on ne parle pas forcément de signaux intentionnels mais de signaux qu’une civilisation avancée doit produire par son activité) : c’est le paradoxe de Fermi. Or la presse nous a fait part de la découverte LA SEMAINE DERNIERE d’un signal radio extraterrestre, le premier depuis que nous avons des capteurs braqués vers le ciel, c’est-à-dire quand même plus d’un demi-siècle. Apparemment, jusqu’à présent nous savions que nous n’avions pas reçu de tel signal dans nos capteurs, et là nous saurions apparemment que c’est ce que nous attendions et que c’est donc, mesdames et messieurs, le premier signal d’intelligence extraterrestre consciemment capté par l’humanité.

Il faut évidemment attendre de voir si ce sera confirmé mais la nouvelle est plutôt inédite, et pour cause. Il y a tout de même des chances, car les gens sont un peu fébriles au MIT-Institut (Massachusetts Institute of Technology-Institute), que ce soit une fausse alerte, et qu’on a pris une éructation solaire pour la 5G martienne.

Sinon, dans le space opera, les U.S. viennent aussi de créer la première unité militaire au monde consacrée à l’espace : les Guardians. C’est officiel.

II/ Mais non

Alors je suis allé voir sur internet… Et ce message radio est bien un message radio mais « les astronomes savent que les planètes qui disposent d’un champ magnétique émettent naturellement des signaux radio » (Futura Sciences, « Le premier signal radio détecté provenant d’une exoplanète ? » 19/12/20) et « Il n’est pas question ici d’un message envoyé par une civilisation extraterrestre. Simplement de la preuve que cette exoplanète possède un champ magnétique. » (Même source)

Certes la présence d’un champ magnétique (et « même si les chercheurs ont déjà débusqué, au-delà de notre Système solaire, plus de 4.000 exoplanètes, ils n’avaient encore jamais pu capter la signature de leur champ magnétique ») est supposée favorable à l’apparition de la vie sur cette planète (en raison de la protection contre le bombardement de particules cosmiques), mais après avoir dit que les signaux radio seraient un signe d’intelligence extraterrestre, nous expliquer, une fois que l’on en a détecté un, que c’est seulement un phénomène naturel, est un peu fort de café.

Le paradoxe de Fermi est basé sur le fait que nous n’avons pas détecté d’ondes radio et que nous n’avons donc pas de traces de vie extraterrestre. (« Des civilisations plus avancées auraient dû apparaître parmi les systèmes planétaires plus âgés et laisser des traces visibles depuis la Terre, telles des ondes radio. » Wikipédia : Paradoxe de Fermi) Or si les ondes radio sont un simple phénomène naturel, nous devrions en recevoir des milliers par jour si nous n’étions pas encore à l’âge de pierre des préhominiens diplômés du Massachusetts Institute of Technology-Institut !

Enfin, ce n’est même pas le premier signal radio « naturel » détecté depuis une exoplanète, contrairement à ce que racontent Futura Sciences et les autres, si j’en crois Wikipédia : « Le 22 juillet 2019 est paru un article signé X annonçant la détermination, sur des bases observationnelles, de l’intensité du champ magnétique de quatre exoplanètes de type Jupiter chaud. Ces quatre planètes sont …. [sic !] Leurs champs magnétiques ont une intensité comprise entre 20 et 120 gauss, à comparer à 4,3 gauss pour Jupiter et un demi-gauss pour la Terre. » (Wkpd : Champ magnétique planétaire)

En tout cas, les Guardians, eux, existent.

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Quel fumiste, ce Fermi ! La réponse au paradoxe de Fermi, c’est qu’il n’y a pas de paradoxe de Fermi. Même si des civilisations extraterrestres existaient, elles ne laisseraient pas de traces visibles « telles que des ondes radio » depuis la Terre, vu que :

1/ nous n’avons pas la technologie pour différencier une onde de champ magnétique d’une onde d’émetteur radio, et surtout

2/ nous n’avons même pas la technologie appropriée pour capter des ondes radio depuis l’espace puisque, alors qu’il est évident qu’il existe un nombre prodigieux d’exoplanètes dans l’univers (ce que Fermi ne niait pas et c’est pourquoi il a cru pouvoir formuler son paradoxe, puisque si Fermi n’était pas d’accord avec la prémisse qui est le grand nombre, voire le nombre infini d’exoplanètes, il n’y aurait pas de paradoxe de Fermi), avec, dans ce nombre infini, un nombre infini d’exoplanètes avec champ magnétique, nous ne sommes pas capables de capter distinctement leurs ondes radio naturelles, vu que nous avons réalisé pour la première fois cet exploit il y a quelques jours seulement (ou en 2019 selon la page Wikipédia citée).

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Dans le même genre

« Voyage temporel dans le passé : théoriquement c’est possible et sans paradoxes. » (Aphadolie [blogueur])

« Si un voyage dans le temps était possible, les événements modifiés du passé se réajusteraient pour éviter toute incohérence, avancent des mathématiciens [dans la revue Classical and Quantum Gravity]. » (Courrier international, 28/9/2020)

Les mathématiciens qui voudraient donner un sens physique à la racine carrée de –1, ou même à la valeur négative –1 (au cas où je voudrais croire qu’il peut y avoir devant moi –1 orange), diraient des bêtises dans le même genre.

Le présent étant déterminé causalement par le passé, le présent ne détermine pas causalement le passé, une cause de soi ne peut exister dans une chaîne de causalité, c’est-à-dire dans la loi de causalité à laquelle notre entendement est soumis (lorsqu’il exige la validation de ses propositions).

Tout reste paradoxal dans le voyage dans le temps, en dépit des faibles exemples donnés dans l’article. Si je me déplace dans le temps jusqu’à hier, ne doit-il pas y avoir dans cet hier deux moi et cela n’est-il pas un paradoxe ? Plus je vais dans le passé, plus je me multiplie, c’est touchant.

Pour que je ne me multiplie pas autant de fois que je voyage dans le passé, il faut que je disparaisse du présent que je quitte et, non seulement cela, que je n’y aie même jamais été présent ; or j’y étais présent en vertu du passé, donc je ne peux le quitter pour un voyage dans le passé sans me multiplier autant de fois que je voyage dans le passé.

J’en appelle au sens critique contre les filmographies de science-fiction. Il y a quelques décennies tout le monde parlait de la « cybernétique » comme de quelque chose de révolutionnaire, tout devenait cybernétique (biologie cybernétique etc), les instituts de cybernétique poussaient comme des champignons. On mettait la loi de causalité au placard car on avait vu que les « boucles rétroactives » (feedback loops) sortaient de ce cadre intellectuel périmé. Tout cela a fait long feu, les savants qui ont participé à ce phénomène hystérique de masse se sont calmés ou sont redevenus sobres (le mot reste dans quelques expressions, comme cyberespace, un espace qui ne doit cependant rien à la cybernétique). Et je pose enfin la question : comment a-t-on pu imaginer mettre en question la loi de causalité à partir de l’expérience des missiles à tête chercheuse ? C’était ridicule et navrant.

10/10/2020

Le kantisme devant le principe d’incertitude

« Le consensus de Copenhague, dans le domaine de la physique des particules, … conclut à de l’indéterminable dans l’objet lui-même du fait de l’inévitable interaction avec l’instrument de mesure. Cependant, ce consensus ne tient pas la route, philosophiquement, car on peut concevoir la possibilité d’autres instruments de mesure qui permettraient d’observer ces échelles sans interaction de l’observateur avec les phénomènes observés, par exemple grâce aux nanotechnologies. Cette pensée à elle seule dément l’affirmation selon laquelle l’indéterminé est dans le phénomène observé lui-même. » (lxiii, 24 août 2019)

Les tenants de l’école de Copenhague ont porté la contradiction à cette pensée dès avant que je la formule ; il n’était donc pas tout à fait scrupuleux de ma part de la présenter sans expliquer qu’elle était, selon les penseurs auxquels je m’oppose, déjà tenue pour sans portée dans le débat. Il me fallait, pour procéder autrement, connaître les objections de l’école plus en détail que ce n’était le cas quand j’écrivais ce chapitre. Je suis donc allé chercher la réponse de l’école, et, renseignements pris, je reconnais que ma position sur ce point précis – à savoir, que d’autres dispositifs de mesure pourraient permettre d’écarter l’incertitude – est relativement faible, mais tout en concédant la faiblesse de l’argument tiré de la mesure (bien que les possibilités des nanotechnologies que je cite n’aient pas été envisagées par l’école), mes conclusions restent justes du fait des autres arguments développés dans les précédents chapitres ainsi que de nouveaux arguments que je vais développer ici.

Je maintiens que l’indéterminisme de la mécanique ondulatoire n’est pas dans les phénomènes ainsi que le prétend l’école de Copenhague, mais je précise, en reprenant la distinction de l’école entre théorie objectiviste, telle que la mécanique classique, éventuellement « à déterminisme caché » telle que la mécanique statistique classique, et théorie subjectiviste, telle que la mécanique ondulatoire, complètement indéterministe selon l’école de Copenhague, que cette classification est erronée et devrait être plutôt ramenée à la différence entre indétermination comme conséquence contingente et comme conséquence nécessaire de la subjectivité formelle. Comme le monde phénoménal nous est donné via notre subjectivité formelle, il semblerait qu’une indétermination nécessaire selon cette dernière dût être considérée comme une indétermination dans les phénomènes eux-mêmes. Il n’en est rien : notre subjectivité formelle ne connaît que le déterminisme des phénomènes, c’est-à-dire leur détermination absolue selon la causalité. Cette indétermination nécessaire n’a pas pour conséquence une indétermination objective dans les phénomènes, puisqu’elle n’est alors que la conséquence d’une limitation de notre entendement dans le domaine même auquel celui-ci prescrit ses lois. Que notre entendement ne puisse être conduit à aucune contradiction dans la connaissance des phénomènes, à savoir, ici, qu’il ne puisse y avoir d’indétermination nécessaire comme conséquence de l’entendement puisque l’entendement prescrit à la nature la détermination absolue de la loi de causalité, n’est pas une proposition nécessaire, apodictique.

Mais en introduisant, comme je le fais, l’idée d’indétermination nécessaire selon la subjectivité, je suis en réalité conduit à prédire une révision complète des résultats de la mécanique ondulatoire, car cette idée est tout de même paradoxale (bien que son contraire ne soit pas nécessaire). Je prédis également que cette révision proviendra d’une remise en cause de la nature paradoxale de la lumière, ainsi que de la matière au niveau subatomique (Louis de Broglie), comme étant à la fois et en même temps ondulatoire et corpusculaire, ou de la définition des ondes et corpuscules. – De telles conclusions ne courent d’ailleurs jamais le moindre risque d’être hasardées, dans aucune science empirique, compte tenu de la synthèse continue au fondement de ces sciences.

Ma conclusion rappelle, au final, comme je l’ai déjà fait dans les précédents chapitres, que les résultats d’une science métrologique particulière, la physique, ne peuvent être étendus au-delà de ce domaine restreint sans de multiples apories dès lors que l’on chercherait à fonder sur eux une philosophie de la connaissance (car celle-ci repose sur des principes métaphysiques).

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i

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Pour commencer, le consensus de Copenhague ne fait pas dépendre le principe d’incertitude, à la manière dont les vulgarisateurs le présentent souvent au grand public, de l’interaction entre un processus de mesure et le phénomène mesuré. Autrement dit, une réponse sur ce point, comme dans la citation en exergue de ce chapitre, répond aux vulgarisateurs mais non à l’école elle-même. En effet, cet argument des vulgarisateurs ne permet pas d’exclure un possible « déterminisme caché ». En réalité, le principe d’incertitude est obtenu « indépendamment de tout processus de mesure particulier » (cf citation infra).

« Bohr et Heisenberg ont examiné ainsi de nombreux dispositifs [de mesure]. Pour chaque cas examiné on est conduit à l’impossibilité de mesurer l’état d’un corpuscule, mais on ne peut parvenir avec des raisonnements de ce genre à prouver d’une manière générale l’impossibilité de mesurer l’état mécanique d’un corpuscule ou d’un système de corpuscules. Pour y parvenir, il faut faire intervenir les lois de la mécanique ondulatoire. » (Jean-Louis Destouches, La mécanique ondulatoire, 1948, pp. 55-6 ; c’est de ce livre que sont tirées les citations du présent chapitre)

Passons sur le diallèle qui, dans cette citation, veut faire intervenir les lois de la mécanique ondulatoire pour parvenir au principe d’incertitude alors que ces lois sont fondées sur ce dernier ; c’est le passage suivant qu’il faut retenir principalement :

« La démonstration de ce résultat [le principe d’incertitude] ne fait appel qu’au principe des interférences [qui pose par hypothèse la relation d’Einstein entre énergie et fréquence] et au principe de décomposition spectrale pour la quantité de mouvement ; elle est une conséquence de propriétés mathématiques concernant ce qu’on appelle ‘les intégrales de Fourier’. On obtient donc cette fois les relations d’incertitude indépendamment de tout processus de mesure particulier. » (57)

Nous laisserons de côté l’explicitation du principe des interférences et du principe de décomposition spectrale puisque nous concédons à ce passage l’essentiel, à savoir que le principe d’incertitude doit découler de ces principes « indépendamment de tout processus de mesure particulier ». Relevons tout de même que Bohr et Heisenberg n’ont pas eu dès l’abord la conviction que le principe en découle « indépendamment etc. », puisqu’ils ont examiné de nombreux dispositifs de mesure (citation pp. 55-6). Il faut donc supposer que ne leur était pas de prime abord évident le fait que le principe d’incertitude s’obtient indépendamment de tout dispositif de mesure, autrement ils n’auraient pas tenté de répondre à cette objection (la même que j’ai formulée en lxiii), qu’ils aient anticipé cette objection ou qu’elle leur ait été présentée par d’autres, au moyen de l’examen de dispositifs de mesure alternatifs, examen qui ne pouvait jamais écarter un « déterminisme caché », c’est-à-dire ne pouvait pas « prouver d’une manière générale l’impossibilité de mesurer l’état mécanique d’un corpuscule ou d’un système de corpuscules ». S’ils l’ont pratiqué, c’est qu’ils n’étaient pas d’emblée convaincus que cet examen ne pourrait en aucun cas contredire le principe d’incertitude.

Or, même en concédant l’essentiel à ce passage, donc en répudiant notre citation en exergue de ce chapitre, nous allons voir que ce passage ne permet pas de conclure à l’indétermination dans les phénomènes.

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Si un corps impacté par une propagation quelconque produit des interférences ou des diffractions, ce qui se propage est une onde. Si ce qui se propage est un ensemble de corpuscules ou particules, le corps impacté subit un choc et se met lui-même en mouvement. L’expérience semble montrer que la lumière est à la fois ondulatoire et corpusculaire.

L’incertitude de Heisenberg est liée au fait qu’un corpuscule que nous observons est heurté, donc déplacé, par le photon de lumière qui nous permet de l’observer (le corpuscule subit un choc car la lumière possède un aspect corpusculaire) – l’observer au microscope, dans le cas du microscope, mais le principe vaut pour tous procédés de mesure en vertu des considérations citées.

Or, même en tenant compte des citations précédentes, l’indétermination est dans la mesure et non dans les choses. On ne peut en effet tirer aucune conclusion quant à la détermination ou non des phénomènes à partir de fonctions d’ondes qui sont « seulement des intermédiaires de calcul » (62), alors que c’est bien ce qu’on prétend faire par le raisonnement « objectif » concluant à un indéterminisme qui serait « de droit » dès lors qu’il découlerait du principe des interférences et du principe de décomposition spectrale des fonctions d’onde de la mécanique ondulatoire. D’un simple instrument de calcul on ne peut tirer aucune conclusion quant aux phénomènes mais seulement quant à notre faculté de calcul : la notion d’indétermination reste donc subjective dans tous les cas (subjective universelle, c’est-à-dire liée à notre subjectivité formelle), elle n’est pas objective, elle n’est pas dans les phénomènes. Un indéterminisme objectif ne peut d’ailleurs nullement être pensé, car la pensée est assujettie à la loi de causalité qui détermine la condition de possibilité de notre expérience et par laquelle, dans les phénomènes de notre expérience, tout effet a une cause.

La présence de i (imaginaire) dans les fonctions d’onde de la mécanique ondulatoire fait qu’elles ne traduisent en aucune façon les vibrations d’un milieu : « ce sont seulement des intermédiaires de calcul : elles servent à calculer des probabilités » (62). Or toute fonction est un intermédiaire de calcul. Le fait qu’elles servent ici « seulement » d’intermédiaire introduit de l’arbitraire – surtout quand ce pur intermédiaire est apparu à partir de fonctions réelles (des fonctions d’ondes traduisant les vibrations d’un milieu), desquelles on abandonne au passage le caractère de traduction de phénomènes réels.

On a donc parlé pour les ondes de la mécanique ondulatoire d’« ondes de probabilités », mêlant allégrement l’objectal et l’abstrait. Mais une probabilité n’a pas de mouvement, au sens physique, dans l’espace et dans le temps.

Ces équations ont été développées pour permettre un accord satisfaisant avec les valeurs de l’expérience (raies spectrales, etc.), du moins une meilleure concordance que dans le cas de la première mécanique des quantas. Puisque nous avons des équations qui s’accordent avec les données de l’expérience, elles permettent des prédictions (ne fût-ce que des prédictions de probabilités ; on reste dans le processus d’induction classique, avec sa part d’incertitude – l’incertitude avant le principe d’incertitude : voyez ce que nous avons dit de la méthode inductive, notamment en lxviii). Elles jouent leur rôle de pouvoir technique mais en l’occurrence elles ne veulent rien dire – du moins dans les écrits des savants qui jusqu’à ce jour ont tenté de leur donner un sens.

« La mécanique ondulatoire apparaît comme un cas particulier de la théorie générale des prévisions. » (84) Elle n’a donc pas de sens physique en tant que telle : c’est un symbolisme commode pour tirer des prévisions à partir des données de l’expérience. La traduction de ce symbolisme en termes intuitifs peut se faire d’une infinité d’autres manières que celle adoptée (à savoir, l’infinité des termes intuitifs ne contredisant pas les résultats expérimentaux).

Que ces fonctions ne traduisent pas une vibration dément formellement le postulat du principe d’incertitude, puisque celui-ci repose censément sur la nécessité de tenir compte à la fois du caractère corpusculaire et ondulatoire de la lumière (« les relations d’incertitude proviennent de la nécessité de faire intervenir les deux aspects ondulatoire et corpusculaire de la lumière », p. 55), et qu’ici le caractère ondulatoire est une pure abstraction.

« La mécanique ondulatoire est née de l’idée d’associer des ondes aux corpuscules d’une façon analogue à l’association photons-ondes en optique. Mais quand la mécanique ondulatoire a pris sa forme définitive, on a constaté que ces ondes avaient un caractère beaucoup plus abstrait que les ondes de la physique classique : c’est ainsi que l’unité imaginaire i figure dans l’équation d’ondes et que dans le cas d’un système de plusieurs corpuscules l’onde ne se propage pas dans l’espace physique mais dans un espace abstrait, l’espace de configuration. » (75) L’espace de configuration (en mécanique classique) est un espace à 3n dimensions. C’est un simple artefact. Dans cet espace abstrait, on parle de point figuratif, ce qui permet de traiter un ensemble de corpuscules comme un corpuscule. Or l’emploi de cet espace sert également, selon Destouches, à ôter toute « signification physique » (70) à l’onde en mécanique ondulatoire.

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iii

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« Les théories physiques sont à diviser en deux classes : 1) Celles pour lesquelles toutes les grandeurs sont simultanément mesurables [théories objectivistes] ; 2) Celles pour lesquelles il existe des paires de grandeurs non simultanément mesurables (en droit) [théories subjectivistes]. On peut établir que pour les théories de la première classe, il existe une grandeur d’état, tandis que pour celles de la seconde classe il n’en existe pas. » (90) (« On appelle ‘grandeur d’état’ une grandeur telle que si sa valeur est connue, la valeur de toute grandeur s’en déduit, et ‘état’ à un instant la valeur d’une grandeur d’état à cet instant. » [55]) & « Une théorie à déterminisme caché est une théorie objectiviste. La mécanique statistique classique est un exemple de telle théorie. » (95)

Quand nous parlons de la réalité, nous parlons avant tout de notre subjectivité formelle (universelle). Une théorie physique « objectiviste » n’est donc pas plus objectiviste, fondamentalement, qu’une théorie « subjectiviste » ; car, strictement parlant, une théorie objectiviste nous donnerait à connaître le monde tel qu’il pourrait l’être en dehors de toute subjectivité. Or nous connaissons le monde via notre subjectivité formelle universelle, notre entendement.

L’indéterminisme « de droit » n’est pas non plus une indétermination objective dans les phénomènes, mais une conséquence nécessaire de la subjectivité formelle – tandis que le déterminisme caché serait une conséquence contingente. Le déterminisme est caché car nous n’avons pas en l’état les moyens de le mettre à jour, tandis que l’indéterminisme de droit révèle une impossibilité subjective nécessaire.

Mais, de surcroît, cette distinction, et la notion même d’indéterminisme de droit, reposent sur la double nature contradictoire, corpusculaire et ondulatoire, de la lumière et de la matière au niveau subatomique dans la conception actuelle, laquelle a vocation à être dépassée. Cette dualité paraît en effet non seulement contradictoire prima facie (nonobstant l’expérience et sa rationalisation par le concept de « complémentarité » : le corpusculaire et l’ondulatoire sont deux aspects complémentaires de la lumière et de la matière au niveau subatomique, rendant complémentaires deux aspects conçus dans un plan plus macro comme exclusifs l’un de l’autre) mais de surcroît bancale ; le corpusculaire serait en effet le seul aspect physique, l’ondulatoire n’étant, dans la mécanique ondulatoire qui postule cette dualité, qu’abstrait, heuristique. Donc, non seulement un indéterminisme de droit n’a aucune conséquence sur la détermination absolue du réel phénoménal (indiquant bien plutôt une limitation de l’entendement dans ce même réel), mais en outre il existe de bonnes raisons de penser que cet indéterminisme de droit repose sur une « singularité » devant être surmontée.

Une théorie est dite subjectiviste et indéterministe parce qu’un photon bouscule un corpuscule : cherchez l’erreur ! En réfléchissant à ce fait, on en vient à se dire que la différence est la même qu’entre un miroir et ce qu’il reflète : ce que nous montre le miroir serait indéterministe parce qu’il inverse la gauche et la droite… Le choc du photon est un pur phénomène physique, nos instruments de mesure fonctionnent sur la base des principes de la physique, et l’on ne peut changer de physique (de forme de l’entendement) en changeant d’échelle, en passant du niveau sensible au niveau atomique ou subatomique. Tout comme on corrige le reflet du miroir par une opération mentale, on doit pouvoir corriger la perturbation causée par la mesure au niveau atomique par des opérations mentales également : il faut parvenir à penser l’état sans le photon dont nous observons l’effet.

La distinction entre théories objectivistes et subjectivistes est peu pertinente car nos sens eux-mêmes sont en quelque façon un « appareil de mesure devant être mis en interaction avec les systèmes observés » (104). Ce que nous révèlent nos sens n’est pas « objectif », même s’il est posé comme tel par la physique (y compris la physique quantique, qui se consacre au subsensible). On peut certes parler d’objectivité dans le sens où le consensus peut se faire dans la subjectivité formelle universelle, mais en aucun cas dans le sens, seul adéquat, où il nous révèlerait la chose en soi, et cette impossibilité résulte précisément de ce que nos sens sont un moyen d’interaction. – Certes, nos sens n’envoient pas de photons bousculant les corpuscules. S’agirait-il donc d’une interface sans interaction ? Le cerveau est actif dans le traitement des sensations : il fait subir à celles-ci son action propre, donc il y a, indirectement, interaction : entre la donnée et le résultat. Ce pourquoi nous ne pouvons connaître la chose en soi.

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iv (annexe)

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Les sciences exactes ne permettent pas, globalement, de prédire l’avenir mieux que le paysan à son échelle (le temps qu’il fera), alors même qu’elles se fondent sur la connaissance de lois exactes universelles. Les sciences exactes ne sont ainsi bonnes qu’à produire une technique. Si la science pouvait décrire le monde, elle serait, puisqu’elle se fonde sur des lois, en mesure de prédire l’avenir ; le fait qu’elle ne puisse être prédictive indique qu’elle n’est pas non plus descriptive. Elle est purement et simplement prescriptive, par le biais d’une technique. Encore convient-il de faire remarquer que la technique ne se rattache pas nécessairement à la science, mais à n’importe quelle pratique (ou art) : un maître d’armes prescrit, en l’enseignant, la conduite à suivre au combat corps-à-corps. La science est un système prescriptif parmi d’autres.