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Anaïs et Marie-Madeleine

Il convient d’établir une distinction entre science et technique. Cette dernière n’a jamais été empêchée par une vision traditionnelle, religieuse du monde : que l’on en juge par les pyramides d’Égypte, les édifices de Cuzco, l’aqueduc romain de Ségovie… En termes de technique, l’esprit des Lumières, ou plus généralement l’esprit positiviste, ne représente donc pas une rupture fondamentale, dans la mesure où les capacités techniques n’étaient pas entravées auparavant et ne l’ont peut-être jamais été. La Chine qui se ferme au monde pour, semble-t-il, vivre éternellement selon ses dogmes traditionnels, est celle qui construit une « grande muraille » à cette fin. En réalité, la rupture tient bien plutôt à l’apparition d’un positivisme scientifique qui, s’il ne s’accompagne pas en toutes circonstances de la plus grande liberté d’opinion et d’expression, est la substitution d’un dogmatisme à un autre (par exemple, en plein vingtième siècle, l’« interprétation de Copenhague », tissu d’interprétations arbitraires de résultats expérimentaux [voyez ici : Copenhagen interpretation]).

Alors qu’une certaine forme de pensée mystique subsiste chez Leibniz et Newton, l’apport de ces derniers, en termes d’avancée de la pensée scientifique, est bien supérieur à nombre de leurs successeurs chez qui cette pensée mystique a disparu.

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Lorsque Jünger défend l’astrologie tout en affirmant qu’elle ne peut être jugée du point de vue rationnel, il ne convainc personne. L’astrologie ne se donne pas à connaître comme un jeu, elle cherche à défendre sa pratique rationnellement.

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À Zénon qui affirmait que le mouvement n’existe pas, Diogène le Cynique « répondit » en allant et venant. Comme si Zénon ne s’était pas aperçu qu’il pouvait aller et venir lui aussi. Si une démonstration apparemment juste peut nier le mouvement en dépit de l’expérience sensible, cette dernière n’est pas invitée à servir de contre-argument.

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Paul Bourget est contre la circonstance atténuante de la passion dans le crime passionnel au motif que l’indulgence favorise le crime. Le droit lui a entre-temps donné raison et favorise à présent le cocufiage.

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Les visées œcuméniques admettent tacitement, même malgré elles, que les rites propres à chaque Église n’ont aucune valeur surnaturelle, qu’un fidèle s’y soumet par conformisme, et consacrent ainsi la supériorité d’une doctrine purement pratique comme le zwinglianisme, où la messe est une simple commémoration sans valeur surnaturelle.

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L’eucharistie : « Celui qui mange mon corps et boit mon sang a la vie éternelle. » Alors que le Christ dit lui-même ailleurs qu’il s’exprime par paraboles, et pourquoi il le fait, et alors que les théologiens recourent à l’interprétation symbolique des Écritures, de l’ancien comme du nouveau testament, il est permis de demander pourquoi la parole citée ici a reçu un sens aussi littéral dans le rite catholique.

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Il y a dans le Journal d’Anaïs Nin la pensée qu’elle n’avait jamais rendu son mari aussi heureux que depuis qu’elle avait un amant. Quel mari ne voudrait pas être malheureux plutôt qu’heureux dans ces conditions ?

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Une passion ne se satisfait jamais qu’au détriment d’un scrupule, dans certaines âmes consciencieuses. Y renoncer, c’est la sacrifier à un scrupule, mais jamais elle ne s’estime à si bas prix et rien ne la paye assez de son sacrifice.

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Il est plus difficile à celui qui a de la culture qu’à celui qui n’en a pas de montrer qu’il possède un vernis de culture comme demandé dans les épreuves de culture générale.

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Arriver par les femmes, loin d’être un motif de honte, c’est un double motif de fierté pour le Français : être arrivé et par les femmes.

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Sautez toujours la préface. Dans une édition de La Princesse de Clèves, le préfacier écrit : « Elle [Mme de La Fayette] évite de nous montrer le ventre de Henri VIII ‘chargé de graisse’ que l’annaliste anglais etc. », puis on lit dans le texte de Marie-Madeleine de La Fayette, en p.72 de la même édition : « Henri VIII mourut, étant devenu d’une grosseur prodigieuse. » Si ce n’est pas montrer le ventre d’Henri VIII, qu’est-ce que c’est ?

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Nietzsche a écrit « Dieu est mort » mais aussi « l’art est mort » : à l’ère de l’écroulement des certitudes, les représentations idéales, idéalisées de l’art sont périmées. La science a déclassé un art plus beau que le réel, les esprits s’émancipent également de cette mystification-là. Pourtant, l’art n’a pas disparu ; ce qui porte aujourd’hui ce nom semble être en grande partie une activité spécialisée dans la production d’œuvres plus laides que le réel (expressionnisme…). Est-ce encore une forme de mystification consolatrice, une manière de rendre le réel tolérable par comparaison ?

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Une certaine spécialisation des facultés semble inhérente à la nature humaine. Même aux esprits les plus doués et les plus éclectiques il est difficile de s’intéresser en même temps à des œuvres d’imagination et à des travaux analytiques (de sciences exactes). Une sorte de baromètre intérieur leur signale le dommage, à tout le moins provisoire, que le passage d’un type d’intérêt ou d’activité à un autre fait subir à la disposition cultivée dans la pratique de l’une ou l’autre. Tandis qu’il s’adonne à tel domaine, l’esprit adopte un certain type de personnalité conforme à ce domaine et excluant provisoirement l’intérêt pour tout autre domaine. Ces autres domaines appellent chacun à leur manière un type de personnalité différent. Une éducation trop large risque donc de favoriser les intelligences moyennes, l’esprit doué qui entend donner sa pleine mesure étant conduit à se chercher un domaine de spécialisation. Il conviendrait donc peut-être de commencer par la spécialisation et d’élargir ensuite, avec l’âge, le champ des études, à rebours de ce qui se pratique. Le postulat implicite de l’éducation actuelle est que les esprits ne sont doués que pour un certain type de savoir et qu’il convient de déterminer lequel en présentant à l’élève différents domaines du savoir parmi lesquels sa tendance interne se prononcera. Ce passage programmé du généralisme à la spécialisation demande à l’esprit d’être généraliste d’emblée ou de rester médiocre (excellent dans un domaine et médiocre dans les autres : la moyenne est médiocre). On peut craindre que l’esprit doué soit ainsi voué à la médiocrité dans un système qui va du généralisme à la spécialisation plutôt que de la spécialisation au généralisme.

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Apprendre des choses, cela peut aussi revenir à tuer le poète en soi.

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Ce qui m’a longtemps retenu de m’intéresser à un parti portant le nom de Labour, c’est justement son nom, à cause de ce que cela représente de contraire à mes tendances profondes.

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J’avais des rêves de grandeur et voilà que je lis Zazie dans le métro

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Sottisier poétique
(Avec tout le respect dû aux maîtres)

La mer gronde et se gonfle, et la bave des eaux
Bien au-dessus des monts va noyer les oiseaux
(Leconte de Lisle, Poèmes barbares)

Le mot bave ne s’emploie plus au sens de « par métaph. ou compar. liquide écumeux » (Grand Robert).

Don Rui tire sa lame
Et lui fend la cervelle en deux jusques à l’âme
(ibid.)

On entendait mugir le semoun meurtrier,
Et sur les cailloux blancs les écailles crier
Sous le ventre des crocodiles
(Victor Hugo, Les Orientales)

Il semblerait que ce vent violent qu’est le simoun doive rendre difficile d’entendre le ventre des crocodiles glisser sur les cailloux, à moins que les crocodiles ne soient des espèces de colosses blindés.

L’héraldique lion qui fait rugir d’effroi
Les lionnes vivantes
(ibid.)

Ne songe plus qu’aux vrais platanes (ibid.)

Où sont les faux, dans le poème ?

Ces cheveux
qui pleurent épars autour de ton beau front,
Comme les feuilles sur le saule
(ibid.)

Est-ce parce qu’on parle de saule pleureur que le poète dit que les feuilles du saule pleurent ?

Grenade, la bien nommée,
Lorsque la guerre enflammée
Déroule ses pavillons,
Cent fois plus terrible éclate
Que la grenade écarlate
Sur le front des bataillons
(ibid.)

Bien nommée parce qu’elle éclate comme une grenade explosive !

Ton sabre
Toujours dans la bataille on le voit resplendir,
Sans trouver turban qui le rompe
(ibid.)

Le turban peut en effet casser un sabre, s’il est employé pour désigner par métonymie la tête, mais c’est bien le seul cas possible.

Berceau que la tombe a fait creux ! (Théophile Gautier, Émaux et Camées)

Quelle chute ! Le berceau que vide la mort de l’enfant est fait creux par la tombe…

Mille soldats partout, bandits aux yeux ardents (Victor Hugo, Les Burgraves)

La raison pour laquelle ce vers figure ici tient à la sonorité du second hémistiche, si l’on respecte, comme en principe on le devrait, les liaisons : « Bandits zaux zyeux zardents »…

Rome à ce grand dessein ouvrira tous ses bras (Corneille, Sertorius)

Rome comparée à la déesse indienne Kali…

Me croit-il en état de croire son arrêt ? (Corneille, Tite et Bérénice)

Faut croire.

Ses cheveux, par l’angoisse aplatis sur sa tête (Lamartine, Jocelyn)

Je crois me rappeler que Laurel et Hardy se sont inspirés de ce vers dans certains de leurs sketchs. Mais peut-être qu’ils avaient lu « dressés sur sa tête ».

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Aragon m’a toujours fait l’effet d’être le plus mauvais des surréalistes : celui qui n’ose pas se droguer comme les copains. C’était peut-être aussi le plus mauvais des communistes.

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Louis Belmontet est un poète qui a écrit des Poésies guerrières sous le Second Empire et fut pour cette raison député. C’était avant la déculottée de l’armée française au Mexique et bien sûr avant Sedan.

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La notation numérique de l’école et de l’université françaises (de 0 à 20) est plus individualisante et par conséquent plus hiérarchisante que la notation littérale nord-américaine (A, B, C…).

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Nos ancêtres les Sarrazins

Provence et Midi de la France (voyez La chèvre d’or de Paul Arène), Vendée (La fosse aux lions d’Émile Baumann), Savoie (Le cœur et le sang d’Henri Bordeaux), Normandie (Devant la douleur de Léon Daudet)…

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Gongorismes bien français

D’habitude les plus matineux sont les pigeons de Jaume ; l’aube aux mains molles jongle avec eux. (Giono, Colline)

(Le chien le suit) et Gondran écoute joyeusement le grignotis des petites pattes onglées, derrière lui. (ibid.)

La note filée d’un clairon blesse, d’une vague déchirante, le lac tumultueux de sa mémoire. (Antoine Blondin, Les enfants du Bon Dieu, 1952)

La cité de leurs front ombrageait la fontaine
De leurs yeux
(Léon Deubel, Poèmes)

Mais les plus forts restent quand même les Hispaniques. Quelques gongorismes mexicains :

Carballo eyacula una sonrisa espesa como la esperma, como esperma mezclada de lodo. (Rubén Salazar Mallén, ¡Viva México!, 1968)

Con veloces navajas las estrellas cortan la piel de los abrevaderos. Sangra el agua. Sangra trémulos destellos (ibid.)

La mañana está echada como un perro azul en las azoteas y ladra luz. (ibid.)

Por las puertas de sus manos entra un ademán consternado. (ibid.)

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Hypothèse. Il ne peut y avoir d’ataraxie parfaite. L’esprit qui s’en approche tend à s’accuser et à souffrir d’écarts de plus en plus minimes. De plus, l’absence de tout sentiment de coulpe dans ce même esprit serait un mouvement de passion (l’orgueil) qui le ramènerait en arrière. Non la sagesse mais l’amitié pour la sagesse.

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Barrès qui s’attaque à Kant en racontant des histoires d’amour (Les Déracinés), c’est d’une hallucinante loufoquerie.

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« Son visage pur » (Léon Daudet, Le cœur et l’absence) Pur de quoi ?

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La parcimonie des descriptions empêche qu’une atmosphère s’installe. La littérature contemporaine est retournée au stade primitif. Elle ennuiera ceux qui n’ont rien vu du monde censé se trouver dans ses pages.

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Quelques licences poétiques de Corneille

Et l’énigme du sphinx fut moins obscur pour moi (Œdipe)

Énigme est ici masculin : le vers ne peut pas être corrigé car obscure, au féminin, le rallongerait d’une syllabe.

Mais je ne réponds pas que vous trouviez les Grecs
Dans la même pensée et les mêmes respects
(La conquête de la toison d’or)

Grecs est à prononcer « grès » pour le faire rimer avec respects.

Que voulez-vous, Madame, ici que je vous die ? (ibid.)

Pour rimer avec perfidie.

Je vous avouerai plus : à qui que je me donne (Sertorius)

Votre intérêt m’arrête autant comme le mien (ibid.)

Et détruit d’autant plus, que plus on le voit croître,
Ce que l’on doit d’amour aux vertus de son maître
(Othon)

Croître doit ici, pour rimer avec maître, se prononcer craître (ou maître se prononcer moître).

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L’escobarderie au fond des intellectuels catholiques militants : « Quel plus lourd fardeau que leur morale [luthérienne] » (Maritain) Opposé à une morale légère ?

« C’est une absurdité flagrante, et en même temps un lâche procédé de réduction, de traiter les hommes comme des parfaits, et la perfection à acquérir, dont la plupart restent très loin, comme constitutive de la nature même. Tel est cependant le principe de Rousseau, son perpétuel postulat. » (Maritain, Trois réformateurs)

Écoutons donc Rousseau : « Il n’y a point d’intérieur humain, si pur qu’il puisse être, qui ne recèle quelque vice odieux. » (Les Confessions)

Au temps pour le « perpétuel postulat ». Toujours l’escobarderie.

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Les comètes du nôtre [de notre siècle] ont dépeuplé les cieux. (Musset, Poésies nouvelles)

Note du commentateur : « Ce vers obscur et peut-être fautif (certains voudraient lire « conquêtes ») a suscité de multiples discussions d’érudits. » Rien de plus simple à comprendre, pourtant : la science (l’astronomie, connaissance des comètes) a étouffé la croyance aux dieux, à la divinité. Pas besoin de je ne sais quelles conquêtes, les comètes sont nécessaires à l’équilibre du vers : ce sont des objets célestes – célestes mais objets de science – qui dépeuplent les cieux, demeure traditionnelle des dieux.

Le même commentateur n’a visiblement rien compris au vers suivant, pas plus qu’à Musset en général :

Et de ce bruit honteux qui salit la pensée

où le commentateur voit, je le cite, une « allusion aux lois de septembre 1835 contre la liberté de la presse ». Que va-t-il chercher ! La liberté de la presse est certes un beau combat mais il n’y a dans ce passage aucune allusion à de telles lois, seulement à la littérature dans la lignée de Voltaire et des philosophes dénoncée par Musset tout au long de ses poèmes. Le commentateur semble chercher à faire de Musset un libéral ou – mais ce serait un aveuglement incroyable – est convaincu qu’il l’est…

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Étude : les défroqués chez les Jacobins, Hébertistes, Enragés… La liste semble longue.

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Je peux être convaincu de la valeur de la vertu sans croire à celle de la messe.

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Tant que je n’avais pas de situation, j’avais un avenir, et maintenant que j’ai une situation je ne me vois aucun avenir, il me semble que ma vie est derrière moi.

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Dans ses carnets de voyage aux États-Unis, publiés sous le titre Outre-Mer (1895), Paul Bourget insiste sur la totale absence de grivoiserie au théâtre et dans les caricatures en Amérique. Quelle différence, par la suite, avec Hollywood (‘Pre-Code Era’) !

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Strindberg ne s’est pas trompé avec son « combat des âmes » (själakamp) : même après la mort de l’homme de génie, son préfacier le traite comme une créature malsaine.

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Zola, sur son roman La Débâcle, dans Le Gaulois : « une œuvre de patriote … maintenant la nécessité de la revanche ».

Cinq ou six ans plus tard, il écrivait J’accuse.

Les antidreyfusards, du moins certains d’entre eux parmi les plus en vue, en défendant si peu discrètement la raison d’État, le châtiment même sans culpabilité, avaient perdu d’avance : même un despote absolu a de la pudeur sur ce point et voile la raison d’État derrière des motifs plus convenables.

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Pourquoi ne pas être un homme du passé ? Le passé a sa grandeur.

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Il ne suffit pas de dire « c’est un homme à femmes » : il faut dire quelles femmes.

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Rêves-contacts (1)

Hypothèse. Les intelligences extraterrestres communiquent avec nous dans nos rêves (Nýall).

1

La nuit du 12 avril 2013, j’ai rêvé que je trouvais un fragment de roche contenant une trace de vie extraterrestre, sur le modèle de l’ambre qui encapsule un moustique de la préhistoire, à ceci près que cette roche contenait un hologramme animé d’insecte, insecte d’une dimension peu ordinaire, espèce de grand cloporte. Cet objet était considéré par moi comme provenant des étoiles. À mon réveil, j’eus la pensée qu’on avait cherché à entrer en communication avec moi, qu’on cherchait à répondre à mon poème sur les intelligences extraterrestres qui est un appel au contact.

2

G.G. n’a plus répondu depuis l’envoi de mon poème sur les intelligences extraterrestres. Elle a peur d’un contact du troisième type. La plupart des gens ont peur, ou auraient peur s’ils pensaient le provoquer, d’un tel contact, car il devient évident à un nombre toujours plus grand de personnes que c’est quelque chose de possible.

3

Kant a une curieuse façon d’insister sur d’hypothétiques êtres non humains extraterrestres doués de raison, pour dire qu’ils sont comme nous soumis à la loi morale.

4

Nuit du 4 mai 2013. De l’existence des géants sur terre avant l’homme. C’était une époque où l’alternance des saisons s’accompagnait de phénomènes climatiques beaucoup plus intenses que ce n’est le cas aujourd’hui. Un désert de glace se transformait ainsi en quelques jours en océan plein de vie, donnant lieu à des scènes de cataclysme. Pour que la vie soit possible, il fallait une constitution physique prodigieuse. C’est sur ce seul point que Schopenhauer conteste la théorie de Darwin. Le philosophe rappelle par ailleurs qu’Averroès a vécu à Nîmes et que lui-même loge dans une chambre aux fenêtres en « papier gâché ». Sa révélation sur les géants provoque chez moi une grande exaltation, et je plane au-dessus d’un monde préhistorique qui est le monde, d’abord une mer la nuit, puis une terre d’une grande beauté, couverte de forêts et dorée par les premiers rayons de l’aube, entendant une voix qui m’exhorte à en déchiffrer les mystères.

5

Nuit du 7 mai 2013. Sur une autre planète, je suis conduit, comme prisonnier, dans une arène naturelle entre des rochers escarpés dont les flancs, derrière des grillages, servent de gradins au public. Le combat doit être un combat psychique. Chaque combattant a les pieds fixés sur un billot. Je suis ainsi un gladiateur psychique pour le plaisir de cette population extraterrestre. Or j’apprends que j’ai toutes mes chances car les humains sont considérés comme ayant un grand pouvoir psychique.

Exilé sur une autre planète, je suis transformé en figurine de pain. Je retrouve espoir en voyant un jour mon reflet sur une pièce polie de tuyauterie, car je me vois tel qu’en moi-même, et j’acquiers alors la certitude que je saurai reconduire tous ceux qui comme moi ont été transformés en pantins divers et variés, chez eux, où chacun retrouvera son vrai moi.

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Les progrès de la science semblent avoir pour conséquence de toujours plus établir l’homme dans la nature, au détriment de sa réalité nouménale, en même temps que le régime démocratique qui a toujours assuré favoriser ce progrès lui oppose toujours l’obstacle du libre-arbitre de l’homme, dont on ne sait d’où il le tire s’il ne le rapporte à une liberté de la volonté indépendante de la nature.

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Schopenhauer réfute les antinomies kantiennes en disant que quelque chose de réel (Wirkliches) ne peut en même temps être et ne pas être. Or les (deux premières) antinomies portent sur le temps et l’espace : ce sont des formes a priori qui ne disent rien du réel en tant que tel.

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Les vortex cosmiques en philosophie (Wirbel, δίνη) : Empédocle, Démocrite, Laplace, Kant (dans Geschichte der Philosophie de Schopenhauer). J’ajoute, dans l’histoire des sciences et des idées sinon dans celle de la philosophie : Swedenborg (jeune) et Hans Hörbiger (Welteislehre).

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« Le soleil tourne autour du monde [de la terre] » (Rousseau, L’Émile) : le soleil suivrait un cercle dont le centre est au cœur de la terre. Et il a existé un état de nature où les hommes vivaient solitairement.

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« L’aveugle mécanisme de la matière mue fortuitement » ne peut conduire à l’harmonie du monde, affirme Rousseau, dans sa réfutation du matérialisme, à la suite de considérations sur les « jets » de Diderot par lesquels, selon ce dernier, s’est ordonné le chaos primordial (jets au sens probabiliste de combinaisons). Or, si le monde est volonté et représentation (Wille und Vorstellung), ces essais combinatoires de la matière en mouvement n’ont pas eu lieu réellement.

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Les langues tonales comme le thaï (où l’intonation sert à distinguer les mots entre eux) ont besoin de recourir à des expressions langagières pour exprimer les nuances émotionnelles que les autres langues expriment par des intonations. Par exemple, เสียเลย sia-lei « exprime le soulagement ».

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Selon Schopenhauer (Parerga und Paralipomena), les vérités du christianisme le distinguent du paganisme gréco-romain (à peine métaphysique) et le rapprochent du brahmanisme et du bouddhisme. D’ailleurs, le nouveau testament doit être d’origine indienne. Pendant la fuite en Égypte (Matthieu 2:13-15), Jésus fut initié par des prêtres égyptiens à leur religion, qui était d’origine indienne. Il aurait plus tard accompli des prodiges « au moyen de l’influence métaphysique de la volonté » (mittelst des metaphysischen Einflusses des Willens).

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Schopenhauer confirme mon objection à Max Weber sur les protestants « virtuoses de l’ascèse », en signalant, avant même que se soit exprimé Weber, qui aurait bien fait de lire son compatriote, que le protestantisme a rejeté le célibat et l’« ascèse authentique » (die eigentliche Askese).

Je rappelle la chronologie des faits :

1/ Schopenhauer dit que le protestantisme a rejeté l’ascèse authentique ;

2/ Max Weber écrit que les protestants sont des virtuoses de l’ascèse ;

3/ Je lis Weber et trouve que son idée n’a aucun sens, bien que ce soit une idée reçue autour de moi ;

4/ Je prends connaissance de 1/ et me félicite de n’avoir pas cédé aux tenants de l’idée reçue, car à présent nous sommes deux pour la combattre.

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Avec Heidegger méditant sur la chose en soi kantienne, on approche dangereusement de la « pensée Tetris » (Tetris thinking) : comme les tétraminos, les pensées s’annulent et disparaissent en se combinant. Exemple : la chose en soi est un néant car elle n’est pas un étant : « Par néant, nous entendons ce qui n’est pas un étant mais est tout de même quelque chose. » (Kant et le problème de la métaphysique)

Je ne condamne pas d’emblée la pensée Tetris : c’est peut-être l’usage de la pensée le plus rationnel chez l’homme. Le flux constant de pensées-tétraminos en mode psychique par défaut nous contraint à une activité permanente de dégagement.

Tetris (source: giphy.com)

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Quand une dangereuse bête sauvage s’affaire dans vos provisions, vous n’êtes pas assez fou pour faire le moindre geste et risquer de provoquer une attaque de sa part. Vous l’observez de biais, pétrifié. Mais si elle lève les yeux sur vous ?

Kant et Schopenhauer : une bibliographie fasciste

Toute bibliographie sur Kant a ses nationaux-socialistes : Alfred Baeumler, Gottfried Martin, Martin Heidegger (le moins connu d’entre eux)… (Pensées XLIII) (Heidegger est le philosophe des trois cités le plus connu mais le nazi le moins connu des trois, si vous voyez ce que je veux dire.)

La présente bibliographie ne saurait en aucun cas prétendre à l’exhaustivité, et ce pour plusieurs raisons.

Tout d’abord, la pensée de Kant et celle de Schopenhauer sont discutées dans toutes sortes d’ouvrages, y compris de fiction, par exemple Les Déracinés de Maurice Barrès, avec son personnage de professeur kantien entouré de disciples, ou encore Martin Eden de Jack London, où le personnage éponyme rejette la « métaphysique médiévale » de Kant pour sa formation intellectuelle. Le champ d’une bibliographie qui entendrait inclure ces œuvres de fiction est immense. Dans le cas de Schopenhauer, cette exclusion est certes regrettable dans la mesure où ce philosophe reste relativement mal aimé au sein des facultés de philosophie (notamment en France), alors qu’il a exercé une influence majeure sur des écrivains de renom, de Thomas Mann à Romain Rolland.

Ensuite, la pensée de l’un et l’autre est également discutée à titre secondaire ou accessoire dans de très nombreux ouvrages universitaires, et ce dans toutes sortes de disciplines au-delà de la philosophie. Inclure toutes ces œuvres, si c’était possible, donnerait là encore à cette bibliographie une dimension exorbitante.

La présente bibliographie se concentre donc sur les ouvrages spécifiquement consacrés à l’un ou l’autre de ces philosophes, ou à un aspect particulier de leur pensée respective. Ma recherche a porté sur les ouvrages publiés ; la recherche d’articles de journaux universitaires n’a pas été approfondie (ce qui signifie que la plus grande partie de la production universitaire est elle aussi laissée de côté).

En ce qui concerne les auteurs de nationalité autre qu’allemande, j’ai restreint le critère de recherche aux personnes de qui j’ai trouvé la trace d’un engagement « fasciste ». Pour les Italiens, par exemple, je n’ai pas retenu les œuvres même publiées pendant la période fasciste si leurs auteurs ne présentent pas un tel engagement selon les éléments biographiques dont je dispose, et ce même s’ils occupaient une chaire universitaire dans l’État totalitaire fasciste, ce qui indique tout de même a priori une compatibilité avec les principes idéologiques de cet État mais peut indiquer aussi une conformité de façade ou bien encore une certaine tolérance de ce même État fasciste quant au profil idéologique des occupants de positions éminentes.

Les titres des ouvrages parus sous le Troisième Reich sont soulignés. Les autres ouvrages ont été publiés avant ou après par des auteurs dont l’engagement fasciste est connu.

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Allemands

ACKERMANN Otto, Kant im Urteil Nietzsches, Tübingen 1939 (K. vu par Nietzsche)

BAEUMLER Alfred, Das Problem der Allgemeingültigkeit in Kants Ästhetik, 1914 (Le problème de l’universalité dans l’esthétique de K.) ; Das Irrationalitätsproblem in der Ästhetik und Logik des 18. Jahrhunderts bis zur Kritik der Urteilskraft, 1923 (Le problème de l’irrationnalité dans l’esthétique et la logique du 18e siècle jusqu’à la Critique de la faculté de juger) ; Kants Kritik der Urteilskraft. Ihre Geschichte und Systematik, 1923 (La Critique de la faculté de juger de K. : son histoire et son système)

Nsdap. Membre fondateur en 1930 du Kampfbund für deutsche Kultur (Alfred Rosenberg). Responsable du département des sciences dans l’Amt Rosenberg (« Bureau Rosenberg ») organe directeur de la politique culturelle et éducative du Nsdap.

BAUMGARTEN Eduard, article Kants Lehre vom Wert der Person, Blätter für Deutsche Philosophie, volume 15, 1941/42 (La théorie de la valeur de la personne chez K.)

Nsdap, SA.

BOHATEC Josef, Die Religionsphilosophie Kants in der Religion innerhalb der Grenzen der bloßen Vernunft, Hambourg 1938 (La philosophie de la religion chez K. dans La Religion dans les limites de la simple raison)

BORCH Rudolf, Schopenhauer. Sein Leben in Selbstzeugnissen, Briefen und Berichten, 1941 (S. : sa vie d’après son témoignage, lettres et récits)

BORRIES Kurt, Kant als Politiker. Zur Staats- und Gesellschaftslehre des Kritizismus, 1928 (K. homme politique : la théorie de l’État et de la société dans le criticisme kantien)

Nsdap, SA.

BROCKDORFF Cay v., Die Differenz zwischen Schopenhauer und den Nachkantianern, 1919 (La différence entre S. et les post-kantiens) ; Schopenhauer, Stuttgart 1941

Nsdap. Membre de la Kant-Gesellschaft.

CHAMBERLAIN Houston Stewart, Immanuel Kant. Die Persönlichkeit als Einführung in das Werk, 1905 (K. : la personnalité en guise d’introduction à l’œuvre)

CRAMER Wolfgang, Das Problem der reinen Anschauung. Eine erkenntnistheoretische Untersuchung der Prinzipien der Mathematik, Tübingen 1937 (Le problème de l’intuition pure : examen des principes des mathématiques du point de vue de la théorie de la connaissance)

Nsdap.

CYSARZ Herbert, Schopenhauer und die Geisteswissenschaft, 1925 (S. et les sciences humaines)

Nsdap.

DEL-NEGRO Walter, Hans Vaihingers philosophisches Werk mit besonderer Berücksichtigung seiner Kantforschung, Kantstudien 42, 1937 (L’œuvre philosophique d’Hans Vaihinger et en particulier ses travaux sur K.)

DULCKEIT Gerhard, Naturrecht und positives Recht bei Kant, 1932 (Droit naturel et droit positif chez K.)

Juriste et philosophe du droit. Pas d’appartenance politique mais proche idéologiquement du Nsdap, reconnu en tant que tel par les autorités, notamment en raison de son opposition à la distinction héritée du droit romain entre droit privé et droit public (cf. Wkpd Deutsch).

EBBINGHAUS Julius, Kants Lehre vom ewigen Frieden und die Kriegsschuldfrage, 1929 (La théorie kantienne de la paix perpétuelle et la question de la responsabilité de la guerre [Première Guerre mondiale]) ; Die Formeln des kategorischen Imperativs und die Ableitung inhaltlich bestimmter Pflichten, 1960 (Les formules de l’impératif catégorique et la déduction d’obligations déterminées)

Membre du Deutschnationale Volkspartei (DNVP) qui fit alliance avec le Nsdap pendant la République de Weimar.

EHRENSTEIN Walter, Die Reichsfeier zum 150. Geburtstag Arthur Schopenhauers in Danzig, Jahrbuch der Schopenhauer-Gesellschaft 26, 1939 (Commémoration du 150e anniversaire de la naissance d’A.S.) ; article Schopenhauer als Psychologe, 1938 (S. comme psychologue)

Nsdap.

EMGE Carl August, Das Eherecht Immanuel Kants, 1924 (Le droit matrimonial selon K.) ; Gedächtnisschrift für Arthur Schopenhauer zur 150. Wiederkehr seines Geburtstages, Berlin 1938 (In memoriam A.S. pour le 150e anniversaire de sa naissance) éd. avec Otto von Schweinichen ; Kreise um Schopenhauer, 1962 (Cercles autour de S.)

Nsdap. Vice-président du comité pour la philosophie du droit de l’Académie allemande du droit (Hans Frank). Président du comité scientifique de la Nietzsche-Archiv.

GADAMER Hans-Georg, Immanuel Kant, 1960

Signataire de la profession de foi des professeurs allemands à Adolf Hitler, novembre 1933. Membre du Nationalsozialistischer Lehrerbund (NSLB) (Ligue NS des enseignants).

GASSE Irene, Staat und Recht bei Schopenhauer, 1938 (État et droit chez S.)

GROENER Maria, Wie ist die Darstellung von Schopenhauers Leben, Charakter und Lehre durch Kuno Fischer im neunten Bande seiner Geschichte der neueren Philosophie zu beurteilen? 1918 (Quel jugement convient-il de porter sur la présentation de la vie, du caractère et de l’œuvre de S. dans l’histoire de la philosophie moderne en 9 volumes de Kuno Fischer ?) ; Schopenhauer und die Juden, 1920 et 1943 (S. et les juifs) ; Hominibus bonae voluntatis: das Buch vom Weibe im Lichte Schopenhauers, 1923 (Aux hommes de bonne volonté : le « Livre de la femme » à la lumière de S.) ; Schopenhauer der Künstler, 1927 (S. artiste)

Membre fondateur de la Neue Deutsche Schopenhauer-Gesellschaft, une organisation clairement völkisch (nationaliste), en 1920.

HAERING Theodor, Über den Duisburg’schen Kantnachlaß und Kants Kritizismus um 1775, 1910 Diss. (Les manuscrits de Duisburg et le criticisme de K. vers 1775)

Nsdap.

HÄRTLE Heinrich, Kant und der europäische Geist, 1974 (K. et l’esprit européen)

Nsdap, SA. Directeur pour les sciences humaines et la philosophie dans le Bureau Rosenberg.

HARTMANN Hans, Schopenhauer, ca 1960

Docteur en théologie. Nsdap.

HEIDEGGER Martin, Kant und das Problem der Metaphysik, 1929 (K. et le problème de la métaphysique, traduit en français)

Nsdap.

HEIMSOETH Heinz, Atom, Seele, Monade. Historische Ursprünge und Hintergründe von Kants Antinomie der Teilung, 1960 (Atome, âme, monade : les origines et l’arrière-plan historiques de l’antinomie kantienne de la divisibilité) ; Studien zur Philosophie Immanuel Kants, 1961 (Études sur la philosophie d’E.K.) ; Transzendentale Dialektik. Ein Kommentar zu Kants Kritik der reinen Vernunft, 4 vol., 1966-71 (Dialectique transcendantale : commentaire de la Critique de la raison pure)

Nsdap, NSLB.

HENNEMANN Gerhard, article Schon Kant kannte die Juden, 1938 (K. connaissait déjà les juifs)

HEYSE Hans, Einleitung in die Kategorienlehre, 1921 Diss. (Introduction à la théorie des catégories) ; Der Begriff der Ganzheit und die Kantische Philosophie. Ideen zu einer regionalen Logik und Kategorienlehre, 1927 (Le concept de totalité et la philosophie kantienne : idées pour une logique et une théorie des catégories régionales)

Nsdap. Vice-président de la Kant-Gesellschaft 1935-37.

HILDEBRANDT Kurt, Kant und Leibniz. Kritizismus und Metaphysik, 1955 (K. et Leibniz : criticisme et métaphysique)

Nsdap.

HOFFMANN Richard Adolf, Kant und Swedenborg, 1909

Docteur en théologie. Nsdap. Membre de l’Institut für Erforschung und Beseitigung des jüdischen Einflusses auf das deutsche kirchliche Leben (Institut pour l’étude et l’élimination de l’influence juive dans la vie de l’Église allemande [protestante]).

HÜBSCHER Arthur, Gespräche (Schopenhauer), 1933 (Propos de S.) ; Schopenhauer-Jahrbuch, seit 1937 (Almanach annuel de S., à partir de 1937) ; Der junge Schopenhauer, 1938 (Le jeune S.) ; Arthur Schopenhauer, 1938 ; Leben mit Schopenhauer, 1966 (Une vie avec S.)

Président de la Schopenhauer-Gesellschaft de 1936 à 1982.

KNITTERMEYER Hinrich, Immanuel Kant. Vorlesungen zur Einführung in die kritische Philosophie, Bremen 1939 (E.K. : leçons d’introduction à la philosophie critique)

Nsdap.

KRÜGER Gerhard, Kants Lehre von der Sinnesaffektion, 1925 Diss. (La théorie kantienne de l’affection des sens) ; Philosophie und Moral in der Kantischen Philosophie, 1931 (Philosophie et morale dans la philosophie kantienne)

Signataire de la Profession de foi des professeurs allemands à Adolf Hitler.

LEHMANN Gerhard, Geschichte der nachkantischen Philosophie. Berliner Kritizismus und kritisches Motiv in den philosophischen Systemen des 19. und 20. Jahrhunderts, 1931 (Histoire de la philosophie post-kantienne : le criticisme berlinois et le thème critique dans les systèmes philosophiques des 19e et 20e siècles) ; Beiträge zur Geschichte und Interpretation der Philosophie Kants, 1969 (Contributions à l’histoire et à l’interprétation de la philosophie de K.) ; Kants Tugenden. Neue Beiträge zur Geschichte und Interpretation der Philosophie Kants, 1980 (Vertus de K. : nouvelles contributions à l’histoire et à l’interprétation de la philosophie kantienne)

Bureau Rosenberg.

LEIDER Kurt, article Kant als Vater der Romantik, 1944 (K. père du romantisme) ; Arthur Schopenhauer, 1954

Collaborateur de l’Ostpreußische Parteiblatt der Nsdap.

LIEBRUCKS Bruno, Probleme der Subjekt-Objekt-Relation [bei Kant], Königsberg 1934 (mit dem Kant-Preis ausgezeichnet) (Les problèmes de la relation sujet-objet ; un essai distingué par le Prix Kant)

Nsdap, SA.

LIPS Peter, Schopenhauer und die Physiognomik, Hambourg 1941 (S. et la physiognomonie)

MARTIN Gottfried, Arithmetik und Kombinatorik bei Kant, Freiburg 1934 Diss. (Arithmétique et analyse combinatoire chez K.) ; Immanuel Kant. Ontologie und Wissenschaftstheorie, 1951 (E.K. : Ontologie et philosophie des sciences) ; Sachindex zu Kants Kritik der reinen Vernunft, 1967 (Index thématique de la Critique de la raison pure)

Nsdap.

MENZER Paul, Natur und Geschichte im Weltbild Kants, 1924 (Nature et histoire dans la vision du monde kantienne) ; Kants Persönlichkeit, 1924 (La personnalité de K.) ; Eine Vorlesung Kants über Ethik, 1924 (Une leçon de K. sur l’éthique) ; Kants Ästhetik in ihrer Entwicklung, 1952 (L’esthétique de K. dans son développement)

Président de la Kant-Gesellschaft, 1933-38. Treudienst-Ehrenzeichen in Gold, 1939.

MEYER-ABICH Adolf, Über Liebmanns Erkenntnislehre und ihr Verhältnis zur Kantischen Philosophie, 1916 (De la théorie de la connaissance de Liebmann dans sa relation à la philosophie kantienne)

Signataire de la Profession de foi des professeurs allemands à Adolf Hitler.

MITTASCH Alwin, Schopenhauer und die Chemie, Heidelberg 1939 (S. et la chimie)

Chimiste.

MOLLOWITZ Gerhard, Kants Platoauffassung, Kant-Studien 40, 1935 (L’interprétation de Platon par Kant)

Nsdap.

NOACK Hermann, Introduction à La Religion dans les limites de la simple raison, 1961

SA. Signataire de la profession de foi des professeurs allemands à Adolf Hitler.

PFEIFFER Konrad, Zum höchsten Dasein. Goethes Faust im Lichte der Schopenhauerschen Philosophie, Berlin-Leipzig, 1938 (Pour l’existence la plus haute : Le Faust de Goethe à la lumière de la philosophie de S.) ; Von Mozarts göttlichem Genius. Eine Kunstbetrachtung auf der Grundlage der Schopenhauerschen Philosophie, Berlin 1941 (Du génie divin de Mozart : une étude d’histoire de l’art d’après les principes de la philosophie schopenhauerienne)

Membre de la Schopenhauer-Gesellschaft.

RENSCH Bernhard, article Kants Vorstellungen über den menschlichen Geist, Philosophia Naturalis 19, 1982 (Les représentations de l’esprit humain chez K.)

Biologiste. Membre de plusieurs organisations liées au Nsdap, dont le NSLB.

RIEFFERT Johann Baptist, Die Lehre von der empirischen Anschauung bei Schopenhauer und ihre historischen Voraussetzungen, 1910 Diss. (La théorie de l’intuition empirique chez S. et ses conditions historiques)

Nsdap (exclu pour avoir caché son appartenance au SPD, parti social-démocrate), Kampfbund, SA.

RIPKE-KÜHN Lenore, Kant contra Einstein, 1920

Völkisch.

SCHILLING Kurt, Kant. Persönlichkeit und Werk, Münich 1942 (K. : personnalité et œuvre) ; Geschichte der Philosophie: Von der Renaissance bis Kant, 1954 (Histoire de la philosophie de la Renaissance jusqu’à Kant)

Nsdap.

SCHLAF Johannes, Zur Aprioritätenlehre Kants, 1934 (La théorie de l’apriorité chez K.)

Écrivain. Signataire du Serment de fidélité à Adolf Hitler (88 écrivains et poètes), octobre 1933.

SCHMALENBACH Hermann, Kant und die Philosophie der Gegenwart, 1924 (K. et la philosophie contemporaine) ; Die Kantische Philosophie und die Religion, 1926 (La philosophie kantienne et la religion) ; Kants Religion, 1929 (La religion de K.)

George-Kreis (cercle d’idées conservatrices-révolutionnaires autour du poète Stefan George).

SCHMIDT Raymund, Schopenhauer-Brevier, Leipzig 1938 (Bréviaire de S.) ; article Schopenhauer und die Juden, 1938 (S. et les juifs)

SCHWEINICHEN Otto v., Gedächtnisschrift für Arthur Schopenhauer zur 150. Wiederkehr seines Geburtstages, 1939 éd. avec Carl August Emge [voir Emge]

Nsdap, SA.

SWOBODA Ernst, Das allgemeine bürgerliche Gesetzbuch im Lichte der Lehren Kants, 1926 (Le code civil à la lumière de la pensée de K.)

Nsdap, SA.

TANZMANN Bruno, Die Rettung von Schopenhauers Philosophie für die völkische Erziehung, 1919 (Le sauvetage de la philosophie de S. pour une éducation völkisch [nationaliste])

Fondateur Hakenkreuz-Verlag, völkisch.

TÖPFER Hellmuth, Deutung und Wertung der Kunst bei Schopenhauer und Nietzsche, Leipzig 1933 Diss. (Interprétation et évaluation de l’art chez S. et chez Nietzsche)

WEBER Johann Emil, Wie lange noch? Programmschrift zur Neuordnung der Schopenhauer-Gesellschaft, 1920 (Combien de temps encore ? Programme pour la réorganisation de la Société Schopenhauer)

Membre fondateur de la Neue Deutsche Schopenhauer-Gesellschaft, völkisch.

WUNDT Max, Kant als Metaphysiker. Ein Beitrag zur Geschichte der deutschen Philosophie im 18. Jahrhundert, 1924 (K. métaphysicien : contribution à l’histoire de la philosophie allemande du 18e siècle) ; article Kant und der deutsche Geist, Archiv für die gesammte Psychologie, 1936 (K. et l’esprit allemand)

Membre du Kampfund (Rosenberg), collaborateur du journal NS Völkischer Beobachter.

*

Autres nationalités

BRĂILEANU Traian, traduction en roumain de la Critique de la raison pure, en 1930, de la Critique de la faculté de juger, en 1940, et de l’Idée d’une histoire universelle, en 1943

Roumain. Philosophe et sociologue. Membre dirigeant de la Garde de fer. Ministre de l’éducation nationale dans le gouvernement collaborationniste, 1940-41.

DE LORENZO Giuseppe, Leopardi e Schopenhauer, 1923

Italien. Orientaliste, géographe (vulcanologie) et philosophe. « Comparait Mussolini au Bouddha. »

GĂVĂNESCU Ion, Dela Kant la Hitler: spre pacea lumii, 1942 (De K. à Hitler : vers la paix universelle)

Roumain. Membre dirigeant de la Garde de fer.

GENTILE Giovanni, traducteur de la Critique de la raison pure, en 1909-10, avec Giuseppe Lombardo Radice

Italien. Le « philosophe du fascisme » selon ses propres termes.

IONESCU Nae, une édition de la Critique de la raison pratique, 1934

Roumain. Philosophe. Opposant conservateur à la Garde de fer, puis la soutient.

LAMANNA Eustachio Paolo, Il fondamento morale della politica secondo Kant, 1916 (Le fondement moral de la politique selon K.) ; Kant. Un profilo, 1925 (K. : un portrait)

Italien. Philosophe. Signe le Manifeste des intellectuels antifascistes de Benedetto Croce en 1925 (en réponse au Manifeste des intellectuels fascistes de Giovanni Gentile), avant de se rallier au fascisme.

LILJEQVIST Efraim, Der schwedische Persönlichkeitsidealismus und Kant, Vienne 1934 (L’idéalisme de la personnalité suédois et K.)

Suédois. Philosophe. Président du Riksföreningen Sverige-Tyskland, l’Association pour l’amitié entre la Suède et l’Allemagne, pro-nazie, 1939-41.

MAKANEC Julije, article Kant, Prosvjetni život II, 1943

Croate. Philosophe. Ministre de l’éducation nationale dans l’État croate Oustacha, fasciste.

NOICA Constantin, Concepte deschise în istoria filozofiei la Descartes, Leibniz și Kant, 1936 (Concepts clairs d’histoire de la philosophie chez Descartes, Leibniz et Kant) ; Două introduceri și o trecere spre idealism. Cu traducerea primei introduceri kantiene a Criticei Judecării, 1943 (Deux introductions et un passage vers l’idéalisme, avec la traduction de la première introduction kantienne à la Critique de la faculté de juger)

Roumain. Membre de la Garde de fer. Collaborateur de l’Institut germano-roumain de Berlin, 1940-44.

PAPINI Giovanni, Il crepuscolo dei filosofi. Kant, Hegel, Schopenhauer, Comte, Spencer, Nietzsche, 1906 (Le crépuscule des philosophes) ; L’importanza di Schopenhauer, 1913 (L’importance de S.)

Italien. Proche du fascisme.

PETROVICI Ion, Kant und das rumänische Denken, 1927 (K. et la pensée roumaine) ; Viața și opera lui Kant. 12 lecții universitare, 1936 (Vie et œuvre de Kant : 12 leçons universitaires) ; Schopenhauer, 1937 [en roumain] ; Zum 150. Geburtstage Schopenhauer, Heidelberg 1939 [Pour le 150e anniversaire de la naissance de S.)

Roumain. Ministre de l’éducation nationale dans le gouvernement antisémite d’Octavian Goga, 1937-38, puis ministre de la culture dans le gouvernement collaborationniste d’Antonescu, 1941-44.

REALE Miguel, A doutrina de Kant no Brasil, 1949 (La doctrine de K. au Brésil)

Brésilien. Un des dirigeants du mouvement intégraliste (mouvement fasciste brésilien). Membre fondateur de l’Académie brésilienne de philosophie en 1989.

VLEESCHAUWER Herman Jan de, La déduction transcendantale dans l’œuvre de Kant, 3 volumes, Antwerp-Paris 1934, 1936, 1937 ; L’évolution de la pensée kantienne. L’histoire d’une doctrine, Paris 1939

Belge. Membre du Vlaams Nationaal Verbond (VNB) fasciste. Directeur général à l’enseignement supérieur pendant l’occupation de la Belgique. Condamné à mort après la guerre pour collaboration, s’enfuit en Afrique du Sud, où il enseigne la philosophie, à l’Université de Pretoria, de 1955 à 1966.