Tagged: Hegel

Réflexions sur la philosophie transcendantale dans l’Opus postumum de Kant

Les lignes qui suivent sont un compte rendu partiel de l’Opus postumum : Passage des principes métaphysiques de la science de la nature à la physique de Kant (Presses universitaires de France, collection Épiméthée, 1986, traduction, présentation et notes par François Marty), œuvre relativement peu étudiée, ainsi qu’un ensemble de réflexions inspirées par une première lecture.

*

L’idéalisme philosophique est peu plausible.

(Demande à ta mère, qui t’a connu de zéro à trois ans : tu ne savais pas encore que toi seul est le monde que déjà elle te torchait le cul.)

Tout comme Renan disait que, bien que l’on ne puisse prouver que les anges n’existent pas, l’humanité pensante a néanmoins adopté une forme de pensée qui se détourne de considérer leur existence, on pourrait dire que, même si l’on ne peut démontrer que l’idéalisme est faux, nous ne concevons tout simplement plus les choses de cette manière, et nous satisfaisons du matérialisme. (Nous nous en satisfaisons car les objections que l’idéalisme lui oppose sont sérieuses.)

Après la mort de Dieu et la mort de l’art, il faudrait donc ratifier la mort de la philosophie. Dans le matérialisme, la méthode scientifique est le tout de la pensée rationnelle. La spéculation philosophique extérieure à l’expérimentation et à la prédiction mathématique ne peut que créer de la confusion, voire engendrer des partis-pris nuisibles à la recherche objective.

Voici donc une tentative de défense de l’idéalisme.

*

Kant a décrit sa philosophie comme un idéalisme transcendantal. Il a cependant distingué celui-ci du « système idéaliste (que moi seul je suis le monde) » (227) (par ce postulat se donne à connaître la forme la plus extrême de l’idéalisme, le solipsisme), en ce qu’il ne nie pas la réalité externe d’une chose en soi distincte des phénomènes que nous intuitionnons. Cependant, dès lors qu’il ne reconnaît pas au monde matériel que nous intuitionnons la qualité de chose en soi, indépendante de nos représentations, le kantisme ne peut pas non plus être dit matérialiste.

Lénine, qui nie qu’une pensée puisse être autre chose que l’une ou l’autre, ou bien idéaliste ou bien matérialiste (Matérialisme et empiriocriticisme), classe Kant parmi les idéalistes, tout en reconnaissant sa spécificité du bout des lèvres. (J’y reviendrai dans un autre essai.)

*

La philosophie transcendantale s’intéresse à ce qui est connu a priori, avant toute expérience sensible, et qui donc assure la régulation de cette dernière.

*

« Il n’y a aucune partie absolument première de la matière. » (7)

Il n’existe pas de « parties simples » de la matière : pas de particules élémentaires. La divisibilité infinie de la matière, que nous pensons a priori, c’est-à-dire de manière nécessaire et inconditionnée, apodictique, n’est pas seulement la divisibilité mathématique appuyée sur l’intuition et les axiomes de la géométrie, mais également une divisibilité mécanique infinie.

En décomposant un corps organique en ses parties, certes on en rompt l’unité organique et donc on le détruit, mais le concept de matière ne comporte pas a priori celui de vie. Il n’existe donc pas de « point matériel » qui représenterait une unité indécomposable. La divisibilité de la matière morte suit a priori le chemin de la divisibilité mathématique infinie.

La physique quantique assure avoir infirmé ce point de vue : il existerait une limite théorique à la divisibilité mécanique de la matière, le quantum de Planck. On peut relever ce que dit Stephen Hawking à ce sujet : « Nous avons quelques bonnes raisons théoriques de penser que nous possédons, ou que nous ne sommes pas loin de posséder la connaissance des ultimes briques de construction de la nature. …  Si l’on avait une particule avec une énergie supérieure à l’énergie de Planck (1019 GeV), sa masse serait si concentrée [suivant la formule E=mc2] qu’elle se retrancherait elle-même du reste de l’univers et qu’elle formerait un trou noir. » (Une brève histoire du temps)

La physique des particules élémentaires découle de la physique de l’atome, qui est une reprise de la philosophie atomistique, que Kant appelle, dans l’Opus postumum (OP), une « fausse doctrine de la nature »  (11). L’atomisme antique définissait la matière comme agrégat de parties simples, ou points matériels, les atomes, et entendait distinguer les différentes formes de la matière par les combinaisons d’atomes et d’espaces vides propres à chacune. Or l’espace vide ne relève pas du concept de l’expérience possible.

« La chaleur ne peut être pensée que comme inhérence » (14-5)

Il faut d’abord penser une matière occupant un espace avant de penser dans cet espace un réchauffement ou refroidissement. Qu’en est-il du prétendu vide cosmique ? Quelle température les physiciens pourraient-ils bien lui attribuer, s’ils étaient cohérents dans leur emploi du concept d’espace vide ? On ne peut pas penser une température du vide ni un lieu de l’espace physique sans température (une température nulle n’est pas un néant, un vide, de température). Dites adieu au vide.

On ne peut pas plus penser un espace vide qu’un temps vide.

« Le pur vide n’est pas un objet d’expérience possible » (47) Aussi ce que la physique appelle le vide (ce qu’elle ose appeler le vide) est-il traversé de forces, fluctuations quantiques, photons de basse énergie, matière diffuse, etc. etc.

Mais c’est la philosophie que l’on accuse d’employer les mots de manière indécise et flottante.

Le concept d’espace vide a été introduit dans la physique moderne par Newton, mais « non, selon Kant, comme proposition d’expérience » (104). La physique de l’atome s’est constituée sur un modèle « planétaire » de l’atome, avec des orbites électroniques autour d’un noyau. De même que Newton a introduit un vide interplanétaire, la physique de l’atome, avec son modèle planétaire, a introduit le vide dans l’atome. Dans les deux cas, on se sert du vide de l’atomisme antique, qui n’appartient pas à notre concept de l’expérience possible.

(Kant ne rejette pas la théorie de Newton quand bien même elle emploie le concept d’espace vide. Les fragments de l’OP, du moins dans le choix du texte français dont je me suis servi, ne permettent pas d’en dire beaucoup plus sur ce point. On rappellera que l’astronomie de Ptolémée, qui n’était nullement – pas plus que ne peut l’être une théorie usant du concept d’espace vide – une description exacte du système solaire, permettait cependant de prédire les éclipses solaires et lunaires avec une grande précision. La preuve par le résultat est donc de peu de poids en réalité.)

Faisons le pari qu’à l’avenir on trouvera des particules plus élémentaires, c’est-à-dire que la divisibilité mécanique de la matière sera observée au-delà des limites jusque-là connues pour suivre son chemin le long de la divisibilité mathématique. Avec la décomposition du niveau jusqu’alors considéré comme élémentaire, les propriétés de ce dernier ne peuvent pas ne pas subir une refonte complète : on doit admettre qu’on ne le connaissait pas, et ainsi de suite jusqu’aux niveaux les plus élevés. (Sauf dans une pensée systémique, où la connaissance des parties n’est pas nécessaire à la connaissance du tout.)

*

L’espace ne contient pas de vide mais est entièrement baigné par l’éther : « Il y a une matière répandue comme un continuum dans le tout de l’espace cosmique, remplissant en les pénétrant de façon uniforme tous les corps (qui n’est par suite soumise à aucun changement de lieu) ; cette matière, qu’on l’appelle l’éther ou calorique [Wärmestoff], etc., n’est pas un élément hypothétique (pour expliquer certains phénomènes et pour trouver de manière plus ou moins vraisemblable des causes pour des effets donnés), mais elle peut être reconnue et postulée a priori comme une pièce appartenant nécessairement au passage des principes métaphysiques de la nature à la physique. » (56)

L’éther est impondérable car on ne peut pas peser une matière qui remplit l’espace cosmique ; il manque la possibilité d’exercer sur elle la force de la pesée dans une direction donnée. Comme le rappelle Kant, la mesure d’un quantum de matière ne peut être ni mathématique (car l’atomisme est faux et l’on ne peut donc compter des particules) ni géométrique (car le volume seul ne dit rien de la densité), il faut donc procéder dynamiquement, par la pesée : « par la grandeur de la force motrice qu’un volume de matière exerce dans une même direction et avec une même vitesse de mouvement sur un objet mobile » (7-8).

Cet argument selon lequel l’impossibilité de peser une matière, l’éther, signifie qu’elle est impondérable, n’est pas sans rappeler à première vue le consensus de Copenhague, dans le domaine de la physique des particules, consensus qui conclut à de l’indéterminable dans l’objet lui-même du fait de l’inévitable interaction avec l’instrument de mesure. Cependant, ce consensus ne tient pas la route, philosophiquement, car on peut concevoir la possibilité d’autres instruments de mesure qui permettraient d’observer ces échelles sans interaction de l’observateur avec les phénomènes observés, par exemple grâce aux nanotechnologies. Cette pensée à elle seule dément l’affirmation selon laquelle l’indéterminé est dans le phénomène observé lui-même. En revanche, dans le cas de l’éther, il est impossible, et cela nous le savons également a priori, d’imaginer la possibilité d’une balance capable de peser une matière remplissant tout l’espace.

*

Le concept de l’expérience possible est la clé de voûte de l’expérience. L’expérience possible ne se déduit pas de l’expérience (« cela n’est pas possible car cela ne s’est jamais vu ») ni de la logique (dont les opérations formelles peuvent s’appliquer au-delà du champ du possible).

– N’est-ce pas, au contraire, la logique qui se contredit elle-même ? Une singularité est un résultat mathématique qui contredit la logique.

– La logique ne se prononce pas sur les bornes du domaine de l’expérience. Ce n’est pas la logique qui me dit qu’une température ne peut être infinie, car la température n’est pas une notion logique mais physico-empirique. C’est le concept de l’expérience possible qui m’informe que cette association « température infinie » n’est pas valide, et que sa considération relève donc, au mieux, d’une hypothèse ou d’un résultat provisoire voué tôt ou tard à être écarté, sinon du jeu, de la fantaisie (aussi austère soit-elle).

*

La certitude apodictique ne peut être tirée de la chose en soi parce que l’expérience ne peut fournir cette certitude (Hume). La certitude apodictique ne se tire que de la connaissance a priori par laquelle s’organise notre expérience. La critique humienne de ce qu’offre l’expérience, liée à l’irréfutabilité de l’existence et du contenu des propositions synthétiques a priori (axiomes mathématiques et catégories de l’entendement), fonde la philosophie transcendantale.

*

L’expérience n’offre qu’une connaissance contingente.

– Pourtant, l’idée de lois de la nature nous fait tirer de l’expérience celle de nécessité. Notre expérience et les lois suffisent à répondre aux remarques de Hume, sans besoin de recourir à la philosophie transcendantale.

*

Une proposition synthétique a priori (PSAP) est un paradoxe car, pour former un jugement synthétique, c’est-à-dire un jugement qui attribue un prédicat au sujet au-delà du principe d’identité, il faut en principe observer un objet de l’expérience. Or, quand un tel jugement est a priori, il n’est pas tiré de l’expérience. C’est donc là que se trouve en réalité le paradoxe à expliquer par toute philosophie : « Comment des jugements synthétiques a priori sont-ils possibles ? »

Dès lors que ces PSAP sont données, dans les axiomes de la géométrie et les catégories de l’entendement (quantité, qualité, relation, modalité), la conclusion nécessaire est que ce sont ces PSAP qui régulent notre expérience.

C’est ainsi que nous avons un concept de l’expérience possible.

*

Cette expérience est donc médiate. Ce que je connais n’est pas la chose en soi mais des objets de l’expérience régulée a priori dans la médiation.

*

L’espace et le temps sont des formes a priori de l’intuition.

Le matérialisme est faux car la connaissance de la géométrie est a priori, avant toute expérience. Si le matérialisme était vrai, l’espace serait une simple représentation et ne nous fournirait pas de synthèse a priori ; nous tirerions donc de l’expérience les propriétés des figures géométriques.

*

Or nous ne pouvons même pas penser qu’une telle synthèse nous soit donnée par l’expérience car c’est cette synthèse qui est au fondement de l’organisation et de l’unité de notre expérience. Que l’espace, parce qu’il est la forme de notre intuition sensible, nous donne, non pas une simple représentation sensible, mais cette synthèse, conduit nécessairement à penser (dans une critique de la raison) que ce qui est connu est déterminé dans sa forme par cette synthèse plutôt que par la chose elle-même, la chose en soi. Notre connaissance est médiatisée par des PSAP dont nous ne pouvons rendre compte par l’expérience, donc par le matérialisme (qui est un empirisme).

Sans ces PSAP nous ne pouvons avoir aucune expérience comme tout unifié de la conscience. Dès lors, la matière ne peut être première puisqu’elle n’est pas une chose en soi mais un phénomène de mon intuition.

– Mais quand je n’avais aucune pensée ? La croissance du nourrisson est-elle, elle aussi, comme l’évolution du monde et de l’espèce à partir du singe, selon Schopenhauer, cherchant à sauver l’idéalisme kantien, une illusion ?

– La croissance du nourrisson, le fait qu’il n’ait aucune pensée dont il garde le moindre souvenir par la suite, confirme que nous ne pouvons avoir la moindre expérience sans PSAP. L’expérience est en idée, puisque de ma vie avant l’idée je ne conserve aucun souvenir.

– Cependant, si l’un de mes membres a été blessé quand j’étais nourrisson (pardon pour la brutalité de l’exemple), j’en conserverai la trace, par une malformation de ce membre ou une cicatrice.

– Mon corps est un phénomène dont j’ignore tout tant que je ne dispose pas de PSAP. Tant que je ne suis que matière, ou du moins pure sensibilité, comme le nourrisson, je ne suis proprement rien à moi-même : mon moi se trouve donc ailleurs. Dès que je me vois, je me vois autrement que comme matière, je me vois comme esprit. Avant ce moment, je voyais (mes yeux fonctionnaient), mais je ne me voyais pas. C’est quand l’œil de l’esprit s’est ouvert que je me suis vu, comme esprit. Je suis né à moi-même en même temps que mon esprit est né, ce n’était donc pas moi qui était cette matière, ou cette pure sensibilité, c’était quelque chose, disons une vie, dans laquelle un jour par l’esprit je me suis vu : la place que je suis venu occuper. Cette vie, je peux même, dans certains cas, tels qu’un accident, la quitter avant qu’elle ne s’éteigne (je peux devenir un « légume »).

Il n’y a pas d’esprit sans vie – du moins jusqu’à présent cela ne s’est jamais vu. Mais parce que vie et esprit ne sont pas identiques, on a été amené à le concevoir : les esprits désincarnés, Dieu l’Esprit. Contre ces croyances, le matérialisme fait de l’esprit une fonction de la matière. Le matérialiste fait comme s’il pouvait sortir de son esprit (là où d’autres croient pouvoir sortir de leur corps) : comme s’il pouvait se connaître comme matière sans esprit.

– Je l’ai été, c’est certain, de zéro à trois ans…

– Le matérialiste dit alors que la matière se sert de l’esprit pour parvenir à ses fins. Et ses fins, ou plutôt sa fin, c’est qu’elle se perpétue, le matérialiste ne parvient pas à lui en trouver d’autre. La finalité, pour l’esprit, comporte a priori l’idée d’un perfectionnement. Or que montre l’histoire de l’humanité ? La simple perpétuation de l’espèce humaine ou son perfectionnement ?

– Par le seul jeu de la sélection naturelle, Darwin décrit pourtant un perfectionnement, dans le sens d’une plus grande spécialisation des parties : « Les êtres placés aux degrés inférieurs de l’échelle de l’organisation sont plus variables que ceux qui en occupent le sommet. Je pense que, par infériorité dans l’échelle, on doit entendre ici que les différentes parties de l’organisation n’ont qu’un faible degré de spécialisation pour des fonctions particulières ; or, aussi longtemps que la même partie a des fonctions diverses à accomplir, on s’explique peut-être pourquoi elle doit rester variable, c’est-à-dire pourquoi la sélection naturelle n’a pas conservé ou rejeté toutes les légères déviations de conformation avec autant de rigueur que lorsqu’une partie ne sert plus qu’à un usage spécial. » Et : « Comme la sélection naturelle n’agit que pour le bien de chaque individu, toutes les qualités corporelles et intellectuelles doivent tendre à progresser vers la perfection. » (L’origine des espèces)

C’est pourquoi, d’ailleurs, me paraît contestable ce qui tu écris ailleurs : « Que l’évolution soit linéaire de cette façon, le darwinisme a montré, bien que de nombreux darwiniens aient maintenu cette façon de voir, que c’était vrai en tendance, sous l’effet de la sélection naturelle, mais que les circonstances pouvaient tout aussi bien conduire à des ‘régressions’, et qu’il convenait au fond d’abandonner un vocabulaire à connotation hiérarchique en ces matières, car des ‘régressions’ sont adaptatives. »

Le matérialisme affirme que le perfectionnement dans le genre humain a été le passage de l’idéalisme (fétichisme) au matérialisme.

Et de ton côté tu es porté, selon ton humeur, à donner à la pensée primitive un contenu positif…

*

L’idéalisme philosophique, y compris l’idéalisme transcendantal, se heurte au phénomène de l’implantation, phylogénique (le monde a existé avant toute forme de connaissance possible) et ontogénique (l’esprit se développe dans le corps d’un nourrisson vers l’âge de trois ans), phénomène qui semble faire de l’esprit une fonction de la matière.

(Voici ce que répond Schopenhauer, idéaliste, au sujet de ce que j’appelle ici l’implantation phylogénique, à savoir l’explication qu’il en donne pour maintenir l’idéalisme :

‘‘Im Grunde jedoch sind alle jene Vorgänge, welche Kosmogonie und Geologie (als lange vor dem Dasein irgendeines erkennenden Wesens geschehn) vorauszusetzen uns nötigen, selbst nur eine Übersetzung in die Sprache unsers anschauenden Intellekts aus dem ihm nicht faßlichen Wesen an sich der Dinge. Denn ein Dasein an sich selbst haben jene Vorgänge nie gehabt, sowenig als die jetzt gegenwärtigen; sondern der Regressus an der Hand der Prinzipien a priori aller möglichen Erfahrung leitet, einigen empirischen Datis folgend, zu ihnen hin: er selbst aber ist nur die Verkettung einer Reihe bloßer Phänomene, die keine unbedingte Existenz haben.’’ (Paralipomena, Kapitel 6: Zur Philosophie und Wissenschaft der Natur § 85)

‘‘Die allem Leben auf der Erde vorhergegangenen geologischen Vorgänge sind in gar keinem Bewußtsein dagewesen: nicht im eigenen, weil sie keines haben; nicht in einem fremden, weil keines dawar. Also hatten sie aus Mangel an jedem Subjekt gar kein objektives Dasein, d.h. sie waren überhaupt nicht, oder was bedeutet dann noch ihr Dagewesensein? –  Es ist im Grunde ein bloß hypothetisches: nämlich wenn zu jenen Urzeiten ein Bewußtsein dagewesen wäre, so würden in demselben solche Vorgänge sich dargestellt haben; dahin leitet uns der Regressus der Erscheinungen: also lag es im Wesen des Dinges an sich, sich in solchen Vorgängen darzustellen.’’ (Ibid. § 85 note F))

En adoptant, pour tirer les conclusions de ce phénomène, le point de vue matérialiste, je ne me considère plus comme sujet, et observe dès lors les phénomènes d’un point de vue non pas objectif (il est trop tôt pour le dire) mais « désubjectivé » ou « a-subjectif ». Or l’a-subjectif est-il (plus) objectif ?

Le point de vue « du sujet » est ce que la psychologie appelle mentalisme.

C’est prétendre faire une simple représentation sensible de la forme a priori de la subjectivité.

*

Nous avons tous la même subjectivité formelle. La même forme de la subjectivité.

*

Si les catégories de l’entendement n’évoluent pas (le tiers exclu vaudra toujours), est-ce à dire qu’elles sont consubstantielles à la chose en soi et que nous avons donc développé naturellement, au cours de l’évolution, l’organe pour les penser adéquatement ? Ce qui permet d’en douter, ce sont les antinomies de la raison. Si l’espace et le temps n’étaient pas des formes a priori de l’intuition, c’est-à-dire si le matérialisme était vrai, les antinomies de la raison n’existeraient pas : nous pourrions trancher décisivement les questions de savoir si l’espace est fini ou infini et si le temps est éternel ou a eu un commencement. Or, non seulement nous sommes incapables de répondre à ces questions (sans acte arbitraire), mais l’une comme l’autre des réponses possibles est contradictoire en soi et ces questions ne peuvent donc recevoir aucune réponse. Comment, dans ces conditions, affirmer que nous avons un organe de la pensée produit par la nature pour la penser de manière adéquate ? Les antinomies nous empêchent même de penser que notre organe évoluera de façon à pouvoir résoudre ces questions : la contradiction logique interne à chacune des propositions antithétiques, qui empêche la moindre réponse, est hors de prise de l’histoire. Le logos est anhistorique.

Est-ce à dire que l’esprit est situé hors de l’évolution ? Ne peut-on penser une autre forme de pensée que la pensée humaine ?

Un premier élément de réponse : Les théories sur le divers des formes de la pensée humaine, dans le temps (histoire) et l’espace (cultures), sont fausses pour l’essentiel. Par exemple, la distinction entre temps linéaire et temps cyclique ne porte pas en réalité sur le temps mais sur le concept d’historicité. Ce sont deux conceptions différentes de ce qu’est l’histoire. Le débat sur l’historicité comporte des opinions sur la finalité de l’homme qui ne se trouvent pas dans un débat sur le temps.

*

« Cette position du sujet, originairement, dans l’intuition est à considérer comme l’objet en soi lui-même. »

Je suis la chose en soi. Si ce n’était pas le cas, les limites de la raison humaine ne s’expliqueraient pas : l’instrument serait adapté à ses fins. Lénine, après Engels, répond que notre connaissance approche asymptotiquement de la perfection et qu’il n’y a rien à demander de plus à un instrument naturel. Kant a déjà opposé la critique de la raison à de tels arguments. Sans nier un accroissement cumulatif des connaissances par la science (et peut-être Kant a-t-il là concédé trop, eu égard à ce que l’humanité oublie au cours de son histoire, aux changements de paradigmes scientifiques…), les antinomies montrent une inadéquation essentielle de l’instrument pour donner du monde matériel en tant que tout une image satisfaisante, et même une image quelconque, qui ne soit pas arbitraire.

De sorte que la raison appartient, non pas à la nature en tant qu’ensemble des phénomènes régis par les lois de causalité, mais au domaine inconditionné de la liberté, que lui indique l’impératif catégorique, son seul compas, sa seule boussole.

*

– Le vicaire savoyard est un bon représentant de la morale d’esclave selon Nietzsche. Pour le vicaire, un acte de négation de l’inclination naturelle démontre la liberté, mais elle montre seulement la tendance de sa nature dégénérée à dévier d’une vie selon la nature saine. Ce point de vue, Nietzsche l’a pris de Schopenhauer, pour qui la volonté (Wille) s’incarne en diverses natures, chacune agissant selon le déterminisme de sa tendance propre.

Ou bien, parler de loi morale inconditionnée, qui rendrait le sujet autonome par rapport aux fins de la nature, c’est méconnaître le fait que la nature est indifférente au sort des individus. Elle produit un rebut énorme, et la masse des individus qui se trouvent rejetés dans ce rebut, qui échouent à atteindre les fins que leur assigne la nature, n’en vivent pas moins, bon gré mal gré ; leurs autojustifications « morales », ou moralisantes, ne sont pas l’indice d’un « méta-naturalisme » dans la vie humaine, mais seulement le résultat du rebut normal des productions naturelles.

*

Dans la Phénoménologie de l’esprit, Hegel a tenté de répondre à la question : Comment l’en-soi (An-sich) peut-il être connu dès lors que notre conscience n’a affaire qu’à des objets pour nous (für uns) ? C’est, selon lui, l’objet même de la connaissance qui résoud cette contradiction : l’Esprit qui cherche à se connaître. Le passage de l’en-soi à l’en-soi pour soi est l’expérience. Il doit advenir un point où l’apparence se confond avec l’être, ce qui permet le savoir absolu.

Cette idée de savoir absolu est absurde. Quelle preuve pourrais-je avoir que je sais tout absolument ?

Le savoir absolu suppose un état de l’humanité où plus rien ne puisse être inventé, où toutes les inventions possibles soient connues et menées à leur perfection.

*

La dialectique hégélienne ne peut pas être remise sur ses pieds (Marx) sans cesser par là-même de répondre à la question : comment une connaissance absolue est-elle possible ? Car il est logique de penser que l’esprit cherche à se connaître, tandis que cela n’a rien de nécessaire pour la matière. Que la matière cherche à se connaître en se créant un esprit, c’est possible, mais le contraire l’est tout autant, tandis que nous ne comprendrions pas que l’esprit ne cherche pas à se connaître. La pensée est un accident de la matière (pour le matérialiste) tandis qu’elle est un prédicat de l’esprit. Si l’esprit est second, ce qui lui est premier ne peut être connu parfaitement, car il est alors la partie d’un tout, un produit de ce tout, constitutionnellement limité par son état de partie ; il est même faux, dans ce cas, de parler comme Lénine d’approche asymptotique de la connaissance parfaite. C’est parce que l’esprit est premier que le savoir absolu est possible, selon Hegel.

*

Je vis davantage dans mes pensées que dans mon corps. (« Je » c’est-à-dire « On ».)

*

Si Dieu était une substance, ce serait un simple phénomène. (Même comme substance immatérielle ? Mais Kant rejette ce concept comme chimérique.) En tant que personne, il a le caractère nouménal de la liberté ; la liberté du noumène, de la chose en soi.

Dire que Dieu est une idée de la raison, même en précisant que c’est une idée nécessaire, je ne vois pas comment cela pourrait ne pas être blasphématoire. Il ne faut donc pas trop donner d’importance aux formulations de ce genre chez Kant, si l’on tient à sauver sa théologie.

*

« Il y a un Dieu dans l’âme de l’homme. On se demande s’il est aussi dans la nature. » (173)

Il semblerait que l’on n’ait pas à se poser la question puisque la nature m’est donnée par mon intuition (par mon âme ?).

Portrait de Kant (par ?)

LIV Tamagotchi Omelette/Amulet

Prithee, tell her but a worky-day fortune. (Antony and Cleopatra)

*

« L’histoire est le développement d’une logique immanente dont les grands personnages historiques ne sont que les instruments inconscients ; ils sont animés par leurs passions et réalisent leurs intérêts ; ‘mais en même temps se trouve réalisée une fin plus lointaine, mais dont ils n’avaient pas conscience et qui n’était pas dans leur intention’. C’est ce que Hegel appelle la ruse de la raison. » (René Serreau, Hegel et l’hégélianisme, 1968)

C’est très exactement une idée de Kant.

[Ajout 8.8.2019 : Cette idée est exprimée en plusieurs passages de l’œuvre de Kant, de manière plus ou moins identique à la pensée ultérieure de Hegel ici présentée. J’ai pour l’instant retrouvé le passage suivant, qui montre d’ailleurs, citation à l’appui, qu’une telle idée de logique immanente dans le cours de l’histoire remonte à l’antiquité : « Ich meinerseits vertraue dagegen doch … (in subsidium) auf die Natur der Dinge, welche dahin zwingt, wohin man nicht gerne will (fata volentem ducunt, nolentem tracunt). » (Über den Gemeinspruch: Das mag in der Theorie richtig sein, taugt aber nicht für die Praxis) Je ne suis donc pas plus fondé à dire que l’idée est de Kant que Serreau à dire qu’elle est de Hegel, mais ce n’est pas non plus son but même s’il aurait pu souligner que l’idée n’est pas particulièrement «hégélienne»… Chacun d’eux l’a reprise à sa manière, en lui donnant un sens particulier au sein de leurs pensées respectives.]

*

« À partir du prix de revient total du produit [=coût total : fabrication, marketing…], on trouve son prix de vente en ajoutant une quantité qui sera la marge génératrice de profit. … Dans la plupart des cas, il s’agit d’entreprises fabriquant plusieurs produits : comment alors attribuer à chacun sa ‘juste part de couverture des charges fixes’ ? » (Armand Dayan, Le marketing, 1979)

L’auteur prend ensuite l’exemple d’une entreprise qui fabrique trois produits, dont l’un est suffisant pour amortir les frais fixes, et qui peut donc pratiquer des prix offensifs sur les deux autres produits. De toute évidence, une telle entreprise ne se spécialisera pas sur le produit A, même si B et C sont « estimés non rentables selon la méthode de prix de revient complet ».

Nous avons là un exemple de rationalité économique qui s’oppose à la spécialisation et donc à la théorie des avantages comparatifs, selon laquelle les nations ont intérêt à se spécialiser dans les productions où elles ont un avantage (absolu ou relatif), et sur laquelle les libéraux fondent le commerce international. Selon cet exemple, la théorie n’est donc pas viable même en pure rationalité économique et sans considérations extrinsèques de souveraineté nationale (qui exigerait le maintien de certaines industries même peu rentables), car la non-spécialisation peut comporter l’exercice d’un pouvoir économique sur les prix.

*

 « Qu’il évite avec soin tout acte qui dépend d’autrui ; qu’il s’applique au contraire avec zèle à tout ce qui ne dépend que de lui-même. Tout ce qui dépend d’autrui cause de la peine, tout ce qui dépend de soi-même donne du plaisir ; sachez que c’est là en somme la définition de la peine et du plaisir. » (Les Lois de Manou, traduction par G. Strehly, p.118)

Cela pourrait servir de résumé très exact de la doctrine des Stoïciens.

*

We’ll beat ‘em into bench-holes. (Scarrus, dans Antoine et Cléopâtre de Shakespeare).

Bench-holes est un terme archaïque pour désigner des latrines : « Nous irons les buter jusque dans les latrines. » Le Scarrus de Shakespeare anticipe donc de quelques centaines d’années la phrase du président russe Vladimir Poutine qui en a marqué beaucoup : « Nous irons les buter [les terroristes islamistes] jusque dans les chiottes. » Aucun commentateur, à ma connaissance, n’a relevé la référence shakespearienne.

*

Think of the fashion of London being led by a Br-mm-ll [Brummel]! a nobody’s son; a low creature, who can no more dance a minuet than I can talk Cherokee; who cannot even crack a bottle like a gentleman; who never showed himself to be a man with his sword in his hand, as we used to approve ourselves in the good old times, before that vulgar Corsican upset the gentry of the world! (Thackeray, Barry Lyndon)

So much for Barbey d’Aurevilly.

Au temps pour Barbey, auteur, comme on le sait, d’un peu convaincant Du Dandysme et de George Brummel, contredit par son congénère fictif, le gentilhomme Barry Lyndon.

*

People who say manual labour is a good thing have never done any. (Brendan Behan)

With the notable exception of Henry David Thoreau.

*

When the wise seer beholds in golden glory the Lord, the Spirit, the Creator of the god of creation, then he leaves good and evil behind. (Upanishads)

‘Good and evil behind,’ an early occurrence of Jenseits von Gut und Böse.

*

What is the amount of information needed to convince people that a personality is present? The answer … is that very little information is needed. Simple line drawings of objects (as long as they have eyes or even a hint that they are alive), are quite enough to activate psychologically rich responses. Perceived reality does not depend on verisimilitude: A character doesn’t have to look anything like a real person to give and receive real social responses. (Byron Reeves & Clifford Nass, The Media Equation, 1996)

Il n’est donc pas besoin de construire des robots sociaux qui ressemblent à l’homme, surtout avec le risque d’entrer dans la vallée inquiétante (uncanny valley) ! Des personnages à la Nintendo première génération, néoténiques et kawaii, peuvent suffire à créer une interaction sociale homme-machine optimale.

L’avenir seul pourra dire si l’actroïde est capable de sortir de la vallée inquiétante. Je fais l’hypothèse suivante. L’apparence des robots humanoïdes ne cessera de s’améliorer mais il existe une limite indépassable qui les maintiendra toujours à la périphérie de la vallée inquiétante, c’est-à-dire que plus la familiarité avec le robot le plus parfait sera grande et plus son « étrangeté » de robot deviendra manifeste à son interlocuteur humain, qui aura dès lors à trancher s’il a affaire à un robot ou à un humain quelque peu dérangé nerveusement.

*

And the joy of work, too. … people here don’t know anything about that either. … people here are brought up to believe that work is a curse, and a sort of punishment for their sins. (Ibsen, Ghosts)

Dans la bouche d’un peintre… (Aurait-ce été convaincant dans la bouche d’un ouvrier soumis aux nouvelles conditions du travail industriel ?)

Cette apologie libérale du travail, ingénieusement opposée à une conception chrétienne, reflète selon moi le statut d’Ibsen comme écrivain subventionné par le Parlement bourgeois norvégien qui lui vota une indemnité à vie.

*

Kantisme (notes)

1/ Raison pure

« La géométrie nous apprend que la droite tangente au cercle touche ce cercle en un point, mais si nous traçons le cercle et la droite sensibles, nous nous apercevons que la droite touche toujours le cercle en plusieurs points et que jamais nous ne pourrons obtenir une figure conforme aux définitions mathématiques. Or la géométrie ne peut, pour raisonner, se passer de la considération des figures, dont le tracé dément le discours que le mathématicien tient sur elles. » (Exposé de la pensée de Protagoras par Gilbert Romeyer Dherbey, dans Les sophistes, 1985) – Or c’est la construction synthétique a priori qui sert au géomètre et non l’aspect des figures tracées à la main, forcément grossières par rapport à ces constructions a priori. Contre ceux qui parlent des figures géométriques comme des approximations, des abstractions des objets perçus, lesquels s’écarteraient tous plus ou moins de la forme géométrique pure (Locke, Husserl), il convient de faire remarquer que la lune perçue dans le ciel nocturne est un cercle parfait et que l’horizon perçu est une parfaite ligne droite. Ce constat des formes géométriques pures perçues (intuitionnées) confirme l’affirmation kantienne selon laquelle une figure géométrique est une construction dans l’intuition et non une idée abstraite.

Le concept d’un triangle est sa pure et simple définition, et les énoncés qui posent cette définition sont analytiques. Synthétiques a priori sont en revanche les énoncés qui exposent les propriétés du triangle.

La dimension dite « quantitative/spatio-visuelle » des tests d’intelligence est conforme à la conception kantienne des mathématiques comme science intuitive pure.

La physique relativiste traite l’espace comme un concept et non comme une forme de l’intuition a priori.

C’est l’intuition du temps qui permet d’appréhender le changement, c’est-à-dire la prédication de termes contradictoires dans un même sujet (ici-pas ici) : l’intuition et non le concept.

Chacune des antinomies indécidables de la raison a une thèse (par exemple, le monde a un commencement dans le temps) et une antithèse (le monde n’a pas de commencement dans le temps). La thèse est appelée par Kant « dogmatisme » et a sa préférence : elle présente un intérêt pratique, et elle est conforme au sens commun (au « sens commun » d’un Chrétien, à la rigueur). L’antithèse est dite « empirisme » et Kant considère qu’elle est nuisible à la morale et à la religion. (Kant estime en revanche que l’intérêt spéculatif de l’empirisme est supérieur à celui du dogmatisme.) Schopenhauer adopte un point de vue opposé (en s’appuyant sur l’hindouisme et le bouddhisme) ; il affirme d’ailleurs que cette question du commencement ou non du monde n’est pas une antinomie car elle est selon lui tranchée (dans le sens d’un non-commencement du monde dans le temps).

2/ Raison pratique

La chose en soi n’étant pas soumise aux lois de la causalité, lois de la nature, elle est pensée comme libre.

La morale est une « logique » et non une science naturelle.

Considérer les phénomènes comme des choses en soi interdit de concilier la loi de nature et la liberté, tandis que la cause intelligible, en soi et en dehors de la série des phénomènes, peut être pensée comme une cause par liberté. Il y a ainsi deux types de causalité : selon la nature et par liberté.

« Comme pour toute marchandise, le capitaliste essaie d’acheter la force de travail le meilleur marché possible, car pour lui l’ouvrier n’est pas un homme devant vivre sa propre vie, mais une force de travail pouvant devenir source de profit. » (Cornélius Castoriadis, La société bureaucratique) On ne saurait mieux exprimer que le capitalisme viole constitutionnellement l’impératif « Agis de telle sorte que tu traites l’humanité comme une fin, et jamais simplement comme un moyen. »

*

That subtle appearance differences have reproductive implications is suggested by findings showing that the degree of female physical asymmetry is reduced when females are fertile compared to the beginning and end of the menstrual cycle, when they are not fertile (Manning et al., 1996). (Michael McGuire & Alfonso Troisi, Darwinian Psychiatry, 1998)

Les femmes sont plus symétriques dans leurs périodes de fertilité que dans les autres périodes de leur existence. C’est une confirmation des conclusions du baron de Saxy-Beaulieu : ,,Das Weib ist Plastik.’’ (la femme est plastique) (voyez ici).

*

« De manière générale les réparations, quelles qu’elles soient, n’ont bénéficié que de progrès technique faible (réparation de bâtiments, d’objets manufacturés, de meubles, d’horlogerie, etc.). » (Jean Fourastié, Le grand espoir du XXe siècle, 1949)

C’est pourquoi les réparations sont rares : on ne répare plus, on remplace, parce que la productivité des réparations n’a pas ou a peu augmenté.

C’est aussi pourquoi la pression de notre civilisation sur les ressources du milieu s’accroît sans mesure.

*

A few people dream entirely in color. (Aldous Huxley, Heaven and Hell, 1956)

I have never dreamt in black and white. Never.

In fact I have never heard of people dreaming in black and white either.

Was color-dreaming rare in Huxley’s time because TV was black and white and people dream not after a real-life but after their screen-viewing pattern?

*

You’ve cheated me out of a mother’s joy and happiness in life. And a mother’s sorrows and tears too. And that was perhaps the greatest loss for me. (Ella Rentheim in Ibsen’s John Gabriel Borkman)

Compare with Nora Helmer’s ‘duty to herself’ in A Doll’s House.

Which quotation do people know, Ella’s or Nora’s?

*

A multitude of working poor

The height of it [Luxury] is never seen but in Nations that are vastly populous, and there only in the upper part of it, and the greater that is the larger still in proportion must be the lowest, the Basis that supports all, the multitude of Working Poor. (Bernard Mandeville, The Fable of the Bees)

Anyone who has read Mandeville knows he is not being critical here; on the contrary, his fable claims the necessity of heightening luxury.

Now let it be known that Mandeville was extolled by the Austrian School of Economics and Friedrich Hayek, intellectual seeds of the Chicago School.

*

Phobos is being drawn to Mars’ surface at a rate of one centimetre every year. At this rate of attraction, in something like fifty million years, it will smash into the surface of Mars. (Mission to Mars: The Emirates Mars Mission and Mars Hope, 2015)

So there is something after all in Hörbiger’s contention that celestial bodies are spiralling toward one another… => World Ice Theory (Welteislehre)

*

« Une onde se propage dans un milieu élastique entré en vibration sous l’action d’une force. L’air vibre et propage le son, l’air est le milieu élastique qui sert de support au son. Dans le vide, le son ne peut plus se propager. Le vide ! N’est-ce pas le vide qui règne dans les espaces interplanétaires et interstellaires que la lumière traverse à la vitesse de 300.000 km à la seconde ? Le vide serait-il donc un milieu élastique capable de transmettre l’onde lumineuse ? Une contradiction surgissait. » (Maurice Duquesne, Matière et Antimatière, 1968)

Une solution fut apportée par la théorisation d’une vibration de l’éther.

L’existence de l’éther étant infirmée par la physique relativiste, la contradiction resurgit ; comment la relativité la résout-elle ?

Une autre solution pourrait se trouver dans la « cosmogonie glaciaire » (Welteislehre) d’Hörbiger ou toute autre théorie qui, postulant l’absence de vide interplanétaire, n’a pas non plus besoin de l’hypothèse de l’éther.

*

Schopenhauer père de Darwin

« Revenu de son périple autour du monde, Darwin étudie les théories du philosophe [Schopenhauer] » (p.10), parmi lesquelles théories on trouve que

« Le chimpanzé a donné naissance à l’homme » (Édouard Sans, Schopenhauer, 1990, p.66)

J’ai déjà eu l’occasion de souligner que Darwin n’avait pas inventé la théorie de l’évolution des espèces, vieille comme l’antiquité, mais qu’il avait décrit de la manière la plus adéquate le mécanisme de cette évolution, à savoir la sélection naturelle.

Les milieux pseudo-intellectuels anglo-saxons ignorent largement ces données et tendent à colporter une histoire des idées falsifiée dans laquelle le darwinisme, né par génération spontanée, a introduit pour la première fois l’idée d’évolution.

En l’occurrence, les origines simiennes de l’homme se trouvent déjà dans Schopenhauer (x) et, Darwin ayant lu, comme on le voit ici, ce dernier, il a sans doute laissé dans ses manuscrits l’hommage qu’on s’attendrait qu’il rende à un prédécesseur dans l’idée que « l’homme descend du singe », idée que l’on attribue toujours à l’un et jamais à l’autre.

*

The history of the mammals in particular is a history of memory development. All through the Tertiary period, it is to be noted, brains in every group of mammals increase in relative size and complexity. With every increase, the power of learning from experience and of supplementing direct impulse by conditioned reflexes increases. (My emphasis) (H.G. Wells, The Outlook for Homo Sapiens)

Humans are more ‘conditionable’ than Pavlov’s dogs and Skinner’s doves.

*

Liberty Steak with Freedom Fries

America entered the war [WWI]. Those great newspapers which had been opposing the entry now suddenly discovered the seriousness of the German menace … Hamburger became ‘liberty steak,’ and sauerkraut became ‘liberty cabbage,’ and so the world was made safe for democracy. (Upton Sinclair, The Wet Parade)

And French fries became ‘freedom fries’ when the French refused to support the U.S. war in Iraq.

*

La « crise des fondements » des mathématiques (Hilbert, Gödel) est prédite par le kantisme et l’exposé des antinomies. Démontrer.

*

Matsui est une marque du groupe britannique Dixons-Currys au nom japonais en raison du marqueur associé à l’électronique japonaise.

Le slogan d’Audi « Vorsprung durch Technik », en allemand à l’international, est une idée de l’agence de publicité britannique BBG, en raison du marqueur associé à la technologie allemande.

Stella Artois est une bière anglaise. &c

*

L’effet Poetzl (ou Pötzl) de l’efficacité des images subliminales a été découvert grâce à des expérimentations sur la suggestion post-hypnotique. Poetzl observa que les rêves des personnes soumises à des images subliminales traitaient principalement le matériel subliminal. Il démontra ensuite que ce stock de « mémoire subliminale » peut influer sur le comportement : l’effet Poetzl, c’est que le jugement d’une personne valorise ou dévalorise des objets par association, en fonction de la mémoire subliminale.

*

Les séances publiques d’hypnose en tant que divertissement (stage hypnotism) ont complètement disparu, à l’instar des freak shows.

*

Abstraction vs Expressionnisme. La peinture abstraite n’est pas comparable à la musique atonale, qui est le pendant de la peinture expressionniste. L’abstraction est une réponse purgative à la « surchage perceptuelle » (perceptual overload) d’un monde surmédiatisé.

*

Le cubisme architectural d’Adolf Loos, inspirateur du Corbusier, a criblé l’Occidental, principalement mais pas seulement, de « flèches empoisonnées » feng shui.

*

As a rule making a living is boring to death.

*

Le lait maternel a un fort goût umami, mot d’origine japonaise, la cinquième saveur de base avec le sucré, le salé, l’amer et l’acide. Et le lait commercial ?

Selon la pensée chinoise, l’expérience gustative dépend de tous les sens, qui seraient au nombre de trente-sept.

*

 La machine à dire « Je t’aime » est le psychothérapeute de l’avenir.

*

Je demande à une amie thaïlandaise si elle nourrit son talisman Kuman Tong car j’ai connu des gens qui nourrissaient un Tamagotchi.

*

«The Entertainment Age cometh!» and it won’t be the Leisure Age.

*

We shall have plenty of time on our hands with which to do something. (John Neulinger, The psychology of leisure, 1981)

Qu’est-ce qui a démenti cette prédiction tellement courante il y a quelques années et à laquelle plus personne ne semble croire aujourd’hui ? L’inflation annulant les effets des gains de productivité ?

*

L’aristocrate est celui qui juge les gens d’après leur naissance, le démocrate celui qui les juge d’après leur diplôme.

*

La culture était la « spécialité » de la classe de loisir (Tibor Scitovsky). La fin de la classe de loisir pour les hommes, la femme y restant de fait, devait rendre l’homme méprisable, car inculte, aux yeux de la femme, d’où un violent désir d’« émancipation » par lequel la femme était conduite à demander à entrer comme les hommes sur le marché du travail en tant que main-d’œuvre spécialisée. Ainsi, et ainsi seulement, pouvait s’opérer la réconciliation entre les sexes, dans l’inculture généralisée.

*

Le statut est important pour le choix d’un partenaire de long terme, mais seul le physique compte pour le faire cocu. [C’est ce que j’ai appelé springboarding the Mogul => x]

*

« Kant ne savait pas de quoi il parlait quand il parlait des femmes. » Il en savait peut-être plus que le cornard moyen.

*

La consécration de l’intellectuel français : remettre un rapport à l’administration.

*

J’ai eu le culte du chef aussi longtemps que je pouvais croire devenir chef un jour. Aujourd’hui, je trouve cela de mauvais goût.

*

50 % de l’édition française est bonne à jeter ; le reste est traduit de l’anglais.

*

A right to insurrection supposes the right to call to insurrection.

*

‘Bags’ under the eyes are permanent (one has to remove them surgically), ‘shadows’ under the eyes are temporary (they disappear with better health). In films, successful, (moderately) mature men are depicted with conspicuous bags (thanks to makeup), women never (thanks to makeup). Bags, obviously, are not perceived as a marker of bad health in males. The cinematic practise surely relies on research (marketing research), so women must be looking for the bags (when in search of a springboard).

*

You feel blue because of your blue genes.

*

It is tempting to blame … self-interested advertisers for creating our desire for fats (Deirdre Barrett, Waistland)

As far as I’m concerned, I have never blamed advertisers for creating anything. But I am blaming them nonetheless.

*

I had a dream which I dare not tell my shrink. A gentleman is chatting with a lady at one or the other’s cosy place. Then she says she needs to use the restroom and accordingly leaves the living room. The camera stays on the man’s face while we’re hearing monstrous noises from the restroom, explosive flatulences and splashes, and that takes a little while. When the lady comes in again, the living room is empty, a window open, curtains waving: the man has jumped from it.

*

Je m’appelle Florent mais ça ne répond jamais.

*

The only thing science knows for sure is that it will kill all poets in the end.

*

L’homme d’une seule femme à cent têtes.

*

« Estoy triste » : c’est déjà relativiser.

*

Si Lucette avait su…

*

Très attendu au tournant.

*

L’université n’a pas voulu de moi car elle croyait que j’étais d’extrême-droite. L’administration m’a laissé entrer pour la même raison.

*

À vingt ans, j’ai failli mourir. À trente ans, j’aurais presque pu vivre.

*

Le pouvoir corrompt. C’est ce que nient les partisans de la dictature du prolétariat ainsi que les réformistes qui se présentent aux élections.

*

Le pouvoir corrompt (Montesquieu). Donc tous pourris.

*

C’est Tircis et c’est Aminte,
Et c’est l’éternel Clitandre… (Verlaine)

Clitandre, ce nom, en poésie, c’est une blague ? On ne connaissait pas le mot clito à ces époques, immédiatement évoqué dans tous les esprits aujourd’hui quand on dit Clitandre ?

*

As a true philosopher you thought you would be king.

*

Je n’écris pas pour être lu, mais pour être connu. Si les gens me lisaient, ils mourraient de honte. (Ah bon, j’écris ?)

*

How can you live, how dare you live after killing the poet inside?

There was a woman, it was my way to tell her: ‘You will give me nothing? I’ll give you everything.’ I sent her so many poems, then threw my poetry away.

*

Tu traverses une passe difficile de pantalons trop serrés.

*

J’étais devenu si conservateur qu’à la boulangerie je n’achetais plus que des baguettes tradition.

*

Le poète romantique se regarde pleurer. Le poète contemporain se regarde écrire…

*

Coups de tête au moment de l’orgasme.

*

Ce n’est pas rue de la banque mais rue bancale.

*

I should have died long ago, what went wrong?

*

Il n’y a pas de « vous » en anglais, seulement du « sir », qui ne doit donc pas être traduit par « monsieur » mais par le vouvoiement.

*

L’ami D. Q.

*

Oil rent is something for nothing.

*

Notre époque n’est pas héroïque car notre époque est bourgeoise, mais l’héroïsme existe car l’héroïsme est prolétarien.

*

Il tire la sonnette d’alarme et se prend un seau d’eau sur la tête.

*

Adventure de Jack London est un roman qui se passe en Polynésie. Les quelques allusions à la Polynésie française se bornent à dire la corruption de ses juges et bureaucrates.

*

Malcom X et Eugene X (Eugenics).

*

La poésie des peuples premiers ridiculise par sa profondeur tout ce que les universitaires occidentaux ont écrit sur leurs sociétés.

*

Tout ce que le poète écrit sera retenu contre lui.

Et tout ce que le poète écrit se retourne contre lui.

*

Le fonctionnaire français est jugé sur son enthousiasme pour les libertés auxquelles il n’a pas droit.

*

As there’s a First Lady, my neighbor asks, what number is my wife?