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Le kantisme devant le principe d’incertitude

« Le consensus de Copenhague, dans le domaine de la physique des particules, … conclut à de l’indéterminable dans l’objet lui-même du fait de l’inévitable interaction avec l’instrument de mesure. Cependant, ce consensus ne tient pas la route, philosophiquement, car on peut concevoir la possibilité d’autres instruments de mesure qui permettraient d’observer ces échelles sans interaction de l’observateur avec les phénomènes observés, par exemple grâce aux nanotechnologies. Cette pensée à elle seule dément l’affirmation selon laquelle l’indéterminé est dans le phénomène observé lui-même. » (lxiii, 24 août 2019)

Les tenants de l’école de Copenhague ont porté la contradiction à cette pensée dès avant que je la formule ; il n’était donc pas tout à fait scrupuleux de ma part de la présenter sans expliquer qu’elle était, selon les penseurs auxquels je m’oppose, déjà tenue pour sans portée dans le débat. Il me fallait, pour procéder autrement, connaître les objections de l’école plus en détail que ce n’était le cas quand j’écrivais ce chapitre. Je suis donc allé chercher la réponse de l’école, et, renseignements pris, je reconnais que ma position sur ce point précis – à savoir, que d’autres dispositifs de mesure pourraient permettre d’écarter l’incertitude – est relativement faible, mais tout en concédant la faiblesse de l’argument tiré de la mesure (bien que les possibilités des nanotechnologies que je cite n’aient pas été envisagées par l’école), mes conclusions restent justes du fait des autres arguments développés dans les précédents chapitres ainsi que de nouveaux arguments que je vais développer ici.

Je maintiens que l’indéterminisme de la mécanique ondulatoire n’est pas dans les phénomènes ainsi que le prétend l’école de Copenhague, mais je précise, en reprenant la distinction de l’école entre théorie objectiviste, telle que la mécanique classique, éventuellement « à déterminisme caché » telle que la mécanique statistique classique, et théorie subjectiviste, telle que la mécanique ondulatoire, complètement indéterministe selon l’école de Copenhague, que cette classification est erronée et devrait être plutôt ramenée à la différence entre indétermination comme conséquence contingente et comme conséquence nécessaire de la subjectivité formelle. Comme le monde phénoménal nous est donné via notre subjectivité formelle, il semblerait qu’une indétermination nécessaire selon cette dernière dût être considérée comme une indétermination dans les phénomènes eux-mêmes. Il n’en est rien : notre subjectivité formelle ne connaît que le déterminisme des phénomènes, c’est-à-dire leur détermination absolue selon la causalité. Cette indétermination nécessaire n’a pas pour conséquence une indétermination objective dans les phénomènes, puisqu’elle n’est alors que la conséquence d’une limitation de notre entendement dans le domaine même auquel celui-ci prescrit ses lois. Que notre entendement ne puisse être conduit à aucune contradiction dans la connaissance des phénomènes, à savoir, ici, qu’il ne puisse y avoir d’indétermination nécessaire comme conséquence de l’entendement puisque l’entendement prescrit à la nature la détermination absolue de la loi de causalité, n’est pas une proposition nécessaire, apodictique.

Mais en introduisant, comme je le fais, l’idée d’indétermination nécessaire selon la subjectivité, je suis en réalité conduit à prédire une révision complète des résultats de la mécanique ondulatoire, car cette idée est tout de même paradoxale (bien que son contraire ne soit pas nécessaire). Je prédis également que cette révision proviendra d’une remise en cause de la nature paradoxale de la lumière, ainsi que de la matière au niveau subatomique (Louis de Broglie), comme étant à la fois et en même temps ondulatoire et corpusculaire, ou de la définition des ondes et corpuscules. – De telles conclusions ne courent d’ailleurs jamais le moindre risque d’être hasardées, dans aucune science empirique, compte tenu de la synthèse continue au fondement de ces sciences.

Ma conclusion rappelle, au final, comme je l’ai déjà fait dans les précédents chapitres, que les résultats d’une science métrologique particulière, la physique, ne peuvent être étendus au-delà de ce domaine restreint sans de multiples apories dès lors que l’on chercherait à fonder sur eux une philosophie de la connaissance (car celle-ci repose sur des principes métaphysiques).

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i

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Pour commencer, le consensus de Copenhague ne fait pas dépendre le principe d’incertitude, à la manière dont les vulgarisateurs le présentent souvent au grand public, de l’interaction entre un processus de mesure et le phénomène mesuré. Autrement dit, une réponse sur ce point, comme dans la citation en exergue de ce chapitre, répond aux vulgarisateurs mais non à l’école elle-même. En effet, cet argument des vulgarisateurs ne permet pas d’exclure un possible « déterminisme caché ». En réalité, le principe d’incertitude est obtenu « indépendamment de tout processus de mesure particulier » (cf citation infra).

« Bohr et Heisenberg ont examiné ainsi de nombreux dispositifs [de mesure]. Pour chaque cas examiné on est conduit à l’impossibilité de mesurer l’état d’un corpuscule, mais on ne peut parvenir avec des raisonnements de ce genre à prouver d’une manière générale l’impossibilité de mesurer l’état mécanique d’un corpuscule ou d’un système de corpuscules. Pour y parvenir, il faut faire intervenir les lois de la mécanique ondulatoire. » (Jean-Louis Destouches, La mécanique ondulatoire, 1948, pp. 55-6 ; c’est de ce livre que sont tirées les citations du présent chapitre)

Passons sur le diallèle qui, dans cette citation, veut faire intervenir les lois de la mécanique ondulatoire pour parvenir au principe d’incertitude alors que ces lois sont fondées sur ce dernier ; c’est le passage suivant qu’il faut retenir principalement :

« La démonstration de ce résultat [le principe d’incertitude] ne fait appel qu’au principe des interférences [qui pose par hypothèse la relation d’Einstein entre énergie et fréquence] et au principe de décomposition spectrale pour la quantité de mouvement ; elle est une conséquence de propriétés mathématiques concernant ce qu’on appelle ‘les intégrales de Fourier’. On obtient donc cette fois les relations d’incertitude indépendamment de tout processus de mesure particulier. » (57)

Nous laisserons de côté l’explicitation du principe des interférences et du principe de décomposition spectrale puisque nous concédons à ce passage l’essentiel, à savoir que le principe d’incertitude doit découler de ces principes « indépendamment de tout processus de mesure particulier ». Relevons tout de même que Bohr et Heisenberg n’ont pas eu dès l’abord la conviction que le principe en découle « indépendamment etc. », puisqu’ils ont examiné de nombreux dispositifs de mesure (citation pp. 55-6). Il faut donc supposer que ne leur était pas de prime abord évident le fait que le principe d’incertitude s’obtient indépendamment de tout dispositif de mesure, autrement ils n’auraient pas tenté de répondre à cette objection (la même que j’ai formulée en lxiii), qu’ils aient anticipé cette objection ou qu’elle leur ait été présentée par d’autres, au moyen de l’examen de dispositifs de mesure alternatifs, examen qui ne pouvait jamais écarter un « déterminisme caché », c’est-à-dire ne pouvait pas « prouver d’une manière générale l’impossibilité de mesurer l’état mécanique d’un corpuscule ou d’un système de corpuscules ». S’ils l’ont pratiqué, c’est qu’ils n’étaient pas d’emblée convaincus que cet examen ne pourrait en aucun cas contredire le principe d’incertitude.

Or, même en concédant l’essentiel à ce passage, donc en répudiant notre citation en exergue de ce chapitre, nous allons voir que ce passage ne permet pas de conclure à l’indétermination dans les phénomènes.

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ii

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Si un corps impacté par une propagation quelconque produit des interférences ou des diffractions, ce qui se propage est une onde. Si ce qui se propage est un ensemble de corpuscules ou particules, le corps impacté subit un choc et se met lui-même en mouvement. L’expérience semble montrer que la lumière est à la fois ondulatoire et corpusculaire.

L’incertitude de Heisenberg est liée au fait qu’un corpuscule que nous observons est heurté, donc déplacé, par le photon de lumière qui nous permet de l’observer (le corpuscule subit un choc car la lumière possède un aspect corpusculaire) – l’observer au microscope, dans le cas du microscope, mais le principe vaut pour tous procédés de mesure en vertu des considérations citées.

Or, même en tenant compte des citations précédentes, l’indétermination est dans la mesure et non dans les choses. On ne peut en effet tirer aucune conclusion quant à la détermination ou non des phénomènes à partir de fonctions d’ondes qui sont « seulement des intermédiaires de calcul » (62), alors que c’est bien ce qu’on prétend faire par le raisonnement « objectif » concluant à un indéterminisme qui serait « de droit » dès lors qu’il découlerait du principe des interférences et du principe de décomposition spectrale des fonctions d’onde de la mécanique ondulatoire. D’un simple instrument de calcul on ne peut tirer aucune conclusion quant aux phénomènes mais seulement quant à notre faculté de calcul : la notion d’indétermination reste donc subjective dans tous les cas (subjective universelle, c’est-à-dire liée à notre subjectivité formelle), elle n’est pas objective, elle n’est pas dans les phénomènes. Un indéterminisme objectif ne peut d’ailleurs nullement être pensé, car la pensée est assujettie à la loi de causalité qui détermine la condition de possibilité de notre expérience et par laquelle, dans les phénomènes de notre expérience, tout effet a une cause.

La présence de i (imaginaire) dans les fonctions d’onde de la mécanique ondulatoire fait qu’elles ne traduisent en aucune façon les vibrations d’un milieu : « ce sont seulement des intermédiaires de calcul : elles servent à calculer des probabilités » (62). Or toute fonction est un intermédiaire de calcul. Le fait qu’elles servent ici « seulement » d’intermédiaire introduit de l’arbitraire – surtout quand ce pur intermédiaire est apparu à partir de fonctions réelles (des fonctions d’ondes traduisant les vibrations d’un milieu), desquelles on abandonne au passage le caractère de traduction de phénomènes réels.

On a donc parlé pour les ondes de la mécanique ondulatoire d’« ondes de probabilités », mêlant allégrement l’objectal et l’abstrait. Mais une probabilité n’a pas de mouvement, au sens physique, dans l’espace et dans le temps.

Ces équations ont été développées pour permettre un accord satisfaisant avec les valeurs de l’expérience (raies spectrales, etc.), du moins une meilleure concordance que dans le cas de la première mécanique des quantas. Puisque nous avons des équations qui s’accordent avec les données de l’expérience, elles permettent des prédictions (ne fût-ce que des prédictions de probabilités ; on reste dans le processus d’induction classique, avec sa part d’incertitude – l’incertitude avant le principe d’incertitude : voyez ce que nous avons dit de la méthode inductive, notamment en lxviii). Elles jouent leur rôle de pouvoir technique mais en l’occurrence elles ne veulent rien dire – du moins dans les écrits des savants qui jusqu’à ce jour ont tenté de leur donner un sens.

« La mécanique ondulatoire apparaît comme un cas particulier de la théorie générale des prévisions. » (84) Elle n’a donc pas de sens physique en tant que telle : c’est un symbolisme commode pour tirer des prévisions à partir des données de l’expérience. La traduction de ce symbolisme en termes intuitifs peut se faire d’une infinité d’autres manières que celle adoptée (à savoir, l’infinité des termes intuitifs ne contredisant pas les résultats expérimentaux).

Que ces fonctions ne traduisent pas une vibration dément formellement le postulat du principe d’incertitude, puisque celui-ci repose censément sur la nécessité de tenir compte à la fois du caractère corpusculaire et ondulatoire de la lumière (« les relations d’incertitude proviennent de la nécessité de faire intervenir les deux aspects ondulatoire et corpusculaire de la lumière », p. 55), et qu’ici le caractère ondulatoire est une pure abstraction.

« La mécanique ondulatoire est née de l’idée d’associer des ondes aux corpuscules d’une façon analogue à l’association photons-ondes en optique. Mais quand la mécanique ondulatoire a pris sa forme définitive, on a constaté que ces ondes avaient un caractère beaucoup plus abstrait que les ondes de la physique classique : c’est ainsi que l’unité imaginaire i figure dans l’équation d’ondes et que dans le cas d’un système de plusieurs corpuscules l’onde ne se propage pas dans l’espace physique mais dans un espace abstrait, l’espace de configuration. » (75) L’espace de configuration (en mécanique classique) est un espace à 3n dimensions. C’est un simple artefact. Dans cet espace abstrait, on parle de point figuratif, ce qui permet de traiter un ensemble de corpuscules comme un corpuscule. Or l’emploi de cet espace sert également, selon Destouches, à ôter toute « signification physique » (70) à l’onde en mécanique ondulatoire.

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iii

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« Les théories physiques sont à diviser en deux classes : 1) Celles pour lesquelles toutes les grandeurs sont simultanément mesurables [théories objectivistes] ; 2) Celles pour lesquelles il existe des paires de grandeurs non simultanément mesurables (en droit) [théories subjectivistes]. On peut établir que pour les théories de la première classe, il existe une grandeur d’état, tandis que pour celles de la seconde classe il n’en existe pas. » (90) (« On appelle ‘grandeur d’état’ une grandeur telle que si sa valeur est connue, la valeur de toute grandeur s’en déduit, et ‘état’ à un instant la valeur d’une grandeur d’état à cet instant. » [55]) & « Une théorie à déterminisme caché est une théorie objectiviste. La mécanique statistique classique est un exemple de telle théorie. » (95)

Quand nous parlons de la réalité, nous parlons avant tout de notre subjectivité formelle (universelle). Une théorie physique « objectiviste » n’est donc pas plus objectiviste, fondamentalement, qu’une théorie « subjectiviste » ; car, strictement parlant, une théorie objectiviste nous donnerait à connaître le monde tel qu’il pourrait l’être en dehors de toute subjectivité. Or nous connaissons le monde via notre subjectivité formelle universelle, notre entendement.

L’indéterminisme « de droit » n’est pas non plus une indétermination objective dans les phénomènes, mais une conséquence nécessaire de la subjectivité formelle – tandis que le déterminisme caché serait une conséquence contingente. Le déterminisme est caché car nous n’avons pas en l’état les moyens de le mettre à jour, tandis que l’indéterminisme de droit révèle une impossibilité subjective nécessaire.

Mais, de surcroît, cette distinction, et la notion même d’indéterminisme de droit, reposent sur la double nature contradictoire, corpusculaire et ondulatoire, de la lumière et de la matière au niveau subatomique dans la conception actuelle, laquelle a vocation à être dépassée. Cette dualité paraît en effet non seulement contradictoire prima facie (nonobstant l’expérience et sa rationalisation par le concept de « complémentarité » : le corpusculaire et l’ondulatoire sont deux aspects complémentaires de la lumière et de la matière au niveau subatomique, rendant complémentaires deux aspects conçus dans un plan plus macro comme exclusifs l’un de l’autre) mais de surcroît bancale ; le corpusculaire serait en effet le seul aspect physique, l’ondulatoire n’étant, dans la mécanique ondulatoire qui postule cette dualité, qu’abstrait, heuristique. Donc, non seulement un indéterminisme de droit n’a aucune conséquence sur la détermination absolue du réel phénoménal (indiquant bien plutôt une limitation de l’entendement dans ce même réel), mais en outre il existe de bonnes raisons de penser que cet indéterminisme de droit repose sur une « singularité » devant être surmontée.

Une théorie est dite subjectiviste et indéterministe parce qu’un photon bouscule un corpuscule : cherchez l’erreur ! En réfléchissant à ce fait, on en vient à se dire que la différence est la même qu’entre un miroir et ce qu’il reflète : ce que nous montre le miroir serait indéterministe parce qu’il inverse la gauche et la droite… Le choc du photon est un pur phénomène physique, nos instruments de mesure fonctionnent sur la base des principes de la physique, et l’on ne peut changer de physique (de forme de l’entendement) en changeant d’échelle, en passant du niveau sensible au niveau atomique ou subatomique. Tout comme on corrige le reflet du miroir par une opération mentale, on doit pouvoir corriger la perturbation causée par la mesure au niveau atomique par des opérations mentales également : il faut parvenir à penser l’état sans le photon dont nous observons l’effet.

La distinction entre théories objectivistes et subjectivistes est peu pertinente car nos sens eux-mêmes sont en quelque façon un « appareil de mesure devant être mis en interaction avec les systèmes observés » (104). Ce que nous révèlent nos sens n’est pas « objectif », même s’il est posé comme tel par la physique (y compris la physique quantique, qui se consacre au subsensible). On peut certes parler d’objectivité dans le sens où le consensus peut se faire dans la subjectivité formelle universelle, mais en aucun cas dans le sens, seul adéquat, où il nous révèlerait la chose en soi, et cette impossibilité résulte précisément de ce que nos sens sont un moyen d’interaction. – Certes, nos sens n’envoient pas de photons bousculant les corpuscules. S’agirait-il donc d’une interface sans interaction ? Le cerveau est actif dans le traitement des sensations : il fait subir à celles-ci son action propre, donc il y a, indirectement, interaction : entre la donnée et le résultat. Ce pourquoi nous ne pouvons connaître la chose en soi.

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iv (annexe)

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Les sciences exactes ne permettent pas, globalement, de prédire l’avenir mieux que le paysan à son échelle (le temps qu’il fera), alors même qu’elles se fondent sur la connaissance de lois exactes universelles. Les sciences exactes ne sont ainsi bonnes qu’à produire une technique. Si la science pouvait décrire le monde, elle serait, puisqu’elle se fonde sur des lois, en mesure de prédire l’avenir ; le fait qu’elle ne puisse être prédictive indique qu’elle n’est pas non plus descriptive. Elle est purement et simplement prescriptive, par le biais d’une technique. Encore convient-il de faire remarquer que la technique ne se rattache pas nécessairement à la science, mais à n’importe quelle pratique (ou art) : un maître d’armes prescrit, en l’enseignant, la conduite à suivre au combat corps-à-corps. La science est un système prescriptif parmi d’autres.

Cours de philosophie 2

Après une introduction assez substantielle (Cours de philo), un cours de mise en jambe avant du plus lourd.

Ce cours, tiré de mon activité de blogueur, est composé de quelques réactions qui furent les miennes à la lecture de textes philosophiques de deux autres blogueurs.

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Tout d’abord, une réponse à un blog qui n’a pas daigné ou osé publier cette réponse et dont j’oublie le nom, réponse à une présentation de la pensée du philosophe Hans Vaihinger (1852-1933).

Je ne suis pas certain – et cela rend d’autant plus intriguant pour moi le fait que ses sources soient « principalement Kant et Schopenhauer » – que l’espèce d’utilité cognitive que dessine Vaihinger ait vraiment un sens. De prime abord, je crois retrouver des échos du « Tout est bon » qui caractérise l’anarchisme épistémologique de Feyerabend (c’est-à-dire que c’est la pensée de Feyerabend qui en serait l’écho, car plus tardive, bien que Feyerabend ne me paraisse pas citer Vaihinger dans son Contre la méthode).

Kant, de son côté, souligne certes l’utilité des sciences positives (empiriques), ce qui a néanmoins chez lui deux sens qu’il convient de distinguer.

Le premier, le plus connu, est que ce terme d’utilité vise à souligner a contrario les fruits d’une critique de la métaphysique dévoyée – toute la métaphysique traditionnelle –, en indiquant l’intérêt d’un usage empirique de la raison dans les sciences positives, à savoir que cet usage est utile.

Le second sens est que la science empirique est utile même si en soi la connaissance empirique est à jamais incomplète dans la synthèse continue des connaissances relatives à la nature. (À cet égard, l’expression de « connaissances cumulatives » est une feuille de vigne, une pudeur de l’entendement, car la réalité est simplement qu’il n’y a rien d’apodictique et donc rien d’autre qu’une roue de hamster intellective dans ce domaine de la pensée.) Kant ne valorise donc pas cet utile, et la remarque de Carnap selon laquelle Kant, penseur des sciences, n’a pas cherché grand-chose dans les sciences et la méthode scientifique elles-mêmes (à part une théorie des nébuleuses dont les savants lui font encore crédit), est très pertinente, plus même que Carnap ne s’en doutait.

L’utile, en dehors de domaines particuliers considérés, ne peut être défini que par le biologique et est donc en philosophie une notion complètement bogus. La science n’est même pas utile : les primitifs se reproduisent tout autant et même plus, donc leur état est caractérisé par une plus grande utilité que l’état civilisé. – Et la rhétorique kantienne de l’utilité de la science est palpablement un artifice, une ficelle dans le projet de Kant d’éloigner les esprits de l’étude de la métaphysique traditionnelle.

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Les autres textes qui suivent, en anglais, sont tirés d’échanges avec la blogueuse maylynno (Lien vers son blog), professeur de philosophie et poétesse libanaise (qui blogue en anglais). Les citations sans indications d’auteur sont de maylynno.

Perhaps it’s secondary to the content, the length and the style in philosophical writings is still a dilemma. What are the reasons behind this issue and is there a mold to respect?

From Alain’s extremely short and concise Propos to Kant’s ponderous yet not verbose in the least bit Critique of Pure Reason, all formats may indeed do in philosophy.

Yet there’s a domain where long-windedness seems to be the rule, and a detrimental (but inevitable?) one:

‘’Dijksterhuis and van Knippenberg (2000) demonstrated behavioral effects of activation of the stereotype of politicians. In pilot testing, they had established that politicians are associated with longwindedness. People generally think that politicians talk a lot without saying much. In an experiment, Dijksterhuis and van Knippenberg activated the stereotype of politicians with the use of a scrambled sentence procedure for half of their participants. Subsequently, participants were asked to write an essay in which they argued against the French nuclear testing program in the Pacific (this experiment was carried out in 1996). As expected, participants primed with politician-related stimuli wrote essays that were considerably longer than did control participants.’’ (Dijksterhuis, Chartrand & Aarts, in Social Psychology and the Unconscious, 2007, John A. Bargh ed.)

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Whether global warming needs urgent and immediate actions, it is high time we let go of the past in order to face the future. What past are we talking about? Traditions and religions.

Let’s call tradition your ‘’traditions and religions.’’ Your programmatic call has already been taken up: By science – the very hard science that is burning our planet Earth to ashes. Science has assumed a dogmatic guise wholly uncongenial to its very essence; scientism is in truth the hopeless and embittered realization that the relativity of empirical knowledge (in the continuous synthesis of empirism) cannot fulfill the metaphysical functions of tradition.

In Heideggerian terms, science is not even so much relativism as outright nihilism. In that view, tradition would have to be re-understood, which means two things. First, tradition must be re-understood over the nihilism of hard science that has colonized modern Man. Second, to re-understand tradition means to understand its dialectics, which is to say that the actual tradition of our traditional past and present is not tradition yet.

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One might consider that thoughts or « a thought » is not a philosophical object to begin with, but a sociological one, what German psychologist Karl Marbe called a ,,Fremdeinstellung,’’ or borrowed attitude/disposition (ingrained, customary or transitive, through suggestion, priming, education, hypnosis and what not): More often than not a thought we call ours (‘’My thought is…’’) is a replicate of a thought from amidst the group we live in. These are thoughts in the sociological sense; philosophy being, in this context, meta-cognition, the way one deals with one’s sociological thoughts – which, as Heidegger stressed, is bound to remain impractical in every sense of the word.

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That there be any individual benefits in reading philosophy is a moot point, and my conclusion is that this is why it should be made compulsory reading at one stage or other of one’s schooling.

The most obvious answer to the question about what the benefits of reading philosophy are, is, following Heidegger, that there are none for the individual: He or she will be no worse a cog in the machine if he or she completely lacks philosophical culture (or even, plain and simple, culture, as philosophy is part of culture). Yet when one gets acquainted with culture and philosophy, one needs it as one needs oxygen. There are no benefits but only one more need, and this is the need to be a human in the full sense of the word. Were it not compulsory during one’s education to read philosophy and work on these readings, in most cases one would not wish to get acquainted with it, precisely because the benefits of it are immaterial on the monetary market that we tend to see as “our future” in this life. Even when compulsory at some point, philosophy is discarded by many when the subject is no longer required for grades (and for getting in the marketplace). One underlying reason may be that, as the Hungarian economist Tibor Scitovsky once put it, “Culture is the occupation of the leisure class.” Where one’s vocation is to be a cog in the machine, philosophy has no place.

That the activity of thinking should make some people roll their eyes is no surprise, as it comes as no surprise either that sometimes feathers fly when a wealthy bank manager hears his son telling him he wants a degree in philosophy or in other “humanities.”

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‘‘I think philosophy should be marketed in order to be read/learned. Philosophers never really market themselves because they are above this and I agree with them. However the world today functions with marketing. While some silly stuff are followed by millions, I don’t see why we should not market philosophy and make it (look) accessible.’’

It happens already – philosophy is marketed – and I’ll tell you how this is done, from what I see. There is that wealthy banker or industrialist; his son had his own way and studied philosophy instead of the business of trading bonds and securities. This son of his, not too brilliant as a matter of fact, has got his degree in philosophy anyway. What is he going to do now? His daddy picks up the phone, calls the manager of the weekly newspaper that his bank or holding owns, and tells him or her: “I want a column for my son in your paper.” Aussitôt dit, aussitôt fait! A new “influencer” is born, an abortive mind of rabidly conservative tendencies.

People who ask what the point of studying philosophy is, deserve no reply, or the reply of one’s shoulders shrugging. Among the very few things I find good in my country is that philosophy is (well, not sure that I shouldn’t have to say ‘’was’’ in fact, this is something I must check) compulsory for all students at least a couple of years till the baccalauréat.

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Xennials

Thank you for introducing this new object, Xennials, to my noetic sphere.

Albeit I am no buyer generally speaking of such overgeneralizations, I tend to see a statement like “Xennials are described as having had an analog childhood and a digital adulthood” as relevant, being under deep influences from the side of Marshall and Eric McLuhan (media ecology). Yet, although I understand that a characteristic such as multitasking skills may be logically inferred from statements about technological environments, I fail to see the link with “ambition,” or the alleged “unbridled optimism” of Millenials, an optimism I do not observe (especially since dispositions acquired during childhood are always subject to adjustments to current situations and in many countries such dispositions are bound to be blasted by events such as skyrocketing levels of poverty).

As to the present technological environment, my own view is that today’s kids are growing up along a virtual reality at the stage of the ”uncanny valley” (Masahiro Mori), that is, too realistic to be taken as the pixelated fairy tale it used to be when I was a kid (bordering with Xennials on the older side) and yet not realistic enough to be interchangeable with non-virtual reality. This uncaniness of computer-generated imagery (CGI), Actroids, etc, may be warping their tender minds, perhaps creating in the long run a deep-seated hatred toward all things virtual, and a willingness, so to speak from the cradle, to develop Blade-Runner tests for the ultimate sparks of uncaniness in the insurpassable Androids of the future, while, on the other hand, all animal life will have disappeared in repeated mass fires, animal life in the mirror of which human minds find a neverending spring of emotional upheavals. When nature won’t be surrounding us anymore but we will be surrounding nature, owning it like a fish tank in a living room furniture, we will have lost, as Kant would say, our sense of the sublime, all generations alike from that time on to the end of times. Paradoxically, when there is no nature (natura naturata) any longer but a ‘’fish tank’’ zoo, Man is bound to lose all sight of his supernatural vocation.

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Aesthetics 1

Colors are the antidote to a modern world of greyness. This especially has been, after years of classicism militancy in the fine arts, what led me to modify my appreciation of contemporary art, namely its colourness as antidote (as well as its abstractness as antidote to perceptual overload).

As often, though, Kant’s philosophy serves as a mitigating factor here again, as he describes the value of fine arts as being in the drawing, colours being the lure (inferior). Quoth:

“En peinture, dans la sculpture, et d’une façon générale dans tous les arts plastiques … c’est le dessin qui est l’essentiel : en lui, ce n’est pas ce qui fait plaisir dans la sensation, mais seulement ce qui plaît par sa forme, qui est au principe de tout ce qui s’adresse au goût. Les couleurs, qui éclairent le dessin, font partie des attraits : elles peuvent certes rendre l’objet lui-même plus vivant pour la sensation, mais non pas beau et digne d’être contemplé.” (Critique de la faculté de juger)

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Aesthetics 2

I used to worship Beauty. I was young.

Now whenever she shows up I am hurt.

Beauty makes me feel sad for the life I’m living.

Beauty, what have I done to you that I can’t look at you in the eyes?

It is a betrayal of Beauty when one feels called to it and yet withholds the offering, as with time passing by one looks ever more deeply into the inescapable. Sometimes, then, when a grown-up man hears a song, a simple song from a simple heart, he is deeply shaken, as he remembers the days when a song was all he needed and yet he turned his back to the song, letting the song pass by that was the meaning of his life. What’s worth the song, he asks to himself. He looks around and comes to the conclusion: None of this. Beauty blinds him again. Always.

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All in all, I don’t think this Covid-19 pandemic will change anything in depth, that is, we will not stand corrected. We’ll find a vax and then conclude that quarantines aren’t needed anymore, even though vaccination campaigns won’t prevent relatively high rates of yearly deaths in case the coronavirus becomes recurrent like the flu. The flu is killing between 300.000 and 650.000 people every year (10.000 in a country like France where the vax is available for free); did governements impose quarantines each year, the death toll of the flu would be far less (say 200 in France), but the economy would stand still. So the choice is made (although no one were asked their opinion about it) to sacrifice human lives each year so the economy can go on. We’ll simply add the death toll of Covid-19 to the figure (in case it too becomes periodic) and will have business as usual.

People who will have experienced hunger and participated in food riots, like in Lebanon and South Italy, and in lootings in the US, certainly are not likely to forget these days soon. But – perhaps because, as some social scientists would argue, I have an alienated personality – I don’t think the future will be shaped by the people themselves, unless a revolution occurs, as business interests are always in the mood of keeping things like they are. Of course even business interests will have to make some adjustments, for instance in the way they brace for such so-called black swan events like Covid-19 in the future (black swan event theory is a brainchild of Lebanese-American economist Nassim Taleb), or in the short run to the hyperinflation that some see coming, and if things go awry, then it means collapse, and then again, revolution.

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1 Philosophy and Psychology
2 ,,Universätsphilosophie’’ and Philosophy

1/ The main difference between philosophy and psychology is that psychology being a positive science it is empirical throughout, whereas there is no such thing as a philosophy empirical throughout.

2/ “Philosophy is the study of the fundamental nature of knowledge, reality, and existence, especially when considered as an academic discipline.

True as far as the first part of the sentence is concerned, extremely dubious as to the rest.

As a matter of fact, the expression ,,Universitätsphilosophie’’ (university philosophy) reminds us that there is no congenial bond between the two. True enough, as early as the Antiquity philosophers taught at so-called Schools: Plato’s Academia, Aristotle’s Lyceum, the Stoics’ Portico… Yet at the same time, since Socrates they criticized the Sophists’ practice of having their teachings financially compensated. Which, I assume, means that a philosopher in, say, the Academia would not be paid. University professors being paid, they are the Sophists of our days. And the other distinction made by Schopenhauer, which overlaps the former, between those who live for philosophy and those who live of philosophy, stands. As was to be expected from these facts, Schopenhauer is hardly considered a philosopher by university “philosophers.” – All this bears no relation to anyone’s own personal situation, and I believe my readers are above taking my views as being personal regarding their situation. Kant was a professor too. (Schopenhauer explains that Kant could be a professor and a philosopher at the same time due to the ruling of an enlightened monarch in Prussia; and by this he was not meaning that in a democracy, then, university teachings would be free by mere virtue of a democratic Constitution.)

1 – I  may agree that psychology is not quite on par with physics, but this is only on a superficial level, given, at the core, the incompleteness of all empirical knowledge, its incrementality. As empirical sciences, both physics and psychology suffer from the same defect of being incremental knowledge providing at best an ,,analogon” of certainty.

Predictions based on exact sciences are in fact much more limited than usually acknowledged. True, when you start your car, you know it will go at your command, and this is due to scientific predictions upon which the apparatus is built up. Yet this is all we can do with exact science: to make technique out of it, that is, to harness forces in a predictable way — until the prediction is contradicted (by black swan events). It happens from time to time that a powder magazine explodes for no apparent reason, because of the particles’ Brownian movement which cannot be detected at the present stage of our technique; so these explosions are unpredictable, yet we are closing our eyes on the danger on which we stand. In the future we will find a way to predict these movements, but then still other events will escape our knowledge, ad infinitum, so progress amounts to nothing, it is only a change in conditions, not a progress in the true sense of the word, and that is true of the whole empirical field.

In this context, psychology is no different, and only ethical considerations have (allegedly) prevented us so far from designing apparata to predict and control human behavior based on the empirical knowledge of our psyche. Such apparata would, I believe, work as satisfactorily as a car does (only, we would have to deal with casualties there too, as we are dealing with road traffic casualties).

2 – When universities and schools are not free from all influences, philosophy professors are sophists because not only they hold a remunerated tenure but also they make believe philosophy is what the government, the authorities, the “Prince,” or any other interest-holding influencer, says it is.

If we look at the history of relationships between university and philosophy beyond the controversy involving Greek philosophers and sophists, we see that universities were created in the middle ages and that the philosophy taught in these institutions then was scholasticism, as the ‘‘ancilla’’ (maid-servant) of theology. Modern philosophy developed against Scholastics (Hobbes et al) and from outside the university. As far as modern philosophy is concerned, the connexion with university is therefore not foundational, but a late evolution, the turning point of which is Hegelianism. Yet the relationship remains shaky at best. To take only a couple of examples, Nietzsche left university at an early stage in his professoral life as an uncongenial environment, and Sartre, although his curriculum was the via regia to holding a tenure, chose quite another path (namely, a literary career and journalism), leaving no doubt,  in a couple of his novels, as to the paramount existential importance of this choice. Conversely, Heidegger made a brave attempt at justifying the position of tenured professor for a philosopher, namely, that “To teach is the best way to learn.” And I already talked about Kant. Kant and, in a lesser measure, Heidegger are the reason why I see the two distinctions, that is, between ,,Universitätsphilosophie’’ and philosophy, and between those who live of philosophy and those who live for philosophy, as overlapping greatly but not quite perfectly.

Thank you for your attention.