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Dans le dictionnaire thaï du révérend père Pallegoix (1854)

Indra et Erawan,
Wat Devaraj Kunchon à Bangkok.

Le père Jean-Baptiste Pallegoix (1805-1862) était un prêtre catholique français formé au séminaire de la Société des missions étrangères. Il exerça l’essentiel de son sacerdoce en Thaïlande, alors connue sous le nom de royaume de Siam, dont il fut le vicaire apostolique. Il joua un rôle important dans les relations franco-siamoises : c’est, par exemple, sous son impulsion que Napoléon III établit une ambassade au Siam en 1856. À sa mort dans le pays où il servait, le roi Rama IV lui fit rendre un hommage national.

Il est l’auteur d’un dictionnaire de la langue thaïe, le Dictionarium linguæ thai sive siamensis, interpretatione latina, gallica et anglica (Dictionnaire de la langue thaïe ou siamoise, avec définitions en latin, français et anglais) publié à Paris en 1854.

Le présent lexique, servant de complément à notre glossaire sur « L’occulte thaï » ici, présente des entrées du dictionnaire intéressantes au point de vue de la religion et de la culture en Thaïlande, avec leurs définitions latines et françaises par le père Pallegoix. Nous reproduisons le contenu du dictionnaire avec quelques commentaires de notre plume entre [ ]. Nous complèterons nos observations par la suite, dans la partie des « Commentaires » à ce billet, comme pour notre glossaire de l’occulte.

Quelques remarques introductives. (A) Nous ne suivons pas la transcription du père Pallegoix des termes thaïs en alphabet latin. Nous continuons de rendre les termes thaïs dans la transcription employée dans notre glossaire, transcription qui nous est propre et personnelle, et qui nous paraît le plus phonétique possible du point de vue d’un lecteur francophone, abstraction faite des tons de la langue thaïe qui ne sont tout simplement pas rendus, pas plus qu’ils ne le sont dans les transcriptions courantes. (Voyez à ce sujet l’introduction au précédent glossaire). Ce choix de simplification ne rend pas la diversité phonétique de la langue thaïe, mais, pour un lecteur qui ne connaît pas cette langue, les bp, les dt, les th, les ph (ceci est un « p » tandis que pour nous « ph » se prononce f), les kh, les « orn » (qui se prononcent en réalité « onn »), les « arn » (qui se prononcent « ann ») etc. des transcriptions habituelles, d’origine anglo-saxonne et qui visent à distinguer dans la langue de destination diverses consonnes d’origine, sont d’une médiocre utilité pour se faire une idée de la prononciation desdites voyelles et consonnes. Dans notre transcription, les consonnes redoublées sont nombreuses car c’est le moyen le plus simple que nous ayons à disposition en français pour (1) changer un phonème nasalisé en phonème dénasalisé (« an » est nasalisé en français : « ann » indique un phonème non nasalisé) et (2) indiquer que la console finale se prononce (dans le mot « chat », en français, le t final est muet, mais en lisant un mot tel que « chatt » on comprend qu’il convient de prononcer un t final). Pour ce qui est, enfin, de la coupure ou non des mots, par un trait d’union, elle n’est pas une indication linguistique rigoureuse de mots composés, c’est dans bien des cas le résultat de notre appréciation subjective de la physionomie du terme tel que retranscrit ; pour un lecteur non familier de la langue thaïe, c’est de peu d’importance. Les termes apparaissent dans l’ordre alphabétique tel qu’il résulte de notre transcription. Certains termes sont regroupés en raison de leur liaison thématique.

(B) L’orthographe thaïe à l’époque du père Pallegoix n’était pas encore bien standardisée. La réforme radicale de 1942, qui supprimait notamment de multiples consonnes historiques, a certes été abandonnée en 1944 dans ses grandes lignes, mais un travail plus lent et plus durable de standardisation s’est produit sur le temps long. Pour ce qui nous intéresse ici particulièrement, il faut souligner que certains termes relatifs au bouddhisme sont une transcription vernaculaire depuis le pali des textes sacrés. Cette transcription linguistique a sa propre histoire. À l’époque de Pallegoix, qui travaillait beaucoup avec des moines bouddhistes, les mots palis étaient transcrits en thaï avec une abondance de voyelles écrites, que l’usage et la standardisation ont plus ou moins réduite (un peu comme en arabe où certaines voyelles ne sont le plus souvent pas écrites, sauf dans certains textes). Comme nous donnons l’orthographe thaïe de Pallegoix, il convient de faire remarquer que certains termes ci-dessous n’existent plus sous cette forme aujourd’hui. Par exemple, une appellation du Nirvana en pali est agata ou akata (selon les transcriptions, la lettre en question étant un k « doux »), qui signifie « l’incréé » en pali : Pallegoix le transcrit / อะกะตะ / avec toutes les voyelles. Or, en thaï vernaculaire, ce terme se trouve aujourd’hui sous la forme / อกตะ /, voire / อกต /, avec économie de voyelles écrites, parmi d’autres appellations possibles du Nirvana, telles que assangkata / อสังขตะ /, « l’inconditionné », et amata / อมตะ /, « l’immortel », elles-mêmes transcriptions du pali avec économie de voyelles vernaculaires.

De même, Pallegoix marque les mots composés en séparant leurs composants par un blanc, par exemple baï-si : / ใบ ศรี /. Ceci est pédagogique (la structure de la composition est ainsi indiquée) et ne reflète pas l’orthographe usuelle, qui supprime les blancs, y compris entre les mots d’une même phrase, où l’espace ou blanc sert de ponctuation.

(C) L’emploi fréquent par le père Pallegoix des termes « superstition », « superstitieux », s’agissant des croyances et pratiques religieuses en Thaïlande, ne doit pas étonner de la part d’un prêtre catholique missionnaire. Il convient du reste de remarquer qu’un moine bouddhiste thaïlandais emploierait sans doute lui-même ces termes devant certaines croyances et pratiques non canoniques. Le grand conseil du Sangha bouddhiste thaïlandais a d’ailleurs publié en début d’année 2026 une directive appelant la communauté bouddhiste nationale à se purger de certaines pratiques, notamment relatives aux amulettes, expressément qualifiées de « superstitieuses », répandues dans le pays.

Cela ne concerne pas, il convient de le souligner, les emprunts anciens aux légendes d’origine indienne, par exemple au Ramayana (sous la forme nationale du Ramakien) et qui jouent un rôle dans le bouddhisme thaïlandais. La mythologie hindouiste du temps de la vie du Bouddha Gautama est intégrée dans le bouddhisme theravada : ces mondes mythiques sont inclus dans le vaste domaine du samsara, leurs habitants vivent et meurent à leur manière, et les habitants de chacun de ces mondes se réincarnent dans les uns ou les autres mondes en fonction de leurs mérites et de leurs péchés.

(D) Le terme « talapoin », en latin talapuinus, désigne spécifiquement un bonze siamois ou birman dans la littérature française. Le terme vient du portugais talapão, formé à partir du birman. (Les Portugais sont les premiers Européens à avoir fréquenté cette partie du monde et en avoir rendu compte.) Enfin, le terme « mandarin », en latin mandarinus, ne fait pas référence aux lettrés chinois ; le père Pallegoix se sert de ce terme, lui aussi d’origine portugaise (mandarim), pour désigner les hauts fonctionnaires, qui formaient une noblesse de service (la noblesse au sens européen n’existait pas en Asie).

*

A

Abaï / อะบาย, อาบาย / Tormenta inferorum, infortunium. / Les tourments des enfers, infortune. => Abaïpoum / อาบายภูม / Varii loci inferorum. / Les différents lieux des enfers. => Tjatourabaï / จตุราบาย / Quatuor gradus inferorum. / Les quatre degrés des enfers.

[Il s’agit, pour abaïpoum comme pour tjatourabaï, des quatre destinations de tourment, dont les enfers sont à proprement parler la première. La seconde est le monde des prétt, le troisième celui des assoura, la quatrième est le monde des animaux. Voyez notre glossaire de l’occulte thaï, dont le lien se trouve dans l’introduction, à Abaïpoum.]

Aboutsabok / อบุศะบก / Thronus regius; umbrella fimbriata pro idolis aut pro rege. / Trône royal ; parasol à franges pour les idoles ou pour le roi.

[Le thaï contemporain ne semble connaître que la forme boutsabok / บุศบก /.]

Agappiyang / อกับปียัง / Quod est inconveniens statui religioso, id est bonziis. / Ce qui est inconvenant à l’état religieux, c’est-à-dire aux bonzes.

Agata / อะกะตะ / Niphan, ubi jam non est renascendum. / Niphan, où l’on ne doit plus renaître.

[Voyez (B) dans notre introduction.]

Aï-teu / ไอ้ ตื้ (? doute sur la voyelle, longue ou courte, de teu) / Ignes missiles cum grandi strepitu erumpentes ex arundinibus. / Feux d’artifice sortant avec grand bruit des bambous.

Aïyara / ไอยะรา / Aïyarét / ไอยะเรศ / Elephas eximii generis, elephas nobilis. / Éléphant de bonne race, éléphant noble. => Aïyarawan / ไอยะราวัณ / Elephas mirabilis Phra:In, seu dei Indræ. / Éléphant admirable de Phra:In, ou du dieu Indra. = Erawan / เอราวัณ / Erawanno / เอราวัณโณ /

Akarèt / อัคะ เรศ / Prima ex concubinis regiis; mulier præstans aliis. / La première des concubines du roi ; femme supérieure aux autres. = Ekanong / เอกะนงศ / (dans le 1e sens)

Akatéwa / อัคะ เทวา / Archangelus, angelus præstans. / Archange, ange supérieur.

Akki-nakaratt / อักคี นาคราธ / Serpens vomens ignes; rex Nakharum. / Serpent vomissant des flammes ; le roi des Nagas. => Assoukri / อสุกรี / Nagæ, fabulosi serpentes qui certis temporibus dicuntur assumere formam humanam. / Nagas, serpents fabuleux que l’on dit prendre à certains temps la forme humaine. Wassoukri / วาศุกรี / Tao-wassoukri / ท้าว วาศุกรี / Paya-soukri / พญา สุกรี / Rex Nagharum. / Roi des Naghas. => Poutchong / ภุชงค์ / Rex regionis subterraneæ, rex serpentum. / Roi de la contrée souterraine, roi des serpents.

[Les rois des Nagas sont au nombre de neuf. Paya Pouchong Nakaratt / พญาภุชงค์นาคราช /, ici nommé, est le troisième. Le plus souvent représenté avec sept têtes, parfois neuf, il a le corps de couleur gris argenté, sa poitrine et ses têtes étant rouges. C’est le Naga du dieu Shiva. Le premier de ces rois est Paya Anannta Nakaratt / พญาอนันตนาคราช /, blanc à mille têtes dorées, Naga du dieu Vichnou, et le deuxième est Paya Moutjalinn Nakaratt / พญามุจลินท์นาคราช /, doré à sept têtes, ou parfois gris argenté à têtes dorées, protecteur du Bouddha Gautama. Pour quelques détails sur les Nagas, voyez notre glossaire et les commentaires.

Nous parlons, à l’entrée Kouwéwouratt ci-dessous, d’un dieu Tao-Wiroupak qui règne sur les nagas. Ce dernier est dit régner sur les nagas célestes, tandis que Paya Ananta, ici, règne sur les nagas souterrains. Car il existe des nagas divins et des nagas semi-divins. Dans certaines versions, Paya Ananta est le gendre de Tao-Wiroupak.]

Akom / อาคม / Formulæ superstitiosæ, magicæ; formulæ repetitæ e libris sacris. / Formules superstitieuses, magiques ; formules tirées des livres sacrés.

Alak-tjann / อาลักษณ จาน / Qui scribit stylo ferreo supra folia palmarum. / Celui qui écrit sur des feuilles de palmier avec un stylet de fer.

Alampaï / อลำไภ / Magus celebris incantans serpentes. / Magicien célèbre qui enchantait les serpents.

Alawok / อาละวก / Nomen gigantis celebris. / Nom d’un géant célèbre.

[Un soutra bouddhiste porte son nom, le soutra d’Alavaka (forme sanskrite du nom thaï vernaculaire) : en thaï alawokka-soutt / อาฬวกสูตร /. Dans ce soutra, le Bouddha convertit le géant.]

Alatchi / อาลัดชี / Bonzius procax, protervus, non servans regulas. / Bonze effronté, impudent, n’observant pas les règles.

Amarapoura / อะมะระปุระ / Amarawadi / อะมะระวะดี / Civitas dei Indræ, in cacumine montis Meru. / La ville du dieu Indra, sur le sommet du mont Méru.

[Aujourd’hui, par économie de voyelles écrites (voyez notre introduction), / อมรปุระ /, la « cité immortelle ».]

Ammara / อำมรา / Rex angelorum nomine Phra:In. / Le roi des anges nommé Phra:In.

Ampawaï / อำพะวาย / Species ludi superstitiosi super libratilem funem. / Espèce de jeu superstitieux sur une corde qu’on balance.

Anima / อะนิมะ / Superhumanæ facultates; angelus. / Facultés au-dessus de l’homme ; ange.

Antéwassik / อันเตวาสิก / Ministri talapuinorum qui serviunt intùs. / Ministres des talapoins qui les servent dans les temples.

[Au temps de Pallegoix, ainsi qu’il le raconte dans sa Description du royaume de Siam, de 1854, les grandes pagodes royales comptaient « quatre ou cinq cents talapoins avec un millier d’enfants [novices] pour les servir ». Il y en avait onze dans l’enceinte de Bangkok et une vingtaine en dehors.]

Apsonn / อับษร / Angela, nympha cœlestis. / Ange femelle, nymphe céleste.

[Ce sont les apsaras, dont l’origine est dans la mythologie hindouiste.]

Assom / อาศรม / Assombott / อาศรม บท / Cellula heremitæ in sylvis. / Cellule d’ermite dans les forêts.

[Écrit a-s-r-m : c’est l’ashram sanskrit.]

Assadoratitsaka / อัษฎรทิศคะ / Elephantes stantes ad octo ventos. / Les éléphants se tenant aux huit vents.

[Les « huit vents » sont les quatre directions cardinales, nord, sud, est, ouest, et leurs diagonales, chacun des points de cet octogone étant protégé par un éléphant auspicieux, dont Erawann (cf. supra) est le plus connu. Voici les noms de ces huit proboscidiens sacrés : Erawann à l’est, Bountarik / บุณฑริก / au sud-est, Prahomlohitt / พราหมณ์โลหิต / au sud, Kramoutt / กระมุท / au sud-ouest, Anyatchann / อัญชัน / à l’ouest, Boutsapatann / บุษปทันต์ / au nord-ouest, Saowapom / เสาวโภม /au nord, et Soupraditt / สุประดิษฐ์ / au nord-est. Les éléphantes compagnes de chacun d’eux sont également connues sous leur propre nom.]

Assadi-leung / อัศะดี ลึงค / Volucris carnivora; vultur monstruosus quem dicunt habere proboscidem sicut elephas. / Oiseau carnassier ; vautour monstrueux qui, à ce que l’on dit, a une trompe comme l’éléphant. = Hatsadileung

Atalatt / อัตะหลัด / Pannus rubens aureis floribus distinctus. / Étoffe rouge enrichie de fleurs d’or.

Atana / อะตะนา / Nomen dæmonum. / Nom des démons. => Ying atana / ยิง อะตะนา / Explodere tormenta contra dæmones, ad finem mensis quarti. / Tirer des coups de canon contre les démons, à la fin du quatrième mois.

Atjelok / อาเจลก / Bonzii nudi, non utentes vestibus, secta maledicta. / Bonzes nus, ne se servant pas d’habits, secte maudite.

Attjutang / อัจจุตัง / Immortalitas; Niphan, species cœli ubi non est ampliùs animarum transmigratio; nomen Vishnou. / Immortalité ; Niphan, espèce de ciel où la transmigration des âmes n’a plus lieu ; nom de Vishnou.

Attann / อัดถัน / Columnæ lapidæ, termini civitatis; res superstitiosæ sepultæ ad limites pagi vel civitatis, ad arcenda mala. (Aliquando trucidant et sepeliunt hominem ad hoc.) / Colonnes de pierre, bornes de la ville ; choses superstitieuses enterrées aux limites d’un village ou d’une ville pour éloigner les maux. (Quelquefois, pour cela, on tue et on enterre un homme.)

Awatann / อะวะตาน / Vichnu, deus Indorum quadrimanus. / Vichnu, dieu des Indiens, qui a quatre mains.

B

Baï-si / ใบ ศรี / Ornamenta superstitiosa ex foliis bananæ, continentis oblationes pro geniis. / Ornements superstitieux de feuilles de bananier, contenant des offrandes pour les génies.

Balaïkann / บไล กัลป์ / Destructio periodica mundi. / Destruction périodique du monde. => Faï-pralaïkann / ไฟ ประไลย กัลป์ / Faï-pralaïlok / ไฟ ประไลย โลก / Ignis ultimi excidii orbis. / Feu de la dernière destruction du monde.

[Le kann / กัลป์ / en question (k-l-p) est le kalpa ou cycle cosmique en sanskrit. Le feu destructeur d’un kalpa apparaît spontanément par la force du karma collectif des êtres, et le ravage qu’il provoque introduit la « phase vide » entre deux cycles, le nouveau monde se recréant par l’action de la « grande nuée » (voyez l’entrée Mahamék).]

Bana-sala / บัณะ สาลา / Domus foliis tecta, aperta viatoribus in sylvis apud heremitas. / Maison couverte de feuilles, ouverte aux voyageurs dans les forêts par les ermites.

Barohitt / บะโรหิต / Augur, divinator, magus. / Augure, devin, magicien. => Barohit-atjann / บะโรหิต อาจารย์ / Magius regius, magister inter magos. / Mage du roi, maître entre les mages. => Hora / โหรา / Magi regii. / Mages du roi [astrologues].

Bataboritja-rika / บาทะบริจาริกา / Uxor genibus nixa marito serviens. / Épouse servant son mari à genoux.

Bawa / บาหวา / Folium ex auro vel argento velans pudenda puellarum. / Feuille d’or ou d’argent couvrant les parties honteuses des jeunes filles. = Tjaping

Béntja / เบญ จา / Umbella decorata et gradata quâ in cæremoniis utuntur. / Parasol orné et à étages pour les cérémonies. => Bengyarong / เบงญะ รง / Chattbengya / ฉัตร เบงญะ / Multicolor; umbella quinque gradibus. / De plusieurs couleurs ; parasol à cinq étages. => Ekatchatt / เอกะฉัตร / Umbella regia. / Parasol du roi. => Kampouchatt / กำภูฉัตร / Umbella regia septem gradibus fimbriatis. / Parasol du roi à sept étages avec franges. => Krott / กรธ / Umbella talapuinorum. / Parasol des talapoins.

Bennapatt / เบณณะพาษ / Gradus ad ascendendum supra elephantem regium. / Estrade pour monter sur l’éléphant du roi.

Boriwatsakam / บอริวาสกรรม / De talapuinis qui versantur per agros ad expianda peccata. / Des talapoins qui demeurent dans les campagnes pour expier leurs fautes.

Boromakott / บรมโกด / Urna aurea in quâ asservantur reliquiæ regis defuncti; ipse rex defunctus. / Urne d’or dans laquelle on conserve les restes du roi défunt ; le roi défunt lui-même

Borott trok / บอรอด ตรอก / = Borott krok / / Desiccare cadaver per hydrargyrum antequam comburatur. / Dessécher un cadavre avec le vif-argent avant de le brûler.

Boua-ging / บัว กิ่ง / Flores nymphææ quos manu tenent in cæremoniis. / Fleurs de nymphéa qu’on tient à la main dans les cérémonies.

Bounya-pak / บุญะ ภาค / Portio meriti quod Siamenses sibi invicem largiuntur. / Portion de mérite que les Siamois se donnent mutuellement.

Boworayann / บวระ ญาณ / Scientia excellens et perfecta omnium rerum. / Science excellente et parfaite de toutes choses.

C

Chang-boutt / ช้าง บุด / Elephas caudâ longiore. / Éléphant à longue queue.

Chang-pra-tinang / ช้าง พระ ธินั่ง / Elephas cui rex insidet. / Éléphant que monte le roi. => Katcha / คะชะ / Katchinn / คชิน / Katchinn-tonn / คชิน ธร / Elephas regius. / Éléphant du roi. => Akatchéntonn / อัคะ เชนธร / Elephas cui rex insidet, elephas nobilis. / Éléphant que monte le roi ; éléphant noble.

Chattann / ฉัดทัน / Paya-chattann / พญา ฉัดทัน / Rex elephantum alborum. / Roi des éléphants blancs.

D

Dabotsani / ดาบษนี / Dabotsini / ดาบษินี / Mulier heremiticam vitam degens. / Femme qui mène la vie d’un ermite.

Dapa-narok / ดาปะ นรก / Unus ex inferis. / Un des enfers. [De dap, chaleur intense : l’enfer de chaleur intense.]

Dessatt / เดศาจ / Pi-dessatt / ผี เดศาจ / Genii malevoli, diaboli. / Génies malfaisants, diables. = Dissat / ดีศาจ /

Deungsakan / ดึงษาการ / Triginta duo partes corporis humani secundum Siamenses. / Les trente-deux parties du corps humain selon les Siamois.

DiDi seuaDi leuam / ดี, ดีเสือ, ดีงูเหลือม / Fel, fel tigridis, fel serpentis boa. / Fiel, fiel de tigre, fiel de serpent boa.

[Pour un certain usage ? La médecine chinoise est largement responsable de l’extermination des tigres en Extrême-Orient par l’usage qu’elle fait des parties du corps de l’animal : voyez à ce sujet les travaux du conservationniste suisse Karl Ammann.]

Dinn tanam / ดิน ถนำ / Terra mirabilis, aureo colore, quam dicunt cadere de cœlo, et virtutibus eximiis instruere comedentes eam. / Terre admirable, de couleur d’or, que l’on dit tombée du ciel et douée de vertus excellentes pour ceux qui la mangent. => Dinn tanam / ดิน ถนัม / Terra miris virtutibus pollens quam credunt e cœlis identidem afferri. / Terre douée de vertus merveilleuses ; on croit qu’elle est apportée de temps en temps du ciel.

Do kro / เดาะ เคราะ / Sacrificare geniis ad advertenda mala imminentia. / Sacrifier aux génies pour détourner les maux qui menacent.

H

Hatsadinn / หศะดินท์ / Rex elephantum. / Le roi des éléphants.

Hémaratt / เหมะ ราช / Rex cycnorum quem dicunt habere plumas ex auro puro. / Le roi des cygnes qui a, dit-on, des ailes d’or pur. = Paya-hong / พญา หงษ / Souwann-hong / สุวรรณ หงษ /

I

I / อิ / Ad vocandum aut designandum mulieres viles, v.g. servas aut puellulas; aliter est verbum contemptûs. / Pour appeler ou désigner les femmes viles, comme les esclaves ou les petites filles ; autrement c’est un terme de mépris.

Imott / อี่มท / Pythonissa, saga, venefica. / Pythonisse, magicienne, empoisonneuse. = Itao / อี่ท้าว / Mè-mott / แม่ มท / Mott / มท /

Ina boripok / อิณะ บอริโภก / Comedere æs alienum (dicitur de malis talapuinis qui accipiunt quidem elecmonysas, sed non orant pro his qui largiuntur illas). / Manger le bien d’autrui (cela se dit des mauvais talapoins qui reçoivent les aumônes, mais ne prient pas pour ceux qui les leur font).

Innprom / อินท พรหม / Cœtus superiores angelorum. / Chœurs supérieurs des anges.

Innsouan / อินท ศวร / Siva brachmanarum. / Siva [Shiva] des brahmanes.

Inntani / อินทนิ / Uxor dei Indræ; nomen gemmæ. / Épouse du dieu Indra ; nom d’une pierre précieuse.

Iri / อิริ / Brachmanæ holocausta offerentes. / Secte des brahmanes qui brûlent des victimes.

Issoun / อิสูร / Gigantes fabulosi et potentes facie equinâ. / Géants fabuleux et puissants à tête de cheval. => Issouraponn / อิสูระพล / Turba gigantum. / Troupe de [ces] géants.

K

Kahang / กหัง / Malefici aut dæmones qui vorant viscera infirmorum. / Méchants ou démons qui dévorent les entrailles des malades.

Kakrong / คา กรอง / Habitus eremitæ. / Habillement d’ermite.

Kalampok / กะลัมภอก / Capsa cylindrica continens coronam angelicam quæ ad processiones adhibetur. / Boîte cylindrique contenant une couronne d’ange pour les processions. Kralampok / กระลำภอก / Pileus conicus et acutus quo utuntur in cæremoniis. / Chapeau conique et pointu pour les cérémonies. => Lampok / ลำพอก / Pileus conicus quo utuntur in cæremoniis aut comœdiis. / Chapeau conique pour les cérémonies ou les comédies.

[Cette coiffe traditionnelle est utilisée dans les cérémonies avec processions : c’est une manière conventionnelle pour indiquer que celui ou celle qui la porte représente un ange, une déité céleste. Elle remplit la même fonction dans le théâtre classique.]

Kamapreuk / กามะพฤกษ / Tonn-kamapreuk / ต้น กามะพฤกษ / Arbor cœlestis proferens omni abona ad voluntatem. / Arbre céleste qui produit tous les biens au gré de chacun.

Kanntjiak / กันเจียก / Aures fictitiæ et longæ comœdorum. / Longues oreilles postiches des comédiens.

Kapann / กพัน / Amuleta a vulneribus tuentia. / Amulettes qui préservent des blessures.

Kapoun / กพุ่น / Tapoun / ตพุ่น / Damnatus ad metendum herbas elephantibus regiis. / Condamné à faucher l’herbe pour les éléphants du roi.

[Dans sa Description du royaume de Siam (1854), le père Pallegoix explique que les talapoins coupables de fautes graves, en particulier l’adultère, étaient condamnés à vie à cette peine de travaux forcés. Les éléphants étaient précieux et leur entretien exigeant.]

Kassoun / กะสุน / Arcus ad jaciendum globulos terreos. / Arc pour lancer des balles de terre.

Katawoutt / กาถา วุทธ / Formulæ potentes sicut arma. / Formules puissantes comme des armes.

Katchiat / กะเชียด / Species amuleti. / Espèce d’amulette.

Katroutt / กตรุด / Amuletum circa renes, fila superstitiosa ad pugnum. / Talisman autour des reins, fils superstitieux autour du poignet.

Kawén / กเวน / Publica malefactorum vinctorum exhibitio et processio. / Exposition publique et procession des malfaiteurs enchaînés.

Kémanang / เขมานัง / Cœlum angelorum. / Ciel des anges.

Kinaï / ขินาย / Poutta-kinaï / พุทธะ ขินาย / Deus brachmanarum. / Dieu des brahmes.

[Ce sont des noms du dieu-éléphant Ganesha, particulièrement vénéré et invoqué par les brahmanes de la cour royale thaïlandaise. Les brahmanes de la cour existent toujours. Ils sont actuellement une quinzaine, ayant l’exclusivité de la conduite de certaines cérémonies royales.]

Kini / คีนี / Kinimann / คีนี มาร / Nomen gigantis fœminæ. / Nom d’un géant femelle.

Klonn / โขลน / Dominæ palatii. / Les dames du palais. => Klon-tja / โขลน จ่า / Domina quæ curam gerit de concubiniis regiis. / Dame qui prend soin des concubines du roi. => Chao-mè / ขาว แม่ / Dominæ palatii, custodes concubinarum regis. / Dames du palais, gardiennes des concubines du roi.

Konnlahok / กลหก / Mulier infedilis viro, moliens necem viri. / Femme infidèle à son mari, qui cherche à le faire mourir.

Konnsong / คล ทรง / Maleficus qui deputat dæmones ad alios. / Sorcier qui envoie des démons aux autres.

Kott-tang-ha / โกด ทั้ง ห้า / Quinque ligna medicinalis, scilicet : (énumération en thaï). / Cinq sortes de bois utilisés en médecine.

Kouann / ขัวน / Angelus residens in capite. / Ange qui réside dans la tête.

Kounpétt / ขุน เพ็ด / Ligna quæ offerunt angelo loci super altare parvum. / Bois que l’on offre à l’ange du lieu sur un petit autel.

Koukou / กุกุ / Pra-koukou / พระ กุกุ / Ornamenta et insignia regia. / Ornements et insignes de la royauté.

Koukoula-narok / กุกุละ นรก / Infernus cinerum ferventium. / Enfer de cendres brûlantes.

Koumpann / กุมพันท์ / Koumpannta-yak / กุมพันทยักษ์ / Quoddam genus gigantum aut angelorum. / Espèce de géants ou d’anges. => Koumpannto / กุมพันโท / Angeli custodes orbis; quoddam genus gigantum aut angelorum. / Anges gardiens de l’univers ; espèce de géants ou d’anges.

[Cf. koumpannta-prét, dans notre glossaire de l’occulte thaï (lien en introduction).]

Koutta-narok / คูธะ นรก / Nomen unius inferi. / Nom d’un enfer. [De koutta, excréments : l’enfer d’excréments.]

Kouwérouratt / กุเวรุราช / Quidam rex gigantum. / Certain roi des géants.

[C’est un des quatre « grands rois » affectés aux quatre directions cardinales, celui qui règne sur le premier, c’est-à-dire le moins élevé, des six paradis du samsara. Pour ces six paradis, voyez notre glossaire à Chagamapatjonn. Le premier paradis en question s’appelle Tjatoumaharatchika / จาตุมหาราชิกา /. Les quatre rois sont :  à l’est, Tao-Tatarott / ท้าวธตรฐ /, régnant sur les gandharvas, époux des apsaras ; au sud, Tao-Wirounlahok / ท้าววิรุฬหก /, régnant sur les koumpann (voyez ce terme : entrée précédente) ; à l’ouest, Tao-Wiroupak / ท้าววิรูปักษ์ /, régnant sur les nagas ; au nord, Tao-Wétsouwann / ท้าวเวสสุวรรณ /, encore nommé Kouwérouratt ou Tao-Kouwén / ท้าวกุเวร /, régnant sur les yaks ou yakshas, et considéré comme le plus souverain des quatre.]

Kroma-chang / กรมะ ช้าง / Minister elephantum. / Ministre des éléphants.

L

Lakapétt / ลักะเภท / Bonzius ementitius. / Faux bonze.

[Ces imposteurs sont condamnés, comme les talapoins auteurs des fautes les plus graves, au kapoun : voyez cette entrée.]

Lao-tcha / เหล่า ชา / Clandestina societas. / Société secrète. => Toua-hia / ตัว เหี่ย / Rebellis, societas secreta rebellium. / Rebelle, société secrète de rebelles. [Ce nom vient, selon Pallegoix, de hia / เหี่ย / « Frater major (vox sinensis) / Frère aîné (mot chinois) ».]

[Pour des détails sur les sociétés secrètes ang-yi d’origine chinoise, voyez notre glossaire et la partie des commentaires sous le billet. Compte tenu de l’étymologie chinoise du terme toua-hia, les deux mots, ang-yi et toua-hia, désignent soit la même chose soit des types différents de sociétés secrètes chinoises. La raison pour laquelle Pallegoix parle de « sociétés secrètes de rebelles » a à voir avec ce que nous expliquons dans la partie des commentaires de notre glossaire, à savoir que ces sociétés étaient combattues par les autorités siamoises.]

Lilitt / ลิลิต / Modulatus; versus quinque, aliquandô septem et undecim syllabis constans. / Harmonieux ; vers composé de cinq, quelquefois de sept et de onze syllabes.

Loha-koumpi / โลหะ กุมภี / Cacabus ferreus inferni in quo comburuntur damnati. / Chaudière de fer de l’enfer dans laquelle brûlent les damnés.

Lokann / โลกันต์ / Mahalokann / มหาโลกันต์ / Infernus permanens ex aquâ corrosivâ. / Enfer permanent d’eau corrosive. => Nam-krott / น้ำ กรษ / Aqui maximè corrosiva cujusdam inferni; acidum nitricum, sulfuricum et alia hujusmodi. / Eau très corrosive d’un certain enfer ; acide nitrique, sulfurique et autres de cette espèce. => Wétarani-narok / เวตะรนี นรก / Nomen inferni. / Nom d’un enfer. [De wétarani, eau corrosive.]

Long pi / ลง ผี / Maleficium quo dæmonium immittitur in aliquem. / Maléfice par lequel on envoie un démon dans le corps de quelqu’un.

Long rak / ลง รัก / Resinâ nigrâ linire quod volunt deaurare. / Enduire de résine noire ce qu’on veut dorer.

Louk-nimitt / ลูก นิมิตร / Primarium lapis fani, sub quo thesaurum recondunt inchoando fanum. / Première pierre d’une pagode, sous laquelle on cache un trésor en commençant une pagode.

Louk-sakott / ลูก สะกด / Globuli consecrati (amuletum præservans a malis). / Grains consacrés (amulette qui préserve des maux).

M

Mahamék / มหา เมฆ / Nubes maxima reconstruendo orbi idonea. / Nuée très grande propre à reconstruire le monde.

[Dans la cosmologie bouddhiste, la destruction du monde est suivie d’une phase vide, à la fin de laquelle apparaît cette grande nuée dont la pluie corrosive élimine les poussières de l’ancien monde ; en se retirant, l’eau fait place à une nouvelle terre. Ce processus est régi par le karma des êtres voués à vivre dans le monde nouveau. Voyez l’entrée Balaïkann.]

Mahamaya / มหา มายา / Nomen matris Phra:Khôdom. / Nom de la mère de Phra:Khôdom.

[Phra (ce « Phra » est la transcription classique d’origine anglo-saxonne d’un p de l’alphabet thaï : il ne se prononce pas f comme le « ph » français) Khôdom est le nom vernaculaire thaï de Gautama (Phra ou Pra étant une appellation révérencieuse).]

Mahaprom / มหา พรหม / Angeli superiores. / Anges supérieurs. => Akanitt-mahaprom / อัคะนิฐ มหาพรหม / Primus ex quatuor choris angelorum. / Le premier des quatre chœurs des anges. => Solott-mahaprom / โสฬศ มหา พรหม / Sedecim gradus angelorum superiorum. / Les seize degrés des anges supérieurs.

Mak-ponn / มัค บล / Mak-si-ponn-si / มัค สี่ บล สี่ / Octo gradus sanctificationis. / Les huit degrés de sainteté.

Makayann / มัคะ ญาณ / Scientia proveniens ex sanctitate. / Science provenant de la sainteté.

Mangkou / มังกุ / Nomen animalis fabulosi. / Nom d’un animal fabuleux.

[Il s’agit d’une espèce de dragon nommé dans la littérature classique thaïe, en particulier l’épopée Inao / อิเหนา / adaptée de légendes javanaises, notamment des Cerita Panji.]

Manora / มโนรา / Nymphæ sylvarum. / Nymphes des bois. => Moutjalinn / มุจลินธ / Nympha sylvarum. / Nymphe des bois.

Marong / มโรง / Draco major. / Grand dragon. => Masseng / มเสง / Draco minor. / Petit dragon.

[Les deux entrées évoquent deux signes du zodiaque chinois sur les douze de ce calendrier, à savoir le dragon et le serpent : l’année (chinoise) du dragon est en thaï pi-marong et l’année du serpent, pi-masseng.]

Mayouratchatt / มะยุระ ฉัตร / Umbella ornata pennis pavonis. / Parasol orné de plumes de paon. [De mayoura : paon.]

Meun-tja / หมื่น จ่า / Mandarinus qui causas dijudicat. / Mandarin qui juge les procès.

Mékalang / เมขลัง / Monile quo mulieres cingunt ubera. / Collier que les femmes mettent autour de leur sein.

Métanidonn / เมทนิ ดน / Superficies terræ, angela terræ. / Surface de la terre, ange femelle de la terre.

Ming-kouann / มิ่ง ขัวน / Genius tutelaris puerorum. / Génie tutélaire des enfants. => Riak ming-kouann / เรียก มิ่ง ขัวน / Superstitiosa revocatio genii tutelaris quem supponunt fugrer quandò puer fuit terrore perculsus. / Rappel superstitieux du génie tutélaire qu’on suppose s’être enfui lorsque l’enfant a été frappé de terreur.

[Ces ming-kouann sont manifestement les mè-seu de notre glossaire de l’occulte thaï.]

Monntatip / มนทา ทิพย์ / Flos cœlestis mirabiles virtutes habens. / Fleur céleste qui a des vertus merveilleuses.

[De monnta (orthographe contemporaine / มณฑา / : un certain arbuste, Magnolia liliifera, qui donne de très belles fleurs. Monnta-tip est, étymologiquement, cette fleur telle qu’elle croît dans le ciel des anges.]

Mo-sakott / หมอ สะกด / Incantator maleficus. / Enchanteur malfaisant.

N

Nam-ammareuk / น้ำ อำมฤค / Nectar; aqua mirabilis, cœlestis, resuscitans mortuos et prolongans vitam. / Nectar ; eau admirable, céleste, ressuscitant les morts et prolongeant la vie.

Nam-souramaritt / น้ำ สุรามฤท / Aqua mirifica angelorum. / Eau merveilleuse des anges.

Nang mékhala / นาง เมฆหลา / Angela præsidens nubibus. / Ange femelle qui préside aux nuages.

Nang possop / นาง โพศภ / Mè possop / แม่ โพศภ / Pra possop / พระ โพศภ / Dea præsidens orizæ. / Déesse qui préside au riz.

Narakann / นารกานต์ / Fundus inferorum. / Le fond des enfers.

Ngang / งั่ง / Effigies metallica superstitiosa per quam alchymistæ faciunt aurum et argentum. / Figures de métal superstitieuses avec laquelle les alchimistes font l’or et l’argent.

[Comparez cette définition avec celle de notre glossaire de l’occulte thaï.]

Ngeuak / เงือก / Animal fabulosum, fluviale aut marinum. / Animal fabuleux qui habite les fleuves ou la mer. => Ngeuak-nam / เงือก น้ำ / Sirena fabulosa cujus pars superior est mulieris et inferior piscis. / Sirène fabuleuse dont la partie supérieure est comme la femme et la partie inférieure comme un poisson. => Ngeuak-ngou / เงือก งู / Idem animal habens formam serpentis. / Le même animal qui a la forme d’un serpent. => Nok-ngeuak / นก เงือก / Quædam avis fabulosa. / Certain oiseau fabuleux.

Ngiou / งิ้ว / Comœdia sinensis. / Comédie chinoise.

Ngouann-dinn / งว้น ดิน / Materia alba efflorescens in superficie terræ, post ejus combustionem, secundum systema buddhistarum. / Matière blanche en efflorescence sur la surface de la terre après sa combustion, selon le système des bouddhistes.

Nok-garawék / นก การะเวก / Nok-garawik / นก กะรวิก / Avis fabulosa. / Oiseau fabuleux.

[Comparez cette définition avec celle de notre glossaire, où il s’agit du paradisier et non d’un oiseau fabuleux. Le paradisier, ou oiseau de paradis, semble avoir été nommé d’après cet oiseau fabuleux vivant dans la forêt Himmapan autour du mont Mérou. Comme c’est aussi le nom d’une montagne secondaire entourant le même mont, on peut supposer que le nom de la montagne est emprunté à l’oiseau ou vice-versa, cette montagne couverte de forêt étant ainsi (par supposition) l’habitat principal de l’oiseau.]

Nok-innsi / นก อินทรี / Aquila, aquila immanis et fabulosa. / Aigle, aigle énorme et fabuleux.

[Comme l’entrée précédente, il s’agit à la fois d’un oiseau fabuleux de la forêt Himmapan et du nom d’un oiseau naturel, à savoir l’aigle, en thaï.]

Niriya / นิริยะ / Infernus, inferni. / Enfer, les enfers.

[Un nom générique, également niraya / นิรยะ /, comme dans lokantarika-niraya, les « enfers interstitiels », de ténébreuses crevasses entre les mondes, qui servent à leur tour aux supplices infernaux, par l’obscurité totale, l’isolement, la sensation d’étouffement.]

O

Ong-karakott / อง ครกษ / Genius malevolus quem invocant in maleficiis. / Génie malfaisant qu’on invoque dans les maléfices.

Oussouta-narok / อุสุทธนรก / Nomen cujusdam inferni. / Nom d’un certain enfer.

[Ce nom, précisément, est donné aux 128 enfers attachés, quatre pour chaque point cardinal, aux huit enfers principaux. Ils comportent des tourments « spécialisés » en lien avec l’enfer principal auquel chacun d’eux se rattache.]

P

Palahok / พะลาหก / Genius præsidens pluviæ, clamoribus et cantilenis suis producens pluviam. / Génie qui préside à la pluie et qui la produit par ses cris et ses chansons. => Watsawalahok / วัศวะลาหก / Genii qui cantibus suis adducunt pluvias. / Génies qui, par leurs chants, amènent les pluies. => Waroun / วรุณ / Wiroun / วิรุณ / Angelus præsidens pluviæ. / Ange qui préside à la pluie.

Panati / ผานาที / Numeri, computationes superstitiosæ astrologorum. / Nombres, computations superstitieuses des astrologues.

Pannarangsi / พรรณรังสี / Radii coruscantes, radiatus orbis sanctorum. / Rayons lumineux, auréole des saints.

Panouak / พนวก / Chronologia, liber magorum. / Chronologie, livre des mages. [Traité à l’usage des astrologues.]

Patakap / พัทะกัลป / Ævum hodiernum, ævum in quo florent successivè quinque Buddha. / L’âge d’aujourd’hui, âge dans lequel fleurissent successivement cinq Bouddhas.

[Gautama (Phra Khôdom dans le Pallegoix) est le quatrième, il sera suivi par Maïtreya. La liste est la suivante, par ordre d’ancienneté : Kakusanda, Konagamana, Kassapa, Gautama, Maitreya. Kakusanda est le vingt-cinquième, par ordre d’ancienneté, des Bouddhas nommés dans la Chronique des Bouddhas, le Buddhavamsa.]

Patimok / ปัติโมกข์ / Pra patimok / พระ ปัติโมกข์ / Liber continens regulas a talapuinis observandas. / Livre qui contient les règles que les talapoins doivent observer. => Sinn song roï yi sip tjét / ศีล สอง ร้อย ยี่ สิบ เจ็ด / Ducentæ septem et viginti regulæ talapuinorum. / Les deux cent vingt-sept règles des talapoins. => Abatt / อาบัต / Peccatum contra regulas bonziorum et pœna subsequens; casus. / Péché contre les règles des bonzes et le châtiment correspondant ; chute. => Baratchik / บาราชิก / Talapuinus qui peccavit peccato irremissibili, ideòque debet exuere talapuinatum. / Talapoin qui a commis un péché irrémissible et qui doit pour cela cesser d’être talapoin.

[Le patimok fait partie de la « corbeille de la discipline », une des trois parties du Tripitaka ou canon bouddhiste theravada. Pour les moines ordonnés, il comporte 227 règles. Ce corpus est commun à tous les Sanghas du bouddhisme theravada. Les interprétations, dans les commentaires post-canoniques, peuvent différer d’un Sangha à l’autre sur l’application des règles. Les moines thaïlandais, par exemple, ne reçoivent pas d’objets de la part de femmes sans un tissu les réceptionnant (pa-tawaï / ผ้าถวาย / tissu d’offrande) ou sans intermédiaire. Les lignées de nonnes ont par ailleurs disparu du Sangha thaïlandais, où il existe toutefois des mè-tchi / แม่ชี / qui ne suivent que quelques-unes des règles imposées aux nonnes par le canon. En outre, certaines lignées de moines, comme les moines dits de la forêt en Thaïlande, s’imposent des contraintes surérogatoires, sur la nourriture ou les contacts avec les laïcs, par exemple. Les peines applicables aux personnes ayant le statut de bonzes en dehors de la discipline monastique relèvent des autorités étatiques nationales de chaque pays (voyez l’entrée kapoun du présent lexique, par exemple).]

Parittotok / ปาริตโตทก / Aqua benedicta superstitiosa. / Eau bénite superstitieuse.

Paya-krèk / พญา แขรก / Rex celebris. / Roi célèbre. => Pom paya krèk / ผอมพญาแขรก / Macer sicut Phaja khrèk. / Maigre comme Phaja khrèk.

Pi-ammann / ผี อำมาน / Lemures. / Fantômes.

Pi-dip / ผี ดิบ / Cadavera non combusta sed sepulta propter repentinam mortem. / Cadavres non brûlés mais ensevelis à cause d’une mort subite.

[Comparez avec notre glossaire et voyez le commentaire, sous le billet, à koumann-tong sur les cérémonies liées aux « nettoyages » de cimetière, ainsi que les raisons pour lesquelles il existe des cimetières dans des pays de culture bouddhiste où la crémation des corps est la règle.]

Pimann / ภิมาน / Cœlum, sedes angelorum vel geniorum. / Ciel, séjour des anges ou des génies. => Pimann-tong / ภิมาน ทอง / Cœlum aureum. / Ciel d’or.

[Pimann ou wimann (on trouve les deux) vient du sanskrit vimana, qui décrit dans la culture hindouiste des châteaux volants des dieux, qui sont à la fois des résidences et des moyens de transport. Dans la littérature thaïe classique, comme la poésie inspirée du Traïpoum-pra-ruang cosmologique, le terme peut reprendre cette acception ou bien servir de métaphore pour les royaumes célestes. Un « ciel d’or » est ainsi soit un palais céleste en or, soit un firmament doré, splendide, selon les contextes.]

Pipék / พิเพก / Nomen gigantum. / Nom de géants.

[Un personnage du Ramakien (orthographe standard / พิเภก /) : Vibhishana dans le Ramayana. Dans le théâtre khon, il est représenté avec un masque vert, « aux yeux de crocodile, portant une couronne en forme de gourde (légume) ».]

Pi-tchamop / ผี ชมพ / Dæmonia quæ comedunt excrementa. / Démons qui mangent les excréments. => Pi-tjakla / ผี จะกละ / Dæmonia quæ comedunt excrementa. / Démons qui mangent les excréments.

Pla-anonn / ปลา อะนน / Piscis enormis qui movendo se facit tremere terram; indè terræ motus. / Poisson énorme qui en se remuant fait trembler la terre, de là les tremblements de terre.

Pla-mahi / ปลา มหิ / Piscis enormis, fabulosus. / Poisson énorme, fabuleux.

[De mahi, terre, monde ; grand.]

Potaïtibatt / โพไทธิบาท / Nomen libri sacri, liber astrologicus. / Nom d’un livre sacré, livre d’astrologie.

[Livre ancien d’origine môn, pas « sacré » dans le bouddhisme mais encore employé par certains astrologues pour leurs computations. L’astrologie continue de jouer un rôle à la cour royale de Thaïlande : lors du couronnement du roi actuel, en 2019, un horoscope officiel a été tiré et gravé sur des plaques d’or, lors d’une cérémonie au temple du Bouddha d’émeraude. Si le livre cité ici par monseigneur Pallegoix fait partie du corpus classique de l’astrologie thaïlandaise, il n’est en revanche pas nommé en tant que tel comme source de l’astrologie royale contemporaine.]

Pra-baramatt / พระ บาระมัท / Liber philosophicus inter biblia Siamensium. / Livre de philosophie chez les Siamois.

[C’est un nom thaï de la troisième des trois « corbeilles » du canon pali ou Tripitaka, à savoir l’Abhidharma, également Pra-apitam / พระอภิธรรม / en thaï, « corbeille des commentaires ».]

Pra-kassop / พระ กะศบ / Unus e sanctis priorum ævorum. / Un des saints des premiers âges.

[Le Bouddha Kassapa est le Bouddha ayant précédé Gautama. Il est le vingt-septième des vingt-huit (vingt-neuf en comptant le futur Maïtreya) nommés dans la Chronique des Bouddhas.]

Pralokannriou / ประโลกันต์ริย / Infernus maximus. / Le plus grand des enfers.

Pra-malaï / พระ มาไล / Nomen talapuini celebris, nomen libri narrantis hujus talapuini ascensum in cœlum et descensum in infernum. / Nom d’un talapoin célèbre, nom d’un livre qui raconte l’ascension de ce talapoin au ciel et sa descente aux enfers.

[Pra-Malaï / พระมาลัย / était un bonze arahant de Ceylan. Le livre dont il s’agit n’appartient pas au canon bouddhiste, c’est une œuvre post-canonique renommée, qui contient des descriptions détaillées des enfers ainsi que des dialogues aux cieux avec le futur Bouddha Maïtreya (entrée suivante). Le prince Thammathibet, un des grands poètes de langue thaïe, en a composé une version en 1737.]

Pra-métraï / พระ เมไตร / Nomen sancti doctoris venturi post expleta quinque millia annorum regni Phra:Khôdom. / Nom d’un saint docteur qui doit venir cinq mille ans après le règne de Phra:Khôdom. => Métraïyo / เมไตรโย / Nomen Buddhæ venturi. / Nom du Bouddha futur [Maïtreya].

Pra-paï / พระ พาย / Angelus præsidens vento, ventus. / Ange qui préside au vent, vent. = Payou / พายุ / Pra-poui / พระ ภุย / Téwo / เทโว / Walahok (mais aussi à la pluie, pour celui-ci) / วลาหก /

Pra-pleung / พระ เพิลง (เพลิง) / Genius præsidens igni, ignis. / Génie qui préside au feu, feu.

Prott / พรศ / Rex agens vitam asceticam in loco solitario. / Roi qui mène une vie ascétique dans la solitude.

R

Raksott / รากโสษ / Quoddam genus dæmoniorum. / Une espèce de démons.

Ramassoun / รามสูญ / Gigas armatus securi prodigiosâ. / Géant armé d’une hache prodigieuse.

Ranapak / รณะภักตร / Nomen quorundam geniorum. / Nom de certains génies.

[Un personnage du Ramakien (orthographe standard / รณพักตร์ /) : le même qu’Indrajit et le nom de celui-ci avant d’avoir triomphé d’Indra en combat singulier grâce à ses armes magiques, dont les nak-batt / นาคบาศ /, des flèches se transformant en serpents. Au théâtre khon, le masque et le costume sont un peu différents selon qu’on parle de Ranapak ou d’Indrajit.]

Ratchaniponn / ราชนีพนธ์ / Carmina a rege composita. / Vers composés par le roi.

Ratchassap / ราชสับท์ / Voces palatii (titulus libri). / Termes du palais (titre d’un livre).

[Le ratchassap est le langage de la cour, codifié dans des traités.]

Ratt / รัตน์ / Vitta gemmis ornata ad cingendum caput principis fœminæ. / Bandelette ornée de pierreries pour ceindre la tête d’une princesse.

Rorouwa-narok / โรรุวะ นรก / Nomen unius inferni. / Nom d’un enfer.

[L’enfer des hurlements ou des cris, l’un des huit enfers principaux, ainsi appelé car les damnés y crient à la recherche d’abris, qui s’avèrent toujours des pièges, des fournaises se refermant sur eux.]

Roukkapimann / รุขภิมาน / Sedes geniorum in arboribus. / Séjour des génies dans les arbres. => Roukkatéwada / รุกขเทวดา / Genii in arboribus commorantes. / Génies qui habitent les arbres. => Roukkatida / รุกขธิดา / Nymphæ arborum. / Nymphes des arbres.

Roukkaratt / รุกขราช / Rex arborum. / Roi des arbres.

S

Sadeu-talé / สะดื ทเล / Vorago quam supponunt existere in medio mari. / Gouffre (EN whirlpool) que l’on suppose exister au milieu de la mer.

[Ce sadeu-talé / สะดือทะเล / ou « nombril de la mer » est une notion dérivée de la cosmologie du mont Mérou. Celui-ci est entouré de mers concentriques séparant les continents (voyez Tawip-tang-si) et d’un grand océan extérieur s’étendant jusqu’aux limites du monde. Dans le festival thaïlandais Loï-kratong, les plateaux d’offrandes flottants sont censés dériver jusqu’à ce nombril de la mer, dans le grand océan extérieur, où ils sont reçus par des Nagas. Il s’agit d’un ajout populaire à la cosmologie classique. Les offrandes sont également reçues par Pra-Oupakoutt / พระอุปคุต /, un bonze arahant qui médite au fond de ce gouffre.]

Sadom / สะดม / Maleficium occidens vel sopiens. / Maléfice qui tue ou qui endort. => Sakott sadom / สกด สะดม / Incantare, sopire habitantes ad diripiendam domum. / Enchanter, endormir les habitants pour piller une maison.

Sakanann-chang / สะขนาน ช้าง / Festum civile inchoationis agriculturæ. / Fête civile pour le commencement de la culture des champs.

Sak na / สัก หน้า / Caracteres infamiæ imprimere vultui reorum. / Marquer les criminels au visage avec des caractères infamants.

Sakouna-kraïssonn / สะกุณะ ไกรษร / Avis fabulosa facie leoninâ. / Oiseau fabuleux à visage de lion.

Samsam / สำสาม / Maledicta in aliquem congerere. / Charger quelqu’un de malédictions.

Sanndott / สัน โดด / Heremita vagabundus; ire solus per sylvas et deserta. / Ermite vagabond ; aller seul à travers les forêts et les déserts.

Sangkata-narok / สังฆตะ นรก / Nomen unius inferi. / Nom d’un enfer. [Selon Pallegoix, de sangkata, couvert de boue, sale.]

Sanntchip-narok / สันชีพ นรก / Unus ex inferi. / Un des enfers.

[Un des huit grands enfers, le plus petit et celui qui se trouve le plus près de la surface du monde, le moins profond. Les damnés y sont torturés à mort avant de renaître aussitôt sous l’action d’un vent karmique pour être à nouveau torturés. Comme nous avons parlé de la taille de cet enfer, il convient d’indiquer que le monde repose sur huit grands enfers étagés en pyramide.]

Sara-anodatt / สระ อโณดาต / Locus ex quo provenit pluvia; situs est in monte Krailat. / Lac d’où provient la pluie ; il est situé sur le mont Krailat. => Sara-bokkarani / สระ โบกขรนี / Stagnum nymphæis plantatum; nomen lacûs celebris ex quo dicunt provenire pluviam. / Étang planté de nymphéas ; nom d’un lac célèbre d’où la pluie provient, à ce que l’on dit. => Bokkarapatt / โบกขรพัท / Pluvia proveniens ex lacu prædicto. / Pluie provenant du lac cité ci-dessus.

Sarabann / สาระบาล / Titulus libri (quod præservat res ab omni malo). / Titre d’un livre (qui préserve les choses de tout mal).

Séma / เสมา / Baï-séma / ใบ เสมา / Séma-bott / เสมา โบถ / Lapides superstitiosi circa fana, termini. / Pierres superstitieuses autour des pagodes, bornes. => Patasséma / พัทะเสมา / Octo lapides sacri plantati circum fanum. / Huit pierres sacrées plantées autour d’une pagode.

Singkali / สิงคาลี / Nomen gigantis feminæ celebris. / Nom d’un géant femelle célèbre.

Solottsanakonn / โสฬศนคร / Meuang-solott / เมืองโสฬศ / Sedecim regna Indiæ celeberrimus. / Les seize royaumes très célèbres de l’Inde.

Sonndok / ซ้อน ดอก / Mulier pluribus viris conjugata et vice versâ. / Femme qui a plusieurs maris et vice-versa.

Soubann / สุบัณ / Aquila monstruosa et fabulosa vorans homines. / Aigle monstrueux et fabuleux qui dévore les hommes. = Soupanna

Soulalaï / สุลาไลย / Sedes angelorum, cœlum dei Indræ. / Demeure des anges, ciel du dieu Indra. = Souralaï / สุราไลย /

Soumtoum / สุม ทุม / Lucus, nemus, hortus umbrosus. / Bois sacré, forêt, jardin ombragé.

Souwanna-mali / สุวรรณะ มาลี / Flores aurei ad homagium præstandum regi. / Fleurs d’or pour prêter hommage au roi.

Souwann-téwètt / สุวรรณ เทเวท / Angeli corpore aureo præditi. / Anges doués de corps d’or.

T

Tabong-lék / ตะบอง เหล็ก / Vectis ferrea quâ utuntur satellites inferorum. / Barre de fer dont se servent les satellites des enfers.

Talapatt-chèk / ตลปัต แฉก / Flabellum virgulatum abbatis monasterii. / Éventail rayé pour un abbé d’un monastère.

Tammawinaï / ธรรมะ วิไนย / Regulæ ad reprimandas cupiditates. / Règles pour réprimer les passions.

Tanawa / ทานวา / Nomen unius ordinis geniorum. / Nom d’un ordre des génies.

Tawétt / ตะเว็ด / Figura rudis ex ligno oblata geniis. / Figure grossière de bois offerte aux génies.

Tawip-tang-si / ทวีป ทั้ง สี่ / Quatuor magnæ insulæ ad quatuor angulos Meru. / Les quatre grandes îles aux quatre angles de Meru. => Amarako / อะมรโค / Amarakoyani / อะมรโค ยานี / Unus ex quatuor orbibus vel insulis magnis. / Un des quatre mondes ou des grandes îles. [à l’ouest : les humains qui y vivent ont une espérance de vie de 500 ans mais sont peu portés vers la spiritualité] ; Boupawité / บุพะวิเท / [à l’est : l’espérance de vie y est de 300 ans] ; Tjoumpou-Tawip / จุมภู ทวีบ [b final ici mais bp à tawip-tang-si] / [au sud, notre monde et le seul où puisse apparaître un Bouddha, monde nommé d’après le jambosier, chompou / ชมพู /.] [Outarakourou / อุตรกุรุ / au nord, où l’espérance de vie est la plus longue, 1000 ans, et l’abondance la plus grande, mais où les conditions de vie paradisiaques nuisent à la pratique du dharma.]

Tjak-krott / จักร กรด / Rota exterminans, telum fabulosum angelorum, heroum, etc. / Roue exterminatrice, arme fabuleuse des anges, des héros, etc.

Tjakla / จะกละ / Chamop-tjakla / ชมพ จะกละ / Magus, veneficus. / Magicien, empoisonneur.

Tjamawassi / จามวาศรี / Indutus pellibus; secta heremitarum pellibus tigridis indutorum. / Vêtu de peaux ; secte d’ermites vêtus de peaux de tigres.

Tjamonn / จามอน / Flabellum regium, quo aliquis ventilat regem. / Éventail royal, avec lequel on évente le roi.

Tjanghann / จังหัน / Cibus talapuinorum. / Nourriture des talapoins.

Tjanuann / จนวน / Saï tjanuann / สาย จนวน / Leno, corruptor juventutis. / Corrupteur de la jeunesse.

Tjao-bia / เจ้า เบี้ย / Dominus servorum. / Maître des esclaves. = Tjao-ngeun / เจ้า เงิน / (qui veut dire aussi creditor, créancier)

Tjaopaya-bodinn-détcho / จ้าวพญาบอดินธ์เดโช / Primus mandarinus regni. / Premier mandarin du royaume.

Tjaopaya-tjakri / จ้าวพญาจกรี / Primus mandarinus, minister belli. / Le premier mandarin, ministre de la guerre.

Tjap yam / จับ ยาม / Prædicere horam quâ res eveniet. / Prédire l’heure à laquelle une chose arrivera.

Tjatoudom / จตุ ดม / Tjatoussadom / จตุสะ ดม / Quatuor magni mandarini. / Les quatre grands mandarins.

Tjediyatann / เจฎียถาน / Pyramis in vertice montis Meru, ad quem confluunt angeli ex sexdecim ordinibus cœlestibus. / Pyramide sur le sommet du mont Meru, vers laquelle affluent les anges des seize ordres célestes.

[Les « seize ordres célestes » sont les seize brahmaloka ou dévaloka du monde de la forme, au-dessus du monde humain, monde dont le mont Mérou est le centre. Le chedi (c’est le tjedi de notre transcription / เจฎี /) au sommet de ce monde est le centre où se rassemble la dévotion de tous ces êtres. Les chedis bouddhistes de forme pyramidale symbolisent le mont Mérou ou ce chedi suprême lui-même.]

Tjiat / เจียด / Pra-tjiat / พระ เจียด / Fascia frontalis munita litteris superstitiosis ad avertenda mala. / Bandelette que l’on met sur le front, et qui est chargée de lettres superstitieuses pour détourner les maux.

Tjidawannang / จิดาวันนัง / Hortus cœlestis reginæ angelorum, uxoris Indræ. / Jardin céleste de la reine des anges, épouse d’Indra.

Tjoula-sakaratt / จุละ สักราช / Parva æra, æra actualis Siamensium. (Dicitur parva in comparationem æræ sacræ Phra:Khôdom.) / Ère petite, ère actuelle des Siamois. (On l’appelle petite en comparaison de l’ère sacrée de Phra:Khôdom.)

Tonn-karapreuk / ต้น กะระพฤกษ / Arbor cui affixa sunt citrea pecuniam continentia quæ projiciunt populo in festis. / Arbre auquel sont attachés des citrons renfermant de l’argent et que l’on jette au peuple dans les fêtes. => Louk-karapreuk / ลูก กะระพฤกษ / Citrea in quibus recondita est pecunia. / Citrons dans lesquels est renfermé de l’argent.

Toua-beung / ตัว บึง / Species araneæ quam comedunt. / Espèce d’araignée que l’on mange. = Kabeung / กะบึ้ง / Kabeung-mo / กะบึ้ง ม่อ /

Toungka / ตุ้งก่า / Instrumentum ad fumum cannabis hauriendum. / Instrument pour aspirer la fumée du chanvre.

W

Watakarok / วาตะ กะโรค / Morbus pestilens ob flatum serpentis. / Maladie pestilentielle à cause du souffle d’un serpent.

Wayou-boutt / วายุ บุตร / Quidam simius, filius venti. / Certain singe, fils du vent.

[Ce Vayuputra, si nous redéployons le wayou-boutt vernaculaire en sa source linguistique sanskrite, littéralement « fils du vent », n’est autre que le dieu-singe Hanuman, un des principaux personnages du Ramakien avec Rama.]

Wayou-wék / วายุ เวก / Nomen cujusdam volucris fabulosæ. / Nom d’un oiseau fabuleux.

[Autre personnage du Ramakien, Vayuvega, littéralement « vitesse du vent », n’est pas exactement un oiseau mais un yak ou yaksa, un ogre ou géant, affublé de ce nom en raison de sa vitesse.]

Wéhappala / เวหับผลา / Nomen unius ordinis angelorum superiorum. / Nom d’un ordre des anges supérieurs.

Wéntaï / เวนตัย / Aquila fabulosa. / Aigle fabuleux.

[C’est le nom de Garuda dans plusieurs légendes siamoises indépendantes du Ramakien, comme dans l’histoire de la princesse Nang Kaki. Le nom en sanskrit signifie « fils de Vinata ».]

Wétji / เวจี / Nomen inferni. / Nom d’un enfer. [Awétji dans notre glossaire.]

Y

Ya-lom / ยา ลม / Medicina contra ventum. (Porrò putant ferè omnes morbos a vento provenire.) / Médecine contre le vent. (On pense que presque toutes les maladies proviennent du vent.)

Yakka / ยักขา / Angeli, gigantes, quatuor angeli mundo invigilantes. / Anges, géants, les quatre anges qui veillent sur le monde.

Yakkini / ยักคีนี / Gigas fœmina, vorans homines. / Géant femelle qui dévore les hommes. = Yaksi / ยัักษี /

Yanang / หญ้านาง / Angela custos cymbarum et navium. / Ange femelle qui veille sur les barques et sur les vaisseaux.

Yani / ญาณี / Species versûs constans quinque syllabis. / Espèce de vers composé de cinq syllabes. => Bot-yani / บท ญาณี / Carmina hujus metri. / Poèmes de cette mesure.

Yanoumatt / ยานุมาศ / Stella gestatoria, splendida quâ ad cæremonias utuntur. / Litière magnifique pour les cérémonies.

[Aujourd’hui yannmatt / ยานมาศ /, et pour le palanquin royal pra-yannmatt / พระยานมาศ /.]

Ya-sakott / ยา สะกด / Maleficium, incantatum. / Maléfice, enchantement.

Yokawatjonn / โยคาวจร / Asceticus, patiens; bonzius errans per sylvas. / Ascétique, patient ; bonze errant dans les forêts. = Yoki, Toudong

Yom-pabann / ยม พบาล / Yomabann / ยมะบาล / Satellites regis inferorum, tortores inferorum. / Satellites du roi des enfers, bourreaux des enfers.

Yommaloki / ยมะโลกี / Nomen unius inferi. / Nom d’un des enfers.

[Les royaumes de Yom, c’est-à-dire du Yama sanskrit, Paya Yom Ratt / พญายมราช / : c’est plus précisément une catégorie d’enfers périphériques, plus extérieurs que les oussouta-narok, et au nombre de dix pour chaque point cardinal des grands enfers, soit 320, servant pour les « restes de karma ».]

Philosophie 15 : Hegel 2

Remarques complémentaires sur le Hegel de Kojève :
Et l’Esprit devint Hegel

(Complète Philo 14 ici)

Dans la conscience-de-soi, le moi est un Gegenstand. Ça, c’est pour Hegel. Cependant, dans la conscience de soi, on n’a pas de perception d’objet mais une aperception, dont la réalité a priori met à bas l’édifice hégélien. Hegel souffre d’illusion grammaticale : « la conscience se connaît », il y a un objet grammatical dans cette phrase mais le concept d’aperception traduit mieux la réalité que le langage. La conscience de soi est une pure aperception au principe de toutes les perceptions d’objet.

Pour Kojève, « [a]ucune philosophie n’a pensé à décrire le phénomène autrement … Les divergences ne commencent que là où il s’agit d’expliquer etc. » Je suis donc enchanté d’être le premier. L’aperception n’est pas une relation de sujet à objet – nonobstant la grammaire.

ii

La non-contradiction est appelée une tautologie ! – En admettant même qu’une proposition analytique soit tautologique (mais dans ce cas toute analyse est simple tautologie), une proposition synthétique vraie est à la fois absolument non contradictoire et non tautologique.

iii

Contre la philosophie de la conscience, c’est-à-dire la philosophie antérieure à Hegel, laquelle est présentée comme une philosophie de la conscience-de-soi, Kojève dit qu’« il faut que l’homme soit Désir », et cela inclut le philosophe. « Il faut » est complètement superflu dans tous les cas. Et le philosophe est comme les autres hommes à cet égard. Seulement la philosophie est une activité de connaissance et, par conséquent, même dans « une philosophie de la conscience-de-soi, une philosophie consciente de soi », le philosophe connaît, et sa connaissance doit (non pas au sens de « il faut ») se perdre dans son objet (tout en sachant que se perdre en soi-même n’est pas très grave car on se retrouve vite). L’idée que la philosophie de la conscience-de-soi est une connaissance qui serait en même temps désir est en revanche irrecevable puisque la connaissance n’est pas, d’après la définition, le désir. Hegel n’a donc pu produire aucune nouvelle forme de connaissance ou philosophie, même si le contenu de sa philosophie est nouveau.

iv

On prétend ordinairement liquider Kant parce que Newton est, dans les grandes lignes, dépassé. Ainsi Kojève parle-t-il même de « Kant-Newton » : « la chose-en-soi de Kant-Newton ». Puis il affirme que l’interprétation hégélienne de la science empirique est « actuellement admise par la science elle-même », et d’évoquer à ce sujet le principe d’incertitude de Heisenberg. Après Kant-Newton, on a donc Hegel-Heisenberg (seulement Kant vient après Newton et Hegel avant Heisenberg). Mais si l’on peut rattacher Hegel à un état de la science empirique, l’hégélianisme, loin d’être un savoir absolu, passera comme le reste car c’est la nature du savoir empirique que d’être « cumulatif », ce qui signifie provisoire, et par ailleurs uniquement une tendance asymptotique vers la certitude absolue par la méthode inductive.

Néanmoins, dans ce passage, Kojève dit que la science est forcément contradictoire : il renverse le prodige en misère, et il a raison ; seulement de mon point de vue cette misère peut être rachetée par la science elle-même (elle peut supprimer la contradiction onde-corpuscule, par exemple, moyennant de nouveaux cadres théoriques). Pour Kojève, Heisenberg donne raison à Hegel quant à l’insuffisance de la science : c’est un point de vue intéressant dans la mesure où l’on comprend par-là pourquoi le scientisme interprète l’incertitude comme étant dans la nature elle-même et non dans la science, car c’est seulement par une telle interprétation que la science peut prétendre rester un instrument de connaissance pertinent. Autrement dit, le « consensus de Copenhague » est une idéologie.

« Il n’y a donc pas de Vérité dans le domaine de la Physique. » C’est intéressant mais, pour le coup, Kojève évacue la science un peu trop vite. Partant de cette même prémisse, qui est une conclusion de Hegel, Heidegger discutera les implications profondes, métaphysiques, de la technique.

v

En termes hégéliens, l’évolutionnisme suppose que le concret est sorti de l’abstrait (la nature). La nature est abstraite parce que c’est l’esprit qui est concret.

vi

Ce que je connais comme nature est bien la chose en soi, mais je ne peux la connaître que comme nature et non en soi, les lois de mon expérience possible me donnant un objet qui est la nature et rien d’autre. (Le moi lui-même n’est son propre objet, dans la conscience de soi, qu’au titre d’aperception [voyez i supra], et donc nullement comme un objet de la nature, ce qu’est en revanche autrui pour moi dans la raison pure.) Par conséquent, la nature est réelle dans la mesure où c’est en soi la chose en soi, seulement elle n’est pas telle pour mon expérience qu’en soi. Mon objet est réel mais tout ce que j’en connais est « illusoire ». Ceci s’oppose à « la connaissance absolument vraie de Hegel, où le réel et l’idéel coïncident ». Dans le kantisme, la connaissance n’est absolument vraie que dans les limites des formes de la connaissance humaine. La forme est une limite. Cette forme est universelle à l’humanité et tout ce qui est compris dans la nature est connaissable (mais le tout lui-même, présupposé comme Idée de la raison –le Monde–, seulement asymptotiquement) ; par ailleurs, la connaissance humaine peut acquérir une connaissance complète d’elle-même, c’est-à-dire de sa forme, dans la métaphysique.

*

Quelques notes critiques sur la Phénoménologie de l’esprit

Par sa phénoménologie, Hegel a cherché à montrer que la connaissance était possible après la critique de la raison pure par Kant – une connaissance absolue, dans l’idéalisme et parce que le réel est dialectique.

ii

« Der Weltgeist ist das allgemeine Individuum. » « Das besondere Individuum aber ist der unvollständige Geist. » (L’esprit-du-monde est l’individu universel. L’individu particulier est quant à lui l’esprit incomplet.)

Mon hypothèse Der Geist (qui hante ce blog). Der Weltgeist hégélien est un sujet (Subjekt) seulement de manière métaphorique, quasi poétique ou légendaire tant qu’il ne s’incarne pas dans l’Individuum de l’intelligence artificielle, c’est-à-dire dans un cerveau artificiel, un ordinateur. Comment la somme des individus, chacun incomplets, pourrait-elle constituer l’individu universel et par définition complet, alors qu’ils sont tous incomplets au même point de vue par rapport à l’individu complet et donc ne peuvent servir de « briques » pour, assemblés, former ce dernier ?

L’IA autonome, c’est toujours l’homme – moins l’odeur.

Dans mon hypothèse, cependant, Der Geist n’est pas la fin de l’Histoire, même si c’est peut-être la fin de l’espèce humaine biologique, car cette étape n’est que la prémisse de la découverte du monde au-delà des frontières spatiales connues. Ce n’est sans doute pas d’une grande satisfaction pour l’esprit, hormis celle que l’on peut avoir d’une inférence menée à son terme.

iii

Les choses sont « an und für sich bestimmte » (déterminées en-et-pour-soi) par leurs qualités (Eigenschaften). Il a fallu un long développement pour sortir de la chose en soi kantienne, dont on ne sait, selon Hegel, comment elle produit par notre médium des objets. J’écris « par notre médium » (le médium qu’est le Ich) car pour Hegel « wir sind somit das allgemeine Medium, worin solche Momente [die Eigenschaften] sich absondern und für sich sind. » (Nous sommes ainsi le médium général, dans lequel ces moments [les qualités] s’isolent et sont pour-soi.) La chose peut être connue an und für sich. C’est ainsi que Hegel rompt avec la philosophie de la connaissance qui le précède : « Es ist also in Wahrheit das Ding selbst, welche weiß und auch kubisch…ist » (c’est donc la chose elle-même qui est réellement blanche et cubique). Les qualités, primaires comme secondaires, sont dans la chose elle-même. S’il est permis de se servir de l’empirie contre cette affirmation, l’expérience montre bien que certaines qualités de notre perception sont exogènes à l’objet lui-même.

iv

La différenciation des objets entre eux passe ici pour avoir une origine « logique », à rebours non seulement du matérialisme mais aussi de l’idéalisme, pour lesquels l’esprit ne fait qu’enregistrer ces différences. On ne peut donc pas ne pas vouloir en effet remettre ce système sur ses pieds ; mais cela n’a pas de sens non plus car la pensée n’est qu’un accident de la matière et il faudrait qu’elle en soit un prédicat nécessaire pour concevoir un mouvement dialectique nécessaire par lequel « la matière se connaît ».

v

Décrire ce qu’est une force (Kraft) par un mouvement (Bewegung), de ça vers ça plus ça dans ça, c’est croire qu’une force a besoin d’une explication alors qu’un mouvement n’en a pas besoin. Hegel présuppose connue l’une de ces notions fondamentales pour expliquer l’autre. Or ici la force peut bien être physique, le mouvement est purement logique, c’est le mouvement réflexif par lequel on en vient à concevoir une force. Hegel utilise donc une métaphore de la notion physique fondamentale de mouvement, un mouvement au sens figuré, pour expliquer la notion physique fondamentale de force.

Dès lors qu’il emprunte les termes de la physique pour décrire sa logique, il était naturel de penser à remettre la dialectique sur ses pieds, et c’est alors la physique, la matière qui a la préséance explicative. Or la physique entière nous est donnée par notre appareil logique et le temps est logique (plutôt que psychologique) autant que physique, succession de pensées autant que de phénomènes.

vi

Que la moralité et le bonheur soient en harmonie est postulé parce que le bonheur est dans l’acte moral lui-même. C’est du formalisme. Pour Kant, il y a un intérêt pratique à poser ce postulat mais il est contre l’expérience. Car le bonheur n’est pas dans le domaine de la loi morale mais dans celui des affections naturelles et l’obéissance à la loi morale peut certes, même nécessairement, produire un contentement moral, ce n’est pas pour autant ce que l’on entend par bonheur (car on peut obtenir ce contentement moral au prix des plus grands sacrifices de la nature).

*

Paraphrases de la Philosophie de l’histoire de Hegel

Les modifications de la nature sont dans un cercle (Kreislauf) tandis que l’histoire est un progrès, le déploiement de l’esprit. Il faudrait demander aux scientifiques si, oui ou non, l’évolution biologique peut être décrite en termes de progrès, si par exemple la vie est un progrès : l’apparition de la vie est-elle un progrès selon eux ?

« Das Leben des gegenwärtigen Geistes ist ein Kreislauf von Stufen… » (La vie de l’esprit dans sa présence est un cercle de degrés.) Plus précisément, la nature est circulaire sur un même plan tandis que l’histoire est circulaire dans un escalier en colimaçon.

ii

C’est en monarchie que « Alle sind frei » (tous sont libres) – en démocratie comme en aristocratie, seulement « Einige sind frei » (quelques-uns sont libres). Les trois étapes sont : 1/ despotisme, 2/ aristocratie-démocratie, 3/ monarchie.

Frédéric II de Prusse est un héros du protestantisme, cependant non à la manière de Gustave Adolphe de Suède mais comme roi d’un État (« sondern als König einer Staatsmacht »). La Suède n’était pas encore un État au temps de Gustave Adolphe car l’État n’apparaît que lorsque le processus de monarchisation est à son terme.

iii

Le droit oriental est un Zwangsrecht (droit de contrainte) ; en Europe, le droit est « im Gemüte und in der Mitempfindung » (dans le sentiment et l’empathie). Le droit occidental est fondu dans la morale, les deux se confondent ; le droit devient une détermination intime, et ceci est lié à notre conception de Dieu « in der Erhebung zum Übersinnlichen » (dans l’élévation au suprasensible), tandis la théocratie orientale ne parvient pas à ce résultat : la loi y reste une contrainte externe.

iv

La Chine et l’Inde ont la durée parce que « solche Gedankenlosigkeit ist gleichfalls unvergänglich » (ce néant de la pensée est en même temps immuable). Ce sont des populations serves et des États hors de l’histoire mondiale.

Le dénigrement de la culture chinoise par Hegel est contraposé par lui à des jugements favorables de contemporains sur l’administration de l’État chinois et la science chinoise. Autrement dit, Hegel affirme de manière expresse que son opinion ne reflète pas celle de la classe pensante de son époque en Allemagne : à l’attention de ceux qui voudraient écarter ces thèses comme marquées par une époque. De même, Hegel reproche à Leibniz de s’en être laissé imposer par le système d’écriture chinois (et dans son Histoire de la philosophie il daube aussi sur la langue elle-même).

Les jugements favorables à la sagesse indienne sont également discrédités.

Parenthèse sur la philosophie de l’Hindutva

L’axe d’analyse de Hegel s’agissant de l’Inde porte sur les castes : le droit indien est lié à la naturalité, donc au particulier, via l’institution des castes. Pour les intellectuels de l’Hindutva, en revanche, les castes ne sont nullement centrales (voyez par exemple V. D. Savarkar ou encore, parmi les auteurs vivants, Subramanian Swamy). Le système des castes, largement tombé en désuétude, aurait resurgi avec une dynamique hors de proportion avec la situation (qui était la fusion de fait des Aryens conquérants avec les populations conquises) après l’épisode bouddhiste et les invasions hunes, qui suscitèrent chez les Hindous une réaction nationaliste où le renouveau des castes apparut comme l’antidote nécessaire à l’universalisme bouddhiste décadent.

Le bouddhisme est décrit par Savarkar, en tant que religion détachée du monde, comme la cause des invasions hunes et shakas (indo-scythes). – Se pourrait-il que la théorie historique d’Ibn Khaldun soit un ressouvenir plus ancien que les Almoravides en Andalousie et découle de pensées indiennes relativement à l’expérience du bouddhisme en Inde ? Du point de vue moral, ce n’est cependant pas comparable : chez Ibn Khaldun la décadence caractérise la mollesse du confort et des vices au sein de la civilisation matérielle, dans le nationalisme hindou elle caractérise l’ahimsa, le détachement ascétique du monde (c’est le nihilisme décrit par Nietzsche, à moins que ce dernier ne fusionne l’ascétisme avec la mollesse de la civilisation matérielle).

Toutefois, Savarkar parle également des agressions des royaumes bouddhistes (« the Nyanapati (the king of the Huns) and his buddhistic allies ») contre l’Inde après l’expulsion des Huns, sans relever que sa conception du bouddhisme est par-là même révoquée en doute – mais il peut rester exact que le bouddhisme ait pu être perçu par les Hindous de la période comme un ferment de décadence en raison de son pacifisme, de sa fraternité universelle, de son « défaitisme ».

b/

L’hindouisme est tellement tolérant qu’il ne reste aucune trace en Inde des religions pré-aryenne des mlecchas. Les Aryens ont relégué ces peuples eux-mêmes au rang des contes de fées (Gandharvas, Apsaras, etc). Le bouddhisme en est un autre exemple : né en Inde, il n’y existe pratiquement plus, après y avoir régné. Même au cas où l’on ne pourrait parler de persécutions contre le bouddhisme (ce qui reste à vérifier), on ne peut pas non plus parler d’accommodation, inhérente au concept de tolérance ; ce serait de toute façon une forme, moins perceptible mais effective, de rejet. Il est en effet difficile d’y voir une éviction par pure indifférence de la population après que le bouddhisme fut fermement établi en Inde, mais on a le droit de supposer que, s’il passait réellement pour responsable, ne fût-ce que de manière indirecte, d’une domination étrangère abhorrée, le bouddhisme devait nécessairement péricliter ; cependant, ce point de vue suppose tout de même, semble-t-il, une forte dose de propagande hostile.

c/

L’Himalaya est un rempart naturel : Savarkar n’a pas l’air de voir l’absurdité d’une telle affirmation, alors que tout son système repose sur le fait historique d’une invasion aryenne de l’Inde. Ce rempart empêchait les autochtones de sortir et, quand la race plus forte des Aryens fut capable de le traverser, l’Inde devait tomber entre ses mains et les autochtones disparaître entièrement (culturellement), n’ayant par ailleurs aucune échappatoire faute de compétences nautiques. Savarkar cherche à exploiter le thème des frontières naturelles : l’Himalaya et l’Indus au nord, et la mer. En réalité, on n’a jamais aussi bien décrit un cul-de-sac.

v

La différence des ordres féodaux avec les castes indiennes, c’est la possibilité pour tout individu, au sein des premiers, de rejoindre l’ordre ecclésiastique. De même, les castes ne sont pas rachetées par l’égalité de tous impliquée dans la religion chrétienne.

vi

La position de Hegel sur les États-Unis est attentiste : il n’y a pas encore d’État en Amérique en raison d’un phénomène toujours en cours d’immigration interne, par lequel les problèmes démographiques que connaissent les États européens ne s’y posent pas encore. Autrement dit, Tocqueville pourrait avoir été moins lucide que Hegel : ce dernier ne parlait de ce qu’il voyait à peu près à la même époque que comme d’un processus transitoire, qui pourrait finir par s’aligner sur les modèles européens (et tel est bien, me semble-t-il, le pronostic de Hegel, malgré son attentisme).

vii

Socrate est l’inventeur de la morale. Cette affirmation s’appuie sur une définition des mœurs chez les Grecs avant Socrate opposant la Sittlichkeit à « die Moral ». Tout comme j’affirme que les conceptions de l’espace et du temps sont les mêmes pour tous les hommes de tous les temps, je dis qu’il en va de même pour la morale et que la distinction subtile de Hegel ne porte pas sur l’essentiel. Le mouvement de l’histoire ne change que l’extériorité de la pratique. Il ne peut pas y avoir, au sens strict, d’inventeur de la morale.

viii

Hegel blâme les guerres civiles et massacres ayant résulté de divergences sur les dogmes chrétiens. Ces phénomènes, dit-il, sont contraires à la religion, qui est « Freiheit, subjektive Einsicht » (liberté, conviction subjective). Or, s’il existe une religion vraie, on ne saurait prétendre que la détermination des dogmes est laissée à l’appréciation de chacun, à la subjectivité. Le fait que « la lettre i » ait « causé des milliers de morts » (omoousios ou omoiousios : Jésus est identique ou semblable à Dieu) n’est à vrai dire pas plus surprenant que le fait que les chrétiens des premiers temps aient si volontiers subi le martyre aux mains des païens (sans omettre le martyre du Christ lui-même), car ils n’ont pas subi le martyre pour une religion qui dirait « croyez ce que vous voudrez », cette parole revenant à dire que la chose est indifférente, mais pour une religion vraie, qui possède par conséquent un dogme, un credo identique pour tous. Quel serait le sens d’un martyre pour une « conviction subjective » reconnue comme telle ? La vérité s’impose à ma subjectivité, cette dernière ne peut vouloir se sacrifier (avec la vie de l’individu) que pour une vérité qui s’impose à elle avec une autorité absolue, car une vérité connue comme seulement subjective est une probabilité et on ne sacrifie pas sa vie pour une simple probabilité.

C’eût été de la légèreté de laisser à l’appréciation subjective un point de dogme dès lors que cette religion avait des martyrs, car pourquoi se sacrifier au nom d’une religion dont le contenu n’est pas arrêté, n’est pas absolument connu ? Que telles et telles autorités religieuses, tels évêques, arrêtés sur des positions différentes, n’aient pas eu d’autre moyen de faire prévaloir l’une ou l’autre de ces positions que la violence, sur un point qui devait être tranché, bien que, par ailleurs, de par la nature même de la controverse elle ne pouvait l’être comme un problème mathématique, la violence paraît avoir été inévitable. Or, pour Hegel, c’est un accident dû aux circonstances, à savoir la nature politique du christianisme dans l’empire romain, dont la religion servait les passions. Ce point de vue n’est pas conséquent. On ne se sacrifie pas pour une religion au contenu indéterminé ni pour les intérêts mondains d’une religion (qui sont clairement, en cas de controverses inextricables, qu’il faut laisser certains points flottants) mais pour sa vérité, qui doit être déterminée afin que le sacrifice ait le moindre sens. Hegel prétend en somme que les martyrs ont sacrifié leur vie pour une Trinité dont le sens importe peu : qu’est-ce qui importe donc ? le mot lui-même ? On ne peut pas non plus prétendre qu’il est possible de se sacrifier pour une pure religion du cœur, car même quand l’adhésion repose essentiellement sur une telle subjectivité de sentiment elle exige toujours une légitimité objective, à savoir que la religion est vraie pour tout homme.

Il est notable que les tenants du libre examen ont également rejeté le culte des saints, ce culte dont l’origine est la mémoire des martyrs.

L’autorité de conciles accaparant toute discussion doctrinale devenait ainsi le remède nécessaire à la violence et démontre une volonté de ne pas laisser des questions essentielles tranchées par la force. Pour Hegel, cet autoritarisme est évidemment lui-même critiquable.

À l’époque où Hegel donne ces leçons, aucun pays catholique n’aurait eu un livre comparable à la Bible traduite par Luther pour les Allemands, seulement « eine Unzahl von Gebetbüchlein » (une multitude de petits livres de prière). – Sans doute cela se ramène-t-il à la même question, aux violences des premiers temps : le rejet de l’autorité par Luther ne pouvait que conduire aux même situations, c’est-à-dire à la violence, ou bien à l’indifférence religieuse (ce qui est une façon de rester conséquent : si les points de dogme importent peu, la religion elle-même importe peu). Mais cela n’apparaît pas à Hegel. Puisqu’une religion, aussi subjective soit-elle, repose sur des vérités intangibles, qui sont ses dogmes, il faut que ces dogmes aient un contenu. Quand ce contenu ne repose pas sur une autorité extérieure aux consciences individuelles, l’interprétation des sources pour déterminer le contenu des dogmes est laissée à chacun, mais si chacun est libre de trouver les dogmes qu’il veut dans les sources, il n’y a pas une religion mais une multitude de religions. Les croyants cherchent donc un moyen de définir un contenu pour leur religion commune, et si ce n’est pas l’autorité qu’est-ce donc ? La violence éclatera entre les positions opposées car voter sur le contenu des dogmes serait complètement inopérant (si ce n’est dans un concile où chacun accepte par avance, s’il est mis en minorité, de se soumettre), la minorité pouvant se séparer purement et simplement de la majorité pour créer une religion à part. La violence n’est guère mieux, si ce n’est qu’elle évite, par la mort des minoritaires, un schisme, mais nous sommes entre gens civilisés. Bref, un simple raisonnement devait conduire Luther à accepter une autorité de droit divin sur la communauté des croyants s’imposant aux consciences individuelles s’agissant des questions de religion. Si c’est impossible à la conscience libre, alors la religion chrétienne n’apparaît pas à l’horizon de la fin de l’histoire.

ix

L’arianisme était germanique, tout comme, pour Hegel, l’esprit du protestantisme. Le christianisme germanique au sens de Hegel aurait donc pu s’imposer dès les invasions barbares, sous la forme de l’arianisme. – Ce n’est pas un christianisme réservé aux peuples germaniques mais formé par l’esprit germanique et qui donne une juste place à l’individualité, à la particularité, tandis que le catholicisme, formé par l’esprit oriental, implique la soumission de l’individualité.

x

Hegel voit dans le wergeld (Geldbuße) des Saxons le témoignage que, chez eux, le meurtre était vu comme un simple dommage à la communauté, sans de plus profondes implications (sans doute morales, compte tenu des conceptions de Hegel). Mais le droit pénal qui se crée en supprimant le wergeld obéit à la même définition et par conséquent l’analyse de Hegel ne porte pas sur l’essentiel, qui est la différence entre préjudice (civil) et crime (pénal). Cependant, Hegel a raison de dire que le wergeld existait parce qu’il ne peut pas y avoir d’autre moyen de punir un homme libre, dans une société où justement ce sens de la liberté empêche selon Hegel de créer quoi que ce soit d’autre que des Volksgemeinden, jamais un État.

xi

Hegel lie la question du célibat à celle des moines qui sont l’armée du pape, mais cela n’a que peu de choses à voir : nous n’avons plus guère de moines et pourtant toujours des célibataires.

Man muß nicht sagen, das Zölibat sei gegen die Natur, sondern gegen die Sittlichkeit. Die Ehe wurde nun zwar von der Kirche zu den Sakramenten gerechnet, trotz diesem Standpunkte aber degradiert, indem die Ehelosigkeit als das Heiligere gilt.

Ce que je traduis : On ne doit pas dire que le célibat est contre la nature mais qu’il est contre la moralité. Le mariage a certes été placé au rang des sacrements par l’Église mais, malgré cette conception, elle l’a dégradé en voyant une plus grande sainteté dans le célibat.

Si Jésus avait vécu plus longtemps, il se serait marié.

Pourtant, le texte des Écritures est clair :

« À ceux qui ne sont pas mariés et aux veuves, je dis qu’il est bon de rester comme moi. Mais s’ils manquent de continence, qu’ils se marient ; car il vaut mieux se marier que de brûler. » (I Cor. 7:9)

La Bible ne dit pas : « Mariez-vous sinon vous brûlerez » mais : « Que ceux qui brûleraient à défaut de se marier, se marient. » Cela ne veut nullement dire que tout le monde brûlera s’il ne se marie pas, ce qui est la seule façon d’entendre le passage selon l’idée de Hegel que le célibat est contre la moralité.

(Je ne sais plus à quelle date le mariage des prêtres a été interdit par l’Église mais je n’entends parler de prêtres mariés dans aucune histoire !)

xii

La raison pour laquelle il n’y a pas eu de révolution en Allemagne, comme en France, c’est le protestantisme. D’où mon aphorisme hégélien : « Si la France avait gardé ses Huguenots, la Révolution française n’aurait pas eu lieu. » (Voyez Philosophie 6 ici.)

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Autre

Les régimes totalitaires ne suppriment pas toutes les libertés ni toutes les opinions. Par conséquent, quand les régimes démocratiques suppriment des libertés et des opinions, ils perdent toute supériorité morale – ou plutôt ils n’ont jamais eu la moindre supériorité morale, car, ainsi que leurs politiciens et magistrats aiment à le répéter, les libertés ne sont pas absolues. Les régimes totalitaires n’ont jamais dit autre chose.

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Dans un pays libre, par construction toute dissidence est contre la liberté. Être un pays libre, c’est donc supprimer au nom de la liberté toute dissidence. (Le seul pays qui ne raisonne pas entièrement ainsi sont les États-Unis d’Amérique.)

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Selon l’Allemand Börne, la révolution française de 1830 montra à l’Europe « l’heure qu’il est ». À l’Europe continentale ! Le modèle anglo-saxon ne semble se diffuser sur le continent qu’à travers la France. Il y a là un déterminisme géographique : la France est la voie de passage naturelle des idées anglo-saxonnes vers le continent européen. La révolution de 1830, tout comme les Lumières françaises, était une anglophilie, une anglomanie en acte. Mais c’est dans l’ensemble une pure apparence : le continent reste jacobin-hégélien.

L’attraction, mal comprise, que la France exerce sur ses voisins a une cause purement géographique : la France est la porte d’entrée de la pensée anglo-saxonne sur le continent.

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Il n’y a pas de politiquement correct en France, seulement du pénalement contraint. Dans les deux cas, aucune pensée dialectique n’est possible ; car le législateur français a raison de considérer que la dialectique demande une représentation équitable (sinon égale) des courants de pensée dans les moyens de communication, cette représentation étant laissée, aux États-Unis, au libre choix des médias, acteurs privés, dont le refus de laisser s’exprimer tel ou tel courant est alors ce qu’on appelle le politiquement correct (PC), mais le législateur français de son côté n’impose cette représentation équitable qu’entre les courants qu’il ne réprime point par la force de la loi, de la police et des tribunaux. La question que se pose donc l’individu, dans ces circonstances, pour juger de ce régime-là de « liberté », qui supprime toute possibilité de dialectique (de dialogue) sur des pans entiers de la pensée, c’est si la pensée qu’il se reconnaît (bien qu’en réalité être assuré de sa pensée exige une dialectique totale) est admise dans les limites de la dialectique resserrée autorisée par l’État. Si ce n’est pas le cas, et s’il ne croit pas que la majorité lui permettra jamais de dialoguer, il a dans cet État un ennemi objectif de ses buts existentiels. Car l’État, définissant ainsi cet individu comme un ennemi, n’a d’autre objet vis-à-vis de celui-ci que de réprimer ses buts existentiels. C’est en réalité la même chose pour tous les citoyens de cet État, même les plus conformistes, car l’État ne reconnaît pas non plus à ces derniers le droit de changer d’avis, si ce changement doit les faire verser dans le domaine réprimé de la pensée. Ce qui ne va pas, le plus souvent, jusqu’à l’anéantissement physique de l’individu, dont la force de travail, entièrement détachée de ses buts existentiels propres, reste utile à l’État. En revanche, dans le cas où la dialectique est empêchée par le PC, l’individu doit demander à l’État qu’il assure une représentation équitable. Autrement dit, dans un pays comme la France, l’individu doit demander la fin des lois contre la pensée, dans un pays comme les États-Unis il doit demander la fin du politiquement correct.

En l’absence de ces réformes, chacun de ces pays a un nombre plus ou moins grand d’ennemis au sein de sa propre population et, loin d’être à la fin de l’histoire, il est à la merci d’une guerre civile, autant que les États ennemis de ces États « libres ». Les États « libres » ne sont nullement protégés par leur liberté, puisque cette liberté n’a pas en elle de dialectique véritable, même si à cet égard le PC est a priori une meilleure garantie que la contrainte pénale, étant une forme de compromis.

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En N’Farce, un « principe intangible », c’est ce qui existe uniquement sur le papier. C’est ainsi que la liberté d’expression est intangible : on ne peut pas la toucher parce que personne ne l’a vue. C’est l’histoire de N’Farce.

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L’éthique est la science du subjectif. « La science » n’est à proprement parler que la science de l’objectif.

La science de l’homme est la sophistique. Le sophiste Thrasymaque, dans La République, est le père de l’anthropologie.

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La science est parvenue à rendre invisible l’anneau de Gygès.

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Il n’y a de science que sans conscience.

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Il dit qu’il est riche parce qu’il possède une voiture alors que son grand-père ne possédait qu’un mulet. Quand nous mettons les choses à parité, nous découvrons qu’il est à peu près aussi riche que le mulet de son grand-père.

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Dans un monde hégélien, l’art, d’où l’esprit s’est entièrement retiré, continue d’exister pour prouver à Hegel qu’il a tort (« j’existe, donc je n’ai pas disparu »), et c’est ainsi qu’il prouve que Hegel a raison, en se montrant comme une chose morte.

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Il faut une life-view à une œuvre pour qu’elle soit un chef-d’œuvre (Kierkegaard). C’est pourquoi le cinéma ne sera jamais au-dessus du cirque, même quand il adapte des chefs-d’œuvre de la littérature.

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Reverdy : ce n’est pas du vers libre. Ce n’est certes pas non plus de la versification classique (quoi que, le panachage des mètres d’un La Fontaine y ressemble beaucoup) mais Reverdy se donne toute la peine du monde pour écrire une poésie de recherche formelle en opposition à la spontanéité du vers libre. À côté du vers blanc (de Robert Sabatier par exemple), de la recherche formelle d’un Reverdy, avec ses vers métriques, ses rimes plus qu’occasionnelles, la spontanéité du vers-librisme a-t-elle autant de représentants que cela ?

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Le monde n’a pas attendu la liberté de penser, le plus grand apport de l’Amérique au monde, pour produire de grands penseurs. En revanche, le monde attend toujours le penseur américain qui puisse se comparer aux penseurs que le Reich allemand n’a pas empêchés.

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Si j’achète de la propriété foncière à l’étranger, je n’achète pas en même temps un droit de souveraineté. L’idée de fonder un État juif en achetant des terres était complètement absurde ; se servir d’acquisitions en bonne et due forme de parcelles ici et là comme d’un justificatif au fait accompli de l’expulsion massive de populations est une insulte à la raison.

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L’idée de progrès nous est-elle donnée par autre chose que par la synthèse continue de l’empirisme ? Oui, par la raison pratique. L’une et l’autre nous donnent cette idée comme une fiction, sans réalité empirique. – Il n’y a donc pas d’histoire empirique.

Il y a une forme d’insensibilité dans le fait de croire au progrès moral du monde, car c’est être foncièrement insensible à l’horreur du mal que d’être capable de minimiser le mal présent en le comparant au mal passé, supposé plus grand. Le mal présent est pour la sensibilité morale toujours plus grand que le mal passé car c’est celui dont elle souffre, par conséquent il ne peut y avoir de progrès moral du monde du point de vue moral, qui est aussi une forme de sensibilité et non une pure intellection. Il n’est de progrès moral que de l’individu. Et comme l’individu ne peut trouver d’encouragement à son progrès moral individuel dans un progrès moral du monde auquel il participerait ou qu’il accompagnerait, son seul encouragement est dans l’idée d’une vie après la mort.

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Quand un magistrat dit que l’homme est libre parce que, dans son travail de magistrat, il envoie les uns en prison car ils sont responsables de leurs actes et les autres aux petites maisons car ils sont aliénés, il prend une déformation professionnelle pour une aptitude philosophique.

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Il n’y a pas plus de trois dimensions de l’espace car on ne parle pas ici d’une échelle de dimensions (comme on parle d’une échelle ou d’un spectre pour une quelconque qualité physique) dont nous n’intuitionnerions que trois naturellement. Nous parlons de la forme même de notre esprit dans son rapport à l’expérience possible. Il n’y a plus de trois dimensions qu’en dehors de l’expérience possible, c’est-à-dire dans la pure imagination.

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Qu’est-ce que savoir penser ?

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Comme l’homme n’a que l’intuition de la mort, l’idée d’âme immortelle n’est pas contradictoire.

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Il est certain que Sartre n’a été influencé en rien par Kierkegaard, trouvez un autre père à l’existentialisme. Il est d’ailleurs tout trouvé : c’est Hegel.

G.W.F. Hegel n’est pas seulement le père de Karl Hegel mais aussi de l’existentialisme.

J’espère voir un jour un film sur la vie de Hegel avec une scène mémorable dans laquelle il dirait à son fils : « Karl, tu es ce que j’ai fait de mieux. »

De quoi parlait Hegel avec son coiffeur ? De Karl.

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La philosophie, c’est tout ce que pense un philosophe moins ce qu’il pense malgré lui.

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Le Soll humain ne dépend pas de connaissances empiriques : c’est ce que veut dire « La vocation de l’homme est morale ». La morale n’est pas relative. Elle le serait si elle était un savoir (savoir de ce que je dois faire) incomplet, si les valeurs morales dépendaient d’un savoir empirique, celui-ci étant incomplet (c’est une synthèse en cours). Si la morale est relative, personne n’est moral ou seulement par hasard, car le savoir qui permettrait de l’être en connaissance de cause fait forcément défaut. Il faudrait avoir un savoir absolu pour agir moralement. Dire que la morale est relative, c’est donc supprimer le Soll pour un Tun entièrement déterminé ; c’est ce que fait le matérialisme, c’est ce que fait la science. Or le Soll ne dépend pas d’une connaissance empirique mais de « l’intuition » de la Loi morale.