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Philosophie 5 : Autour de l’existentialisme de Kierkegaard
Toutes les recherches historiques, même celles entièrement consacrées aux « grands hommes », n’ont affaire qu’à des médiocrités. Il n’y a pas d’histoire dans le monde de l’esprit, mais un dialogue.
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Obligé de faire de la politique : les avertissements de Platon et de Cicéron†. Même si c’est en se pinçant le nez.
†« Comme si, vraiment, pour des hommes de bien, courageux et magnanimes, il pouvait exister un motif plus légitime de s’occuper de politique que de se soustraire à l’autorité des pervers et de les empêcher de mettre l’État en pièces. » (Cicéron, La République)
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Notes sur les Miettes philosophiques de Kierkegaard
Il n’est pas permis de postuler le « néant du non-être » (p. 125 dans l’édition Tel) dès lors que l’on distingue l’être et l’essence comme le fait Kierkegaard : « la nécessité concerne l’essence, en ce sens que la catégorie de l’essence est justement d’exclure le devenir. » (127, par ex.) Puisque, selon cette distinction, l’être n’est pas l’essence, le non-être n’est pas forcément la non-essence, et si l’essence n’est pas le néant, alors le non-être peut ne pas être le néant dès lors que le non-être peut être l’essence. Or, puisque l’essence n’est pas l’être, à supposer que la réalité (le tout) se partage entre les deux, être et essence, le non-être participe de l’essence et non pas du néant. Et l’on ne peut supposer que la réalité se partage entre l’être et le néant seulement puisque l’on a posé l’essence : si l’on pose à la fois l’être et l’essence, le non-être n’est pas le néant puisque est posé à côté de l’être l’essence, et si le non-être était le néant l’essence serait aussi le néant (n’étant pas l’être) et il n’aurait pas fallu la postuler. D’ailleurs, Kierkegaard distingue les deux afin de pouvoir distinguer la nécessité de la liberté, la nécessité n’étant pas dans l’être mais dans l’essence qui exclut le devenir. Selon ces postulats, le non-être est le non-devenir, c’est-à-dire l’essence, et non le néant. Par suite, la définition de la foi par Kierkegaard, qui est qu’« elle croit au devenir, elle a alors aboli en elle l’incertitude correspondante au néant du non-être » (125), est défectueuse.
De même est fautive l’idée que le passé n’est pas nécessaire parce qu’il est devenu et qu’en devenant il n’était pas nécessaire, et que « l’entendement ni la connaissance n’ont jamais de quoi donner » (121). Est nécessaire ce qui, étant, ne peut être autrement. C’est le cas du passé : il est nécessaire. Kierkegaard adopte une autre définition : « n’est pas nécessaire ce qui aurait pu être autrement », une définition négative qui, positivement, s’exprime « est nécessaire ce qui n’aurait pas pu être autrement », ce qui n’est pas faux mais incomplet : en introduisant un rapport de temporalité limitatif par rapport à la définition plus globale valable pour tous les rapports de temporalité et même en dehors de tels rapports, Kierkegaard se croit autorisé à introduire une exception à la définition globale, mais comme cette dernière est juste, en même temps que complète, elle ne souffre pas cette exception.
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On ne peut en philosophie appeler « esprit supérieur » un penseur dont on est plus ou moins contemporain et que l’on contredit sur l’essentiel, ce que fait Kierkegaard avec Hegel (119, note 2) – car on pourrait, autrement, appeler un charlatan qui trompe beaucoup de gens un esprit supérieur, mais la philosophie nous prévient d’adopter un tel point de vue. De fait, appeler esprit supérieur un philosophe que l’on contredit, c’est le traiter de charlatan, et les injures perfides ne sont guère honorables. Si Hegel s’est fourvoyé dans les grandes largeurs, ce n’est pas un esprit supérieur, et la quantité d’écrits qu’il laisse n’est autre que le témoignage d’une hubris monumentale.
Les philosophes du lointain passé peuvent être dits des esprits supérieurs même si l’on est en désaccord avec eux car c’est par le truchement d’esprits encore plus grands qu’ils n’étaient que leurs vues nous paraissent à présent erronées. Devant une œuvre abondante dont on ne peut rien tirer, ce n’est pas d’esprit supérieur qu’il faut parler ; il y avait là, si l’on veut, des forces organiques supérieures à la moyenne, qu’un choix dirigea vers la rédaction de cours et de livres, mais pour donner à ces productions un caractère réellement philosophique il manquait l’organe qui permettrait de parler d’esprit supérieur. Et l’excuse trouvée par William James pour ces livres dont il qualifie à juste titre le style d’abominable, à savoir que les vérités d’un « visionnaire » sont forcément difficiles à exprimer, est le moins approprié qui soit, car ces livres sont justement la preuve que faisait défaut l’organe nécessaire au visionnaire, un organe suffisamment fin pour recueillir dans le commerce courant de la vie une abondance d’intuitions qu’il s’agit ensuite, en philosophie, de formuler en concepts.
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Notes sur le Post-scriptum aux Miettes philosophiques de Kierkegaard
Que l’objectif (versus le subjectif) soit, pour Kierkegaard, un mouvement d’approximation perpétuelle rappelle la synthèse empirique infinie chez Kant, à front quelque peu renversé : chez Kant la raison empirique est l’objectif mais une partie de celui-ci seulement car ce qui correspond au subjectif de Kierkegaard est chez Kant la raison métaphysique. Chez les deux le caractère de progression infinie n’est pas considéré comme une supériorité comme dans le scientisme, mais comme une sorte d’infirmité, clairement chez Kierkegaard (car cela s’oppose à la béatitude éternelle), un peu moins clairement chez Kant, dont le dessein principal était d’éteindre les controverses stériles de la métaphysique traditionnelle. (Mais c’est là aussi une préoccupation de Kierkegaard, même s’il parle plutôt d’exégèse philologique et historique.)
Considérer une progression infinie comme une supériorité (scientisme) est une erreur d’interprétation. (Cette erreur n’est d’ailleurs possible que parce que le scientisme passe sous silence ce caractère de la connaissance empirique et n’insiste que sur sa qualité d’être expérimentale.)
« Un sujet objectif fictif » versus le sujet existant (Kierkegaard). Or le sujet empirique n’est ni plus ni moins fictif que la subjectivité formelle universelle. Le sujet existant est l’empirie du moi, donc, oui, il est un devenir infini (dans la limite empirique de l’existence), mais en même temps sa forme est universelle et immuable, et peut se connaître parfaitement (dans une métaphysique achevée). – Au point de vue schopenhauerien, le sujet existant est une objectification de la volonté, mais le sujet connaissant est la volonté elle-même, qui se dévoile à elle-même. Le sujet connaissant se connaît comme une manifestation contingente de la chose en soi qu’il est. Chez Kierkegaard, la direction de la pensée est déterminée par l’idée de bonheur personnel éternel : les tribulations de cette manifestation contingente prennent la place prééminente car c’est de son salut qu’il s’agit. Enfin, dans le kantisme, l’achèvement de la métaphysique veut dire la fin de l’âme personnelle, car cette Idée n’a plus de sens dans la connaissance métaphysique achevée : elle doit, semble-t-il, se désagréger dans un « pananimisme » indivisible.
ii
Qu’est-ce qui pourrait justifier, à part la béatitude éternelle, une vie philosophique ? Toute autre recherche semble tellement triviale quand on donne à la passion un tel objet (la béatitude éternelle). Toute recherche, toute occupation n’est alors en effet qu’une « parenthèse ». S’il manque quelque chose de fondamental à l’homme dépourvu de foi, de bien plus fondamental qu’un « sens à la vie » pour le pathos, qu’une ancre contre le suicide, la foi sera maintenue : qu’est-ce que cela pourrait être ?
iii
Si la raison n’est pas faite pour le bonheur, peut-on dire cependant qu’elle est faite pour le bonheur éternel ? – On sait que la réponse de Kant, qui est pourtant l’auteur de la pensée selon laquelle la raison n’est pas faite pour le bonheur, est oui, puisque c’est de cet oui que Kant tire les Idées de la raison.
iv
L’existentialisme de Kierkegaard est un rejet de la métaphysique comme d’une pensée objective car le salut chrétien de l’âme implique le maintien de la pensée subjective (en perpétuel devenir) devant Dieu. Cette attitude, Kierkegaard le dit lui-même, est une folie car elle rend la spéculation impossible. Le chrétien refuse la métaphysique désindividualisante. – Mais l’individu n’est individualisé que par des degrés sur une échelle infinie (même de 0 à 1 les degrés sont infinis) d’un template commun et c’est bien l’idée de celui-ci qui représente une valeur pour l’activité de pensée (platonisme). Pourtant, j’éprouve du regret d’être opposé à Kierkegaard.
Le sujet existant est sans cesse dans le devenir car il s’approche – Lénine dirait asymptotiquement (x) – de l’absolu. Chrétiennement, cela s’entend : la créature cherche à se perfectionner pour être aussi parfaite que possible et donc aussi semblable que possible à son Créateur, et son effort est récompensé par le bonheur éternel. Si le template est Dieu, il ne peut être connu parfaitement (l’achèvement de la métaphysique est impossible). L’achèvement possible de la métaphysique est la proposition la plus hardie de Kant – mais rigoureusement conséquente.
v
La possibilité de l’hypocrisie d’autrui n’est angoissante (l’angoisse d’être dupé sur des questions existentielles fondamentales) que si l’individu n’a pas la foi, car s’il a la foi l’hypocrisie d’autrui n’a point de prise sur son salut. Il ne peut penser être lésé par l’hypocrite que s’il attache un prix aux biens et jugements de ce monde. L’hypocrite ne peut porter aucun tort à l’éthique en se servant d’elle pour assouvir des passions terrestres contraires à l’éthique.
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Autres Notes sur Kierkegaard
Le christianisme ne peut pas être toujours comme à l’époque de Jésus, des apôtres et des persécutions et martyres car la volonté de Dieu doit être que la vérité, donc le christianisme se répande sur la terre. Il doit par conséquent venir un temps où le christianisme ressemble forcément à la « Christendom » (dans la traduction anglaise) dénoncée par Kierkegaard, puisqu’il n’aurait plus de persécuteurs mondains. Dans ce cas, on peut soit continuer par tradition à parler des prêtres comme de « témoins » bien qu’ils ne souffrent pas le martyre soit y renoncer parce que ces prélats ne souffrent pas le martyre, mais le fait que les prélats ne souffrent pas le martyre n’est tout de même pas une objection contre cette forme de christianisme, car c’était la volonté de Dieu que le christianisme triomphe de ses persécuteurs. Prétendre que le christianisme triomphant dans le monde serait nécessairement une déviation par rapport au Nouveau Testament, c’est vouloir que le christianisme soit éternellement persécuté dans ce monde, mais pourquoi Dieu aurait-il fait connaître sa parole aux hommes sinon pour le triomphe de la vérité ? Kierkegaard cherche à se convaincre que le christianisme pourrait être autrement. C’est ce que je ne puis croire : s’il n’avait triomphé en « chrétiennerie » médiocre, il aurait disparu de la surface de la terre ou végété en secte philosophique quelconque.
Kierkegaard passe complètement sous silence l’espèce de sacrifice que chacun de ces paroissiens et même les prélats grassement rémunérés par l’État danois consentent pour maintenir un ordre social bourgeois et bovin, sacrifice qui peut les conduire à voir leur vie à la lumière de l’enseignement et de la passion du Christ, et ce pas complètement à tort. Le respect scrupuleux des liens du mariage peut demander de renoncer à bien des plaisirs charnels, le pain se gagne « à la sueur du front » (mais qu’en sait au juste l’héritier Kierkegaard, qui vécut de l’héritage de son père et mourut – trop tôt – avant de l’avoir entièrement dilapidé ?), et toutes les autres contraintes qui retiennent d’être un bandit ou un clochard peuvent, ma foi, être une croix assez lourde à porter. Sans compter qu’à l’époque bien des parents perdaient des enfants en bas âge. Et les douleurs de l’enfantement (l’équivalent vétérotestamentaire féminin de la sueur du front), la maladie, la vieillesse… Ainsi Kierkegaard manque-t-il de charité. Personne ne se soustrait aux misères du vouloir-vivre. La religion console.
La souffrance inhérente au vouloir-vivre provoque une hétérogénéité au monde suffisante. Tout être souffrant, c’est-à-dire sensible, est hétérogène au monde.
Kierkegaard semble voir la même chose que Nietzsche dans la charité, quelque chose de grégaire, qui ne se trouve pas, en outre, dans le Nouveau Testament, lequel consisterait à « aimer Dieu et haïr l’homme ».
Pour Kierkegaard, la consolation est l’épicurisme du christianisme mais le christianisme n’est pas un épicurisme, au contraire de la chrétiennerie. On peut faire remarquer avec Cioran qu’Épicure était un souffreteux ; cela pourrait décrire l’état de chrétien en chrétiennerie. Et Kierkegaard serait assez nietzschéen : l’homme qui souffre au-dessus de la médiocrité souffrante.
ii
Chez Schopenhauer, la religion est plus populaire que la philosophie, ou plutôt la religion est populaire et la philosophie ne l’est pas. Mais pour Kierkegaard le christianisme réel est une chose excessivement impopulaire, un chrétien un être rare, et c’est la trahison de la religion, la chrétiennerie, qui seule est populaire.
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Le chrétien, selon Kierkegaard, ne croit pas au progrès : celui qui croit au progrès est le serviteur de ce monde. – Sot panthéisme, c’est par toi que l’épicurisme corrompt la vérité souffrante !
Scolie sur la poésie de Victor Hugo. – Poésie raisonneuse, qui tend à se détacher de l’intuition parce qu’elle la soumet à des abstractions, cherche à raisonner, à conceptualiser, même par l’image. C’est là le vrai sens du « niais », selon le mot du critique Lanson, chez Hugo. Les éléments restent hétéroclites, inassimilables. – Et ce Dieu scolastique avec lequel on n’a de rapport, ô paradoxe, qu’à travers la nature, quel désert ! alors que ce qui en vivifie l’idée est le commerce familier, faisant complètement défaut à Hugo, qui sent Dieu dans la nature, non en lui. Sot panthéisme : chercher Dieu hors de soi, dans les choses !
iv
Kierkegaard est un de ces grands noms qui ont vécu pour et non de la philosophie, et il se sentait bien seul face à une Universitätsphilosophie complètement hégélianisée, tout en subissant d’indignes attaques de la presse (l’affaire du Corsaire).
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La morale est la chose la moins relative du monde. Dans quel pays l’assassinat est-il moral ? – On dira : « Oui mais la guerre permet l’assassinat. » Et dans quel pays ce distinguo n’est-il pas fait ? Il est tout aussi universel. Jusqu’aux erreurs concernant la morale sont universelles.
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Pour Schopenhauer, le bouddhisme est une religion de la négation du vouloir-vivre, mais alors pourquoi le Bouddha a-t-il rejeté l’ascétisme après sa période ascétique, pour adopter une doctrine du juste milieu ? Le juste milieu n’est-il pas une négation de la négation, n’est-il pas ainsi plutôt une correction du vouloir-vivre ? Ou bien en quoi, autrement, l’ascétisme serait-il une modalité fausse de la négation, pourquoi devait-il être rejeté s’il sert la négation ? Et que sert le juste milieu, quel est son but, si l’ascétisme dont il s’écarte sert la négation ?
Les pénitences spectaculaires écartées par la doctrine du juste milieu sont la preuve de la négation, donc le meilleur encouragement, laissant le moins de doute quant à la réalité de la négation. – Mais elles peuvent aussi être le charlatanisme d’esprits pervers et désaxés.
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Le sexe rend paranoïaque et plus la puissance génésique est forte chez un individu (mais peut-on dire qu’il est des individus normalement constitués où elle ne soit point forte ?), plus le monde se présente à son intellect comme un jeu d’apparences trompeuses et de dissimulations qu’il faut percer et démystifier en permanence, et plus d’ailleurs il doit être sujet à des distorsions extrêmes du réel, telles que, par exemple, s’il tarde à s’initier, qu’il est le seul de son état où qu’il se trouve, puis, initié, qu’il est le seul dans son entourage à faire ces expériences, ce genre de choses. Parce que le sexe est le domaine de la dissimulation et du mensonge par excellence : selon la psychologie évolutionniste, nous avons développé une intelligence pour mentir et tromper au sujet de notre activité sexuelle et c’est pourquoi l’homme est l’animal paranoïaque par excellence, même si les singes le sont à leur échelle. Chez les grands singes, c’est le mâle dominant qui est le type suprême du paranoïaque puisque, par le monopole des femelles, il est constitutionnellement le plus grand cocu possible. Or son statut au sein de la horde lui confère également un avantage hormonal par la surabondance de production d’hormones sexuelles mâles ; où l’on pourrait voir une confirmation de l’affirmation ci-dessus selon laquelle plus l’individu est sexuellement puissant plus il est paranoïaque. Cela dit, les individus inférieurs ont leurs propres angoisses existentielles, liées aux conséquences possibles des insuffisances de la dissimulation : soit l’abstinence totale soit les représailles impitoyables du dominant. Par ailleurs, l’état d’infériorité sociale s’accompagne de la production d’hormones du stress, toxines débilitantes, et il faut également supposer, dans le cas où l’individu inférieur parvient à s’attacher pour des relations illicites régulières une certaine femelle, qu’il développe la jalousie paranoïde typique du cocu potentiel (tout mâle en relation de couple) ; même s’il est toujours cocu par définition par rapport au mâle dominant, le seul possesseur légitime de la femelle en question, à supposer qu’il ne puisse être physiologiquement jaloux par rapport à cette relation légitime préétablie, il peut craindre de devenir cocu secondaire du fait d’un troisième mâle, et ainsi de suite.
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Il s’imaginait que les gens lui disaient « Vous irez loin » et quand il devint un vieillard décrépit il se l’imaginait toujours, mais comme il n’était allé nulle part il se dit alors que c’étaient les anges qui lui parlaient depuis l’autre monde.
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« Voici le temps des Assassins. » Même au sens de haschischin il y a l’idée d’assassinat car les Assassi étaient en quelque sorte des tueurs professionnels. Cette lecture est confirmée par plusieurs passages d’Une saison en enfer : « un crime… », « dangereux pour la société »… On ne peut ramener cette façon de choquer le bourgeois à la simple revendication du haschich – mais les enseignants de l’école publique et les critiques de maisons d’édition subventionnées n’ont pas le choix.
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Rimbaud, l’anti-Verlaine. (Voyez Rimbaud inconnu : L’Ascétique ici)
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L’économie du don de la vie
Se consoler de la vie en ayant un enfant : ce n’est pas un cadeau, ce dont il faudra que cet enfant se console. Ne se console-t-on pas mieux à la pensée qu’on épargne la vie (à des créatures qui ne la demandent pas) ?
La vie était triste, la vie était absurde, mais voilà j’ai un enfant, et c’est magnifique ! – Et que donnes-tu à cet enfant, sinon la vie ? S’il ne peut, lui, avoir d’enfants, comment trouvera-t-il la vie magnifique à son tour ? De toute façon, il n’est pas clair si tu remercies ou demandes des remerciements…
Mon enfant m’a sauvée : avoir un enfant m’a sauvé la vie. Donner la vie pour pouvoir aimer la vie. N’aimer la vie que parce qu’on pense un jour donner la vie. Quelle est la valeur de ce qui est donné dans ces conditions ? La vie m’est insupportable tant que je ne donne pas la vie à mon tour. Je donne quelque chose que je n’aime pas si je ne le donne pas. C’est celui qui donne qui doit dire merci : ce don n’a pas valeur de don.
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Dès lors qu’il est permis d’accuser devant la Cour européenne des droits de l’homme une cour nationale d’avoir foulé aux pieds le droit d’une partie à un procès équitable, on comprend que la vidéo soit toujours interdite dans les audiences en France : les tribunaux cherchent à empêcher la collecte de preuves.
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Quand on dit d’un Sartre, par exemple, qu’il a cherché par le paradoxe à renverser les évidences les mieux établies, d’aucuns répondent que c’est bien là le propre d’un philosophe : prendre le contre-pied du sens commun qui n’examine rien. Oui, c’est ce que fait un philosophe. Mais renverser les évidences les mieux établies par la philosophie, c’est ce que fait le sens commun banal.
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Il est absurde de donner à ce qu’on entend par l’amour platonique ce nom, car l’auteur de la pensée d’où on le tire n’est autre que Socrate, époux et père de famille.
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La critique paparazzi : ils sont évidemment pour Proust contre Sainte-Beuve mais comme ils font aussi toujours le contraire de ce qu’ils disent, le problème est bien qu’ils se prononcent contre celui qui a tort.
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La culture est une forme d’abrutissement, comme tout ce qui vise à maintenir à flot le vouloir-vivre. La culture contre « l’Ennui » (Baudelaire, Apollinaire…), contre la dépression qui est un premier pas vers la négation du vouloir-vivre. Une forme d’abrutissement comme toute consolation. Être choqué pour ne plus s’ennuyer : être choqué console. Et la culture est forcément immorale car ceux qui ont déjà la religion comme consolation n’ont pas besoin d’une autre, tout comme ceux qui ont de la culture n’ont pas besoin de religion, ou s’ils en ressentent le besoin ils abandonnent l’aliment culturel au cours de leur conversion. Or la religion est supérieure à la culture car elle est à la fois consolation pour les uns et possiblement la voie de la négation (la seule voie du salut) pour les autres, tandis que la culture est pure consolation, pur abrutissement. Étant entendu, par ailleurs, que la philosophie véritable n’appartient pas à la culture et au contraire lui est opposée (Platon bannissant les poètes de sa Cité) : on entre en philosophie comme en religion, par une conversion contre la culture. Autrement, comment expliquer que les grands philosophes, ces grands esprits, n’aient pas écrit de poésie, de romans ? Qu’on ne prétende pas m’opposer un Diderot, un Voltaire, un Sartre, esprits superficiels. Et Nietzsche, qui repoussait cette vérité que j’énonce, a écrit des vers de mirliton.
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Quand je ne suis pas choqué, ça m’ennuie.
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Le débat en France est réduit au constat de basse police, si bien que les pandores se prennent pour les vrais intellectuels du pays (de manière pas complètement injustifiée).
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L’espion malheureux. Il faisait des fiches si détaillées et si bonnes sur les ennemis de l’État qu’on lui disait toujours : « Merci mais nous les connaissons à présent trop bien pour vouloir les tuer. »
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Les gâteux de trente ans protestent contre la poésie engagée. Ils y voient des « mots d’ordre », et la maréchaussée leur fait les yeux doux.
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Il n’y a pas d’idées extrémistes, seulement un État autoritaire.
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La force que démontre le contrôle de soi suscite la satisfaction de soi quand l’appétence est forte, mais quand cette appétence faiblit avec l’âge (ou d’autres circonstances) la force qui la maîtrise ne provoque plus aucune fierté car elle peut être débile et parvenir néanmoins à ses fins : il n’y a plus de mérite.
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Le « triomphe de la volonté » : ceux qui en ont parlé pensaient sans doute davantage au triomphe sur les choses qu’au triomphe sur soi-même. Je dis « sans doute » car on ne les a pas étudiés, l’état d’esprit dans lequel on les a abordés jusqu’ici étant incompatible avec l’étude (je n’ai pas besoin d’insister).
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Ceux qui parlent d’éduquer les gens feraient mieux de commencer par faire en sorte qu’on veuille leur ressembler. Quand des pourris veulent éduquer les gens…
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Ah, on a enfin retrouvé les poèmes qu’Apovulgaire n’osa jamais publier tellement il les trouvait mauvais. Quelles délices !
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L’Université est en ébullition, on vient de trouver un inédit du plus grand de nos poètes : « Je soussigné, Guillaume Apovulgaire, dois la somme de 30 frs. à M. Émile Bourmont, aubergiste. À Champigny, le 3 mars 19.. » (« Rien n’est indifférent de ce que nous a laissé Apovulgaire. ») C’est là l’origine exacte du vers libre en forme de prose.
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À Hugo : L’infini n’a rien de poétique.
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La rupture avec le classicisme est aussi bien allemande que française mais l’on ne trouve pas là-bas cette satyriasis qui marque notre littérature nationale depuis cette rupture, qu’il faut donc qualifier chez nous d’infortunée. – Mais : « Musset (que Hugo abhorrait) ».
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Victor Hugo n’est pas poète. Cf. Schopenhauer : ventre et sexe ruinent la véritable émotion esthétique (cela ne s’applique pas seulement à la description mais aussi à l’évocation). Que le sexe soit omniprésent dans une culture, ses productions culturelles, indique que le public ne recherche pas l’émotion esthétique, à laquelle il est étranger, mais des conseils en matière sexuelle, un exemple, un témoignage.
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Le surhomme nietzschéen est l’antithèse du Français suradministré, car « l’administré » est à peine un homme.
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« Le bien est utile par nécessité. » (Jamblique) C’est ce qui échappe à l’utilitarisme, pour qui le bien est l’utile contingent. Dire que le bien est l’utile, c’est rabaisser le bien au niveau du contingent car l’utile dépend des circonstances (même en admettant que les individus soient tous semblables). Or, la loi étant par nécessité générale, le nomothète est par nécessité à la recherche du bien en tant que connaissable a priori, donc indépendamment des circonstances. Il ne peut pas se demander : « Qu’est-ce qui est utile (ou le plus utile) ? » mais seulement : « Qu’est-ce qui est bien ? » ou « Qu’est-ce qui est le mieux ? »
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Les États-Unis ont inventé le contrôle de constitutionnalité en posant, à la fois contre l’absolutisme français et la Constitution anglaise non écrite, le principe de la faillibilité du gouvernement, de la possibilité pour le gouvernement d’agir inconstitutionnellement. En France, l’argument des gouvernants, que le gouvernement incarne la République et est donc son gardien naturel, revient à un argument d’infaillibilité : le gouvernement incarnant la République ne peut agir contre les principes républicains, et les ennemis du gouvernement sont les ennemis de la République. Bref, on n’a toujours rien compris, en France.
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La discipline des trotskystes en fait de bons petits fonctionnaires de l’État capitaliste.
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L’entrée des femmes sur le marché du travail s’est faite sur un salaire d’appoint. L’égalisation s’est faite par élévation du salaire d’appoint mais aussi diminution du salaire principal (relativement à l’inflation des prix). En conséquence, les deux salaires sont devenus nécessaires pour faire tourner un ménage. En même temps, cette situation freine la mobilité des ménages car si l’un doit se déplacer l’autre doit retrouver un emploi, tandis qu’auparavant le travailleur pouvait emporter son épouse avec lui comme le reste de ses bagages ; à présent toute mobilité a un coût d’opportunité. Le management de projet (l’emploi à durée déterminée sur projets) implique le nomadisme sexuel : les ménages ne peuvent rester stables qu’au prix de grandes difficultés (et en tout cas cette stabilité a un coût d’opportunité).
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500.000 élus en France : 99 % pour du bla-bla. Combien d’élus aux États-Unis ? Juges, procureurs, shérifs, coroners, etc.
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Antonin Artaud veut faire de l’art scénique quelque chose de mystérieux qui échappe au commun des mortels, mais tout ce qui est technique et plat échappe au commun des mortels, qui n’est pas spécialisé dans le domaine en question.
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La science positive (« européenne ») est conforme à la vocation de l’homme et tout ce qui le nie est absurde. Cependant, l’important est de relever qu’elle est une fonction inférieure de l’esprit. On ne pourra pas s’en débarrasser, sans détruire l’esprit lui-même, ni la surmonter, parce qu’elle est un processus infini. Elle est, si l’on veut, une passion inférieure à peine moins inférieure que les autres (un instrument du vouloir-vivre).
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Si je ravale la science à un rang inférieur, si j’affirme qu’une existence consacrée à la pensée expérimentale, à conduire des expériences de laboratoire, est une existence inférieure, ne crée-je pas les conditions d’un structural overload (Lothrop Stoddard) ? Si je réfute le scientisme comme une illusion, même en affirmant que l’activité scientifique positive est indubitablement conforme à la vocation humaine, ne crée-je pas un problème motivationnel au sein de la société, que celle-ci doit chercher à réprimer pour le maintien de son infrastructure technique de plus en plus complexe ? Si le savant n’est pas convaincu que son activité soit le couronnement de l’intellect humain, alors même qu’il est malgré lui comique dans la vie (cf. Kierkegaard), les grands esprits ne chercheront pas cette existence, mais plutôt, par exemple, l’existence religieuse, et la société est alors menacée de s’effondrer sur elle-même. La science est donc vouée à esclavagiser l’esprit humain, à faire de tous les esprits capables des « spéculants », des théoriciens privés de subjectivité. Elle attaque frontalement la religion non parce que ses résultats invalideraient cette dernière – les vérités empiriques n’ont aucune portée dans le domaine métaphysique, et même le fait empirique que l’homme descende du singe ne peut contredire la réalité métaphysique de la primauté de l’esprit sur la matière – mais parce que son intérêt pratique se trouve dans le recul de la religion. Le scientisme attaque la religion au nom du postulat absurde que tout est empirique, parce que la religion est le dépôt millénaire de la métaphysique. Il ne peut y avoir de compromis, il faut que l’homme donne à son activité intellectuelle soit le cachet métaphysique soit le cachet empirique. C’est un résultat historique : l’esprit doit s’absorber dans l’objectif expérimental pour maintenir un état de civilisation matérielle complexe. Mais c’est au détriment de la vocation humaine, dont l’élément métaphysique ne peut s’évincer, alors que l’élément empirique peut l’être, l’a déjà été – avant l’idée de progrès. Car même si la pensée expérimentale est une fonction inférieure, nous arrivons au stade où tous les esprits supérieurs doivent être mobilisés là pour prévenir un effondrement.
(Cas particulier de l’esclavage technique de l’Occidental sécularisé vis-à-vis des pétrothéocraties islamiques.)
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Évoquant le kantisme de Woodrow Wilson, John Marini (Unmasking the Administrative State, 2019), avec Leo Strauss, dont il est un élève, daube sur Kant. Il ne comprend pas que fonder les droits humains sur la nature (comme les Pères fondateurs américains) ou sur la loi morale (comme Kant) ne peut au plan pratique impliquer aucune différence fondamentale ou même seulement significative. Peut-être ne pourrait-on parler de « droits naturels » dans le cas d’un fondement dans la loi morale mais cela n’en fait pas moins des droits fondamentaux inaliénables que la république doit garantir, y compris contre les empiétements de l’État. – De toute façon, mettre Kant et Hegel, ce fanatique de l’État, dans le même sac est de la bêtise. Et une histoire de la philosophie qui ignore Schopenhauer ne vaut à peu près rien, si elle vaut quoi que ce soit. (Il est vrai que l’histoire de Strauss et Cropsey est celle de la « philosophie politique », mais il y a dans Schopenhauer tous les développements que l’on puisse souhaiter sur la théorie de l’État, du droit, etc.) (Pas d’entrée non plus sur Kierkegaard, que Strauss range avec Nietzsche parmi la réaction non théorique, et donc fausse, à l’historicisme hégélien.)
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Libertarien : Superman épicier.
Journal onirique 17
Période : décembre 2020-janvier 2021.
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Les enfants de bois
(Los niños de leño)
En séjour linguistique à l’étranger, je suis hébergé par une famille catholique très dévote. Il se trouve dans la famille ce qu’on appelle un « enfant de bois ». Dans le ventre de la mère, des particules du bois de la sainte croix (santo leño) où fut martyrisé le Christ se mêlent au matériel génétique des parents au cours du développement de l’embryon, qui naît « enfant de bois ». La présence d’un tel enfant dans une famille a les mêmes vertus mystiques et miraculeuses que la possession d’une relique de la sainte croix (relique qui se présente en général sous la forme de deux échardes croisées dans un reliquaire). L’enfant de bois ne peut se déplacer car il est atteint d’une sorte de lèpre éléphantiaque, provoquée par les particules du bois saint, qui lui donne une apparence à la fois chétive et monstrueuse, certains organes étant atrophiés, d’autres boursouflés.
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Un conte picaresque
Avec N. nous quittons la ville pour mener une existence de picaros. Dans la vaste plaine, nous voyons venir vers nous une sorte de Maître Renart – un renard anthropomorphe – accompagné d’un petit chien. Les deux cherchent leur nourriture en flairant la terre. Avançant ainsi la truffe contre le sol, le chien va manifestement se cogner contre moi. Je ne cherche pas à l’éviter, pensant qu’il serait inutile de chercher à prédire sa trajectoire erratique, et je crains donc, comme c’est un animal vagabond à moitié sauvage, que le choc le mette en colère et le conduise à me mordre. Il finit en effet par me heurter mais loin de se mettre en colère, la surprise une fois passée il paraît au contraire, par son exubérance joyeuse, me témoigner une vive affection.
Maître Renart, admiratif de la réaction du chien, nous aborde. Il cherche à me faire sentir le caractère extraordinaire de cette réaction et dit que le chien a enfin trouvé l’ami qu’il cherchait. Quand je demande alors : « Mais pourquoi cherche-t-il un ami ? », N. et Maître Renart se récrient devant ce qui leur paraît être une question très incongrue. Je les interromps pour préciser ma pensée : puisque ce n’est pas un maître qu’il cherche mais un ami, s’il ne cherchait pas un ami ce pourrait être un philosophe.
En écrivant ces lignes, il me revient à l’esprit un proverbe espagnol cité par Schopenhauer : Qui n’a point de chien ne sait pas ce qu’est l’amitié. (Sur le goût de Schopenhauer pour les proverbes espagnols, il existe le livre Arturo Schopenhauer y la literatura española, 1926, de l’historien allemand Adalbert Hämel.)
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On me lit une œuvre inédite et bizarre de fiction, dont à mon réveil je ne me souviens que de cette injure, lancée par un des personnages : « Faquin mantique ! »
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Depuis le promontoire où je me trouve s’offre à mes yeux le magnifique paysage d’une côte inconnue qui trace ses fjords sur une mer étincelante. Bien que me trouvant sur une hauteur démesurée, je n’éprouve point de vertige. Pour me rendre sur une île, je saute du promontoire dans la mer. Je ne sais quel phénomène ralentit ma chute, qui est comme de planer et qui me permet de m’orienter, de contrôler la direction de la chute. Et je sais que l’impact avec la surface de l’eau n’aura pas le possible effet terrible qu’une chute depuis cette hauteur pourrait avoir autrement. J’entre en effet dans l’eau sans choc notable.
C’est alors que je suis brusquement accéléré, que je m’enfonce dans les profondeurs marines à grande vitesse dans un tourbillon de bulles. Il m’est impossible de faire le moindre geste pour nager vers la surface tant que cette plongée n’a point atteint sa limite, et vu la vitesse je ne vais pas tarder à me trouver dans les abysses si cela continue. Je me réveille.
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C’est l’histoire d’une petite fille noire qui devient grande. Des seins lui ont poussé, sa mère est fière de ses seins et pour que sa fille en soit fière aussi les lui touche, avec des paroles édifiantes. Puis la fille se les touche aussi, en tirant sur les tétons.
Pendant ce temps, j’entre dans la boutique tenue par la mère mais ne peux être servi parce que la mère est avec sa fille dans l’arrière-boutique. C’est une boutique d’antiquités européennes, avec surtout beaucoup de montres des premiers temps de l’horlogerie, et c’est la première fois que je vois une boutique de ce genre tenue par des Noirs. Deux vieux Noirs habillés comme des musiciens de jazz de Harlem, des habitués du lieu, sont assis à une table dans un coin. Comme ils ont pour fonction officieuse de surveiller la boutique, je fais l’intéressé (il faut croire que je ne le suis pas vraiment). Je prends une montre antique et vais l’observer à la loupe à une autre table. Sur ce, on entend la fille noire pousser des sanglots depuis l’arrière-boutique. C’est dur de grandir.
La montre que j’observe possède sept cadrans différents, et pour l’un de ces cadrans, en fait une petite bille qui tourne sur elle-même à grande vitesse, je ne parviens pas à savoir quel temps elle indique. Je montre l’objet à G. qui se trouve avec moi. Il m’explique que cette bille est le mécanisme qui permet aux aiguilles des différents cadrans de marquer chacune son temps propre de façon exacte, mais qu’elle ne marque elle-même aucun temps en particulier.
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Dans un cabinet médical inconnu, je suis conduit par une secrétaire vers un individu d’une rare élégance, en costume et chapeau blanc. C’est le médecin. Après m’avoir demandé de déambuler avec lui dans le jardin intérieur, il se met à raconter une histoire qu’il fait passer pour vraie et dans laquelle nous sommes tous deux protagonistes. Dans cette histoire, j’ai le rôle d’un médiocre, qu’il appelle « le gamin ». Au bout d’un moment, je l’accompagne dans un café, accessible depuis le jardin, et après que nous nous sommes assis à une table il commence à rédiger une ordonnance sur laquelle les deux médicaments qu’il me prescrit occupent une ligne et demi chacun, accompagnés de longs paragraphes, la suite de l’histoire, qu’il continue de raconter à haute voix en même temps qu’il la couche sur le papier. Quand il m’appelle gamin de nouveau, je lui dis en colère que ça suffit et me lève. Il me croit sur le point de lui asséner un coup à la tête, prend peur et appelle : « Garde ! » Je me réjouis de lui infliger cette humiliation à mon tour et lui dis : « Allez, donne-moi ça (l’ordonnance), que je me tire ! » Je lui prends l’ordonnance des mains et retourne au secrétariat.
Avant de payer, je fulmine à l’attention des secrétaires que je n’étais pas venu pour une représentation théâtrale, ce qui les mortifie. Je demande à payer la consultation mais on m’informe que la facture est envoyée directement à mon employeur. Devant ma surprise, on précise que la personne en charge du dossier, et dont le nom est dans l’ordinateur, est un certain Farnèse. Je connais en effet un Farnèse parmi les employés et m’apprête donc à partir sans plus poser de questions mais je m’aperçois alors que j’oublie mes chaussures, car je suis déchaussé. Je dois donc revenir en arrière pour les chercher, et cela m’ennuie car il se pourrait que je croise de nouveau le médecin.
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On n’efface pas ses péchés par le temps qu’on passe à les préparer.
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Quand on a voulu, me dit-on, épucer un certain chat dont on me parle, ce ne sont pas des puces mais des « crocodiles » et des « petits de coucou » qu’on a trouvé dans ses poils. Je suppose que « crocodiles » est une exagération et qu’il s’agissait de petits lézards.
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Le président des États-Unis adresse à un pays allié une liste de noms qu’il déclare être ceux d’espions. Bien que les médias mondiaux se répandent en sarcasmes contre cette initiative, les autorités du pays allié font en sorte que les personnes inscrites sur cette liste perdent leur emploi, pour prétendument écarter la menace qu’elles représentent. Je me rends dans un bar où travaillait une jeune femme dont le nom figure sur la liste et qui a donc été licenciée. Le patron m’explique que ses affaires vont mal depuis ce licenciement car, bien qu’il ait toujours le même nombre d’employés, cette jeune femme travaillait pour quatre et sans son travail le travail des autres n’est rien, malgré leur bonne volonté.
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Dans cette uchronie, la France a gardé des colonies en Afrique noire jusque dans les années soixante-dix. Je m’y trouve en visiteur et suis à la plage. Depuis la mer, je vois des façades d’immeubles révélant le bétonnage de la côte africaine aux fins de recevoir les estivaliers de la métropole. Je suis en compagnie d’un vieil homme à l’allure fringante, un Blanc avec de longues moustaches et sans une trace de gras sur le corps, ce qui, car nous sommes tous deux en slip de bain, fait de ce vieillard l’athlète et moi le mollasson (car je m’exagère à ce moment-là mon embonpoint). C’est un notable de la colonie.
Tandis que nous rejoignons la plage après avoir fait trempette, il m’explique qu’il existe dans la colonie un système d’apartheid entièrement comparable à celui de l’Afrique du Sud à la même époque mais que, comme cela n’a rien d’officiel, la communauté internationale ferme les yeux. Il regarde vers une lointaine partie de la plage, réservée aux Noirs, et dit : « J’aimerais baiser des négresses mais la grandeur de la France passe avant tout. » Je suis sceptique quant au fait que la ségrégation raciale empêche les hommes blancs de coucher avec des femmes noires s’ils le souhaitent, mais je ne dis mot. Je me fais également quelques réflexions sur l’incongruité du désir sexuel chez un vieillard, qui ne diminue pas ou pas autant que les capacités sexuelles.
Sur la plage, comme il m’adresse des remarques désobligeantes sur ma forme physique, je le jette au sol et lui plonge le visage dans le sable.
Plus tard, alors que notre groupe l’attend car il doit nous accompagner dans une excursion, je le vois passer en jeep avec sa femme, s’éloignant de notre point de rendez-vous : il nous fait faux bond, sans doute en raison du traitement que je viens de lui infliger.
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Lors d’une fête patriotique, où je n’aurais pas imaginé me trouver à l’état de veille, je brandis avec les autres un drapeau tricolore en allant et venant dans le gymnase où cela se passe, chacun allant et venant selon son goût. Comme R. (♀) me suit des yeux depuis les gradins, je suis tout fier car c’est moi qui brandis le drapeau le plus grand. Je suis même le seul à posséder un grand drapeau, qui se distingue par la taille de tous les autres. Alors que je vais et viens en agitant mon drapeau, je sens tout à coup une pluie de débris qui me tombe dessus ; en levant les yeux, je vois que mon drapeau s’est pris dans un lustre très haut et l’a fracassé.
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Un ami reçoit chez lui. Dans sa cuisine, il me montre une nouvelle source de revenus. À l’intérieur d’un trou pratiqué dans le sol et rempli d’eau, il verse quelques gouttes de liquide. Observant attentivement, je remarque un minuscule insecte au fond du trou. Les gouttes tombées dans l’eau sont mises à contribution par l’insecte pour se créer une sorte de carapace de globules laiteux, qui se fixent sur lui après s’être en partie dilués dans l’eau. Ainsi recouvert, l’insecte gravit la pente du trou pour en sortir. Quand il se trouve à l’air libre sur le sol de la cuisine, il se produit quelque chose d’incroyable. L’insecte projette dans tous les sens des pseudopodes qui se détachent de son corps, glissent sur le sol, grimpent aux murs quand ils les rencontrent, vont se perdre sous le mobilier, voire dans les canalisations de la robinetterie. Il projette ainsi une salve, puis une autre, puis encore une autre, et ainsi de suite, de ces sortes de spaghetti ; c’est incroyable toute la matière qui peut sortir de cet insecte minuscule. Quand cela s’arrête, mon ami n’a plus qu’à récolter la matière, pour laquelle il perçoit une rémunération au poids de la part de la compagnie qui distribue ces insectes.
Mon ami m’explique que c’est devenu courant, que de plus en plus de particuliers ont contracté avec cette société pour lui apporter régulièrement la matière ainsi récoltée. J’ai un mauvais pressentiment car il me semble que cette matière n’est pas entièrement inanimée : si l’insecte la projette hors de lui, c’est pour remplir des fonctions vitales de façon plus ou moins autonome du corps central, et, comme il s’en perd une partie par les canalisations, je ne sais quelle crainte me saisit d’un monstre en train de se former dans nos égouts de tous ces pseudopodes perdus.
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L’histoire est d’abord un dessin animé, avec des dessins naïfs à la manière des découpages de Lotte Reiniger mais en couleur. Une princesse royale est conduite par quelques servantes en barque sur un lac pour rejoindre son amant. Sur la rive où il l’attend, ils entament une fois réunis quelques pas de danse qui témoignent de leur joie. Puis ils « s’enlèvent », comme on disait dans le temps de deux amants au mariage desquels les familles s’opposaient. Pendant la danse, la couronne d’or de la princesse est tombée mais aucun des deux n’y a fait attention. La couronne reste donc là. Sans doute à cause du « péché » de la princesse, la couronne brûle la main de quiconque veut la ramasser. C’est ainsi, plusieurs l’ayant tenté, que la couronne, saisie et rejetée immédiatement à cause de la douleur, a fini par tomber dans le lac. Le dessin animé s’arrête là.
Un groupe de Vikings dont je fais partie entend parler de la couronne ; écumant le pays en quête de richesses, nous décidons de visiter le lac pour la trouver. Montés sur une barque, nous scrutons le fond du lac et je suis celui qui la voit le premier. Nous savons, parce que le phénomène est de nous connu, que la couronne ensorcelée ne brûle pas dans l’eau mais seulement à l’air libre. Notre idée est donc d’enfermer sous l’eau la couronne dans une valise en cuir, avant de l’emporter jusqu’à un creuset dans lequel nous la jetterons, sans la toucher, pour que l’or y soit fondu. La destruction de l’objet, sa transformation en lingots mettront fin au sortilège et l’or nous appartiendra.
Je plonge dans le lac pour m’assurer que l’objet est bien la couronne. Quand je la ramasse, à moitié cachée par des plantes aquatiques, constatant, comme nous le pensions, qu’elle ne brûle point la main sous l’eau, je suis attaqué par un gnome difforme qui, vivant au fond du lac, a dû faire de la couronne son trésor. Il n’a guère plus de force qu’un enfant et je le repousse sans difficulté, malgré sa rage évidente de me voir tenir l’objet. Je remonte à la surface pour prendre la valise. Alors que j’explique avoir été attaqué, le gnome, qui m’a suivi, me saute sur le dos. Mes compagnons, dans la barque, s’exclament alors d’un ton de blâme : « Comment ! Mais tu ne l’as pas tué ? » Il s’ensuit, tandis que le gnome impuissant cherche à me noyer, une brève dispute avec mes compagnons car je leur réponds que je n’ai pas jugé nécessaire d’occire cette misérable créature. Comme ils le voient d’un mauvais œil, et que par ailleurs le gnome continue à nous gêner, je finis par dire à l’un des compagnons : « Alors passe-moi ton couteau ! » Il me tend un couteau Rambo, avec lequel j’égorge le gnome au faciès hideux et même le décapite, tranchant et sciant la chair et les os, ce qui me navre profondément.
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Nous sommes trois gamins délinquants qui venons de nous introduire par effraction dans un appartement vide, sans idée, à vrai dire, de voler mais plutôt pour passer le temps. Tandis que nous flânons d’une pièce à l’autre dans l’appartement cossu, nous tombons, en fouillant un peu, sur des images de pédophilie. Alors que nous devenons vaguement inquiets à cette découverte, j’aperçois par la fenêtre deux adolescentes en train de fumer sur le toit d’en face. L’une d’elle me voit au moment où je les regarde et appelle immédiatement sur son téléphone portable : la conversation s’entend dans l’appartement où nous sommes car elle appelle justement l’occupant de l’appartement sur le portable de celui-ci, connecté avec le haut-parleur de son téléphone fixe.
En entendant la fille expliquer à l’homme en question que des inconnus sont chez lui et regardent ses photos, nous comprenons qu’il nous faut déguerpir. Au moment où nous allons sortir, la porte d’entrée s’ouvre à toute volée et le propriétaire des lieux, les traits déformés par la rage, fait irruption dans l’appartement ; en nous voyant, interdits, il se jette sur nous. S’ensuit une lutte où nous savons que l’issue est la vie ou la mort.
Pendant ce temps, alors que des terrassiers cherchent à déboucher une canalisation de la même tour où tout cela se passe, ils trouvent un cadavre conservé dans de la boue calcaire, comme un mort de Pompéi. C’est l’objet qui bloquait la canalisation. Alors qu’il semble y avoir un peu plus loin dans le tunnel d’autres cadavres dans le même état, on demande à l’un des terrassiers d’aller chercher la police. Ces cadavres sont des victimes de l’homme avec qui nous sommes en train de lutter.
Quand la police est mise au courant de la découverte macabre, l’un des policiers voit confirmer son hypothèse selon laquelle l’un des habitants de la tour – mais lequel ? – doit être responsable des disparitions suspectes signalées à la police. Cette tour est une tour Montparnasse qui ne comporterait pas de bureaux mais des appartements. Le policier rejoint dans le hall de la tour deux collègues en train de chercher des indices matériels. Il pense que cette recherche ne donnera rien ; il faut plutôt, selon lui, demander aux habitants de la tour s’ils ont remarqué des comportements suspects. Les quelques personnes qui passent dans le hall et auxquelles il s’adresse refusent de parler. Il se dit alors qu’il va peut-être falloir employer la manière forte, c’est-à-dire en tabasser quelques-uns au hasard. L’idée ne me semble pas mauvaise, tandis que nous sommes toujours dans une lutte à mort.
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Parce qu’elle croit que je viens de lui faire des avances, une femme me fait savoir qu’elle accepte. À une condition : « Change de sperme. » Ce dont elle ne paraît pas douter que ce soit possible.
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Une jeune femme s’est perdue dans les forêts de Papouasie-Nouvelle-Guinée. C’était une étudiante en anthropologie qui connaissait le pays, elle a donc survécu. Elle savait quelles plantes manger, de quelles autres s’abstenir. Elle savait aussi comment se faire un abri pour la nuit délimité par un fil afin d’éviter d’être emportée par les fantômes. Il ne lui reste comme séquelle de cette épreuve qu’une fièvre intermittente qu’elle soulage en prenant des cocktails de médicaments tous les jours.
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L’origine d’une tuerie de masse
Sur un campus entièrement couvert, un étudiant dépressif, un peu à l’écart sur un banc, appelle la police pour un canular : il prétend qu’il est armé et va tirer dans la foule d’étudiants de son campus. Au cours de l’échange qui s’ensuit, l’agent de police acquiert la certitude qu’il s’agit d’un canular et l’une de ses paroles le laisse transparaître. Dégoûté de ne pas être pris au sérieux, aussi justifié que ce soit, l’étudiant en colère se lève et gesticule en criant dans le téléphone. Il dégaine même un pistolet Taser très semblable à un pistolet ordinaire, ce qui déclenche immédiatement un mouvement de panique parmi les étudiants, dûment sensibilisés à la question des fusillades de masse sur les campus.
L’étudiant comprend qu’il a fait une bêtise ; il essaie d’apaiser les gens courant de tous côtés par des gestes des bras qui se veulent rassurants mais, comme il n’a pas lâché son Taser, personne ne comprend le véritable sens de sa signalétique, ni d’ailleurs n’y prête attention autrement que pour se mettre à l’abri d’un psychopathe. Il n’a pas non plus le temps de faire grand-chose car déjà des gens lui sautent dans le dos et le jettent à terre. Il est lynché, roué de coups à mort. Un fonctionnaire de l’université, responsable de la formation des étudiants aux situations de mass shooting, entonne au garde-à-vous le chant motivationnel de son cours de sensibilisation, pour honorer les étudiants ayant mis le tireur hors d’état de nuire avant même qu’il ait pu tirer. Ce n’est qu’un peu plus tard qu’on s’aperçoit que l’arme n’était qu’un Taser et qu’il y a donc eu quiproquo.
Or un autre étudiant dépressif, témoin du lynchage, jure de venger l’innocent par une tuerie de masse sur le campus, projet qu’il met à exécution après l’avoir bien préparé. Le bilan est très lourd.
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Je suis avec H. dans le train. Comme je lis et qu’elle ne lit pas, car elle n’a pas l’habitude de lire, elle reste assise sans rien faire, silencieuse. Devant nous se trouve un carré de quatre personnes qui bavardent abondamment. H. profite d’un arrêt du train pour me parler et n’a rien d’autre à me raconter que ses griefs imaginaires à l’encontre des voyageurs du carré, dont elle a été forcée de suivre la conversation qui n’a pas été à son goût. Elle parle suffisamment fort pour être, à ce que je suppose, entendue d’eux, ce qui me plonge dans un grand embarras.
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Nous sommes un grand nombre de personnes réunies dans un gymnase pour des primaires politiques où doit être choisi notre candidat à la mairie de Bordeaux. Je suis candidat mais N. et un autre considèrent que c’est A. qui doit être choisi, même si ce sera dans les deux cas un parachutage et même si A. n’est pas un grand orateur (ce que je me flatte d’être dans ce rêve).
La personne qui s’exprime avec N. contre moi et semble être, à son accent, d’origine bordelaise trouve que mes talents ne sont pas assez grands pour une ville comme Bordeaux mais que l’on pourrait me désigner comme candidat à Pau. Cette façon de me rabaisser, tout en prétendant reconnaître la juste mesure de mes talents et capacités, est la grossière duplicité d’une âme envieuse.
On demande à A. de tenir un discours public, afin que le choix soit confirmé par acclamation. Il se lève et se met à discourir, tandis que nous sommes, tous les autres, assis à même le sol du gymnase. Le discours d’A. ne me semble pas mauvais, bien que le débit soit un peu trop uniforme et sa voix un peu trop basse en termes de décibels. Je découvre qu’il a des choses à dire et me laisse donc convaincre qu’il ferait un bon candidat. Or, pendant qu’il discourt, N. et le Bordelais continuent de parler entre eux, sans prêter la moindre attention aux paroles d’A. Cela finit par m’exaspérer, vu surtout qu’A. ne parle pas très fort, et je leur crie de fermer leurs gueules ou de se casser (précisément dans ce langage peu châtié). Ils se lèvent alors pour quitter le gymnase. Une responsable de notre mouvement prend la parole pour blâmer ma conduite, car, dit-elle, parmi nous la liberté d’expression est respectée ; en sommant des camarades de fermer leurs gueules, j’ai contrevenu à ce principe et cherché à introduire l’autoritarisme dans notre mouvement.
