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Par-delà le rien et le banal

La femme de ménage polonaise de C. retourne finalement en Pologne où, avec son compagnon resté là-bas, elle a fait construire une maison. La maison vient des euros de son salaire de femme de ménage en France plus que des zlotys de son compagnon. Voilà le genre de projet de vie qu’un Gilet jaune minablement franco-français ne pourra jamais avoir. Même les Népalais au Qatar font de tels projets de carrière courte, et les réalisent, quand ils ne tombent pas d’un échafaudage de gratte-ciel entre-temps. Qui est le plus à plaindre ?

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Les pays du Golfe emploient, on le sait, beaucoup de main-d’œuvre étrangère, principalement en provenance du sous-continent indien. Dans bien des cas, ces travailleurs migrants optent pour une stratégie de carrières courtes, avant de retourner s’établir définitivement dans leur pays d’origine au bout de quelques années (10-15 ans), car les revenus en riyals ou autres monnaies du Golfe leur permettent, en raison des différences internationales de pouvoir d’achat, d’acheter un petit commerce chez eux et d’en vivre.

Les capitalistes des économies d’accueil sont bénéficiaires, les travailleurs migrants également, profitant des différences internationales de pouvoir d’achat, mais pas les travailleurs des pays d’accueil. Car ces migrants servent aux capitalistes de main-d’œuvre à bas coût.

Les syndicats (là où ils existent, ce qui n’est pas le cas dans les monarchies du Golfe) essayent de faire en sorte que les travailleurs migrants ne soient pas autant exploités, non seulement pour ces travailleurs eux-mêmes (bien que ce soit en réalité le prix à payer pour une carrière courte avec forte rémunération dans les termes de l’économie d’origine qui est à la fois le point de départ et le point d’arrivée) mais aussi pour l’ensemble des travailleurs du pays d’accueil, car tout travailleur qui accepte des conditions de travail indignes fait ainsi pression sur ses camarades pour qu’ils acceptent à leur tour de telles conditions s’ils ne veulent pas être évincés du marché du travail.

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Dans l’affaire Steve, noyé dans la Loire à Nantes, la police cherche à se disculper. Quatorze personnes du même rassemblement festif sont tombées dans le fleuve à cause de la charge de police, et les porte-paroles de la police sont en train de nous expliquer que le seul qui ne peut plus dire ce qui lui est arrivé serait tombé, lui, pour une autre cause. Et les médias considèrent hypocritement qu’il n’y a pas lieu de présumer que Steve est tombé dans le fleuve par la même cause que les autres.

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La France est un des pays du Conseil de l’Europe les plus mal classés en matière de liberté d’expression, l’un des plus condamnés dans ce domaine par la Cour européenne des droits de l’homme, avec la Russie et la Turquie. Et ce depuis des années. Notre droit en la matière, c’est la loi de 1881 sur la presse, mais aménagée par les « lois scélérates » quelques années plus tard, à la suite des attentats anarchistes. Depuis lors, on n’a fait que suivre la pente des lois scélérates chaque fois que nos élus ont cru bon par là de satisfaire tel ou tel lobby ou parce que cela les met eux-mêmes à l’abri des critiques. La prochaine étape, actuellement discutée par un comité Théodule à la demande de la garde des sceaux, est de sortir des pans entiers du droit de la presse pour les verser au droit pénal commun, ce qui veut dire mandats d’arrêt, gardes à vue, perquisitions, comparutions immédiates, etc, pour des propos ou des écrits (cela a déjà été fait pour l’« apologie de terrorisme »). Ainsi, un auteur sera jugé par le juge habitué à envoyer au mitard délinquants et criminels de droit commun.

Une autre étape sera –c’est demandé par certains– de criminaliser le « complotisme », si bien que la ligne officielle du gouvernement ou de l’administration sur n’importe quel sujet ne pourra plus être contestée. D’ailleurs, un préfet de police vient, illégalement à mon sens, de refuser la prolongation du permis de séjour d’un Marocain en raison de messages « complotistes » publiés sur Facebook. Une loi suivra, c’est certain.

Les États-Unis ont raison de se dire le pays le plus libre du monde. Le droit américain de la liberté d’expression (First Amendment) est un monument de la raison humaine. Il reste quelques reliques du passé, comme l’Espionage Act de 1917 qui permet aujourd’hui de harceler judiciairement Julian Assange, mais l’arbre ne doit pas cacher la forêt. D’ailleurs, une cour fédérale américaine vient de rejeter une plainte contre Wikileaks en indiquant que la publication des documents par Wikileaks était protégée par le Premier Amendement. J’avais bon espoir que ce fût le cas et j’ai eu l’occasion de publier des tweets avec de la jurisprudence de la Cour suprême américaine qui pouvait s’appliquer au cas d’Assange dans le sens d’un abandon des poursuites ou d’une relaxe. Ce n’est pas encore le fin mot de l’histoire (malheureusement pour Assange) mais c’est une belle bataille de gagnée.

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La France figure dans le peloton de tête des pays du Conseil de l’Europe en ce qui concerne les condamnations pour violation de la liberté d’expression par la Cour EDH, c’est-à-dire que la 17e chambre correctionnelle spécialisée en « droit de la presse » (sic) est connue pour être particulièrement répressive si on la compare, non à la Corée du Nord ou à l’antiquité, mais à nos voisins (sans même parler des États-Unis : cf supra).

Il y a pourtant des avocats qui vous soutiennent mordicus que la 17e chambre n’est pas répressive ! Comme dans les autres milieux, la majorité des juristes français ne connaissent rien au-delà des Pyrénées (comme disait Pascal).

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On me demande : « Pourquoi avoir tweeté ci ? pourquoi avoir tweeté ça ? pourquoi ? pourquoi ? » Quand j’étais aux États-Unis, mon amie Kate me dit un jour un adage de là-bas : « If you’ve got them, flaunt them », « Si vous les avez, montrez que vous les avez » (en sachant que flaunt est un mot fort qui indique l’ostentation : montrer ostentatoirement, faire parade de…) Elle parlait des seins d’une femme (elle n’ayant pas de poitrine). Je trouve amusant que ce soit une femme élevée dans un milieu mennonite (les Mennonites sont des anabaptistes, dont une des branches les plus radicalisées sont les célèbres Amish) qui m’ait sorti cela. Elle voulait dire que les Américaines plantureuses mettent volontiers leur poitrine en valeur par leur façon de se vêtir. J’étais prêt à adopter telle quelle cette maxime comme devise pour moi, bien que ce fût, comme je le découvris entre-temps, une version un peu aménagée de l’adage réel, qui va au-delà des fortes poitrines : « If you’ve got it, flaunt it » (Si vous l’avez, montrez que vous l’avez). Un talent, une qualité quelconque ne doivent pas rester cachés. C’est ma réponse désormais : quand on a de l’esprit, on le montre, c’est pourquoi je tweete les traits d’esprit qui me viennent. C’est certes une entorse à la modestie que de se dire plein d’esprit, mais il est des cas, par exemple s’il s’agit d’un moyen de défense judiciaire, où l’immodestie est excusée.

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J’ai enfin trouvé un Boucharel célèbre. Et même deux : Jean et Henri, père et fils, anarchistes. Ici

Jean Boucharel et son fils Henri furent des militants anarchistes et syndicalistes ; le père, qui fut secrétaire du syndicat de l’Habillement, collabora au journal La Voix libertaire, organe de l’Association des fédéralistes anarchistes, dont le premier numéro parut en mai 1928 et le n° 394, le dernier, en juillet 1939. Il figurait comme « militant dangereux pour l’ordre public » sur la liste des anarchistes de Haute-Vienne établie le 1er juin 1935.

Son fils Henri, qui mourut à Limoges en novembre 1966, était libre-penseur, pacifiste, coopérateur ; il fut secrétaire du syndicat de l’Habillement affilié à la CGT-SR, membre en 1935 de la Commission administrative de l’UL-CGTSR ; il fit partie du Comité de grève du bâtiment de Limoges en 1936 et de la délégation ouvrière chargée de négocier avec le patronat et fonda la société coopérative de production « Le Meuble ».

Hommage à Jean Maitron (1910-1987).

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« Le pape François prend position contre l’utilisation des procédures judiciaires dans les processus politiques et sociaux. Il dénonce les opérations multimédiatiques qui accompagnent ces persécutions. Il déclare que ces pratiques mettent en danger les démocraties. » (Tweet de Jean-Luc Mélenchon)

Et le pape cite le néologisme lawfare, le warfare par l’appareil judiciaire.

La pseudo-indépendance du pouvoir judiciaire tellement évidente en France (« spécificité française » du ministère public) place celle-ci aux premiers rangs des démocraties en danger – et en réalité des pseudo-démocraties. « Dans les pays anglo-saxons, le troisième pouvoir est confié à des organes absolument indépendants aussi bien des gouvernants que des gouvernés, de façon à réaliser une justice aussi exacte que possible. En France, malgré toutes les doctrines officielles, les tribunaux sont considérés en fait depuis Napoléon comme une branche particulière de l’Administration, et le pouvoir juridictionnel est, au point de vue politique, une partie spéciale du pouvoir exécutif. » (Maurice Duverger, Les régimes politiques, 1965) Une réforme de la justice a-t-elle démenti ces paroles entre-temps ? Non.

Or l’utilisation des procédures judiciaires dans les processus politiques et sociaux est possible surtout grâce à la pénalisation de la parole : de fait, une telle pénalisation est prima facie une interférence illégitime dans les processus politiques et sociaux (voir la jurisprudence de la Cour suprême américaine).

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Ne pas attaquer la jurisprudence nationale dans un recours contre l’administration française est impossible pour quelqu’un qui doit dès le début annoncer qu’il a l’intention de saisir la Cour européenne des droits de l’homme le cas échéant. Car il devra la saisir en invoquant des défaillances du droit national et de son exercice en matière de droits de l’homme et de libertés fondamentales. Autrement dit, il doit arriver devant le juge national en le regardant droit dans les yeux et en lui disant : « Je vous conteste. » Si c’est de nature (pour des raisons psychologiques plutôt que juridiques) à faire échec à la requête au plan national, c’est un argument sérieux contre le juge national, mais cela conduit aussi à contester la procédure CEDH elle-même, à savoir le nécessaire épuisement des voies de recours internes et l’introduction d’un moyen CEDH devant le juge national dès le début de la procédure. Une telle organisation est la moins favorable possible au plein développement des dispositions de la Convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales. En réalité, le droit des libertés fondamentales en Europe passe nécessairement par une Cour européenne des droits de l’homme qui exerce son contrôle de conventionnalité du droit national en pouvant être saisie à tout moment par les parties à un procès.

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Les journaux satiriques bénéficient en France d’une « immunité prétorienne » (Bernard Beignier), tout comme les paparazzi. Quand on a des capitaux derrière soi, la justice ne se mêle de rien.

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Les partis politiques sont, comme le disait Duverger, les grands oubliés du droit constitutionnel. C’est pourtant là que tout se passe, comme le même le disait encore. C’est là que les bons postes sont distribués, les immunités légales et celles de fait des positions électives – immunités « de fait » car on peut toujours faire porter le chapeau à un fonctionnaire.

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En Nouvelle-Zélande, le nombre de locuteurs du maori est nettement inférieur à la population maorie du pays (3,7 % contre 15 %), ce qui traduit une forte déculturation de la population maorie. Les populations indigènes d’Amérique latine n’ont pas subi quant à elles, en ce qui concerne la langue, une telle déculturation : chaque groupe continue de parler sa langue, en plus de l’espagnol (et même il est rare que tous les individus d’un groupe connaissent l’espagnol).

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La démocratie étant une idée qui ne peut se contredire elle-même, on ne peut pas dire que les hate speech laws sont démocratiques et ne le sont pas. Pour la Cour suprême américaine, elles ne sont pas démocratiques, elles sont donc inconstitutionnelles. De ce point de vue, la France n’est pas une démocratie.

Si la Cour suprême des États-Unis casse systématiquement (déclare inconstitutionnelles) les hate speech laws, c’est pour de bonnes raisons démocratiquement correctes. Et c’est parce que, chez nous, le pouvoir judiciaire est faible (on peut même dire, dès lors qu’il n’est pas indépendant, qu’il est inexistant en tant que pouvoir constitutionnel) que la parole est corsetée.

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La philosophie (et la jurisprudence) de la Cour européenne des droits de l’homme est à l’exact opposé de celle de la loi française en matière d’outrages, injures et diffamations, qui a donc vocation à exploser. En France, et c’est complètement stupide, les élus, en tant que dépositaires de l’autorité publique, sont plus protégés que les particuliers, tandis que pour la Cour EDH ils doivent de toute nécessité se montrer plus tolérants vis-à-vis de propos les concernant, eu égard aux impératifs du débat démocratique, et c’est la sagesse même.

Ce qui signifie concrètement que toute personne condamnée pour injure ou diffamation en France peut (et selon moi doit) porter son affaire devant la Cour EDH et la faire juger à l’aune d’une saine jurisprudence plutôt qu’à celle d’une loi scélérate.

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Les deux auteurs d’un Que sais-je ? se lamentent sur le fait que la Cour pénale internationale soit venue porter un coup au « dogme » (ils se vantent de défendre un dogme !) de l’immunité parlementaire. Comme si cette dernière existait encore, alors qu’un député qui écrit des choses outrageuses ou autres dans un rapport parlementaire en bénéficie tandis que, s’il veut faire un compte rendu loyal de son rapport diffamatoire dans les médias, il sera poursuivi en justice. Il est absurde de prétendre que l’immunité existe encore dans ces conditions. Le « cadre précis » –c’est encore une expression des auteurs– de l’activité d’un député n’est pas cet espace topologique qui s’appelle le Palais-Bourbon ! C’est là du pur fétichisme, comme pour les églises, refuges des criminels au moyen-âge.

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Quand j’en parle, tout le monde semble ignorer qu’un pétomane est un artiste qui fait de la musique en pétant, alors que le plus grand pétomane au monde est le Marseillais Joseph Pujol, qui se produisait au Moulin-Rouge, et qu’il s’agit donc d’un art français par excellence.

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Si, lecteur, tu veux t’intéresser à l’anthropologie raciale, sache que la recherche n’a pas pris fin avec la Seconde Guerre mondiale. Sans même parler de l’anthropologie raciale explicitement revendiquée en tant que telle (Carleton Coon etc.), la sociobiologie puis, aujourd’hui, la psychologie évolutionniste (Evolutionary Psychology, EP), qui en est l’héritière, comportent des recherches sur le sujet. C’est une littérature académique, essentiellement anglo-saxonne, pas forcément facile d’accès et qui comporte rarement, voire jamais, le mot race dans le titre, mais c’est aussi de cela qu’il s’agit.

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Le laissez-faire en matière raciale n’implique pas forcément l’horizon plus ou moins lointain de la totale fusion des races. Les travaux de psychologie anglo-saxons contemporains montrent les racines biologiques du racisme, dont un réflexe de défense immunitaire, issus de l’environnement évolutionniste d’adaptation (environment of evolutionary adaptedness EEA). Les femmes enceintes présentent ainsi un (surcroît de) rejet xénophobe inconscient, attesté expérimentalement, par rapport à leur personnalité en temps ordinaire, et ce pour des raisons biologiques et immunitaires liées à la protection du fétus (même si le milieu de vie contemporain a probablement effacé une partie de la variabilité immunologique des habitants de différentes races d’une même ville, non par fusion raciale mais par cohabitation prolongée).

Reste que la fusion des races implique une question en quelque sorte morale, s’agissant des caractères récessifs, voués à la disparition en cas de fusion. Cela dit, le sujet semble encore assez mal connu, la définition même de caractère dominant/récessif ayant subi des révisions.

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À l’exposition Géométries Sud de la Fondation Cartier sur l’art abstrait contemporain d’Amérique latine (novembre 2018), j’ai eu l’honneur de voir le monochrome blanc le plus monochrome et blanc que j’ai jamais vu. Tlon, une œuvre de l’Argentin Cesar Paternosto de 1969.

Rien à dire : c’est suprêmement monochrome et blanc.

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Mais quel ignorant je suis ! Je viens de faire une recherche sur internet et il paraît, c’est du moins ce que je crois comprendre, que l’artiste a peint sur une ou plusieurs tranches du tableau… Là où personne ne regarde.

Quant au titre, Tlon, le peintre étant Argentin, c’est sans nul doute une référence à la nouvelle de Borges, Tlön, Uqbar, Orbis Tertius, avec omission du tréma, par erreur (?), sur l’étiquette à la Fondation Cartier (Tlon au lieu de Tlön). J’ai trouvé cette présentation de la nouvelle [que je ne retrouve plus] : « L’histoire est celle de la découverte par l’auteur du mystérieux et apparemment fictif monde de Tlön, dont les habitants croient en une forme d’idéalisme subjectif, niant la réalité du monde, et parlent une langue dépourvue de noms. » La réalité n’est donc pas la toile du tableau représentant le monde objectif mais la pensée subjective représentée par la tranche ?

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Ceux qui, perdant un emploi, décrochent et sombrent, y sont souvent aidés par la bouteille, un penchant que je ne me connais pas, tandis que je suis favorable à la légalisation des autres formes de drogue, ne serait-ce que pour que l’État français se mette en conformité avec le principe de laïcité qui implique la liberté de culte et donc l’usage rituel de substances psychoactives par les religions qui voient les choses de cette manière (shamanisme amérindien, rastafarisme…). Mais la France pays des droits de l’homme est connue par ses voisins (à défaut de se connaître elle-même) comme un État particulièrement discriminatoire et répressif, comme cela vient d’être rappelé par un comité des Nations Unies qui dénonce notre fameuse loi sur le voile islamique. (Ce comité rend des avis que l’État français n’est pas obligé de suivre mais dont je ne sais plus quelle sommité magistraturale française a fait savoir il y a quelques années qu’elle tiendrait compte, ce qui promet des contentieux bien embrouillés.)

[Il existe en réalité deux débats au sein de la question de la légalisation, selon les substances considérées. Le point de vue ici exprimé concerne les substances psychotropes, également dites enthéogènes (une étymologie qui souligne leur intérêt spirituel et religieux), qu’elles soient naturelles –cannabis, champignons…–, ou d’ailleurs synthétiques, comme la psilocybine et le LSD. D’autres substances classées parmi les stupéfiants illicites, telles que cocaïne, héroïne, crack…, ont des effets bien plus physiologiques que psychotropiques, produisent rapidement une forte dépendance physique (c’est le cas également de l’opium par ailleurs psychotrope) et peuvent donc passer, sans doute à juste titre, pour particulièrement dangereuses en termes de santé publique. De toute évidence, l’argument que j’avance ici pour libéraliser certaines catégories de stupéfiants ne s’applique pas à ces dernières, sur la légalisation desquelles je réserve mon opinion (ainsi que sur l’opium).]

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Rêve-contact ?

Dans les jeux de rôle de mon enfance et adolescence, un coup porté faisait perdre des points de vie et c’est tout, c’est-à-dire que la blessure rapprochait le personnage de la mort (zéro point de vie) d’un certain degré selon sa gravité.

En réalité, une blessure ouverte continue de faire perdre d’elle-même des « points de vie » jusqu’à ce qu’elle soit traitée (fermeture de la plaie). Sans même parler des blessures qui occasionnent la perte d’un membre, une blessure fait aussi perdre de la force, de l’adresse, de l’attention…, bref diminue les capacités du personnage, jusqu’au rétablissement de celui-ci.

Dès lors, entrer dans un donjon pour affronter monstre sur monstre, en recevant quelques blessures à chaque combat, est en fait une idée complètement irréaliste.

C’est ce dont j’ai rêvé cette nuit. Avec l’idée qu’un nouveau jeu de rôle devrait définir un tableau de corrélation entre perte de points de vie et diminution effective des capacités du personnage.

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Dans la réalité, blessure = hors service. Les livres-jeux et JDR (jeux de rôle), bon nombre de films et romans aussi, reposent sur le fait de passer outre ce principe.

Il y a aussi la façon de traiter l’armure. Deux approches existent. Dans Donjons et Dragons (D&D), on tire les dés pour savoir si l’armure joue son rôle : plus elle est protectrice et plus la probabilité est grande que le coup ne porte pas, c’est-à-dire que l’armure amortisse complètement le coup. Dans L’Œil noir, on soustrait à une quantité de coup une quantité d’armure pour déterminer la perte de points de vie occasionnée par le coup.

Dans D&D, on applique donc le système du coup à la jointure : si le coup porte, l’armure n’a pas joué son rôle, le coup porte donc sur un point non protégé. Dans L’Œil noir, c’est le système du blindage : si le coup porte, l’armure joue son rôle d’amortissement et les dégâts dépendent du rapport des quantités. Un système réaliste devrait pouvoir combiner les deux.

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Porter une armure lourde n’est pas sans effet sur la vitesse de mouvement, donc sur la dextérité. L’idée d’entrer dans un donjon avec une armure de chevalier est complètement délirante, en réalité, car cette armure sert au combat à cheval. Le cheval est, contrairement au chevalier, suffisamment puissant pour ne pas être gêné par le poids de l’armure du chevalier. L’armure protège l’ensemble du corps du chevalier, sur lequel les armes traditionnelles ne peuvent rien, en tout cas ne peuvent provoquer de blessure directe ; elles peuvent toutefois provoquer une secousse qui désarçonne le chevalier. Il faut, comme dans le film Excalibur, passer sa lame dans une jointure de l’armure du chevalier à terre (une réalité qui m’avait choqué en tant que rôliste ayant un culte pour la fameuse armure de plates de D&D). Et le chevalier se retrouvant comme une tortue sur le dos, incapable de se relever et encore moins de se défendre (dextérité zéro), était le plus choquant de tout.

(Voyez dans mon lexique de vieux français la dague de miséricorde, ou miséricorde tout court, qui confirme ce déroulement des combats de chevaliers en armure.)

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Once, as a child, I was introduced to a girl of my age named Klytaimnestra (in fact, Clytemnestre, the French version of it). When I heard her name my mouth gaped and I remained dumb. Seeing it, the girl gave me the evil eye. I knew Clytemnestre was some Greek character and all that, but I couldn’t make up my mind as to what kind of madness it was that led parents to give a child such an impossible name, which begins like clit (clitoris).

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In villages people know each other and gossip about each other. In cities people drop bad comments on passers-by. Same pestilence everywhere.

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I find hijabs a pleasanter look than Western fashion. And the best look of all, according to me, is when all women wear black abayas, like in the Gulf States, which I have come to see as the summum of beauty in a crowd. Otherwise I find crowds ugly. Please note this is solely a judgment on how crowds look like.

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Je ne connaissais pas ce « fossile vivant », l’argonaute. Voir la femelle nager m’a fait penser à une tête de Marianne avec son bonnet phrygien. Il faudrait donc en faire un symbole de notre république, elle aussi un fossile vivant, avec des fossiles vivants, les politiciens, qui nous prennent pour des moules.

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La littérature prolétarienne est unanime pour dire que jamais la vie ne fut aussi horrible pour l’humanité travailleuse que pendant les premières décennies, les cent premières années de la révolution industrielle. Jack London compare le travailleur anglais des premières années du vingtième siècle aux Eskimos d’Alaska : ces derniers souffrent de disettes périodiques, les premiers de malnutrition permanente. Le peuple de l’abîme.

L’Occulte touareg / Tuareg Occult

Sur le modèle de notre glossaire malais (I & II), sont ici réunis des vocables tirés du Dictionnaire touareg-français de Karl-Gottfried Prasse, Ghoubeïd Alojaly et Ghabdouane Mohamed (Museum Tusculanum Press, Université de Copenhague, 2003) qui nous semblent particulièrement intéressants pour la connaissance de la culture touarègue et en particulier de ses traditions occultes (ce glossaire n’est donc pas un recueil de termes usuels). Le dictionnaire utilisé se concentre essentiellement sur les dialectes touaregs parlés au Niger.

Nous classons les entrées dans l’ordre où elles apparaissent dans le dictionnaire, c’est-à-dire « par ordre alphabétique selon leur racine consonantique », l’alphabet utilisé étant le suivant :

b d (dy) ḍ (ṭ, ṭṭ) (ḍy) – f g ɣ (q, qq) – h k l m n (ŋ) – r s š t (ṭ) (ty) – w x y z ẓ ž pour les consonnes, et

a e i o u (longues) et ə ă (courtes) pour les voyelles,

ce qui ne correspond pas totalement à la transcription latine du touareg officialisée au Niger en 1999 (voir wikipedia « Touareg (langue) »). Les consonnes couvrant un point correspondent à l’emphatique en arabe, le ɣ au ‘ayn (ﻉ), le x au ḥa (ﺡ), le š à sh (ﺶ) et le ž à dj (ﺝ).

Le présent glossaire étant un outil ethnographique plutôt que linguistique, nous omettons le pluriel des mots, sauf  pour les noms de tribu où le pluriel est censé être le plus fréquent (la tribu des Băžubăletăn, les Idăberăn…). Nous renvoyons le lecteur intéressé par la langue et les aspects linguistiques à la source originale.

Quelques abréviations : ha. (le terme provient du haoussa), ar. (provient de l’arabe).

Mes propres remarques sont entre crochets []. Les quelques photos ajoutées ne font pas partie du dictionnaire. Enfin, j’ai traduit chacune des entrées en anglais.

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The present glossary gathers several words/entries from the French-Tuareg Dictionary by Karl-G. Prasse et al. (2003) together with my English translation and a few personal remarks in brackets [].

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B

ăbogaz : cousin croisé (fils de tante paternelle ou d’oncle maternel) ; par extension (p.ext.), cousin en général. On estime que les soins d’un cousin croisé sont particulièrement propices au traitement de certaines maladies, par ex. la teigne.

A cross-cousin (son of a paternal aunt or daugther of a maternal uncle); by extension, a cousin in general. It is thought that nursing by a cross-cousin is particularly favorable to the cure of some ailments such as ringworm.

ăbagən : espèce de petit crocodile vivant dans les mares. [Ils vivent coincés dans les oasis depuis la désertification.]

A species of small crocodile living in ponds. [They have been stuck inside oases ever since the desertification of these areas.]

ăboɣəlli : mulâtre. Les iboɣăllităn des Kel-Ataram ont un statut un peu supérieur à celui des eklan (esclaves) noirs.

A mulatto. The iboɣăllităn of the Kel-Ataram have a status slightly higher than that of black eklan (slaves).

băllăwri, băllăwli : sorte de pierre rouge translucide (de la région d’Agadez) ; p.ext. anneau de doigt en băllăwri.

A sort of red translucent stone (from Agadez region); by ext. a finger ring made of this stone.

abăngor : morve séchée ; lambeau de peau desséché (qui pend au bord d’une plaie) ; p.ext. nègre (terme de dérision).

Dry snot; a shred of dessicated skin (hanging from the edge of a wound); by ext. a negro (derogatory term).

səbbərəg : se vanter ; montrer sa plénitude (chamelle) ; faire semblant d’être pleine (chamelle).

To boast; to show off one’s pregnancy (she-camel); to pretend being pregnant (she-camel).

abărăybăray : « gorille » (il n’y a pas de gorilles en pays touareg, mais les Touaregs en connaissent l’existence ; pour eux c’est un monstre qu’on rencontre parfois en brousse. On dit qu’il provoque l’homme à la lutte au corps à corps ; s’il gagne l’homme reste mort ou fou, si l’homme gagne le monstre lui donne une bague magique source de grande richesse, mais si l’homme répond à l’appel de son nom la bague perd sa puissance (D. Sudlow).) [J’ai du mal à comprendre en quoi cette description d’une sorte de lutin ou de gnome de conte de fées est la preuve que les Touaregs connaissent les gorilles. Pourquoi traduire par « gorille » ce personnage du folklore ? Hypothèse : les Touareges ont probablement donné le nom de cette créature de leur folklore au gorille pour quelque ressemblance dont ils auraient ouï dire et que rien ne révèle dans la description du dictionnaire (si ce n’est que le gorille est réputé attaquer les gens ?).]

A « gorilla ». (There are no gorillas in the Tuareg country, but Touaregs know their existence. For them it is a monster that one sometimes meets in the bush. It is said that it engages in hand-to-hand fights with the individuals he comes across; if it beats the man the latter is killed or becomes mad, if the man beats the monster the latter gives him a magic ring that brings riches and wealth, but if the man answers to his name being called the ring loses its power.) [Why such a fairytale sprite or goblin proves that Tuaregs know the existence of gorillas is beyond my understanding. Tuaregs probably gave the gorilla the name of this creature of their folklore from some resemblance they heard about and we are not aware of from the description (unless it is because gorillas are said to attack people?].]

abăybăya : habitant noir de la côte (Togolais, Béninois etc.) ; p.ext. personne maladroite.

A negro dweller of the coast (Togolose, Beninese etc); by ext. a clumsy person.

Băžubăle / Băžubăletăn : ancienne tribu berbère aujourd’hui tout à fait négrifiée et parlant haoussa, vivant dans la région de Kéita-Tahoua.

An ancient Berber tribe that is entirely negrified today and speaks Hausa, dwelling in the region of Keita-Tahoua.

D

emud ən-ḍan : la fête des chiens (fête où l’on tue un chien/des chiens ; célébrée certaines années chez les Kel-Faday, surtout à Agadez).

Dog festival (during which one or more dogs are killed; it is celebrated on certain years by the Kel-Faday, above all in Agadez).

tədda : farine de mil mouillée ; mil mal pilé (c’est un moyen des femmes pour engraisser). [Voici ce qu’écrit notre Simone de Beauvoir nationale au sujet de la graisse chez les femmes touarègues : « Autrefois les chefs [touaregs] gavaient leurs épouses au point que, pour forniquer ces blocs graisseux, il leur fallait le secours de plusieurs serviteurs. Ces temps étaient loin. » (La Force des choses) La pratique existe toujours, à tout le moins parmi les populations nomades de Mauritanie, sous le nom arabe dialectal de leblouh. Cf. ɣăbbăt-əffəz pour plus ample discussion.]

Wet millet flour; badly crushed millet (used by women to fatten). [Simone de Beauvoir writes the following about Tuareg women: ‘In the days of old Tuareg chiefs used to fatten their wives so much so that, in order to copulate with these boulders of fat they needed assistance from several servants. Those days are over.’ The custom has survived at least among the nomadic populations of Mauritania, where it is known, in dialectal Arabic, as leblouh. See ɣăbbăt-əffəz for more details.]

tadbəq : bâillon de sevrage pour les veaux ; état de respiration retenue ou sortant avec difficulté ; silence prolongé et volontaire (d’une personne) ; sorte de maladie vénérienne (mortelle, empêche l’éjaculation du sperme).

A muzzle for wheaning calves; a state of restrained or difficult breathing; prolonged, volontary silence (said of a person); a venereal disease (lethal, impedes ejaculation of semen).

Edăber / Idăberăn : tribu, littéralement (litt.) les tourterelles. Les Idăberăn comptent parmi les tribus touarègues les plus anciennes. [Pourquoi ce nom de tourterelles ?]

Name of a tribe, meaning ‘the turtledoves,’ among the most ancien. [Where does the name come from?]

mədədəqqət : se taper l’un l’autre dans la main (pour se passer des messages secrets).

To clap each other’s hands (in order to communicate secret messages).

dagəmi (ha.) : sorte de bracelet magique (tube de cuir rouge empli de bourre de tagăyt [palmier doum] ; protège contre les morsures de serpent).

A magic bracelet (a tube of red leather filled with doum palm floss; protects against snake bites).

adoməni : substance somnifère sécrétée par le mil (sous forme de gomme).

A soporific substance secreted by millet (in the form of gum).

Dăw-Ṣăhak : litt. « les fils d’Isaac », la plus grande tribu d’origine juive du pays touareg ; parlent un songhaï mélangé de touareg ; entretiennent désormais des relations avec l’ambassade d’Israël.

Litt. ‘the sons of Isaas,’ the greatest tribe of Jewish origin in the Tuareg country; they speak Songhay mixed with Tuareg; now have relationships with the state of Israel’s embassy.

uḍu : météorite (étoile filante) ; son d’un aérolite qui tombe (selon la croyance populaire c’est la mort violente d’une étoile) ; le son du ăga n-aṃan (son sourd et prolongé qui se produit parfois dans l’atmosphère et dont l’origine est inconnue ; se produit surtout la nuit ; présage de pluie) ; coup de tonnerre en général.

A meteor (shooting star); the sound of a falling meteor (in popular belief that is the sudden death of a star); ăga n-aṃan sound (prolonged, dull sound that is sometimes heard in the atmosphere and which origin is unknown; occuring mostly at night, it portends rain); thunderclap in general.

Il semble que la citation suivante évoque ce phénomène de « son sourd et prolongé qui se produit parfois dans l’atmosphère et dont l’origine est inconnue » : « De bizarres bruits, dans le soir qui tombait à grands pas, venaient de naître autour de nous. Espèces de craquements, suivis de plaintes longues et déchirées, qui se répercutaient à l’infini dans les ravins environnants. Il semblait que la montagne noire tout entière se fût mise soudain à gémir. … Comme moi, il comprenait, sans doute : les rochers surchauffés, le craquement de la pierre, toute une série de phénomènes physiques, le souvenir de la statue chantante de Memnon. » (Pierre Benoit, L’Atlantide, 1919)

ḍan-tyărara (ha.) : homme atteint de diarrhée ; sorte de clown sale qui vagabonde et salit les gens de diarrhée (dans les régions peuplées du sud).

A man suffering from diarrhea; a kind of dirty clown that roams about and soils people with diarrhea (in the populous regions of the south).

asədəs : chirotonie (imposition des mains pour guérison).

Healing by imposition of hands.

F

Fəhen, Nəhen : pays fictif des génies (ălžăynăn [djinns]).

Land of the jinns.

Fakru : nom d’une chamelle légendaire qui donnait du lait à tout le monde jusqu’à sa mort ; aussi confondue avec la chamelle du prophète Salih (Coran VII,75). => emənɣi-n-Fakru, « tueur de Fakru », espèce de singe cynocéphale (Papio nigeriae), également appelé emətti-n-Fakru « mangeur de Fakru ».

Name of a legendary she-camel who was giving her milk to everyone until her death; also conflated with prophet Salih’s camel (Quran VII,75). ‘Killer of Fakru,’ ‘eater of Fakru,’ a species of baboon.

tăfaršit (ar. fârisiyya « la persane ») : sorte d’encens extrait d’une plante importée (pour chasser les démons).

‘The Persian,’ a kind of frankincense extracted from an imported plant (to chase demons).

G

gobəz (ha. ?) : diable, mauvais esprit.

A devil, an evil spirit.

găfăkka (ha.) : sachet à Qoran (en cuir/toile pour transporter le Qoran).

A purse for the Quran (in leather or canvas to carry the Quran).

aggəl : graisse fondue ; graisse d’autruche fondue (sert d’onguent contre les rhumatismes).

Molten fat; molten ostrich fat used as ointment against rheumatism.

əgəllul : homme capable d’invoquer les esprits.

A man able to summon spirits.

tagələllet : cercle, rond ; marque de propriété des Ifəqqar (forgerons marabouts) des Kel-Geres.

Circle, round; property mark of the Ifəqqar (marabout blacksmiths) of the Kel-Geres.

guma, təgumat (ha.) : homme possédé de génies => tende n-gumatăan : tam-tam exécuté pour guérir des possédés en les amenant à la transe.

A man possessed by jinns. => tende n-gumataan: tamtam played to heal the possessed by bringing them to a trance.

Gənbəya : nom propre de femme, litt. femme courtaude et grasse, ou fille de chef [cf. tədda : la citation de S. de Beauvoir, ɣăbbăt-əffəz]

A woman’s name, litt. little, fat woman, or chief’s daughter. [See tədda, ɣăbbăt-əffəz]

tagənnəgənt : manière spéciale de parler touareg, consistant à intervertir l’ordre ses sons dans chaque mot et à intercaler certaines syllabes supplémentaires (d’après certaines conventions), langage secret.

A special manner of speaking Tuareg consisting in inverting the order of sounds in each word and in inserting some more syllables (according to some convention), secret language.

ăgar : espèce d’arbre non épineux (dégage une mauvaise odeur en brûlant) (Maerua crassifolia). L’ăgar est réputé être habité par les génies ; on évite de s’installer à son ombre sans avoir donné d’abord dans son tronc quelques coups de hache qui chassent les génies. Sa fumée est dangereuse et peut rendre aveugle. Les femmes en retraite visitent parfois un ăgar pour se décharger sur lui des obligations d’abstinence devenues trop lourdes.

A species of non thorny tree (gives out a bad smell when burning). It is reputed to be the dwelling-place of jinns; people avoid to sit under it without having struck its trunk several times with an ax before in order to chase the jinns away. Its smoke is dangerous and can make one blind. Retreating women sometimes pay a visit to an ăgar to discharge themselves of abstinence obligations that have become too heavy.

agəru : grenouille ; crapaud ; espèce de croix en or ou argent portée par les femmes touarègues dans la coiffure (symbolise la fécondité ; bijou de noces traditionnel).

Frog; toad; a sort of cross made of gold or silver and borne by Tuareg women on their head (a symbol of fertility; traditional wedding gift).

Ăgori / Igorităn : Noir/nègre de la forêt vierge (de Nigeria etc.) (ne se dit pas des Noirs avec lesquels les Touaregs sont en contact quotidien).

A negro of the forest (Nigeria etc) (not used for black people whom Tuaregs meet on a daily basis).

ămăggerše : jeteur de sort par le mauvais œil. => oh əməggerši! exclamation servant à parer l’effet fâcheux d’une louange (en effet, les louanges trop ouvertes sont incorrectes).

A wizard with the power of evil eye. => oh emeggershi! An interjection which aims at warding off the unfortunate effect of a praise (excessive praises are deemed indecorous).

tagărăyyat : espère de lézard (jaune à traits noirs, puant ; les enfants le soupçonnent de téter les chèvres). [Cf. takəzukəzt]

A species of lizard (yellow with black stripes; foul-smelling; children believe that it sucks the goats.)

agəs : danser avec la tête et les mains (en position assise).

To dance with the head and hands while sitting.

təgəyye n-Yăḷḷa, tan-Yăḷḷa : goître. On dit que Dieu afflige d’un goître celui qui se parjure.

A goiter. It is said that God punishes perjury with goiter.

tagăzot : panse (des ruminants) => imawăn ən-tăgăzot : partie antérieure de la panse, « herbière » (revient aux forgerons).

Rumen. => imawan en-tagazot: forepart of the rumen (reserved to the blacksmiths).

igăzan : divination par des points faits sur le sable, géomancie.

Divination by making points on the sand.

agăzzăram : fouette-queue (espèce de lézard). Les Ouelleminden Kel-Ataram regardent ce lézard comme un génie.

A species of lizard considered by the Kel-Ataram to be a jinn.

Q

ɣăbbăt-əffəz : fait de prendre une bouchée et de la mâcher longuement ; gavage (d’une femme qu’on gave avec du lait à l’aide d’un biberon (aɣălla)). => aɣălla : gavoir (sorte de casserole en bois, avec manche à tuyau ; sert à gaver de lait les femmes adolescentes).

[Comme nous l’avons vu à l’entrée tədda, les Touaregs pratiquent de manière traditionnelle le gavage des filles (en particulier des filles de chef), qui deviennent de ce fait obèses. On lira avec profit l’article d’E. Bernus sur le sujet (en ligne sur L’Encyclopédie berbère : ici). Bernus considère que ce gavage permet aux filles de mûrir plus rapidement et donc de se marier plus tôt. L’obésité qui en résulte est chantée par les poètes touaregs comme étant un élément de la beauté féminine (Bernus cite quelques vers à cet égard). Selon la psychologie évolutionniste, un rapport métrique taille-hanche (waist-hip ratio, WHR) de 0,7 est perçu comme le plus attrayant en raison des capacités maximales de fécondité qu’il indique. Dans ce contexte, le fait que l’obésité passe pour un caractère désirable de la femme est une énigme. Cependant, Bernus a sans doute apporté la clé de cette énigme en indiquant qu’il s’agit d’avancer la maturité sexuelle des jeunes filles : de cette façon, il est possible d’accroître le taux de reproduction en réduisant l’écart temporel entre générations. Cette stratégie est viable à condition que le gavage ne nuise pas aux capacités reproductives de la femme (alors qu’en règle générale plus la taille de la femme s’éloigne du ratio 0,7, plus sa fertilité est compromise [à confirmer]) et que l’obésité ne joue pas négativement dans les préférences masculines. Or le fait que l’obésité de la femme soit une préférence des hommes touaregs est peut-être mise en doute par le terme əḳtər du dictionnaire de Prasse, traduit par « avoir une taille de guêpe (une femme) », ce qui laisse supposer que cette taille de guêpe est un marqueur de beauté chez les Touaregs également (l’expression « taille de guêpe » correspond à ce qui a été dit plus haut à propos du rapport taille-hanche : taille étroite et hanches larges). Photos : E. Bernus, article cité. 1/gavage d’une jeune fille 2/femme touarègue obèse : voir le bras.]

To chew lengthily; force-feeding or gavage (of a woman with milk and the help of a special ustensil) => a’alla : ustensil to force-feed adolescent women.

[As we saw under the head tedda, Tuaregs have been traditionally force-feeding their daughters (especially the daughters of chiefs). The women thus force-fed become obese. Bernus considers that the aim is to make girls achieve sexual maturity and marry earlier. Tuareg poets laud obesity as a marker of beauty and Bernus quotes a couple of verses to illustrate this. According to evolutionary psychology, a waist-hip ratio (WHR) of 0.7 is perceived as the most attractive owing to the greatest fertility that it indicates. In this context, that obesity should be a marker of beauty is puzzling. However, Bernus probably gave the key to the riddle: gavage allows Tuaregs to increase their rates of reproduction by reducing the time spread between generations. This strategy is valid on the proviso that gavage does not impair women’s fertility (whereas as a rule the greater the deviation from WHR 0.7, the less fertile the woman physiologically [ought to be confirmed]) and that obesity does not affect negatively males’ preferences. In this latter respect, the fact that Tuareg men prefer obese women may be doubtful given the word əḳtər in Prasse dictionary, translated as « to have a wasp waist (woman), » which seems to hint that a wasp waist is a marker of beauty among Tuaregs too (the phrase itself, wasp waist, can serve as a confirmation of the WHR idea wherever it is used, as in French too).]

tewăɣne : ligature ; lien ; paquet ; écriture liée (manière d’écrire les tifinagh qui les rend très difficiles à déchiffrer et servant à rédiger des messages secrets, consistant à lier les caractères entre eux d’une certaine manière convenue d’avance).

Ligature; link; parcel; longhand script (a manner of writing tifinagh characters that makes them very difficult to decipher and is used to write secret communications, consisting in attaching the characters to one another in a certain way agreed upon in advance).

eɣəri : cuivre rouge. On dit que le port d’un anneau de cuivre allège les rhumatismes.

Red brass. It is said that wearing a brass ring soothes rheumatism.

Aɣrəm-Səṭṭəfăn : nom d’un pays énigmatique d’où vint le premier sultan de l’Aïr. [Aɣrəm signifie ville et désigne également Agadez, « la ville ».]

Name of a mysterious country whence the first Sultan of Ayr came.

Qurăyš : nom de la tribu du Prophète Muhammad (Qurayshites). Beaucoup de tribus berbères se disent être des descendants du Prophète, certaines de droit.

Name of the Prophet Muhammad’s tribe. Many Berber tribes claim descendance from the Prophet, some rightly.

taɣəst : vieux volcan éteint.

An ancient, inactive volcano.

əɣsəb : calculer ; prédire l’avenir en consultant les esprits ; chercher la solution d’une énigme en consultant les esprits.

To compute; to foresee the future by consulting the spirits; to find the solution to a riddle by consulting the spirits.

aɣu-saḳa : espèce d’ogre (qui tue les chamelons) == ar. ‘ifrit (se manifeste à une seule personne, en brousse et dans la nuit, sous la forme de différents animaux qui crient ou beuglent, comme un taureau/chameau/mouton etc.)

A sort of ogre (who kills camel cubs). Same as ‘ifrit (Appears to one person at a time, in the bush and at night, in the form of several animals that utter their cries, such as bull, camel, sheep etc).

eɣăwel : homme noir d’origine esclave (anciens eklan vivant en liberté sous la protection de leurs anciens maîtres ; il existe des iɣăwelăn en dépendance des Kel-Denneg, des Kel-Ayer et des Kel-Geres).

A black man of slave origin (they are former eklan who live free under the protection of their former masters).

H

hăbbăy : avoir les lèvres fardées en noir ; femme aux lèvres fardées en noir. => hănbăy : avoir la bouche noire (âne) ; avoir la bouche fardée en noir (femme). [Le rouge à lèvres existe aussi de manière traditionnelle chez les Touaregs: cf. kălgo. Selon la psychologie évolutionniste, le rouge à lèvres permet aux femmes de simuler une caractéristique de l’excitation sexuelle et les rend par là-même attrayantes pour les hommes. Ainsi le rouge n’est-il pas un ornement arbitraire. Il ne paraît pas possible d’en dire autant du « noir à lèvres » des femmes touarègues et l’on ne saurait non plus considérer qu’elles cherchent à imiter les lèvres noires des ânes auxquelles s’applique également le terme selon Prasse. Et si c’est parce que l’excitation sexuelle noircit les lèvres des femmes à la peau mate tandis qu’elle rougit celles des femmes à la peau claire, pourquoi les femmes touarègues utilisent-elles également du rouge ? Serait-ce que les femmes touarègues à la peau mate, voire les Touarègues noires, utilisent du noir tandis que celles à la peau claire utilisent du rouge ?]

To have one’s lips painted black; a woman with painted black lips. => hanbay : to have a black mouth (donkey); to have one’s mouth painted black (woman). [Tuareg women also know rouge : see kălgo. According to evolutionary pyschology, rouge is red because it simulates arousal. It is not arbitrary. It does not seem to be case with black tincture, yet both have been traditionally used by Tuareg women. What would be an evolutionary explanation for women blackening their lips? In case it is because arousal blackens the lips of dark-skinned women instead of reddening them, then why Tuareg women use rouge at all? Is it that dark-skinned Tuareg women use the black tincture while the fair-skinned use rouge?]

ehăles : mirage matinal.

A morning fata morgana.

Ehəti : homme libre d’origine songhaï-djerma. Les Songhaïs sont traités comme cousins des Touaregs.

A free man of songhay-zarma origin. The Songhays are treated like cousins by the Tuaregs.

K

təkabt : grand grigri frontal.

A large charm borne on the forehead.

ăkabba : sorte d’amulette frontale (en forme de banane, pour homme).

A kind of amulet borne on the forehead (in the shape of a banana, for men).

Akădămma / Ikădămmatăn : tribu métissée isolée appartenant à l’ancienne confédération des Ouelleminden Kel-Denneg, particulièrement célèbre pour la fabrication de talismans (guérisseurs ou prophylactiques). Ils sont dédaignés pour avoir fait de la fabrication de talismans un commerce.

An isolated half-bred tribe belonging to the ancient confederation of the Ouelleminden Kel-Denneg, well-known for the making of talismans (healing or prophylactic). They are despised for making a business of their talismans.

əkkuf : rhume ; grippe : p.ext. troubles respiratoires causés par la consommation excessive de sucre.

Cold (ailment); influenza; by ext. breathing difficulties caused by excessive sugar consumption.

ăkala : longe à nœud coulant ; p.ext. cicatrice de tatouage ethnique au visage.

A tether with a running knot; by ext. scars on the face as ethnic tattoo.

kălgo, kădăgo (ha.) : espèce d’arbre (de couleur brun clair ou chamois ; avec son écorce on tresse des cordes ; de sa racine on extrait un colorant rouge dont les femmes se fardent les lèvres) (Bauhinia reticulata).

A species of tree (light brown or chamois; with its bark rope is made; from its root is extracted a red dye with which women paint their lips).

kălăw : jeter un sort à, ensorceler (surtout : marabout, en écrivant un verset coranique).

To cast a spell on (especially a marabout by writing a verse of the Quran).

kenbəltyu : sorte de démon (Peul métamorphosé).

A kind of demon (a metamorphosed Fula).

ekərkəwi, ekərkəwwi : vampire (personne capable de sucer le sang d’une autre à distance et jusqu’à la mort ; sorte de sorcier).

A vampire (someone who can suck the blood of another from a distance until the person dies; a kind of sorcerer).

kərənbaski (ha.) : ceinture d’amulettes.

A belt of amulets.

iḳărănḳărăn : scarifications faites dans les narines d’une chamelle pour lui bloquer l’odorat et la forcer à accepter un chamelon étranger. [Le dictionnaire connaît plusieurs autres techniques, dont certaines réversibles, pour obtenir le même résultat.]

Scars made on the nostrils of a she-camel in order to impair her sense of smell and force her to accept a stranger camel cub. [The dictionary knows various other techniques to the same end, some reversible.]

korti (ha.) : sorcellerie (consistant à frotter la peau de quelqu’un).

Witchcraft (consisting in rubbing someone’s skin).

tasăḳḳarăyt : sorte d’amulette (écrite pendant qu’on appelle à haute voix la personne anathémisée/envoûtée/maudite).

A kind of amulet (written down while calling loud the name of the person one wants to curse or bewitch).

ikas : chaud => ax iḳḳûsăn : lait chaud qui vient d’être trait (et qui répand la chaleur dans le corps entier du buveur).

Warm. => ah ikkusan : warm milk just after milking (it diffuses its warmth in the whole body of the person drinking it).

akătab : écriture => akătab n-iblis : écriture non sainte (se dit parfois de n’importe quelle écriture autre que l’arabe, y compris les tifinagh).

Script. => akatab n-iblis: unholy script (sometimes said of all scripts other than Arabic, including tifinagh).

akătar : couleur indigo de la peau [signe de beauté].

Indigo color of the skin [a marker of beauty].

aḳwa : goudron (fait à base de bois ; sert à traiter la gale) ; également fait à base de grains de coton qu’on brûle.

Tar (made of wood; used to cure scabies); also made of burnt cottonseeds.

kăwda : fruit sec (en général, goro sec) ; p.ext. amulette écrite qui empêche les blessures au combat.

Dry fruit (in general, dry goro); by ext. a written amulet that prevents wounds in battle.

kăygăro : grande ceinture munie d’amulettes.

A large belt with amulets.

takəzukəzt : vipère sauteuse (très venimeuse, sa morsure est mortelle dans 90 % des cas) ; espèce de lézard (grand, tacheté) (selon une fausse croyance populaire, il tète les chèvres en hivernage).

Jumping adder (very venomous, its bite is deadly in 90% of the cases); a species of lizard (large, spotted) (according to an erroneous popular belief, it sucks overwintering goats).

L

Ǝlquran : planchette sur laquelle sont inscrits des versets du Qoran. On dit : širəd Ǝlquran, laver une planchette coranique et donner la lavure à boire à un malade pour le guérir ou à un jeune guerrier pour le rendre invulnérable (marabout).

A wood board on which are inscribed verses of the Quran. => Shired al-Quran : to wash such a Quranic board and give the washing to drink to a diseased person in order to cure him or to a warrior to make him invulnerable.

eləw : éléphant. Les derniers troupeaux d’éléphants ont été observés dans l’ouest de l’Azawag vers 1885.

An elephant. The last elephant herds were observed in the west of the Azawag about 1885.

Ăyt-Lawe, At-Lawe, At-Lăway : tribu du groupe Dăw-Ṣăhak [voir ce nom] (d’origine juive ; parlent touareg mais gardent les coutumes juives).

A tribe of Jewish origin (they speak Tuareg but have maintained Jewish traditions). [See Dăw-Ṣăhak]

laya : nom d’un gri-gri (contient des verset coraniques ; rend les hommes invisibles aux djinns ; porté par les caravaniers de Balma).

Name of a charm (contains Quranic verses; makes its bearers invisible to the jinns; used by the caravan riders of Balma).

ălẓu : raser (barbe, tête etc.) => win laẓẓinen : les marabouts (litt. ceux qui se rasent la tête).

To shave (beard, head etc) => win lazzinen: the marabouts (litt. those who shave their heads).

M

imi n-ăḍaḍ : bout du doigt ; p.ext. nom du prix dû d’avance au marabout qui s’apprête à inscrire dans le sable, avec le bout de son doigt, une formule de guérison (pour guérir un malade éventuellement possédé par les djinns).

A fingertip; by ext. name of the prepaid earnings of the marabout who will inscribe on the sand, with his fingertip, an healing formula (to cure a diseased person perhaps possessed by jinns).

madak : espèce de plante (tue les serpents quand on la met à l’entrée de leurs gîtes) (Commicarpus helenae).

A species of plant (kills the snakes when placed at the entry of their lairs).

Ǝmrəwəlqis (ar. Imru’l-Qays) : nom d’un poète célèbre de l’Arabie préislamique. Selon une légende touarègue, il aurait été un roi géant des Arabes et aurait inventé les tifinagh ou au moins contribué à civiliser les Touaregs.

Name of a famous poet of pre-Islamic Arabia. According to a Tuareg legend, he was a giant king of the Arabs and invented the tifinagh or, at least, helped civilize the Tuaregs.

ămata : extenseur de puisette (branche insérée dans la puisette pour étendre celle-ci et puiser plus rapidement) ; p.ext. rameau suspendu à la tente d’une femme en couches (moyen magique qui doit lui faciliter l’ouverture du vagin).

Dipper extensor (a stick inserted in the dipper to extend it and allow faster dipping) ; by ext. a sprig hanging by the tent of a parturient woman (a magic tool that must facilitate the opening of her vagina).

Taməzgədda : secte mouridienne de l’Azawag (dont les membres viennent de plusieurs tribus). La secte islamique des Mourides est d’origine sénégalaise, fondée par le cheikh Ahmadou Bamba [Serigne Touba]. Connus pour faire des talismans (guérisseurs et prophylactiques).

A Mouride sect of the Azawag (which members come from various tribes). The islamic sect of the Mourides is of Senegalese origin, being founded by Cheikh Ahmadou Bamba. They are reputed for making talismans (healing and prophylactic).

eməžir : ancien emplacement d’un camp ou campement (les piquets sont souvent laissés sur place). On dit que les djinns habitent les campements abandonnés et frappent ceux qui s’y aventurent. P.ext. ruine, vestiges archéologiques.

The former site of a camp (the posts are often left behind). It is said that the jinns dwell in abandoned camps and strike those who tread those places. By ext. a ruin.

răṃa : chanvre indien (Hibiscus cannabinus) ; fibres de chanvre (servent notamment à confectionner des liens et à tresser les tresses artificielles des femmes haoussa).

Hemp; hemp fibres (used among other things to make ties and the artificial braids of Hausa women).

tiṛăwt : lettre (missive) ; amulette écrite (contenant un verset du Qoran) => tiṛăwt n-ăḷăm : talisman pour chameau (suspendu au cou) ; Šiṛăwt ən-Tăḷămt : nom de l’étoile Alcor, dans la Grande Ourse (litt. Amulette coranique de la chamelle).

A letter (missive); a written amulet (containing a verse of the Quran) => tirawt n-alam: an amulet for camels (hanging from the neck); Sirawt en-Talamt: name of the star Alcor.

ăṛwa : sorte de danse frénétique des Haoussa (pour exorciser les mauvais génies ?) [Le point d’interrogation est de K.-G. Prasse.]

A kind of frenetic dance among the Hausas.

S

Săqqăra (ar. Saqar) : l’Enfer glacé (le centre glacé de l’Enfer, considéré comme le plus dur des enfers). [Il me paraît douteux que ce soit là le sens de l’arabe Saqar, qui est bien une région de l’enfer mais dont je ne trouve pas qu’elle soit glacée. S’agit-il d’une particularité touarègue ou d’une erreur d’interprétation des auteurs du dictionnaire ?]

The Hell of ice (the icy core of Hell, considered the harshest of hells). [I do not think that the Arabic Saqar, although it is the name of a region of hell, has this meaning. Is this a Tuareg particularity or an error of the authors?]

sonti (ha.) : mot lâché involontairement pendant le repas. L’étiquette touarègue demande qu’on mange dans un silence absolu. Le sonti est considéré comme dû au plaisir excessif de manger, sentiment qui est en soi illicite et ridiculisé. On se moque à l’amiable de celui qui commet un sonti en famille, alors qu’en présence d’étrangers l’acte est impardonnable.

A word uttered involuntarily durint the meal. Tuareg etiquette demands that people eat in absolute silence. The sonti is said to be caused by excessive pleasure in eating, a sentiment that is illicit and ridiculed. In the family the person making a sonti is gently mocked, but in the presence of strangers the act is inexcusable.

tasăsḳot : tombeau ; cimetière. On dit que les djinns habitent les cimetières et qu’il est dangereux de s’y aventurer la nuit.

A grave ; a graveyard. It is said that jinns dwell in the graveyards and that it is dangerous to roam in them at night.

ăssăxar (ar.) : sorcellerie ; spécialement, eau contenant les lavures d’une planchette couverte de versets coraniques (bue à des fins magiques). [Cf. Ǝlquran]

Witchcraft; especially, water containing the washing of a plate covered with Quranic verses (which one drinks for magic effects).

Š

əmaši : cadavre d’un animal tombé dans un puits (fennec, écureuil, chat, rat, zorille ; capable d’intoxiquer l’eau et de la rendre imbuvable pour tous les animaux sauf le chameau).

The corpse of an animal inside a well (fennec, squirrel, cat, rat, zorilla; likely to poison the water and make it undrinkable for all animals except the camel).

šaro (peul) : épreuve de flagellation (rite d’initiation des jeunes Peuls) ; escrime (avec bouclier).

The ordeal of flogging (initiation rite of the young Fula); fencing (with shield).

šet-ălxer : nom de l’encens donné par le bdellium brûlé (sert à chasser les djinns). [Cf. tăfaršit]

The frankincense made from bdellium (used to chase the jinns away).

T

təfatəfa : raclures d’encre (du Qoran ; bues diluées dans l’eau comme remède protecteur contre les maux de toutes sortes) [Cf. Ǝlquran, ăssăxar] ; crachats de bénédiction (petits crachats de salive d’un marabout, sur la tête de son élève).

Ink scrapings (from the Quran; they are drunk delayed in water as a remedy against all kinds of ailments); blessing sputum (small sputums spat by a marabout on the head of his disciple).

əttəhlul (ar. enveloppe) : livret religieux (miniature) (sert d’amulette ; normalement ce livret contient des versets du Qoran).

Religious booklet (used as amulet; normally the booklet gathers verses from the Quran).

W

awəṇṇəwən : lieu sacré, lieu habité par les esprits saints : spéc. sépulture néolithique en forme de tour en pierres.

A sacred place, a dwelling place of the holy spirits ; espec. a neolithic grave in the shape of a stone tower.

Y

tăyṭṭăft : esp. de fourmi (grande, noire, fait des magasins de grains). On dit que les fourmilières sont habitées par les djinns. Les femmes captives qui en excavent le grain doivent se taire complètement pendant cette opération, sinon elles risquent d’être frappées par les génies.

A species of ant (large, black, builds stores of seeds and grains). It is said that anthills are inhabited by jinns; captive women who dig the grains from them must remain completely silent during the operation lest the jinns strike them.

Z

ize-n-ălžănnăt : (litt. mouche du Paradis) esp. de mouche bleu-violette. On dit qu’elle augure la richesse à celui sur qui elle se pose.

« Fly of Paradise, » a species of bluish-purple fly. It is said to augur wealth for those on whom it alights.

Azubăya / Izubăyatăn : membre d’un peuple légendaire d’idiots vivant dans la mer ; idiot.

A legendary people of cretins living in the sea; a cretin.

ezăgăz : fennec (renard saharien). On dit que les lieux où se trouvent les terriers des fennecs sont habités par les djinns et dangereux la nuit.

A fennec fox. It is said that the places where fennec foxes have dug their burrows are inhabited by jinns and dangerous at night.

tazlaft : corbeau noir ; p.ext. augure de bonne fortune (signe faste en géomancie) ; parole de magicien.

A black crow; by ext. a good omen; the words of a magician.

aẓəkka : tombe. Les tombes se font normalement dans les endroits pierreux.

A grave. Graves are usually made in stony ground.

teẓma : pouvoir magique des forgerons ; pouvoir de maudire.

Magic power of the blacksmiths; the power to cast a curse.

Ž

Žəbəkeli : nom d’un djinn qui habite un bois de la vallée de Tadist (arrache brutalement les entraves des chameaux qui y paissent).

Name of a jinni that dwells in the Tadist valley (it tears off the hobbles of the camels that graze there).

žabal nâr : volcan (considéré comme porte de l’Enfer).

A volcano (considered a gate of Hell).

ăžobbar, əžabbar (ar.) : homme géant de l’époque préhistorique. On dit que les fantômes des ižobbarăn occupent toujours leurs tombeaux et sont une sorte de djinns.

Giant people of prehistoric times. It is said that their ghosts still haunt their graves and are a kind of jinns.

ăžoggam : grande route ; trace de géant (empreinte de pied présumée laissée par un géant préhistorique).

A highway; a footprint allegedly left by a prehistoric giant man.

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