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Cours de philosophie 3 : Philosophie politique (Montesquieu, Tocqueville)

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La pensée de Montesquieu dans De l’esprit des lois (1748)

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La liberté dans un grand État, que les Pères fondateurs américains voulaient établir par la Constitution américaine, est une réponse à Montesquieu. Le despotisme asiatique est dû, notamment par l’influence de la géographie et du climat, à l’existence de grands empires. La Constitution américaine se veut un talisman contre la malédiction du despotisme asiatique.

Or Montesquieu avait déjà vu que la « république fédérative » (IX, 1) supplée au défaut intrinsèque de toute république, qui est que son territoire doit nécessairement être petit. La résolution par les Pères Fondateurs américains du problème posé par Montesquieu se trouve donc en Montesquieu lui-même.

(Montesquieu connaissait l’œuvre de Locke, le chapitre 6 du Livre XI « De la Constitution d’Angleterre » est repris de l’ouvrage sur le gouvernement représentatif du philosophe anglais. Il convient dès lors d’examiner si les principes de Montesquieu relatifs au fédéralisme sont également tirés de Locke, auquel cas il n’est pas besoin d’introduire Montesquieu dans la filiation intellectuelle des Pères fondateurs américains, ou simplement de lui rendre l’hommage de l’antériorité, puisque alors les Pères fondateurs n’auraient pas eu besoin de tirer de Montesquieu ce que lui-même tirait de Locke.)

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L’égalité n’implique pas seulement un partage égal des terres et des biens, mais aussi la suppression des libertés de tester et de contracter, ces libertés étant de nature à détruire l’égalité.

Elle peut impliquer également le mariage avec la sœur consanguine (par le père) mais non avec la sœur utérine (par la mère), comme dans la loi d’Athènes – afin « de ne pas mettre sur la même tête deux portions de fonds de terre, et par conséquent deux hérédités. Quand un homme épousait sa sœur du côté du père, il ne pouvait avoir qu’une hérédité, qui était celle de son père : mais, quand il épousait sa sœur utérine, il pourrait arriver que le père de cette sœur, n’ayant pas d’enfants mâles, lui laissât sa succession : et que par conséquent son frère qui l’avait épousée, en eût deux » (V,5) –, ou le mariage avec la sœur utérine mais avec une dot de moitié que celle du frère, comme à Lacédémone. (Ces exemples et particulièrement celui de Sparte, qui devraient être bien connus d’auteurs ayant pratiqué les auteurs anciens et ne semblent pas l’être, relativisent singulièrement la « prohibition générale de l’inceste » posée en dogme des sciences sociales.) Ou bien encore il faut prévoir que l’héritage passe à un seul des fils, les autres étant donnés à des couples sans enfant, comme le propose Platon au livre V des Lois.

Ainsi, l’acte de partage en lui-même, par exemple à la suite d’une révolution politique, ne peut rien pour l’égalité de manière durable si la loi sur les héritages et les contrats n’est pas réformée de façon à prévenir tout retour des inégalités abolies par le partage initial.

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Montesquieu déclare (VI, 5, c) que Socrate refusa de se servir d’une loi d’Athènes qui permettait aux accusés de s’exiler avant le jugement. Socrate ayant été jugé, puis condamné, il est certain que, s’il avait le droit de s’exiler avant le jugement, il ne s’en prévalut point. Or, dans la prosopopée des lois, du Criton, se trouve expliqué pourquoi Socrate refusa de s’enfuir après son jugement, mais ce passage ne dit rien quant au refus d’user des libertés offertes par la loi pour éviter un jugement. La fameuse prosopopée ne peut d’ailleurs nullement être appliquée à ce dernier refus puisque Socrate n’aurait alors fait que se prévaloir d’un droit reconnu par les mêmes lois athéniennes qu’il refusa d’enfreindre en s’échappant de sa prison après son jugement. Le refus de s’exiler avant le jugement, conformément à la loi, jette une singulière lumière sur le refus de s’exiler après le jugement, en infraction à la loi, et sur la prosopopée servant de justification à ce dernier refus, car, puisque la loi donnait à Socrate la possibilité de s’exiler, comment peut-il justifier son refus de s’exiler par le nécessaire respect dû par chacun aux lois ?

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Montesquieu se désole (VI, 9) au nom de l’humanité de « la justice atroce des sultans », à une époque où la torture judiciaire était banale en France !

Certes, Montesquieu est contre « la question » : il souligne que l’Angleterre s’en passe à son époque déjà, que les Grecs anciens la réservaient au crime de lèse-majesté (pour les citoyens, non pour les esclaves), les Romains aussi (pour certains accusés), et loue les restrictions légales des Wisigoths d’Espagne en la matière.

Du temps de Montesquieu, la justice française y recourait systématiquement, ce qui fait dire à Marcel Rousselet, de l’Institut : « Devant toute cette barbare législation criminelle, on reste confondu de voir ces juges si souvent empreints de l’esprit de ce beau XVIIIe siècle plein de délicatesse et de douceur, n’avoir compris ni la cruauté, ni l’inutilité de ces souffrances. » (Histoire de la justice, PUF, 3e éd. 1968, p. 50)

Ces juges, ce sont les « grands magistrats », « ces nobles races de magistrats, ces grands hommes de robe, fermes, incorruptibles, esclaves du devoir et du travail, honorés de leur siècle autant que de la postérité » (p. 43), et Rousselet de citer Daguesseau, Pothier, Chartraire de Bourbonne, Hénault, De Brosses… Un dithyrambe pour de beaux parleurs, qui philosophaient en faisant appliquer la question ! (Je n’ose demander si Montesquieu, président à mortier du Parlement de Bordeaux, dont j’ignore tout des activités en tant que magistrat, ne la faisait pas lui-même appliquer dans les affaires dont il avait connaissance, tout en rédigeant dans son cabinet des pages contre la torture judiciaire.) Ces « nobles races de magistrats » sont jugées : la question n’existait plus en Angleterre quand ils la pratiquaient, ils restèrent aveugles à l’exemple d’humanité de nos voisins.

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Les républiques commerçantes, bien que n’étant pas égalitaires à la manière du communisme platonicien (un communisme aristocratique !), connaissent néanmoins peu de luxe, selon un argument qui, dans Montesquieu, pourrait rappeler l’éthique protestante de Max Weber mais la contredit en réalité – à savoir, que le commerce fait fond sur l’épargne. C’est le commerce en soi qui conduit à l’épargne, sans qu’il soit besoin d’invoquer une éthique religieuse. Ce n’est en effet pas l’éthique protestante qui conduit le commerçant à l’épargne mais les nécessités mêmes du commerce : pour investir, il faut épargner. Le commerçant a donc un train de vie modeste, aux antipodes de l’ostentation aristocratique.

Cela dit, et c’est conforme aux vues de Montesquieu, certaines religions peuvent être plus propices que d’autres au développement du commerce, mais cela reste un démenti formel à la thèse de Weber. En effet, que l’éthique protestante soit plus conforme que d’autres aux exigences intrinsèques du commerce ne permet pas d’imputer à cette dernière une valeur causale dans le développement du commerce, car on pourrait tout aussi bien dire que c’est le commerce qui, par ses nécessités intrinsèques, fut cause du développement d’une éthique protestante, en adoptant alors un point de vue strictement matérialiste.

Or, à l’époque de Montesquieu déjà, Mandeville s’inscrivait en faux contre l’idée que les républiques commerçantes sont de leur nature contraires au luxe. Mandeville affirmait justement le contraire. Les développements ultérieurs des républiques commerçantes ne lui donnent-ils pas raison ? On peut certes trouver dans la consommation des sociétés capitalistes contemporaines une forme de mesquinerie dans son ostentation même, qui laisse ces sociétés loin derrière leurs ancêtres aristocratiques en termes de luxe ; et l’on ne parlerait alors de surconsommation que parce que, très démocratiquement, chacun consomme, et que nous sommes nombreux, ce qui n’ôterait rien au fait que le luxe est un produit des inégalités de conditions matérielles qui se sont amenuisées au cours du temps, les sociétés passant d’aristocratiques à démocratiques.

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Les gouverneurs des provinces conquises par la république romaine réunissaient les trois pouvoirs dans leurs mains, c’étaient « les bachas de la république » (XI, ch. 19 « Du gouvernement des provinces romaines »). Cette structure du pouvoir dans les provinces conquises portait en soi des ferments de corruption. – Le raisonnement s’applique fort aisément au colonialisme des temps modernes. Nous dirigions nos colonies selon des principes contraires à ce que nous professions, en justifiant cela banalement par la nécessité, tout comme les Romains antiques. Mais en nous habituant à ces formules, nous érodions nos maximes politiques les plus hautes et nous nous préparions en quelque sorte à nous coloniser nous-mêmes, c’est-à-dire à nous percevoir comme un peuple où la séparation des pouvoirs n’avait pas non plus vocation à s’appliquer, comme un peuple appelant des bachas pour le gouverner à l’ottomane, car il paraît toujours plus commode de supprimer la liberté devant la force des choses.

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Montesquieu est pour la peine de mort (XII, 5), mais il faut croire qu’un Beccaria a plus de poids que Kant et lui réunis.

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« Il ne suffit pas, dans les tribunaux du royaume [d’Angleterre], qu’il y ait une preuve telle que les juges soient convaincus ; il faut encore que cette preuve soit formelle, c’est-à-dire légale : et la loi demande qu’il y ait deux témoins contre l’accusé ; une autre preuve ne suffirait pas. » (XII, 19, d)

Montesquieu balaie ainsi le système de l’intime conviction, avant même qu’il eût remplacé celui des preuves légales en France. Encore un travers de notre pays.

La justice anglo-saxonne, qui, nous l’avons dit, abolit la torture judiciaire bien avant nous, reste attachée au système des preuves légales, quand nous avons fait reposer la nôtre sur l’intime conviction du juge qui fluctue au gré des mouvements d’opinion, voire des mouvements de foule, ou bien au gré de l’intérêt des dirigeants dont dépend sa carrière. Mais rassurez-vous, cela n’a jamais dérangé les Français : il n’y a pas de sujet.

Le juge d’appel, à la chambre connue sous le nom de chambre d’enregistrement : « Mon collègue a l’intime conviction que vous êtes coupable. Que voulez-vous que je vous dise ? Son intime conviction n’est pas moins souveraine et respectable que la mienne. » (Ironie.)

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J’ouvre une parenthèse sur un point d’histoire qui fait déjà l’objet de quelques spéculations sur ce blog (voyez ici, « Ingeborg, A Viking Girl on the Blue Lagoon »).

Montesquieu parle des vents d’est de l’Atlantique qu’il faut éluder pour parvenir au Cap depuis les colonnes d’Hercule (XXI, 10, en particulier la note e). Rappelons-nous donc Cabral et la découverte du Brésil : Cabral voulait justement se rendre au Cap et fut emporté par les vents d’est jusque sur les côtes d’Amérique.

Compte tenu du point soulevé par Montesquieu, cette histoire de la découverte du Brésil ne serait-elle pas une invention destinée à détourner l’attention publique du fait que l’Amérique était déjà connue (par certains) avant Colomb ? Pour éluder sans difficulté les vents d’est, il fallait, si je comprends bien Montesquieu, parlant de la navigation antique, l’invention de la boussole (parce que, dit-il, c’est la boussole qui permit de se rendre au Cap sans suivre la côte de l’Afrique). Par conséquent, Cabral, qui connaissait la boussole, puisqu’elle fut introduite en Occident au XIVe siècle, ne pouvait guère se laisser prendre par les vents d’est et « découvrir » le Brésil, tandis que tous ceux qui tentaient de se rendre au Cap avant la boussole pouvaient se faire prendre par les vents d’est et parvenir, avec des navires permettant une telle traversée, jusqu’à la côte américaine.

Autrement dit, il est plus vraisemblable, compte tenu des conditions géographiques, qu’un navigateur européen découvrît l’Amérique par inadvertance avant la boussole qu’après.

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Les femmes « ingénues » (libres) ayant trois enfants étaient, aux termes des lois Juliennes, affranchies de la tutelle propre aux matrones romaines (XXIII, 21). Mais comment cela pouvait-il contribuer à la démographie, objet visé par cet affranchissement, puisque les maris perdaient ainsi des droits dans le mariage ?

Les Romains voulaient inciter par là les femmes à faire des enfants : celles qui donnaient trois fois la vie étaient affranchies de la tutelle. Ce faisant, la loi privait l’époux de l’exercice de cette tutelle. Or si l’époux, désincité quant à lui par les lois Juliennes à faire des enfants à son épouse, se restreignait dans les liens du mariage (ce qui pouvait être d’autant plus facile que le concubinage était plus répandu), ces lois ne pouvaient atteindre leur but ; le mari n’avait qu’à faire moins de trois enfants à son épouse pour conserver sa tutelle sur celle-ci. Or l’époux était vraisemblablement contraint, au titre des devoirs du mariage, de cohabiter sexuellement avec sa femme : il ne pouvait donc tout au plus que retarder la fin de la tutelle. De son côté, l’épouse pouvait accélérer cette délivrance en commettant l’adultère.

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Selon Montesquieu, dans le Nord « un homme de soixante ans a encore de la force » et surtout « les femmes de cinquante ans ne sont pas généralement stériles » (XXIII, 21).

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Le théâtre, l’occupation d’acteur était frappée d’infamie à Rome. Le Moyen Âge chrétien n’a là rien inventé, ni Rousseau.

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Montesquieu offre une justification rationnelle du combat judiciaire et de l’épreuve du feu et de l’eau bouillante (ou du fer chaud) : les ordalies. Bien qu’en soi ces épreuves ne prouvent rien quant aux cas d’espèce, on jugeait par elles la valeur sociale des individus, dans des sociétés guerrières ; la preuve de la valeur au combat était directement attestée par un combat singulier, et, dans les épreuves de l’eau bouillante et du fer chaud, indirectement, par la callosité des mains résultant l’exercice des armes (d’où s’ensuivait que le fer chaud saisi par le poing ou l’eau bouillante dans laquelle l’accusé plongeait la main ne provoquaient pas de blessures graves).

Ces explications sont ingénieuses (bien que, relativement aux callosités de la main d’un maître d’armes, elles ne dussent qu’imparfaitement protéger l’individu de l’eau bouillante pour peu qu’il dût y plonger la main entière, paume et dos) et pourraient s’appliquer à d’autres types connus d’ordalie dans diverses parties du monde primitif, telles que l’ingestion de poisons qui, si l’accusé n’en mourait pas, l’innocentait : un homme assez robuste pour survivre au poison est indéniablement un homme de valeur.

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On ne sait pas si les Douze Tables romaines parlent de couper en morceaux le débiteur insolvable ou bien d’en diviser le prix une fois vendu comme esclave. Montesquieu penche pour la seconde opinion (XXIX, 2).

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Sans citer sur ce point aucune source, Montesquieu impute aux Normands un esprit de revanche contre les moines, lesquels auraient, sous Charlemagne, détruit leurs idoles et les auraient contraints à se réfugier dans le Nord. Ce seraient donc des Saxons ayant émigré dans la Scandinavie.

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La pensée de Tocqueville dans De la démocratie en Amérique (1835, 1840)

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Le « nivellement » démocratique dont parle Tocqueville n’est pas seulement légal (égalité devant la loi) mais également économique. Le nivellement économique – « l’égalité des conditions » – aurait atteint en Amérique « ses limites extrêmes ».

Partout où la démographie est de deux enfants par couple, le partage égal de l’héritage n’est pas un fractionnement de la propriété puisque chaque enfant reçoit ½ de 2 parts, soit une part chacun. Mais le partage égal dénature la richesse foncière, qui ne peut plus se transmettre. L’attachement à la terre, à la propriété terrienne n’est possible qu’avec le droit de primogéniture. C’est pourquoi Tocqueville parle d’égalité des conditions en Amérique, pays où les inégalités entre les fortunes immobilières sont toutefois très considérables aujourd’hui. À l’époque, l’Amérique était un pays de petits propriétaires et petits artisans. Tocqueville dit dans la seconde partie de l’ouvrage – p. 699 éd. de La Pléiade – qu’il n’y a pas pratiquement pas de fermiers en Amérique, que tous ou presque sont propriétaires de leurs terres.

C’est pourquoi une classe de loisir (Veblen) est impossible en Amérique. L’état social que décrit Tocqueville en doit forcément empêcher l’émergence, chaque Américain devant travailler pour subvenir à ses besoins et ne s’enrichissant, si cela se produit, que sur le tard, quand on n’a plus de goût pour l’étude. De même, les fils commencent leur carrière moins riches que leur père, qui ne peut à son tour leur transmettre qu’une partie de sa fortune à chacun. Ces faits s’opposent à l’existence d’une classe de loisir :

« Il n’existe donc point en Amérique de classe dans laquelle le penchant des plaisirs intellectuels se transmette avec une aisance et des loisirs héréditaires, et qui tienne en honneur les travaux de l’intelligence. Aussi la volonté de se livrer à ses travaux manque-t-elle aussi bien que le pouvoir. » (57)

L’idée de classe de loisir est impossible dans une démocratie telle que décrite par Tocqueville, car une classe de loisir est la pure et simple description d’une aristocratie. (Je suis donc bien en peine d’expliquer, si je m’en tiens à Tocqueville, de quoi parle Veblen, qui prétend avoir découvert une classe de loisir en Amérique.) En revanche, la consommation ostentatoire, cet autre objet de la sociologie de Veblen, peut s’expliquer par les vues de Tocqueville sur l’activité fiévreuse des démocraties : il faut que la fortune, comme marque du succès, se donne à voir à certains signes, quand le statut social ne se donne à connaître par aucune norme juridique (par l’inégalité des uns et des autres devant la loi). La consommation ostentatoire est d’ailleurs ce que Tocqueville appelle l’hypocrisie du luxe (p. 562) (formule peu précise, en raison de l’imprécision de la langue française : il s’agit d’un luxe trompeur, de la simple apparence du luxe). La consommation ostentatoire est rendue possible en démocratie par la piètre qualité de la plupart des produits mis sur le marché, qui permet d’acquérir des objets donnant l’illusion de la richesse et de la perfection artisanale aristocratiques à faible coût.

Les avertissements de Tocqueville contre les possibles effets de l’industrie et « l’aristocratie d’argent » sont assez vifs mais ramassés en peu de pages (704-5 et 855-6 respectivement), alors que ces effets se sont puissamment développés, devenant le fait saillant de toutes les sociétés industrielles, en Amérique et ailleurs, quelques années ou quelques décennies au plus après la parution du livre de Tocqueville. Sa défense de la liberté, du libéralisme contre les tendances possibles de l’égalité se répandant partout, était donc déjà presque anachronique au moment où il écrivait, car l’égalité des conditions matérielles ne s’est pas répandue comme il le croyait, l’industrie a produit au contraire des inégalités sans précédent, en tout cas une misère sans précédent parmi les prolétaires. Ferdinand Lundberg, auteur du livre America’s 60 Families (1937) est sans doute un peintre de l’Amérique plus réaliste aujourd’hui que Tocqueville.

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Chaque État d’Amérique a deux chambres législatives. Dans les États, le sénat n’a donc pas la même justification qu’au niveau fédéral, où il a pour fonction de représenter les États (ou bien pourrait-il s’agir de représenter les comtés ?) On en revient donc à l’argument du type « la qualité de la loi » (une seconde chambre améliore la qualité de la loi selon la justification classique des Parlements bicaméraux des États unitaires et non fédéraux).

Cette « division du pouvoir législatif » en deux chambres qui ne se justifie point par le fédéralisme, Tocqueville y voit un « axiome de la science politique », mais pour des raisons qu’il laisse dans une grande obscurité. Il relève que l’on en est venu aux deux chambres dans l’État de Pennsylvanie malgré l’avis de Franklin en la matière : la belle affaire, est-ce là ce qui prouve un axiome ? (I, I, V)

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L’argument de Tocqueville en faveur du contrôle de constitutionnalité des lois par le juge l’interdit dans le cas où la Constitution est « une œuvre immuable ou censée telle » (I, I, VI), comme en France. Comme ce n’est plus le cas en France de nos jours, l’argument tombe : notre Constitution est dans la même situation que la Constitution américaine – révisable – et le contrôle de constitutionnalité du juge doit donc en découler. Or nous n’avons toujours pas de contrôle de constitutionnalité par le juge ordinaire, ni même par le juge administratif, puisque ce contrôle est exercé par une juridiction ad hoc et byzantine composée en grande partie d’anciens membres de l’exécutif.

L’argument de Tocqueville pour refuser le contrôle de constitutionnalité par le juge dans le cas d’une Constitution immuable (un concept dont il ne daigne même pas souligner l’absurdité, autrement que par une brève allusion : « Ils [les Américains] n’ont point eu l’idée de fonder, avec des éléments qui changent tous les jours, des constitutions dont la durée fût éternelle »), est le suivant :

« Si, en France, les tribunaux pouvaient désobéir aux lois, sur le fondement qu’ils les trouvent inconstitutionnelles, le pouvoir constituant serait réellement dans leurs mains, puisque seuls ils auraient le droit d’interpréter une constitution dont nul ne pourrait changer les termes. Ils se mettraient donc à la place de la nation et domineraient la société, autant du moins que la faiblesse inhérente au pouvoir judiciaire leur permettrait de le faire. » (I, I, VI)

Est-il utile d’ajouter que Tocqueville voit dans le contrôle de constitutionnalité, inventé par les Américains, une garantie majeure contre la tyrannie ?

« Resserré dans ses limites, le pouvoir accordé aux tribunaux américains de prononcer sur l’inconstitutionnalité des lois forme encore une des plus puissantes barrières qu’on ait jamais élevées contre la tyrannie des Assemblées politiques. » (Ibid., 115)

Nous restons quant à nous, Français, des Byzantins, malgré nos réformes successives dans le sens américain, plus timides les unes que les autres.

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Les mandats courts des magistrats locaux en Amérique (la durée de la législature des États est d’un an !) permettent au peuple de les tenir plus étroitement dans sa dépendance (I, II, II). – C’est ce qu’il faut avoir à l’esprit contre l’idée que la place du marché est trop étendue en Amérique : l’État économique a besoin de mandats électifs longs pour mener à bien ses projets économiques, cet État économique est donc forcément moins démocratique, dès lors que plus le mandat est long, plus les élus s’émancipent des électeurs. Le marché s’impose donc ne serait-ce que pour permettre au peuple d’élire des magistrats aux mandats courts. Je ne sais si Hayek l’a vu.

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Traitement du président de la République américaine : 135.000 francs. Traitement du roi de France (Louis-Philippe) : 12 millions de francs ! (I, II, V n.)

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Dans l’ensemble, Tocqueville s’inscrit en faux contre le jugement d’un Stendhal opposant la naissance (l’aristocratie) au mérite (la démocratie). À bien des égards, l’aristocratie est selon lui plus compétente en matière politique, son personnel est supérieur « en capacité et en moralité » au personnel politique démocratique : il donne l’exemple de l’Angleterre aristocratique (I, II, VI). – Or c’est à l’aristocratie anglaise que Tocqueville impute l’inégalité extrême des conditions matérielles en Angleterre, tandis que l’Amérique montrerait à cet égard la plus extrême égalité.

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Il n’y a pas selon Tocqueville de prolétaires en Amérique (I, II, VI). Mais il précise également que « les esclaves, les domestiques et les indigents nourris par les communes » (pp. 275-6) n’ont pas le droit de vote !

Sur le nombre des indigents, Tocqueville ne dit rien, mais il montre par ailleurs que les budgets de la charité publique sont nettement supérieurs en Amérique qu’en France, entendant par là que, dans une nation démocratique comme l’Amérique, où le pauvre gouverne (sic), l’État prend naturellement en charge l’adoucissement de la condition du pauvre.

Dans la mesure où certaines catégories de la population n’ont pas le droit de vote, Tocqueville aurait dû dire qu’il n’y a pas de prolétaires dans l’électorat, ce qui revient à dire tout autre chose. En effet, si Tocqueville parle de l’égalité des conditions dans l’électorat, même si cette égalité se trouve être vraie elle ne décrit pas l’ensemble de la population américaine. (Et de quels droits n’étaient pas privés ces domestiques et ces indigents ?) « Le pauvre » prend donc un sens tout à fait particulier et pour nous inattendu : c’est la classe moyenne.

S’agissant de la charité publique, il faut donc voir que, si les Américains l’ont développée plus que tous les autres pays à l’époque parce que le pauvre y gouverne, ce n’est pas en vertu de l’égalité de condition entre les pauvres, puisque le pauvre qui gouverne n’est nullement celui qui bénéficie de cette charité publique, ce dernier étant l’indigent privé du droit de voter. Cette charité procède donc bien plus de la prudence de la classe moyenne, qui, dans un régime où nulle condition n’est stable selon Tocqueville, craindrait en permanence de sombrer dans l’indigence.

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Tocqueville affirme que les deux législations française et anglaise en Louisiane « s’amalgament peu à peu l’une avec l’autre » (I, II, VIII n.). Or on sait aujourd’hui – cela passe pour un axiome de la science du droit – que la common law évince systématiquement le droit romain, et c’est bien ce qui s’est produit en Louisiane, d’où le droit romain s’est fait évincer.

Ainsi, les « légistes », cet idéal-type décrit par Tocqueville, auraient, outre les différentes qualités décrites par notre auteur à leur sujet, une préférence marquée pour la common law contre le droit romaniste.

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L’Amérique, p. 320, pourrait périr par ses grandes villes, à moins de développer une armée nationale suffisamment forte et indépendante pour les contenir. Mais, p. 319, la « gloire militaire » est un fléau pire que tous les autres…

(Au moment où Tocqueville écrivait, l’Union n’avait pas d’armée permanente. C’était dix ans seulement avant la guerre américano-mexicaine de 1846-48, où le Mexique subit une défaite écrasante.)

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La loi des successions, exigeant un égal partage des biens dans la fratrie, fut cause dans les États esclavagistes du Sud que les anciens oisifs devinrent des ouvriers libres qui, en concurrençant le travail de l’esclave noir, « moins productif » (405), démontraient le désavantage économique de l’esclavage.

(La société du Sud esclavagiste possédait les qualités pour nourrir en son sein une classe de loisir, une classe d’oisifs. L’abolition de l’esclavage y mit fin.)

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Tocqueville anticipe, malgré le traité définissant la frontière entre les deux pays, l’incorporation au territoire de l’Union des territoires du Mexique alors à peu près déserts et où s’établissait déjà sa population, avant les Mexicains eux-mêmes (I, II, X).

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Tocqueville anticipe également que l’Amérique et la Russie se partageraient la domination du monde, c’est-à-dire la Guerre froide, la première au moyen de la liberté, la seconde au moyen de la servitude (le tsarisme au moment où Tocqueville écrivait, puis ses successeurs, les Soviets) (I, II, X).

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Tocqueville affirme que l’observation du dimanche chômé « est ce qui frappe le plus vivement l’étranger » en Amérique (notes finales DDA I : note à la page 43). Aujourd’hui, l’Amérique sert d’exemple aux autres pour le supprimer.

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Tocqueville affirme que l’émergence de nouvelles religions est impossible parmi les peuples démocratiques (II, I, II). En quoi le mormonisme lui donne tort.

Selon certains, les Mormons auraient été sur le point de fonder une théocratie en Amérique. Sans la découverte de l’or de Californie juste après l’établissement des Mormons dans l’Utah, en juillet 1847, et la ruée vers l’or qui s’ensuivit, faisant de l’Utah un lieu de passage, les Mormons isolés auraient pu suffisamment asseoir leur autonomie pour fonder un empire théocratique. De même si la guerre de Sécession avait balkanisé l’Union. (G.-H. Bousquet, Les Mormons, 1967)

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Le classicisme dans l’art et les lettres est dit par Tocqueville choisir des sujets lointains qui laissent libre cours à l’imagination des artistes, tandis que les artistes des sociétés démocratiques imitent ce qu’ils ont sous les yeux. – Baudelaire fait donc l’apologie du classicisme.

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Le style démocratique est abstrait : par exemple, « la force des choses veut que les capacités gouvernent » (II, I, XVI, p. 581). Tocqueville souligne avoir employé l’égalité, notion abstraite, comme agent à plusieurs reprises dans la première partie de son livre, ce que les auteurs du siècles de Louis XIV, dit-il, n’auraient jamais fait.

On ne peut manquer, en lisant ce passage, de penser à Hegel, dans le style confus duquel les abstractions sont souvent les agents des actions les plus concrètes.

« Ces mots abstraits qui remplissent les langues démocratiques, et dont on fait usage à tout propos sans les rattacher à aucun fait particulier, agrandissent et voilent la pensée ; ils rendent l’expression plus rapide et l’idée moins nette. Mais, en fait de langage, les peuples démocratiques aiment mieux l’obscurité que le travail.

Je ne sais d’ailleurs si le vague n’a point un certain charme secret pour ceux qui parlent et qui écrivent chez ces peuples.

Les hommes qui y vivent étant souvent livrés aux efforts individuels de leur intelligence, sont presque toujours travaillés par le doute. De plus, comme leur situation change sans cesse, ils ne sont jamais tenus fermes à aucune de leurs opinions par l’immobilité même de leur fortune. » (p. 582)

Ainsi, le style vague est propre aux démocraties, où les idées sont vacillantes du fait de la mobilité des fortunes et des statuts. C’est pourquoi nous pouvons opposer un Schopenhauer aristocratique à l’Hegel plébéien. Le style « facile », épithète dont on se sert pour disqualifier Schopenhauer, comme si, selon certains, un philosophe ne pouvait ni ne devait se lire facilement, est aristocratique, tandis que la bouillie verbale plaît et convient aux esprits démocratiques, flottants par nécessité sociale.

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Avec l’idée que la littérature démocratique ne s’embarrasse pas des formes (car chaque nouvelle génération est comme un peuple nouveau), Tocqueville a-t-il prédit la disparition de la versification ?

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L’écriture démocratique de l’histoire, son explication par les seules causes générales, est une paresse de l’esprit (II, I, XX). Cela s’applique à merveille au marxisme.

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L’honneur et l’indépendance de la femme ne sont nulle part plus respectées qu’en Amérique, où le viol est même condamné de mort (p. 728), mais aussi c’est là que l’on trouve un grand nombre de courtisanes (ce devrait même être « le plus grand nombre », si je comprends bien la logique de Tocqueville) :

« Ce n’est pas que l’égalité des conditions puisse jamais parvenir à rendre l’homme chaste ; mais elle donne au désordre de ses mœurs un caractère moins dangereux. Comme personne n’a plus alors le loisir ni l’occasion d’attaquer les vertus qui veulent se défendre, on voit tout à la fois un grand nombre de courtisanes et une multitude de femmes honnêtes. » (p. 722)

C’est ce que Tocqueville appelle des mœurs « infiniment plus sévères que partout ailleurs » (718). Il précise également : « Aux yeux du législateur, la prostitution est bien moins à redouter que la galanterie. » (722) Il semblerait pourtant que la prostitution soit une plus grande cause d’infection vénérienne des femmes mariées – et des enfants – que la galanterie.

C’est comme pour les esclaves, les domestiques et les indigents (voyez supra) : pas plus qu’il n’inclut ces derniers dans ses analyses des droits politiques des Américains, Tocqueville n’inclut les prostituées dans ses analyses de la situation de la femme en Amérique. Ses analyses peuvent donc bien être on ne peut plus vraies, elles n’en sont pas moins une image partielle, peut-être extrêmement partielle, de la réalité. Car on n’osera tout de même pas affirmer que l’honneur et l’indépendance de la prostituée sont respectées en Amérique, alors qu’elles y mènent une existence de paria. (Schopenhauer a très bien dit que les prostituées étaient des « victimes sacrifiées sur l’autel de la monogamie » [Menschenopfer auf dem Altare der Monogamie].) Cette si belle démocratie se paye de la condition des invisibles qui l’habitent, comme les centaines de milliers d’esclaves d’Athènes servant quelque 20.000 citoyens athéniens. Aucune différence au fond, de ce point de vue, entre la démocratie antique et moderne. On est démocrate dès lors qu’on exclut par définition des pans entiers de la population du monde des humains. Aucune aristocratie n’a jamais été hypocrite à ce point. L’aristocratie est le point de vue réaliste qui s’attache à décrire la réalité telle qu’elle est dans son ensemble. Et l’idée du même Tocqueville que l’esprit aristocratique n’englobe pas dans sa charité l’ensemble des hommes contrairement à l’esprit démocratique, est fausse quant à la seconde partie : il faut dire « pas plus que l’esprit démocratique ». (De nos jours, l’étranger sans papiers, dépourvu des droits de la citoyenneté tout en étant un rouage de nos économies, joue à son tour ce rôle d’invisible, de même que les prostituées.)

LIV Tamagotchi Omelette/Amulet

Prithee, tell her but a worky-day fortune. (Antony and Cleopatra)

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« L’histoire est le développement d’une logique immanente dont les grands personnages historiques ne sont que les instruments inconscients ; ils sont animés par leurs passions et réalisent leurs intérêts ; ‘mais en même temps se trouve réalisée une fin plus lointaine, mais dont ils n’avaient pas conscience et qui n’était pas dans leur intention’. C’est ce que Hegel appelle la ruse de la raison. » (René Serreau, Hegel et l’hégélianisme, 1968)

C’est très exactement une idée de Kant.

[Ajout 8.8.2019 : Cette idée est exprimée en plusieurs passages de l’œuvre de Kant, de manière plus ou moins identique à la pensée ultérieure de Hegel ici présentée. J’ai pour l’instant retrouvé le passage suivant, qui montre d’ailleurs, citation à l’appui, qu’une telle idée de logique immanente dans le cours de l’histoire remonte à l’antiquité : « Ich meinerseits vertraue dagegen doch … (in subsidium) auf die Natur der Dinge, welche dahin zwingt, wohin man nicht gerne will (fata volentem ducunt, nolentem tracunt). » (Über den Gemeinspruch: Das mag in der Theorie richtig sein, taugt aber nicht für die Praxis) Je ne suis donc pas plus fondé à dire que l’idée est de Kant que Serreau à dire qu’elle est de Hegel, mais ce n’est pas non plus son but même s’il aurait pu souligner que l’idée n’est pas particulièrement «hégélienne»… Chacun d’eux l’a reprise à sa manière, en lui donnant un sens particulier au sein de leurs pensées respectives.]

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« À partir du prix de revient total du produit [=coût total : fabrication, marketing…], on trouve son prix de vente en ajoutant une quantité qui sera la marge génératrice de profit. … Dans la plupart des cas, il s’agit d’entreprises fabriquant plusieurs produits : comment alors attribuer à chacun sa ‘juste part de couverture des charges fixes’ ? » (Armand Dayan, Le marketing, 1979)

L’auteur prend ensuite l’exemple d’une entreprise qui fabrique trois produits, dont l’un est suffisant pour amortir les frais fixes, et qui peut donc pratiquer des prix offensifs sur les deux autres produits. De toute évidence, une telle entreprise ne se spécialisera pas sur le produit A, même si B et C sont « estimés non rentables selon la méthode de prix de revient complet ».

Nous avons là un exemple de rationalité économique qui s’oppose à la spécialisation et donc à la théorie des avantages comparatifs, selon laquelle les nations ont intérêt à se spécialiser dans les productions où elles ont un avantage (absolu ou relatif), et sur laquelle les libéraux fondent le commerce international. Selon cet exemple, la théorie n’est donc pas viable même en pure rationalité économique et sans considérations extrinsèques de souveraineté nationale (qui exigerait le maintien de certaines industries même peu rentables), car la non-spécialisation peut comporter l’exercice d’un pouvoir économique sur les prix.

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 « Qu’il évite avec soin tout acte qui dépend d’autrui ; qu’il s’applique au contraire avec zèle à tout ce qui ne dépend que de lui-même. Tout ce qui dépend d’autrui cause de la peine, tout ce qui dépend de soi-même donne du plaisir ; sachez que c’est là en somme la définition de la peine et du plaisir. » (Les Lois de Manou, traduction par G. Strehly, p.118)

Cela pourrait servir de résumé très exact de la doctrine des Stoïciens.

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We’ll beat ‘em into bench-holes. (Scarrus, dans Antoine et Cléopâtre de Shakespeare).

Bench-holes est un terme archaïque pour désigner des latrines : « Nous irons les buter jusque dans les latrines. » Le Scarrus de Shakespeare anticipe donc de quelques centaines d’années la phrase du président russe Vladimir Poutine qui en a marqué beaucoup : « Nous irons les buter [les terroristes islamistes] jusque dans les chiottes. » Aucun commentateur, à ma connaissance, n’a relevé la référence shakespearienne.

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Think of the fashion of London being led by a Br-mm-ll [Brummel]! a nobody’s son; a low creature, who can no more dance a minuet than I can talk Cherokee; who cannot even crack a bottle like a gentleman; who never showed himself to be a man with his sword in his hand, as we used to approve ourselves in the good old times, before that vulgar Corsican upset the gentry of the world! (Thackeray, Barry Lyndon)

So much for Barbey d’Aurevilly.

Au temps pour Barbey, auteur, comme on le sait, d’un peu convaincant Du Dandysme et de George Brummel, contredit par son congénère fictif, le gentilhomme Barry Lyndon.

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People who say manual labour is a good thing have never done any. (Brendan Behan)

With the notable exception of Henry David Thoreau.

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When the wise seer beholds in golden glory the Lord, the Spirit, the Creator of the god of creation, then he leaves good and evil behind. (Upanishads)

‘Good and evil behind,’ an early occurrence of Jenseits von Gut und Böse.

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What is the amount of information needed to convince people that a personality is present? The answer … is that very little information is needed. Simple line drawings of objects (as long as they have eyes or even a hint that they are alive), are quite enough to activate psychologically rich responses. Perceived reality does not depend on verisimilitude: A character doesn’t have to look anything like a real person to give and receive real social responses. (Byron Reeves & Clifford Nass, The Media Equation, 1996)

Il n’est donc pas besoin de construire des robots sociaux qui ressemblent à l’homme, surtout avec le risque d’entrer dans la vallée inquiétante (uncanny valley) ! Des personnages à la Nintendo première génération, néoténiques et kawaii, peuvent suffire à créer une interaction sociale homme-machine optimale.

L’avenir seul pourra dire si l’actroïde est capable de sortir de la vallée inquiétante. Je fais l’hypothèse suivante. L’apparence des robots humanoïdes ne cessera de s’améliorer mais il existe une limite indépassable qui les maintiendra toujours à la périphérie de la vallée inquiétante, c’est-à-dire que plus la familiarité avec le robot le plus parfait sera grande et plus son « étrangeté » de robot deviendra manifeste à son interlocuteur humain, qui aura dès lors à trancher s’il a affaire à un robot ou à un humain quelque peu dérangé nerveusement.

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And the joy of work, too. … people here don’t know anything about that either. … people here are brought up to believe that work is a curse, and a sort of punishment for their sins. (Ibsen, Ghosts)

Dans la bouche d’un peintre… (Aurait-ce été convaincant dans la bouche d’un ouvrier soumis aux nouvelles conditions du travail industriel ?)

Cette apologie libérale du travail, ingénieusement opposée à une conception chrétienne, reflète selon moi le statut d’Ibsen comme écrivain subventionné par le Parlement bourgeois norvégien qui lui vota une indemnité à vie.

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Kantisme (notes)

1/ Raison pure

« La géométrie nous apprend que la droite tangente au cercle touche ce cercle en un point, mais si nous traçons le cercle et la droite sensibles, nous nous apercevons que la droite touche toujours le cercle en plusieurs points et que jamais nous ne pourrons obtenir une figure conforme aux définitions mathématiques. Or la géométrie ne peut, pour raisonner, se passer de la considération des figures, dont le tracé dément le discours que le mathématicien tient sur elles. » (Exposé de la pensée de Protagoras par Gilbert Romeyer Dherbey, dans Les sophistes, 1985) – Or c’est la construction synthétique a priori qui sert au géomètre et non l’aspect des figures tracées à la main, forcément grossières par rapport à ces constructions a priori. Contre ceux qui parlent des figures géométriques comme des approximations, des abstractions des objets perçus, lesquels s’écarteraient tous plus ou moins de la forme géométrique pure (Locke, Husserl), il convient de faire remarquer que la lune perçue dans le ciel nocturne est un cercle parfait et que l’horizon perçu est une parfaite ligne droite. Ce constat des formes géométriques pures perçues (intuitionnées) confirme l’affirmation kantienne selon laquelle une figure géométrique est une construction dans l’intuition et non une idée abstraite.

Le concept d’un triangle est sa pure et simple définition, et les énoncés qui posent cette définition sont analytiques. Synthétiques a priori sont en revanche les énoncés qui exposent les propriétés du triangle.

La dimension dite « quantitative/spatio-visuelle » des tests d’intelligence est conforme à la conception kantienne des mathématiques comme science intuitive pure.

La physique relativiste traite l’espace comme un concept et non comme une forme de l’intuition a priori.

C’est l’intuition du temps qui permet d’appréhender le changement, c’est-à-dire la prédication de termes contradictoires dans un même sujet (ici-pas ici) : l’intuition et non le concept.

Chacune des antinomies indécidables de la raison a une thèse (par exemple, le monde a un commencement dans le temps) et une antithèse (le monde n’a pas de commencement dans le temps). La thèse est appelée par Kant « dogmatisme » et a sa préférence : elle présente un intérêt pratique, et elle est conforme au sens commun (au « sens commun » d’un Chrétien, à la rigueur). L’antithèse est dite « empirisme » et Kant considère qu’elle est nuisible à la morale et à la religion. (Kant estime en revanche que l’intérêt spéculatif de l’empirisme est supérieur à celui du dogmatisme.) Schopenhauer adopte un point de vue opposé (en s’appuyant sur l’hindouisme et le bouddhisme) ; il affirme d’ailleurs que cette question du commencement ou non du monde n’est pas une antinomie car elle est selon lui tranchée (dans le sens d’un non-commencement du monde dans le temps).

2/ Raison pratique

La chose en soi n’étant pas soumise aux lois de la causalité, lois de la nature, elle est pensée comme libre.

La morale est une « logique » et non une science naturelle.

Considérer les phénomènes comme des choses en soi interdit de concilier la loi de nature et la liberté, tandis que la cause intelligible, en soi et en dehors de la série des phénomènes, peut être pensée comme une cause par liberté. Il y a ainsi deux types de causalité : selon la nature et par liberté.

« Comme pour toute marchandise, le capitaliste essaie d’acheter la force de travail le meilleur marché possible, car pour lui l’ouvrier n’est pas un homme devant vivre sa propre vie, mais une force de travail pouvant devenir source de profit. » (Cornélius Castoriadis, La société bureaucratique) On ne saurait mieux exprimer que le capitalisme viole constitutionnellement l’impératif « Agis de telle sorte que tu traites l’humanité comme une fin, et jamais simplement comme un moyen. »

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That subtle appearance differences have reproductive implications is suggested by findings showing that the degree of female physical asymmetry is reduced when females are fertile compared to the beginning and end of the menstrual cycle, when they are not fertile (Manning et al., 1996). (Michael McGuire & Alfonso Troisi, Darwinian Psychiatry, 1998)

Les femmes sont plus symétriques dans leurs périodes de fertilité que dans les autres périodes de leur existence. C’est une confirmation des conclusions du baron de Saxy-Beaulieu : ,,Das Weib ist Plastik.’’ (la femme est plastique) (voyez ici).

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« De manière générale les réparations, quelles qu’elles soient, n’ont bénéficié que de progrès technique faible (réparation de bâtiments, d’objets manufacturés, de meubles, d’horlogerie, etc.). » (Jean Fourastié, Le grand espoir du XXe siècle, 1949)

C’est pourquoi les réparations sont rares : on ne répare plus, on remplace, parce que la productivité des réparations n’a pas ou a peu augmenté. C’est aussi pourquoi la pression de notre civilisation sur les ressources du milieu s’accroît sans mesure.

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A few people dream entirely in color. (Aldous Huxley, Heaven and Hell, 1956)

I have never dreamt in black and white. Never.

In fact I have never heard of people dreaming in black and white either.

Was color-dreaming rare in Huxley’s time because TV was black and white and people dream not after a real-life but after their screen-viewing pattern?

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You’ve cheated me out of a mother’s joy and happiness in life. And a mother’s sorrows and tears too. And that was perhaps the greatest loss for me. (Ella Rentheim in Ibsen’s John Gabriel Borkman)

Compare with Nora Helmer’s ‘duty to herself’ in A Doll’s House.

Which quotation do people know, Ella’s or Nora’s?

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A multitude of working poor

The height of it [Luxury] is never seen but in Nations that are vastly populous, and there only in the upper part of it, and the greater that is the larger still in proportion must be the lowest, the Basis that supports all, the multitude of Working Poor. (Bernard Mandeville, The Fable of the Bees)

Anyone who has read Mandeville knows he is not being critical here; on the contrary, his fable claims the necessity of heightening luxury.

Now let it be known that Mandeville was extolled by the Austrian School of Economics and Friedrich Hayek, intellectual seeds of the Chicago School.

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Phobos is being drawn to Mars’ surface at a rate of one centimetre every year. At this rate of attraction, in something like fifty million years, it will smash into the surface of Mars. (Mission to Mars: The Emirates Mars Mission and Mars Hope, 2015)

So there is something after all in Hörbiger’s contention that celestial bodies are spiralling toward one another… => World Ice Theory (Welteislehre)

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« Une onde se propage dans un milieu élastique entré en vibration sous l’action d’une force. L’air vibre et propage le son, l’air est le milieu élastique qui sert de support au son. Dans le vide, le son ne peut plus se propager. Le vide ! N’est-ce pas le vide qui règne dans les espaces interplanétaires et interstellaires que la lumière traverse à la vitesse de 300.000 km à la seconde ? Le vide serait-il donc un milieu élastique capable de transmettre l’onde lumineuse ? Une contradiction surgissait. » (Maurice Duquesne, Matière et Antimatière, 1968)

Une solution fut apportée par la théorisation d’une vibration de l’éther.

L’existence de l’éther étant infirmée par la physique relativiste, la contradiction resurgit ; comment la relativité la résout-elle ?

Une autre solution pourrait se trouver dans la « cosmogonie glaciaire » (Welteislehre) d’Hörbiger ou toute autre théorie qui, postulant l’absence de vide interplanétaire, n’a pas non plus besoin de l’hypothèse de l’éther.

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Schopenhauer père de Darwin

« Revenu de son périple autour du monde, Darwin étudie les théories du philosophe [Schopenhauer] » (p.10), parmi lesquelles théories on trouve que

« Le chimpanzé a donné naissance à l’homme » (Édouard Sans, Schopenhauer, 1990, p.66)

J’ai déjà eu l’occasion de souligner que Darwin n’avait pas inventé la théorie de l’évolution des espèces, vieille comme l’antiquité, mais qu’il avait décrit de la manière la plus adéquate le mécanisme de cette évolution, à savoir la sélection naturelle.

Les milieux pseudo-intellectuels anglo-saxons ignorent largement ces données et tendent à colporter une histoire des idées falsifiée dans laquelle le darwinisme, né par génération spontanée, a introduit pour la première fois l’idée d’évolution.

En l’occurrence, les origines simiennes de l’homme se trouvent déjà dans Schopenhauer (x) et, Darwin ayant lu, comme on le voit ici, ce dernier, il a sans doute laissé dans ses manuscrits l’hommage qu’on s’attendrait qu’il rende à un prédécesseur dans l’idée que « l’homme descend du singe », idée que l’on attribue toujours à l’un et jamais à l’autre.

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The history of the mammals in particular is a history of memory development. All through the Tertiary period, it is to be noted, brains in every group of mammals increase in relative size and complexity. With every increase, the power of learning from experience and of supplementing direct impulse by conditioned reflexes increases. (My emphasis) (H.G. Wells, The Outlook for Homo Sapiens)

Humans are more ‘conditionable’ than Pavlov’s dogs and Skinner’s doves.

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Liberty Steak with Freedom Fries

America entered the war [WWI]. Those great newspapers which had been opposing the entry now suddenly discovered the seriousness of the German menace … Hamburger became ‘liberty steak,’ and sauerkraut became ‘liberty cabbage,’ and so the world was made safe for democracy. (Upton Sinclair, The Wet Parade)

And French fries became ‘freedom fries’ when the French refused to support the U.S. war in Iraq.

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La « crise des fondements » des mathématiques (Hilbert, Gödel) est prédite par le kantisme et l’exposé des antinomies. Démontrer.

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Matsui est une marque du groupe britannique Dixons-Currys au nom japonais en raison du marqueur associé à l’électronique japonaise.

Le slogan d’Audi « Vorsprung durch Technik », en allemand à l’international, est une idée de l’agence de publicité britannique BBG, en raison du marqueur associé à la technologie allemande.

Stella Artois est une bière anglaise. &c

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L’effet Poetzl (ou Pötzl) de l’efficacité des images subliminales a été découvert grâce à des expérimentations sur la suggestion post-hypnotique. Poetzl observa que les rêves des personnes soumises à des images subliminales traitaient principalement le matériel subliminal. Il démontra ensuite que ce stock de « mémoire subliminale » peut influer sur le comportement : l’effet Poetzl, c’est que le jugement d’une personne valorise ou dévalorise des objets par association, en fonction de la mémoire subliminale.

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Les séances publiques d’hypnose en tant que divertissement (stage hypnotism) ont complètement disparu, à l’instar des freak shows.

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Abstraction vs Expressionnisme. La peinture abstraite n’est pas comparable à la musique atonale, qui est le pendant de la peinture expressionniste. L’abstraction est une réponse purgative à la « surchage perceptuelle » (perceptual overload) d’un monde surmédiatisé.

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Le cubisme architectural d’Adolf Loos, inspirateur du Corbusier, a criblé l’Occidental, principalement mais pas seulement, de « flèches empoisonnées » feng shui.

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As a rule making a living is boring to death.

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Le lait maternel a un fort goût umami, mot d’origine japonaise, la cinquième saveur de base avec le sucré, le salé, l’amer et l’acide. Et le lait commercial ?

Selon la pensée chinoise, l’expérience gustative dépend de tous les sens, qui seraient au nombre de trente-sept.

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 La machine à dire « Je t’aime » est le psychothérapeute de l’avenir.

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Je demande à une amie thaïlandaise si elle nourrit son talisman Kuman Tong car j’ai connu des gens qui nourrissaient un Tamagotchi.

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«The Entertainment Age cometh!» and it won’t be the Leisure Age.

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We shall have plenty of time on our hands with which to do something. (John Neulinger, The psychology of leisure, 1981)

Qu’est-ce qui a démenti cette prédiction tellement courante il y a quelques années et à laquelle plus personne ne semble croire aujourd’hui ? L’inflation annulant les effets des gains de productivité ?

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L’aristocrate est celui qui juge les gens d’après leur naissance, le démocrate celui qui les juge d’après leur diplôme.

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La culture était la « spécialité » de la classe de loisir (Tibor Scitovsky). La fin de la classe de loisir pour les hommes, la femme y restant de fait, devait rendre l’homme méprisable, car inculte, aux yeux de la femme, d’où un violent désir d’« émancipation » par lequel la femme était conduite à demander à entrer comme les hommes sur le marché du travail en tant que main-d’œuvre spécialisée. Ainsi, et ainsi seulement, pouvait s’opérer la réconciliation entre les sexes, dans l’inculture généralisée.

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Le statut est important pour le choix d’un partenaire de long terme, mais seul le physique compte pour le faire cocu. [C’est ce que j’ai appelé springboarding the Mogul => x]

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« Kant ne savait pas de quoi il parlait quand il parlait des femmes. » Il en savait peut-être plus que le cornard moyen.

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La consécration de l’intellectuel français : remettre un rapport à l’administration.

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J’ai eu le culte du chef aussi longtemps que je pouvais croire devenir chef un jour. Aujourd’hui, je trouve cela de mauvais goût.

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50 % de l’édition française est bonne à jeter ; le reste est traduit de l’anglais.

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A right to insurrection supposes the right to call to insurrection.

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‘Bags’ under the eyes are permanent (one has to remove them surgically), ‘shadows’ under the eyes are temporary (they disappear with better health). In films, successful, (moderately) mature men are depicted with conspicuous bags (thanks to makeup), women never (thanks to makeup). Bags, obviously, are not perceived as a marker of bad health in males. The cinematic practise surely relies on research (marketing research), so women must be looking for the bags (when in search of a springboard).

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You feel blue because of your blue genes.

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It is tempting to blame … self-interested advertisers for creating our desire for fats (Deirdre Barrett, Waistland)

As far as I’m concerned, I have never blamed advertisers for creating anything. But I am blaming them nonetheless.

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I had a dream which I dare not tell my shrink. A gentleman is chatting with a lady at one or the other’s cosy place. Then she says she needs to use the restroom and accordingly leaves the living room. The camera stays on the man’s face while we’re hearing monstrous noises from the restroom, explosive flatulences and splashes, and that takes a little while. When the lady comes in again, the living room is empty, a window open, curtains waving: the man has jumped from it.

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Je m’appelle Florent mais ça ne répond jamais.

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The only thing science knows for sure is that it will kill all poets in the end.

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L’homme d’une seule femme à cent têtes.

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« Estoy triste » : c’est déjà relativiser.

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Si Lucette avait su…

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Très attendu au tournant.

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L’université n’a pas voulu de moi car elle croyait que j’étais d’extrême-droite. L’administration m’a laissé entrer pour la même raison.

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À vingt ans, j’ai failli mourir. À trente ans, j’aurais presque pu vivre.

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Le pouvoir corrompt. C’est ce que nient les partisans de la dictature du prolétariat ainsi que les réformistes qui se présentent aux élections.

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Le pouvoir corrompt (Montesquieu). Donc tous pourris.

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C’est Tircis et c’est Aminte,
Et c’est l’éternel Clitandre… (Verlaine)

Clitandre, ce nom, en poésie, depuis Corneille (au moins), c’est une blague ? On ne connaissait pas le mot clito à ces époques, immédiatement évoqué dans tous les esprits aujourd’hui quand on dit Clitandre ?

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As a true philosopher you thought you would be king.

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Je n’écris pas pour être lu, mais pour être connu. Si les gens me lisaient, ils mourraient de honte. (Ah bon, j’écris ?)

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How can you live, how dare you live after killing the poet inside?

There was a woman, it was my way to tell her: ‘You will give me nothing? I’ll give you everything.’ I sent her so many poems, then threw my poetry away.

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Tu traverses une passe difficile de pantalons trop serrés.

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J’étais devenu si conservateur qu’à la boulangerie je n’achetais plus que des baguettes tradition.

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Le poète romantique se regarde pleurer. Le poète contemporain se regarde écrire…

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Coups de tête au moment de l’orgasme.

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Ce n’est pas rue de la banque mais rue bancale.

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I should have died long ago, what went wrong?

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Il n’y a pas de « vous » en anglais, seulement du « sir », qui ne doit donc pas être traduit par « monsieur » mais par le vouvoiement.

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L’ami D. Q.

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Oil rent is something for nothing.

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Notre époque n’est pas héroïque car notre époque est bourgeoise, mais l’héroïsme existe car l’héroïsme est prolétarien.

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Il tire la sonnette d’alarme et se prend un seau d’eau sur la tête.

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Adventure de Jack London est un roman qui se passe en Polynésie. Les quelques allusions à la Polynésie française se bornent à dire la corruption de ses juges et bureaucrates.

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Malcom X et Eugene X (Eugenics).

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La poésie des peuples premiers ridiculise par sa profondeur tout ce que les universitaires occidentaux ont écrit sur leurs sociétés.

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Tout ce que le poète écrit sera retenu contre lui.

Et tout ce que le poète écrit se retourne contre lui.

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Le fonctionnaire français est jugé sur son enthousiasme pour les libertés auxquelles il n’a pas droit.

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As there’s a First Lady, my neighbor asks, what number is my wife?