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LIV Tamagotchi Omelette

Prithee, tell her but a worky-day fortune. (Antony and Cleopatra)

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« L’histoire est le développement d’une logique immanente dont les grands personnages historiques ne sont que les instruments inconscients ; ils sont animés par leurs passions et réalisent leurs intérêts ; ‘mais en même temps se trouve réalisée une fin plus lointaine, mais dont ils n’avaient pas conscience et qui n’était pas dans leur intention’. C’est ce que Hegel appelle la ruse de la raison. » (René Serreau, Hegel et l’hégélianisme, 1968)

C’est très exactement une idée de Kant.

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« À partir du prix de revient total du produit [=coût total : fabrication, marketing…], on trouve son prix de vente en ajoutant une quantité qui sera la marge génératrice de profit. … Dans la plupart des cas, il s’agit d’entreprises fabriquant plusieurs produits : comment alors attribuer à chacun sa ‘juste part de couverture des charges fixes’ ? » (Armand Dayan, Le marketing, 1979)

L’auteur prend ensuite l’exemple d’une entreprise qui fabrique trois produits, dont l’un est suffisant pour amortir les frais fixes, et qui peut donc pratiquer des prix offensifs sur les deux autres produits. De toute évidence, une telle entreprise ne se spécialisera pas sur le produit A, même si B et C sont « estimés non rentables selon la méthode de prix de revient complet ».

Nous avons là un exemple de rationalité économique qui s’oppose à la spécialisation et donc à la théorie des avantages comparatifs, selon laquelle les nations ont intérêt à se spécialiser dans les productions où elles ont un avantage (absolu ou relatif), et sur laquelle les libéraux fondent le commerce international. Selon cet exemple, la théorie n’est donc pas viable même en pure rationalité économique et sans considérations extrinsèques de souveraineté nationale (qui exigerait le maintien de certaines industries même peu rentables), car la non-spécialisation peut comporter l’exercice d’un pouvoir économique sur les prix.

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 « Qu’il évite avec soin tout acte qui dépend d’autrui ; qu’il s’applique au contraire avec zèle à tout ce qui ne dépend que de lui-même. Tout ce qui dépend d’autrui cause de la peine, tout ce qui dépend de soi-même donne du plaisir ; sachez que c’est là en somme la définition de la peine et du plaisir. » (Les Lois de Manou, traduction par G. Strehly, p.118)

Cela pourrait servir de résumé très exact de la doctrine des Stoïciens.

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We’ll beat ‘em into bench-holes. (Scarrus, dans Antoine et Cléopâtre de Shakespeare).

Bench-holes est un terme archaïque pour désigner des latrines : « Nous irons les buter jusque dans les latrines. » Le Scarrus de Shakespeare anticipe donc de quelques centaines d’années la phrase du président russe Vladimir Poutine qui en a marqué beaucoup : « Nous irons les buter [les terroristes islamistes] jusque dans les chiottes. » Aucun commentateur, à ma connaissance, n’a relevé la référence shakespearienne.

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Think of the fashion of London being led by a Br-mm-ll [Brummel]! a nobody’s son; a low creature, who can no more dance a minuet than I can talk Cherokee; who cannot even crack a bottle like a gentleman; who never showed himself to be a man with his sword in his hand, as we used to approve ourselves in the good old times, before that vulgar Corsican upset the gentry of the world! (Thackeray, Barry Lyndon)

So much for Barbey d’Aurevilly.

Au temps pour Barbey, auteur, comme on le sait, d’un peu convaincant Du Dandysme et de George Brummel, contredit par son congénère fictif, le gentilhomme Barry Lyndon.

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People who say manual labour is a good thing have never done any. (Brendan Behan)

With the notable exception of Henry David Thoreau.

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When the wise seer beholds in golden glory the Lord, the Spirit, the Creator of the god of creation, then he leaves good and evil behind. (Upanishads)

‘Good and evil behind,’ an early occurrence of Jenseits von Gut und Böse.

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What is the amount of information needed to convince people that a personality is present? The answer … is that very little information is needed. Simple line drawings of objects (as long as they have eyes or even a hint that they are alive), are quite enough to activate psychologically rich responses. Perceived reality does not depend on verisimilitude: A character doesn’t have to look anything like a real person to give and receive real social responses. (Byron Reeves & Clifford Nass, The Media Equation, 1996)

Il n’est donc pas besoin de construire des robots sociaux qui ressemblent à l’homme, surtout avec le risque d’entrer dans la vallée inquiétante (uncanny valley) ! Des personnages à la Nintendo première génération, néoténiques et kawaii, peuvent suffire à créer une interaction sociale homme-machine optimale.

L’avenir seul pourra dire si l’actroïde est capable de sortir de la vallée inquiétante. Je fais l’hypothèse suivante. L’apparence des robots humanoïdes ne cessera de s’améliorer mais il existe une limite indépassable qui les maintiendra toujours à la périphérie de la vallée inquiétante, c’est-à-dire que plus la familiarité avec le robot le plus parfait sera grande et plus son « étrangeté » de robot deviendra manifeste à son interlocuteur humain, qui aura dès lors à trancher s’il a affaire à un robot ou à un humain quelque peu dérangé nerveusement.

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And the joy of work, too. … people here don’t know anything about that either. … people here are brought up to believe that work is a curse, and a sort of punishment for their sins. (Ibsen, Ghosts)

Dans la bouche d’un peintre… (Aurait-ce été convaincant dans la bouche d’un ouvrier soumis aux nouvelles conditions du travail industriel ?)

Cette apologie libérale du travail, ingénieusement opposée à une conception chrétienne, reflète selon moi le statut d’Ibsen comme écrivain subventionné par le Parlement bourgeois norvégien qui lui vota une indemnité à vie.

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Kantisme (notes)

1/ Raison pure

« La géométrie nous apprend que la droite tangente au cercle touche ce cercle en un point, mais si nous traçons le cercle et la droite sensibles, nous nous apercevons que la droite touche toujours le cercle en plusieurs points et que jamais nous ne pourrons obtenir une figure conforme aux définitions mathématiques. Or la géométrie ne peut, pour raisonner, se passer de la considération des figures, dont le tracé dément le discours que le mathématicien tient sur elles. » (Exposé de la pensée de Protagoras par Gilbert Romeyer Dherbey, dans Les sophistes, 1985) – Or c’est la construction synthétique a priori qui sert au géomètre et non l’aspect des figures tracées à la main, forcément grossières par rapport à ces constructions a priori. Contre ceux qui parlent des figures géométriques comme des approximations, des abstractions des objets perçus, lesquels s’écarteraient tous plus ou moins de la forme géométrique pure (Locke, Husserl), il convient de faire remarquer que la lune perçue dans le ciel nocturne est un cercle parfait et que l’horizon perçu est une parfaite ligne droite. Ce constat des formes géométriques pures perçues (intuitionnées) confirme l’affirmation kantienne selon laquelle une figure géométrique est une construction dans l’intuition et non une idée abstraite.

Le concept d’un triangle est sa pure et simple définition, et les énoncés qui posent cette définition sont analytiques. Synthétiques a priori sont en revanche les énoncés qui exposent les propriétés du triangle.

La dimension dite « quantitative/spatio-visuelle » des tests d’intelligence est conforme à la conception kantienne des mathématiques comme science intuitive pure.

La physique relativiste traite l’espace comme un concept et non comme une forme de l’intuition a priori.

C’est l’intuition du temps qui permet d’appréhender le changement, c’est-à-dire la prédication de termes contradictoires dans un même sujet (ici-pas ici) : l’intuition et non le concept.

Chacune des antinomies indécidables de la raison a une thèse (par exemple, le monde a un commencement dans le temps) et une antithèse (le monde n’a pas de commencement dans le temps). La thèse est appelée par Kant « dogmatisme » et a sa préférence : elle présente un intérêt pratique, et elle est conforme au sens commun (au « sens commun » d’un Chrétien, à la rigueur). L’antithèse est dite « empirisme » et Kant considère qu’elle est nuisible à la morale et à la religion. (Kant estime en revanche que l’intérêt spéculatif de l’empirisme est supérieur à celui du dogmatisme.) Schopenhauer adopte un point de vue opposé (en s’appuyant sur l’hindouisme et le bouddhisme) ; il affirme d’ailleurs que cette question du commencement ou non du monde n’est pas une antinomie car elle est selon lui tranchée (dans le sens d’un non-commencement du monde dans le temps).

2/ Raison pratique

La chose en soi n’étant pas soumise aux lois de la causalité, lois de la nature, elle est pensée comme libre.

La morale est une « logique » et non une science naturelle.

Considérer les phénomènes comme des choses en soi interdit de concilier la loi de nature et la liberté, tandis que la cause intelligible, en soi et en dehors de la série des phénomènes, peut être pensée comme une cause par liberté. Il y a ainsi deux types de causalité : selon la nature et par liberté.

« Comme pour toute marchandise, le capitaliste essaie d’acheter la force de travail le meilleur marché possible, car pour lui l’ouvrier n’est pas un homme devant vivre sa propre vie, mais une force de travail pouvant devenir source de profit. » (Cornélius Castoriadis, La société bureaucratique) On ne saurait mieux exprimer que le capitalisme viole constitutionnellement l’impératif « Agis de telle sorte que tu traites l’humanité comme une fin, et jamais simplement comme un moyen. »

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That subtle appearance differences have reproductive implications is suggested by findings showing that the degree of female physical asymmetry is reduced when females are fertile compared to the beginning and end of the menstrual cycle, when they are not fertile (Manning et al., 1996). (Michael McGuire & Alfonso Troisi, Darwinian Psychiatry, 1998)

Les femmes sont plus symétriques dans leurs périodes de fertilité que dans les autres périodes de leur existence. C’est une confirmation des conclusions du baron de Saxy-Beaulieu : ,,Das Weib ist Plastik.’’ (la femme est plastique) (voyez ici).

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« De manière générale les réparations, quelles qu’elles soient, n’ont bénéficié que de progrès technique faible (réparation de bâtiments, d’objets manufacturés, de meubles, d’horlogerie, etc.). » (Jean Fourastié, Le grand espoir du XXe siècle, 1949)

C’est pourquoi les réparations sont rares : on ne répare plus, on remplace, parce que la productivité des réparations n’a pas ou a peu augmenté.

C’est aussi pourquoi la pression de notre civilisation sur les ressources du milieu s’accroît sans mesure.

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A few people dream entirely in color. (Aldous Huxley, Heaven and Hell, 1956)

I have never dreamt in black and white. Never.

In fact I have never heard of people dreaming in black and white either.

Was color-dreaming rare in Huxley’s time because TV was black and white and people dream not after a real-life but after their screen-viewing pattern?

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You’ve cheated me out of a mother’s joy and happiness in life. And a mother’s sorrows and tears too. And that was perhaps the greatest loss for me. (Ella Rentheim in Ibsen’s John Gabriel Borkman)

Compare with Nora Helmer’s ‘duty to herself’ in A Doll’s House.

Which quotation do people know, Ella’s or Nora’s?

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A multitude of working poor

The height of it [Luxury] is never seen but in Nations that are vastly populous, and there only in the upper part of it, and the greater that is the larger still in proportion must be the lowest, the Basis that supports all, the multitude of Working Poor. (Bernard Mandeville, The Fable of the Bees)

Anyone who has read Mandeville knows he is not being critical here; on the contrary, his fable claims the necessity of heightening luxury.

Now let it be known that Mandeville was extolled by the Austrian School of Economics and Friedrich Hayek, intellectual seeds of the Chicago School.

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Phobos is being drawn to Mars’ surface at a rate of one centimetre every year. At this rate of attraction, in something like fifty million years, it will smash into the surface of Mars. (Mission to Mars: The Emirates Mars Mission and Mars Hope, 2015)

So there is something after all in Hörbiger’s contention that celestial bodies are spiralling toward one another… => World Ice Theory (Welteislehre)

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« Une onde se propage dans un milieu élastique entré en vibration sous l’action d’une force. L’air vibre et propage le son, l’air est le milieu élastique qui sert de support au son. Dans le vide, le son ne peut plus se propager. Le vide ! N’est-ce pas le vide qui règne dans les espaces interplanétaires et interstellaires que la lumière traverse à la vitesse de 300.000 km à la seconde ? Le vide serait-il donc un milieu élastique capable de transmettre l’onde lumineuse ? Une contradiction surgissait. » (Maurice Duquesne, Matière et Antimatière, 1968)

Une solution fut apportée par la théorisation d’une vibration de l’éther.

L’existence de l’éther étant infirmée par la physique relativiste, la contradiction resurgit ; comment la relativité la résout-elle ?

Une autre solution pourrait se trouver dans la « cosmogonie glaciaire » (Welteislehre) d’Hörbiger ou toute autre théorie qui, postulant l’absence de vide interplanétaire, n’a pas non plus besoin de l’hypothèse de l’éther.

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Schopenhauer père de Darwin

« Revenu de son périple autour du monde, Darwin étudie les théories du philosophe [Schopenhauer] » (p.10), parmi lesquelles théories on trouve que

« Le chimpanzé a donné naissance à l’homme » (Édouard Sans, Schopenhauer, 1990, p.66)

J’ai déjà eu l’occasion de souligner que Darwin n’avait pas inventé la théorie de l’évolution des espèces, vieille comme l’antiquité, mais qu’il avait décrit de la manière la plus adéquate le mécanisme de cette évolution, à savoir la sélection naturelle.

Les milieux pseudo-intellectuels anglo-saxons ignorent largement ces données et tendent à colporter une histoire des idées falsifiée dans laquelle le darwinisme, né par génération spontanée, a introduit pour la première fois l’idée d’évolution.

En l’occurrence, les origines simiennes de l’homme se trouvent déjà dans Schopenhauer (x) et, Darwin ayant lu, comme on le voit ici, ce dernier, il a sans doute laissé dans ses manuscrits l’hommage qu’on s’attendrait qu’il rende à un prédécesseur dans l’idée que « l’homme descend du singe », idée que l’on attribue toujours à l’un et jamais à l’autre.

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The history of the mammals in particular is a history of memory development. All through the Tertiary period, it is to be noted, brains in every group of mammals increase in relative size and complexity. With every increase, the power of learning from experience and of supplementing direct impulse by conditioned reflexes increases. (My emphasis) (H.G. Wells, The Outlook for Homo Sapiens)

Humans are more ‘conditionable’ than Pavlov’s dogs and Skinner’s doves.

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Liberty Steak with Freedom Fries

America entered the war [WWI]. Those great newspapers which had been opposing the entry now suddenly discovered the seriousness of the German menace … Hamburger became ‘liberty steak,’ and sauerkraut became ‘liberty cabbage,’ and so the world was made safe for democracy. (Upton Sinclair, The Wet Parade)

And French fries became ‘freedom fries’ when the French refused to support the U.S. war in Iraq.

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La « crise des fondements » des mathématiques (Hilbert, Gödel) est prédite par le kantisme et l’exposé des antinomies. Démontrer.

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Matsui est une marque du groupe britannique Dixons-Currys au nom japonais en raison du marqueur associé à l’électronique japonaise.

Le slogan d’Audi « Vorsprung durch Technik », en allemand à l’international, est une idée de l’agence de publicité britannique BBG, en raison du marqueur associé à la technologie allemande.

Stella Artois est une bière anglaise. &c

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L’effet Poetzl (ou Pötzl) de l’efficacité des images subliminales a été découvert grâce à des expérimentations sur la suggestion post-hypnotique. Poetzl observa que les rêves des personnes soumises à des images subliminales traitaient principalement le matériel subliminal. Il démontra ensuite que ce stock de « mémoire subliminale » peut influer sur le comportement : l’effet Poetzl, c’est que le jugement d’une personne valorise ou dévalorise des objets par association, en fonction de la mémoire subliminale.

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Les séances publiques d’hypnose en tant que divertissement (stage hypnotism) ont complètement disparu, à l’instar des freak shows.

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Abstraction vs Expressionnisme. La peinture abstraite n’est pas comparable à la musique atonale, qui est le pendant de la peinture expressionniste. L’abstraction est une réponse purgative à la « surchage perceptuelle » (perceptual overload) d’un monde surmédiatisé.

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Le cubisme architectural d’Adolf Loos, inspirateur du Corbusier, a criblé l’Occidental, principalement mais pas seulement, de « flèches empoisonnées » feng shui.

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As a rule making a living is boring to death.

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Le lait maternel a un fort goût umami, mot d’origine japonaise, la cinquième saveur de base avec le sucré, le salé, l’amer et l’acide. Et le lait commercial ?

Selon la pensée chinoise, l’expérience gustative dépend de tous les sens, qui seraient au nombre de trente-sept.

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 La machine à dire « Je t’aime » est le psychothérapeute de l’avenir.

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Je demande à une amie thaïlandaise si elle nourrit son talisman Kuman Tong car j’ai connu des gens qui nourrissaient un Tamagotchi.

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«The Entertainment Age cometh!» and it won’t be the Leisure Age.

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We shall have plenty of time on our hands with which to do something. (John Neulinger, The psychology of leisure, 1981)

Qu’est-ce qui a démenti cette prédiction tellement courante il y a quelques années et à laquelle plus personne ne semble croire aujourd’hui ? L’inflation annulant les effets des gains de productivité ?

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L’aristocrate est celui qui juge les gens d’après leur naissance, le démocrate celui qui les juge d’après leur diplôme.

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La culture était la « spécialité » de la classe de loisir (Tibor Scitovsky). La fin de la classe de loisir pour les hommes, la femme y restant de fait, devait rendre l’homme méprisable, car inculte, aux yeux de la femme, d’où un violent désir d’« émancipation » par lequel la femme était conduite à demander à entrer comme les hommes sur le marché du travail en tant que main-d’œuvre spécialisée. Ainsi, et ainsi seulement, pouvait s’opérer la réconciliation entre les sexes, dans l’inculture généralisée.

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Le statut est important pour le choix d’un partenaire de long terme, mais seul le physique compte pour le faire cocu. [C’est ce que j’ai appelé springboarding the Mogul => x]

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« Kant ne savait pas de quoi il parlait quand il parlait des femmes. » Il en savait peut-être plus que le cornard moyen.

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La consécration de l’intellectuel français : remettre un rapport à l’administration.

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J’ai eu le culte du chef aussi longtemps que je pouvais croire devenir chef un jour. Aujourd’hui, je trouve cela de mauvais goût.

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50 % de l’édition française est bonne à jeter ; le reste est traduit de l’anglais.

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A right to insurrection supposes the right to call to insurrection.

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‘Bags’ under the eyes are permanent (one has to remove them surgically), ‘shadows’ under the eyes are temporary (they disappear with better health). In films, successful, (moderately) mature men are depicted with conspicuous bags (thanks to makeup), women never (thanks to makeup). Bags, obviously, are not perceived as a marker of bad health in males. The cinematic practise surely relies on research (marketing research), so women must be looking for the bags (when in search of a springboard).

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You feel blue because of your blue genes.

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It is tempting to blame … self-interested advertisers for creating our desire for fats (Deirdre Barrett, Waistland)

As far as I’m concerned, I have never blamed advertisers for creating anything. But I am blaming them nonetheless.

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I had a dream which I dare not tell my shrink. A gentleman is chatting with a lady at one or the other’s cosy place. Then she says she needs to use the restroom and accordingly leaves the living room. The camera stays on the man’s face while we’re hearing monstrous noises from the restroom, explosive flatulences and splashes, and that takes a little while. When the lady comes in again, the living room is empty, a window open, curtains waving: the man has jumped from it.

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Je m’appelle Florent mais ça ne répond jamais.

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The only thing science knows for sure is that it will kill all poets in the end.

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L’homme d’une seule femme à cent têtes.

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« Estoy triste » : c’est déjà relativiser.

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Si Lucette avait su…

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Très attendu au tournant.

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L’université n’a pas voulu de moi car elle croyait que j’étais d’extrême-droite. L’administration m’a laissé entrer pour la même raison.

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À vingt ans, j’ai failli mourir. À trente ans, j’aurais presque pu vivre.

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Le pouvoir corrompt. C’est ce que nient les partisans de la dictature du prolétariat ainsi que les réformistes qui se présentent aux élections.

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Le pouvoir corrompt (Montesquieu). Donc tous pourris.

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C’est Tircis et c’est Aminte,
Et c’est l’éternel Clitandre… (Verlaine)

Clitandre, ce nom, en poésie, c’est une blague ? On ne connaissait pas le mot clito à ces époques, immédiatement évoqué dans tous les esprits aujourd’hui quand on dit Clitandre ?

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As a true philosopher you thought you would be king.

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Je n’écris pas pour être lu, mais pour être connu. Si les gens me lisaient, ils mourraient de honte. (Ah bon, j’écris ?)

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How can you live, how dare you live after killing the poet inside?

There was a woman, it was my way to tell her: ‘You will give me nothing? I’ll give you everything.’ I sent her so many poems, then threw my poetry away.

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Tu traverses une passe difficile de pantalons trop serrés.

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J’étais devenu si conservateur qu’à la boulangerie je n’achetais plus que des baguettes tradition.

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Le poète romantique se regarde pleurer. Le poète contemporain se regarde écrire…

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Coups de tête au moment de l’orgasme.

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Ce n’est pas rue de la banque mais rue bancale.

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I should have died long ago, what went wrong?

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Il n’y a pas de « vous » en anglais, seulement du « sir », qui ne doit donc pas être traduit par « monsieur » mais par le vouvoiement.

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L’ami D. Q.

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Oil rent is something for nothing.

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Notre époque n’est pas héroïque car notre époque est bourgeoise, mais l’héroïsme existe car l’héroïsme est prolétarien.

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Il tire la sonnette d’alarme et se prend un seau d’eau sur la tête.

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Adventure de Jack London est un roman qui se passe en Polynésie. Les quelques allusions à la Polynésie française se bornent à dire la corruption de ses juges et bureaucrates.

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Malcom X et Eugene X (Eugenics).

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La poésie des peuples premiers ridiculise par sa profondeur tout ce que les universitaires occidentaux ont écrit sur leurs sociétés.

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Tout ce que le poète écrit sera retenu contre lui.

Et tout ce que le poète écrit se retourne contre lui.

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Le fonctionnaire français est jugé sur son enthousiasme pour les libertés auxquelles il n’a pas droit.

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As there’s a First Lady, my neighbor asks, what number is my wife?

Pensées L (50) La transparence et le silence

Bassesse infuse du haut fonctionnaire

Dans l’échelle des êtres vivants, le haut fonctionnaire de la République française est situé particulièrement bas. Je ne prends pas pour critère celui de sa rémunération, qui le conduit à quitter l’administration dès qu’il le peut, pour aller « planter » les fleurons de l’industrie nationale ; je parle de la vie qu’il mène, au service non pas d’idées mais des maîtres politiques que lui désigne le scrutin.

Dans le système administratif républicain, il est impératif que le haut fonctionnaire, ce « technicien de la chose publique », ne conçoive pas son existence comme étant au service d’idées. Car il est au service de celles des hommes politiques qui alternent au pouvoir. Or, si la définition d’une existence moralement élevée est qu’elle est au service d’idées ou d’idéaux, celle du haut fonctionnaire est tout le contraire d’une vie moralement élevée.

Nous devons un tel système au général de Gaulle, qui l’a repris du régime de Vichy et de son École d’Uriage. Ce système avait été conçu dans un cadre non démocratique n’ayant pas vocation à organiser l’alternance politique des pouvoirs suprêmes. J’ignore si de Gaulle, qui avait bien mal à propos gardé de sa jeunesse un vieux fonds monarchiste, imaginait une république, une démocratie sans alternance. J’aurais peine à croire à une telle aberration mentale si plusieurs autres de ses idées ne le faisaient penser.

Le haut fonctionnaire mène une vie basse. La seule justification qu’il pourrait avancer pour nier ce fait serait d’affirmer qu’il vit au service de certaines idées qui ne sont jamais remises en cause par l’alternance. Ce faisant, il dirait aux électeurs que la politique ne porte que sur des questions de détail et que, l’important étant intangible, ils peuvent bien rester chez eux plutôt que d’aller voter pour des broutilles. C’est d’ailleurs ce à quoi tend, en démocratie, tout discours sur les valeurs : si « nos valeurs » sont intangibles, le droit de vote est une bien misérable conquête, et la « liberté » ne se conçoit que comme une accumulation d’interdits et de tabous qu’il n’est permis à aucune formation politique d’enfreindre sous peine d’excommunication.

Comme ce n’est évidemment et naturellement et bien évidemment pas le cas, il faut empêcher que davantage de Français ne se vouent à une vie de technocrate si accablante et vile en dépit de la « culture générale » de concours qu’elle suppose. L’intégration européenne doit, en bonne gestion, laminer les hautes administrations nationales. Pourquoi une telle pléthore encore aujourd’hui en France ? Poursuivons la révision générale des politiques publiques, dite RGPP, le non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant en retraite, en veillant à ce que, dans ce rapport d’un sur deux, il y ait neuf hauts fonctionnaires sur dix. (avril 2012)

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Pensée dionysiaque et tests de QI

Porté sur les études de sciences sociales, au détriment de mon activité poétique, j’ai pris connaissance de diverses recherches sur l’intelligence et sa mesure par des tests standardisés. Tout en admettant la validité de la pratique, je ne pouvais m’empêcher de penser, à la lecture de ces travaux, que quelque chose échappe à la mesure des tests, et des mots comme « pouvoir de l’imagination », « tempérament créatif », « art », « culture », me venaient à l’esprit. C’est le terme « dionysiaque » qui décrit le mieux ce qui n’est pas mesuré de cette manière.

Des pensées de Nietzsche comme « Sans la musique la vie serait une erreur » (Le Crépuscule des idoles) ou encore « Comparée à la musique, toute expression verbale a quelque chose d’indécent ; le verbe délaie et abêtit ; le verbe dépersonnalise » (La Volonté de puissance) témoignent d’une rationalité, d’une sagesse, étrangère à l’ensemble défini et mesuré par la psychologie factorielle. En même temps, cette sagesse semble assez fragile, et la preuve s’en trouve dans la pensée de Nietzsche lui-même. S’il est connu pour avoir dit que Dieu est mort, il a aussi écrit, après Hegel, que l’art est mort. Car l’art repose sur l’illusion, et notre cerveau évolué est dans la démarche de déchirer tous les voiles des « mystères », de la religion, de la culture… Ce qui a fait déplorer au dionysiaque Oscar Wilde le « déclin du mensonge ».

Or, que l’art soit mort, que la sagesse dionysiaque soit confondue avec les élucubrations des aliénés ou qu’elle soit socialement circonscrite dans une « sphère de rationalité » esthétique (Max Weber), chez les bohèmes et les érotomanes, c’est ce que Nietzsche n’a jamais pu admettre, et sa philosophie est la tentative de sauver un type d’homme auquel, depuis des temps immémoriaux, mythologiques, l’attribut de grandeur fut conféré par une humanité reconnaissante. L’alternative est aujourd’hui la suivante : ou bien se faire le thuriféraire du « mensonge » et de la Rome des Borgia (L’Antéchrist), ou bien tuer le poète en soi. Un choix impossible, tragique. (février 2014)

[Je suis pourtant la preuve que le choix est possible puisque j’ai tué le poète en moi : cf « l’autodafé » des Fragments de jeunesse échappés à l’autodafé (2018)]

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Schopenhauer et la théorie de l’évolution

Si Kant a raison et si l’esthétique transcendantale est valide, l’évolution du monde avant l’apparition de l’homme qui s’en fait une représentation n’est qu’une fable.  Or c’est bien ce que dit Schopenhauer. Ce dernier a écrit avant Darwin, mais Darwin n’a pas découvert l’évolution du monde et de l’homme, il a découvert la sélection naturelle, qui l’explique. Schopenhauer décrit l’évolution du monde et l’apparition tardive de l’homme, à partir de primates, tout en précisant que cette évolution est un scénario nécessaire mais imaginaire. En effet, si le principe d’individuation soumis à l’espace et au temps n’existe pas dans la « chose en soi » mais seulement dans notre représentation, il en résulte qu’il ne peut y avoir d’évolution dans l’espace et le temps avant qu’existe notre représentation. Or, d’après Schopenhauer, si ce que notre représentation nous offre à voir dans le monde conduit à l’idée d’évolution, c’est-à-dire à un scénario d’après lequel notre représentation apparaît au cours d’une évolution dans l’espace et le temps, l’esthétique transcendantale (selon laquelle le temps et l’espace sont les formes a priori de notre entendement) dément la réalité en soi de ce scénario.

Schopenhauer traite à peine de ce point me semble-t-il crucial, comme si l’objection n’était pas de nature à exploser tout le système. Dans l’ensemble de son œuvre on ne trouve que quelques lignes, dans Parerga et Paralipomena (et, plus exactement, Paralipomena, Kapitel 6: Zur Philosophie und Wissenschaft der Natur), qui disent « oui, l’évolution » mais « elle est purement phénoménale, das heißt imaginaire ». (Quelques lignes du Monde comme volonté et comme représentation peuvent même affaiblir son point de vue car Schopenhauer semble évoquer une première vague représentation chez un animal primitif, ce qui laisse entendre qu’au détriment de l’esthétique transcendantale cette représentation est le produit d’une évolution dans l’espace et le temps, et donc que l’évolution précède la représentation et non l’inverse.)

Sauver l’esthétique transcendantale, sur laquelle repose entièrement la saine critique de la raison consciente de ses limites et antinomies, implique de ne laisser aucune ambiguïté sur le fait que la représentation ne peut être le produit d’une évolution dans l’espace et le temps, à savoir être elle-même purement phénoménale.

À suivre.

Encore une fois, je vous parle d’un temps où Darwin n’avait pas encore écrit L’Origine des espèces. (juillet 2014)

[Les citations allemandes originales de Schopenhauer sur le sujet dans les Paralipomena peuvent être lues sur cette autre page de mon blog .]

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Extrait d’une lettre à un jeune poète : … Je t’invite également à lire quelques auteurs anarchistes, pour le jour où tu te diras, vers le milieu de ta vie, que tu l’as ratée, et tu sauras alors que la cause en est dans une société qui brise les hommes. Les artistes qui vivent aujourd’hui de leur art sont des parasites du travailleur.

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Singuliers trous noirs

Sur la singularité du trou noir, cette citation : “gravitational force is only theoretically infinite at the zero-size center of the black hole. At any location that could actually be measured, the forces are finite, although extremely large.” (Ray Kurzweil 2005). Questions : Quelque chose qui n’existe que théoriquement existe-t-il ? Quel peut être l’effet réel d’une chose qui n’a qu’une existence théorique ? Si la densité infinie n’est réellement nulle part dans le trou noir, alors que sa présence définit le trou noir, il n’existe aucun trou noir.

Ce qu’on observe n’est pas un trou noir si la définition du trou noir implique une densité infinie. Les astrophysiciens n’ont pas une dérogation pour s’affranchir des lois de la pensée. Si le trou noir existe, la densité infinie ne peut pas être seulement théorique : il faut qu’elle existe aussi. Le problème, c’est qu’on ne peut même pas la penser, au sens que les lois de notre pensée nous l’interdisent. Appliquer le raisonnement mathématique abstrait de cette façon à un objet de l’intuition (un objet de l’espace physique) est absurde.

De sorte que, par nécessité absolue, plus notre observation des phénomènes astrophysiques se perfectionnera, plus il apparaîtra clairement qu’une théorie comprenant une densité infinie n’est pas valide, et que le phénomène s’explique autrement, d’une manière conforme aux lois de notre pensée. Notre pensée est actuellement prise en défaut pour expliquer un phénomène : elle tente de violer ses propres lois pour surmonter le problème, mais c’est complètement vain. C’est même le contraire de l’intelligence.

Il faut dire, pour être précis, qu’un trou noir « relativiste » n’existe pas. Pas plus qu’un Big Bang relativiste (avec singularité).

La notion de singularité est moins acceptable que celle de Dieu. Je perçois qu’elle commence à devenir gênante : cf la citation supra, où l’auteur croit bon de préciser que la singularité est seulement théorique – une précision nullement satisfaisante car on ne peut pas accepter, pour décrire la réalité, une théorie qui mettrait dogmatiquement à l’abri certaines de ses parties du contrôle de la réalité. Or une densité infinie n’est pas vérifiable empiriquement, pas plus que la notion de Dieu (à ceci près que la notion de Dieu ne viole pas les lois de la pensée humaine de façon si flagrante). La science ne doit pas être une religion ; c’est pourtant ce qu’elle devient si elle recourt à des notions invérifiables car s’affranchissant des lois de la pensée humaine.

Le paradoxe de Zénon apporte de l’eau à mon moulin : on peut, par un raisonnement abstrait et en apparence formellement rigoureux, aboutir à une absurdité. L’absurdité du paradoxe de Zénon est manifeste, celle de la singularité l’est tout autant, mais Zénon présente son paradoxe comme un paradoxe, pour demander que les conditions d’une pensée juste soient définies, tandis que la relativité présente sa singularité comme un résultat nécessaire. (octobre 2015)

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La transparence et le silence

Un e-mail du 29 juin 2016 au secrétariat de la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique, qui reçoit et examine les déclarations de revenus des députés (secretariat.declarations@hatvp.fr) :

Madame, Monsieur,

Les « déclarations d’intérêts et d’activité » des députés publiées sur le site de la Haute Autorité sont peu lisibles, car il semble que vous ne précisiez pas sur quels montants portent les demandes. Ainsi, on trouve pour les revenus, selon les déclarations des uns et des autres, des montants « nets », « bruts », « avant impôt », « après impôt », bref on trouve de tout, et quand aucune mention n’est faite par le député en vue de préciser sur quoi portent les chiffres qu’il déclare, comment faut-il lire ces chiffres ? Merci d’avance pour les explications que vous voudrez bien m’apporter.

Pas de réponse.

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La « vallée inquiétante » (Masahiro Mori)

J’ai tendance à partager le point de vue de Gunpei Yokoi sur les choix de débauche technologique versus les idées simples et originales qui ont fait le succès des jeux Nintendo quand il en dirigeait la conception. Il y a sans doute aussi, dans le jeu vidéo actuel, un phénomène « uncanny valley » : la simulation s’est rapprochée du réel mais n’étant pas encore parfaite elle produit un effet d’étrangeté rebutante (dès lors que ce sont des personnages humains qui sont représentés et non des monstres, auquel cas le phénomène ne s’applique pas, et les monstres peuvent être très réussis dans la mesure même où ils n’appellent pas notre empathie ou dans une bien moindre mesure). Le personnage virtuel nous est désagréable car l’imitation du réel est trop bonne pour être du dessin animé et pas assez bonne pour être hors de la vallée inquiétante. Tandis qu’un bon vieux Mario, ça reste du dessin animé.

L’uncanny valley est un concept majeur exposé par le roboticien japonais Masahiro Mori dans les années soixante-dix. On peut penser qu’en plus de détecter, dans le futur, les robots avec des tests de Turing ou des tests à la Blade Runner, le test de l’uncanny valley sera peut-être toujours valide : les robots ne sortiront peut-être jamais de la vallée, même si les signaux étranges qu’ils émettent malgré eux (gestes saccadés etc.) deviennent de plus en plus infimes.

Exposé par un roboticien, le concept est utilisé en robotique mais on peut l’appliquer à toute technologie qui tente de simuler la réalité biologique humaine, sur quelque support que ce soit : effets spéciaux de films, images de synthèse, graphisme des jeux vidéos… Les personnages en image de synthèse ne sont pas encore des acteurs crédibles à cause de l’uncanny valley. Il y a d’ailleurs un film (j’ai oublié lequel car je ne l’ai pas vu) dont on attendait un grand succès et qui a fait un flop à cause de ses personnages en image de synthèse qui ont fait une mauvaise (uncanny) impression sur le public.

C’est pourquoi les hôtels robotisés au Japon remplacent leurs Actroïdes par des… robots dinosaures. Voici un lien vers une vidéo YouTube qui montre un de ces hôtels. Il y a bien quelques Actroïdes, en réalité, mais aussi un dinosaure, qu’on ne s’attendrait pas à trouver dans un hôtel, et ce n’est pas non plus un délire des managers, car le dinosaure est une interface de service plus plaisante que l’Actroïde avec son visage humain et ses mouvements saccadés. Ces Actroïdes ont quelque chose du musée de cire. C’est très uncanny, peut-être que vous en ferez des cauchemars la nuit dans votre chambre d’hôtel… Dans la même veine, le robot Lakshmi (de conception française : il s’agit en fait du robot NAO créé en 2006 par la société Aldebaran Electronics), qui répond aux questions des clients d’agences bancaires en Inde, bien qu’humanoïde ne s’embarrasse pas d’apparence humaine : on dirait un jouet. (janvier 2017)

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Islam pacifique

L’histoire de l’expansion de l’islam présente deux faces, l’une guerrière, l’autre pacifique. Si « la guerre de mille ans » (P.N. Oak) est une manière des Hindous les plus extrémistes de décrire leur relation avec l’islam, il y a aussi le cas de l’Asie du Sud-Est, où l’islam s’est répandu sans une goutte de sang versée.

Le livre d’Ignacio Olagüe publié en 1974 (sous le patronage de Fernand Braudel), La revolución islámica en Occidente, remet en cause l’historiographie officielle de la « conquête » de l’Espagne par les Maures, sur la base des recherches du général Édouard Brémond, le « Lawrence français », (Berbères et Arabes, 1942), (c’est malheureusement Brémond qui est le Lawrence français et non Lawrence le Brémond anglais), qui fait état de l’impossibilité technique d’une telle conquête. La base des Arabes pour la conquête de l’Espagne était l’Égypte, non l’Afrique du Nord, qu’ils ne contrôlaient pas au moment de l’« invasion » de l’Espagne, ce qui suppose une logistique qui dépassait largement leurs moyens. Et l’Espagne aurait été conquise en trois ou quatre années, tandis que la Reconquête aurait pris 800 ans…

En réalité, ces faits, tels qu’ils ont été déformés par des chroniqueurs arabes ultérieurs inspirés par la muse épique, et dont les histoires ont été reprises telles quelles par les historiens occidentaux, renvoient à des luttes intestines entre Wisigoths, avec intervention de troupes berbères d’Afrique du Nord sous domination wisigothique, commandées par des Goths. La lutte opposait ariens unitaires et catholiques trinitaires. Les Ariens partageant une conception unitarienne avec l’Islam, cette dernière conception commença à se répandre, via les Berbères, en Afrique du Nord puis dans la péninsule ibérique. Un Abderraman, célèbre roi andalou, est selon toutes les descriptions connues, un Germain, blond aux yeux bleus, un Goth et non un Arabe ni même un Berbère. La pénétration de l’Islam en Ibérie a été pacifique, par prédication unitarienne, et non le fruit d’une invasion militaire arabe.

Le mouvement a été porté par une immigration berbère en grande partie causée par la désertification de l’Afrique du Nord (les peintures rupestres du Sahara montrent une faune de paysages agrestes, ce qui prouve l’extension du désert au sud du Maghreb), désertification qui s’est d’ailleurs étendue et continue de s’étendre en Espagne et dans le Midi de la France.

Par la suite, l’Afrique du Nord a connu une « contre-réforme » islamique avec les Almohades et Almoravides de Mauritanie, et ces derniers ont été les véritables envahisseurs militaires de l’Espagne (les batailles du Cid), mais nous parlons là des 12e et 13e siècles…

Les mêmes erreurs d’interprétation sont peut-être commises dans d’autres régions du monde. Olagüe souligne que l’Afrique noire, où les Arabes étaient présents depuis longtemps, a commencé à s’islamiser massivement pendant la colonisation européenne (peut-être en réaction)+. Je pense aussi à la Crimée et au Caucase ; je ne connais pas les circonstances exactes de leur islamisation mais je vois très clairement que l’envahisseur, là-bas, s’appelle le Tsar de la Sainte Russie et que cette invasion a été horriblement sanglante. Le terme « cosaquer » (pour décrire les viols de masse et le passage au fil de l’épée de populations entières), aujourd’hui tombé en désuétude, l’atteste. (octobre 2017)

+ La remarque d’Olagüe sur l’Afrique noire est de nature à contredire une pensée exprimée dans mon poème La Chute des Arabes du Congo (recueil La Lune chryséléphantine), selon laquelle l’impérialisme européen en Afrique barra la route à l’impérialisme arabe. Elle la contredit dans la mesure où ce serait en fait l’impérialisme européen qui aurait « armé » en Afrique l’expansion islamique, par réaction. Sans ce colonialisme occidental, les négriers arabes auraient continué à faire la traite depuis la côte orientale, les négriers européens et américains depuis la côte occidentale, et les Africains auraient conservé leurs traditions locales.

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Helga Pjeturss

Je lus il y a quelques années sur internet un essai en anglais sur l’interprétation des rêves par le savant islandais Helga Pjeturss (1872-1949), géologue de réputation internationale également féru de sciences plus ésotériques, une des sources d’inspiration du mouvement Asatru, et dont le prix Nobel de littérature islandais Halldor Laxness aurait fait l’éloge.

Pjeturss affirme que les habitants d’autres planètes communiquent avec nous dans nos rêves et recommande de noter ses rêves pour parvenir à déchiffrer leur message. (Aussi parce que je trouvais que je commençais à manquer de pratique dans l’écriture créative) je suivis ce conseil. Je me rendis alors compte rapidement que beaucoup de mes rêves, si ce n’est tous, bricolent classiquement avec des éléments de ma vie, qu’un extraterrestre ne doit pas connaître, et j’arrêtai rapidement. Mais peut-être que l’extraterrestre introduit son message occulte dans la matière familière du rêve.

Je cherchai donc tout de même à en savoir plus et j’ai commandé un de ses livres, le premier dans la série de collections d’essais Nýall (éditions Félag Nýalsinna) à la librairie universitaire de Reykjavík, que je contactai par e-mail et qui, sans doute mise en joie par une demande inattendue (une commande depuis un pays aussi exotique que la France), m’offrit tout bonnement le livre, en me laissant payer les seuls frais d’expédition. Que la librairie en soit ici remerciée.

Voici le livre en photo. Il a une belle couverture en (simili-)cuir avec lettrage doré, et l’intérieur –c’est original– est imprimé à l’encre bleu marine.

Je pensais que je ferais d’une pierre deux coups : découvrir la pensée de cet auteur et, faisant fond sur mes connaissances en suédois, apprendre l’islandais. J’ai vite déchanté et ce livre conserve donc encore tous ses mystères pour moi.

Il existe toutefois un site internet de « l’Institut Pjeturss » qui comporte quelques textes en anglais, bien plus que la dernière fois que je l’ai consulté, il y a quelques années, au moment de lire l’essai sur les rêves (un texte trouvé sur ce même site). Si vous googlez le nom du savant, le site de cet institut est le premier résultat que vous verrez apparaître.

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Un décret très subliminal ayant échappé à l’attention de tout le monde
(La transparence et le silence II)

L’article 10 du décret n° 92-280 du 27 mars 1992 dispose : « La publicité ne doit pas utiliser des techniques subliminales. »

L’article 1er dispose quant à lui : « Le présent décret est applicable aux éditeurs de services de télévision. » Par conséquent, la loi française n’interdit pas la publicité subliminale sur tout autre support de médias : journaux, radio, livres, cinéma, internet…

En ce qui concerne le cas particulier du visage subliminal de François Mitterrand dans le générique du journal TV en 1988, au moment de la campagne pour les élections présidentielles, il est probable que ce décret, s’il avait existé à ce moment-là, aurait été d’application trop restreinte : puisqu’il est question de publicité (art.10) à la télévision (art.1er), cela vise a priori les spots publicitaires, peut-être aussi la promotion commerciale de produits dans certaines émissions, et non un générique de journal TV.

Toujours est-il que ceux qui écrivent « en 1992, une loi a été votée pour interdire l’usage des images subliminales à des fins publicitaires » se trompent. Ce n’est pas à proprement parler une loi mais un texte d’application d’une loi : la loi 86-1067 du 30 septembre 1986. Une recherche sur Légifrance montre que cette loi ne contient même pas le mot « subliminal ». Autrement dit, la question des techniques subliminales a très bien pu ne pas être discutée du tout au Parlement.

La loi contient dix-sept fois le mot « publicité » et je pense que l’interdiction de la publicité subliminale à la télé par le décret de 1992 est en application de l’article 43 de la loi de 1986 : « Toute forme de publicité accessible par un service de communication audiovisuelle doit être clairement identifiée comme telle. Elle doit également permettre d’identifier la personne pour le compte de laquelle elle est réalisée. » Mais c’est tout de même un saut qualitatif important car l’article 43 couvre aussi des pratiques qui sont très éloignées des techniques subliminales au sens strict.

Ce décret est resté lettre morte, il n’a eu aucune conséquence dans notre ordre juridique. Il a donné lieu à une, et une seule, recommandation du CSA, le 27 février 2002 : « En application de l’article 10 dudit décret ‘la publicité ne doit pas utiliser des techniques subliminales’ entendues comme visant à atteindre le subconscient du téléspectateur par l’exposition très brève d’images. Or, le Conseil supérieur de l’audiovisuel a récemment pu relever sur l’antenne d’un service de télévision la présence d’images subliminales, introduites lors des opérations de montage mettant en œuvre des technologies numériques. La présence de telles images n’est pas conforme aux dispositions précitées. » (texte entier)

Dans son exposé public, le CSA indique : « Cette recommandation a été adressée à M6 accompagnée d’un courrier spécifique. » (voir site du CSA)

Le décret de 1992 qui crée le délit de publicité subliminale à la télévision (et je répète que cela ne concerne que la publicité et que la télévision) ne prévoit aucune peine pour ceux qui ne respectent pas l’interdiction. De sorte que le CSA, quand il a constaté que M6 avait enfreint l’interdiction, en 2002, n’a pu qu’adresser une « recommandation » à la chaîne privée, sans valeur contraignante et sans saisine de la justice, et sans même nous dire sur son site si M6 a obtempéré. Et depuis lors, plus rien. C’est ce qui s’appelle une parodie de législation et de justice. (mars 2018)

J’ai donc écrit au CSA (par e-mail le 5 mars 2018). Je lui ai adressé un premier e-mail alors que je connaissais l’existence du décret de 1992 mais non l’avis de 2002. En voici le contenu :

Madame, monsieur,

Aux termes du décret n° 92-280 du 27 mars 1992 applicable aux services de télévision, ‘La publicité ne doit pas utiliser des techniques subliminales.’ (article 10)

Je souhaiterais connaître les réflexions du CSA au sujet des techniques subliminales et si des cas de publicité utilisant des techniques subliminales ont déjà été soumis à l’attention du régulateur.

Quels sont les critères retenus par le CSA, ou le législateur (mais je ne connais pas d’autre texte normatif évoquant ces techniques, et la loi de 1986 dont le décret de 1992 est un texte d’application ne comporte pas le mot « subliminal »), pour caractériser ces techniques subliminales ?

Peut-on vous soumettre des cas et quelles suites y donnez-vous ? Peut-on saisir la justice et quelles suites donne-t-elle à ces saisines ?

Je ne reçois pas de réponse. Entretemps, je découvre l’existence de son avis de 2002 et lui récris donc (le 17 mars) :

Madame, Monsieur,

Oh, quelle interessante recommandation du CSA en 2002 à la chaîne M6 qui s’est rendue coupable de diffuser des images subliminales en violation du règlement de 1992 ! J’espère que vous avez un dossier annexe à cette recommandation, détaillant les faits, car je voudrais le consulter.

Je vous appelle un de ces jours pour prendre rendez-vous.

Pas de réponse, bien sûr. À suivre pour vous raconter mon expédition subliminale au CSA prochainement.

Le décret a été pris par l’administration après que le Parlement a voté une loi dont aucun article n’évoque la publicité subliminale et donc sans que le Parlement, les partis politiques aient débattu du sujet. Le décret sert à faire passer le message que la thématique est prise en considération, puis un avis est pris par le CSA pour rendre le même service, et la mascarade est jouée, les choses peuvent s’arrêter là. Les esprits peu profonds qui ont fait une vague recherche sur le sujet vont assurer leurs lecteurs que le droit français les protège contre des techniques mystérieuses et inquiétantes, et que, par un simple décret sorti de la manche du gouvernement et un avis dont les détails ne sont connus de personne, toute entreprise de manipulation a été étouffée dans l’œuf. Autrement dit, le titre que j’ai choisi, « un décret ayant échappé à l’attention de tout le monde », est inexact : peu de gens ont certes entendu parler du décret mais ceux qui ont cherché à savoir l’ont trouvé, ainsi que l’avis du CSA, sur leur chemin, et la confiance innée du bon citoyen dans les institutions de son pays fait le reste.

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Au chanteur Benoît Carré, laissé sur son blog :

Vous avouez utiliser des techniques subliminales (« voix cachée ») dans la dernière chanson de l’album Fermé pour la saison. Je suppose que l’on ne peut pas déchiffrer à l’oreille ce que dit cette voix « cachée ». Pourquoi ne pas nous révéler ici les paroles qu’elle prononce, pour être sûr qu’elle n’incite pas à se droguer ou à commettre des meurtres ?

J’ai repéré une technique de voix « cachées », c’est-à-dire audibles mais dont il est impossible de saisir à l’oreille les paroles, dans les chansons Something Got Me Started de Simply Red et I Love the Dead d’Alice Cooper. Je n’ai pas réussi à faire réagir le responsable d’un compte Twitter d’Alice Cooper quand je lui ai demandé la même chose qu’à Benoît Carré, à savoir de révéler les paroles enregistrées en « voix cachée ».

Et Benoît Carré n’a pas non plus répondu (ni publié mon commentaire sur son blog).

Si un ingénieur du son ne prend pas spontanément contact avec moi en lisant ces lignes pour que nous déchiffrions ensemble les paroles mystérieuses de ces « voix cachées » et cachottières, j’en contacterai un pour recourir à ses services.

Donc, là aussi, à suivre.