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Quand l’oiseau hennissait : Articles pour la revue du Bon Albert (2011-2016)

L’oiseau hennissant : La revue du Bon Albert est la revue des Éditions du Bon Albert (EdBA) animées par Michel et Nicole Lombard.

« L’oiseau hennissant », ce titre surréaliste est à la fois une allusion à Pégase, le cheval ailé qui sert de monture aux Muses de la poésie, et un oiseau mystérieux du Pré Célestine, chez les Lombard. Cet oiseau dont le chant ressemble au hennissement d’un cheval aurait d’ailleurs été identifié (l’espèce dont il s’agit) par un ami des Lombard : c’est dans un des numéros de la revue. Je possède l’intégralité des numéros 22, de mars 2011, à 54, de l’automne 2019, à la date d’aujourd’hui – une belle collection en libre consultation chez moi sur rendez-vous.

Je réunis ici les articles de ma plume qui y ont paru. Les recensions et notes de lecture y occupent une bonne place, notamment au sujet des livres de Nicole Lombard, de l’œuvre de qui le lecteur pourra se convaincre ainsi que je suis un bon connaisseur : je me tiens à la disposition des passionnés pour des conférences sur le sujet.

Le présent billet se divise en deux parties : tout d’abord, les articles parus dans la revue, ensuite les articles envoyés mais qui n’ont point paru dans la revue et sont restés inédits jusqu’à ce jour.

Si le titre de ce billet est au passé, c’est seulement en raison du fait que, après des années de fructueuse collaboration littéraire, mes liens avec le Bon Albert se sont quelque peu distendus en raison des nombreux aléas de la vie, mais cela ne signifie nullement que l’oiseau ne continue pas de hennir dans le Pré Célestine ni que le Bon Albert ne poursuit inlassablement ses activités, bon pied bon œil. Bon pied bon œil comme notre amitié.

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1/ Les articles parus

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L’oiseau hennissant n° 23, juin 2011

Florent Boucharel a découvert Étrangers sur l’Aubrac dans sa réédition du printemps 2011. Il a bien voulu nous faire part de ses impressions de lecture.

J’ai retrouvé avec plaisir le style Nicole Lombard à la lecture d’Étrangers sur l’Aubrac, premier opus de la trilogie dont les Affrontailles sont le dernier (et le premier que j’ai lu).

Il me semble constater, stylistiquement parlant, un affinement du premier au troisième : les images deviennent plus appuyées, mieux cernées, les dénonciations de Nicole portent plus loin, ses réflexions et ses sentiments y sont exposés avec une plus grande simplicité, qui est sans doute celle que donne le recul.

L’histoire de cette épreuve qui prend la forme d’un effort de réenracinement dans un pays qui, à bien des égards, ajoute à l’ordalie, cette histoire de pionniers, au fond, est des plus émouvantes.

Histoire de pionniers, en effet : pionniers d’un idéal de vie, d’une idée de ce que doit être l’intégrité de la vie de l’âme qui a reçu le dépôt de la culture, menacé par certaines tendances lourdes du monde moderne. Il n’y a pas déchéance tant que ce dépôt est sauvegardé, et c’est toujours aussi ce dépôt, quel que soit son véhicule, littérature ou art lyrique, qui console des moments les plus durs, en les justifiant.

Histoire de pionniers avérée dans ce besoin de préserver une liberté que la clochardisation « dans un carton » en ville rendrait impossible. C’est en maîtres, fût-ce d’un pré occupé par une ruine, que l’on maintient, perpétue et transmet l’idéal. Entre révolte et résignation, le livre témoigne de la nécessité supérieure qui conduit nos vies dès lors qu’elles ont été touchées par le mystérieux rayon.

Et, comme dans toutes les histoires de pionniers, les animaux sont des compagnons héroïques et le travail d’un coin de terre l’objet des plus grandes attentions comme si la nécessité de préserver la plus haute culture devait nous ramener toujours aux gestes antiques des fondateurs. Comme si le geste de planter contenait en soi le germe des plus hautes spéculations de la culture immatérielle.

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L’oiseau hennissant n° 24, octobre 2011

Florent Boucharel est reparti de Nasbinals, après la fête du Bon Albert, avec des livres dans son sac de voyage. De retour à Paris, il nous a fait parvenir quelques notes de lecture.

Commençons par le commencement : Le cheval au bord du lac. Je ne me lasse pas de lire le récit de la vie de Nicole sur le « haut plateau ». J’ai retrouvé dans ce second opus tout le charme de sa plume poétique, qui mêle l’émerveillement devant la nature et les réminiscences littéraires à la description des faits et gestes de deux étrangers en ce pays d’étrangeté qu’est l’Aubrac, découvert de l’intérieur.

Avec, dans ce livre, l’élément dramatique particulièrement fort de l’incendie, plus dramatique, semble-t-il – c’est l’impression qui m’est laissée – que l’événement lui-même qui l’a conduite avec Michel au Pré Célestine et qu’Étrangers sur l’Aubrac ne présente pas, à ce que je crois, avec une telle acuité de désespoir. C’est comme si la perte de la tente avait été une épreuve plus dure que la perte d’une maison. (Sans doute à imputer à un effet d’accumulation.)

Le vrai-mentir d’Aragon : Aragon et la France de Rémi Soulié me semble être un ouvrage important, voire très important, de l’histoire des idées, exposant de manière scrupuleuse (l’essai est tiré d’une thèse de doctorat), avec une lucidité critique, chez un de ses représentants les plus saillants, ce temps fort de la pensée marxiste qu’est… le nationalisme.

De la promenade de Rémi Decazeville est un livre de jeunesse prometteur qui foisonne d’effusions lyriques et d’aphorismes profonds. En revanche, le moment où le promeneur sort un « petit cigare » me coupe la chique : j’ai du mal à imaginer une pure extase devant la nature pour un fumeur de cigare.

Enfin, Un long dialogue avec les H’Mongs de Cathou Quivy est un témoignage très intéressant. Je m’étonne que l’accueil, qui me paraît tout ce qu’il y a de plus expérimental, de populations « premières », montagnardes et sylvicoles, en vue de les adapter à la vie occidentale, ait été confié à des fonctionnaires locaux sans l’aide d’aucun ethnologue connaisseur de ces ethnies. Cela aurait évité bien des malentendus, que Cathou Quivy raconte.

Les H’Mongs du Laos ont fui une dictature qui les a pris pour cible d’un génocide, y compris par le recours à des gaz toxiques à grande échelle. Or, alors que les pays occidentaux, États-Unis en tête, qui sont indirectement la cause de cette entreprise génocidaire en raison de leur politique au Vietnam, ne cessent de dénoncer la junte birmane voisine, jamais la dictature laotienne ne fait l’objet de telles dénonciations. Au contraire, les États-Unis semblent même la soutenir : en 2007, des exilés laotiens aux États-Unis ont été arrêtés et accusés de préparer un coup d’État contre le Laos ! Allez comprendre.

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L’oiseau hennissant n° 25, décembre 2011

La lecture de la nouvelle Où sont les âmes ? d’Hubert Calvet est un grand moment. Hubert Calvet a traité avec sensibilité les rapports complexes entre la foi et la vocation artistique, le devoir et l’amour, l’amour et la foi, les relations entre les âmes. La personnalité du narrateur, qui au dévouement et à l’élévation dans le monde du sentiment associe une réserve ironique, et humoristique, face aux conventions sociales, est très attachante. Le style, personnel et vivant, traduit bien les nuances de pensée et d’émotion qu’appelle la situation délicate, élement dramatique de la nouvelle, des personnages principaux. Enfin, il convient de citer ce – pardon pour le gros mot – trait de génie : « Dieu existe et il faut lui demander l’impossible. » (Je sais que le trait est là et je crois qu’il est dans « il faut ».)

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L’oiseau hennissant n° 26, mars 2012

L’heure du khanfous de Dominique Merle est un beau livre. Ce n’est pas seulement l’intérêt documentaire de ces souvenirs écrits par « un des derniers méharistes » qui le recommandent au lecteur, bien que cet intérêt soit évident au point de vue historique. La narration du mode de vie et d’opération de ces combattants à dos de chameau, à l’ère de l’aviation et des hélicoptères, avec lesquels ils conduisent leur action, a quelque chose de magique, et nous rappelle que le désert a ses règles et que ce n’est pas forcément la technologie la plus avancée qui en tire le meilleur parti.

Ce livre se recommande aussi par l’écriture. La sobriété est une vertu, et Dominique Merle sait en peu de mots dire beaucoup de choses, il dit toujours plus qu’il ne paraîtrait à un esprit peu attentif ; cette sobriété est la plus belle illustration du fait qu’il a été à l’école du désert ! Elle est tout le contraire de l’aridité. Certains tableaux ne jureraient pas aux côtés des plus belles pages de notre littérature animalière : chameaux, bien sûr, mais aussi gazelles, fennecs, ou encore cette rencontre inopinée avec une araignée des sables, racontée avec tout l’art requis pour un récit à suspense. De même, le souvenir des légions romaines, en présence de vestiges antiques au cœur des dunes, et le rappel des légendes, comme celle de la « goule », lorsque le méhariste désensable, à la stupéfaction de ses hommes, le crâne d’un dinosaure fossile, sont profondément évocateurs.

À l’heure où les événements qui servent de cadre à ces récits suscitent encore les passions des partis opposés, Dominique Merle a su rendre hommage à ceux qui furent ses compagnons, et témoigne du respect mutuel qu’ils avaient les uns pour les autres.

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L’oiseau hennissant n° 28, octobre 2012

Pour suivre un moment encore les pistes, que nous nous plaisons à conjuguer, du cheval et de l’écriture, Florent Boucharel nous a donné ce savoureux petit texte que nous sommes heureux de partager avec les lecteurs de l’Oiseau.

[Le texte s’appelait Le cheval et l’écrivain, mais le titre a sauté dans la revue.]

Dans le domaine des rapprochements entre le cheval et l’écriture, je trouve dans mon dictionnaire anglais Anandale la définition du mot hack, qui se rapporte à un cheval et à un écrivain. Un hack, en effet, peut être :

1.un cheval de louage (a horse kept for hire)
2.un cheval surmené (a horse much worked)
3.une personne surmenée (a person overworked)
4.et un écrivain employé aux basses tâches et au fignolage dans la production d’un livre (a writer employed in the drudgery and details of book-making).

Je ne sais pas trop ce que recouvre cette fonction du hack, mais j’entrevois que les Anglo-Saxons ont poussé loin et tôt (le dictionnaire en question est relativement ancien) l’application au livre des techniques industrielles.

J’avais déjà entendu parler du « carcassier », cet écrivain anonyme chargé d’écrire les scénarios, ou « carcasses », des pièces de théâtre. Ainsi, dans la production industrielle du livre, il y aurait l’auteur à proprement parler, qui ferait je ne sais trop quoi (dès lors qu’il n’aurait pas un nègre !), le carcassier, le hack writer, d’autres fonctions peut-être encore dont j’ignore les noms. Quel monde !

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Et dans le même numéro :

Poursuivant son exploration du catalogue Bon Albert, Florent Boucharel vient de faire un bout de chemin en compagnie du Cheval au pied nu. Il nous a confié ses impressions de lecture.

J’ai de nouveau admiré le brio, la maestria, mots italiens que notre langue a recueillis tels quels et qui me viennent naturellement sous la plume, de Nicole Lombard dans Le cheval au pied nu.

Au rebours de l’approche des professeurs de lettres, souvent, trop souvent entachée de pédantisme, de futilité même, approche pompeuse qui passe à côté de l’essentiel, à laquelle elle fait une discrète allusion (en page 88), Nicole Lombard entre dans les livres de ses auteurs favoris, ici Stendhal et Giono, avec une humilité passionnée qui parvient à éclairer une œuvre de l’intérieur tout en lui rendant le vibrant hommage de la reconnaissance.

Son vécu de la littérature, elle le donne à connaître comme intrinsèquement lié aux événements de son existence, et c’est en cela qu’elle fait œuvre d’écrivain, plus que de critique ou de professeur. C’est le propre de son style incomparable, le même que dans la trilogie, que de nous transporter sur le théâtre de tribulations vécues et parmi les pages des grands écrivains en une sorte de rêve conscient où le romanesque se diffuse partout, dans les événements de l’Histoire et dans la vie elle-même. C’est le style d’une vie dans l’art et dans la beauté, la beauté de ce qui est devant soi, autour de soi, et à l’intérieur de soi.

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L’oiseau hennissant n° 32, octobre 2013

Si Le printemps des petits chiens est un « livre un peu oublié », comme Nicole Lombard l’écrit dans la dédicace qu’elle a bien voulu m’adresser, il me semble que c’est injuste. Certes, par rapport aux livres qui ont suivi, elle concentre davantage la narration, en l’occurrence sur le monde assez spécial des éleveurs de « bêtes à concours », si je peux m’exprimer ainsi, un monde dont elle rend d’ailleurs le pittoresque à merveille, mais on reconnaît déjà son style, dont j’ai déjà dit le charme et l’élégance (elle l’a, depuis lors, encore affiné), la spontanéité et la justesse. On reconnaît déjà sa « patte », ou patoune, et même sa griffe, ou grifoune, pleine d’humour. Aussi même un total néophyte en cet univers, tel que moi, se laisse-t-il entraîner sans résistance dans les aventures et péripéties d’aspirants éleveurs, dans un monde pittoresque (je l’ai dit) mais aussi, compétition oblige, parfois dur (la scène des larmes cachées, au concours).

Par ailleurs, ce livre est  le point de départ de l’œuvre, qui explicite ses choix, entre amour des animaux, de la nature et d’une vie libre, face à l’incompréhension souvent hostile de « Sainte-Cacochyme » et autres, et expose les dilemmes de la conciliation dans cet émouvant projet de reconstitution d’un Éden autour de soi.

Je n’entrerai pas dans un débat d’idées qui m’entraînerait trop loin, devant quelques-uns de ces animaux un peu « dénaturés » qui ne peuvent coucher à même le sol, écrasent leurs petits, ou pratiquent l’inceste (par l’entremise de Mme Greig), puisque Nicole l’a déjà tranché en soulignant que les dogues aquitains, par exemple, ne sont pas dans l’état de nature, et n’ont donc aucune excuse d’être des assassins de chats : certes, mais que ne ferait-on pour avoir tout son cœur, et, à défaut, quelle amertume !

Ce Printemps, c’est aussi déjà l’apparition de l’Aubrac, dans de rafraîchissantes hauteurs, alors, contrastant avec les chaleurs caniculaires de la Provence et du « village au nom de souris », et qui deviendront, pour les « étrangers », les rigueurs de l’hiver montagnard… Lesquelles auront requis la pleine mobilisation des lettres et de la culture (car, dans le Printemps, Stendhal et Giono ne sont encore qu’une lecture de jeunesse…) pour ne pas sombrer avec les conditions matérielles de l’existence.

Le Printemps est un passage obligé de qui a suivi Nicole Lombard dans l’Aubrac de ses aventures et méditations.

[Je m’en veux d’avoir écrit, trop rapidement, que « Stendhal et Giono n’étaient encore qu’une lecture de jeunesse », sur la foi d’une phrase, car j’ai l’impression d’avoir manqué par là-même à Nicole : les lectures de jeunesse sont les lectures de toute la vie !]

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L’oiseau hennissant n° 34, avril 2014

[Sous le titre trouvé par le Bon Albert]

Un nouveau Soulié : Nietzche ou la sagesse dionysiaque

Le dialogue de Rémi Soulié avec le penseur allemand, en prenant pour fil conducteur la « sagesse dionysiaque », déclinée dans ses différentes facettes, dont, ce qui n’étonnera pas de la part du Félibre Soulié, lo gai saber, m’a permis de comprendre quelque chose d’important. Porté sur les études de sciences sociales, au détriment de mon activité poétique, laquelle ne souffre pas seulement du temps consacré à une activité professionnelle, j’ai récemment pris connaissance de diverses recherches contemporaines sur l’intelligence et sa mesure par des tests standardisés. Tout en admettant la validité de la pratique, je ne pouvais m’empêcher de penser, à la lecture de ces travaux, que quelque chose échappe à la mesure des tests, et des mots comme « pouvoir de l’imagination », « tempérament créatif », « art », « culture », me venaient à l’esprit. À présent, je comprends que c’est le terme « dionysiaque » qui décrirait le mieux ce qui n’est pas mesuré de cette façon.

Des pensées comme « Sans la musique la vie serait une erreur » (Le Crépuscule des idoles, in Soulié, p. 72) ou encore « Comparée à la musique, toute expression verbale a quelque chose d’indécent ; le verbe délaie et abêtit ; le verbe dépersonnalise » (La Volonté de puissance, Soulié, p. 71) témoignent d’une rationalité, d’une « sagesse », pour le moins étrangère à l’ensemble défini et mesuré par la psychologie factorielle. En même temps, cette sagesse semble assez fragile, et je n’en veux pour garant que Nietzsche lui-même. S’il est connu pour avoir dit que Dieu est mort, il a aussi écrit que l’art est mort. Car l’art repose sur l’illusion, et notre cerveau évolué est dans la démarche de déchirer tous les voiles des « mystères », de la religion, de la culture… Ce qui a fait déplorer au dionysiaque Oscar Wilde le « déclin du mensonge ».

Or, que l’art soit mort, que la sagesse dionysiaque soit confondue avec les élucubrations des aliénés ou qu’elle soit socialement circonscrite dans une « sphère de rationalité » esthétique (Max Weber), avec les bohèmes et les érotomanes, c’est ce que Nietzsche n’a jamais pu admettre, et sa philosophie est la tentative de sauver un type d’homme auquel, depuis des temps immémoriaux, mythologiques, l’attribut de grandeur fut conféré par une humanité reconnaissante. Je comprends, à la lecture du livre du dionysiaque Rémi Soulié, que l’alternative est aujourd’hui la suivante : ou bien se faire le thuriféraire du « mensonge » et de la Rome des Borgia, ou bien tuer le poète en soi ! Un choix impossible, tragique.

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Enfin, dans le courrier des lecteurs, Si le Bon Albert s’appelait Élise…, j’ai témoigné, dans l’oiseau hennissant n° 40 (hiver 2016), de mon appréciation des passages de l’écrivain ardéchois Régis Sahuc (1920-2009) cités dans le précédent numéro, réagissant en particulier aux tourtos évoqués par lui (« Nous avons un certain sens de l’éternité, de la fidélité, de la nostalgie de la ‘tourto’ de pain, de la chaumière, le goût venu par vingt filiations de paysans : de cuber les arbres, apprécier les fourrages ou discuter sur les bestiaux ») :

« Au sujet de la ‘tourto’ de pain qu’il évoque, nous mangions parfois en Corrèze, chez mes grands-parents, des ‘tourtous’, qui sont une espèce de galette épaisse faisant office de pain. »

Ce qui fit réagir Marie Ferrand dans le numéro suivant. Je la cite, tout en la remerciant :

« Que d’émotion à l’évocation, par Florent Boucharel, des ‘tourtous’ de sa grand-mère corrézienne, délicieux nature, pour accompagner les sauces de civet. Il s’agit d’une pâte levée au sarrazin, sans œufs ni lait, que l’on cuit dans une grande poêle. Bons galetous et bounas favas garissem toutas las malaudias. »

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2/ Textes non publiés

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J’ai beaucoup aimé le beau texte de Nicole sur « le petit cheval nourri de vieux bois » [dans un numéro de L’oiseau hennissant à retrouver]. Cela m’a rappelé un souvenir de lecture, qui va tout à fait dans son sens, le roman norvégien-américain (c’est-à-dire écrit en norvégien et publié aux États-Unis, dans le Dakota, à une époque où les émigrés scandinaves n’avaient pas encore perdu leur langue, en l’occurrence en 1889) de H.A. Foss, Amerikanske Saloon, qui a d’ailleurs inspiré mon poème Prohibition. L’auteur évoque ces fermiers qui se rendent au bourg en carriole, donc à cheval, pour des courses ou d’autres affaires, et qui finissent au saloon, sans parfois pouvoir rentrer chez eux après cela. L’un des aspects du problème, c’est le sort du cheval qui attend à l’entrée, exposé au froid et aux intempéries. Un reproche souvent fait au fermier « saloonard » par ses proches. Dans un passage du livre, un fermier qui comprend qu’il va s’attarder au saloon malgré ses bonnes résolutions demande à son fils, qui l’accompagne ce jour-là, d’aller mettre une couverture sur le cheval ! Mais ce sont sans doute, compte tenu des propos d’experts que rappelle Nicole et selon lesquels le cheval peut rester dehors sans inconvénient par toutes températures, seulement des culs-terreux du Midwest. (Décembre 2011)

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Avec Un Père que j’avais, Nicole Lombard atteint une élégance et une virtuosité de style extraordinaires, qui rendent la lecture des plus absorbantes ; il est bien difficile de se détacher du livre une fois commencé.

En ouverture de cette modeste note, je tiens à dire que je garderai le silence sur ce qui est politique dans ce livre. Il ne m’est en effet pas permis de rire au nom d’« André Vieux-Cabot », cette figure d’épouvantail en foin qui plane sur l’histoire du père, et qui remplit de « mouchards » les temples de la pensée, si bien que, la pensée ayant fui de tels parages, ces lieux ont mérité le nom de temples des mouchards… Il ne m’est malheureusement permis que de conseiller aux enfants et adolescents de se conformer en tout aux mouchards indélicats dont dépendent leurs notes en latin ou en dessin, donc un peu leur avenir, et de ne pas les récuser quand ceux-ci entreprennent de leur inculquer un « humanisme réalisé ».

Je me bornerai à relever la profondeur des notes psychologiques que Nicole nous présente sur les relations familiales au cours de différents âges de la vie, avec un final tout à fait spectaculaire ; je ne pense pas tant à Michel qui enlève la neige du toit et tombe et retombe dessus, qu’aux deux derniers paragraphes, inattendus, et roboratifs. Si la situation, la vie qu’elle décrit a des peines rares, elle prend, en conclusion, le parti d’en rire, et ce parti-pris m’a séduit car c’est la plus grande pudeur.

Pour ceux qui ont lu sa trilogie lozérienne, les présents souvenirs apportent un éclairage nouveau, essentiel à la compréhension de ce parcours si étonnant, et poétique. (Janvier 2012)

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Du lamartinisme de Nicole Lombard

Nul, parmi les lecteurs de Nicole Lombard, ne peut nier que la contemplation de la nature tient dans son œuvre une place importante. Ce n’est d’ailleurs pas quelque chose de si courant dans la littérature contemporaine, et c’est pourquoi l’on peut rattacher cette tendance à une époque antérieure de notre histoire littéraire, aux romantiques et, en particulier, Lamartine.

La littérature, aujourd’hui, verrait plutôt dans cette expression contemplative un abus de la description. Ceci ne peut s’appliquer au style de Nicole ; ainsi peut-on très bien recourir à une telle forme d’expression, témoigner de son émerveillement devant la nature, sans l’abus en question.

Je voudrais, car je crois que cela peut faire mieux comprendre les livres de Nicole, citer le philosophe Emmanuel Kant. Même si son style est grandement dépourvu de lyrisme, il exprime ce que de nombreux poètes ont dû percevoir intuitivement. Voici ce qu’il écrit du sentiment de la nature (que je cite seulement de façon fragmentaire), et que je tiens pour vrai.

 « J’accorderai volontiers que l’intérêt pour ce qui est beau dans l’art (j’y inclus également l’usage artificiel des beautés de la nature pour la parure, donc pour flatter la vanité) ne fournit aucune preuve d’une manière de penser attachée au bien moral, ou même qui n’y ferait qu’incliner. J’affirme en revanche qu’un intérêt immédiat pour la beauté de la nature (ce qui n’est pas simplement avoir du goût pour en juger) est toujours caractéristique d’une âme bonne, et que, si cet intérêt est habituel, il révèle au moins un état d’âme favorable au sentiment moral lorsque l’intérêt s’applique volontiers à la contemplation de la nature. »

 « Celui qui dans la solitude contemple pour les admirer et les aimer la belle forme d’une fleur sauvage, celle d’un oiseau, d’un insecte, etc., et regretterait qu’elles manquassent dans la nature en général, car loin d’y voir miroiter quelque avantage pour lui, il en subirait quelque dommage – celui-là prend un intérêt immédiat, d’ordre intellectuel, à la beauté de la nature. C’est-à-dire que lui plaisent non seulement la forme des produits de la nature, mais aussi leur existence, sans qu’y eût part une excitation sensorielle ou qu’il liât une quelconque finalité à ce plaisir. »

 « Le privilège de la beauté naturelle sur celle de l’art – même si cette dernière surpassait dans la forme la première –, qui en fait la seule à inspirer un intérêt immédiat, s’accorde avec la manière de penser éclairée et profonde de tous les hommes qui ont cultivé leur sentiment moral. Lorsqu’un homme, assez doué de goût pour juger les productions des beaux-arts avec la plus grande justesse et la plus grande finesse, quitte volontiers la pièce où se rencontrent ces beautés qui entretiennent la vanité et en tout cas des joies de société, et se tourne vers la beauté de la nature pour y trouver en quelque sorte une volupté d’esprit dans une méditation qu’il ne pourra jamais achever, nous considérerons avec respect son choix même, et nous lui supposerons une âme belle à laquelle ne peuvent prétendre aucun connaisseur d’art ni aucun amateur en raison de l’intérêt qu’ils portent à leurs objets. »

 « Dans la mesure où la raison est aussi intéressée à ce que les idées (pour lesquelles, dans le sentiment moral, elle suscite un intérêt immédiat) aient également une réalité objective – c’est-à-dire à ce que la nature laisse une trace ou livre un indice témoignant qu’elle contient en soi un quelconque principe qui permette de supposer qu’il existe un accord, conforme à une loi, entre ses produits et notre satisfaction indépendante de tout intérêt (satisfaction que nous reconnaissons a priori comme loi contraignante pour tous, sans pouvoir la fonder sur des preuves) –, la raison doit avoir un intérêt pour toute manifestation naturelle d’un tel accord ; par conséquent, l’esprit ne peut réfléchir sur la beauté de la nature sans s’y trouver du même coup intéressé. Or, de par ses attaches, cet intérêt est d’ordre moral ; et celui qui prend intérêt à la beauté de la nature ne peut le faire que dans la mesure où c’est au préalable sur le bien moral que son intérêt a été dûment fondé. On a donc quelque raison de supposer chez celui que la beauté de la nature intéresse immédiatement au moins une disposition à orienter son esprit vers le bien moral. »

Emmanuel Kant, Critique de la faculté de juger

C’est une manière, comme je l’ai dit, d’éclairer l’œuvre de Nicole Lombard. (Mai 2013)

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Un mot pour évoquer le charmant livre de Sylvie Giono, Jean Giono à Manosque, qui m’a ramené au bon moment passé ensemble à la parlerie. J’ai relevé bien des anecdotes intéressantes et savoureuses. Les péripéties de l’Homme qui plantait des arbres sont très drôles, rétrospectivement. Les promenades au bord du canal, avec des fragments de phrases jetés sur des bouts de papier à l’aide d’une allumette calcinée, très significatives, et racontées avec beaucoup de charme. Enfin, une phrase à la fois spirituelle et profonde : « Il préfère marcher sur les pas de Stendhal plutôt que de découvrir ses racines. » La littérature est un vice ! (Septembre 2013)

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C’est au cours d’une rentrée mouvementée que j’ai lu Pèlerinage au lac de Pont et Le Petit Livre des parleries, et la fatigue accumulée ne me permet pas d’écrire la note en bonne et due forme que j’envisageais. Ce seront donc quelques aperçus.

Toutes les qualités des autres livres sont présents dans ces deux-là, avec ce mariage si attachant de poésie, de culture, d’humour piquant et de pensée grave.

La ruralité : campagne technocratisée. « Plus on enlaidit le langage et plus on enlaidit la vie. » Oui, aux sous-préfets aux champs – c’était déjà quelque chose – ont succédé les ingénieurs dans les prés, et leur technique formation ne leur a pas enseigné les vertus du langage.

« Bonjour Nicole » et le portrait vivant de l’amie Danielle : je peux lui prêter quelques traités de Swedenborg, où elle découvrira peut-être que d’autres phénomènes, lors de ce pèlerinage, étaient autant de signes à elle adressés !

(N’étant point pratiquant, je ne peux pas vraiment en dire plus sur Swedenborg, qui parle de l’intervention des esprits en ce monde. Les parleries d’Aubrac ayant rendu hommage à Rilke, je me rappelle qu’il est question d’un serviteur swedenborgien dans Les Cahiers de Malte Laurids Brigge – ainsi d’ailleurs que des Gyldenlove que j’évoque dans mon poème Rosenborg. Strindberg prenait Swedenborg très au sérieux : il ramassait des bouts de papier dans la rue pour connaître, dit-il, les communications des esprits. Lorsque je vivais en Amérique, je suis parfois passé, à Cambridge, Massachusetts, non loin de l’Université d’Harvard, devant une église swedenborgienne, posée au milieu de son boulingrin d’herbe planté d’arbres ; le lieu possédait une atmosphère surnaturelle. Cependant, je ne suis pas absolument certain de ne pas envoyer Nicole sur une fausse piste, avec Swedenborg, d’autant plus qu’on trouve son nom cité dans Le Hussard sur le toit de manière péjorative, dans la bouche du vieux philosophe.)

J’aime la sensibilité de Nicole devant la condition du travailleur, en l’occurrence le conducteur de tracteur empoisonné par les pesticides pour avoir été forcé de vendre sa force de travail.

Les parleries ont été un lieu de rencontres rares, Michel et Nicole peuvent en être fiers. Dans l’introduction à ce « petit livre », Nicole se surpasse dans l’humour. (Septembre 2014)

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Certains exégètes se feront peut-être prier pour accepter cette pierre, Les volets verts du Paraïs de Nicole Lombard, dans l’édifice des études gioniennes, mais sans aucun doute le point de vue de Nicole l’emportera-t-il au final, et ce que le temps gardera ce ne sont pas les révélations tabloïdes de la critique, mais l’œuvre, et l’hommage des écrivains profonds à celle-ci.

Que Nicole se départisse, pour mettre les points sur les i en réponse à ces universitaires et graves travaux, de son autrement toujours exacte élégance n’est pas sans saveur, comme l’ironie mordante du propos. Un propos d’ailleurs fort et raisonné.

(Le fond de ma pensée, je dois tout de même à la franchise de le dire, est un brin d’envie pour celui qui put tout à la fois être un « père spirituel » pour de beaux (et belles) esprits et – si je comprends bien la critique universitaire – un satyre, car cela heurte un sens inné de la justice distributive en moi.)

Le lecteur suit Nicole Lombard à l’ombre des micocouliers et des cerisaies, de Charles Maurras à Eugène TerreBlanche, deux poètes maudits, en passant par un vibrant hommage à Pierre Bergé, l’homme aux deux chapeaux par jour.

Je n’insiste pas sur le plaisir d’avoir des nouvelles de Sylvie et des Amis de Giono que j’ai eu l’honneur de rencontrer en Aubrac, mais je note l’insistance de Chantal Detcherry et de Nicole elle-même sur les yeux bleus des uns et des autres – ce serait une vraie franc-maçonnerie si le signe de reconnaissance ne se voyait comme le nez au milieu de la figure. Un signe distinctif que – il me revient de le souligner – Nicole partage avec éclat. (Avril 2017)

Anaïs et Marie-Madeleine

Il convient d’établir une distinction entre science et technique. Cette dernière n’a jamais été empêchée par une vision traditionnelle, religieuse du monde : que l’on en juge par les pyramides d’Égypte, les édifices de Cuzco, l’aqueduc romain de Ségovie… En termes de technique, l’esprit des Lumières, ou plus généralement l’esprit positiviste, ne représente donc pas une rupture fondamentale, dans la mesure où les capacités techniques n’étaient pas entravées auparavant et ne l’ont peut-être jamais été. La Chine qui se ferme au monde pour, semble-t-il, vivre éternellement selon ses dogmes traditionnels, est celle qui construit une « grande muraille » à cette fin. En réalité, la rupture tient bien plutôt à l’apparition d’un positivisme scientifique qui, s’il ne s’accompagne pas en toutes circonstances de la plus grande liberté d’opinion et d’expression, est la substitution d’un dogmatisme à un autre (par exemple, en plein vingtième siècle, l’« interprétation de Copenhague », tissu d’interprétations arbitraires de résultats expérimentaux [voyez ici : Copenhagen interpretation]).

Alors qu’une certaine forme de pensée mystique subsiste chez Leibniz et Newton, l’apport de ces derniers, en termes d’avancée de la pensée scientifique, est bien supérieur à nombre de leurs successeurs chez qui cette pensée mystique a disparu.

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Lorsque Jünger défend l’astrologie tout en affirmant qu’elle ne peut être jugée du point de vue rationnel, il ne convainc personne. L’astrologie ne se donne pas à connaître comme un jeu, elle cherche à défendre sa pratique rationnellement.

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À Zénon qui affirmait que le mouvement n’existe pas, Diogène le Cynique « répondit » en allant et venant. Comme si Zénon ne s’était pas aperçu qu’il pouvait aller et venir lui aussi. Si une démonstration apparemment juste peut nier le mouvement en dépit de l’expérience sensible, cette dernière n’est pas invitée à servir de contre-argument.

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Paul Bourget est contre la circonstance atténuante de la passion dans le crime passionnel au motif que l’indulgence favorise le crime. Le droit lui a entre-temps donné raison et favorise à présent le cocufiage.

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Les visées œcuméniques admettent tacitement, même malgré elles, que les rites propres à chaque Église n’ont aucune valeur surnaturelle, qu’un fidèle s’y soumet par conformisme, et consacrent ainsi la supériorité d’une doctrine purement pratique comme le zwinglianisme, où la messe est une simple commémoration sans valeur surnaturelle.

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L’eucharistie : « Celui qui mange mon corps et boit mon sang a la vie éternelle. » Alors que le Christ dit lui-même ailleurs qu’il s’exprime par paraboles, et pourquoi il le fait, et alors que les théologiens recourent à l’interprétation symbolique des Écritures, de l’ancien comme du nouveau testament, il est permis de demander pourquoi la parole citée ici a reçu un sens aussi littéral dans le rite catholique.

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Il y a dans le Journal d’Anaïs Nin la pensée qu’elle n’avait jamais rendu son mari aussi heureux que depuis qu’elle avait un amant. Quel mari ne voudrait pas être malheureux plutôt qu’heureux dans ces conditions ?

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Une passion ne se satisfait jamais qu’au détriment d’un scrupule, dans certaines âmes consciencieuses. Y renoncer, c’est la sacrifier à un scrupule, mais jamais elle ne s’estime à si bas prix et rien ne la paye assez de son sacrifice.

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Il est plus difficile à celui qui a de la culture qu’à celui qui n’en a pas de montrer qu’il possède un vernis de culture comme demandé dans les épreuves de culture générale.

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Arriver par les femmes, loin d’être un motif de honte, c’est un double motif de fierté pour le Français : être arrivé et par les femmes.

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Sautez toujours la préface. Dans une édition de La Princesse de Clèves, le préfacier écrit : « Elle [Mme de La Fayette] évite de nous montrer le ventre de Henri VIII ‘chargé de graisse’ que l’annaliste anglais etc. », puis on lit dans le texte de Marie-Madeleine de La Fayette, en p.72 de la même édition : « Henri VIII mourut, étant devenu d’une grosseur prodigieuse. » Si ce n’est pas montrer le ventre d’Henri VIII, qu’est-ce que c’est ?

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Nietzsche a écrit « Dieu est mort » mais aussi « l’art est mort » : à l’ère de l’écroulement des certitudes, les représentations idéales, idéalisées de l’art sont périmées. La science a déclassé un art plus beau que le réel, les esprits s’émancipent également de cette mystification-là. Pourtant, l’art n’a pas disparu ; ce qui porte aujourd’hui ce nom semble être en grande partie une activité spécialisée dans la production d’œuvres plus laides que le réel (expressionnisme…). Est-ce encore une forme de mystification consolatrice, une manière de rendre le réel tolérable par comparaison ?

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Une certaine spécialisation des facultés semble inhérente à la nature humaine. Même aux esprits les plus doués et les plus éclectiques il est difficile de s’intéresser en même temps à des œuvres d’imagination et à des travaux analytiques (de sciences exactes). Une sorte de baromètre intérieur leur signale le dommage, à tout le moins provisoire, que le passage d’un type d’intérêt ou d’activité à un autre fait subir à la disposition cultivée dans la pratique de l’une ou l’autre. Tandis qu’il s’adonne à tel domaine, l’esprit adopte un certain type de personnalité conforme à ce domaine et excluant provisoirement l’intérêt pour tout autre domaine. Ces autres domaines appellent chacun à leur manière un type de personnalité différent. Une éducation trop large risque donc de favoriser les intelligences moyennes, l’esprit doué qui entend donner sa pleine mesure étant conduit à se chercher un domaine de spécialisation. Il conviendrait donc peut-être de commencer par la spécialisation et d’élargir ensuite, avec l’âge, le champ des études, à rebours de ce qui se pratique. Le postulat implicite de l’éducation actuelle est que les esprits ne sont doués que pour un certain type de savoir et qu’il convient de déterminer lequel en présentant à l’élève différents domaines du savoir parmi lesquels sa tendance interne se prononcera. Ce passage programmé du généralisme à la spécialisation demande à l’esprit d’être généraliste d’emblée ou de rester médiocre (excellent dans un domaine et médiocre dans les autres : la moyenne est médiocre). On peut craindre que l’esprit doué soit ainsi voué à la médiocrité dans un système qui va du généralisme à la spécialisation plutôt que de la spécialisation au généralisme.

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Apprendre des choses, cela peut aussi revenir à tuer le poète en soi.

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Ce qui m’a longtemps retenu de m’intéresser à un parti portant le nom de Labour, c’est justement son nom, à cause de ce que cela représente de contraire à mes tendances profondes.

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J’avais des rêves de grandeur et voilà que je lis Zazie dans le métro

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Sottisier poétique
(Avec tout le respect dû aux maîtres)

La mer gronde et se gonfle, et la bave des eaux
Bien au-dessus des monts va noyer les oiseaux
(Leconte de Lisle, Poèmes barbares)

Le mot bave ne s’emploie plus au sens de « par métaph. ou compar. liquide écumeux » (Grand Robert).

Don Rui tire sa lame
Et lui fend la cervelle en deux jusques à l’âme
(ibid.)

On entendait mugir le semoun meurtrier,
Et sur les cailloux blancs les écailles crier
Sous le ventre des crocodiles
(Victor Hugo, Les Orientales)

Il semblerait que ce vent violent qu’est le simoun doive rendre difficile d’entendre le ventre des crocodiles glisser sur les cailloux, à moins que les crocodiles ne soient des espèces de colosses blindés.

L’héraldique lion qui fait rugir d’effroi
Les lionnes vivantes
(ibid.)

Ne songe plus qu’aux vrais platanes (ibid.)

Où sont les faux, dans le poème ?

Ces cheveux
qui pleurent épars autour de ton beau front,
Comme les feuilles sur le saule
(ibid.)

Est-ce parce qu’on parle de saule pleureur que le poète dit que les feuilles du saule pleurent ?

Grenade, la bien nommée,
Lorsque la guerre enflammée
Déroule ses pavillons,
Cent fois plus terrible éclate
Que la grenade écarlate
Sur le front des bataillons
(ibid.)

Bien nommée parce qu’elle éclate comme une grenade explosive !

Ton sabre
Toujours dans la bataille on le voit resplendir,
Sans trouver turban qui le rompe
(ibid.)

Le turban peut en effet casser un sabre, s’il est employé pour désigner par métonymie la tête, mais c’est bien le seul cas possible.

Berceau que la tombe a fait creux ! (Théophile Gautier, Émaux et Camées)

Quelle chute ! Le berceau que vide la mort de l’enfant est fait creux par la tombe…

Mille soldats partout, bandits aux yeux ardents (Victor Hugo, Les Burgraves)

La raison pour laquelle ce vers figure ici tient à la sonorité du second hémistiche, si l’on respecte, comme en principe on le devrait, les liaisons : « Bandits zaux zyeux zardents »…

Rome à ce grand dessein ouvrira tous ses bras (Corneille, Sertorius)

Rome comparée à la déesse indienne Kali…

Me croit-il en état de croire son arrêt ? (Corneille, Tite et Bérénice)

Faut croire.

Ses cheveux, par l’angoisse aplatis sur sa tête (Lamartine, Jocelyn)

Je crois me rappeler que Laurel et Hardy se sont inspirés de ce vers dans certains de leurs sketchs. Mais peut-être qu’ils avaient lu « dressés sur sa tête ». – Ou bien s’inspiraient-ils plutôt de cet autre vers de Lamartine :

Le vol de sa pensée agitait ses cheveux (Lamartine, Harmonies poétiques et religieuses)

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Aragon m’a toujours fait l’effet d’être le plus mauvais des surréalistes : celui qui n’ose pas se droguer comme les copains. C’était peut-être aussi le plus mauvais des communistes.

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Louis Belmontet est un poète qui a écrit des Poésies guerrières sous le Second Empire et fut pour cette raison député. C’était avant la déculottée de l’armée française au Mexique et bien sûr avant Sedan.

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La notation numérique de l’école et de l’université françaises (de 0 à 20) est plus individualisante et par conséquent plus hiérarchisante que la notation littérale nord-américaine (A, B, C…).

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Nos ancêtres les Sarrazins

Provence et Midi de la France (voyez La chèvre d’or de Paul Arène), Vendée (La fosse aux lions d’Émile Baumann), Savoie (Le cœur et le sang d’Henri Bordeaux), Normandie (Devant la douleur de Léon Daudet)…

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Gongorismes bien français

D’habitude les plus matineux sont les pigeons de Jaume ; l’aube aux mains molles jongle avec eux. (Giono, Colline)

(Le chien le suit) et Gondran écoute joyeusement le grignotis des petites pattes onglées, derrière lui. (ibid.)

La note filée d’un clairon blesse, d’une vague déchirante, le lac tumultueux de sa mémoire. (Antoine Blondin, Les enfants du Bon Dieu, 1952)

La cité de leurs fronts ombrageait la fontaine
De leurs yeux
(Léon Deubel, Poèmes)

Mais les plus forts restent quand même les Hispaniques. Quelques gongorismes mexicains :

Carballo eyacula una sonrisa espesa como la esperma, como esperma mezclada de lodo. (Rubén Salazar Mallén, ¡Viva México!, 1968)

Con veloces navajas las estrellas cortan la piel de los abrevaderos. Sangra el agua. Sangra trémulos destellos (ibid.)

La mañana está echada como un perro azul en las azoteas y ladra luz. (ibid.)

Por las puertas de sus manos entra un ademán consternado. (ibid.)

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Hypothèse. Il ne peut y avoir d’ataraxie parfaite. L’esprit qui s’en approche tend à s’accuser et à souffrir d’écarts de plus en plus minimes. De plus, l’absence de tout sentiment de coulpe dans ce même esprit serait un mouvement de passion (l’orgueil) qui le ramènerait en arrière. Non la sagesse mais l’amitié pour la sagesse.

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Barrès qui s’attaque à Kant en racontant des histoires d’amour (Les Déracinés), c’est d’une hallucinante loufoquerie.

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« Son visage pur » (Léon Daudet, Le cœur et l’absence) Pur de quoi ?

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La parcimonie des descriptions empêche qu’une atmosphère s’installe. La littérature contemporaine est retournée au stade primitif. Elle ennuiera ceux qui n’ont rien vu du monde censé se trouver dans ses pages.

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Quelques licences poétiques de Corneille

Et l’énigme du sphinx fut moins obscur pour moi (Œdipe)

Énigme est ici masculin : le vers ne peut pas être corrigé car obscure, au féminin, le rallongerait d’une syllabe.

Mais je ne réponds pas que vous trouviez les Grecs
Dans la même pensée et les mêmes respects
(La conquête de la toison d’or)

Grecs est à prononcer « grès » pour le faire rimer avec respects.

Que voulez-vous, Madame, ici que je vous die ? (ibid.)

Pour rimer avec perfidie.

Je vous avouerai plus : à qui que je me donne (Sertorius)

Votre intérêt m’arrête autant comme le mien (ibid.)

Et détruit d’autant plus, que plus on le voit croître,
Ce que l’on doit d’amour aux vertus de son maître
(Othon)

Croître doit ici, pour rimer avec maître, se prononcer craître (ou maître se prononcer moître).

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L’escobarderie au fond des intellectuels catholiques militants : « Quel plus lourd fardeau que leur morale [luthérienne] » (Maritain) Opposé à une morale légère ?

« C’est une absurdité flagrante, et en même temps un lâche procédé de réduction, de traiter les hommes comme des parfaits, et la perfection à acquérir, dont la plupart restent très loin, comme constitutive de la nature même. Tel est cependant le principe de Rousseau, son perpétuel postulat. » (Maritain, Trois réformateurs)

Écoutons donc Rousseau : « Il n’y a point d’intérieur humain, si pur qu’il puisse être, qui ne recèle quelque vice odieux. » (Les Confessions)

Au temps pour le « perpétuel postulat ». Toujours l’escobarderie.

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Les comètes du nôtre [de notre siècle] ont dépeuplé les cieux. (Musset, Poésies nouvelles)

Note du commentateur : « Ce vers obscur et peut-être fautif (certains voudraient lire « conquêtes ») a suscité de multiples discussions d’érudits. » Rien de plus simple à comprendre, pourtant : la science (l’astronomie, connaissance des comètes) a étouffé la croyance aux dieux, à la divinité. Pas besoin de je ne sais quelles conquêtes, les comètes sont nécessaires à l’équilibre du vers : ce sont des objets célestes – célestes mais objets de science – qui dépeuplent les cieux, demeure traditionnelle des dieux.

Le même commentateur n’a visiblement rien compris au vers suivant, pas plus qu’à Musset en général :

Et de ce bruit honteux qui salit la pensée

où le commentateur voit, je le cite, une « allusion aux lois de septembre 1835 contre la liberté de la presse ». Que va-t-il chercher ! La liberté de la presse est certes un beau combat mais il n’y a dans ce passage aucune allusion à de telles lois, seulement à la littérature dans la lignée de Voltaire et des philosophes dénoncée par Musset tout au long de ses poèmes. Le commentateur semble chercher à faire de Musset un libéral ou – mais ce serait un aveuglement incroyable – est convaincu qu’il l’est…

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Étude : les défroqués chez les Jacobins, Hébertistes, Enragés… La liste semble longue.

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Je peux être convaincu de la valeur de la vertu sans croire à celle de la messe.

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Tant que je n’avais pas de situation, j’avais un avenir, et maintenant que j’ai une situation je ne me vois aucun avenir, il me semble que ma vie est derrière moi.

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Dans ses carnets de voyage aux États-Unis, publiés sous le titre Outre-Mer (1895), Paul Bourget insiste sur la totale absence de grivoiserie au théâtre et dans les caricatures en Amérique. Quelle différence, par la suite, avec Hollywood (‘Pre-Code Era’) !

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Strindberg ne s’est pas trompé avec son « combat des âmes » (själakamp) : même après la mort de l’homme de génie, son préfacier le traite comme une créature malsaine.

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Zola, sur son roman La Débâcle, dans Le Gaulois : « une œuvre de patriote … maintenant la nécessité de la revanche ».

Cinq ou six ans plus tard, il écrivait J’accuse.

Les antidreyfusards, du moins certains d’entre eux parmi les plus en vue, en défendant si peu discrètement la raison d’État, le châtiment même sans culpabilité, avaient perdu d’avance : même un despote absolu a de la pudeur sur ce point et voile la raison d’État derrière des motifs plus convenables.

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Pourquoi ne pas être un homme du passé ? Le passé a sa grandeur.

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Il ne suffit pas de dire « c’est un homme à femmes » : il faut dire quelles femmes.

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Rêves-contacts (1)

Hypothèse. Les intelligences extraterrestres communiquent avec nous dans nos rêves (Nýall).

1

La nuit du 12 avril 2013, j’ai rêvé que je trouvais un fragment de roche contenant une trace de vie extraterrestre, sur le modèle de l’ambre qui encapsule un moustique de la préhistoire, à ceci près que cette roche contenait un hologramme animé d’insecte, insecte d’une dimension peu ordinaire, espèce de grand cloporte. Cet objet était considéré par moi comme provenant des étoiles. À mon réveil, j’eus la pensée qu’on avait cherché à entrer en communication avec moi, qu’on cherchait à répondre à mon poème sur les intelligences extraterrestres qui est un appel au contact.

2

G.G. n’a plus répondu depuis l’envoi de mon poème sur les intelligences extraterrestres. Elle a peur d’un contact du troisième type. La plupart des gens ont peur, ou auraient peur s’ils pensaient le provoquer, d’un tel contact, car il devient évident à un nombre toujours plus grand de personnes que c’est quelque chose de possible.

3

Kant a une curieuse façon d’insister sur d’hypothétiques êtres non humains extraterrestres doués de raison, pour dire qu’ils sont comme nous soumis à la loi morale.

4

Nuit du 4 mai 2013. De l’existence des géants sur terre avant l’homme. C’était une époque où l’alternance des saisons s’accompagnait de phénomènes climatiques beaucoup plus intenses que ce n’est le cas aujourd’hui. Un désert de glace se transformait ainsi en quelques jours en océan plein de vie, donnant lieu à des scènes de cataclysme. Pour que la vie soit possible, il fallait une constitution physique prodigieuse. C’est sur ce seul point que Schopenhauer conteste la théorie de Darwin. Le philosophe rappelle par ailleurs qu’Averroès a vécu à Nîmes et que lui-même loge dans une chambre aux fenêtres en « papier gâché ». Sa révélation sur les géants provoque chez moi une grande exaltation, et je plane au-dessus d’un monde préhistorique qui est le monde, d’abord une mer la nuit, puis une terre d’une grande beauté, couverte de forêts et dorée par les premiers rayons de l’aube, entendant une voix qui m’exhorte à en déchiffrer les mystères.

5

Nuit du 7 mai 2013. Sur une autre planète, je suis conduit, comme prisonnier, dans une arène naturelle entre des rochers escarpés dont les flancs, derrière des grillages, servent de gradins au public. Le combat doit être un combat psychique. Chaque combattant a les pieds fixés sur un billot. Je suis ainsi un gladiateur psychique pour le plaisir de cette population extraterrestre. Or j’apprends que j’ai toutes mes chances car les humains sont considérés comme ayant un grand pouvoir psychique.

Exilé sur une autre planète, je suis transformé en figurine de pain. Je retrouve espoir en voyant un jour mon reflet sur une pièce polie de tuyauterie, car je me vois tel qu’en moi-même, et j’acquiers alors la certitude que je saurai reconduire tous ceux qui comme moi ont été transformés en pantins divers et variés, chez eux, où chacun retrouvera son vrai moi.

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Les progrès de la science semblent avoir pour conséquence de toujours plus établir l’homme dans la nature, au détriment de sa réalité nouménale, en même temps que le régime démocratique qui a toujours assuré favoriser ce progrès lui oppose toujours l’obstacle du libre-arbitre de l’homme, dont on ne sait d’où il le tire s’il ne le rapporte à une liberté de la volonté indépendante de la nature.

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Schopenhauer réfute les antinomies kantiennes en disant que quelque chose de réel (Wirkliches) ne peut en même temps être et ne pas être. Or les (deux premières) antinomies portent sur le temps et l’espace : ce sont des formes a priori qui ne disent rien du réel en tant que tel.

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Les vortex cosmiques en philosophie (Wirbel, δίνη) : Empédocle, Démocrite, Laplace, Kant (dans Geschichte der Philosophie de Schopenhauer). J’ajoute, dans l’histoire des sciences et des idées sinon dans celle de la philosophie : Swedenborg (jeune) et Hans Hörbiger (Welteislehre).

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« Le soleil tourne autour du monde [de la terre] » (Rousseau, L’Émile) : le soleil suivrait un cercle dont le centre est au cœur de la terre. Et il a existé un état de nature où les hommes vivaient solitairement.

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« L’aveugle mécanisme de la matière mue fortuitement » ne peut conduire à l’harmonie du monde, affirme Rousseau, dans sa réfutation du matérialisme, à la suite de considérations sur les « jets » de Diderot par lesquels, selon ce dernier, s’est ordonné le chaos primordial (jets au sens probabiliste de combinaisons). Or, si le monde est volonté et représentation (Wille und Vorstellung), ces essais combinatoires de la matière en mouvement n’ont pas eu lieu réellement.

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Les langues tonales comme le thaï (où l’intonation sert à distinguer les mots entre eux) ont besoin de recourir à des expressions langagières pour exprimer les nuances émotionnelles que les autres langues expriment par des intonations. Par exemple, เสียเลย sia-lei « exprime le soulagement ».

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Selon Schopenhauer (Parerga und Paralipomena), les vérités du christianisme le distinguent du paganisme gréco-romain (à peine métaphysique) et le rapprochent du brahmanisme et du bouddhisme. D’ailleurs, le nouveau testament doit être d’origine indienne. Pendant la fuite en Égypte (Matthieu 2:13-15), Jésus fut initié par des prêtres égyptiens à leur religion, qui était d’origine indienne. Il aurait plus tard accompli des prodiges « au moyen de l’influence métaphysique de la volonté » (mittelst des metaphysischen Einflusses des Willens).

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Schopenhauer confirme mon objection à Max Weber sur les protestants « virtuoses de l’ascèse », en signalant, avant même que se soit exprimé Weber, qui aurait bien fait de lire son compatriote, que le protestantisme a rejeté le célibat et l’« ascèse authentique » (die eigentliche Askese).

Je rappelle la chronologie des faits :

1/ Schopenhauer dit que le protestantisme a rejeté l’ascèse authentique ;

2/ Max Weber écrit que les protestants sont des virtuoses de l’ascèse ;

3/ Je lis Weber et trouve que son idée n’a aucun sens, bien que ce soit une idée reçue autour de moi ;

4/ Je prends connaissance de 1/ et me félicite de n’avoir pas cédé aux tenants de l’idée reçue, car à présent nous sommes deux pour la combattre.

[Comme témoignage de 3/ voyez mon essai La théorie de l’agir communicationnel de Jürgen Habermas, de 1998, au chapitre 1A « Rationalisation et modernisation chez Max Weber » (ici). Habermas reprend à son compte l’idée de Weber sans discussion.]

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Avec Heidegger méditant sur la chose en soi kantienne, on approche dangereusement de la « pensée Tetris » (Tetris thinking) : comme les tétraminos, les pensées s’annulent et disparaissent en se combinant. Exemple : la chose en soi est un néant car elle n’est pas un étant : « Par néant, nous entendons ce qui n’est pas un étant mais est tout de même quelque chose. » (Kant et le problème de la métaphysique)

Je ne condamne pas d’emblée la pensée Tetris : c’est peut-être l’usage de la pensée le plus rationnel chez l’homme. Le flux constant de pensées-tétraminos en mode psychique par défaut nous contraint à une activité permanente de dégagement.

Tetris (source: giphy.com)

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Quand une dangereuse bête sauvage s’affaire dans vos provisions, vous n’êtes pas assez fou pour faire le moindre geste et risquer de provoquer une attaque de sa part. Vous l’observez de biais, pétrifié. Mais si elle lève les yeux sur vous ?