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De la versification 2

Le présent billet fait suite à Versification française : Prolégomènes (x). Dans la mesure où je n’entre pas encore ici dans un exposé méthodique des règles de la versification, on peut considérer qu’il s’agit de prolégomènes à nouveau. Cependant, le lecteur qui n’aurait pas une connaissance générale des principes de la versification aura peut-être du mal à suivre, car il s’agit de la présentation critique, sur quelques points particuliers, d’une brochure présentant ces règles ; dès lors que j’aborde des points particuliers, il est à craindre que le défaut de familiarité avec les principes généraux rende cette lecture difficile.

Je tiens cependant à rédiger cette note préalablement à des travaux plus pédagogiques (au cas où je déciderais un jour de m’atteler à cette tâche) afin d’appeler l’attention des poètes souhaitant se familiariser avec la versification française sur certaines erreurs, imprécisions et confusions que j’ai trouvées dans cette brochure, dans la lignée de mon précédent essai, où je dénonce entre autres choses une fâcheuse erreur de présentation et, semble-t-il, d’interprétation relativement aux allitérations et assonances, de la part de personnes dont les qualifications sont a priori au-dessus de tout soupçon (en gros, des professeurs de lettres).

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La brochure dont je veux parler, pour commencer n’a pas de titre. Il s’agit de feuillets imprimés que m’a remis il y a une dizaine d’années une poétesse qui s’occupait à l’époque d’une revue appelée Les Céphéides ainsi que d’un prix de poésie Maurice Rollinat. Cette brochure de seize pages est en deux parties : « Du vers » (pp.1-14) et « Des formes fixes » (pp.15-6, visiblement incomplète puisqu’elle ne parle que du sonnet). Je ne trouve aucun nom d’auteur.

L’auteur anonyme résume, c’est assez clair, le point de vue du poète Martin-Saint-René (pseudonyme de Gustave Lucien René Martin, 1888-1973), nommé à de multiples reprises. Martin-Saint-René est l’auteur d’un traité de versification –non cité par notre auteur anonyme– sous le titre assez pompeux† de Précis de poésie pour servir à la composition rationnelle des vers, qui serait de 1932 (réédité en 1953). C’est vraisemblablement ce précis que suit la brochure anonyme.

Cet auteur anonyme indique d’ailleurs formellement suivre l’œuvre de Martin-Saint-René. Il écrit en effet, p. 11, à la section « De la diphtongue » : « Voici les tableaux, merveilleusement clairs, établis par Martin Saint-René et que sa dévouée secrétaire et exécutrice testamentaire Louise Chassagne m’a autorisée à faire paraître, puisque je poursuis sa tâche. »

Il convient que je cite mes propres sources avant d’aller plus loin car mon point de vue s’appuie sur elles quand il diffère de celui de l’auteur anonyme et/ou de Martin-Saint-René (que j’abrégerai à présent en MSR).

Ces sources sont au nombre de deux : (1) L’art des vers d’Auguste Dorchain (1857-1930), 2e édition, sans date (il semble, après une rapide recherche, que la 1ère édition date de 1905 et celle-ci de 1920), et (2) Le Dictionnaire des rimes, précédé d’un Traité de versification française, de Louis Cayotte, de 1913. Le traité de Cayotte fait 38 pages. Comme la plaquette tirée de MSR, c’est donc un vade-mecum pratique, tandis que le livre de Dorchain, de plus de 400 pages, est en quelque sorte un traité scientifique (ce sont les réflexions d’un poète sur son art).

Les trois auteurs cités sont tous des représentants du classicisme le plus exact, et il convient ici d’ouvrir une parenthèse. Parmi les grands noms de la poésie française, certains, comme Aragon, écrivaient encore en vers dans les années soixante (voyez par exemple les poèmes du Fou d’Elsa, 1963). Le plus souvent, ces œuvres ne suivent cependant plus le corpus des règles dites classiques mais un mélange de ces dernières et d’innovations, quant aux rimes, au compte des syllabes, etc. C’est ce qu’on appelle aujourd’hui le genre « néo-classique » bien que ce dernier se caractérise en fait principalement par l’idiosyncrasie, chacun y allant de sa façon de versifier (quand il serait tellement plus simple, et sans doute de meilleur goût, dans ces conditions, d’écrire des vers libres). Les règles néo-classiques suivies par nos poètes célèbres sont néanmoins celles, à peu près, qu’a rappelées Aragon dans l’essai La rime en 1940 (dans le recueil Le Crève-cœur) et concernent en particulier la distinction des rimes féminines et masculines, à la suite des remarques de Guillaume Apollinaire à ce sujet. – Je reviendrai, Deo volente, sur cet essai d’Aragon dans un autre billet.

D’autres poètes encore, tels que Robert Sabatier, ont continué d’écrire des vers classiques mais sans rimes, des « vers blancs » (voyez par exemple Icare et autres poèmes, 1976). Comme ces vers sont en outre insérés dans des strophes régulières, on a au premier regard une poésie tout ce qu’il y a de classique. Où manque cependant l’élément le plus déterminant. Si certains de ces vers sont très beaux, l’intérêt d’une telle démarche n’est toutefois guère évident. Y a-t-il rien qui puisse donner le sentiment de la décadence littéraire comme cette imitation sur le mode inférieur, tout comme l’architecture de l’Égypte ancienne, contrainte, aux basses époques tardives, d’imiter en dégradé la technique des anciens que l’on n’arrivait plus à reproduire ? Je crois sincèrement que le vers libre est préférable à toutes ces imitations où la plupart des prétendues innovations vont dans le sens de la facilité : chez Sabatier et ceux qui l’auraient suivi (s’il y en a), on continue de compter les syllabes mais on ne rime plus, chez d’autres, comme Aragon, on continue d’écrire des alexandrins mais on ne respecte plus la césure à l’hémistiche, etc. Au moins le vers libre peut-il passer pour un choix délibéré, conscient, raisonné contre la prosodie et donc se défendre par-là d’être une forme de décadence, se revendiquant au contraire d’un renouvellement. Autant je fais crédit à cette démarche, autant les divers compromis « néo-classiques » m’inspirent le plus grand scepticisme.

D’un autre côté, les théoriciens de l’art classique ne sont pas non plus toujours modérés††, et il existe une réelle tendance à vouloir enserrer la versification dans des contraintes toujours plus grandes. Alfred de Musset s’opposait déjà à l’enrichissement imposé de la rime, par exemple, et je l’approuve, en particulier parce que c’était un pas vers ce qu’Apollinaire et d’autres critiquaient en introduisant des innovations « néo-classiques », à savoir que plus la jauge de la richesse d’une rime est haute plus on restreint le nombre de mots pouvant rimer entre eux et donc plus on va vers un état de la poésie où les mêmes mots riment ensemble. (C’est déjà une admission assez pénible, pour un poète classique, que lorsque Lamartine emploie le mot « cieux » à la rime, il y a de bonnes chances –je n’ai pas fait le calcul mais un logiciel le pourrait facilement– qu’on trouve des « yeux » au vers suivant.)

Je pose en principe (de ma propre pratique poétique) que la poésie classique a historiquement atteint son équilibre et qu’elle ne peut plus évoluer dans un sens ou dans un autre, ni vers moins ni vers plus de contraintes, si ce n’est marginalement, sans dégénérer. Ce point d’équilibre est représenté par Victor Hugo, dont les « révolutions » sont à vrai dire, du point de vue contemporain ignorant de la technique prosodique, totalement imperceptibles, car elles ne portent que sur (1) une plus grande souplesse dans la césure de l’alexandrin, qui reste cependant toujours à l’hémistiche, et (2) une plus grande souplesse dans l’enjambement (d’un vers à l’autre, par un retour à ce que permettait la prosodie française avant Malherbe).

S’agissant de (1), je souscris ; s’agissant de (2), tout en souscrivant, je ne peux m’empêcher de constater qu’elle entraîne des effets choquants dans la scansion. (En réalité, c’est le cas de [1] également et je ne suis donc pas très cohérent, mais les effets choquants de [1] me paraissent moins critiquables, car bien moins choquants, que ceux de [2]). Peut-être faudra-t-il admettre un jour que le point d’équilibre était atteint, en réalité, chez Malherbe, Boileau, Racine, que les révolutions, imperceptibles pour le commun, du père Hugo sapaient le vers en attaquant la scansion, et qu’après lui la versification classique ne pouvait par conséquent, à terme, que s’écrouler ?†††

Les grands versificateur ultérieurs, Baudelaire, Verlaine, Rimbaud…, qui ont révolutionné la poésie à leur manière, n’ont cependant produit aucune innovation dans la prosodie elle-même (voyez néanmoins les remarques à 1/ infra sur les vers impairs). Leurs effets les plus novateurs sur le plan formel sont dans la continuité des innovations (1) et (2) introduites par Hugo. Puis vinrent les innovations d’Apollinaire déjà évoquées et nous entrons alors dans une nouvelle ère que l’on peut qualifier de crépuscule de la poésie classique. Mais, comme Hugo en son temps, Apollinaire cherchait à remédier à des problèmes au sein de la forme, sans considérer que la forme elle-même avait fait son temps. Cependant, et c’est un point que je discuterai en examinant l’essai précité d’Aragon, on peut critiquer ce point de vue lui-même, tout comme on pouvait critiquer celui de Hugo, dans les innovations duquel pourrait être décelée la cause première de la décadence ultérieure. Certes, il m’en coûte d’écrire cela, puisque je suis, au plan formel, la versification « hugolienne » dans ma propre activité. D’autre part, la poésie classique est devenue secondaire dans toutes les littératures occidentales et l’évolution ne peut donc guère être imputée à tel ou tel auteur – si ce n’est par l’influence prédominante de la littérature française sur nombre de littératures européennes encore à l’époque.

Toujours est-il que telle est la poésie que nous appelons ici classique, non celle de Malherbe et Boileau (qui l’est, indéniablement, à un stade de ses conventions plus ancien) mais celle de Hugo et de toute la période qui va de ce dernier à Apollinaire ou à tous ceux qui n’ont ni suivi les innovations d’Apollinaire ni choisi le vers libre, et qui ont disparu de ce qui s’appelle le monde littéraire qui compte.

†Je dis que ce titre est pompeux car personne n’ambitionne d’écrire des vers « rationnellement » et la formule est donc malheureuse. Il me paraît toutefois évident qu’elle se veut la traduction d’une pensée que je partage, à savoir que les règles de la versification reflètent une connaissance rationnelle empirique d’un ensemble de lois esthétiques orientée vers la production d’un effet maximal. Ces lois relèvent de domaines multiples, à commencer par la physiologie (la physiologie des sens). Le vers est né dans la culture orale, où il représentait la seule technique de communication. Que cette technique particulière ait été supplantée par bien d’autres depuis lors n’empêche pas qu’elle reste puissante dans son domaine. Je ne suis pas le seul à vouloir écrire des vers après avoir ressenti l’effet profond que les vers produisent.

††Pour le public, ces gens n’existent pas. Et pourtant. J’ai nommé plus haut une revue, qui se présentait comme l’organe d’un Conservatoire de la poésie classique française, et j’ai moi-même contribué pendant plusieurs années à la revue de poésie Florilège, où le vers classique occupe une place importante. Malheureusement, la qualité de cette production contemporaine me laisse dans l’ensemble très sceptique. Le présent essai n’est pas tant un appel à lire ce qui s’écrit en poésie classique aujourd’hui, car je craindrais beaucoup de déception de la part du lecteur, qu’une invitation à en écrire soi-même, en espérant que des poètes dignes des grands noms sauront se distinguer.

†††Hugo ne se serait jamais permis d’écrire un alexandrin où la césure médiane tombât au milieu d’un mot (et je ne sais qui peut être considéré comme l’introducteur de cette « innovation », laquelle, pour le coup, me paraît être l’une des plus propres à faire parler de décadence, compte tenu de l’impossibilité totale où de tels vers mettent le lecteur de scander). Avec un peu d’exagération (car le problème résidait principalement dans des principes de la dramaturgie que je ne discute pas ici), on peut dire que la fameuse bataille d’Hernani, nouvelle bataille entre les anciens et les modernes, portait sur un enjambement. L’effet d’un enjambement paradoxal (« l’escalier / Dérobé ») peut être en soi comique, bien que ce ne soit pas l’effet recherché ; or, ce qui est comique sans le vouloir doit-il être porté au crédit de l’auteur ou à son débit ? Les défenseurs de Victor Hugo disaient à son crédit car ils prétendaient avec leur champion que les règles de l’enjambement, trop rigides, devaient être assouplies. Les détracteurs de cette incongruité burlesque n’auraient-ils pas dû se contenter d’en rire ? Las ! comment le pouvaient-ils, voyant que l’on en faisait un argument ? Or de tels enjambements tirés par les cheveux doivent nécessairement rendre le travail des acteurs plus difficile et forcer leur diction de textes versifiés vers celle d’une pure et simple prose, ce qui n’a pas manqué de se produire avec le temps. Cayotte défend ainsi l’enjambement : « Il est devenu très fréquent avec la réforme romantique et d’autant plus fréquent que la rime plus riche rendait plus sensible le rythme du vers. » (p.XXIII) L’enrichissement de la rime évoqué plus haut, vu comme un progrès, aurait donc servi à déliter la structure du vers par un autre côté. Le vers malherbien est le seul qui permette à l’acteur (ou au lecteur de vive voix) de rendre la versification avec le plein effet que ses règles ont pour but de produire. Dès lors que l’on acceptait les enjambements paradoxaux avec les gilets rouges de la bataille d’Hernani, on rendait futile le fait d’écrire des pièces en vers. L’histoire a donc donné raison aux « anciens » dans cette bataille. Le drame romantique est une figure paradoxale et transitoire entre le drame classique et le théâtre en prose. Les « anciens » le savaient, les « modernes » étaient aveugles.

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Voyons à présent ce que l’auteur anonyme de la plaquette nous dit au sujet de l’art des vers.

En puisant dans Martin-Saint-René, notre auteur énonce des incongruités dont il ne paraît pas conscient. C’est ce genre de choses que nous entendons pointer du doigt car elles sont de nature à donner une image erronée de la versification à ceux qui voudraient la pratiquer.

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1/ L’impair

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Prétendre qu’« [i]l n’y a pas de vers de 9 ou 11 pieds, en prosodie régulière ils sont en dehors du rythme » (p.1), alors que le Français moyennement cultivé a vaguement entendu dire que ces vers sont la spécialité de Verlaine (« l’impair »), ressemble beaucoup à de l’outrecuidance, car Verlaine passe pour un excellent versificateur. Son intérêt pour les vers impairs, qui ne me paraît ni blâmable ni particulièrement recommandable, avait sans doute, né d’une lassitude des formes plus communes, un petit côté provocateur à l’époque, mais lâcher une telle phrase comme si Verlaine n’avait jamais existé, c’est quelque chose.

Cayotte est bien plus pondéré et, selon moi, dans le vrai : « Le vers de neuf syllabes, ou ennéasyllabe, fut peu employé jusqu’à la seconde moitié du XXe siècle, sauf dans la déclamation musicale, chansons ou opéras. La recherche de formes neuves ou rénovées amena les poètes, postérieurs à Théodore de Banville et à Paul Verlaine, à étudier les conditions d’équilibre de ce mètre impair. » (p.IV) & « Le vers de onze syllabes ou endécasyllabe, comme le vers de neuf, n’a été usité d’une façon courante que dans la seconde moitié du XIXe siècle, et surtout depuis Paul Verlaine qui, dans son Art poétique, conseilla de préférer l’impair à tous les autres mètres. » (p.V)

Il faut croire que MSR ne goûtait pas, mais vraiment pas du tout, l’Art poétique de Verlaine, cependant c’est là une opinion hétérodoxe et il eût par conséquent été bienvenu, en la citant, d’en présenter les raisons ; sans cela, on cherche à faire passer clandestinement une hétérodoxie (qui peut au demeurant ne pas être sans mérite) pour un point de vue établi. En l’occurrence, je suis frustré de ne pas connaître les raisons de MSR car elles ont pour elles un certain sens commun poétique dans la mesure où ces vers n’étaient guère usités avant Verlaine, qui cherchait du neuf.

Ce sens commun hypothétique a cependant des limites car il ne porte que sur les vers de 9 et 11 syllabes et non sur tous les vers impairs, Cayotte rappelant, au sujet du « vers de sept syllabes, ou eptasyllabe (sic : plus souvent, heptasyllabe) » que « La Fontaine l’employa beaucoup ». Que les vers de 9 et 11 vers soient « en dehors du rythme » alors que les vers de 7 syllabes seraient quant à eux « dans le rythme », me rend très douteuses les raisons sous-jacentes à l’affirmation elle-même. La raison principale en est sans doute qu’il faut une césure dans ces vers impairs plus longs et que la césure d’un vers impair ne peut couper le vers en deux parties égales, par définition. Une fois qu’on a dit cela, il reste à dire pourquoi ce serait « en dehors du rythme ». (Je montre sans doute là mon défaut de connaissances en matière d’écriture musicale, alors que je soupçonne MSR de vouloir raisonner à partir de ce genre de connaissances ; je ne peux donc dire si, pour lui, loin d’être un équivalent de la technique du contretemps, laquelle resterait dans les limites du classique musical, ces vers impairs longs nous font basculer vers l’équivalent de l’atonalité musicale, plus du tout classique.)

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2/ L’e muet des verbes au pluriel

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« Les mots terminés par un E muet qui se trouvent être au pluriel comme : joiespatriesoiesnouent, sont absolument interdits dans le vers et ne peuvent être utilisés qu’à la rime. Il en est de même pour les verbes à la troisième personne du pluriel, où l’ent fait suite à une voyelle sonore, à tous les temps, sauf à l’imparfait et au conditionnel. » (p.3)

Dans le membre de phrase « à tous les temps, sauf à l’imparfait et au conditionnel », c’est « sauf à l’imparfait et au conditionnel » qui devrait être souligné, puisque l’exception, considérable en soi, fait que la règle ne s’applique en fait qu’au présent et au présent du subjonctif, les quatre temps en question étant les seuls où le cas de figure puisse se présenter (si je ne m’abuse). Pour le verbe nouer, on ne trouve au pluriel un e muet qu’au présent (ils nouent), au présent du subjonctif (qu’ils nouent), à l’imparfait (ils nouaient) et au conditionnel (ils noueraient). Nous avons par conséquent une règle qui ne peut s’appliquer qu’à deux temps, puisqu’à l’imparfait et au conditionnel, par convention, elle ne s’applique pas et qu’à tous les autres temps elle ne peut pas trouver à s’appliquer.

Dès lors la question se pose de savoir s’il convient de garder ce traitement exceptionnel pour le présent de l’indicatif et le présent du subjonctif. Certes, la règle découle du fait que l’e muet final ne peut s’élider quand le mot est terminé par une marque du pluriel, mais puisqu’une exception est permise pour certains temps je serais enclin à étendre l’exception aux deux présents également, c’est-à-dire à tous les verbes conjugués, car je ne vois pas en quoi « ils voyaient » et « ils voient » appellent un traitement différent. Autrement dit, il me semble, pour qu’une exception soit cohérente en la matière, qu’elle concerne tous les e muets suivis de la marque du pluriel en -nt.

En p.7, l’auteur rappelle que les verbes à l’imparfait et au conditionnel font des rimes masculines, à savoir, « elles nouaient » est une rime masculine parce qu’« elle nouait » est une rime masculine. A contrario, « ils nouent » est une rime féminine, tout comme « il noue ». Mais ce point, qui établit une différence entre des temps au point de vue de la rime, n’implique pas une différence au plan qui nous occupe ici.

On trouve dans Lamartine « Beaux enfants de la nuit, que vos yeux soient ouverts ! » (La chute d’un ange). Je note également ce vers de Charles Coran, un contributeur du Parnasse contemporain : « Ô le triste climat, maudits soient les hivers ! »

En p.7 encore, l’auteur explique que « quelques verbes au présent suivent la même règle » que les verbes à l’imparfait, à savoir : comme « il fuit » est masculin, « ils fuient » est masculin et peut donc figurer tel quel à l’intérieur d’un vers. Par conséquent, dans l’exemple que j’ai pris, « ils voient » est également permis. Cependant, et cela devient comique, cette permission ne s’étend pas au présent du subjonctif ! Car le singulier d’un tel verbe au subjonctif étant « qu’il fuie », son pluriel au subjonctif « qu’ils fuient » ne peut se voir appliquer la même règle ! L’auteur précise : « Bien entendu, la même forme n’a pas le même caractère au subjonctif où elle n’a pas la même exacte prononciation ». Il fallait oser : « fuient » indicatif n’a pas la même prononciation que « fuient » subjonctif††††. Ou plutôt « la même exacte » prononciation, c’est-à-dire la même prononciation, oui peut-être, mais pas la même exactement…

Ces subtilités ne sauvent pas, on le comprend, le vers de Lamartine cité plus haut puisqu’il s’agit là de toute façon d’un subjonctif. Or ce vers est tout de même sauvé, par la remarque suivante : « Pour soient (subjonctif du verbe être), l’ent a le même caractère de marque du pluriel qu’à l’imparfait du verbe (la conjugaison indique l’absence d’E muet : que je sois, que tu sois, qu’il soit). » (p.7)

L’excessive subtilité de ces règles plaide pour une simplification. (J’appelle l’attention du lecteur sur le fait qu’être subtil n’est pas toujours une qualité : voyez ce que dit Kant de la philosophie scolastique, caractérisée par sa subtilité [Subtilität].)

††††J’imagine qu’on puisse trouver une sorte de différence d’inflexion entre « ils fuient » et « qu’ils fuient » : qu’en est-il de la phrase « au cours de l’attaque ils fuient », ce « qu’ils fuient » indicatif est-il encore différent d’un « qu’ils fuient » subjonctif ? Même si c’était le cas, même si l’on ne pouvait jamais rendre la prononciation pour l’un et l’autre temps parfaitement identiques en toute rigueur, je gage que personne ne fait la différence en dehors de quelques cercles qui prennent peut-être trop au pied de la lettre certaines conclusions de linguistique. Quand des individus sont les seuls à entendre des voix, le plus souvent ce n’est pas une cause d’admiration. Mais surtout, pourquoi une simple différence d’inflexion devrait-elle avoir des conséquences dans un problème qui relève du compte des syllabes ?

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3/ L’hiatus

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« La règle est absolue : on ne peut accepter aucun hiatus en poésie. » (p.4)

L’auteur précise cependant que la règle ne s’applique qu’entre deux mots et pas à l’intérieur d’un même mot (comme « consensu-el »), avec une justification plutôt hermétique : « La rencontre de deux voyelles à l’intérieur d’un même mot : la diphtongue, est une liaison de sons coulés dans une même émission de voix, et est différente. Seuls font hiatus la rencontre de deux mots différents, en deux émissions de voix. » (p.4)

Je ne vois pas bien ce qu’est une « émission de voix », ici, puisque la voix, pour être quelque chose, doit forcément s’émettre, mais il est certain que la règle de l’hiatus ne peut s’appliquer à l’intérieur d’un même mot sauf à exclure par-là de la poésie un grand nombre de mots.

J’ajoute que la règle n’est pas non plus suivie pour certaines expressions, qui pourraient d’ailleurs être décrites comme « une liaison de sons coulés dans une même émission de voix », telles que : « çà et là », « peu à peu », « un à un »… Par exemple, dans Baudelaire : « Traversé çà et là par de brillants soleils » (Les Fleurs du mal).

Je trouve par ailleurs dans Hugo : « Sur le sommet du Pinde on dansait Ça ira » (Les Contemplations). Hugo a sans doute considéré le refrain sans-culotte « Ça ira » comme une seule et même « émission de voix », lui qui changea pourtant, comme l’indique Dorchain, un « là aussi » qui ne choque guère l’oreille en un « aussi là » rendant le vers illisible.

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4/ La consonne d’appui

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« Le manque de mots pour certaines rimes ne permet pas toujours de suivre cette règle [la consonne d’appui pour la rime] qu’on doit cependant respecter, chaque fois qu’on le peut. » (p.5)

Cette injonction est maladroite. Le principe est en réalité le suivant : même sans consonne d’appui, une rime est suffisante si le nombre de mots d’une langue pouvant rimer entre eux avec ce son est relativement faible. Une rime cothurne-diurne est amplement suffisante, sans que le poète se sente obligé d’employer le mot « taciturne » à la place de « diurne » (et la rime cothurne-taciturne peut quant à elle être considérée comme riche).

Et si je voulais trouver une rime avec « Mab, urne », il existe bien le mot « burne » qui me permettrait de respecter la règle de la consonne d’appui, mais la question est plutôt : est-ce que je le dois ? et la réponse est non.

Enfin, je refuse de pinailler quand la consonne d’appui manque même pour les sons plus communs, en particulier dans des pièces un peu longues. C’est le bon sens même. Certes, un sonnet gagne beaucoup à des rimes riches, mais dans des poèmes plus étendus ce serait un exercice de virtuosité qui pourrait y compris brouiller l’effet du poème, ainsi que le fait remarquer Dorchain, pour qui le pittoresque peut appeler un rythme soutenu de rimes riches, des pièces plus intimistes nullement.

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5/ La rime seulement auriculaire

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« [I]l faut bannir les rimes inexactes comme Toi et ToitLuit et LuiNuit et ennui » (p.6)

Le faut-il, après Baudelaire : « Il rêve d’échafauds en fumant son houka. / Tu le connais, lecteur, ce monstre délicat » (Les Fleurs du mal) ?

Personnellement, je n’adopte pas cette liberté de Baudelaire, sauf au pluriel, dont la marque annule la contrainte d’équivalence des consonnes muettes (d avec t etc.) : au pluriel, toutes les lettres muettes sont équivalentes. Je crois tirer ce principe de Dorchain ou de Cayotte ; je l’ajouterai en commentaire à ce billet si je retrouve le passage. Cela me paraît découler du principe même de la rime visuelle : la marque du pluriel dans les deux cas suffit à rendre la rime visuelle.

Encore une fois, notre auteur anonyme est un peu trop péremptoirement impératif, contre l’usage même des plus grands classiques pré-apollinariens. Baudelaire fait également beaucoup rimer le mot « sang » avec des participes présents en -ssant. Dès lors, la règle « il faut bannir… » demande d’abord, avant d’être suivie aveuglément, à être justifiée, si elle doit l’être, contre des exemples répétés de notre littérature.

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6/ La femme a-t-elle une âme ?

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« Le mot femme rime avec les mots en ame. Les mots en âme avec un accent circonflexe, ne riment pas avec ceux qui n’en ont pas, comme d’ailleurs couronne et trône ou homme et fantôme. » (p.6)

À ce stade, je pense qu’il est superflu de souligner que la rime femme-âme est fréquente. Cependant, au crédit de notre auteur, c’est un reproche que l’on faisait déjà à Voltaire.

Or le raisonnement de l’auteur est mauvais. Certes, l’o d’homme n’est pas le même que celui de fantôme, mais l’o de fantôme est le même que celui de chrome qui n’a pourtant pas d’accent circonflexe. Il ne s’agit nullement d’une question de graphie, et, pour ce qui est du son, j’avoue n’entendre aucune différence entre l’a de femme et celui d’âme.

Certes, je ne suis pas le meilleur juge en la matière puisque j’ai fait un jour rimer parfum et fin. Mon grand-père Cayla (paix à son âme), qui lut ces vers, appela mon attention sur le fait que le son n’était pas identique dans les deux mots. En exagérant beaucoup, sans doute, la prononciation, il me fit entendre une vague différence ; je changeai donc mon poème et n’utilise plus cette rime, sans pour autant être capable de prononcer des sons différents pour ces mots, sauf à produire un effet comique. (En l’absence de différence sensible, les consonnes muettes m et n étant équivalentes, la rime est correcte.)

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7/ De la variété linguistique d’un couple de mots à la rime

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« Il faut essayer (ce n’est pas toujours facile, et ce n’est qu’une indication) de ne pas faire rimer deux noms, deux adjectifs, deux adverbes – en somme, chercher la variété et fuir la monotonie. C’est là que le chant intérieur et le travail de la composition jouent. » (p.6)

Cette fois l’auteur mitige l’impératif : « ce n’est qu’une indication ». Il n’y a toutefois qu’à se reporter au passage tiré de Boileau en p.4 pour voir ce que vaut cette indication :

Ayez pour la cadence une oreille sévère :
Que toujours dans vos vers le sens coupant les mots,
Suspende l’hémistiche, en marque le repos.
Gardez qu’une voyelle à courir trop hâtée
Ne soit d’une voyelle en son chemin heurtée.
Il est un heureux choix de mots harmonieux,
Fuyez des mauvais sons le concours odieux :
Le vers le mieux rempli, la plus noble pensée
Ne peut plaire à l’esprit, quand l’oreille est blessée.

Sur quatre rimes, une seule suit le conseil de notre auteur, la dernière, où pensée est un nom et blessée un adjectif. Autrement, riment entre eux (1) deux noms, (2) deux participes passés et (3) deux adjectifs.

Oui, la variété est une bonne chose mais une telle indication est au fond absurde car il est très fréquent que deux noms, deux adjectifs, etc., riment ensemble, c’est même le plus fréquent ; il n’y a donc aucune raison de dire « il faut essayer de l’éviter », une balourdise. C’est si le poète constate que toutes ou la plupart de ses rimes sont des noms ou des adjectifs, etc., et qu’il a donc gravement négligé la variété, qu’il doit retravailler son poème.

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8/ Sans commentaire

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« Les rimes trop faciles et banales sont médiocres, comme songe et mensonge. » (p.6)

Ici l’auteur atteint au monomaniaque. Dire qu’une telle rime est médiocre en soi, c’est complètement insensé. Il est au contraire évident que cette rime peut permettre d’excellents vers ; cela n’a rien à voir avec la rime elle-même, qui sera bonne si le poète est bon, médiocre s’il est médiocre.

J’insiste pour bien montrer à quel point le raisonnement est vicieux. Après avoir dit en 4/ qu’il fallait une consonne d’appui à la rime « chaque fois qu’on le peut », à présent l’auteur prétend interdire l’usage de songe et mensonge à la rime car, en dehors d’un improbable axonge (« graisse de porc fondue, utilisée comme excipient pour des préparations dermatologiques »), il n’existe pas d’autre rime avec cette consonne d’appui (du moins dans le Cayotte, même si parmi les quelque 36 000 communes de France on doit pouvoir trouver un nom qui convienne, et le poète n’aurait alors plus qu’à transporter son poème dans cette commune). Certes, un poète qui voudrait utiliser une consonne d’appui chaque fois qu’il le peut, même pour -onge (qui ne compte que dix-huit choix possibles dans le dictionnaire des rimes de Cayotte) n’aurait d’autre alternative, s’il écrit un vers se terminant par songe (mensonge), que de faire terminer le suivant par mensonge (songe). Dans ce cas, la rime devient en effet banale puisqu’on ne peut lire l’un de ces mots à la rime sans attendre l’autre, mais c’est là le résultat d’une règle (la consonne d’appui) elle-même exorbitante dans de nombreux cas et en particulier pour les mots à la terminaison relativement rare, comme ceux en -onge.

Enfin, il n’y a pas de rimes faciles ou difficiles ; je peux très bien utiliser le premier mot qui me vienne et écrire quelque chose d’excellent, comme je peux le faire et écrire quelque chose de mauvais.

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9/ Le cas des rimes embrassées

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« Au cours d’un poème, jamais une rime masculine ne doit être suivie d’une rime masculine différente (ou une rime féminine d’une rime féminine différente). Beaucoup de poètes débutants font la faute en commençant un quatrain par une rime du même genre que celle qui a terminé le quatrain précédent. » (p.8)

Ceci est démenti par la structure des deux quatrains d’un sonnet, qui reste cependant exceptionnelle. J’ai publié un certain nombre de poèmes où des quatrains à rimes embrassées suivent le modèle du sonnet et sont donc fautifs de ce point de vue, mais je revendique l’exemple de Baudelaire, dont le poème liminaire des Fleurs du mal, Au lecteur, est lui-même ainsi construit :

La sottise, l’erreur, le péché, la lésine,
Occupent nos esprits et travaillent nos corps,
Et nous alimentons nos aimables remords,
Comme les mendiants nourrissent leur vermine.

Nos péchés sont têtus, nos repentirs sont lâches ;
Nous nous faisons payer grassement nos aveux,
Et nous rentrons gaiement dans le chemin bourbeux,
Croyant par de vils pleurs laver toutes nos taches.

&c (On notera au passage la rime lâches-taches, que notre auteur, en 6/, a prétendu prohiber, ainsi que l’absence de consonne d’appui pour aveux-bourbeux, alors que la terminaison -eux n’est pas rare en français.)

Ici le « débutant » Baudelaire fait commencer un quatrain avec une rime féminine (lâches) alors qu’il a terminé le précédent aussi par une rime féminine (vermine). Baudelaire ne réitère pas cet écart dans le recueil, mais la mise en exergue, à la place liminaire, d’un poème présentant une structure considérée comme fautive, est significative. Quoi qu’il en soit, ceux de mes poèmes que j’ai écrits ainsi se revendiquent de ce modèle : le poème Au lecteur des Fleurs du mal.

Les rimes embrassées (a-b-b-a) sont les seules susceptibles de produire une telle « infraction » et, pour cette raison, exigent une alternance d’un quatrain à l’autre : le premier commençant par une rime féminine (ou masculine), le second doit commencer par une rime masculine (ou féminine), et ainsi de suite. Cette particularité rend l’usage normal des rimes embrassées un peu plus difficile : en effet, si un poète souhaite retrancher ou déplacer un quatrain dans son poème, c’est possible sans autre formalité avec des rimes croisées mais pas avec des rimes embrassées, car le retrait d’un quatrain aux rimes embrassées rompt la règle susdite, et le poète doit donc supprimer deux quatrains successifs ou ne rien supprimer.

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Conclusion

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La lecture de cette plaquette crée un sentiment allant de la douche froide au comique. L’auteur multiplie les injonctions péremptoires au point qu’elles risquent d’en devenir paradoxales. La tendance est clairement à la virtuosité, voire aux acrobaties, sans doute au détriment du fond. L’ensemble est maladroit et ne peut être que dissuasif. J’espère avoir rendu, par cette mise au point, la versification française plus attrayante, en lui ayant rendu purement et simplement justice.

Pensées XLVI : Le Diogène de Cordoue

Le Bon Albert

Certains de mes chers lecteurs (tout ce qui est rare est cher) se sont étonnés du mode de fabrication de mes recueils de poésie, de cet authentique travail artisanal, sur papier recyclé. Ils auraient bien vu à la place de l’elzévir, des couvertures montrant des mouettes dans les nuages… Je suis quant à moi très fier du travail du Bon Albert et je veux dire ici pourquoi. J’ai vu le Bon Albert travailler dans son atelier, qui fait également office d’entrepôt et de bureau, clair-obscur, avec sa machine et ses pots de colle, ses rames de papier recyclé, tel un cordonnier idéaliste et réfractaire qui serait en même temps un notable local, un « relais d’opinion » courtisé par les politiciens. (Vous connaissez beaucoup d’éditeurs sur l’Aubrac ?) Inspiré par Giono, qui formait le vœu, avant les babas-cool, que les éditeurs s’installent à la campagne, il décida un jour, après maintes vicissitudes avec ses imprimeurs, de se lancer lui-même dans la confection des livres qu’il édite. Et c’est ainsi qu’en publiant mes vers il devint le premier éditeur de poésie pulp, et moi-même, avec des alexandrins, un poète pulp. C’est moderne, c’est l’avenir, c’est nous.

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Le Cheval et l’Écrivain

Dans le domaine des rapprochements entre le cheval et l’écriture (les deux passions de l’écrivain Nicole Lombard), je trouve dans mon dictionnaire anglais Annandale la définition du mot hack, qui se rapporte à un cheval et à un écrivain. Un hack, en effet, peut être : 1 un cheval de louage (a horse kept for hire), 2 un cheval surmené (a horse much worked), 3 une personne surmenée (a person overworked), et 4 un écrivain employé aux basses tâches et au fignolage dans la production d’un livre (a writer employed in the drudgery and details of book-making). Je ne sais pas trop ce que recouvre cette fonction du hack, mais j’entrevois que les Anglo-Saxons ont poussé loin et tôt (le dictionnaire en question est relativement ancien) l’application des techniques industrielles au livre. J’avais déjà entendu parler du « carcassier », cet écrivain anonyme chargé d’écrire les scénarios, ou « carcasses », des pièces de théâtre. Ainsi, dans la production industrielle du livre, il y aurait l’auteur à proprement parler, qui ferait je ne sais trop quoi (dès lors qu’il n’aurait pas un nègre !), le carcassier, le hack writer, d’autres fonctions peut-être dont j’ignore l’existence et le nom. Tout un monde !

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Ce que vaut Paul-Loup Sulitzer sur le Boul Mich

Me promenant sur le Boul Mich, je m’arrêtai devant la librairie Boulinier, qui avait placé des bacs de livres d’occasion sur le trottoir. Il y avait des bacs à 1€, 0,50€, 0,20€. Je me penchai quelques instants sur le bac à 20 centimes, rempli de livres en état de décomposition avancée. Parmi toutes ces ruines, je notai qu’il y en avait aussi en assez bon état, d’auteurs inconnus, et même d’autres en bon état : des livres de Paul-Loup Sulitzer. C’étaient des romans dans la collection Le Livre de Poche, maquette des années 1980-1990. Cette collection était plus colorée que les autres. La tranche avait un cartouche bicolore, souvent attrayant. D’ailleurs, les couvertures des livres de PL Sulitzer, leur graphisme, sont pour la plupart réussis. Comme il est de surcroît notoire que ce sont des nègres qui ont écrit ces livres, ce n’est sans doute pas ce qu’il y a de pire à lire. Je quittai donc ce bac à moisissures absorbé dans des méditations profondes. Si les livres de PL Sulitzer, réussis comme objets et en bon état, sans doute distrayants et peut-être même agréables à lire, qui se sont bien vendus, finissent au rebut du rebut, c’est peut-être que tout cela était immoral et choquant.

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De la rime

C’est un mouvement international, toutes les littératures européennes ont connu un même abandon de la prosodie. Si bien qu’un Sartre a pu opposer, dans Qu’est-ce que la littérature ? (1947), à la prose « composition » la poésie « désordre spontané », alors que, pendant des siècles, la poésie a représenté le plus exigeant effort de composition.

1

« Je vous remercie de m’avoir fait parvenir votre ouvrage Opales arlequines, récemment publié par les éditions du Bon Albert de nos amis de Nasbinals.Vous y faites preuve d’une remarquable et constante énergie, d’une vaste culture et d’une parfaite connaissance des règles de la versification française. Permettez-moi seulement de douter que la poésie puisse circuler dans des vers tournés sur le passé historique et mythologique. Ce qui fait appel plus directement à l’émotion des mots, au ressenti, à la pensée, à la rencontre avec les êtres, les événements contemporains, le quotidien de nos concitoyens (du monde), la beauté, le mal, la vie, la mort, etc. s’exprime d’autant mieux que les formes poétiques évoluent, sinon en avance du moins en osmose avec leur époque, ce qu’Arthur Rimbaud, René Char, Philippe Jaccottet aujourd’hui, tant d’autres ne cessent de nous rappeler. » (Lettre de Paul Badin, poète et directeur de la revue N4728, décembre 2012)

Cette « osmose » avec la présente époque va de pair – mais c’est sans doute purement fortuit – avec une indifférence assez générale de l’époque pour la production poétique, indifférence reconnue par Paul Badin lui-même, dans l’Appel de l’Union des poètes de novembre 2012 (« quasi absence dans les médias de référence », « méconnaissance générale de sa forme vivante », etc). Que nos concitoyens retrouvent leur quotidien dans la poésie contemporaine me paraît donc douteux, si c’est bien leur quotidien qu’ils recherchent dans la poésie et non un air plus pur.

2

Après que j’ai remercié Paul Badin de son envoi, celui-ci m’a réécrit pour insister plus longuement sur le fait que, selon lui, le vers régulier c’est du passé. Je me suis un peu vexé et lui ai répondu :

– que la forme classique existait toujours dans la chanson (rimes-assonances, rythme plus ou moins régulier des paroles) ;

– que la poésie (des revues) était désormais perçue comme le moindre effort de l’esprit humain, en laissant entendre que cela ne me paraissait pas tout à fait gratuit.

Il y a cette semaine (avril 2013) sur les murs du métro parisien des affiches pour un mégaconcert au Stade de France, avec plusieurs groupes de rap, dont le très célèbre IAM, et un autre dont le nom a attiré mon attention par les mots « de la rime », le groupe Psy4 (pour « psychiatre », je pense) de la rime. Il m’est revenu tout à coup que ce genre musical, dont je n’ai jamais été fan, pratique pourtant depuis toujours, non seulement la rime, mais aussi un véritable culte de la rime. Un agrégé de faribologie pourrait produire une thèse énorme sur ce passionnant sujet de la valorisation de la rime dans la culture hip-hop, avec des sous-parties sur la rime en verlan etc. Aussi, je ferais mieux d’envoyer mes recueils aux Psy4 de la rime et aux autres, avec une lettre-manifeste, plutôt qu’aux sociétés de gens de lettres ; je pense même qu’ils me répondraient, eux ! (J’ai pu constater à plusieurs reprises ce manque élémentaire de courtoisie à mon endroit.) Dans cette lettre-manifeste, je leur dirais que les poètes ont trahi leur art et que les muses ont fui vers les quartiers. Je serais une nouvelle Simone de Beauvoir, qui soutenait les Black Panthers et a même fait dans ses mémoires l’éloge du livre Soul on Ice d’Eldrige Cleaver qui, entre deux souvenirs de prison, théorise le viol militant.

3

Quel poète est l’auteur des vers suivants ?

Tends ta main pour l’allégeance
Et émigre vers ta terre,
Crie de tout ton coeur « vengeance »
Car tu ne peux plus te taire.

Nous perdons notre dignité
En vivant comme des lâches,
Nous renforçons notre unité
En combattant sans relâche. &c

Il ne s’agit ni plus ni moins que des paroles d’une chanson de l’Etat islamique, Daech, Tends ta main pour l’allégeance, disponible en ligne. Les rimes sont très riches.

4

Psy4 de la rime, Daech, Florent Boucharel : même combat !

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Le Cratès

Si je dis que je hais la société, l’insurgé m’entendra mal et voudra m’embrasser, alors que je hais tout autant sa société que celle de n’importe qui d’autre. Or je ne peux pas dire que je hais la société de mes semblables, car où sont mes semblables ? Je ne peux pas dire non plus que je hais la société des hommes, car je suis comme Diogène avec sa lanterne : « Je cherche un homme. »

Nu (2017) par Marc Andriot

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Même l’épicurien peut éprouver un attachement jaloux qui lui fera voir avec amertume l’épicurisme de celle qu’il aime un peu trop passionnément eu égard à son vœu de légèreté épicurienne, et dont la liberté indifférente à cette passion prend alors l’aspect d’une vile prostitution. Il haïra en elle le choix qu’il aura fait pour lui.

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Un jour, un ami me déçut grandement, après que je lui eus fait lire quelques-uns de mes poèmes, en me demandant si j’étais toujours un amoureux malheureux. J’aurais dû lui répondre que, si j’avais mis les mots qui lui ont fait poser cette question dans la bouche de personnages d’un roman, il ne les aurait pas pris pour un témoignage privé. Un poème d’amour malheureux peut être antérieur à toute expérience en la matière. Peut-être ai-je écrit de tels poèmes seulement pour me montrer un grand poète romantique. Ou peut-être que cet amour malheureux était nécessaire et fut donc suscité par moi-même pour que je devinsse à mes propres yeux ce poète-là : il fallait que j’aie la vie qui corresponde à ce que j’écrivais par imitation. Et, aujourd’hui, j’écris peut-être des poèmes d’amour malheureux alors que je suis en réalité frustré de ne pas être reconnu comme poète…

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Selon Schopenhauer, dans l’œuvre d’un poète les mauvais poèmes ne nuisent pas aux bons ; c’est pourquoi il est plus difficile d’être philosophe, car la philosophie est un tout.

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Autre pensée de Schopenhauer, une consolation pour tous ceux que leur époque traite indignement : c’est le fait qu’ils s’adressent à tous les temps à venir que le leur ne pardonne pas !

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Aujourd’hui on ne parle plus que de « judéo-christianisme ». Schopenhauer économisait son encre et son papier, et écrivait simplement « judaïsme ».

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Cumulards

Si l’on admet qu’un élu peut cumuler une activité professionnelle et un mandat, il faut en déduire que le mandat n’est pas une activité à temps plein comme l’activité professionnelle. Ce cumul est donc a priori plus difficile qu’un cumul de deux mandats, comme il est plus difficile de cumuler un temps plein et un temps partiel que de cumuler deux temps partiels.

Par ailleurs, si l’on admet qu’un élu peut cumuler une activité professionnelle et un mandat, vu que rien n’interdit à une personne retraitée de se présenter à des élections, pourquoi lui interdire de cumuler des mandats ? Avec un mandat, elle aurait encore le temps d’avoir une activité professionnelle, selon l’hypothèse, donc elle a bien le temps d’exercer en même temps plusieurs mandats.

L’argument du temps qu’il faut consacrer à son mandat pour justifier le non-cumul ne tient donc absolument pas, car aucun élu ne pourrait travailler en dehors de son mandat.

Les gens ne sont pas élus pour leurs compétences de gestion ; ils sont élus sur des programmes généraux, voire philosophiques. Il faut qu’ils soient aidés dans leurs fonctions par des gens dont c’est le métier : les fonctionnaires. Ceux-ci travaillent à plein temps. La gestion d’une collectivité repose sur le travail à plein temps des fonctionnaires : les élus prennent les décisions, cela veut dire qu’ils siègent dans les organes délibérants pour voter ces décisions. C’est à peu près tout : le contrôle et le suivi sont déjà en grande partie assurés par des fonctionnaires. Voilà pourquoi on peut aussi être maire et travailler, et plus facilement encore maire et député.

Avec le non-cumul des mandats, la rémunération globale des élus se répartit entre un plus grand nombre de personnes, s’ils ne se votent pas des augmentations (et il est certain qu’ils le feront car personne n’y peut rien), mais toutes seront encartées à tel ou tel parti, dont nous pourrons alors voir briller les nullités les plus obscures, dont nous n’avons même pas idée en voyant la nullité de ceux qui brillent déjà devant nous.

Il y a un élu pour cent Français (640 000 élus en France). Avec le non-cumul, il y en aura un pour cinquante (plus d’un million, pour cinq millions et demi de fonctionnaires)…

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Les classiques passés à la moulinette des suppléments littéraires, c’est ce qui dégoûte de la culture classique. Heureusement, certaines lectures vous font comprendre votre erreur et vous conduisent vers les chefs-d’œuvre qui vous restent à découvrir.

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Certaines personnes pratiquent une forme de caractérologie à partir du nom. À l’intention des arabisants qui s’adonneraient à ce genre de science occulte, je voudrais peut-être adopter désormais le pseudonyme arabe suivant :

أبو شاعل

qui se prononce à peu près Abou Charel, et qui veut dire « le père du poète », ou « Maître poète » : dans les fables, on appelle par exemple un renard « le père du renard », en français « Maître renard ».

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Les sans-culottes, ce sont ceux qui exhibent leurs partis.

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Je viens d’envoyer un quatrain pour le prix de poésie de la RATP (2014) :

Ô toi, la compassion même,
Qui plains ceux qu’atteint le malheur,
Tu pleurerais de tout ton cœur
Si tu savais comme je t’aime !

Ce quatrain peut néanmoins avoir le défaut de laisser entendre que l’amour est un malheur. Plus primairement encore, il peut avoir le défaut de comporter le mot « malheur », qui n’a rien à faire, je suppose, dans une rame de métro, où les gens qui vont travailler dans leurs bureaux, ateliers et boutiques doivent lire qu’ils sont libres et heureux. Ces réflexions me sont venues alors que je venais d’envoyer le quatrain, ce n’est pas du mauvais esprit de ma part.

Ma mère me dit que ce qui peut rebuter la RATP serait plutôt le mot « compassion », à cause de la mendicité qui est (paraît-il) interdite dans les rames de métro.

Mon quatrain n’a pas été retenu parmi « les cent finalistes » du concours de la RATP.

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L’art soviétique est devenu parfaitement transparent, comme un tableau monochrome, et aussi politiquement correct que le mot « subversif », dont il est de rigueur qu’un critique d’art l’applique à tout ce qu’il entend louer. Cependant, le constructivisme soviétique, où l’artiste doit se faire mécanicien ou ingénieur, comme le futurisme fasciste, où il doit se faire ingénieur ou mécanicien, m’invite à méditer une pensée profonde, selon laquelle le processus de l’évolution humaine se caractérise principalement par un développement des facultés intellectuelles au détriment des autres, qui trouveraient leur élément dans de viles illusions indignes de l’homme doué de raison. Je n’ai encore aucune certitude quant à savoir si c’est un progrès ou si cela s’applique aux derniers hommes.

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Il me revient à l’esprit le mot d’un journaliste à propos d’un ami, ou plutôt de son couple : « Il a une très belle femme. » J’y vois aujourd’hui – le doute me ronge – une affreuse ironie, non pas que le journaliste ne fût pas saisi par la beauté de la femme de mon ami, mais parce qu’il se ferait le porte-parole du monde parisien sur un mariage qui est au point de vue social un ratage total, puisque sa femme, au point de vue social, n’apporte rien à mon ami. Un homme qui se fait à la force du poignet, encouragé par les multiples sacrifices de ses parents pour lui, voilà qu’il prend femme, non pas là où il arrive mais d’où il part ! C’est sanglant de cruauté, une telle ironie. Le journaliste aurait pu ajouter : « Et ils sont très heureux tous les deux, m’a-t-on dit. » Ç’aurait été monstrueusement parisien.

Or jugez de la situation. Mon ami se dit que …, où il a une maison (dans le bourg, avec murs mitoyens) avec femme et enfants, n’est pas le petit paradis qu’il croyait. Quand il me dit cela, je lui demande pourquoi ils ne revient pas à Paris. Il me dit qu’il ne pourrait acheter une surface suffisante dans un quartier qui conviendrait : « Pas d’apport financier. » Aussi, le journaliste sourit en coin, en pensant : « La plus belle fille du monde etc. »

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D’après certaines études, 75 % de l’emploi dans les pays industrialisés consiste en tâches répétitives, en d’autres termes en une affreuse routine. Comment les gens peuvent-ils supporter cela, si ce n’est que cette routine les sort de leur home sweet home ?

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Pour une femme, le mot « mariage » vaut tous les poèmes du monde.

Nicole Lombard : L’un n’empêche pas les autres, et réciproquement.

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Avant de trouver, selon la bonne vieille formule, chaussure à son pied, il faut avoir un peu pratiqué la chasse à la chaussure. À moins que ce soit la chaussure qui fasse tout le travail, ce qui est devenu moins rare.

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Quand on sait qu’il existe un Mondial du foot des robots, que l’on utilise encore des humains pour balayer les rues laisse rêveur… Il faut bien occuper cette pauvre humanité.

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Strindberg prenait Swedenborg très au sérieux : il ramassait des papiers dans la rue pour connaître les communications des esprits.

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Parmi les victimes de l’attentat de Charlie Hebdo, il y avait Bernard Maris, qui signait Oncle Bernard dans le journal, et que j’ai eu comme professeur d’économie à Sciences Po Toulouse. Les mauvaises notes qu’il me donnait ne lui ont pas porté chance…

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L’académie de poésie Renée Vivien a participé, en 2013, au festival de poésie de Creil, entre Amiens et Paris. Les poètes et les éditeurs étaient nombreux. Plus nombreux que le public. Je crois même que personne ne se trouvait là n’ayant rien à vendre. Il y a là une piquante métaphore, mais je ne suis pas sûr encore de quoi.

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McLuhan distingue deux formes de rhétorique : hot et cool. L’aphorisme est cool et correspond à notre culture d’écran. On ne peut pas lire un traité sur écran, mais on peut lire un ou deux aphorismes. C’est l’expression cool.

Les livres de la maturité de Nietzsche sont sous cette forme.

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Tout concept qui devrait être présenté et explicité dans un livre comporte virtuellement, sur un blog, un méta-lien vers sa définition quelque part dans le Web. Par exemple, si j’écris « média cool », c’est comme si l’on pouvait cliquer sur ce binôme pour faire apparaître une nouvelle fenêtre à l’écran, avec plusieurs lignes, ou pages, d’explications. Celui qui a besoin de cliquer clique, celui qui n’en a pas besoin ne clique pas. Comme on trouve tout sur le Web, les spécifications sont virtuellement superfétatoires. Le style, la langue deviennent aphoristiques. C’est un média cool.

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Notre culture a une tendance prononcée au pastiche et à la parodie. C’est notre façon de faire table rase du passé, mais c’est aussi la preuve d’un certain vide émotionnel. Le vide du consommateur anéanti. Les enfants ne rêvent plus : ils ricanent. Et consomment. C’est sinistre. Et c’est pourquoi McLuhan a écrit : « Un terroriste vous tuera pour voir si vous êtes réel. » (The Global Village) Il est en effet difficile de croire à la réalité des somnambules qui nous entourent, et s’ils ne possédaient encore le caractère ombrageux de l’envieux démocrate (Platon), on ne pourrait peut-être jamais croire à leur réalité.

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Cela fait des années et des années que je ne lis pas un livre sans faire une recherche systématique du vocabulaire, pour les langues étrangères mais aussi le français. Et après toutes ces années, il est encore bien rare que je lise un livre en français sans rencontrer des mots que je ne connais pas. Ainsi, je me rends compte que ceux qui n’ont pas fait ce travail perdent beaucoup d’information dans chaque livre qu’ils lisent, et c’est sans doute pourquoi, découragées, ils finissent pas ne plus lire que des livres simplistes, qui ne valent rien.

J’ai rempli des cahiers de vocabulaire. Ils sont dans ma bibliothèque. Un jour, la femme d’un ami les voit et me demande : « Ce sont tes œuvres ? » La poison ! Non, mes œuvres, ce sont trois ou quatre maigres recueils (j’ai balancé tous mes cahiers de vers livres !), et ces nombreux cahiers ne sont que du travail ingrat. Et, maintenant, chaque fois que je les vois, chaque fois que je les complète, je crois l’entendre : « Ce sont tes œuvres ? »

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To Spark or Not To Spark

Après tant d’années d’abstination, ne serai-je pas dans la situation du novice, à qui les premiers joints ne font pas d’effet, un phénomène bien décrit par Howard Becker dans son livre Outsiders et qui permet de comprendre le fameux sketch de Pierre Palmade, à l’époque où il pouvait encore être drôle, sur le type qui dit « Ça me fait rien, votre truc » alors qu’il est en train de délirer grave ? Je me souviens de ma propre expérience : le premier joint n’a pas été le premier trip, et j’ai bien cru un moment que tout cela n’était qu’une immense simulation. Jusqu’au premier trip, au bout de quelques mois. La déception, si je devais revenir à la case départ, serait colossale.

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Papy Boom

Les vieux vivent des revenus de la retraite, très largement socialisés sous forme de cotisations sociales. La précédente génération, dite du baby boom, cotisait pour très peu de vieux, à la fois parce qu’ils étaient nombreux (baby boom) et parce que la génération qui les précédait avait été décimée par la guerre. Cette génération du baby boom a fait peu d’enfants : la pyramide s’est élargie au sommet et rétrécie au milieu, et, comme nous faisons peu d’enfants nous aussi, elle se rétrécit à la base. Ça devient une pyramide inversée. Du coup, à pensions de retraite égales, la part des revenus consacrés par les actifs à ces cotisations est plus importante. Et ce indépendamment du comportement des actifs et à cause des comportements de la génération précédente.

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Chère Nicole,

Grâces soient rendue à Allah le Miséricordieux, l’Omniscient par qui la fête du Bon Albert s’est bien passée.

Nous préparons la cérémonie [de remise du prix de poésie Stephen Liégeard] à Brochon. La lecture de pas moins de huit de mes poèmes est prévue, dont quatre par moi-même. Vu que nous sommes trois lauréats, j’espère que le public ne se lassera pas, d’autant plus qu’une classe de lycéens a été réquisitionnée pour l’occasion… Inch’Allah je saurai me montrer à la hauteur de cette épreuve redoutable et resterai ferme dans la voie droite à la manière du Prophète (sur Lui la Grâce et la Bénédiction d’Allah).

J’espère aussi vendre quelques exemplaires : Puisse Allah prêter prenne main forte à Michel pour les produire à temps.

A part ça, tout va bien, bismillah.

Amitiés. Wassalam’ualaikum. (5.9.15)

Réponse de Nicole Lombard : Trahir Apollon et les Muses pour… Enfin, on pourra vous accuser de tout sauf d’islamophobie, mon cher Florent. Michel me dit que vos livres partiront lundi, sauf contretemps du genre fermeture inopinée du bureau de poste ce jour-là (« merci pour votre compréhension ») ou passage d’une course cycliste dans le département. Allah vous permettra-t-il de faire honneur aux vignobles de Brochon ?

Il faut bien pratiquer l’étiquette en vue des changements prochains. Nous autres fonctionnaires sommes particulièrement exposés. Mais j’ai commencé tôt, bismillah.

Merci à Michel pour sa diligence, digne du Prophète (sur Lui la Grâce et la Bénédiction d’Allah). Qu’Allah le Miséricordieux, l’Omniscient ne l’oublie pas au Jour de la Discrimination (entre les croyants et les idolâtres).

Wassalam.

F. Abu Cha’il

PS. Apollon Les Muses est un nom arabe, Al-Buluh al-Mussa, ainsi que nous l’enseigne ce luminaire des sciences, Ibn al-Crouïa de Cordoue.

PS-2. Al-Hamdulillah ! (J’ai oublié de recourir à cette formule protocolaire indispensable : désolé.)

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« Paris est une ville de vieux. » Dans quelques années, je serai dans mon élément.

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