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Vers une anthropologie métaphysique: Le Kant de Heidegger

Réflexions préliminaires (complément aux chapitres lxiii-lxviii et introduction)

La connaissance de l’homme en tant que liberté est la plus difficile. En effet, bien qu’il paraisse avéré qu’en tout homme se trouve le sentiment profondément enraciné d’une liberté, les lois de sa pensée ne lui permettent pas de rencontrer des preuves de cette liberté dans le monde où il existe en tant que partie de la nature, et la science empirique en vient donc à conclure que ce sentiment de son for intérieur est une pure illusion, dans la mesure où les motifs par lesquels une personne détermine sa conduite n’échappent aucunement à la causalité naturelle. Pourtant, cette conclusion nécessaire de la science empirique dans son domaine est contredite non pas uniquement par un sentiment intérieur que l’on pourrait, même universel, qualifier d’illusoire, mais aussi par nos connaissances a priori.

Il convient de distinguer cette liberté de la conception théiste qui la présuppose pour une rétribution finale – et qui la présuppose dans le phénomène, dans le monde naturel, comme si ne régnaient point là les lois irrévocables de la nature. Il faut également la distinguer de la conception utilitariste, qui la réclame pour son système pénitentiaire, donc prétend la trouver à son tour dans le phénomène.

L’empirisme est faux, parce que nous avons des connaissances a priori. – Ne peut-on cependant expliquer empiriquement (par l’expérience) de telles connaissances a priori ? Par exemple, ne peuvent-elles pas être une forme évoluée d’instinct, dont les individus héritent génétiquement ? – Quel est le gène de la liberté ? La liberté n’a pas de fondement génétique. Si c’était le cas, elle serait un phénomène. « La liberté n’a pas de fondement génétique » est une conséquence certaine de la philosophie transcendantale. – Mais cette liberté transcendantale n’est-elle pas un simple mot, une hypostase, tirée de la liberté vis-à-vis de la contrainte, et devenant d’ailleurs le principe de toute contrainte ?

On ne peut pas fonder l’anthropologie véritable sur les connaissances empiriques car celles-ci n’ont pas de caractère apodictique et ce qu’est l’homme doit être pour l’homme une certitude nécessaire et universelle, sans quoi toute hypothèse concernant l’homme est une violence à son essence en tant qu’elle se donne des fins (Endzwecke, fins dernières). L’anthropologie véritable est une anthropologie métaphysique (au sens large de ce terme, qui englobe et dépasse la métaphysique spéciale bordée par la science et la moralité). L’homme doit tirer la connaissance qu’il a de lui-même des seules connaissances a priori dont il se sait possesseur.

Kant distingue une connaissance de cette nature de l’anthropologie à proprement parler : « L’anthropologie qui provient des connaissances simplement empiriques ne saurait porter le moindre préjudice à l’anthroponomie qui est établie par la raison inconditionnellement législatrice. » (Métaphysique des mœurs) Mais on peut dire aussi que cette anthroponomie est une anthropologie métaphysique.

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Les différentes conceptions de l’espace et du temps (à travers les âges et les cultures) ne sont pas telles qu’elles mettent en cause l’universalité de la subjectivité formelle, tout en étant un signe certain que l’espace et le temps n’ont pas d’existence objective.

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Le néant est un « non-concept » pour la physique (dont l’objet sont les corps et leurs relations spatio-temporelles) puisque ce néant serait, en physique, un espace sans espace et un temps sans temps. Le néant peut toutefois être un concept philosophique.

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L’illusion n’a pas de valeur épistémologique, cela signifie, précisément, que l’illusion n’a pas valeur de règle épistémologique. Elle peut cependant servir à mieux connaître les processus de notre représentation et cognition.

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« Je pense donc je suis », c’est la certitude de l’être pour ce qui pense. Or les objets ne pensent pas, donc la certitude de l’être n’appartient pas à la catégorie des objets.

Le « je pense » de l’aperception pure est, Descartes l’a montré, « je pense donc je suis ». Seul ce qui pense a l’être comme propriété nécessaire. L’être ne pouvant avoir aucun commencement (cf. Schopenhauer et la thèse de la première antinomie kantienne : le temps n’a pas de commencement), la pensée non plus. La pensée est, comme l’être, éternelle. La pensée étant l’activité de l’esprit, l’esprit est éternel.

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a/

Comment le milieu de l’homme peut-il être façonné par une technique dérivée de connaissances empiriques sans caractère apodictique ? (C’est la question qui conclut lxviii.) La technique est en effet un pouvoir, malgré le fait qu’elle dérive de connaissances empiriques non définitives. Comment est-ce possible ?

Le schématisme scientifique possède un pouvoir prédictif d’autant plus grand que les phénomènes sont schématisés (reproduits selon le schéma expérimental), soit, en définitive, que la vie elle-même est schématisée par et dans la technique. Une machine est une structure schématisée de forces naturelles selon la réduction expérimentale. Dans cette réduction, on constate par expérimentation (répétition orientée, discriminante) que telle force produit tel effet dans telles conditions. La machine est donc le support industriel de cette même force produit en vue de réaliser ce même effet dans ces mêmes conditions.

Le schématisme se raffine par l’analogie : par exemple, les résultats d’expérimentations sur les animaux sont réputés valides pour l’homme en fonction des analogies que nous connaissons entre la physiologie de l’homme et celle de l’animal.

b/

Tous les regards de l’humanité scientiste sont tournés vers le ciel car, sans qu’elle le comprenne bien elle-même, c’est de là qu’elle attend l’événement qui viendra contredire les hypothèses sur lesquelles repose le grand laboratoire expérimental qu’elle a fait de notre planète (dans ce laboratoire les forces sont à peu près contrôlées car les conditions du laboratoires sont connues). Cet événement ne sera sans doute pas une collision avec un astéroïde, dont la probabilité peut être estimée. Mais d’un événement dont la régularité se calcule en milliards d’années à une échelle inconnue de l’homme, personne ne peut dire s’il agira sur notre planète dans un million d’années, dans mille ans, ou demain. Un acarien ne voit pas venir le pied qui l’écrase.

Les scientistes se figurent avoir une vue complète de l’univers : ils reçoivent et interprètent des signaux de ses plus lointaines frontières ! Illusion d’acarien.

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Le solipsisme est une conséquence des prémisses idéalistes. Si le monde, si les objets n’existent pas objectivement mais pour le sujet, donc subjectivement, il n’y a d’autre réalité que le sujet, et le sujet c’est moi – et moi seulement, car si « les autres » existent en tant que subjectivités propres hors de moi, alors il existe un monde hors de moi, objectivement.

Comment puis-je sauver l’idéalisme sans le solipsisme ? Tat twam asi (sanskrit « tu es cela », c’est-à-dire la philosophie schopenhauérienne) sauve le solipsisme : le principe d’individuation est la Maya.

Comment un sujet peut-il comprendre autrui comme sujet en soi et non comme simple objet ? Dans le phénomène, précisément, cela n’est pas compris : autrui reste un objet, même si je lui reconnais exactement les mêmes qualités empiriques qu’à moi-même, la même humanité empirique. Je ne peux comprendre autrui comme sujet que si je lui reconnais la liberté en soi, et il faut pour cela que je reconnaisse la liberté en moi, c’est-à-dire un même en-soi propre (tat twam asi ?). D’où la maxime « …autrui comme une fin et non comme un moyen ». Mais cette maxime n’est-elle pas née des nécessités concrètes, empiriques de l’organisation sociale ? « Ne fais pas à autrui etc. », une maxime empathique : se mettre à la place d’autrui, l’intersubjectivité, donc, plutôt que la relation sujet-objet.

Le solipsime est la philosophie naturelle de l’homme car on voit partout l’homme traiter son prochain comme un objet (un moyen) et non comme s’il voyait en lui un sujet (une fin).

Le matérialiste trouve une consolation dans le fait d’être au service de gènes se servant de lui pour leurs propres fins ; ce qui n’a pas de sens apparent ne concerne pas l’esclave, et dans un monde dépourvu de sens c’est l’esclave qui a l’esprit tranquille, non le maître. Le solipsisme est une conséquence des prémisses matérialistes. (La matière, la nature n’a créé que des choses, des objets dont je dois me servir pour maximiser mon bien-être. Certaines de ces choses prétendent être un « je » et il peut être préférable, dans mes desseins solipsistes, de leur laisser croire que je partage cette opinion quant à leur moi fictif. Cette tactique peut même impliquer que je fasse mienne en effet cette opinion superficiellement, car alors je parviens plus facilement à mes fins avec ces choses-là, je m’en laisse conter dans mes moments d’activité, quand je ne réfléchis pas tout à fait, étant entendu qu’un instant de réflexion me ramène toujours à la vérité vraie, à savoir que la nature n’a créé que des choses dont je dois me servir.)

Je sais qu’obéir aux gènes dont je suis le véhicule me vaut toujours une gratification (par libération d’endorphine). Ce qui est bon pour mes gènes est bon pour moi. Cela suffit.

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Il n’y a pas d’autre philosophie possible que l’empirisme radical pour qui accepte le darwinisme comme philosophie première. Aucun phénomène d’émergence dans la société humaine, qui n’est qu’une société animale. L’existence de sociétés animales (étudiées par la sociobiologie) rend nulle et non avenue l’idée d’un fossé entre biologie et sociologie comme il en existe un entre physique et biologie.

(Mais qu’en est-il au juste de cette incommensurabilité du biologique au physique elle-même, si la médecine moderne est une science physico-chimique ?)

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La défense de l’idéalisme par Schopenhauer face à des scénarios évolutionnistes (formation de la terre avant toute forme de vie, évolution du cerveau) n’est pas convaincante car elle concède trop à l’empirisme. Des hypothèses peuvent servir à établir une théorie empirique mais non une philosophie.

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Si la numération n’est pas dans le domaine logique mais relève de l’intuition, alors les ordinateurs sont à la lettre des machines intuitionnantes. (Cela les rend tout de suite beaucoup plus vivants !) (Je joins en annexe de ce billet une citation de la Critique de la raison pure sur la procédure intuitive de l’algèbre.)

Les obstacles à Der Geist sont-ils biologiques ou métaphysiques ? (Sur Der Geist, voyez xv, xvii, xxix Technology vs Biology, & lv Solid State Intelligence)

Le matérialisme est l’abdication devant Der Geist. Der Geist ne peut pas ne pas advenir s’il n’existe que des obstacles biologiques à son avènement (aucune complexité ne peut représenter un seuil théorique infranchissable) et nul obstacle métaphysique (qui serait que l’esprit est incréé, car l’homme ne peut alors le créer).

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L’œil est fait pour voir mais la lumière n’est pas faite pour voir, c’est-à-dire pour éclairer. (Pourquoi le jugement téléologique ne s’applique-t-il qu’au domaine de la biologie ?)

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L’ensemble de l’expérience sensible n’a aucun caractère de nécessité. Au contraire, chercher à voir dans la variété quasiment infinie des formes naturelles une nécessité crée un sentiment d’étrangeté profonde, le sens ontologique d’une telle profusion démesurée échappe à toute saisie intellectuelle. La raison aspire à l’en-soi indifférencié : la quête de l’Un (Parménide). Que les lois de la nature (prescrites par notre entendement) créent un monde aussi multiforme déroute la raison.

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On « rabaisse » l’apodicticité (comme je l’ai écrit : j’explique à présent la présence des guillemets) au rang de connaissance empirique si elle sert à la connaissance de Dieu ; autrement, c’est un déplacement qui ne permet aucun jugement de valeur.

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Tel oiseau, dans le cas d’école de l’éthologie, peut vouloir couver un ballon de foot, parce qu’il lui manque la synthèse a priori des concepts. Les caractères communs de l’œuf et du ballon suffisent à déterminer le comportement car sont des stimuli pour l’action instinctive et non des intuitions dans une synthèse. Les différences entre l’œuf et le ballon ne sont pas suffisantes pour contrecarrer les points communs, ils sont ignorés dès lors que la stimulation atteint le niveau requis (à partir d’un certain nombre de points communs). Les caractères de l’œuf ne font pas de l’œuf un objet (concept) pour l’oiseau : l’oiseau n’est pas sujet de connaissance. L’œuf qu’il doit couver est reconnu par différents caractères et non en tant qu’œuf ; est œuf pour l’oiseau tout ce qui présente ensemble une certaine proportion de caractères sensibles attachés à l’œuf de son espèce.

La taille d’un œuf est généralement variable, dans certaines limites, de même que sa couleur et autres caractères. Or la taille d’un œuf peut certes varier dans des proportions déterminées, aucun œuf cependant ne peut atteindre la taille d’un ballon de foot, ce qui n’empêche pas l’oiseau de vouloir couver le ballon. Ainsi, la stimulation de l’oiseau, sans doute par un principe d’économie qui rend en moyenne le développement de plus fines facultés de discrimination entre objets non pertinent évolutivement parlant pour cette espèce eu égard au coûteux développement du système cognitif correspondant que cela demanderait, est-elle provoquée par un seuil purement additif de caractères, au mépris de toute autre possibilité d’évaluation.

L’intensité artificiellement accrue des couleurs, loin de rendre l’objet inapte à provoquer la stimulation naturelle adéquate, au contraire la renforce : on parle de superstimuli pour des caractères, tels que la couleur, qu’aucun œuf ne peut avoir dans la nature et qui induisent malgré tout le comportement attendu de l’animal, et ce même en priorité par rapport aux objets de couleur naturelle. C’est dire que l’on ne peut pas non plus parler pour l’oiseau d’une expérience propre : tout peut être stimulus, même ce qui n’appartient pas à l’horizon évolutif dans lequel est orienté son système nerveux. Quand le stimulus est (joint à quelques autres) la couleur, plus la couleur est vive, plus le stimulus est fort, alors même qu’il existe une limite à l’intensité de la couleur que peut présenter l’œuf dans la nature.

Chez l’homme, le concept unifiant les caractères empêche que les déviations exorbitantes dans la qualité de ces caractères par rapport à l’expérience, conduise à tenir l’objet pour conforme à celle-ci. Un œuf bigarré sera tenu pour un œuf de Pâques et non pour un œuf naturel, et d’autres caractères (au toucher, etc.) pourront ou non le confirmer. Si l’œuf bigarré présente par ailleurs tous les caractères habituels d’un œuf naturel, on avouera n’avoir qu’un concept inadéquat de cet œuf (on ne sait pas de quelle espèce il s’agit). Quant à l’oiseau, il semble bien qu’un seul sens soit mobilisé dans telle et telle stimulation, par exemple la vue pour le comportement de couvaison ; les autres sens dont il n’est pas dépourvu peuvent servir à leur tour de façon exclusive dans d’autres situations (par exemple l’ouïe dans le chant nuptial), mais le système sensoriel de l’oiseau dans son ensemble ne lui sert pas à dégager un concept multisensoriel d’objet. Cette possibilité n’est peut-être possible qu’avec le néocortex (des mammifères).

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L’être-vers-la-mort (Sein zum Tode) ? L’homme ne sait pas qu’il meurt : il ne voit que le phénomène de la mort. Il sait que, si la mort appartient au monde des phénomènes, elle ne touche pas la chose en soi qu’est aussi l’homme.

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Vers une anthropologie métaphysique : Le Kant de Heidegger

Après ces quelques obscurcissements, venons-en au sujet de ce chapitre.

« Vers une anthropologie métaphysique : Le Kant de Heidegger. » Il convient de signaler d’emblée que ce titre est trompeur au point de vue heideggerien car, si une anthropologie métaphysique, ou anthroponomie, semble bien être le projet kantien, le projet heideggerien suppose qu’un tel projet soit insuffisant, voire non pertinent : « Si l’homme n’est homme que par le Dasein en lui, la question de savoir ce qui est plus originel que l’homme ne peut être, par principe, une question anthropologique. Toute anthropologie, même philosophique, suppose déjà l’homme comme homme. » & « L’ontologie fondamentale n’est autre que la métaphysique du Dasein humain, telle qu’elle est nécessaire pour rendre la métaphysique possible. Elle demeure foncièrement éloignée de toute anthropologie, même philosophique. » (Kant et le problème de la métaphysique) (Kant und das Problem der Metaphysik, 1929)

C’est de ce dernier ouvrage, une discussion de la Critique de la raison pure, que nous tirons les principaux éléments de la présente discussion. (Les citations de Heidegger en proviennent : collection Tel Gallimard, 1953, pour les numéros de page.)

i

C’est un parti-pris étonnant et à vrai dire paradoxal de caractériser d’emblée et fondamentalement, comme le fait Heidegger, la connaissance humaine comme finie, car cela revient à la déterminer par rapport à une connaissance infinie dont l’homme n’a et ne peut avoir aucune expérience.

La connaissance finie, nécessairement réceptive, a un Gegen-stand, objet, tandis que l’étant se révèle à la connaissance infinie comme Ent-stand, création : « Gegen-stand (le mot à l’égard de la connaissance infinie est contradictoire) « (Introduction de Waehlens et Biemel). La connaissance infinie est celle qui crée son objet, la connaissance finie celle qui reçoit son objet. Gegenstand est le mot allemand pour un objet. En écrivant Gegen-stand avec un trait d’union, Heidegger entend, par ce procédé dont il est coutumier, rendre apparent le sens de cette construction par le sémantisme concret de ses racines, à savoir « ce qui se tient vis-à-vis de (la connaissance finie) », tandis qu’Ent-stand, nominalisation de la forme entstand du verbe entstehen, « être créé, exister », rend apparent le sens « ce qui est tiré de (la connaissance infinie) ».

(La traduction de Gegen-stand par « ob-jet » et toutes les autres traductions correspondant à ce procédé, c’est-à-dire la simple introduction du trait d’union à l’intérieur du mot français correspondant au mot allemand « trait-d’unionisé » par Heidegger, sont évidemment hasardeuses et dépendent, pour être saisissables, d’une concordance entre la construction allemande et la construction française, concordance qui n’est pas toujours avérée, comme on peut s’en douter. Dans le cas présent, le préfixe ob- correspond certes à gegen, mais le -jet vient du latin jacio, « jeter », qui n’est donc pas le même concept que le Stand allemand. En outre, la construction en allemand est immédiatement perceptible par le locuteur allemand, tandis que la construction française, même quand elle lui correspond, en raison non pas du hasard mais de la lointaine racine commune indoeuropéenne, requiert souvent une bonne érudition grecque et latine.)

« La raison pure humaine est, pour l’instauration du fondement de la métaphysique, la source fondamentale, – en sorte que le caractère humain de la raison, c’est-à-dire sa finitude, devient essentiel pour la problématique de l’instauration du fondement. » (83) La finitude est essentielle. Mais pourquoi la finitude, même si personne ne cherchera à la nier, serait-elle justement la caractéristique à retenir ? L’homme partage la finitude avec les animaux ; celle-ci n’est donc pas une différence entre l’homme et l’animal, encore moins une différence essentielle. Le choix de la finitude comme caractéristique essentielle paraît donc arbitraire, alors qu’il est présenté par Heidegger comme allant de soi. On perçoit aisément qu’il s’agit d’opposer la raison humaine à une raison divine, même en ne conférant à cette dernière qu’un statut hypothétique : on est d’entrée de jeu placé dans le contexte théiste, lequel est néanmoins absent de la Critique de la raison pure.

Heidegger prétend que la problématique de la finitude de la connaissance humaine, et de la finitude humaine, apparaît dès les deux premières phrases de la Critique, qui s’ouvre, comme on le sait, par l’Esthétique transcendantale : « De quelque manière et par quelque moyen qu’une connaissance puisse se rapporter à des objets, le mode par lequel elle se rapporte immédiatement à des objets, et que toute pensée, à titre de moyen, prend pour fin, est l’intuition. Mais celle-ci n’a lieu qu’autant que l’objet nous est donné, ce qui n’est possible, à nouveau, du moins pour nous autres hommes, que si l’objet affecte d’une certaine manière l’esprit. » Le moins que l’on puisse dire est que la problématique de la finitude n’y est pas apparente de la manière la plus évidente. Heidegger insiste particulièrement sur les mots « du moins pour nous autres hommes », car il y voit le fait que Kant oppose ainsi la connaissance humaine finie à la connaissance infinie (qui ne peut être que la connaissance divine). Or, lorsque Kant parle d’« être pensant », en distinguant cette expression de l’être humain, il y inclut non seulement Dieu et les hypothétiques « esprits supérieurs » (les anges), mais encore les habitants intelligents d’autres planètes, dont, aux termes mêmes de la Critique de la raison pure, l’existence est, plus qu’une simple opinion (Meinen), une forte conviction (starkes Glauben), et dont la connaissance (tout comme celle des esprits supérieurs) doit être elle aussi marquée par la finitude, comme pour l’homme. Par conséquent, Heidegger n’est pas fondé à voir dans ces phrases le fait que Kant situe d’emblée sa réflexion dans le cadre d’une finitude essentielle de la connaissance et de la nature humaines ; si cette finitude est une réalité, elle peut très bien ne pas être l’essentiel pour autant, en tout cas Kant ne dit ni ne laisse entendre qu’elle le soit.

Ainsi, en ayant en mémoire les remarques de Schopenhauer sur le succès de la philosophie de Hegel, à savoir qu’elle permettait aux cagots, et à la religion d’État, d’y retrouver leurs petits, je suis enclin à voir un même phénomène dans le succès de la philosophie de Heidegger.

Une connaissance infinie, nous dit Heidegger, ne peut avoir d’objet lui préexistant et auquel elle s’ordonnerait, car ce serait alors une forme de finitude (92). Une connaissance finie est donc, elle, forcément créée, car si elle ne l’était pas, aucun objet ne lui préexisterait auquel elle aurait à s’ordonner, et elle serait donc une connaissance infinie créant elle-même le connu. Une connaissance finie est donc créée et, puisqu’elle est définie par rapport à une connaissance infinie, même si l’on ne dit rien du lien entre les deux connaissances, et si l’on ne dit pas non plus que cette connaissance infinie est davantage qu’une simple supposition, il semble assez naturel de voir dans tout cela l’idée que la connaissance finie réceptrice est créée par la connaissance infinie créatrice. Théisme à nouveau.

Or une connaissance infinie est une faculté infinie, et donc, comme une température ou une vitesse infinie, qui sont en physique des qualités infinies, c’est pour notre connaissance une singularité. C’est-à-dire qu’on ne peut penser une telle chose dans notre expérience, qui est seule à pouvoir nous présenter des qualités et des facultés. Il est donc paradoxal, une singularité devant en principe être traitée comme une limite à la ratiocination, comme l’indication d’une voie fermée à cette dernière, qu’on cherche au contraire à en tirer des conclusions, fût-ce de manière disjonctive.

Nous avons certes l’idée d’un Dieu omniscient (connaissance infinie) mais cette idée, selon Kant, est bien une « Idée de la raison » et la connaissance infinie reconnue à cet être en idée n’est pas la faculté d’un être appartenant à notre expérience sensible. La connaissance infinie est donc contenue dans notre connaissance finie en tant qu’idée de la raison, dans le kantisme. Il en résulte que notre finitude est première par rapport à l’infinitude dont Heidegger prétend se servir pour expliciter disjonctivement l’essence de notre finitude.

Si Dieu est une Idée de la raison et, à ce titre, réellement une cause finale (téléologique) de mon humanité – nécessaire en vue de mes fins en tant qu’homme –, rien ne permet cependant de dire que c’est également une cause efficiente de l’humanité. (Il faudrait prouver que la cause finale implique en soi sa nature de cause efficiente.)

En outre, on ne peut pas inférer de la proposition « la connaissance humaine n’est pas infinie » ce qu’est la connaissance humaine. En réalité, une connaissance finie ne peut rien dire d’une connaissance infinie. Quand Heidegger affirme qu’une connaissance infinie ne peut avoir d’objet qui lui préexiste, il se meut dans les marécages de la vieille métaphysique, dont le criticisme kantien a dénoncé l’inanité : les catégories de l’entendement sont « restreintes à l’usage empirique » (Prolégomènes à toute métaphysique…). Notre connaissance finie est ainsi faite qu’elle ne connaît de facultés que dans l’expérience, et, dans l’expérience, une faculté se définit par sa finitude. Une connaissance infinie n’est donc pas un objet de notre connaissance, sauf pour la vieille métaphysique « qui a gâté tant de bons esprits durant de nombreux siècles » et épuisé l’entendement humain « dans d’obscures et vaines ruminations » (Ibid.).

Nous avons d’ailleurs la preuve de ce que nous avançons sur le théisme de Heidegger, car il écrit : « Les phénomènes ne sont pas une pure apparence, mais l’étant lui-même. Et celui-ci, de son côté, n’est rien d’autre que la chose en soi. L’étant lui-même peut être manifeste sans que l’étant « en soi » (c’est-à-dire comme création [Ent-stand]) soit connu. Le double caractère de l’étant comme « phénomène » et « chose en soi » répond à la double manière dont celui-ci peut se rapporter soit à une connaissance finie, soit à une connaissance infinie : l’étant en tant que création [Ent-stand] et le même étant comme objet [Gegenstand]. » (93) (Les crochets sont du traducteur.) L’étant comme chose en soi se rapporte donc à une connaissance infinie, il est la création de cette connaissance infinie, qui ne peut être que Dieu. (La traduction française rend le sens théologique du passage plus transparent que dans l’original, puisque « création » est le terme théologique adéquat – la création du monde par Dieu –, tandis que l’invention linguistique de Heidegger, Ent-stand, n’est pas immédiatement associable à ce contexte. L’évidence est toutefois suffisante.) Ainsi, quand Heidegger rompt avec Kant, c’est dans le sens de la vieille métaphysique théologienne.

ii

La finitude de la connaissance implique selon Heidegger le primat de l’intuition dans la connaissance, car c’est par l’intuition qu’un étant se donne à connaître. Il s’agit donc, puisqu’on parle de l’étant, donc de l’expérience sensible, de l’intuition empirique ; or celle-ci est sous l’empire de l’intuition a priori, qui lui fournit la forme des événements dans l’espace et le temps. La mathématique ne porte pas sur l’étant, ne le connaît pas en tant que tel, mais connaît seulement sa forme selon l’intuition. Le primat de l’intuition dans la connaissance finie ne peut donc être tiré de la relation à l’étant. –Et ce d’autant moins que Heidegger pose le temps comme forme pure de l’intuition. Or la géométrie n’a rien à voir avec (les relations dans) le temps, seulement avec (les relations dans) l’espace.

iii

L’une des difficultés majeures de la philosophie transcendantale, comme de l’idéalisme qu’elle surmonte (mais qu’elle ne surmonte pas forcément sur ce point précis), tient à la question des sens et de la sensibilité. Pourquoi le sujet a-t-il un sens externe, des représentations si cela n’a pas d’utilité pour le sujet mais seulement pour le phénomène (le sujet en tant que phénomène) ? C’est en quelque sorte mettre une folie à la place du hasard (le hasard du matérialisme, où, selon l’image de Diderot, la vie apparaît et évolue après des jets de dés innombrables, qui sont autant de combinaisons et recombinaisons). Il faut reconnaître à Heidegger le mérite d’avoir bien cerné cette difficulté. Il s’agit de conférer à la sensibilité humaine un caractère de nécessité apodictique avant toute explication empirique. La réponse qu’il apporte au problème est toutefois douteuse.

« L’intuition humaine n’est point ‘sensible’ parce que son affection se produit au moyen des organes des sens ; le rapport est inverse : c’est parce que notre existence est finie – existante au milieu de l’étant qui est déjà et auquel elle est abandonnée – qu’elle doit nécessairement le recevoir, ce qui signifie qu’elle doit offrir à l’étant la possibilité de s’annoncer. Des organes sont nécessaires pour que cette annonce puisse se transmettre. L’essence de la sensibilité se trouve dans la finitude de l’intuition. … Kant trouve ainsi pour la première fois un concept ontologique et non sensualiste de la sensibilité. » (87)

« La finitude de l’homme implique la sensibilité prise au sens d’intuition réceptrice. La sensibilité en tant qu’intuition pure, c’est-à-dire en tant que sensibilité pure, est un élément nécessaire de la structure de la transcendance caractéristique de la finitude. La raison pure humaine est nécessairement une raison pure sensible. Cette raison pure doit être sensible en elle-même et non pas le devenir du seul fait de sa liaison à un corps. Au contraire et réciproquement, l’homme comme être rationnel et fini, ne peut « avoir » un corps en un sens transcendantal, c’est-à-dire métaphysique, que parce que la transcendance est en tant que telle sensible a priori. » (228)

Nous avons là une forme étonnante de raisonnement téléologique. Partant, toujours, de la finitude, Heidegger nous explique (cit. p. 87) qu’elle implique a priori des organes des sens car elle est finie et a donc en tant que telle des objets (l’étant). Il ajoute qu’est ainsi fournie une explication apriorique et « non sensualiste » de la sensibilité, c’est-à-dire une explication non empirique, conforme aux exigences d’une connaissance métaphysique (ontologique) (qui ne semble d’ailleurs nullement pouvoir être imputée à Kant sous cette forme).

Cependant, la valeur explicative est faible. Tout d’abord, présenter la sensibilité comme une conséquence de la finitude ressemble à s’y méprendre à l’apologétique de la théologie louant Dieu pour nous permettre d’admirer sa création, et par là, indirectement, Dieu lui-même, en nous donnant des sens. « Nous avons des sens car nous sommes des créatures finies » est au fond peu différent de « Nous avons des sens car Dieu nous a créés avec des sens » ; dans cette dernière proposition la finalité des sens est de rendre grâce au Créateur, la première comporte également une cause finale dans le fait d’un étant à « recevoir ».

Dans la seconde citation, p. 228, Heidegger précise que la raison pure est « sensible en elle-même » et non « du fait de sa liaison avec un corps ». Cela signifie-t-il qu’une raison sensible puisse se passer de corps ? On serait en effet tenté de l’imaginer puisque, si la sensibilité est transcendante par rapport au corps, si elle est a priori tandis que le corps ne le serait pas, alors ce dernier n’est pas nécessairement attaché à la sensibilité, et ne lui est pas nécessaire. Cela revient à dire que la sensibilité peut se passer des sens, une proposition contradictoire.

Mais ce que Heidegger semble dire, c’est que l’homme a nécessairement un corps parce que la raison humaine est une raison pure sensible. Or d’où tire-t-il que la raison humaine est une raison sensible sinon de sa finitude qui impliquerait nécessairement l’existence des sens ? Sa proposition est donc tautologique : l’homme doit avoir des sens car il a des sens. D’un autre côté, la proposition selon laquelle l’homme a des sens car sa connaissance est finie n’est pas démontrée, d’autant moins que Heidegger effleure l’idée, on l’a vu précédemment, d’une sensibilité sans corps. Il est possible d’imaginer une connaissance finie sans corps, donc sans organes des sens. Les anges de la théologie sont là pour montrer qu’une telle représentation, une telle idée est possible (même si elle n’est pas non plus démontrée, mais ici la question est de savoir si la conséquence tirée par Heidegger est indéniable). La finitude ne rend pas ipso facto le corps évident, même si notre finitude se revêt d’un corps.

La finitude de la connaissance implique l’étant, c’est-à-dire des objets, donc des organes pour percevoir ces objets, donc des organes des sens dans un corps. Il est difficile d’admettre qu’un tel raisonnement soit « ontologique » plutôt que simplement empirique : dans notre expérience, qui est une expérience limitée, nous avons des sens afin de percevoir des objets qui existent hors de nous. C’est un constat empirique. Heidegger ne fait que le traduire dans une phraséologie idiosyncratique et nouvelle qui ne le rend pas moins empirique.

iv

L’objet transcendantal (le noumène, la chose en soi), en tant que selon Kant les phénomènes sont rapportés par l’entendement à un objet (mystérieux), est le « corrélatif de l’unité de l’aperception », c’est-à-dire du « je pense ». M’est donc donné : « je pense », les phénomènes et X (=l’objet transcendantal).

Or l’X heideggerien, parce que l’interprétation par Heidegger de cet objet transcendantal est qu’il est la même chose que l’étant (empirique) mais rapporté en tant que création à une connaissance infinie (cf. i cit. 93), et qu’il est néant, c’est-à-dire Gegen-stand non thématique (179), ne paraît pas même se distinguer des intuitions pures et des concepts purs, eux-mêmes non thématisés (car purement formels). Ces intuitions et concepts purs sont eux-mêmes un néant « qui n’est pas un étant tout en étant ‘quelque chose’ » (même page). Ils sont éventuellement un néant différent.

v

« …l’âme, laquelle ne saurait d’ailleurs jamais être purement empirique » (191)

On peut même se demander si l’âme peut jamais être le moindrement empirique. L’âme fait partie, selon Kant, des « Idées de la raison », avec Dieu et le monde. Si le monde, en tant qu’idée de la totalité des phénomènes, peut bien être une idée empirique, puisque toute manifestation empirique est comprise dans cette idée, il semble plus pertinent de poser les deux autres Idées dans une même classe, et Dieu n’étant pas empirique, l’âme ne l’est pas non plus. Je ne vois pas quelle manifestation empirique l’âme peut recevoir dans une philosophie transcendantale et non théologique, étant entendu que, pour la théologie, Dieu lui-même est tout ce qu’il y a d’empirique.

vi

L’essence de la finitude du pouvoir humain est elle aussi déduite d’une comparaison hypothétique avec « un être tout-puissant » (272). Tout ce que nous avons dit en i sur ce procédé relativement à la connaissance finie s’applique également au passage sur le pouvoir fini.

vii

« Le Dasein dans l’homme caractérise celui-ci comme l’étant qui, placé au milieu des étants, se comporte à leur égard en les prenant pour tels. Ce comportement à l’égard de l’étant détermine l’homme dans son être et le fait essentiellement différent de tout autre étant qui lui est rendu manifeste. » (290)

Cette spécificité tout à fait unique de l’homme est au fond tirée d’une remarque purement empirique, à savoir des conditions observables sur la terre, où l’homme est le seul être « intelligent ». Kant évite quant à lui ce travers, en parlant de manière répétée de la possibilité d’autres formes de vie intelligentes dans l’univers, possibilité qui, nous l’avons dit, est plus qu’une simple opinion. D’où l’expression « tout être pensant », qui renvoie non seulement, à côté des hommes, à Dieu et aux « autres esprits supérieurs », hypothétiques, mais aussi aux extraterrestres. De son côté, Heidegger ne parle pas d’êtres pensants car l’être pensant, selon lui, c’est l’homme (et que Dieu est quant à lui la connaissance infinie). De sorte que, si d’autres espèces intelligentes étaient un jour connues de nous, il faudrait, suivant Heidegger, les appeler des hommes.

Pour un heideggerien, ces considérations doivent passer pour de la vulgaire science-fiction. Voyons donc ce que sont les vues de Heidegger sur la science. Dans Science et méditation (Wissenschaft und Besinnung, 1953), texte d’une conférence recueilli dans ses Essais et conférences, Heidegger commence par dire que la notion d’objet de la pensée moderne, et en particulier de la science moderne, est totalement inconnue de la pensée grecque et de la pensée médiévale qui l’ont précédée. Cette surévaluation des différences entre les âges de l’humanité, s’agissant de notions fondamentales, est une façon de voir les choses que j’ai déjà contestée chez un auteur comme Paul Feyerabend, dans lxviii, auquel je renvoie. Chez Heidegger comme chez Feyerabend, elle a une dimension instrumentale, à savoir que, bien qu’elle soit contestable et faiblement étayée (elle est étayée principalement par l’interprétation de tournures de langage), elle sert de support à une thèse principale, qui est chez Feyerabend que les théories sont incommensurables (ce qui est prétendument démontré par l’incommensurabilité de la pensée hellénique avec la nôtre) et chez Heidegger l’idée somme toute similaire selon laquelle l’« objectité » de la science moderne n’est ni universelle ni essentielle puisque, par exemple, les Grecs avaient de tout autres notions. Une fois que Heidegger a répondu de cette manière aux prétentions (certes infondées) du scientisme, il peut donner son approbation à toutes les interprétations théoriques de ce dernier, comme celles de l’école de Copenhague, qu’il discute brièvement dans le texte précité, aussi contestables que soient de fait ces interprétations. Ce qui montre au fond son désintérêt pour ces questions, mais est tout de même dommage car en l’occurrence les insuffisances du scientisme ne sont pas avérées seulement dans l’ensemble et en gros, mais aussi dans le détail, où la contestation point par point est moins susceptible de passer pour un préjugé « de philosophes ».

En outre, Heidegger prend totalement au pied de la lettre l’expression de « sciences exactes » et, même s’il a raison de souligner que ce que ces sciences ont à dire n’est pas essentiel, c’est alors au prix d’une discursivité frénétiquement idiosyncratique. – L’une des influences de Heidegger, Edmund Husserl, décrivait déjà la « science moderne » comme un ensemble à la fois de « tâches infinies » et de « normes absolument valables » (La crise de l’humanité européenne et la philosophie, conférence de 1935), sans y voir la moindre contradiction, alors qu’une absolue validité doit être sous-tendue par la complétude, c’est-à-dire par des tâches, si tâches il doit y avoir, non seulement finies mais également achevées.

Aussi, l’explication de l’insuffisance des connaissances « anthropo-psychologiques » (290) et des connaissances empiriques et scientifiques en général, est bien plus simple que ce que croient avoir trouvé Heidegger comme Husserl, à qui elle a en réalité complètement échappé, et c’est que le concept d’un objet empirique n’est jamais défini, que la synthèse empirique est continue (les « tâches infinies » de Husserl), et que les normes dégagées par ces sciences, loin d’être valables absolument, ne le sont qu’à titre d’hypothèses pouvant prétendre au mieux à un « analogue de certitude », ainsi que je l’ai montré, à partir de la Logique de Kant, dans les précédents chapitres. Et comme évoqué dans les remarques préliminaires, le pouvoir de la technique ne dément pas cette réalité, car il procède simplement du fait que la technique consiste dans le travail de machines reproduisant à plus ou moins grande échelle les conditions limitées et isolées de la réduction expérimentale (où les hypothèses peuvent se vérifier avec la plus grande certitude possible).

Le pensée « quotidienne » (alltäglich) selon Heidegger est au fond un empirisme, même si l’observation est là trop peu systématique pour avoir un caractère de scientificité ; mais, dans les deux cas, c’est toujours un tissu de simples hypothèses, et ce fait suffit à établir que l’empirique n’est pas le vrai essentiel. Une essence qui se laisserait connaître doit être connaissable a priori.

viii

« La ‘logique’ est privée de son primat traditionnel au sein de la métaphysique. Sa notion est mise en question. » (299)

En imputant ce résultat à la Critique de la raison pure, Heidegger s’exonère de sa propre responsabilité. Même si l’on peut admettre avec lui qu’entre la première et la seconde édition de la Critique Kant a reculé sur la question de la place de l’intuition pure et de l’imagination transcendantale pour réaffirmer un primat de l’entendement, donc de la logique (et ce mouvement avait déjà été critiqué par Schopenhauer dans sa Critique de la philosophie kantienne), et même si, sans cela, le rôle transcendantal de l’intuition et de l’imagination ne relève en effet pas de la logique proprement dite, Kant n’en maintient pas moins le rôle de canon de la logique pour toute pensée, comme critère de la vérité aux côtés de l’intuition et de l’imagination. (Heidegger trouve dans l’imagination transcendantale la racine de ces deux facultés que sont l’intuition et l’entendement, mais cela n’ôte rien au fait qu’à la logique reste assigné le rôle d’« appréciation critique (Beurteilung) et rectification (Berichtigung) de notre connaissance » [Logique de Kant].)

Heidegger s’exonère donc de sa propre responsabilité tout en invoquant l’autorité de Kant pour faire accepter une façon passablement obscure de philosopher, en s’excusant sur l’effondrement supposé, en métaphysique, de la logique. Il me semble que c’est là quelque chose que l’on peut rattacher aux remarques de William James sur la philosophie de Hegel, à savoir qu’une pensée visionnaire (pour ne pas dire illuminée) rencontre naturellement des difficultés à trouver sa juste expression :

« For my own part, there seems something grotesque and saugrenu in the pretension of a style so disobedient to the first rules of sound communication between minds, to be the authentic mother-tongue of reason, and to keep step more accurately than any other style does with the absolute’s own ways of thinking. I do not therefore take Hegel’s technical apparatus seriously at all. I regard him rather as one of those numerous original seers who can never learn how to articulate. His would-be coercive logic counts for nothing in my eyes; but that does not in the least impugn the philosophic importance of his conception of the absolute, if we take it hypothetically as one of the great types of cosmic vision. » (A Pluralistic Universe, 1909)

L’intérêt de cette citation est double. Le premier intérêt se trouve dans la défense d’un théiste par un autre théiste, celui-ci passant à celui-là son style « grotesque » et « si contraire aux règles élémentaires de la communication » pour une raison que je crois ne pas être autre que leur théisme commun. Le second intérêt est que la pensée hégélienne ne pouvant en aucun cas, compte tenu de ce qui vient d’être dit, être considérée respecter la logique, James reproche à Hegel d’avoir entendu définir sa dialectique comme une logique. Car James est convaincu de son côté que la logique est un produit d’école qui cherche à claquemurer la réalité dans des cadres rigides et mesquins, et il considère que la dialectique hégélienne a rendu sa liberté première à la pensée en l’émancipant de ce carcan. Mais – et je commence à trouver que l’expression revient beaucoup sous ma plume dans ces chapitres (c’est la troisième fois) – n’est-ce pas jeter le bébé avec l’eau sale que d’abandonner la logique parce que des docteurs ès philosophie (tels que les scolastiques) en ont fait ou en font le plus grand abus ? Des savants capables d’abuser de la logique sont tout aussi capables d’abuser de la dialectique hégélienne.

Puisque Heidegger fait partie de ces mêmes élogeurs de la folie, anti-logiciens, que W. James, Feyerabend (j’en ai parlé en son lieu) et d’autres, il n’est sans doute pas le mieux placé pour appeler Schopenhauer et Nietzsche des hommes de lettres plutôt que des philosophes (dans Le dépassement de la métaphysique [Überwindung der Metaphysik] – comme il fallait s’y attendre, « dépassement » ici ne doit pas être entendu selon le sens ordinaire de ce mot, mais plutôt comme un dépassement de la métaphysique qui dans le même temps la fonde…)

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Annexe

Die Mathematik aber konstruieret nicht bloß Grössen (Quanta), wie in der Geometrie, sondern auch die bloße Grösse (Quantitatem), wie in der Buchstabenrechnung, wobei sie von der Beschaffenheit des Gegenstandes, der nach einem solchen Größenbegriff gedacht werden soll, gänzlich abstrahiert. Sie wählt sich alsdenn eine gewisse Bezeichnung aller Konstruktionen von Größen überhaupt (Zahlen), als der Addition, Substraktion usw., Ausziehung der Wurzel, und, nachdem sie den allgemeinen Begriff der Größen nach den verschiedenen Verhältnissen derselben auch bezeichnet hat, so stellet sie alle Behandlung, die durch die Größe erzeugt und verändert wird, nach gewissen allegemeinen Regeln in der Anschauung dar; wo eine Größe durch die andere dividieret werden soll, setzt sie beider ihre Charaktere nach der bezeichnenden Form der Division zusammen usw., und gelangt also vermittelst einer symbolischen Konstruktion eben so gut, wie die Geometrie nach einer ostensiven oder geometrischen (der Gegenstände selbst) dahin, wohin die diskursive Erkenntnis vermittelst bloßer Begriffe niemals gelangen könnte.

Kritik der reinen Vernunft, Methodenlehre I. Hauptstück I. Abschnitt

Americanismos IV

Suite, et cette fois probablement fin, de notre glossaire d’américanismes tirés du Diccionario general de americanismos (1942) du Mexicain Francisco J. Santamaría et traduits en français. Je poursuivrai peut-être la série si je peux consulter d’autres ouvrages de la même ampleur, ou bien plus spécialisés.

Mes observations se trouvent entre crochets [ ]. Les citations littéraires sont le fruit de mes lectures (elles font chacune l’objet d’un paragraphe particulier, contrairement aux citations de Santamaría lui-même, dans la partie encyclopédique de son travail). Enfin, les photos ont été trouvées sur internet.

Por más Americanismos, véase Index.

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Acayote (m). Especie de pipa, de carrizo, en que fumaban los antiguos mejicanos.

Espèce de pipe en roseau dans laquelle fumaient les anciens Mexicains.

Acordada (f). Especie de santa hermandad establecida en Méjico en 1710, para aprehender y juzgar a los salteadores de caminos, que duró hasta 1812.

Espèce de sainte-hermandad établie au Mexique en 1710 pour appréhender et juger les bandits de grand chemin, qui dura jusqu’en 1812. [Une hermandad, dans l’Espagne médiévale, était une milice armée à compétence juridictionnelle et, contrairement à la Sainte-Vehme des États germaniques qui y ressemble, ayant un caractère officiel plutôt que celui d’une société secrète.]

Amalciga (f). (Voz indígena) Nombre que usan en las Californias para expresar isla nebulosa.

(Mot indigène) Nom désignant en Californie et Basse-Californie une île couverte de brume.

Animita (f). En Cuba, insectillo conocido con otro nombre por aguacero (insecto semejante al cocuyo; especie de luciérnaga que tiene dos lucecillas fosfóricas traseras).

Animita, cocuyo

« Petite âme », nom donné à Cuba à un petit insecte également connu sous le nom d’aguacero, ressemblant au cocuyo ; il s’agit d’une espèce de luciole possédant deux petites lumières phosphoriques à l’arrière de la tête. [Animita est le diminutif d’ánima, qui est l’un des termes pour dire « âme » en espagnol et s’applique particulièrement aux âmes des défunts, si bien que le nom de cette luciole communique poétiquement l’idée d’une visite de défunts sur la terre.]

Armas o Armados (mpl). Nación de indios caribes que habitaba en la hoya del río Cauca, en Colombia. Los llamaron así los españoles porque usaban armaduras y cascos de oro batido.

« Armes » ou « Armés », nom d’une nation d’Indiens Caraïbes qui habitaient le bassin du Río Cauca, en Colombie. Les Espagnols les appelaient ainsi parce qu’ils se servaient d’armures et de casques en or battu.

Atarra (f). En Costa Rica, abejita que fabrica enormes panales negros en las ramas de los árboles; produce bastante miel ordinaria.

Au Costa Rica, petite abeille fabriquant d’énormes ruches de couleur noire dans les branches des arbres ; elle produit de grandes quantités de miel ordinaire.

Botoque (m). En el Brasil, el tembetá, palito con que algunos indios salvajes se cruzan el labio inferior.

Nom du tembetá au Brésil, bâtonnet de bois dont certains Indiens se percent la lèvre inférieure.

Cachupina (f). En Colombia: «Este nombre se dio en la guerra civil de 1860 a una especie de chaleco de cuero crudo que se aplicaba fresco o húmedo sobre la piel desnuda de los prisioneros, y producía al secarse los más crueles tormentos.» (Tascon, Dicc. de prov.)

« Espagnole ». En Colombie, « pendant la guerre civile de 1860, on donna ce nom à une sorte de gilet de cuir non tanné que l’on applicait humide sur la peau nue des prisionniers et qui produisait en séchant les souffrances les plus atroces ». [Gachupín ou cachupín est le nom par lequel on désigne en Amérique latine un Espagnol de manière méprisante.]

Calaín (m). ant. En Méjico, metal amarillo, procedente de la China.

Anciennement, au Mexique, un métal jaune originaire de Chine. [Il s’agit, d’après mes recherches, d’un certain alliage importé de Macao pendant l’époque coloniale pour la réalisation de pièces métalliques à l’usage d’églises mexicaines, un alliage qui n’était connu alors que sous ce nom, vraisemblablement d’origine chinoise. Je suppose que le métal de ces pièces (telles que la grille du chœur de la cathédrale de Mexico) a depuis lors pu être identifié, et porte éventuellement un nom moins exotique, tel que bronze ou autre.]

Cambures (mpl). En Venezuela, almohadillas en forma del fruto cambur [el plátano camburí], que las mujeres usaban en el tocado, a los lados de la cabeza. Bananas, en la Argentina; pompadur.

« Bananes ». Au Vénézuela, petits pompons en forme de banane (de la variété cambur) dont les femmes ornaient leur coiffe, de chaque côté de la tête. Également connus sous le nom de pompadour. [Bananes pompadour, en somme.]

Canapiare (m). (Voz car.) En Venezuela, especie de iguana, de color oscuro, de la cual se cuenta que destruye las serpientes venenosas.

Au Vénézuela, une espèce d’iguane de couleur sombre dont on dit qu’il s’attaque aux serpents venimeux.

Capiango (m). En Argentina, animal terrorífico y fantástico. 2 Voz lunfarda que significa ladrón.

En Argentine, un terrifiant animal légendaire. [Il s’agit, pour être un peu plus précis, d’une sorte de lycanthrope, d’un homme-jaguar.] 2 Terme d’argot argentin servant à désigner un voleur.

Catedrático (adj. y s.). En Guayaquil llaman así al que ha nacido en calles próximas a la catedral de la ciudad.

« Cathédral ». À Guayaquil on nomme ainsi celui qui est né dans les rues adjacentes à la cathédrale de la ville. [À noter que le terme est en espagnol la désignation la plus courante d’un professeur d’université, dans la mesure où l’espagnol cátedra désigne aussi bien une cathèdre ecclésiastique qu’une chaire d’université. J’ignore cependant si le fait donner ce nom, « professeur », aux personnes susmentionnées comporte un élément d’ironie, dans un sens ou dans l’autre.]

Cazón (m). Entendemos todavía en las Antillas y en la costa oriental de Méjico por cazón el tiburón joven hasta de un año, mientras vive casi exclusivamente en aguas dulces.

On appelle encore cazón de nos jours, dans les Antilles et sur la côte orientale du Mexique, le jeune requin de moins d’un an, qui vit presque exclusivement en eau douce. [On trouve parfois ce mot traduit par « roussette », ou chien de mer, ce qui ne semble pas correspondre à la présente définition, même dans le cas où seul ce dernier requin, la roussette, aurait un tel comportement lors de sa croissance. Par ailleurs, la raison pour laquelle Santamaria trouve bon de dire qu’on appelle « encore » de cette manière le jeune requin, m’échappe.]

Cazueleja (f). En Méjico, candileja que se usa para alumbrar en algunos pueblos del interior y que consiste en una pequeña vasija en que se pone aceite u otro combustible para que ardan una o más mechas. Antiguamente estaba reservada para iluminar el exterior de las iglesias, en las festividades pueblerinas.

Au Mexique, lampion utilisé dans certains villages de l’intérieur et consistant en un petit bol rempli d’huile ou d’un autre combustible pour y faire brûler une ou plusieurs mèches. Son usage était naguère réservé à l’illumination de l’extérieur des églises lors des fêtes villageoises.

Cojoba (f). (Del caribe cohoba, o de cohiba, tabaco) Rapé narcótico que los naturales de las Antillas preparaban de las semillas de una planta leguminosa (Piptadenia peregrina), llamada del mismo modo y también palo de fierro, muy semejante a la quiebrahacha o quebracho. Le usaban particularmente en sus ceremonias religiosas. 2 Ceremonia religiosa en que los indios antillanos consumían el rapé de este nombre.

Sorte de tabac à priser d’effet narcotique que les Indiens des Antilles préparaient à partir des graines d’une certaine plante légumineuse (Piptadenia peregrina) du même nom, ou bien encore appelée bois de fer, très semblable au teck d’Amérique. Ils l’utilisaient en particulier lors de leurs cérémonies religieuses. 2 Cérémonie au cours de laquelle les Indiens des Antilles consommaient le tabac à priser de ce nom.

Coloradilla (f). Garrapata pequeñísima de color rojizo, que en cantidad asombrosa se encuentra en las regiones cálidas de la América ístmica.

« Petite rouge », minuscule tique de couleur rougeâtre que l’on trouve en quantités phénoménales dans les régions chaudes de l’isthme américain.

Cuitlacoche (m). (Del azt. cuitlatl, excremento, y cochtli, dormido / Ustilago maidis) En Méjico, tizón de maíz, hongo parásito que se desarrolla en la mazorca degenerada; es comestible y se le atribuyen propiedades abortivas entre la gente del campo. 2 Por extensión, la mazorca misma del maíz, degenerada en tal forma y por causa de tal hongo. También cuitacoche, cuitacochi, cuitlacochi.

Au Mexique, charbon du maïs, un champignon parasite qui se développe sur l’épi de la plante ; il est comestible et les gens de la campagne lui attribuent des propriétés abortives. 2 Par extension, l’épi de maïs lui-même, infecté et endommagé par ce champignon.

Cuitzongo (m). Bebida fuertamente embriagante, del interior de Méjico, que en Michoacán y Jalisco se conoce también por «la excomunión», por haberla prohibido con esta pena un prelado.

Une boisson très enivrante de l’intérieur du Mexique également connue dans les États de Michoacan et Jalisco sous le nom de « l’excommunion » pour avoir été interdite de cette façon par un certain prélat.

Curupa (f) o Curupay (m). (Del guar. curupaib, árbol del hechizo / Piptadenia sebil.) Planta leguminosa, poco conocida en Europa, que algunos indios, especialmente los omaguas, emplean para producirse una especie de embriaguez que les dura un día entero y produce ensueños agradables, y cuya corteza se usa en curtiduría.

(Du guarani : l’arbre du sortilège) Plante légumineuse, peu connue en Europe, que certains Indiens, et spécialement les Omaguas, utilisent pour produire une ivresse qui leur dure un jour entier et produit des rêves agréables. Son écorce est employée en tannerie.

Chaclolo o Chacolol (m). (Voz soque) Nombre vulgar que en el Estado de Chiapas, en Méjico, dan al huancanalá o árbol de la cera (Myrica mexicana, M. pringlei), planta miricácea propia de la región ístmica continental. La cera que produce en gran cantidad y por simple decocción del fruto, se usa como adulterante de la cera de abejas y para hacer velas.

Nom vulgaire donné dans l’État du Chiapas, au Mexique, à l’« arbre à cire », plante myricacée de la région isthmique continentale. La cire qu’elle produit en grande quantité et par simple décoction du fruit sert à adultérer la cire d’abeille ainsi qu’à fabriquer des bougies.

Chalchihuite o Chalchigüite (m). (Del azt. chalchihuitl, esmeralda basta) Piedra preciosa de América del Norte, de color vario. La variedad más estimada es la verde.

[Bajo la forma Calchihuite] «Días en cuyas noches se derrite/ la luna como turbio calchihuite» (Juan José Tablada, en su poema El ídolo en el atrio)

Xolotl de chalchihuite

(De l’aztèque : émeraude brute, ou jade) Pierre précieuse de l’Amérique septentrionale, de couleurs variées et dont la variété la plus estimée est la verte. [Les Aztèques se servaient du jade pour réaliser de nombreux objets précieux, comme cette statuette du dieu Xolotl, l’accompagnateur du soleil et des âmes dans l’inframonde.]

Chalero (m. y f.). Persona fumadora de chala (en Sur América, hoja que envuelve la mazorca del maíz, ya esté verde, ya seca, y la hoja seca misma o paja de la planta). 2 Animal que gusta mucho de comer chala.

Personne fumeuse de feuilles de maïs. 2 Animal qui aime beaucoup manger les feuilles de maïs.

Chihue (m). En Chiloé, un pájaro imaginario, nocturno, negro, de mal agüero.

À Chiloé, un oiseau imaginaire, nocture, de couleur noire et de mauvais augure.

Chimal (m). Aztequismo que designa la rodela que usaban los indios mejicanos. 2 Por extensión, actualmente, en regiones del interior, en Méjico, copete o cabellera alborotada, el pelo parado.

Aztéquisme désignant le bouclier des anciens Mexicains. 2 Par extension, aujourd’hui, dans les régions de l’intérieur du Mexique, épis, ou cheveux en désordre.

Chivín (m). En Chile, lamas, hojas y tierra, o raíces fibrosas y entretejidas de las gramineas que, en red tupida, forman una superficie casi firme encima de las aguas estancadas; o a modo de islas flotantes, que soportan hasta el peso de un caballo y que se despreden de las orillas por las oscilaciones que el viento causa en el agua.

Au Chili, amas compact d’algues, de feuilles et de terre, ou de racines de graminées fibreuses et entremêlées formant sur les eaux stagnantes une surface presque ferme ou bien des îles flottantes qui peuvent supporter jusqu’au poids d’un cheval, détachées des rives par les oscillations du vent sur les eaux.

Chontapiros, Chontaquiros, Piros o Simirinebes (mpl). Indígenas salvajes del Perú, que tienen la costumbre de pintarse los dientes de negro con palo de chonta y que viven en las márgenes del Ucayali.

Indiens sauvages du Pérou, qui ont pour coutume de se teindre les dents en noir avec du bois de palmier pêche (chonta) et vivent sur les rives du fleuve Ucayali.

De profundis (m). En Chile, antesala del comedor de ciertas comunidades religiosas, en que se detiene la comunidad a rezar el De profundis. 2 En Chile, cementerio subterráneo de comunidad religiosa.

Au Chili, vestibule du réfectoire de certaines communités religieuses, où la communité s’arrête (en chemin vers le réfectoire) pour réciter le De profundis. 2 Au Chili toujours, cimetière souterrain d’une communauté religieuse.

Encamisada (f). Diversión popular que se celebra en Honduras, poniendo cohetes y bombas en un armatoste a lomo de un toro que se soltaba a tiempo que aquellos disparaban.

Distraction populaire du Honduras qui consistait à placer sur le dos d’un taureau un harnais pourvu de pétards et de feux d’artifice [la « chemise » ou camisa du nom de cette réjouissance primitive] de façon à faire bondir l’animal à chaque explosion.

Enguixarse (vpr). Sentir en la boca la picazón peculiar producida por el aguamiel del maguey y aun por algunos frutos.

Sentir dans la bouche le picotement particulier produit par l’aguamiel de maguey ainsi que par quelques autres fruits. [On pourrait ajouter, pour rendre le propos plus familier, le picotement du coca-cola, pour lequel les Anglo-Saxons ont adopté, dans un sens comparable, l’adjectif crisp.]

Ensabanado (m. y f.). En Méjico, persona del pueblo bajo que suele andar envuelto en una simple cobija. Desusado hoy. 2 En Cuba, bruja, disfrazado que en ciertas celebraciones hace travesuras nocturnas.

« Drapé, Endrapé ». Au Mexique, personne du menu peuple qui ne possède pour l’ordinaire d’autre vêtement qu’une couverture. Terme tombé en désuétude. 2 À Cuba, sorcière, personne costumée commettant toutes sortes de diableries lors de certaines célébrations.

Escaupil (m). Jubón o chaqueta de algodón basteado que usaban a manera de armadura defensiva los antiguos mejicanos. Usáronla también en Colombia, y aun los españoles.

Pourpoint ou veste de coton faufilé que portaient en guise d’armure les anciens Mexicains. Elle était également utilisée en Colombie, ainsi que par les Espagnols.

Escuerzo (m). Nombre específico de un batracio, rana o sapo, en la Argentina. Es verde, mediano; se infla, a la vez que se irrita, hasta reventar (Ceratophrys ornata).

Nom d’un batracien de l’Argentine, la grenouille cornue, de couleur verte et de taille moyenne. Elle gonfle en s’irritant, jusqu’à éclater. [Je ne retrouve pas ce dernier trait dans les brèves descriptions en ligne que j’ai lues au sujet de ce batracien mais, s’il ne s’agit pas d’une contamination des naturalistes hispanoaméricains par les écrits de La Fontaine, c’est peut-être un cas véridique corroborant l’imagination du fabuliste.]

Estampa (f). En el Méjico colonial, y hasta antes de las Leyes de Reforma, imagen religiosa que se grababa o empotraba en la pared de la espalda de los templos, cuando ésta daba a una calle, la cual generalmente tomaba el nombre de la estampa: calle de la Estampa de Regina. Por las noches se iluminaba, para indicar que los creyentes se arrodillasen al pasar. La estampa señalaba el lugar que por dentro correspondía al sagrario.

« Estampe ». Dans le Mexique colonial et jusqu’aux « lois de réforme » [lois de séparation de l’Église et de l’État de 1859-1863], image religieuse gravée ou scellée dans le mur arrière d’une église lorsqu’il donnait sur une rue, laquelle prenait alors généralement le nom de l’image : par exemple, rue de l’estampe de la Regina. Ces images étaient illuminées la nuit pour inviter les croyants à faire une génuflexion en passant. L’« estampe » signalait le lieu correspondant, à l’intérieur de l’église, au sanctuaire.

Estanquero (m y f). En Cuba, empleado de una valla de gallos, con funciones principales de juez de lidia.

À Cuba, employé d’une arène de combats de coqs, dont la fonction principale est d’arbitrer les combats.

Estepal (m). (Del azt. eztli, sangre, y tepetl, pedernal) En Méjico, especie de jaspe rojo o ágata manchado de verde. Ezterí (m). En Méjico, especie de jaspe verde con puntos de color de sangre.

(De l’aztèque : pierre de sang) Au Mexique, espèce d’agathe ou de jaspe rouge tacheté de vert. Ezterí. Au Mexique toujours, espèce de jaspe vert tacheté de rouge.

Guanín o Guañín (m). (Voz indantillana) Lámina metálica, distintivo de su dignidad que llevaban colgado al cuello los caciques isleños. 2 En las Antillas y costas caribeanas continentales de Sur América, los colonizadores llamaro así el oro de baja ley fabricado por los indios. 3 Por extensión, joya fabricada por los mismos indios con este oro.

«Y podían rescatar o haber en otra cualquiera manera/ oro e plata e guanines y otros metales/ e aljófar y piedras preciosas y perlas/ e monstruos e serpientes y animales/ e pescado e aves y especería… (yo el Rey)» (Ernesto Cardenal, El estrecho dudoso)

(Mot d’origine indienne, aux Antilles) Lamelle métallique, signe distinctif de la dignité des caciques des îles, qu’ils portaient autour du cou. 2 Aux Antilles et sur les côtes caraïbes continentales d’Amérique du Sud, les colonisateurs appelèrent ainsi l’or de piètre qualité produit par les Indiens. 3 Par extension, bijou fabriqué par les Indiens avec cet or.

Guzpatara (f). Nombre de una especie de lepra bastante común en las Antillas.

Nom d’une lèpre assez commune aux Antilles.

Hurivarí (m). En las Antillas, huracán súbito acompañado de descargas eléctricas.

Aux Antilles, ouragan subit accompagné de décharges électriques. [Le terme ressemble fortement à charivari et hourvari en français. L’Académie espagnole ne connaissant pas cet américanisme, elle n’est pas en mesure d’en proposer une étymologie, et donc moi non plus.]

Imilla (f). En Bolivia, muchacha que las rancherías de indígenas llevan semanalmente para el servicio doméstico. 2 En Méjico se llamaba así en épocas pasadas la mocita indígena al servicio del fraile.

[En el sentido más general de «joven indígena», dado por el autor mismo (el boliviano A. Céspedes) o su editor] «Para lavar, la imilla, colorada como una prieta manzana, se había quitado la manta y el rebozo, dejando cubierto el busto sólo con la camisa de tocuyo que los senos musculosos inflaban, y descubiertos los morenos brazos grasosos.» (Augusto Céspedes, Metal del diablo)

En Bolivie, jeune femme que les communautés indigènes libèrent pour un service hebdomadaire d’employée de maison. 2 Au Mexique on appelait ainsi, dans le passé, la petite indigène au service d’un moine.

Indios de montaña o arcaicos (mpl). Denominación de los indios que se hallaban en la región montañosa de Méjico a la llegada de los españoles.

« Indiens de montagne », ou « archaïques », dénomination des Indiens qui vivaient dans les montagnes, au Mexique, à l’arrivée des Espagnols.

Indios harpías (mpl). Indios feroces que viven en el territorio de Ucayali, en el Perú.

« Indiens harpies ». Indiens féroces qui vivent sur le terriroire d’Ucayali, au Pérou.

Islaúl (m). En la región del sureste de Méjico (Tabasco, Chiapas, etc.), bella planta apocinácea, de flores blancas tubulares, de muy grata fragancia, que la gente campesina gusta de sumergir en el agua en que se bate el pozol, para dar a este bebida un aroma peculiar muy delicioso. Dícese también islaúr. (Stemmadenia bella)

Dans le Sud-Est du Mexique (Tabasco, Chiapas…), belle plante de la famille des apocynacées, aux fleurs blanches tubulaires et au parfum très agréable, que les gens de la campagne ajoutent à l’eau dans laquelle est préparé le pozol (une boisson traditionnelle : voir Pozonque, à Xochistle, Américanismes II) pour donner à cette boisson un arôme particulier, très savoureux.

Jazmín rosa (m). Nombre que se da, en Tabasco (Méjico), a la gardenia.

« Jasmin-rose », nom du gardénia, dans l’État de Tabasco (Mexique).

Jíbaro (adj). «Todavía se recuerda la sublevación de estos indios en 1599, que exterminó poblaciones enteras de cristianos. El idioma de estos salvajes tiene nombre para todos los animales y vegetales de la fauna y flora amazónica, y los religiosos salesianos, especialmente, se han dedicado al estudio de esta habla, habiendo fundado en Gualaquiza (Ecuador), uno de los primeros centros misioneros con este objeto. ‘Idioma duro, que para aprenderlo, es necesario mucho ejercicio con los mismos jíbaros, porque tienen un modo muy especial y propio de expresar sus ideas’, dice el P. Salvador Duroni, en su ‘Diccionario de bolsillo del idioma jíbaro’, publicado en Cuenca, ciudad del Ecuador, en 1928.» (Malaret, 1932)

« On se rappelle encore du soulèvement de ces Indiens en 1599, qui conduisit à l’extermination de villages entiers de chrétiens. Leur language possède un nom pour chaque animal et chaque plante de la faune et de la flore amazoniennes, et les religieux salésiens, en particulier, se sont consacrés à l’étude de cet idiome, ayant fondé à Gualaquiza (Équateur), un de leurs premiers centres missionnaires à cette fin. ‘C’est une langue difficile dont l’apprentissage requiert une grande pratique avec les Jivaros eux-mêmes, car ils ont une façon très spéciale d’exprimer leurs idées, qui leur est propre’, écrit le père Salvador Duroni, dans son Dictionnaire portatif de la langue jivaro, publié à Cuenca, ville de l’Équateur, en 1928. » (Malaret, 1932)

Jolotón (m). Manto blanquísimo, adornado con primor, que sirve como rebozo a las mujeres de origen azteca, en el pueblo de Tuxpan, en Jalisco (Méjico).

Mante d’une blancheur éclatante, ornée de manière exquise, qui sert de châle aux femmes d’origine aztèque dans la localité de Tuxpan, à Jalisco (Mexique).

Liderismo (m). Tendencia perniciosa a hacerse líder de las clases obreras o trabajadoras, o en política, por lo común con el propósito velado y avieso de explotarlas y hacer de ello una manera cómoda y fácil de vivir sin trabajar.

Tendance pernicieuse à vouloir se faire leader des classes ouvrières ou en politique, généralement dans le but secret et torve d’exploiter les travailleurs, comme une façon commode et facile de vivre sans travailler.

Limpiacaimán (m). En Venezuela, nombre vulgar de un pajarillo del cual se cuenta que se introduce en las fauces del caimán y aun se alimenta dentro de ella, de los restos de comida que mantiene; como se dice de una especie de alcaraván, respecto de los cocodrilos del Nilo.

« Nettoie-caïman ». Au Vénézuela, nom vulgaire d’un petit oiseau dont on dit qu’il s’introduit dans la gueule du caïman et se nourrit à l’intérieur de celle-ci des restes de nourriture qui s’y trouvent, comme on raconte qu’un certain œdicnème, le courlis de terre, le fait avec les crocodiles du Nil.

Llampo (m). (Del quichua llamppu, blando, suave; en aimará llamppo) En Chile, metal que sale de las minas en forma de tierra; polvo o tierra metalífera que suele hallarse en las oquedades o partes blandas.

[Con la forma llampu] «Ruido de hervor, de golpes, un ensordecedor tropel de sonidos se eslabonaba, conforme avanzaba la comitiva a ver los cernidores que nuevamente seleccionaban el mineral, dividido por su espesor en granza y llampu, que seguían caminos distintos, pasando a nuevos molinos mecánicos por otras correas que recogían el mineral grueso y dejaban el más suave, que a su vez pasaba a las mesas donde se seleccionaba la arena, quedando la parte metálica más fina para ser aún mayormente concentrada en los jiggs, elevada a los clasificadores, bajada a los concentradores, conducida a los arrastres y decantada.» (Augusto Céspedes, Metal del diablo)

(Du quechua : mou, doux) Au Chili, métal qui sort des mines sous la forme de terre ; poussière ou terre métallifère que l’on trouve d’ordinaire dans les cavités ou les parties plus molles.

Lliclla (f). (Voz arauc.) En el Perú, quillango; manta o mantilla de lana, algunas de las cuales son de tejido primoroso; la usan las indias prendida con el topo.

[Con la forma llijlla y en el sentido de «tejidos indígenas de colores», dado por el autor mismo o su editor] «De pronto, la mina dio en boya y la viuda, instantáneamente enriquecida, compró una casa de dos pisos y el día de su cumpleaños hizo cubrir todo el frontis de la mansión con mantas y llijllas de colores, ensartadas de monedas y objetos de plata, ofreciendo una gran recepción.» (Augusto Céspedes, Metal del diablo)

«Por ella io tongo, mi virgen churita / un rancho ‘e piegra qui aguanta el azote, / dondi hai lliclla p’al invierno crudo, / y no falta changua, ojota y picote.» (J.I., poema Plegaria coya, en Poetas depuestos: Antología de poetas peronistas de la primera hora, 2011)

Lliclla

(Mot araucan) Au Pérou, mante ou mantille de laine, dont certains exemples sont tissés de manière extraordinaire ; les Indiennes la maintiennent attachée avec le topo ou broche traditionnelle.

Macuagüil (m). Arma ofensiva de los antiguos indios mejicanos : era una especie de hoja basta, de una vara de largo y de cuatro dedos de ancho, armada por una y otra parte de pedazos agudos de obsidiana o de pedernal, fijos en ella con goma laca.

Arme offensive des anciens Mexicains : c’était une sorte de planchette d’environ 80 centimètres de long et quelques centimètres d’épaisseur, hérissée de part et d’autre d’éclats d’obsidienne ou de pierre fixés par de la gomme-laque.

Malva té (f). En Méjico y Cuba, la planta llamada en Panama; té de perla en el Salvador; escoba blanca en Puerto Rico (Corchorus siliquosus).

« Mauve-thé ». Au Mexique et à Cuba, la plante que l’on appelle « thé » au Panama, « thé de perle » au Salvador, et « balai blanc » à Porto Rico.

Mamarracho (m). En Cuba, máscara grotesca y ridícula que sale en las comparsas de carnaval. Mamarrachar (v.i). En Cuba, mezclarse o tomar parte en las fiestas o diversiones de los mamarrachos.

À Cuba, masque grotesque et ridicule que l’on sort pendant les fêtes du carnaval. Mamarrachar. Se mêler ou prendre part aux fêtes et réjouissances caractérisées par ces masques.

Margariteño (adj y s). Indio de una antigua tribu incursionista y pirata, que habitó la isla Margarita (Venezuela) en la época prehispánica.

Indien membre d’une tribu pirate et belliqueuse qui habitait sur l’île Margarita, au Vénézuela, à l’époque préhispanique.

Nevadero (m y f). Nombre que se da en Méjico a los indios que se ocupan en traer nieve en bloques de las faldas del volcán del Popocatépetl a Amecameca y otros puntos cercanos. Fue práctica antigua, que hoy ha caído en desuso.

Nom donné au Mexique aux Indiens dont l’occupation est de ramener de la glace en blocs des flancs du volcan Popocatepetl jusqu’à la municipalité d’Amecameca et autres lieux voisins. C’est une pratique ancienne, tombée en désuétude de nos jours.

Obiubí (m). (Nyctipithecus) En Venezuela, cierta especie regional de mono nocturno, de cara casi negra, muy triste y que pasa el día durmiendo con las cabeza entre las piernas.

Au Vénézuela, une certaine espèce régionale de singe nocturne, au visage presque noir et d’aspect fort triste, qui passe le jour à dormir la tête entre les jambes.

Oblata (f). Se da este nombre a la monja de cierta orden religiosa de mujeres de color, profesa, que se fundó en Cuba, y que actualmente sólo perdura en los Estados Unidos del Norte.

« Oblate ». On donne ce nom à la religieuse d’un certain ordre de femmes de couleurs, professes, qui fut fondé à Cuba et n’existe plus aujourd’hui qu’aux États-Unis du Nord.

Piedra del inca (f). Una pirita que se halla en los sepulcros de los antiguos peruanos.

Une certaine pyrite que l’on trouve dans les tombeaux des anciens Péruviens. [Selon certaines sources en ligne, il s’agit de la rhodochrosite, un beau minéral de couleur rose.]

Pinta (f). Predicción popular que se hace del año, de acuerdo con el tiempo y condiciones climatológicas de los doce primeros días de enero, que representan los doce meses del año; cabañuelas. La repinta es la predicción fundada en doce días siguientes a la pinta, del 13 al 24, que representan nuevamente el año y confirman aquélla.

Prédiction populaire concernant l’année à venir qui se fait à partir du temps et des conditions climatologiques des douze premiers jours de janvier, représentant les douze mois de l’année ; également appelée las cabañuelas. La repinta est la prédiction fondée sur les douze jours suivants, du 13 au 24 janvier, qui représentent de nouveau l’année et confirment la pinta.

Pinto (m). «Mal del pinto», muy conocida afección, especie de tiña escamosa, muy fea, padecida en ciertas regiones de tierra caliente y a determinada altura sobre el nivel del mar; carate. Pintos (mpl). Indios de Oajaca y Guerrero, en Méjico, y de Nicaragua, pertenecientes a tribus muy antiguas, que presentan en la piel manchas blancas sobre fondo oscuro, o viceversa, efecto del carate, tiña o mal del pinto. Son famosos los machetes forjados por los pintos de Oajaca.

«Y el soldado rapaz, el fraile ignaro, El tornadízo de judio y moro, El juez venal, el mercader avaro, Echando al mar vergüenza, fé y decoro, Fueron á aquella tierra á vender caro Fé, justicia, hasta su alma á cambio de oro: Y de mal estos gérmenes distintos Dieron entre los indios y los pintos. (…) El pinto, que es de Méjico el leproso, Nace manchado el cuerpo macilento De herpéticos lunares movedizos, Ecsudacion de virus pegadizos.» (José Zorrilla, El drama del alma, libero primero, XX-XXI)

Maladie bien connue, sorte de teigne squameuse très laide à voir, endémique dans certaines régions de terre chaude et à une altitude déterminée au-dessus du niveau de la mer. Pintos. Indiens d’Oajaca et de Guerrero, au Mexique, ainsi que du Nicaragua, appartenant à des tribus très anciennes et qui présentent sur la peau des taches blanches sur fond sombre, ou inversement, effet du mal del pinto. Les machettes forgées par les Pintos d’Oajaca sont fameuses. [Dans son poème El drama del alma, cité plus haut, Zorrilla les appelle les « lépreux » du Mexique, et il tient à les distinguer des Indiens, évoquant à plusieurs reprises « les Indiens et les Pintos », comme si ceux-ci formaient une race à part, un peu comme les cagots du nord de l’Espagne et du midi de la France, cette race de parias dont on disait qu’ils étaient lépreux (voir, au sujet de la « race maudite » des cagots, la partie qui leur est consacrée dans mon essai). Il est à noter que le détail évoqué par Santamaria quant à la très grande ancienneté de ces Indiens pourrait accréditer l’idée d’une origine distincte de celle des Indiens qui les entourent.

Poporo (m). (Voz car.) Calabacilla o taparita que los aborígenes de Venezuela, Perú y Bolivia usan para llevar la coca, o las hojas de hayo, desmenuzadas, mezcladas con cal y ceniza, para mascar. En Venezuela se llama también baparón. [Vease también Llicta: Americanismos II.] 2 Arma a modo de porra, que usaban diversas tribus de origen caribe.

Petit récipient que les Indiens du Vénézuela, du Pérou et de Bolivie se servent pour transporter la coca ou bien le hayo, feuilles de coca émiettées, mêlées de chaux et de cendre, à mâcher. On l’appelle également baparón au Vénézuela. 2 Arme, sorte de casse-tête de diverses tribus d’Indiens Caraïbes. [Pour d’autres termes relatifs à l’usage de la coca, voir Llicta : Americanismos II. Ce dernier terme en particulier, llicta, semble être synonyme de hayo qu’on trouve ici.]

Pupusa (f). (Voz quichua / Werneria digitata) Planta silvestre que crece en la cordillera de los Andes, en Perú y Chile, empleada eficazmente para combatir los accidentes de puna y las indigestiones. [Vease Soroche, el mal de puna: Americanismos I.]

Plante sylvestre qui pousse dans la cordillère des Andes, au Pérou et au Chili, employée efficacement pour combattre le mal de puna (le vertige de la cordillère) ainsi que les indigestions. [Voir Soroche : Americanismos I.]

Putraguén o Putraiguén (m). En Chile, pantano hondo con lama en la superficie. Dícese también putchaguén.

Au Chili, marais profond et limoneux à la surface. On dit aussi putchaguén.

Sinfonía (f). En Méjico, preludio que tocan los músicos populares, especialmente los mariachis, antes de empezar a cantar, y que se repite después del canto.

Au Mexique, prélude instrumental des musiciens populaires, en particulier des mariachis, avant la chanson, et qui se répète à la fin de ce dernier.

Tití verde (m). El saimirí (Samiri sciureus).

« Titi vert », le saïmiri ou singe-écureuil.

Tlema (m). Braserillo de barro usado por los aztecas, en el cual ardía el incienso en aras de los dioses en los oratorios.

Petit brasero en terre cuite utilisé par les Aztèques, dans lequel ils brûlaient l’encens sur l’autel des idoles, dans leurs temples.

Tunjo (m). En Colombia, objeto de oro hallado en las sepulturas de los indios.

En Colombie, nom des objets en or que l’on trouve dans les sépultures indiennes.

Tutul-xius (mpl). Indios toltecas que se establecieron en Yucatán después de los itzaes.

Indiens Toltèques qui s’établirent dans le Yucatan après les Itzá.

Uros (mpl). Indios del Perú, que habitaban en las proximidades del lago Chiquito, a mediados del siglo XVII, en el Callao. Se extendían hasta Bolivia y las islas del lago Titicaca y la provincia de Oruro, donde hoy se les encuentra todavía. Son grandes navegantes de balsas, ocupación de la cual viven principalmente, de la pesca y de la fabricación de esteras (…) habitan en caseríos especiales, en aislamiento de los aimaraes y quichuas del contorno. Hablan el puquina, una de las cuatro grandes lenguas incaicas. Les llaman los gitanos del lago, por sus costumbres nómadas sobre las balsas.

Indiens du Pérou qui habitaient les bords du lac Chiquito vers le milieu du 17e siècle, dans le Callao. Ils s’étendaient jusqu’en Bolivie et aux îles du lac Titicaca et la province d’Oruro, où on les trouve encore de nos jours. Ce sont des mariniers, ce qui est la principale occupation dont ils vivent, avec la pêche et les travaux de vannerie (…) Ils habitent leurs propres villages, isolés des Aymaras et des Quechuas des alentours. Ils parlent puquina, une des quatre grandes langues incaïques. On les surnomme « les gitans du lac », en raison de la vie nomade qu’ils mènent sur leurs radeaux ou péniches.

Septembre 2017

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