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Philosophie 16 : Paraphrases de Kant & Autre

L’homme est un être de passion : ceux qui n’ont pas de hautes passions ont des passions basses.

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Le talent pâtit de la proximité de la médiocrité, mais pas la pensée.

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Le concept de l’homme compris philosophiquement, c’est qu’il vit devant un Dieu. (Voyez Le Hegel de Kojève x)

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Un progrès infini signifie que nous souffrirons toujours et toujours autant.

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La croyance à la perfection dans le temps est plus contraire à la négation du vouloir-vivre que la foi en Dieu. (Même si Hegel montre que des dogmes religieux peuvent avoir un effet contraire à la morale : par exemple, l’idée de rétribution peut conduire une personne à considérer le moindre de ses échecs comme une injustice.)

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Le caractère étranger du christianisme chagrine le jeune Hegel (cf, entre autres, les Fragmente über Volksreligion und Christentum).

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La positivité de la religion chrétienne (1795/96) de Hegel

Une secte philosophique (philosophische Sekte) a des enseignements religieux (religiöse Lehren) mais dont la raison seule est juge, au contraire d’une « secte positive », c’est-à-dire d’une religion positive, rendue telle par des cérémonies etc. qui prennent la place de la loi morale. Le titre de l’essai, Die Positivität der christlichen Religion, peut donc se lire : ce qu’il y a de mauvais dans la situation historique de la religion chrétienne.

ii

Religion positive =/= religion naturelle. Cette distinction issue de l’Aufklärung est remise en question par Hegel en ce qu’elle tend à liquider toute religion positive : Hegel s’y oppose car toute religion est forcément positive (car l’idée de religion naturelle repose sur le concept, non vivant, de l’humanité plutôt que sur un idéal de l’humanité) et en même temps on ne peut liquider les « besoins supérieurs de la religiosité » (höhere Bedürfnisse der Religiosität) en l’homme, précisément en tant qu’être rationnel (vernünftiges Wesen).

iii

[I]hnen die Vollmacht mitzugeben, nach ihrer Einsicht den Glauben der Gemeine zu bestimmen und diesen der Mehrheit der Stimmen zu unterwerfen, würde eine repräsentative Republik bilden, die dem Rechte der Menschen, ihre Meinungen nicht einem fremden Autorität zu unterwerfen, ganz und gar widerspräche und sie in den gleichen Fall setzte, in dem sie bei dem soeben betrachteten Vertrag wären, – welche Konstitution man eine reine Demokratie nenne könnte.

Ce que je traduis : « Leur conférer [aux représentants élus d’un concile ou consistoire] le pouvoir absolu de déterminer la foi de la communauté selon leurs vues et de soumettre celle-ci à la majorité des voix reviendrait à constituer une république représentative qui contredirait entièrement le droit des individus de ne soumettre leurs opinions à aucune autorité extérieure et les placerait dans le cas considéré à l’instant, à savoir une Constitution que l’on pourrait qualifier de pure démocratie. »

Une « pure démocratie » a une connotation négative car elle permet à une majorité de décider de questions qui ne regardent pas les lois de l’État, ainsi dans le domaine de la conscience. Pure car absolue.

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Le contentement moral peut être éprouvé, connu, le bonheur jamais.

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Je ne me connais pas comme vivant (dans la nature) mais comme pensant (comme un être métaphysique).

Je ne connais dans la nature que des objets mais je ne me connais pas comme objet, donc je ne me connais pas comme étant dans et de la nature.

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Le dogme spécifiquement chrétien n’est pas l’immortalité de l’âme mais la résurrection des corps : le maintien de la personnalité. Or c’est bien cette limitation qui m’importe, tandis que je vis. Une conscience qui n’est plus dans les limites de l’individuation, qui retourne à la conscience-en-soi, ne m’intéresse pas plus que la poussière à laquelle retourne mon cadavre.

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Puisque le monde en tant que totalité de la nature n’existe que comme idée, la frontière du monde est notre esprit.

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Pour résumer l’interprétation de Copenhague, ce n’est pas la faute de la science mais celle de la nature.

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Le pessimisme, en philosophie, c’est ne pas croire que l’empire napoléonien est la fin de l’histoire.

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Le Dr Tissot est, nous le savons, risible : la masturbation ne rend pas malade, seulement accro à la pornographie.

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Il n’y a pas d’estoppel en droit administratif français (jurisprudence du Conseil d’État, tribunal administratif suprême). Ce qui signifie que l’administration française a le droit de se contredire.

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Les institutions françaises étant ce qu’elles sont, la question de l’homosexualité ne se pose pas en termes de « vivre et laisser vivre » : l’État impose de fait une propagande homosexuelle massive à laquelle il ne permet pas de s’opposer (le risque que fait peser sur la prise de parole la législation « anti-haineuse » est trop élevé).

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Dire que la liberté d’expression n’est pas garantie, c’est, si l’on est entendu, vouloir subir les foudres des « commentateurs ».

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L’écologie est une science, un parti écologiste n’a donc pas plus de sens que n’en aurait un parti chimiste ou un parti biologiste.

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Les auteurs à succès sont testostéronisés (c’est l’effet de tout succès), ce qui fait qu’ils restent, précisément, de simples auteurs à succès. Au cas où l’explication par la médiocrité des goûts du public ne suffit pas.

Notre esprit se forme en lisant des auteurs à succès, accessibles à notre immaturité. Prendre ces auteurs pour de grands esprits est l’erreur d’esprits immatures.

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L’absence de toute lifeview, la grossière incohérence de pensées et de sentiments qui en résulte, c’est ce que les sots appellent une personnalité mesurée.

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Des « échanges commerciaux » n’impliquent pas forcément une classe marchande. Les historiens parlent partout d’échanges commerciaux, y compris pour des peuples et des sociétés sans classe marchande.

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La classe politique est à l’image de ceux qui votent – mais pas des abstentionnistes.

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Quand l’Inquisition faisait condamner des individus pour leurs écrits, par exemple un Giordano Bruno, on voit bien qu’elle n’exerçait pas une censure au sens technique de censure préalable. Le modèle de notre « garantie » de la liberté d’expression est l’Inquisition moyenâgeuse : c’est un instrument de répression amplement suffisant, sans avoir à s’embarrasser de bureaux de censure.

(Aujourd’hui, un Giordano Bruno n’est certes pas, en France par exemple, brûlé vif mais seulement emprisonné, cependant cette différence ne tient pas à une philosophie juridique distincte mais à une évolution des mœurs en général.)

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Puisque les libertés « ne sont pas absolues », la différence entre un État totalitaire et un État dit libre n’est que dans ce que les uns et les autres interdisent, dans ce qu’ils appellent respectivement le bien et le mal. Pour un individu que ses tendances profondes poussent vers le domaine proscrit par l’État dit libre dont il est citoyen, cet État est un véritable État totalitaire, qui lui fait d’ailleurs comprendre sans ambigüité qu’il a pour vocation d’éliminer les individus tels que lui.

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Quand la Cour européenne des droits de l’homme valide, en 2014, l’interdiction par la loi française de se couvrir le visage dans l’espace public, interdiction qui n’avait, sans le dire dans le texte même de la loi, d’autre objet de censure que le niqab islamique, elle recourt à la notion de « vivre ensemble » : cette interdiction se justifie selon la Cour par l’objectif du « vivre ensemble » avancé par les autorités françaises. C’est ainsi que nous apprenons que les « droits de l’homme » sont un droit de la société sur les hommes, sur les individus, et que nous revenons grâce aux droits de l’homme – et grâce à cette Cour – au Léviathan que le concept de droits de l’homme avait pour but de dépasser.

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Paraphrases de Kant

Critique de la raison pure

Les concepts ne permettent pas de connaissance synthétique a priori ; il faut, pour une connaissance synthétique a priori, le recours à l’intuition (Anschauung) et à ses formes, l’espace et le temps (exemple de la géométrie pour l’espace, de la computation pour le temps). C’est parce que l’espace est une forme a priori de l’intuition que la géométrie a des axiomes apodictiques. Ce ne serait pas possible si l’espace et le temps étaient objectifs, étaient des conditions objectives de la possibilité des choses en soi. (Reproduire la démonstration.)

Il n’y a pas de définition possible des concepts (empiriques comme a priori) mais seulement une explicitation ou exposition, sauf dans les mathématiques (géométrie et calcul).

Une figure géométrique quelconque, dessinée sur le papier, est le schéma du concept de cette figure. Le concept d’un triangle est sa pure et simple définition, et les énoncés qui exposent celle-ci sont analytiques. Synthétiques et a priori sont les énoncés qui exposent les propriétés du triangle.

La construction de concepts n’est possible que pour le donné de l’intuition a priori, à savoir la forme pure des phénomènes, espace et temps, sous l’aspect de quanta de ces formes : la figure géométrique (leur qualité) et le nombre (leur quantité).

Le temps et l’espace sont les formes de l’intuition, les catégories sont les formes de l’entendement, faculté des concepts.

L’Idée de la raison pure d’un auteur originel du monde est utile en ce qu’elle permet d’expliquer les phénomènes par des lois téléologiques, par un Nexus finalis (teleologischer Zusammenhang) à côté d’un Nexus effectivus (mechanischer oder physischer Zusammenhang).

Critique de la raison pratique

Une proposition synthétique a priori n’est fondée sur aucune intuition, ni pure ni empirique. Au plan pratique, c’est-à-dire au plan de la raison pratique, une telle proposition synthétique a priori est « la conscience de cette loi fondamentale » de la raison pure pratique : « Agis de telle sorte que la maxime de ta volonté puisse en même temps toujours valoir comme principe d’une législation universelle. »

Les déterminations empiriques de la volonté sont dites quant à elles « pathologiques ».

Critique de la faculté de juger

Le temps n’a qu’une dimension : d’où le principe a priori de la continuité de tous les changements. Le temps n’est donc pas une dimension (la quatrième). L’espace a trois dimensions, le temps une. (Que le temps ait une dimension signifie qu’il est représenté par une ligne dont les limites sont des points.)

Le goût de contempler la nature témoigne d’une âme bonne, de la qualité du sentiment moral.

Il y a un « manque d’urbanité » de la musique car elle s’impose au voisinage (et la force parfois à laisser en plan son travail intellectuel). De même, la remémoration de la musique est le plus souvent importune.

Ne pas croire en Dieu ne délie pas des commandements de la loi morale, mais cela rend nul « le seul but idéal conforme à la haute exigence de cette loi », qui est le bonheur des êtres raisonnables conformément à leur qualité morale. – Remarque : Dans les Fondements de la métaphysique des mœurs et la Critique de la raison pratique, le bonheur est la satisfaction des inclinations sensibles, à laquelle la raison fait par elle-même obstacle ; et Schopenhauer : Depuis Kant, l’éthique n’est plus un eudémonisme.

Kant et le problème de la métaphysique (Heidegger)

L’espace est la forme intuitive pure du sens externe, le temps la forme du sens interne (succession d’états de conscience).

Principes de la théologie naturelle et de la morale

Toute démonstration est un syllogisme : elle va du sujet au prédicat par un membre intermédiaire. Est indémontrable toute proposition dans laquelle « l’identité ou la contradiction se trouve immédiatement dans les concepts ».

On procède par définitions quand l’objet est connu par sa définition, ce qui est le cas des objets construits dans l’intuition pure : les objets mathématiques. Or les objets de la physique sont déjà en dehors de ce cas. Aussi Kant fait-il remarquer que ce sont, parmi les objets des sciences empiriques, les corps célestes qui sont le plus propres à la connaissance par définitions, car le moins dissemblables des objets construits des mathématiques.

La religion dans les limites de la simple raison

L’amour de soi, pris comme principe de nos maximes, est l’origine du mal, car c’est subordonner l’accomplissement de la loi morale aux inclinations sensibles.

Les mystères de la religion (mystère de la vocation, mystère de la satisfaction, mystère de l’élection) ne peuvent être compris de l’homme, mais leur compréhension n’est pas à compter parmi les besoins universels de l’humanité. – Remarque : L’absence de réponse à ces questions (par exemple, pourquoi certains sont-ils élus et d’autres non ?) est pourtant une cause majeure de doute et d’incrédulité, même parmi des hommes convaincus de la sublimité de la loi morale.

Kant est par principe contre le célibat et le monachisme parce que ce sont des pratiques qui lèsent le monde. Voir pourtant ce qu’il dit du sort de l’homme vertueux, persécuté dans le monde.

Kant emploie aussi, et alternativement, le mot « liberté » dans une acception juridique, au sens du droit de chacun à chercher son bonheur suivant le chemin qui lui paraît être le bon. Ce n’est pas la liberté d’obéir à la loi morale abstraction faite des conditions sensibles (du bonheur).

Métaphysique des mœurs

La conscience est représentée comme une dualité de l’homme, jugeant-jugé, comme un dialogue avec un être qui sonde les cœurs, dialogue qui donne l’idée de Dieu (de l’existence duquel je ne puis par ailleurs avoir aucune preuve en raison pure).

Le conflit des facultés

La diversité des religions au sein de l’État n’est nullement une bonne chose, la religion rationnelle a vocation à l’universalité.

Progrès de la métaphysique depuis le temps de Leibniz et Wolff

Le sujet de l’aperception (le moi intellectuel) est différent du sujet de la perception (le moi intuitionnant). Le second est réceptivité, le premier pure spontanéité. Dit autrement, l’aperception est aperception pure, la perception est aperception empirique.

Prolégomènes à toute métaphysique future

Selon Hume, dans le principe de causalité, l’entendement fait passer une nécessité subjective (l’habitude d’une certaine relation) pour une nécessité objective, dont il lui est en fait impossible de savoir qu’elle est objectivement, dans le monde des objets.

Les intuitions a priori sont les formes de la sensibilité. – Ce n’est pas de l’idéalisme, malgré l’appellation « idéalisme transcendantal » : il existe des choses hors des sujets pensants mais nous ignorons ce qu’elles sont en soi.

Locke et d’autres nient, d’une « multitude de prédicats », qu’elles appartiennent aux choses hors de nos représentations ; Kant ajoute à ces prédicats qui n’appartiennent pas aux choses les « qualités premières » : l’étendue, le lieu et l’espace en général avec tout ce qui lui est inhérent (impénétrabilité ou matérialité, forme, etc.).

Des choses hors de nos représentations et qui ne sont pas dans l’espace puisque l’espace n’est que dans nos représentations.

Le fonctionnement de l’appareil cognitif est un fonctionnement par formes de la sensibilité et concepts purs de l’entendement (substance, causalité…), ces derniers a priori et non tirés de l’expérience comme chez Hume.

Conjectures sur les débuts de l’histoire humaine

Pour Kant, le progrès a une valeur morale : c’est, comme les Idées de la raison, une notion « régulatrice » et non « constitutive ». Il faut croire au progrès pour ne pas être découragé et renoncer à se perfectionner soi-même ; ne point croire au progrès aurait un effet négatif sur la moralité. – Pour répondre à cette exigence morale, le progrès doit être un progrès continu, même lent : donc, pas de révolutions. Pourtant, dans Le conflit des facultés, la Révolution française est considéré comme un événement justifiant la foi dans le progrès, et même prouvant la tendance morale de l’espèce humaine.

S’orienter dans la pensée

La superstition se laisse au moins ramener à une forme de légalité, donc de stabilité (par opposition à un usage anarchique de la raison). – Remarque : L’attachement rigide du néophyte aux formes rituelles de la religion tient au ressenti profond d’une urgente nécessité de stabilité qu’il oppose à l’usage anarchique de la raison dans son expérience, usage qui ne fait droit à aucune religion.

La religion rationnelle est universelle comme la loi morale.

Philo 10 : De la conscience en soi (Bewußtsein an sich)

Esthétique

Un mouvement littéraire est une école, l’idée de mouvement littéraire n’a aucun avenir.

ii

En fait on n’oubliera pas Mallarmé, car avant de devenir le plus mauvais poète qui fût jamais c’était un bon poète.

iii

En lisant certains poètes, je me réjouis de leur pauvreté.

iv

Il y a des poètes que Platon chasse hors de sa Cité d’un geste, d’autres d’un coup de pied dans le cul.

v

À se plier de rire : tant le mouvement surréaliste que l’Académie Mallarmé sont allés chercher comme patron, en Saint-Pol-Roux, un Numa Roumestan (« le sourire est la moustache de l’âme »).

vi

Saint-Pol-Roux meurt en faisant en l’air le geste d’écrire : il précède son histrionisme dans la mort.

vii

L’erreur esthétique de Schopenhauer : l’art n’a jamais eu la portée qu’il lui décerne, il n’y a aucun idéal, aucun idéalisme dans l’art, c’est le vouloir-vivre déchaîné, corrupteur. Goethe : « La sagesse, cette vieille marâtre. »

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« Les pénitences spectaculaires écartées par la doctrine bouddhiste du juste milieu sont pourtant la preuve de la négation, donc le meilleur encouragement, laissant le moins de doute quant à la réalité de la négation. » (Philosophie 5 ici)

Que je m’explique. Un homme qui pratique le yoga pénien, capable d’enrouler son pénis comme un chewing-gum autour d’un bâton ou d’y suspendre des kilos, peut être, je pense, considéré comme ayant un pénis parfaitement insensibilisé, hors de fonctionnement. Il ne saurait dès lors être suspecté d’engrosser des femmes dans le dos de leurs maris, c’est-à-dire de feindre l’ascétisme à des fins charnelles.

(J’ai lu dans je ne sais plus quel ouvrage de professeur anglo-saxon –contemporain– que nous aurions en Occident des notions erronées sur les sadhus de l’Inde, qui seraient en réalité de vulgaires thugs à peu près nus coupables de toutes les turpitudes, en particulier sexuelles. Une chose est certaine ou bien j’ai des idées très fausses de la physiologie humaine : un homme capable de soulever des kilos suspendus à son pénis ne peut pas commettre ces turpitudes avec son pénis, éventuellement avec sa langue ou ses doigts comme un vieillard libidineux mais c’est là une forme de turpitude presque grotesque.)

Un tel homme ne fait peut-être pas par là-même la preuve de sa moralité mais indéniablement celle de son renoncement à la puissance sexuelle, dont on peut penser qu’il était doté comme les autres avant son étonnante gymnastique. Le moine bouddhiste qui, comme son Bouddha, rejette la voie ascétique, le tapa, peut quant à lui toujours être suspecté de tartufferie sexuelle : qui sait si son renoncement affiché n’est pas un moyen sournois d’obtenir des gratifications sexuelles génitales cachées ? Le yoga pénien, malgré son irréversibilité, devrait donc être la seule voie d’accès permise à la vie ascétique, ou bien une castration documentée, comme chez Origène.

Indian Naga Sadhu par Raj Patidar, 2019 (Source : fine art america)

Voilà un ascète dont on peut penser que les femmes trouveraient très dommage qu’il pratiquât le yoga pénien de la façon dont je le comprends (étant entendu que l’expression désigne chez nous, quand il est proposé de le pratiquer, au contraire un moyen d’améliorer ses performances sexuelles).

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De la volonté selon Schopenhauer

La volonté objectifiée, matérialisée se donne une histoire dans la matière, une histoire purement fictive. Dans le monde de la matière, la représentation (Vorstellung) a une généalogie, le « premier œil » est un développement, une résultante, car la nature, en tant que création, est fermée sur elle-même, même si l’espace et le temps sont ou étaient infinis, car la création est l’objectification de la volonté qui se fait autre dans l’objet, et cet autre créé est fermé sur lui-même. Infini et fermé sur lui-même – car subjectif (voyez infra la résolution de ce paradoxe).

Le point de vue matérialiste qui est celui de la matière fermée sur elle-même est nécessairement que la représentation est un développement, que « l’évolution » a produit le premier œil, la première représentation.

À présent, si l’espace est subjectif, une forme a priori de la subjectivité, l’infini spatial peut être fini dans le tout de l’être car l’espace subjectif est à la fois infini et fermé sur lui-même, étant infini dans la matérialisation coexistant avec la volonté pure. Ces antinomies peuvent être décidées, tranchées sans préjudice du kantisme, à savoir sans préjudice de l’esthétique transcendantale. L’infini de la nature est fini dans le tout de l’être.

La matière est fermée à la volonté pure, qui ne s’appréhende soi-même que métaphysiquement en tant qu’elle est métaphysique. – Mais puisque la volonté s’est matérialisée pour connaître ? La volonté doit se matérialiser pour obtenir une connaissance réflexive d’elle-même, elle doit donc créer la matière mais elle la crée pour l’ignorer aussitôt comme ce qu’elle n’est pas en soi.

Connaissance réflexive et conscience sont une seule et même chose. La volonté prend conscience d’elle-même dans la matière. Autrement dit, il n’y a rien à chercher dans la matière que la conscience, tout le reste est dans la matière volonté sans conscience et cette connaissance-là n’apporte rien quant au but de la matérialisation, quant au fondement du monde matériel, qui n’est pas en lui-même, ce dont nous assure universellement notre subjectivité, à savoir que le monde est un objet pour un sujet, le sujet étant en soi hors du monde objectal.

Le vouloir-vivre est la philosophie du superficiel : elle s’incarne dans le langage, dans le Verbe.

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« Tout est permis » est la loi du vouloir-vivre. La négation de cette loi est la négation du vouloir-vivre. Autrement dit, nous professons tous la négation du vouloir-vivre. (Sauf peut-être dans certains enseignements occultes, comme chez les Assassins du Liban, dit-on, mais il faut bien voir qu’il n’est nul besoin que rien ne soit vrai pour que tout soit permis.)

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Kierkegaard : Dieu n’a pas besoin de preuves.

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De la conscience en soi

Dieu est le possible de l’homme, ce qu’on trouve dans les Écritures sous la forme : « Dieu fait l’homme à son image. » Le possible de l’homme est l’être unique. L’essence de l’homme est donc l’ipséité de la conscience, qui se désavoue dans le vouloir-vivre. Le vouloir-vivre est la négation de l’ipséité de la conscience. Le vouloir-vivre est moins une résistance à la mort qu’une résistance à l’essence de l’homme, immortelle puisqu’elle n’est pas dans la vie, qui est un concept de nature, c’est-à-dire d’existence et non d’essence.

La négation du vouloir-vivre est l’affirmation de l’ipséité de la conscience. Dieu est solipsiste en philosophie car il connaît la vérité de son unicité, qu’il n’y a rien en dehors de Dieu. Or Dieu est l’essence de l’homme, donc l’homme doit parvenir au solipsisme s’il veut parvenir à la vérité. Ce n’est possible que par la négation du vouloir-vivre, auquel est attaché le principe d’individuation.

Est-ce à dire que Dieu n’existe pas comme individu ? Et une conscience peut-elle exister autrement que comme conscience individuelle ? Si la réponse est non, Schopenhauer a donc raison de ne point parler de Dieu, d’une conscience intelligente unique, mais de volonté aveugle ? (La volonté n’est pas une conscience ? Or dans l’hindouisme aussi la conscience est première : le Brahman.)

La conscience de Dieu est la conscience d’être l’être unique. La conscience de l’homme est la conscience d’être unique en tant qu’étant (existant) dont l’existence n’a pas d’être propre puisque Dieu est l’être unique. Ce que Dieu crée n’a pas l’être, seulement l’existence, mais il a une essence, qui est son possible et qui est Dieu : l’image de Dieu dans Sa conscience.

L’étant : nature, principe d’individuation, phénomènes. L’image de Dieu dans Sa conscience, c’est l’Idée de l’homme. L’Idée d’homme est unique. L’homme existant appartient à un genus métaphysique qui est l’Idée de l’homme. Cette appartenance est une dépendance, la dépendance de l’existence à l’essence, et cette dépendance est une hétéronomie radicale par laquelle l’existant est jeté dans un abîme de distance infinie à l’essence. L’existence, pour la conscience, est donc une faute ; cette faute est celle d’être une conscience individuelle, c’est-à-dire une conscience d’existant en vertu du principe d’individuation plutôt que dans le savoir d’être l’être unique, d’être l’être.

Pour la conscience humaine, savoir que je ne suis pas l’être est un déchirement et c’est l’aspiration fondamentale de la conscience individuelle que de mettre un terme à ce déchirement, par la négation du vouloir-vivre. La négation du vouloir-vivre est le mouvement premier de la conscience humaine, auquel fait obstacle la nature.

La nature est l’ensemble des liens du vouloir-vivre, elle fait donc l’objet d’un rejet foncier de la conscience, privée par elle de son ipséité, déterminée par elle comme une conscience contrairement à l’Idée de l’homme qui est unique. L’homme veut se confondre avec son Idée et la nature l’en empêche.

La nature est l’image de l’ipséité, en tant que la conscience d’être l’être produit Son image comme représentation de l’être unique. L’image n’est qu’un fantôme et c’est pourquoi il ne faut pas confondre l’Idée avec l’idée, qui est la nature en tant que représentation. L’idée est soumise au principe d’individuation tandis que l’Idée ne l’est pas. L’Idée est l’image avant l’individuation.

Le principe d’individuation est propre au caractère fantomatique de la conscience de l’étant en face de la vérité comme ipséité de la conscience. Une conscience est la conscience d’un déchirement de fantôme, une conscience fantomatique et déchirée soumise à la nature. Je ne peux accepter d’être une conscience (même si ce refus ne suffit pas à lui seul pour atteindre le solipsisme), ayant pour essence l’Idée de l’homme qui est l’image de l’être unique, et plus profondément ayant pour essence l’être unique. Je veux donc nier cette condition dans laquelle je me trouve en tant que conscience individuelle, nier la nature, nier le vouloir-vivre. Encore une fois, c’est le mouvement premier et il ne peut être surmonté (bien que toute psychologie cherche à le surmonter) puisqu’il représente la véritable dynamique de la conscience humaine en tant qu’elle a part à l’ipséité de la conscience. Et cette conscience déchirée, quand elle est lucide, ne peut enregistrer aucun progrès dans la nature, seulement les mêmes conflits toujours, dont le vouloir-vivre modifie les colorations à l’infini, sans y porter le moindre remède car c’est la forme immuable de sa manifestation d’étant.

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Self-denial overshooting ? – L’idée qu’il faut une mesure de sacrifice de soi pour accomplir de grandes choses en ce monde mais qu’au-delà de cette mesure –et il s’agit donc de faire attention– on sort carrément du monde et donc est manqué le véritable but du sacrifice, qui est au service du moi dans le monde, est sans doute l’une des idées les plus bizarres qui soit sortie du cerveau humain. Ce ne peut pas être le même moi qui se sacrifie et qui récolte les fruits du sacrifice, car si ce pouvait être le même la nécessité du sacrifice serait inexistante. Le sacrifice est celui d’un moi complet, qui disparaît dans le sacrifice. Je me nie pour mieux m’affirmer plus tard : impossible. Je ne peux vouloir me nier que si je comprends le monde comme irréductiblement opposé à mon affirmation, et dans ce cas je ne sacrifie rien au monde mais j’en sors. Se nier, c’est nier le monde : une fois le monde nié, le moi n’y a plus aucune place. Autrement dit, celui qui ne sort pas du monde n’a rien sacrifié du tout. Aucune position éminente dans le monde n’est due à la vertu, au sacrifice, à un quelconque self-denial.