Poésie de Diana Carol Forero

Diana Carol Forero est une poétesse contemporaine de Colombie. Je suis entré en contact avec elle après avoir traduit, avec d’autres poèmes d’un même site internet des FARC (Fuerzas Armadas Revolucionarias de Colombia), trois de ses poèmes, dans mon billet intitulé Poésie des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC) sur le présent blog (ici, billet en date du 23 septembre 2018) ; certaines de ces traductions ont entre-temps été publiées dans le numéro 174 de mars 2019 de la revue Florilège (rubrique « Poètes sans frontières »), dont deux poèmes de Diana.

Ces poèmes de Diana Forero étaient tirés de son recueil Balada para Piel de Luna (Ballade pour Peau de Lune) publié, sous le pseudonyme Gabriela Méndez, en 2016 par les FARC.

Diana a passé douze ans dans les rangs des FARC. Quand je l’ai contactée, elle était « promotrice de réintégration » (promotora de reintegraciόn) au sein de l’Agence colombienne pour la réintégration (Agencia Colombiana para la Reintegraciόn, ARC), l’organisme public chargé de la réinsertion des ex-combattants des FARC dans la société civile, et elle étudiait la psychologie dans le cadre de l’éducation à distance.

La situation de Diana comme celle de l’ensemble du pays semblait être la conséquence naturelle de l’accord de paix signé en 2016 entre le gouvernement colombien et la guérilla, après un long processus de négociation à La Havane (Cuba) ; cet accord et la constitution des FARC en parti politique, donc leur participation au processus électoral, paraissait devoir mettre un terme définitif à un conflit armé de plus de cinquante ans.

La pacification du pays a malheureusement connu depuis lors un revirement notable. Au moment où Diana et moi commencions à correspondre (via internet), en 2018, le nouveau président élu de Colombie, président d’un parti « centriste » dont le slogan « main ferme, grand cœur » a les accents typiques de la propagande autoritaire sans cœur et toute main, déclarait ne pas être lié par l’accord de paix signé par son prédécesseur avec les FARC. Diana, qui vit, comme la plupart des autres ex-combattants, dans un Espacio Territorial de Capacitación y Reincorporación (ETCR), « espace territorial de capacitation et réincorporation » – cet indigeste jargon bureaucratique désignant un camp ni plus ni moins, en l’occurrence, dans le cas de Diana, situé dans une région isolée, dans lequel les ex-guérilleros vivent comme derrière un cordon sanitaire (depuis août 2017 ils sont cependant libres de circuler) –, a perdu son emploi pour l’agence gouvernementale ARC et vit d’une activité coopérative conduite avec d’autres anciennes guérilleras.

Par ailleurs, alors qu’en 2016, la situation des ex-combattants était déjà marquée par une forte discrimination sur le marché de l’emploi et l’accès aux études, et que 68 % des personnes liées à l’agence ACR étaient de ce fait employées dans le secteur informel, les assassinats d’ex-combattants désarmés sont devenus monnaie courante à partir de fin 2018 (un fait évoqué dans le texte Amasando sueños ci-dessous), au vu de quoi nombre d’entre eux décident de retourner à la guérilla, étant donné qu’une minorité dissidente des FARC, l’ELN, avait rejeté l’accord de paix et refusé de déposer les armes.

En outre, le processus de normalisation politique des FARC est compromis par une forme de persécution judiciaire de ceux de ses membres convertis en personnalités politiques, à l’instar du poète guérillero Jésus Santrich (dont j’ai traduit des poèmes à côté de ceux de Diana), devenu sénateur de la République mais faisant l’objet d’une demande d’extradition par les États-Unis pour trafic de drogue en dépit de l’amnistie entérinée dans l’accord de paix (les États-Unis invoquent des faits ultérieurs à l’accord) ; dans une histoire embrouillée aux rebondissements multiples, qui a vu entre autres un rejet formel de la demande d’extradition par la Juridiction spéciale pour la paix, l’organe juridictionnel créé par l’accord, s’avérer insuffisant pour garantir le sénateur Santrich du fumus persecutionis à son encontre, Santrich est entré en clandestinité, avant de déclarer publiquement avec d’autres ex-FARC en août 2019 la reprise des armes, déclaration à laquelle le président de Colombie a répliqué par l’annonce d’une offensive militaire. Cette reconstitution des FARC par des figures historiques ne peut manquer d’accroître, au vu des assassinats dont ils sont la cible, selon un véritable « plan » homicidaire de l’actuel gouvernement d’après certains, les retours à la guérilla de combattants désarmés, parqués et discriminés.

Le contexte est donc rien moins qu’apaisé, contrairement à ce que l’on pouvait croire au moment où je commençais à traduire en français de la poésie des FARC.

Diana, dont le voisin dans l’« espace territorial » a été assassiné et qui a elle-même reçu des menaces de mort, est de surcroît en délicatesse avec les FARC, vu qu’elle a décidé d’en quitter les rangs peu avant l’accord de paix, elle et son compagnon craignant pour la vie de leur bébé. Si son recueil publié par les FARC présente la poétesse comme « Gabriela Méndez, Guerrillera de las FARC-EP » (EP pour Ejército del Pueblo, armée du peuple : FARC-EP est le nom complet de la guérilla), il se pourrait que ce passé, en dépit de ce que l’on pensait et espérait au lendemain de l’accord de paix, soit bien difficile à porter au cas où cet accord ne s’avèrerait avoir été qu’une vaine tentative au bout du compte.

Diana me fait aujourd’hui l’honneur et l’amitié d’accepter la publication sur ce blog d’un choix par moi-même des poèmes qu’elle m’a envoyés au cours de notre correspondance. Ces poèmes sont inédits (sauf Identidad déjà publié en ligne, comme d’autres que j’ai reçus). Alors que ses poèmes réunis en recueil sont de la poésie engagée, ici Diana Forero montre une autre facette de son talent, et c’est entre autres pourquoi il me semble important de faire connaître ces poèmes, afin que le public ait une idée de la diversité de son inspiration.

*

BOTELLA AL MAR

Arrastro mis versos
a tus pies
como plegaria cotidiana,
confiando en que el lamento
de este amor impenitente
alguna vez me acerque
al tibio milagro de tu indulgencia.

Arrastro mis versos
a tus pies
como una ofrenda,
palpitante homenaje
a tu belleza pétrea,
botella que se agita
enfrentándose, obstinada,
al frenético oleaje
de tu olvido.

*

DEVENIR

Entre ecuaciones y fórmulas,
relatos y versos
transcurre para ti lejano
el devenir de mi universo.

Ajeno a mi mundo
y a mi cuerpo,
no logro tocarte
más que en el recuerdo
que me habita,
devorándome por dentro.

Y, como siempre, cada día,
resplandece el horizonte
en la imagen de tu sonrisa,
veo brillar el sol
en el reflejo de tus ojos,
no existe una canción de amor
que no me hable de ti,
ni un poema que no lleve
tatuado para mí tu nombre,
amor;

no hubo una vida probable
en que no te hubiera soñado
y, sin embargo,
solo he sido
esta dolorosa letanía,

esta muda vigilia,
este agrio ensalmo,
este abismo oscuro y sordo
en el que intento convencerme
que a pesar de no tenerte,
he vivido.
Hace siglos que te quiero.

*

INFIERNO

He vuelto a tus versos de sangre
como quien transita de nuevo
un camino conocido
y largo tiempo abandonado.
He vuelto a recorrer tu agonía
hecha metáfora,
como si asistiera, expectante,
al morboso espectáculo
de mi propio dolor.
Desciendo en silencio
entre las sombras
y las llamas refulgentes
de tu infierno,
buscando asir tu mano,
no para rescatarte de ti misma,
sino para hundirme en el abismo
con tu reflejo clavado en el alma.
Desde el ojo de la noche,
tus palabras ávidas
hincan en mi sus filosos labios.

A Clemencia Tariffa, poeta, amiga.

*

IDENTIDAD

Soy yo,
la que escribía versos
intensos y breves
como heridas de bala

Soy yo,
quien te enviaba
cartas de amor en latín

Soy yo
la que perdió sus vísceras
y endureció su aliento
en una sangrienta guerra
contra sí misma…

Sigo siendo yo,
la que hoy vuelve
a intentar abrir
las puertas de tu mundo,
a mendigar tu amor
en tres idiomas

A cientos de kilómetros de tí
abrazando tu sombra

besando el rastro de tus pasos

Soy yo
y he vuelto del infierno
pero el infierno habita dentro de mí

*

Eras el poema
que garabateé en esa servilleta
que guardaste por años
una foto borrosa y marchita
en la que nunca estamos
este agónico vacío en mi pecho
un teorema sin solución posible

eras no más que
un puñado de momentos
un punto acaso
en la curva insondable del tiempo

eras los libros
que amaba leer
y olvidé en el anaquel de tu alma

no has dejado de ser
la avalancha de papel en blanco
que me inunda de silencios
eres, desde siempre
el sordo repicar del teléfono
que nunca nadie contesta
el vacío que me devora
este beso que agoniza
dolorosamente
cada noche
entre mis labios

*

PODCAST

Hace muchos años –tantos,
que ya olvidé cuántos–
salí corriendo de tu lado
pretendiendo escapar
de tu mortal influjo
queriendo reencontrarme
con ese algo de mí
que se extravió
en el ámbar de tus ojos
en el tacto firme y terso
de tu piel de luna

Hace un tiempo, tanto
que ya perdí la cuenta
de minutos
horas
días
semanas
meses
y años
atrapada en el podcast
de mi propia vida
como un perpetuo bucle
en diferido; soy pero no soy
estoy pero no siento

Alguien pregunta por qué
siempre pido dos tazas de café
y no sé si confesar
que es para el hombre
que nunca ha dejado
de habitar mi corazón

*

OCASO

Nada pesa tanto en mí
como el ocaso

La sensación agobiante
de que un día más
ha pasado en mi vida
sin vivirte
veinticuatro horas
de esta lenta
y angustiosa muerte
sin tocarte
sin besarte
sin amarte

La noche se abalanza sobre mí
y sigo siendo
la presa inerme del tiempo
la oscuridad de mis días
se hace una
con la bruma del paisaje
con el frío de mi corazón
invadido de nostalgia
amor

El canto de las cigarras
hace eco en mis adentros
y tiemblo de pensar
cuántas noches más
como ésta
habré de morir
ausente de tu cuerpo
lejos de ti

*

CARAVANA 

Cada célula de mi cuerpo
vibra ante la sola mención
de tu nombre
amor

El tiempo ha carcomido
con su máquina de muerte
mis cimientos, mi mundo, mi todo
resguardando tan solo
este deseo incesante de ti,
ansia voraz
que ninguna fórmula podría calcular
inquietud incansable
que me fuerza a repetir
como una letanía
tu nombre
caravana de amarguras
en que se suman
una a una
las noches
tejiendo la agria superficie
de esta muerte
que es la vida sin ti

*

COPERNICANA

Hace casi quinientos años
Copérnico planteó
que todo nuestro mundo
gira alrededor del sol

Pero yo
habito en las nubes
desde que te vi,
hace media vida

–y no he vuelto a aterrizar
desde que no toco tu piel–

Todo gira en torno al sol
–excepto yo–

Tú eres mi luna y mi astro rey
y por si acaso
todas las estrellas
mi alfa y mi omega
mi alba y mi ocaso
el único destino de este cuerpo
fustigado de ausencia
la razón de ser de mis pupilas
el palpitante núcleo de mi alma
el centro incandescente de mi universo

*

NEURONAL

Sabes que me voy a morir
amándote
que me voy a llevar
tu recuerdo
en las pupilas
y en la piel
y en cada soma
en cada axón
en cada dendrita
de cada neurona

Y entonces los bichos
que se alimenten de mí
comerán tu recuerdo
y sabrán a qué saben
tus besos
y entenderán como
nadie más podría
por qué
nunca pude olvidarte

*

PRUDENCIA 

Ella esconde
tímidamente
sus miedos.

Para que no se espanten
al verla.

*

DICOTOMÍA

Él se negaba a sí mismo.
Sólo para saber si era cierto.

A Alirio de Jesús, siempre.

*

ANOXIA

Dices que mi amor te asfixia.
Ojalá te estrangule hasta el último aliento.

*

SIN DESEOS DE MORIR

Sólo corté mis venas
para destilar de mi sangre
tu recuerdo

*

HUELLAS

Una gota de ausencia
rodó por mi garganta
–trago amargo–
dejando un profundo surco
una arruga prematura

Envejezco a los veinte años

*

ORIGAMI

Me doblo
Me fundo
Me pierdo

Nuevas formas surgen
de mi piel
de blanco papel

La caricia de tus manos
hace de mí
un nuevo ser

*

DISLEXIA

Hubo un momento
–de esto hace un tiempo–
en que sentí
que no podía ya
seguir jugando con las palabras

Ahora
ellas juegan conmigo

*

FRAGMENTO

Lamento que no haya dado para más
este amor tan breve
que hoy sólo ocupa tres renglones

*

PURGATORIO  

Si Dios tuvo la culpa
quien puede juzgarlo
pasarle la cuenta de cobro
por haberme engañado

Me prometió el cielo
y te alejó de mí
Me prometió la vida
y asesinó mi alma

Si Dios tuvo la culpa
quien puede juzgarlo
Declararlo reo ausente
y condenarlo para siempre

A sentir el dolor que siento
A vivir esta vida que muero

*

DESPUÉS DE TI

Antes de amarte, amor
el mundo era vasto desierto:
como sordo quiróptero volaba sin rumbo
nada importaba ni lograba tocarme
mi piel era traslúcida
como alas de mariposa
y en mi corazón solo habitaba el silencio

Tú llenaste cada rincón
de mi cuerpo de luz
de sonidos y furia
de temblor extasiado, de vida
Pero la soledad se aferró a mí
como rama seca al borde del abismo
me inundó de temores y vértigo
me arrastró a la orilla misma de la muerte
y allí se sentó a llorar conmigo

Después de amarte, amor
mi mundo es camino cerrado
en torno la luz turquesa de tus ojos
mi piel hecha jirones atesora
la ardiente caricia de tus manos de luna
habitas el agua, el viento
la música y la noche
todo está lleno de ti
aunque mi alma sin ti esté vacía

*

MIEDO

He sentido su nefasto aliento
a almidón reseco
a mortaja avinagrada
toqué su piel de serpiente
–corteza muerta de las horas fugadas–

He presentido su paso
de rumor cansado
deslizándose como viento quemado
entre los árboles

Lo acompañé por horas
a hacer visitas familiares
con el obligado nudo en la garganta
le he servido las tres comidas de rigor
le presté mi cuarto
he sido su anfitriona dedicada

Al miedo no le hicieron pantalones
por eso, en ocasiones
le he tenido
que prestar los míos

*

INGREDIENTES

Fragmentos de cráneo
mandíbula, huesos
tibia, dientes, peroné;
no son más
que una lista de mercado
ingredientes de una sopa abominable
o el nauseabundo elixir
que quizás me permita hallar
por fin la paz del olvido

Fragmentos de cráneo
mandíbula, huesos
tibia, dientes, peroné
harapos y huaraches;
eso encontraron en una
de tantas fosas comunes
en Iguala
Raqqa, Damasco
Dabeiba o La Escombrera

Eso hallarás aquí
cuando recuerdes
por fin que existo
y vengas a buscarme

Y aún vagará
–lo sé–
sobre mi sangre seca
como alma en pena
el eco de este dolor sordo
el espectro de este amor fosilizado
que me consume la vida

*

PRIMIGENIA

Hace trespuntonueve eones
una lluvia de meteoritos
–surgida de incandescentes restos
de la formación del sistema solar–
bombardeó nuestro planeta

Atrapadas en cristales de sal
en su interior
miles de gotitas de agua
cruzaron millones de kilómetros
hasta llegar aquí
haciendo posible la vida
en lo que hasta entonces fuera
inhóspito infierno

Cada sorbo, cada charco
cada gota de agua
que ahora bebemos
existe aún como testimonio
de esa colisión primigenia
resistiendo a todo
incluso a nosotros mismos

Como mi amor por ti

*

ASAMKHYEYA

Un día de 1965, en Varsovia, en la esquina superior izquierda de un lienzo totalmente negro, pintó el número 1, al que siguieron a la derecha el 2, luego el 3, y demás números, en orden creciente. Sus lienzos –de 1,96 x 1,35 metros, escritos con un pincel número cero impregnado en óleo blanco con grafía sencilla–, negros al principio, pasaron a ser grises en 1968 y, al alcanzar el número un millón, en 1972, empezaron a ser aclarados mediante la introducción de 1% más de blanco, hasta el punto que –a partir de 2008–, prácticamente pintaba números blancos sobre fondo blanco. Pintó sobre el infinito –o la imposibilidad de alcanzarlo- y el paso del tiempo. El 6 de agosto de 2011, cuando Roman Opalka falleció, el último número que había pintado era el 5.607.249. Habían pasado 46 años y 233 “detalles”, como él llamaba a cada uno de sus cuadros, que hacían parte de su obra “1965/1–∞”, la cual concluyó en el momento de su muerte. “El problema es que somos y estamos a punto de no ser”, dijo Opalka en alguna ocasión.

Y yo sé que no soy si no es contigo.

*

AMASANDO SUEÑOS

A mediodía Alexa corría cañada abajo. Con mucho cuidado, se aferraba a su fusil, vigilando que sus zancadas, rápidas y ágiles –más saltos que pasos en realidad–, no hicieran ruido. Ese día, su comandante les contó que se gestionaba un acuerdo de paz, pues los jefes del Estado Mayor estaban en conversaciones con la gente esa del gobierno. Pero como nunca se sabe, y en la guerra y en el amor dicen que todo vale, aquí estaban, huyendo de un desembarco sorpresivo, en plenas negociaciones. Los soldados de la fuerza de despliegue rápido en pocos minutos habían copado la explanada en la cual se encontraba una hora antes el campamento guerrillero. De pronto, dio un paso en falso y cayó, peñasco abajo, rodando entre el cauce de la catarata que rugía bajo su cuerpo.

En eso, despertó sobresaltada. A veces, sucedía que los sueños la llevaban de vuelta al ajetreo de las montañas. A veces, mientras esperaba que el pan diera punto en el cuarto de crecimiento, y su bebé dormitaba en el corralito, detrás del área de producción, tenía microsueños, que eran más como recuerdos repentinos de emociones y temores, algo así como imágenes titilantes del pasado que la asaltaban por instantes, para recordarle que debía dormir con un ojo abierto. De suerte, pues si no, el pan se hubiese pasado de punto y la masa se habría caído al hornearla. Había aprendido a hacer pan, casi al mismo tiempo que aprendía a ser madre. Con su primer hijo no pudo, pues lo parió estando en filas, y apenas una semana después debió dejarlo en custodia de la familia del que entonces era su compañero. Recién ahora, gracias al proceso de paz, volvía a encontrarlo, y ya él, de trece años, poco o nada quería saber de esa madre que estuvo siempre ausente, atrapada en el conflicto. Pero a Alejito sí lo tuvo en este campamento de transición, ocho meses después de entregar las armas; él era un hijo de la paz, y Dios mediante, ojalá nunca tuviera que vivir los horrores de una guerra. Por él y para que su destino fuese diferente, decidió ser panadera. Junto con ocho compañeras más, casi todas madres solteras como ella, se asoció para gestionar esta iniciativa, que ahora les permitía un respiro de esperanza en medio de tanta incertidumbre. Porque las negociaciones de paz no habían traído ésta a sus vidas, más bien una suerte de temor constante a ser atacadas, desaparecidas, asesinadas. Un año después de la firma de los acuerdos, ya pasaban de cien sus excompañeros inmolados, víctimas de manos criminales y bandas paramilitares.

El pan de maíz en el cuarto de crecimiento ya había dado punto, así que Alexa se apresuró a precalentar el horno, para introducir en este las bandejas. Recordó que cuando era muy pequeña, su madre le cantaba, desgranando con ella los amarillos copos que llamaba mahís, que en arawak significa literalmente “lo que sustenta la vida”. Cientos de especies de esta planta, variedad de colores y tamaños, miles de creaciones culinarias a lo largo y ancho del continente, justificaban ese nombre; el maíz, ahora en el horno, olía a nueva vida, a felicidad, a tibia gratitud, a caricia del universo, a los besos de su hijo, a la posibilidad de un futuro.

Lo de aprender a hacer pan, había sido toda una odisea, como cada cosa que estaban aprendiendo en este proceso de apersonarse de nuevo de sus vidas, de retornar a la legalidad, a una civilidad que nunca había sido amable con ellos, pues el Estado, en zonas como esta, prácticamente ni existía. Por eso las guerrillas tomaron tanta fuerza, y eran consideradas autoridad en las remotas regiones en las cuales instauraron su área de influencia y en las cuales, jóvenes como Alexa, como Yolima, Yessica y las otras asociadas a la panadería y las demás excombatientes que vivían en el campamento, encontraron su única oportunidad de crecer y sobrevivir. Ahora, sobrevivían gracias al maíz y al trigo, a la cebada y el ajonjolí; ahora aprendían juntas, experimentaban nuevas técnicas, buscaban nuevas maneras de hacer las cosas y sus vidas tomaban forma como la masa que, en sus manos, crecía como la esperanza. Este era su futuro y su destino, su trasegar y su camino, amasando sueños.

Un chillido angustioso le avisó que Alejito había despertado. Se puso a toda prisa los guantes de carnaza y dio vuelta a cada una de las bandejas. Luego corrió a la trastienda y lo encontró ya levantado, aferrado a los barrotes del corralito, con el ceño fruncido y la mirada llorosa. Sin necesitarlo ya, pero con toda la intención de presionarla, el bebé chilló una vez más, con tono agudísimo y ululante, como de alarma de incendio o de ambulancia de socorro. Ella lo tomó en sus brazos, lo aupó y esbozó una amplia sonrisa, mientras tarareaba la canción del maíz, que su madre le cantaba cuando niña:

“Maíz hermano
Granito eterno
Jinete de rayos negros
Abrigo de niños tristes
Si al silencio te condeno
Ojecen las cataratas
Que eres fuego
Si careces en las grutas
Alzas tus brazos poblados
Y así vuelves
Aunque al tirano te muerda
Siempre serás maíz maíz
Aunque te arranquen los ojos
Siempre serás maíz maíz
Himno de bravas calandrias
Huacha pakai
Pawañui picausa chicny
Pancito de la ternura
Humilde oro de mil corazones
Plumita chicta chitarinuspa…”

*

Diana Carol Forero et Timoleón Jiménez (Timo), en 2018, avec le recueil Balada para Piel de Luna.

Cours de philo

Langue : français, with a pinch of English.

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Esthétique

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Le critère esthétique de Schopenhauer (ce qui stimule les appétits inférieurs – sexe, ventre – est un obstacle à la contemplation des Idées au sens platonicien, contemplation que l’art a vocation à susciter) est correct ou bien il n’existe aucune différence entre l’art et la publicité. – Ainsi l’expressionnisme est-il moins dégénéré que l’académisme d’un Giacomo Grosso (voir son Nu de 1896†) : personne ne penserait vendre des produits avec de l’expressionnisme publicitaire.

†The departure from Greek nudity is here unsurpassable. Hypercentrality of the buttocks. Academic ,,Un-Kunst.’’

Les orientalistes n’ont pas déformé l’Orient (dogme de pets-de-loup), ils l’ont inventé. C’est d’ailleurs toujours ce que fait l’art. Ce qui existait avant les orientalistes n’était pas l’Orient. – Dans l’Empire ottoman, en Égypte, au Siam, aux Philippines, en Inde, en Albanie…, partout en Orient les autorités autochtones ont fait appel aux orientalistes occidentaux, y compris comme peintres de cour, pour déployer l’Idée de l’Orient.

« La scandaleuse méprise de Schopenhauer qui considère l’art comme un pont qui conduit à la négation de la vie » (Nietzsche). Est-ce bien le cas ? La sainteté (négation de la vie) selon Schopenhauer implique un dépassement de ce que procure l’art, lequel maintient la volonté dans l’affirmation de la vie par la consolation qu’il offre grâce à l’Idée. Par conséquent, l’Idée elle-même, « l’objectivation adéquate » de la volonté, est encore un obstacle au renoncement. – Mais Schopenhauer écrit aussi que « toujours la beauté prochaine de ce qui nous entoure vient à son tour nous séduire et nous enlever à la volonté pour nous livrer à la connaissance pure et affranchie de tout vouloir », connaissance pure et affranchie de tout vouloir qui est le présupposé de la négation de la vie et d’elle-même par la volonté ; sans la contemplation esthétique, seule disposition qui permette « la connaissance intime du phénomène », le sujet n’aurait aucune expérience de lui-même en tant que sujet de la connaissance pure. De sorte que la négation de la vie présuppose la contemplation esthétique. Mais si cette dernière est une condition nécessaire de la négation de la vie, elle ne peut en être la condition suffisante. Ce qui manque, à côté de la contemplation esthétique, n’est pas des plus clairs cependant, car la différence entre le génie et le saint chez Schopenhauer n’est elle-même pas vraiment limpide, la description du génie étant passablement confuse : le type de connaissance propre au génie est, non la connaissance abstraite, mais cette connaissance esthétique que Schopenhauer dit propre à calmer les motifs susceptibles de stimuler la volonté ; or, à l’instar de Nietzsche, il décrit aussi le génie comme plus passionné et en ce sens plus affirmateur de la vie que les autres, alors même que sa connaissance propre est censée agir sur lui dans le sens de l’affranchissement du vouloir. – Par ailleurs, si Schopenhauer tient à insister sur la distinction entre le saint et le philosophe (en ce sens que le saint n’a pas besoin d’être philosophe –et que ses actions sont d’ailleurs souvent justifiées à ses propres yeux par des croyances absurdes– mais aussi, inversement, que le philosophe n’a pas besoin d’être saint, ce qui a une saveur un peu plus étrange, dans le cas d’un philosophe qui aurait passé sa vie à théoriser la négation de la vie sans jamais s’approcher le moindrement d’une pratique de cette négation), on s’attendrait, vu ses conceptions, qu’il souligne aussi davantage la parenté entre le génie et le saint ; or c’est ce qu’il ne fait pas.

Dans La volonté de puissance de Nietzsche, l’art est ce qui met dans la disposition de faire soi-même de l’art, ce qui donne envie d’être artiste. Cela signifie donc que l’art ne doive pas être virtuose et même, au fond, qu’il ne doive exiger aucune technique, car alors il ne peut faire autrement que manquer son but, les gens se disant : « Je ne pourrais jamais faire ça moi-même ».

Nous devons, c’est Diderot qui l’affirme, notre littérature à l’Angleterre ; c’est-à-dire que les sujets de la monarchie absolue doivent leur inspiration aux sujets de la monarchie constitutionnelle, monarchie de la Magna Carta et de l’habeas corpus. Il est temps d’adopter l’esprit de liberté des Anglo-Saxons, en l’occurrence aujourd’hui des États-Unis, pour ne plus leur devoir toute notre culture.

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Épistémologie

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Pour Nietzsche, la « conception mécanique » implique une « cause finale » (La volonté de puissance). Chez Kant, la cause finale est précisément ce qui distingue la conception organique de la conception mécanique ; et je ne comprends absolument pas en quoi le mécanisme aurait besoin d’une cause finale.

Selon Nietzsche, le devenir est une objection à l’être (ibid.). Comme si le devenir pouvait être le devenir de rien ! Il faut revenir au bon sens : le devenir est la modalité de l’être dans le temps ou selon la forme du temps, c’est là le donné de notre connaissance.

Contrairement à ce que croit Heidegger, Kant n’a pas refondé la logique, à laquelle Kant assure n’avoir rien touché, mais la mathématique –et toute la mathématique–, en y ayant retrouvé l’intuition, là où l’on ne voyait que le principe de contradiction (depuis Hume, selon Kant, mais en fait, comme je l’indique infra en discutant la pensée de Schopenhauer, depuis Euclide).

La logique fait fond sur des principes analytiques (selon le principe de contradiction), la métaphysique sur des propositions synthétiques.

Qu’une spirale tourne à droite ou à gauche, cela n’est pas discernable selon le concept de la spirale, nous dit Kant, mais seulement par la construction d’une spirale dans l’intuition. – On peut dire que Kant donne à cette affirmation le caractère de pierre de touche de toute sa philosophie de la connaissance.

Les « matheux », les geeks sont meilleurs aux jeux vidéos et au billard, pratiques qui supposent non pas de grandes capacités logiques mais une intuition plus fine. – Les curiosités phoniques des antiques grottes artificielles de Barabar en Inde, qui résonnent à certaines fréquences, pourraient, si ce n’est pas le fruit du hasard, résulter d’une intuition spatio-temporelle extrêmement fine, d’un génie intuitif géométrico-arithmétique qui nous est incompréhensible et qui doit rester incompréhensible à une intuition moins fine, émoussée par le raisonnement (via un phénomène de «verbal overshadowing»), tout comme d’autres réalisations architecturales antiques qui nous étonnent par ce que nous appréhendons comme étant des « connaissances » astronomiques, sous-entendu : théoriques, mais qui sont sans doute bien plutôt une intuition astronomique entièrement non théorique.

A good deal of the results of experimental psychology rely on the subliminal techniques utilized during  the experiments. For instance, the 2003 Lakin & Chartrand experiment (see Social Psychology and the Unconscious, John Bargh ed., 2007) depends on the efficacy of subliminal priming, and takes it for granted. At the same time, in the same society, the public is told that subliminal techniques can have no effect!

Une conséquence de la synthèse empirique continue et du caractère toujours relatif des connaissances empiriques est que : Anything goes. Un exemple, dans la science du marketing, c’est le fait que le blind test est une erreur en raison des phénomènes de «sensation transference» qui se produisent en permanence dans la consommation réelle, phénomènes (par lesquels l’expérience concrète est une synthèse de l’ensemble des associations implicites relatives aux produits consommés) aujourd’hui reconnus comme étant massifs et phénomènes que le blind test ne peut jamais prendre en considération pour la simple et bonne raison que, par la définition même du protocole de ce test, il les supprime. Or ces tests furent la norme dans toute l’industrie mondiale des produits de consommation courante jusque dans les années quatre-vingt-dix. Quel effet cette erreur monumentale a-t-elle eu sur le développement du secteur ? Anything goes ! (D’un autre côté, il est certain que, si tout le monde fait la même erreur, personne ne peut perdre un avantage concurrentiel à cause de cette erreur et que, si des blind tests ont jamais modifié des positions concurrentielles relatives, c’est simplement dû au hasard, à savoir que, par hasard, les résultats des tests de certains étaient plus près de la réalité, ou moins éloignés d’elle, que les résultats des tests de leurs concurrents.)

Ce qui est certain a priori est une forme de la connaissance. – La possibilité d’une chose se détermine a priori, sa nature se détermine par l’expérience.

Selon Schopenhauer, les arguments de Kant contre le point de vue de Hume sur la causalité sont insuffisants, car il faut montrer – les deux en sont d’accord – que l’expérience est sous la dépendance de la loi de causalité, mais – c’est là que Schopenhauer se sépare de Kant – pour cela il faut prouver que la loi de causalité est impliquée dans l’intuition. Aussi bien Schopenhauer parle-t-il d’une intuition intellectuelle tandis que, pour Kant, notre intuition est seulement sensible et Kant réfute expressément la notion d’intuition intellectuelle dans l’homme : nous n’avons pas d’« intuitions intellectuelles », qui nous permettraient d’intuitionner « les choses comme elles sont en soi » (Sur une découverte…). – Cependant, une intuition intellectuelle est concevable selon Kant, « même si elle n’est pas la nôtre » : « Mais, comme il est au moins possible de considérer le monde matériel comme simple phénomène, et de penser quelque chose en tant que chose en soi (qui n’est pas phénomène) comme substrat, et donc de supposer une intuition intellectuelle correspondante (même si elle n’est pas la nôtre), il y aurait, bien qu’il soit pour nous inconnaissable, un fondement réel suprasensible pour la nature etc. » (Critique de la faculté de juger) – Du reste, les deux n’entendent pas la même chose par « intuition intellectuelle » puisque Schopenhauer ne considère pas que l’intuition intellectuelle dont il parle et qu’il attribue à l’homme permette à celui-ci de connaître la chose en soi (dont Schopenhauer admet lui aussi l’existence), alors que, pour Kant, c’est à cette condition seulement que l’on pourrait légitimement parler d’intuition intellectuelle.

L’antinomie chimique selon Schopenhauer : on cherche à réduire le nombre de corps simples de la nature mais si l’on parvenait à un état unique de la matière on ne pourrait plus expliquer les modifications chimiques puisqu’il manquerait un second état pour modifier l’état unique premier. – Cette question est liée à celle de la divisibilité de la matière : les chimistes ne croient pas à une divisibilité qualitative infinie (pas plus que les physiciens, clairement, depuis la constante de Planck).

Les démonstrations d’Euclide sont, selon Schopenhauer, « une béquille pour une jambe qui se porte bien », car l’évidence du principe de raison comme forme de l’intuition est aussi grande que celle du « principe de la raison de connaissance, c’est-à-dire de la certitude logique ».

Pour répondre au matérialisme, Schopenhauer dit que l’objet doit passer d’abord « par le mécanisme du cerveau » – et il veut dire par là qu’il faut un sujet –, mais le cerveau est matériel !

L’expérience possible est entièrement déterminée (nature), c’est-à-dire qu’il n’y a de possible dans l’expérience possible que ce qui est déterminé (selon une causalité naturelle). La liberté de l’homme ne fait donc pas partie de l’expérience possible de l’homme. – L’expérience possible n’a de réalité que pour la raison théorique. – Mon expérience en tant qu’esprit libre se vit comme entièrement séparée de la nature ; dans cette expérience, je suis par ma liberté l’origine de toutes les chaînes causales qui m’entourent. – L’entendement est une faculté théorique : la faculté de connaître théorique. La raison est la faculté des Idées « excessives pour notre faculté de connaître théorique » mais régulatrices pour l’entendement « selon un principe de complétude » (Kant). – Ainsi, l’entendement prescrit des lois à la faculté de connaître, la raison à la faculté de désirer (vouloir). – La nature est la chose en soi telle que normée par l’entendement : l’entendement prescrit ses lois à la nature, c’est-à-dire il prescrit des lois à la chose en soi, la transformant par là en nature. L’entendement n’est pas dans la nature car il lui prescrit ses lois et, ce faisant, la crée en tant que nature. La raison et la liberté ne sont pas non plus dans la nature.

La nature est la législation de ma subjectivité formelle. (Non pas la loi de ma subjectivité, à laquelle ma subjectivité serait soumise, mais la législation de ma subjectivité, son produit.)

De même que les dilemmes cornéliens ne jettent pas à bas l’idée de morale, les cas examinés au titre de la dialectique hégélienne par William James (la liberté se garantit par des lois, la tolérance pour les idées anarchistes est le moyen de les rendre inoffensives, le véritable épicurien est sobre, la voie de la certitude est le doute radical, nous commandons à la nature en lui obéissant…) ne jettent pas à bas la logique (que je refuse d’appeler traditionnelle).

La théologie traditionnelle est fausse, en ce qu’elle est une théosophie : elle croit avoir une connaissance théorique de Dieu (Kant).

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Philosophie morale et politique

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Le sage de Bénarès, méprisé par les singes eux-mêmes.

Nietzsche fait allusion à Mandeville, qui de fait l’a précédé dans la même voie, quand il réprouve le procédé faisant servir l’immoralité au bien collectif. Pourtant, c’est la même chose chez l’un et chez l’autre, même si chez le premier le bien supérieur est celui de la société et chez le second le but à atteindre est défini différemment (ce but est « au-delà du bien et du mal » etc.) ; un but est un bien (à réaliser), de quelque nom qu’on l’affuble. Ne pourrait, ainsi, être par-delà le bien et le mal que celui qui n’a plus de but – une forme d’ascétisme : les mystiques persans qu’a rencontrés Gobineau se placent selon leurs propres dires au-delà du bien et du mal (Les religions et les philosophies dans l’Asie centrale).

Ce n’est pas parce que tout le monde parle tout le temps que la parole est libre.

Dans Le crépuscule des idoles, Nietzsche nous dit que, depuis La naissance de la tragédie, il fait remonter la décadence des sages à Socrate et Platon (deux « anti-Grecs »). Mais Socrate est celui qui le premier a rejeté le titre de sage : c’est donc la philosophie qui est décadente, tandis que la sagesse était tout autre chose, à laquelle le décadent Socrate ne croyait pas, ne croyait plus que l’on pût atteindre.

Je ne crois pas qu’il faille chercher des falsifications dans La volonté de puissance (par la sœur de Nietzsche, Elisabeth Förster-Nietzsche), autrement, peut-être, que dans de menus détails, car cette œuvre posthume ne diverge pas foncièrement de la philosophie des dernières œuvres publiées par Nietzsche de son vivant, du temps de sa lucidité. En fait, je mets au défi ceux qui parlent de falsification de montrer que ces supposées falsifications ne correspondent pas à ce que le lecteur de Nietzsche trouve déjà dans ses autres œuvres.

Selon Kant, comme le bien est un devoir, il ne peut purger la dette du mal radical en l’homme. La punition se trouve donc dans la conversion au bien elle-même, c’est-à-dire dans ses conséquences (qui semble être que la vie devienne un martyre !). Dans ces conditions, la grâce de Dieu qui sauve l’homme est conforme à sa justice.

La divinité du Christ rend douteuse la qualité de son sacrifice. – Kant répond aussi à cela.

Ceux qui insistent, pour le déplorer, sur un supposé hédonisme de l’homme moderne sont victimes de la propagande subie par l’homme moderne. La réalité de ce dernier est le travail aliénant, non le plaisir, et en particulier pas le plaisir consumériste, dont la finalité lui est extrinsèque et adverse, puisqu’il s’agit de perpétuer son aliénation dans le travail.

Wahhabi discouragement of devotion to the Prophet Muhammad is to be endorsed as sound, as such devotion must lead to a spirit of emulation which may turn into a desire to set up a new religion. (The desire to be like the Prophet may make one want to be a new Prophet.) ‘’Even today religious police are placed near the Prophet’s tomb in Madinah to discourage veneration of the Prophet rather than of God.’’ (John A. Shoup, ‘Popular Islam’ in Saudi Arabia and the Gulf Arab States Today: An Encyclopedia of Life in the Arab States, 2009) In footages showing the religious police near the Prophet’s tomb in Madinah, one can see that they do not waver to push pilgrims away.

Dans une conception du mariage comme sacrement indissoluble, tout est permis en matière d’adultère, tandis que dans un mariage civil l’adultère est une faute (susceptible d’entraîner la dissolution du mariage aux dépens du conjoint adultère). – Les punitions de l’adultère au moyen-âge (avoutrie) étaient pénales et non civiles ; or, comme il n’existe plus de sanctions pénales en la matière, il en résulte que l’adultère n’est plus sanctionné dans le mariage en tant que sacrement indissoluble.

La valeur de l’argent se déprécie par création bancaire d’argent (crédits). Puisque c’est de cette manière que l’argent se déprécie, l’intérêt versé par la banque au dépositaire n’est pas un revenu mais une compensation pour la dépréciation que la banque fait subir à l’argent du dépositaire, correspondant à l’absence de perte de valeur si cet argent était resté hors de la banque et n’avait pas servi à créer de l’argent par voie de crédits (selon un ratio prudentiel des crédits sur les dépôts). – Or, comme c’est le crédit bancaire qui est responsable de l’inflation, les banques devraient aussi payer une compensation pour l’argent resté en dehors d’elles, tout aussi déprécié que l’argent déposé.

Even the Dhammapada contains traces of resentment. (Nothing strange here for a Nietzschean.)

Les gens ayant beaucoup d’amis ont peu de principes.

Ekman: Mating and friendship would be impossible if humans were equipped with a facial switch (turning off involuntary expressive actions on command). – And, I add, cheating would be impossible without such a switch.

La privatisation des terres, ou enclosure, par les Britanniques en Afrique de l’Est notamment, mais aussi par les puissances coloniales en général, n’avait pas pour seul but d’améliorer les rendements de l’agriculture locale, mais aussi de libérer de la main-d’œuvre pour les secteurs secondaire et tertiaire, tandis que l’agriculture traditionnelle a vocation à absorber toute la main-d’œuvre. L’Angleterre a commencé les enclosures sur son propre territoire : comme le dit Alain, « nous nous sommes colonisés nous-mêmes ». C’est par ce mouvement des enclosures que la révolution industrielle a pu se produire. – Le paradoxe est que, dans les régions où l’agriculture traditionnelle a conservé une certaine prééminence, comme en Mélanésie, cette agriculture est aujourd’hui mise en cause par un modèle économique, par exemple celui de la culture de l’huile de palme, avec un monopsone (acheteur unique) et de petits producteurs qui lui vendent leur récolte, modèle qui, comme l’agriculture traditionnelle qu’il remplace, maintient la main-d’œuvre dans le secteur primaire.

La croissance économique est un concept militaire : il faut produire plus et à moindre coût pour être plus fort.