Le kantisme devant le principe d’incertitude

« Le consensus de Copenhague, dans le domaine de la physique des particules, … conclut à de l’indéterminable dans l’objet lui-même du fait de l’inévitable interaction avec l’instrument de mesure. Cependant, ce consensus ne tient pas la route, philosophiquement, car on peut concevoir la possibilité d’autres instruments de mesure qui permettraient d’observer ces échelles sans interaction de l’observateur avec les phénomènes observés, par exemple grâce aux nanotechnologies. Cette pensée à elle seule dément l’affirmation selon laquelle l’indéterminé est dans le phénomène observé lui-même. » (lxiii, 24 août 2019)

Les tenants de l’école de Copenhague ont porté la contradiction à cette pensée dès avant que je la formule ; il n’était donc pas tout à fait scrupuleux de ma part de la présenter sans expliquer qu’elle était, selon les penseurs auxquels je m’oppose, déjà tenue pour sans portée dans le débat. Il me fallait, pour procéder autrement, connaître les objections de l’école plus en détail que ce n’était le cas quand j’écrivais ce chapitre. Je suis donc allé chercher la réponse de l’école, et, renseignements pris, je reconnais que ma position sur ce point précis – à savoir, que d’autres dispositifs de mesure pourraient permettre d’écarter l’incertitude – est relativement faible, mais tout en concédant la faiblesse de l’argument tiré de la mesure (bien que les possibilités des nanotechnologies que je cite n’aient pas été envisagées par l’école), mes conclusions restent justes du fait des autres arguments développés dans les précédents chapitres ainsi que de nouveaux arguments que je vais développer ici.

Je maintiens que l’indéterminisme de la mécanique ondulatoire n’est pas dans les phénomènes ainsi que le prétend l’école de Copenhague, mais je précise, en reprenant la distinction de l’école entre théorie objectiviste, telle que la mécanique classique, éventuellement « à déterminisme caché » telle que la mécanique statistique classique, et théorie subjectiviste, telle que la mécanique ondulatoire, complètement indéterministe selon l’école de Copenhague, que cette classification est erronée et devrait être plutôt ramenée à la différence entre indétermination comme conséquence contingente et comme conséquence nécessaire de la subjectivité formelle. Comme le monde phénoménal nous est donné via notre subjectivité formelle, il semblerait qu’une indétermination nécessaire selon cette dernière dût être considérée comme une indétermination dans les phénomènes eux-mêmes. Il n’en est rien : notre subjectivité formelle ne connaît que le déterminisme des phénomènes, c’est-à-dire leur détermination absolue selon la causalité. Cette indétermination nécessaire n’a pas pour conséquence une indétermination objective dans les phénomènes, puisqu’elle n’est alors que la conséquence d’une limitation de notre entendement dans le domaine même auquel celui-ci prescrit ses lois. Que notre entendement ne puisse être conduit à aucune contradiction dans la connaissance des phénomènes, à savoir, ici, qu’il ne puisse y avoir d’indétermination nécessaire comme conséquence de l’entendement puisque l’entendement prescrit à la nature la détermination absolue de la loi de causalité, n’est pas une proposition nécessaire, apodictique.

Mais en introduisant, comme je le fais, l’idée d’indétermination nécessaire selon la subjectivité, je suis en réalité conduit à prédire une révision complète des résultats de la mécanique ondulatoire, car cette idée est tout de même paradoxale (bien que son contraire ne soit pas nécessaire). Je prédis également que cette révision proviendra d’une remise en cause de la nature paradoxale de la lumière, ainsi que de la matière au niveau subatomique (Louis de Broglie), comme étant à la fois et en même temps ondulatoire et corpusculaire, ou de la définition des ondes et corpuscules. – De telles conclusions ne courent d’ailleurs jamais le moindre risque d’être hasardées, dans aucune science empirique, compte tenu de la synthèse continue au fondement de ces sciences.

Ma conclusion rappelle, au final, comme je l’ai déjà fait dans les précédents chapitres, que les résultats d’une science métrologique particulière, la physique, ne peuvent être étendus au-delà de ce domaine restreint sans de multiples apories dès lors que l’on chercherait à fonder sur eux une philosophie de la connaissance (car celle-ci repose sur des principes métaphysiques).

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i

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Pour commencer, le consensus de Copenhague ne fait pas dépendre le principe d’incertitude, à la manière dont les vulgarisateurs le présentent souvent au grand public, de l’interaction entre un processus de mesure et le phénomène mesuré. Autrement dit, une réponse sur ce point, comme dans la citation en exergue de ce chapitre, répond aux vulgarisateurs mais non à l’école elle-même. En effet, cet argument des vulgarisateurs ne permet pas d’exclure un possible « déterminisme caché ». En réalité, le principe d’incertitude est obtenu « indépendamment de tout processus de mesure particulier » (cf citation infra).

« Bohr et Heisenberg ont examiné ainsi de nombreux dispositifs [de mesure]. Pour chaque cas examiné on est conduit à l’impossibilité de mesurer l’état d’un corpuscule, mais on ne peut parvenir avec des raisonnements de ce genre à prouver d’une manière générale l’impossibilité de mesurer l’état mécanique d’un corpuscule ou d’un système de corpuscules. Pour y parvenir, il faut faire intervenir les lois de la mécanique ondulatoire. » (Jean-Louis Destouches, La mécanique ondulatoire, 1948, pp. 55-6 ; c’est de ce livre que sont tirées les citations du présent chapitre)

Passons sur le diallèle qui, dans cette citation, veut faire intervenir les lois de la mécanique ondulatoire pour parvenir au principe d’incertitude alors que ces lois sont fondées sur ce dernier ; c’est le passage suivant qu’il faut retenir principalement :

« La démonstration de ce résultat [le principe d’incertitude] ne fait appel qu’au principe des interférences [qui pose par hypothèse la relation d’Einstein entre énergie et fréquence] et au principe de décomposition spectrale pour la quantité de mouvement ; elle est une conséquence de propriétés mathématiques concernant ce qu’on appelle ‘les intégrales de Fourier’. On obtient donc cette fois les relations d’incertitude indépendamment de tout processus de mesure particulier. » (57)

Nous laisserons de côté l’explicitation du principe des interférences et du principe de décomposition spectrale puisque nous concédons à ce passage l’essentiel, à savoir que le principe d’incertitude doit découler de ces principes « indépendamment de tout processus de mesure particulier ». Relevons tout de même que Bohr et Heisenberg n’ont pas eu dès l’abord la conviction que le principe en découle « indépendamment etc. », puisqu’ils ont examiné de nombreux dispositifs de mesure (citation pp. 55-6). Il faut donc supposer que ne leur était pas de prime abord évident le fait que le principe d’incertitude s’obtient indépendamment de tout dispositif de mesure, autrement ils n’auraient pas tenté de répondre à cette objection (la même que j’ai formulée en lxiii), qu’ils aient anticipé cette objection ou qu’elle leur ait été présentée par d’autres, au moyen de l’examen de dispositifs de mesure alternatifs, examen qui ne pouvait jamais écarter un « déterminisme caché », c’est-à-dire ne pouvait pas « prouver d’une manière générale l’impossibilité de mesurer l’état mécanique d’un corpuscule ou d’un système de corpuscules ». S’ils l’ont pratiqué, c’est qu’ils n’étaient pas d’emblée convaincus que cet examen ne pourrait en aucun cas contredire le principe d’incertitude.

Or, même en concédant l’essentiel à ce passage, donc en répudiant notre citation en exergue de ce chapitre, nous allons voir que ce passage ne permet pas de conclure à l’indétermination dans les phénomènes.

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ii

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Si un corps impacté par une propagation quelconque produit des interférences ou des diffractions, ce qui se propage est une onde. Si ce qui se propage est un ensemble de corpuscules ou particules, le corps impacté subit un choc et se met lui-même en mouvement. L’expérience semble montrer que la lumière est à la fois ondulatoire et corpusculaire.

L’incertitude de Heisenberg est liée au fait qu’un corpuscule que nous observons est heurté, donc déplacé, par le photon de lumière qui nous permet de l’observer (le corpuscule subit un choc car la lumière possède un aspect corpusculaire) – l’observer au microscope, dans le cas du microscope, mais le principe vaut pour tous procédés de mesure en vertu des considérations citées.

Or, même en tenant compte des citations précédentes, l’indétermination est dans la mesure et non dans les choses. On ne peut en effet tirer aucune conclusion quant à la détermination ou non des phénomènes à partir de fonctions d’ondes qui sont « seulement des intermédiaires de calcul » (62), alors que c’est bien ce qu’on prétend faire par le raisonnement « objectif » concluant à un indéterminisme qui serait « de droit » dès lors qu’il découlerait du principe des interférences et du principe de décomposition spectrale des fonctions d’onde de la mécanique ondulatoire. D’un simple instrument de calcul on ne peut tirer aucune conclusion quant aux phénomènes mais seulement quant à notre faculté de calcul : la notion d’indétermination reste donc subjective dans tous les cas (subjective universelle, c’est-à-dire liée à notre subjectivité formelle), elle n’est pas objective, elle n’est pas dans les phénomènes. Un indéterminisme objectif ne peut d’ailleurs nullement être pensé, car la pensée est assujettie à la loi de causalité qui détermine la condition de possibilité de notre expérience et par laquelle, dans les phénomènes de notre expérience, tout effet a une cause.

La présence de i (imaginaire) dans les fonctions d’onde de la mécanique ondulatoire fait qu’elles ne traduisent en aucune façon les vibrations d’un milieu : « ce sont seulement des intermédiaires de calcul : elles servent à calculer des probabilités » (62). Or toute fonction est un intermédiaire de calcul. Le fait qu’elles servent ici « seulement » d’intermédiaire introduit de l’arbitraire – surtout quand ce pur intermédiaire est apparu à partir de fonctions réelles (des fonctions d’ondes traduisant les vibrations d’un milieu), desquelles on abandonne au passage le caractère de traduction de phénomènes réels.

On a donc parlé pour les ondes de la mécanique ondulatoire d’« ondes de probabilités », mêlant allégrement l’objectal et l’abstrait. Mais une probabilité n’a pas de mouvement, au sens physique, dans l’espace et dans le temps.

Ces équations ont été développées pour permettre un accord satisfaisant avec les valeurs de l’expérience (raies spectrales, etc.), du moins une meilleure concordance que dans le cas de la première mécanique des quantas. Puisque nous avons des équations qui s’accordent avec les données de l’expérience, elles permettent des prédictions (ne fût-ce que des prédictions de probabilités ; on reste dans le processus d’induction classique, avec sa part d’incertitude – l’incertitude avant le principe d’incertitude : voyez ce que nous avons dit de la méthode inductive, notamment en lxviii). Elles jouent leur rôle de pouvoir technique mais en l’occurrence elles ne veulent rien dire – du moins dans les écrits des savants qui jusqu’à ce jour ont tenté de leur donner un sens.

« La mécanique ondulatoire apparaît comme un cas particulier de la théorie générale des prévisions. » (84) Elle n’a donc pas de sens physique en tant que telle : c’est un symbolisme commode pour tirer des prévisions à partir des données de l’expérience. La traduction de ce symbolisme en termes intuitifs peut se faire d’une infinité d’autres manières que celle adoptée (à savoir, l’infinité des termes intuitifs ne contredisant pas les résultats expérimentaux).

Que ces fonctions ne traduisent pas une vibration dément formellement le postulat du principe d’incertitude, puisque celui-ci repose censément sur la nécessité de tenir compte à la fois du caractère corpusculaire et ondulatoire de la lumière (« les relations d’incertitude proviennent de la nécessité de faire intervenir les deux aspects ondulatoire et corpusculaire de la lumière », p. 55), et qu’ici le caractère ondulatoire est une pure abstraction.

« La mécanique ondulatoire est née de l’idée d’associer des ondes aux corpuscules d’une façon analogue à l’association photons-ondes en optique. Mais quand la mécanique ondulatoire a pris sa forme définitive, on a constaté que ces ondes avaient un caractère beaucoup plus abstrait que les ondes de la physique classique : c’est ainsi que l’unité imaginaire i figure dans l’équation d’ondes et que dans le cas d’un système de plusieurs corpuscules l’onde ne se propage pas dans l’espace physique mais dans un espace abstrait, l’espace de configuration. » (75) L’espace de configuration (en mécanique classique) est un espace à 3n dimensions. C’est un simple artefact. Dans cet espace abstrait, on parle de point figuratif, ce qui permet de traiter un ensemble de corpuscules comme un corpuscule. Or l’emploi de cet espace sert également, selon Destouches, à ôter toute « signification physique » (70) à l’onde en mécanique ondulatoire.

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iii

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« Les théories physiques sont à diviser en deux classes : 1) Celles pour lesquelles toutes les grandeurs sont simultanément mesurables [théories objectivistes] ; 2) Celles pour lesquelles il existe des paires de grandeurs non simultanément mesurables (en droit) [théories subjectivistes]. On peut établir que pour les théories de la première classe, il existe une grandeur d’état, tandis que pour celles de la seconde classe il n’en existe pas. » (90) (« On appelle ‘grandeur d’état’ une grandeur telle que si sa valeur est connue, la valeur de toute grandeur s’en déduit, et ‘état’ à un instant la valeur d’une grandeur d’état à cet instant. » [55]) & « Une théorie à déterminisme caché est une théorie objectiviste. La mécanique statistique classique est un exemple de telle théorie. » (95)

Quand nous parlons de la réalité, nous parlons avant tout de notre subjectivité formelle (universelle). Une théorie physique « objectiviste » n’est donc pas plus objectiviste, fondamentalement, qu’une théorie « subjectiviste » ; car, strictement parlant, une théorie objectiviste nous donnerait à connaître le monde tel qu’il pourrait l’être en dehors de toute subjectivité. Or nous connaissons le monde via notre subjectivité formelle universelle, notre entendement.

L’indéterminisme « de droit » n’est pas non plus une indétermination objective dans les phénomènes, mais une conséquence nécessaire de la subjectivité formelle – tandis que le déterminisme caché serait une conséquence contingente. Le déterminisme est caché car nous n’avons pas en l’état les moyens de le mettre à jour, tandis que l’indéterminisme de droit révèle une impossibilité subjective nécessaire.

Mais, de surcroît, cette distinction, et la notion même d’indéterminisme de droit, reposent sur la double nature contradictoire, corpusculaire et ondulatoire, de la lumière et de la matière au niveau subatomique dans la conception actuelle, laquelle a vocation à être dépassée. Cette dualité paraît en effet non seulement contradictoire prima facie (nonobstant l’expérience et sa rationalisation par le concept de « complémentarité » : le corpusculaire et l’ondulatoire sont deux aspects complémentaires de la lumière et de la matière au niveau subatomique, rendant complémentaires deux aspects conçus dans un plan plus macro comme exclusifs l’un de l’autre) mais de surcroît bancale ; le corpusculaire serait en effet le seul aspect physique, l’ondulatoire n’étant, dans la mécanique ondulatoire qui postule cette dualité, qu’abstrait, heuristique. Donc, non seulement un indéterminisme de droit n’a aucune conséquence sur la détermination absolue du réel phénoménal (indiquant bien plutôt une limitation de l’entendement dans ce même réel), mais en outre il existe de bonnes raisons de penser que cet indéterminisme de droit repose sur une « singularité » devant être surmontée.

Une théorie est dite subjectiviste et indéterministe parce qu’un photon bouscule un corpuscule : cherchez l’erreur ! En réfléchissant à ce fait, on en vient à se dire que la différence est la même qu’entre un miroir et ce qu’il reflète : ce que nous montre le miroir serait indéterministe parce qu’il inverse la gauche et la droite… Le choc du photon est un pur phénomène physique, nos instruments de mesure fonctionnent sur la base des principes de la physique, et l’on ne peut changer de physique (de forme de l’entendement) en changeant d’échelle, en passant du niveau sensible au niveau atomique ou subatomique. Tout comme on corrige le reflet du miroir par une opération mentale, on doit pouvoir corriger la perturbation causée par la mesure au niveau atomique par des opérations mentales également : il faut parvenir à penser l’état sans le photon dont nous observons l’effet.

La distinction entre théories objectivistes et subjectivistes est peu pertinente car nos sens eux-mêmes sont en quelque façon un « appareil de mesure devant être mis en interaction avec les systèmes observés » (104). Ce que nous révèlent nos sens n’est pas « objectif », même s’il est posé comme tel par la physique (y compris la physique quantique, qui se consacre au subsensible). On peut certes parler d’objectivité dans le sens où le consensus peut se faire dans la subjectivité formelle universelle, mais en aucun cas dans le sens, seul adéquat, où il nous révèlerait la chose en soi, et cette impossibilité résulte précisément de ce que nos sens sont un moyen d’interaction. – Certes, nos sens n’envoient pas de photons bousculant les corpuscules. S’agirait-il donc d’une interface sans interaction ? Le cerveau est actif dans le traitement des sensations : il fait subir à celles-ci son action propre, donc il y a, indirectement, interaction : entre la donnée et le résultat. Ce pourquoi nous ne pouvons connaître la chose en soi.

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iv (annexe)

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Les sciences exactes ne permettent pas, globalement, de prédire l’avenir mieux que le paysan à son échelle (le temps qu’il fera), alors même qu’elles se fondent sur la connaissance de lois exactes universelles. Les sciences exactes ne sont ainsi bonnes qu’à produire une technique. Si la science pouvait décrire le monde, elle serait, puisqu’elle se fonde sur des lois, en mesure de prédire l’avenir ; le fait qu’elle ne puisse être prédictive indique qu’elle n’est pas non plus descriptive. Elle est purement et simplement prescriptive, par le biais d’une technique. Encore convient-il de faire remarquer que la technique ne se rattache pas nécessairement à la science, mais à n’importe quelle pratique (ou art) : un maître d’armes prescrit, en l’enseignant, la conduite à suivre au combat corps-à-corps. La science est un système prescriptif parmi d’autres.

Journal onirique 13

Période : septembre 2020.

Deux hommes, dont l’inénarrable Lino Ventura, plus renfrogné que jamais, en suivent un autre dans la foule ; ils le forcent à monter dans une voiture et l’emmènent. L’homme est à l’arrière, Lino devant à la place du passager, et son acolyte au volant. L’enlèvement ne se passe pas comme prévu, une puis plusieurs voitures de police les prennent en chasse. S’ensuit une poursuite effrénée au cours de laquelle des voitures de police sont mises hors course l’une après l’autre, allant notamment défoncer des vitrines. Pendant la course-poursuite, Lino reste totalement impassible.

Ils parviennent à semer leurs poursuivants, laissent la voiture dans une rue et continuent leur chemin à pied, emmenant l’otage avec eux. Lino fait alors remarquer à son acolyte, sur un ton de reproche, qu’il n’aime pas le verre brisé car marcher dessus abîme les semelles des chaussures. Il est sapé selon le luxe caractéristique d’un gangster de cinéma.

Comme ils passent devant une église, Lino dit à son acolyte de l’attendre avec l’otage car il va se confesser. Quand il ressort de l’église au bout de quelques minutes, leur otage entre dans une longue péroraison sur la nature obscurantiste et rétrograde de la judéo-christianité.

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Dans un village méridional, au cours d’une féria nocturne, en m’accoudant sur un muret afin de voir à mon aise les animations en contrebas, je reconnais à ma droite B., un ami de lycée perdu de vue depuis longtemps. Il était à l’époque également le principal pourvoyeur de cannabis de notre groupe d’amis. Nous nous saluons. Au bout de quelques instants de conversation, il m’invite à le suivre, lui et ceux qui l’accompagnent ; je comprends sans qu’il ait besoin de le dire qu’il veut me conduire en un lieu où nous pourrons fumer du cannabis, ce que je n’ai pas fait depuis des années. J’accepte son invitation.

Notre petit groupe s’engage dans un dédale de ruelles désertes en raison de la féria qui se tient dans une autre partie du village. Nous nous arrêtons devant un passage obstrué par une lourde pierre, que déplace l’un des compagnons de B., et nous nous engageons alors dans un souterrain étrangement plus éclairé que les ruelles à l’extérieur, par une lumière claire et bleue. B. marche devant. Voyant que nous allons passer par un couloir très étroit où l’on ne peut avancer que de biais pressé de chaque côté par les parois, une situation onirique que je vis régulièrement et qui m’oppresse, je m’arrête et, voyant que d’autres membres du groupe derrière nous ont pris un chemin différent, je décide de suivre ceux-là dans l’espoir que le trajet qu’ils empruntent est plus praticable. Je déchante vite car ce trajet impose de ramper dans un boyau très bas et très étroit dans lequel je crains de rester coincé. Il ne me reste donc plus qu’à rebrousser chemin. Or je me rends compte que nous sommes descendus à l’aller par un passage en pente raide qu’il m’est impossible de remonter au retour. Je ne peux sortir de là, je suis perdu dans le souterrain.

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Avec L. (♀), Y. et un autre garçon que je ne connais pas, nous traversons l’Espagne en voiture pendant nos vacances. À l’hôtel où nous descendons, alors qu’après avoir vu nos chambres nous nous réunissons autour d’une table au restaurant de l’hôtel, je commence à craindre que les choses dégénèrent, Y. cherchant à se lier avec la serveuse, et l’autre garçon, portant une imitation de costume folklorique espagnol qu’il a revêtue dans sa chambre, avec d’autres filles vulgaires, les deux suggérant de passer la soirée avec ces filles en boîte. L. nous demandant si nous sommes bien sûrs de vouloir sortir dès le premier soir plutôt que de nous reposer, j’en profite pour donner mon point de vue : si nous passons toutes nos nuits en boîte, nous ne pourrons avoir aucune activité culturelle pendant la journée. Je suis content de cette idée d’activités culturelles, qui n’avait pas été évoquée entre nous avant le départ ; en même temps, j’ai quelques doutes quant à la possibilité que de telles activités puissent occuper pleinement des jeunes en vacances. Je crains donc d’avoir à me soumettre aux goûts vulgaires d’Y. et de l’autre garçon.

Un compromis se présente à nous par la tenue cette nuit-là d’une féria présentant une certaine dimension culturelle. Dans une grande auberge pleine de monde, L. m’appelle depuis une mezzanine, où elle veut me présenter à des gens. Je grimpe sur la mezzanine aidé par des personnes parmi la foule agglutinée au rez-de-chaussée et me retrouve au milieu d’un cercle d’aristocrates où je suis présenté par un chambellan à une certaine Mme de Bonald. Elle me demande – ce que je ne trouve pas très poli – par qui je suis introduit et quand je donne le nom de L. Mme de Bonald réprime mal une moue.

Ce cercle aristocratique est également une secte. Dans une autre salle à l’étage, vide de monde, je trouve sur une table un carnet de dessins appartenant à l’une des fillettes de ce cercle ; en le feuilletant, je découvre dans les dessins naïfs de l’enfant que ces gens ont des mœurs orgiaques secrètes, et que telle est leur façon de maximiser la fécondation dans leur groupuscule. Une autre fillette, qui n’est pas l’auteur des dessins, me surprend dans la salle et me demande ce que je fais ; « rien », dis-je, avant de rejoindre les autres.

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Dans le train où je suis assis, attendant le départ, monte un vieillard accompagnant une fillette en robe gris perle avec une petite valise à la main. Il fait asseoir la fillette dans le siège à côté de moi puis me dit qu’elle voyage seule jusqu’à Narbonne. Je lui dis que c’est également l‘arrêt où je descends et que je veillerai sur l’enfant.

Le train arrive à Narbonne alors qu’il fait nuit. Personne n’attend l’enfant à la gare, je décide donc de la conduire en taxi jusqu’à sa destination finale, qu’elle nous dit être, au chauffeur et moi, au 8 place de l’Europe. Le chauffeur marmonne son étonnement que cette adresse soit habitée, une remarque qu’en tant que protagoniste du rêve je n’entends pas – car je lui demande de répéter, ce qu’il se garde de faire – mais que j’entends comme spectateur du rêve.

J’invite la fillette à s’asseoir à l’arrière, ferme la portière puis contourne la voiture pour prendre place de l’autre côté de la banquette, derrière le chauffeur. Nous partons. L’intérieur de la voiture est sombre et ce n’est qu’au bout d’un moment que je me rends compte que la fillette n’est pas à sa place, qu’elle a disparu. Après quelques instants d’étonnement, je demande au chauffeur de nous conduire tout de même au 8 place de l’Europe pour signaler sa disparition à ceux qui l’attendent.

La place de l’Europe ressemble pour partie à une arène gardoise et pour partie au jardin du Luxembourg, entouré d’une grille. Le chauffeur regarde les numéros des adresses. Je vois passer le numéro 20 puis tout de suite après le numéro 6. Le taxi s’arrête. Le chauffeur et moi nous rendons devant un interphone, sur le bouton duquel il appuie, ce qui nous ouvre la grille. Nous marchons sur l’allée d’un parc conduisant vers un château. Là nous sommes reçus par quelques femmes qui nous disent être une association et n’attendre personne.

Sur une porte, je crois lire le mot « sectes », ce qui pourrait expliquer bien des choses dans cette affaire, comme un enlèvement d’enfant, mais ce sont en réalité les mots « Produits aseptiques » en partie effacés par le temps. La porte, que j’ouvre, ne donne pas sur un escalier conduisant à diverses sectes occupant les différentes ailes du château, mais sur un banal cagibi.

Je demande alors au taxi de me conduire à ma propre destination : je dois passer des vacances avec des amis. Je retrouve d’abord C. dans un grand salon vide ; elle est présente sous forme de chat. Je lui fais des câlins comme on fait à un chat mais elle me demande d’arrêter. « Tu as peur que je t’écrase ? lui dis-je. Tu as peur de moi ? » Z. (♂) vient nous chercher. Je leur raconte le mystère de la fillette disparue et conclus, au moment où nous sortons du salon : « J’en viens à croire que cette fillette n’était pas un être naturel », et, au risque de plomber l’ambiance, j’ajoute : « J’espère que ce n’était pas la Mort » (envoyant un présage).

Dehors je demande à C., qui a repris forme humaine, si son compagnon sera des nôtres pendant ces vacances. « Non, répond-elle, il a beaucoup de travail en ce moment. Quand il entend parler d’autre chose, il dit : ‘Voilà des propos bien philosophiques.’ Bref, il est complètement balayé. » Je lui dis que je comprends cet effet du travail, tout en ajoutant : « Tant mieux pour les autres, qui profiteront davantage de sa ravissante compagne. » Mais Z. attendait le compagnon pour l’aider avec la mécanique de la voiture.

Le lendemain, nous prenons le train régional pour une excursion. Je reparle de la fillette disparue : « Ma vie n’avait déjà plus vraiment de sens mais avec cet incident elle devient franchement étrange. Plus rien ne s’explique. » Je remarque alors que le passager devant moi de l’autre côté du couloir central est la même personne que la veille à cette place dans l’autre train, avec les mêmes vêtements d’été, les mêmes lunettes de soleil. « Ça aussi, dis-je, comment cela s’explique-t-il ? » mais je regrette aussitôt cette parole car la coïncidence est tout de même moins extraordinaire que la disparition mystérieuse de la petite fille. Mais peut-être s’agit-il d’une conspiration ?

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En Inde, un Sikh me décrit ce qu’il convient d’appeler, sans se voiler la face, le martyre des Sikhs de l’Inde aux mains des Hindous. Le traitement réservé par les Hindous aux Sikhs depuis des décennies permet de mesurer la fausseté des premiers dans le discours dont ils enveloppent ce qu’ils sont train de faire subir aux Musulmans du Cachemire et du reste du pays.

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Une amie de la famille, Q., vient prendre le thé chez mes parents, où je me trouve aussi. Au cours de la conversation, elle me demande si je suis chrétien, car elle se souvient que dans mon adolescence j’ai porté pendant quelques mois un crucifix autour du cou. Ce rappel de mon passé m’embarrasse. J’explique que j’avais acheté ce crucifix aux puces de Saint-Ouen, comme si cela pouvait vouloir dire que je ne peux être chrétien. Me rendant compte que cette explication répond mal à sa question et ne sachant comment expliquer le port d’une croix sans aucune autre pratique d’une religion dont laquelle je ne suis même pas baptisé (la lecture de quelques pages de Pascal ou de Kierkegaard ou d’Amour Sagesse Bonheur de Verlaine ? un cauchemar après avoir vu le film L’exorciste ? l’iconographie hétéroclite d’un groupe de rock suicidaire ?), j’ajoute simplement, manière de détourner le sujet, que je constate aujourd’hui que le christianisme est promu par la télévision et que c’est contraire aux principes laïques qui doivent présider à la mission de ce média dans notre pays. Q. ne paraît guère apprécier cette réponse car elle voit dans la promotion du christianisme un bon moyen de police, ce qui n’empêche pas qu’elle m’aurait témoigné de la hauteur si j’avais répondu que je suis chrétien.

Puis Q. lit à haute voix ce qui se trouve écrit sur un paquet de biscuits, à quoi A. réagit de manière ironique : « C’est de la subversion du christianisme. » Or il ne me semble pas que cette affirmation soit très exagérée, dans la mesure où ce qui vient d’être lu sur le paquet de biscuits est sans doute un appel à donner libre cours au mortel péché de gourmandise. (Je crois savoir que la gourmandise n’est plus un péché mortel selon l’Église catholique, autrement connue sous le nom de p*tain de Babylone, et l’a-t-il jamais été chez les autres dénominations chrétiennes ?) – Aujourd’hui les gens ne croient plus à l’enfer mais souffrent d’obésité. Les plus malades d’entre ces obèses, dont la vie est statistiquement écourtée par leur état, n’auraient-ils pas mieux aimé qu’on leur présentât la gourmandise comme passible de l’enfer plutôt que de dauber ce dogme devant eux ? Un tel dogme me semble du reste découler du même principe selon lequel le législateur prévoit des peines d’une sévérité démentielle pour que la loi soit suffisamment dissuasive, peines que l’on ne voit jamais prononcées par le juge, tant s’en faut, au niveau porté dans la loi.

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Un bouquiniste vient d’ouvrir dans mon quartier et je regarde ce qu’il a dans les bacs devant sa porte et dans sa cour intérieure. Voyant un certain nombre de Que sais-je ?, je recherche plus particulièrement parmi ces titres. Je n’en vois point qui m’intéressent jusqu’à L’établissement du Reich conventionnel, qui traite de la transition entre la République de Weimar et le Troisième Reich en Allemagne sur le plan juridique, c’est-à-dire par le biais de l’activité des légistes. Malheureusement, l’exemplaire est en trop mauvais état pour que je l’achète.

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Dans un parc je découvre un magnifique jeune chat tigré qui semble abandonné et que je décide d’adopter. Un voyou s’approche et me demande d’un ton menaçant de lui laisser le chat. Alors que j’essaie de lui faire comprendre que le chat est à moi, celui-ci grimpe le long d’un tronc et saute d’arbre en arbre à la poursuite de je ne sais quoi, peut-être un écureuil, avant de redescendre quelques centaines de mètres plus loin, parmi un groupe de personnes qui le remettent au voyou, lequel avait suivi au sol les déplacements du chat dans les arbres. Voyant qu’il emporte mon chat, je cours après lui mais ne parviens pas à le rattraper.

La nuit, je le retrouve. Il est avec deux ou trois individus de sa bande mais je suis avec la mienne et nous sommes plus nombreux. Nous les forçons à nous suivre dans un train désaffecté, où nous tâchons de leur faire dire où se trouve le chat. Nos violences ne parviennent pas à les faire parler et nous ne pouvons continuer indéfiniment ainsi car les autres membres de leur bande peuvent venir à leur secours d’un moment à l’autre. Il nous vient donc l’idée de les tuer pour ne pas être dénoncés, mais pour cela des résistances doivent être surmontées. Je dis : « Nous risquons d’être condamnés pour violences, alors que si nous les tuons les gens diront que nous faisons le job de la police. » Nous les tuons à coups de poing dans la figure (que le lecteur me pardonne). À la suite de ces faits, l’un des nôtres est recruté comme collaborateur régulier de la police.

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Je fais partie d’une expédition qui veut exploiter en Inde la mine découverte auparavant par l’un de nous lors d’une précédente expédition. Nous descendons dans un immense cratère. Nos ouvriers indiens, en donnant quelques coups de caillou contre une énorme pierre lisse, parviennent à la désencastrer ; elle glisse en contrebas du talus de gravier sur lequel elle se trouvait, libérant l’ouverture de la mine. Ce mouvement dégage à l’air libre les gaz contenus à l’intérieur de la mine par l’entrée ainsi pratiquée ainsi que par les fissures dans le sol craquelé du fond du cratère.

Tandis que nous attendons que les gaz se dissipent, nous sommes cernés par des hommes en armes dirigés par une femme indienne en habits blancs, armée d’une mitraillette. Je crains qu’il ne s’agisse de la bande rivale qui convoite comme nous cette mine, mais celui d’entre nous qui l’a découverte et qui sert de chef à la présente expédition me dit que ce sont les autorités du pays. Il a préparé de faux papiers à leur intention et les brandit sous le nez de la femme armée ; selon ces papiers, nous sommes, lui et moi, mari et femme. Le stratagème réussit – ne me demandez pas comment une telle chose est possible.

Les autorités ne nous laissent pas rester sur place et nous quittons les lieux, bien décidés cependant à revenir plus tard. Pendant que nous partons, une femme blonde coiffée à la Mireille Darc et vêtue de rouge me tend discrètement deux billets de vingt euros pour acheter notre silence au sujet de la mine. La modicité de cette somme montrerait qu’elle ne se doute pas que nous avons conscience des trésors dont la mine regorge ; pourtant je ne la crois pas si naïve. Je prends mécaniquement les deux billets qu’elle tend mais lui demande cent euros pour notre silence. Elle sort alors un billet de cent euros, que je prends également. Tout en regardant ailleurs, elle tend la main pour que je lui rende les quarante euros, mais j’enfourne les trois billets dans ma poche et m’éloigne, rejoignant mes compagnons d’expédition. Comme je ne peux croire qu’elle ignore que nous savons, je ne veux pas lui laisser penser que notre silence peut être acheté ni pour quarante ni pour cent euros.

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Adobe et chicha

Chez ces Indiens des Andes, ce sont les femmes qui construisent les maisons et les murets au bord des routes, avec les briques d’adobe qu’elles empilent les unes sur les autres et les unes contre les autres. Les hommes, eux, apprennent l’ivrognerie dès leur plus jeune âge, s’encourageant à l’abus de la chicha, tous leurs efforts consistant à se rendre inutiles.

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S. me dit être en train de lire un choix de textes des Éclectiques, parmi lesquels il nomme un certain Abégénis, qui me fait penser qu’il s’agit d’une école grecque. À moins qu’il ne faille comprendre Abbé Génisse.

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La discussion porte sur le point de savoir si le mot alyme veut dire « sans ailes ».

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Levé de manière très inhabituelle à l’aube, je surprends deux inconnus prenant leur petit déjeuner dans ma salle à manger (bien plus richement décorée que dans la réalité). Ce sont deux étudiants partageant une chambre en colocation dans l’immeuble et qui ont pris l’habitude, voyant que je suis un lève-tard qui reste au lit toute la matinée et que je ne les dérangerais pas, de venir prendre leur petit déjeuner chez moi, dans la belle et spacieuse salle à manger de mon appartement, sans doute en se servant à l’occasion dans mes provisions. Comme je leur demande comment ils entrent chez moi, ils me montrent un vieux monte-charge désaffecté qu’ils sont parvenus à refaire fonctionner. Ils y montent dans leur chambre, à l’étage au-dessus, et sortent dans mon appartement en ouvrant les battants du monte-charge, que je croyais condamnés, puis en les refermant derrière eux après s’être restaurés.

Ils s’excusent de cette liberté qu’ils ont prise en invoquant une certaine coutume américaine ; à quoi je réponds : « Bien que les États-Unis soient un pays que j’aime, je vous demande de sortir de chez moi. » L’un des deux étudiants proteste et demande que je les laisse finir leur petit déjeuner. J’insiste pour qu’ils sortent. Tandis que les deux continuent d’argumenter, je mets la main à la poignée d’une porte se trouvant sous les battants du monte-charge et que je croyais elle aussi condamnée ; or elle s’ouvre et je pénètre dans la chambre des deux étudiants, au même étage donc (cette histoire de monte-charge n’était-elle qu’un leurre ?), où je vois sous la couette d’un unique lit la forme de deux corps couchés. Ce sont les petites amies des deux étudiants et je découvre ainsi que quatre personnes prennent régulièrement leur petit déjeuner chez moi pendant que je dors le matin dans mon lit.

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Il existe encore dans le monde des hommes de race nordique vivant en dehors de la civilisation comme les autres peuples primitifs des races de couleur. Plus exactement, ils vivent comme leurs ancêtres du temps des conquêtes normandes et des Vikings mais habitent des lieux isolés, loin de tout. Régulièrement, je ne sais si c’est tous les ans, tous les cinq ans ou tous les dix ans, les chefs et notables des différents clans se donnent rendez-vous sur une île battue des tempêtes au milieu d’une mer couleur de cendre, où ils tiennent un Althing solennel au milieu des falaises escarpées et des promontoires farouches. À quelqu’un qui doute de leur existence quand je lui en parle, je dis que je vais le conduire auprès de ces hommes qui sont « au-delà de la paix » car ils aspirent à la guerre dont on ne revient jamais, le Valhalla.

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Je me trouve dans je ne sais quel institut communiste roumain pour autistes, malentendants et autres inadaptés, où les pensionnaires sont livrés à eux-mêmes dans un vaste préau sous la surveillance de matons. Au milieu de ce préau se trouve un tas de ferraille laissé là par l’incurie de l’administration. Dans ce tas de ferraille je ramasse une longue perche dont je me sers comme d’une perche d’athlétisme pour me propulser en hauteur, et, sautant des murs au plafond et du plafond aux murs tout en maintenant l’extrémité de la perche au sol, je voltige tel la fille de l’air de la pièce de Calderόn†. Je le fais non seulement parce que c’est grisant mais aussi dans l’espoir d’attirer l’attention des pensionnaires féminines, cependant ma performance incroyable les sort à peine de leur morne apathie. Quand je retourne au sol, je dis au surveillant : « Il ne faut pas laisser traîner ça là », montrant le tas de ferraille.

†Il est relativement peu connu que l’expression « jouer la fille de l’air » vient d’une pièce de l’Espagnol Calderόn, La hija del aire, tout comme « un enfant de la balle » d’un roman d’Alarcόn, Un niño de la bola. Dans ce rêve, bien que la fille de l’air me vienne à l’esprit, je ne joue pas la fille de l’air au sens de l’expression française, qui signifie s’évader…

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La France meurt de dogmatose.

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L’écrivain beat William Burroughs explique comment Hollywood étudia sur place l’organisation des guides auvergnats de randonnée à dos d’âne et s’en est inspiré pour organiser le travail des guichetiers de cinéma ainsi que du personnel vendant des friandises en salle.