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Poésie de Diana Carol Forero

Diana Carol Forero est une poétesse contemporaine de Colombie. Je suis entré en contact avec elle après avoir traduit, avec d’autres poèmes d’un même site internet des FARC (Fuerzas Armadas Revolucionarias de Colombia), trois de ses poèmes, dans mon billet intitulé Poésie des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC) sur le présent blog (ici, billet en date du 23 septembre 2018) ; certaines de ces traductions ont entre-temps été publiées dans le numéro 174 de mars 2019 de la revue Florilège (rubrique « Poètes sans frontières »), dont deux poèmes de Diana.

Ces poèmes de Diana Forero étaient tirés de son recueil Balada para Piel de Luna (Ballade pour Peau de Lune) publié, sous le pseudonyme Gabriela Méndez, en 2016 par les FARC.

Diana a passé douze ans dans les rangs des FARC. Quand je l’ai contactée, elle était « promotrice de réintégration » (promotora de reintegraciόn) au sein de l’Agence colombienne pour la réintégration (Agencia Colombiana para la Reintegraciόn, ARC), l’organisme public chargé de la réinsertion des ex-combattants des FARC dans la société civile, et elle étudiait la psychologie dans le cadre de l’éducation à distance.

La situation de Diana comme celle de l’ensemble du pays semblait être la conséquence naturelle de l’accord de paix signé en 2016 entre le gouvernement colombien et la guérilla, après un long processus de négociation à La Havane (Cuba) ; cet accord et la constitution des FARC en parti politique, donc leur participation au processus électoral, paraissait devoir mettre un terme définitif à un conflit armé de plus de cinquante ans.

La pacification du pays a malheureusement connu depuis lors un revirement notable. Au moment où Diana et moi commencions à correspondre (via internet), en 2018, le nouveau président élu de Colombie, président d’un parti « centriste » dont le slogan « main ferme, grand cœur » a les accents typiques de la propagande autoritaire sans cœur et toute main, déclarait ne pas être lié par l’accord de paix signé par son prédécesseur avec les FARC. Diana, qui vit, comme la plupart des autres ex-combattants, dans un Espacio Territorial de Capacitación y Reincorporación (ETCR), « espace territorial de capacitation et réincorporation » – cet indigeste jargon bureaucratique désignant un camp ni plus ni moins, en l’occurrence, dans le cas de Diana, situé dans une région isolée, dans lequel les ex-guérilleros vivent comme derrière un cordon sanitaire (depuis août 2017 ils sont cependant libres de circuler) –, a perdu son emploi pour l’agence gouvernementale ARC et vit d’une activité coopérative conduite avec d’autres anciennes guérilleras.

Par ailleurs, alors qu’en 2016, la situation des ex-combattants était déjà marquée par une forte discrimination sur le marché de l’emploi et l’accès aux études, et que 68 % des personnes liées à l’agence ACR étaient de ce fait employées dans le secteur informel, les assassinats d’ex-combattants désarmés sont devenus monnaie courante à partir de fin 2018 (un fait évoqué dans le texte Amasando sueños ci-dessous), au vu de quoi nombre d’entre eux décident de retourner à la guérilla, étant donné qu’une minorité dissidente des FARC, l’ELN, avait rejeté l’accord de paix et refusé de déposer les armes.

En outre, le processus de normalisation politique des FARC est compromis par une forme de persécution judiciaire de ceux de ses membres convertis en personnalités politiques, à l’instar du poète guérillero Jésus Santrich (dont j’ai traduit des poèmes à côté de ceux de Diana), devenu sénateur de la République mais faisant l’objet d’une demande d’extradition par les États-Unis pour trafic de drogue en dépit de l’amnistie entérinée dans l’accord de paix (les États-Unis invoquent des faits ultérieurs à l’accord) ; dans une histoire embrouillée aux rebondissements multiples, qui a vu entre autres un rejet formel de la demande d’extradition par la Juridiction spéciale pour la paix, l’organe juridictionnel créé par l’accord, s’avérer insuffisant pour garantir le sénateur Santrich du fumus persecutionis à son encontre, Santrich est entré en clandestinité, avant de déclarer publiquement avec d’autres ex-FARC en août 2019 la reprise des armes, déclaration à laquelle le président de Colombie a répliqué par l’annonce d’une offensive militaire. Cette reconstitution des FARC par des figures historiques ne peut manquer d’accroître, au vu des assassinats dont ils sont la cible, selon un véritable « plan » homicidaire de l’actuel gouvernement d’après certains, les retours à la guérilla de combattants désarmés, parqués et discriminés.

Le contexte est donc rien moins qu’apaisé, contrairement à ce que l’on pouvait croire au moment où je commençais à traduire en français de la poésie des FARC.

Diana, dont le voisin dans l’« espace territorial » a été assassiné et qui a elle-même reçu des menaces de mort, est de surcroît en délicatesse avec les FARC, vu qu’elle a décidé d’en quitter les rangs peu avant l’accord de paix, elle et son compagnon craignant pour la vie de leur bébé. Si son recueil publié par les FARC présente la poétesse comme « Gabriela Méndez, Guerrillera de las FARC-EP » (EP pour Ejército del Pueblo, armée du peuple : FARC-EP est le nom complet de la guérilla), il se pourrait que ce passé, en dépit de ce que l’on pensait et espérait au lendemain de l’accord de paix, soit bien difficile à porter au cas où cet accord ne s’avèrerait avoir été qu’une vaine tentative au bout du compte.

Diana me fait aujourd’hui l’honneur et l’amitié d’accepter la publication sur ce blog d’un choix par moi-même des poèmes qu’elle m’a envoyés au cours de notre correspondance. Ces poèmes sont inédits (sauf Identidad déjà publié en ligne, comme d’autres que j’ai reçus). Alors que ses poèmes réunis en recueil sont de la poésie engagée, ici Diana Forero montre une autre facette de son talent, et c’est entre autres pourquoi il me semble important de faire connaître ces poèmes, afin que le public ait une idée de la diversité de son inspiration.

*

BOTELLA AL MAR

Arrastro mis versos
a tus pies
como plegaria cotidiana,
confiando en que el lamento
de este amor impenitente
alguna vez me acerque
al tibio milagro de tu indulgencia.

Arrastro mis versos
a tus pies
como una ofrenda,
palpitante homenaje
a tu belleza pétrea,
botella que se agita
enfrentándose, obstinada,
al frenético oleaje
de tu olvido.

*

DEVENIR

Entre ecuaciones y fórmulas,
relatos y versos
transcurre para ti lejano
el devenir de mi universo.

Ajeno a mi mundo
y a mi cuerpo,
no logro tocarte
más que en el recuerdo
que me habita,
devorándome por dentro.

Y, como siempre, cada día,
resplandece el horizonte
en la imagen de tu sonrisa,
veo brillar el sol
en el reflejo de tus ojos,
no existe una canción de amor
que no me hable de ti,
ni un poema que no lleve
tatuado para mí tu nombre,
amor;

no hubo una vida probable
en que no te hubiera soñado
y, sin embargo,
solo he sido
esta dolorosa letanía,

esta muda vigilia,
este agrio ensalmo,
este abismo oscuro y sordo
en el que intento convencerme
que a pesar de no tenerte,
he vivido.
Hace siglos que te quiero.

*

INFIERNO

He vuelto a tus versos de sangre
como quien transita de nuevo
un camino conocido
y largo tiempo abandonado.
He vuelto a recorrer tu agonía
hecha metáfora,
como si asistiera, expectante,
al morboso espectáculo
de mi propio dolor.
Desciendo en silencio
entre las sombras
y las llamas refulgentes
de tu infierno,
buscando asir tu mano,
no para rescatarte de ti misma,
sino para hundirme en el abismo
con tu reflejo clavado en el alma.
Desde el ojo de la noche,
tus palabras ávidas
hincan en mi sus filosos labios.

A Clemencia Tariffa, poeta, amiga.

*

IDENTIDAD

Soy yo,
la que escribía versos
intensos y breves
como heridas de bala

Soy yo,
quien te enviaba
cartas de amor en latín

Soy yo
la que perdió sus vísceras
y endureció su aliento
en una sangrienta guerra
contra sí misma…

Sigo siendo yo,
la que hoy vuelve
a intentar abrir
las puertas de tu mundo,
a mendigar tu amor
en tres idiomas

A cientos de kilómetros de tí
abrazando tu sombra

besando el rastro de tus pasos

Soy yo
y he vuelto del infierno
pero el infierno habita dentro de mí

*

Eras el poema
que garabateé en esa servilleta
que guardaste por años
una foto borrosa y marchita
en la que nunca estamos
este agónico vacío en mi pecho
un teorema sin solución posible

eras no más que
un puñado de momentos
un punto acaso
en la curva insondable del tiempo

eras los libros
que amaba leer
y olvidé en el anaquel de tu alma

no has dejado de ser
la avalancha de papel en blanco
que me inunda de silencios
eres, desde siempre
el sordo repicar del teléfono
que nunca nadie contesta
el vacío que me devora
este beso que agoniza
dolorosamente
cada noche
entre mis labios

*

PODCAST

Hace muchos años –tantos,
que ya olvidé cuántos–
salí corriendo de tu lado
pretendiendo escapar
de tu mortal influjo
queriendo reencontrarme
con ese algo de mí
que se extravió
en el ámbar de tus ojos
en el tacto firme y terso
de tu piel de luna

Hace un tiempo, tanto
que ya perdí la cuenta
de minutos
horas
días
semanas
meses
y años
atrapada en el podcast
de mi propia vida
como un perpetuo bucle
en diferido; soy pero no soy
estoy pero no siento

Alguien pregunta por qué
siempre pido dos tazas de café
y no sé si confesar
que es para el hombre
que nunca ha dejado
de habitar mi corazón

*

OCASO

Nada pesa tanto en mí
como el ocaso

La sensación agobiante
de que un día más
ha pasado en mi vida
sin vivirte
veinticuatro horas
de esta lenta
y angustiosa muerte
sin tocarte
sin besarte
sin amarte

La noche se abalanza sobre mí
y sigo siendo
la presa inerme del tiempo
la oscuridad de mis días
se hace una
con la bruma del paisaje
con el frío de mi corazón
invadido de nostalgia
amor

El canto de las cigarras
hace eco en mis adentros
y tiemblo de pensar
cuántas noches más
como ésta
habré de morir
ausente de tu cuerpo
lejos de ti

*

CARAVANA 

Cada célula de mi cuerpo
vibra ante la sola mención
de tu nombre
amor

El tiempo ha carcomido
con su máquina de muerte
mis cimientos, mi mundo, mi todo
resguardando tan solo
este deseo incesante de ti,
ansia voraz
que ninguna fórmula podría calcular
inquietud incansable
que me fuerza a repetir
como una letanía
tu nombre
caravana de amarguras
en que se suman
una a una
las noches
tejiendo la agria superficie
de esta muerte
que es la vida sin ti

*

COPERNICANA

Hace casi quinientos años
Copérnico planteó
que todo nuestro mundo
gira alrededor del sol

Pero yo
habito en las nubes
desde que te vi,
hace media vida

–y no he vuelto a aterrizar
desde que no toco tu piel–

Todo gira en torno al sol
–excepto yo–

Tú eres mi luna y mi astro rey
y por si acaso
todas las estrellas
mi alfa y mi omega
mi alba y mi ocaso
el único destino de este cuerpo
fustigado de ausencia
la razón de ser de mis pupilas
el palpitante núcleo de mi alma
el centro incandescente de mi universo

*

NEURONAL

Sabes que me voy a morir
amándote
que me voy a llevar
tu recuerdo
en las pupilas
y en la piel
y en cada soma
en cada axón
en cada dendrita
de cada neurona

Y entonces los bichos
que se alimenten de mí
comerán tu recuerdo
y sabrán a qué saben
tus besos
y entenderán como
nadie más podría
por qué
nunca pude olvidarte

*

PRUDENCIA 

Ella esconde
tímidamente
sus miedos.

Para que no se espanten
al verla.

*

DICOTOMÍA

Él se negaba a sí mismo.
Sólo para saber si era cierto.

A Alirio de Jesús, siempre.

*

ANOXIA

Dices que mi amor te asfixia.
Ojalá te estrangule hasta el último aliento.

*

SIN DESEOS DE MORIR

Sólo corté mis venas
para destilar de mi sangre
tu recuerdo

*

HUELLAS

Una gota de ausencia
rodó por mi garganta
–trago amargo–
dejando un profundo surco
una arruga prematura

Envejezco a los veinte años

*

ORIGAMI

Me doblo
Me fundo
Me pierdo

Nuevas formas surgen
de mi piel
de blanco papel

La caricia de tus manos
hace de mí
un nuevo ser

*

DISLEXIA

Hubo un momento
–de esto hace un tiempo–
en que sentí
que no podía ya
seguir jugando con las palabras

Ahora
ellas juegan conmigo

*

FRAGMENTO

Lamento que no haya dado para más
este amor tan breve
que hoy sólo ocupa tres renglones

*

PURGATORIO  

Si Dios tuvo la culpa
quien puede juzgarlo
pasarle la cuenta de cobro
por haberme engañado

Me prometió el cielo
y te alejó de mí
Me prometió la vida
y asesinó mi alma

Si Dios tuvo la culpa
quien puede juzgarlo
Declararlo reo ausente
y condenarlo para siempre

A sentir el dolor que siento
A vivir esta vida que muero

*

DESPUÉS DE TI

Antes de amarte, amor
el mundo era vasto desierto:
como sordo quiróptero volaba sin rumbo
nada importaba ni lograba tocarme
mi piel era traslúcida
como alas de mariposa
y en mi corazón solo habitaba el silencio

Tú llenaste cada rincón
de mi cuerpo de luz
de sonidos y furia
de temblor extasiado, de vida
Pero la soledad se aferró a mí
como rama seca al borde del abismo
me inundó de temores y vértigo
me arrastró a la orilla misma de la muerte
y allí se sentó a llorar conmigo

Después de amarte, amor
mi mundo es camino cerrado
en torno la luz turquesa de tus ojos
mi piel hecha jirones atesora
la ardiente caricia de tus manos de luna
habitas el agua, el viento
la música y la noche
todo está lleno de ti
aunque mi alma sin ti esté vacía

*

MIEDO

He sentido su nefasto aliento
a almidón reseco
a mortaja avinagrada
toqué su piel de serpiente
–corteza muerta de las horas fugadas–

He presentido su paso
de rumor cansado
deslizándose como viento quemado
entre los árboles

Lo acompañé por horas
a hacer visitas familiares
con el obligado nudo en la garganta
le he servido las tres comidas de rigor
le presté mi cuarto
he sido su anfitriona dedicada

Al miedo no le hicieron pantalones
por eso, en ocasiones
le he tenido
que prestar los míos

*

INGREDIENTES

Fragmentos de cráneo
mandíbula, huesos
tibia, dientes, peroné;
no son más
que una lista de mercado
ingredientes de una sopa abominable
o el nauseabundo elixir
que quizás me permita hallar
por fin la paz del olvido

Fragmentos de cráneo
mandíbula, huesos
tibia, dientes, peroné
harapos y huaraches;
eso encontraron en una
de tantas fosas comunes
en Iguala
Raqqa, Damasco
Dabeiba o La Escombrera

Eso hallarás aquí
cuando recuerdes
por fin que existo
y vengas a buscarme

Y aún vagará
–lo sé–
sobre mi sangre seca
como alma en pena
el eco de este dolor sordo
el espectro de este amor fosilizado
que me consume la vida

*

PRIMIGENIA

Hace trespuntonueve eones
una lluvia de meteoritos
–surgida de incandescentes restos
de la formación del sistema solar–
bombardeó nuestro planeta

Atrapadas en cristales de sal
en su interior
miles de gotitas de agua
cruzaron millones de kilómetros
hasta llegar aquí
haciendo posible la vida
en lo que hasta entonces fuera
inhóspito infierno

Cada sorbo, cada charco
cada gota de agua
que ahora bebemos
existe aún como testimonio
de esa colisión primigenia
resistiendo a todo
incluso a nosotros mismos

Como mi amor por ti

*

ASAMKHYEYA

Un día de 1965, en Varsovia, en la esquina superior izquierda de un lienzo totalmente negro, pintó el número 1, al que siguieron a la derecha el 2, luego el 3, y demás números, en orden creciente. Sus lienzos –de 1,96 x 1,35 metros, escritos con un pincel número cero impregnado en óleo blanco con grafía sencilla–, negros al principio, pasaron a ser grises en 1968 y, al alcanzar el número un millón, en 1972, empezaron a ser aclarados mediante la introducción de 1% más de blanco, hasta el punto que –a partir de 2008–, prácticamente pintaba números blancos sobre fondo blanco. Pintó sobre el infinito –o la imposibilidad de alcanzarlo- y el paso del tiempo. El 6 de agosto de 2011, cuando Roman Opalka falleció, el último número que había pintado era el 5.607.249. Habían pasado 46 años y 233 “detalles”, como él llamaba a cada uno de sus cuadros, que hacían parte de su obra “1965/1–∞”, la cual concluyó en el momento de su muerte. “El problema es que somos y estamos a punto de no ser”, dijo Opalka en alguna ocasión.

Y yo sé que no soy si no es contigo.

*

AMASANDO SUEÑOS

A mediodía Alexa corría cañada abajo. Con mucho cuidado, se aferraba a su fusil, vigilando que sus zancadas, rápidas y ágiles –más saltos que pasos en realidad–, no hicieran ruido. Ese día, su comandante les contó que se gestionaba un acuerdo de paz, pues los jefes del Estado Mayor estaban en conversaciones con la gente esa del gobierno. Pero como nunca se sabe, y en la guerra y en el amor dicen que todo vale, aquí estaban, huyendo de un desembarco sorpresivo, en plenas negociaciones. Los soldados de la fuerza de despliegue rápido en pocos minutos habían copado la explanada en la cual se encontraba una hora antes el campamento guerrillero. De pronto, dio un paso en falso y cayó, peñasco abajo, rodando entre el cauce de la catarata que rugía bajo su cuerpo.

En eso, despertó sobresaltada. A veces, sucedía que los sueños la llevaban de vuelta al ajetreo de las montañas. A veces, mientras esperaba que el pan diera punto en el cuarto de crecimiento, y su bebé dormitaba en el corralito, detrás del área de producción, tenía microsueños, que eran más como recuerdos repentinos de emociones y temores, algo así como imágenes titilantes del pasado que la asaltaban por instantes, para recordarle que debía dormir con un ojo abierto. De suerte, pues si no, el pan se hubiese pasado de punto y la masa se habría caído al hornearla. Había aprendido a hacer pan, casi al mismo tiempo que aprendía a ser madre. Con su primer hijo no pudo, pues lo parió estando en filas, y apenas una semana después debió dejarlo en custodia de la familia del que entonces era su compañero. Recién ahora, gracias al proceso de paz, volvía a encontrarlo, y ya él, de trece años, poco o nada quería saber de esa madre que estuvo siempre ausente, atrapada en el conflicto. Pero a Alejito sí lo tuvo en este campamento de transición, ocho meses después de entregar las armas; él era un hijo de la paz, y Dios mediante, ojalá nunca tuviera que vivir los horrores de una guerra. Por él y para que su destino fuese diferente, decidió ser panadera. Junto con ocho compañeras más, casi todas madres solteras como ella, se asoció para gestionar esta iniciativa, que ahora les permitía un respiro de esperanza en medio de tanta incertidumbre. Porque las negociaciones de paz no habían traído ésta a sus vidas, más bien una suerte de temor constante a ser atacadas, desaparecidas, asesinadas. Un año después de la firma de los acuerdos, ya pasaban de cien sus excompañeros inmolados, víctimas de manos criminales y bandas paramilitares.

El pan de maíz en el cuarto de crecimiento ya había dado punto, así que Alexa se apresuró a precalentar el horno, para introducir en este las bandejas. Recordó que cuando era muy pequeña, su madre le cantaba, desgranando con ella los amarillos copos que llamaba mahís, que en arawak significa literalmente “lo que sustenta la vida”. Cientos de especies de esta planta, variedad de colores y tamaños, miles de creaciones culinarias a lo largo y ancho del continente, justificaban ese nombre; el maíz, ahora en el horno, olía a nueva vida, a felicidad, a tibia gratitud, a caricia del universo, a los besos de su hijo, a la posibilidad de un futuro.

Lo de aprender a hacer pan, había sido toda una odisea, como cada cosa que estaban aprendiendo en este proceso de apersonarse de nuevo de sus vidas, de retornar a la legalidad, a una civilidad que nunca había sido amable con ellos, pues el Estado, en zonas como esta, prácticamente ni existía. Por eso las guerrillas tomaron tanta fuerza, y eran consideradas autoridad en las remotas regiones en las cuales instauraron su área de influencia y en las cuales, jóvenes como Alexa, como Yolima, Yessica y las otras asociadas a la panadería y las demás excombatientes que vivían en el campamento, encontraron su única oportunidad de crecer y sobrevivir. Ahora, sobrevivían gracias al maíz y al trigo, a la cebada y el ajonjolí; ahora aprendían juntas, experimentaban nuevas técnicas, buscaban nuevas maneras de hacer las cosas y sus vidas tomaban forma como la masa que, en sus manos, crecía como la esperanza. Este era su futuro y su destino, su trasegar y su camino, amasando sueños.

Un chillido angustioso le avisó que Alejito había despertado. Se puso a toda prisa los guantes de carnaza y dio vuelta a cada una de las bandejas. Luego corrió a la trastienda y lo encontró ya levantado, aferrado a los barrotes del corralito, con el ceño fruncido y la mirada llorosa. Sin necesitarlo ya, pero con toda la intención de presionarla, el bebé chilló una vez más, con tono agudísimo y ululante, como de alarma de incendio o de ambulancia de socorro. Ella lo tomó en sus brazos, lo aupó y esbozó una amplia sonrisa, mientras tarareaba la canción del maíz, que su madre le cantaba cuando niña:

“Maíz hermano
Granito eterno
Jinete de rayos negros
Abrigo de niños tristes
Si al silencio te condeno
Ojecen las cataratas
Que eres fuego
Si careces en las grutas
Alzas tus brazos poblados
Y así vuelves
Aunque al tirano te muerda
Siempre serás maíz maíz
Aunque te arranquen los ojos
Siempre serás maíz maíz
Himno de bravas calandrias
Huacha pakai
Pawañui picausa chicny
Pancito de la ternura
Humilde oro de mil corazones
Plumita chicta chitarinuspa…”

*

Diana Carol Forero et Timoleón Jiménez (Timo), en 2018, avec le recueil Balada para Piel de Luna.

Poésie des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC)

La guérilla des FARC a signé un accord de paix avec le gouvernement colombien en septembre 2016 et constitué un parti politique en août 2017.

L’accord de paix a été salué notamment par les États-Unis, qui, semble-t-il, maintiennent toutefois les FARC sur leur liste d’organisations terroristes, où ils la placèrent au lendemain des attentats du 11 septembre 2001 ; il ne faut pas voir là, je pense, un lien dans l’esprit des services d’espionnage nord-américains, c’était juste l’occasion de mettre leur liste à jour.

Comme le nouveau parti des FARC est souvent attaqué par ses détracteurs pour les années de violence, il est pertinent de citer l’article Wkpd FARC à ce sujet : « Pour les Nations unies, les guérillas colombiennes seraient responsables de 12 % des assassinats de civils perpétrés dans le cadre du conflit armé, les paramilitaires de 80 % et les forces gouvernementales des 8 % restants. » (La source étant l’Inter Press Service, commentant un document de la Cour pénale internationale.) Or les paramilitaires ont agi dans certains cas comme le véritable bras armé du gouvernement.

Pour cette série de traductions, j’ai sélectionné des poèmes publiés sur un site internet des FARC :

https://resistencia-colombia.org/cultura/articulos

Seuls deux poèmes de la poétesse guérillera Gabriela Méndez (le deuxième et le troisième) sont tirés d’une autre source internet (présentant son recueil Balada para Piel de Luna).

*

Je commence par la traduction d’une chanson, Vamos a construir futuro (Construisons l’avenir), visiblement écrite après l’accord de paix bien que je n’aie aucune information sur la date de composition, l’auteur ni l’interprète. La chanson se trouve sur le site des FARC déjà mentionné et a été posté sur YouTube par un représentant des FARC. J’invite mon lecteur à se laisser charmer par cet air entraînant et la voix délicate de la chanteuse, pour se mettre dans l’ambiance :

 

J’ai transcrit les paroles à l’oreille, elles ne sont disponibles nulle part sur internet. Il est par conséquent possible que je me sois trompé ici et là ; toute indication à ce sujet est la bienvenue ! Pour el pueblo unido a las barras, je m’appuie sur une définition du dictionnaire de l’Académie espagnole, pour lequel le mot barra peut avoir, en Colombie et dans quelques autres pays américains, le sens d’un « ensemble de supporters d’un parti politique » (conjunto de seguidores de un partido político), et j’ai donc traduit la phrase par « le peuple uni aux partis », dans l’idée qu’il s’agit d’exprimer la nouvelle attitude électorale des FARC après l’accord de paix.

Vamos a construir futuro

Estribillo:
Caminemos todos de frente
Vamos con pasos muy seguros
Aquí todos somos iguales
Vamos a construir futuro

Caminemos…

Mirame mi pueblo de frente
Ve que no somos diferentes
Conoce cual es mi esencia
Que no es la de la violencia
Nuestra lucha es muy consciente
Manque seamos combatientes
Nuestra esencia es el amor
Vamos por un país mejor

Caminemos…

Hoy queremos una nación
Donde no hayan injusticias
Que se acabe la corrupción
Que no reine más la policía
Luchemos con la convicción
De que ésto puede cambiar
El pueblo unido a las barras (?)
Vamos a construir la paz
la paz, la paz, la paz

Caminemos…
Caminemos…
Vamos a construir futuro

Construisons l’avenir

Refrain :
Marchons tous de front
Allons d’un pas très sûr
Ici nous sommes tous égaux
Construisons l’avenir

Marchons…

Regarde-moi en face mon peuple
Et vois que nous ne sommes pas différents
Apprends à connaître mon essence
Qui n’est pas celle de la violence
Notre lutte est très consciente
Bien que nous soyons des combattants
Notre essence est l’amour
Allons vers un pays meilleur

Marchons…

Aujourd’hui nous voulons une nation
Où il n’y ait plus d’injustices
Que cesse la corruption
Que prenne fin le règne de la police
Luttons avec la conviction
Que les choses peuvent changer
Le peuple uni aux partis
Nous allons construire la paix
la paix, la paix, la paix

Marchons…
Marchons…
Construisons l’avenir

*

Chroniques des montagnes 1 : Balistique gravitationnelle (Crónicas de las montañas 1: Balística gravitacional) par María Gabriela Méndez (2016) (les dates données sont celles de la publication sur le site resistencia-colombia.org)

La peur
à l’entrée de l’estomac
est un poids égal
ou équivalent
à celui des espérances déchues,
des rêves non réalisés,
de la vie obstinée qui s’acharne,
des souvenirs heureux
qui sont un tourment.

Le claquement sec
des projectiles
concentre dans nos viscères
le poids insoutenable
de la mort qui tressaille,
qui respire,
qui habite dans notre ventre.

*

Rêve (Sueño) par María Gabriela Méndez

Cette nuit j’ai rêvé d’un pays libre
–mais pas libre de la liberté
de mourir de faim–,
souverain
–et pas souverainement exploité–,

Cette nuit j’ai rêvé d’enfants souriants
car ils allaient à l’école,
bien nourris.

Toutes les nuits je rêve à des champs verts
où naît l’espérance
et germent les semences d’une vie de dignité.

Toujours j’ai rêvé de parvenir à la vieillesse,
satisfaite et paisible
contemplant dans le miroir
mes rides bien méritées
dans la lutte du peuple.

*

Pays à la dérive (País sin rumbo) par María Gabriela Méndez

À la Colombie et ses 40 et quelques millions d’angoisses quotidiennes

Parmi les ruines de mille guerres
et les épaves naufragées du souvenir
mon pays flotte à la dérive
dans la haute mer de l’oubli.

Chaque jour des centaines d’habitants
étouffent dans leurs peurs
ou leur propre sang,
chaque nuit des cris stridents
déchirent les rideaux du crépuscule,
et mon pays navigue sans direction
comme un cerf-volant à la ficelle cassée,
vers les frontières de l’incertain.

*

Guérillera, commandant… (Guerrillera, comandante…) par Daniel militant PC3 (2014)

Je m’étonne en pensant au parfum qu’imprime dans ma vie la moindre de tes accolades…
de camarade, de commandant, et pleines d’amour profond.
Et peut-être que cette accolade filtre chaque fois à travers les fissures de ma peau,
car c’est la montagne avec toute son ampleur qui m’embrasse,
c’est la tendresse de la guérillera et la force de la femme qui a déplacé la terre sous ses pieds…
qui a fait les rivières se déplacer par ses mains et qui fait que chaque matin a une saveur nouvelle.

Je m’étonne en pensant à l’élan que la moindre de tes paroles donne à ma vie…
tes paroles de camarade, de commandant, pleines de raison profonde.
Et peut-être que les mots ne s’écoulent pas, que les mots me construisent,
car c’est le peuple avec toute sa sagesse qui me parle,
et qui permet que cette luminescence atteigne la frondaison des arbres qui la garde.

Je m’étonne en écrivant ceci, avec le désir fervent de partager la marche,
de partager le matin, la rivière, les arbres, la terre, la vie, le bois humide…
l’insurrection…
Ayant pour point de départ cette terre où je vis
et comme tranchée permanente tes yeux de guérillera, de commandant…

*

Des nuits et des jours (Noches y días) par Jaime Sucre (2012)

Pour rêver de toi il me fallait la nuit,
Pour penser à toi il me faudra des jours :

Nuit tranquille de montagne pour rêver à ton sourire ;
Nuit étoilée de montagne pour te rêver dans chaque astre ;
Nuit obscure et froide pour te sentir près de moi et rêver à la chaleur de ta présence ;
Nuit tranquille de montagne, de sommeil profond,
Avec ton regard innocent de rêves à construire ;
Nuit pour te désirer, t’embrasser et te caresser ;
Nuit éternelle pour toi et pour moi ;
Nuit infinie pour me reposer avec ta voix de belle guerrière ;
Nuit fraîche de montagne pour rêver que tu rêves de moi et vouloir que tu veuilles de moi.

Jours d’ères cosmiques pour penser à toi à chaque instant ;
Jours radieux comme ta présence ;
Jours ensoleillés qui rayonnent comme l’espoir qui nous accueille ;
Jours frais comme le doux contact de tes lèvres délicates ;
Jours clairs comme le sacrifice conscient que joyeuse et bienveillante tu offres à un peuple nécessiteux ;
Jours de marches prolongées qui me convoquent à tes côtés avec une urgence de révolution ;
Jours pour penser à toi,
Nuit pour rêver de toi,
T’aimer bolivariennement,
T’aimer fougueusement.

*

Ils ne sont pas morts (Ellos no murieron) par Guillermo León Montilla (2009)

Écrit en l’honneur des camarades Róldan, Mosser, Ramón, Néstor, María Eugenia et Diana, tombés au combat dans le disctrict d’Arenosa, commune d’Aracataca, Magdalena, le 24 avril 2008.

Ils ont marqué l’avenir de leur marche,
les traces de leurs pas ont ouvert un chemin de dignité,
la Nevada les garde en sa mémoire,
elle n’oubliera jamais leur nécessité
de dames et gentilshommes consacrés au service du peuple,
à la cause de l’avenir,
à l’aspiration de rendre les autres heureux,
sans plus, seulement servir et défendre les faibles,
ce fut leur cause et leur délit,
pour elle de leur sang ils arrosèrent l’herbe,
le jardin des lendemains
qui sera multicolore et vert comme l’espoir,
c’est pour elle qu’ils ne se rendirent pas, préférant mourir
pour continuer à vivre comme vivent les héros,
dans la mémoire du peuple pour qui ils vécurent
……………………………………..et combattirent.
Pour elle, et toujours pour cette cause,
on continuera de les voir et de les entendre
sur les pistes et les chemins,
dans les forêts, les prés et les montagnes ;
ils seront là dans la cabane de l’Indien,
dans son ventre vide et son corps nu,
dans son drageoir à coca et ses feuilles de coca1, dans sa chevelure dépeignée ;
ils seront dans les pauvres des champs
qui sèment et sèment
pour continuer à butiner le pollen des fleurs,
l’air pur et frais de la campagne sacrée ;
ils seront dans les sans-abris,
dans les déplacés et le peuple peuple ;
ils vivront comme ils vivent et continueront de vivre,
bien qu’ils soient tombés un 24 avril,
un 24 sinistre de froid hiver montagnard,
de pleine lune, ou plutôt je ne me souviens pas,
mais ce qui est sûr c’est que je lis sur leurs visages
qu’ils sont partis en riant, en riant…
Ils ne sont pas morts !

1 dans son drageoir à coca et ses feuilles de coca : en su poporo y su hayo, sur ces termes, voir Americanismos 5.

*

En ton honneur je chante : À Sonia, prisonnière de l’Empire (A tu decoro canto: A Sonia, prisionera del imperio) par Jesús Santrich (2008)

Depuis le sous-sol de mon âme,
depuis la tour de guet de mes espérances,
depuis les racines de ma foi en tes pures causes populaires
je te professe mon amour :
amour de poudrière et d’obus
pour ton courage de combattante,
camarade !
compagne !

Dans le bosquet vert et les champs
j’écoute le vol de ton rire
et de ta voix sœur
de la voix des forêts
et de l’éclair
et de l’acier…, ta voix

Canon fumant d’idées
dans la tranchée des convictions
tire…
défie…
harangue…
triomphe de la distance,
des infamies…
et des barreaux,
depuis tes libres mains paysannes,
guérilleras.

Ton nom de feu,
compagne,
a pour moi la saveur de la liberté des peuples,
camarade ;
c’est pourquoi je chante pour toi depuis les tranchées
c’est pourquoi je chante pour toi sur les barricades ;
je chante en ton honneur
qui me devient blé,
eau
et pain
germant de tes seins.

Je chante à ta peine devant la tristesse d’autrui,
je chante à ta bucolique présence emprisonnée.

Avec le regard du soleil
et le souffle de la lune
je te livre mon amour sans condition,
mon inébranlable credo en tes raisons
tandis que
contre l’infamie de l’Empire
je chante…,
prenant la voix de ta rébellion,
ô ma vaillante guérillera,
ma camarade ;
c’est pour la rédemption des pauvres
que je te déclame
et te chante.

Jesús Santrich

*

Pétroglyphe (Petroglifo) par Jesús Santrich (2008)

Sourds sont nos esprits
Aux paroles du pétroglyphe
L’antique pensée
Dans la taille granitique
De l’esthète du silex
Défendues
Elles sont pour nous le mystère de l’inconnu.

Mémoire pétrée
du Tepuremene
Blason magique
d’Amalicava
Qui dans le sillon des gravures
Coule
Synthétisant le lit de rivière des siècles

Symbole et rocher
Qui résume peut-être
La théogonie de la communion
En mode de soleil et de lune
En mode de jaguars et d’anacondas
De suprêmes Orénoques éternisés
De pérennes essences amazoniennes.

Sourds sont nos esprits
Aux paroles du pétroglyphe
Quelle tristesse !
Nos esprits sont sourds
Devant la parole taillée
Faite de temps et de pensée…,
Devant le signe formé
Dans la permanence
De la roche
Dans le moule de pierre
Du fantastique royal
Que garde le vestige
Des millénaires hiers…,
Latence figurée
De l’origine ;
La chronique méso-indienne
De l’âme,
Aux rupestres symboles :
Quels chants doivent-ils nous chanter
Qui ne soient pas
Ceux de l’homme
Qui aime la terre ?
Une parabole d’étoiles
Un miracle du vent ;
Même au déclin
Du possible authentique
Le poème communautaire du Nous
Imprégnant d’espoir la vie
Et le destin heureux
De la race humaine.

*

Le feu des invisibles (El fuego de los invisibles), anonyme (2007)

Là-bas, à l’intérieur des terres,
Sous l’hyperbole du bombardier
Le tonnerre éclate
Entonnant le chant sauvage
Des kalachnikovs,
Là dans la verdure parsemée
De lauriers fleuris,
D’explosions et de fusées,
Où l’anacardier élève fièrement
Son puissant bras armé…
Là où le Black Hawk
Qui furibond vomissait du feu
À présent tousse vacillant, et fuit
Laissant un sillage noir,
Bafoué par les balles insurgées…

Là, frère,
Où arde la flamme de Bolivar,
Résistent les invisibles,
Les insurgés de Manuel2,
Enveloppés dans la fumée de l’oubli
De la poudrière empestant le vent.

Si la solidarité porte sur ses ailes
Le message de la victoire des peuples
Qui a donné l’ordre de la tuer ?
Quel Torquemada l’a envoyée en enfer
Alors qu’elle est principe de révolution et de liberté ?

Nous aimons la solidarité du peuple simple
Qui donne tout ce qu’il a : à savoir, son affection,
Qui est provision et feu moral.
Les luttes des peuples interpellent
Les frères aux chroniques rebelles
Et solidaires,
Car aujourd’hui au sommet de l’État
Ils méprisent l’insurrection armée
Et ne jouent que dans la voie électorale ;
Ils vont jusqu’à feindre de boiter
Croyant se préserver ainsi contre l’Empire.

Ils ne sont pas solidaires ni ne laissent autrui l’être
Et se taisent devant la criminelle aide militaire
Des gringos au tyran.
La solidarité est le condor des Andes,
Esprit protecteur volant plus haut
Que les mesquins intérêts d’État
De l’incompréhensible et égoïste soleil
Qui veut seulement voir tourner autour de lui
Le captif amour des peuples.

Là où le rideau de plomb et de lumière
Arrêta l’avancée en masse de la troupe
Et la força à déambuler sans direction dans la forêt,
On entend le cri blessé de Guevara :
« Il ne suffit pas de souhaiter le succès à l’agressé,
Il faut courir le même sort que lui ;
L’accompagner vers la victoire ou la mort. »

Le feu des invisibles, frère,
Est le feu de tous.
Rien ne nous arrêtera si le peuple nous aime.
Le triomphe des invisibles et bien-aimés
Sera comme une étincelle dans le pré desséché
De l’hémisphère de l’espoir.
Écoute comme retentit sa puissante artillerie
De Grande Patrie et Socialisme3 !

2 Manuel : Manuel Marulanda (1930-2008), fondateur et commandant en chef des FARC.

3 Grande Patrie et Socialisme : c’est le programme des FARC. La « grande patrie » dénomme l’ensemble de l’Amérique hispanique dans un projet fédérateur.

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