Poésie des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC)

La guérilla des FARC a signé un accord de paix avec le gouvernement colombien en septembre 2016 et constitué un parti politique en août 2017.

L’accord de paix a été salué notamment par les États-Unis, qui, semble-t-il, maintiennent toutefois les FARC sur leur liste d’organisations terroristes, où ils la placèrent au lendemain des attentats du 11 septembre 2001 ; il ne faut pas voir là, je pense, un lien dans l’esprit des services d’espionnage nord-américains, c’était juste l’occasion de mettre leur liste à jour.

Comme le nouveau parti des FARC est souvent attaqué par ses détracteurs pour les années de violence, il est pertinent de citer l’article Wkpd FARC à ce sujet : « Pour les Nations unies, les guérillas colombiennes seraient responsables de 12 % des assassinats de civils perpétrés dans le cadre du conflit armé, les paramilitaires de 80 % et les forces gouvernementales des 8 % restants. » (La source étant l’Inter Press Service, commentant un document de la Cour pénale internationale.) Or les paramilitaires ont agi dans certains cas comme le véritable bras armé du gouvernement.

Pour cette série de traductions, j’ai sélectionné des poèmes publiés sur un site internet des FARC :

https://resistencia-colombia.org/cultura/articulos

Seuls deux poèmes de la poétesse guérillera Gabriela Méndez (le deuxième et le troisième) sont tirés d’une autre source internet (présentant son recueil Balada para Piel de Luna).

*

Je commence par la traduction d’une chanson, Vamos a construir futuro (Construisons l’avenir), visiblement écrite après l’accord de paix bien que je n’aie aucune information sur la date de composition, l’auteur ni l’interprète. La chanson se trouve sur le site des FARC déjà mentionné et a été posté sur YouTube par un représentant des FARC. J’invite mon lecteur à se laisser charmer par cet air entraînant et la voix délicate de la chanteuse, pour se mettre dans l’ambiance :

 

J’ai transcrit les paroles à l’oreille, elles ne sont disponibles nulle part sur internet. Il est par conséquent possible que je me sois trompé ici et là ; toute indication à ce sujet est la bienvenue ! En particulier, je souligne une possibilité d’erreur dans deux cas. Dans le premier cas, j’entends quelque chose comme tan que à un endroit où il me semble que l’emploi du subjonctif dans le texte (j’entends seamos) implique, comme en français, une conjonction concessive, donc « bien que » (aunque, bien que… en espagnol) ; c’est d’ailleurs le plus logique, à moins que cette conjonction soit causale et que ce soit parce que les FARC sont des combattants que leur essence est l’amour… Ou bien il s’agit de tout autre chose qui m’a échappé. Dans le second cas, el pueblo unido a las barras, je m’appuie sur une définition du dictionnaire de l’Académie espagnole, pour lequel le mot barra peut avoir, en Colombie et dans quelques autres pays américains, le sens d’un « ensemble de supporters d’un parti politique » (conjunto de seguidores de un partido político), et j’ai donc traduit la phrase par « le peuple uni aux partis », dans l’idée qu’il s’agit d’exprimer la nouvelle attitude électorale des FARC après l’accord de paix.

Vamos a construir futuro

Estribillo:
Caminemos todos de frente
Vamos con pasos muy seguros
Aquí todos somos iguales
Vamos a construir futuro

Caminemos…

Mirame mi pueblo de frente
Ve que no somos diferentes
Conoce cual es mi esencia
Que no es la de la violencia
Nuestra lucha es muy consciente
Bien que (?) seamos combatientes
Nuestra esencia es el amor
Vamos por un país mejor

Caminemos…

Hoy queremos una nación
Donde no hayan injusticias
Que se acabe la corrupción
Que no reine más la policía
Luchemos con la convicción
De que ésto puede cambiar
El pueblo unido a las barras (?)
Vamos a construir la paz
la paz, la paz, la paz

Caminemos…
Caminemos…
Vamos a construir futuro

Construisons l’avenir

Refrain :
Marchons tous de front
Allons d’un pas très sûr
Ici nous sommes tous égaux
Construisons l’avenir

Marchons…

Regarde-moi en face mon peuple
Et vois que nous ne sommes pas différents
Apprends à connaître mon essence
Qui n’est pas celle de la violence
Notre lutte est très consciente
Bien que nous soyons des combattants
Notre essence est l’amour
Allons vers un pays meilleur

Marchons…

Aujourd’hui nous voulons une nation
Où il n’y ait plus d’injustices
Que cesse la corruption
Que prenne fin le règne de la police
Luttons avec la conviction
Que les choses peuvent changer
Le peuple uni aux partis
Nous allons construire la paix
la paix, la paix, la paix

Marchons…
Marchons…
Construisons l’avenir

*

Chroniques des montagnes 1 : Balistique gravitationnelle (Crónicas de las montañas 1: Balística gravitacional) par María Gabriela Méndez (2016) (les dates données sont celles de la publication sur le site resistencia-colombia.org)

La peur
dans la bouche de l’estomac
est un poids égal
ou équivalent
à celui des espérances déchues,
des rêves non réalisés,
de la vie obstinée qui s’acharne,
des souvenirs heureux
qui sont un tourment.

Le claquement sec
des projectiles
concentre dans nos viscères
le poids insoutenable
de la mort qui tressaille,
qui respire,
qui habite dans notre ventre.

*

Rêve (Sueño) par María Gabriela Méndez

Cette nuit j’ai rêvé d’un pays libre
–mais pas libre de la liberté
de mourir de faim–,
souverain
–et pas souverainement exploité–,

Cette nuit j’ai rêvé d’enfants souriants
car ils allaient à l’école,
bien nourris.

Toutes les nuits je rêve à des champs verts
où naît l’espérance
et germent les semences d’une vie de dignité.

Toujours j’ai rêvé de parvenir à la vieillesse,
satisfaite et paisible
contemplant dans le miroir
mes rides bien méritées
dans la lutte du peuple.

*

Pays à la dérive (País sin rumbo) par María Gabriela Méndez

À la Colombie et ses 40 et quelques millions d’angoisses quotidiennes

Parmi les ruines de mille guerres
et les épaves naufragées du souvenir
mon pays flotte à la dérive
dans la haute mer de l’oubli.

Chaque jour des centaines d’habitants
étouffent dans leurs peurs
ou leur propre sang,
chaque nuit des cris stridents
déchirent les rideaux du crépuscule,
et mon pays navigue sans direction
comme un cerf-volant à la ficelle cassée,
vers les frontières de l’incertain.

*

Guérillera, commandant… (Guerrillera, comandante…) par Daniel militant PC3 (2014)

Je m’étonne en pensant au parfum qu’imprime dans ma vie la moindre de tes accolades…
de camarade, de commandant, et pleines d’amour profond.
Et peut-être que cette accolade filtre chaque fois à travers les fissures de ma peau,
car c’est la montagne avec toute son ampleur qui m’embrasse,
c’est la tendresse de la guérillera et la force de la femme qui a déplacé la terre sous ses pieds…
qui a fait les rivières se déplacer par ses mains et qui fait que chaque matin a une saveur nouvelle.

Je m’étonne en pensant à l’élan que la moindre de tes paroles donne à ma vie…
tes paroles de camarade, de commandant, pleines de raison profonde.
Et peut-être que les mots ne s’écoulent pas, que les mots me construisent,
car c’est le peuple avec toute sa sagesse qui me parle,
et qui permet que cette luminescence atteigne la frondaison des arbres qui la garde.

Je m’étonne en écrivant ceci, avec le désir fervent de partager la marche,
de partager le matin, la rivière, les arbres, la terre, la vie, le bois humide…
l’insurrection…
Ayant pour point de départ cette terre où je vis
et comme tranchée permanente tes yeux de guérillera, de commandant…

*

Des nuits et des jours (Noches y días) par Jaime Sucre (2012)

Pour rêver de toi il me fallait la nuit,
Pour penser à toi il me faudra des jours :

Nuit tranquille de montagne pour rêver à ton sourire ;
Nuit étoilée de montagne pour te rêver dans chaque astre ;
Nuit obscure et froide pour te sentir près de moi et rêver à la chaleur de ta présence ;
Nuit tranquille de montagne, de sommeil profond,
Avec ton regard innocent de rêves à construire ;
Nuit pour te désirer, t’embrasser et te caresser ;
Nuit éternelle pour toi et pour moi ;
Nuit infinie pour me reposer avec ta voix de belle guerrière ;
Nuit fraîche de montagne pour rêver que tu rêves de moi et vouloir que tu veuilles de moi.

Jours d’ères cosmiques pour penser à toi à chaque instant ;
Jours radieux comme ta présence ;
Jours ensoleillés qui rayonnent comme l’espoir qui nous accueille ;
Jours frais comme le doux contact de tes lèvres délicates ;
Jours clairs comme le sacrifice conscient que joyeuse et bienveillante tu offres à un peuple nécessiteux ;
Jours de marches prolongées qui me convoquent à tes côtés avec une urgence de révolution ;
Jours pour penser à toi,
Nuit pour rêver de toi,
T’aimer bolivariennement,
T’aimer fougueusement.

*

Ils ne sont pas morts (Ellos no murieron) par Guillermo León Montilla (2009)

Écrit en l’honneur des camarades Róldan, Mosser, Ramón, Néstor, María Eugenia et Diana, tombés au combat dans le disctrict d’Arenosa, commune d’Aracataca, Magdalena, le 24 avril 2008.

Ils ont marqué l’avenir de leur marche,
les traces de leurs pas ont ouvert un chemin de dignité,
la Nevada les garde en sa mémoire,
elle n’oubliera jamais leur nécessité
de dames et gentilshommes consacrés au service du peuple,
à la cause de l’avenir,
à l’aspiration de rendre les autres heureux,
sans plus, seulement servir et défendre les faibles,
ce fut leur cause et leur délit,
pour elle de leur sang ils arrosèrent l’herbe,
le jardin des lendemains
qui sera multicolore et vert comme l’espoir,
c’est pour elle qu’ils ne se rendirent pas, préférant mourir
pour continuer à vivre comme vivent les héros,
dans la mémoire du peuple pour qui ils vécurent
……………………………………..et combattirent.
Pour elle, et toujours pour cette cause,
on continuera de les voir et de les entendre
sur les pistes et les chemins,
dans les forêts, les prés et les montagnes ;
ils seront là dans la cabane de l’Indien,
dans son ventre vide et son corps nu,
dans son drageoir à coca et ses feuilles de coca1, dans sa chevelure dépeignée ;
ils seront dans les pauvres des champs
qui sèment et sèment
pour continuer à butiner le pollen des fleurs,
l’air pur et frais de la campagne sacrée ;
ils seront dans les sans-abris,
dans les déplacés et le peuple peuple ;
ils vivront comme ils vivent et continueront de vivre,
bien qu’ils soient tombés un 24 avril,
un 24 sinistre de froid hiver montagnard,
de pleine lune, ou plutôt je ne me souviens pas,
mais ce qui est sûr c’est que je lis sur leurs visages
qu’ils sont partis en riant, en riant…
Ils ne sont pas morts !

1 dans son drageoir à coca et ses feuilles de coca : en su poporo y su hayo, sur ces termes, voir Americanismos 5.

*

En ton honneur je chante : À Sonia, prisonnière de l’Empire (A tu decoro canto: A Sonia, prisionera del imperio) par Jesús Santrich (2008)

Depuis le sous-sol de mon âme,
depuis la tour de guet de mes espérances,
depuis les racines de ma foi en tes pures causes populaires
je te professe mon amour :
amour de poudrière et d’obus
pour ton courage de combattante,
camarade !
compagne !

Dans le bosquet vert et les champs
j’écoute le vol de ton rire
et de ta voix sœur
de la voix des forêts
et de l’éclair
et de l’acier…, ta voix

Canon fumant d’idées
dans la tranchée des convictions
tire…
défie…
harangue…
triomphe de la distance,
des infamies…
et des barreaux,
depuis tes libres mains paysannes,
guérilleras.

Ton nom de feu,
compagne,
a pour moi la saveur de la liberté des peuples,
camarade ;
c’est pourquoi je chante pour toi depuis les tranchées
c’est pourquoi je chante pour toi sur les barricades ;
je chante en ton honneur
qui me devient blé,
eau
et pain
germant de tes seins.

Je chante à ta peine devant la tristesse d’autrui,
je chante à ta bucolique présence emprisonnée.

Avec le regard du soleil
et le souffle de la lune
je te livre mon amour sans condition,
mon inébranlable credo en tes raisons
tandis que
contre l’infamie de l’Empire
je chante…,
prenant la voix de ta rébellion,
ô ma vaillante guérillera,
ma camarade ;
c’est pour la rédemption des pauvres
que je te déclame
et te chante.

Jesús Santrich

*

Pétroglyphe (Petroglifo) par Jesús Santrich (2008)

Sourds sont nos esprits
Aux paroles du pétroglyphe
L’antique pensée
Dans la taille granitique
De l’esthète du silex
Défendues
Elles sont pour nous le mystère de l’inconnu.

Mémoire pétrée
du Tepuremene
Blason magique
d’Amalicava
Qui dans le sillon des gravures
Coule
Synthétisant le lit de rivière des siècles

Symbole et rocher
Qui résume peut-être
La théogonie de la communion
En mode de soleil et de lune
En mode de jaguars et d’anacondas
De suprêmes Orénoques éternisés
De pérennes essences amazoniennes.

Sourds sont nos esprits
Aux paroles du pétroglyphe
Quelle tristesse !
Nos esprits sont sourds
Devant la parole taillée
Faite de temps et de pensée…,
Devant le signe formé
Dans la permanence
De la roche
Dans le moule de pierre
Du fantastique royal
Que garde le vestige
Des millénaires hiers…,
Latence figurée
De l’origine ;
La chronique méso-indienne
De l’âme,
Aux rupestres symboles :
Quels chants doivent-ils nous chanter
Qui ne soient pas
Ceux de l’homme
Qui aime la terre ?
Une parabole d’étoiles
Un miracle du vent ;
Même au déclin
Du possible authentique
Le poème communautaire du Nous
Imprégnant d’espoir la vie
Et le destin heureux
De la race humaine.

*

Le feu des invisibles (El fuego de los invisibles), anonyme (2007)

Là-bas, à l’intérieur des terres,
Sous l’hyperbole du bombardier
Le tonnerre éclate
Entonnant le chant sauvage
Des kalachnikovs,
Là dans la verdure parsemée
De lauriers fleuris,
D’explosions et de fusées,
Où l’anacardier élève fièrement
Son puissant bras armé…
Là où le Black Hawk
Qui furibond vomissait du feu
À présent tousse vacillant, et fuit
Laissant un sillage noir,
Bafoué par les balles insurgées…

Là, frère,
Où arde la flamme de Bolivar,
Résistent les invisibles,
Les insurgés de Manuel2,
Enveloppés dans la fumée de l’oubli
De la poudrière empestant le vent.

Si la solidarité porte sur ses ailes
Le message de la victoire des peuples
Qui a donné l’ordre de la tuer ?
Quel Torquemada l’a envoyée en enfer
Alors qu’elle est principe de révolution et de liberté ?

Nous aimons la solidarité du peuple simple
Qui donne tout ce qu’il a : à savoir, son affection,
Qui est provision et feu moral.
Les luttes des peuples interpellent
Les frères aux chroniques rebelles
Et solidaires,
Car aujourd’hui au sommet de l’État
Ils méprisent l’insurrection armée
Et ne jouent que dans la voie électorale ;
Ils vont jusqu’à feindre de boiter
Croyant se préserver ainsi contre l’Empire.

Ils ne sont pas solidaires ni ne laissent autrui l’être
Et se taisent devant la criminelle aide militaire
Des gringos au tyran.
La solidarité est le condor des Andes,
Esprit protecteur volant plus haut
Que les mesquins intérêts d’État
De l’incompréhensible et égoïste soleil
Qui veut seulement voir tourner autour de lui
Le captif amour des peuples.

Là où le rideau de plomb et de lumière
Arrêta l’avancée en masse de la troupe
Et la força à déambuler sans direction dans la forêt,
On entend le cri blessé de Guevara :
« Il ne suffit pas de souhaiter le succès à l’agressé,
Il faut courir le même sort que lui ;
L’accompagner vers la victoire ou la mort. »

Le feu des invisibles, frère,
Est le feu de tous.
Rien ne nous arrêtera si le peuple nous aime.
Le triomphe des invisibles et bien-aimés
Sera comme une étincelle dans le pré desséché
De l’hémisphère de l’espoir.
Écoute comme retentit sa puissante artillerie
De Grande Patrie et Socialisme3 !

2 Manuel : Manuel Marulanda (1930-2008), fondateur et commandant en chef des FARC.

3 Grande Patrie et Socialisme : c’est le programme des FARC. La « grande patrie » dénomme l’ensemble de l’Amérique hispanique dans un projet fédérateur.

FARC

One comment

  1. florentboucharel

    Le 25 octobre, la poétesse Gabriela Méndez publiait le texte suivant sur son compte Facebook pour porter à l’attention de ses amis et contacts mes traductions de ses poèmes. Travailler à ces traductions a été un plaisir et un honneur.

    Hoy me llevé una increíble sorpresa. Debo admitir que, aunque el francés me parece una idioma particularmente musical, no he pasado nunca de un “Je t’aime”. Caso contrario al del inglés, pues en los dos colegios en los cuales cursé a intervalos el bachillerato, este era obligatorio, a diferencia del francés.

    Así pues, crecí escuchando tremendas baladas y rocanroles en el tercer idioma nativo más extendido del mundo (como Unchained Melody, With a Little Help from My Friends y muchas otras más), lo cual me ayudó con la pronunciación y la gramática. Además de esto, debo mucho a la terquedad de mi abuelo, quien, decidido a que tuviese al menos esa oportunidad en la vida, cuando yo tenía ocho años compró un audio curso de la BBC de Londres, con cuyas grabaciones (en cassette, claro), ambos dimos rienda suelta a nuestro delirio idiomático. Debido a lo cual, si bien no soy completamente bilingüe, al menos lo chapuceo bastante bien y lo escribo mucho mejor. Incluso he trabajado corrigiendo traducciones para algunas editoriales de libros técnicos, quién creyera.

    Pues la sorpresa del día de hoy tiene que ver con los idiomas, sí, pero no con el de nuestro poco amable vecino del norte, más bien con la lengua de la “Liberté, Égalité, Fraternité”… ¡Encontré en línea la traducción al francés de algunos de mis poemas! Realizada por Florent Boucharel, a quien, aunque no conozco, agradezco inmensamente el placer de leer mis escritos en la lengua que dio origen a la Declaración de los Derechos del Hombre y del Ciudadano.

    CHRONIQUES DES MONTAGNES
    -1-
    BALISTIQUE GRAVITATIONNELLE
    par Gabriela Méndez (2016)
    (les dates données sont celles de la publication sur le site resistencia-colombia.org)

    La peur
    dans la bouche de l’estomac
    est un poids égal
    ou équivalent
    à celui des espérances déchues,
    des rêves non réalisés,
    de la vie obstinée qui s’acharne,
    des souvenirs heureux
    qui sont un tourment.

    Le claquement sec
    des projectiles
    concentre dans nos viscères
    le poids insoutenable
    de la mort qui tressaille,
    qui respire,
    qui habite dans notre ventre.

    CRÓNICAS DE LAS MONTAÑAS
    -1-
    BALÍSTICA GRAVITACIONAL

    El miedo
    en la boca del estómago
    es un peso igual
    o equivalente
    al de las esperanzas fallidas,
    los sueños sin cumplir,
    la vida terca que se aferra,
    los recuerdos felices
    que torturan.

    El chasquido seco
    de los proyectiles
    concentra en nuestras vísceras
    el insoportable peso
    de la muerte que palpita,
    que respira,
    que habita en nuestro vientre.

    *

    RÊVE par Gabriela Méndez

    Cette nuit j’ai rêvé d’un pays libre
    –mais pas libre de la liberté
    de mourir de faim–,
    souverain
    –et pas souverainement exploité–,

    Cette nuit j’ai rêvé d’enfants souriants
    car ils allaient à l’école,
    bien nourris.

    Toutes les nuits je rêve à des champs verts
    où naît l’espérance
    et germent les semences d’une vie de dignité.

    Toujours j’ai rêvé de parvenir à la vieillesse,
    satisfaite et paisible
    contemplant dans le miroir
    mes rides bien méritées
    dans la lutte du peuple.

    SUEÑO

    Anoche soñé con un país libre
    -pero no con la libertad
    de morirse de hambre-,
    soberano
    -y no soberamente explotado-.

    Anoche soñé con niños sonrientes
    porque iban a la escuela,
    bien alimentados.

    Todas las noches sueño con campos verdes
    donde nace la esperanza
    y germinan las semillas de una vida digna.

    Siempre he soñado llegar a vieja,
    satisfecha y plácida
    contemplando en el espejo
    mis arrugas bien ganadas
    en la lucha del pueblo.

    *

    PAYS À LA DÉRIVE

    -(À la Colombie et ses 40 et quelques millions d’angoisses quotidiennes).

    Parmi les ruines de mille guerres
    et les épaves naufragées du souvenir
    mon pays flotte à la dérive
    dans la haute mer de l’oubli.

    Chaque jour des centaines d’habitants
    étouffent dans leurs peurs
    ou leur propre sang,
    chaque nuit des cris stridents
    déchirent les rideaux du crépuscule,
    et mon pays navigue sans direction
    comme un cerf-volant à la ficelle cassée,
    vers les frontières de l’incertain.

    PAÍS SIN RUMBO

    -(A Colombia,
    y sus cuarenta y tantos millones
    de diarias angustias).

    Entre ruinas de mil guerras
    y despojos del naufragio del recuerdo
    flota a la deriva mi país
    en el mar abierto del olvido.

    Cada día cientos de habitantes
    se ahogan en sus miedos
    o en su propia sangre,
    cada noche agudos gritos
    desgarran las cortinas del crepúsculo,
    y mi país navega sin rumbo
    como una cometa con la cuerda rota,
    hacia las fronteras de lo incierto.

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