Marc Andriot est un poète et illustrateur dont les textes et dessins sont régulièrement publiés dans la revue Florilège (entre autres). Il a participé à plusieurs expositions à Paris et en région parisienne, et apparaît dans l’Anthologie des meilleurs poèmes du Prix Arthur Rimbaud 2020. Il est en train de terminer un roman graphique.
Mon amitié avec Marc est ancienne puisque nous avons grandi à Chaville, dans les Hauts-de-Seine, où, adolescent, il se faisait remarquer, non seulement par sa grande taille de beau ténébreux dégingandé mais aussi et surtout par un esprit original et caustique. En dehors des quatre cents coups dont nous gardons le souvenir, Marc et moi partagions un même goût pour la littérature et cherchions déjà tous les deux à créer une œuvre, qui, dans son cas, est aussi une œuvre graphique.
C’est avec beaucoup d’émotion que, de longues années après l’avoir perdu de vue (car, à l’époque, le numérique en était encore à ses balbutiements et changer d’adresse revenait à changer de monde), j’ai retrouvé Marc, et nous avons immédiatement renoué notre amitié en échangeant sur la production littéraire et artistique qui continuait d’être notre motivation première.
Marc me fait aujourd’hui l’honneur de me permettre de publier sur ce blog un libre choix de ses poèmes et dessins.
La poésie de Marc Andriot est sensible, nourrie d’une acuité d’artiste au regard pénétrant. Sa concision est celle de l’œil qui voit ce qu’il faut voir, et du sentiment nu. Cette sensibilité est une tension permanente mais elle a la forme sereine que donne la proximité de l’idéal (c’est-à-dire de l’Idée, dans une conception schopenhauerienne de l’art), la familiarité du poète avec les Muses pour lui généreuses. Je ne vois aucune trace d’imitation dans la poésie de Marc Andriot, aucun artifice non plus (et pourtant sa simplicité n’est pas défaut d’élaboration) ; elle est l’expression spontanée, sans mélange d’une inspiration par adhérence à l’Idée, et même quand il insère parfois son vers libre au rythme rapide dans les quatre strophes d’un sonnet classique, son art consommé rend la forme qu’il adopte invisible tout en lui faisant jouer son rôle de géométrie métaphysique.
Dans la poésie de Marc Andriot, le poète n’est pas « marqué » par le quotidien, comme le troupeau marqué au fer de son propriétaire, mais le quotidien est marqué par le poète, qui le domine car il vit au contact de l’Idée que matérialise le quotidien. D’où la sérénité dans la lutte (car qui domine lutte), qui dessèche autrement tant d’âmes. – Tension sereine de celui qui est seulement un boxeur.
Les quatre illustrations qui accompagnent le présent choix de poèmes (cliquer dessus pour agrandir) sont de Marc Andriot. J’ai déjà utilisé des dessins de Marc pour illustrer les pages de mon blog, ici et ici.
*
SEULEMENT UN BOXEUR
Prends le verbe et travaille-le
Jusqu’aux cordes.
Trouve l’inspiration
Chez la Muse.
Cogne, encore et encore
Le sac.
Retrouve la rigueur
De l’entraînement.
Lève-toi dans la nuit du matin,
Au sein de la Ville.
Cours dans ses veines
Et répète inlassablement tes chants.
Et surtout, n’oublie pas que
Tu viens de la vague sauvage.
*
ENFANCE
L’âge d’or accélère.
Comme un éclair
À la voix suave,
Elle irradiait.
Cheveux solaires,
Yeux effarouchés,
Très intelligente,
Elle dansait pour l’éternité.
Aimant les chevaux,
Elle s’épanouissait
Comme une fleur.
Nous cherchions.
Elle vit très loin.
Je m’évade à Paris.
*
L’AMAZONE
Un jour, le dernier jour,
Une Amazone s’est confiée à moi.
Ses problèmes et sa malhabile
Féminité m’ont touché.
Un jour, le dernier jour,
Une femme s’est donnée.
Cheveux longs et châtains,
Pure et passionnée.
Même si elle ne sourit pas,
Même si elle n’est plus jeune,
Elle est belle.
Son visage s’est illuminé.
Un jour, le dernier jour,
Quelqu’un m’a ouvert son cœur.
*
*
LA CHUTE
Posé au Nord.
J’ai travaillé.
Dureté du froid
Et du gel.
Pour trouver l’Étoile
Et la paix,
J’ai supporté la solitude
Et l’errance.
À découvert,
Les traîtres m’ont planté.
Abyssus.
Dans la lumière éternelle,
Ce ne fut
Que mon enterrement.
*
*
PETITS RIENS
D’abord, le bruit
De tes sandales
Dans la chambre.
Puis, ton parfum.
Enfin, tu laves tes
Longs cheveux
Dans l’eau claire.
Chaque pièce
Te ressemble.
Simplicité.
*
ARME
Légère.
Fine.
Et parfaite.
Je suis l’arme
Du guerrier.
Il m’utilise
En silence.
Je tue
Sans remords.
Grâce à ma science
De la mort,
J’achève mes cibles.
Sans lutte.
Ma lame te transperce
Et te détruit.
Sans cri.
Sans larme.
Je te finis.
*
BIRD
Oiseau de nuit,
Tu sens la Ville murmurer.
Elle glapit de joie.
Elle va enfanter.
Tu es de retour.
La folie et le désespoir.
Tes sœurs t’ont suffisamment accompagné.
Autour du réverbère, tu papillonnes de nouveau.
Le cri ancestral va résonner.
La Nuit va t’accueillir.
Ô Mère, montre-moi le chemin.
Le créateur retrouve ses marques.
Le Poète rit.
Le Peintre exulte.
Bienvenue dans mon humble demeure.
Ce qui suit ne regarde ni tes parents ni les amours perdues.
Bienvenue dans les Mystères.
*
BLACK ROSE
Quand je m’écroule au milieu de la foule hurlante de la Ville,
Je pense à ma Rose Noire.
Elle est là.
Elle me soutient.
Au milieu des courses folles et des ordres hiérarchiques.
Au milieu des flashs et des comptes rendus.
Au milieu des entretiens et des déplacements si nombreux.
Elle est là et me prend dans ses bras.
Elle est plantée au sommet des ordures.
Elle restera à jamais dans mon cœur.
*
OVER THE EDGE
À la fin, elles partent toutes.
J’appartiens à la Ville.
Son rythme, son pouls, son cœur battent en moi.
Sur le seuil, je suis prêt à l’escalader pour me trouver.
Chaque foule a son chant.
Chaque pied, sa danse.
La Ville m’a recueilli quand j’ai été trahi.
La Ville permet de rêver et de voyager.
La Ville est mon amante.
On se trahit en costume.
On n’ose se regarder badgé.
Mais, la Ville est promesse.
Fleur des Îles, Black Rose ont besoin de se retrouver.
Fleur des Îles puis Black Rose ont des couples qui durent.
Fleur des Îles et Black Rose ont besoin de construire leur vie. Loin de la Ville. Loin de moi.
À la fin, elles partent toutes.
Et, je reste sur le bord.
Avec la Ville.
Seul.
*
*
JUSTE UN REGARD
La Ville offre d’éphémères et merveilleux moments.
Juste un regard et puis s’en vont.
Elle m’a juste regardé.
Silence.
Imaginer un amour impossible.
Se parler yeux dans les yeux sans mots échangés.
Cent mots échangés.
Juste une fraction de seconde.
Sang et chairs unis.
Dans une impossible relation.
Elle a un copain.
On me croit heureux.
Autour, les bêtes et les méchants rôdent.
Cent mots échangés mais rien n’est changé
Pour elle.
Pour moi, la promesse d’une histoire extraordinaire.
Un recueil du Mal pour une Fleur épineuse.
Traduite par Baudelaire en pensant à Poe.
Un corps impossible à posséder.
Une âme libre dans l’imaginaire.
Entourée de volutes de fumées,
C’était elle.
*
PARTIR
Barre à la main. Nez au vent.
La serrer comme une femme.
Le bois travaille à chaque virement de bord.
Regarder droit devant.
Abandonner les quais.
Au loin, l’infini.
Serrer la barre comme une femme qui disparaît.
Courir, voler, naviguer dorénavant vers l’inconnu. Sans remords ni regret.
Serrer la barre comme une femme qui ne reviendra jamais.
Pont reluisant. Cordes dépliées.
Voiles déployées. En avant !
*
SOLEIL
Au-dessus des murs et des océans
Veille l’œil d’Odin, en fusion.
Ses flammes atteignent des sommets
Dans l’espace silencieux.
Tel un phénix, il palpite
Et se met en colère dans les cieux.
Le soleil donne des couleurs à ton tableau.
Il illumine ta toile.
Et brûle ta palette.
Lors de mes très longs voyages,
Le regard du dieu a percé l’obscurité.
De sa pupille, ont jailli les détroits assurés.
*
MA MÉDITERRANÉE
Elle était là.
Allongée sur le sable.
Le flux et le reflux de la mer effleuraient son corps.
Dorée par le Soleil, ta peau illuminait.
Couleur de l’or, tu n’avais pas de prix.
Ta beauté se fondait dans le métal précieux.
Tu étais un continent mystérieux.
Telle une fontaine, je goûtais de
Ta jeunesse éternelle.
Nos corps pour s’unir.
Notre langage
À jamais secret.
À jamais gravé ici et là-bas.
*
AU MILIEU DE LA VIE
Une présence. L’espoir.
Elle reste fixée à son portable.
La Nuit s’éteint peu à peu.
La Ville s’endort.
Et le monde ne se regarde plus.
Si elle s’intéressait
Au portrait que je fais d’elle ?
Comment réagirait-elle ?
Timidité ? Fierté ?
La lumière et l’ombre féminines.
Un mystère.
Quel désir secret m’anime ?
Quel échange nous parle ?
Un couple éphémère, à jamais liés.
*
POUR ELLE
Le bleu de tes yeux.
Le blues de ton corps.
L’ancre de tes yeux.
Le bleu dans ta peau.
Mon blues coule dans tes veines.
Le blues de mes maux.
La Nuit enfante la Ville.
La Ville me pousse vers toi.
Tu restes l’enfant de mes nuits.
La Nuit réunit pour toujours nos corps.
Pour toujours.
Ainsi vivons-nous.
Ainsi t’imagine le Poète.
Dans mon sang.
Dans mes larmes.
*
COMME UNE GOUTTE ENTRE TES PETITS SEINS
Le Soleil baigne ton corps
Hâlée, tu deviens Déesse
La lumière coule le long de tes cheveux
Une goutte de l’Astre perle
Cette larme pleure
Entre tes petits seins fiers
Lentement, doucement, elle dessine
Une Œuvre
De ton cou vers ton triangle d’or
Ton intelligence et ta beauté
Me transportent pour te chanter
Enfin, réunis, je peux sentir avec toi
La douceur de la brise
Et le chant de la Mer.
*
*
À L’ASSAUT !
IMMENSE, GÉANTE et IMPRENABLE,
La tour domine.
Mais je suis là !
Pour conquérir.
D’abord, les escaliers et les ascenseurs.
Petite musique de jour.
Les lumières des étages s’illuminent
À mon passage.
Robes courtes et tailleurs.
Grimper ; il faut toujours grimper.
Les échelons, les bureaux, la direction.
Aller toujours de l’avant.
Demain, j’y arriverai.
Demain.
Demain…
*
ELLE
Elle et lui.
Elle en lui.
Elle lui donne des ailes.
Sans elle, il n’y a plus que lui.
Lui tombe dans la nuit.
Elle garde le Soleil.
Lui croît grâce à elle.
Elle attend un enfant.
Pas de lui.
Sans elle.
Nous ne vieillirons jamais ensemble.
The end.
Diana Carol Forero est une poétesse contemporaine de Colombie. Je suis entré en contact avec elle après avoir traduit, avec d’autres poèmes d’un même site internet des FARC (Fuerzas Armadas Revolucionarias de Colombia), trois de ses poèmes, dans mon billet intitulé Poésie des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC) sur le présent blog (ici, billet en date du 23 septembre 2018) ; certaines de ces traductions ont entre-temps été publiées dans le numéro 174 de mars 2019 de la revue Florilège (rubrique « Poètes sans frontières »), dont deux poèmes de Diana.
Ces poèmes de Diana Forero étaient tirés de son recueil Balada para Piel de Luna (Ballade pour Peau de Lune) publié, sous le pseudonyme Gabriela Méndez, en 2016 par les FARC.
Diana a passé douze ans dans les rangs des FARC. Quand je l’ai contactée, elle était « promotrice de réintégration » (promotora de reintegraciόn) au sein de l’Agence colombienne pour la réintégration (Agencia Colombiana para la Reintegraciόn, ARC), l’organisme public chargé de la réinsertion des ex-combattants des FARC dans la société civile, et elle étudiait la psychologie dans le cadre de l’éducation à distance.
La situation de Diana comme celle de l’ensemble du pays semblait être la conséquence naturelle de l’accord de paix signé en 2016 entre le gouvernement colombien et la guérilla, après un long processus de négociation à La Havane (Cuba) ; cet accord et la constitution des FARC en parti politique, donc leur participation au processus électoral, paraissait devoir mettre un terme définitif à un conflit armé de plus de cinquante ans.
La pacification du pays a malheureusement connu depuis lors un revirement notable. Au moment où Diana et moi commencions à correspondre (via internet), en 2018, le nouveau président élu de Colombie, président d’un parti « centriste » dont le slogan « main ferme, grand cœur » a les accents typiques de la propagande autoritaire sans cœur et toute main, déclarait ne pas être lié par l’accord de paix signé par son prédécesseur avec les FARC. Diana, qui vit, comme la plupart des autres ex-combattants, dans un Espacio Territorial de Capacitación y Reincorporación (ETCR), « espace territorial de capacitation et réincorporation » – cet indigeste jargon bureaucratique désignant un camp ni plus ni moins, en l’occurrence, dans le cas de Diana, situé dans une région isolée, dans lequel les ex-guérilleros vivent comme derrière un cordon sanitaire (depuis août 2017 ils sont cependant libres de circuler) –, a perdu son emploi pour l’agence gouvernementale ARC et vit d’une activité coopérative conduite avec d’autres anciennes guérilleras.
Par ailleurs, alors qu’en 2016, la situation des ex-combattants était déjà marquée par une forte discrimination sur le marché de l’emploi et l’accès aux études, et que 68 % des personnes liées à l’agence ACR étaient de ce fait employées dans le secteur informel, les assassinats d’ex-combattants désarmés sont devenus monnaie courante à partir de fin 2018 (un fait évoqué dans le texte Amasando sueños ci-dessous), au vu de quoi nombre d’entre eux décident de retourner à la guérilla, étant donné qu’une minorité dissidente des FARC, l’ELN, avait rejeté l’accord de paix et refusé de déposer les armes.
En outre, le processus de normalisation politique des FARC est compromis par une forme de persécution judiciaire de ceux de ses membres convertis en personnalités politiques, à l’instar du poète guérillero Jésus Santrich (dont j’ai traduit des poèmes à côté de ceux de Diana), devenu sénateur de la République mais faisant l’objet d’une demande d’extradition par les États-Unis pour trafic de drogue en dépit de l’amnistie entérinée dans l’accord de paix (les États-Unis invoquent des faits ultérieurs à l’accord) ; dans une histoire embrouillée aux rebondissements multiples, qui a vu entre autres un rejet formel de la demande d’extradition par la Juridiction spéciale pour la paix, l’organe juridictionnel créé par l’accord, s’avérer insuffisant pour garantir le sénateur Santrich du fumus persecutionis à son encontre, Santrich est entré en clandestinité, avant de déclarer publiquement avec d’autres ex-FARC en août 2019 la reprise des armes, déclaration à laquelle le président de Colombie a répliqué par l’annonce d’une offensive militaire. Cette reconstitution des FARC par des figures historiques ne peut manquer d’accroître, au vu des assassinats dont ils sont la cible, selon un véritable « plan » homicidaire de l’actuel gouvernement d’après certains, les retours à la guérilla de combattants désarmés, parqués et discriminés.
Le contexte est donc rien moins qu’apaisé, contrairement à ce que l’on pouvait croire au moment où je commençais à traduire en français de la poésie des FARC.
Diana, dont le voisin dans l’« espace territorial » a été assassiné et qui a elle-même reçu des menaces de mort, est de surcroît en délicatesse avec les FARC, vu qu’elle a décidé d’en quitter les rangs peu avant l’accord de paix, elle et son compagnon craignant pour la vie de leur bébé. Si son recueil publié par les FARC présente la poétesse comme « Gabriela Méndez, Guerrillera de las FARC-EP » (EP pour Ejército del Pueblo, armée du peuple : FARC-EP est le nom complet de la guérilla), il se pourrait que ce passé, en dépit de ce que l’on pensait et espérait au lendemain de l’accord de paix, soit bien difficile à porter au cas où cet accord ne s’avèrerait avoir été qu’une vaine tentative au bout du compte.
Diana me fait aujourd’hui l’honneur et l’amitié d’accepter la publication sur ce blog d’un choix par moi-même des poèmes qu’elle m’a envoyés au cours de notre correspondance. Ces poèmes sont inédits (sauf Identidad déjà publié en ligne, comme d’autres que j’ai reçus). Alors que ses poèmes réunis en recueil sont de la poésie engagée, ici Diana Forero montre une autre facette de son talent, et c’est entre autres pourquoi il me semble important de faire connaître ces poèmes, afin que le public ait une idée de la diversité de son inspiration.
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BOTELLA AL MAR
Arrastro mis versos a tus pies como plegaria cotidiana, confiando en que el lamento de este amor impenitente alguna vez me acerque al tibio milagro de tu indulgencia.
Arrastro mis versos a tus pies como una ofrenda, palpitante homenaje a tu belleza pétrea, botella que se agita enfrentándose, obstinada, al frenético oleaje de tu olvido.
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DEVENIR
Entre ecuaciones y fórmulas, relatos y versos transcurre para ti lejano el devenir de mi universo.
Ajeno a mi mundo y a mi cuerpo, no logro tocarte más que en el recuerdo que me habita, devorándome por dentro.
Y, como siempre, cada día, resplandece el horizonte en la imagen de tu sonrisa, veo brillar el sol en el reflejo de tus ojos, no existe una canción de amor que no me hable de ti, ni un poema que no lleve tatuado para mí tu nombre, amor;
no hubo una vida probable en que no te hubiera soñado y, sin embargo, solo he sido esta dolorosa letanía,
esta muda vigilia, este agrio ensalmo, este abismo oscuro y sordo en el que intento convencerme que a pesar de no tenerte, he vivido. Hace siglos que te quiero.
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INFIERNO
He vuelto a tus versos de sangre como quien transita de nuevo un camino conocido y largo tiempo abandonado. He vuelto a recorrer tu agonía hecha metáfora, como si asistiera, expectante, al morboso espectáculo de mi propio dolor. Desciendo en silencio entre las sombras y las llamas refulgentes de tu infierno, buscando asir tu mano, no para rescatarte de ti misma, sino para hundirme en el abismo con tu reflejo clavado en el alma. Desde el ojo de la noche, tus palabras ávidas hincan en mi sus filosos labios.
A Clemencia Tariffa, poeta, amiga.
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IDENTIDAD
Soy yo, la que escribía versos intensos y breves como heridas de bala
Soy yo, quien te enviaba cartas de amor en latín
Soy yo la que perdió sus vísceras y endureció su aliento en una sangrienta guerra contra sí misma…
Sigo siendo yo, la que hoy vuelve a intentar abrir las puertas de tu mundo, a mendigar tu amor en tres idiomas
A cientos de kilómetros de tí abrazando tu sombra
besando el rastro de tus pasos
Soy yo y he vuelto del infierno pero el infierno habita dentro de mí
*
TÚ
Eras el poema que garabateé en esa servilleta que guardaste por años una foto borrosa y marchita en la que nunca estamos este agónico vacío en mi pecho un teorema sin solución posible
eras no más que un puñado de momentos un punto acaso en la curva insondable del tiempo
eras los libros que amaba leer y olvidé en el anaquel de tu alma
no has dejado de ser la avalancha de papel en blanco que me inunda de silencios eres, desde siempre el sordo repicar del teléfono que nunca nadie contesta el vacío que me devora este beso que agoniza dolorosamente cada noche entre mis labios
*
PODCAST
Hace muchos años –tantos, que ya olvidé cuántos– salí corriendo de tu lado pretendiendo escapar de tu mortal influjo queriendo reencontrarme con ese algo de mí que se extravió en el ámbar de tus ojos en el tacto firme y terso de tu piel de luna
Hace un tiempo, tanto que ya perdí la cuenta de minutos horas días semanas meses y años atrapada en el podcast de mi propia vida como un perpetuo bucle en diferido; soy pero no soy estoy pero no siento
Alguien pregunta por qué siempre pido dos tazas de café y no sé si confesar que es para el hombre que nunca ha dejado de habitar mi corazón
*
OCASO
Nada pesa tanto en mí como el ocaso
La sensación agobiante de que un día más ha pasado en mi vida sin vivirte veinticuatro horas de esta lenta y angustiosa muerte sin tocarte sin besarte sin amarte
La noche se abalanza sobre mí y sigo siendo la presa inerme del tiempo la oscuridad de mis días se hace una con la bruma del paisaje con el frío de mi corazón invadido de nostalgia amor
El canto de las cigarras hace eco en mis adentros y tiemblo de pensar cuántas noches más como ésta habré de morir ausente de tu cuerpo lejos de ti
*
CARAVANA
Cada célula de mi cuerpo vibra ante la sola mención de tu nombre amor
El tiempo ha carcomido con su máquina de muerte mis cimientos, mi mundo, mi todo resguardando tan solo este deseo incesante de ti, ansia voraz que ninguna fórmula podría calcular inquietud incansable que me fuerza a repetir como una letanía tu nombre caravana de amarguras en que se suman una a una las noches tejiendo la agria superficie de esta muerte que es la vida sin ti
*
COPERNICANA
Hace casi quinientos años Copérnico planteó que todo nuestro mundo gira alrededor del sol
Pero yo habito en las nubes desde que te vi, hace media vida
–y no he vuelto a aterrizar desde que no toco tu piel–
Todo gira en torno al sol –excepto yo–
Tú eres mi luna y mi astro rey y por si acaso todas las estrellas mi alfa y mi omega mi alba y mi ocaso el único destino de este cuerpo fustigado de ausencia la razón de ser de mis pupilas el palpitante núcleo de mi alma el centro incandescente de mi universo
*
NEURONAL
Sabes que me voy a morir amándote que me voy a llevar tu recuerdo en las pupilas y en la piel y en cada soma en cada axón en cada dendrita de cada neurona
Y entonces los bichos que se alimenten de mí comerán tu recuerdo y sabrán a qué saben tus besos y entenderán como nadie más podría por qué nunca pude olvidarte
*
PRUDENCIA
Ella esconde tímidamente sus miedos.
Para que no se espanten al verla.
*
DICOTOMÍA
Él se negaba a sí mismo. Sólo para saber si era cierto.
A Alirio de Jesús, siempre.
*
ANOXIA
Dices que mi amor te asfixia. Ojalá te estrangule hasta el último aliento.
*
SIN DESEOS DE MORIR
Sólo corté mis venas para destilar de mi sangre tu recuerdo
*
HUELLAS
Una gota de ausencia rodó por mi garganta –trago amargo– dejando un profundo surco una arruga prematura
Envejezco a los veinte años
*
ORIGAMI
Me doblo Me fundo Me pierdo
Nuevas formas surgen de mi piel de blanco papel
La caricia de tus manos hace de mí un nuevo ser
*
DISLEXIA
Hubo un momento –de esto hace un tiempo– en que sentí que no podía ya seguir jugando con las palabras
Ahora ellas juegan conmigo
*
FRAGMENTO
Lamento que no haya dado para más este amor tan breve que hoy sólo ocupa tres renglones
*
PURGATORIO
Si Dios tuvo la culpa quien puede juzgarlo pasarle la cuenta de cobro por haberme engañado
Me prometió el cielo y te alejó de mí Me prometió la vida y asesinó mi alma
Si Dios tuvo la culpa quien puede juzgarlo Declararlo reo ausente y condenarlo para siempre
A sentir el dolor que siento A vivir esta vida que muero
*
DESPUÉS DE TI
Antes de amarte, amor el mundo era vasto desierto: como sordo quiróptero volaba sin rumbo nada importaba ni lograba tocarme mi piel era traslúcida como alas de mariposa y en mi corazón solo habitaba el silencio
Tú llenaste cada rincón de mi cuerpo de luz de sonidos y furia de temblor extasiado, de vida Pero la soledad se aferró a mí como rama seca al borde del abismo me inundó de temores y vértigo me arrastró a la orilla misma de la muerte y allí se sentó a llorar conmigo
Después de amarte, amor mi mundo es camino cerrado en torno la luz turquesa de tus ojos mi piel hecha jirones atesora la ardiente caricia de tus manos de luna habitas el agua, el viento la música y la noche todo está lleno de ti aunque mi alma sin ti esté vacía
*
MIEDO
He sentido su nefasto aliento a almidón reseco a mortaja avinagrada toqué su piel de serpiente –corteza muerta de las horas fugadas–
He presentido su paso de rumor cansado deslizándose como viento quemado entre los árboles
Lo acompañé por horas a hacer visitas familiares con el obligado nudo en la garganta le he servido las tres comidas de rigor le presté mi cuarto he sido su anfitriona dedicada
Al miedo no le hicieron pantalones por eso, en ocasiones le he tenido que prestar los míos
*
INGREDIENTES
Fragmentos de cráneo mandíbula, huesos tibia, dientes, peroné; no son más que una lista de mercado ingredientes de una sopa abominable o el nauseabundo elixir que quizás me permita hallar por fin la paz del olvido
Fragmentos de cráneo mandíbula, huesos tibia, dientes, peroné harapos y huaraches; eso encontraron en una de tantas fosas comunes en Iguala Raqqa, Damasco Dabeiba o La Escombrera
Eso hallarás aquí cuando recuerdes por fin que existo y vengas a buscarme
Y aún vagará –lo sé– sobre mi sangre seca como alma en pena el eco de este dolor sordo el espectro de este amor fosilizado que me consume la vida
*
PRIMIGENIA
Hace trespuntonueve eones una lluvia de meteoritos –surgida de incandescentes restos de la formación del sistema solar– bombardeó nuestro planeta
Atrapadas en cristales de sal en su interior miles de gotitas de agua cruzaron millones de kilómetros hasta llegar aquí haciendo posible la vida en lo que hasta entonces fuera inhóspito infierno
Cada sorbo, cada charco cada gota de agua que ahora bebemos existe aún como testimonio de esa colisión primigenia resistiendo a todo incluso a nosotros mismos
Como mi amor por ti
*
ASAMKHYEYA
Un día de 1965, en Varsovia, en la esquina superior izquierda de un lienzo totalmente negro, pintó el número 1, al que siguieron a la derecha el 2, luego el 3, y demás números, en orden creciente. Sus lienzos –de 1,96 x 1,35 metros, escritos con un pincel número cero impregnado en óleo blanco con grafía sencilla–, negros al principio, pasaron a ser grises en 1968 y, al alcanzar el número un millón, en 1972, empezaron a ser aclarados mediante la introducción de 1% más de blanco, hasta el punto que –a partir de 2008–, prácticamente pintaba números blancos sobre fondo blanco. Pintó sobre el infinito –o la imposibilidad de alcanzarlo- y el paso del tiempo. El 6 de agosto de 2011, cuando Roman Opalka falleció, el último número que había pintado era el 5.607.249. Habían pasado 46 años y 233 “detalles”, como él llamaba a cada uno de sus cuadros, que hacían parte de su obra “1965/1–∞”, la cual concluyó en el momento de su muerte. “El problema es que somos y estamos a punto de no ser”, dijo Opalka en alguna ocasión.
Y yo sé que no soy si no es contigo.
*
AMASANDO SUEÑOS
A mediodía Alexa corría cañada abajo. Con mucho cuidado, se aferraba a su fusil, vigilando que sus zancadas, rápidas y ágiles –más saltos que pasos en realidad–, no hicieran ruido. Ese día, su comandante les contó que se gestionaba un acuerdo de paz, pues los jefes del Estado Mayor estaban en conversaciones con la gente esa del gobierno. Pero como nunca se sabe, y en la guerra y en el amor dicen que todo vale, aquí estaban, huyendo de un desembarco sorpresivo, en plenas negociaciones. Los soldados de la fuerza de despliegue rápido en pocos minutos habían copado la explanada en la cual se encontraba una hora antes el campamento guerrillero. De pronto, dio un paso en falso y cayó, peñasco abajo, rodando entre el cauce de la catarata que rugía bajo su cuerpo.
En eso, despertó sobresaltada. A veces, sucedía que los sueños la llevaban de vuelta al ajetreo de las montañas. A veces, mientras esperaba que el pan diera punto en el cuarto de crecimiento, y su bebé dormitaba en el corralito, detrás del área de producción, tenía microsueños, que eran más como recuerdos repentinos de emociones y temores, algo así como imágenes titilantes del pasado que la asaltaban por instantes, para recordarle que debía dormir con un ojo abierto. De suerte, pues si no, el pan se hubiese pasado de punto y la masa se habría caído al hornearla. Había aprendido a hacer pan, casi al mismo tiempo que aprendía a ser madre. Con su primer hijo no pudo, pues lo parió estando en filas, y apenas una semana después debió dejarlo en custodia de la familia del que entonces era su compañero. Recién ahora, gracias al proceso de paz, volvía a encontrarlo, y ya él, de trece años, poco o nada quería saber de esa madre que estuvo siempre ausente, atrapada en el conflicto. Pero a Alejito sí lo tuvo en este campamento de transición, ocho meses después de entregar las armas; él era un hijo de la paz, y Dios mediante, ojalá nunca tuviera que vivir los horrores de una guerra. Por él y para que su destino fuese diferente, decidió ser panadera. Junto con ocho compañeras más, casi todas madres solteras como ella, se asoció para gestionar esta iniciativa, que ahora les permitía un respiro de esperanza en medio de tanta incertidumbre. Porque las negociaciones de paz no habían traído ésta a sus vidas, más bien una suerte de temor constante a ser atacadas, desaparecidas, asesinadas. Un año después de la firma de los acuerdos, ya pasaban de cien sus excompañeros inmolados, víctimas de manos criminales y bandas paramilitares.
El pan de maíz en el cuarto de crecimiento ya había dado punto, así que Alexa se apresuró a precalentar el horno, para introducir en este las bandejas. Recordó que cuando era muy pequeña, su madre le cantaba, desgranando con ella los amarillos copos que llamaba mahís, que en arawak significa literalmente “lo que sustenta la vida”. Cientos de especies de esta planta, variedad de colores y tamaños, miles de creaciones culinarias a lo largo y ancho del continente, justificaban ese nombre; el maíz, ahora en el horno, olía a nueva vida, a felicidad, a tibia gratitud, a caricia del universo, a los besos de su hijo, a la posibilidad de un futuro.
Lo de aprender a hacer pan, había sido toda una odisea, como cada cosa que estaban aprendiendo en este proceso de apersonarse de nuevo de sus vidas, de retornar a la legalidad, a una civilidad que nunca había sido amable con ellos, pues el Estado, en zonas como esta, prácticamente ni existía. Por eso las guerrillas tomaron tanta fuerza, y eran consideradas autoridad en las remotas regiones en las cuales instauraron su área de influencia y en las cuales, jóvenes como Alexa, como Yolima, Yessica y las otras asociadas a la panadería y las demás excombatientes que vivían en el campamento, encontraron su única oportunidad de crecer y sobrevivir. Ahora, sobrevivían gracias al maíz y al trigo, a la cebada y el ajonjolí; ahora aprendían juntas, experimentaban nuevas técnicas, buscaban nuevas maneras de hacer las cosas y sus vidas tomaban forma como la masa que, en sus manos, crecía como la esperanza. Este era su futuro y su destino, su trasegar y su camino, amasando sueños.
Un chillido angustioso le avisó que Alejito había despertado. Se puso a toda prisa los guantes de carnaza y dio vuelta a cada una de las bandejas. Luego corrió a la trastienda y lo encontró ya levantado, aferrado a los barrotes del corralito, con el ceño fruncido y la mirada llorosa. Sin necesitarlo ya, pero con toda la intención de presionarla, el bebé chilló una vez más, con tono agudísimo y ululante, como de alarma de incendio o de ambulancia de socorro. Ella lo tomó en sus brazos, lo aupó y esbozó una amplia sonrisa, mientras tarareaba la canción del maíz, que su madre le cantaba cuando niña:
“Maíz hermano Granito eterno Jinete de rayos negros Abrigo de niños tristes Si al silencio te condeno Ojecen las cataratas Que eres fuego Si careces en las grutas Alzas tus brazos poblados Y así vuelves Aunque al tirano te muerda Siempre serás maíz maíz Aunque te arranquen los ojos Siempre serás maíz maíz Himno de bravas calandrias Huacha pakai Pawañui picausa chicny Pancito de la ternura Humilde oro de mil corazones Plumita chicta chitarinuspa…”
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Diana Carol Forero et Timoleón Jiménez (Timo), en 2018, avec le recueil Balada para Piel de Luna.