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Journal onirique 10

Période : mai-juin 2020. Les initiales des prénoms ont été rendues aléatoires par des jets de dés.

Sans titre, par Cécile Cayla Boucharel

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C’est seulement l’esclavage à durée indéterminée qui a été aboli.

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« Le travail c’est la santé, dormez mieux en travaillant plus. » C’est un slogan parmi d’autres que répandent les haut-parleurs dans les rues de la ville fantôme entièrement rouillée.

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Le Cayla Gandolfi. Les caylas – mot d’origine arabe – sont depuis la plus haute antiquité des Européens initiés à la langue arabe afin d’étudier les sciences occultes. Dans un cabinet particulier, je trouve une lettre manuscrite qui fournit la preuve irréfutable que l’écrivain Howard P. Lovecraft entra en contact avec un cayla français du nom de Gandolfi (le prénom n’est pas précisé), qui lui parla de l’Arabe dément Abdul Al-Hazred, auteur du Nécronomicon. C’est par ce cayla que Lovecraft apprit l’existence du livre. Très ému par cette découverte, je dois fuir le cabinet particulier au plus vite car de mystérieux assassins en veulent à présent à ma vie en raison de ce que je viens de découvrir.

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Jojo le singe dans la piscine du réacteur. Jojo est un petit chimpanzé enfermé dans le dédale d’un réacteur nucléaire entièrement automatisé. À l’époque où les faits se passent, un chimpanzé est enfermé par principe dans chaque réacteur nucléaire en activité. Le secteur de la piscine du réacteur est cependant inaccessible au chimpanzé prisonnier. Or Jojo est parvenu à s’introduire dans le secteur défendu. On le voit traverser la piscine du réacteur à la nage. C’est une piscine d’une profondeur immense, au fond de laquelle on distingue des turbines colossales, des pipelines cyclopéens, toute une architecture babylonienne engloutie. De l’autre côté, comme la présence de Jojo dans le secteur interdit a été détectée, l’ordinateur de contrôle lâche contre lui trois autruches également enfermées dans le réacteur et qui servent à chasser le chimpanzé pour le tuer s’il s’introduit dans une zone défendue.

Sur ces entrefaites, j’arrive avec mon ami L. près de la piscine. Nous sommes envoyés par la direction de la centrale depuis l’extérieur afin de prêter main-forte aux autruches ou de régler le problème d’une ou d’autre façon. Nous rencontrons au bord de la piscine un individu suspect portant un sac de sport à la main, comme quelqu’un qui viendrait se baigner dans une piscine municipale. Quand nous cherchons à l’appréhender, il parvient à prendre la fuite, en laissant néanmoins son sac. Nous ouvrons ce dernier et nos suspicions au sujet de l’individu se confirment : il s’agit d’un pédophile car son sac contient une poupée gonflable de la taille d’un enfant.

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Je revois, longtemps après, un amour d’adolescence, A. Elle n’a pas été gâtée par la vie, me dit-elle, mais les choses sont en train de changer car elle est devenue proche d’un certain Götzenschanze, qui serait l’éminence grise, le tireur de ficelles faisant la pluie et le beau temps à la Confédération générale du travail, laquelle CGT est d’ailleurs en train de devenir le véritable centre du pouvoir dans le pays en raison de la lente décomposition de toutes les autres institutions et autorités.

Je n’avais jamais entendu parler de ce monsieur et c’est évidemment son nom qui retient mon attention, un nom germanique composé de Götze, dieu, idole, fétiche – comme dans Le crépuscule des idoles (Götzendämmerung) de Nietzsche, titre parodiant le crépuscule des dieux (Götterdämmerung)† –, et du polysémique Schanze. Selon les différents sens de ce dernier mot, le nom Götzenschanze peut vouloir dire : la tranchée des dieux (au sens de tranchée militaire, comme dans la guerre de 14-18), le tremplin des dieux (au sens de tremplin de saut à ski, rampe de ski, c’est-à-dire une structure monumentale), ou encore, selon un sens vieilli du mot, le jet de dés (das Fallen von Würfeln) des dieux, ce qui est relativement intrigant compte tenu du fait que je ne connaissais nullement ce sens – et n’avais d’ailleurs au mieux qu’une vague notion de Schanze dans l’ensemble – mais qu’en revanche j’évoque souvent des jets de dés dans ce journal onirique (car c’est ainsi que je rends aléatoires les initiales des prénoms).

Pour être tout à fait exact, le nom, dans mon rêve, m’apparaissait orthographié Götzenschäntze, mais mes recherches pour Schäntze et Schantz (dont Schäntze pourrait être le pluriel) n’ayant pas donné de résultats en termes de substantifs communs (bien que Schantz existe comme nom propre de famille et de localité), j’étendis la recherche au substantif qui me parut le plus proche. Si quelqu’un connaît un mot Schäntze, tel quel, soit en ancien allemand, soit dans une forme dialectale, je suis bien sûr curieux d’en connaître le sens. – Je me rends compte qu’en étendant ma recherche j’ai rencontré un terme proche du mot français chance (qui se rattache aux dés, au hasard, et qui est peut-être l’origine du mot allemand dans son sens vieilli).

†Dans le titre du livre de Nietzsche, « idoles » n’est pas une trop mauvaise traduction car le terme a un sens péjoratif, mais à vrai dire ce sens est surtout péjoratif du point de vue de la prêtraille critiquée par Nietzsche et de ses troupeaux. C’est pourquoi je suggérerais volontiers Le crépuscule des fétiches. Mais la proposition « faux dieu » (de Charles Andler) est exécrable car elle laisserait entendre qu’il pourrait y avoir aux yeux de Nietzsche de vrais dieux (alors que, même s’il a usé de la métaphore de Dionysos, Nietzsche louait les Grecs antiques de ne pas prendre leur religion au sérieux).

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Dans un pays d’Asie du Sud-Est, un groupe d’amis (du type asiatique foncé) décident de passer une journée de canotage sur un immense lac de leur région où se trouvent plusieurs îles. Il s’agit de tout jeunes adolescents, voire d’enfants, sauf deux d’entre eux, un peu plus âgés, un garçon et une fille, le premier cherchant à faire entrer la seconde dans une relation sentimentale avec lui.

Quand leur barque passe près d’une île, ils décident de s’y arrêter. Le plus grand s’éloigne avec la fille le long de la plage, mais celle-ci ne souhaite pas s’engager sentimentalement. Pendant ce temps, les autres, qui devaient traîner la barque sur la plage, par leur maladresse la laissent repartir à vide sur les ondes. Seul le grand aurait pu la récupérer avant qu’il soit trop tard, mais il est loin, et le groupe vient donc de perdre son seul moyen de quitter l’île, ce dont les amis ne s’inquiètent cependant guère, pensant que le grand trouvera forcément une solution une fois mis au courant.

Ils rejoignent les deux autres, sans leur dire que la barque vient de se perdre au large, et tous ensemble décident d’explorer le centre de l’île. Ils passent donc la ceinture de palmiers délimitant la plage et ont peu après la surprise de découvrir des ruines monumentales, d’ailleurs en excellent état, dont ils n’avaient jamais entendu parler. Ils passent d’abord sous des arches, avant de tomber sur un magnifique palais en pierre blanc crème, voire jaune clair, à l’entrée duquel conduisent des escaliers du même matériau, palais donnant sur une place royale entourée d’autres édifices de moindre importance.

Les arches étaient ornées de statues de Garudas hermaphrodites, des statues qui répondraient cependant davantage à la description de harpies grecques, avec des ailes et une poitrine de femme, et elles sont en outre hermaphrodites car l’artiste les a pourvues d’un pénis stylisé en forme de cône à la pointe saillante. La place elle-même comporte de nombreuses statues d’animaux mythologiques sur ses façades, et bien que d’un art éprouvé toutes ces statues ont un air de malignité que je trouve inquiétant, même s’il n’émeut nullement les amis, qui sont au contraire tout excités par leur découverte. Un peu familier avec l’art ancien d’Asie du Sud-Est, je vois dans ces statues une déviation délibérée des modèles dans le sens d’une représentation de la férocité, de la cruauté dans l’aspect des animaux mythologiques, ce qui me fait penser que ces ruines sont celles d’une civilisation du mal.

Les amis entrent dans le palais désert. L’intérieur, d’un luxe immodéré, est, tout comme l’apparence extérieure des ruines, excellemment préservé. Comment est-ce possible ? L’un des amis fait de grands efforts pour déplacer une table et y parvient. Les autres lui demandent ce qu’il fait ; il répond qu’il cherchait un escalier souterrain sous cette table au grand pied rectangulaire, mais son attente est trompée : sous le pied de la table se trouve le même sol aux motifs géométriques que dans le reste de la salle.

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Tout juste arrivé à Mexico D.F., capitale du Mexique, je me retrouve devant le palais présidentiel de Chapultepec, sur une place monumentale. De part et d’autre de l’enceinte du palais s’étendent sous une arcade des stands de vendeurs de tableaux, et l’enceinte ne borde pas un jardin mais une plage à laquelle on peut accéder par l’entrée qui conduit au palais. En me retournant, je vois que la place monumentale est également bordée de l’autre côté par une vaste étendue d’eau – peut-être un bras de mer – au-delà de laquelle se dressent des gratte-ciels.

Le palais présidentiel est une attraction touristique car il s’y trouve entre autres des musées, mais je ne voudrais pas commencer ma visite sans d’abord manger. C’est alors que je vois un panneau indiquant que des restaurants de toutes sortes se trouvent à l’intérieur du palais, ce qui me convainc d’acheter un billet sans tarder. Devant le guichet, un jeune homme me tend un long carton presque aussi grand que lui portant mention en plusieurs langues des tarifs des billets d’entrée correspondant à différents choix de visite, carton que je trouve difficile à manier, en raison de ses dimensions, et à déchiffrer.

Pendant que je cherche les tarifs, un spectacle se joue du côté des douches destinées aux baigneurs (l’accès à la plage est compris dans certains tickets, mais je ne souhaite pas acheter un tel ticket). Ce spectacle s’appelle « Les États-Unis en Irak ». Une actrice nue, mais dont on ne voit que la tête et les épaules, le reste étant caché par le mur bas derrière lequel elle se trouve, ne parvient pas à faire marcher la douche : tel est le spectacle.

Ayant acheté un ticket, je cherche à me rendre dans le secteur des restaurants du palais, mais il semble que, pour atteindre n’importe quelle partie du palais, il faille nécessairement passer par les douches destinées aux baigneurs de la plage. Au moment où je m’y engage, toutes les douches s’ouvrent en même temps et je suis trempé de la tête aux pieds. Je crains de m’être égaré, cherche du regard si d’autres touristes non baigneurs se trouvent dans la même situation embarrassante, n’en vois pas. Continuant d’être aspergé d’eau, je veux sortir des douches au plus vite mais me rends compte alors que ces douches sont un véritable labyrinthe dans lequel il me semble m’enfoncer toujours plus profondément au lieu d’approcher de la moindre sortie.

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Alors que la nuit tombe, nous descendons par un chemin en bordure de la ville un flanc de colline dans laquelle sont creusés des trous : dans ces terriers à peine consolidés par quelques planches viennent la nuit dormir des SDF de la ville, mais les places sont chères, me dit l’homme que j’accompagne, et bien souvent ceux qui dorment là laissent tout ce qu’ils ont mendié au marchand de sommeil propriétaire de ces trous.

Parvenus au pied de la colline, nous nous asseyons sur un banc car je dois avoir une discussion avec mon compagnon. Les gens pour le compte de qui j’agis sont inquiets à son sujet, ils craignent qu’il devienne SDF et m’ont chargé de le convaincre de prendre un métier stable, un métier de bureau, car il vit actuellement de petits boulots occasionnels. Sa réponse est qu’il y perdrait beaucoup ; dans sa présente situation, m’explique-t-il, quand par exemple on lui demande de venir poncer le mur d’une maison, bien souvent la femme s’y trouve, qui plus est seule, et que cela ne se trouve pas dans un bureau.

Après un moment de réflexion, je lui dis que, si la femme de la maison ne cherche pas à le revoir, cela lui donne une idée de sa performance, et que pour être content de sa situation, après avoir été appelé pour poncer un mur, il faudrait qu’il soit invité un autre jour à venir prendre le café. J’insinue, au fond, qu’il me raconte des histoires, d’après le principe qu’une femme qui trouve une aventure cherche une relation (dans le rêve le principe me paraissait convaincant). Mais comme je vois son visage se déformer, son regard devenir haineux, je n’en dis pas plus.

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Selon une nouvelle religion qui vient de naître, et dont un Occidental est le prophète, l’existence du Bouddha était une paréidolie, c’est-à-dire que les gens ont cru qu’une personne existait, là où n’était que le pur indéterminé. En conséquence de quoi, les statues et les images du Bouddha sont elles-mêmes des paréidolies. Dans son livre, le prophète montre deux photos de montagnes ou de falaises rocheuses naturelles qui sont des paréidolies, l’une du Bouddha rieur (Budaï) et l’autre du Bouddha debout.

Cette nouvelle religion vise fondamentalement à surmonter l’Unsichlosigkeit, un terme qui, à l’attention des non-germanistes, appelle une explication. Sich est le soi, sichlos veut dire « sans soi », que l’on traduira par le sans-moi, unsichlos c’est être dépourvu de sans-moi, et Unsichlosigkeit est ainsi le caractère d’être dépourvu de sans-moi.

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Au mariage d’une amie ou d’un ami commun, alors que les invités bavardent devant la mairie, une voiture de sport se gare dans la rue et le beau L. en sort, plus beau que jamais, en polo et pantalon blancs, bronzé, musclé, blond, et tenant un fusil à canon scié à la main, ce qui le rend plus impressionnant encore. Je suis un peu déçu quand j’apprends que ce fusil est en fait un appareil photo et un caméscope. Mais ma déception est fugace car c’est aussi un véritable fusil, et pour nous faire admirer ses talents de tireur L. tend le bras vers le ciel bleu turquoise et tire trois coups de feu. Après quelques instants, nous voyons tomber du ciel une mouette morte, puis deux, puis trois, qui planaient dans le plus haut éther, invisibles pour tous sauf pour l’œil perçant de L., et juste quand nous allions nous écrier devant un tel prodige (bien que, pour ma part, avec un léger pincement de cœur devant cette inutile tuerie d’animaux), tombent deux autres mouettes : il en a tiré cinq avec trois balles !

C’est alors que l’habituellement jovial et insignifiant G. lui reproche ouvertement ce massacre, et L. se sent obligé de se justifier, sur un ton assez piteux montrant qu’il n’est pas entièrement dupe de ses propres arguments, et qui le rend plus adorable encore, car plus humain.

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Dans le futur, l’abus des organismes génétiquement modifiés a complètement détruit la biodiversité. Hors des villes, le paysage est à présent partout le même : ce ne sont que canaux boueux entre d’épaisses forêts de bambous serrés les uns contre les autres et de même taille. Évoluant en barque dans l’un de ces labyrinthes après avoir fui la ville, nous apprenons l’existence d’individus possédant encore des jardins, avec des espèces de plantes partout ailleurs disparues. Ces gens vivent en dehors de la civilisation, dans le plus grand isolement.

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Si, dans un baiser, l’un apporte la civilisation, qu’apporte l’autre ?

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Je découvre un peintre réaliste espagnol qui travailla beaucoup aux États-Unis, recevant dans ce pays de nombreuses commissions publiques pour orner de fresques intérieures assemblées, mairies, bibliothèques… Il a notamment peint des fresques pour le Capitole de la ville de Boston, dans le Massachusetts. L’une de ces fresques est une allégorie de la politique d’électrification de la ville par un monopole. Les Bostoniens sont particulièrement fiers de leur politique d’électrification, et, alors que je fais remarquer que cette politique, le monopole, est une exception aux États-Unis, on me répond qu’au contraire elle a inspiré la politique de toutes les autres municipalités du pays, même si c’est un fait peu connu.

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Des policiers en uniforme, hommes et femmes, jouent au football dans la rue. Quand le ballon vient vers moi, au lieu de le leur renvoyer, je le dégage d’un coup de pied le plus loin possible des joueurs.

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Lors d’une interview, le père du président Trump a prononcé une phrase qui pourrait avoir un double sens. Dans son sens le plus manifeste, cette phrase est : « Nous allons trouver une solution pour X » (X, le nom d’un jeune homme ayant subi de la part des autorités du pays une violation flagrante et grave de ses droits, ce qui a fait éclater des émeutes). Mais elle peut aussi vouloir dire : « Nous allons lui régler son compte. » Or le New York Times publie un article dont le titre est cette seule citation hors de tout contexte, si bien que le public pourrait lui donner le second sens, et le contenu de l’article lui-même laisse entendre que c’est bien ce qu’a voulu dire le père du président Trump. – Dans le rêve, je cherche à dénoncer cette fourbe médiatique, mais à mon réveil je me demande si, venant du pouvoir quel qu’il soit, il ne faudrait pas toujours l’entendre de la seconde manière.

Journal onirique 5

Période : février 2020 (sauf pour le premier rêve, qui remonte à octobre 2019).

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Une visite de mon appartement par des acheteurs potentiels a lieu. Le groupe de visiteurs se trouve dans ma chambre alors que je suis encore au lit. J’en éprouve de l’embarras, sors du lit et, tout en emportant des vêtements pour m’habiller dans une autre pièce, j’adresse des excuses en anglais au groupe de visiteurs, en leur donnant l’assurance que la « visit manager » va s’occuper de leur visite au mieux. Je suis assez fier de ma trouvaille de « visit manager » et considère en mon for intérieur que cette formule est à elle seule de nature à corriger chez les acheteurs potentiels la mauvaise impression produite par le fait d’avoir trouvé l’occupant des lieux dans son lit.

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Au cirque, avec d’autres personnes disséminées dans les gradins, je suis censé faire la « claque » du directeur du cirque au moment où les artistes sont présentés au public avant le spectacle. Le directeur, qui a lui-même un numéro dans son spectacle, a choisi cette méthode pour attirer l’attention du public sur son numéro en particulier, le clou du spectacle selon lui.

Les présentations commencent : les artistes sont réunis en demi-cercle sur la piste et chacun s’avance et fait une révérence ou une autre forme de salutation quand son nom est appelé. J’attends donc, vigilant, que l’on appelle le nom de scène du directeur. Pendant ce temps, le public applaudit poliment les artistes, comme il se doit et sans plus. Puis, à la surprise de la claque « officielle », un certain artiste avant le nôtre reçoit un tonnerre d’applaudissements. Les organisateurs de cette claque étant assis à côté de moi, je les écoute parler : ils ont organisé cette claque de leur côté, d’eux-mêmes et en tant qu’association gay, pour rendre hommage à la beauté de cet artiste, physiquement leur préféré. Je me dis que notre claque à nous, après cela, n’aura pas autant d’effet que prévu. C’est ce qui s’appelle se faire doubler sur la claque.

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Dans un pays du tiers monde, P. et moi devons passer devant l’administration militaire pour des formalités relatives aux civils étrangers. Les militaires en charge de ces formalités sont les « lionceaux du Bengale », un corps de novices, et ils ont en effet la physionomie non pas léonine mais indienne de leur nom. Le premier des deux à passer, j’obtiens mon document sans difficulté. Pendant que c’est le tour de P. et que j’attends dans une pièce à côté, j’entends le ton monter entre lui et le militaire préposé au traitement de l’acte (le même militaire que pour moi). On lui demande de rédiger et signer une déclaration sur des faits survenus à son arrivée dans le pays, des faits où il est question d’un paon qui crie. P. refuse d’écrire que le paon a « crié » car le cri du paon a un nom spécial, comme les autres cris d’animaux, et il souhaite écrire ce mot-là mais ne l’a pas en tête, ni le militaire, et on ne le laisse pas consulter son smartphone. [N.B. Selon Google, le paon braille, criaille ou paone.] C’est pourquoi le ton monte. Au bout de quelques instants, le préposé militaire revient me voir pour m’annoncer qu’ils ne peuvent laisser P. quitter les lieux en raison d’anomalies dans son dossier. Il me fait signe de le suivre et nous passons dans la partie des locaux affectée aux détentions. Je suppose que P. a demandé à ce qu’on me laisse le voir dans sa cellule pour échanger quelques mots avant que je reparte, mais quand le militaire ouvre la porte d’une cellule, celle-ci, en plus d’être pestilentielle, est vide : c’est moi qui dois l’occuper.

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J’emménage dans un appartement présentant cette particularité que l’une des pièces est commune avec l’appartement voisin. Cette pièce, un salon, n’est séparée de l’autre appartement que par un canapé, ou plutôt une double rangée de canapés adossés l’un à l’autre et qui empêchent de traverser la pièce (c’est-à-dire qu’ils occupent toute la longueur de ce qui aurait autrement été le mur de séparation) mais n’empêchent pas de se voir ni de se parler. Ainsi, les voisins qui craignent l’isolement ou la solitude, ou de rester enfermés dans leur petit cercle familial, peuvent converser dans cette pièce de part et d’autre de la délimitation. Et quand ils ne le souhaitent pas, ils font comme s’ils étaient entièrement chez eux plutôt que dans une salle commune, ou bien, s’ils ne parviennent pas au degré d’abstraction suffisant, ils évitent cette pièce, ce qui se trouve être mon choix car cet aménagement me semble plus gênant qu’autre chose.

Avec quelques amis, je sors en ville, où se déroule une fête locale. Il s’agit d’une espèce de compétition sportive ou folklorique. Chaque fois qu’une équipe remporte une manche ou une partie, des gens grimpent sur une sorte de tour en pierre de quelques mètres de hauteur pour y laisser un drapeau aux couleurs de l’équipe victorieuse. Les rues sont noires de monde, et la tour aux drapeaux fourmille elle aussi de gens qui se sont hissés sur elle et y restent (sur plusieurs degrés car c’est une tour à degrés).

Ce qui devait arriver arriva : deux personnes – deux jeunes filles – tombent de leur perchoir sur la tour, ce qui provoque un grand cri de la foule. Au bout de quelques instants de tumulte, on demande à la foule de s’éloigner du lieu des festivités et de la tour, car elle est trop compacte pour permettre aux deux jeunes filles, qui se trouvent apparemment entre la vie et la mort, d’être conduites à l’hôpital. Je suis donc le mouvement, au milieu de cette foule compacte. Le flux s’éclaircit peu à peu, les gens sur les bords de la foule trouvant d’autres voies et délestant le corps central. Au bout d’un moment, nous avançons au milieu d’une densité de personnes tout à fait normale en ville. À côté de moi marche une adolescente d’une quinzaine d’années ; c’est l’une des deux filles tombées, et elle a tout l’air de s’être bien remise de sa chute. Alors que nous sommes engagés dans un tunnel, elle me parle de ce qu’elle vient de vivre, me dit que c’est une impression étrange que de se retrouver parmi les gens comme à l’accoutumée alors qu’il y a quelques instants encore « elle était morte ».

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Organisateur d’une manifestation, je marche à l’avant du cortège avec les autres organisateurs tout en discutant avec eux. Le parcours implique de traverser à la nage le fleuve qui coupe la ville en deux, ce que nous faisons sans barguigner, tout en poursuivant notre discussion. Puis, alors que le cortège se repose sur les marches d’un monument colossal de l’autre côté du fleuve, un policier en civil chargé de contrôler la manifestation nous harangue. Il nous dit que nous sommes des bourgeois du 7e arrondissement qui ne cherchons qu’à humilier le peuple du 5e arrondissement, car cette manifestation comme les autres se passent dans ce dernier arrondissement. Sa harangue suscite une franche hilarité parmi les manifestants, qui rient et applaudissent.

Peut-être inspiré par la forte pensée de cet agent, je vais passer un entretien pour entrer dans la police. L’officier qui m’interroge (non comme un suspect mais comme un candidat à l’embauche) est d’une élégance à laquelle je ne me serais pas attendu, frisant le dandysme, notamment par ses chaussettes colorées. Il arbore celles-ci l’air de rien en croisant haut les jambes ou en posant une jambe sur le genou de l’autre, cette gestuelle me permettant de bien voir ses chaussettes dans la mesure où l’entretien se tient assis face à face et sans bureau entre nous deux.

Une question m’embarrasse : il veut savoir si je suis pieux. J’ai compris qu’il voulait détecter des signes de radicalisation fondamentaliste, présente ou future. Hésitant, je commence à répondre que les cours de philosophie que j’ai suivis au lycée m’ont mis en présence des preuves de l’existence de Dieu selon les philosophes, et que ces preuves viennent naturellement à l’esprit de ceux qui, au cours de leur maturation intellectuelle, se posent des questions métaphysiques. Puis je pense me tirer d’embarras en expliquant qu’une personne pieuse est forcément quelqu’un qui pratique une religion, une personne pratiquante, et que je ne suis donc pas pieux.

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En Suède, je sors de mon appartement dans le but de prendre un train de banlieue, passer quelques stations, descendre et reprendre un train en sens contraire pour revenir chez moi. C’est le seul objet de ma sortie et je suis d’ailleurs en pyjama et robe de chambre pour bien montrer que je ne fais que prendre l’air et me dégourdir les jambes. De surcroît, je suis de cette façon plus élégant que la plupart des gens, ce qui n’a rien à voir avec les Suédois mais plutôt avec l’habillement moderne.

Dans un couloir du train, en voyant deux jeunes femmes devant moi, au bout du couloir, je me redresse pour apparaître dans ma plus belle prestance et, ce faisant, me retrouve bloqué entre les cloisons ; c’est comme si je m’étais dilaté en même temps que redressé, à la manière d’un pigeon qui se rengorge. Je parviens à continuer d’avancer, mais difficilement, tant le passage m’est devenu étroit. Sur un des murs, je lis des instructions de la compagnie ferroviaire invitant à « contourner » les autres passagers pour passer son chemin dans un couloir de train, avec un indescriptible schéma fléché censé pourtant expliciter le texte. Je lis cette instruction, par ailleurs écrite en anglais, à voix haute et ajoute à l’attention des deux jeunes personnes immobiles à l’entrée du couloir : « C’est facile à dire ! » Car ma situation montre bien qu’il serait particulièrement difficile de contourner quelqu’un dans un couloir déjà trop étroit pour une seule personne (sachant, qui plus est, que les hommes suédois sont assez souvent plus grands et plus larges que moi).

L’une des jeunes femmes me répond : « Et puis les gens ne connaissent pas forcément l’anglais », car les instructions sont, comme je l’ai fait remarquer, en anglais. Alors, moi : « Je croyais pourtant que la grande majorité des Suédois connaissaient l’anglais grâce à leur système d’éducation particulièrement performant. » La jeune femme l’admet, tout en justifiant ses paroles par une distinction nécessaire entre les capacités écrites et orales.

Je descends du train avec d’autres passagers. Dehors, il n’y a pas de quai et les passagers traversent carrément les voies. Après avoir vu qu’il n’y avait que de la forêt du côté opposé, je les suis. J’ai à peine traversé une voie qu’un train y passe à toute allure ; j’ai donc manqué de peu de me faire écraser. Le train était sans chauffeur et présentait un aspect de monstre mécanique. Nous sommes dans un district d’exploitation forestière où ne descendent pas en principe de passagers, à part les ouvriers des exploitations ; c’est pourquoi les trains passent à toute allure sans s’annoncer. Il m’arrive la même aventure en franchissant une deuxième voie : un train la traverse à toute vitesse juste après mon passage, me frôlant, alors que je n’avais rien vu ni entendu venir. Et, comme le précédent, le train, sans chauffeur, avait l’air d’une créature monstrueuse et vivante, bien que mécanique, plus que d’une simple machine. Je n’ose plus bouger, craignant, dans l’entrelacs de voies ferrées qui m’entoure, de me faire écraser au moindre mouvement.

Un groupe d’ouvriers travaille sur un chantier juste à côté ; l’un d’eux me tend la main pour me faire franchir une voie et je me retrouve au milieu d’eux. Ils travaillent à la construction d’une nouvelle voie, là encore avec une machine-monstre. Les ouvriers posent une certaine quantité de matériaux au sol puis la machine passe dessus, et derrière elle la voie ferrée est en place sur quelque distance. Pour me libérer de ce labyrinthe, je n’ai plus qu’à traverser la zone où doit passer la machine-monstre, en évitant qu’elle y passe au même moment, sous peine de servir moi-même de matériau de construction.

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Une petite fille japonaise nous raconte une histoire dans laquelle un homme mauvais provoque la ruine d’un homme intègre en lui mentant sur l’état réel du fonds de commerce qu’il lui cède. Je demande à la petite fille quelle est, selon elle, la morale de cette histoire. Elle répond qu’il faut être sur ses gardes mais je lui dis que la morale de l’histoire est qu’il est faut être bon. Au moment où je dis cela, un homme japonais apparaît près de la fille, visible d’elle et de moi, et me sourit d’un sourire exprimant contentement et gratitude. C’est l’esprit du grand-père défunt de la petite fille, qui fut victime de l’histoire qu’elle vient de nous raconter et dont sa famille a souffert avec lui.

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Je suis sur un échafaudage en plastique à plusieurs niveaux, dont seul le niveau inférieur permet d’espérer une chute non mortelle. L’épreuve consiste, en commençant par le niveau le plus élevé, à courir sur l’échafaudage sans tomber, selon un parcours menant de niveau en niveau jusqu’à terre. À la fin de chaque niveau, il faut sauter dans le vide sur l’échafaudage immédiatement en-dessous pour commencer le parcours inférieur.

Je saute avec succès sur le parcours du dernier niveau. Alors que j’approche de la fin de l’épreuve, l’échafaudage commence à se démanteler, à perdre des éléments, mais je parviens tout de même au bout du parcours, où je m’assois pour me laisser tomber, après un bref repos, sur le sable blanc d’une plage avec au loin une skyline de gratte-ciels. La fin de l’épreuve symbolise l’année 1776, date de l’indépendance des colonies américaines, et l’échafaudage représente les temps de l’histoire humaine antérieurs à cette date.

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Avec J. et P. nous avons bouclé nos bagages, car les vacances sont terminées et nous repartons demain, et nous nous couchons, P. et moi au deuxième étage, J. à l’étage en-dessous. Le lendemain matin, à notre réveil, nous découvrons par les fenêtres, avec P., qu’une inondation monstre a noyé toute la région aux alentours sous les eaux, jusqu’au deuxième étage de la maison que nous occupons. Nous n’avons aucun moyen de savoir ce qu’il est advenu de J., et quand passe sous nos fenêtres une péniche qui faisait croisière sur les cours d’eau de la région et se trouve à présent perdue dans les immensités aquatiques provoquées par l’inondation, nous sautons à son bord, au milieu de quelques touristes désemparés. Il n’y a plus de vivres à bord. Nous parvenons à une ville, dont la périphérie, elle-même inondée, est annoncée par de vastes réseaux de ponts métalliques, à l’ombre desquels passe la péniche. Des gens sautent des ponts pour nous rejoindre. Pour éviter d’en prendre un sur la tête, P. et moi plongeons dans l’eau et suivons la péniche à la nage, à une certaine distance car la plupart de ceux qui sautent des ponts tombent dans l’eau.

Nous rejoignons la terre ferme, une partie seulement de la ville étant sous les eaux, et nous rendons à la gare. Là, nous montons dans un train à destination du Malawi voisin car je dis à P. qu’il faut faut passer la frontière afin de fuir le chaos indescriptible engendré par les inondations dans le pays. P. est sceptique, il pense que nous serons refoulés à la frontière du Malawi. À voir les foules hagardes un peu partout, je me doute à mon tour que le nombre de réfugiés doit être trop important et que le Malawi va fermer ses frontières, s’il ne l’a pas déjà fait.

Nous sortons du train et errons dans les rues épargnées par l’inondation, réfléchissant à une solution. Alors que nous passons près d’un groupe de jeunes assis sur les marches d’un porche, j’entends l’un d’eux dire aux filles du groupe : « Je vous dis que c’est la bonne solution. » Je me jette alors sur lui, menaçant de le tuer s’il ne me révèle pas immédiatement sa solution, pour que nous en profitions nous aussi. Or il cherchait seulement à vendre de la cocaïne – une échappatoire misérable. Nous repartons, accompagnés à présent par plusieurs jeunes du groupe.

Ensemble nous finissons par quitter la ville dans un autocar avec d’autres personnes, mais, dans cet arrangement, nous sommes plus ou moins otages des gens peu fréquentables, punks paramilitaires, qui contrôlent le bus, conduit par l’un d’eux, et se conduisent en maîtres à bord. Parmi les autres otages, et nos alliés, un vieux chauffeur routier malmené par la vie et un comparse à lui, qui souffre de lombalgies sévères. Un soir, alors que le chauffeur routier et moi sommes descendus de l’autocar et que celui-ci fait une manœuvre, le conducteur perd le contrôle du véhicule, qui verse et fait même un tonneau. Accourant pour porter assistance aux passagers, nous découvrons que les membres de la bande qui « tenait » le bus sont tous hors d’état de poursuivre le périple, tandis que les autres vont bien. Nous repartons, le chauffeur routier au volant et moi à ses côtés. Tout le monde est si content d’être débarrassé des autres. L’une des filles s’est mise en maillot de bain, aux couleurs des États-Unis, et me sourit dans le rétroviseur. Par ailleurs, le comparse du chauffeur nous annonce qu’il n’a plus mal au dos, résultat inespéré des secousses de l’accident. Nous rions.

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La nuit, sur les bords de Seine parisiens, un homme, en tendant les bras vers le fleuve, produit des feux d’artifice. J’ignore si c’est parce qu’il jette ainsi des poignées d’une poudre d’artificier spéciale qui agit au contact de l’air. Je m’approche du parapet pour mieux profiter du spectacle mais suis aussitôt pris de vertige.

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Pour acheter un billet de train, le guichet se trouve dans une galerie commerciale. Quand je suis au guichet, je fais un rêve éveillé dans mon rêve endormi : la guichetière est chez moi, dans ma chambre, et je passe commande du billet depuis mon lit. C’est comme se faire livrer un repas à domicile, sauf que c’est un agent de la SNCF qui vient chez vous pour que vous réserviez votre billet sans avoir à vous déplacer (ni allumer votre ordinateur). Je lui dis que je veux un aller-retour dont le départ est le 31. Puis je regarde le calendrier sur mon iPhone pour déterminer la date de retour, sachant que je veux rester quinze jours. Je détermine de cette manière que mon retour sera le 5. La commande est passée et je me réalise aussitôt que je vais devoir l’annuler car je suis loin de mon compte de quinze jours avec des billets le 31 et le 5. Mais entre-temps je trouve que la guichetière, assise au bord de mon lit avec sa tablette numérique, est désirable, et elle me fait depuis le début des minauderies. Seulement, quand je pose la main sur son épaule pour lui dire qu’elle est très gentille, elle se fige aussitôt et je fais alors un signe de croix en présentant mes plus plates excuses, pour éviter un procès.

Le rêve éveillé prend fin et je me retrouve de nouveau dans la galerie commerciale. Je distingue dans la foule une mère et sa fille. Leur âge apparent indique assez que la mère était adolescente quand elle est tombée enceinte. Les deux marchent main dans la main. La fillette ne cesse de répéter : « C’est riquiqui, c’est riquiqui, c’est riquiqui… », comme un perroquet qui aurait entendu ces mots quelque part et les répéterait sans les comprendre. Alors qu’elles viennent de s’engager sur un escalier mécanique pour monter à l’étage supérieur, la mère demande à la fillette d’arrêter, sans colère et d’ailleurs plutôt amusée. La fillette continue de plus belle, et je les perds de vue. On ne peut que conjecturer le contexte dans lequel ces mots ont été prononcés à l’origine.

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Zombé Montos. (En me réveillant, c’est tout ce qui me reste du rêve. L’expression m’évoque alors, outre la physionomie lusophone de ces mots, dont je ne tire rien, par homéophonie un titre Zombie Mondo, qui serait un film mondo sur les zombies. Le genre cinématographique appelé « mondo », d’après le film italien Mondo cane (1962), est un genre documentaire porté sur le sensationnel, souvent cru, voire violent. Un mondo sur les zombies serait par définition un documentaire où les zombies seraient donc une réalité.)

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L’Univers a besoin d’un briquet : une nouvelle théorie montre qu’il a fallu un briquet pour allumer le Big Bang.

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Je loue une chambre dans la spacieuse maison de M. et Mme X, qui ont également un autre locataire. M. X décide d’accueillir en outre une certaine personnalité louche des Balkans, qui lui loue une chambre en journée de temps à autre pour y passer quelques heures avec sa maîtresse. Cela se passe en général quand l’autre locataire et moi ne sommes pas là. Or, un jour, j’aperçois tout de même ces étrangers : l’amant et sa maîtresse sont tous les deux obèses, on dirait d’ailleurs plus sa sœur que sa maîtresse. Ils sont accompagnés par deux gardes du corps, lesquels ont l’habitude d’attendre dans le jardin. J’en parle à M. X, qui m’explique la situation et qui, même si je suppose qu’il est généreusement rémunéré pour le service rendu, se fait un sang d’encre à cause de ces « locataires ». Un soir où M. et Mme X nous ont invités à dîner, l’autre locataire sans histoire et moi, le mafieux des Balkans s’attarde avec sa maîtresse et ses gardes du corps. Nous sommes ennuyés car nous n’osons pas regagner nos chambres de peur d’un incident. Une autre fois, le mafieux réprimande M. X au sujet de l’entretien du jardin, pour y avoir trouvé un étron en sortant prendre l’air avec sa maîtresse, alors que c’est un de ses gardes du corps qui avait chié dans le jardin en l’attendant.

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Un spécialiste discute mon hypothèse « Un philosophe au nom de cimetière : Kierkegaard » (kierkegaard = churchyard = cimetière). [Cette « hypothèse » est en fait une simple remarque, que j’ai griffonnée parmi d’autres notes manuscrites.] Il conteste le sens que je donne à « gaard » ; selon lui, il s’agit d’un très ancien mot scandinave qui désignait à l’origine, sous une forme un peu différente, une chaise ou un banc, puis aurait évolué, à la fois dans sa graphie et sa sémantique, pour désigner, à une époque moins lointaine, une conversation, une discussion, parce que les gens bavardaient assis sur des chaises ou des bancs. Puis le mot aurait disparu de la langue danoise où il subsistait avec ce dernier sens, sauf dans quelques noms propres comme celui de Søren Kierkegaard. Ce nom, conclut-il, a le sens en réalité de conversation d’église. Je fais remarquer que cela décrit assez bien la philosophie même de Kierkegaard.

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J’ai rendez-vous à l’Université de N. avec un vieil ami perdu de vue depuis le temps de nos études. Croyant me rappeler de la disposition des lieux, j’entre par une porte secondaire et me retrouve dans des locaux incroyablement vétustes et délabrés, en même temps que mal éclairés. Les étudiants, les professeurs que je croise ont l’air aussi misérable que le reste, c’est très frappant et vaguement inquiétant. Ils sont silencieux et rasent les murs, et je suspecte qu’ils me regardent, avec mon manteau (alors même qu’il a quinze ans d’âge), comme quelqu’un n’ayant rien à faire là. Ne trouvant pas mon chemin et n’imaginant même pas le demander à l’une de ces créatures, je décide de ressortir et de rentrer chez moi.

Aux abords de la gare qui dessert l’université, je croise par hasard N., un autre vieil ami du temps de nos études et perdu de vue depuis lors. Nous nous saluons chaudement, puis je lui raconte ce qui vient de m’arriver. Il m’explique que je suis entré par l’arrière de l’université, dans le département des langues slaves, où les étudiants comme les professeurs sont tous étrangers, c’est-à-dire originaires des pays slaves. Il me raconte ensuite qu’il est actuellement professeur d’économie à N. Je l’en félicite et lui demande des éclaircissements sur la « théorie de Duclos ». Au sujet de Duclos, je commence par préciser qu’il s’agit de l’ancien secrétaire général du Parti communiste français, mais il me corrige, et je me reprends en même temps : c’est le nom d’une économiste française homonyme. Selon N., la théorie dite des stratagèmes de Duclos est un mélange de théorie des jeux et de théorie de la lutte des classes qui montre qu’une classe doit toujours finir par assassiner l’autre.

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Je me rends à une exposition d’art contemporain avec A. et un autre garçon qui ne la quitte pas d’une semelle et représente donc un rival gênant. Dans la première salle, des photographies sont exposées sur de grands écrans verticaux, et le public peut y ajouter des effets temporaires telles que des fractales de Mandelbrot et autres surfaces tachistes de synthèse à l’aide d’une borne tactile dans un coin de la salle. C’est ce que nous explique le guide du musée en nous faisant une démonstration. Cette installation me paraissant de peu d’intérêt, je décide de ne pas attendre la fin des explications et poursuis la visite de l’exposition seul, au risque de laisser le champ libre à l’autre garçon avec A.

Dans la salle suivante, il n’y a que trois casiers, que le visiteur peut ouvrir. Le premier contient quelques lettres sous enveloppe, le deuxième des fils qui pendouillent, le troisième quelque chose de plus insignifiant encore. C’est visiblement une salle qui requiert de longues explications du guide, mais je décide de ne pas attendre.

Dans la salle d’après, les œuvres exposées sont à base de recyclage de matériel informatique. Je remarque en particulier une figurine d’homoncule sous perfusion de câbles d’ordinateur par lesquels il est alimenté et maintenu en vie. Avant de passer à la salle suivante, je regarde en arrière dans l’enfilade des pièces pour voir si A. et l’autre ont avancé, mais je ne les vois pas.

La salle suivante est occupée par un grand bassin où l’artiste a reconstitué une contrée paradisiaque au bord de l’eau, avec des acteurs, hommes et femmes, nus. Les hommes sont assis sur la plage, les femmes s’ébattent dans l’eau si bien que leur nudité, à elles, n’est pas apparente. Il faut longer le bassin pour parvenir à la salle suivante. Je me rends compte alors que la paroi du bassin est en vitre transparente, de sorte que l’on peut regarder par là ce qui se passe sous l’eau. Mon imagination en est titillée : la nudité des actrices de l’installation doit être visible par la paroi du bassin. Après m’être approché de l’endroit où elles s’ébattent, qui se trouve d’ailleurs sur le chemin de la salle suivante, je regarde par la paroi transparente. Les actrices jouent en réalité des sirènes et, comme elles ont des queues de sirène, on ne voit pas leur nudité.

Dans la salle suivante, l’artiste a imité des travaux de fouille archéologique. Comme dans les musées d’histoire naturelle où l’on trouve exposés des squelettes et des fossiles d’animaux antédiluviens tels qu’ils sont apparus aux archéologues dans le sol, affleurant à la surface dégagée, ici le visiteur peut voir le squelette des jambes d’un archéologue géant, portant encore, délavé par le temps, son short kaki.

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Forêt des contes, par Cécile Cayla Boucharel