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Poésie d’Aiban Wagua de Guna Yala

Aiban Wagua est un poète contemporain panaméen d’ethnie kuna (guna) et de langue kuna et espagnole.

Dans mon billet Poésie emberá et kuna contemporaine du Panama (x), j’ai annoncé la publication de traductions françaises d’un choix de ses poèmes, ayant recu son accord ; ce sont les traductions ici présentes, de poèmes originaux en espagnol.

Guna Yala est le nom de la patrie kuna. Les Kunas du Panama vivent essentiellement dans la région de l’archipel de San Blas, sur la côte atlantique, un territoire disposant d’une large autonomie au sein du Panama depuis la « Révolution kuna » de 1925, dont j’ai parlé dans le billet mentionné précédemment.

Aiban Wagua a été ordonné prêtre à Rome en 1975. Cet élément biographique mais davantage encore son œuvre poétique le placent aux côtés d’Ernesto Cardenal, avec une poésie indigéniste, sociale et anti-impérialiste, qui n’épargne pas le clergé dans sa dénonciation de l’exploitation des peuples d’Amérique. – À la différence de la poésie d’Ernesto Cardenal, il s’agit d’une poésie écrite par un Indien.

Aiban Wagua a également été initié prêtre des rites kunas, au terme d’une formation de sept ans, et, ce qui n’étonnera guère compte tenu de ce qui vient d’être dit de sa poésie, est proche de la théologie de la libération (la source de ces deux points est le site web Pan-Amazon Synod Watch, un site catholique conservateur opposé à ce genre de tendances).

Aiban est né à Guna Yala et y vit depuis 1981, après des études en Colombie, au Costa Rica, en Espagne et en Italie. Selon son site web (voir ci-dessous), « le Congrès général kuna, plus haute autorité décisionnelle et administrative du peuple kuna, l’a nommé à la tête de la Commission pour la réforme du fonctionnement des relations entre l’État panaméen et Guna Yala » («El Congreso General Guna, máxima autoridad de decisión y administración del pueblo guna, le ha encomendado la Comisión de reformas de normas que rigen entre el Estado Panameño y Gunayala.»)

Sur son site, www.aibanwagua.org, peuvent être lus plusieurs de ses recueils poétiques. J’ai choisi les poèmes suivants dans son anthologie Kaaubi : Selecciόn de algunos poemas 1972-1992 (Gunayala, 1997) (Kaaubi : Choix de poèmes 1972-1992). Ce sont donc des poèmes relativement anciens, mais Aiban continue d’écrire et a publié plusieurs autres recueils entre-temps. Aiban Wagua est par ailleurs l’auteur de textes littéraires en prose, d’essais et d’œuvres pédagogiques.

Aiban Wagua
(Source : site web Poetas Siglo XXI – Antología Mundial)

*

Amérique (América), 1972

On dirait que l’Amérique
me regarde dans les yeux,
et, tombant de côté,
cherche à se mettre sur les genoux.

La mer,
l’ouvrier,
(toute la matière première),
debout,
la déchirent jusqu’aux moelles
avec un fouet de grèves, enlèvements,
coups de poing, coups d’État.

L’Amérique, sur les épaules des USA,
(noire de faim !)
– vendeuse de beignets –
saute comme un bouffon.

Mon Amérique aux yeux indiens
aux tresses blessées de fleuves
dans le matin idéal du Dieu du maïs.

L’Amérique possède une falaise d’étoiles,
collectionne des sardines,
et a des glands dans le ventre.

L’Amérique, qui ne veut plus de fard,
vend sa chevelure de pétrole
pour un quintal de paillage,
joue avec un monde de pétards,
et, chaussant les bottes du Che,
donne des coups de poing avec un bras cassé,
une averse de débâcle dans l’âme.

L’Amérique !
Angoissée et libérée,
avec son orthographe d’enfant,
morte d’espoir !

On dirait que l’Amérique
me regarde dans les yeux,
et, tombant de côté,
cherche à se mettre sur les genoux.

*

Paix pour cet enfant (Paz para este niño), 1972

Paix,
paix pour cet enfant qui me demande l’aumône en urinant
dans le grand trou saturé de lait atomique.

Pour cet enfant presque pas né, serpent
de peur, projet-avant-projet,
paravent, tarlatane.

Cette terre est absente
et prolongée de blessures tournées vers moi.
Nous mourrons ici comme des rats
en buvant le café noir du Vietnam.

Je demande la paix. La paix. Paix pour que naisse un enfant
qui puisse dire : Guerre ! Un peu de paix
pour que nous soyons moins chiens.

Je demande la paix pour cet enfant ; pour ce vieillard.
Pharisiens, imbéciles, ignorants,
lâchez cette grenade ! Je vous dénoncerai
à l’ONU ! (Sourde et décatie
comme une vieille dévote.)

Je demande la paix. Et qu’est-ce donc ? seulement
une énigme me couvrant les yeux ?

*

Quel est mon péché ? (¿Cuál es mi pecado?), 1972

L’homme est arrimé
aux yeux d’un ange blanchi,
suçant la pulpe multiple des astres,
scarabée dans la manche de Dieu.

Des milliers de chairs s’engloutissent
les unes les autres,
à cause d’un morpion emplumé,
pour une pincée de paix momifiée.

Je suis témoin d’enfants
malsains de vide ;
ils nous cassent les pieds à tous,
et nous ne nous mettons même pas en colère.

(Ils échangent des pommes de terre
pour quelques côtelettes
de vieillards rhumatisants !)

Je donne un grain de chapelet, une petite pièce,
à qui veut,
je la jette par la fenêtre
– en regardant de côté –
pour qu’elle pousse en un champ verdoyant
de dégoût et répugnance.

Je m’en lave les mains,
crache au marché,
exige un rabais pour le kilo de saucisses,
car je suis une personne importante.

Je demande à Dieu que la guerre prenne fin,
et que tous meurent.
Nous abominons jusqu’à notre sentiment
de ratatouille et de linge sale.

Je vends des jambes.
Je vends des thermomètres enfoncés
dans la douleur,
dans la dimension de ma faute,
dans le néant.

Je m’en lave les mains
et me mets à éternuer,
quel est mon péché ?
Habiter la ville
de ceux qui goûtent mourir
en se donnant des coups de coude
déguisés en nudistes.
Un navire chargé de la marchandise de Dieu
retenu dans un port inachevé.

*

De diverses polices d’assurance et livrets (Varias pólizas y cartillas), 1974

« Puisque ce n’est qu’un Indien ! »
messieurs les jurés,
une caricature d’homme,
(Un homme ? Ah ah ah ah !)
Pithecanthropus erectus :
il s’était engraissé
du lopin de terre
que nous lui avions baillé à ferme ;
l’Indien ne produit pas,
fainéant,
sorcier,
sauvage…
Nous avons nettoyé la propriété !
étendu le terrain,
brûlé la paille…
et
à présent nous pouvons vivre en paix
sans ce maudit fils de chien !

Allons !
Il y a tant de problèmes à régler :
homicides,
voleurs,
guérilleros,
enlèvements d’ambassadeurs,
tant… et
tant de projets !
Le jury ne perd pas son temps
avec si peu de chose.
La patrie appartient aux gens capables,
et capables de compter
sur diverses polices d’assurance
et livrets bancaires
et… leur bonne mine…

Et Dieu créa le matin
et celui-ci compta sept fils :
l’absence,
l’espoir…
et la toux qui dure toute la nuit.

De là,
je vois l’Indien s’approcher du marchand,
lui tendre sa gamelle en caoutchouc
pour une assiettée de soupe à la tomate.
De là,
je le suis des yeux fixement
et souffre de sa démarche d’ivrogne
qui ne sait pas si Dieu a raison
ou bien le gouverneur ou le contrebandier.

Parfois,
je m’approche de lui.
Il se tait. Il est tout le limon préhistorique ;
il exhale la douleur laissée
par la chair brûlée d’Atahualpa.

D’abord, ils l’arrachèrent à son Dieu,
ensuite à sa terre ;
aujourd’hui à son nom…
Que reste-t-il de lui ?

La Maira1 déjà décolorée
qui s’ouvre pour le blesser à mort
et la méduse qui commence à s’enrouler
autour de l’histoire : rien !
Absolument rien !

1 Maira : Il y a deux façons, selon moi, d’interpréter ici ce prénom féminin. Ou bien il s’agit de la compagne de l’Indien ou bien, le nom Maira étant apparenté à Maria, ce pourrait être une statue décolorée de la Vierge Marie ouvrant les bras (et Maira, plutôt que Maria, serait la façon rustique dont l’Indien nomme la Vierge).

*

Pour Ustupu (A Ustupu), 1976

Ici, la mer partage son jeu
et la lune la contemple
jetant des poignées de cristal
sur le squelette de Nele Kantule2.

Ici le rire a ancré
sa protestation et commence
à peigner la jeune fille après son bain.

Ici on se donne la main
et l’amour est réciproque
et le chemin serpente
sous le cocotier d’Ustupir3.

Ici, le soleil ne s’incline pas,
résistant à la nuit
dans un blanc tournoi de vérités empoignées.

Ici, on t’appellera frère,
et tu iras, les mains pleines de coquillages
et incapable de les jeter
jusqu’à ce que tu te confondes avec ces eaux.

Ici, ici, ici à Ustupu !

2 Nele Kantule : Un leader de la Révolution kuna de 1925, enterré dans l’île d’Ustupu à Guna Yala.

3 Ustupir : Une île de Guna Yala voisine d’Ustupu.

*

Cette liberté me fait mal (Me duele esa libertad), 1976

J’ai amarré ma pirogue
et je marche, cherchant un lieu
où placarder un manifeste de pauvres gens.

La terre pousse la fécule de maïs,
et cette liberté me fait mal.
La mer monte à chaque lune nouvelle,
sa plainte me scrute et me parle,
et cette liberté me fait mal.
La distance est un rosaire d’oiseaux
picorant l’infini,
et cette liberté me fait mal.
Je cherche un lieu intime avec le vent
où le pauvre commanderait
sur son champ et sa vie.

Dans chaque sanglot naît un bras meurtri,
et la balance ondoie :
et ma liberté me fait mal :
Non !
Je suis un esclave. Comprends-moi bien !
Regarde mon poignet,
mes pieds,
j’ai des chaussures, je porte une cravate,
je peux donner ses cinquante centimes
au cireur de rue, et je suis un pauvre esclave
jouant à l’homme libre.

Je suis marginalisé
quand on crache au visage de mon frère indien
en le couvrant de promesses,
sur tous les chemins d’Amérique.
Je suis déchiqueté quand on me prend ma ferme
et qu’il n’existe aucune loi pour me défendre.
Je suis sans travail comme l’Indien occidentalisé
et je lève le cruchon la peur de la matraque au ventre…
…Et je veux me sentir libre !
Libre dans l’Indien qui a cru à l’argent
et s’est réveillé
avec un maître-chanteur protégé par la loi.

Et je veux me sentir libre !
Libre dans mon cousin de Pindupu, Ikandi, Nabsadi,
la mort commençant
à lui lécher les pieds.

Et je veux me sentir libre !
Libre dans l’ouvrier et le paysan
désabusés qui attendent l’aube nouvelle.

Et je veux me sentir libre !
Libre avec la patrie. Libre
de mouiller ma pirogue dans la Zone du Canal
et de marcher nu-pieds.
Semer le cacao près de mon drapeau
et crier que cette patrie est mienne.

*

Frère indien (Hermano indio), 1976

Le touriste arrive, frère indien.
Il vient désarmé,
en short et chemisette,
l’appareil-photo en bandoulière.

Le touriste arrive, frère indien.
Rien !
Il ne se passera rien !
Nous aurons de l’argent et une petite copine waga4,
et nous donnerons la main
au chimpanzé,
à la mouche africaine,
au jaguar,
et au moucheron.

Le touriste achètera des cacahuètes,
des bananes,
de la viande de cheval pour l’ocelot
et le jaguar,
et à nous il jettera ses centimes,
voudra qu’on les attrape en l’air
ou au fond de la mer,
attrape la cacahuète,
attrape la petite pièce,
attrapez-les et entretuez-vous !
Flash ! une photo de sa chérie
donnant à manger au petit Indien.

Le touriste arrive, frère indien.
Je vais me mettre à la porte de ma maison
pour qu’ils n’enterrent pas mon grand-père.
C’est ma maison !
Et j’irai avec la lune enfant
et, avec la lune vieille,
je proférerai de nouveau des paroles indiennes.

Nous chanterons pour le touriste
même quand la douleur nous tourmente.

Le touriste arrive, il est déjà là, frère indien.
Il est venu avec la faux
et on nous a dit que c’était
la chandelle pour les morts.
Il a divisé notre terre.
Le touriste a formé
des équipes de combat.
Peut-être vais-je te rouer de coups
quand le touriste préfèrera tes plages !
Et on dit que c’est une fleur orientale !

Mon frère,
les touristes, les touristes !
Tant d’amis avec une gouge
et une fleur dans chaque main.
Tant d’amis aux yeux tendres
qui se déshabillent et laissent l’eau sale,
l’enfant dira de haine et de mort,
et son père dit que c’est de l’argent.
Tant d’amis !
Nous les renverrons chez eux, frère indien.
Cette fois le chimpanzé ne nous aura pas !
Frère indien !
Frère indien !!
Frère indien !!!

4 waga : (dans le texte original : uaga) Nom des étrangers en langue kuna.

*

Reste un homme ! (¡Manténte humano!), 1979

Mon frère, ne recule pas,
reste un homme jusqu’à la mort !

Quand ils te placeront à côté de la hutte,
et le touriste te demandera d’ôter ton short
pour que tout soit primitif
et que la photo crée la sensation…

Quand ils te feront accroupir
pour rôtir des campagnols d’eau,
et le réalisateur du film
te dira de sourire
pour que les gens « cultivés »
rêvent de vampires après la projection…

Quand ils te noueront la cravate au cou
et que viendra ton « protecteur » exigeant
que tu portes une chemise colorée
avec son slogan sur le dos,
en disant qu’il t’a tiré
de la boue et des nids de mouche…

Quand tu croiras rencontrer « la civilisation »
en train de piétiner la tienne,
et qu’ils te montreront par les rues
te vêtiront de frac
et parleront de ta douceur…

Quand ils promettront de transformer le fleuve
en chapelet de murano…
Camarade indien !
Ouvre les yeux et ne les crois pas !
Ne les crois pas !!
Ne les crois pas !!!
Ne demande pas de chemise usagée, ni de bonbons,
ni de piécettes, ni de miséricorde !
Demande justice !
Prends une poignée de la terre que tu foules
et à la vie à la mort !
Dresse ton torse dur
et résiste jusqu’à la fin !
Ne renonce pas à la lutte
mais étends ton pouvoir séculaire !
À l’intérieur de toi, frère indien, ranime ta colère,
reste un homme jusqu’à la mort !!!

*

Mon Amérique femme 1 (Mi América niña 1), 1987

Cette Amérique répandue et courbée,
faite marimba rebelle, capable d’attendre
dans les maquis, les taudis, les favelas…
je parle d’elle,
de la brune libre et piquante
qui me rappelle sa mère,
belle louve qui dormait
avec la jarre sur le feu,
et les mains fermées sur la sarbacane.

Mon Amérique qui grandit trempée de sang
le long des fleuves,
des forêts, des bidonvilles.
Elle sait que sa mère
refusa de se peindre les ongles
voulant recueillir intègre
sa colère de femme indienne,
hennissement pur dans la steppe.

Vinrent les hommes blancs et barbus,
ils frappèrent la fille, se disputèrent ses jambes,
mais elle, faite silex,
sortit serrant le poing
et fredonnant son chant à la liberté.

Mon Amérique, fille splendide de natifs valeureux,
seulement une larme pour le fils tombé,
et retour dans la tranchée,
car la patrie brûle.
Mon Amérique femme solidaire,
soutenant l’homme qui boite perdant son sang,
voix courroucée de résistance féconde.

Cette Amérique terre et balayeuse
qui plante en cachette la racine de demain,
grosse de danses et de saveurs de miel ;
poème éclos sur le vieux chemin
déterminé à brandir la vérité
face à tant de crachats gringos et de fonds monétaires…

Mon Amérique femme qui oublie
d’acheter des dentelles et des bonbons
et connaît le sang acide de la terre,
et dans l’œil noir de la nuit
préfère les paroles subversives de l’aïeul.
Mon Amérique femme pauvre
qui prend dans ses bras sa petite sœur,
la porte à sa ceinture, et toutes deux cahin-caha
vont vers la colline
où vivaient libres et intègres les Anciens.

Femme Amérique, capable de briser des silences
face au crime des empires,
cette Amérique indienne, Abya Yala5 dard et pieu,
parole juste, naja dangereux,
contre la mitraille les bombardements
et un pentagone mal né…
Et il n’est pas de Pékin, le fil de sa machette,
il porte la saveur ancienne de la vie
et l’histoire de ses ancêtres, nullement dociles.
Mon Amérique femme,
pour toute caution ses enfants roués de coups,
tempête qui menace,
femme chaussée de sandales de cuir brut
un orage dans son cœur intense.

Elle est ma mère nullement soumise,
et je la regarde, cette Indienne mince et franche
dont les envahisseurs ne purent jamais faire une Malinche,
je la regarde, cette gamine africaine
qui navigua fragile et piétinée
avec une robuste violence dans son sein libre,
et qui sut arroser coup après coup
la fleur d’ébène née terreuse.
Je la regarde, l’astuce de la paysanne
qui sait comment inciter ses poules
à couver les œufs ;
ou cette femme fragile
qui mesure dans sa chair la fièvre de son frère,
et qu’importe s’ils l’appellent terroriste… !
Elle se tient prête à assommer l’assassin de son poing.
Mon Amérique femme, je vais à tes côtés
et je sais que Dieu met la main dans le même plat que nous…
Ainsi parlent les faits, et ils ne mentent pas.

5 Abya Yala : L’Amérique, en langue kuna.

*

Mon Amérique femme 2 (Mi América niña 2), 1987

Mon Amérique a peu d’années,
c’est, dirais-je, une enfant,
à demi analphabète, les mains tendues,
panier de légumes,
bidon de pétrole.

De caste indienne indomptable et libre,
elle préfère l’ignorer…
je la surprends exténuée,
cils postiches,
peinture de marchand ambulant.
– Je n’ai pas de quoi manger
et ne supporte pas la chicha de tamarin,
je préfère le made in USA,
et ne me parle pas de morale,
j’ai besoin de palais, de bijoux, de carrosses,
de servantes, de pistolets, de petits soldats… – dit l’enfant.

Elle a peu d’années,
c’est, dirais-je, une enfant :
elle a suspendu son poncho indien
et sa chemise en coton paysanne,
elle n’a plus sa besace à la ceinture,
elle porte des jeans, a de grosses voitures et
un galant blond…
elle a ses entrées à la White House,
délicieuse Indienne occidentalisée…
et comme elle sait bien que là, dans les couloirs,
ses amants louent tendrement ses seins pétris.

On lui donne peu de chose
pour son bidon de pétrole,
son étain et son cuivre…
ses cernes, comme ils se voient !
Ses fils ont toujours voulu la défendre,
mais elle a si peur
que son amant se mette en colère, car alors
le blond lui crie dessus :
« Dis que ce sont des terroristes et des antidémocrates… ! »
Et elle répète, terroristes ! terroristes !
Pauvre Amérique ! sa mère n’était pas comme ça.

Elle a peu d’années,
c’est encore, dirais-je, une enfant :
elle dit toujours yes à son blond.
La pauvre petite a demandé beaucoup
et c’est moi qui dois payer ses dettes,
mais avec les planches pourries
et l’odeur d’urine dont j’hérite,
comment vais-je payer ?
Elle dit que son jules
est le tact démocratique incarné,
mais nous savons tous que le blond
se nourrit de pauvres et crache des squelettes,
et que sa démocratie pue les oligarques,
les mangeurs de peuples, l’exploitation,
la misère, la merde ;
et devant ses tout-puissants vetos,
mon Amérique dit OK.

Alors je lui criai : Vieille bonne femme !
Elle a les jambes fatiguées,
son amant yankee fait mitrailler des enfants,
pille et extermine,
et cela,
c’est ce qu’il appelle sa sécurité d’État,
son intérêt humanitaire,
et il crie à ma vieille bonne femme :
« Dis que tout est bien ! »
Et elle se mord les lèvres et dit : OK !
Le gringo bombarde mes frères,
donne des armes pour tuer des peuples entiers,
saccage les frontières,
pisse sur les droits de l’homme,
distribue cent millions
pour perforer le crâne des pauvres…
et il dit à ma petite vieille :
« Toi, dis que c’est peace, peace !
– OK, dit la vieille, mais…
mon chéri, aime-moi avec tes dolarcitos !

Amérique, Amérique,
redeviens mère
et souviens-toi de la grande aïeule,
belle lancière indienne
qui remontait le courant
en aspirant à pleins poumons la liberté !

*

Civilise mon cœur, maman (Civiliza mi corazόn, mamá), 1987

Je reviens très pauvre, maman,
prends mon baluchon de linge sale
et vois comme il ne reste rien dans l’outre
de chicha fraîche
qu’emporta ton adolescent il y a de cela plusieurs lunes.

Garde avec toi, maman,
ton petit chasseur empilant des lances,
mal aimé, effrayé,
son hamac prolétarien mal roulé.

Je reviens affligé, maman,
j’ai tété les seins de Kueloyai6
et parmi tant d’armes étrangères
j’ai perdu jusqu’à mon nom
et tu sais bien que ce n’est pas ainsi qu’on peut combattre :
je ne suis qu’un enfant qui à son réveil
ne trouve plus sa pirogue de balsa…

Maman, je reviens me traînant au sol,
avec cette cravate je reviens souffrant,
avec ces mocassins à la mode je reviens souffrant,
avec ce corps debout je saigne,
avec ce nouveau visage je saigne…

Je suis ton bébé cerf, paysanne kuna,
emmène-moi à la pirogue en bois akebir’uala,
allume le feu de siguanala,
et jettes-y une poignée de cacao rouge,
comme le prescrit le médecin inatuledi.

Redis-moi tes meilleurs mythes,
parle-moi du fleuve de verre du héros Tad Ibe,
apaise la colère du caïman en moi,
remue le jagua dans la calebasse,
l’akuanusa, la menthe, la petite racine…
Apprends-moi à goûter l’histoire droite !

Maman, tout au fond de moi meurt ton petit cerf,
mais il respire encore,
nu-pieds et vêtu de peu,
le pantalon décousu.
Il choisit ton nom
mais a perdu son odeur de menthe,
il se souvient parfois en pleurant
que tu allais sur les eaux en direction de la mangrove
où se trouvent nos morts,
où nous avons répandu grand-père un jour.
Rafraîchis-moi de ces eaux,
et de la vieille argile
pétris une image kuna
pour que palpite sans ride la vérité en moi
et que m’envahisse Ibelele7 de son rythme extrême.

Maman, murmure-moi des mots de pardon,
civilise mon cœur à nouveau,
et fais-en une barricade
parce qu’un homme doit rester chez lui :
déjà résonne éclatant le tambour de l’école,
on appelle ton suara, ton koke, ton kangi.

Femme, laisse-moi revenir à la grande famille,
suivre la danse du vautour,
mâcher de nouveau la chair noire de l’uyusae,
tresser la corde dure
du grand hamac,
presser mon cri
de chicha noire.
Sauve ton faon, femme kuna !

6 Kueloyai : la Mère des crapauds, personnage des légendes kunas.

7 Ibelele : personnage des légendes kunas, un fondateur de la civilisation kuna.

*

Ibua ? (¿Ibua?), 1987

Note. Ibua : dans le dictionnaire kuna-espagnol en ligne : « Qu’est-ce ? » (¿qué es?). S’il fallait le traduire dans le poème, le mieux serait doute un simple « Hein ? ».

Intègre-toi, Indien, intègre-toi !
Ibua ?
Civilise-toi, Indien, sois quelqu’un,
viens et incorpore cette merveille !
Ibua ?
Civilise la pointe sauvage de ta flèche,
ta massue, ton pagne, ta pirogue… !
Cours à la ville
et excite la malédiction,
que la matraque ait odeur d’Indien,
comme le taudis, le lupanar,
la prison, l’asile des fous.
Civilise-toi, Indien, civilise-toi !
Ibua ?

Que se tordent mille bouches pour protester,
mille putes et mille enfants de personne,
faits obus et napalm.
Civilise-toi, Indien, civilise-toi !
et couche-toi au coin d’une rue,
simule la paralysie, la phtisie, la cécité,
que les braves gens se signent,
et que tombent des étrons dans ton bol.
Intègre-toi, Indien, intègre-toi !
descends de la forêt, sors des fleuves,
des îles, des déserts,
(ah, comme je les savoure, ces îles, ces forêts !)
mendie un travail qui n’existe pas, remplis les bouges,
lave le vomi, et les urinoirs de tes exploiteurs,
mets des galoches et achète des télés,
même si tu pourris de faim,
consomme, Indien, consomme !
Renie tes pères
tes gestes sacrés, ta mère la terre,
et appelle « papa » celui qui te vend au plus offrant
et te divise et te dresse pour être sa bête de somme !

Cher frère, travailleur de lianes,
papa fut un bel et vaillant archer,
et nos ancêtres des guerriers de la tête aux pieds…
Souviens-toi d’eux !
Arrête la pirogue
où ces aïeux laissèrent la jarre
et le tison encore fumant,
là près du mince ruisseau,
où papa conversa avec Kegebyai,
dialogue avec l’éternel Ñamandú,
avec le puissant Ngöbo,
le brillant Ankoré,
l’éternel Wiracocha…
Civilisation !
Ibua ?

Camarade de l’histoire nouvelle,
porte-faix de peuple en souffrance,
redresse ton dos, relève la tête,
scrute les traces qui disparaissent
dans le bruit de la rivière, dans la chaleur de la nuit.
La civilisation est la dignité vaillante
que faufilèrent les aïeux
au long des siècles
en une résistance ardente.
C’est le cœur rouge de vie
qui célèbre nos gens
goûtant les rites de l’aïeule qui ne meurt pas.
C’est le sang de nos héros
fait verdoyante patrie toujours vigilante,
l’orgueil qui fleurit en toi,
libre enfant du Grand Paba…
Ce sont tes fermes et le pain mis au four
à la chaleur de ton front…

Civilisation ?
Ibua ?
T’identifier à qui ? et… pourquoi ?
Quel est ce frère modèle
et qu’est-ce que sa loi de vie commune ?
Indien, frère, sans cesse assiégé, éreinté
et qui ne s’est jamais rendu,
mitraillé mille fois renaissant,
chair violente d’Ulcué Chocué,
Sepé, Simral, Iguaibiliginia8 !
Maître d’Abya Yala,
encerclé de propriétaires terriens, silence dur,
camarade incessamment victimisé, graine arrivée à point…
salue le waga et deviens son frère et ami
mais
avec ton bras kuna,
avec tes yeux paez,
avec ta mémoire guarayo,
avec ton histoire mundurucu,
avec ta dignité chauffée à blanc.
Regarde la terre que tu foules,
et deviens cri avec elle,
ne mets pas fin à la lutte,
confère à tes fils la force et la ténacité,
la lumière et l’arc, la vie et la soif des martyrs !
Cloue en eux la vérité
jusqu’à les faire sang fécond, mon frère !

8 Ulcué Chocué etc. : noms de plusieurs personnalités de la cause indienne. Álvaro Ulcué Chocué fut un prêtre colombien d’ethnie paez, assassiné en 1984. Sepé Tiaraju fut au dix-huitième siècle un leader de la Guerre des Guaranis (Guerra Guaranítica) contre le déplacement forcé des Indiens. Simral Colman fut un leader de la Révolution kuna de 1925, ainsi qu’Iguaibiliginia, alias Nele Kantule, que nous avons déjà rencontré plus haut (note 2).

*

Toute chose a son nom (Cada cosa tiene su nombre), 1992

Un jour ton fils te demandera un nom,
une terre, une hutte,
la vérité de tes vieilles cicatrices.
Laisse-le regarder, alors, les hautes collines
et les plateaux où paissent aujourd’hui
les vaches du riche ;
là même où les Anciens
étaient libres et savaient
que cette terre leur appartenait
(avant la loi maudite qui nous convertit en mendiants…)

Un jour ta fille collera son oreille contre le peuple
et reprisera dans son corps
le chant armé de la justice.
Son panier plein des lamentations de la terre,
elle exigera de toi la couleur pure de l’histoire.
Alors,
dis à ta fille que sa mère
fut traînée un soir sur le sable de la rivière,
et brutalement tuée.
Cette enfant pressera l’aube de son peuple.

Les trois, blessés comme les guerriers
qui ne mollissent point pendant l’embuscade,
redeviendront alors
la veine d’Atahualpa qui ne s’est point fermée,
qui nous fit solennel rythme de liberté.

Laisse, frère indien, tes enfants
s’accrocher aux aïeux
qui, même après la mort,
savent résister et ne tremblent pas.

Frère ami,
fais de ta parole capable de guérir les blessures
une arme et une barricade,
interdis-toi les larmes de faiblesse,
fais don à ton peuple d’enfants libres,
renouvelle ton orgueil indien.
Peu importe ce qu’ils en disent :
Nous sommes propriétaires d’Abya Yala !

*

Guananí, 1992

Note. Guananí, plus connue sous le nom de Guanahani, est l’île des Antilles où Christophe Colomb posa le pied en Amérique. Hatuey, nommé dans le poème, était le chef des Indiens Siboney qui occupaient cette île ainsi que plusieurs autres, dont l’actuelle Cuba.

Où sont tes fils,
chère tante Guananí ?
Où l’ont-ils enterré,
ton bien-aimé Hatuey ?

Ma tante, ils te tondirent
à coups de dents et de becs
de vautour
et de rongeurs de terres étrangères.
Et aujourd’hui ils jettent des feuilles vertes
sur les flaques de sang,
mettent une fleur rare à la table des mitrés.

Ils t’ont vêtue en riche paysanne,
te couronnent de pauvres
restés sans maison,
parce qu’un clocher
avait plus de valeur que des milliers d’enfants affamés,
parce que viennent les évêques,
parce que vient l’Église.

Mes cousins, tes fils, sont morts,
les vautours les ont dévorés l’un après l’autre,
et peut-être la fête en est-elle plus belle.
Et l’on me raconte aujourd’hui
que les pauvres manifestent en toi,
mais que les poursuivent les mêmes chiens
que les envahisseurs lâchèrent
dans nos rues.

Ma tante, nous sommes encore en vie,
et Hatuey continue de refuser le baptême,
et la voix des Siboneys
nous élève et nous traverse
faisant de nous une semence prête à éclore.
Et la lutte n’est pas terminée,
Tante Guananí !

Twit28 «Y el amor será un huerto florentísimo»

Anthologie janvier-février 2020 FR-EN-ES

Y el amor será un huerto florentísimo.

Francisco González Guerrero 🇲🇽

*

Entre la espesa noche
si vamos a morir que sea
junto al pobre; si vamos
a vivir que sea
junto al pobre digno.

Samuel Feijóo 🇨🇺

*

Sólo el pueblo
hace libres a los hombres.

Miguel Ángel Asturias 🇬🇹

*

A los sueños también
les caen
los pelos y los dientes.

Euler Granda, in De cómo tus piernas venían con nosotros 🇪🇨

Nosotros los torpes
que sólo fuimos artífices de la banca rota,
los pelagatos,
los buenos para nada,
los envidiosos, los réprobos, los malos,
los inútiles para la compra y venta,
los condenados en vida
los apocados
que nunca tuvimos amigos influyentes
ni compadres,
los que sufrimos de vómitos incoercibles
frente a los gobernantes,
los que nacimos sin agallas,
los que escarbamos debajo de las cosas.
A Ustedes los mimados de la Divina Providencia
los que vamos a morir les escupimos.

Euler Granda, Fue un placer conocerles #tzantzismo

*

Los dos tipos de gente que dominan en Nicaragua los bebedores de sangre
y los comedores de mierda …
la Mierdocracia
generales y comerciantes, cuando no generales comerciantes.

Ernesto Cardenal, in La santidad de la revolución 🇳🇮

Los Jaguares son condecorados.
Juntas militares sobre montones de calaveras
y zopilotes comiendo ojos
El Dictador sacrificador-que-saca-corazones-humanos
Miss Guatemala asesinada
por la «Mano Blanca».

Ernesto Cardenal, in Los ovnis de oro

Note. Rogelia Cruz Martínez, Miss Guatemala 1958, et militante de la Jeunesse patriotique du travail, fut enlevée et assassinée par l’escadron de la mort La Main Blanche en 1968.

Al atardecer salen los cocuyos, como linternas;
sus ojos resplandecen como lumbres,
a su luz hilan y cosan y tejen y bailan los indios.

Ernesto Cardenal, in El estrecho dudoso #sandinismo

*

Y Dios creó a Superman
a imagen y semejanza suya
y le llamó U.S.A.

Alejandro Bravo, La Biblia contada a los niños por Richard Nixon 🇳🇮 #sandinismo

*

Llegó a enloquecer en su anhelo de querer que nadie sufriera.

Domingo Moreno Jimenes 🇩🇴

 *

Our people
have gone through so many different
changes. From the cowboy and Indian era
to our present so called space age.
The only thing going space high
is the cost of living

Alivia Nada #Chicano 🇺🇸 🇲🇽

#Aztlan

*

As ternas modulações
do teu falar tão pausado,
dão-me a vezes tentações
de me matar a teu lado.

Enquanto à tarde passeias
à beira do teu terraço
eu julgo ver no espaço
de beijos as nuvens cheias.

José da Silva Maia Ferreira (1827-1867) 🇵🇹 🇦🇴

*

D’après un document de la DGSI classé secret-défense, 150 quartiers sont « tenus » par les islamistes en France. Outre les banlieues de Paris, Lyon et Marseille, la situation « prend des proportions inquiétantes » à Roubaix selon un préfet. (JDD) (Brèves de presse)

Qu’est-ce que cela veut dire, « des quartiers sont tenus par les islamistes » : ils les tiennent par la barbichette ? Je pose une question sérieuse parce que ce n’est quand même pas comme si l’on ne nous avait jamais dit qu’il y a de l’islamophobie dans les services de police et de sécurité.

Décris-moi un quartier « tenu » par les islamistes. – Si les critères portent sur des actes illégaux, qu’attendez-vous pour intervenir, plutôt que de rédiger un rapport ? S’il n’y a rien d’illégal, en quoi la police est-elle concernée ?

Qu’est-ce donc que ce rapport de la DGSI sur les quartiers « tenus (?) par les islamistes » ? Une initiative de l’amicale maison des membres du RN pour donner un petit coup de pouce à leur parti à quelques semaines des élections municipales ?

On a donc un rapport DGSI « classé secret défense » dont les médias connaissent et diffusent les conclusions ! C’est le premier problème. Le deuxième problème : ces conclusions alarmantes ne peuvent être vérifiées par personne (le rapport étant secret, on n’en connaît pas la méthodologie). Ces conclusions alarmantes et invérifiables étant que 150 quartiers en France sont « tenus » par les islamistes, quelle aubaine, ce rapport, pour RN et LR à quelques semaines des élections municipales ! Quelle aubaine pour les islamophobes de tous poils ! Même LREM va s’y mettre, bien obligé…

Compte tenu de ces éléments, à savoir 1) fuite du secret-défense, 2) conclusions alarmantes invérifiables, 3) possible motivation discriminatoire (islamophobie), il faut de toute urgence une enquête parlementaire sur les pratiques de manipulation de l’opinion par les services dits spéciaux.

*

Une manifestation en marge du déplacement d’Emmanuel Macron à Dunkerque. Des avocats interpellés et placés en garde à vue. Très vite relâchés après l’intervention du procureur. (France Bleu Nord)

« C’est la première fois : un avocat a été interpellé sans aucun motif juridique et emmené au commissariat pour un début de garde à vue alors qu’aucun délit ne lui a été notifié. » (Maître Debeugny)

C’est peut-être la première fois pour un avocat mais sinon c’est tellement fréquent… Les interpellations malveillantes aux prétextes les plus futiles sont-elles sanctionnées, aussi ? Le juge constate que le policier a ouvert son code pénal au hasard et lu les premiers mots qu’il a trouvés : « Vas-y, c’est bon, embarque » (à son collègue)… La personne finit évidemment par être relâchée mais le policier court toujours !

Quelles sanctions sont-elles prononcées contre le policier qui envoie arbitrairement un citoyen en garde à vue (dans un pays libre) ? Ne répondez pas si vous craignez des ennuis avec une police dont le sentiment d’irresponsabilité et d’impunité est total. (Et ce non pas depuis un an ou deux, mais depuis toujours en France, ou bien il y a quelque chose que je n’ai pas compris.)

*

The idea that “only humans eat themselves to death” is wrong. To be sure, animal species in their adaptive environments don’t, but entire ant colonies do eat themselves to death in labs when served human-processed food, because with drastically unbalanced food they get food poisoned (from sheer consumption) before being able to reach satiation.

Some mental mechanisms surely prevent most human individuals from food-poisoning themselves in a single meal but the financial incentive of processed food producers is nevertheless to market food the consumption of which delays satiation ad infinitum so to speak, which means till the last bite before food poisoning. Hyperpalatability plays a role in long-term addiction but unbalancedness makes the difference as to single meals.

Regarding human mental protections, dealers would maximize benefits by mixing inhibiting factors with the food. Assuming a system with both a neocortical part (first threshold) and a paleocortical part (secondary system for critical risk area), inhibiting the neocortical part would increase sales without any easily traceable public health effect (whereas blocking the paleo part would make no difference in consumption and blocking both parts of the system together would lead to mass food poisoning).

Among the many chemicals found in processed food I suggest that, the true function of some of them, albeit they are labelled, say, colorants or emulsifiers, is, after extensive research in industry labs, to inhibit the neuromechanisms of satiation (and of prevention of food poisoning).

ii

Health bureaucrats hit the road with ‘transformative’ new plan to tackle obesity. (Sidney Morning Herald, Nov 24, 2019)

The Australian health plan sounds good. Yet in “Manufacturers could also be forced to slash the amount of sugar, fat and salt in processed foods,” I don’t see the word ‘chemicals’ (colorants, emulsifiers etc), which are likely to affect the functioning of neuromechanisms.

*

Contenus haineux sur Internet : « L’idée est de responsabiliser tant les auteurs de ces contenus que les plateformes. (…) Elles devront retirer dans un délai maximum de 24 heures les contenus haineux, sinon ce sera un délit. » (LCP)

Quand on voit comment fonctionne leurs filtres pour images sensibles : ils laissent passer des images  choquantes mais masquent la photo d’un homme politique, on se demande comment ils vont filtrer les contenus haineux, sur quels critères. (more light)

Sur les critères du gouvernement.

Par exemple : si c’est une religion qui le dit, c’est permis ? (more light)

Cela dépendra du gouvernement en place, et je suspecte tous les partis qui imaginent entrer au gouvernement de trouver au fond cette loi bonne. Je veux dire, vous avez vu le droit que nous nous payons déjà ? La France est le pays le plus condamné par la Cour européenne des droits de l’homme en matière de liberté d’expression, avec la Turquie et la Russie.

Comment ça s’appelle, une classe politique nationale qui, depuis des décennies, ne tient jamais aucun compte de l’autorité de chose jugée des arrêts de la Cour européenne des droits de l’homme en matière de liberté d’expression ? Ça s’appelle un fléau à éradiquer.

*

Épistémologie

Non, ce n’est pas une araignée. Il s’agit de la queue d’un serpent qui  s’appelle Pseudocerastes urarachnoides ou vipère d’Iran à queue en forme d’araignée. En bougeant sa queue, la vipère attire ses proies. (Norbert explique-nous : lien vidéo)

Un jour, il faudra qu’un logiciel puisse montrer en accéléré par quelles micro-mutations avantageuses on arrive à une queue en forme d’araignée (quasi) parfaite qui bouge de manière autonome de la queue (c’est-à-dire selon un mouvement complexe par rapport à celui de la queue elle-même, l’appendice arachnéen se mouvant avec un certain degré d’autonomie, comme une sorte de bras articulé) pour imiter un mouvement d’araignée.

La première micro-mutation, que serait-elle ? Une petite boule blanche au bout de la queue ? Quel avantage pour le serpent ? Et puis la deuxième, un autre petit point blanc à côté, le début d’une pseudo-patte ? Quel avantage là encore ? Je ne parviens pas à voir les avantages pour le serpent d’un appendice caudal qui ne ressemble à rien pendant x mutations et puis commence à ressembler à une araignée à x+1, c’est-à-dire je ne vois pas comment on peut arriver à x+1 (qui est ce qu’on voit sur la vidéo). La seule hypothèse possible est tout de même « hard » : la première mutation est une macro-mutation tératologique ressemblant déjà suffisamment à un insecte ou à une araignée, donc avantageuse, tout en n’étant pas un handicap lourd, alors que cette monstruosité ralentit sûrement le serpent.

[En fait, selon d’autres prises de vue que j’ai observées entre-temps, cet appendice caudal semble peu encombrant eu égard à la taille du serpent. Une première mutation même très imparfaite comparée au produit « évolué » et fixé dans l’espèce (x+1) pouvait tout de même passer pour une proie suffisamment caractérisée, compte tenu de la perception elle-même approximative des oiseaux dont se nourrit le serpent. Je reproduis cependant les considérations qui suivent, car la discussion a débouché sur des considérations d’épistémologie scientifique plus larges.]

Dans la théorie synthétique de l’évolution (celle qu’on utilise actuellement), il n’y a pas de micro-mutations qui se cumulent, en fait. (Johnson)

L’hypothèse des micro-mutations reste de bon sens. Vu que le taux de micro-mutations avantageuses sur les micro-mutations indifférentes ou nuisibles est déjà infinitésimal, pour une macro-mutation le terme approprié n’existe même pas (infinitésimal au carré).

Une mutation avantageuse est un bilan positif entre l’avantage et l’inconvénient de la déviation. Une mutation tératologique (macro-mutation/monstruosité) a une chance infinitésimale au carré d’avoir un bilan positif. Mais enfin il suffit d’une fois…

La génétique statistique repose soi-disant sur « Ce qui doit arriver arrive » (c’est le principe sous-jacent à la prophylaxie des maladies récessives). Or, avec ce serpent, c’est : « Ce qui ne doit pas arriver (l’infinitésimal au carré) arrive. » En général, quand on dit « une chance sur cent millions », on interprète cela comme voulant dire « jamais ». Pas ici. Une chance sur cent millions doit toujours finir par arriver. Souvenez-vous-en quand, dans d’autres domaines scientifiques, vous lirez qu’une probabilité infinitésimale peut être considérée comme une impossibilité. – Le traitement heuristique de l’infinitésimal statistique est différent selon les domaines (génétique vs physique, par exemple). Cette différence de traitement est probablement justifiée mais, à ma connaissance, pas expliquée théoriquement (par une métathéorie).

Nous avons tous un grand nombre de mutations indifférentes. Quelques-uns ont des mutations nuisibles (maladies génétiques). On ne sait pas ce que pourraient être chez l’homme des mutations avantageuses aujourd’hui.

Si, on sait très bien : par exemple, doublement de cellule, grosse mutation hyper rare donnant un QI de génie, exemple Einstein qui la possédait. Ensuite, rhésus neutre : mutation permettant de recevoir du sang peu importe le rhésus. Ou encore immunité au sida : quelques cas existent. (Johnson)

Ces mutations seraient avantageuses si « l’avantage » que vous décrivez se répandait dans la population. Une mutation avantageuse est par définition celle qui donne un avantage reproductif. Les effets « bénéfiques » qui ne se traduisent pas par un tel avantage ne décrivent donc pas une mutation avantageuse au sens de l’évolution, le critère étant celui de la diffusion de la mutation. Dans les exemples que vous donnez, il est probable que, si ce sont bien des mutations, elles continueront d’apparaître de temps à autre à titre de mutations et rien d’autre si elles ne sont pas fixées dans la population par la voie de la sélection naturelle. C’est en ce sens que l’homme actuel ne connaît plus de mutations avantageuses.

ii

Le hasard n’existe pas en science : tout effet a une cause (principium rationis sufficientis). Le « hasard » est une façon pour nous d’appréhender statistiquement des phénomènes dont la multiplicité des facteurs nous empêche au stade x de les traiter mécaniquement.

Les interprétations actuelles de la mécanique quantique violent les lois de l’entendement et sont vouées à être révisées. Ce qui ne remet pas en cause ses résultats. Le système de Ptolémée parvenait à bien prédire les éclipses. Le travers consiste à confondre performance et validité : le système de Ptolémée était (relativement) performant et le défaut de Newton n’est pas tant sa performance que la singularité d’une vitesse infinie (dans l’action à distance) qui ne se laisse pas penser.

iii

La bouteille de Klein est une surface sans bord et non orientable (c’est-à-dire qui n’a ni intérieur, ni extérieur) (Norbert explique-nous, avec la vidéo d’une bouteille de Klein réalisée en verre : lien)

Si je bouche le trou dans le cul de cette bouteille, avec un bouchon en liège par exemple, elle est complètement fermée. Comme une bouteille normale, quoi. Donc une bouteille normale n’a ni intérieur ni extérieur. CQFD.

La différence avec une bouteille normale, c’est qu’on ne peut pas la remplir complètement par le trou. C’est-à-dire qu’elle a des compartiments… 😐

*

Après avoir connu le « salaire d’appoint », les femmes auront la « retraite-appoint ». (Journal Fakir)

À l’époque, la femme était souvent le second revenu d’un ménage, à savoir que le mari travaillait déjà quand la femme s’y est mise ensuite, et ce assez souvent lorsque le revenu du premier ne suffisait plus aux besoins du ménage. Les patrons ont donc prétendu qu’un « salaire d’appoint » suffisait, et c’est passé.

À l’époque, donc, dans bien des cas un second revenu arrivait dans le ménage quand le premier ne suffisait plus. Aujourd’hui, les deux dans le ménage travaillent déjà, et rebelotte ! les deux ensemble ne suffisent plus. On va donc passer au ménage à trois ?

[Je possède quelques statistiques pour les États-Unis : «Between the 1960 Census and the Current Population Survey of March 1970, the proportion of white skilled and semi-skilled workers with wives in the labor force jumped from 32 to 44 percent. But this rise is no clear justification for drawing conclusions about ‘progress.’ In this connection, it may be of some relevance to note that for married men aged 45-54, in this occupational group of whites, the proportion with wives in the labor force was 35 percent as of 1960, but ten years later, the proportion with working wives changed very little, to 41 percent.» (Sheppard & Herrick, Where Have All the Robots Gone? Worker Dissatisfaction in the 70s, 1972) Je crois me rappeler du temps de mes études qu’à l’orée des années 2000 ces taux restaient relativement bas aux États-Unis, à peine au-dessus de 50 % en moyenne générale, mais cela demande confirmation.]

*

« Essayez la dictature et vous verrez ! » : Emmanuel Macron dénonce les discours affirmant que la France n’est plus une démocratie. (France Info)

Quand certains membres du parti présidentiel parlent de la Russie et de la Turquie, ils n’en parlent pas comme de démocraties très… démocratiques. Eh bien, la France est avec ces deux-là le pays le plus condamné par la Cour européenne des droits de l’homme pour violations à la liberté d’expression. CQFD.

Le problème n’est donc pas seulement l’actuelle majorité mais tout ce qu’elle a trouvé en arrivant et dont elle a certes usé sans modération ni la moindre finesse de jugement mais, à vrai dire, sans atteinte à notre législation, qui est bien la chose honteuse dont il est question dans le débat. (Ce qui ne veut pas dire que tout est légal dans ce qui se fait actuellement ; les violences policières ne le sont pas.)

Selon le Democracy Index, la France est une flawed democracy (traduit par démocratie imparfaite), loin derrière les full democracies, au 29e rang en 2018. Les Français demandent une démocratie pleine et entière.

Ces propos du président de la République sont donc très inquiétants. « Nous sommes une démocratie, dit-il en substance, mais le problème, avec les Français (qu’il a déjà traités de ‘Gaulois réfractaires’), c’est qu’ils ne sont jamais contents ; il faut que ça cesse, et nous allons donc faire encore plus de répression. »

ii

#Parodie Allez en dictature où il y a plein de kwassa-kwassa et vous verrez !

Je n’adore pas le mot kwassa-kwassa car cela donne l’impression qu’il amène du Comorien, c’est différent.

*

Des enquêtes pénales transprescriptionnelles

Le parquet de Paris ouvre une enquête pour viols sur mineur contre Gabriel Matzneff après les révélations de Vanessa Springora dans son livre Le Consentement. Malgré la prescription, cela permettrait d’éclaircir ces actes, voire d’en découvrir de nouveaux. (Habeas Corpus)

Je relève les citations suivantes dans l’article du Monde du 3.1.2020 qui accompagne ce tweet :

« Il ne peut pas y avoir de procès dans de tels cas, mais l’enquête permet de ne pas laisser sans réponse les victimes. À l’issue de l’enquête, et avant de la classer pour prescription, le parquet propose une rencontre entre la victime et son agresseur présumé. … Il est arrivé que cette ‘mise en présence’ permette ce qu’une audience aux assises n’aurait jamais pu : ‘On a obtenu des aveux en confrontation, des lettres d’excuses’, avait expliqué M. Molins au Monde»

Si l’auteur ne veut pas parler, cette procédure est une perte de temps, et, comme il n’y aura pas de procès, en quoi une enquête l’inciterait-elle à parler ? En outre, un « agresseur présumé » n’est pas censé se faire enquêter, si je puis dire, sans l’assistance d’un avocat. En droit.

Peut-être parce qu’il ne risque rien. Le plus important ici n’est-il pas la pacification d’un trouble social devenu public, plus que l’issue judiciaire ? (Habeas Corpus)

Ce que j’y vois, pour ma part, c’est que le parquet français, déjà passablement suspect à bien des égards (cf la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l’homme) s’est arrogé un nouveau pouvoir par lequel il pourra persécuter des « agresseurs présumés » (présumés innocents) jusqu’à la fin de leurs jours.

En dehors de tout encadrement, ces enquêtes ne peuvent qu’exacerber les pratiques d’extorsion d’aveux, de fausses confessions par la police. Les interrogatoires ne cesseront que quand la personne aura « craché le morceau » et le parquet pourra se féliciter de ses bons résultats.

Quels bons résultats ? En tout état de cause, les faits seront prescrits et cela aboutira à un classement ou un non-lieu selon la procédure. Cela n’a aucun sens. (Habeas Corpus)

Quand une enquête débouche sur un procès, le procès permet d’examiner le déroulement de l’enquête : le procès encadre l’enquête. Dans des enquêtes « transprescriptionnelles », il n’y a donc aucun encadrement, quels que soient les textes que produira l’administration pour masquer ce fait fondamental.

Vous me demandez : « Quels bons résultats ? » Le parquet se rengorge déjà sur des résultats merveilleux dont aucune chambre d’assises ne peut rêver : « ce qu’une audience aux assises n’aurait jamais pu »…

*

Une extradition de Carlos Ghosn par la France, s’il y retournait,
est possible en vertu de la théorie des actes de gouvernement du droit public

Carlos Ghosn et la non-extradition de nos nationaux : Si Carlos Ghosn revenait en France, pourrait-il être extradé au Japon ? Quelles règles en la matière ? (Habeas Corpus, article d’I. Shalabi du 6.1.2020, dont la conclusion est la suivante : « M. Ghosn, conformément à l’établissement du droit en vigueur et de la jurisprudence, intransigeante sur la question, s’il venait à revenir (sic) en France, ne pourrait effectivement pas être extradé. »)

Le droit français comporte en la matière deux (au moins) principes contradictoires.

Le premier est fixé à l’article 696-4 du code de procédure pénale cité : « L’extradition n’est pas accordée lorsque la personne réclamée a la nationalité française. »

Le second découle de la théorie des actes de gouvernement du droit public. « L’extradition, contrairement au mandat d’arrêt européen, intègre dans son processus une dimension diplomatique, en sus de la dimension judiciaire. » (Shalabi) C’est justement cette dimension diplomatique qui en fait un acte de gouvernement non susceptible de recours. Carlos Ghosn peut donc être extradé.

*

Coronavirus

Au vu de la possible épidémie de coronavirus Wuhan en France après la découverte de deux cas, il faut que le gouvernement suspende officiellement l’application des lois interdisant la dissimulation du visage dans l’espace public, et encourage le port de 😷 et de niqabs.

Nota Bene. Si le masque sanitaire (😷) est un bon préventif (cf Dr Jena Grayson: “Cover your nose/mouth with a tissue“), alors le niqab, la burqa et tout autre voile intégral, islamique ou non, est également un bon moyen prophylactique contre le coronavirus et autres germes.

ii

A burqa is probably as good as any hazmat suit. This is paleoprophylaxy.

iii

Les masques ne servent effectivement à rien sauf si vous voulez dépenser inutilement. (Samuel H., qui fournit des liens vers deux articles, dont un que je cite pour montrer que sa conclusion n’est pas celle de cet article qu’il cite comme sa source.)

« Le coronavirus chinois, un peu comme la grippe, peut se transmettre de deux façons : par les postillons, la toux et les éternuements mais aussi par les mains. D’où l’intérêt de ce masque. S’il est porté correctement et qu’il s’accompagne du lavage des mains, il est très fiable. » (Prof. Jean-Christophe Lucet, « en charge de la prévention des infections à l’hôpital parisien Bichat »)

Oui, ce masque est très efficace s’il est porté par un malade, pour éviter de transmettre la maladie. En revanche, il est peu efficace porté par une personne saine pour éviter d’être contaminé. (Carpe Volubile)

Toujours dans le même article (maxisciences) : « La chercheuse du CNRS Sandrine Belouzard estime que le masque de protection ‘joue un rôle de barrière évident’ dans la transmission par voie aérienne. » Une barrière, c’est dans les deux sens. Même asymétrique, ce serait une raison suffisante pour dire que ça ne sert pas à rien de manière générale (et pas seulement pour le coronavirus). Et l’article maxisciences censé dire que le masque ne sert à rien dit en fait que les spécialistes sont divisés sur la question.

Voyons les arguments contre, selon l’article : « Mais l’efficacité de ce dispositif n’est pas garantie, et les différentes études menées à ce sujet ne sont pas parvenues à des résultats probants. » « Il existe peu de preuves mettant en évidence le bénéfice du masque porté ailleurs que dans un hôpital. »

« Pas garantie », « pas de résultats probants », mais le mieux :  « peu de preuves » (Dr Jake Dunning), donc quand même des preuves ? Le principe de précaution peut s’appliquer dès la moindre preuve.

Le masque est forcément protecteur par rapport à une personne dont toutes les muqueuses sont exposées, simplement par réduction de la surface d’exposition.

Trois muqueuses : yeux, nez, bouche. Hypothèse : les trois muqueuses constituent à hauteur d’un tiers chacune la surface d’exposition totale. Si l’ensemble d’une population p se couvre le nez et la bouche, tout porteur de masque n’évitera pas la contamination par les yeux mais la surface d’exposition totale est réduite de deux tiers, et le risque global de contamination de deux tiers ou bien de x (dont il est probable que la valeur ne soit pas négligeable).

*

Pour le monocamérisme

Le candidat d’opposition à l’élection présidentielle 2020 en Côte d’Ivoire, M. Mamadou Koulibaly, a retweeté mes analyses de 2019 sur la suppression du Sénat en France. Un Sénat a en effet été créé en Côte d’Ivoire en 2016.

Mon analyse, déjà publiée sur mon blog (Twit19 ici) est la suivante. Elle commence avec le tweet en photo (1/) (cliquez sur la photo pour l’agrandir).

2/ Pour résumer le tableau : les États monocaméraux sont majoritaires dans l’Union européenne (15 sur 27) et dans l’ensemble plus démocratiques et plus respectueux des libertés que la France bicamérale (seulement 5 États sur 15 font moins bien sur les 2 indices).

3/ Une seconde chambre parlementaire a un sens dans un État fédéral pour représenter les États fédérés. Dans un État unitaire, aucun intérêt.

4/ Un Sénat ne sert donc à rien car 1) la France n’est pas un Etat fédéral, et 2) le Sénat ne rend pas la France plus démocratique ni plus respectueuse des libertés que ses voisins monocaméraux. Cela sert juste à recycler de vieux barbons qui n’ont rien fait pour les libertés.

« De l’utilité du Sénat en France » est évidemment ironique dans la bouche de Koulibaly : nous sommes tous les deux d’accord pour dire qu’un Sénat est inutile (en France comme en Côte d’Ivoire, autre pays unitaire et non fédéral) : « Le Sénat ivoirien est une arnaque. Totalement inutile et inefficace. Ça va être budgétivore, ça n’a pas de sens. La Constitution qui l’érige n’est pas une Constitution démocratique. » (Mamadou Koulibaly via Eburnie Today, 5.6.2017)

ii

Un Sénat a été créé en Côte d’Ivoire en 2016. (Par ailleurs, le Sénat a déjà été supprimé deux fois au Sénégal, en 2001, puis –après son rétablissement en 2007– en 2012.) Ma conviction est que, comme la Côte d’Ivoire est un État unitaire et non fédéral, une seconde chambre parlementaire est au mieux une excroissance inutile.

Dans un État unitaire, en réalité le Sénat fragilise même le pouvoir législatif. D’une part, les navettes alourdissent le processus législatif, faisant douter l’opinion publique de l’efficacité de l’institution et accroissant le pouvoir de l’exécutif par l’instrument du calendrier parlementaire. D’autre part, deux chambres peuvent conduire à un pouvoir législatif divisé contre lui-même (donc affaibli par rapport à l’exécutif). Par exemple, en France, les deux commissions d’enquête Sénat et Assemblée nationale sur l’affaire Benalla ont conduit à des conclusions opposées. Quelle crédibilité garde le législateur dans ces conditions ?

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Droit dit de la presse : Incompréhensible, ce contentieux est une loterie nationale

« Insulter la religion est une atteinte à la liberté de conscience » (Garde des sceaux [qui s’est rétractée depuis lors]) Depuis quand ? (Alexis Poulin, co-fondateur @Lemondemoderne)

Depuis que c’est dans la loi de 1881, qui prévoit des peines aggravées pour injure, diffamation, provocation à la haine envers « une personne ou un groupe de personnes à raison de leur origine ou de leur appartenance ou de leur non-appartenance à une ethnie, une nation, une race ou une religion déterminée ».

Quand les Musulmans commencent à réclamer la protection légale qui leur est due, tout à coup plus « personne » ne connaît la loi… #Islamophobie

La loi parle bien de personne ; l’Islam, comme les autres religions, n’est pas une personne mais une idéologie qui peut parfaitement être insultée. (Philippe)

Je peux donc aussi critiquer une race, puisque ce n’est pas une personne ?

Vas-y, essaie pour que je voie comment tu vas tourner ton tweet sans désigner explicitement une personne ou un groupe de personnes. (Philippe)

Ce que je vous demandais, c’est comment vous tournez, vous, une critique (vous dites même une insulte) d’une religion, défendue par la loi au même titre que la race, l’ethnie, la nationalité, etc, sans que ce soit illicite, alors que ce serait illicite pour une race, ethnie, nation, etc.

La loi ne protège pas les religions, seulement les croyants. C’est si compliqué de faire la différence entre l’idéologie et la personne qui y adhère ? (Philippe)

« La loi de protège pas les races, les ethnies, les nations, le sexe, l’orientation sexuelle… » Cette « idéologie » étant nommée dans la loi de 1881 avec d’autres catégories, elle est protégée au même titre que ces autres catégories et la distinction que vous faites est inexistante en droit. Un commentateur à Cnews en sait quelque chose, qui se pourvoit actuellement devant la Cour européenne des droits de l’homme.

X a été condamné pour avoir attaqué les musulmans. Le blasphème est un droit en France. (Philippe)

Il existe en France un contentieux des films « blasphématoires » : TGI Paris 22.9.1988, 1e civ. 29.10.1990 cf. J.-M. Denquin, Sur les conflits de liberté, 1981. Une jurisprudence dite « équilibrée ». [Retweeté de mon essai Race et religion en droit de la presse : kif-kif bourricot (Twit22 ici)]

Il y a donc d’un côté les musulmans et de l’autre l’islam ? De mieux en mieux…

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Des juristes, et sans doute non des moindres, donnent cependant raison à ce Philippe, mais ils ont évidemment tort (ils ridiculisent et fragilisent le droit). Explications.

#Blasphème Le droit français n’a aucun sens : « Il est possible de critiquer fermement, même avec des propos très virulents ou injurieux, une religion, alors que les croyants sont protégés par les infractions listées. » (Note juridique de 2016 publiée sur le site internet du Sénat qui, entre le moment où je tweetais, le 30 janvier 2020, et aujourd’hui l’a retirée du site : « Page d’erreur 404 ».)

Prenons un exemple. « Le babisme est une religion imbécile » : Licite ? « Le babisme est une religion d’imbéciles » : Illicite ?

Cette interprétation reprise par le Sénat est évidemment fautive car elle rend impossible « la protection des croyants » par la loi qui vise à les protéger. Mon exemple le montre pleinement : de deux propos équivalents, l’un serait condamné, l’autre non.

De deux choses l’une : ou bien vous supprimez ces lois (parce qu’elles sont liberticides) ou bien vous les appliquez. Car les interpréter de manière sournoise, équivoque et arbitraire, cela tue le droit.

Or je dis que cette interprétation reprise par le Sénat, qui empêche de protéger les croyants (puisqu’un simple ajustement verbal sans aucune conséquence sémantique permet d’échapper à toutes sanctions pénales), est, dans le contexte actuel, elle-même de l’islamophobie.

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Emmanuel Macron apporte son soutien à Mila et réaffirme le droit au blasphème : « La loi est claire : nous avons droit au blasphème, à critiquer, à caricaturer les religions. Ce qui est interdit, c’est l’appel à la haine, l’atteinte à la dignité. » (L’Obs)

Toutes les lois de répression de la parole (qui ne sont pas du tout claires, contrairement à ce qu’affirme le président) doivent être supprimées. Grandissez.

« Il est impossible de concéder que, par les mots ‘liberté de la presse’, les auteurs du Premier Amendement entendaient simplement adopter le point de vue étroit qui prévalait alors dans la loi anglaise selon lequel cette liberté ne consisterait qu’en une garantie vis-à-vis de toute censure préalable. » Cette phrase prononcée en 1936 par le juge Sutherland de la Cour suprême des États-Unis veut dire que la liberté d’expression n’est pas assurée par la seule absence de censure préalable (comme en France) mais qu’il faut aussi que soient déclarées inconstitutionnelles toutes lois condamnant des paroles quelles qu’elles soient. Le Premier Amendement date de 1791 ; la France a 230 ans de retard !

Le président de la République a dit que les paroles de Mila n’étaient pas illicites et le parquet à sa botte n’a pas engagé de poursuites, mais j’invite une association agréée qui serait d’un avis différent à porter plainte pour qu’un juge se prononce. Le gouvernemenet et le président de la République ne sont pas juges.

iv

« [Pourquoi] Dieudonné est-il interdit de spectacle quand il critique les juifs tandis qu’on offre à cette jeune femme [Mila] une tribune à la télé quand elle critique les musulmans ? » (Question du public via la journaliste Laurence Ferrari)

Dieudonné n’est pas seulement interdit de spectacle, il est aussi poursuivi et condamné en justice. Je ne parle pas de sa condamnation pour fraude fiscale mais de sa ou ses condamnations au titre de ce qu’on appelle le droit de la presse, c’est-à-dire pour des propos (paroles, écrits, dessins…). Je note que le juge qui l’a condamné pour fraude fiscale a justifié la sévérité de la peine par le fait que Dieudonné avait déjà eu des démêlés judiciaires ; or ces démêlés relèvent du droit de la presse et non du droit pénal commun, ce qui rend abusive une telle justification compte tenu de l’essence spéciale du droit de la presse, qu’il convient de protéger dans un État de droit.

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Censure par délégation de service public

Notre communiqué appelant l’ensemble des professionnels de justice à la solidarité dans le contexte des mobilisations en cours pour les retraites et la défense du service public de la justice. (Syndicat de la magistrature)

Le service public de la justice peut très bien fonctionner par délégation à des personnes privées, comme avec la #loiAvia qui investit les plateformes d’une mission de service public, à savoir la censure (des « contenus haineux », ce contentieux de masse).

On peut condamner à des peines privatives l’expression de « contenus haineux » mais une censure de ces contenus serait disproportionnée ? 🤔 [C’est un rappel que le Syndicat de la magistrature se montre, à juste titre, critique envers la proposition de loi Avia, mais que l’opposition à cette nouvelle forme de censure préalable qui s’introduit dans notre droit est peu cohérente puisque notre droit, par les peines privatives de liberté qu’il prévoit pour les délits d’expression, prétend faire de cette répression une priorité d’ordre public.]

Les magistrats ont failli dans leur mission de protéger le corps social contre cette gangrène qu’est la parole, contre les contenus haineux passibles de peines privatives. Place à la censure salvificatrice (avec délégation de service public) ! [Le propos est évidemment ironique.]

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« Va voir ta mère » : Jean-Luc Mélenchon perd son sang froid face à un manifestant qui l’interpelle. (BFMTV)

C’est sûr que « Vous patachonnez dans la tête », c’est tellement plus respectueux… 👌

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« ’Vous patachonnez dans la tête’: Le président de la République perd son sang froid face à un manifestant qui l’interpelle. » La #parodie qui rend fictivement BFMTV moins servile…

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On n’a pas le droit de dire à quelqu’un « Vous patachonnez dans la tête ». En plus, un patachon, ça n’a jamais été un capitaine de kwassa-kwassa qui amène du Comorien ; grosse confusion, là.

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Bipartyism Is Better

Why Alexandria Ocasio-Cortez is in the same party as Joe Biden: The New York congresswoman declared recently that, in any country but the United States, she and former Vice President Joe Biden would be in different political parties. (wsws.org)

Bipartyism is better than multipartyism. Currents inside parties, with primaries, are the same as multiple parties, yet the advantage is that the winning party can apply its electoral platform whereas under multipartyism platforms are discarded on behalf of deals between parties in parliament. Under bipartyism the platform is carried out (at least there is no institutional obstacle). Under multipartyism what is carried out is the outcome of dealings between parties, based, to be sure, on their respective electoral platforms, but nonetheless different (compromises); the constituencies, their votes are treated like trash.

Under multipartyism, when no party gets above 50% of the seats (and this is the rule rather than the exception), no voter can tell what the coalition deal will be which the ex-post coalition will carry out. In fact, you can hardly call this mess a democratic system.

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Violences policières

Le gouvernement nie les violences policières car il en a une définition personnelle commode (on ne pourrait parler de violences policières que dans le cas d’un système organisé). Or toute condamnation d’un policier pour des actes de violence dans le cadre de ses fonctions indique une violence policière. Et il y en a eu récemment (par exemple un lancer de pavé dans une foule de manifestants par un CRS).

En donnant de manière injustifiée un sens restreint aux violences policières, pour dire qu’il n’y en a pas, car on ne pourrait pas prouver qu’il existe un usage systématique et politique de la violence, le gouvernement cherche à se défendre plutôt qu’à défendre les agents, qui, eux, continuent de se faire condamner pour les violences policières qu’ils commettent, s’ils sont attrapés (comme le lanceur de pavé). Or cette définition a tout de même cette conséquence que, comme selon lui il n’y a pas de problème, le gouvernement ne cherche pas à résoudre le problème.

On peut considérer que cette nouvelle définition jusque-là inconnue des violences policières, inconnue et donc inacceptable par principe, a justement pour but de couvrir un système de violence organisé de manière occulte par le gouvernement en tant que chef de l’administration policière.

En outre, quand en même temps que la justice condamne des violences policières (le CRS lanceur de pavé a été condamné en première instance à de la prison avec sursis) le gouvernement dit qu’il n’y a pas de violences policières, la séparation des pouvoirs est fragilisée : cette position gouvernementale est une pression de fait sur l’autorité judiciaire pour qu’elle ne condamne pas les violences commises par des policiers dans l’exercice de leurs fonctions.

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Macron se dit « prêt à attaquer en diffamation toute personne dénonçant les violences policières ». (Révolution Permanente)

Je ne comprends pas bien le sens de cette déclaration qui rabaisse la fonction présidentielle au rang de procureur. Qui est la victime diffamée par une personne dénonçant des violences policières ? Ou bien la personne dénonce des violences policières en général et alors il n’y a pas de victime de diffamation. Ou bien la personne dénonce des policiers en particulier et alors, si le tribunal, au terme du procès, ne condamne pas la personne attaquée par le président de la République, celui-ci doit être attaqué à son tour pour dénonciation calomnieuse, ce que son immunité présidentielle interdit ; la personne attaquée en diffamation par le président serait donc privée de son droit à un procès équitable (article 6 CEDH).

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Amendocratie

#Grève6Février Étonnement à La France Insoumise : Grévistes et Gilets Jaunes sont dans la rue et pas en train de les regarder à la télé défendre leurs 19.000 amendements… 🧐

19.000 amendements et après ? Quand a-t-on vu l’obstruction empêcher le vote d’un texte ? La LFI a bien moins de chances de parvenir à ses fins avec des amendements contre la réforme des retraites que de destituer le président de la République si elle osait une destitution !

La France Insoumise refuse de lancer une procédure de destitution car, soi-disant, celle-ci ne pourrait être adoptée. Quand ils déposent une proposition de loi, ils sont donc convaincus qu’elle va passer, même si ça n’est jamais arrivé ?

L’opposition est tombée dans un piège et va s’embourber dans son obstruction sans espoir. La seule solution : lancer la procédure de destitution avec tous les arguments constitutionnels que sert à l’opposition la crise politique que vit la France.

Naufrage d’opposition parlementaire. La situation de crise est unique, la mobilisation unique, que fait l’opposition ? Elle… dépose des amendements sur la loi de réforme des retraites, c’est-à-dire elle fait ce qu’elle a fait sur tous les autres textes – avec quel résultat ? Ils sont tous passés. Ce n’est pas 3.000 ou 4.000 amendements de plus qui vont faire la moindre différence.

Si le nombre d’amendements est si important que ça, pourquoi LFI n’en a pas déposé, au lieu de 19.000, 1.999.000 ? Rien de plus simple : changer un chiffre, un mot, une virgule ici ou là, un logiciel peut le faire en dix minutes. Comme il est avéré que cette obstruction sera inefficace, si l’opposition croit pouvoir faire moins qu’engager la destitution du président de la République (en pouvant de surcroît espérer coaliser l’ensemble de l’opposition sur la question ainsi que les nombreuses défections du parti majoritaire), elle ne mérite pas de gagner aux élections. (Le sujet est très transpartisan : selon moi, cela peut passer plus facilement qu’une proposition de loi. Et surtout, c’est davantage un débat judiciaire – justice constitutionnelle – qu’un débat de politique publique.)

Ces messieurs et dames ont le droit sacré de déposer mille milliards d’amendements sur chaque texte, et ils viennent nous dire : « Regardez comme nous sommes fortement opposés à la réforme des retraites : nous avons déposé 20.000 amendements ! » 😶

Je ne pardonnerai jamais à LFI de n’avoir déposé que 19.000 amendements contre la réforme des retraites alors qu’ils avaient le droit sacré et la possibilité technique (en 3 minutes) d’en déposer 111.900.900. Ils se moquent de nous.

Bientôt la fin des 19.000 amendements en commission. Ces inefficaces batailles d’amendements sont un dévoiement du parlementarisme. Pendant ce temps, la mission de contrôle est réduite à la peau de chagrin, les enquêtes restent sans effet (cf affaire Benalla)…

Les 19.000 amendements approchent de ZÉRO en commission et la réforme des retraites va être adoptée. Et quelles images ! Maintenant un « orateur » ne s’exprime plus depuis une tribune mais assis derrière une table en bras de chemise au milieu de paperasses et de bouteilles d’eau…

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& last but not least!

Le Griveaux Gate !

[Renoncement, à un mois des élections municipales 2020 en France, du candidat du parti présidentiel à Paris après la parution sur internet de sex tapes de masturbation envoyées à, semble-t-il, une maîtresse.]

M. Griveaux renonce aux Municipales 2020 mais ce n’est parce qu’il a quoi que ce soit à se reprocher, non, c’est parce qu’il subit des « attaques ignobles ». C’est tellement cohérent…

Les hommes politiques (personnalités publiques) qui demandent de respecter leur vie privée veulent en fait que leur vie privée soit mise en scène par les seuls médias sous contrôle comme pur instrument de propagande. Quand un homme politique demande à ce qu’on respecte sa vie privée, comptez d’abord le nombre de reportages sur sa vie privée qui font la propagande de cet homme politique dans les médias.

#Parodie #ViePrivée ⚠ Ignobles attaques contre Griveaux montré faisant du vélo en bord de Marne avec son épouse et échangeant avec elle des sourires complices. Images diffusées par Gala, Closer, Point de vue, Le Figaro Madame, Marie-Claire

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Vu les attaques contre Piotr Pavlenski [citoyen russe réfugié en France, à l’origine de la publication des sex tapes sur internet] sur les réseaux sociaux à l’initiative des trolls des partis politiques, il est temps de songer à appliquer le statut protecteur de lanceur d’alerte (whistleblower) aux diffuseurs de sex tapes politiques. C’est une exigence démocratique.

Le statut de lanceur d’alerte existe car il s’agit d’actes illégaux selon la lettre mais qui sont au bénéfice de l’intérêt général. Les sex tapes sont légitimes car elles démontent la propagande sur les « stars » politiques. Pas de procès pour Pavlenski !

Tout le monde politique « exprime son soutien » à Griveaux mais personne ne lui a dit de rester candidat ! Cela montre bien que la diffusion de la sex tape est d’intérêt public et qu’aucun procès ne doit donc avoir lieu contre Pavlenski.

Si Griveaux avait vraiment subi une « attaque ignoble », « menace sur la démocratie » bla bla bla, il n’aurait jamais dû démissionner. Et se serait pris une dérouillée inouïe aux Municipales 2020. Vox Populi Vox Dei.

iii

#Parodie Le militant LREM : « C’est une attaque ignoble, la démocratie en danger mais on a quand même sacrément eu le nez creux de sortir Griveaux du gouvernement, sinon ça faisait un nouveau Delevoye Gate… »

(Au fait, sa sortie du gouvernement – dont il était porte-parole – pour être candidat aux élections municipales, c’était censé être une promotion ?)

iv

Le recours par la classe politique à la vie privée comme argument électoral et politique rend inapplicable la loi de 2016 relatif à la protection de la vie privée au cas de la classe politique. Elle a fait voter cette loi justement pour se protéger, je sais, mais c’est non.

Appliquer la loi de 2016 aux #GriveauxLeaks d’intérêt public serait contraire à la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme : « L’homme politique s’expose inévitablement et consciemment à un contrôle attentif de ses faits et gestes tant par les journalistes que par la masse des citoyens. » (Cour européenne des droits de l’homme, 2013)

Mise en scène de la vie amoureuse 2019 : « Julia et Paris, les deux amours de Benjamin Griveaux » (Paris-Match) (via Virginie Martin, politiste-sociologue)

Bourrage de crâne médiatique sur le thème de la vie privée (la vie de couple). Une contre-propagande (au même niveau) est forcément permise en démocratie puisqu’elle est nécessaire.

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Comment la démocratie peut-elle être « mise en danger » par une « américanisation » de la société ? Si les Griveaux Leaks sont une « américanisation » de la société, les États-Unis ont été « américanisés » avant nous et sont bien une démocratie, donc il n’y a pas de danger pour la démocratie.

La classe politique française, qui réclame (qui se réclame à elle-même, en réalité, c’est-à-dire que les réactions indignées ou plutôt enragées nous annoncent purement et simplement ce qu’ils vont faire suite à ce qui vient de se passer) une nouvelle loi de corsetage d’internet, a la répression dans le sang. Les sex tapes sont connues aux États-Unis depuis longtemps et c’est une démocratie !

vi

Une députée LREM : « Une élection devrait être un débat d’idées, pas un déballage nauséabond. »

« Julia et Paris, les deux amours de Benjamin Griveaux » (Paris-Match 11.4.2019). Extraits :

« Anne Hidalgo a fait retirer les ‘cadenas d’amour’, mais Benjamin Griveaux et Julia n’en restent pas moins captifs l’un de l’autre. » (Légende d’une photo de l’article)

« Le petit gars de Saône-et-Loire a épousé Julia, une vraie Parisienne. »

« ’Il n’y aura plus le concert des ministres, papa ?’ Une formule enfantine de sa fille a suffi pour le désarmer : chez les Griveaux, le sens de la formule se cultive dès le plus jeune âge. »

« Depuis, c’est l’amour fou entre balades romantiques dans le cœur de Paris, séjours tranquilles dans la maison de Givry et soirées entre amis dans leur appartement du Ier arrondissement. »

« Leur complicité sera précieuse dans la rude épreuve qui s’annonce. »

« ’Doudou’, le coq laissé par Christophe Castaner à son départ pour le ministère de l’Intérieur, fait des siennes en courant après une poule dans le jardin de l’hôtel de Rothelin-Charolais. ‘Leurs cinq ébats sexuels par jour ne me manqueront pas’, ironise Griveaux. »

« Il emporte avec lui la table d’ancien notaire de son père, Patrick. … Orphelin du soutien paternel, il en a fait le serment : ‘Les arbitrages sont et seront toujours en faveur de mes enfants.’ Quitte à arriver en retard à Matignon, chaque mardi matin. »

« Accompagner ses enfants à l’école est devenu un rituel. »

etc. etc.

Un déballage bien nauséabond offert par Paris-Match.