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Poèmes des ateliers populaires de poésie du Nicaragua sandiniste

Nous avons précédemment traduit (ici) des poèmes des ateliers de poésie organisés par Ernesto Cardenal et Mayra Jiménez à Solentiname, au Nicaragua, avant le triomphe de la Révolution sandiniste de 1979. Nous annoncions alors de futures traductions des ateliers populaires de poésie (talleres populares de poesía) après la Révolution. C’est l’objet de la présente publication.

Les poèmes qui suivent sont tirés de la revue du ministère de la culture, alors dirigé par Ernesto Cardenal, Poesía libre, à savoir de ses numéros 1, de juillet 1981, 3, de décembre 1981, et 8, de juillet 1982.

La revue, entièrement consacrée à la poésie, peut être divisée en deux parties : l’une présente des poèmes des ateliers de poésie organisés dans l’ensemble du pays et l’autre des poètes connus et moins connus du Nicaragua et du monde entier. Le n° 1 consacre ainsi, entres autres, quelques pages à la « poésie palestinienne de combat » (poesía palestina de combate), avec des poèmes de Taoufik Ziyad (orthographié Tawfik az-Zayad) et Samih Al Qassim, le n° 3 présente des haïkus japonais et le n° 8 donne la part belle à des poètes révolutionnaires du Honduras.

La poésie des ateliers est une poésie populaire en vers libres. Elle est assez souvent narrative. Ce point appelle une remarque : en espagnol le passé simple n’est pas comme en français cantonné à la langue écrite, littéraire, de sorte que ces poèmes au passé simple restent, dans leur langue originale, proches de la langue populaire, n’ont pas un effet littéraire comme le passé simple en français, si bien qu’une traduction française devrait, pour éviter une distorsion stylistique rendant ces textes plus « précieux » (dans le sens de la préciosité littéraire) qu’ils ne sont en réalité, transposer le passé simple en passé composé, mais cela rendrait parfois la narration assez lourde ; j’ai donc jonglé entre l’un et l’autre temps pour essayer de parvenir au meilleur compromis. – Je ne sais pas ce que donneraient des ateliers de poésie chez nous ; je doute que le passé simple soit fréquent dans ce qui sortirait.

*

José Luis Chévez Savogal

D’abord nous avons été amis,
puis camarades
quand nous nous rencontrions lors des occupations d’églises,
de lycées
(tu portais ta chemisette n° 22)
dans les manifestations
contre le capitalisme,
et c’est pourquoi
tu rejoignis la lutte clandestine.
Nous nous rencontrions dans les rues
pour peindre des slogans sur les murs, faire des meetings, à Chinandega.
Tu travaillais toujours sous ton pseudonyme Carlos.
Tu disparus.
Le 30 mai 1978 la garde nationale te captura.
Aujourd’hui, alors que nous sommes libres, je te cherche
parmi les équipes de charpentiers
qui reconstruisent le Nicaragua.
Mais je ne te trouve pas.

Karla Chévez,
Atelier de poésie de la police d’État

*

Claudia

Je ne viens pas à ta cantine seulement pour acheter
mais pour voir ton sourire Claudia
et tes gestes derrière le comptoir
où je t’ai vue pour la première fois
(en ce lieu où ta sœur m’a dit
que tu avais dix-sept ans et étais déjà milicienne).
Et j’ai pensé t’écrire un poème
que j’écris sans autre lumière que le clair de lune
tandis que je regarde Managua
                                                  au loin
et le lac est toute cette distance.
Claudia, ton amitié me manque
et ton sourire, et t’écouter, amie milicienne.
Je suis amoureux de toi
                                     disent
ceux qui nous connaissent.

Salvador Velásquez
Atelier de poésie du Bataillon d’ingénierie militaire

*

Route 88 (Ruta 88)

À La Havane
attendant le bus de la route 88
je regardais, devant l’arrêt, le Capitole
(réplique de celui des États-Unis)
dont la Révolution cubaine fit une Académie des sciences.
Main dans la main des pionniers1 traversaient l’avenue
pour se rendre au Musée Felipe Poey.
En même temps que passaient ces enfants socialistes
j’observais
dans l’entrée latérale du théâtre
une pianiste brune à son piano
et je suis resté à regarder cette camarade cubaine
Quand elle eut terminé
le bus était parti sans moi

Luis Carcache
Atelier de poésie de Ciudad Darío

1 Pionniers : Les pionniers sont les membres de l’organisation de jeunesse cubaine Organización de Pioneros José Martí.

*

Poèmes à Claudia (Poemas a Claudia)

Je t’aimais
mais nous nous sommes quittés.
Tu m’aimais aussi, Claudia
et j’étais heureux.
Je t’aimais
et tu as été heureuse avec moi.
Un jour si tu reviens Claudia
je ne te repousserai pas.
J’ai cru que tu m’avais trahi
mais j’ai su que tu étais partie pour apprendre aux enfants à lire.
Tu l’as fait pour la Révolution.
– Je sais que nous nous aimons. –

Miguel Quijano Macanche
Atelier de poésie de Niquinohomo

*

Mateo

Le poète Roberto Salinas nous parle de Mateo,
internationaliste qui combattit au Nicaragua.
Mateo sur une photo du Nuevo Diario
actionnant une calibre cinquante
pour combattre avec son peuple.
Des milliers de Salvadoriens
quittent le lycée, les universités
les usines et les ateliers
pour se joindre à la lutte
et les paysans combattent, et sèment dans les zones libérées ;
soldats qui désertent
veuves des hommes assassinés
par les paramilitaires de l’ORDEN2
orphelins de parents tués par la Main blanche3.
C’est le souvenir d’Óscar Arnulfo Romero4
quand il guidait son peuple dans ses homélies
c’est Juan Chacón soulevant
les masses dans les rues.
C’est le peuple qui ne se soumet pas
aux soldats entraînés par le Commandement Sud des États-Unis
ni à ceux qui apprirent à tuer à West Point.
Ce sont les combattants du Front Farabundo Martí
dans leurs tranchées
luttant pour que bientôt
des maisons décentes remplacent les taudis ;
pour construire des cliniques, des dispensaires, des hôpitaux :
pour que naissent ceux qui ne naissent pas
à cause de la malnutrition de leurs mères.
                                                Vrai réforme agraire.
                                                La terre à ceux qui la travaillent.
La production pour tous.
Des écoles,
les étudiants apprenant à lire aux paysans
aux ouvriers et tous ensemble avançant dans la Révolution.

Gonzalo Martínez
[L’atelier n’est pas indiqué]

2 ORDEN : « Ordre », Organisation démocratique nationaliste : paramilitaire. On peut lire mes traductions de poésie révolutionnaire du Salvador ici.

3 Main blanche : La Mano blanca, organisation paramilitaire d’origine guatémaltèque (voyez mes traductions de poésie révolutionnaire du Guatemala x).

4 Oscar Romero : « L’archevêque des pauvres », archevêque du Salvador, assassiné en pleine messe en 1980.

*

19 Juillet (19 de Julio)

Note du traducteur. La Révolution sandiniste triompha le 19 juillet 1979.

Sur cette Place de la Révolution
Nous célébrons le premier anniversaire de la victoire.
– Les gens à pied dans tout Managua
portent des pancartes et des drapeaux.
Les caravanes de véhicules
entrant dans la capitale
amènent tout le peuple du Nicaragua –.
Nous crions des slogans
pour animer la foule.
Émus par la présence de Fidel Castro,
Maurice Bishop et George Price5
nous montrons que nous sommes organisés et forts.
Peu importe de parcourir des kilomètres
avec la menace de pluie.
Nous avançons. Personne ne recule, tous déterminés,
sous le soleil, malgré la soif
par la volonté d’être présents
d’imiter et honorer ceux qui sont morts pour la cause.

Eliseo Jerez Guadamuz,
Atelier de poésie Colonie 14 Septembre, Managua

5 Bishop, Price : Maurice Bishop dirigea le gouvernement révolutionnaire de la Grenade de mars 1979 à octobre 1983 (voyez mes traductions de poésie révolutionnaire de la Grenade ici). George Cadle Price fut premier ministre du Bélize de 1961 à 1984 et de 1989 à 1993.

*

L’inconnu (El desconocido)

Au camarade Ricardo Talavera,
assassiné par la garde nationale le 20 décembre 1978

Ce soir-là de novembre 78
je me trouvais à un arrêt de bus urbain
devant le cinéma Blanco,
tenant une veste en jeans
sur l’épaule gauche
avec dans une de ses poches
un calibre 38 spécial court hammerless.
Du trottoir opposé
un inconnu s’approcha, grand, mince,
brun, les cheveux courts avec des lunettes
regardant un papier
qu’il tenait entre les doigts de la main droite.
(J’éprouvai de la méfiance car il venait vers moi et ce pouvait être un ennemi.)
D’une voix tranquille il me demanda :
Tu es Chopa ?
– Oui, répondis-je.
Nous marchâmes un bon kilomètre vers le sud
où attendait une voiture
avec une fille aux cheveux frisés au volant,
et nous partîmes pour un lieu de Managua.
Cet inconnu c’était, originaire de Rivas,
                                                             Ricardo Talavera Salinas.

Carlos Latino Guerrero
Atelier de poésie de l’Armée de l’air sandiniste

*

La dernière fois que je t’ai vu Alejandro (La última vez que te miré Alejandro)

La dernière fois que je t’ai vu Alejandro
C’était dans le parc San José de Matagalpa,
tu portais un polo de coton blanc
et avais les cheveux en bataille.
Aujourd’hui Luis m’a dit qu’il t’avais vu près de Matagalpa,
un sac sur l’épaule
et une paire de bottes à la main
marchant en silence avec d’autres Sandinistes.

María Elena Benavidez A.
Atelier de poésie de Palacagüina

*

À Rebeca Guillén

Assassinée par la garde nationale avec ses parents le 2 mai 1979

Je me souviens quand tu t’asseyais
sur le trottoir devant ta maison
pour me raconter des histoires de Walt Disney
ou un programme de télé
                                        (tu n’avais que onze ans).
À présent que tu es morte
je t’imagine toujours assise sur le trottoir,
mais tu ne me racontes plus des histoires de Walt Disney :
tu lis un livre de la Révolution.

Fabricio Talavera
Atelier de poésie de Condega

*

Le soir où je tai vue Martha (La tarde que te vi Martha)

J’étais assis
sous l’oranger
en fleur.
Je la vis venir par l’allée verte.
Elle passa pressée devant moi
et alla se perdre sur le vieux boulevard.
Seul son parfum resta dans l’air.
La nuit tombait,
le soleil d’avril se cacha derrière l’horizon rouge
et dans mes yeux montèrent les larmes de mon échec.

José Domingo Moreno
Atelier de poésie de Jinotega

*

Brenda

Quand je suis à la campagne
je vois les bandes d’oiseaux
qui vont dormir dans le grand guanacaste.
C’est presque la nuit
on commence à voir
des lucioles dans le champ de café
et j’entends le sifflement des chauves-souris qui passent tout près.
Brenda, avec toi sont parties
les abeilles qui étaient dans le jardin.

Gerardo Blandón
Atelier de poésie de Condega

*

Qu’il me dise merde (Que me diga mierda)

J’imagine les Salvadoriens
tirant des coups de fusil depuis les tranchées,
et les maisons détruites par les tanks Sherman
ou par les avions envoyés des États-Unis.
Je pense aux enfants qui meurent dans les rues du Salvador.
Tués par les roquettes, les Sherman, les avions de chasse,
les mercenaires commandés par les Nord-Américains
et qui n’ont rien pu faire au Nicaragua.
Que le président des États-Unis me dise merde
si ces roquettes n’ont pas été fabriquées chez eux,
si je n’ai pas vu ces roquettes quand ils ont voulu intervenir ici ;
tout cela fut envoyé et fait par eux.
Qu’il me dise merde
si ces mercenaires et ces tanks et ces avions
ont pu quelque chose au Nicaragua.

José G. Ramos Salinas
Atelier de poésie du Barrio San Sebastián, León

*

Guérillero (Guerrillero)

Des lys pour l’église
et un crayon pour écrire ton nom.

Grethel Cruz
Atelier de poésie de Ciudad Darío

*

À Managua (En Managua)

À Managua j’ai vu
des bus et des camions envoyés d’Allemagne
du Mexique et du Brésil
pour le peuple,
des garçons et des filles planter des arbres
le long des routes.
J’ai vu des marchés qui ressemblaient à des citadelles.
Le soir la jeunesse inaugurait un festival de musique
en présence de la chanteuse nord-américaine Joan Baez.
Les gens applaudissaient avec impatience
et lui demandaient de chanter.
Elle commença par la chanson Gracias a la vida.
Un policier lui remit une gerbe de fleurs
au nom des Forces armées.

Justo Fernando Vallejos
Atelier de poésie de Ciudad Darío

*

2 Mai (2 de Mayo)

Justo Pastor
c’est l’anniversaire de ta mort
et je ne t’ai pas oublié.
J’entends encore tes paroles
celles que tu me disais quand tu jouais de la guitare
et quand tu m’apprenais à monter et démonter un fusil Garand
et comment se retrancher quand l’ennemi approche
et tu souriais,
tu me parlais de Leonel Rugama,
de ses exploits clandestins
tu me racontas l’attaque des casernes de Matagalpa
d’Estelí, de Condego et d’autres.
Un an après ta mort
je n’irai peut-être pas sur ta tombe
– comme tu me le demandas un jour –
mais je continuerai de lutter pour l’organisation,
la dignité de la patrie
avec amour
comme tu le fis.

Marly Hernández
Atelier de poésie de Jinotega

*

Amour pré-insurrectionnel (Amor pre insurreccional)

Je suis passé devant sa maison.
Là où bien des fois je l’ai embrassée la nuit
tandis que nous écoutions le chant des grillons.
Où pour les noctambules nous n’étions que deux silhouettes amoureuses
quand l’ampoule du lampadaire au coin de la rue ne marchait pas.
Où nous nous sommes confiés nos secrets.
Où elle ouvrit ma chemise une nuit
pour poser ses lèvres sur ma poitrine
et resta ensuite haletante.
C’est là qu’aujourd’hui je suis passé
alors que depuis l’insurrection d’avril à Condega
je n’étais plus venu.
Aussi étais-je ému.
Pendant un moment je me suis cru de nouveau avec elle
et je voulus rester là
                                pour me souvenir.
Passer
et voir le même trottoir
la même maison, le quenettier devant
le ciel couvert, les flaques de la rue
et au coin le lampadaire éteint,
                                                c’était comme me sentir avec elle
comme l’embrasser,
comme entendre à nouveau sa respiration dans mon oreille,
quand elle me disait de lui donner un baiser ;
c’était comme l’aimer à nouveau.
Je marchai lentement avant d’arriver
là où tant de fois nous nous quittâmes
avec un long baiser et puis son sourire.
Je passai le coin de la rue, un drapeau rouge et noir
à la porte d’une maison
m’a rappelé
que deux ans se sont écoulés depuis notre amour.

Juan Ramón Falcón
Atelier de poésie Ernesto Castillo, Managua

*

Ivania

Dans la lettre que tu m’as envoyé
le 5 mai
tu me racontes ton voyage à Ulasquín,
dans le département de Jinotega.
À Pantasma
le véhicule s’est embourbé au milieu de la rivière.
(Les brigadiers, pantalon roulé et couvert de boue,
poussaient,
aidant trois paires de bœufs
à dégager le camion.)
Ils ont continué dans un autre véhicule vers Wiwilí
pour arriver à Wamblán.
Tu as continué à pied puis en bateau à rames
sur le fleuve Coco.
(Deux jours de voyage jusqu’à Ulasquín.)
Tu étais attendue à la maison de Federico Suaréz.
Aujourd’hui tu enseignes à manier le stylo
à lire et à écrire.
– Ma fille, tu es loin, dans les montagnes,
dans une École Nouvelle.

Eliseo Jerez Guadamuz
Atelier de poésie de la « 14 septembre », Managua

*

Miriam

Ma joie était si grande
de recevoir ta lettre
qu’en la lisant la première fois
je ne me suis pas rendu compte
que tu écrivais
que tu ne m’aimes pas.

Modesto Silva
Atelier de poésie de Palacagüina

*

Tu es partie (Tu partida)

Seule
avec ton fusil VZ
le regard vers la verte végétation
dans ton trou de tireur
alerte, tu surveillais le secteur de tir sous le soleil
dans la Base militaire d’Amayito
                                                     ce matin-là
je me suis approché
et tu m’as dit que tu t’appelais Yelba Fátima.
De près je contemplais ton visage
tes yeux gris, tes cheveux courts,
ta peau blanche bronzée par le fort soleil
tes lèvres desséchées.
Dimanche arriva.
Tu partais pour Jinotega.
Je fus triste d’apprendre que tu t’en allais
(j’étais suis tombé amoureux).
Les jours avec toi ont été courts
et tu ne m’as pas dit quand je te reverrais.

Erwin Antonio Alvarado
Atelier de poésie du Bataillon Camilo Ortega Saavedra, Diriamba

*

Tu ne sais pas (Vos no sabes)

Quand je suis arrivé à Quebrada Honda
tu ne sais pas, Ileana,
la rose que je t’ai offerte l’an dernier
a repoussé au bord du chemin.
Les mangues pourries tombées au sol ;
la petite école a de nouveaux pupitres
et davantage d’élèves.
Les garçons de Miguel sont grands maintenant
et la maison de Doña Sara
où j’enseignais à lire et à écrire
est peinte à la chaux
et tu ne sais pas que je me souviens
quand je suis à Quebrada Honda.

Ervin García
Atelier de poésie de Masaya

*

Sergio

C’est en jouant au foot que nous nous sommes connus.
Nous parlions beaucoup
mais tu ne me dis pas que tu étais guérillero.
Le 7 juin 1979 à l’aube
on entendit les coups de feu des Garand, des Enfield, les mitrailleuses
et les tirs de 22.
On entendait les slogans et puis le silence retomba.
Le matin tout San Juan de Oriente regardait
les morts.
Tu avais reçu une balle dans la tempe droite
Pedro et Luis avaient été mitraillés
un garde national continuait de leur donner des coups de pied en disant
– Fils de pute, je me paye les tirs que j’ai ratés –.
Ensuite il prit ta montre
demanda si nous les connaissions.
Nous ne répondîmes pas.
C’était où se trouve aujourd’hui la Place du 7 Juin.

Juan José Jiménez
Atelier de poésie de San Juan de Oriente

*

Je suis vivant (Estaba vivo)

Le 19 juillet j’étais sur la Place de la Révolution
et regardais depuis le camion militaire,
pris à la garde nationale à León,
les enfants qui se mêlaient à la foule, libres.
Alberto me salua surpris
parce qu’il n’imaginait pas
que j’étais guérillero.
Je pensais à ma famille
et les cherchais dans la foule.
Avant de repartir pour León
mon cousin Juan José me trouva
et je partis heureux
parce qu’il pourrait dire à ma mère
                                                   que je suis vivant.

Luis Castro
Atelier de poésie de l’Armée de l’air sandiniste

*

À l’asile des fous (En el manicomio)

Je dis au camarade Pedro
                              (mon second responsable à la caserne)
partons pour le Kilomètre Cinq
je veux que nous allions voir les fous.
Il était 16:22
                     comme on dit chez les militaires.
Quand nous entrâmes dans l’hôpital
un camarade faisait la garde avec un M-16,
une grosse infirmière nous dépassa pressée
et un patient de quelque 55 ans tournait en rond
en regardant les murs sales de l’édifice
tandis qu’à côté une petite vieille
marchait rapidement en riant toute seule ;
d’autres avec des chemisettes vert-foncé
en regardaient une qui chantait frénétiquement
des chansons mexicaines
                                        – toutes avec les cheveux en bataille –
et se réjouissaient parce qu’elles se croyaient au cinéma.
Nous marchâmes dans les allées
quand une gamine d’une quinzaine d’années s’approcha
nous salua et Pedro dit :
– Regarde, regarde comme la mignonne me fixe.
Je lui dis
ce n’est pas toi
mais l’étoile que tu as sur la manche.
Elle voulait déchiffrer l’étoile rouge de la police.
                                                              Et sortit en courant.
Nous étions pleins de tristesse
de ce dont nous étions témoins :
grimaces à travers les grilles
gémissements dans les pavillons
la souffrance d’un épileptique quand il se mordit la langue
la puanteur des chambres
et peu de personnel pour tant d’infirmité
augmentée par la guerre.
Les rayons du soleil tombaient sur les branches d’un laurier
et un oiseau quiscale se mettait le bec sous l’aile
dans le parc Las Piedrecitas
au retour de l’hôpital psychiatrique ;
mon camarade commentait tranquillisé ce que nous venions de voir,
en chemin vers notre Unité de sécurité et protection des ambassades.

Francisco Martínez Herrera,
Atelier de poésie U.P.E. (Unidad de Seguridad y Protección de Embajadas)

*

Emilia Ramos

Tu travaillais à la récolte du café
dans la hacienda Santa Isabel
qui appartenait au propriétaire terrien José Arévalo
                                    et appartient aujourd’hui au peuple.
Tu semais le maïs, cueillais les haricots, désherbais le riz.
Tu ne comprenais pas bien comment tu étais exploitée
mais tu me faisais plaisir quand tu disais
– Tout sera différent quand la Révolution triomphera –
parce que Manuel Lezama du Front sandiniste
te le fit voir.
Ensuite tu fus contente
parce que je participais à la lutte.
Aujourd’hui tu t’engages et travailles comme volontaire
à la construction d’une école dans le quartier Bertha Díaz.
Ainsi contribues-tu à consolider ce processus
comme le fit Arlen Siu6,
comme les belles volontaire pour l’alphabétisation qui font une réalité du rêve de Carlos Fonseca,
comme les femmes qui donnent le meilleur de leurs jours
et empoignent le fusil au Salvador, en Uruguay, au Chili et au Paraguay,
comme les femmes d’El Cuá et Blanca Aráuz
qui combattirent aux côtés de Sandino.
C’est toi, maman.

Segundo Ramos
Atelier de poésie de l’Armée de l’air sandiniste

6 Arlen Siu : Révolutionnaire nicaraguayenne d’origine chinoise, tuée au combat à vingt ans en 1975 et considérée comme un des premiers martyrs de la Révolution sandiniste. Elle a laissé des écrits, comme des chansons.

FSLN avec le portrait d’Arlen Siu (Source : Sandinistak.org)

Twit28 «Y el amor será un huerto florentísimo»

Anthologie janvier-février 2020 FR-EN-ES

Y el amor será un huerto florentísimo.

Francisco González Guerrero 🇲🇽

*

Entre la espesa noche
si vamos a morir que sea
junto al pobre; si vamos
a vivir que sea
junto al pobre digno.

Samuel Feijóo 🇨🇺

*

Sólo el pueblo
hace libres a los hombres.

Miguel Ángel Asturias 🇬🇹

*

A los sueños también
les caen
los pelos y los dientes.

Euler Granda, in De cómo tus piernas venían con nosotros 🇪🇨

Nosotros los torpes
que sólo fuimos artífices de la banca rota,
los pelagatos,
los buenos para nada,
los envidiosos, los réprobos, los malos,
los inútiles para la compra y venta,
los condenados en vida
los apocados
que nunca tuvimos amigos influyentes
ni compadres,
los que sufrimos de vómitos incoercibles
frente a los gobernantes,
los que nacimos sin agallas,
los que escarbamos debajo de las cosas.
A Ustedes los mimados de la Divina Providencia
los que vamos a morir les escupimos.

Euler Granda, Fue un placer conocerles #tzantzismo

*

Los dos tipos de gente que dominan en Nicaragua los bebedores de sangre
y los comedores de mierda …
la Mierdocracia
generales y comerciantes, cuando no generales comerciantes.

Ernesto Cardenal, in La santidad de la revolución 🇳🇮

Los Jaguares son condecorados.
Juntas militares sobre montones de calaveras
y zopilotes comiendo ojos
El Dictador sacrificador-que-saca-corazones-humanos
Miss Guatemala asesinada
por la «Mano Blanca».

Ernesto Cardenal, in Los ovnis de oro

Note. Rogelia Cruz Martínez, Miss Guatemala 1958, et militante de la Jeunesse patriotique du travail, fut enlevée et assassinée par l’escadron de la mort La Main Blanche en 1968.

Al atardecer salen los cocuyos, como linternas;
sus ojos resplandecen como lumbres,
a su luz hilan y cosan y tejen y bailan los indios.

Ernesto Cardenal, in El estrecho dudoso #sandinismo

*

Y Dios creó a Superman
a imagen y semejanza suya
y le llamó U.S.A.

Alejandro Bravo, La Biblia contada a los niños por Richard Nixon 🇳🇮 #sandinismo

*

Llegó a enloquecer en su anhelo de querer que nadie sufriera.

Domingo Moreno Jimenes 🇩🇴

 *

Our people
have gone through so many different
changes. From the cowboy and Indian era
to our present so called space age.
The only thing going space high
is the cost of living

Alivia Nada #Chicano 🇺🇸 🇲🇽

#Aztlan

*

As ternas modulações
do teu falar tão pausado,
dão-me a vezes tentações
de me matar a teu lado.

Enquanto à tarde passeias
à beira do teu terraço
eu julgo ver no espaço
de beijos as nuvens cheias.

José da Silva Maia Ferreira (1827-1867) 🇵🇹 🇦🇴

*

D’après un document de la DGSI classé secret-défense, 150 quartiers sont « tenus » par les islamistes en France. Outre les banlieues de Paris, Lyon et Marseille, la situation « prend des proportions inquiétantes » à Roubaix selon un préfet. (JDD) (Brèves de presse)

Qu’est-ce que cela veut dire, « des quartiers sont tenus par les islamistes » : ils les tiennent par la barbichette ? Je pose une question sérieuse parce que ce n’est quand même pas comme si l’on ne nous avait jamais dit qu’il y a de l’islamophobie dans les services de police et de sécurité.

Décris-moi un quartier « tenu » par les islamistes. – Si les critères portent sur des actes illégaux, qu’attendez-vous pour intervenir, plutôt que de rédiger un rapport ? S’il n’y a rien d’illégal, en quoi la police est-elle concernée ?

Qu’est-ce donc que ce rapport de la DGSI sur les quartiers « tenus (?) par les islamistes » ? Une initiative de l’amicale maison des membres du RN pour donner un petit coup de pouce à leur parti à quelques semaines des élections municipales ?

On a donc un rapport DGSI « classé secret défense » dont les médias connaissent et diffusent les conclusions ! C’est le premier problème. Le deuxième problème : ces conclusions alarmantes ne peuvent être vérifiées par personne (le rapport étant secret, on n’en connaît pas la méthodologie). Ces conclusions alarmantes et invérifiables étant que 150 quartiers en France sont « tenus » par les islamistes, quelle aubaine, ce rapport, pour RN et LR à quelques semaines des élections municipales ! Quelle aubaine pour les islamophobes de tous poils ! Même LREM va s’y mettre, bien obligé…

Compte tenu de ces éléments, à savoir 1) fuite du secret-défense, 2) conclusions alarmantes invérifiables, 3) possible motivation discriminatoire (islamophobie), il faut de toute urgence une enquête parlementaire sur les pratiques de manipulation de l’opinion par les services dits spéciaux.

*

Une manifestation en marge du déplacement d’Emmanuel Macron à Dunkerque. Des avocats interpellés et placés en garde à vue. Très vite relâchés après l’intervention du procureur. (France Bleu Nord)

« C’est la première fois : un avocat a été interpellé sans aucun motif juridique et emmené au commissariat pour un début de garde à vue alors qu’aucun délit ne lui a été notifié. » (Maître Debeugny)

C’est peut-être la première fois pour un avocat mais sinon c’est tellement fréquent… Les interpellations malveillantes aux prétextes les plus futiles sont-elles sanctionnées, aussi ? Le juge constate que le policier a ouvert son code pénal au hasard et lu les premiers mots qu’il a trouvés : « Vas-y, c’est bon, embarque » (à son collègue)… La personne finit évidemment par être relâchée mais le policier court toujours !

Quelles sanctions sont-elles prononcées contre le policier qui envoie arbitrairement un citoyen en garde à vue (dans un pays libre) ? Ne répondez pas si vous craignez des ennuis avec une police dont le sentiment d’irresponsabilité et d’impunité est total. (Et ce non pas depuis un an ou deux, mais depuis toujours en France, ou bien il y a quelque chose que je n’ai pas compris.)

*

The idea that “only humans eat themselves to death” is wrong. To be sure, animal species in their adaptive environments don’t, but entire ant colonies do eat themselves to death in labs when served human-processed food, because with drastically unbalanced food they get food poisoned (from sheer consumption) before being able to reach satiation.

Some mental mechanisms surely prevent most human individuals from food-poisoning themselves in a single meal but the financial incentive of processed food producers is nevertheless to market food the consumption of which delays satiation ad infinitum so to speak, which means till the last bite before food poisoning. Hyperpalatability plays a role in long-term addiction but unbalancedness makes the difference as to single meals.

Regarding human mental protections, dealers would maximize benefits by mixing inhibiting factors with the food. Assuming a system with both a neocortical part (first threshold) and a paleocortical part (secondary system for critical risk area), inhibiting the neocortical part would increase sales without any easily traceable public health effect (whereas blocking the paleo part would make no difference in consumption and blocking both parts of the system together would lead to mass food poisoning).

Among the many chemicals found in processed food I suggest that, the true function of some of them, albeit they are labelled, say, colorants or emulsifiers, is, after extensive research in industry labs, to inhibit the neuromechanisms of satiation (and of prevention of food poisoning).

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Health bureaucrats hit the road with ‘transformative’ new plan to tackle obesity. (Sidney Morning Herald, Nov 24, 2019)

The Australian health plan sounds good. Yet in “Manufacturers could also be forced to slash the amount of sugar, fat and salt in processed foods,” I don’t see the word ‘chemicals’ (colorants, emulsifiers etc), which are likely to affect the functioning of neuromechanisms.

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Contenus haineux sur Internet : « L’idée est de responsabiliser tant les auteurs de ces contenus que les plateformes. (…) Elles devront retirer dans un délai maximum de 24 heures les contenus haineux, sinon ce sera un délit. » (LCP)

Quand on voit comment fonctionne leurs filtres pour images sensibles : ils laissent passer des images  choquantes mais masquent la photo d’un homme politique, on se demande comment ils vont filtrer les contenus haineux, sur quels critères. (more light)

Sur les critères du gouvernement.

Par exemple : si c’est une religion qui le dit, c’est permis ? (more light)

Cela dépendra du gouvernement en place, et je suspecte tous les partis qui imaginent entrer au gouvernement de trouver au fond cette loi bonne. Je veux dire, vous avez vu le droit que nous nous payons déjà ? La France est le pays le plus condamné par la Cour européenne des droits de l’homme en matière de liberté d’expression, avec la Turquie et la Russie.

Comment ça s’appelle, une classe politique nationale qui, depuis des décennies, ne tient jamais aucun compte de l’autorité de chose jugée des arrêts de la Cour européenne des droits de l’homme en matière de liberté d’expression ? Ça s’appelle un fléau à éradiquer.

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Épistémologie

Non, ce n’est pas une araignée. Il s’agit de la queue d’un serpent qui  s’appelle Pseudocerastes urarachnoides ou vipère d’Iran à queue en forme d’araignée. En bougeant sa queue, la vipère attire ses proies. (Norbert explique-nous : lien vidéo)

Un jour, il faudra qu’un logiciel puisse montrer en accéléré par quelles micro-mutations avantageuses on arrive à une queue en forme d’araignée (quasi) parfaite qui bouge de manière autonome de la queue (c’est-à-dire selon un mouvement complexe par rapport à celui de la queue elle-même, l’appendice arachnéen se mouvant avec un certain degré d’autonomie, comme une sorte de bras articulé) pour imiter un mouvement d’araignée.

La première micro-mutation, que serait-elle ? Une petite boule blanche au bout de la queue ? Quel avantage pour le serpent ? Et puis la deuxième, un autre petit point blanc à côté, le début d’une pseudo-patte ? Quel avantage là encore ? Je ne parviens pas à voir les avantages pour le serpent d’un appendice caudal qui ne ressemble à rien pendant x mutations et puis commence à ressembler à une araignée à x+1, c’est-à-dire je ne vois pas comment on peut arriver à x+1 (qui est ce qu’on voit sur la vidéo). La seule hypothèse possible est tout de même « hard » : la première mutation est une macro-mutation tératologique ressemblant déjà suffisamment à un insecte ou à une araignée, donc avantageuse, tout en n’étant pas un handicap lourd, alors que cette monstruosité ralentit sûrement le serpent.

[En fait, selon d’autres prises de vue que j’ai observées entre-temps, cet appendice caudal semble peu encombrant eu égard à la taille du serpent. Une première mutation même très imparfaite comparée au produit « évolué » et fixé dans l’espèce (x+1) pouvait tout de même passer pour une proie suffisamment caractérisée, compte tenu de la perception elle-même approximative des oiseaux dont se nourrit le serpent. Je reproduis cependant les considérations qui suivent, car la discussion a débouché sur des considérations d’épistémologie scientifique plus larges.]

Dans la théorie synthétique de l’évolution (celle qu’on utilise actuellement), il n’y a pas de micro-mutations qui se cumulent, en fait. (Johnson)

L’hypothèse des micro-mutations reste de bon sens. Vu que le taux de micro-mutations avantageuses sur les micro-mutations indifférentes ou nuisibles est déjà infinitésimal, pour une macro-mutation le terme approprié n’existe même pas (infinitésimal au carré).

Une mutation avantageuse est un bilan positif entre l’avantage et l’inconvénient de la déviation. Une mutation tératologique (macro-mutation/monstruosité) a une chance infinitésimale au carré d’avoir un bilan positif. Mais enfin il suffit d’une fois…

La génétique statistique repose soi-disant sur « Ce qui doit arriver arrive » (c’est le principe sous-jacent à la prophylaxie des maladies récessives). Or, avec ce serpent, c’est : « Ce qui ne doit pas arriver (l’infinitésimal au carré) arrive. » En général, quand on dit « une chance sur cent millions », on interprète cela comme voulant dire « jamais ». Pas ici. Une chance sur cent millions doit toujours finir par arriver. Souvenez-vous-en quand, dans d’autres domaines scientifiques, vous lirez qu’une probabilité infinitésimale peut être considérée comme une impossibilité. – Le traitement heuristique de l’infinitésimal statistique est différent selon les domaines (génétique vs physique, par exemple). Cette différence de traitement est probablement justifiée mais, à ma connaissance, pas expliquée théoriquement (par une métathéorie).

Nous avons tous un grand nombre de mutations indifférentes. Quelques-uns ont des mutations nuisibles (maladies génétiques). On ne sait pas ce que pourraient être chez l’homme des mutations avantageuses aujourd’hui.

Si, on sait très bien : par exemple, doublement de cellule, grosse mutation hyper rare donnant un QI de génie, exemple Einstein qui la possédait. Ensuite, rhésus neutre : mutation permettant de recevoir du sang peu importe le rhésus. Ou encore immunité au sida : quelques cas existent. (Johnson)

Ces mutations seraient avantageuses si « l’avantage » que vous décrivez se répandait dans la population. Une mutation avantageuse est par définition celle qui donne un avantage reproductif. Les effets « bénéfiques » qui ne se traduisent pas par un tel avantage ne décrivent donc pas une mutation avantageuse au sens de l’évolution, le critère étant celui de la diffusion de la mutation. Dans les exemples que vous donnez, il est probable que, si ce sont bien des mutations, elles continueront d’apparaître de temps à autre à titre de mutations et rien d’autre si elles ne sont pas fixées dans la population par la voie de la sélection naturelle. C’est en ce sens que l’homme actuel ne connaît plus de mutations avantageuses.

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Le hasard n’existe pas en science : tout effet a une cause (principium rationis sufficientis). Le « hasard » est une façon pour nous d’appréhender statistiquement des phénomènes dont la multiplicité des facteurs nous empêche au stade x de les traiter mécaniquement.

Les interprétations actuelles de la mécanique quantique violent les lois de l’entendement et sont vouées à être révisées. Ce qui ne remet pas en cause ses résultats. Le système de Ptolémée parvenait à bien prédire les éclipses. Le travers consiste à confondre performance et validité : le système de Ptolémée était (relativement) performant et le défaut de Newton n’est pas tant sa performance que la singularité d’une vitesse infinie (dans l’action à distance) qui ne se laisse pas penser.

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La bouteille de Klein est une surface sans bord et non orientable (c’est-à-dire qui n’a ni intérieur, ni extérieur) (Norbert explique-nous, avec la vidéo d’une bouteille de Klein réalisée en verre : lien)

Si je bouche le trou dans le cul de cette bouteille, avec un bouchon en liège par exemple, elle est complètement fermée. Comme une bouteille normale, quoi. Donc une bouteille normale n’a ni intérieur ni extérieur. CQFD.

La différence avec une bouteille normale, c’est qu’on ne peut pas la remplir complètement par le trou. C’est-à-dire qu’elle a des compartiments… 😐

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Après avoir connu le « salaire d’appoint », les femmes auront la « retraite-appoint ». (Journal Fakir)

À l’époque, la femme était souvent le second revenu d’un ménage, à savoir que le mari travaillait déjà quand la femme s’y est mise ensuite, et ce assez souvent lorsque le revenu du premier ne suffisait plus aux besoins du ménage. Les patrons ont donc prétendu qu’un « salaire d’appoint » suffisait, et c’est passé.

À l’époque, donc, dans bien des cas un second revenu arrivait dans le ménage quand le premier ne suffisait plus. Aujourd’hui, les deux dans le ménage travaillent déjà, et rebelotte ! les deux ensemble ne suffisent plus. On va donc passer au ménage à trois ?

[Je possède quelques statistiques pour les États-Unis : «Between the 1960 Census and the Current Population Survey of March 1970, the proportion of white skilled and semi-skilled workers with wives in the labor force jumped from 32 to 44 percent. But this rise is no clear justification for drawing conclusions about ‘progress.’ In this connection, it may be of some relevance to note that for married men aged 45-54, in this occupational group of whites, the proportion with wives in the labor force was 35 percent as of 1960, but ten years later, the proportion with working wives changed very little, to 41 percent.» (Sheppard & Herrick, Where Have All the Robots Gone? Worker Dissatisfaction in the 70s, 1972) Je crois me rappeler du temps de mes études qu’à l’orée des années 2000 ces taux restaient relativement bas aux États-Unis, à peine au-dessus de 50 % en moyenne générale, mais cela demande confirmation.]

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« Essayez la dictature et vous verrez ! » : Emmanuel Macron dénonce les discours affirmant que la France n’est plus une démocratie. (France Info)

Quand certains membres du parti présidentiel parlent de la Russie et de la Turquie, ils n’en parlent pas comme de démocraties très… démocratiques. Eh bien, la France est avec ces deux-là le pays le plus condamné par la Cour européenne des droits de l’homme pour violations à la liberté d’expression. CQFD.

Le problème n’est donc pas seulement l’actuelle majorité mais tout ce qu’elle a trouvé en arrivant et dont elle a certes usé sans modération ni la moindre finesse de jugement mais, à vrai dire, sans atteinte à notre législation, qui est bien la chose honteuse dont il est question dans le débat. (Ce qui ne veut pas dire que tout est légal dans ce qui se fait actuellement ; les violences policières ne le sont pas.)

Selon le Democracy Index, la France est une flawed democracy (traduit par démocratie imparfaite), loin derrière les full democracies, au 29e rang en 2018. Les Français demandent une démocratie pleine et entière.

Ces propos du président de la République sont donc très inquiétants. « Nous sommes une démocratie, dit-il en substance, mais le problème, avec les Français (qu’il a déjà traités de ‘Gaulois réfractaires’), c’est qu’ils ne sont jamais contents ; il faut que ça cesse, et nous allons donc faire encore plus de répression. »

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#Parodie Allez en dictature où il y a plein de kwassa-kwassa et vous verrez !

Je n’adore pas le mot kwassa-kwassa car cela donne l’impression qu’il amène du Comorien, c’est différent.

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Des enquêtes pénales transprescriptionnelles

Le parquet de Paris ouvre une enquête pour viols sur mineur contre Gabriel Matzneff après les révélations de Vanessa Springora dans son livre Le Consentement. Malgré la prescription, cela permettrait d’éclaircir ces actes, voire d’en découvrir de nouveaux. (Habeas Corpus)

Je relève les citations suivantes dans l’article du Monde du 3.1.2020 qui accompagne ce tweet :

« Il ne peut pas y avoir de procès dans de tels cas, mais l’enquête permet de ne pas laisser sans réponse les victimes. À l’issue de l’enquête, et avant de la classer pour prescription, le parquet propose une rencontre entre la victime et son agresseur présumé. … Il est arrivé que cette ‘mise en présence’ permette ce qu’une audience aux assises n’aurait jamais pu : ‘On a obtenu des aveux en confrontation, des lettres d’excuses’, avait expliqué M. Molins au Monde»

Si l’auteur ne veut pas parler, cette procédure est une perte de temps, et, comme il n’y aura pas de procès, en quoi une enquête l’inciterait-elle à parler ? En outre, un « agresseur présumé » n’est pas censé se faire enquêter, si je puis dire, sans l’assistance d’un avocat. En droit.

Peut-être parce qu’il ne risque rien. Le plus important ici n’est-il pas la pacification d’un trouble social devenu public, plus que l’issue judiciaire ? (Habeas Corpus)

Ce que j’y vois, pour ma part, c’est que le parquet français, déjà passablement suspect à bien des égards (cf la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l’homme) s’est arrogé un nouveau pouvoir par lequel il pourra persécuter des « agresseurs présumés » (présumés innocents) jusqu’à la fin de leurs jours.

En dehors de tout encadrement, ces enquêtes ne peuvent qu’exacerber les pratiques d’extorsion d’aveux, de fausses confessions par la police. Les interrogatoires ne cesseront que quand la personne aura « craché le morceau » et le parquet pourra se féliciter de ses bons résultats.

Quels bons résultats ? En tout état de cause, les faits seront prescrits et cela aboutira à un classement ou un non-lieu selon la procédure. Cela n’a aucun sens. (Habeas Corpus)

Quand une enquête débouche sur un procès, le procès permet d’examiner le déroulement de l’enquête : le procès encadre l’enquête. Dans des enquêtes « transprescriptionnelles », il n’y a donc aucun encadrement, quels que soient les textes que produira l’administration pour masquer ce fait fondamental.

Vous me demandez : « Quels bons résultats ? » Le parquet se rengorge déjà sur des résultats merveilleux dont aucune chambre d’assises ne peut rêver : « ce qu’une audience aux assises n’aurait jamais pu »…

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Une extradition de Carlos Ghosn par la France, s’il y retournait,
est possible en vertu de la théorie des actes de gouvernement du droit public

Carlos Ghosn et la non-extradition de nos nationaux : Si Carlos Ghosn revenait en France, pourrait-il être extradé au Japon ? Quelles règles en la matière ? (Habeas Corpus, article d’I. Shalabi du 6.1.2020, dont la conclusion est la suivante : « M. Ghosn, conformément à l’établissement du droit en vigueur et de la jurisprudence, intransigeante sur la question, s’il venait à revenir (sic) en France, ne pourrait effectivement pas être extradé. »)

Le droit français comporte en la matière deux (au moins) principes contradictoires.

Le premier est fixé à l’article 696-4 du code de procédure pénale cité : « L’extradition n’est pas accordée lorsque la personne réclamée a la nationalité française. »

Le second découle de la théorie des actes de gouvernement du droit public. « L’extradition, contrairement au mandat d’arrêt européen, intègre dans son processus une dimension diplomatique, en sus de la dimension judiciaire. » (Shalabi) C’est justement cette dimension diplomatique qui en fait un acte de gouvernement non susceptible de recours. Carlos Ghosn peut donc être extradé.

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Coronavirus

Au vu de la possible épidémie de coronavirus Wuhan en France après la découverte de deux cas, il faut que le gouvernement suspende officiellement l’application des lois interdisant la dissimulation du visage dans l’espace public, et encourage le port de 😷 et de niqabs.

Nota Bene. Si le masque sanitaire (😷) est un bon préventif (cf Dr Jena Grayson: “Cover your nose/mouth with a tissue“), alors le niqab, la burqa et tout autre voile intégral, islamique ou non, est également un bon moyen prophylactique contre le coronavirus et autres germes.

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A burqa is probably as good as any hazmat suit. This is paleoprophylaxy.

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Les masques ne servent effectivement à rien sauf si vous voulez dépenser inutilement. (Samuel H., qui fournit des liens vers deux articles, dont un que je cite pour montrer que sa conclusion n’est pas celle de cet article qu’il cite comme sa source.)

« Le coronavirus chinois, un peu comme la grippe, peut se transmettre de deux façons : par les postillons, la toux et les éternuements mais aussi par les mains. D’où l’intérêt de ce masque. S’il est porté correctement et qu’il s’accompagne du lavage des mains, il est très fiable. » (Prof. Jean-Christophe Lucet, « en charge de la prévention des infections à l’hôpital parisien Bichat »)

Oui, ce masque est très efficace s’il est porté par un malade, pour éviter de transmettre la maladie. En revanche, il est peu efficace porté par une personne saine pour éviter d’être contaminé. (Carpe Volubile)

Toujours dans le même article (maxisciences) : « La chercheuse du CNRS Sandrine Belouzard estime que le masque de protection ‘joue un rôle de barrière évident’ dans la transmission par voie aérienne. » Une barrière, c’est dans les deux sens. Même asymétrique, ce serait une raison suffisante pour dire que ça ne sert pas à rien de manière générale (et pas seulement pour le coronavirus). Et l’article maxisciences censé dire que le masque ne sert à rien dit en fait que les spécialistes sont divisés sur la question.

Voyons les arguments contre, selon l’article : « Mais l’efficacité de ce dispositif n’est pas garantie, et les différentes études menées à ce sujet ne sont pas parvenues à des résultats probants. » « Il existe peu de preuves mettant en évidence le bénéfice du masque porté ailleurs que dans un hôpital. »

« Pas garantie », « pas de résultats probants », mais le mieux :  « peu de preuves » (Dr Jake Dunning), donc quand même des preuves ? Le principe de précaution peut s’appliquer dès la moindre preuve.

Le masque est forcément protecteur par rapport à une personne dont toutes les muqueuses sont exposées, simplement par réduction de la surface d’exposition.

Trois muqueuses : yeux, nez, bouche. Hypothèse : les trois muqueuses constituent à hauteur d’un tiers chacune la surface d’exposition totale. Si l’ensemble d’une population p se couvre le nez et la bouche, tout porteur de masque n’évitera pas la contamination par les yeux mais la surface d’exposition totale est réduite de deux tiers, et le risque global de contamination de deux tiers ou bien de x (dont il est probable que la valeur ne soit pas négligeable).

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Pour le monocamérisme

Le candidat d’opposition à l’élection présidentielle 2020 en Côte d’Ivoire, M. Mamadou Koulibaly, a retweeté mes analyses de 2019 sur la suppression du Sénat en France. Un Sénat a en effet été créé en Côte d’Ivoire en 2016.

Mon analyse, déjà publiée sur mon blog (Twit19 ici) est la suivante. Elle commence avec le tweet en photo (1/) (cliquez sur la photo pour l’agrandir).

2/ Pour résumer le tableau : les États monocaméraux sont majoritaires dans l’Union européenne (15 sur 27) et dans l’ensemble plus démocratiques et plus respectueux des libertés que la France bicamérale (seulement 5 États sur 15 font moins bien sur les 2 indices).

3/ Une seconde chambre parlementaire a un sens dans un État fédéral pour représenter les États fédérés. Dans un État unitaire, aucun intérêt.

4/ Un Sénat ne sert donc à rien car 1) la France n’est pas un Etat fédéral, et 2) le Sénat ne rend pas la France plus démocratique ni plus respectueuse des libertés que ses voisins monocaméraux. Cela sert juste à recycler de vieux barbons qui n’ont rien fait pour les libertés.

« De l’utilité du Sénat en France » est évidemment ironique dans la bouche de Koulibaly : nous sommes tous les deux d’accord pour dire qu’un Sénat est inutile (en France comme en Côte d’Ivoire, autre pays unitaire et non fédéral) : « Le Sénat ivoirien est une arnaque. Totalement inutile et inefficace. Ça va être budgétivore, ça n’a pas de sens. La Constitution qui l’érige n’est pas une Constitution démocratique. » (Mamadou Koulibaly via Eburnie Today, 5.6.2017)

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Un Sénat a été créé en Côte d’Ivoire en 2016. (Par ailleurs, le Sénat a déjà été supprimé deux fois au Sénégal, en 2001, puis –après son rétablissement en 2007– en 2012.) Ma conviction est que, comme la Côte d’Ivoire est un État unitaire et non fédéral, une seconde chambre parlementaire est au mieux une excroissance inutile.

Dans un État unitaire, en réalité le Sénat fragilise même le pouvoir législatif. D’une part, les navettes alourdissent le processus législatif, faisant douter l’opinion publique de l’efficacité de l’institution et accroissant le pouvoir de l’exécutif par l’instrument du calendrier parlementaire. D’autre part, deux chambres peuvent conduire à un pouvoir législatif divisé contre lui-même (donc affaibli par rapport à l’exécutif). Par exemple, en France, les deux commissions d’enquête Sénat et Assemblée nationale sur l’affaire Benalla ont conduit à des conclusions opposées. Quelle crédibilité garde le législateur dans ces conditions ?

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Droit dit de la presse : Incompréhensible, ce contentieux est une loterie nationale

« Insulter la religion est une atteinte à la liberté de conscience » (Garde des sceaux [qui s’est rétractée depuis lors]) Depuis quand ? (Alexis Poulin, co-fondateur @Lemondemoderne)

Depuis que c’est dans la loi de 1881, qui prévoit des peines aggravées pour injure, diffamation, provocation à la haine envers « une personne ou un groupe de personnes à raison de leur origine ou de leur appartenance ou de leur non-appartenance à une ethnie, une nation, une race ou une religion déterminée ».

Quand les Musulmans commencent à réclamer la protection légale qui leur est due, tout à coup plus « personne » ne connaît la loi… #Islamophobie

La loi parle bien de personne ; l’Islam, comme les autres religions, n’est pas une personne mais une idéologie qui peut parfaitement être insultée. (Philippe)

Je peux donc aussi critiquer une race, puisque ce n’est pas une personne ?

Vas-y, essaie pour que je voie comment tu vas tourner ton tweet sans désigner explicitement une personne ou un groupe de personnes. (Philippe)

Ce que je vous demandais, c’est comment vous tournez, vous, une critique (vous dites même une insulte) d’une religion, défendue par la loi au même titre que la race, l’ethnie, la nationalité, etc, sans que ce soit illicite, alors que ce serait illicite pour une race, ethnie, nation, etc.

La loi ne protège pas les religions, seulement les croyants. C’est si compliqué de faire la différence entre l’idéologie et la personne qui y adhère ? (Philippe)

« La loi de protège pas les races, les ethnies, les nations, le sexe, l’orientation sexuelle… » Cette « idéologie » étant nommée dans la loi de 1881 avec d’autres catégories, elle est protégée au même titre que ces autres catégories et la distinction que vous faites est inexistante en droit. Un commentateur à Cnews en sait quelque chose, qui se pourvoit actuellement devant la Cour européenne des droits de l’homme.

X a été condamné pour avoir attaqué les musulmans. Le blasphème est un droit en France. (Philippe)

Il existe en France un contentieux des films « blasphématoires » : TGI Paris 22.9.1988, 1e civ. 29.10.1990 cf. J.-M. Denquin, Sur les conflits de liberté, 1981. Une jurisprudence dite « équilibrée ». [Retweeté de mon essai Race et religion en droit de la presse : kif-kif bourricot (Twit22 ici)]

Il y a donc d’un côté les musulmans et de l’autre l’islam ? De mieux en mieux…

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Des juristes, et sans doute non des moindres, donnent cependant raison à ce Philippe, mais ils ont évidemment tort (ils ridiculisent et fragilisent le droit). Explications.

#Blasphème Le droit français n’a aucun sens : « Il est possible de critiquer fermement, même avec des propos très virulents ou injurieux, une religion, alors que les croyants sont protégés par les infractions listées. » (Note juridique de 2016 publiée sur le site internet du Sénat qui, entre le moment où je tweetais, le 30 janvier 2020, et aujourd’hui l’a retirée du site : « Page d’erreur 404 ».)

Prenons un exemple. « Le babisme est une religion imbécile » : Licite ? « Le babisme est une religion d’imbéciles » : Illicite ?

Cette interprétation reprise par le Sénat est évidemment fautive car elle rend impossible « la protection des croyants » par la loi qui vise à les protéger. Mon exemple le montre pleinement : de deux propos équivalents, l’un serait condamné, l’autre non.

De deux choses l’une : ou bien vous supprimez ces lois (parce qu’elles sont liberticides) ou bien vous les appliquez. Car les interpréter de manière sournoise, équivoque et arbitraire, cela tue le droit.

Or je dis que cette interprétation reprise par le Sénat, qui empêche de protéger les croyants (puisqu’un simple ajustement verbal sans aucune conséquence sémantique permet d’échapper à toutes sanctions pénales), est, dans le contexte actuel, elle-même de l’islamophobie.

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Emmanuel Macron apporte son soutien à Mila et réaffirme le droit au blasphème : « La loi est claire : nous avons droit au blasphème, à critiquer, à caricaturer les religions. Ce qui est interdit, c’est l’appel à la haine, l’atteinte à la dignité. » (L’Obs)

Toutes les lois de répression de la parole (qui ne sont pas du tout claires, contrairement à ce qu’affirme le président) doivent être supprimées. Grandissez.

« Il est impossible de concéder que, par les mots ‘liberté de la presse’, les auteurs du Premier Amendement entendaient simplement adopter le point de vue étroit qui prévalait alors dans la loi anglaise selon lequel cette liberté ne consisterait qu’en une garantie vis-à-vis de toute censure préalable. » Cette phrase prononcée en 1936 par le juge Sutherland de la Cour suprême des États-Unis veut dire que la liberté d’expression n’est pas assurée par la seule absence de censure préalable (comme en France) mais qu’il faut aussi que soient déclarées inconstitutionnelles toutes lois condamnant des paroles quelles qu’elles soient. Le Premier Amendement date de 1791 ; la France a 230 ans de retard !

Le président de la République a dit que les paroles de Mila n’étaient pas illicites et le parquet à sa botte n’a pas engagé de poursuites, mais j’invite une association agréée qui serait d’un avis différent à porter plainte pour qu’un juge se prononce. Le gouvernemenet et le président de la République ne sont pas juges.

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« [Pourquoi] Dieudonné est-il interdit de spectacle quand il critique les juifs tandis qu’on offre à cette jeune femme [Mila] une tribune à la télé quand elle critique les musulmans ? » (Question du public via la journaliste Laurence Ferrari)

Dieudonné n’est pas seulement interdit de spectacle, il est aussi poursuivi et condamné en justice. Je ne parle pas de sa condamnation pour fraude fiscale mais de sa ou ses condamnations au titre de ce qu’on appelle le droit de la presse, c’est-à-dire pour des propos (paroles, écrits, dessins…). Je note que le juge qui l’a condamné pour fraude fiscale a justifié la sévérité de la peine par le fait que Dieudonné avait déjà eu des démêlés judiciaires ; or ces démêlés relèvent du droit de la presse et non du droit pénal commun, ce qui rend abusive une telle justification compte tenu de l’essence spéciale du droit de la presse, qu’il convient de protéger dans un État de droit.

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Censure par délégation de service public

Notre communiqué appelant l’ensemble des professionnels de justice à la solidarité dans le contexte des mobilisations en cours pour les retraites et la défense du service public de la justice. (Syndicat de la magistrature)

Le service public de la justice peut très bien fonctionner par délégation à des personnes privées, comme avec la #loiAvia qui investit les plateformes d’une mission de service public, à savoir la censure (des « contenus haineux », ce contentieux de masse).

On peut condamner à des peines privatives l’expression de « contenus haineux » mais une censure de ces contenus serait disproportionnée ? 🤔 [C’est un rappel que le Syndicat de la magistrature se montre, à juste titre, critique envers la proposition de loi Avia, mais que l’opposition à cette nouvelle forme de censure préalable qui s’introduit dans notre droit est peu cohérente puisque notre droit, par les peines privatives de liberté qu’il prévoit pour les délits d’expression, prétend faire de cette répression une priorité d’ordre public.]

Les magistrats ont failli dans leur mission de protéger le corps social contre cette gangrène qu’est la parole, contre les contenus haineux passibles de peines privatives. Place à la censure salvificatrice (avec délégation de service public) ! [Le propos est évidemment ironique.]

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« Va voir ta mère » : Jean-Luc Mélenchon perd son sang froid face à un manifestant qui l’interpelle. (BFMTV)

C’est sûr que « Vous patachonnez dans la tête », c’est tellement plus respectueux… 👌

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« ’Vous patachonnez dans la tête’: Le président de la République perd son sang froid face à un manifestant qui l’interpelle. » La #parodie qui rend fictivement BFMTV moins servile…

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On n’a pas le droit de dire à quelqu’un « Vous patachonnez dans la tête ». En plus, un patachon, ça n’a jamais été un capitaine de kwassa-kwassa qui amène du Comorien ; grosse confusion, là.

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Bipartyism Is Better

Why Alexandria Ocasio-Cortez is in the same party as Joe Biden: The New York congresswoman declared recently that, in any country but the United States, she and former Vice President Joe Biden would be in different political parties. (wsws.org)

Bipartyism is better than multipartyism. Currents inside parties, with primaries, are the same as multiple parties, yet the advantage is that the winning party can apply its electoral platform whereas under multipartyism platforms are discarded on behalf of deals between parties in parliament. Under bipartyism the platform is carried out (at least there is no institutional obstacle). Under multipartyism what is carried out is the outcome of dealings between parties, based, to be sure, on their respective electoral platforms, but nonetheless different (compromises); the constituencies, their votes are treated like trash.

Under multipartyism, when no party gets above 50% of the seats (and this is the rule rather than the exception), no voter can tell what the coalition deal will be which the ex-post coalition will carry out. In fact, you can hardly call this mess a democratic system.

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Violences policières

Le gouvernement nie les violences policières car il en a une définition personnelle commode (on ne pourrait parler de violences policières que dans le cas d’un système organisé). Or toute condamnation d’un policier pour des actes de violence dans le cadre de ses fonctions indique une violence policière. Et il y en a eu récemment (par exemple un lancer de pavé dans une foule de manifestants par un CRS).

En donnant de manière injustifiée un sens restreint aux violences policières, pour dire qu’il n’y en a pas, car on ne pourrait pas prouver qu’il existe un usage systématique et politique de la violence, le gouvernement cherche à se défendre plutôt qu’à défendre les agents, qui, eux, continuent de se faire condamner pour les violences policières qu’ils commettent, s’ils sont attrapés (comme le lanceur de pavé). Or cette définition a tout de même cette conséquence que, comme selon lui il n’y a pas de problème, le gouvernement ne cherche pas à résoudre le problème.

On peut considérer que cette nouvelle définition jusque-là inconnue des violences policières, inconnue et donc inacceptable par principe, a justement pour but de couvrir un système de violence organisé de manière occulte par le gouvernement en tant que chef de l’administration policière.

En outre, quand en même temps que la justice condamne des violences policières (le CRS lanceur de pavé a été condamné en première instance à de la prison avec sursis) le gouvernement dit qu’il n’y a pas de violences policières, la séparation des pouvoirs est fragilisée : cette position gouvernementale est une pression de fait sur l’autorité judiciaire pour qu’elle ne condamne pas les violences commises par des policiers dans l’exercice de leurs fonctions.

ii

Macron se dit « prêt à attaquer en diffamation toute personne dénonçant les violences policières ». (Révolution Permanente)

Je ne comprends pas bien le sens de cette déclaration qui rabaisse la fonction présidentielle au rang de procureur. Qui est la victime diffamée par une personne dénonçant des violences policières ? Ou bien la personne dénonce des violences policières en général et alors il n’y a pas de victime de diffamation. Ou bien la personne dénonce des policiers en particulier et alors, si le tribunal, au terme du procès, ne condamne pas la personne attaquée par le président de la République, celui-ci doit être attaqué à son tour pour dénonciation calomnieuse, ce que son immunité présidentielle interdit ; la personne attaquée en diffamation par le président serait donc privée de son droit à un procès équitable (article 6 CEDH).

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Amendocratie

#Grève6Février Étonnement à La France Insoumise : Grévistes et Gilets Jaunes sont dans la rue et pas en train de les regarder à la télé défendre leurs 19.000 amendements… 🧐

19.000 amendements et après ? Quand a-t-on vu l’obstruction empêcher le vote d’un texte ? La LFI a bien moins de chances de parvenir à ses fins avec des amendements contre la réforme des retraites que de destituer le président de la République si elle osait une destitution !

La France Insoumise refuse de lancer une procédure de destitution car, soi-disant, celle-ci ne pourrait être adoptée. Quand ils déposent une proposition de loi, ils sont donc convaincus qu’elle va passer, même si ça n’est jamais arrivé ?

L’opposition est tombée dans un piège et va s’embourber dans son obstruction sans espoir. La seule solution : lancer la procédure de destitution avec tous les arguments constitutionnels que sert à l’opposition la crise politique que vit la France.

Naufrage d’opposition parlementaire. La situation de crise est unique, la mobilisation unique, que fait l’opposition ? Elle… dépose des amendements sur la loi de réforme des retraites, c’est-à-dire elle fait ce qu’elle a fait sur tous les autres textes – avec quel résultat ? Ils sont tous passés. Ce n’est pas 3.000 ou 4.000 amendements de plus qui vont faire la moindre différence.

Si le nombre d’amendements est si important que ça, pourquoi LFI n’en a pas déposé, au lieu de 19.000, 1.999.000 ? Rien de plus simple : changer un chiffre, un mot, une virgule ici ou là, un logiciel peut le faire en dix minutes. Comme il est avéré que cette obstruction sera inefficace, si l’opposition croit pouvoir faire moins qu’engager la destitution du président de la République (en pouvant de surcroît espérer coaliser l’ensemble de l’opposition sur la question ainsi que les nombreuses défections du parti majoritaire), elle ne mérite pas de gagner aux élections. (Le sujet est très transpartisan : selon moi, cela peut passer plus facilement qu’une proposition de loi. Et surtout, c’est davantage un débat judiciaire – justice constitutionnelle – qu’un débat de politique publique.)

Ces messieurs et dames ont le droit sacré de déposer mille milliards d’amendements sur chaque texte, et ils viennent nous dire : « Regardez comme nous sommes fortement opposés à la réforme des retraites : nous avons déposé 20.000 amendements ! » 😶

Je ne pardonnerai jamais à LFI de n’avoir déposé que 19.000 amendements contre la réforme des retraites alors qu’ils avaient le droit sacré et la possibilité technique (en 3 minutes) d’en déposer 111.900.900. Ils se moquent de nous.

Bientôt la fin des 19.000 amendements en commission. Ces inefficaces batailles d’amendements sont un dévoiement du parlementarisme. Pendant ce temps, la mission de contrôle est réduite à la peau de chagrin, les enquêtes restent sans effet (cf affaire Benalla)…

Les 19.000 amendements approchent de ZÉRO en commission et la réforme des retraites va être adoptée. Et quelles images ! Maintenant un « orateur » ne s’exprime plus depuis une tribune mais assis derrière une table en bras de chemise au milieu de paperasses et de bouteilles d’eau…

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& last but not least!

Le Griveaux Gate !

[Renoncement, à un mois des élections municipales 2020 en France, du candidat du parti présidentiel à Paris après la parution sur internet de sex tapes de masturbation envoyées à, semble-t-il, une maîtresse.]

M. Griveaux renonce aux Municipales 2020 mais ce n’est parce qu’il a quoi que ce soit à se reprocher, non, c’est parce qu’il subit des « attaques ignobles ». C’est tellement cohérent…

Les hommes politiques (personnalités publiques) qui demandent de respecter leur vie privée veulent en fait que leur vie privée soit mise en scène par les seuls médias sous contrôle comme pur instrument de propagande. Quand un homme politique demande à ce qu’on respecte sa vie privée, comptez d’abord le nombre de reportages sur sa vie privée qui font la propagande de cet homme politique dans les médias.

#Parodie #ViePrivée ⚠ Ignobles attaques contre Griveaux montré faisant du vélo en bord de Marne avec son épouse et échangeant avec elle des sourires complices. Images diffusées par Gala, Closer, Point de vue, Le Figaro Madame, Marie-Claire

ii

Vu les attaques contre Piotr Pavlenski [citoyen russe réfugié en France, à l’origine de la publication des sex tapes sur internet] sur les réseaux sociaux à l’initiative des trolls des partis politiques, il est temps de songer à appliquer le statut protecteur de lanceur d’alerte (whistleblower) aux diffuseurs de sex tapes politiques. C’est une exigence démocratique.

Le statut de lanceur d’alerte existe car il s’agit d’actes illégaux selon la lettre mais qui sont au bénéfice de l’intérêt général. Les sex tapes sont légitimes car elles démontent la propagande sur les « stars » politiques. Pas de procès pour Pavlenski !

Tout le monde politique « exprime son soutien » à Griveaux mais personne ne lui a dit de rester candidat ! Cela montre bien que la diffusion de la sex tape est d’intérêt public et qu’aucun procès ne doit donc avoir lieu contre Pavlenski.

Si Griveaux avait vraiment subi une « attaque ignoble », « menace sur la démocratie » bla bla bla, il n’aurait jamais dû démissionner. Et se serait pris une dérouillée inouïe aux Municipales 2020. Vox Populi Vox Dei.

iii

#Parodie Le militant LREM : « C’est une attaque ignoble, la démocratie en danger mais on a quand même sacrément eu le nez creux de sortir Griveaux du gouvernement, sinon ça faisait un nouveau Delevoye Gate… »

(Au fait, sa sortie du gouvernement – dont il était porte-parole – pour être candidat aux élections municipales, c’était censé être une promotion ?)

iv

Le recours par la classe politique à la vie privée comme argument électoral et politique rend inapplicable la loi de 2016 relatif à la protection de la vie privée au cas de la classe politique. Elle a fait voter cette loi justement pour se protéger, je sais, mais c’est non.

Appliquer la loi de 2016 aux #GriveauxLeaks d’intérêt public serait contraire à la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme : « L’homme politique s’expose inévitablement et consciemment à un contrôle attentif de ses faits et gestes tant par les journalistes que par la masse des citoyens. » (Cour européenne des droits de l’homme, 2013)

Mise en scène de la vie amoureuse 2019 : « Julia et Paris, les deux amours de Benjamin Griveaux » (Paris-Match) (via Virginie Martin, politiste-sociologue)

Bourrage de crâne médiatique sur le thème de la vie privée (la vie de couple). Une contre-propagande (au même niveau) est forcément permise en démocratie puisqu’elle est nécessaire.

v

Comment la démocratie peut-elle être « mise en danger » par une « américanisation » de la société ? Si les Griveaux Leaks sont une « américanisation » de la société, les États-Unis ont été « américanisés » avant nous et sont bien une démocratie, donc il n’y a pas de danger pour la démocratie.

La classe politique française, qui réclame (qui se réclame à elle-même, en réalité, c’est-à-dire que les réactions indignées ou plutôt enragées nous annoncent purement et simplement ce qu’ils vont faire suite à ce qui vient de se passer) une nouvelle loi de corsetage d’internet, a la répression dans le sang. Les sex tapes sont connues aux États-Unis depuis longtemps et c’est une démocratie !

vi

Une députée LREM : « Une élection devrait être un débat d’idées, pas un déballage nauséabond. »

« Julia et Paris, les deux amours de Benjamin Griveaux » (Paris-Match 11.4.2019). Extraits :

« Anne Hidalgo a fait retirer les ‘cadenas d’amour’, mais Benjamin Griveaux et Julia n’en restent pas moins captifs l’un de l’autre. » (Légende d’une photo de l’article)

« Le petit gars de Saône-et-Loire a épousé Julia, une vraie Parisienne. »

« ’Il n’y aura plus le concert des ministres, papa ?’ Une formule enfantine de sa fille a suffi pour le désarmer : chez les Griveaux, le sens de la formule se cultive dès le plus jeune âge. »

« Depuis, c’est l’amour fou entre balades romantiques dans le cœur de Paris, séjours tranquilles dans la maison de Givry et soirées entre amis dans leur appartement du Ier arrondissement. »

« Leur complicité sera précieuse dans la rude épreuve qui s’annonce. »

« ’Doudou’, le coq laissé par Christophe Castaner à son départ pour le ministère de l’Intérieur, fait des siennes en courant après une poule dans le jardin de l’hôtel de Rothelin-Charolais. ‘Leurs cinq ébats sexuels par jour ne me manqueront pas’, ironise Griveaux. »

« Il emporte avec lui la table d’ancien notaire de son père, Patrick. … Orphelin du soutien paternel, il en a fait le serment : ‘Les arbitrages sont et seront toujours en faveur de mes enfants.’ Quitte à arriver en retard à Matignon, chaque mardi matin. »

« Accompagner ses enfants à l’école est devenu un rituel. »

etc. etc.

Un déballage bien nauséabond offert par Paris-Match.