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Pensées XLIII

Si je peux compter jusqu’à l’infini, quelle est la place d’un Dieu fini ?

Dans la guerre des sexes, j’ai parfois le sentiment d’être seul contre tous.

Le temps qui ferme nos blessures nous rapproche de la mort. Le temps qui nous rapproche de la mort ferme nos blessures.

La certitude de la mort console les malheureux et assombrit les gens heureux, si bien que les premiers ne sont jamais tout à fait malheureux ni les premiers tout à fait heureux.

Diderot, dans ses Pensées philosophiques, est intervenu dans la controverse sur le destin des enfants mort-nés en recommandant ironiquement aux parents de tuer leurs enfants pour leur éviter la damnation. Cet argument porté contre la religion chrétienne peut aussi être un argument en faveur de Grégoire de Rimini, général des augustins, surnommé tortor infantum (le bourreau des enfants) pour sa doctrine selon laquelle les enfants morts non baptisés sont damnés à cause du péché originel (d’après Leibniz, dans les Essais de théodicée).

Diderot disait regretter d’avoir écrit « ce livre abominable », Les Bijoux indiscrets. C’est pourtant le livre qui lui valut la protection de Mme de Pompadour.

« Ce que nous connaissons de l’univers n’est presque rien », dit Leibniz, qui croit à l’existence de planètes habitées, dont certaines par des êtres plus parfaits que nous. Pourquoi la Parole divine n’en dit-elle rien ? (Au moins dans son sens littéral : ces autres planètes sont-elles évoquées par les Écritures de manière ésotérique ?)

Conciliation du déterminisme absolu et de la morale pratique chez Leibniz – et de même chez Schopenhauer. Les actes contraires à la loi et aux mœurs sont peut-être excusables dans la mesure où la personne n’étant pas libre elle n’est pas responsable, mais ils doivent être « punis », de la même manière qu’on enferme les fous jugés irresponsables et dangereux. La justice est un instrument de sélection : elle épure le corps social des individus qui ne peuvent se conformer à ses normes, et ce dans l’intérêt supérieur de sa propre harmonie et de l’intérêt collectif. L’individu a intérêt à se conformer aux attentes sociales et si le déterminisme par lequel il est régi ne lui permet pas d’entendre son intérêt ou de le suivre car d’autres instincts plus forts le poussent en sens contraire, il doit être retranché du corps social. Ses actes ne sont pas à considérer au point de vue de la responsabilité mais à celui du déterminisme dont ils témoignent, et les violations de la loi sont autant d’indices d’une nature antisociale. La justice, comme pour Hobbes, n’a qu’une valeur dissuasive, « médicinale » dans la terminologie de Leibniz. (Essais de théodicée) – Cette théorie pénale est « fixiste » ou conservatrice.

Selon le traité Malleus Maleficarum, les Inquisiteurs sont protégés de la sorcellerie et l’arrestation d’un sorcier sur ordre de l’Inquisition a pour effet de dissiper tous ses sortilèges. De même, le sorcier prisonnier de l’Inquisition ne peut s’évader par magie.

Dans Les Châtiments de Victor Hugo, les oiseaux ne peuvent plus voler dans le ciel au-dessus de la France à cause de Napoléon III : « Les Oiseaux : Il a retiré l’air des cieux et nous fuyons. »

Tous ceux qui passent en France, à partir du dix-neuvième siècle, pour des écrivains catholiques de premier plan (ou presque) étaient des convertis : Huysmans, Léon Bloy, Paul Claudel, Jacques Maritain, Francis Jammes, Charles Péguy, Henri Ghéon, Pierre Jean Jouve, Gabriel Marcel, Julien Green (issu du protestantisme), Ernest Psichari… La seule exception que je connaisse est Bernanos.

J’exigerais des femmes ambitieuses qu’elles sussent plus que les autres. (Dans la langue de La Bruyère, l’imparfait du subjonctif est le temps correct pour l’accord avec le présent du conditionnel : « J’exigerais de ceux qui vont contre le train commun et les grandes règles qu’ils sussent plus que les autres, et qu’ils eussent des raisons claires et de ces arguments qui emportent conviction. »)

Le propre de la femme de qualité, c’est qu’elle ne faisait rien, ni dehors ni chez elle. Les auteurs de ces époques nous disent que la politesse s’acquérait à leur commerce. Nos manières se sont épaissies.

L’agent secret, de Rudyard Kipling à James Bond. Dans Kim de Kipling, la fascination bien anglaise pour l’espionnage (Graham Greene, Somerset Maugham, Ian Fleming…), le déguisement (c’est également le cas de Sherlock Holmes), les mots de passe secrets, les signes cabalistiques, c’est du maçonnisme appliqué, et ce n’est pas très noble.

Dans Kim, Kipling, « le chantre de l’Anglo-Saxon » d’après Jack London, n’hésitait pas à flatter l’indigène, à cause de la menace des autres Blancs sur les colonies anglaises. Il fallait convaincre les races soumises que la domination anglaise était préférable à celle des autres nations européennes. Cela donne une œuvre assez hypocrite et puérile, à tendance humanitariste, et manichéenne à l’encontre non des races de couleur mais de tous les Blancs non anglais.

Le mari trompé, dans Thérèse Raquin, est un « égoïste satisfait ». Je ne connais pas de roman d’adultère bourgeois qui ne charge le portrait du cocu. Pourtant, la reine Guenièvre trompait déjà un homme aussi excellent que le roi Arthur.

Si, comme Barrès l’a prétendu, il y a de la « basse pornographie » dans Zola, les Hussards disciples de Barrès ont largement dépassé celui-là dans le genre, rendant rétrospectivement vaines et creuses les critiques de leur maître contre Zola.

Dans Rome, Zola écrit que l’entrée des républicains dans les États pontificaux y a mis fin au règne des femmes car les prélats, « vieux garçons », étaient sous la coupe de leurs vieilles servantes. Les républicains n’étaient-ils pas sous la coupe de leurs femmes ? La femme mariée aurait moins d’influence sur son mari qu’une servante sur un célibataire ?

La Débâcle est un démenti de La Terre. D’un côté, les parasites sanguinaires ; de l’autre, le travail sain de la terre, la vie saine du travail aux champs (dans la personne de Jean) – La Débâcle que Zola, dans le très conservateur journal Le Gaulois (du juif Meyer), appelle « une œuvre de patriote… maintenant la nécessité de la revanche ».

Nombreux sont ceux qui disent chercher la vérité, auxquels il semble qu’elle parle comme Dieu à saint Augustin : « Tu ne me chercherais pas si tu ne m’avais déjà trouvée. »

Ne me dites pas que je n’ai pas de diplôme ou je répondrai que vous valez ceux qui vous ont donné les vôtres.

Aux jeux olympiques de l’Antiquité, la discipline des athlètes comportait l’abstinence sexuelle. Demandant ce qu’ils en pensaient à des amis médecins, je ne pus obtenir d’eux la moindre réponse. C’est comme si la médecine n’avait aujourd’hui rien à dire au sujet de la sexualité : seuls les « sexologues », branche de la psychologie, et les psychanalystes, qui ne connaissent les uns et les autres rien à la physiologie, parlent de sexe.

Herméneutique open data. La connaissance est le traitement quantitatif de l’ensemble des œuvres de la pensée. Toute pensée est un intrant culturel au sens ethnologique ; c’est le traitement statistique qui s’exerce sur elle qui fait sens. (Ne le dites pas aux intellectuels.)

Dans La Force des choses (Folio, vol. I, p. 36), Simone de Beauvoir ne veut pas que son nom soit accolé à celui d’anciens « collabos », elle ne veut « plus entendre leur voix ». P. 35, elle parle de Jouhandeau après-guerre comme si de rien n’était.

Simone de Beauvoir écrit au sujet du procès de Brasillach (ibid., p. 37) : « Quand la sentence tomba, il ne broncha pas. » Quid de la fameuse phrase : « C’est un honneur ! »

J’ai appelé Sartre un « casseur de pédés » (voir JPS : ). Dans La Force des choses (Folio, vol. II), Simone de Beauvoir nous parle de « misogynie pédérastique » (p. 192), de « sadisme pédérastique » à l’encontre des femmes (p. 204), et voir aussi la p. 196. Elle n’oublie pas non plus de souligner sa « conscience chrétienne, démocratique, humaniste » (p. 125). À part ça, le Flore a toujours la cote.

Pour Simone de Beauvoir, en 1949, il ne pouvait être question, avec Nelson Algren, d’aller dans l’Espagne de Franco. En 1959, elle voyage avec Nelson Algren dans l’Espagne de Franco (ibid., pp. 293-4).

Pp. 405-6 (ibid.), Simone de Beauvoir est « stupéfiée » par la « futilité » des « politiciens de carrière », qu’elle découvre à cinquante ans passés (qui plus est en Belgique) ; c’est là que j’ai compris qu’il était plus facile d’avoir une belle « conscience démocratique » dans un monde sans politiciens.

Il est assez ironique que Simone de Beauvoir tire son pessimisme à l’endroit des États-Unis, à cause de leur extéro-conditionnement croissant, d’un livre, La Foule solitaire (The Lonely Crowd), qui est une satire de l’intéro-conditionnement, caractéristique du « barnacled moralizer » et dont les derniers représentants en Amérique sont les fermiers. Dans sa préface à l’édition de 1960, David Riesman exprime d’ailleurs sa surprise que le public ait dans l’ensemble réagi comme Simone de Beauvoir (qu’il ne nomme pas : La Force des choses est postérieur, et Simone de Beauvoir ne semble pas avoir lu la mise au point de 1960), en idéalisant l’intéro-conditionnement.

Dans La Société de consommation, Jean Baudrillard pompe allègrement La Foule solitaire beaucoup citer l’ouvrage, et quand il le cite c’est surtout pour rapporter une expression (« objectless craving ») ou se porter en faux contre lui (contre le « standard package »). Or le parallèle entre le passage de la population rurale au productivisme urbain et le passage au consumérisme, le « must have fun », la « consommation-socialisation », tout cela est décrit dans le principe même de l’extéro-conditionnement (other-orientedness). Par ailleurs, Baudrillard écrit que Riesman « parle, à propos de la jeunesse américaine, d’un style Kwakiutl et d’un style Pueblo », alors que Riesman écrit en réalité que le caractère extéro-conditionné des jeunes Américains de la classe moyenne (en voie de massification) est Pueblo et que la société américaine dans son ensemble devient Pueblo alors que les jeunes la voient encore Kwakiutl. Baudrillard va jusqu’à citer le même passage de John Stuart Mill qui est dans La Foule solitaire. Mais à partir d’un constat qui est, au fond, celui de Riesman, Baudrillard déplore une perte de « personnalisation » des relations sociales, alors que Riesman en appelle à une re-dépersonnalisation de ces relations en raison de la charge émotionnelle trop lourde que cette personnalisation représente, par exemple dans le contexte fonctionnel du travail au bureau. – Guy Debord a également pompé La Foule solitaire (La Société du spectacle : « De l’automobile à la télévision, tous les biens sélectionnés par le système spectaculaire sont aussi ses armes pour le renforcement constant des conditions d’isolement des ‘foules solitaires’ »), avec la même erreur d’interprétation.

Selon Freud, la dépense psychique occasionnée par la maladie et par la lutte contre ses symptômes et compulsions conduit à une paralysie face aux tâches importantes de la vie. Or on trouve dans La Foule solitaire de Riesman et al. que le conformisme exerce, dans une société extéro-conditionnée, un effet de stimulation et d’accumulation psychiques, tandis que le non-conformisme a au contraire le même effet que la maladie mentale telle que décrite par Freud. La minorité idéologique subit un appauvrissement psychique qui la caractérise réellement comme malade.

« Liberté en situation » de l’existentialisme. La liberté se détermine en fonction de la situation. Si la situation change, la liberté se détermine autrement. Or Sartre écrit que l’on peut créer une situation, la société sans classes, qui verrait disparaître l’antisémitisme (Réflexions sur la question juive). Si je peux prédire, à partir de l’avènement d’une société sans classes, la fin de l’antisémitisme, c’est-à-dire si X alors Y, je nie la liberté. En effet, si je sais comment la liberté se déterminera face à telle situation, c’est que je sais comment elle doit se déterminer ; je le sais d’après une loi déterministe.

J’ai échoué à entrer en classe prépa littéraire car il n’y avait pas encore le baccalauréat littéraire qu’on a créé par la suite (et j’ai eu 5 sur 20 à l’épreuve de maths) et j’ai raté les concours administratifs à cause de l’épreuve de culture générale qu’il est aujourd’hui question de supprimer. C’est ce qui s’appelle être en avance sur son temps.

Dans l’administration française, on passe des épreuves de « culture générale » pour pouvoir ensuite rédiger des appels d’offre de marchés publics et des bordereaux de sécurité sociale. Et ce n’est pas une insulte à la culture ? – Épreuve de culture générale : être quitte avec la culture.

En fait de philosophes, des spécialistes en humanités (avec un « s »).

Il pourrait aussi y avoir une façon de voir les choses que je soumets à l’appréciation de votre radicalité : si c’est dans les journaux, c’est que ça ne vaut rien. Seulement votre radicalité a besoin des journaux pour exister.

Le « sois toi-même » de toute la pensée « émancipatrice » et publicitaire est une « injonction paradoxale » au sens de double bind schizogène.

Avoir des amis est-il compatible avec la liberté de penser ?

« N’écrivez pas des poèmes d’amour, écrivez sur votre quotidien. » (Rilke, Lettres à un jeune poète) J’ai écrit des poèmes d’amour car c’était mon quotidien !

Pour admirer sincèrement un homme politique, il faut n’admirer aucun poète, aucun écrivain, aucun philosophe.

Le raisonnement selon lequel la monogamie permet à davantage d’hommes de s’unir à une femme ignore complètement l’existence de la prostitution, c’est-à-dire de toute une classe de femmes exploitées et non mariées (peu d’hommes acceptent de se marier avec des prostituées), largement inconnue dans les pays de droit polygamique. À l’époque où Schopenhauer écrivait ses Parerga und Paralipomena, on comptait 80 000 prostituées à Londres, autant de « victimes sacrifiées sur l’autel de la monogamie » (Menschenopfer auf dem Altare der Monogamie).

« L’onction du suffrage universelle » est mystique et fétichiste. De même que la médiocrité de l’homme est couverte par la dignité de prêtre, l’homme qu’est l’élu républicain devient tabou en même temps que prophétique, du moins parmi les fonctionnaires, chez qui l’adhésion à cette mystique est requise.

Toute bibliographie sur Kant a ses nationaux-socialistes : Alfred Bäumler, Gottfried Martin, Martin Heidegger (le moins connu d’entre eux)…

La philosophie n’est pas devenue difficile à partir de Kant : voir la citation ironique par Hobbes du scolastique Suarez, dans son Léviathan. C’est seulement que ce qu’on appelait philosophie, dans les universités, avant lui, tout le fatras scolastique indéchiffrable, et « impuissant » (Balzac), de Suarez et autres, a sombré, tandis que le fatras que l’on appelle encore philosophie après Kant, chez Fichte, Hegel, Husserl…, n’a pas encore eu le temps de sombrer.

L’univers du Big Bang s’étend dans le vide ; l’univers en expansion de Kant s’étend dans un chaos de particules qui en viennent à se soumettre aux forces de l’univers (Dissertation de 1770).

Du commentateur et traducteur de Kant, Alexis Philonenko : Kant « ne part pas toujours de définitions exactement déterminées, et il use de concepts sans toujours observer une grande rigueur. » En guise de reproche, alors que Kant explique qu’il n’est pas approprié de partir de définitions en philosophie, contrairement à la pratique des mathématiques ! Il n’y a pas, en dehors des mathématiques, science intuitive pure, de définition possible des concepts (empiriques comme a priori), seulement une exposition ou explicitation. (Kritik der reinen Vernunft, Reclam 2013, pp. 745-6)

Les fréquences infrarouges et ultraviolettes ont pu être mesurées et sont donc indirectement perçues et attestées comme réelles dans notre expérience. En revanche, les dimensions « surnuméraires » de l’espace sont une construction, non une construction dans l’intuition pure comme les objets de la géométrie mais une construction dans l’entendement pur, au risque qu’elles ne soient qu’un jeu de l’esprit. Le champ de notre sensibilité peut être élargi par la technologie : nous percevons des objets de plus en plus petits, de plus en plus lointains, un spectre de fréquences de plus en plus large mais, ce principe de la technologie étant posé, demeure l’impossibilité d’une appréhension, hors de l’entendement pur, de dimensions surnuméraires de l’espace, du fait que l’espace n’est pas une matière mais la forme même de notre expérience sensible.

Un « espace vectoriel à n dimensions » ne décrit pas l’espace objectal (forme de l’intuition sensible) mais une représentation des dimensions d’un problème.

Pour décrire l’espace, on peut toujours poser n à la place de 3 (dimensions) et voir ce qui en résulte logiquement (en recourant aux opérateurs logiques), mais de ce que les opérations logiques ou formelles soient possibles pour toute valeur arbitrairement choisie il ne résulte pas qu’il soit permis pour toute valeur de tirer des conclusions sur l’étant.

Les mathématiciens retombent en enfance, sauf qu’au lieu de jouer avec des cubes, ils jouent avec des hypercubes.

Le concept d’un triangle est sa pure et simple définition, et les énoncés qui exposent celle-ci sont analytiques ; synthétiques a priori sont les énoncés qui exposent les propriétés du triangle. Les concepts de l’entendement ne sont pas une connaissance synthétique a priori ; il faut, pour une connaissance synthétique a priori, le recours à l’intuition (Anschauung) et à ses formes, l’espace et le temps. C’est parce que l’espace est une forme a priori de notre intuition que la géométrie possède des axiomes apodictiques. – Ce ne serait pas possible si l’espace était une condition objective de l’existence des choses en soi. (Quod est demonstrandum)

La dimension duale « quantitative-visuospatiale » des tests d’intelligence est conforme à la conception kantienne des mathématiques comme science intuitive pure.

Qu’au moins une autre planète soit habitée est plus qu’une opinion (Meinen) : une forte conviction (starkes Glauben). (Kritik der reinen Vernunft)

L’état de nature de Rousseau est la réplique qu’appelait le chapitre XIII du Léviathan. Je veux dire par là que c’en est tantôt la copie et tantôt le contrepied. Son état de nature, Rousseau l’a trouvé dans Hobbes, mais il en a retiré les passions pour les faire naître avec la propriété, c’est-à-dire avec la fin de l’état de nature.

De même, Spinoza est un imitateur de Hobbes. Diderot écrit : « Son dieu [à Hobbes] diffère peu de celui de Spinoza. » (Article Hobbisme de L’Encyclopédie) Il faudrait plutôt dire, par respect de la chronologie, que le dieu de Spinoza diffère peu de celui de Hobbes.

Tous les droits de l’homme sont contenus dans l’habeas corpus.

Rousseau ne veut pas que son Émile devienne forgeron ; il le veut menuisier. Il y a des métiers impurs, réservés aux intouchables.

L’homme à l’état de nature, solitaire, rousseauiste, ne peut même pas cueillir le moindre fruit car les bandes de singes lui interdisent d’approcher des arbres, qui sont leur propriété. Il se fait chasser dans les déserts, où il meurt de soif et de faim. («cuando los cristianos van por la tierra adentro a entrar o hacer guerra a alguna provincia, y pasan por algún bosque donde haya de unos gatos [‘gatos monillos’=monos aulladores] grandes y negros que hay en Tierra Firme, no hacen sino romper troncos y ramas de los árboles y arrojar sobre los cristianos, por los descalabrar; y les conviene cubrirse bien con las rodelas y ir muy sobre aviso para que no reciban daño y les hieran algunos compañeros.» Gonzalo Fernández de Oviedo, Sumario de la historia natural de las Indias, 1526)

Selon Galbraith (Le Nouvel État industriel), un principe de la technostructure est la « décision par le groupe ». Corollairement, le diplôme, gage de connaissances spécialisées et surtout de normalisation, supplante l’expérience. Il se pourrait que les deux soient liés, que le mode de décision par le groupe au sein des organisations implique pour bien fonctionner un formatage des individus qui y participent, formatage dont la meilleure garantie serait le diplôme, bien plus que l’ancienneté, laquelle ne compenserait qu’imparfaitement une normalisation initiale insuffisante.

Tous les grands penseurs ont souligné la nécessité du loisir pour penser. Or la « société de loisir » est celle du loisir pour le loisir, c’est-à-dire de la compensation pour un travail absorbant toute l’énergie humaine, du loisir comme temps de vie qui ne peut, pas plus que le travail, être consacré à la pensée.

Autoportrait par Marc Andriot, 2017

Quand j’avais douze ou treize ans, le mot « blasé » revenait souvent dans les conversations de mon groupe d’âge, où il ne pouvait tout simplement pas s’appliquer. Petits singes.

Dans les mauvais romans didactiques, c’est toujours une femme qui joue le rôle de Candide, comme si la femme était un éternel sauvage au milieu de la civilisation.

Grincements de dents. Le martyr de l’homme d’esprit en société : il attire l’attention des dames et suscite ainsi la haine de leurs cavaliers. Le martyr du penseur est pire encore : il suscite la haine des dames, donc aussi de leurs cavaliers.

Les sophistes, comme les psychanalystes, se faisaient payer.

Les femmes travaillent pour que les hommes puissent les quitter sans remords.

Ceux qui entrent dans les grandes écoles, écoles d’élite, et pour qui dès lors « toutes les portes sont ouvertes », savent qu’ils ont une vie de robot devant eux à moins qu’ils ne se lancent à leur tour en politique, auquel cas ce sera une vie de robot tempérée de bassesse. C’est pourquoi, tant qu’ils ne font pas de politique, personne ne les envie, aussi enviables que soient leurs conditions matérielles d’existence, car il n’y a pas de raison d’envier des machines. Ceux que l’on envie, ce sont les individus vulgaires qu’animent de basses passions.

Les grandes écoles emprisonnent dans un esprit de corps.

Liste des philosophes et penseurs grecs initiés en Égypte, d’après Cheikh Anta Diop : Thalès, Pythagore (passa vingt ans en Égypte, selon Jamblique), Démocrite, Platon (passa treize années en Égypte, d’après Strabon), Eudoxe de Cnide, Orphée de Musaeus, Dédale, Homère, Lycurgue de Sparte, Solon d’Athènes. (Antériorité des civilisations nègres)

Selon Cheikh Anta Diop, il existe en Afrique une polygamie non patriarcale.

Les séries causales indépendantes rendent a priori impossible une prédiction exacte des événements à venir, mais s’il y a eu une cause première il n’existe pas de séries causales indépendantes.

Mes études en province (trois ans) m’ont permis de comprendre que la France tout entière est une « province ». Il n’y a plus que les médias français pour ne pas le voir. – L’intérêt de l’étranger pour la France est purement ethnographique.

Le hadith sur le petit djihad et le grand djihad, que des commentateurs occidentaux bien intentionnés citent volontiers pour émousser la rhétorique islamophobe, n’est, selon les critères islamiques, pas recevable (« baseless »). (Shaykh Muhammad ibn Rabi’ al-Madkhali, professeur à l’Université islamique de Médine, The Reality of Sufism: ‘’Likewise they have removed the spirit of jihad, which is to fight in the way of Allah, with what they claim to be the greater jihad, i.e. striving against one’s own soul. Whereas this is a baseless hadith and has provided the opportunity in the previous two centuries for colonialist powers to occupy most of the Muslim lands.’’ [p.14])

Le postulat de la phrénologie (Gall, Spurzheim) est confirmé si l’on peut répondre par l’affirmative aux deux questions suivantes. 1/ Une bosse crânienne est-elle due à la pression du cortex cérébral sur le crâne ? (Intuitivement, je pense que oui.) 2/ La localisation fonctionnelle étant admise (LeDoux, 1998), existe-t-il une corrélation positive entre le volume de telle partie du cerveau et sa capacité fonctionnelle ? (Intuitivement, je pense que oui.)

Dans Walden Two de Skinner, l’intellectuel Frazier crée une communauté utopique en expliquant que les intellectuels sont sensibles au ressentiment des classes laborieuses. Ce ne sont pas les envieux qui créent des utopies, mais les enviés, qui souffrent de l’envie des envieux. – Peut-être l’envieux pense-t-il quant à lui qu’il serait envieux sous n’importe quel régime.

Marshall McLuhan : Le clownesque est la destinée de la personnalité totale dans le monde des mutilations linéaires.

Kant et Hegel partagent un même fétichisme de la Révolution française alors que l’événement fondateur est la Révolution américaine. La Constitution fédérale américaine est rédigée en 1787 et, soumise à la ratification des États, devient effective après la ratification du neuvième État sur treize, en juin 1788. Le Bill of Rights (les dix premiers amendements de la Constitution) est ratifié par le premier État en novembre 1789 ; la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, en France, datant d’août 1789, elle est donc antérieure. Cependant, il existait des Bills of Rights dans les Constitutions de plusieurs États avant la Constitution fédérale : Pennsylvanie, Caroline du Nord, New Hampshire, Massachusetts, Delaware, Maryland. En outre, l’auteur collectif des Federalist Papers (1787-88) énumère les dispositions de la Constitution fédérale qui rendent en réalité superflu un Bill of Rights (The Federalist, 84). Par conséquent, les événements déterminants de l’une et l’autre Révolutions sont, d’une part, l’adoption de la Constitution fédérale en Amérique et, d’autre part, la proclamation de la Déclaration des droits de l’homme en France, celle-là précédant celle-ci.

Le film Le Prêteur sur gages (The Pawnbroker) de Sidney Lumet (1964) a été, avec sa paire de seins nus, la première entorse au Code Hays définissant des lignes de conduite pour le respect de la décence et de la moralité par l’industrie cinématographique. L’entorse fut justifiée par un impératif pédagogique à montrer les atrocités des camps de concentration nazis (en l’occurrence, des femmes juives violées ou prostituées par les gardiens des camps). Elle devait rester une exception mais les entorses se sont ensuite multipliées, jusqu’à la suppression du Code en 1968. Plus tard, La Liste de Schindler de Steven Spielberg (1993) s’est également servi de la Shoah, pour vendre alcool et cigarettes dans un contexte où la publicité pour ces produits est de plus en plus contrôlée et restreinte : le héros du film est dans quasiment toutes les scènes en train de fumer et/ou de boire de l’alcool.

Surveiller et Punir, de Michel Foucault : une analyse minutieuse d’archives, puis, sans transition, les assertions les plus échevelées sur les délinquants produits par le système pour servir de vivier d’hommes de main occultes aux politiciens, sur le fondement d’aucune preuve documentaire.

Les riches puent. Les pauvres crânent.

Une personne sur cinq reste sans enfant (un ratio qui serait demeuré plus ou moins stable au cours des siècles, si le nombre d’enfants par femme a quant à lui varié). Pour que la population ne diminue pas, 80 personnes, soit 40 couples doivent faire 100 enfants, donc chaque couple doit faire 2,5 enfants.

Il est plus difficile de robotiser un salon de coiffure que le ministère de l’économie.

Puisqu’il est poli, chez les Arabes, de roter à la fin du repas, je ne vois pas pourquoi on ne rote pas dans les restaurants des hôtels à Dubaï. Moi j’ai roté. Une serveuse philippine (ou une cliente occidentale) a poussé une exclamation, mais la cliente bédouine m’a souri.

Mon général n’est « pas maurrassien mais »… il n’a rien lu en dehors de Maurras.

L’univers nous semble si grand parce que notre vie est si courte. Pour une espèce où les individus vivraient des milliards d’années, les distances interstellaires seraient peu de chose.

BNB-Baribas la banque d’un monde qui pue.

Juillet 2017

Subliminal Junk IX

In order to present a few more cases of subliminal techniques used, besides the pervasive sex embeds, in print advertising, I have selected other adverts from the same couple of magazines I have already being using so far, that is, from the months of March, April, and May 2015. The following titles, all women magazines, will provide the new cases: namely, the French magazine Elle from March 20 (Cases 66-7); Cosmopolitan UK Edition from May (68-9); Vogue from April (70-2); and the French magazine Le Figaro Madame from May 22 (Case 73).

Altogether, from no more than a dozen issues of various magazines and weekly newspapers on a three-month period, I have extracted over 70 ads to present my case on contemporary subliminal techniques – and the number would have been much greater had I only have more time and patience at my disposal. Because subliminals are everywhere. How could it be otherwise? Our social environment has become so saturated with advertising that no attention whatsoever is paid any longer to the huge majority of advertisements, and as a result advertisers must by necessity rely, to achieve any foreseeable impact, on mechanisms aimed at impressing so-called peripheral attention, i.e. subconscious mind processes, that is to say to rely on subliminal techniques.

In the subliminal world of the human mind, survival and sexual instincts reign supreme. There are no – how do you call it again? – checks and balances in this realm. Marketers and advertisers know it, and they manipulate these drives in order to channel them into specific consuming behaviors. We live in a society that has accumulated mountains of data from a hundred years of scientific management and scientific marketing, i.e. of the experimental method applied to human behavior on the workplace and the marketplace. Scientific management has put an end to anticapitalist, revolutionary movements; scientific marketing has been able to automatize, so to speak, consumption. It’s Galbraith’s “inverted sequence” running at full speed. This accumulated knowledge remains in large part proprietary, belonging to the corporations that financed the research from which they now derive huge benefits. With time, some of the results trickle down into the public domain, largely, however, via specialized books from insiders, at a pace dictated by the proprietors themselves. Employees from marketing departments as well as from advertising agencies are contractually committed not to disclose the content of their activities (cf. W.B. Key). However, it is not even likely that much concern would be stirred among the public, were unrestricted access to these proprietary data provided all of a sudden. As a matter of fact, the existence of alpha waves, for instance, is well known, as is the fact they are induced in the brain by watching television, along with a hypnoid state and increased suggestibility as a consequence. What concern does it raise? People, it seems, fail to understand what that implies.

…………….Case 66 Armani SEX

This advert is the same as in Case 15 (here). It’s a two-page ad, one page being presented on Case 15 (a sex embed among the reflections of the sunglasses), the other, here, showing what seems to be the same woman, body complete down to the knees (as opposed to the head only being pictured on the opposite page), without sunglasses, on a blue sky, blue sea background. In Case 15, the model has her shoulders covered; here, the model’s shoulders are not. Are there two different persons, and are our brains invited to imagine some story taking place before our eyes, speculating, unbeknownst to our consciousness, on such slight, even hard to notice discrepancies?

On the page here shown, the model is wearing some blue, satined sackcloth of a sort. There is something particularly odd with her left arm; the shape made by her hand in the pocket looks very awkward. Consider it for a moment. The shape looks awkward because it is, in fact, that of a penis. The bulging pocket provides the glans, the arm – her hand being entirely concealed – gives the shaft. Furthermore, the dress folds on the left-hand of the bulging pocket are vaginal folds, the darkened area outline a vaginal slit, so the subliminal penis points toward a subliminal vagina. There is, however, a discrepancy between the size of the penis and that of the vagina; the former is too small to be considered a suitable object.

I suggest that this picture is likely to provoke among its viewers, both male and female, unconscious feelings of sexual inadequacy, thus adding to current levels of anxiety and/or frustration. Anxiety is a primary trigger of compulsive buying. There is an endless supply of uncertainty in the domain of sex, and with uncertainty goes anxiety.

Subliminal Advertising Case 66

Subliminal Advertising
Case 66

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…………….Case 67 Stella McCartney SEX

It’s about a nice little shining handbag. So sheeny is the texture of the bag, so starlike its silvery surface, that it works like a mirror, reflecting the world in a myriad of dazzling little beams of opalescent light. So let’s take a closer look at these reflections. I have outlined on Picture 67-3 below some interesting drawings. Towards the left, a reclining man’s head can be seen. The man is looking with apparent satisfaction at the pair of amazingly nice breasts a woman is proferring him; in all likelihood she will cover his face with them soon. On the right, another man’s face, strangely grining, like mesmerized by awe, appears behing a woman’s back. As a dark triangle her pubic hair is apparent, as well as the legs and belly.

Subliminal Case 67

Subliminal Case 67

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…………….Case 68 Viva Glam SEX

Viva Glam does not only sell lipstick and other cosmetics, it also makes donations to provide care for people affected by HIV/AIDS. The model represents a strip dancer, maybe a prostitute, in a typical venue for this profession, with mirrors at all angles, crude red lights, assorted with weird-shaped, pink neon tubes, and a glimmering confusion on the dazzling background. It’s about sex and death and beauty and money. Look at the right-hand side, among the copse-like neon-tube structure. One can see a penis glans, with deep purple hue and light reflections on its turgescent tissue. The glow of light has been cleverly located so as to cut a drawn line and thus isolate what is none other than the penis meatus. Furthermore, the neon tubes partially covering the glans, on its left side, represent a pair of scissors. I let you decide what one’s subconscious might be feeling after unattended exposure to such subliminal junk.

*

Addendum. My first thought has been that if a prostitute was represented (it can hardly be denied that the model is intended to represent a prostitute because, as the rumor goes, strip dancers or cabaret dancers –and she is such a dancer, obviously– make extra money from customers by having sex with them), then it must be exciting to (a number of) women to imagine themselves as prostitutes. The subliminal penis and scissors would remain out of this, something besides, for a different kind of women, or at least a distinct trait of character, that of castrating women, which per se does not seem to have a necessary relation to the fantasy of being a prostitute. However, since I published the Case, another scenario came to my mind, more coherent, as I will now explain.

The model is represented as a prostitute and intended to be recognized as such by the female reader, not necessarily at conscious level. For many a female reader, now, the prostitute is, subconsciously at least, the enemy, and their reflex will be to bare their claws and show their teeth, most especially as their mind is invited to dwell on HIV/AIDS (remember that is the argument of the ad’s copy: Viva Glam funds organizations that take care of people affected by HIV/AIDS). The prostitute is the woman that would bring HIV/AIDS to the female reader’s bedroom via the latter’s husband. This is the main argument subliminal. If you, female reader, do not take care to keep on appealing sexually to your husband or partner, he will resort to sex workers, and that may result in him and then you contracting a sexually transmitted disease. And if you dare not carry out castration (the subliminal scissors) to protect your health or even save your life, how do you keep appealing sexually to him? By using Mac Viva Glam lipstick, no doubt.

Case 68

Case 68

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…………….Case 69 Simply Be… SEX

It says ‘Simply Be… You,’ so let’s take a look at what You is. It strikes one at first glance that You is rather different from the ladies one usually sees in the pictures of a magazine like Cosmopolitan. You, indeed, is overweight. Chubby. You wears blue jeans, which, however widespread in real life streets and meadows, is frankly unusual on the pages of women’s magazines. You has a cheap neo-hippie look about her, hinting at a wish to experience the same sexual liberty as hippies of old. You sits carelessly and slovenly, like a slattern, wears cheap inconspicuous bracelets (all plastic, I would swear), and her facial features are kind of ordinary and unattractive. What else can I say if not that You, although she looks like you in her ways, is just the kind of person you don’t care to be? Slighted by an advertisement?

Case 69

Case 69

…………….Case 70 Bottega Veneta SEX

A two-page ad. The right-hand page shows a scantily clad woman, the left-hand one a room of some sort (and what the hell of a room is that? you might ask). The scanty clothing, as well as the woman’s attitude, eroticizes the advertisement, so the viewer is invited to take a look at the room with erotic thoughts (remember the right-hand page is the first to be seen when one is turning pages, and adverts are strategically placed according to that fact). What sort of a room is this room, then? A very odd and strange one, indeed. The bedstead is a plain metallic structure, the bed linen is minimal and unadorned, with a blanket that looks unpleasantly coarse. The walls are plain and… black. One could almost feel them oozing with humidity. The wooden door looks ominous. The flower drawn on the cushion is the only element that would inspire some feeling other than utter gloom and dejection, but its presence is a cynical joke, because it cannot counterbalance the global effect of the room (it can only divert your brain from analysing the picture as it is truly intended). Where are we? It’s a dungeon cell where the Inquisition keeps its victims, innocent women alleged to be witches, between interrogations in the torture chamber, or it is a cellar fit out by a sexual predator who abducts his victims and locks them in this place to rape them at his will. Victims are attractive women like the one we see on the opposite page. Sometimes advertising taps on weird, weird fantasies, you know.

Case 70

Case 70

…………….Case 71 Vogue SEX

This case study will take the form of a question. The young Chinese-looking lady is depicted looking merrily at you and me, frolicking in a street of some Chinatown, the Chinatown of a city in an English-speaking country because the shop signboards are written both in Chinese and English. Just above the woman’s left shoulder, even sticking to it, appears the word ‘parlor’ (not ‘parlour,’ so we might as well be in NYC), from a signboard further behind her. We all know the double meaning of the word ‘parlor,’ and the woman could be a prostitute from this house. Touching her hair are the words ‘hair care,’ but this, certainly, is only a coincidence. Other signboards, on both sides of her, advertise liquors and wines, a staple good for successful socialites and losers just the same. My attention was drawn on the road writings. These writings, partially concealed from our eyes by the woman’s shape, make two lines, and the end letter of each line is S and X respectively (S lying above X). SX is a code name for SEX. It’s been a long time since I last went to NYC, and I wasn’t really interested in reading the road writings either, but I guess the present writings must be very special ones because, from whatever way you read the line with the X-ending (and the picture leaves one at a loss when trying to figure whether the lines must be read from the viewer’s standpoint or from the other side, since the decipherable S, X, I, N are symetrical), I just can’t see what word relevant to street signing the letters NIX, if at the end, or XIN, if at the beginning, can be part of. This is the question I ask to more knowledgeable people. Is it Cantonese in Latin transcript? In case it means nothing and such word does not exist, the artist has taken very bold a step to confront our lizard brains with an SX compound.

Case 71

Case 71

…………….Case 72 L’Oréal SEX

One acquaintance to whom I showed my research on subliminal advertising discarded it first-hand telling me, as an account for his intention not to pay attention to it, that advertising today was pornographic at the conscious level, so there was no need to look after subconscious tricks since pornography could be made use of openly by advertisers. Of course he’s right when he says some ads are openly sexual in content, but his inference is nevertheless incorrect. As I said above, subliminals are aimed at peripheral attention (at the brain of people who won’t take a look at the ad – the brain registering it anyway if it has, no matter how quickly, entered the field of sight) and as such are not treated by the brain in the same way as objects entering conscious attention. Even an openly pornographic advert may be bolstered by subliminal sex embeds. Furthermore, advertisers know they can’t play the sex card aboveboard all the time, because it can have adverse effects occasionally, whereas there is no adverse reaction to subliminal sex. Never, as long as it remains subliminal.

Double entendre with words is routine advertising, as even advertisers will admit. If a word has, not as a principal meaning but among its other few, a sexual meaning, you can be sure it has become a catchword. This might be called a subliminal technique, although the double entendre is often recognized by the public, and the idea is therefore to make it look like tongue in cheek – when it would more properly be labeled “in-your-face.” (It’s precisely because of possible adverse reactions to the “in-your-face” effect that aboveboard obscenity is not more frequent in advertising, all in all; subliminal junk is much safer.)

Let’s take this advertisement for L’Oréal as an example. Saving time is in the mind of many consumers, and time-saving devices much sought after. So how do you advertise time-saving? Here the advertisers ask the question “How quick are you?” Need I comment it? How quick are you? refers, tongue in cheek or in-your-face-wise, as you choose to call it, to female orgasm. How quick do you orgasm? is the question, and, if you take the time to analyse it, it means, given the well-known and established time discrepancy between male and female orgasms generally speaking, How likely are you to orgasm? Of course, the discrepancy can be overcome by special techniques and preliminaries, but the seemingly mild, humorous joke is not innocuous at all, inasmuch as it is likely to raise the level of anxiety present in many a viewer, male and female, for the male the anxiety that he is too quick to be a good mate, for the female the anxiety that she won’t find the good mate to gratify her if she’s too slow. The fear, and possibility, of sexual inadequacy makes the advert a grim jest. One response to raised anxiety is compulsive buying. Really, in the phenomenon of advertising, people kiss the hand that beats them, like a dog licking his hard-hearted master’s hand.

Having said this, I don’t even feel the need to extend on “Blow Dry.” You know what it means to blow, sexually, and you’ve also heard of “dry sex,” i.e. sex with clothes on, rubbing one’s body against each other’s. It’s called dry because, if fluid discharge occurs, it remains unnoticed by the mate. The seminal fluid provides the wetness, in the idea, and its absence the dryness. “Blow dry,” thus, means to perform a fellatio until the semen has been discharged and the genitals are, as one would say, emptied of the fluid, and thus temporarily dry. In your face – but those who don’t notice will buy.

Case 72

Case 72

…………….Case 73 Guerlain SEX

Dear Madam, have you ever dreamt of being kept in a harem? Of course not. Tell me, then, what is the assumption behind this ad ? The name of the product is Shalimar, from the famous Shalimar Gardens in Lahore, Pakistan, a place associated with the former Moghul rulers of the Indian peninsula, whose Muslim kings, princes, and highnesses were masters of immense harems, filled in large part with the wives and daughters of subdued Hindus. The blonde woman on the picture is sitting naked in a room whose light is provided by the sun through mashrabiya-patterned panels reminiscent of zenanas’ windows. She is, therefore, in the women’s appartments of some Oriental palace, behind the purdah, that is to say in a harem. The fantasy of being one of many, one among many lovers or sexual things at the power of a dominant man, is something real. It dates back to the days of the primitive horde, when our simian ancestors were organized around a dominant male. As some researchers put it (the evolutionary psychologist V. Griskevicius and D. Kenrick, 2013), in those days, as among the primates which still have such social organization, the females would line up and wait for their turn to be inseminated by the alpha male. (The other males only have the right to copulate with infertile females.) I suggest that the fact of female orgasm being scattered among the population (I have found so many different figures, from 30% to 50% to 70%, for women never experiencing orgasm during intercourse that trying any guess seems pointless) may have something to do with this heritage of ours. Many women just won’t have it to the full with nobody but the silverback gorilla, I mean the dominant male. It’s only a conjecture, of course. We know, besides, that women are more promiscuous than gorilla females; the data all point to greater sperm competition among humans, and chimpanzees (of which the dwarf variety is known as the bonobo), than among gorillas. Still, researchers also state that women’s EPC (extra-pair copulations), the scientific name for horns-putting, occurs much more frequently with some types, or rather a certain type – singular – of male.

I have also outlined one sex embed, for good measure. It was easy, for the graphic designer, to embed the word sex among the filigreed shades of the wall panels.

Case 73

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September 2015

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XXVI

Le Prix Nobel d’économie qui n’avait rien compris à la pub. De nombreux détracteurs de J.K. Galbraith semblent n’avoir rien compris à la publicité, mais c’est d’autant plus remarquable quand cette méconnaissance d’une réalité économique si fondamentale est celle d’un Prix Nobel d’économie, comme dans le cas de M. Robert Solow, même si je ne vois pas bien, après tout, en quoi le jury du Prix Nobel serait plus légitime que d’autres pour distribuer des bons points (en même temps que pas mal d’argent). Je cite le point de vue de M. Solow tel qu’il est présenté par James Galbraith, le fils de John K. Galbraith, dans sa préface à l’édition 2007 de The New Industrial State : « Professor Solow also rallied to the defense of consumer sovereignty, a decisive point for the accepted view (…) He held that modern advertising – Hertz versus Avis – cancels itself out, and, accordingly, it does not affect basic consumer choice or the larger independent sovereignty of the consumer. » Prétendre qu’un tel argument met à mal la séquence inversée de Galbraith, c’est-à-dire le management de la demande par la technostructure dans le nouvel État industriel, serait assez dérisoire, mais il n’est peut-être pas inutile d’entrer dans quelques précisions concrètes sur le monde de la publicité pour montrer que l’argument ne peut atteindre son but.

La publicité telle que la décrit Solow, si j’en juge d’après l’expression Hertz versus Avis – deux entreprises de location de voitures, dont les dépenses publicitaires respectives seraient ainsi destinées à capter la clientèle de leur concurrente – n’est qu’un segment du monde publicitaire, connu dans le jargon anglo-saxon sous le nom de « pirating ». C’est le type de publicité qui vise à induire le consommateur à adopter une marque de préférence à une autre. Or, cette stratégie n’est généralement pas considérée comme rentable par les milieux industriels. Si notre législation autorisait la publicité comparative, une forme de pirating, peu d’entreprises, en fait, y recourraient, hormis quelques nouveaux venus sur le marché. Le pirating n’est pas rentable car, au sein de la clientèle fluctuante (une proportion, relativement minime, connue pour chaque marché, la liquidité de ces fluctuations étant également connue), les entreprises savent que ce qu’une marque perd et ce qu’une marque gagne en clients s’égalisent. Non, les stratégies publicitaires rentables sont 1/ celles qui créent de nouveaux consommateurs pour un produit et 2/ celles qui accroissent les quantités consommées ; des stratégies qui ne s’annulent pas les unes les autres dans la concurrence des entreprises entre elles, et qui contribuent au contraire à la massification de la consommation, étant l’un des ressorts les plus puissants de la séquence inversée de Galbraith. (Pour que la répartition des consommateurs fluctuants soit régulièrement égale, l’effort publicitaire ne peut, c’est clair, être réduit d’un côté ou de l’autre : la concurrence joue comme une course à la publicité selon une logique semblable à la course aux armements.)

Les professeurs d’économie d’inspiration étroitement néoclassique nient volontiers, à l’instar de M. Solow, l’importance de la publicité, parfois (comme dans le cas d’une réponse qui m’a été faite quand j’étais étudiant) en affirmant que « les gens croient que… mais » les sommes investies dans la publicité ne seraient pas significatives. Les dépenses publicitaires aux États-Unis s’élevaient à 215 milliards de dollars en 1999 (elles étaient de 125 milliards dans les années quatre-vingt). Le coût du marketing d’un produit dans ce pays représente entre 40 et 60 % de son prix de vente, il est supérieur au coût de production ! (Cf. Manuel de marketing de Kurtz & Brone, cité par W.B. Key, 1989) Enfin, et surtout, jamais l’homme n’a vécu dans un milieu aussi saturé de publicité commerciale, et la dynamique est vertigineuse. Que l’on compare seulement les deux chiffres suivants, que je rapporte dans leur citation originale :

« According to the industry house organ Advertising Age, the average North American perceives some 1,000 ads daily » (W.B. Key, 1989) ;

« People are inundated daily by an average of 10,000 sales messages » (Renvoisé & Morin, 2007).

Dix fois plus : une augmentation de 900 % en quelque vingt années. Et les méthodes — hypnotiques et autres – n’ont pas cessé non plus de se perfectionner. L’ampleur de la publicité commerciale est un trait distinctif de notre économie et de notre civilisation.

* * *

Le psy se fait payer par les publicitaires pour qu’il leur explique comment rendre les gens cinglés (c’est « l’analyse motivationnelle »), et il se fait payer par les cinglés pour prétendument les guérir. Le plus intéressant peut-être est que le psy ne parvient pas vraiment à se faire prendre au sérieux par la société.

Les gens qui travaillent n’ont pas besoin de culture et d’ailleurs ils n’en ont aucune. Mais les artistes subventionnés, professionnels sans public, acteurs jouant devant des salles vides, leur coûtent cher.

Vous êtes des blaireaux et je vais vous expliquer comment vous le savez : c’est la pub qui vous le dit.

Rien de tel qu’un livre de marketing pour vous conforter dans le mépris de l’humanité.

Des zillions d’euros sont dépensés en publicité pour associer, dans l’esprit du consommateur masculin, le succès auprès des femmes à tel ou tel produit de supermarché, alors que tout le monde sait que, pour avoir du succès avec les femmes, il vaut mieux gagner plus d’argent que ce qui permet d’acheter ces produits bas de gamme.

Ce que le consommateur achète sous l’influence de la publicité de masse, c’est ce par quoi il évite de se distinguer des autres, alors que son rêve est justement de se distinguer. N.B. I’d say it pays the poor to distinguish himself from the poor surrounding him, in the poor women’s eyes, but it impairs the rich to distinguish himself, because then he’s just an eccentric in women’s eyes.

Le rêve du consommateur est de se distinguer mais sa tendance est au conformisme. C’est la clé de la manipulation commerciale.

Le noir se porte bien. La clé, pour vendre, c’est d’inventer des nuances de noir. – Plus les publicitaires délirent sur la libération des goûts et des couleurs, et plus tout le monde s’habille en noir. Haro sur l’original en gris !

La publicité promet au pauvre le même bonheur matériel que le riche, avec des produits bon marché, des produits cheap (le sens de ce mot est souvent péjoratif en français). Le problème, c’est que ça reste toujours mieux d’être plus riche que son voisin. Le produit bon marché apporte peut-être le même bonheur matériel, mais ce n’est pas suffisant pour être content de son sort, sans envier plus riche que soi. S’il était possible que les gens soient contents de leur sort, la publicité n’existerait pas. Pourquoi être riche quand on peut être pauvre ? Une société qui permettrait cette forme de sagesse créerait-elle encore des richesses ?

Invidia democratica. Platon explique qu’en démocratie même les mulets sont ombrageux (République, livre VIII, 562e, 563c). En comparaison, les vaches de l’Inde théocratique semblent très débonnaires. – Quand Indira Gandhi, qui fut plus tard assassinée par ses gardes du corps sikhs, proposa de chasser des villes indiennes les vaches sacrées, les sadhus, les ascètes hindouistes, sortirent des mitraillettes d’on ne sait où, apparemment prêts à en découdre. Le projet fut abandonné. Jusqu’à quand ? Chassez les vaches des rues et vous aurez, comme chez nous, des villes faites pour les voitures. Quelle place y auraient les ascètes ? – McLuhan analyse la violence du cinéma et de la télévision comme une conséquence du trafic routier dans les villes, une conséquence de la violence pour les sens d’un environnement urbain monopolisé par le moteur à explosion. Les gens qui aiment se promener dans Paris me font rire. Si j’en croisais un, dans la rue, je lui ferais volontiers la remarque, mais ma voix serait couverte par le bruit de la circulation.

Les jeunes sont très intéressants… à manipuler mentalement, disent (entre eux) les marketeurs. Ils sont si grégaires que ceux qui n’achètent pas les mêmes produits que les autres sont harcelés et se suicident. Ce grégarisme est la forme de leur émancipation vis-à-vis de l’autorité parentale. Les parents ne peuvent plus savoir ce qu’il convient d’acheter à leurs enfants ; ceux qui insistent pour exercer un contrôle font courir un risque grave – je le dis sans plaisanter – à leurs enfants, le risque d’être bannis du troupeau et persécutés. Ce grégarisme est d’ailleurs l’école du salariat et du fonctionnariat : pourquoi les parents s’y opposeraient-ils ?

Mars 2015