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Journal onirique 6

Période : février-mars 2020. (Une partie de ce journal est donc un journal onirique de confinement.)

N.B. En commençant par cette série de rêves, je randomise complètement, par des jets de dés, les initiales des prénoms de personnes que je connais apparaissant dans mes rêves.

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Dans un futur proche, la pollution de l’air rend impossible de pratiquer des sports de compétition sans un certain équipement individuel qui permet aux sportifs de maintenir dans l’organisme un niveau suffisant d’oxygène exploitable. Sans cet appareil, que la personne doit porter en permanence, rien que le trajet entre le domicile et l’installation sportive, même en bus, fait perdre à la personne 80 % de son oxygène utilisable, ce qui l’empêche de réaliser la moindre performance sportive.

Arrivant en bus dans un stade, j’entre avec d’autres dans une piscine couverte. Tous les couloirs du bassin sont pris, sauf celui le plus à gauche. Je comprends qu’il ne va pas être possible pour moi de nager aujourd’hui, car je n’ai pas l’appareil en question : en effet, même pour faire du sport en tant que simple loisir, les personnes dotées de l’appareil sont privilégiées par rapport aux autres pour l’utilisation des équipements sportifs. Deux jeunes dans la même situation que moi décident de tenter leur chance et s’avancent vers l’autre bout de la piscine en longeant le couloir de gauche inoccupé. Le maître nageur les arrête et leur demande de montrer leur poison cleaner (épurateur de poison), c’est-à-dire l’appareil que j’ai décrit. L’un des deux jeunes, parce qu’il ne possède pas l’appareil et que cette discrimination l’exaspère, répond de manière impertinente : « I’m on top of it. » (Je suis dessus, dans le sens : Où est mon appareil ? Pourquoi me poser la question puisqu’il est évident que je suis dessus ; alors que le jeune n’est sur rien d’autre que sur le sol). Cette réponse lui vaut d’être jeté tout habillé par le maître nageur dans le couloir inoccupé du bassin. En essayant de se retenir à l’autre jeune, il entraîne ce dernier dans sa chute ; les deux se retrouvent à l’eau. Comme ils protestent contre ce traitement, le maître nageur continue de les humilier en les empêchant de sortir du bassin et même en leur enfonçant la tête sous l’eau quand il s’approchent du bord.

Bien que familier, dans le futur proche dont il est question, chez toute personne investie de la moindre parcelle d’autorité, ce comportement m’écœure, et je ressors, non sans décocher, pour tenter de faire honte à ce maître nageur que je suppose être un bon patriote américain (les dialogues en anglais indiquent que nous sommes aux États-Unis) : « Commie stuff ! » (C’est un truc de communiste.)

Il se peut que cette remarque serve à décrire non pas tant, à son attention, le comportement sadique du maître nageur que la scène tout entière dont je viens d’être témoin, et que ce mot d’humeur soit donc plutôt un jugement sur un film que je serais en train de regarder (tout en jouant dans ce film un rôle secondaire), une contre-propagande à de la propagande capitaliste-autoritaire à destination des patriotes américains, la décrivant sous les traits de l’ennemi.

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À vélo je cherche à me rendre dans une communauté hippie libertaire en bordure de Paris. Je traverse toute la capitale à vélo pour cela, et le trajet est en pente sur une bonne partie du chemin, ce qui est à la fois spectaculaire, grâce à la vitesse que je peux acquérir, et dangereux, m’obligeant à freiner longuement à intervalles réguliers. Je me dis en outre que le retour sera compliqué. Alors que le soir tombe, je sors de la ville en débouchant d’un tunnel en pente lui aussi, et la route est à présent entourée d’épaisses broussailles. Un panneau indique la présence à peu de distance de la communauté d’El Lobo (le loup ?) ou de La Lobo (pour lobotomie ?). Je descends de vélo à l’entrée du chemin qui, se perdant entre les broussailles, me paraît conduire à la communauté. Sur ce chemin, je croise deux hippies qui me confirment que je suis sur la bonne voie, et j’arrive à bon port.

Voyant tout d’abord une hippie préparer un stand de vente, je lui demande si je peux trouver ici des space cakes (gâteaux au cannabis). Elle me répond que non, que c’est ce que beaucoup de touristes demandent mais que les membres de la communauté n’en vendent pas, ni ne vendent de cannabis. Peut-être qu’elle me répond cela me prenant pour un policier, ou qu’elle prend de prime abord tout inconnu pour un policier potentiel.

Je poursuis ma visite par le marché, derrière deux autres touristes, dont l’un remarque à voix bien haute qu’on ne trouve que de la bimbeloterie pour touristes. Les stands présentent en effet des objets standardisés estampillés hippies que l’on trouve un peu partout ailleurs ; la hippie à qui j’avais demandé des space cakes avait d’ailleurs fait allusion à cette invasion. Les tenanciers de ces stands ont l’apparence classique des faux hippies, avec des cheveux longs mais attachés, et le reste à l’avenant, tout ce qu’il y a de lisse et net. Comme ils sentent que je les observe en me faisant ces réflexions, je perçois une certaine gêne chez eux à jouer, par intérêt lucratif, ce rôle fictif de libertaires qu’ils ne sont pas et ne seront jamais. Quoi qu’il en soit, il semble bien que le touriste venant visiter la communauté en soit pour ses frais, que la plupart ne verront que ce que les marchands du temple leur laisseront voir.

La nuit tombant, on allume des guirlandes d’ampoules électriques. Malgré ce que j’ai dit plus haut, il me semble tout de même voir quelque chose d’authentiquement hippie dans une représentation théâtrale en plein air et en allemand donnée par trois femmes aux longs cheveux déployés, sans doute d’origine teutonique.

Par ailleurs, un hippie qui semble lui aussi authentique m’invite à goûter d’un fruit qui ressemble à une pastèque et que la communauté, me dit-il, cultive. Quand j’ai mangé la chair, je lui demande où jeter, non pas l’écorce, mais ce qui ressemble plutôt à un gros noyau ayant l’aspect d’une bûche de bois. Il me dit de ne surtout pas le jeter car cela se mange. Il m’invite donc à manger du bois ! Pour ne pas le vexer (de plus, d’autres hippies nous regardent), je mords dans la bûche et parviens à en détacher un morceau, que je commence à mâcher. Ce n’est pas mauvais, bien que coriace. Je dis que cela a goût de nougat, et ma comparaison paraît être appréciée.

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Dans un salon avec beaucoup de gens, une mouette sur le parquet cherche à grimper sur moi : elle saute sur ma jambe et s’y agrippe à l’aide de ses pattes, puis entreprend de monter en battant des ailes. Je l’écarte en essayant de ne pas la blesser. Puis un jeune chat réalise une véritable prouesse : courant à travers le salon pour prendre son élan, il grimpe au mur grâce à la vitesse acquise, puis court au plafond sans tomber, également avec la vitesse acquise, le traversant tout entier en diagonale avant de redescendre par le mur opposé. Ayant accompli ce fait insigne, il me regarde. Je m’étonne que les autres personnes présentes ne soient pas plus impressionnées par ce que nous venons tous de voir.

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Un film sur la guerre du Pacifique (1941-1945) du côté japonais.

Trois amis japonais font connaissance de leurs fiancées japonaises à Paris. Ce sont des jeunes gens cultivés, idéalistes, bohèmes. Quand la guerre est déclarée, les trois amis sont envoyés au front.

Contre les Américains, l’aviation japonaise a mis au point un avion spécial : quand cet aéronef parvient au-dessus d’un porte-avions, il se transforme en étoile à quatre branches et se laisse tomber pour crever le pont avec l’une des branches, faisant exploser le porte-avions. On en voit un action ; c’est en quelque sorte un Goldorak ou Transformer avant l’heure.

Dans ce combat, deux des trois amis sont noyés ensemble : ils s’enfoncent côte à côte dans l’eau verte, communiant au moment de mourir dans la pensée de leurs chères fiancées Kuroke et Kuryûku.

Le troisième survit à la guerre : il est prisonnier des Français qui sont de retour en Indochine, utilisé comme interprète par l’administration militaro-judiciaire et traité par elle en esclave. Or la famille de sa fiancée s’était établie en Indochine. Les deux n’ont plus de nouvelles l’un de l’autre. Nous voyons la fiancée : sa coupe de cheveux rappelle les Années folles et montre assez qu’elle pas la mousmé traditionnelle. Comme elle se rend à l’administration française pour certaines démarches relatives à la situation de ses parents, les deux se retrouvent : c’est lui, alors qu’il est en train d’officier comme interprète, qui la voit le premier, tandis qu’elle regarde le ciel par la fenêtre avec une profonde mélancolie.

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Tout est en verre dans la caverne. Le gris est dans l’obscurité. (Tiré des Aphorismes de Hegel)

À table, une discussion s’engage sur la philosophie. R. (♀) dit qu’elle ne comprend pas pourquoi Hegel est si connu tandis que Max Ethiops l’est si peu, alors que, selon elle, l’un a écrit la même chose que l’autre. Je souris à part moi car, ne connaissant pas cet Ethiops, je ne pense pas non plus, à l’instar de Schopenhauer, que Hegel a sa place dans une discussion sur la philosophie. Par la fenêtre, je regarde dans le jardin un massif multicolore d’énormes roses pompons.

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Il est un degré de maturité intellectuelle qui ne permet plus l’épanouissement de l’homme. (Pensée attribuée à J.-L. Mélenchon)

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On ne meurt pas femme.

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I. et T. (2 ♀) discutent de manière mystérieuse pour moi du « Tex-Zaberg » (test de Tex et Zaberg). Mes demandes d’explication sur ce point sont à plusieurs reprises ignorées, puis T. me répond : « C’est le test pour les mariages… » Elle ne termine pas sa phrase mais je la complète moi-même, venant de comprendre : « Pour les mariages bostoniens. » Un mariage bostonien est, depuis le roman Les Bostoniennes (1886) de Henry James, une manière de décrire deux femmes vivant ensemble, sans cohabitation charnelle. Dans ce rêve, je l’emploie comme une manière de décrire deux personnes vivant ensemble sans cohabitation charnelle quel que soit leur sexe, donc, aussi bien, un homme avec une femme. Le test de Tex-Zaberg est un instrument des sciences psychologiques permettant de déterminer si une relation de cette nature entre deux personnes peut durer, car I. est inquiète à ce sujet, vivant avec un homme en « mariage bostonien ».

Note : On ne parle plus de mariage bostonien et, sauf si ce phénomène n’a jamais existé dans la réalité ou s’il a cessé d’exister un jour, il faut croire qu’il est aujourd’hui appréhendé sous une autre étiquette ; il me semble alors que ce doit être l’étiquette LGBT, à savoir que des femmes et des hommes vivant ensemble (femme avec femme, homme avec homme) sans cohabitation charnelle passent pour former des couples homosexuels bien qu’ils n’aient pas de rapports sexuels. Or les raisons autres que sexuelles pour vivre en couple ne peuvent manquer dans des sociétés caractérisées par ce que le professeur Bella DePaulo appelle le préjugé de singlism, qui discrimine, en particulier financièrement, les personnes vivant seules.

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Dans le train où je suis assis, un homme qui vient de monter reste debout près de ma place, manipulant une sorte de gros fil. Quand le train redémarre, il me demande s’il peut s’assoir sur le siège à côté de moi. Cette demande m’étonne car le wagon est peu rempli et ce monsieur pourrait trouver un duo de places entièrement libre, mais je me conforme à la plus élémentaire courtoisie et l’invite à s’assoir, en retirant mon manteau du siège où je l’avais posé et que l’étranger souhaite occuper. Cet étranger descend du train une ou deux stations plus loin, après que nous avons échangé quelques paroles banales.

À une autre gare monte un groupe de trois hommes, et là encore, bien qu’il y ait toujours de nombreuses places libres dans le wagon, l’un des trois me demande s’il peut s’assoir à côté de moi, et les deux autres prennent également place à peu de distance. Le nouveau venu cherche à me faire parler de mon précédent voisin dès qu’il a réussi à me faire dire que j’ai eu un autre voisin avant lui dans ce train. Je comprends alors que j’ai affaire à des phanségars : le précédent passager était en mission pour me tuer (la pelote de gros fil qu’il manipulait était son arme de mort, avec laquelle il devait m’étrangler). Les trois autres s’attendaient à trouver mon cadavre et cherchent à présent à comprendre pourquoi leur co-sectateur n’a pas mis le plan à exécution.

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Trois petites frappes. L’un d’eux rencontre une fille et décide de se ranger avec elle. Les deux autres lui jouent un tour : ils le forcent avec leur voiture à reculer avec sa voiture, les deux voitures nez à nez. C’est leur façon de dire adieu au lâcheur. C’est aussi de cette manière que d’autres voyous, plus tard, s’en prennent à ces deux-là : avec leur camionnette ils acculent leur véhicule contre un mur, puis deux hommes sortent de la camionnette et tirent à bout portant sur la voiture, dont les vitres transpercées par les balles se couvrent de sang.

De son côté, le troisième ne s’est pas vraiment rangé. On le voit en débardeur dans son intérieur pauvre, avec sa femme et leur bébé. Il quitte fréquemment son foyer avec un pistolet qu’il tient caché. Dehors, il lance des appels mystérieux depuis une cabine téléphonique, des menaces. On apprend qu’il fait désormais partie de la bande d’un parrain local. Un jour, celui-ci tient à lui parler car il considère que la petite frappe fait des choses en douce, dans le dos du parrain et pour son compte personnel. Il le rencontre en même temps qu’un autre voyou, plus ancien, également coupable de manquements, et que le parrain commence par faire avouer. Sur les aveux du voyou, le parrain le tue d’une balle dans la tête.

C’est alors que je réalise que c’est un film que je suis en train de regarder depuis une salle de cinéma vétuste et qui reste éclairée pendant la projection. Je ne suis pas assis sur un siège mais à même le sol, devant l’écran, faute de places. Des spectateurs parlent en même temps que le film ; j’en avise un groupe et leur dis que le film n’est pas fini. Ils me répondent qu’ils sont justement en train d’essayer de faire taire ceux qui parlent pendant. Cela devient le brouhaha dans la salle car tout le monde parle pour faire taire ceux qui parlent pendant le film. Finalement, un spectateur à la voix de stentor parvient à imposer le silence en proférant des menaces de mort. Dans la mesure où il se pourrait très bien qu’il me prenne pour un de ceux qui ont parlé pendant le film, j’éprouve de la nausée en entendant ses menaces. Je souhaite cracher pour m’en soulager mais en suis incapable en raison, découvré-je, d’une pierre noire et plate qui se trouve sous ma langue (et qui pourrait être la véritable cause de ma nausée). J’extrais cette pierre avec les doigts et la jette devant moi, mais, fasciné par ce bézoard improbable, je le ramasse pour l’examiner plus attentivement.

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Vagabondage picaresque dans une Espagne du temps passé.

Je trouve sur mon chemin une guitare (instrument dont je ne sais pas jouer) et j’en effleure les cordes du bout des doigts. Ce geste me révèle alors l’essence de cet instrument, qui est la même que celle de la harpe. Il faut avoir les doigts les plus légers possibles pour exprimer toutes les harmoniques des cordes, et, fort de cette intuition, il me semble produire en continuant d’effleurer la guitare une musique céleste. Un enfant du village, qui s’étonne de cette façon de jouer inhabituelle, veut me montrer comment ils jouent ici, et produit un affreux tintamarre en balayant les cordes du poing plus que des doigts. J’essaie de lui faire comprendre que cette manière de jouer traditionnelle n’est pas la bonne, ce dont il éprouve quelque honte.

Quand je poursuis mon chemin, il décide de quitter son village et de me suivre dans mon vagabondage. Nous rejoignons d’autres picaros et le soir, au moment de nous coucher tous à la belle étoile, je présente à mon nouveau compagnon le chat du groupe, un chat blanc appelé Poisson-Lune. Mais le gamin fait à propos de Poisson-Lune des remarques désobligeantes qui me conduisent à penser que c’est de la mauvaise graine.

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Je décide d’assassiner un enquêteur importun venant mettre son nez dans mes affaires. Je le tue puis découpe son cadavre en morceaux avec une scie, en commençant par les chevilles et les poignets, et vais jeter les morceaux dans une tourbière à quelque distance du château (car je suis dans ce rêve une sorte de baron Frankenstein). En revenant au château, par un chemin de forêt au beau milieu d’un automne de conte de Grimm (les feuilles des arbres sont oranges), je crois voir quelqu’un au bout du chemin et me rends compte que j’ai toujours la scie à la main, ce qui pourrait me dénoncer à un témoin. Je me précipite alors dans les taillis au bord du chemin et cache la scie sous un tas de feuilles mortes, puis retourne sur le chemin, où il semble n’y avoir personne ; mon imagination m’aura joué un tour.

Aux abords du château, un autre enquêteur, accompagné d’un simple agent en uniforme, est en train de chercher le corps de son collègue disparu, celui que je viens de tuer, dans des herbes hautes de la propriété. Je me doute qu’il sait que je suis l’assassin de son collègue mais je suis déterminé à ne pas me trahir ni à lui laisser trouver la moindre preuve matérielle de ma culpabilité. Je passe à côté de lui sans qu’il cesse sa recherche, et je ne le salue pas non plus.

Un peu plus tard, il me rejoint au château pour m’interroger. Je l’accueille dans un salon où mes tableaux sont exposés (car dans ce rêve je suis aussi peintre à mes heures perdues). Or voilà qu’il commence à trouver de l’intérêt à mes peintures et à en faire devant moi une longue analyse psychologique (plutôt qu’esthétique). Ce comportement n’est pas sans me troubler mais je me rassure en pensant qu’une telle analyse ne peut produire aucune preuve de culpabilité et qu’il cherche seulement à me déstabiliser. Or il y parvient puisque je finis par le rouer de coups avec ma canne, le tuant à son tour, en hurlant pour me justifier que les chrétiens ont massacré des milliers de musulmans (pendant les Croisades) et que ses leçons de morale sont donc très déplacées.

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Je rends visite à une communauté hippie établie dans un château. Il s’y trouve un personnage étrange, colossal et vaguement difforme, aux longs cheveux blonds pâles, qui fait office de DJ. Alors que je me promène seul sur les créneaux du château, je le vois marcher devant moi, de sa démarche un peu grotesque, pressé de disparaître de mon champ de vision. Je rejoins un groupe de hippies qui disent vouloir me présenter « le troll », car ils m’assurent qu’un troll vit avec eux. Comme je leur réponds qu’un troll est une créature légendaire qui dans la réalité n’existe pas, ils se récrient et insistent qu’un troll vit dans la communauté ; alors je fais mine de les croire, et, subodorant qu’ils prennent pour un troll l’étrange personnage dont j’ai parlé, au physique particulier, je dis : « C’est un grand blond, n’est-ce pas ? » Ils confirment que mon intuition est la bonne. S’agit-il d’un véritable troll ?

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L’apocalypse s’est produit, la Terre est dévastée. Je me retrouve seul avec un compagnon d’infortune dans un vaste hôpital sombre et abandonné. Nous avons survécu, mais comment allons-nous à présent nous maintenir en vie dans ce monde désert ? Dans le coin d’une pièce vide, je trouve, remplissant un trou dans le sol, un tas de cachets de paracétamol et me réjouis de cette trouvaille devant mon compagnon. Or ces cachets ont été rassemblés là par un autre occupant de l’hôpital désert, un adolescent, qui se découvre à nous à cette occasion (pour réclamer le paracétamol qu’il avait entassé là comme un écureuil des noisettes). Nous l’interrogeons et apprenons qu’il survit en ces lieux grâce à un stock de poches de sang qu’il a trouvé dans une autre aile de l’hôpital, c’est-à-dire qu’il survit en buvant du sang humain. Le stock est selon lui suffisant pour vivre de longues années dans l’hôpital. Je blâme cette forme de vampirisme et explique qu’il nous faut sortir de l’hôpital pour tenter de retrouver d’autres survivants. C’est notre devoir en tant qu’hommes : recréer les bases de la civilisation. Cependant, les deux ne sont guère enthousiastes. Le premier est tenté d’adopter la philosophie de l’adolescent et de profiter du stock de poches de sang, et de son côté l’adolescent me rétorque que notre devoir en tant qu’hommes ne peut être ce que j’affirme vu que la civilisation vient de se détruire elle-même.

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À l’accueil de l’hôtel où j’arrive, un palace dans le style art déco, on me donne la clé de ma chambre au cinquième étage. Je prends l’ascenseur avec deux jeunes touristes étrangères. Elles descendent au même étage et je les suis en cherchant ma chambre. Nous traversons tout l’étage sans que je la trouve, tandis que les touristes trouvent la leur, la dernière chambre en sortant de l’ascenseur. Elles me regardent par-dessus l’épaule d’un œil sombre, me prenant pour un pervers. Je rebrousse chemin et continue de chercher, mais ma chambre est introuvable. En me fondant sur un raisonnement déductif à partir des numéros de chambre trouvés sur les portes de cet étage, qui présentent pourtant la plus grande absence d’ordre imaginable, entre 8 et 1600, je conclus que ma chambre est en réalité à l’étage supérieur.

Je reprends donc l’ascenseur. L’étage supérieur n’est pas le 6e (qui n’existe pas sur les boutons de l’ascenseur) mais le 7e. Au 7e étage, je me pose à une espèce de bar ou comptoir qui se trouve là et déplie une carte de l’hôtel qui m’a été donnée à l’accueil avec la clé de ma chambre. Pendant que j’examine ce plan, une femme de chambre en tenue très sexy me demande si j’ai besoin d’aide. Nous lions conversation, puis elle va faire le ménage dans la chambre à côté. Un groupe de jeunes clients de l’hôtel l’y rejoint, après que l’un d’eux l’a appelée devant moi : « Gisèle ! » (ou Gisele en allemand). Je les entends bavarder par la porte ouverte, contrarié par l’idée d’une possible orgie entre eux. Ayant trouvé ma chambre sur la carte (il faut que je monte encore deux étages), je quitte l’endroit, en décidant en mon for intérieur que la femme de chambre et les touristes ne feront que bavarder.

Quand j’arrive devant l’ascenseur, l’étage est tout à coup plongé dans le noir à cause d’une coupure de courant, et les ascenseurs ne marchent plus ; il faut que je prenne les escaliers, qui continuent, eux, d’être éclairés. Deux étages plus haut, je sors des escaliers et me retrouve sur une terrasse où des clients fument des cigarettes. On me dit là qu’il faut traverser la terrasse pour accéder aux chambres, ce que je fais, me retrouvant alors dans un grand hall de gare, elle aussi dans le style art déco. J’aborde une passante et lui demande si nous sommes dans un hall de gare, ce qu’elle confirme. Je m’enquiers alors si elle sait où se trouve ma chambre d’hôtel. Elle m’invite à la suivre et, en sortant de la gare, me montre à quelque distance une passerelle qu’elle dit conduire aux chambres de l’hôtel. Elle est prête à me montrer le chemin jusqu’à cette passerelle. En nous y rendant, nous passons devant un orchestre de plein air, dans un kiosque sur la place, qui, avec des musiciens du troisième âge, joue une musique plutôt mauvaise. Je demande à mon accompagnatrice si c’est là l’orchestre de l’hôtel mais elle n’ose répondre. En chemin, je me fais la réflexion qu’il est étonnant qu’elle prenne tant de peine pour un parfait étranger, mais il faut reconnaître que le chemin pour accéder à la passerelle est loin d’être simple.

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Un adepte du snorkeling pratiqué nu me recommande le nudisme. Pour moi qui dans mon enfance ai pratiqué le snorkeling (avec masque et tuba mais sans palmes) – cela ne s’appelait pas encore snorkeling et n’avait pas de nom, et les noms français que je trouve aujourd’hui sont longs et lourds, nous ne sommes pas un peuple qui cherche à nommer les choses –, qui l’ai pratiqué avec un émerveillement inépuisable, en Méditerranée sur la Côte des roses, pour observer les poissons et ramasser des coquillages, l’idée de la nudité dans cette activité tout à coup m’enchante. En m’imaginant pratiquer le snorkeling nu, j’éprouve un sentiment de grande liberté. Au réveil, je suis convaincu du bien-fondé du nudisme.

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Dans une administration où j’occupais, semble-t-il, un poste important mais où je fus disciplinairement dégradé, on me demande de rafraîchir un tableau d’art contemporain ornant une salle de réunion. Il s’agit d’un grand tableau monochrome rose. Avec un pot de peinture de même couleur, je me mets donc à repeindre le monochrome au rouleau, exactement comme si je repeignais le mur blanc derrière. Bien que le résultat ne puisse pas être un tableau différent (mais seulement un tableau rafraîchi), je me fais la réflexion que ce rafraîchissement est une trahison de l’œuvre de l’artiste, car même si l’on ne pourra voir aucune différence à l’œil nu, un certain scanner pourrait sans aucun doute révéler que les gestes de l’artiste et les miens ne furent pas les mêmes. D’où cette conclusion en forme de théorème de l’art : même si rien, absolument rien ne permet de distinguer deux monochromes à l’œil nu, chaque monochrome est unique.

Sur ces entrefaites, un ex-collègue de la classe importante passe derrière mon dos. Nous nous retournons au même moment et nous faisons face ; il me tend la main, bien qu’il soit toujours, lui, en costume cravate et que je sois moi en salopette de peintre du BTP ; j’en éprouve de la reconnaissance.

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BC : avant la vaccination de Jésus-Christ. AD : après la vaccination de Jésus-Christ.

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On nous sert à manger, à T. (♂) et moi, une chauve-souris au milieu d’une grande assiette blanche. C’est une petite chauve-souris étendue sur le dos, et qui bouge : ses gestes et la physionomie de sa face expriment la souffrance. Je fais remarquer à notre hôte que la chauve-souris bouge mais il répond qu’elle est bien morte et qu’il s’agit seulement de mouvements post-mortem résultant de la friture dans l’huile bouillante. Malgré ces explications, je refuse de manger. T. n’a pas ces scrupules, il saisit la chauve-souris du bout des doigts, l’enveloppe dans ses ailes comme un pâté impérial dans une feuille de salade et, sans la moindre sauce, la croque puis se met à mâcher. Le bruit indique un mets particulièrement croustillant, qui donne envie… Je demande à T. s’il a senti la chauve-souris bouger dans sa bouche, voire dans son œsophage.

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Pierre angulaire (1960) par Aurélie Nemours (Beaubourg fév. 2020)

LIII Aurillac Space Cake

Feng Shui Cool

En lisant, grâce à une amie, un livre sur le feng shui, je découvris que j’avais appliqué chez moi, sans le savoir, des principes feng shui, éprouvant une insatisfaction durable devant au moins deux dispositions de mon appartement.

Tout d’abord, je fermai ma cuisine américaine, moins feng shui qu’une cuisine indépendante, avec un paravent. Car il faut maintenir séparés les différents espaces dédiés.

Ensuite, je plaçai un rideau de perles entre le vestibule et le salon pour couper une ligne droite beaucoup trop longue (allant jusqu’à la salle de bain). Cette dernière disposition est décrite dans le livre comme particulièrement mauvaise, car le chi s’engouffre dans ce tunnel comme un tourbillon impétueux.

À l’époque où je fumais du haschich, j’étais, sous l’effet de cette substance, particulièrement sensible à certaines choses, et je comprends aujourd’hui que c’étaient les « flèches empoisonnées » du feng shui. Ainsi, je me souviens parfaitement (et c’était il y a plus de vingt ans) de la véritable souffrance que me causèrent les lignes et les angles d’une commode trop massive, dans la chambre où j’avais un lit chez un ami. Cette souffrance était démesurément amplifiée par un sentiment de faiblesse, voire de débilité profonde causé par le fait d’éprouver du malaise devant un simple meuble.

Si j’avais eu ce livre entre les mains dès l’installation dans mon nouvel appartement, ou si j’avais continué de fumer du cannabis, j’aurais pu mieux aménager mon intérieur il y a longtemps ! Au lieu de quoi, j’ai vécu dans un piège à chi fatal pendant des années.

Et si j’avais lu ce livre quand j’étais un haschichin, j’aurais évité quelques mauvais trips à l’époque.

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Joli, joli petit Français…

Kant dit que les Anglais sont plus familiers avec le sublime et les Français plus familiers avec le joli – le joli plutôt que le beau, car le beau se rapproche davantage du sublime que du joli, d’où je traduirais différemment le titre de son essai Beobachtungen über das Gefühl des Schönen und Erhabenen, par Observations sur le sentiment du joli et du sublime.

L’emploi du mot Schön en allemand me donne raison : on lance un « Schön ! » comme, chez nous, un « Joli ! » Et les passages de l’essai de Kant qui parlent des Français montrent d’ailleurs bien qu’il n’est pas question du beau mais du joli. Eh oui, messieurs les traducteurs et professeurs de France…

(Pour être tout à fait précis, Kant oppose, d’un côté, Anglais, Allemands et Espagnols et, de l’autre côté, Français et Italiens.)

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Aurillac Space Cake

Je me souviens d’Anglaises au camping du festival d’Aurillac, festival du spectacle de rue, camping hippie : complètement délurées mais complètement supérieures, à déambuler pieds nus avec un air émancipé que je n’ai jamais vu nulle part ailleurs. À les voir, j’avais honte de moi, je me faisais l’effet d’être en toc.

Les Anglais, au rassemblement hippie d’Aurillac, étaient impressionnants. Ils arrivaient avec leurs caravanes comme des bohémiens, si ce n’est qu’au lieu de visages méridionaux on voyait des enchanteresses blondes comme les blés. Je me souviens de l’une d’elles en particulier, de seize ou dix-sept ans, assise devant sa caravane, pieds nus, non loin d’un grand gars qui lui ressemblait, et comme je passais avec un compagnon devant sa caravane elle nous adressa cette douce parole : « Space cake ! » Comme une harengère aurait dit : « Le bon poisson frais ! » À défaut de lui acheter un cake au cannabis, ce pour quoi je regrette d’ailleurs de m’être montré pusillanime en la circonstance, craignant peut-être que sa recette serait trop forte pour les projets immédiats que j’avais, ou plus simplement parce que j’étais déjà défoncé jusqu’aux yeux, je lui souris, et elle me sourit, et le grand gars avait l’air content, et je n’ai pas oublié.

Mais l’impression d’être en toc était bien là…

(D’ailleurs, ceux dont je parle n’étaient pas forcément tous Anglais, car ils pouvaient aussi bien être Allemands, Néerlandais, voire Scandinaves…, et je ne sais pas pourquoi ce sont dans mon souvenir des Anglais, ou plutôt des Anglaises.)

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Le fait que Kant soit une cible privilégiée des attaques du Cercle de Berlin, pro-Einstein, est la preuve, ou du moins un indice intéressant, que j’ai vu juste en écrivant les « fragments » Kantism & Astronomy (ici), qui datent de 2005. Kantisme, en l’occurrence l’esthétique transcendantale de la Critique de la raison pure, et relativité sont incompatibles : c’est la conclusion de mes fragments.

La possibilité d’une compatibilité entre les deux n’est toutefois pas complètement exclue. Si la masse n’a guère plus de réalité « en soi » que l’espace « en soi » (c’est-à-dire hors de nos perceptions), il est peut-être possible d’envisager que la masse torde l’espace. Apparemment, ce n’est pas l’optique du Cercle de Berlin, pour qui kantisme et relativité sont bel et bien incompatibles, ce qui signe selon eux la fin du kantisme, tandis qu’une telle incompatibilité signe selon moi la fin de la relativité.

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Les femmes intelligentes ont, selon Helmuth Nyborg (Hormones, Sex, and Society, 1997), plus de testostérone que les autres, et par conséquent un plus grand appétit sexuel. En revanche, la testostérone inhiberait les capacités intellectuelles chez l’homme. Cette lecture m’a fait du mal, car j’ai toujours pensé que j’étais à la fois intelligent et viril.

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J’aurais été un pirate heureux, et, quand je serais devenu trop vieux pour aborder les galions espagnols, je me serais retiré dans une belle malouinière avec une bow window sur la mer et une lattice window sur un jardin.

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Quand j’étais en Amérique, je suis parfois passé, à Cambridge, Massachusetts, non loin de l’Université d’Harvard, devant une église swedenborgienne posée au milieu de son boulingrin d’herbe planté d’arbres.

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Je voudrais faire quelque chose dont je sois absolument certain que ce n’est pas une distraction de l’essentiel, qui se trouve je ne sais où. « A man of too many hobbies », c’est ainsi que Thomas Hardy décrit l’un de ses personnages, et c’est peut-être une limitation plus grave encore que la spécialisation, forcément technique, qui régit la vie intellectuelle de tant d’hommes aujourd’hui.

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Si je vends mon appartement, je n’en rachèterai pas un autre : je vivrai libre pendant une douzaine d’années. Cela ne vaut-il pas le coup ? Comme Rolla qui flambe son héritage en quelques années puis se tire une balle. Douze ans de liberté ne valent-ils pas mieux qu’une vie de servitude ?

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Vous rappelez-vous cette parole de D’Ormesson, qu’il avait peur d’un hommage funèbre par Hollande ? Il vient d’être décoré par ce dernier. C’est arrivé hier, le 26 novembre 2014. Le pauvre…

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Dans un livre de 1989, Wilson Bryan Key donne le chiffre d’une exposition moyenne de 1.000 messages publicitaires par jour pour une personne.

Dans la présentation Amazon du livre Neuromarketing de Morin et Renvoisé (fondateurs de la société SalesBrain), livre publié en 2007, on lit : « People are inundated daily by an average of 10,000 sales messages. »

Une multiplication par dix en trente ans.

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Média cool

Mon blog compte actuellement (mars 2015) 26 billets dans la catégorie « Pensées ». Cela fait entre 50 et 60 pages Word, soit plus d’une centaine de pages d’imprimerie. C’est du super-concentré d’idées. Si je développe les concepts, j’ai un bouquin de 400 ou 500 pages. C’est ce produit qui pourrait présenter ma pensée avec le plus de précision et de clarté, pour répondre à certaines attentes. Mais il n’est pas envisageable de déposer un pavé de 500 pages sur un blog internet, média cool.

Chaque concept qui devrait être présenté et explicité dans un livre comporte virtuellement, sur un blog, un méta-lien vers sa définition quelque part dans le Web. Par exemple, quand j’écris « média cool », c’est comme si l’on pouvait cliquer sur ce binôme pour faire apparaître une nouvelle fenêtre sur l’écran avec plusieurs lignes ou plusieurs pages de définition. Celui qui a besoin de cliquer clique, celui qui n’en a pas besoin ne clique pas.

Comme on trouve tout sur le Web, les spécifications sont virtuellement superflues. Le style, la langue deviennent aphoristiques, comme l’avait anticipé Marshall McLuhan. C’est véritablement un média cool.

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Une introduction
à mes recherches (en anglais) sur la publicité subliminale
(voyez Index: Subliminals Series)

Notre cerveau se compose de différentes parties, correspondant aux différentes périodes de notre évolution. La partie la plus archaïque est ce qu’on appelle le « cerveau reptilien » (commun aux reptiles et aux oiseaux), les deux autres parties sont le cerveau limbique (siège des émotions) et le néocortex (siège des pensées). La distinction entre le cerveau reptilien et le cerveau limbique est moins saillante que celle entre le cerveau limbique et le néocortex, c’est pourquoi on se contente parfois de distinguer un cerveau ancien (reptilien+limbique) et un cerveau nouveau (néocortex).

Le cerveau reptilien est l’organe de la survie : dans les conditions primitives d’existence, c’est lui qui scanne en permanence le milieu, notamment pour détecter les menaces. Chez les primates et chez l’homme, il est surtout visuel. Des recherches ont montré qu’il visualise les choses avant que celles-ci entrent dans notre champ de conscience.

Le principe des images subliminales est qu’elles sont visualisées par le cerveau reptilien sans entrer dans notre champ de conscience. Les publicitaires croient que cela peut avoir un effet sur les comportements d’achat, et ils s’appuient en cela sur l’« effet Poetzl », du nom du psychologue qui l’a découvert. Certains, à commencer par W.B. Key, théorisent ces phénomènes en termes d’inconscient freudien.

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La façon dont certains « r » sont prononcés dans la chanson Hadir de la chanteuse malaisienne Nadia ne laisse pas de m’étonner, car ils semblent être prononcés à l’anglaise.

Ainsi, dans le premier couplet, « Biarlah air mata, Biarpun merah hati luka Terhapus segalanya Impian kasih yang berlumpur », j’entends les « r » de biarlah, air mata, biarpun et berlumpur prononcés normalement mais les « r » de merah et de terhapus prononcés comme des « r » anglais (un son qui n’existe à ma connaissance dans aucune autre langue que l’anglais). C’est particulièrement frappant dans le mot merah et d’autres de la chanson.

À défaut de chanter en anglais, elle chanterait en prononçant à l’anglaise !

Or j’ai remarqué le même phénomène dans certaines chansons de pop thaïlandaise. Cette anglicisation de la prononciation dans la musique pop serait-elle un nouvel avatar de la domination culturelle anglo-saxonne ?

Voici la réponse, très pertinente, de la présidente de l’Association franco-indonésienne Pasar Malam à ces remarques, que je lui avais envoyées :

Je ne connais pas du tout la chanson malaisienne, aussi je n’ai aucune idée sur les ‘r’ prononcés à l’anglaise, si ce n’est que la question que je me suis posée sur les origines de la chanteuse que vous citez. Est-elle d’origine chinoise ? Le ‘r’ en mandarin (?) se prononce comme une consonne rétroflexe, comme en américain, me semble-t-il. (juillet 2015)

J’ignore si la chanteuse Nadia est d’origine chinoise. Même si elle l’est, je n’ai pas perçu ce phénomène de prononciation dans toutes celles de ses chansons que j’ai écoutées. Qui plus est, dans Hadir, la logique de cette prononciation m’échappe : ce n’est pas une question de position du ‘r’ entre deux voyelles ou entre une consonne et une voyelle. De plus, dans un même couplet répété deux fois, j’entends seterusnya prononcé normalement la première fois et à l’anglaise/américaine la seconde…

Le mystère reste donc complet. Il se peut qu’une telle prononciation sans cohérence dans des chansons de pop malaisienne mais aussi thaïlandaise (par exemple dans คนพิเศษ de la chanteuse Mint มิ้นท์ อรรถวดี) rappelle, sciemment ou non, des origines chinoises, la communauté chinoise étant nombreuse en Asie du Sud-Est et particulièrement bien implantée dans le commerce en général.

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La biologie a réhabilité le vaudeville ; ceux qui le dénigraient pour son invraisemblance en sont pour leurs frais. Dans le monde anglo-saxon, les divorces et autres joies de la séparation conjugale ne se font plus sans qu’on administre force tests de paternité (pour des histoires de sous), et les résultats, à savoir les chiffres de ces pères qui ne le sont pas, sont éloquents.

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Selon P.N. Oak, essayiste et militant hindouiste, le Taj Mahal serait à l’origine un temple hindou, converti en palais, puis en mausolée, par les « maraudeurs » musulmans. Toute son oeuvre porte sur le thème d’une « guerre de mille ans » entre Arabes et Hindous dans la péninsule indienne, et elle a été jugée anticonstitutionnelle en Inde (la Constitution indienne repose sur le concept de « communalisme »).

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Aldous Huxley devotes a chapter of his book Brave New World Revisited (1958) to subliminals. A fact which I think escaped W. B. Key’s notice.

Among other things, Huxley writes that “in Britain … the process of manipulating minds below the level of consciousness is known as ‘strobonic injection’.” & “Poetzl was one of the portents which, when writing ‘Brave New World’, I somehow overlooked. There is no reference in my fable to subliminal projection. It is a mistake of omission which, if I were to rewrite the book today, I should most certainly correct.

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John qui ?

À mon éditeur et sa femme, les très gioniens Michel et Nicole Lombard

Octobre 2015. J’ai cru que j’allais voir au Palais de Tokyo une exposition sur Jean Giono pour touristes américains. C’était en fait une installation modern art sur le poète beat américain John Giorno… Ah, on ne m’y reprendra plus !

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À mon éditeur et sa femme

Venant de lire la Brève Relation de la Destruction des Indes par Bartolomé de Las Casas, le cœur brisé, je me demande comment j’ai pu rester sourd si longtemps au message de ce saint homme, et publier des poèmes ignorant sa voix. L’insuccès de mes recueils est mérité. Las Casas a jeté sur les conquistadores une malédiction éternelle. Après lui, je veux les maudire à mon tour, et expier mes fautes en servant jusqu’à la fin de mes jours les humbles descendants de ces hommes et femmes victimes innocentes de leurs atroces iniquités. Je suis désolé de vous avoir rendus complices de mon injustice.

La belle réponse de Nicole Lombard :

Cher Florent,

Vous n’êtes pas le seul poète à vous être laissé fasciner par l’image des conquistadores, cruels, hélas, pire que cruels, mais aventureux et, il faut le dire, courageux. Il fallait l’être, rien que pour mettre le pied à bord de ces caravelles. « Ivres d’un rêve héroïque et brutal », cela dit bien ce que cela veut dire. Il fallait le génie et pour tout dire la sainteté de Bartolomé de Las Casas pour voir, dès cette époque, l’envers de ce que vous êtes tout à fait pardonnable d’avoir considéré comme une épopée. La Controverse de Valladolid est un grand moment de l’aventure humaine, la seule qui compte, celle du cœur et de l’esprit. Plutôt que de vous morfondre, pourquoi ne pas écrire maintenant ce que vous inspire cette malédiction ? Ce peut être très beau. Vous voilà maintenant comme saint Paul sur le chemin de Damas. Est-ce qu’il s’est tu ?

Et pourquoi, aussi, chanter des louanges à Marie-Antoinette ?

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Mon révolutionnaire mexicain (x) ! Avec ses cartouchières croisées sur la poitrine, par-dessus son poncho de toile rude, il se sert de son fusil comme d’un bâton pour parer un coup de sabre ! Et son chapeau de sorcier !…

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Te conduzcan tus sueños al país encantado de las hadas con belleza y candiles mágicos.

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Tal vez necesitaría ser turista toda su vida para llegar a disfrutar su lugar de vida propiamente.

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I am no jessamine. I am an old, old tree with owls in its hollows, and my friends the squirrels are warm in the labyrinth behind my rind. They’re happy when it’s moon time, feeling so safe. I’m old, old, very old.

Oh squirrel friend, I’ll never let you leave my boughs!

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After trying to feel emotions for religion and nationality which I never had, I realized I could get none at all and stopped telling myself stories. What remains is a disgust for politicians and an opposition to the increasing accumulation of wealth and power in increasingly fewer hands. I am with the down and trodden, ¡los de abajo!

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1

L’adaptation cinématographique par Jack Clayton du Tour d’écrou trahit Henry James. J’allais développer, mais j’ai vu sur Wikipédia l’affiche du film « You’ll get the shock of your life! » Tout est dit : avec une réclame aussi vulgaire, il ne fallait pas s’attendre à du Henry James.

Juste un point sur la scène finale, un pur contresens. Dans le film, le petit Miles crie : « Quint, où es-tu, démon ? » et meurt. Ce qui signifie qu’il ne voit rien, aucun fantôme, et que la gouvernante est donc une frustrée (pour ne pas dire une mal baisée) qui hallucine. C’est l’interprétation à laquelle il faut s’attendre pour servir le plat à un public de porcs. Dans la nouvelle, les derniers mots du petit Miles sont « Quint, you devil! » mais l’insulte est adressée à la gouvernante et veut dire : « Oui, je vois Quint, espèce de diable (arrête de me torturer) ! » et il meurt.

Il faut dire que, si ce n’est pas une hallucination de la gouvernante, l’interprétation préalable de la présence des fantômes rend le film excessivement sulfureux puisqu’il s’agirait d’un cas de possession (et non seulement de visualisation ou quelque soit le terme technique en exorcisme) par lequel les deux amants morts cherchent à s’étreindre de nouveau. Ce qui nous conduit à l’inceste entre un frère et une sœur prépubères. Là encore, rien d’étonnant de la part d’Hollywood (même en noir et blanc), pour qui l’épaisseur glauque du cas social est l’élément, et jamais la psychologie transcendantale.

Je comprends mieux la préface savante et universitaire à la nouvelle, dans mon livre de poche, dont l’interprétation me semblait complètement tirée par les cheveux : c’est une critique du film et non de la nouvelle !

2

La critique du Tour d’écrou s’est essentiellement concentrée sur la question de savoir s’il s’agit d’un récit fantastique. La « Nouvelle Critique » a beaucoup glosé sur ce qu’elle ne peut voir que comme des hallucinations de la narratrice. C’est le genre de débat qui me confirme dans l’idée que, bien que littéraire jusqu’au squelette, j’aurais peu goûté des études littéraires. Je ne peux tout simplement pas lire de critiques littéraires – sauf celles d’Oscar Wilde. A fortiori, impossible d’ouvrir un supplément littéraire. Comme le répondait le même Oscar Wilde à un journaliste qui voulait que l’on brulât son Dorian Gray, aux époques éclairées on ne jette plus les livres au feu, seulement les journaux.

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Gouverner, c’est prévoir. Aucun gouvernant n’a vu le Brexit venir. Ils n’en voulaient pas, donc ne pouvaient y croire, croyant que toutes leurs paroles ont la vertu des prédictions auto-réalisatrices, donc ne pouvaient prévoir, donc ne sont pas en mesure de gouverner.

Les Anglais se sont couchés sûrs et certains que le Brexit avait fait pschitt. Au réveil, ils n’étaient plus en Europe. C’est énaurme.

De même, personne ne croyait que Donald Trump gagnerait la primaire de son camp.

Les médias sont attristés, leur pouvoir résidait justement dans ce pouvoir de prédiction auto-réalisatrice. Maintenant, le plus sûr, pour prédire, c’est de chercher ce que les médias condamnent. Pour savoir ce qui va l’emporter.

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Un ami américain m’a demandé ce que je pensais des élections présidentielles aux États-Unis. J’ai répondu que j’ai toujours « voté » Républicain comme Kerouac.

Mais là je ne peux plus.

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Retour de Prague. Il y a deux musées d’art contemporain à Prague, l’un pour l’art moderne et contemporain, l’autre pour l’art contemporain. Les deux un peu excentrés. Le premier, le musée du Pelejrni Palac, sur quatre étages, le plus visité, comporte notamment la série de vingt tableaux monumentaux de Mucha L’Épopée slave. Le second, le DOX, se trouve dans un quartier assez miteux. Tu sors de la station de métro et te retrouves immédiatement sur un rebord d’autoroute, avec des autoroutes qui se croisent par des ponts. L’angoisse. J’avais seulement pris la mauvaise sortie. Un jeune homme qui passait par là eut la gentillesse de me conduire à bon port, par des tunnels souterrains.

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Of Joyce I only read Ulysses, but I read it twice (in French), at 16 and 23. It occupies a special place in my memories. There is a rather long sequence about a lame girl on a beach that is deeply moving, and beautiful. Then, there is the final unpuctuated soliloquy, which each time as much captivated as it incensed me. Once, long ago, I was talking about the novel with a friend; she had not read it but she said a boy of her acquaintance had told her about the finale: “This is Woman’s mind.” I said “No,” trying to remain cool, but really ‘twas a protest from me. That a boy, the boy of her acquaintance, dared say such a thing – was not what gave me a surge, not that alone… Now all we’ve got is lost baggages.

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Le silence
Que je n’entends pas
Acouphènes