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Tw30 Descartes Re-Animator 2

Anthologie Twitter Mars-Mai 2020 FR-EN-ES

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L’eugénisme au temps du coronavirus

Dans un document interne que Mediapart s’est procuré, le centre hospitalier de Perpignan donne les consignes pour « trier » les patients à sauver en cas de saturation.  « 4 catégories » : les « morts inévitables », « évitables », « acceptables », « inacceptables ». (Mediapart)

Vous avez dit « trier » ? Article 214-1 du code pénal : « Le fait de mettre en oeuvre une pratique eugénique tendant à l’organisation de la sélection des personnes est puni de trente ans de réclusion criminelle et de 7.500.000 euros d’amende. »

La pandémie n’a pas suspendu l’application du code pénal et de son article 214-1 sur l’eugénisme. Les familles de victimes pourront porter plainte, et les peines sont sévères.

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From the @TheUBINewsHub: The $1,200 coronavirus checks, explained. (Scott Santens)

Pour les Français de l’âge paléolithique (2020), un peu d’anglais en cette période de confinement. Stimulus check : un chèque envoyé aux contribuables par le gouvernement américain. Allez, bonne semaine de 60 heures !

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L’offense au chef de l’État a été abrogée après la condamnation de la France par la Cour européenne des droits de l’homme. C’était une inculpation qui ne laissait aucun moyen de défense à l’accusé. Abrogée en 2013 seulement : trop récent pour que certains aient eu le temps de s’adapter.

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La chloroquine c’est bon on peut en prendre maintenant ? Avec une prescription ? Qu’est-ce qui a changé depuis deux jours ? (gaccio bruno)

Les demandes de gel vaseline à la chloroquine avaient explosé du fait d’une mystérieuse « présence thaumaturgescente »…

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« Fasciste, une injure [pénalement condamnable] ? Non. Et oui. » (titre d’un article de L’Opinion du 10 avril 2014)

Oui mais non mais oui : c’est comme ça pour tout ! Le seul critère : Tu es Gabriel Matzneff, pas de délit. Tu es un quidam (quoi, et pauvre en plus !), délit.

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La nuit des masques 2

(Série de tweets des 27-28 mars, quand on venait tout juste de se dire, en France, que les masques ne servaient peut-être pas à rien, ce que je suggérais depuis quelque temps déjà, comme le savent les lecteurs de mon compte Twitter et de ce blog.)

Sur le port du masque, certains opposent une culture asiatique collectiviste-autoritaire (favorisant le port du masque) à une culture occidentale individualiste-libertaire (faisant obstacle au port du masque). Or rien de plus faux. En temps ordinaire, à Taïwan, en Corée du Sud, au Japon, les gens sont libres de porter le masque ou non ; en France, il est interdit de se couvrir le visage dans l’espace public. La culture autoritaire est celle de la France, pas celle de l’Asie !

La loi d’interdiction du visage dans l’espace public de 2010 précise : « L’interdiction ne s’applique pas si [un masque] est justifié par des raisons de santé », mais le masque sanitaire était dit jusque là par les autorités françaises « ne servir à rien », peut-être parce que, s’il était reconnu pouvoir servir, cette loi est inapplicable.

Ce n’est pas notre supposé individualisme qui a freiné l’usage de masques face au covid-19 mais au contraire une idéologie sécuritaire.

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Il y a deux deux lois : celle de 2018 pour prévenir les violences en manifestation (avec des peines lourdes) et la loi de 2010 qui instaure une interdiction générale de dissimulation du visage dans l’espace public (avec une peine d’amende). Cette dernière connaît certes une exception pour raisons de santé mais jusqu’à présent le masque n’était pas prescrit en France pour la grippe. Ainsi, rien dans la loi de 2010 ne justifie un traitement particulier pour le port de masques filtrants, même avec l’exception pour raison de santé compte tenu du fait qu’une raison de santé s’atteste par un justificatif (et si l’on est libre d’acheter des masques il faut la signature d’un médecin pour un justificatif en bonne et due forme). Les personnes qui portent le masque de façon préventive ne peuvent avoir aucune attestation puisqu’elles ne sont pas malades.

Je n’ai jamais entendu de touristes chinois [qui ont l’habitude de porter des masques filtrants] rapporter des problèmes avec les forces de l’ordre. Il faudrait être bien bête pour se plaindre d’un policier qui agit intelligemment. (A.F.)

Il y a sans doute des consignes internes à la police pour ne pas appliquer la loi sur la dissimulation du visage avec les touristes chinois et d’autres pays d’Asie. Mais cette consigne est parfaitement illégale (même si vous la trouvez de bon sens). La loi pose une interdiction générale de dissimulation du visage. Même quand une loi est stupide, un policier doit l’appliquer : c’est l’État de droit. Autoriser la police à décider à qui et comment elle applique la loi, c’est lui donner les pleins pouvoirs ; ce n’est pas l’État de droit.

À vous suivre, l’État de droit devrait donc verbaliser les travailleurs désamianteurs sur la voie publique ? Ainsi que les ouvriers du BTP masqués ? (‘‘)

Non car l’exception est prévue par la loi : « justifiée par des motifs professionnels ». L’entreprise peut attester qu’elle est autorisée à réaliser des travaux sur la voie publique, et, si les ouvriers ont besoin de porter des masques en la circonstance, cette dissimulation du visage fait partie des exceptions admises par la loi.

La pandémie démontre l’erreur de cette loi, la chose à faire conformément à l’État de droit est d’abroger la loi, non de laisser la police choisir à qui et quand elle l’applique, car alors l’arbitraire policier se substitue à l’État de droit.

La loi de 2010 est une interdiction générale de dissimulation du visage dont les touristes chinois portant des masques n’ont aucune raison valable d’être exemptés. C’est peut-être en raison de corruption dans la police qu’ils ne sont pas verbalisés.

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Municipales : Faut-il imposer un casier judiciaire vierge aux élus ? Juridiquement, le texte voté en 2017 est en attente au Sénat  et pourrait facilement être inscrit à l’ordre du jour. (Anticor)

À rejeter totalement en France, où la justice n’est pas pleinement indépendante et où le nombre de condamnations par la Cour européenne des droits de l’homme pour violations de la liberté d’expression (c’est-à-dire pour des créations de casier judiciaire illégitimes, abusives) est un des plus élevés du Conseil de l’Europe.

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Les médecins cubains face à la bureaucratie française

#Parodie Cernée par des médecins cubains en Italie et en Andorre, la France est obligée d’accepter des médecins cubains dans ses outre-mer.

[Le décret du 31 mars 2020 permet aux médecins étrangers de voir leurs titres reconnus selon une procédure simplifiée pour exercer dans les outre-mer français : la presse a commenté la mesure en disant que la France « acceptait » des médecins cubains, qui prêtent déjà main forte aux autorités sanitaires nationales de plusieurs pays, dont l’Italie et l’Andorre voisins, contre le covid-19. Au jour où je publie la présente anthologie, le 6 mai 2020, aucun médecin cubain n’est arrivé dans nos outre-mer malgré la procédure simplifiée.]

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Les formalités accomplies, plusieurs délégations de professionnels de la santé en provenance de La Havane seront intégrées dans les hôpitaux de nos territoires. (Martinique la 1ère, 3 avril 2020)

Il y a urgence sanitaire mais les formalités sont les formalités… La France plus bureaucratique que l’URSS !

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Descartes Re-Animator 2

Est illégal le fait d’exposer de véritables corps humains dépecés à des fins commerciales. Cass. 1ère civ., 16 septembre 2010, n°09-67.456 (Curiosités juridiques)

Je vois là un cas particulier de l’interdiction générale française très problématique de diffuser des images de victimes (au nom de je ne sais plus quel respect), qui donne à la police un monopole de la connaissance des corpus et locus delicti, dont elle ne peut qu’être portée à abuser.

Du reste, outre la question de l’exposition de momies, leur exhumation elle-même est de la pure et simple profanation de sépulture, l’article 225-17 CP ne prévoyant aucune exception pour les travaux archéologiques, tous passibles de la loi par conséquent. (Dans notre droit, une exception doit être écrite.)

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Dans l’affaire des corps donnés par les personnes de leur vivant à la science et laissés à l’abandon dans les locaux de l’Université Paris-Descartes, à même le sol, mangés par les rats, quand ils n’étaient pas vendus (!) (voyez mon Descartes Re-Animator ici), les familles des morts pourraient vouloir et demander la diffusion d’images, pour alerter sur ces faits choquants.

Mais ça reviendrait à la jurisprudence Erignac : pas de diffusion d’image des corps car atteinte à la dignité des défunts. Mais il dépendra si les corps sont clairement identifiables… Aussi voir si une publication au grand public ne serait pas perçue comme trop choquante. (Angel)

C’est justement cette jurisprudence Erignac que je mets en cause. Dans cette jurisprudence, je suspecte que ce n’est pas tant l’humanité que la « préfectoralité » de la victime qui a été l’élément déterminant (inavoué), vu l’étatisme morbide des institutions françaises. Or nous continuons de voir des images de charnier.

Nos magistrats, contaminés par le parquet, sont solidaires de cet étatisme. J’ose affirmer qu’on ne sait pas ce qu’est un juge en France, car ils se voient en fonctionnaires, un segment de la branche exécutive, plutôt qu’en branche judiciaire du pouvoir.

En outre, les images de charniers diffusées par exemple par l’éducation nationale rendent la remarque « voir si une publication au grand public ne serait pas perçue comme trop choquante » sans fondement. Même choquantes, des images de ce genre ne sont pas forcément interdites ; au contraire, un contenu choquant peut même servir de matériel pédagogique. Quand l’État diffuse de telles images, il ne considère pas que c’est une atteinte à la dignité des personnes (en invoquant, j’imagine, le prétexte que ces personnes ne seraient pas identifiées ; or elles sont au moins identifiées collectivement).

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P.S. Les archives de Paris Descartes ont été « cambriolées » fin janvier. Sans doute un effacement opportun de preuves.

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Pourquoi certains se font-ils payer pour insulter les politiciens quand d’autres, qui le font gratuitement, passent en correctionnelle ?

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Assuming with Jainism that karma is some matter that clogs the soul, and being matter is ponderous, then at death the soul must be attracted toward the center of the earth by mere gravity, that is, must fall into the fire, whereas a soul without karma rises to the sky.

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Amis maliens, bonjour. L’article 12 de la Constitution du Mali dispose : « Toute personne persécutée en raison de ses convictions politiques ou religieuses, de son appartenance ethnique, peut bénéficier du droit d’asile en République du Mali. » Ma question est donc la suivante : Si un Français persécuté par l’État français pour ses écrits demande l’asile au Mali, le Mali peut-il garantir à ce réfugié que les autorités du pays ne céderont pas aux autorités françaises qui leur réclameraient le réfugié ?

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Aux abrutis qui écrivent anonymement  à leur voisins soignants : est une violence avec préméditation le fait d’envoyer des écrits anonymes dans le but de menacer ou impressionner quelqu’un = 18 mois d’emprisonnement. Cass. crim., 13 juin 1991, n°90-84.103 (Curiosités juridiques)

De deux choses l’une, ou bien les soignants sont des héros et alors ils le sont parce qu’ils se mettent en danger et, ce danger étant la contamination au covid-19, ils deviennent dangereux, alors la peur de leurs voisins n’étant pas irrationnelle, elle est excusable. Ou bien ce ne sont pas des héros.

Ensuite, mettre sur le même plan une menace de violence avec la violence elle-même est de la théologie : « Haïr en son cœur est la même chose que tuer » (leçon de Matthieu 5,22 d’après Kant, La religion dans les limites de la simple raison, Doctrine, IVe partie, 1e section, I). Il serait temps que la séparation de l’Église et de l’État prenne effet, 115 ans plus tard.

La bible précise aussi que tuer quelqu’un est mal, doit-on donc laisser les gens tuer pour bien séparer l’église et l’état ? (Eliot)

Quand on sépare l’État de l’Église qui s’appuie sur la Bible, il faut aussi séparer ce qui se trouve dans la Bible à titre spécifique de ce qui ne lui est pas spécifique car tout est dans tout et il ne s’agit pas de séparer l’État de tout. « Haïr en son cœur etc » est spécifique.

b/

La peur peut être mauvaise conseillère mais il est un peu facile de traiter les gens d’abrutis alors qu’ils ont des raisons de craindre que les soignants, héroïques parce qu’exposés à la contamination, puissent les contaminer à leur tour en prenant le même ascenseur.

Je n’ai vu aucune menace dans les lettres que j’ai lues sur Twitter, et l’on peut par ailleurs se demander comment l’État, qui appelle à saluer, parce qu’ils risquent d’être contaminés, les soignants chaque soir depuis un balcon, ose les laisse prendre les transports en commun et rentrer chez eux comme si de rien n’était.

Vous n’avez pas vu non plus de menaces car vous précisez « menacer ou impressionner ». Mais que veut dire impressionner ? Ne puis-je chercher à impressionner quelqu’un par mes qualités ? Ça ne veut rien dire, c’est juste le travers de vouloir étendre la portée de toutes les lois répressives.

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C’est tellement beau, le progrès scientifique ! On se croirait revenus aux confinements des périodes de peste au Moyen Âge…

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Suède [4 avril] : 5.466 cas de covid-19, 282 morts, pas de confinement.

« The face of Sweden’s response has been Anders Tegnell, the state epidemiologist, who has held daily press conferences. Politicians have taken a back seat. » (stuff.co.nz)

Le gouvernement suédois fait d’un expert médical (the state épidemiologist) son unique porte-parole en cette période de pandémie. Cela n’est-il pas plus rationnel que de faire tourner en boucle des politiciens en qui seuls leurs militants politiques ont encore confiance ?

Où est le « state epidemiologist » français ? Qui est le porte-parole scientifique de notre gouvernement ? À quoi notre haute administration pléthorique sert-elle, si c’est pour se retrouver avec un organigramme de l’expertise publique vide ?

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Le prélèvement grippal de l’économie

Le bilan du covid-19 en France à ce jour (6 avril : 8.000 morts) n’est pas encore à hauteur du bilan annuel de la grippe saisonnière : « En France la grippe provoque environ 10.000 morts chaque hiver. » (Wkpd grippe)

Idem pour le bilan mondial :

–covid-19 à ce jour : 70.000 ;
–grippe saisonnière : « de 290.000 à 650.000 décès par an » (Wkpd)

Pourtant, le vaccin contre la grippe existe et c’est le succès du vaccin contre la grippe qui expliquerait qu’on ne confine pas les populations contre la grippe… Tout est très clair. L

Ce chiffre de 10.000 morts de la grippe chaque année en France, on peut l’appeler le « prélèvement grippal de l’économie » sur la population. Car si on faisait un confinement chaque hiver contre la grippe, nous aurions seulement, disons, 200-300 morts. Mais l’économie serait suspendue. Notre société a donc fait le choix (on ne m’a d’ailleurs rien demandé, ni à vous, je présume) de sacrifier 10.000 –ou entre 9.500 et 10.000– individus tous les ans à l’économie plutôt que de confiner la population chaque hiver pendant la grippe.

Or, selon certains experts, le covid-19 peut devenir saisonnier. Quand on aura un vaccin, on ne confinera plus et, tous les ans, à la place, il y aura des campagnes de vaccination contre le covid-19 mais tout de même, disons, 20.000 morts par an. Soit, avec la grippe, 30.000 morts.

Mais trêve d’anticipation, il est évident que l’actuel prélèvement grippal de 10.000 porte sur des gens immunodéficients, donc les personnes âgées et les personnes souffrant déjà de certaines pathologies. À part ça, le code pénal interdit l’eugénisme (article 214-1) ! (Mais le code pénal est fait pour les pauvres.)

J’accuse l’État français, en laissant mourir de grippe 10.000 personnes par an par absence de confinement, ces 10.000 étant par nécessité surtout des personnes âgées, de pratiquer « l’organisation de la sélection des personnes » (art. 214-1 CP eugénisme) dans un sacrifice macabre à l’économie.

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Renta básica universal

L’Espagne instaure le revenu universel pour contrer le confinement. Revenu universel qui devrait continuer après l’épidémie. (Nicolas Grégoire, écrivain)

Je pressens une entourloupe avec le revenu universel espagnol (ingreso mínimo vital, décrit par certains comme un revenu universel, renta básica, ce qu’il n’est du reste, et malheureusement, que de manière très approximative) s’ils le maintiennent au-delà de la pandémie : c’est que je ne pourrai pas en bénéficier, alors que je devrais pouvoir aller m’établir en Espagne. La citoyenneté européenne, c’est pour les chiens ?

Si toute personne présente sur le territoire pouvait bénéficier du revenu universel, on ne parlerait pas d’appel d’air mais de cyclone… C’est pourquoi les auteurs précisent toujours que le RU est forcément réservé.

(Une preuve que le RN est à l’ouest, c’est qu’il ne proposent pas le revenu universel depuis longtemps. Car toute la littérature sur le sujet souligne que la mesure n’est possible qu’avec la préférence nationale – ou, selon moi, européenne.)

Yo, ciudadano francés, quiero aprovechar del ingreso mínimo vital español como ciudadano europeo. Quiero irme de Francia para vivir en España de la renta básica española. Hagan las cosas bien por favor. Gracias por su atención.

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L’être frigide et le néant

Sartre ou #MeToo, il faut choisir car L’être et le néant 1e partie ch.1 II « Les conduites de mauvaise foi » peut se résumer ainsi : Est de mauvaise foi la femme qui n’a pas voulu voir qu’elle allait être violée (par l’homme qui lui disait à quel point il l’admire).

Citation : « elle se réalise comme n’étant pas son propre corps et elle le contemple de haut comme un objet passif auquel des événements peuvent arriver, mais qui ne saurait ni les provoquer ni les éviter, parce que tous ses possibles sont hors de lui ».

Un passage faisant immédiatement suite à une discussion très louche (quant au contenu) de la frigidité féminine : « Si la femme frigide distrait ainsi sa conscience du plaisir qu’elle éprouve, ce n’est point cyniquement et en accord avec elle-même : c’est pour se prouver qu’elle est frigide ».

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L’être et le néant :

« Fuyant par le ‘non-être-ce-qu’on-est’ l’en-soi que je ne suis pas sur le mode d’être ce qu’on n’est pas, la mauvaise foi, qui se renie comme mauvaise foi, vise l’en-soi que je ne suis pas sur le mode du ‘n’être-pas-ce-qu’on-n’est-pas’.Et l’origine de ce risque, c’est que la conscience, à la fois et dans son être, est ce qu’elle n’est pas et n’est pas ce qu’elle est. À la lumière (sic !) de ces remarques, nous pouvons aborder à présent… »

Tetris (source: giphy.com)

(Je suis en train de préparer pour ce blog un billet sur L’être et le néant de Sartre. Le passage inexcusable qui précède n’est pas tout à fait représentatif de l’œuvre dans son ensemble.)

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« Condamné à être libre » (Sartre), un fou doit être tenu pour responsable de ses actes. (Nerd face)

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« Les révolutionnaires sont sérieux … Marx a posé le dogme premier du sérieux lorsqu’il a affirmé la priorité de l’objet sur le sujet et l’homme est sérieux quand il se prend pour un objet. » (Sartre, L’être et le néant, 1943 ; comment s’étonner que le PCF le traite de fasciste, après ?) [« Kanapa dans L’Existentialisme n’est pas un humanisme nous traitait sur un ton ordurier de fascistes et d’‘ennemis des hommes’. » (Simone de Beauvoir, La Force des choses)]

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Je ne sais pas si je vais être compris mais le fascisme n’a pas inventé les atteintes aux libertés (ni n’en a le monopole).

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L’euthanasie au temps du coronavirus

La loi Leonetti de février 2016 a instauré un droit à la « sédation profonde et continue » jusqu’au décès pour les malades en phase terminale, afin de soulager les souffrances inutiles mais l’euthanasie reste interdite en France. (AFP)

Typique du droit français : se payer de mots. Une « sédation profonde et continue » jusqu’à la mort n’est pas de l’euthanasie.

Donc empêcher une personne de se nourrir (en la maintenant sous sédatif), ce n’est pas la tuer. CQFD.

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#Parodie « Allez en dictature [ceux qui disent que la France est une dictature], allez en dictature, où ils pratiquent l’euthanasie alors qu’ils pourraient pratiquer la ‘sédation profonde et continue’ jusqu’à ce que mort s’ensuive ! »

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Coronavirus : La police à Mayotte débordée sur tous les fronts. (Mayotte la 1ère)

#Parodie L’Élysée annonce des mesures : « Le kwassa-kwassa pêche peu, il amène du Comorien, c’est différent. »

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L’interdiction (sauf rares exceptions « très contrôlées ») des statistiques ethniques en France n’a d’autre but que d’occulter les pratiques discriminatoires de l’État français. Les vraies démocraties publient des statistiques ethniques officielles.

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The US has struck again, robbing the Cayman Islands of ventilators and masks that were being shipped to the country according to Premier Alden McLaughlin. Barbados was the first Caribbean country to suffer this fate. Canada, Germany and France have all had the same complaint. (Dareece Polo, Tele SUR)

U.S. authorities are preventing some goods from leaving the country, although governments purchased that material from private businesses. So the U.S. has set up a non-stated policy of impeding trade. #WorldTradeOrganization

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Vous les avez élus, puis ils se sont fait acheter. #corruption

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According to the evidence, the activity of CCP China users on social media like Twitter is 100% Wumao i.e. polit prop. Real people from mainland China are allowed to use the state-controlled Weibo platform only.

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#Parodie Dix médecins cubains à Mexico. Le Pentagone affolé prépare les bombardiers nucléaires. Au cas où.

(« Ya están en México los médicos cubanos para apoyar emergencia por Covid-19. … Un total de 10 profesionales de la salud arribaron este lunes, con el propósito de apoyar a la Secretaría de Salud con recomendaciones y actualizaciones en materia de enfermedades respiratorias. » sinlinea.mx)

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L’être français, ou le néant

Si le racisme est un délit, traiter quelqu’un de raciste est un délit, comme de l’accuser de vol ou de braquage (diffamation), donc si la parole raciste est condamnée par la loi personne ne peut se défendre de la parole raciste sans passer par la justice car se défendre par la parole en dénonçant une parole que l’on juge raciste c’est s’exposer à des poursuites pour diffamation.

(Du reste, porter plainte est également susceptible, en fonction du jugement, de vous valoir des poursuites pour dénonciation calomnieuse.)

Toute prohibition légale de paroles (« contenus ») soustrait la discussion du sujet au débat de la place publique pour le transférer aux plaidoiries de tribunal. Car, je le répète, si un type de contenu est illégal, accuser quelqu’un de véhiculer ce type de contenu est illégal. – C’est illégal si ce n’est pas fondé, bien sûr (exceptio veritatis), mais c’est au seul juge d’en décider. Le temps qu’il se prononce, un avocat vous aura ruiné. Toute prohibition de la parole est une éviction classiste des pauvres du débat public.

Les personnes peuvent se faire représenter, il est vrai, par des associations  (antiracistes etc) subventionnées par l’administration (pouvoir exécutif), qui prennent en charge les frais de justice. Mais ces associations dépendent de l’exécutif, qui doit lui-même pouvoir être mis en cause dans le débat démocratique. Au final, puisque, en réalité, on ne peut dire ni même insinuer sans risque judiciaire, et donc sans frais financiers, que quelqu’un est raciste, sauf en passant par une association antiraciste subventionnée par l’administration, c’est l’exécutif qui contrôle le débat. Pitoyable caricature de démocratie.

En outre, si demain le juge décide – et, selon l’expression consacrée, il est souverain – que le contenu « les (ethnie x) sont séparatistes et terroristes » n’est pas du racisme, personne ne pourra contester ce jugement, ne pourra contester cette « vérité », sans d’inlassables poursuites en diffamation (et les vexations policières qui vont avec). Il y faudra une loi qui dise le contraire de ce qu’a dit le juge.

Mais allez demander à un politicien français de comprendre les institutions, le droit, au-delà de « Le racisme c’est mal » : ce sont eux qui ont voté ces atroces lois d’esclavage intellectuel, avec un filet de bave à la commissure. (La preuve : vous êtes anonymes.) Que des politiciens ignares se soient érigés en arbitres des choses de l’esprit les place au-dessous du clergé d’Ancien Régime (qui, eux au moins, étaient docteurs en théologie).

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Il n’y a pas de discussion possible entre un Américain relevant du Premier Amendement de sa Constitution et un Français relevant de la sienne, car le premier est libre de ses propos et l’autre ne l’est pas. Le World Wide Web aggrave l’enfermement psychique de ce peuple.

On peut appeler ça de la paperasse corticale : le cortex bureaucratisé du Français est englué dans des liasses poisseuses de législation anti-haineuse et anti-diffamatoire et, dès qu’il ouvre la bouche, il croit parler à la police ou à des juges à son procès. Ça lui donne un air bouffon.

Le seul moyen psychologique accessible au Français pour recouvrer à ses propres yeux sa dignité conchiée est d’assumer l’asservissement comme sa propre demande, une expression de sa liberté. Ce qui l’oblige cependant à nier que des pays libres puissent exister, donc à s’enfermer. C’est pourquoi le Français, bien que sa culture, parce qu’il est intrinsèquement vide, évidé par son asservissement légal, lui vienne aujourd’hui entièrement des États-Unis, n’a jamais vu les États-Unis. Car voir la liberté anéantirait sa posture.

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Spoiler : Bientôt la France sera le dernier pays développé à maintenir l’interdiction du cannabis. Les irréductibles etc… (ou « Les irréductibles et c… »)

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Une distance de deux mètres entre personnes, ce n’est pas de la distanciation sociale mais de la distanciation physique. La distanciation sociale, c’est que, même côte à côte, un bourgeois et un prolétaire sont dans deux mondes différents.

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All across America… Endless lines of cars at food banks … people line up for miles to get essentials from food banks. (G. Gordon)

Given the tenets of Capitalism, wouldn’t one be justified to speak of “dole-out mentality” seeing these images? Don’t these tenets expect that people, instead of lining in cars at food banks, ought to sell their cars and buy a bike and food with the money? I had no idea the aim of food banks was to allow people to keep their cars.

Concept: Food banks as subsidies to the car industry.

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Les Américains ont-ils une mentalité d’assistés ? Au lieu de revendre leur voiture et d’acheter un scooter, ils font la queue dans leur voiture pour de la nourriture gratuite.

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Le néofascisme selon la bureaucratie soviétique : les groupes Kiss et AC/DC ainsi que Julio Iglesias (entre autres.)

From ‘True Colors of Communism’ (Click to enlarge)

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When the Martian core was active (ablaze), and it must have been active at some juncture, given the presence today of polar ice caps there inevitably was liquid water –from underground springs– on the planet in spite of icy exterior temperatures.

Two factors must favor faster life-thriving in the periphery of a circumstellar habitable zone (CHZ) (i.e. on Mars rather than the Earth): 1/ greater environmental pressure & 2/ lesser microparasitic load (which is an expenditure load on metabolism).

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‘Hegel wrote so abominably that I cannot understand him’’ (William James, Some Problems of Philosophy)

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“Do not give him the gift of infamy.” PM Trudeau asks for media to not name or show photos of the gunman in the Nova Scotia Shooting [aka Gabriel Wortman].

Is there a Canadian law prohibiting to show photos? If not, why would Canadian citizens pay attention to the gentleman? Isn’t Canada a rule-of-law country?

Providing there’s a law, the gentleman reminds Canadians of the law. Fine. But if no law exists, there’s nothing he can do but have a law passed in Parliament; meanwhile the gentleman is unwarranted to tell Canadians what to do, as he is not the law.

To be more precise, in my book when a member of the executive (like the head of the executive) tells citizens to not do what the law allows them to do, this is a ground for impeachment.

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Thank you, Justin Trudeau, for asking the media to refrain from posting and publishing the shooter’s name and photograph. There’s no need to give him the gift of infamy. (Darren Fisher, MP for Dartmouth-Cole Harbour)

Is there a Canadian law forbidding media (social media, you mean?) to post photos of the shooter? If not, is it the role of an MP to congratulate the executive for giving oral commands to the citizenry outside the rule of law? The executive calls it ‘giving him the gift of infamy’; that’s its own interpretation, but the reasons for publishing photos may be many and as long as it is not forbidden it is up to citizens to do as they see fit. #RuleOfLaw

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J’ai un dictionnaire français-touareg en 2 volumes. Les Touaregs, comme on sait, sont assez présents dans plusieurs pays d’Afrique francophone. Ce dictionnaire est une oeuvre de l’Allemand Karl-Gottfried Prasse et a été publié à Copenhague (2003). C’est, semble-t-il, l’ouvrage de référence en la matière actuellement. Je ne sais quelles conclusions en tirer.

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Cette photo [d’un homme en uniforme portant un turban] montre un policier australien. Vous ne verrez pas une telle photo de la police en France, pays où il y a pourtant des Sikhs. L’un de ces pays est un pays libre : sauras-tu dire lequel ?

Un pays de tolérance où les gardiens de la tolérance (le Parlement, le Conseil d’État…) ne peuvent supporter de voir une personne avec un turban sur la tête (« Pas d’chez nous ! »)…

Les raisons de sécurité pour justifier l’interdiction du turban sikh sont un pur prétexte. Comme si les démocraties qui autorisaient le turban souffraient d’une plus grande insécurité de ce fait ! La farce a assez duré, non ?

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À l’attention des fous de la GAV : « Le fait, par une personne dépositaire de l’autorité publique, d’ordonner ou d’accomplir arbitrairement un acte attentatoire à la liberté individuelle est puni de sept ans d’emprisonnement et de 100.000 euros d’amende. » (art. 432-4 code pénal)

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Pour régler les problèmes systémiques, les petits actes de consommateurs ne suffisent pas. Il faut changer les lois. Et pour changer les lois il faut voter. Si personne ne vous convient, lancez-vous ! (SuperCitoyenne)

On ne peut pas se lancer tout seul : il faut avoir avec soi les services juridiques et les avocats d’un parti politique subventionné pour pouvoir ouvrir la bouche dans ce pays. Pour les autres, c’est l’anonymat sur les réseaux sociaux point barre.

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The world is on lockdown. So where are all the carbon emissions coming from? (grist.org)

Figures don’t add up. If “transportation makes up a little over 20%” of emissions (28% in U.S.), assuming all other sources keep going, lockdown should imply an emissions decrease of about 20%, not the 5.5% allegedly measured, and certainly not a spread of 14.5. No lockdown here.

Assuming other sources (utilities and industry) remain at the same level (instead of increasing their emissions during lockdown, of which the article says nothing), transportation at 72.5% of its normal emissions sounds odd†, like transportation emissions come not from cars…

†(The more so as industry emissions must have decreased too, even though utilities emissions might have increased a bit due to people staying at home.)

Traffic in my city is way under 72.5% of usual traffic (in fact it has almost stopped for weeks now), so if there’s any correlation between city traffic and transportation emissions the latter’s level cannot be at 72.5% of the pre-lockdown level.

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« La longévité est plus élevée qu’au moment où on a fixé l’âge de la retraite, donc il faut maintenant allonger la durée de cotisation. » Il n’y a que la longévité qui a augmenté – et pas la richesse ? Je croyais qu’en travaillant on créait des richesses.

Si c’est vrai qu’il est nécessaire d’allonger la durée de cotisation parce qu’on vit plus vieux, alors le travail, dans notre modèle, ne crée pas de richesses, car si le travail créait des richesses nous ne perdrions pas notre niveau de vie en payant des retraites plus longues.

Journal onirique 6

Période : février-mars 2020. (Une partie de ce journal est donc un journal onirique de confinement.)

N.B. En commençant par cette série de rêves, je randomise complètement, par des jets de dés, les initiales des prénoms de personnes que je connais apparaissant dans mes rêves.

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Dans un futur proche, la pollution de l’air rend impossible de pratiquer des sports de compétition sans un certain équipement individuel qui permet aux sportifs de maintenir dans l’organisme un niveau suffisant d’oxygène exploitable. Sans cet appareil, que la personne doit porter en permanence, rien que le trajet entre le domicile et l’installation sportive, même en bus, fait perdre à la personne 80 % de son oxygène utilisable, ce qui l’empêche de réaliser la moindre performance sportive.

Arrivant en bus dans un stade, j’entre avec d’autres dans une piscine couverte. Tous les couloirs du bassin sont pris, sauf celui le plus à gauche. Je comprends qu’il ne va pas être possible pour moi de nager aujourd’hui, car je n’ai pas l’appareil en question : en effet, même pour faire du sport en tant que simple loisir, les personnes dotées de l’appareil sont privilégiées par rapport aux autres pour l’utilisation des équipements sportifs. Deux jeunes dans la même situation que moi décident de tenter leur chance et s’avancent vers l’autre bout de la piscine en longeant le couloir de gauche inoccupé. Le maître nageur les arrête et leur demande de montrer leur poison cleaner (épurateur de poison), c’est-à-dire l’appareil que j’ai décrit. L’un des deux jeunes, parce qu’il ne possède pas l’appareil et que cette discrimination l’exaspère, répond de manière impertinente : « I’m on top of it. » (Je suis dessus, dans le sens : Où est mon appareil ? Pourquoi me poser la question puisqu’il est évident que je suis dessus ; alors que le jeune n’est sur rien d’autre que sur le sol). Cette réponse lui vaut d’être jeté tout habillé par le maître nageur dans le couloir inoccupé du bassin. En essayant de se retenir à l’autre jeune, il entraîne ce dernier dans sa chute ; les deux se retrouvent à l’eau. Comme ils protestent contre ce traitement, le maître nageur continue de les humilier en les empêchant de sortir du bassin et même en leur enfonçant la tête sous l’eau quand il s’approchent du bord.

Bien que familier, dans le futur proche dont il est question, chez toute personne investie de la moindre parcelle d’autorité, ce comportement m’écœure, et je ressors, non sans décocher, pour tenter de faire honte à ce maître nageur que je suppose être un bon patriote américain (les dialogues en anglais indiquent que nous sommes aux États-Unis) : « Commie stuff ! » (C’est un truc de communiste.)

Il se peut que cette remarque serve à décrire non pas tant, à son attention, le comportement sadique du maître nageur que la scène tout entière dont je viens d’être témoin, et que ce mot d’humeur soit donc plutôt un jugement sur un film que je serais en train de regarder (tout en jouant dans ce film un rôle secondaire), une contre-propagande à de la propagande capitaliste-autoritaire à destination des patriotes américains, la décrivant sous les traits de l’ennemi.

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À vélo je cherche à me rendre dans une communauté hippie libertaire en bordure de Paris. Je traverse toute la capitale à vélo pour cela, et le trajet est en pente sur une bonne partie du chemin, ce qui est à la fois spectaculaire, grâce à la vitesse que je peux acquérir, et dangereux, m’obligeant à freiner longuement à intervalles réguliers. Je me dis en outre que le retour sera compliqué. Alors que le soir tombe, je sors de la ville en débouchant d’un tunnel en pente lui aussi, et la route est à présent entourée d’épaisses broussailles. Un panneau indique la présence à peu de distance de la communauté d’El Lobo (le loup ?) ou de La Lobo (pour lobotomie ?). Je descends de vélo à l’entrée du chemin qui, se perdant entre les broussailles, me paraît conduire à la communauté. Sur ce chemin, je croise deux hippies qui me confirment que je suis sur la bonne voie, et j’arrive à bon port.

Voyant tout d’abord une hippie préparer un stand de vente, je lui demande si je peux trouver ici des space cakes (gâteaux au cannabis). Elle me répond que non, que c’est ce que beaucoup de touristes demandent mais que les membres de la communauté n’en vendent pas, ni ne vendent de cannabis. Peut-être qu’elle me répond cela me prenant pour un policier, ou qu’elle prend de prime abord tout inconnu pour un policier potentiel.

Je poursuis ma visite par le marché, derrière deux autres touristes, dont l’un remarque à voix bien haute qu’on ne trouve que de la bimbeloterie pour touristes. Les stands présentent en effet des objets standardisés estampillés hippies que l’on trouve un peu partout ailleurs ; la hippie à qui j’avais demandé des space cakes avait d’ailleurs fait allusion à cette invasion. Les tenanciers de ces stands ont l’apparence classique des faux hippies, avec des cheveux longs mais attachés, et le reste à l’avenant, tout ce qu’il y a de lisse et net. Comme ils sentent que je les observe en me faisant ces réflexions, je perçois une certaine gêne chez eux à jouer, par intérêt lucratif, ce rôle fictif de libertaires qu’ils ne sont pas et ne seront jamais. Quoi qu’il en soit, il semble bien que le touriste venant visiter la communauté en soit pour ses frais, que la plupart ne verront que ce que les marchands du temple leur laisseront voir.

La nuit tombant, on allume des guirlandes d’ampoules électriques. Malgré ce que j’ai dit plus haut, il me semble tout de même voir quelque chose d’authentiquement hippie dans une représentation théâtrale en plein air et en allemand donnée par trois femmes aux longs cheveux déployés, sans doute d’origine teutonique.

Par ailleurs, un hippie qui semble lui aussi authentique m’invite à goûter d’un fruit qui ressemble à une pastèque et que la communauté, me dit-il, cultive. Quand j’ai mangé la chair, je lui demande où jeter, non pas l’écorce, mais ce qui ressemble plutôt à un gros noyau ayant l’aspect d’une bûche de bois. Il me dit de ne surtout pas le jeter car cela se mange. Il m’invite donc à manger du bois ! Pour ne pas le vexer (de plus, d’autres hippies nous regardent), je mords dans la bûche et parviens à en détacher un morceau, que je commence à mâcher. Ce n’est pas mauvais, bien que coriace. Je dis que cela a goût de nougat, et ma comparaison paraît être appréciée.

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Dans un salon avec beaucoup de gens, une mouette sur le parquet cherche à grimper sur moi : elle saute sur ma jambe et s’y agrippe à l’aide de ses pattes, puis entreprend de monter en battant des ailes. Je l’écarte en essayant de ne pas la blesser. Puis un jeune chat réalise une véritable prouesse : courant à travers le salon pour prendre son élan, il grimpe au mur grâce à la vitesse acquise, puis court au plafond sans tomber, également avec la vitesse acquise, le traversant tout entier en diagonale avant de redescendre par le mur opposé. Ayant accompli ce fait insigne, il me regarde. Je m’étonne que les autres personnes présentes ne soient pas plus impressionnées par ce que nous venons tous de voir.

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Un film sur la guerre du Pacifique (1941-1945) du côté japonais.

Trois amis japonais font connaissance de leurs fiancées japonaises à Paris. Ce sont des jeunes gens cultivés, idéalistes, bohèmes. Quand la guerre est déclarée, les trois amis sont envoyés au front.

Contre les Américains, l’aviation japonaise a mis au point un avion spécial : quand cet aéronef parvient au-dessus d’un porte-avions, il se transforme en étoile à quatre branches et se laisse tomber pour crever le pont avec l’une des branches, faisant exploser le porte-avions. On en voit un action ; c’est en quelque sorte un Goldorak ou Transformer avant l’heure.

Dans ce combat, deux des trois amis sont noyés ensemble : ils s’enfoncent côte à côte dans l’eau verte, communiant au moment de mourir dans la pensée de leurs chères fiancées Kuroke et Kuryûku.

Le troisième survit à la guerre : il est prisonnier des Français qui sont de retour en Indochine, utilisé comme interprète par l’administration militaro-judiciaire et traité par elle en esclave. Or la famille de sa fiancée s’était établie en Indochine. Les deux n’ont plus de nouvelles l’un de l’autre. Nous voyons la fiancée : sa coupe de cheveux rappelle les Années folles et montre assez qu’elle pas la mousmé traditionnelle. Comme elle se rend à l’administration française pour certaines démarches relatives à la situation de ses parents, les deux se retrouvent : c’est lui, alors qu’il est en train d’officier comme interprète, qui la voit le premier, tandis qu’elle regarde le ciel par la fenêtre avec une profonde mélancolie.

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Tout est en verre dans la caverne. Le gris est dans l’obscurité. (Tiré des Aphorismes de Hegel)

À table, une discussion s’engage sur la philosophie. R. (♀) dit qu’elle ne comprend pas pourquoi Hegel est si connu tandis que Max Ethiops l’est si peu, alors que, selon elle, l’un a écrit la même chose que l’autre. Je souris à part moi car, ne connaissant pas cet Ethiops, je ne pense pas non plus, à l’instar de Schopenhauer, que Hegel a sa place dans une discussion sur la philosophie. Par la fenêtre, je regarde dans le jardin un massif multicolore d’énormes roses pompons.

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Il est un degré de maturité intellectuelle qui ne permet plus l’épanouissement de l’homme. (Pensée attribuée à J.-L. Mélenchon)

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On ne meurt pas femme.

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I. et T. (2 ♀) discutent de manière mystérieuse pour moi du « Tex-Zaberg » (test de Tex et Zaberg). Mes demandes d’explication sur ce point sont à plusieurs reprises ignorées, puis T. me répond : « C’est le test pour les mariages… » Elle ne termine pas sa phrase mais je la complète moi-même, venant de comprendre : « Pour les mariages bostoniens. » Un mariage bostonien est, depuis le roman Les Bostoniennes (1886) de Henry James, une manière de décrire deux femmes vivant ensemble, sans cohabitation charnelle. Dans ce rêve, je l’emploie comme une manière de décrire deux personnes vivant ensemble sans cohabitation charnelle quel que soit leur sexe, donc, aussi bien, un homme avec une femme. Le test de Tex-Zaberg est un instrument des sciences psychologiques permettant de déterminer si une relation de cette nature entre deux personnes peut durer, car I. est inquiète à ce sujet, vivant avec un homme en « mariage bostonien ».

Note : On ne parle plus de mariage bostonien et, sauf si ce phénomène n’a jamais existé dans la réalité ou s’il a cessé d’exister un jour, il faut croire qu’il est aujourd’hui appréhendé sous une autre étiquette ; il me semble alors que ce doit être l’étiquette LGBT, à savoir que des femmes et des hommes vivant ensemble (femme avec femme, homme avec homme) sans cohabitation charnelle passent pour former des couples homosexuels bien qu’ils n’aient pas de rapports sexuels. Or les raisons autres que sexuelles pour vivre en couple ne peuvent manquer dans des sociétés caractérisées par ce que le professeur Bella DePaulo appelle le préjugé de singlism, qui discrimine, en particulier financièrement, les personnes vivant seules.

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Dans le train où je suis assis, un homme qui vient de monter reste debout près de ma place, manipulant une sorte de gros fil. Quand le train redémarre, il me demande s’il peut s’assoir sur le siège à côté de moi. Cette demande m’étonne car le wagon est peu rempli et ce monsieur pourrait trouver un duo de places entièrement libre, mais je me conforme à la plus élémentaire courtoisie et l’invite à s’assoir, en retirant mon manteau du siège où je l’avais posé et que l’étranger souhaite occuper. Cet étranger descend du train une ou deux stations plus loin, après que nous avons échangé quelques paroles banales.

À une autre gare monte un groupe de trois hommes, et là encore, bien qu’il y ait toujours de nombreuses places libres dans le wagon, l’un des trois me demande s’il peut s’assoir à côté de moi, et les deux autres prennent également place à peu de distance. Le nouveau venu cherche à me faire parler de mon précédent voisin dès qu’il a réussi à me faire dire que j’ai eu un autre voisin avant lui dans ce train. Je comprends alors que j’ai affaire à des phanségars : le précédent passager était en mission pour me tuer (la pelote de gros fil qu’il manipulait était son arme de mort, avec laquelle il devait m’étrangler). Les trois autres s’attendaient à trouver mon cadavre et cherchent à présent à comprendre pourquoi leur co-sectateur n’a pas mis le plan à exécution.

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Trois petites frappes. L’un d’eux rencontre une fille et décide de se ranger avec elle. Les deux autres lui jouent un tour : ils le forcent avec leur voiture à reculer avec sa voiture, les deux voitures nez à nez. C’est leur façon de dire adieu au lâcheur. C’est aussi de cette manière que d’autres voyous, plus tard, s’en prennent à ces deux-là : avec leur camionnette ils acculent leur véhicule contre un mur, puis deux hommes sortent de la camionnette et tirent à bout portant sur la voiture, dont les vitres transpercées par les balles se couvrent de sang.

De son côté, le troisième ne s’est pas vraiment rangé. On le voit en débardeur dans son intérieur pauvre, avec sa femme et leur bébé. Il quitte fréquemment son foyer avec un pistolet qu’il tient caché. Dehors, il lance des appels mystérieux depuis une cabine téléphonique, des menaces. On apprend qu’il fait désormais partie de la bande d’un parrain local. Un jour, celui-ci tient à lui parler car il considère que la petite frappe fait des choses en douce, dans le dos du parrain et pour son compte personnel. Il le rencontre en même temps qu’un autre voyou, plus ancien, également coupable de manquements, et que le parrain commence par faire avouer. Sur les aveux du voyou, le parrain le tue d’une balle dans la tête.

C’est alors que je réalise que c’est un film que je suis en train de regarder depuis une salle de cinéma vétuste et qui reste éclairée pendant la projection. Je ne suis pas assis sur un siège mais à même le sol, devant l’écran, faute de places. Des spectateurs parlent en même temps que le film ; j’en avise un groupe et leur dis que le film n’est pas fini. Ils me répondent qu’ils sont justement en train d’essayer de faire taire ceux qui parlent pendant. Cela devient le brouhaha dans la salle car tout le monde parle pour faire taire ceux qui parlent pendant le film. Finalement, un spectateur à la voix de stentor parvient à imposer le silence en proférant des menaces de mort. Dans la mesure où il se pourrait très bien qu’il me prenne pour un de ceux qui ont parlé pendant le film, j’éprouve de la nausée en entendant ses menaces. Je souhaite cracher pour m’en soulager mais en suis incapable en raison, découvré-je, d’une pierre noire et plate qui se trouve sous ma langue (et qui pourrait être la véritable cause de ma nausée). J’extrais cette pierre avec les doigts et la jette devant moi, mais, fasciné par ce bézoard improbable, je le ramasse pour l’examiner plus attentivement.

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Vagabondage picaresque dans une Espagne du temps passé.

Je trouve sur mon chemin une guitare (instrument dont je ne sais pas jouer) et j’en effleure les cordes du bout des doigts. Ce geste me révèle alors l’essence de cet instrument, qui est la même que celle de la harpe. Il faut avoir les doigts les plus légers possibles pour exprimer toutes les harmoniques des cordes, et, fort de cette intuition, il me semble produire en continuant d’effleurer la guitare une musique céleste. Un enfant du village, qui s’étonne de cette façon de jouer inhabituelle, veut me montrer comment ils jouent ici, et produit un affreux tintamarre en balayant les cordes du poing plus que des doigts. J’essaie de lui faire comprendre que cette manière de jouer traditionnelle n’est pas la bonne, ce dont il éprouve quelque honte.

Quand je poursuis mon chemin, il décide de quitter son village et de me suivre dans mon vagabondage. Nous rejoignons d’autres picaros et le soir, au moment de nous coucher tous à la belle étoile, je présente à mon nouveau compagnon le chat du groupe, un chat blanc appelé Poisson-Lune. Mais le gamin fait à propos de Poisson-Lune des remarques désobligeantes qui me conduisent à penser que c’est de la mauvaise graine.

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Je décide d’assassiner un enquêteur importun venant mettre son nez dans mes affaires. Je le tue puis découpe son cadavre en morceaux avec une scie, en commençant par les chevilles et les poignets, et vais jeter les morceaux dans une tourbière à quelque distance du château (car je suis dans ce rêve une sorte de baron Frankenstein). En revenant au château, par un chemin de forêt au beau milieu d’un automne de conte de Grimm (les feuilles des arbres sont oranges), je crois voir quelqu’un au bout du chemin et me rends compte que j’ai toujours la scie à la main, ce qui pourrait me dénoncer à un témoin. Je me précipite alors dans les taillis au bord du chemin et cache la scie sous un tas de feuilles mortes, puis retourne sur le chemin, où il semble n’y avoir personne ; mon imagination m’aura joué un tour.

Aux abords du château, un autre enquêteur, accompagné d’un simple agent en uniforme, est en train de chercher le corps de son collègue disparu, celui que je viens de tuer, dans des herbes hautes de la propriété. Je me doute qu’il sait que je suis l’assassin de son collègue mais je suis déterminé à ne pas me trahir ni à lui laisser trouver la moindre preuve matérielle de ma culpabilité. Je passe à côté de lui sans qu’il cesse sa recherche, et je ne le salue pas non plus.

Un peu plus tard, il me rejoint au château pour m’interroger. Je l’accueille dans un salon où mes tableaux sont exposés (car dans ce rêve je suis aussi peintre à mes heures perdues). Or voilà qu’il commence à trouver de l’intérêt à mes peintures et à en faire devant moi une longue analyse psychologique (plutôt qu’esthétique). Ce comportement n’est pas sans me troubler mais je me rassure en pensant qu’une telle analyse ne peut produire aucune preuve de culpabilité et qu’il cherche seulement à me déstabiliser. Or il y parvient puisque je finis par le rouer de coups avec ma canne, le tuant à son tour, en hurlant pour me justifier que les chrétiens ont massacré des milliers de musulmans (pendant les Croisades) et que ses leçons de morale sont donc très déplacées.

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Je rends visite à une communauté hippie établie dans un château. Il s’y trouve un personnage étrange, colossal et vaguement difforme, aux longs cheveux blonds pâles, qui fait office de DJ. Alors que je me promène seul sur les créneaux du château, je le vois marcher devant moi, de sa démarche un peu grotesque, pressé de disparaître de mon champ de vision. Je rejoins un groupe de hippies qui disent vouloir me présenter « le troll », car ils m’assurent qu’un troll vit avec eux. Comme je leur réponds qu’un troll est une créature légendaire qui dans la réalité n’existe pas, ils se récrient et insistent qu’un troll vit dans la communauté ; alors je fais mine de les croire, et, subodorant qu’ils prennent pour un troll l’étrange personnage dont j’ai parlé, au physique particulier, je dis : « C’est un grand blond, n’est-ce pas ? » Ils confirment que mon intuition est la bonne. S’agit-il d’un véritable troll ?

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L’apocalypse s’est produit, la Terre est dévastée. Je me retrouve seul avec un compagnon d’infortune dans un vaste hôpital sombre et abandonné. Nous avons survécu, mais comment allons-nous à présent nous maintenir en vie dans ce monde désert ? Dans le coin d’une pièce vide, je trouve, remplissant un trou dans le sol, un tas de cachets de paracétamol et me réjouis de cette trouvaille devant mon compagnon. Or ces cachets ont été rassemblés là par un autre occupant de l’hôpital désert, un adolescent, qui se découvre à nous à cette occasion (pour réclamer le paracétamol qu’il avait entassé là comme un écureuil des noisettes). Nous l’interrogeons et apprenons qu’il survit en ces lieux grâce à un stock de poches de sang qu’il a trouvé dans une autre aile de l’hôpital, c’est-à-dire qu’il survit en buvant du sang humain. Le stock est selon lui suffisant pour vivre de longues années dans l’hôpital. Je blâme cette forme de vampirisme et explique qu’il nous faut sortir de l’hôpital pour tenter de retrouver d’autres survivants. C’est notre devoir en tant qu’hommes : recréer les bases de la civilisation. Cependant, les deux ne sont guère enthousiastes. Le premier est tenté d’adopter la philosophie de l’adolescent et de profiter du stock de poches de sang, et de son côté l’adolescent me rétorque que notre devoir en tant qu’hommes ne peut être ce que j’affirme vu que la civilisation vient de se détruire elle-même.

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À l’accueil de l’hôtel où j’arrive, un palace dans le style art déco, on me donne la clé de ma chambre au cinquième étage. Je prends l’ascenseur avec deux jeunes touristes étrangères. Elles descendent au même étage et je les suis en cherchant ma chambre. Nous traversons tout l’étage sans que je la trouve, tandis que les touristes trouvent la leur, la dernière chambre en sortant de l’ascenseur. Elles me regardent par-dessus l’épaule d’un œil sombre, me prenant pour un pervers. Je rebrousse chemin et continue de chercher, mais ma chambre est introuvable. En me fondant sur un raisonnement déductif à partir des numéros de chambre trouvés sur les portes de cet étage, qui présentent pourtant la plus grande absence d’ordre imaginable, entre 8 et 1600, je conclus que ma chambre est en réalité à l’étage supérieur.

Je reprends donc l’ascenseur. L’étage supérieur n’est pas le 6e (qui n’existe pas sur les boutons de l’ascenseur) mais le 7e. Au 7e étage, je me pose à une espèce de bar ou comptoir qui se trouve là et déplie une carte de l’hôtel qui m’a été donnée à l’accueil avec la clé de ma chambre. Pendant que j’examine ce plan, une femme de chambre en tenue très sexy me demande si j’ai besoin d’aide. Nous lions conversation, puis elle va faire le ménage dans la chambre à côté. Un groupe de jeunes clients de l’hôtel l’y rejoint, après que l’un d’eux l’a appelée devant moi : « Gisèle ! » (ou Gisele en allemand). Je les entends bavarder par la porte ouverte, contrarié par l’idée d’une possible orgie entre eux. Ayant trouvé ma chambre sur la carte (il faut que je monte encore deux étages), je quitte l’endroit, en décidant en mon for intérieur que la femme de chambre et les touristes ne feront que bavarder.

Quand j’arrive devant l’ascenseur, l’étage est tout à coup plongé dans le noir à cause d’une coupure de courant, et les ascenseurs ne marchent plus ; il faut que je prenne les escaliers, qui continuent, eux, d’être éclairés. Deux étages plus haut, je sors des escaliers et me retrouve sur une terrasse où des clients fument des cigarettes. On me dit là qu’il faut traverser la terrasse pour accéder aux chambres, ce que je fais, me retrouvant alors dans un grand hall de gare, elle aussi dans le style art déco. J’aborde une passante et lui demande si nous sommes dans un hall de gare, ce qu’elle confirme. Je m’enquiers alors si elle sait où se trouve ma chambre d’hôtel. Elle m’invite à la suivre et, en sortant de la gare, me montre à quelque distance une passerelle qu’elle dit conduire aux chambres de l’hôtel. Elle est prête à me montrer le chemin jusqu’à cette passerelle. En nous y rendant, nous passons devant un orchestre de plein air, dans un kiosque sur la place, qui, avec des musiciens du troisième âge, joue une musique plutôt mauvaise. Je demande à mon accompagnatrice si c’est là l’orchestre de l’hôtel mais elle n’ose répondre. En chemin, je me fais la réflexion qu’il est étonnant qu’elle prenne tant de peine pour un parfait étranger, mais il faut reconnaître que le chemin pour accéder à la passerelle est loin d’être simple.

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Un adepte du snorkeling pratiqué nu me recommande le nudisme. Pour moi qui dans mon enfance ai pratiqué le snorkeling (avec masque et tuba mais sans palmes) – cela ne s’appelait pas encore snorkeling et n’avait pas de nom, et les noms français que je trouve aujourd’hui sont longs et lourds, nous ne sommes pas un peuple qui cherche à nommer les choses –, qui l’ai pratiqué avec un émerveillement inépuisable, en Méditerranée sur la Côte des roses, pour observer les poissons et ramasser des coquillages, l’idée de la nudité dans cette activité tout à coup m’enchante. En m’imaginant pratiquer le snorkeling nu, j’éprouve un sentiment de grande liberté. Au réveil, je suis convaincu du bien-fondé du nudisme.

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Dans une administration où j’occupais, semble-t-il, un poste important mais où je fus disciplinairement dégradé, on me demande de rafraîchir un tableau d’art contemporain ornant une salle de réunion. Il s’agit d’un grand tableau monochrome rose. Avec un pot de peinture de même couleur, je me mets donc à repeindre le monochrome au rouleau, exactement comme si je repeignais le mur blanc derrière. Bien que le résultat ne puisse pas être un tableau différent (mais seulement un tableau rafraîchi), je me fais la réflexion que ce rafraîchissement est une trahison de l’œuvre de l’artiste, car même si l’on ne pourra voir aucune différence à l’œil nu, un certain scanner pourrait sans aucun doute révéler que les gestes de l’artiste et les miens ne furent pas les mêmes. D’où cette conclusion en forme de théorème de l’art : même si rien, absolument rien ne permet de distinguer deux monochromes à l’œil nu, chaque monochrome est unique.

Sur ces entrefaites, un ex-collègue de la classe importante passe derrière mon dos. Nous nous retournons au même moment et nous faisons face ; il me tend la main, bien qu’il soit toujours, lui, en costume cravate et que je sois moi en salopette de peintre du BTP ; j’en éprouve de la reconnaissance.

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BC : avant la vaccination de Jésus-Christ. AD : après la vaccination de Jésus-Christ.

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On nous sert à manger, à T. (♂) et moi, une chauve-souris au milieu d’une grande assiette blanche. C’est une petite chauve-souris étendue sur le dos, et qui bouge : ses gestes et la physionomie de sa face expriment la souffrance. Je fais remarquer à notre hôte que la chauve-souris bouge mais il répond qu’elle est bien morte et qu’il s’agit seulement de mouvements post-mortem résultant de la friture dans l’huile bouillante. Malgré ces explications, je refuse de manger. T. n’a pas ces scrupules, il saisit la chauve-souris du bout des doigts, l’enveloppe dans ses ailes comme un pâté impérial dans une feuille de salade et, sans la moindre sauce, la croque puis se met à mâcher. Le bruit indique un mets particulièrement croustillant, qui donne envie… Je demande à T. s’il a senti la chauve-souris bouger dans sa bouche, voire dans son œsophage.

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Pierre angulaire (1960) par Aurélie Nemours (Beaubourg fév. 2020)