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LIII Aurillac Space Cake

Feng Shui Cool

En lisant, grâce à une amie, un livre sur le feng shui, je découvris que j’avais appliqué chez moi, sans le savoir, des principes feng shui, éprouvant une insatisfaction durable devant au moins deux dispositions de mon appartement.

Tout d’abord, je fermai ma cuisine américaine, moins feng shui qu’une cuisine indépendante, avec un paravent. Car il faut maintenir séparés les différents espaces dédiés.

Ensuite, je plaçai un rideau de perles entre le vestibule et le salon pour couper une ligne droite beaucoup trop longue (allant jusqu’à la salle de bain). Cette dernière disposition est décrite dans le livre comme particulièrement mauvaise, car le chi s’engouffre dans ce tunnel comme un tourbillon impétueux.

À l’époque où je fumais du haschich, j’étais, sous l’effet de cette substance, particulièrement sensible à certaines choses, et je comprends aujourd’hui que c’étaient les « flèches empoisonnées » du feng shui. Ainsi, je me souviens parfaitement (et c’était il y a plus de vingt ans) de la véritable souffrance que me causèrent les lignes et les angles d’une commode trop massive, dans la chambre où j’avais un lit chez un ami. Cette souffrance était démesurément amplifiée par un sentiment de faiblesse, voire de débilité profonde causé par le fait d’éprouver du malaise devant un simple meuble.

Si j’avais eu ce livre entre les mains dès l’installation dans mon nouvel appartement, ou si j’avais continué de fumer du cannabis, j’aurais pu mieux aménager mon intérieur il y a longtemps ! Au lieu de quoi, j’ai vécu dans un piège à chi fatal pendant des années.

Et si j’avais lu ce livre quand j’étais un haschichin, j’aurais évité quelques mauvais trips à l’époque.

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Joli, joli petit Français…

Kant dit que les Anglais sont plus familiers avec le sublime et les Français plus familiers avec le joli – le joli plutôt que le beau, car le beau se rapproche davantage du sublime que du joli, d’où je traduirais différemment le titre de son essai Beobachtungen über das Gefühl des Schönen und Erhabenen, par Observations sur le sentiment du joli et du sublime.

L’emploi du mot Schön en allemand me donne raison : on lance un « Schön ! » comme, chez nous, un « Joli ! » Et les passages de l’essai de Kant qui parlent des Français montrent d’ailleurs bien qu’il n’est pas question du beau mais du joli. Eh oui, messieurs les traducteurs et professeurs de France…

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Je me souviens d’Anglaises au camping du festival d’Aurillac, festival du spectacle de rue, camping hippie : complètement délurées mais complètement supérieures, à déambuler pieds nus avec un air émancipé que je n’ai jamais vu nulle part ailleurs. À les voir, j’avais honte de moi, je me faisais l’effet d’être en toc.

Les Anglais, au rassemblement hippie d’Aurillac, étaient impressionnants. Ils arrivaient avec leurs caravanes comme des bohémiens, si ce n’est qu’au lieu de visages méridionaux on voyait des enchanteresses blondes comme les blés. Je me souviens de l’une d’elles en particulier, de seize ou dix-sept ans, assise devant sa caravane, pieds nus, non loin d’un grand gars qui lui ressemblait, et comme je passais avec un compagnon devant sa caravane elle nous adressa cette douce parole : « Space cake ! » Comme une harengère aurait dit : « Le bon poisson frais ! » À défaut de lui acheter un cake au cannabis, ce pour quoi je regrette d’ailleurs de m’être montré pusillanime en la circonstance, craignant peut-être que sa recette serait trop forte pour les projets immédiats que j’avais, ou plus simplement parce que j’étais déjà défoncé jusqu’aux yeux, je lui souris, et elle me sourit, et le grand gars avait l’air content, et je n’ai pas oublié.

Mais l’impression d’être en toc était bien là…

(D’ailleurs, ceux dont je parle n’étaient pas forcément tous Anglais, car ils pouvaient aussi bien être Allemands, Néerlandais, voire Scandinaves…, et je ne sais pas pourquoi ce sont dans mon souvenir des Anglais, ou plutôt des Anglaises.)

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Le fait que Kant soit une cible privilégiée des attaques du Cercle de Berlin, pro-Einstein, est la preuve, ou du moins un indice intéressant, que j’ai vu juste en écrivant les « fragments » Kantism & Astronomy (ici), qui datent de 2005. Kantisme, en l’occurrence l’esthétique transcendantale de la Critique de la raison pure, et relativité sont incompatibles : c’est la conclusion de mes fragments.

La possibilité d’une compatibilité entre les deux n’est toutefois pas complètement exclue. Si la masse n’a guère plus de réalité « en soi » que l’espace « en soi » (c’est-à-dire hors de nos perceptions), il est peut-être possible d’envisager que la masse torde l’espace. Apparemment, ce n’est pas l’optique du Cercle de Berlin, pour qui kantisme et relativité sont bel et bien incompatibles, ce qui signe selon eux la fin du kantisme, tandis qu’une telle incompatibilité signe selon moi la fin de la relativité.

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Les femmes intelligentes ont, selon Helmuth Nyborg (Hormones, Sex, and Society, 1997), plus de testostérone que les autres, et par conséquent un plus grand appétit sexuel. En revanche, la testostérone inhiberait les capacités intellectuelles chez l’homme. Cette lecture m’a fait du mal, car j’ai toujours pensé que j’étais à la fois intelligent et viril.

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J’aurais été un pirate heureux, et, quand je serais devenu trop vieux pour aborder les galions espagnols, je me serais retiré dans une belle malouinière avec une bow window sur la mer et une lattice window sur un jardin.

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Quand j’étais en Amérique, je suis parfois passé, à Cambridge, Massachusetts, non loin de l’Université d’Harvard, devant une église swedenborgienne posée au milieu de son boulingrin d’herbe planté d’arbres.

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Je voudrais faire quelque chose dont je sois absolument certain que ce n’est pas une distraction de l’essentiel, qui se trouve je ne sais où. « A man of too many hobbies », c’est ainsi que Thomas Hardy décrit l’un de ses personnages, et c’est peut-être une limitation plus grave encore que la spécialisation, forcément technique, qui régit la vie intellectuelle de tant d’hommes aujourd’hui.

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Si je vends mon appartement, je n’en rachèterai pas un autre : je vivrai libre pendant une douzaine d’années. Cela ne vaut-il pas le coup ? Comme Rolla qui flambe son héritage en quelques années puis se tire une balle. Douze ans de liberté ne valent-ils pas mieux qu’une vie de servitude ?

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Vous rappelez-vous cette parole de D’Ormesson, qu’il avait peur d’un hommage funèbre par Hollande ? Il vient d’être décoré par ce dernier. C’est arrivé hier, le 26 novembre 2014. Le pauvre…

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Dans un livre de 1989, Wilson Bryan Key donne le chiffre d’une exposition moyenne de 1.000 messages publicitaires par jour pour une personne.

Dans la présentation Amazon du livre Neuromarketing de Morin et Renvoisé (fondateurs de la société SalesBrain), livre publié en 2007, on lit : « People are inundated daily by an average of 10,000 sales messages. »

Une multiplication par dix en trente ans.

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Média cool

Mon blog compte actuellement (mars 2015) 26 billets dans la catégorie « Pensées ». Cela fait entre 50 et 60 pages Word, soit plus d’une centaine de pages d’imprimerie. C’est du super-concentré d’idées. Si je développe les concepts, j’ai un bouquin de 400 ou 500 pages. C’est ce produit qui pourrait présenter ma pensée avec le plus de précision et de clarté, pour répondre à certaines attentes. Mais il n’est pas envisageable de déposer un pavé de 500 pages sur un blog internet, média cool.

Chaque concept qui devrait être présenté et explicité dans un livre comporte virtuellement, sur un blog, un méta-lien vers sa définition quelque part dans le Web. Par exemple, quand j’écris « média cool », c’est comme si l’on pouvait cliquer sur ce binôme pour faire apparaître une nouvelle fenêtre sur l’écran avec plusieurs lignes ou plusieurs pages de définition. Celui qui a besoin de cliquer clique, celui qui n’en a pas besoin ne clique pas.

Comme on trouve tout sur le Web, les spécifications sont virtuellement superflues. Le style, la langue deviennent aphoristiques, comme l’avait anticipé Marshall McLuhan. C’est véritablement un média cool.

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Une introduction en français
à mes recherches (en anglais) sur la publicité subliminale
(voyez Index: Subliminals Series)

Notre cerveau se compose de différentes parties, correspondant aux différentes périodes de notre évolution. La partie la plus archaïque est ce qu’on appelle le « cerveau reptilien » (commun aux reptiles et aux oiseaux), les deux autres parties sont le cerveau limbique (siège des émotions) et le néocortex (siège des pensées). La distinction entre le cerveau reptilien et le cerveau limbique est moins saillante que celle entre le cerveau limbique et le néocortex, c’est pourquoi on se contente parfois de distinguer un cerveau ancien (reptilien+limbique) et un cerveau nouveau (néocortex).

Le cerveau reptilien est l’organe de la survie : dans les conditions primitives d’existence, c’est lui qui scanne en permanence le milieu, notamment pour détecter les menaces. Chez les primates et chez l’homme, il est surtout visuel. Des recherches ont montré qu’il visualise les choses avant que celles-ci entrent dans notre champ de conscience.

Le principe des images subliminales est qu’elles sont visualisées par le cerveau reptilien sans entrer dans notre champ de conscience. Les publicitaires croient que cela peut avoir un effet sur les comportements d’achat, et ils s’appuient en cela sur l’« effet Poetzl », du nom du psychologue qui l’a découvert. Certains, à commencer par W.B. Key, théorisent ces phénomènes en termes d’inconscient freudien.

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La façon dont certains « r » sont prononcés dans la chanson Hadir de la chanteuse malaisienne Nadia ne laisse pas de m’étonner, car ils semblent être prononcés à l’anglaise.

Ainsi, dans le premier couplet, « Biarlah air mata, Biarpun merah hati luka Terhapus segalanya Impian kasih yang berlumpur », j’entends les « r » de biarlah, air mata, biarpun et berlumpur prononcés normalement mais les « r » de merah et de terhapus prononcés comme des « r » anglais (un son qui n’existe à ma connaissance dans aucune autre langue que l’anglais). C’est particulièrement frappant dans le mot merah et d’autres de la chanson.

À défaut de chanter en anglais, elle chanterait en prononçant à l’anglaise !

Or j’ai remarqué le même phénomène dans certaines chansons de pop thaïlandaise. Cette anglicisation de la prononciation dans la musique pop serait-elle un nouvel avatar de la domination culturelle anglo-saxonne ?

Voici la réponse, très pertinente, de la présidente de l’Association franco-indonésienne Pasar Malam à ces remarques, que je lui avais envoyées :

Je ne connais pas du tout la chanson malaisienne, aussi je n’ai aucune idée sur les ‘r’ prononcés à l’anglaise, si ce n’est que la question que je me suis posée sur les origines de la chanteuse que vous citez. Est-elle d’origine chinoise ? Le ‘r’ en mandarin (?) se prononce comme une consonne rétroflexe, comme en américain, me semble-t-il. (juillet 2015)

J’ignore si la chanteuse Nadia est d’origine chinoise. Même si elle l’est, je n’ai pas perçu ce phénomène de prononciation dans toutes celles de ses chansons que j’ai écoutées. Qui plus est, dans Hadir, la logique de cette prononciation m’échappe : ce n’est pas une question de position du ‘r’ entre deux voyelles ou entre une consonne et une voyelle. De plus, dans un même couplet répété deux fois, j’entends seterusnya prononcé normalement la première fois et à l’anglaise/américaine la seconde…

Le mystère reste donc complet. Il se peut qu’une telle prononciation sans cohérence dans des chansons de pop malaisienne mais aussi thaïlandaise (par exemple dans คนพิเศษ de la chanteuse Mint มิ้นท์ อรรถวดี) rappelle, sciemment ou non, des origines chinoises, la communauté chinoise étant nombreuse en Asie du Sud-Est et particulièrement bien implantée dans le commerce en général.

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La biologie a réhabilité le vaudeville ; ceux qui le dénigraient pour son invraisemblance en sont pour leurs frais. Dans le monde anglo-saxon, les divorces et autres joies de la séparation conjugale ne se font plus sans qu’on administre force tests de paternité (pour des histoires de sous), et les résultats, à savoir les chiffres de ces pères qui ne le sont pas, sont éloquents.

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Selon P.N. Oak, essayiste et militant hindouiste, le Taj Mahal serait à l’origine un temple hindou, converti en palais, puis en mausolée, par les « maraudeurs » musulmans. Toute son oeuvre porte sur le thème d’une « guerre de mille ans » entre Arabes et Hindous dans la péninsule indienne, et elle a été jugée anticonstitutionnelle en Inde (la Constitution indienne repose sur le concept de « communalisme »).

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Aldous Huxley devotes a chapter of his book Brave New World Revisited (1958) to subliminals. A fact which I think escaped W. B. Key’s notice.

Among other things, Huxley writes that “in Britain … the process of manipulating minds below the level of consciousness is known as ‘strobonic injection’.” & “Poetzl was one of the portents which, when writing ‘Brave New World’, I somehow overlooked. There is no reference in my fable to subliminal projection. It is a mistake of omission which, if I were to rewrite the book today, I should most certainly correct.

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John qui ?

À mon éditeur et sa femme, les très gioniens Michel et Nicole Lombard

Octobre 2015. J’ai cru que j’allais voir au Palais de Tokyo une exposition sur Jean Giono pour touristes américains. C’était en fait une installation modern art sur le poète beat américain John Giorno… Ah, on ne m’y reprendra plus !

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À mon éditeur et sa femme

Venant de lire la Brève Relation de la Destruction des Indes par Bartolomé de Las Casas, le cœur brisé, je me demande comment j’ai pu rester sourd si longtemps au message de ce saint homme, et publier des poèmes ignorant sa voix. L’insuccès de mes recueils est mérité. Las Casas a jeté sur les conquistadores une malédiction éternelle. Après lui, je veux les maudire à mon tour, et expier mes fautes en servant jusqu’à la fin de mes jours les humbles descendants de ces hommes et femmes victimes innocentes de leurs atroces iniquités. Je suis désolé de vous avoir rendus complices de mon injustice.

La belle réponse de Nicole Lombard :

Cher Florent,

Vous n’êtes pas le seul poète à vous être laissé fasciner par l’image des conquistadores, cruels, hélas, pire que cruels, mais aventureux et, il faut le dire, courageux. Il fallait l’être, rien que pour mettre le pied à bord de ces caravelles. « Ivres d’un rêve héroïque et brutal », cela dit bien ce que cela veut dire. Il fallait le génie et pour tout dire la sainteté de Bartolomé de Las Casas pour voir, dès cette époque, l’envers de ce que vous êtes tout à fait pardonnable d’avoir considéré comme une épopée. La Controverse de Valladolid est un grand moment de l’aventure humaine, la seule qui compte, celle du cœur et de l’esprit. Plutôt que de vous morfondre, pourquoi ne pas écrire maintenant ce que vous inspire cette malédiction ? Ce peut être très beau. Vous voilà maintenant comme saint Paul sur le chemin de Damas. Est-ce qu’il s’est tu ?

Et pourquoi, aussi, chanter des louanges à Marie-Antoinette ?

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Mon révolutionnaire mexicain (x) ! Avec ses cartouchières croisées sur la poitrine, par-dessus son poncho de toile rude, il se sert de son fusil comme d’un bâton pour parer un coup de sabre ! Et son chapeau de sorcier !…

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Te conduzcan tus sueños al país encantado de las hadas con belleza y candiles mágicos.

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Tal vez necesitaría ser turista toda su vida para llegar a disfrutar su lugar de vida propiamente.

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I am no jessamine. I am an old, old tree with owls in its hollows, and my friends the squirrels are warm in the labyrinth behind my rind. They’re happy when it’s moon time, feeling so safe. I’m old, old, very old.

Oh squirrel friend, I’ll never let you leave my boughs!

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After trying to feel emotions for religion and nationality which I never had, I realized I could get none at all and stopped telling myself stories. What remains is a disgust for politicians and an opposition to the increasing accumulation of wealth and power in increasingly fewer hands. I am with the down and trodden, ¡los de abajo!

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1

L’adaptation cinématographique par Jack Clayton du Tour d’écrou trahit Henry James. J’allais développer, mais j’ai vu sur Wikipédia l’affiche du film « You’ll get the shock of your life! » Tout est dit : avec une réclame aussi vulgaire, il ne fallait pas s’attendre à du Henry James.

Juste un point sur la scène finale, un pur contresens. Dans le film, le petit Miles crie : « Quint, où es-tu, démon ? » et meurt. Ce qui signifie qu’il ne voit rien, aucun fantôme, et que la gouvernante est donc une frustrée (pour ne pas dire une mal baisée) qui hallucine. C’est l’interprétation à laquelle il faut s’attendre pour servir le plat à un public de porcs. Dans la nouvelle, les derniers mots du petit Miles sont « Quint, you devil! » mais l’insulte est adressée à la gouvernante et veut dire : « Oui, je vois Quint, espèce de diable (arrête de me torturer) ! » et il meurt.

Il faut dire que, si ce n’est pas une hallucination de la gouvernante, l’interprétation préalable de la présence des fantômes rend le film excessivement sulfureux puisqu’il s’agirait d’un cas de possession (et non seulement de visualisation ou quelque soit le terme technique en exorcisme) par lequel les deux amants morts cherchent à s’étreindre de nouveau. Ce qui nous conduit à l’inceste entre un frère et une sœur prépubères. Là encore, rien d’étonnant de la part d’Hollywood (même en noir et blanc), pour qui l’épaisseur glauque du cas social est l’élément, et jamais la psychologie transcendantale.

Je comprends mieux la préface savante et universitaire à la nouvelle, dans mon livre de poche, dont l’interprétation me semblait complètement tirée par les cheveux : c’est une critique du film et non de la nouvelle !

2

La critique du Tour d’écrou s’est essentiellement concentrée sur la question de savoir s’il s’agit d’un récit fantastique. La « Nouvelle Critique » a beaucoup glosé sur ce qu’elle ne peut voir que comme des hallucinations de la narratrice. C’est le genre de débat qui me confirme dans l’idée que, bien que littéraire jusqu’au squelette, j’aurais peu goûté des études littéraires. Je ne peux tout simplement pas lire de critiques littéraires – sauf celles d’Oscar Wilde. A fortiori, impossible d’ouvrir un supplément littéraire. Comme le répondait le même Oscar Wilde à un journaliste qui voulait que l’on brulât son Dorian Gray, aux époques éclairées on ne jette plus les livres au feu, seulement les journaux.

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Gouverner, c’est prévoir. Aucun gouvernant n’a vu le Brexit venir. Ils n’en voulaient pas, donc ne pouvaient y croire, croyant que toutes leurs paroles ont la vertu des prédictions auto-réalisatrices, donc ne pouvaient prévoir, donc ne sont pas en mesure de gouverner.

Les Anglais se sont couchés sûrs et certains que le Brexit avait fait pschitt. Au réveil, ils n’étaient plus en Europe. C’est énaurme.

De même, personne ne croyait que Donald Trump gagnerait la primaire de son camp.

Les médias sont attristés, leur pouvoir résidait justement dans ce pouvoir de prédiction auto-réalisatrice. Maintenant, le plus sûr, pour prédire, c’est de chercher ce que les médias condamnent. Pour savoir ce qui va l’emporter.

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Un ami américain m’a demandé ce que je pensais des élections présidentielles aux États-Unis. J’ai répondu que j’ai toujours « voté » Républicain comme Kerouac.

Mais là je ne peux plus.

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Retour de Prague. Il y a deux musées d’art contemporain à Prague, l’un pour l’art moderne et contemporain, l’autre pour l’art contemporain. Les deux un peu excentrés. Le premier, le musée du Pelejrni Palac, sur quatre étages, le plus visité, comporte notamment la série de vingt tableaux monumentaux de Mucha L’Épopée slave. Le second, le DOX, se trouve dans un quartier assez miteux. Tu sors de la station de métro et te retrouves immédiatement sur un rebord d’autoroute, avec des autoroutes qui se croisent par des ponts. L’angoisse. J’avais seulement pris la mauvaise sortie. Un jeune homme qui passait par là eut la gentillesse de me conduire à bon port, par des tunnels souterrains.

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Of Joyce I only read Ulysses, but I read it twice (in French), at 16 and 23. It occupies a special place in my memories. There is a rather long sequence about a lame girl on a beach that is deeply moving, and beautiful. Then, there is the final unpuctuated soliloquy, which each time as much captivated as it incensed me. Once, long ago, I was talking about the novel with a friend; she had not read it but she said a boy of her acquaintance had told her about the finale: “This is Woman’s mind.” I said “No,” trying to remain cool, but really ‘twas a protest from me. That a boy, the boy of her acquaintance, dared say such a thing – was not what gave me a surge, not that alone… Now all we’ve got is lost baggages.

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Le silence
Que je n’entends pas
Acouphènes

LXVII There’s a Fatma For You in This World

To the Consumers’ Association of Ireland

Dear Sir or Madam,

Supportive of consumer rights, I would like to call your attention to the topic of subliminal advertising, on which I have made some research.

The following case studies from my blog [Index] deal with very recent paper advertisements, many of them advertising multinationals’ brands and designed for international marketing.

The subliminal techniques involved are akin to mental manipulation and likely to be detrimental to the consumer’s choice. What is to be done to prevent consumers from being subjected to such deceptive manipulation? (March 29, 2015)

Answer:

Dear Flor, [Although I signed my full name Florent Boucharel, she calls me Flor because my email is flor.boucharel[@]gmail.com]

Thank you for your email.  We would recommend that you contact the government body, the Competition and Consumer Protection Commission as they have the power to investigate companies.  They can be contacted on 014 4025500 or http://www.consumerhelp.ie

Kind regards,

Caroline.

My answer:

Dear Caroline,

Thank you for your reply. I don’t think the law forbids embedding the word SEX in advertisement photographs, which, as far as I have been able to ascertain since my attention was called to the practice, is the case in almost every paper advertisement these days. Since the law says nothing, a government investigation is out of the question. I believe this is what they will tell me. I was seeing more a campaign of opinion, and that’s why I reached out to your organization, in case you would find the matter relevant to consumer rights. (March 30)

& later (having no further news from Caroline)

In spite of your reply, I feel my mail has not received due consideration, especially since my blog statistics tells me you haven’t even thrown a cursory glance on one or two of the cases I have provided.

You know, I am sure, of those people who hold positions of responsibility and, when contacted about attendant matters, ask: “Why are you talking to me? Do we know each other?”

If you’re not interested in matters such as how commercial advertising behaves towards the consumer, then you should consider changing occupation, and leave your position to a more suitable profile. (April 1)

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To International Consumer Research and Testing (ICRT)

Dear Sir or Madam,

Supportive of consumer rights and the important missions of consumers’ organizations, I would like to ask what your position is on the topic of subliminal advertising, on which I have made some research.

The following case studies deal with recently published advertisements (March 2015), many of them advertising multinationals’ brands and designed for global marketing. (April 4, 2015)

No answer.

Hello, is anybody in? Here’s the taxpayer who pays you!

No answer.

For the sake of accuracy, your name ought to be ICRNT: International Consumer Research and No Testes.

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Horror movie The Exorcist, about a Catholic priest fighting the Devil in the good old ways, uses subliminal techniques. Hence the many faints, nauseas, mental collapses necessitating psychiatric intervention among theater patrons when the film was released. Yet horror movies had been played on the screens for decades and none had had such impact on the viewers, because those films did not manipulate unconscious mind structures with subliminal techniques. As an example, the soundtrack for The Exorcist was embedded with the sound of humming bees at subliminal level, in order to trigger panic. It was an experiment in mind manipulation. (For more details on the subliminal elements in The Exorcist, read Media Sexploitation, 1976, by Wilson Bryan Key. See also this blog’s Index for my series on Subliminals in published advertising.)

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In Hormones, Sex, and Society: The Science of Physicology (1994) by Helmuth Nyborg, I find a paradox. It seems to me that a male androtype-1 should not choose an estrotype-1 as a spouse, since the latter will have, as Nyborg describes it, “higher libido” and the androtype-1 is not particularly well endowed in this respect. Hence, he should make a more “sex-stereotypic choice” with respect to finding a spouse, that is, he should depart from what Physicology predicts (that he will not be sex-stereotypical). What I mean by “should” is what he would do if he knew Physicology a bit. This is the paradox. The only solution to it, as far as I can see, would be that Physicology predicts that androtypes-1 do not object to their spouses’ promiscuity, nor to bringing up children sired by other men. A rather odd prediction in terms of evolutionary genetics.

Also, I would like to stress that our current “managerial elite” is recruited on personality criteria amongst which extroversion is perhaps the most important in the organization recruiters’ eyes. Which means the hormotype index of the American/European managerial elite is not likely to be 1 or 2 (maybe not even 3), nor it is this likely to be otherwise in the near future, whereas Nyborg claims that loner, intellectual androtypes are called to make up the elite.

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To Hollaback! (In their own wods, ‘Hollaback! is a global, people-powered movement to end harassment. We work together to ensure equal access to public spaces.’)

Having seen on Internet a video of yours in which a young woman is filmed by a hidden camera walking in Manhattan, it reminds me of a news report on the same topic and with the same technique I saw a few years ago on French TV, and of my own situation even though I’m a man.

I live in Paris where I do quite a lot of walking, not seldom by myself. My experience is that some people feel free to abuse verbally, in a sneaky way, lone persons in the street whose outward appearance they happen not to like.

I have conjectured that many people, walking alone in the street, resort to listening to music or to calling someone on their mobile phone in order primarily to prevent their being abused in such a way, or at least to escape noticing it.

Some vulgarized notions of psychology likely will evoke a paranoid state of mind. The very idea of paranoia, however, may well contribute to the spreading of sneaky verbal abuse. (As a matter of fact, the person abused may even be abused by being called a ‘paranoiac’ by his or her surreptitious abuser.) (April 2015)

No answer. (My point, as the reader understands, is that harassment in the street is not limited to female victims. In my experience, verbal abuse not seldom comes from women.)

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El Mallarmé «profeta» ha introducido intelectualismo en la poesía, y la poesía ha muerto casi. Todo ésto, las abstractas reflexiones o elucubraciones sobre el lenguaje y qué sé yo, es demasiado árido, y no muy riguroso tampoco como razonamiento y los filósofos lo hacen mejor.

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There was in the past of Christian Europe a mighty enemy in the East: the Ottoman Empire. A mighty colossus, it nearly obliterated Christianity on several occasions, as when its armies besieged Vienna, twice.

At the head of such powerful armies, numerous as the waves of the ocean, were the dreaded Janissaries, a slave brotherhood of Albanian origin. They were the gate-keepers of the Bab-i Ali.

O what convulsions in the misty mountains of Albania, when this people too vindicated its freedom!

This video [Te Rrapi ne Mashkullore, sung by Irini Qirjako, with images from some (Albanian?) motion picture] shows scenes of the Albanian national struggle, here culminating with the assassination of a Turkish Basha or Bimbashi. The lyrics talk of a Bimbashi several times, as a portent of awesome and dreadful forces.

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There is that taylor in my neighborhood, Mercan, an Armenian. I brought him a pair of trousers not long ago. He told me that with such fabric these trousers would last me ten more years. Now they have a big hole in the bottom. You can’t trust Armenians…

Mercan is the Devil. For one there’s his accent. It took me some time to understand at last what he says when he’s greeting me. He says “Ça va, mon ami ?” (Howdy, my friend?) and I was hearing something like “Ça va, Mehmet Ali ?” (Howdy, Mehmet Ali?) I thought he was mocking me in his nasty Armenian ways…

He’s a stutterer. He says “Merci, mon-mon ami” (Thanks, my-my friend) and I hear “Merci, Mehmet Ali“, like he’s mocking me. Like the devil he is…

One day I needed to have my trousers enlarged at the waist. He said, “Okay, but think about a diet, Mehmet Ali!” And he laughed. He’s the Devil…

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Russian émigrés were all with Hitler, especially after Operation Barbarossa and the onslaught against USSR. They had brought the Protocols of the Elders of Zion to Germany, they had brought them to the USA, even to Manchuria and Japan. There’s even a book which claims they are the true inspiration of Hitler and the Nazi party. Grand-dukes and grand-duchesses were with Hitler. The heir to the Russian throne was with Hitler (and he was spied upon by the Gestapo at the same time). All the former White army was with Hitler and joined the Wehrmacht and Waffen-SS on the Eastern front. The popes were with Hitler. Czarists, Solidarists, Fascists were with Hitler. Georgians and Tatars were with Hitler and they fought the Résistance in Corrèze where my grandparents were living their humble lives (my grandfather was once taken hostage). Caucasian Muslims were with Hitler, and Stalin made them pay the price after the war.

I spent years collecting thousands of names of people involved on the side of Nazism and Fascism, from every country: Cossack White Army officers, Albanian gurus of mystic tariqas, French anarchists, Australian aborigines (true!), Afro-Americans, Indian nationalists, Indonesian nationalists, Khmer nationalists, Pu Yi the last emperor of China, Turkish Turanians, British aristocracy, the then King of Sweden and his son the present King of Sweden, Knut Hamsun, the Muslim Brotherhood and Nasser of Egypt, the Shah of Iran and the future Ayatollah Khomeini, etc. etc. A long list. I spent years on it, I don’t know what to do with that work.

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De hecho yo no había escuchado la canción Aviateur, cantada por Véronique Jannot, hace desde muchos años. Me la propuso YouTube, al escuchar yo otra cosa. Entonces me volvieron memorias de mi niñez. No son memorias de mi casa porque mis padres no miraban programas de televisión populares, con canciones y tales cosas. Pero, de vacaciones, nos quedamos con mis hermanos en la casa de abuelos o a veces de tíos, en el campo. Gente más popular y no tan educada como mis padres, y ellos miraban esos programas populares, y nosotros con ellos. Y me gustaba, de niño. Después, de adolescente, ya no me gustaba el campo. Me aburría, no podía hacerme amigos con los jóvenes, aunque me enamoré de una morena, S., cuyos padres tenían un comercio de bicicletas. Era una tontería. Le declaré mi amor y, como ella no cayó en mis brazos al oírlo no más, lo abandoné todo. Una tontería, pero era bonita la hija del vendedor de bicicletas… De adolescente, las vacaciones en el campo eran malas. De niño era otra cosa. Gente sencilla, televisión popular, una Francia que tal vez aún ya no existe.

Véronique Jannot and I are of the same breed, de pelo y ojos castaños. But her talent has been exploited by foreigners, Armenians. Besides, her very artist name (if it’s not her real name) is a joke, because it alludes to Jeannot Lapin*. I want to make clear that this sort of popular culture has something very shallow about it, which makes it unbearable to refined minds. Only the exhaustion of a working life can create a need for that kind of shallow entertainment. The producers are all foreigners, alien, exploitative Armenians.

*D’après internet, Jannot est son vrai nom. Elle aurait dû choisir un nom de scène plus glamour : Véronique Davies, Véronique Crawford-Jones, Veronica Lamborghini…

*

Pearl of the Mediterranean
Mersin
Where will I find you now?
So balmy
The lemon trees
Iridescent
Perlaceous sky
What fills my eyes with tears?
O the sea at Mersin!

*

Fragrances like attar of rose…

Vuelan azahares
jarabe de rosa beberé
almíbar de rosa saciará mi sed ardiente
miles de mirtos para tenderle arropes suaves
Encantadora es la rosa en el jardín de luna
Canta, bello ruiseñor, por la rosa que te llena de dulzura

*

In France the name Fatma was used as a common name to designate a North-African girl (as there are many migrants from North Africa in France). For example: “Did you see that fatma?” Then it designated any girl, whatever her background, for example: “Did you see that fatma?” And then it came to be abbreviated as “fat,” (prononcer « fatt ») for example: “Will there be fats at that party?” (Il y aura des fatts à cette soirée ?) At least that was so in my teens.

I distinctly remember occurrences when the word was used by my friends and myself (by the way we were all white, middle-class teenagers). For instance, during a summer vacation in Spain we used to call Spanish girls “fats” among us. And there’s a joke. While we were in Spain, near Valencia, there were several days of feria with bulls, “toros.” Several toros were involved and they had a leader, so to speak. One day, one of our group, talking about this leading bull, called him “le taureau mère,” as we talk of a “vaisseau mère” (mother-ship) in a fleet of ships. But “mother-bull” was really ridiculous, so we laughed and someone said: “You mean ‘le taureau fatt’ (the fatma-bull)!”

But we didn’t say fatma to girls, as they would have beaten us up.

*

3 Poems to O.

(2014)

You didn’t tell me you’d take my heart away.

You didn’t tell me you’d always be in my dreams, at the cost of a life. But what is a life worth comparing with such dreams?

You didn’t tell me that, because of my memories of you, I’d be like a madman always by my thoughts. But what worth is soundness of mind compared to such lunacy?

You didn’t tell me my memories of you would be more real to me than reality. But what is reality worth, you tell me, in the shadow of one memory like these?

You didn’t tell me there would be no more seasons but the summer of your smile.

You didn’t tell me there would be a never-ending day from the day on when you said: One plus one makes one. Did you say so, by the way, or is it my imagination?

You didn’t tell me you’d break my heart in two so that one plus nothing makes a funny two: a crazy man.

You didn’t tell me one is not just one but also the one and only, so this one can’t be counted like any other one because in a way this one is a bit too much – especially being away.

You didn’t tell me I’d have to know the effect of spending some time by your side and then (as a punishment for what crime?) I’d have to know the effect of spending my whole life and perhaps even an eternity without you.

You didn’t tell me it wasn’t just two people in a given place at a given time, but two people one of whom would be forever out of space and time.

You didn’t tell me that was just a serious game so that not only would I lose my bid but also I would lose my mind.

You didn’t tell me I was to be there with you for a few days and then you wouldn’t be by my side until the end of time. Yet that’s not too high a price because there can be no such thing as too high a price for what I’m talking about.

You didn’t tell me you’d make a fool of me and I would be glad. Had you told me, I wouldn’t have believed you, for I was a fool. Born to be a fool: that’s what you should have told me.

You didn’t tell me…

*

Yes but…

Yes but it’s only a dream.

–Yes but this is only a life.

.

Yes but what’s more precious than life?

–Yes but it’s made precious from dreams.

*

Tears

If I could see your eyes
Then you would see
The moonlight on the sea
(Your eyes the moon
My tears the see)