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Anaïs et Marie-Madeleine

Il convient d’établir une distinction entre science et technique. Cette dernière n’a jamais été empêchée par une vision traditionnelle, religieuse du monde : que l’on en juge par les pyramides d’Égypte, les édifices de Cuzco, l’aqueduc romain de Ségovie… En termes de technique, l’esprit des Lumières, ou plus généralement l’esprit positiviste, ne représente donc pas une rupture fondamentale, dans la mesure où les capacités techniques n’étaient pas entravées auparavant et ne l’ont peut-être jamais été. La Chine qui se ferme au monde pour, semble-t-il, vivre éternellement selon ses dogmes traditionnels, est celle qui construit une « grande muraille » à cette fin. En réalité, la rupture tient bien plutôt à l’apparition d’un positivisme scientifique qui, s’il ne s’accompagne pas en toutes circonstances de la plus grande liberté d’opinion et d’expression, est la substitution d’un dogmatisme à un autre (par exemple, en plein vingtième siècle, l’« interprétation de Copenhague », tissu d’interprétations arbitraires de résultats expérimentaux [voyez ici : Copenhagen interpretation]).

Alors qu’une certaine forme de pensée mystique subsiste chez Leibniz et Newton, l’apport de ces derniers, en termes d’avancée de la pensée scientifique, est bien supérieur à nombre de leurs successeurs chez qui cette pensée mystique a disparu.

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Lorsque Jünger défend l’astrologie tout en affirmant qu’elle ne peut être jugée du point de vue rationnel, il ne convainc personne. L’astrologie ne se donne pas à connaître comme un jeu, elle cherche à défendre sa pratique rationnellement.

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À Zénon qui affirmait que le mouvement n’existe pas, Diogène le Cynique « répondit » en allant et venant. Comme si Zénon ne s’était pas aperçu qu’il pouvait aller et venir lui aussi. Si une démonstration apparemment juste peut nier le mouvement en dépit de l’expérience sensible, cette dernière n’est pas invitée à servir de contre-argument.

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Paul Bourget est contre la circonstance atténuante de la passion dans le crime passionnel au motif que l’indulgence favorise le crime. Le droit lui a entre-temps donné raison et favorise à présent le cocufiage.

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Les visées œcuméniques admettent tacitement, même malgré elles, que les rites propres à chaque Église n’ont aucune valeur surnaturelle, qu’un fidèle s’y soumet par conformisme, et consacrent ainsi la supériorité d’une doctrine purement pratique comme le zwinglianisme, où la messe est une simple commémoration sans valeur surnaturelle.

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L’eucharistie : « Celui qui mange mon corps et boit mon sang a la vie éternelle. » Alors que le Christ dit lui-même ailleurs qu’il s’exprime par paraboles, et pourquoi il le fait, et alors que les théologiens recourent à l’interprétation symbolique des Écritures, de l’ancien comme du nouveau testament, il est permis de demander pourquoi la parole citée ici a reçu un sens aussi littéral dans le rite catholique.

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Il y a dans le Journal d’Anaïs Nin la pensée qu’elle n’avait jamais rendu son mari aussi heureux que depuis qu’elle avait un amant. Quel mari ne voudrait pas être malheureux plutôt qu’heureux dans ces conditions ?

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Une passion ne se satisfait jamais qu’au détriment d’un scrupule, dans certaines âmes consciencieuses. Y renoncer, c’est la sacrifier à un scrupule, mais jamais elle ne s’estime à si bas prix et rien ne la paye assez de son sacrifice.

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Il est plus difficile à celui qui a de la culture qu’à celui qui n’en a pas de montrer qu’il possède un vernis de culture comme demandé dans les épreuves de culture générale.

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Arriver par les femmes, loin d’être un motif de honte, c’est un double motif de fierté pour le Français : être arrivé et par les femmes.

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Sautez toujours la préface. Dans une édition de La Princesse de Clèves, le préfacier écrit : « Elle [Mme de La Fayette] évite de nous montrer le ventre de Henri VIII ‘chargé de graisse’ que l’annaliste anglais etc. », puis on lit dans le texte de Marie-Madeleine de La Fayette, en p.72 de la même édition : « Henri VIII mourut, étant devenu d’une grosseur prodigieuse. » Si ce n’est pas montrer le ventre d’Henri VIII, qu’est-ce que c’est ?

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Nietzsche a écrit « Dieu est mort » mais aussi « l’art est mort » : à l’ère de l’écroulement des certitudes, les représentations idéales, idéalisées de l’art sont périmées. La science a déclassé un art plus beau que le réel, les esprits s’émancipent également de cette mystification-là. Pourtant, l’art n’a pas disparu ; ce qui porte aujourd’hui ce nom semble être en grande partie une activité spécialisée dans la production d’œuvres plus laides que le réel (expressionnisme…). Est-ce encore une forme de mystification consolatrice, une manière de rendre le réel tolérable par comparaison ?

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Une certaine spécialisation des facultés semble inhérente à la nature humaine. Même aux esprits les plus doués et les plus éclectiques il est difficile de s’intéresser en même temps à des œuvres d’imagination et à des travaux analytiques (de sciences exactes). Une sorte de baromètre intérieur leur signale le dommage, à tout le moins provisoire, que le passage d’un type d’intérêt ou d’activité à un autre fait subir à la disposition cultivée dans la pratique de l’une ou l’autre. Tandis qu’il s’adonne à tel domaine, l’esprit adopte un certain type de personnalité conforme à ce domaine et excluant provisoirement l’intérêt pour tout autre domaine. Ces autres domaines appellent chacun à leur manière un type de personnalité différent. Une éducation trop large risque donc de favoriser les intelligences moyennes, l’esprit doué qui entend donner sa pleine mesure étant conduit à se chercher un domaine de spécialisation. Il conviendrait donc peut-être de commencer par la spécialisation et d’élargir ensuite, avec l’âge, le champ des études, à rebours de ce qui se pratique. Le postulat implicite de l’éducation actuelle est que les esprits ne sont doués que pour un certain type de savoir et qu’il convient de déterminer lequel en présentant à l’élève différents domaines du savoir parmi lesquels sa tendance interne se prononcera. Ce passage programmé du généralisme à la spécialisation demande à l’esprit d’être généraliste d’emblée ou de rester médiocre (excellent dans un domaine et médiocre dans les autres : la moyenne est médiocre). On peut craindre que l’esprit doué soit ainsi voué à la médiocrité dans un système qui va du généralisme à la spécialisation plutôt que de la spécialisation au généralisme.

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Apprendre des choses, cela peut aussi revenir à tuer le poète en soi.

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Ce qui m’a longtemps retenu de m’intéresser à un parti portant le nom de Labour, c’est justement son nom, à cause de ce que cela représente de contraire à mes tendances profondes.

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J’avais des rêves de grandeur et voilà que je lis Zazie dans le métro

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Sottisier poétique
(Avec tout le respect dû aux maîtres)

La mer gronde et se gonfle, et la bave des eaux
Bien au-dessus des monts va noyer les oiseaux
(Leconte de Lisle, Poèmes barbares)

Le mot bave ne s’emploie plus au sens de « par métaph. ou compar. liquide écumeux » (Grand Robert).

Don Rui tire sa lame
Et lui fend la cervelle en deux jusques à l’âme
(ibid.)

On entendait mugir le semoun meurtrier,
Et sur les cailloux blancs les écailles crier
Sous le ventre des crocodiles
(Victor Hugo, Les Orientales)

Il semblerait que ce vent violent qu’est le simoun doive rendre difficile d’entendre le ventre des crocodiles glisser sur les cailloux, à moins que les crocodiles ne soient des espèces de colosses blindés.

L’héraldique lion qui fait rugir d’effroi
Les lionnes vivantes
(ibid.)

Ne songe plus qu’aux vrais platanes (ibid.)

Où sont les faux, dans le poème ?

Ces cheveux
qui pleurent épars autour de ton beau front,
Comme les feuilles sur le saule
(ibid.)

Est-ce parce qu’on parle de saule pleureur que le poète dit que les feuilles du saule pleurent ?

Grenade, la bien nommée,
Lorsque la guerre enflammée
Déroule ses pavillons,
Cent fois plus terrible éclate
Que la grenade écarlate
Sur le front des bataillons
(ibid.)

Bien nommée parce qu’elle éclate comme une grenade explosive !

Ton sabre
Toujours dans la bataille on le voit resplendir,
Sans trouver turban qui le rompe
(ibid.)

Le turban peut en effet casser un sabre, s’il est employé pour désigner par métonymie la tête, mais c’est bien le seul cas possible.

Berceau que la tombe a fait creux ! (Théophile Gautier, Émaux et Camées)

Quelle chute ! Le berceau que vide la mort de l’enfant est fait creux par la tombe…

Mille soldats partout, bandits aux yeux ardents (Victor Hugo, Les Burgraves)

La raison pour laquelle ce vers figure ici tient à la sonorité du second hémistiche, si l’on respecte, comme en principe on le devrait, les liaisons : « Bandits zaux zyeux zardents »…

Rome à ce grand dessein ouvrira tous ses bras (Corneille, Sertorius)

Rome comparée à la déesse indienne Kali…

Me croit-il en état de croire son arrêt ? (Corneille, Tite et Bérénice)

Faut croire.

Ses cheveux, par l’angoisse aplatis sur sa tête (Lamartine, Jocelyn)

Je crois me rappeler que Laurel et Hardy se sont inspirés de ce vers dans certains de leurs sketchs. Mais peut-être qu’ils avaient lu « dressés sur sa tête ».

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Aragon m’a toujours fait l’effet d’être le plus mauvais des surréalistes : celui qui n’ose pas se droguer comme les copains. C’était peut-être aussi le plus mauvais des communistes.

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Louis Belmontet est un poète qui a écrit des Poésies guerrières sous le Second Empire et fut pour cette raison député. C’était avant la déculottée de l’armée française au Mexique et bien sûr avant Sedan.

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La notation numérique de l’école et de l’université françaises (de 0 à 20) est plus individualisante et par conséquent plus hiérarchisante que la notation littérale nord-américaine (A, B, C…).

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Nos ancêtres les Sarrazins

Provence et Midi de la France (voyez La chèvre d’or de Paul Arène), Vendée (La fosse aux lions d’Émile Baumann), Savoie (Le cœur et le sang d’Henri Bordeaux), Normandie (Devant la douleur de Léon Daudet)…

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Gongorismes bien français

D’habitude les plus matineux sont les pigeons de Jaume ; l’aube aux mains molles jongle avec eux. (Giono, Colline)

(Le chien le suit) et Gondran écoute joyeusement le grignotis des petites pattes onglées, derrière lui. (ibid.)

La note filée d’un clairon blesse, d’une vague déchirante, le lac tumultueux de sa mémoire. (Antoine Blondin, Les enfants du Bon Dieu, 1952)

La cité de leurs front ombrageait la fontaine
De leurs yeux
(Léon Deubel, Poèmes)

Mais les plus forts restent quand même les Hispaniques. Quelques gongorismes mexicains :

Carballo eyacula una sonrisa espesa como la esperma, como esperma mezclada de lodo. (Rubén Salazar Mallén, ¡Viva México!, 1968)

Con veloces navajas las estrellas cortan la piel de los abrevaderos. Sangra el agua. Sangra trémulos destellos (ibid.)

La mañana está echada como un perro azul en las azoteas y ladra luz. (ibid.)

Por las puertas de sus manos entra un ademán consternado. (ibid.)

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Hypothèse. Il ne peut y avoir d’ataraxie parfaite. L’esprit qui s’en approche tend à s’accuser et à souffrir d’écarts de plus en plus minimes. De plus, l’absence de tout sentiment de coulpe dans ce même esprit serait un mouvement de passion (l’orgueil) qui le ramènerait en arrière. Non la sagesse mais l’amitié pour la sagesse.

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Barrès qui s’attaque à Kant en racontant des histoires d’amour (Les Déracinés), c’est d’une hallucinante loufoquerie.

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« Son visage pur » (Léon Daudet, Le cœur et l’absence) Pur de quoi ?

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La parcimonie des descriptions empêche qu’une atmosphère s’installe. La littérature contemporaine est retournée au stade primitif. Elle ennuiera ceux qui n’ont rien vu du monde censé se trouver dans ses pages.

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Quelques licences poétiques de Corneille

Et l’énigme du sphinx fut moins obscur pour moi (Œdipe)

Énigme est ici masculin : le vers ne peut pas être corrigé car obscure, au féminin, le rallongerait d’une syllabe.

Mais je ne réponds pas que vous trouviez les Grecs
Dans la même pensée et les mêmes respects
(La conquête de la toison d’or)

Grecs est à prononcer « grès » pour le faire rimer avec respects.

Que voulez-vous, Madame, ici que je vous die ? (ibid.)

Pour rimer avec perfidie.

Je vous avouerai plus : à qui que je me donne (Sertorius)

Votre intérêt m’arrête autant comme le mien (ibid.)

Et détruit d’autant plus, que plus on le voit croître,
Ce que l’on doit d’amour aux vertus de son maître
(Othon)

Croître doit ici, pour rimer avec maître, se prononcer craître (ou maître se prononcer moître).

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L’escobarderie au fond des intellectuels catholiques militants : « Quel plus lourd fardeau que leur morale [luthérienne] » (Maritain) Opposé à une morale légère ?

« C’est une absurdité flagrante, et en même temps un lâche procédé de réduction, de traiter les hommes comme des parfaits, et la perfection à acquérir, dont la plupart restent très loin, comme constitutive de la nature même. Tel est cependant le principe de Rousseau, son perpétuel postulat. » (Maritain, Trois réformateurs)

Écoutons donc Rousseau : « Il n’y a point d’intérieur humain, si pur qu’il puisse être, qui ne recèle quelque vice odieux. » (Les Confessions)

Au temps pour le « perpétuel postulat ». Toujours l’escobarderie.

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Les comètes du nôtre [de notre siècle] ont dépeuplé les cieux. (Musset, Poésies nouvelles)

Note du commentateur : « Ce vers obscur et peut-être fautif (certains voudraient lire « conquêtes ») a suscité de multiples discussions d’érudits. » Rien de plus simple à comprendre, pourtant : la science (l’astronomie, connaissance des comètes) a étouffé la croyance aux dieux, à la divinité. Pas besoin de je ne sais quelles conquêtes, les comètes sont nécessaires à l’équilibre du vers : ce sont des objets célestes – célestes mais objets de science – qui dépeuplent les cieux, demeure traditionnelle des dieux.

Le même commentateur n’a visiblement rien compris au vers suivant, pas plus qu’à Musset en général :

Et de ce bruit honteux qui salit la pensée

où le commentateur voit, je le cite, une « allusion aux lois de septembre 1835 contre la liberté de la presse ». Que va-t-il chercher ! La liberté de la presse est certes un beau combat mais il n’y a dans ce passage aucune allusion à de telles lois, seulement à la littérature dans la lignée de Voltaire et des philosophes dénoncée par Musset tout au long de ses poèmes. Le commentateur semble chercher à faire de Musset un libéral ou – mais ce serait un aveuglement incroyable – est convaincu qu’il l’est…

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Étude : les défroqués chez les Jacobins, Hébertistes, Enragés… La liste semble longue.

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Je peux être convaincu de la valeur de la vertu sans croire à celle de la messe.

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Tant que je n’avais pas de situation, j’avais un avenir, et maintenant que j’ai une situation je ne me vois aucun avenir, il me semble que ma vie est derrière moi.

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Dans ses carnets de voyage aux États-Unis, publiés sous le titre Outre-Mer (1895), Paul Bourget insiste sur la totale absence de grivoiserie au théâtre et dans les caricatures en Amérique. Quelle différence, par la suite, avec Hollywood (‘Pre-Code Era’) !

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Strindberg ne s’est pas trompé avec son « combat des âmes » (själakamp) : même après la mort de l’homme de génie, son préfacier le traite comme une créature malsaine.

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Zola, sur son roman La Débâcle, dans Le Gaulois : « une œuvre de patriote … maintenant la nécessité de la revanche ».

Cinq ou six ans plus tard, il écrivait J’accuse.

Les antidreyfusards, du moins certains d’entre eux parmi les plus en vue, en défendant si peu discrètement la raison d’État, le châtiment même sans culpabilité, avaient perdu d’avance : même un despote absolu a de la pudeur sur ce point et voile la raison d’État derrière des motifs plus convenables.

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Pourquoi ne pas être un homme du passé ? Le passé a sa grandeur.

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Il ne suffit pas de dire « c’est un homme à femmes » : il faut dire quelles femmes.

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Rêves-contacts (1)

Hypothèse. Les intelligences extraterrestres communiquent avec nous dans nos rêves (Nýall).

1

La nuit du 12 avril 2013, j’ai rêvé que je trouvais un fragment de roche contenant une trace de vie extraterrestre, sur le modèle de l’ambre qui encapsule un moustique de la préhistoire, à ceci près que cette roche contenait un hologramme animé d’insecte, insecte d’une dimension peu ordinaire, espèce de grand cloporte. Cet objet était considéré par moi comme provenant des étoiles. À mon réveil, j’eus la pensée qu’on avait cherché à entrer en communication avec moi, qu’on cherchait à répondre à mon poème sur les intelligences extraterrestres qui est un appel au contact.

2

G.G. n’a plus répondu depuis l’envoi de mon poème sur les intelligences extraterrestres. Elle a peur d’un contact du troisième type. La plupart des gens ont peur, ou auraient peur s’ils pensaient le provoquer, d’un tel contact, car il devient évident à un nombre toujours plus grand de personnes que c’est quelque chose de possible.

3

Kant a une curieuse façon d’insister sur d’hypothétiques êtres non humains extraterrestres doués de raison, pour dire qu’ils sont comme nous soumis à la loi morale.

4

Nuit du 4 mai 2013. De l’existence des géants sur terre avant l’homme. C’était une époque où l’alternance des saisons s’accompagnait de phénomènes climatiques beaucoup plus intenses que ce n’est le cas aujourd’hui. Un désert de glace se transformait ainsi en quelques jours en océan plein de vie, donnant lieu à des scènes de cataclysme. Pour que la vie soit possible, il fallait une constitution physique prodigieuse. C’est sur ce seul point que Schopenhauer conteste la théorie de Darwin. Le philosophe rappelle par ailleurs qu’Averroès a vécu à Nîmes et que lui-même loge dans une chambre aux fenêtres en « papier gâché ». Sa révélation sur les géants provoque chez moi une grande exaltation, et je plane au-dessus d’un monde préhistorique qui est le monde, d’abord une mer la nuit, puis une terre d’une grande beauté, couverte de forêts et dorée par les premiers rayons de l’aube, entendant une voix qui m’exhorte à en déchiffrer les mystères.

5

Nuit du 7 mai 2013. Sur une autre planète, je suis conduit, comme prisonnier, dans une arène naturelle entre des rochers escarpés dont les flancs, derrière des grillages, servent de gradins au public. Le combat doit être un combat psychique. Chaque combattant a les pieds fixés sur un billot. Je suis ainsi un gladiateur psychique pour le plaisir de cette population extraterrestre. Or j’apprends que j’ai toutes mes chances car les humains sont considérés comme ayant un grand pouvoir psychique.

Exilé sur une autre planète, je suis transformé en figurine de pain. Je retrouve espoir en voyant un jour mon reflet sur une pièce polie de tuyauterie, car je me vois tel qu’en moi-même, et j’acquiers alors la certitude que je saurai reconduire tous ceux qui comme moi ont été transformés en pantins divers et variés, chez eux, où chacun retrouvera son vrai moi.

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Les progrès de la science semblent avoir pour conséquence de toujours plus établir l’homme dans la nature, au détriment de sa réalité nouménale, en même temps que le régime démocratique qui a toujours assuré favoriser ce progrès lui oppose toujours l’obstacle du libre-arbitre de l’homme, dont on ne sait d’où il le tire s’il ne le rapporte à une liberté de la volonté indépendante de la nature.

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Schopenhauer réfute les antinomies kantiennes en disant que quelque chose de réel (Wirkliches) ne peut en même temps être et ne pas être. Or les (deux premières) antinomies portent sur le temps et l’espace : ce sont des formes a priori qui ne disent rien du réel en tant que tel.

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Les vortex cosmiques en philosophie (Wirbel, δίνη) : Empédocle, Démocrite, Laplace, Kant (dans Geschichte der Philosophie de Schopenhauer). J’ajoute, dans l’histoire des sciences et des idées sinon dans celle de la philosophie : Swedenborg (jeune) et Hans Hörbiger (Welteislehre).

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« Le soleil tourne autour du monde [de la terre] » (Rousseau, L’Émile) : le soleil suivrait un cercle dont le centre est au cœur de la terre. Et il a existé un état de nature où les hommes vivaient solitairement.

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« L’aveugle mécanisme de la matière mue fortuitement » ne peut conduire à l’harmonie du monde, affirme Rousseau, dans sa réfutation du matérialisme, à la suite de considérations sur les « jets » de Diderot par lesquels, selon ce dernier, s’est ordonné le chaos primordial (jets au sens probabiliste de combinaisons). Or, si le monde est volonté et représentation (Wille und Vorstellung), ces essais combinatoires de la matière en mouvement n’ont pas eu lieu réellement.

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Les langues tonales comme le thaï (où l’intonation sert à distinguer les mots entre eux) ont besoin de recourir à des expressions langagières pour exprimer les nuances émotionnelles que les autres langues expriment par des intonations. Par exemple, เสียเลย sia-lei « exprime le soulagement ».

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Selon Schopenhauer (Parerga und Paralipomena), les vérités du christianisme le distinguent du paganisme gréco-romain (à peine métaphysique) et le rapprochent du brahmanisme et du bouddhisme. D’ailleurs, le nouveau testament doit être d’origine indienne. Pendant la fuite en Égypte (Matthieu 2:13-15), Jésus fut initié par des prêtres égyptiens à leur religion, qui était d’origine indienne. Il aurait plus tard accompli des prodiges « au moyen de l’influence métaphysique de la volonté » (mittelst des metaphysischen Einflusses des Willens).

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Schopenhauer confirme mon objection à Max Weber sur les protestants « virtuoses de l’ascèse », en signalant, avant même que se soit exprimé Weber, qui aurait bien fait de lire son compatriote, que le protestantisme a rejeté le célibat et l’« ascèse authentique » (die eigentliche Askese).

Je rappelle la chronologie des faits :

1/ Schopenhauer dit que le protestantisme a rejeté l’ascèse authentique ;

2/ Max Weber écrit que les protestants sont des virtuoses de l’ascèse ;

3/ Je lis Weber et trouve que son idée n’a aucun sens, bien que ce soit une idée reçue autour de moi ;

4/ Je prends connaissance de 1/ et me félicite de n’avoir pas cédé aux tenants de l’idée reçue, car à présent nous sommes deux pour la combattre.

[Comme témoignage de 3/ voyez mon essai La théorie de l’agir communicationnel de Jürgen Habermas, de 1998, au chapitre 1A « Rationalisation et modernisation chez Max Weber » (ici). Habermas reprend à son compte l’idée de Weber sans discussion.]

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Avec Heidegger méditant sur la chose en soi kantienne, on approche dangereusement de la « pensée Tetris » (Tetris thinking) : comme les tétraminos, les pensées s’annulent et disparaissent en se combinant. Exemple : la chose en soi est un néant car elle n’est pas un étant : « Par néant, nous entendons ce qui n’est pas un étant mais est tout de même quelque chose. » (Kant et le problème de la métaphysique)

Je ne condamne pas d’emblée la pensée Tetris : c’est peut-être l’usage de la pensée le plus rationnel chez l’homme. Le flux constant de pensées-tétraminos en mode psychique par défaut nous contraint à une activité permanente de dégagement.

Tetris (source: giphy.com)

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Quand une dangereuse bête sauvage s’affaire dans vos provisions, vous n’êtes pas assez fou pour faire le moindre geste et risquer de provoquer une attaque de sa part. Vous l’observez de biais, pétrifié. Mais si elle lève les yeux sur vous ?

Macri Hierolexicon

Il y a du vrai dans tous les contes, et du faux dans toutes les doctrines.

Alain, Propos du 6 décembre 1921, La magie naturelle.

Si nous voulons que nos garçons et nos filles aient quelques vues de l’histoire humaine, nous ne pouvons pas vouloir qu’ils ignorent le catholicisme ; et la vérité du catholicisme ne peut pas être séparée de ce paganisme qu’il a remplacé. Ce passage est d’importance ; il domine encore nos mœurs et se trouve marqué dans toutes nos idées sans exception.

Alain, Propos du 4 octobre 1921, Les Martyrs.

D’où l’humble contribution présente au projet présenté par le philosophe, par un choix commenté d’objets tirés du Hierolexicon (dictionnaire sacré), édition de 1712, de Domenico Magri, Maltais, théologien de l’Université de Viterbe (Dominicus Macer, 1604-1672).

Le Macri Hierolexicon fut d’abord écrit en italien sous le titre Notizia de’ vocaboli ecclesiastici puis traduit et publié par le frère de Domenico, Carlo Magri, en latin. L’ouvrage a connu plusieurs éditions, dont celle dont je me suis servi.

Au cours de ce travail de sélection et annotation, j’ai constaté que l’original italien était, tout comme la ou les versions latines, disponible en ligne, ce qui m’a aidé dans mes traductions. Cependant, d’une version à l’autre, certaines entrées manquent et les citations des textes originaux sont de toute façon en latin dans la version italienne.

Je demande pardon pour la reproductions des termes grecs, étant donné que Magri recourt à l’accentuation minutieuse du grec de son époque, dans une typographie de l’époque, et que j’ai donc préféré limiter les dégâts en limitant ici l’accentuation des mots grecs au plus basique.

Dans la sélection ci-dessous, les définitions sont ce que j’ai retenu de chaque entrée et pas forcément l’intégralité de la définition telle qu’elle se trouve dans l’original. Magri emploie des crochets [ ] au lieu de guillemets pour les citations, mais, dans mes traductions, conformément à un usage constant de ce blog, les mêmes crochets enferment une remarque de ma part sur la traduction ou un ajout qui m’a semblé nécessaire. Mes traductions sont en couleur, de même que les commentaires qui la suivent le cas échéant, dans un ou des paragraphes distincts.

Quand je cite la Bible, il s’agit du texte de la Bible de Jérusalem [BJ], catholique. Dans certains cas, j’y ajoute la traduction de la Bible suisse protestante de Louis Segond [LS], pour montrer les variations de l’une à l’autre.

A

ABYSSUS, à græca voce βυσσος, fundum, & α, particula privativa, idest, absque fundo. Inde Abyssus dicitur in Euangelio damnatorum locus, ubi rogaverunt Christum dæmones expulsi : [Ne imperaret illis, ut in abyssum irent. Luc. 8.31]

Du grec byssos, fond, avec la particule privative a-, soit : qui est sans fond. Dans l’Évangile selon S. Luc, est ainsi appelé le lieu des damnés, quand les démons chassés implorèrent le Christ « de ne pas leur commander de s’en aller dans l’abîme » (8-31).

Les damnés ne peuvent être, à ce jour, que les anges rebelles et déchus, car nos morts à nous, humains, « dorment » (voyez l’entrée Cœmeterium plus bas) et ne sont ni au paradis ni en enfer : cette division interviendra au jour de la Résurrection.

ACHEROPOETA, appellabatur mirabilis Imago illa Salvatoris, Αχειροποίητος græcè, quod nos Non manufactam dicimus, quæ Romam translata magna veneratione conservabatur. In vetustis Basilicæ Lateranensis monumentis habetur hanc venerabilem Iconem à Divo Luca inchoatam, & ab Angelis perfectè absolutam fuisse, quod confirmatur ex Joanne Lateranense Diacono apud Honuphrium Panvinum in opusculo M.S. in quo de hac Basilica egit, cujus hæc sunt verba : [Super hoc Altare est imago Salvatoris mirabiliter super quadam tabula depicta, quam Lucas Euangelista designavit, sed virtus Domini Angelico perfecit opificio] & Angelicus Doctor in 3 par. quæst. 25.

Achéropoïète, nom grec de l’image miraculeuse du Sauveur, qui signifie qui n’est pas de la main (de l’homme), conservée à Rome avec une grande vénération. Dans les anciennes chroniques de la Basilique du Latran, il est indiqué que cette icône fut commencée par S. Luc et terminée par les anges, ce qui est confirmé par Jean Diacre de Latran cité par Onofrio Panvinio dans un manuscrit sur la Basilique, dont les paroles à ce sujet sont les suivantes : « Sur cet autel se trouve l’image miraculeuse du Sauveur commencée par Luc l’Évangéliste et menée à sa perfection par l’action des anges », ainsi que par le Docteur angélique [S. Thomas d’Aquin].

Je laisse les connaisseurs apprécier le talent artistique des anges.

L’icône achéropoïète du Latran

ADAM, Primus prævaricator.

Adam, le premier prévaricateur, premier pécheur.

ADMINICULATOR, officium in Ecclesia Romana antiquum pro defensione viduarum, pupillorum, aliorumque hujusmodi destitutorum erectum ; sicut hodie pauperum Advocati faciunt.

« Adminiculateur », une fonction établie dans l’ancienne Église romaine pour la défense des veuves, des orphelins et de toutes autres personnes destituées ; comme font aujourd’hui les avocats des pauvres.

La chevalerie médiévale reprit donc ces prérogatives de l’Église primitive mais les exemples me manquent pour confirmer que cette « protection de la veuve et de l’orphelin » (auxquels on ajoutait parfois aussi « les pauvres ») n’était pas qu’une simple parole.

ÆGYPTII, quid significare intendebant per sphingis simulacrum. Quid per Serapin.

« Égyptiens », peut servir à désigner des statues de sphinx. Ou le dieu Sérapis.

AFA, vox græca Αφη, quæ pulverem significat. [Ægyptium video in Afa voluntantem. In Vita  Propertii, & Felicis] Palæstricam artem alludit ; nam luctatores oleo uncti in arena involvuntur, nè facilè ab adversario amplexari, & prosterni valeant. Hic autem de dæmone fabulatur in forma Ægyptii apparente.

Mot grec signifiant poussière, sable : « Je vois un Égyptien qui se roule dans le sable. » (Vies de saintes Perpétue et Félicité) Le mot renvoie à l’art de la lutte, car les lutteurs enduits d’huile se roulaient dans le sable pour ne pas être si facilement embrassés et jetés à terre par l’adversaire. La citation évoque une apparition du démon sous forme d’« Égyptien » [de sphinx ? Voyez Ægyptii].

De prime abord, il semblerait pourtant que le corps d’un lutteur doive être moins facile à saisir fermement sans aucun sable sur l’huile dont il est recouvert.

AGAMUS, græca vox Αγαμος, idest, Cœlebs : γαμος enim nuptiæ dicuntur ; unde Agamus sine nuptiis, idest, innuptus. [Primus Adam monogamus, secundus agamus. Qui bigamiam probant, exhibeant tertium Adamum bigamum. D. Hieron. contra Jovin.]

« Agame », Gr. agamos, célibataire, non marié : « Le premier Adam fut monogame, le deuxième agame. Ceux qui appliquent la bigamie suscitent le troisième Adam. » (S. Jérôme, Contre Jovinien)

AMBIGENA, persona utriusque sexus, hermaphroditus. [Ambigena non generat teste Hippocrate. Blesens. epist. 90.]

« Ambigène », personne ayant les deux sexes, hermaphrodite : « L’ambigène n’est pas fertile, selon Hippocrate. » (Lettre 90 de Pierre de Blois [Petrus Blesensis])

ANAVIVAZON, Ascendens, à græco verbo αναβιβάζω. Astrologi ita appellant planetam, sub quo aliquis vel concipitur, vel nascitur.

« Ascendante », du verbe grec anabibazon. Les astrologues appellent ainsi la planète sous laquelle une personne a été conçue ou est née.

Remarquez le sens du mot « ascendant » en français : « avoir de l’ascendant sur quelqu’un ». Il a en vieux français le sens astrologique de « degré du zodiaque qui monte sur l’horizon au moment de la naissance » puis de « destinée qui est censée en résulter » (Robert Dictionnaire historique de la langue française). L’idée d’influence exercée sur quelqu’un dérive de ce sens astrologique.

Je place ici mon court essai inédit (2008) sur l’astrologie au moyen âge.

L’Astrologie au Moyen-Âge

L’astrologie dont il est ici question est celle que pratiquaient les clercs et théologiens. Tandis que les procès en sorcellerie étaient monnaie courante de l’activité judiciaire, les papes possédaient des ouvrages d’astrologie dans leurs bibliothèques et la cour pontificale était fréquentée par des astrologues ; c’est dire que cette matière n’était nullement considérée comme hérétique en soi. Nous examinerons deux types d’usage de l’astrologie au Moyen-Âge : la production de talismans et le calcul des conjonctions astrales pour aider à la prise de décision politique. Le premier usage pouvant être suspect de magie, c’est surtout le second qui était pratiqué au sein de l’Église ; il convient néanmoins de distinguer celui-ci de la divination prophétique, également reconnue.

L’introduction de l’astrologie aux plus hauts degrés de la hiérarchie ecclésiastique fut d’abord le fait du pape Boniface VIII, qui recourut, à partir de 1301, aux services du médecin et théologien Arnaud de Villeneuve, pour traiter ses coliques néphrétiques. Sa guérison, qui fit grand bruit, aurait été due à une médaille thérapeutique représentant le signe du Lion et gravée sous l’influence de ce signe. Le but de tels objets astrologiques était de capter les influences célestes dans un sens favorable à leurs possesseurs. Cette pratique de l’astrologie était cependant fort proche de la magie, donc suspecte. Au sein même du clergé, Boniface VIII fut accusé de posséder un démon portatif (homunculus) doué de pouvoirs magiques et divinatoires. Lors de son procès posthume, on retint contre lui qu’il avait domestiqué des démons pour son usage privé, et qu’il portait, de son vivant, un esprit dans une bague*. (Voyez Paredros plus bas.)

L’usage de l’astrologie dans les affaires personnelles, notamment en médecine, fut progressivement écarté. À cet égard, l’Université de Paris avait du reste adopté la position d’Avicenne (Ibn Sinna) selon laquelle « le praticien ne doit tenir compte que des causes proches des maladies, l’art médical n’ayant guère de prise sur les causes lointaines, divines ou astrales ». Néanmoins, plusieurs traités médiévaux de médecine font appel à des considérations astrologiques pour expliquer les grandes épidémies de peste.

C’est dans sa fonction prédictive que l’Église continua de recourir, tout au long du Moyen-Âge, à l’astrologie. Il ne s’agissait pas d’établir de cette manière un strict déterminisme philosophique, qui se serait opposé à la doctrine de l’Église ; le calcul des conjonctions astrales relevait davantage, toutes proportions gardées, d’un calcul statistique, considérant que certaines conjonctions sont de nature à favoriser ou défavoriser certains événements sur la Terre.

Prenons pour l’illustrer l’exemple d’un calcul effectué par le chanoine et « magnus astronomus » Jean des Murs, et adressé en 1344 au pape Clément VI, concernant la fin de l’islam. Jean des Murs calcula pour l’année 1365 « l’une des conjonctions les plus grandes, celle de Saturne et Jupiter avec permutation d’une triplicité d’air en triplicité d’eau, et Mars, la même année et dans le même signe, s’appliquera à se conjoindre avec ces planètes ». Cette conjonction s’avérait être la même que celle qui avait signifié, en son temps, l’élévation de Mahomet. Une telle conjonction ne devant se reproduire que 794 ans plus tard, l’astrologue invitait le pape à profiter de ces circonstances astrales exceptionnelles concernant directement le proche avenir de l’islam : « Si, à ce moment, cette secte était ébranlée énergiquement et attaquée vigoureusement par les chrétiens, alors (…) elle devrait se changer en une autre loi ou bien s’affaisser et s’écrouler sur elle-même. »**

Ainsi, le calcul astral n’avait-il pas tant vocation à prédire des événements qu’à détecter les occasions favorables à certaines entreprises. Le recours de l’astrologie par les papes ne fit que s’accroître tout au long des quinzième et seizième siècles.

*Il devait vraisemblablement s’agir d’une bague-talisman, fonctionnant selon les mêmes principes que la médaille du Lion. Le procès de Boniface VIII n’est pas resté sans conséquence sur celui du Temple, dans la mesure où il fragilisa la position de Clément V, qui aurait voulu, semble-t-il, aider les templiers mais qui se trouvait également devant la nécessité de maintenir non seulement le prestige de sa fonction, mais aussi l’unité de la chrétienté, alors menacée.

**Pour une nouvelle conjonction identique, il faut donc attendre 1365 + 794 = l’an 2159.

ANDRONA, græca vox ανδρων, locus in Ecclesia pro viris destinatus. Locus iste erat ex meridionali parte, cum antiquissimus sit mos separatim in Ecclesia viros, & mulieres orare, quod rigorisissimè ab omnibus sectis in Oriente observatur, ubi mulieres in pare remotiore, ac strictim per cancellos separatæ, cum earum janua peculiari seponuntur. Ratio verò, & significatus hujus usus ab Amalario lib. 3. de Eccles. off. cap. 2. traditur, inquiens : [Masculi stant in australi parte, & fœminæ in boreali, ut ostendatur per fortiorem sexum firmiores Sanctos semper constitui in majoribus tentationibus æstus hujusmodi.]

Gr. andron, place assignée aux hommes dans l’église. C’était la partie méridionale. L’usage de séparer les hommes et les femmes était une coutume ancienne de l’Église, laquelle continue d’être strictement observée par toutes les sectes de l’Orient, où les femmes occupent la partie la plus éloignée, séparées par des sortes de grilles ou jalousies, avec leur propre porte pour entrer et sortir. La raison de cette coutume est expliquée par Amalaire de Metz [775-850] de la manière suivante : « Les hommes occupent la partie méridionale et la femmes la partie septentrionale car le sexe masculin représente les Saints de la perfection la plus accomplie, pouvant résister aux plus grandes chaleurs de la tentation. »

Cette définition rappelle indirectement que les églises sont orientées (vers l’Orient). La partie « la plus éloignée » (in pare remotiore) assignée aux femmes doit s’entendre par rapport à un point défini par l’orientation de l’église.

ANGELOPTES, Ανγγελόπτης. FR. Epitheton S. Joannis Ravennatis Archiepiscopi, ob continuas Angelorum apparitiones sibi à Deo concessas. Videns Angelum.

Épithète de l’archevêque Jean de Ravenne, en raison des continuelles apparitions d’un ange qui lui furent accordées par Dieu. « Qui voit un ange. »

Il s’agit de Jean Angelopte (430-?).

ANTHROPOPATHOS, ανθρωποπάθως. FR. figura Rhetoricæ, quando, scilicet, tribuitur Deo id, quod hominibus convenit.

Figure de rhétorique, par laquelle est attribué à Dieu ce qui appartient aux hommes.

Souvent traduit par « anthropomorphisme ».

APOTELESMA, græcè Αποτέλεσμα. Astrologorum judicium juxta constellationem, & planetarum aspectum, de quo vocabulo Gregorius Nazianz.

Jugement astrologique à partir de l’aspect des constellations et des planètes (astrologie judiciaire) ; voir Grégoire de Nazianze.

Le Grand Larousse du 19e siècle connaît le mot apotélésmatique : « Se disait, au moyen âge, de l’astrologie judiciaire basée sur l’inspection des planètes, des étoiles, du ciel : art ~, calcul ~. » (Le mot apotélesme a dans ce même dictionnaire le sens de « terminaison d’une maladie ».)

(Voyez également Anavivazon et mon essai sur l’astrologie au moyen âge.)

AQUILUS, (à Dæmon) Item Aquilus dæmon dicitur ; Aquilus tamen non ab aqua (ut aliqui perperàm existimant) sed à colore aquilino, fusco, nigroque ità dicitur, atque fuscus, & niger etiam pro malo translativè, & pro bono albus sumitur.

Se dit du démon, mais l’étymologie ne vient pas de l’eau (aqua), contrairement à ce qu’affirment certains, mais de la couleur sombre ou noire car métaphoriquement le noir est le mal et le blanc est le bien.

ARCHIGALLUS, primus inter Eunuchos custodes ad regium fœminarum conseptum, Principisque libidinosum seminarium.

Chef des eunuques gardiens des appartements des femmes et des plaisirs voluptueux du prince.

La citation de Tertullien ajoutée par Magri en parle de cette manière en effet mais, à l’origine, ce mot désigne les prêtres eunuques de Cybèle, les galles, dont l’archigalle est le premier, et qui n’avaient pas pour fonctions celles d’eunuques d’un harem.

ARCHISTRATEGUS, Αρϰιστράτηγος, Princeps militiæ, ità Græci Archangelum Michaelem vocant.

« Archistratège », chef d’armée ; c’est ainsi que les « Grecs » [Chrétiens orthodoxes] appellent l’archange Michel.

B

BIBONES, muscæ sunt, & metaphoricè suggestiones diabolicas.

Mouches, et, métaphoriquement, suggestions diaboliques.

BISOMATOS, vox latino-græca, quæ adhuc in multis sepulchralibus lapidibus legitur, ac denotat, quòd in tumulo illo duo corpora continentur, nam σωμα græcè corpus significat ; sic etiam Trisomatos in aliis epitaphiis legitur, idest, trium corporum.

Mot gréco-latin que l’on trouve encore sur de nombreuses pierres tombales et qui indique que la sépulture contient deux corps, car soma en grec veut dire « corps ». De même, Trisomatos indique la présence de trois corps.

BULGAROCTONUS, βουλγαροϰτόνος. FR. Bulgarum occisor : quo titulo Basilius Græcorum Imperator appellari voluit, ob stragem Bulgaris illatam, nam græcè ϰτεινω occidere significat. Ita vice versa Romæoctonus denominari voluit Carlo Joannos Bulgarorum Rex, idest, Græcorum occisor.

« Bulgaroctone », exterminateur de Bulgares : titre par lequel Basile, empereur byzantin, souhaita être appelé en raison des défaites qu’il infligea aux Bulgares. De son côté, le roi des Bulgares Joanisse Calojean [Jean Kaloyan] souhaita être nommé « Roméoctone », c’est-à-dire exterminateur de Grecs [Romains d’Orient].

Il s’agit de Basile II Bulgaroctone (958-1025).

BUSTUARIA, altaria gentilium, ubi in sacrificio superstitioso, ac diro humanæ creaturæ comburebantur.

Autel des païens où, en sacrifices superstitieux et horribles, des victimes humaines étaient brûlées.

BUXTULA, pyxidula.

Petite pyxide.

C

CALYBITA, græcè ϰαλυβίτης, tugurii habitator. Ita Sanctus Joannes, qui in insula Tiberina diu in tugurio permansit, hoc vocabulo cognominatus est.

Gr. calybitès, habitant d’une cabane. S. Jean Calybite est ainsi nommé pour avoir longtemps vécu dans une cabane dans l’île de Tibérine.

CARAGUS, Incantator. Quod vocabulum à græca dictione Κάραγος derivatur, quæ strepitum, & stridorem sagarum significat ; fortassè, quia verba strepitantia, atque tetra in earum superstionibus proferre solent.

Enchanteur. Le mot vient du grec karagos, qui signifie vacarme, et spécifiquement le bruit de la scie ; peut-être parce que ces enchanteurs avaient l’habitude de proférer des cris horribles pendant leurs rites.

CARBONARIUS, ludus gladiatorius, qui Neapoli erat in usu, & à Joanne XXII. de anno 1327, sub pœna excommunicationis prohibitus fuit, ut ipsemet Geroldo Capuano Archiepiscopo scribit.

Jeu gladiatoire qui était pratiqué à Naples et fut interdit sous peine d’excommunication par le pape Jean XXII en l’an 1327, ainsi que l’a écrit l’archevêque Geroldo Capuano.

Outre l’étonnement de voir parler de ludus gladiatorius au 14e siècle (mais peut-être s’agissait-il d’une sorte de spectacle de boxe ou de catch, le dictionnaire ne le dit pas), la ressemblance du mot avec le nom des membres de la société secrète des Carbonari est d’autant plus frappant que cette société s’introduisit en Italie par la ville et la région de Naples, dont il est ici question pour ces jeux.

CARSAMATIUS, Eunuchus, cui genitalia cum membro virili amputantur, à dict. barbaro-græca Καρσαμάτιος ; cujusmodi sunt custodes in clausura venerea Turcarum Imp.

Eunuque dont le membre viril a été tranché ; vient du terme gréco-barbare karsamatios. Toutes sortes d’eunuques sont gardiens des appartements vénériens de l’empereur turc.

CATABOLICUS, spiritus maligni species, & sonat calumniatorem, seu oppressorem, qui solet ad terram proiecere, & vexare energumenos ; eo modo, quo ille Lucæ cap.9. obsessum exagitabat.

Espèce d’esprit malfaisant, démon qui jette à terre et blesse les « énergumènes » [les possédés], comme celui qui agite le possédé dans le chapitre 9 de l’évangile selon S. Luc [c’est-à-dire, dans la Bible de Jérusalem, « le démoniaque épilectique » (Luc, 9:37-43)].

Le Grand Larousse parle d’un « démon qui emportait les hommes pour les briser en les jetant avec violence contre terre », ce qui laisse entendre qu’il les emportait haut en l’air, mais il ne s’agit sans doute que de celui qui tombe à terre, par exemple saisi par une crise d’épilepsie, c’est-à-dire qui tombe à la renverse.

CAURSINUS, mercator usurarius : sic enim Itali in Anglia appellati fuere.

Marchand (prêteur sur gages) : les Italiens étaient appelés de ce nom en Angleterre.

En français, caoursin/cahoursin, Lombard.

CHOEROGRYLLUS, græca vox χοιρόγρυλλος [[χοιρογρύλλιος]], Histrix animal, de quo cap.11. Levit. [Choerogryllus, qui ruminat] At hoc animal non ruminat, & consequenter textus sensui interpretatio non concordat. Hebræi tamen Cuniculum exponunt.

Mot grec choïrogryllos. Porc-épic, ou hérisson, dont il est question dans le Lévitique, au chap.11 : « le daman, ruminant » [11-5 ; notez que le daman n’est pas un hérisson]. Or cet animal ne rumine pas et par conséquent le texte ne s’accorde pas avec cette interprétation. Les Hébreux interprètent le terme comme désignant le lièvre.

COEMETERIUM, locus ad sepeliendos Christianos destinatus, ex græca voce Κοιμητήριον, & significat dormitorium ; Christianorum enim fides resurrectionem mortuorum docens, hinc mortem quasi somnum, & dormitionem existimat.

Cimetière, lieu destiné à la sépulture des Chrétiens, du grec koïmeterion, qui signifie dortoir, car la foi chrétienne enseignant la résurrection des morts, il en résulte que la mort est considérée comme un sommeil.

COENOMYIA, vox græca ϰοινομυια, muscarum adunatio. [Venit cœnomyia, & ciniphesin omnibus finibus eorum. Psalm.104.]

Essaim de mouches : « les insectes passèrent, les moustiques sur toute la contrée » (Ps. 105-31 BJ) / « et parurent les mouches venimeuses, Les poux sur tout le territoire » (LS).

Le Psalmiste évoque dans ce passage deux « plaies d’Égypte », lesquelles semblent mal connues des exégètes puisque, outre les différences entre les deux traductions bibliques ci-dessus, on trouve à la page Wkpd relative aux plaies d’Égypte, que la plaie n°2 sont « les moustiques (ou les poux) » et la plaie n°3 « les mouches (ou les taons ou les bêtes sauvages) ». Entre un moustique et un pou, la différence est pourtant considérable, et elle l’est bien plus encore entre une mouche (ou un taon) et une bête sauvage.

COLENTES, appellabantur, qui ab idolotria ad Judaismus transibant.

« Célébrants », nom de ceux qui passaient de l’idolâtrie au judaïsme.

COLYMPHA, navis genus ; at juxta græcam originem Colymba scribi deberet, à græco verbo ϰολυμβάω, quod ire sub aquis significat. [Ajunt enim in ipsas colimphas ipsum Alexandrum introisse, & profundum conscendisse usque ad imum, ut sciret Oceani profundum, & differentiam maris, & abyssi ; nobis verò incredibile videtur. D.Hieronym.] Non erat fortassè navis ; sed potiùs ex corio vestis, sicut nostris temporibus fieri solet, ad descendendum in aquarum profunditatem.

Genre de navire qui devrait, en raison de son origine grecque s’écrire colymba, du verbe grec colymbaon, qui signifie plonger sous l’eau : « On prétend qu’Alexandre le Grand entra dans ce colympha et qu’il descendit au fond de la mer pour connaître les océans, les différentes mers et les abysses, ce que nous tenons pour invraisemblable. » (S.  Jérôme) Ce n’était peut-être pas un navire mais plutôt un vêtement de cuir comme celui que l’on revêt de nos jours pour descendre dans les profondeurs.

Ce passage comporte une double surprise. Tout d’abord, il est douteux en effet, comme le trouvait déjà S. Jérôme, qu’Alexandre le Grand fût jamais entré dans un sous-marin pour explorer le fond des mers. C’est pourquoi le terme colympha est généralement traduit par « cloche de plongée », un dispositif rudimentaire dont des exemples anciens sont attestés, bien que les faits décrits dans le cas d’Alexandre paraissent excéder de loin les capacités limitées d’une telle cloche. Exagération des chroniqueurs, sans doute.

Mais il n’est pas moins surprenant que Magri, doutant, comme S. Jérôme, de l’existence de ce qui est décrit comme un véritable sous-marin moderne, décrive comme explication alternative plausible un scaphandre, à savoir un vêtement de cuir (« ex corio vestis ») servant à la plongée sous-marine, comme il en existait, nous dit-il, à son époque (« sicut nostris temporibus fieri solet »), alors que les premiers scaphandres passent pour ne pas être plus anciens que la fin du 18e siècle. Je rappelle ce que j’ai indiqué en introduction, à savoir que Magri est décédé en 1672 et que l’édition de son dictionnaire dont je me suis servie date de 1712.

Colympha, illustration du Roman d’Alexandre d’après le Pseudo-Callisthène, Musée Condée, Chantilly

CONCILIUM, seu Conciliabulum, Martyrum cappella, seu cœmeterium, ubi recondita sunt eorum corpora.

Concile, ou Conciliabule, chapelle de martyrs, ou cimetière, où sont conservées leurs dépouilles.

CONSTIPATORIUM, Remedium, seu emplastrum, ad sistendum vulnerum sanguinem.

« Constipatoire », remède ou emplâtre pour fermer une blessure.

D’où (du latin constipo, entasser, regrouper) l’espagnol constipado, enrhumé, congestionné, la congestion étant dans le rhume celle des voies nasales et dans la constipation celle de l’intestin.

CONTINA, apud Slavos templum significabat. Contina dicebatur, quia in ea Idolorum simulacra continebantur.

Nom qui désignait un temple chez les Slaves, où ils gardaient leurs idoles.

COPRONYMUS, Κοπρόνυμος, stercoratus, à voce græca ϰόπρος, idest, stercus, & ὄνομα, nomen, quo vocabulo cognominatus est Constitantinus Imperator Leonis Isaurici filius, quia dum trina immersione in sacro fonte juxta Græcorum ritum baptizaretur, sacras aquas constercoraverat, atque tunc S. Germanus Constantinop. Patriarcha de hoc infante vaticinavit, eum commaculaturum esse Christianam Religionem, quod ex acerrima ejus in sacras imagines persequutione verificatum fuit.

Gr. copronymos, « souillé d’excréments » (stercoratus), du grec copros, excrément, et onoma, nom, surnom du fils de Léon l’Isaurien, empereur de Constantinople, qui, lors de l’immersion dans les fonts sacrés au moment de son baptême selon le rite grec, souilla l’eau de ses excréments, ce qui fit prédire à S. Germain, patriarche de Constantinople, que cet enfant déshonorerait la religion chrétienne, comme cela fut avéré par la suite en raison de sa persécution des images saintes.

Il s’agit de Constantin V Copronyme (718-775), fils de Léon III l’Isaurien.

CRANIUM, aliquando calvarium montem denotat. [Adam primus noster parens in hoc, qui nunc dicitur cranium, loco dicitur esse sepultus, ubi meus Christus pro nobis crucem, & mortem suscepit. In vita S. Theodos. Cœnobiar.]

(Mont du) Crâne, désigne parfois le Calvaire ou Golgotha : « On dit qu’Adam notre premier père est enterré en ce lieu que nous appelons aujourd’hui le Crâne, où le Christ fut crucifié pour nous et reçut la mort. » (Vie de Théodose le Cénobiarque)

CRIOBOLUM, ϰριοβόλιον, genus sacrificii, in quo arietes mactabantur, ex græco ϰρίος, idest, aries, & βολέω, percutio, macto.

Criobole, genre de sacrifice où l’on immolait des béliers.

Auquel on peut ajouter, parmi les sacrifices païens les plus courants, le taurobole (taurobolium), immolation de taureaux, et l’égibole (egibolium ou aegobolium), immolation de chèvres.

CURMI, potio ex hordeo, vel alia frugum specia commixta, communiter cervisia appellata.

Boisson à base d’orge mêlé à d’autres produits, communément appelée cervoise.

D

DACTYLOTHECA, δαϰτυλοθήϰη, Capsula, in qua digitorum anuli conservantur. FR. Sed ex Plinio quantitatem, seu museum gemmarum significare colligitur.

Boîte où l’on gardait des anneaux. Mais dans Pline le terme est entendu comme une collection ou un musée [une mosaïque ?] de pierres précieuses.

DIACOPOSIS, & Diacopsis, sic Diacopi, διάϰοποι, dicti sunt canales illi per quos Nili inundatio in Ægyptiacos campos compartiebatur.

Ce sont, en Égypte, les canaux par lesquels les eaux des inondations du Nil sont réparties entre les champs.

DICANITIUM, clava argentea, italicè Mazza, quæ antiquitus antè Imperatorem & Magistratum ferebatur, hodie tamen ante Cardinales defertur.

Masse en argent, appelée mazza en italien, qui dans les anciens temps était portée au-devant des empereurs et des magistrats, et qui l’est encore aujourd’hui au-devant des cardinaux.

Le Macri italien est un peu différent : « Dicanitium. Mazza di argento, la quale anticamente si portava avanti alcuni Officiali della Corte Imperiale, come si costuma hoggi fare alli Cardinali, & altri Magistrati. » Selon cette version, cette masse était portée dans les anciens temps devant certains personnages officiels de la cour impériale, et aujourd’hui devant les cardinaux et d’autres magistrats.

On sait que le Parlement britannique a conservé une fonction de massier et que la masse est placée à différents endroits, sur ou sous la table, selon le type de séance ouverte.

DUSIUS, dæmon incubus : [Dæmones, quos Dusios Galli nuncupant, hanc assiduam immunditiam & tentare, & affligere plures asseverant. D.Aug. lib.15 de Civit. Dei.]

Dusien, démon incube : « (comme c’est un fait public et que plusieurs ont expérimenté ou appris de témoins non suspects que les Sylvains et les Faunes, appelés ordinairement incubes, ont souvent tourmenté les femmes et contenté leur passion avec elles, et comme beaucoup de gens d’honneur assurent que) certains démons, à qui les Gaulois donnent le nom de Dusiens, tentent et exécutent journellement toutes ces impuretés (en sorte qu’il y aurait une sorte d’impudence à les nier, je n’oserais me déterminer là-dessus, ni dire s’il y a quelques esprits revêtus d’un corps aérien qui soient capables ou non – car l’air, simplement agité par un éventail, excite la sensibilité des organes – d’avoir eu un commerce sensible avec les femmes) » (S. Augustin, La cité de Dieu, livre 15)

E

EDUCERE SE PER AENEUM, legis Salicæ phrasis in tit.59. & est, quando reus cogitur suam innocentiam probare, summergendo brachium in aqua ferventi, & ita purgatur à calumnia, absque idoneis testibus ei imposita.

« Se tirer d’affaire par le chaudron », expression de la loi salique, quand un accusé est forcé de prouver son innocence en plongeant le bras dans l’eau bouillante pour se disculper de cette manière d’une accusation portée contre lui sans les témoins requis.

ELEPHANTINUS MORBUS, lepra, ita dicta, quia cutem scabiosam reddit ad instar elephantum.

« Maladie éléphantine », la lèpre, ainsi appelée parce que la peau devient rugueuse comme celle de l’éléphant.

EMBRYORECTES, formatur ex græcis vocibus εμβρυορέϰτης, idest, chirurgicum instrumentum quo discinditur embrio, ut ex materno utero frustratim extrahatur.

Instrument chirurgical servant à réduire en pièces l’embryon et à l’extraire de la matrice morceau à morceau.

ENCOLPIUM, ένϰόλπιον, parva Crux pectoralis Episcopi ; significat etiam quodlibet pectorale reliquiarium.

Petite croix pectorale portée par les évêques ; désigne également tout reliquaire pectoral.

ENERGEMA, Ενέργηπα, operatio, efficacia, & accipitur in malum sensum, scilicet, pro operatione diabolica in Energumenis excitata.

Action, force, entendue comme l’action diabolique suscitée dans les « énergumènes » ou possédés.

ENIDIOS, marmoris genus, ità frigidissimum, ut in aquam convertat ambientem aerem : [Unde Constantinopoli in veteri palatio imperiali sub terra quasdam conchas marmoreas vidi de simili lapide, quæ plenæ existentes aqua, evacuantur aliquotes, & sine omni humano studio plenæ inveniuntur aqua. Guglielmus, de Terra Sancta, apud Canisium.]

Genre de marbre, si froid qu’il change l’air ambient en eau : « Dans les caves de l’ancien palais impérial de Constantinople, j’ai vu quelques vasques de ce marbre, qui une fois vidées de leur eau se remplissent de nouveau d’elles-mêmes. » (Récit d’un voyage en terre sainte par [un certain] Guglielmus, dans S. Pierre Canisius)

ENGASTRIMITUS, Græcum vocabulum ἐγγαστρίμυτος, idest, ventriloquus : sic ab Origene appellatus est quoddam ejus opus, in quo de spiritibus pythonicis egit, qui ex ventre responsiones proferebant.

Gr. engastrimytos, à savoir, ventriloque : nom d’une œuvre d’Origène où il est question des esprits pythiens, qui donnaient leur réponse par le ventre.

« La pythie ou la pythonisse de Delphes rendant des oracles de temps immémorial ; non seulement elle était ventriloque, mais elle recevait l’inspiration dans son ventre. » (Voltaire)

ENSALMUS, incantatio, quæ in certis superstitiosis orationibus continetur, cujusmodi est oratio illa Crux Christi salva me à quodam Archiepiscopo Græco composita.

Incantation que comportent certaines prières superstitieuses, à la manière de Croix du Christ, sauve-moi composée par un certain archevêque grec.

La version italienne ajoute que cette oraison Croix du Christ, sauve-moi a été composée contre la peste et qu’elle fut encore employée lors de la peste de 1656 en Italie, avant d’être condamnée par l’Inquisition : « Nell’anno 1651, grassando la peste in alcune principali Città dell’Italia, alcuni ostinatamente adopravano le sopredette parole scritte in cifre. … Finalmente doppo molto controversie furono condanatte dal supremo Tribunale del sant’Officio di Roma, e dichiarate superstitiose. »

EXCETRA, εϰϰετρα, hydra, serpens in aquis degens, & translativè pro impatientia accipitur à Tertulliano.

Hydre, serpent aquatique, et métaphoriquement l’impatience, selon Tertullien.

F

FABARIUS, perantiquum Cantorum vocamen. [Antiqui pridie, quàm cantandum erat, cibis abstinebant, psallentes tamen legumine in cause vocis assiduè utebantur. Unde & Cantores apud Gentiles Fabarii dicti sunt. Isidor. de Eccles. off. lib.2.c.12.]

Dénomination antique des chanteurs : « Naguère, à la veille de chanter, les chanteurs s’abstenaient de nourriture, mais ils mangeaient fréquemment des fèves pour leur voix. C’est pourquoi les chanteurs sont appelés fabarii, mangeurs de fèves, chez les païens. » (Isidore)

FACULARUM ACCENSORES, dicebantur Christiani, qui Gentilium superstitiones retinentes, lucernas ad fontes accendebant, quæ superstitio à Conciliis Toletano, Antisiodorensi [[Autissiodorensi ?]], & Nannatensi aliisque condemnata fuit.

« Allumeurs de flambeaux », nom donné aux Chrétiens qui, conservant des superstitions païennes, allumaient des lampes au bord des fontaines, superstition qui fut condamnée par les Conciles de Tolède, d’Auxerre et d’autres.

FERDINANDUS, est nomen Arabicum à Fer-din-handu, idest, Gaudium fidei habet ipse, sivè Gaudium fidei apud eum ; ideò hoc nomine appellatus fuit primus B. Ferdinandus Rex Hispaniæ, eo quia hoc regnum à Saracenorum tyrannide ipse liberaverat.

Nom arabe, de Fer-din-handu, qui signifie « qui a en soi la joie de la foi » ; d’où ce nom fut donné au premier roi d’Espagne, Ferdinand, parce qu’il libéra son royaume des Sarrazins.

D’autres donnent à ce prénom une origine germanique. Et il est plutôt étonnant de donner à un roi un nom arabe pour avoir chassé les Sarrazins de la péninsule, ce qui suppose d’ailleurs que le roi fût appelé Ferdinand après cette action plutôt qu’à son baptême. En outre, si ce Ferdinand est bien, comme je le suppose, Ferdinand le Catholique, époux d’Isabelle de Castille, il s’agit de Ferdinand V, et tous les Ferdinand qui le précèdent n’ont pas eu l’honneur de « libérer leur royaume des Sarrazins », même si la plupart les eurent combattus. En outre, en espagnol le nom est Fernando, sans le din qui veut dire « foi » en arabe.

FORMALIUM, Gemma, seu aurea lamina gemmata, posita in fibula pluvialis Episcopi. Aliquando tamen Firmale dicitur.

Gemme ou bande d’or ornée de gemmes apposée sur l’attache de la chape des évêques. Parfois appelée [en latin] Firmale.

FRICTRIX, Mulier inhonesta, & libidinosa.

Femme malhonnête et libidineuse.

A donné fricatrice en français.

G

GABBARA, Ægyptiaca vox significat cadaver exiccatum, & aromatibus conservatum, quod vulgariter in officinis Mumia dicitur.

Mot égyptien désignant un cadavre vidé et conservé par des aromates, communément appelé momie.

Dans le Grand Larousse du 19e siècle, à gabbare on lit : « Momie égyptienne embaumée par les chrétiens du pays, aux premiers siècles de l’Église. » Cette nuance ne se trouve pas dans la définition du Macri, pour lequel il s’agit simplement d’un synonyme de momie. La définition du Larousse est intéressante par l’idée que les premiers chrétiens auraient pratiqué l’embaumement et la momification à la manière des Égyptiens, mais peut-être qu’elle ne résiste pas à l’examen des faits. En l’occurrence, la définition du Larousse résulte sans doute d’une confusion, comme il semble ressortir de l’ambiguité même de sa formulation : si des chrétiens embaument une momie égyptienne, la momie est deux fois embaumée…

À noter l’embaumement du Christ dans les Évangiles (Jean 19:39-40) : « Nicodème … vint aussi, apportant un mélange de myrrhe et d’aloès, d’environ cent livres. Ils prirent donc le corps de Jésus et le lièrent de linges, avec les aromates, selon le mode de sépulture en usage chez les Juifs. » (BJ) « Ils prirent donc le corps de Jésus, et l’enveloppèrent de bandes, avec les aromates, comme c’est la coutume d’ensevelir chez les Juifs. » (LS) Les « bandes » rappellent fortement les « bandelettes » des momies égyptiennes, de même, à vrai dire, que l’ensemble de la cérémonie ainsi décrite, si ce n’est qu’il y manque l’excérébration et l’éviscération, dont le passage biblique ne dit rien.

GENITEI, sic appellabantur inter Hebreos illi, qui veram originem, & descendentiam ex Abrahamo trahere ostentabant ; nam in captivitate Babilonica multi utriusque sexus Hebræi cum infidelibus, & alienigenis matrimonio conjuncti fuerant, sed observantiores nonnisi cum fœminiis Israeliticis passi sunt commisceri. Isidor. lib.8.c.4.

Parmi les Hébreux, sont ainsi appelés ceux qui font valoir une véritable origine et descendance d’Abraham ; car lors de la captivité à Babylone de nombreux Hébreux de l’un ou l’autre sexe s’unirent conjugalement à des étrangers et païens, tandis que les plus observants ne s’unirent qu’à des femmes israélites.

GENNADES, appellantur fœminæ nobiles, quæ à propria nobilitate degenerantes viris plebeis in matrimonio junguntur.

Femmes nobles qui font déchoir leur noblesse en s’unissant à des hommes de la plèbe.

Gennade, dans le Grand Larousse du 19e siècle : « Jurisp. anc. Femme qui avait épousé un homme d’une condition inférieure à la sienne. »

GYNAECONA, γυναιϰων, locus pro mulieribus in Ecclesia destinatus.

Place dans l’église destinée aux femmes.

Voyez Androna pour la place destinée aux hommes.

H

HANNAPUS, incensi navicula.

Petit encensoir.

La ressemblance du terme avec le hanap est frappante. Le hanap était une coupe à boire.

HIEROPHANTA, Ιεροφάντης, Sacerdotis titulus apud Athenienses, qui, (ut D. Hieronymus contra Jovinianum scribit) ad extinguendos venereos ardores, cicutæ succum absorbebant.

Grec iérophantès, titre de prêtres chez les Athéniens, qui, selon S. Jérôme dans Contre Jovinien, buvaient le jus de la cigüe pour éteindre les désirs vénériens.

Socrate aussi but du jus de cigüe ; contrairement aux hiérophantes, il en mourut.

HOLOSERICUS, Heliogabalus fuit primus Romanorum, qui holoserica veste usus est, cùm antea subserica in usu esset. Lamprid. in Heliogab.

Héliogabale fut le premier à porter des vêtements entièrement en soi (holosericus) alors qu’auparavant on portait des habits à moitié en soie (subsericus) (selon l’histoire du règne d’Héliogabale par Lampride).

HYDROMYSTA, υδρομύστης, qui curam habet in Ecclesia conficiendi aquam benedictam, & eadem Ecclesiam intrantes aspergere.

Gr. hydromystes, personne chargée dans l’Église de produire l’eau bénite et d’en asperger les personnes entrant dans l’église.

HYEMANTES, erant illi, qui propter enormia & gravia delicta manebant sub dio propè Eccliesam, agentes publicam pœnitentiam ; non enim admissi erant in Ecclesiæ porticu cum aliis pœnitentibus.

Nom de ceux qui, en raison de l’énormité et de la gravité de leurs fautes, devaient faire pénitence sur le parvis en dehors de l’église ; ils n’étaient pas admis à passer les portes de l’église avec les autres pénitents.

Macri ajoute qu’ils devaient rester prostrés sur le parvis en demandant pardon aux fidèles qui passaient pour entrer et sortir de l’église. Les lépreux, « ou ceux qui l’avaient été », étaient assignés à cette place de façon permanente.

I

IDOLOTHYTUM, ειδωλόθυτον, idolo consecratum. [Sed non in omnibus est scientia. Quidam autem cum conscientia usque nunc idoli quasi idolothytum manducant.] Et inferius : [Ad manducandum idolothyta. I.Corinth.c.8. Et manducare de idolothytis. Apocalyp. cap.2.]

« Idolothyte », consacré, sacrifié aux idoles : « Mais tous n’ont pas la science. Certains, par suite de leur fréquentation encore récente des idoles, mangent les viandes immolées comme telles » (BJ) / « Mais cette connaissance n’est pas chez tous. Quelques-uns, d’après la manière dont ils envisagent encore l’idole, mangent de ces viandes comme étant sacrifiées aux idoles » (LS) (I Corinthiens, 8-7) et Apocalypse 2-20 : « cette femme qui se dit prophétesse égare mes serviteurs, les incitant à se prostituer en mangeant des viandes immolées aux idoles » (BJ) & « tu laisses la femme Jézabel, qui se dit prophétesse, enseigner et séduire mes serviteurs, pour qu’ils se livrent à l’impudicité et qu’ils mangent des viandes sacrifiées aux idoles » (LS)

ILLUMINATI, hæretici in Anglia recentiores, quos Hispani Adombrados vocant. Antiquitus tamen ità dicebantur Neophyti.

Hérétiques anglais d’origine récente, que les Espagnols appellent Adombrados. Dans le passé, on donnait ce nom aux néophytes ou nouveaux baptisés.

Car, s’agissant des néophytes, on appelait parfois le baptême « illumination » (illuminatio) et le baptistère « luminaire » (illuminatorius).

En revanche, les Illuminati renvoient aujourd’hui plutôt aux Illuminés de Bavière, donc à des « hérétiques » allemands, mais cette société ne fut créée qu’en 1776, donc bien après la mort de Domenico Magri. Plus loin (Voyez Tremulantes), ce nom espagnol d’Adombrados, quelque peu oublié, semble-t-il, paraît être appliqué aux Shakers protestants, vu que tremulantes pourrait être une traduction littérale de leur nom.

INCARMINATRIX, incantatrix.

Incantatrice (Macri italien : strega incantatrice).

L

LABORANTES, Clerici dicebantur, qui sepeliendi mortuos curam habebant. [Saluto hypodiaconos, lectores, janitores, laborantes, exorcistas. S. Ignatius Martyr. epist.112. ad Antioch.] Item dicuntur Copiatæ. Vide Synonyma in dict. Fossarii.

Clercs anciennement chargés d’enterrer les morts : « Je salue les hypodiacres, les lecteurs, les gardiens, les laborantes, les exorcistes. » (S. Ignace Martyr)

Ils faisaient ainsi partie des ordres mineurs de l’Église primitive, aux côtés des exorcistes et des autres ci-dessus nommés (« Numeravanti tra gli ordini minori nella primitiva Chiesa, como si raccoglie delle parole de S. Ignatio Martire »).

LABYRINTHUS, λαβύρινθος, mons est in Creta, habens antrum sinuosum, difficile ingressu, & reditus difficilius.

Une certaine montagne de Crète ayant des cavernes tortueuses, dont il est difficile de trouver l’entrée et difficile, une fois entré, d’en ressortir.

Le Dictionnaire historique de la langue française (Robert) indique : « Le mot aurait d’abord été employé en Crète à propos d’un complexe de cavernes [ce qui confirme le Macri], puis d’un ensemble de bâtiments réunis par des passages contournés, des couloirs inextricables. » Mais ce dictionnaire donne au terme une origine très improbable, à savoir le nom lydien de la hache. L’étymologie de Magri n’est cependant guère plus convaincante : « Ita dictus, quòd januam non capiat, seu eam non admittat. Videtur à λαβειν, capere, & θύρα, janua. » « Ainsi appelée car elle n’a pas de porte ou n’en admet pas. Des mots grecs pour comporter et porte. » Ce serait donc parce qu’elle n’a pas de porte que cette montagne ou son dédale de cavernes serait appelé « qui possède une porte » ?

À noter que labyrinthus existe en français, dans le domaine de l’astronomie (planétologie), où il désigne « un réseau complexe de vallées et de canyons entrecroisés. Des labyrinthi ont été décrits sur Mars et sur Vénus. » (Wkpd) S’agissant de Mars (voyez photo, tirée de la même page), ce sont sans doute ces fameux « canaux » qui ont pu faire croire à l’existence d’une civilisation martienne.

Noctis Labyrinthus de Mars, en bas de la photo

LIBELLATICI, lapsi in idolatriam ob martyrii timorem, qui duplicis generis erant, Sacrificati & Thurificati. Sacrificati dicebantur, qui sacrificia Idolis præstebant. Thurificati, qui thus Idolis dederant.

Chrétiens retombées dans l’idolâtrie par crainte du martyre. Ils étaient de deux sortes. Les « sacrifiants » (Sacrificati) acceptaient de sacrifier aux idoles et les « thuribulants » (Thurificati) d’encenser les idoles.

LUCIFUGAE, ta ex contemptu à Rutilio Numatiano [[Namatiano]] gentili appellati fuerunt Monachi, lib.1.itinerar.

Les « Lucifuges », ceux qui fuient la lumière, appellation péjorative donnée aux moines chrétiens par le [poète] païen Rutilius Namatianus.

LUPANAR, prostibulum, & ganeum, ubi Meretrices degunt. Aliquando pro conseptu ferarum accipitur ; nam in passione SS. Chrysanthi, & Dariæ habtur, [Daria verò in lupanar compulsa, leonis tutela, dum in oratione defixa est, à contumelia divinitus defensa est]

Maison de prostituée et taverne où vivent des prostituées. On appelle ainsi parfois un enclos à bêtes, comme dans la passion de saints Crisant et Daria : « Daria fut enfermée dans le lupanar, l’enclos d’un lion, mais tant qu’elle resta absorbée en ses prières elle fut défendue par volonté divine. »

Selon la page Wkpd Crisant et Daria (saints), Daria « est prostituée mais sa chasteté est défendue par une lionne ». Ce qui ne se comprend guère et paraît être une erreur de traduction du passage cité là par Magri. Il faut dire que le texte latin est particulièrement ambigu. Tout d’abord, « leonis tutela » pourrait en effet vouloir dire que Daria est sous la protection d’un lion, mais tutela est aussi un enclos. On se demande bien ce que faisait ce lion dans une maison de prostitution ! Cependant, le texte dit aussi que Daria a été défendue des outrages, ou des insultes (contumelia), ce qui n’est pas le genre de menace qu’on s’attendrait à voir décrire s’agissant d’un lion, si c’est bien du lion que Daria a été protégée, à moins que le terme soit habituel dans les martyrologes pour désigner les blessures mortelles infligées par les bêtes aux martyrs chrétiens notamment dans les jeux du cirque.

M

MANDRA, μάνδρα, spelunca, cubile, caula. Hinc metaphoricè pro monasterio dicitur. Ideò Archimandrita superior Monasterii, & Monachus Mandrita dictus est.

Gr. mandra, caverne, tanière, cavité, et, métaphoriquement, monastère. C’est pour cela qu’on appelle archimandrites les supérieurs des monastères et mandrites les moines.

En français, le terme archimandrite semble s’appliquer seulement pour l’Église orthodoxe tandis que mandrite, de même que les mandres (nom féminin) où ils résident, sont appliqués aux moines de l’Église catholique d’Orient.

MANDRAGORA, μανδραγόρα. Est herba valdè soporifera, quæ (ut aliqui putant) juxta mandras, seu circa speluncas provenit. Ejus radix est figura humana efformata, & quidem masculina, aut fœminina : & indè à plerisque vocatur ανθρωπόμορφος. Nam ανθρωπος, est homo, & μορφή, figura, forma.

Mandragore, herbe aux puissantes propriétés soporifiques, qui, d’après certains, pousse près des grottes. Sa racine a forme humaine, masculine ou féminine : d’où le nom anthropomorphos donné par d’aucuns à cette plante.

MANSUR, Arabica dictio, idest, adjustus, auxiliatus ; quo titulo D. Jo. Damascenus appellatus est, ex eo quia auxilio Beatæ Mariæ Virginis, in pristinum conjuncta ei fuit manus, quæ ab Iconomachis detruncata fuerat.

Mot arabe signifiant « aidé, assisté » ; le titre fut donné à S. Jean Damascène car la Vierge lui rendit intacte sa main qui avait été coupée par les Iconomaques (iconoclastes).

MANUTHIA, μανούθια, boleti per terræ exaltationes producti [Cùm nos autem aliquando colligeremus alimentum in solitudine : id verò erat, quod vulgò solet nominari manuthia. In Vita S. Euthymii.]

Bolets [champignons] produits par les exhalaisons de la terre : « Nous trouvions notre subsistance dans les solitudes : c’était ce qui est communément appelé manuthia. » (Vie de S. Euthyme)

MATRONAEUM, locus in Ecclesia pro matronis assignatus.

Place assignée aux matrones dans l’église.

MEDICAMENTARIUS, qui incantationibus, aliisque superstitiosis artificiis ad corporales infirmitates utitur.

Ce qui, par incantations et autres moyens superstititeux, est employé au traitement des maladies du corps.

METEMPSYCHI, à græca dictione Μετεμψύϰωσις, idest, animæ transmigratio, Hæretici dicuntur, qui ad imitationem Pythagoricum transmigrationem animarum asserebant. Hanc impiam doctrinam asserunt Rabbini, blasphemantes, quod Adami anima transmigratura sit in futurum Messiam : igitur hæc pythagorica opinio fuit antiqua inter Hebræos a tempore Christi interris degentis, qui illum putabant Eliæ, aut Jeremiæ, vel alicujus alterius Prophetæ animam in se habuisse.

« Métempsyques » furent appelés les hérétiques qui, après Pythagore, affirmaient la transmigration des âmes. Les rabbins continuent de soutenir cette doctrine en affirmant que l’âme d’Adam doit migrer dans leur futur Messie. Cette opinion pythagoricienne était déjà répandue parmi les Hébreux au temps du Christ, certains d’entre eux affirmant qu’il avait en lui l’âme d’Élie, de Jérémie ou d’un autre prophète.

« Quant à la réincarnation, c’est une doctrine chrétienne, écartée par le clergé. Jésus-Christ prétend que saint Jean-Baptiste fut une réincarnation d’Elias. » (Strindberg, Inferno)

MISSA PRO MORTE INIMICORUM, frequentabatur in Hispania, quæ tanquam superstitiosa, & vindicativa, de ann.694. in XVII. Conc. Tolet. can.5. sub gravissimis pœnis prohibita fuit.

Messes pour la mort des ennemis, fréquentes en Espagne jusqu’à leur prohibition, sous peines sévères, pour superstitieuses et vindicatives, par le dix-septième Concile de Tolède en 694.

MONAZONTES, μοναζόντες. Monachi solitarii. Cassianus collat.18 cap.5.

Moines solitaires (dans Cassien).

Ou bien simplement moines, car ils quittaient le monde et se séparaient de leurs parents et proches.

Je place ici mon court essai inédit sur la querelle des moines au moment de l’apparition des ordres mendiants (2008).

Contra Mendicos

L’émergence et le développement des ordres mendiants donnèrent à la vie monastique en particulier et à la communauté chrétienne en général une physionomie nouvelle, étrangère à l’esprit du premier Moyen-Âge. Ces ordres ne s’imposèrent cependant pas sans résistance de la part des communautés qui leur préexistaient et étaient porteuses d’une autre forme de spiritualité.

La résistance aux ordres mendiants s’organisa tant au sein du clergé séculier qu’au sein du clergé régulier, mais particulièrement au sein de ce dernier. Le clergé séculier s’opposa à l’émergence des mendiants sur le plan doctrinal, notamment au sujet de l’interprétation de la bulle Ad fructus uberes de 1281 qui leur conférait des privilèges. Les chaires universitaires furent un lieu privilégié de cette controverse, qui ne devait prendre fin qu’au bout de neuf ans par la confirmation des privilèges des mendiants. Par ailleurs, le clergé séculier s’opposa mollement à l’installation de couvents de mendiants dès lors que les prérogatives des paroisses étaient préservées.

En revanche, les réguliers menèrent une opposition radicale. L’ordre cistercien repose entièrement sur la notion d’abbaye et les relations des unes aux autres à l’intérieur d’un réseau d’abbayes-mères et d’abbayes-filles, d’où la relative autonomie de l’ordre à l’égard de la cour pontificale. Certaines abbayes possédaient des droits seigneuriaux étendus, qui leur permirent de s’opposer à l’installation des mendiants dans leur voisinage : aucune maison religieuse ne pouvait s’installer dès lors que les obligations fiscales auxquelles les habitants étaient soumis ne pouvaient être remplies ; de cette manière, il devenait impossible de fonder un monastère sans l’autorisation de l’abbé, et les ordres usèrent avec constance de leurs prérogatives pour empêcher l’expansion des mendiants.

Seules des pressions énergiques pouvaient faire ployer un tel obstacle, et c’est ce à quoi s’efforcèrent le haut clergé et, tout particulièrement, le Vatican, conscient de l’utilité des mendiants dans un projet de centralisation pontificale. Seigneurs et bourgeois prodiguèrent également des appuis aux mendiants, notamment certaines familles qui, dans le Midi de la France, étaient en relation avec les hérésies vaudoise et cathare.

En réaction à ces pressions, plusieurs cas de voies de fait et agressions physiques sont avérés de la part de moines des anciens ordres contre les mendiants, faits qui attestent de leur hostilité profonde envers ces derniers.

Ce serait une explication insuffisante d’imputer cette hostilité à de pures considérations matérielles. Dans le but, certes louable, de dénoncer des moeurs ecclésiastiques corrompues et de se consacrer par la prière au salut des âmes, prétendument négligé par les anciens ordres, les mendiants portèrent un coup à l’organisation monastique alors existante, ainsi qu’à sa mystique. Alors que les Cisterciens font reposer leur existence monastique sur le concept du travail, et que l’utilité des ordres militaires, protégeant les pèlerins, est évidente, les mendiants introduisirent dans la chrétienté la figure du parasite pieux. L’activité de prédication caractéristique des mendiants (tels que les Dominicains, ou frères prêcheurs), est significative en soi, car les premiers chrétiens et les anciens ordres prêchaient en réalité par l’exemple et non en haranguant les foules.

MORTICINUM, animal naturaliter mortuum, cujus carne vesci prohibuit Deus in veter. testam. [Morticina vitabitis. Levit. cap.11.]

Animal mort de mort naturelle, dont la chair est interdite à la consommation dans le Lévitique (11-11) : « Vous aurez en dégoût leur cadavre. »

MORTUUS, aliquando Idolum intelligitur. Vide Necrothyta (res mortuis).

Mort, parfois entendu pour idole. Cf « Nécrotythe » : la chose pour les morts (la « chose aux morts »), ce qui est immolé aux idoles.

MYGALE, mus araneus, de quo mentionem facit Ælianus, ex græco vocabulo μυγάλη, est inter immunda animalia in Levit. cap.11. computatus.

Musaraigne, comptée parmi les animaux immondes dans le Lévitique chap.11.

Le terme est tiré du Lévitique 11-30, dans la Vulgate : « mygale, et chamaeleon, et stellio, et lacerta, et talpa. » que l’on trouve ainsi traduit en français (?) : « gecko, koah, letaah, caméléon et tinchamète » (BJ) ou « le hérisson, la grenouille, la tortue, le limaçon et le caméléon » (LS).

La mygale, au sens contemporain, est ainsi appelée car elle appartient à la famille des Mygalomorphae, c’est-à-dire des araignées « à forme de musaraigne ». Or la musaraigne est, selon l’étymologie, une « souris-araignée ». La mygale est donc l’araignée à forme de souris-araignée.

MYROBLUITA, μυροβλύτα. FR. Ita cognominatus est S. Dominicus Martyr à Græcis, quia ex ejus sepulchro liquor scaturiebatur pro infirmitatibus mirabilis : voces quidem græca sunt, nempè, μύρον, unguentum, & βλύω, scateo, mano.

Gr. myroblyta, myroblite, myroblyte, surnom donné par les Grecs à S. Dominique Martyr car de son sépulcre jaillissait un liquide miraculeux capable de guérir les infirmités. Le mot est grec et vient de myron, onguent, et blyon, jaillir, sourdre.

Dominique n’est pas le seul saint myroblite. « Par contre Lydwine ne fit point partie du groupe des Myroblites, c’est-à-dire des déicoles, dont les cadavres distillèrent des essences et des baumes. » (J.-K. Huysmans, Sainte Lydwine de Schiedam)

N

NOTATUS, aliqua nota infamis. Quare cicatrix in facie ad reminiscentiam alicujus infamiæ Nota dicitur.

Marque infamante. Une cicatrice sur le visage infligée en réminiscence d’une infamie est également appelée nota.

NYMPHAEUM, fons ad Ecclesiæ januam, ubi manus lavabant Christiani, antequam ad orandum ingrederentur.

Fontaine ou bassin près de la porte de l’église, où les Chrétiens se lavaient les mains avant d’entrer pour prier.

Dictionnaire latin Olivetti : nymphée, source sacrée aux nymphes. Dictionnaire latin Chatelain : temple des nymphes.

NYSUS, vox Syracusana, idest, claudus ; ideò Syracusani Bacchum Dio nysum ex Διος, & Νύσος, idest, Juppiter claudus appellabant.

Mot syracusain signifiant boiteux ; d’où le nom du dieu syracusain Bacchus, Dionysos, Jupiter boiteux.

O

OASENA DEPORTATIO, exilium ad quendam Ægypti locum, qui Oasis dicebatur, de qua pœna fit mentio in Theodos. Codice lib.9. tit.32.

« Déportation oasienne », condamnation à l’exil en un certain lieu d’Égypte appelé Oasis, peine dont il est fait mention dans le Code de Théodose.

Il ne s’agit sans doute pas d’une oasis unique, toute oasis, seul lieu de vie possible au milieu d’immensités désertiques, pouvant servir de prison.

OLIBANUM, incensum ; Græci λίβανος, & Arabes Alluban dicunt.

Oliban, encens : Grec libanos et Arabe al-luban.

Voyez dans ma Note sur l’indonésien :

« Luban. Encens ; luban jawi, benjoin. / De l’AR لبان (lubân), encens, لبان جاوي  (lubân jâwî), encens de Java. C’est précisément ce nom arabe de « l’encens de Java » qui a donné (par l’intermédiaire du catalan, selon le Robert étymologique) le mot français « benjoin », en anglais benzoin. »

ONONYCHITES, Christianorum Deus à Gentilibus ex contemptu, teste Tertulliano, appellatus ; græce enim ὀνονυχίτης, asininis unguibus præditum significat, quæ fictio originem traxerat ex Tacito lib.5. hist.

Appellation péjorative des Chrétiens par les païens, selon Tertullien, du grec ononychites, qui a des pieds ou des sabots d’âne, légende tirée du livre 5 des Histoires de Tacite.

P

PAREDRUS, πάρεδρος, Assessor, consiliarius, accipitur etiam pro malo spiritu, qui Incantatoribus ac Magis assistere solet. Salmasius per Paredros Deos minores intelligit.

Assistant, conseiller, dit d’un esprit maléfique serviteur des enchanteurs et des mages. Salmasius l’entend quant à lui comme dieu mineur.

Salmasius est, semble-t-il, et c’est assez remarquable pour le souligner, l’humaniste protestant Claude Saumaise. Le mot français parèdre a retenu son interprétation (dieu mineur) et oublié le sens ici donné par Magri.

PENTAGLOTTUS, quasi quinquilinguis dici potest, græcè Πεντάγλωττος. Ita dictus Sanctus Epiphanius, Salaminæ in Cypro Episcopus, vir eruditione, & sanctitate, & ob quinque linguarum, Græcæ videlicet, Hebraicæ, Latinæ, Syriacæ, & Ægypticæ à S. Hieronymo commendatus, & Pentaglottus vulgò nuncupatus.

« Le pentaglotte », S. Épiphane, évêque de Salamine de Chypre, homme saint et érudit qui parlait cinq langues, à savoir le grec, l’hébreu, le latin, le syriaque et l’égyptien, ainsi surnommé et loué par S. Jérôme.

PHRONTISTERIUM, φροντιστήριον, idest, contemplationis mantio, pro Monasterio usurpatur.

Gr. phrontistérion, maison de contemplation, pour désigner un monastère.

PHYSICA, φυσιϰη, Ecclesiasticis prohibita. Medicina intelligitur in sex. decretal. lib.3. tit.34. cap.1.&2.

La physique, entendue comme l’art de la médecine (dans les décrétales), est interdite aux ecclésiastiques.

C’est en vertu du principe Ecclesia abhorret a sanguine (l’Église a horreur du sang) que, d’une part, les tribunaux ecclésiastiques ne condamnaient jamais à mort les clercs, soumis à leur seule juridiction, et faisaient appel pour les exécutions au bras séculier, et, d’autre part, que les conciles défendirent aux clercs d’exercer le métier de chirurgiens.

PLUMBATAE, genus martyrii, de quo sæpè in Martyrol. Flagellum ex funiculis erat, ad cujus extremitates pendebant plumbeæ pilulæ.

Genre de martyre dont il est souvent question dans le Martyrologe. C’est un instrument de flagellation dont les lanières sont pourvues à leurs extrémités de billes de plomb.

POULAINIA, calceamenti cuspis acuta, qua forma illis temporibus Principes utebantur, ut ex antiquis picturis colligitur : ita appellabatur ex forma acuta ad similitudinem unguis pulli.

Poulaine (souliers à la), souliers de forme pointue, portée par les princes [et la noblesse] aux siècles passés, ainsi qu’on peut le voir dans les anciennes peintures. Ils tirent ce nom de leur forme pointue semblable aux ergots de poulet.

PROTOMARTYR, πρωτομάρτυρ, primus martyr, quo titulo appellari solet ab Ecclesia D.Stephanus ; primus enim fuerat, qui inter Christianos gloria Martyrii coronari meruerit : sic etiam vocatur justus Abel respectu veteris martyrum testamenti, & inter Christianas fœminas Sancta Thecla in Menologio græco his verbis celebratur : [Sanctæ Protomartyris, & paris Apostolis Theclæ.]

Premier martyr, titre conféré par l’Église à S. Stéphane, qui fut le premier à s’acquérir la gloire de la couronne des martyrs ; de même le juste Abel, dans l’Ancien Testament, et parmi les femmes S. Thècle, dans le Ménologe grec « Sainte Thècle protomartyre et acteur apostolique ».

S

SABBATUM HENOCH, phrasis Christianorum Æthiopiæ in eorum Calendario apposita ; hujus autem modi loquendi origo, secundum aliquorum opinionem, à periodo solarium annorum provenit, qui periodos septem millia annorum continet, cujus decima pars dicitur Sabbatum Henoch, quia hic homo natus fuerat anno 700. ab Orbe condito, ut Scaliger lib.7. de emendat. refert ; licet alii hanc nativitatem statuant anno 622.

Expression employée par les Chrétiens d’Éthiopie dans leur calendrier. Selon certains, cette expression provient de la période de sept mille années solaires, dont la dixième partie, c’est-à-dire sept cents ans, est appelé Sabbatum Henoch parce qu’Henoch est né 700 ans après la création du monde (Scaliger), bien que d’autres aient affirmé qu’il fût né en l’an 622.

Il faut rappeler, concernant ces généalogies bibliques, que, selon Voltaire, elles commencèrent à être mises à mal quand les voyageurs firent connaître que les Chinois possédaient des chroniques plus anciennes que le monde selon les généalogies de la Bible.

SALISATORES, Magi, sive Divinatores, qui sumebant auguria ex corporis palpitatione, & membrorum tremore.

Mages ou devins qui tiraient des augures des palpiations du corps et des tremblements des membres.

SCORPIACUM, medicinale antidotum contra scorpionum ictus : hoc vocabulo Tertullianus suum tractatum contra Gnosticos hæreticos denominavit, quos hæreticos etiam S. Epiphanius scorpionibus assimilavit.

Antidote contre la piqûre des scorpions : le mot sert de titre au traité de Tertullien contre les hérétiques gnostiques, que S. Épiphane comparait à des scorpions.

SCORPIO, martyrii genus ; erat enim nodosa, ac spinea virga, quæ percutiendo carnem lacerabat, ita appellata, quia ad instar scorpionis caudæ curvabatur.

Genre de martyre : il s’agissait d’un bâton noueux et épineux qui lacérait les chairs et était ainsi appelé car il était courbé à l’instar de la queue du scorpion.

Dans le dictionnaire latin Olivetti : « Sorte de bâton armé de pointes de fer qui était employé comme instrument de torture. »

SCOTALLUM, œnopolium, sive taberna, in qua cervisia venditur. Ex saxonibus Scot, idest, signum, quod in tabernis solet apponi, & Ala, nempè, cervisia.

« Oenopole » ou taverne où l’on vend de la cervoise. Du saxon scot, enseigne, car les tavernes étaient identifiées par une enseigne, et ala, bière [l’ale anglaise].

SCREONA, & Screuna, domus subterranea. Ex germanica dict. Eschrenes.

Maison souterraine. Du germain Eschrenes.

Macri italien : « Casa sotterranea, dove sogliono vegliando la notte lavorare le zitelle in campagna. Vocabolo della legge Salica. »

SCRIPTORIUM, locus in Monasterio, ubi Monachi ad scribendum conveniebant tempore hyberno, qui locus conservabatur calidus.

Partie d’un monastère où les moines se réunissaient pour écrire pendant l’hiver, laquelle était chauffée.

SOMNIALIA, liber superstitiosus ita inscriptus, in quo somniorum observationes continebantur, sub nomine Danielis Prophetæ falsò divulgatus.

Livre de superstition dans lequel étaient inscrites des observations relatives aux rêves, et faussement attribué au prophète Daniel.

SORS, idest, divinatio. = Sortilegium

Divination.

A donné le mot « sort ».

SORTIARIA, Venefica, Maga.

Magicienne, celle qui lance des sorts.

SQUATUS, piscis species, italicè squadro dicitur, cujus aspera pelle utuntur fabri lignarii ad puliendum eorum opus ; ideò à Græcis ρίνη, idest, lima ; à Latinis autem squatina dicitur.

Espèce de poisson appelée squadro en italien, dont la peau rugueuse est employée par les artisans en ébénisterie pour polir leurs œuvres ; c’est pourquoi on l’appelle riné en grec, ce qui signifie une lime. Également appelé squatina en latin.

En français, ange – et non limande.

STANTES, dicebantur Christiani in persecutione fidei constantes ; è contrario Lapsi qui timore tormentorum à fide apostatabant.

Nom des Chrétiens restés fidèles dans les persécutiones, par opposition aux Lapsi (relaps) qui apostasiaient la foi par peur des tortures.

STAUROPHYLAX, idest, Crucius Custos. Dignitas in Ecclesia Hierosolymitana, ad quam lignum veræ Crucis custodire spectabat.

« Gardien de la Croix » : dans l’église de Jérusalem, dignité de celui qui avait le bois de la vraie croix sous sa garde.

STRIA, strix, venefica, maga. In lege salica tit.67. ubi appellatur Strio portus locus, in quo striges conveniunt. FR. Strix propriè avem nocturnam, quam aliqui Bubonem esse dicunt, significat ; indè translativè striges dicuntur veneficæ mulieres, quæ de nocte malè operantur.

« Estrie », sorcière, magicienne. Dans la loi salique, est appelé Strio portus un lieu où les sorcières se réunissent. Le strix est spécifiquement un oiseau nocturne, dans lequel certains voient le hibou, et par métaphore le terme a servi à désigner des sorcières qui commettent leurs maléfices la nuit.

SUTULARES, calceamenta ex superiori parte contecta, sed absque soleis, quibus Sancta Gundula usa est, ut hac sancta simulatione ejus pœnitentiam tegeret.

Souliers ayant une partie supérieure mais dépourvus de semelle, que portait sainte Gudule en vue de cacher sa pénitence par une pieuse dissimulation.

SYNELITES, vox quidem corrupta apud Honorium lib.1. de imagine mundi cap.14. cum selenites, σεληνίτης, idest, lunaris, scribendum esset ; est autem gemma quædam, quæ crescit, ac decrescit, cum lunæ incremento, & decremento, quam Lunarem Latini appellant, & à Dioscoride Aphroselenus lib.5. appellatur ; & ibi Marcellus : corruptè tamen in textu Plinii lib.37.c.10. dicitur Aphrodisiace.

Corruption, dans Honorium, de selenites, c’est-à-dire pierre de lune : une gemme qui croît et décroît avec la lune. Lunaris en latin et aphrosélénus dans Dioscoride, par erreur appelée aphrodisiace par Pline.

T

TEGULARIA, Maga, Incantatrix, quia super tecta, ac tegulas earum præstigia facere solent. [Tegularia malefica, quod supra tegulare sacrificet. Gloss. Isidori]

Magicienne qui réalisait ses prodiges sur des toits ou terrasses : « Tégulaire maléfique, qui sacrifie sur les toits. » (Glossaire d’Isidore)

TEMPESTARII, Fascinatores, qui mediantibus eorum incantationibus tempestates in aeris regione conmovent, de quibus S. Agobertus, qui etiam inquit, quod hujusmodi tempestates à vulgo Aura levatitia dicebantur.

Magiciens qui par leurs incantations suscitaient des tempêtes dans le ciel. S. Agobard, qui en parle, explique que les tempêtes ainsi créées étaient appelées par le vulgaire « vent levé » (Aura levatitia).

TILON, vermis pilosus.

Ver poilu.

TRACONES, subterranei meatus, in quibus aquæ, vel aer inclusus serpent ; sive quia ibi Dracones generari solent : [Cum profundis traconibus, ac concavitatibus, in quibus secundum Philosophos solet terræmotus generari. Matth. Paris. in ejus Hist. an.1247.]

Cavité souterraine où les eaux ou l’air enfermé circule ; ou bien où sont engendrés les dragons : « De profonds tracones, ou gouffres, où selon les philosophes sont produits les tremblements de terre. » (Matthieu de Paris, dans son Histoire de 1247)

TRASCO-DRUGITARE, hæretici, ità appellati ex phrygiis vocibus Trascus, quæ palum significat, & Drusus, nasum, seu rostrum ; nam hi quando orabant, digitum indicem in naso imponebant.

Hérétiques ainsi nommés du phrygien trascus, poteau, et drusus, nez ou visage, car ils se mettaient le doigt dans le nez quand ils priaient.

TREMULANTES, hæretici in Anglia, quos Hispani Adombrados vocant.

« Trembleurs », hérétiques anglais que les Espagnols appellent Adombrados.

Ce nom latin fait immanquablement penser aux Shakers protestants, qui doivent leur origine aux camisards cévenols émigrés en Angleterre après la révocation de l’édit de Nantes. On a vu plus haut que ces Adombrados sont également appelés Illuminati.

TRIPASSALUM, τριπάσσαλον, pertica cum tribus cuspidibus, instrumentum martyrii, quo Syri utebantur, quemadmodum in vita S. Ephrem apud Vossium legitur.

Pieu à trois pointes, instrument de martyre employé par les Syriens, comme on peut le lire dans la Vie de S. Éphrem traduite par Vossius.

TYPHON, τυφὠν, ventum turbulentum, fulgur, & vorticem significat. De quo fabulosè cecinerunt Poetæ, erat Seth Adami filius, nam [Seth apud Ægyptios, Typhon apud Græcos dicitur. Plutarch. de Iside, & Osiride.]

Gr. typhon, vent violent, foudre et tourbillon d’air. Les poètes ont affirmé qu’il s’agissait de Seth, fils d’Adam : « Le Seth des Égyptiens appelé Typhon chez les Grecs » (Plutarque, Isis et Osiris)

U/V

VALESII, hæretici in Arabia à Valesio Arabe provenientes, quæ secta Eunuchorum etiam dicta ; nam secundum litteram Euangelium ineptè interpretantes, omnes se castrabant, non percipientes allegoricam Christi parabolam, ubi ajebat : Beati, qui se castraverunt &c. de quorum secta fuerat Origenes. Baron. an.249. nu.9.

Valésiens, hérétiques arabes sectateurs de l’Arabe Valésius ou Valens, appelés Eunuques car, suivant une interprétation littérale des Évangiles, ils se castraient tous, ne saisissant pas le sens allégorique de la parabole du Christ « Bienheureux ceux qui se sont rendus eunuques [pour le royaume des cieux] ». Origène appartenait à cette secte.

La phrase latine « Beati, qui se castraverunt propter regnum cœlorum » du passage (Matthieu 19-12) n’est plus traduite sous cette forme. Le Beati sunt (Bienheureux…) a disparu tant de BJ que de LS.

VOLUTABRUM, limus, in quo porci revolvuntur.

Boue dans laquelle se vautrent les cochons.

Dictionnaire latin Olivetti : « marais, marécage ».

USTRICULAE, ferrea instrumenta candentia, quibus comburebantur pili in mento crescentes, ut juvenilis aspectus ostentaretur.

Instrument de fer incandescent avec lequel on se brûlait les poils du menton afin de conserver un aspect juvénile.

VV(=W)ODAN, fabulosus Deus Mercurius, olim apud Septentrionales veneratione habitus.

Z

ZABULUS, ζάβουλος, Diabolus : in æolico enim idiomate sæpè particula ζα ponitur loco δια.

Gr. Zaboulos ; diable, car dans le dialecte éolien la particule za- est souvent employée à la place de dia-.

ZASUS, Jesus. Unde Itali quoque Giesù dicunt.

Zasus est le nom « Jésus » d’où les Italiens tirent Giesù.