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Autres Écrits du baron de Saxy-Beaulieu

Devant l’insistance de plusieurs de mes amis et lecteurs de ce blog pour que je continue de publier les papiers laissés par feu mon distant cousin le baron de Saxy-Beaulieu, j’ai décidé de répondre à leur attente, non sans avoir longtemps hésité. Après avoir rendu publique (ici) une correspondance intime dont nous – sa famille – ignorions tout, je me suis en effet demandé si je n’étais pas allé trop loin, et si le baron ne se retournait pas dans sa tombe, cherchant à décrocher un téléphone funèbre en vue de me poursuivre pour atteinte à sa vie privée. Certes, l’hypothèse qu’il s’agissait là d’une ébauche de roman épistolaire plutôt que d’une correspondance réelle continue de me paraître plausible, même si le baron, aussi excentrique fût-il, ne passa jamais pour un esprit littéraire, mais je ne peux me libérer du doute à cet égard, du moins en l’état d’avancement où je suis dans l’étude de ses papiers, lesquels finiront peut-être par apporter la clé de ce mystère.

Malgré ce scrupule, je reconnais l’importance de nombre des feuillets que le baron a toute sa vie gardés pour lui et que ce travail met aujourd’hui devant mes yeux, et je remercie mes amis et lecteurs d’avoir insisté pour que je continue de mieux faire connaître ce mien parent.

FB

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Bönorna är ett klassiskt namn på Filistéerna, hvilka dyrkade Dagon eller Fiskguden och Beelsebul eller Dyngherren. (Strindberg, En blå bok) « Les ‘fayots’ sont un nom classique des Philistins, qui vénéraient Dagon, le Dieu poisson, et Beelsebul, le Seigneur des ordures. »

Ce passage est tiré d’un livre de Strindberg qu’il n’est pas possible de trouver à l’heure actuelle en Suède sinon chez quelques bouquinistes, dans de vieilles éditions. Plusieurs œuvres de l’écrivain n’existent ainsi en édition récente que dans la compilation de ses œuvres complètes, inaccessible au grand public.

J’ai pu faire une constatation semblable aux Pays-Bas en ce qui concerne Hugo de Groot, dit Grotius. Alors que celui-ci est partout reconnu comme le père du droit international, que sa dépouille repose à côté de celle de Guillaume d’Orange dans la Nieuwe Kerk de Delft, que sa statue domine la place principale de cette même ville, centre universitaire important, il est à peu près impossible de se procurer dans une librairie hollandaise la moindre de ses œuvres et, surtout, sa Dissertatio de origine Gentium Americanarum y est complètement inconnue et n’a selon toute vraisemblance jamais même été traduite en une langue quelconque, ce qui est d’autant plus regrettable que cet ouvrage présente des faits et documents à l’appui de l’affirmation selon laquelle l’Amérique précolombienne a connu des foyers de peuplement aryens, à l’origine de plusieurs civilisations.

La situation faite dans leurs pays respectifs à deux écrivains parmi les plus illustres représentants de leur nation est un bon indice de l’état de la culture en Europe aujourd’hui.

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Qui a jamais possédé un objet de valeur sans la crainte de le perdre, sans craindre la violence que l’on pourrait commettre pour s’en emparer ? Qui a jamais possédé une femme sans la crainte d’être déshonoré par un autre, pour peu qu’elle soit belle ? Le patriarche biblique présenta son épouse comme sa sœur, afin d’échapper au poignard effilé de la convoitise – sauvant sa vie au prix de son honneur.

Mais ce n’est pas tout. Celui qui porte dans le monde les marques de la dignité doit s’attendre à des attaques de toutes parts. De sorte qu’il ressemble plus à une de ces pipes des stands de tir, dans les foires.

Qui, pour échapper aux attaques des vicieux, s’abaisse au vice, en supporte toutes les conséquences, avec en outre le cruel souvenir de sa dignité perdue.

La société qui ménage à l’une de ses parties des jouissances enviables allume le feu de la révolution. Quant à celle qui s’efforce d’en gratifier tout le monde, elle ne ressemble plus à rien.

Chacun de nous, au sortir de ses jours d’insouciance, peut faire deux comptes : celui de ses fautes et celui des humiliations subies.

L’homme d’honneur, après avoir reçu une éducation policée, vit dans l’angoisse de la mort violente qui l’attend dans un monde plein d’affronts. L’homme vertueux qui a renoncé pour sa tranquillité aux biens de ce monde est haï pour son inhumanité.

Luther a écrit qu’il valait mieux subir l’injustice que la commettre. Je ne sais s’il ajoute qu’il n’y a nulle autre alternative.

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Dans un roman du Prix Nobel de littérature Knut Hamsun, on trouve l’observation suivante : « Au fond, elle est plus magnifique que belle. » C’est alors que j’écrivis dans mes mémoires, Une vie pour le Sénat : « Il fallut donc que je la pervertisse et la souillasse pour qu’elle devînt moins magnifique et plus belle. »

Je lui fis part alors de cette réflexion. Plus tard, lui trouvant un air méphistophélique qui me la rendit momentanément méconnaissable, je me reprochai de tels propos, et de l’avoir induit en des pensées impures. La réflexion me vint qu’un malheur la rendrait aussi « magnifique » qu’elle l’avait été. Le lendemain, j’apprenais l’horrible événement.

[Tout ce fragment est pour moi mystérieux. Je n’ai trouvé à ce jour aucune trace de ces mémoires dans les papiers du baron et ne sais pas non plus comment expliquer le titre qu’il lui donne. De quel Sénat s’agit-il ? FB]

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Croyez-vous que le silence soit approprié quand adviennent les conséquences de votre conduite ? Qui a souri comme vous l’avez fait ? Qui a lancé les regards que vous avez lancés ? Qui a caché son sourire à l’approche d’un tiers ? Qui m’a plongé dans un abîme de perplexité ? Qu’attendez-vous de moi ? Que je vienne vous chercher ? Que se passera-t-il alors ? Si j’acquérais des droits sur vous, comment remplirais-je les devoirs qui en sont la contrepartie ? Comment vous protégerais-je de l’injure et de l’offense dont je suis la cible ? Comment avez-vous pu croire que j’aurais jamais les moyens d’acquérir des droits sur vous ?

Si je me promenais avec vous et qu’un infâme quelconque vienne à vous manquer d’égards, ne serait-ce que par pur désœuvrement, comment ne l’étendrais-je pas raide mort sur le champ ? Et comment le pourrais-je ? Comment vous aimer sans se résoudre à la violence ? Vous rendez-vous compte de votre légèreté ? N’essayez pas de m’opposer la peur d’une âme timide car il est trop tard pour avoir peur, il fallait avoir peur avant.

Vous m’avez rempli de mépris pour mes études philosophiques. Quels plans échafauderai-je ? Qui m’aidera ? Croyez-vous que j’aie des domestiques, à l’instar de Don Juan ?

Ha, vous mériteriez, pardonnez-moi, de recevoir un soufflet de votre noble père, un soufflet d’autant plus émouvant qu’il serait administré par un père rempli d’indulgence pour votre faute. Car l’amour est un souverain bien-aimé de tous. Et les idoles que nous révérons font pâle figure en sa présence, même arrosées du sang expiatoire des victimes amoureuses.

Vous vous êtes fait des idées trop hautes de mes capacités pour le rapt, sans doute, et ceci devra finir par le triomphe du cynisme… et des apparences sauvées. Ou bien alors une part de vous se doutait que je serais lâche, et cela finira de la même manière.

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Ce jour où je cachais à votre vue, ostensiblement, un certain breuvage euphorisant, je me doutais que cet hommage rendu à la vertu attirerait votre attention, vous si sérieuse… Notamment parce que c’était l’hommage rendu par le vice ! Il ne vous déplairait pas de supposer, m’imaginais-je – et c’était odieux – qu’un tel hommage était trop ostensible pour être parfaitement sincère. Si l’hommage vous agréait, l’ostenstation l’accompagnant ne serait pas non plus dépourvu d’une autre forme de charme.

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Le Satyre de …

Plût au ciel que je pusse me promener avec à mon bras …, car cela fait partie des plaisirs de l’amour que d’exhiber sa conquête.

Sois comme l’Argonaute en quête de la Toison d’or, par allusion à …

Te rappelles-tu que Zeus s’est une fois transformé en pluie d’or ? Les dieux le peuvent. Fais en sorte que tombe sur toi la pluie d’or de …

Comment ? Vous avez cru qu’une nymphe passerait sa vie sans un satyre dans les parages ? C’était bien mal connaître les lois qui régissent cet univers. À votre place, je ne m’en vanterais pas. Quant à moi, je me réjouis d’être le satyre de cette légende. Une nymphe comme ça, sans satyre ? Jamais ! Dans quel monde vivons-nous pour que de pareilles idées germent dans l’esprit des gens ?  Une nymphe comme … appelait un satyre de choix. Un satyre phénoménal, en somme. Pas de nymphe sans satyre. C’est moi, le satyre de … !

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Il vous sera peut-être venu à l’esprit, si vous pensez parfois à ces choses, que la véritable fonction du condom, dont les distributeurs automatiques sont aujourd’hui partout, des stations de métro aux toilettes de collège, est d’empêcher le phénomène d’imprégnation ou télégonie. Vous n’auriez sans doute pas tort de le penser, dans le cas où les affirmations de certains virologues éminents, tels que Duesberg et le Prix Nobel Mullis, pour qui le virus du sida n’existe pas, étaient vraies. Croyant sauver sa vie, l’utilisateur de condoms participerait en fait à cette volonté collective d’empêcher la pollution génétique ressortissant à l’imprégnation. De même que le droit de cuissage doit être perçu davantage comme une institution « instinctive » que comme l’application de connaissances positives, le condom est une réponse de l’instinct collectif sur le même sujet. Les conditions n’étant plus réunies pour traiter ce problème de la pollution génétique par la morale individuelle, l’application instrumentale a dû paraître, collectivement, plus appropriée, et sans doute aussi plus sûre.

Il vous paraît peut-être injustifié de mettre préservatif et droit de cuissage sur le même plan. Rien de plus naturel, pourtant. Si vous doutez, tout d’abord, de l’origine germanique de l’aristocratie française, je me permets de vous renvoyer aux Lettres sur les Parlements de Boulainvilliers, à Montesquieu, à Gobineau, ainsi qu’à l’ensemble de la controverse du 17e siècle sur les deux races en France. Le droit de cuissage était un moyen pour la race aristocratique d’élever la race autochtone aux vertus de l’élite germanique et de conduire ainsi le pays sur la voie du progrès, grâce à l’imprégnation.

Le déclin de cette institution, avec le délitement de l’ordre féodal, l’apparition de la noblesse de cour et la vénalisation des titres, n’est pas pour rien dans certains phénomènes du temps de la Révolution française. Rappelez-vous que la revendication populaire au moment de la Révolution était portée par les sans-culottes. Un nom dont ils étaient fiers ! et que je traduis par « ceux qui exhibent leurs parties ». Le moment où ces satyres portèrent dans Paris, ainsi qu’un trophée, au bout d’une pique, la matrice d’une dame de l’aristocratie qu’ils venaient de massacrer, la princesse de Lamballe, est révélateur de leur revendication réelle. Le noble ne payant plus de sa personne pour aider la race autochtone à s’élever, celle-ci allait prendre les devants et se payer sur la femme germanique.

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Il faut vous exhorter à la fécondité car autrement je me maudirais. Pour me consoler de ma solitude, je pense à celle des êtres tels que vous, en ce monde, au milieu de gens moins beaux, moins intelligents, moins bons, et que l’on nous demande de plaindre, alors que c’est vous qui êtes à plaindre. Quelle amitié pouvez-vous espérer de la part de tant de fourbes et d’insensés, de la part de ceux, par exemple, qui sont nés intoxiqués des poisons qu’absorbent leurs parents, ou de ceux dont les mères ou grands-mères dévergondées se sont fait imprégner par leurs chiens ? (,,Das Handel und die Zucht der Sodomsprösslinge war ein äußert gewinnbringender Geschäftszweig und besonders die Tempelpriester erwarben sich dadurch ungeheure Reichtümer, da Männer und Weiber den Sodomsgenuß um schweres Geld erkaufen mußten.’’ LvL)

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Frater August (Strindberg), der auch ein großer Naturphilosoph war, eklärt wie manche Leiche als sie sich zersetzen, so gut wie Blumen duften. Hier handelt es sich um reine Arier, aufgrund ihren besonderen Stoffwechsels.

[C’est « l’odeur de sainteté », un phénomène connu de l’Église catholique depuis des siècles. Je m’étonne que le baron ne le mentionne pas et se contente à ce sujet d’une pensée ou simple remarque de l’écrivain Strindberg. FB]

In Verbindung soll ich auch hinzufügen, daß wegen der Anwesenheit des Gottes riecht der Ausscheidungskanal der nordischen Weiber schlecht überhaupt nicht, sondern im Gegensatz dazu zwar wie Veilchensträuße duftet! Davon bin ich fest überzeugt und möchte alle möglicherweise auf Erfahrung basierten Einwände mit der Tatsache beseitigen, daß diese Reinheit in der durch Sodomie und Telegonie entarteten Gottmenschheit heutzutage fast erschöpft ist.

Um diese Wahrheit zum Griff zu kommen darf man das ,,biogenetische Gesetz’’ Haeckels ––– die Ontogenese rekapituliert die Phylogenese – in Betracht ziehen. Daß so viele Kinder allerleien Rassen helle Haut, Haar und Augen haben und ihre eigentümliche Dunkelheit nur beim Wachstum erwerben, muß dem Gesetz nach durch die Tatsache erklärt worden sein, daß der ursprüngliche Mensch Arier war.

Le plus libre est le seul qui le soit

La nation la plus libre du monde
(n’est pas la France et ne l’a jamais été)

« Nous vivons dans la nation la plus grande, la plus libre et la plus prospère du monde, et pourtant trop de nos concitoyens ne croient pas que leur vie ait un sens ou une valeur. »

Cette citation est tirée du livre de George W. Bush, A Charge to Keep (1999), ridiculement traduit en français (à moins qu’il ne s’agisse d’une intention malveillante de ridiculiser l’auteur) Avec l’aide de Dieu.

La première partie de la citation est tout ce qu’il y a de plus vrai : les États-Unis d’Amérique sont la nation la plus grande, la plus libre et la plus prospère du monde. Ce pays doit selon moi sa grandeur suprême à son éminente liberté, et principalement à son droit du Premier Amendement relatif à la liberté d’expression. C’est le seul pays qui ait tiré, et ce très tôt dans son histoire, les conséquences de cette liberté et ne lui oppose pas comme les autres démocraties, ou prétendues telles, de fallacieuses considérations d’ordre public qui ne visent en réalité qu’à protéger les classes dirigeantes de toute forme de véritable contestation.

Les magistrats américains méritent l’hommage du monde entier pour la constance avec laquelle ils défendent l’exception américaine du droit de la liberté d’expression, une exception qui devrait être la règle. Je ne connais pas de libre penseur qui ne soit d’accord avec cela. Je ne connais ici, dans mon pays, que de lâches mercenaires de la plume, qui feraient mieux de la poser une fois pour toutes puisqu’ils se contentent désormais le plus souvent de vitupérer contre des opinions que le juge est de toute façon chargé de réprimer, et il n’a pas besoin d’eux pour le faire ; en voilà qui ne risquent pas d’être contredits (vu, par ailleurs, qu’on parle de moins en moins français dans le monde et que ce déclin doit être vrai aux États-Unis également) ! Je ne discute pas avec ceux qui se réjouissent de voir des opinions condamnées par la justice et se félicitent de ce genre de lois ; je ne veux pas non plus les appeler mes amis, même quand nos convictions seraient les mêmes sur la plupart des sujets importants.

Par la sanctuarisation du Premier Amendement, les juges américains ont fait davantage pour l’émancipation de l’humanité que tous les politiciens des autres démocraties, ou prétendues telles, réunies, et sans doute des politiciens de leur propre nation, puisque cette sanctuarisation qui est leur œuvre s’oppose le plus souvent au vote des législatures des États, qui semblent souffrir autant que dans les autres pays d’une inextinguible soif de répression.

Ces derniers temps, comme une traînée de poudre, comme une épidémie foudroyante, vingt-sept États ont adopté des lois « anti-boycott », forçant leurs fonctionnaires à prêter serment de ne pas boycotter un certain État étranger qui le mérite pourtant compte tenu de son mépris du droit international et des droits de l’homme, l’État sioniste, ou refusant tous contrats publics aux entreprises soutenant un tel boycott. Trois de ces lois ont été déjà déclarées inconstitutionnelles, contraires au Premier Amendement, par le juge américain, et je ne doute pas que c’est le sort réservé aux vingt-quatre autres dans les plus brefs délais.

Également, aujourd’hui même [31 juillet 2019] une cour fédérale américaine vient de rejeter les poursuites à l’encontre de Wikileaks, indiquant que la publication de ces documents est protégée par le Premier Amendement, et ce malgré les infamantes accusations portées par les personnalités les plus influentes et de tous les bords contre cet homme, cet étranger (Julian Assange est citoyen australien), cet « espion » à la solde des forces du mal…

Aucune pression, aucune menace ne semble pouvoir atteindre ces juges incorruptibles animés par la conviction que le Premier Amendement de la Constitution américaine est le bien le plus précieux de l’humanité, et qu’en faire une coquille vide, comme est le droit de la liberté d’expression dans les autres pays, serait une régression vers la barbarie dont l’humanité pourrait ne jamais se relever.

L’énorme poids qui pèse sur leurs épaules ne les rend que plus admirables, que plus augustes et vénérables, le fait qu’ils soient seuls contre tous les autres pouvoirs : pouvoirs des nations étrangères, pour lesquels l’exception américaine sera toujours un affront, comme la vertu est un affront au vice, et pouvoirs constitutionnels des États-Unis eux-mêmes, en proie trop souvent aux convulsions de la démagogie.

The day the First Amendment is an empty shell will have ceased God to bless America. May He prevent such a day from ever happening. And God bless America.

(Pour une présentation plus juridique, voyez mon essai Droit comparé de la liberté d’expression x)

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« Un drogué, apparemment une loque, paraissant n’avoir rien appris (étant incapable de le dire), voit quand même les autres, fussent-ils savants ou grands personnages, comme des étriqués. » (Henri Michaux, Misérable Miracle)

C’est donc sans doute en ce qui concerne les savants et les grands personnages que le drogué est le plus lucide.

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« The Rasta’s motto is ‘Peace and Love’ – this is the manner in wich they greet each other. » (Leonard Barrett Sr, The Rastafarians, 1997)

This very motto being better known as the hippies’, who took it from anti-Vietnam war protest chants in the late sixties, it should be acknowledged that the rastafarians were already using it long before, as they have been an identified group in Jamaica, other Caribbean islands, and the States from the fourties/fifties onwards.

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« Imam [Wallace] Muhammad ‘pointed out that the Constitution of the United States is basically a Qur’anic document. Its principles were presented to the world over 1,400 years ago by the Prophet Muhammad (PBUH). » (Mattias Gardel, Louis Farrakhan and the Nation of Islam, 1996)

God bless America.

Louis Farrakhan and the Nation of Islam Source

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Dans la même veine, d’après le Français Christian Cherfils (1858-1926), disciple d’Auguste Comte converti à l’islam, dans son livre Bonaparte et l’Islam d’après les documents français et arabes (1913), le code civil de 1804 ou code Napoléon (qui reste le fondement du droit français à ce jour) serait inspiré de la Charia.

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« Les Croisés ont combattu quelque chose devant quoi il leur aurait mieux convenu de se prosterner dans la poussière – une culture face à laquelle notre dix-neuvième siècle lui-même paraît très indigent, très ‘en retard’. » (Nietzsche, L’Antéchrist) (Die Kreuzritter bekämpften später Etwas, vor dem sich in den Staub zu legen ihnen besser angestanden hätte, – eine Cultur, gegen die sich selbst unser neunzehntes Jahrhundert sehr arm, sehr ‘spät’ vorkommen dürfte.)

Un philosophe dont les actuels paladins de la volonté de puissance ne peuvent, on le voit, rien tirer…

(N.B. La traduction française dont je me suis servi (GF Flammarion) écrit « à laquelle notre dix-neuvième lui-même pourrait paraître très indigent » pour « selbst unser neunzehntes Jahrhundert sehr arm, sehr ‘spät’ vorkommen dürfte », en raison de dürfte, mais ce dernier terme a clairement ici le sens emphatique de « à bon droit » plutôt que celui d’une atténuation comme le suggère la timide traduction française, atténuation qui ne peut d’ailleurs nullement se comprendre dans le contexte. C’est d’autant plus regrettable que « lui-même » (selbst) devient alors une forme de compliment, c’est-à-dire quelque chose « notre cher dix-neuvième lui-même pourrait, éventuellement, peut-être, à la rigueur (haussement d’épaules), selon certains (mais qui, au fait ?) paraître indigent », alors que l’expression « lui-même » n’est là que pour indiquer ce que les Occidentaux croient avoir fait de mieux à ce jour. Cette atténuation, cette euphémisation qui tend au contre-sens quasiment volontaire trahit la réticence intellectuelle du traducteur, employé de l’Éducation nationale, devant la pensée intransigeante du philosophe, et son peu de capacité à rendre un esprit fort, massif et franc. Le traducteur introduit de l’ambiguïté où il n’y en a pas et où même il ne peut y en avoir.)

D’autres – pas tout à fait du même acabit – ne pourront guère mieux servir à nos paladins :

« Quand l’Islamisme semble se désagréger au contact des doctrines étrangères, c’est qu’il travaille à se les assimiler, pour se renouveler. On peut prédire à coup sûr d’étranges réveils de la foi musulmane. » (Bernanos, Textes non rassemblés)

Bien vu.

« Quand le catholicisme ne devrait pas reconquérir son hégémonie d’autrefois, il ne serait pas démontré qu’une autre doctrine ne pût rallier les esprits et suggérer une unité de conscience toute nouvelle. Il y aurait l’Islam, si le positivisme n’existait pas. » (Charles Maurras, Quand les Français ne s’aimaient pas, 1916)

Ainsi, le père du « nationalisme intégral » dit que l’Islam pourrait servir à une nouvelle unité de conscience en France ! L’Islam le pourrait « si le positivisme n’existait pas ». Mais le positivisme existe-t-il ? Qui sait ce que c’est ?

Et cette autre alors, non mais c’est incroyable :

« On appelait la France le paradis des femmes, parce qu’elles y jouissaient d’une grande liberté, mais cette liberté même venait de la facilité avec laquelle on se détachait d’elles. Le Turc qui renferme sa femme prouve au moins par là qu’elle est nécessaire à son bonheur : l’homme à bonnes fortunes, tel que le dernier siècle nous en a fourni tant d’exemples, choisit les femmes pour victimes de sa vanité ; et cette vanité ne consiste pas seulement à les séduire, mais à les abandonner. » (Madame de Staël, De l’Allemagne)

Une femme qui préfère le Turc au séducteur français, la moutarde me monte au nez, bougre de bougre !

Et même en Suède :

« Nous avons beaucoup à apprendre d’eux [les Musulmans] : ils n’ont pas honte d’afficher leurs convictions, alors que nous, nous cachons les nôtres. » (Strindberg, Un livre bleu)

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« Nous voyons les grands esprits de tous les temps attacher le plus grand prix au loisir ; car, tant vaut l’homme, tant vaut le loisir. » (Schopenhauer, Aphorismes sur la sagesse dans la vie)

Mais de petits hommes, politiciens souvent, nous rappellent sans cesse à la « valeur travail ». Alors même que la politique peut difficilement passer pour un « travail », sauf à considérer que discuter au comptoir après le travail, par exemple, est encore du travail.

En outre, on cherche à présent à nous faire passer les politiciens pour des experts. Mais où a-t-on vu que les experts devaient se faire élire au terme de campagnes électorales ?

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Pygmées néolithiques

« À la fin du siècle dernier, on a découvert au Schweizerbild [sic, lisez Schweizersbild], près de Schaffouse, en Suisse, les restes osseux d’hommes de taille minuscule, véritables pygmées de l’âge de la pierre récente. Kollmann, qui les a examinés, considère comme certain que leur nanisme ne peut être attribué à des causes pathologiques. ‘Il est possible, comme le suggère Nüesch, que la légende très répandue relative à l’existence passée de nains et de gnomes, qui hantaient, disait-on, des cavernes ou des retraites cachées dans les montagnes, pourrait être une réminiscence de ces pygmées néolithiques (James Geikie, géologue écossais).’ » (Bernard Heuvelmans, Sur la piste des bêtes ignorées, 1955)

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« À l’examen des faits, les anthropologues ont acquis depuis de nombreuses années la certitude que les caractéristiques que l’on a toujours prêtées aux elfes proviennent de la mémoire collective plutôt que de l’imagination mythologique. C’est-à-dire que l’elfe, le troll, le gnome, le kobold, le leprechaun, le brownie, le lutin ou le fardadet de la tradition ne sont pas à proprement parler des démons nocturnes de la tradition aryenne mais une synthèse de ce personnage et d’une authentique race d’hommes nains ou pygmées que les Aryens chassèrent à une époque ou à une autre et qu’ils obligèrent à se réfugier dans des retraites souterraines … réduits au troglodytisme … Avec le temps, il est certain que de nombreux Aryens renégats passèrent dans leurs rangs – de la même façon qu’aujourd’hui les hommes adoptent le mode de vie indigène des contrées sauvages qu’ils habitent –, et qu’ils réussirent à inculquer leur répugnant système de culte de la fertilité à une catégorie d’Aryens décadents, donnant ainsi naissance au furtif culte des sorcières » (H.P. Lovecraft, Quelques origines du royaume des fées [Some Backgrounds of Fairyland], 1932)

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Polygamie féministe ?

« Les femmes nordiques n’ont commencé qu’au XVIIIe siècle à prendre le nom de famille de leur mari [elles portaient avant le nom de leur père : -dottir, « fille de », par exemple Jonsdottir]. À ce point de vue, l’héritage des Vikings s’est conservé en Scandinavie dans une large mesure ; aussi lorsqu’eut lieu l’émancipation de la femme au XXe siècle, les femmes nordiques avaient déjà sur les autres une avance considérable. » (Eric Oxenstierna, Les Vikings, 1956)

On voit cependant que les femmes nordiques portaient le nom de leur père et non de leur mère. Par ailleurs, la polygamie était connue des Vikings. Selon certains, elle était limitée aux cercles dynastiques :

« En Scandinavie, la polygamie était un privilège des maisons royales. » (Borges, Essai sur les anciennes littératures germaniques)

Mais selon Carolus Lundius (1638-1715), dans son livre en latin sur Zamolxis et les Gètes (1687), elle était répandue dans toute la population de Scandinavie, sauf en Suède :

« The Scandians, but not the Swedish, yet are not satisfied with one spouse, they being surrounded with many a wife, officially wedded, like in the past, too (see Tacit., De mor. Germ., chap.XVIII) more frequent in the villages than in towns; the Swedish were the single ones to be satisfied with one spouse. … Polygamy is still a habit, especially in villages. » (Traduction Honorius Crisan)

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« A Swede wants to be capable and industrious – and not only in the context of work, since the duktighet [ability, industry, sedulity] ideal encompasses the whole person. The situation is complicated by another notion, namely, that you are nothing by virtue of being an individual. … This cultural trait, called the ‘Law of Jante’ (Jantelagen), is also a significant component in Norwegian and Danish culture. Personal worth is gained not least as a reward for being duktig, industrious, hard-working, but one is admonished not to forget that ‘pride goes before a fall’. Such is the Scandinavian attitude. » (Åke Daun, Swedish Mentality [Svensk mentalitet], 1989)

I should think the ‘cultural trait’ here described is typical smalltown mentality no matter the country. This mentality will always be one of the causes that rush enterprising people into cities, or emigration when a country’s population is so small as to be pervaded by smalltown mentality. Scandinavians who migrated in great numbers to the United States knew of no Jantelag in their new surroundings and adopted as a matter of course the live-and-let-live, flaunt-it, individualistic mindset that has made America the first country in the world.

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Mystère de l’hymen

« Ambroise Paré, Du Laurens, Graaf, Pinæus, Dionis, Mauriceau, Palfyn et plusieurs autres anatomistes aussi fameux … soutiennent au contraire que la membrane de l’hymen n’est qu’une chimère, que cette partie n’est point naturelle aux filles, et ils s’étonnent de ce que les autres en ont parlé comme d’une chose réelle et constante. » (Buffon, Histoire naturelle)

Ces naturalistes éminents sont peut-être excusés par le fait que la membrane de l’hymen n’existe que chez la seule espèce humaine. À quoi s’ajoute que la biologie même la plus récente ne peut fournir aucune explication à l’évolution de cette partie chez notre espèce, et l’avoue. Autrement dit, il existe un mystère de l’hymen ; quand on l’aura percé, quelques corrections majeures sans doute s’ensuivront.

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« La transmission des caractères acquis est contraire aux dogmes actuels. Cependant elle seule peut rendre possible l’évolution » (Alexis Carrel, Jour après jour, 1956)

Je ne me prononce pas sur le fond, simplement Carrel semble justifié quand il parle ainsi de « dogmes », quand il dénonce le dogmatisme de la faculté. Or qui est à l’origine de ce dogmatisme ? Ce n’est certainement pas Darwin, bien que la faculté dise que le darwinisme a invalidé la transmission des caractères acquis théorisée par Cuvier. Ce n’est certainement pas Darwin lui-même puisque :

« Nous devons nous rappeler surtout que des modifications acquises, qui ont continuellement rendu des services dans le passé, ont dû probablement se fixer et devenir héréditaires. … La sélection naturelle a été l’agent principal, bien qu’elle ait été largement aidée par les effets héréditaires de l’habitude, et un peu par l’action directe des conditions ambiantes. » (Darwin, La descendance de l’homme et la sélection sexuelle)

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Il y a dans Un livre bleu de Strindberg un texte intitulé Les Lumières noires (Den svarta upplysningen) qui se conclut ainsi :

« La jeune France est christianisée par les païens, et le dernier apôtre du bon sens paysan [il est indiqué, en note des commentateurs, qu’il s’agit de Zola] se retrouve isolé, comme un vieil épouvantail, persuadé dans son aveuglement satanique d’être le seul homme éclairé au monde. Peut-on espérer que les Lumières noires prendront fin avec lui ? – Espérons-le ! » (Traduction des éditions de L’Herne)

Seulement voilà, le texte original de la dernière phrase est en réalité :

« Hoppas vi att upplysningen är slut med honom? – Ja, vi hoppas. »

C’est-à-dire qu’il n’est pas question, dans la conclusion de ce texte, des « Lumières noires » mais des Lumières. On comprend alors, en suédois, que les Lumières noires et les Lumières, la philosophie des Lumières, ne sont qu’un. Cela ne peut être compris dans la traduction française, fautive, infidèle, que j’ai reproduite, car elle ne parle, faussement, que des « Lumières noires » et non des « Lumières », ce qui fait que le titre reste obscur et n’est pas éclairé par la conclusion. Il s’agit, comme pour la traduction de L’Antéchrist de Nietzsche citée plus haut, d’une révolte du traducteur devant l’évidence. Le traducteur se refuse à suivre le penseur dans une détestation aussi franche et massive des Lumières et il la voile, y mêle sa pusillanimité, sa sournoiserie d’homme « éclairé », et ce faisant la rend impure.