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Le plus libre est le seul qui le soit

La nation la plus libre du monde
(n’est pas la France et ne l’a jamais été)

« Nous vivons dans la nation la plus grande, la plus libre et la plus prospère du monde, et pourtant trop de nos concitoyens ne croient pas que leur vie ait un sens ou une valeur. »

Cette citation est tirée du livre de George W. Bush, A Charge to Keep (1999), ridiculement traduit en français (à moins qu’il ne s’agisse d’une intention malveillante de ridiculiser l’auteur) Avec l’aide de Dieu.

La première partie de la citation est tout ce qu’il y a de plus vrai : les États-Unis d’Amérique sont la nation la plus grande, la plus libre et la plus prospère du monde. Ce pays doit selon moi sa grandeur suprême à son éminente liberté, et principalement à son droit du Premier Amendement relatif à la liberté d’expression. C’est le seul pays qui ait tiré, et ce très tôt dans son histoire, les conséquences de cette liberté et ne lui oppose pas comme les autres démocraties, ou prétendues telles, de fallacieuses considérations d’ordre public qui ne visent en réalité qu’à protéger les classes dirigeantes de toute forme de véritable contestation.

Les magistrats américains méritent l’hommage du monde entier pour la constance avec laquelle ils défendent l’exception américaine du droit de la liberté d’expression, une exception qui devrait être la règle. Je ne connais pas de libre penseur qui ne soit d’accord avec cela. Je ne connais ici, dans mon pays, que de lâches mercenaires de la plume, qui feraient mieux de la poser une fois pour toutes puisqu’ils se contentent désormais le plus souvent de vitupérer contre des opinions que le juge est de toute façon chargé de réprimer, et il n’a pas besoin d’eux pour le faire ; en voilà qui ne risquent pas d’être contredits (vu, par ailleurs, qu’on parle de moins en moins français dans le monde et que ce déclin doit être vrai aux États-Unis également) ! Je ne discute pas avec ceux qui se réjouissent de voir des opinions condamnées par la justice et se félicitent de ce genre de lois ; je ne veux pas non plus les appeler mes amis, même quand nos convictions seraient les mêmes sur la plupart des sujets importants.

Par la sanctuarisation du Premier Amendement, les juges américains ont fait davantage pour l’émancipation de l’humanité que tous les politiciens des autres démocraties, ou prétendues telles, réunies, et sans doute des politiciens de leur propre nation, puisque cette sanctuarisation qui est leur œuvre s’oppose le plus souvent au vote des législatures des États, qui semblent souffrir autant que dans les autres pays d’une inextinguible soif de répression.

Ces derniers temps, comme une traînée de poudre, comme une épidémie foudroyante, vingt-sept États ont adopté des lois « anti-boycott », forçant leurs fonctionnaires à prêter serment de ne pas boycotter un certain État étranger qui le mérite pourtant compte tenu de son mépris du droit international et des droits de l’homme, l’État sioniste, ou refusant tous contrats publics aux entreprises soutenant un tel boycott. Trois de ces lois ont été déjà déclarées inconstitutionnelles, contraires au Premier Amendement, par le juge américain, et je ne doute pas que c’est le sort réservé aux vingt-quatre autres dans les plus brefs délais.

Également, aujourd’hui même [31 juillet 2019] une cour fédérale américaine vient de rejeter les poursuites à l’encontre de Wikileaks, indiquant que la publication de ces documents est protégée par le Premier Amendement, et ce malgré les infamantes accusations portées par les personnalités les plus influentes et de tous les bords contre cet homme, cet étranger (Julian Assange est citoyen australien), cet « espion » à la solde des forces du mal…

Aucune pression, aucune menace ne semble pouvoir atteindre ces juges incorruptibles animés par la conviction que le Premier Amendement de la Constitution américaine est le bien le plus précieux de l’humanité, et qu’en faire une coquille vide, comme est le droit de la liberté d’expression dans les autres pays, serait une régression vers la barbarie dont l’humanité pourrait ne jamais se relever.

L’énorme poids qui pèse sur leurs épaules ne les rend que plus admirables, que plus augustes et vénérables, le fait qu’ils soient seuls contre tous les autres pouvoirs : pouvoirs des nations étrangères, pour lesquels l’exception américaine sera toujours un affront, comme la vertu est un affront au vice, et pouvoirs constitutionnels des États-Unis eux-mêmes, en proie trop souvent aux convulsions de la démagogie.

The day the First Amendment is an empty shell will have ceased God to bless America. May He prevent such a day from ever happening. And God bless America.

(Pour une présentation plus juridique, voyez mon essai Droit comparé de la liberté d’expression x)

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« Un drogué, apparemment une loque, paraissant n’avoir rien appris (étant incapable de le dire), voit quand même les autres, fussent-ils savants ou grands personnages, comme des étriqués. » (Henri Michaux, Misérable Miracle)

C’est donc sans doute en ce qui concerne les savants et les grands personnages que le drogué est le plus lucide.

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« The Rasta’s motto is ‘Peace and Love’ – this is the manner in wich they greet each other. » (Leonard Barrett Sr, The Rastafarians, 1997)

This very motto being better known as the hippies’, who took it from anti-Vietnam war protest chants in the late sixties, it should be acknowledged that the rastafarians were already using it long before, as they have been an identified group in Jamaica, other Caribbean islands, and the States from the fourties/fifties onwards.

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« Imam [Wallace] Muhammad ‘pointed out that the Constitution of the United States is basically a Qur’anic document. Its principles were presented to the world over 1,400 years ago by the Prophet Muhammad (PBUH). » (Mattias Gardel, Louis Farrakhan and the Nation of Islam, 1996)

God bless America.

Louis Farrakhan and the Nation of Islam Source

ii

Dans la même veine, d’après le Français Christian Cherfils (1858-1926), disciple d’Auguste Comte converti à l’islam, dans son livre Bonaparte et l’Islam d’après les documents français et arabes (1913), le code civil de 1804 ou code Napoléon (qui reste le fondement du droit français à ce jour) serait inspiré de la Charia.

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« Les Croisés ont combattu quelque chose devant quoi il leur aurait mieux convenu de se prosterner dans la poussière – une culture face à laquelle notre dix-neuvième siècle lui-même paraît très indigent, très ‘en retard’. » (Nietzsche, L’Antéchrist) (Die Kreuzritter bekämpften später Etwas, vor dem sich in den Staub zu legen ihnen besser angestanden hätte, – eine Cultur, gegen die sich selbst unser neunzehntes Jahrhundert sehr arm, sehr ‘spät’ vorkommen dürfte.)

Un philosophe que les actuels paladins de la volonté de puissance ne peuvent, on le voit, rien tirer…

(N.B. La traduction française dont je me suis servi (GF Flammarion) écrit « à laquelle notre dix-neuvième lui-même pourrait paraître très indigent » pour « selbst unser neunzehntes Jahrhundert sehr arm, sehr ‘spät’ vorkommen dürfte », en raison de dürfte, mais ce dernier terme a clairement ici le sens emphatique de « à bon droit » plutôt que celui d’une atténuation comme le suggère la timide traduction française, atténuation qui ne peut d’ailleurs nullement se comprendre dans le contexte. C’est d’autant plus regrettable que « lui-même » (selbst) devient alors une forme de compliment, c’est-à-dire quelque chose « notre cher dix-neuvième lui-même pourrait, éventuellement, peut-être, à la rigueur (haussement d’épaules), selon certains (mais qui, au fait ?) paraître indigent », alors que l’expression « lui-même » n’est là que pour indiquer ce que les Occidentaux croient avoir fait de mieux à ce jour. Cette atténuation, cette euphémisation qui tend au contre-sens quasiment volontaire trahit la réticence intellectuelle du traducteur, employé de l’Éducation nationale, devant la pensée intransigeante du philosophe, et son peu de capacité à rendre un esprit fort, massif et franc. Le traducteur introduit de l’ambiguïté où il n’y en a pas et où même il ne peut y en avoir.)

D’autres – pas tout à fait du même acabit – ne pourront guère mieux servir à nos paladins :

« Quand l’Islamisme semble se désagréger au contact des doctrines étrangères, c’est qu’il travaille à se les assimiler, pour se renouveler. On peut prédire à coup sûr d’étranges réveils de la foi musulmane. » (Bernanos, Textes non rassemblés)

Bien vu.

« Quand le catholicisme ne devrait pas reconquérir son hégémonie d’autrefois, il ne serait pas démontré qu’une autre doctrine ne pût rallier les esprits et suggérer une unité de conscience toute nouvelle. Il y aurait l’Islam, si le positivisme n’existait pas. » (Charles Maurras, Quand les Français ne s’aimaient pas, 1916)

Ainsi, le père du « nationalisme intégral » dit que l’Islam pourrait servir à une nouvelle unité de conscience en France ! L’Islam le pourrait « si le positivisme n’existait pas ». Mais le positivisme existe-t-il ? Qui sait ce que c’est ?

Et cette autre alors, non mais c’est incroyable :

« On appelait la France le paradis des femmes, parce qu’elles y jouissaient d’une grande liberté, mais cette liberté même venait de la facilité avec laquelle on se détachait d’elles. Le Turc qui renferme sa femme prouve au moins par là qu’elle est nécessaire à son bonheur : l’homme à bonnes fortunes, tel que le dernier siècle nous en a fourni tant d’exemples, choisit les femmes pour victimes de sa vanité ; et cette vanité ne consiste pas seulement à les séduire, mais à les abandonner. » (Madame de Staël, De l’Allemagne)

Une femme qui préfère le Turc au séducteur français, la moutarde me monte au nez, bougre de bougre !

Et même en Suède :

« Nous avons beaucoup à apprendre d’eux [les Musulmans] : ils n’ont pas honte d’afficher leurs convictions, alors que nous, nous cachons les nôtres. » (Strindberg, Un livre bleu)

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« Nous voyons les grands esprits de tous les temps attacher le plus grand prix au loisir ; car, tant vaut l’homme, tant vaut le loisir. » (Schopenhauer, Aphorismes sur la sagesse dans la vie)

Mais de petits hommes, politiciens souvent, nous rappellent sans cesse à la « valeur travail ». Alors même que la politique peut difficilement passer pour un « travail », sauf à considérer que discuter au comptoir après le travail, par exemple, est encore du travail.

En outre, on cherche à présent à nous faire passer les politiciens pour des experts. Mais où a-t-on vu que les experts devaient se faire élire au terme de campagnes électorales ?

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Pygmées néolithiques

« À la fin du siècle dernier, on a découvert au Schweizerbild [sic, lisez Schweizersbild], près de Schaffouse, en Suisse, les restes osseux d’hommes de taille minuscule, véritables pygmées de l’âge de la pierre récente. Kollmann, qui les a examinés, considère comme certain que leur nanisme ne peut être attribué à des causes pathologiques. ‘Il est possible, comme le suggère Nüesch, que la légende très répandue relative à l’existence passée de nains et de gnomes, qui hantaient, disait-on, des cavernes ou des retraites cachées dans les montagnes, pourrait être une réminiscence de ces pygmées néolithiques (James Geikie, géologue écossais).’ » (Bernard Heuvelmans, Sur la piste des bêtes ignorées, 1955)

&

« À l’examen des faits, les anthropologues ont acquis depuis de nombreuses années la certitude que les caractéristiques que l’on a toujours prêtées aux elfes proviennent de la mémoire collective plutôt que de l’imagination mythologique. C’est-à-dire que l’elfe, le troll, le gnome, le kobold, le leprechaun, le brownie, le lutin ou le fardadet de la tradition ne sont pas à proprement parler des démons nocturnes de la tradition aryenne mais une synthèse de ce personnage et d’une authentique race d’hommes nains ou pygmées que les Aryens chassèrent à une époque ou à une autre et qu’ils obligèrent à se réfugier dans des retraites souterraines … réduits au troglodytisme … Avec le temps, il est certain que de nombreux Aryens renégats passèrent dans leurs rangs – de la même façon qu’aujourd’hui les hommes adoptent le mode de vie indigène des contrées sauvages qu’ils habitent –, et qu’ils réussirent à inculquer leur répugnant système de culte de la fertilité à une catégorie d’Aryens décadents, donnant ainsi naissance au furtif culte des sorcières » (H.P. Lovecraft, Quelques origines du royaume des fées [Some Backgrounds of Fairyland], 1932)

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Polygamie féministe ?

« Les femmes nordiques n’ont commencé qu’au XVIIIe siècle à prendre le nom de famille de leur mari [elles portaient avant le nom de leur père : -dottir, « fille de », par exemple Jonsdottir]. À ce point de vue, l’héritage des Vikings s’est conservé en Scandinavie dans une large mesure ; aussi lorsqu’eut lieu l’émancipation de la femme au XXe siècle, les femmes nordiques avaient déjà sur les autres une avance considérable. » (Eric Oxenstierna, Les Vikings, 1956)

On voit cependant que les femmes nordiques portaient le nom de leur père et non de leur mère. Par ailleurs, la polygamie était connue des Vikings. Selon certains, elle était limitée aux cercles dynastiques :

« En Scandinavie, la polygamie était un privilège des maisons royales. » (Borges, Essai sur les anciennes littératures germaniques)

Mais selon Carolus Lundius (1638-1715), dans son livre en latin sur Zamolxis et les Gètes (1687), elle était répandue dans toute la population de Scandinavie, sauf en Suède :

« The Scandians, but not the Swedish, yet are not satisfied with one spouse, they being surrounded with many a wife, officially wedded, like in the past, too (see Tacit., De mor. Germ., chap.XVIII) more frequent in the villages than in towns; the Swedish were the single ones to be satisfied with one spouse. … Polygamy is still a habit, especially in villages. » (Traduction Honorius Crisan)

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« A Swede wants to be capable and industrious – and not only in the context of work, since the duktighet [ability, industry, sedulity] ideal encompasses the whole person. The situation is complicated by another notion, namely, that you are nothing by virtue of being an individual. … This cultural trait, called the ‘Law of Jante’ (Jantelagen), is also a significant component in Norwegian and Danish culture. Personal worth is gained not least as a reward for being duktig, industrious, hard-working, but one is admonished not to forget that ‘pride goes before a fall’. Such is the Scandinavian attitude. » (Åke Daun, Swedish Mentality [Svensk mentalitet], 1989)

I should think the ‘cultural trait’ here described is typical smalltown mentality no matter the country. This mentality will always be one of the causes that rush enterprising people into cities, or emigration when a country’s population is so small as to be pervaded by smalltown mentality. Scandinavians who migrated in great numbers to the United States knew of no Jantelag in their new surroundings and adopted as a matter of course the live-and-let-live, flaunt-it, individualistic mindset that has made America the first country in the world.

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Mystère de l’hymen

« Ambroise Paré, Du Laurens, Graaf, Pinæus, Dionis, Mauriceau, Palfyn et plusieurs autres anatomistes aussi fameux … soutiennent au contraire que la membrane de l’hymen n’est qu’une chimère, que cette partie n’est point naturelle aux filles, et ils s’étonnent de ce que les autres en ont parlé comme d’une chose réelle et constante. » (Buffon, Histoire naturelle)

Ces naturalistes éminents sont peut-être excusés par le fait que la membrane de l’hymen n’existe que chez la seule espèce humaine. À quoi s’ajoute que la biologie même la plus récente ne peut fournir aucune explication à l’évolution de cette partie chez notre espèce, et l’avoue. Autrement dit, il existe un mystère de l’hymen ; quand on l’aura percé, quelques corrections majeures sans doute s’ensuivront.

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« La transmission des caractères acquis est contraire aux dogmes actuels. Cependant elle seule peut rendre possible l’évolution » (Alexis Carrel, Jour après jour, 1956)

Je ne me prononce pas sur le fond, simplement Carrel semble justifié quand il parle ainsi de « dogmes », quand il dénonce le dogmatisme de la faculté. Or qui est à l’origine de ce dogmatisme ? Ce n’est certainement pas Darwin, bien que la faculté dise que le darwinisme a invalidé la transmission des caractères acquis théorisée par Cuvier. Ce n’est certainement pas Darwin lui-même puisque :

« Nous devons nous rappeler surtout que des modifications acquises, qui ont continuellement rendu des services dans le passé, ont dû probablement se fixer et devenir héréditaires. … La sélection naturelle a été l’agent principal, bien qu’elle ait été largement aidée par les effets héréditaires de l’habitude, et un peu par l’action directe des conditions ambiantes. » (Darwin, La descendance de l’homme et la sélection sexuelle)

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Il y a dans Un livre bleu de Strindberg un texte intitulé Les Lumières noires (Den svarta upplysningen) qui se conclut ainsi :

« La jeune France est christianisée par les païens, et le dernier apôtre du bon sens paysan [il est indiqué, en note des commentateurs, qu’il s’agit de Zola] se retrouve isolé, comme un vieil épouvantail, persuadé dans son aveuglement satanique d’être le seul homme éclairé au monde. Peut-on espérer que les Lumières noires prendront fin avec lui ? – Espérons-le ! » (Traduction des éditions de L’Herne)

Seulement voilà, le texte original de la dernière phrase est en réalité :

« Hoppas vi att upplysningen är slut med honom? – Ja, vi hoppas. »

C’est-à-dire qu’il n’est pas question, dans la conclusion de ce texte, des « Lumières noires » mais des Lumières. On comprend alors, en suédois, que les Lumières noires et les Lumières, la philosophie des Lumières, ne sont qu’un. Cela ne peut être compris dans la traduction française, fautive, infidèle, que j’ai reproduite, car elle ne parle, faussement, que des « Lumières noires » et non des « Lumières », ce qui fait que le titre reste obscur et n’est pas éclairé par la conclusion. Il s’agit, comme pour la traduction de L’Antéchrist de Nietzsche citée plus haut, d’une révolte du traducteur devant l’évidence. Le traducteur se refuse à suivre le penseur dans une détestation aussi franche et massive des Lumières et il la voile, y mêle sa pusillanimité, sa sournoiserie d’homme « éclairé », et ce faisant la rend impure.

Strindberg : Un livre bleu II / Blå Bok

Voici donc, pour la première fois en français, deux textes du Livre bleu, II et III, de Strindberg. Pour ce qui est des textes originaux suédois, qui précèdent la traduction, le premier est écrit dans la graphie de l’époque, car le livre utilisé est un livre ancien, le second respecte l’orthographe moderne.

Je demande à mes lecteurs la permission de ne pas faire de commentaire.

[ADDENDUM. Toutes mes excuses, le premier des deux textes qui suivent a déjà été traduit et figure dans le choix de textes en français paru sous le nom Un livre bleu – ce dont je viens seulement de m’apercevoir, un peu tard. Le second texte le complète bien, sur le même sujet.]

Häxprocesserna

När på 1880-talet materialismen blomstrade och människorna förfäades, upptäckte fysiologen Charcot den onda viljans makt att influera medmänniskors psyke, så att de blefvo « besatta ». Detta kallades hypnotism och suggestion. Hemlighetsfulla tilldragelser med brottslig anstrykning började refereras, processer anlades därtill och mord förekommo, och där mördaren uppgaf sig ha handlat under inflytande och tryck af viss persons vilja, till och med på afstånd. Det var då Charcot fällde de ryktbara orden : Om femtio år ha vi häxprocesserna igen ! Därmed erkändes att det fanns något i häxprocesserna som var annat än inbillningar och bedrägeri.

Hvad menades då med en häxa ? En kvinna (mest kvinnor !) som händelsevis upptäckt själens förmåga att gå ut ur kroppen eller på afstånd influera på en annan, mest på de lägre sfärerna. Därjämte måtte de ägt förmågan att, särskildt hos barn, framkalla orena bilder.

Romarne kände alla dessa konster, men förstodo dem icke. De menade således med Lamia ett spöke som « diade » barn, och med Incubus, som i orena drömmar besökte ynglingar och flickor, menade de Faunus eller den ludne Pan. Luther talar ännu om dessa företeelser, och Huysmans har skildrat fenomenet i ett kloster som han besökte såsom om det var en upplefvelse.

Nu är saken den, som hvarje förälskad man känner till, att kvinnan kan, när hon attraheras till en man, intränga med sin själ eller delar af densamma i hans, så att han förlorar sig själf och blir besatt af henne.

Ynglingen och flickan plågas i drömmen sannolikt icke af sina fantasier utan af andras, och de som tycka sig förföljda af mänskor äro sannolikt förföljda af andras tankar, kärlek eller hat. När denna själens förmåga, under vilda tider af förfall, utvecklas och upptäckes, så missbrukas krafterna af de andra till andra ändamål. Ynglingen i pubertetsåldern, som blifvit föremål för en, kanske okänd, kvinnas böjelse, plågas af detta, känner sig ofri, besatt, och blir stundom frestad beröfva sig lifvet för att bli fri sin vampyr. Olycklig kärlek kan ju sluta i själfmord.

Dessa häxor, som brändes under häxeriprocesserna, voro antingen sådana vampyrer eller besatta, och man har exempel på häxor som af okunnighet och nyfikenhet praktiserat trolldom, sedan själfva angifvit sig och tiggt om bålet som enda räddningen, ty genom att göra ondt hade de trädt i förbindelse med en lägre region som vi ana men icke kunna känna fullständigt.

Albigenser och tempelherrar lära ha utöfvat trolldomssynd med alla afvikelser, och därför brändes de, icke för religionensskull. Och när tempelherrarne svuro på bålet att de voro oskyldiga, så menade de väl oskyldiga till den yttre handlingen, då lagen icke straffar tankesynd, viljesynd, önskesynd.

Häxeriprocesserna upphörde, men häxeriet är kvar delvis. En nådig försyn inbillade mänskorna att det bara var inbillningar ; och när deras tankar upphörde spela omkring dessa ämnen, blefvo de immuna.

När med hypnotismen, medevetandet om dolda, darliga krafter väktes till lif, började fenomenen återigen visa sig, och mäktiga andar, särskildt i Frankrike, bekämpade hvarandra, på afstånd, ibland med dödlig utgång. Flera af dem som framkallat krafterna blefvo skrämda, och flydde till religionen, där de funno säker hjälp. Andra förgingos i sin egen ondska.

Den kvinna, som af ondska och härsklystnad leker med en mans känslor, blifver icke ostraffad. Koketten som väcker svartsjuka blir oftast straffad genom svartsjuka, det vill säga : anfäktas af inbillningar, där hon ser mannen älska en annan kvinna, och det lär vara helvetets kval. Därför heter det så riktigt : Lek icke med kärleken !

Häxor

Swedenborg tror på häxor, efter som han sett dem, och så gör jag också ; ty jag har känt sådana.

Med Häxa menas en kvinna som kan utsända sin kroppssjäl genom en stark viljeakt. Hon kan skicka denna om natten till sovande ynglingar och män, och ge dem illusion (full verklighet) av en omfamning. Detta var medeltidens Succubus eller Incubus, som förekommer i Goethes Faust 1:a Delen, och vilket författaren till Medeltidens Magi aldrig kunde begripa emedan han levde i köttet.

Jag har för många år sedan känt en häxa i utlandet utan att förstå vem jag hade för mig. Hon kunde förvända min syn, så att jag såg det som icke fanns ; hon kunde besöka mig när hon ville ; när hon var ond på mig förmådde hon ingiva mig självmordsmani ; hon ägde kraft att bibringa mig alla slags känslor och hon låg och önskade sig gåvor och pengar, så att jag fick ingivelser inifrån att uppfylla hennes outtalade önskningar.

Swedenborg talar om lastbara kvinnor som bli trollkonor. « De ingiva andra dem de hata, att de må bringa dem om livet, ty de veta sig icke kunna dö ; sedan anklaga de dem som mördare och utsprida det. »

« I helvetet består deras livs högsta nöje i att pina ; ja, medelst i världen okända konster, genom vilka de förstå att bibringa de finaste känslor, alldeles som om de voro i kroppen. »

För att läsaren icke må tro att detta är fantasier eller inbillningar skall jag skvallra om vad en häxa berättat mig, ty jag har känt flera häxor.

Jag frågade en gång, när vinet öppnat hennes tunga : Hur bär ni er åt ? – Jo, jag ligger och tänker mig…

Jag gick med en häxa på gatan, och på långt håll sågo vi ett fruntimmer förgäves söka komma opp på sin cykel.

– Nej, du kommer icke opp förr än jag vill, mumlade min häxa.

Damen på cykeln stretade en stund.

 – Opp med dig då ! sade häxan, och vände bort huvet. I detsamma var damen i sadeln.

Hon hade alltså onda ögat, var jettatore (-trice), bragte otur och förbannelse med sig, var naturligtvis grym och vällustig, vilket följer med !

Hon var rysligt ful, men kunde förvända synen så att hon föreföll skön, dock icke för alla och icke alltid. Vid 43 år kunde hon vid tillfällen ge fullständig illusion av 17 år.

Nu vill jag erkänna, att de flesta kvinnor äga denna förmågan, och detta kallas deras charm, eller tjusningsförmågan, som kan beröva en man förståndet slutligen.

Många flickor, som upptäckt denna farliga gåva, missbruka den av oförstånd ; men många handla på befallning, med tvång, och äro skyddade i sitt rysliga ämbete : att straffa gudlösa män.

Därför är den ogudaktige värnlös mot furien ; och det har givit enfaldiga män anledning tala och skriva om kvinnomakt. Hon har endast makt över den gudlöse.

– Du hade ingen makt över mig, vore hon dig icke given ovanifrån !

Mot häxan finns endast en hjälpare : Herren, levande Gud !

*

Under häxprocesserna förekommo ofta fall, att kvinnor angåvo sig själva och begärde brännas. Dessa hade antagligen handlat av nyfikenhet eller oförstånd, och när de framkallat det onda väsendet och fått det i kroppen, kände de att bålet var enda befrielsen.

Ännu för 7 år sen läste jag i tidning om häxor i Lima, vilka begärde få bli brända.

Alltså, kvinnor, bruka er makt som Gud givit er, men till det goda ; men om ni missbrukar den till härsklystnad, ondska eller vällust, så han I vansinnet eller döden att vänta !

*

En man hade satt bort sin själ i en ond kvinna. Han hatade henne, men efter som hon bar omkring hans själ, så saknade han den. Och denna längtan förnam han såsom kärlek. De skiljdes. Och varje gång häxan överflyttade sina känslor på en annan blev han befriad.

När hon sista gången märkte att han blev befriad, så fattades hon av raseri. Hon ville äga sin älskare, men också pina den förre. Nu råkade hon i en dubbelsnara. Mannen ville hon icke släppa, och därför kastade hon sina känslor på honom, telepatiskt, ty hon var ju häxa. Men i samma stund fanns ingen plats för älskarn, och hon kunde icke « äga » honom, ty han blev neutraliserad.

Då uppfinner hon den sataniska intrigen att genom sin kroppssjäl sammanföra de två männen i olovlig förening. Detta kände den frånskilde mannen på sig, och för att undgå synden, så skött han sig !

Nu frågas : förtjänade icke en sådan kvinna bålet ?

Och hade icke mannen rättighet att döda sig, då han icke på annat sätt kunde bli fri synden, som han avskydde ?

 

Les Procès de sorcières

Dans les années 1880, quand le matérialisme prospérait et les hommes se crétinisaient, le physiologiste Charcot découvrit le pouvoir qu’a une volonté maléfique d’influer sur le psychisme d’autrui de façon qu’il soit « possédé ». On appela ce phénomène hypnotisme ou suggestion. On commença à parler de certains cas mystérieux, à caractère criminel, qui donnèrent lieu à des procès ; les meurtriers affirmaient avoir commis leurs crimes contrôlés par la volonté d’une autre personne, agissant sur eux, même à distance. C’est alors que Charcot prononça ces paroles fameuses : dans cinquante ans, nous verrons de nouveau des procès de sorcières ! On admettait, ainsi, que ces procès reposaient sur autre chose que l’imagination ou la tromperie.

Qu’entendait-on par sorcière ? Une femme (il s’agit la plupart du temps de femmes !) qui d’une manière ou d’une autre avait découvert le moyen de quitter son propre corps ou bien d’influencer autrui à distance, le plus souvent parmi les classes inférieures. De même, les sorcières auraient eu le pouvoir de susciter, en particulier chez les enfants, des pensées obscènes.

Les Romains connaissaient ces pratiques, mais ils ne les comprenaient pas. Ainsi, ils concevaient la Lamie comme un fantôme « allaitant » les enfants, et l’Incube qui hantait les jeunes hommes ou les jeunes filles dans des rêves impurs comme un faune ou comme le Pan hirsute. Luther évoque également ces faits, et Huysmans a décrit le phénomène comme quelque chose de vécu, dans un monastère où il séjourna.

Or la vérité, que tout homme amoureux admet, c’est que la femme peut, quand elle est attirée par un homme, pénétrer dans son âme ou prendre celle-ci dans la sienne, de sorte que l’homme est perdu à lui-même, possédé par elle.

Le jeune homme, la jeune femme ne sont sans doute pas tourmentés, en rêve, par leurs propres imaginations mais par celles de quelqu’un d’autre, et ceux qui se croient persécutés par les hommes le sont vraisemblablement par les pensées d’autres hommes, amour ou haine. Quand ces pouvoirs de l’âme se développent et se découvrent en des temps farouches de décadence, les forces de l’un peuvent être utilisées en vue des desseins d’un autre. Le jeune homme à l’âge de la puberté qui devient l’objet du désir d’une femme, peut-être inconnue, est tourmenté par elle, il ne se sent plus libre mais possédé, et il est parfois tenté de mettre fin à ses jours, afin de se délivrer de son vampire. L’amour malheureux peut certes conduire au suicide.

Ces sorcières qui furent brûlées lors des procès en sorcellerie étaient soit de tels vampires soit des femmes possédées, et on a l’exemple de sorcières qui commencèrent par ignorance et curiosité à pratiquer la sorcellerie, et qui se dénoncèrent ensuite d’elles-mêmes, demandant le bûcher comme leur seul salut, car, en s’initiant à ces maléfices, elles étaient entrées en relation avec des régions inférieures dont nous avons quelque pressentiment mais que nous ne connaissons pas dans toute leur horreur.

On dit que les Albigeois et les Templiers pratiquaient le péché de sorcellerie avec toutes sortes de déviances, et que c’est pour cela qu’ils furent conduits au bûcher, et non pour une question de religion. Lorsque les Templiers jurèrent, sur le bûcher, qu’ils étaient innocents, ils voulaient dire qu’ils étaient innocents des actes extérieurs, car la loi ne condamne pas le péché en pensée, le péché de volonté ou de désir.

Les procès en sorcellerie ont pris fin, mais la sorcellerie existe toujours, plus ou moins. Une divine Providence fit croire aux hommes qu’il ne s’agissait que de leur imagination ; lorsqu’ils cessèrent de penser à ces sujets, ils furent immunisés.

Quand, avec l’hypnose, la conscience de dangereuses forces cachées s’éveilla de nouveau, le phénomène ressurgit, et de puissants esprits, particulièrement en France, se combattirent les uns les autres, à distance, parfois avec des conséquences mortelles. Plusieurs de ceux qui avaient conjuré ces puissances prirent peur et se réfugièrent dans la religion, où ils trouvèrent un asile sûr. D’autres sombrèrent dans leur propre malignité.

La femme qui, par méchanceté ou manie de dominer, joue avec les sentiments d’un homme, ne reste pas impunie. La coquette qui éveille la jalousie est souvent punie par la jalousie, c’est-à-dire qu’elle est obsédée par la pensée que l’homme aime une autre femme, et l’on dit que c’est là un tourment de l’enfer. C’est pourquoi il est bien connu qu’on ne doit pas badiner avec l’amour !

Sorcières

Swedenborg croyait aux sorcières, parce qu’il en avait vu, et j’y crois également, car j’en ai connu.

Une sorcière est une femme dont l’âme peut quitter le corps par un acte de la volonté. Elle peut conduire son âme auprès d’hommes, la nuit, et leur donner l’illusion (aussi complète que la réalité) d’une étreinte. C’était le Succube ou l’Incube du moyen-âge, tel qu’il apparaît dans le Faust de Goethe, première partie, et c’est ce que l’auteur de la Magie au moyen-âge [Viktor Rydberg. NdT] ne put jamais comprendre, car il vivait dans la chair.

J’ai connu, il y a des années, à l’étranger, une sorcière, sans comprendre à qui j’avais affaire. Elle pouvait agir sur mes sens de sorte que je visse des choses qui n’existaient pas ; elle pouvait me hanter à sa guise ; quand elle était en colère contre moi, elle était capable de m’inspirer des pensées suicidaires ; elle avait le pouvoir de susciter en moi toutes sortes de sentiments, elle s’allongeait et pensait à des cadeaux, à l’argent qu’elle voulait, de façon que je ressentisse l’impulsion de satisfaire ses désirs inexprimés.

Swedenborg parle de femmes vicieuses qui deviennent des enchanteresses. « Elles inspirent à ceux qu’elles haïssent la pensée de les tuer, car elles savent qu’elles ne peuvent mourir ; ensuite, elles répandent le bruit que ce sont des assassins. »

« En Enfer, le plus grand plaisir de leur vie consiste à faire souffrir, par des moyens inconnus dans le monde, grâce auxquels elles savent inspirer les sentiments les plus profonds, exactement comme si elles avaient un corps. »

Afin que le lecteur n’aille pas croire que tout cela n’est qu’imagination, je vais raconter ce qu’une sorcière m’a dit elle-même, car j’ai connu plusieurs sorcières.

Un jour que le vin lui avait délié la langue, je lui demandai : Comment vous y prenez-vous ? – Eh bien, je m’allonge et je pense…

Je marchais dans la rue avec une sorcière, quand nous vîmes au loin une dame essayer en vain de monter sur sa bicyclette.

– Non, tu ne monteras pas avant que je l’aie voulu, murmura ma sorcière.

La dame redoubla d’efforts quelques instants.

– Allez, monte, maintenant ! dit la sorcière, en détournant la tête. Au moment même, la dame était en selle.

Elle avait aussi le mauvais œil, c’était une jettatrice, elle apportait avec elle accidents et malheurs, était bien sûr cruelle et voluptueuse, cela va ensemble.

Elle était affreusement laide mais pouvait altérer les sens de façon à apparaître belle, bien que cela ne lui fût pas possible avec tout le monde ni tout le temps. À quarante-trois ans elle pouvait à l’occasion donner l’illusion d’en avoir dix-sept.

Je reconnais que la plupart des femmes possèdent ce pouvoir, qu’on appelle leur charme ou séduction, et qui peut complètement priver un homme de sa raison.

Certaines jeunes femmes, découvrant ce don dangereux, en abusent par pure inconscience ; mais d’autres agissent sur commandement, sous la contrainte, et sont protégées dans leur affreuse mission, qui est de punir les hommes sans Dieu.

C’est pourquoi l’impie est sans défense face à une furie ; cela a conduit certains esprits peu profonds à parler et à écrire du pouvoir des femmes. En réalité, la femme n’a de pouvoir que sur l’impie.

– Tu n’aurais pas de pouvoir sur moi, si tu ne l’avais reçu d’en haut !

Contre une sorcière il n’y a qu’un sauveur : notre Seigneur, le Dieu vivant !

*

Au cours des procès de sorcières, il arrivait souvent que des femmes se dénoncent d’elles-mêmes et demandent à être brûlées. Ces femmes avaient certainement étaient conduites par la curiosité ou l’inconscience, et après avoir appelé l’être maléfique et l’avoir reçu dans leur corps, elles virent que le bûcher serait le seul moyen d’en être délivrées.

Il y a encore sept ans, je lisais dans un journal l’histoire de sorcières qui, à Lima, demandèrent à être brûlées.

Jeunes femmes, utilisez, mais pour le bien, le pouvoir que Dieu vous a donné ; si vous en abusez, par manie de dominer, méchanceté ou volupté, vous pouvez vous attendre à la folie ou à la mort !

*

Un homme avait soumis son âme à une femme mauvaise. Il la haïssait, mais parce qu’elle possédait son âme, son âme n’était plus en son pouvoir. Et il prenait ce désir de recouvrer son âme pour de l’amour. Ils se séparèrent. Et chaque fois que la sorcière déplaçait ses sentiments sur un autre homme, il devenait libre.

Quand elle remarqua, enfin, qu’il devenait libre, elle enragea. Elle voulait à la fois posséder son amant et torturer l’autre. Elle rencontra un dilemme. L’homme ne voulait pas la perdre, elle jeta donc ses sentiments sur lui, télépathiquement, car c’était une sorcière. Mais dès lors, il n’y avait plus de place pour l’amant, elle ne pouvait le « posséder » car il était neutralisé.

Alors elle imagina une intrigue satanique : par le biais de son âme, elle réunit les deux dans une union interdite. L’homme séparé d’elle le ressentit et, pour échapper au péché, il se tira une balle !

La question se pose : une telle femme ne méritait-elle pas le bûcher ?

Et cet homme n’avait-il pas le droit de se tuer, alors qu’il ne pouvait pas autrement échapper au péché, dont il avait horreur ?

[À suivre : d’autres traductions.]

Septembre 2013