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Le plus libre est le seul qui le soit

La nation la plus libre du monde
(n’est pas la France et ne l’a jamais été)

« Nous vivons dans la nation la plus grande, la plus libre et la plus prospère du monde, et pourtant trop de nos concitoyens ne croient pas que leur vie ait un sens ou une valeur. »

Cette citation est tirée du livre de George W. Bush, A Charge to Keep (1999), ridiculement traduit en français (à moins qu’il ne s’agisse d’une intention malveillante de ridiculiser l’auteur) Avec l’aide de Dieu.

La première partie de la citation est tout ce qu’il y a de plus vrai : les États-Unis d’Amérique sont la nation la plus grande, la plus libre et la plus prospère du monde. Ce pays doit selon moi sa grandeur suprême à son éminente liberté, et principalement à son droit du Premier Amendement relatif à la liberté d’expression. C’est le seul pays qui ait tiré, et ce très tôt dans son histoire, les conséquences de cette liberté et ne lui oppose pas comme les autres démocraties, ou prétendues telles, de fallacieuses considérations d’ordre public qui ne visent en réalité qu’à protéger les classes dirigeantes de toute forme de véritable contestation.

Les magistrats américains méritent l’hommage du monde entier pour la constance avec laquelle ils défendent l’exception américaine du droit de la liberté d’expression, une exception qui devrait être la règle. Je ne connais pas de libre penseur qui ne soit d’accord avec cela. Je ne connais ici, dans mon pays, que de lâches mercenaires de la plume, qui feraient mieux de la poser une fois pour toutes puisqu’ils se contentent désormais le plus souvent de vitupérer contre des opinions que le juge est de toute façon chargé de réprimer, et il n’a pas besoin d’eux pour le faire ; en voilà qui ne risquent pas d’être contredits (vu, par ailleurs, qu’on parle de moins en moins français dans le monde et que ce déclin doit être vrai aux États-Unis également) ! Je ne discute pas avec ceux qui se réjouissent de voir des opinions condamnées par la justice et se félicitent de ce genre de lois ; je ne veux pas non plus les appeler mes amis, même quand nos convictions seraient les mêmes sur la plupart des sujets importants.

Par la sanctuarisation du Premier Amendement, les juges américains ont fait davantage pour l’émancipation de l’humanité que tous les politiciens des autres démocraties, ou prétendues telles, réunies, et sans doute des politiciens de leur propre nation, puisque cette sanctuarisation qui est leur œuvre s’oppose le plus souvent au vote des législatures des États, qui semblent souffrir autant que dans les autres pays d’une inextinguible soif de répression.

Ces derniers temps, comme une traînée de poudre, comme une épidémie foudroyante, vingt-sept États ont adopté des lois « anti-boycott », forçant leurs fonctionnaires à prêter serment de ne pas boycotter un certain État étranger qui le mérite pourtant compte tenu de son mépris du droit international et des droits de l’homme, l’État sioniste, ou refusant tous contrats publics aux entreprises soutenant un tel boycott. Trois de ces lois ont été déjà déclarées inconstitutionnelles, contraires au Premier Amendement, par le juge américain, et je ne doute pas que c’est le sort réservé aux vingt-quatre autres dans les plus brefs délais.

Également, aujourd’hui même [31 juillet 2019] une cour fédérale américaine vient de rejeter les poursuites à l’encontre de Wikileaks, indiquant que la publication de ces documents est protégée par le Premier Amendement, et ce malgré les infamantes accusations portées par les personnalités les plus influentes et de tous les bords contre cet homme, cet étranger (Julian Assange est citoyen australien), cet « espion » à la solde des forces du mal…

Aucune pression, aucune menace ne semble pouvoir atteindre ces juges incorruptibles animés par la conviction que le Premier Amendement de la Constitution américaine est le bien le plus précieux de l’humanité, et qu’en faire une coquille vide, comme est le droit de la liberté d’expression dans les autres pays, serait une régression vers la barbarie dont l’humanité pourrait ne jamais se relever.

L’énorme poids qui pèse sur leurs épaules ne les rend que plus admirables, que plus augustes et vénérables, le fait qu’ils soient seuls contre tous les autres pouvoirs : pouvoirs des nations étrangères, pour lesquels l’exception américaine sera toujours un affront, comme la vertu est un affront au vice, et pouvoirs constitutionnels des États-Unis eux-mêmes, en proie trop souvent aux convulsions de la démagogie.

The day the First Amendment is an empty shell will have ceased God to bless America. May He prevent such a day from ever happening. And God bless America.

(Pour une présentation plus juridique, voyez mon essai Droit comparé de la liberté d’expression x)

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« Un drogué, apparemment une loque, paraissant n’avoir rien appris (étant incapable de le dire), voit quand même les autres, fussent-ils savants ou grands personnages, comme des étriqués. » (Henri Michaux, Misérable Miracle)

C’est donc sans doute en ce qui concerne les savants et les grands personnages que le drogué est le plus lucide.

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« The Rasta’s motto is ‘Peace and Love’ – this is the manner in wich they greet each other. » (Leonard Barrett Sr, The Rastafarians, 1997)

This very motto being better known as the hippies’, who took it from anti-Vietnam war protest chants in the late sixties, it should be acknowledged that the rastafarians were already using it long before, as they have been an identified group in Jamaica, other Caribbean islands, and the States from the fourties/fifties onwards.

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i

« Imam [Wallace] Muhammad ‘pointed out that the Constitution of the United States is basically a Qur’anic document. Its principles were presented to the world over 1,400 years ago by the Prophet Muhammad (PBUH). » (Mattias Gardel, Louis Farrakhan and the Nation of Islam, 1996)

God bless America.

Louis Farrakhan and the Nation of Islam Source

ii

Dans la même veine, d’après le Français Christian Cherfils (1858-1926), disciple d’Auguste Comte converti à l’islam, dans son livre Bonaparte et l’Islam d’après les documents français et arabes (1913), le code civil de 1804 ou code Napoléon (qui reste le fondement du droit français à ce jour) serait inspiré de la Charia.

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« Les Croisés ont combattu quelque chose devant quoi il leur aurait mieux convenu de se prosterner dans la poussière – une culture face à laquelle notre dix-neuvième siècle lui-même paraît très indigent, très ‘en retard’. » (Nietzsche, L’Antéchrist) (Die Kreuzritter bekämpften später Etwas, vor dem sich in den Staub zu legen ihnen besser angestanden hätte, – eine Cultur, gegen die sich selbst unser neunzehntes Jahrhundert sehr arm, sehr ‘spät’ vorkommen dürfte.)

Un philosophe que les actuels paladins de la volonté de puissance ne peuvent, on le voit, rien tirer…

(N.B. La traduction française dont je me suis servi (GF Flammarion) écrit « à laquelle notre dix-neuvième lui-même pourrait paraître très indigent » pour « selbst unser neunzehntes Jahrhundert sehr arm, sehr ‘spät’ vorkommen dürfte », en raison de dürfte, mais ce dernier terme a clairement ici le sens emphatique de « à bon droit » plutôt que celui d’une atténuation comme le suggère la timide traduction française, atténuation qui ne peut d’ailleurs nullement se comprendre dans le contexte. C’est d’autant plus regrettable que « lui-même » (selbst) devient alors une forme de compliment, c’est-à-dire quelque chose « notre cher dix-neuvième lui-même pourrait, éventuellement, peut-être, à la rigueur (haussement d’épaules), selon certains (mais qui, au fait ?) paraître indigent », alors que l’expression « lui-même » n’est là que pour indiquer ce que les Occidentaux croient avoir fait de mieux à ce jour. Cette atténuation, cette euphémisation qui tend au contre-sens quasiment volontaire trahit la réticence intellectuelle du traducteur, employé de l’Éducation nationale, devant la pensée intransigeante du philosophe, et son peu de capacité à rendre un esprit fort, massif et franc. Le traducteur introduit de l’ambiguïté où il n’y en a pas et où même il ne peut y en avoir.)

D’autres – pas tout à fait du même acabit – ne pourront guère mieux servir à nos paladins :

« Quand l’Islamisme semble se désagréger au contact des doctrines étrangères, c’est qu’il travaille à se les assimiler, pour se renouveler. On peut prédire à coup sûr d’étranges réveils de la foi musulmane. » (Bernanos, Textes non rassemblés)

Bien vu.

« Quand le catholicisme ne devrait pas reconquérir son hégémonie d’autrefois, il ne serait pas démontré qu’une autre doctrine ne pût rallier les esprits et suggérer une unité de conscience toute nouvelle. Il y aurait l’Islam, si le positivisme n’existait pas. » (Charles Maurras, Quand les Français ne s’aimaient pas, 1916)

Ainsi, le père du « nationalisme intégral » dit que l’Islam pourrait servir à une nouvelle unité de conscience en France ! L’Islam le pourrait « si le positivisme n’existait pas ». Mais le positivisme existe-t-il ? Qui sait ce que c’est ?

Et cette autre alors, non mais c’est incroyable :

« On appelait la France le paradis des femmes, parce qu’elles y jouissaient d’une grande liberté, mais cette liberté même venait de la facilité avec laquelle on se détachait d’elles. Le Turc qui renferme sa femme prouve au moins par là qu’elle est nécessaire à son bonheur : l’homme à bonnes fortunes, tel que le dernier siècle nous en a fourni tant d’exemples, choisit les femmes pour victimes de sa vanité ; et cette vanité ne consiste pas seulement à les séduire, mais à les abandonner. » (Madame de Staël, De l’Allemagne)

Une femme qui préfère le Turc au séducteur français, la moutarde me monte au nez, bougre de bougre !

Et même en Suède :

« Nous avons beaucoup à apprendre d’eux [les Musulmans] : ils n’ont pas honte d’afficher leurs convictions, alors que nous, nous cachons les nôtres. » (Strindberg, Un livre bleu)

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« Nous voyons les grands esprits de tous les temps attacher le plus grand prix au loisir ; car, tant vaut l’homme, tant vaut le loisir. » (Schopenhauer, Aphorismes sur la sagesse dans la vie)

Mais de petits hommes, politiciens souvent, nous rappellent sans cesse à la « valeur travail ». Alors même que la politique peut difficilement passer pour un « travail », sauf à considérer que discuter au comptoir après le travail, par exemple, est encore du travail.

En outre, on cherche à présent à nous faire passer les politiciens pour des experts. Mais où a-t-on vu que les experts devaient se faire élire au terme de campagnes électorales ?

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Pygmées néolithiques

« À la fin du siècle dernier, on a découvert au Schweizerbild [sic, lisez Schweizersbild], près de Schaffouse, en Suisse, les restes osseux d’hommes de taille minuscule, véritables pygmées de l’âge de la pierre récente. Kollmann, qui les a examinés, considère comme certain que leur nanisme ne peut être attribué à des causes pathologiques. ‘Il est possible, comme le suggère Nüesch, que la légende très répandue relative à l’existence passée de nains et de gnomes, qui hantaient, disait-on, des cavernes ou des retraites cachées dans les montagnes, pourrait être une réminiscence de ces pygmées néolithiques (James Geikie, géologue écossais).’ » (Bernard Heuvelmans, Sur la piste des bêtes ignorées, 1955)

&

« À l’examen des faits, les anthropologues ont acquis depuis de nombreuses années la certitude que les caractéristiques que l’on a toujours prêtées aux elfes proviennent de la mémoire collective plutôt que de l’imagination mythologique. C’est-à-dire que l’elfe, le troll, le gnome, le kobold, le leprechaun, le brownie, le lutin ou le fardadet de la tradition ne sont pas à proprement parler des démons nocturnes de la tradition aryenne mais une synthèse de ce personnage et d’une authentique race d’hommes nains ou pygmées que les Aryens chassèrent à une époque ou à une autre et qu’ils obligèrent à se réfugier dans des retraites souterraines … réduits au troglodytisme … Avec le temps, il est certain que de nombreux Aryens renégats passèrent dans leurs rangs – de la même façon qu’aujourd’hui les hommes adoptent le mode de vie indigène des contrées sauvages qu’ils habitent –, et qu’ils réussirent à inculquer leur répugnant système de culte de la fertilité à une catégorie d’Aryens décadents, donnant ainsi naissance au furtif culte des sorcières » (H.P. Lovecraft, Quelques origines du royaume des fées [Some Backgrounds of Fairyland], 1932)

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Polygamie féministe ?

« Les femmes nordiques n’ont commencé qu’au XVIIIe siècle à prendre le nom de famille de leur mari [elles portaient avant le nom de leur père : -dottir, « fille de », par exemple Jonsdottir]. À ce point de vue, l’héritage des Vikings s’est conservé en Scandinavie dans une large mesure ; aussi lorsqu’eut lieu l’émancipation de la femme au XXe siècle, les femmes nordiques avaient déjà sur les autres une avance considérable. » (Eric Oxenstierna, Les Vikings, 1956)

On voit cependant que les femmes nordiques portaient le nom de leur père et non de leur mère. Par ailleurs, la polygamie était connue des Vikings. Selon certains, elle était limitée aux cercles dynastiques :

« En Scandinavie, la polygamie était un privilège des maisons royales. » (Borges, Essai sur les anciennes littératures germaniques)

Mais selon Carolus Lundius (1638-1715), dans son livre en latin sur Zamolxis et les Gètes (1687), elle était répandue dans toute la population de Scandinavie, sauf en Suède :

« The Scandians, but not the Swedish, yet are not satisfied with one spouse, they being surrounded with many a wife, officially wedded, like in the past, too (see Tacit., De mor. Germ., chap.XVIII) more frequent in the villages than in towns; the Swedish were the single ones to be satisfied with one spouse. … Polygamy is still a habit, especially in villages. » (Traduction Honorius Crisan)

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« A Swede wants to be capable and industrious – and not only in the context of work, since the duktighet [ability, industry, sedulity] ideal encompasses the whole person. The situation is complicated by another notion, namely, that you are nothing by virtue of being an individual. … This cultural trait, called the ‘Law of Jante’ (Jantelagen), is also a significant component in Norwegian and Danish culture. Personal worth is gained not least as a reward for being duktig, industrious, hard-working, but one is admonished not to forget that ‘pride goes before a fall’. Such is the Scandinavian attitude. » (Åke Daun, Swedish Mentality [Svensk mentalitet], 1989)

I should think the ‘cultural trait’ here described is typical smalltown mentality no matter the country. This mentality will always be one of the causes that rush enterprising people into cities, or emigration when a country’s population is so small as to be pervaded by smalltown mentality. Scandinavians who migrated in great numbers to the United States knew of no Jantelag in their new surroundings and adopted as a matter of course the live-and-let-live, flaunt-it, individualistic mindset that has made America the first country in the world.

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Mystère de l’hymen

« Ambroise Paré, Du Laurens, Graaf, Pinæus, Dionis, Mauriceau, Palfyn et plusieurs autres anatomistes aussi fameux … soutiennent au contraire que la membrane de l’hymen n’est qu’une chimère, que cette partie n’est point naturelle aux filles, et ils s’étonnent de ce que les autres en ont parlé comme d’une chose réelle et constante. » (Buffon, Histoire naturelle)

Ces naturalistes éminents sont peut-être excusés par le fait que la membrane de l’hymen n’existe que chez la seule espèce humaine. À quoi s’ajoute que la biologie même la plus récente ne peut fournir aucune explication à l’évolution de cette partie chez notre espèce, et l’avoue. Autrement dit, il existe un mystère de l’hymen ; quand on l’aura percé, quelques corrections majeures sans doute s’ensuivront.

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« La transmission des caractères acquis est contraire aux dogmes actuels. Cependant elle seule peut rendre possible l’évolution » (Alexis Carrel, Jour après jour, 1956)

Je ne me prononce pas sur le fond, simplement Carrel semble justifié quand il parle ainsi de « dogmes », quand il dénonce le dogmatisme de la faculté. Or qui est à l’origine de ce dogmatisme ? Ce n’est certainement pas Darwin, bien que la faculté dise que le darwinisme a invalidé la transmission des caractères acquis théorisée par Cuvier. Ce n’est certainement pas Darwin lui-même puisque :

« Nous devons nous rappeler surtout que des modifications acquises, qui ont continuellement rendu des services dans le passé, ont dû probablement se fixer et devenir héréditaires. … La sélection naturelle a été l’agent principal, bien qu’elle ait été largement aidée par les effets héréditaires de l’habitude, et un peu par l’action directe des conditions ambiantes. » (Darwin, La descendance de l’homme et la sélection sexuelle)

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Il y a dans Un livre bleu de Strindberg un texte intitulé Les Lumières noires (Den svarta upplysningen) qui se conclut ainsi :

« La jeune France est christianisée par les païens, et le dernier apôtre du bon sens paysan [il est indiqué, en note des commentateurs, qu’il s’agit de Zola] se retrouve isolé, comme un vieil épouvantail, persuadé dans son aveuglement satanique d’être le seul homme éclairé au monde. Peut-on espérer que les Lumières noires prendront fin avec lui ? – Espérons-le ! » (Traduction des éditions de L’Herne)

Seulement voilà, le texte original de la dernière phrase est en réalité :

« Hoppas vi att upplysningen är slut med honom? – Ja, vi hoppas. »

C’est-à-dire qu’il n’est pas question, dans la conclusion de ce texte, des « Lumières noires » mais des Lumières. On comprend alors, en suédois, que les Lumières noires et les Lumières, la philosophie des Lumières, ne sont qu’un. Cela ne peut être compris dans la traduction française, fautive, infidèle, que j’ai reproduite, car elle ne parle, faussement, que des « Lumières noires » et non des « Lumières », ce qui fait que le titre reste obscur et n’est pas éclairé par la conclusion. Il s’agit, comme pour la traduction de L’Antéchrist de Nietzsche citée plus haut, d’une révolte du traducteur devant l’évidence. Le traducteur se refuse à suivre le penseur dans une détestation aussi franche et massive des Lumières et il la voile, y mêle sa pusillanimité, sa sournoiserie d’homme « éclairé », et ce faisant la rend impure.

XXV

Les gens mentent. Ils mentent sur leurs préférences, leurs habitudes, leurs motivations. Ils donnent aux personnes qui enquêtent auprès d’eux les réponses qui, leur semble-t-il, les feront paraître intelligents et distingués. En outre, les gens sont quasiment tous incapables de reconnaître les produits qu’ils consomment habituellement, avec une loyauté marquée pour telle ou telle marque, c’est-à-dire de reconnaître les produits qu’ils « préfèrent », quand on les soumet à des blind tests. C’est pourquoi les spécialistes du marketing ont dû renoncer à demander directement aux gens ce qu’ils achèteraient, et ont adopté l’analyse motivationnelle (motivational research), fondée sur les travaux de la psychologie, principalement les théories psychanalytiques de l’inconscient et les recherches behavioristes (cf. Vance Packard, 1957), parce que croire les gens sur parole conduit à des choix de production lourds de conséquences financières. Les gens mentent aussi dans les sondages d’opinion, et les sondeurs corrigent systématiquement les réponses données en ajustant les résultats en fonction des écarts systématiquement constatés par le passé. Et vous voudriez, braves sociologues, qu’ils vous disent la vérité sur leur vie sexuelle ? Tout ce qui n’est pas soumis à la sanction du marché peut exister indéfiniment en tant qu’illusion. Quand d’une connaissance exacte de la réalité dépend un intérêt privé (en l’occurrence, dans notre société, un intérêt corporatif), cette connaissance se fait jour, et, dans notre exemple, cela passe par le fait de ne plus croire les gens sur parole, de comprendre le ressort de leurs motivations par d’autres voies.

La fonction première du sexe est de faire vendre des marchandises. Il paraît que ça n’a pas toujours été le cas.

Chaque jour en France, davantage de vidéos pornos sont visionnées que de rapports sexuels consommés. C’est une évidence.

Un ouvrage majeur de l’histoire de la pensée au XXe siècle n’a pas, à ma connaissance, été traduit en français ; il s’agit de On Time, Work, and Leisure (1962) de l’Américain Sebastian De Grazia. L’une de ses observations est que, malgré les énormes gains de productivité enregistrés par les économies occidentales, les gens n’ont guère plus de loisir. Il distingue celui-ci du temps libre, qui est purement et simplement le temps restant décompté du temps de travail. Ce temps libre est en réalité en grande partie contraint. Si la semaine de travail a été réduite de trente et une heures entre 1850 et 1960, pour se fixer à cette date à trente-neuf heures, le temps de loisir à proprement parler, c’est-à-dire la partie non contrainte de ce temps dit libre, n’a que peu augmenté sur la même période, en raison de l’accroissement de la durée de trajet entre le domicile et le lieu de travail, des tâches domestiques (quand les deux conjoints travaillent, ces tâches domestiques se partagent entre les deux alors qu’auparavant celui des deux conjoints qui travaillait en était exempté), du travail secondaire (moonlighting), mais aussi de l’intensification du travail (taylorisation, spécialisation) et donc de l’augmentation du temps de récupération nécessaire. Cette dernière notion est fondamentale : une grande partie de notre temps libre est perdue pour des activités exigeant une implication personnelle active, c’est un temps qui, par nécessité physiologique, doit être consacré à la récupération, un état passif, typiquement les quelque deux heures dans la soirée qui restent en semaine à l’individu, et qui sont souvent passées devant la télévision, le seul emploi du temps libre d’une immense majorité de nos contemporains. Ce temps de récupération est d’autant plus important que le travail est intense et fragmentaire. Le temps véritablement libre, dans nos sociétés – et il n’est déjà pas si étendu qu’on le dit – n’est en grande partie rien d’autre qu’un temps de récréation. La personnalité, si elle existe, est anéantie. (Si le nombre d’années passées en retraite a été allongé, avec la durée de vie, cela n’a que peu d’incidence sur la structure du temps libre, en raison du phénomène de « détérioration mentale physiologique » lié à l’âge, qui tend à maintenir les personnes retraitées dans un état passif, récréatif de consommateurs somnambules, comme les « actifs » lors de leur nécessaire temps de récupération.) – De Grazia rappelle par ailleurs quelques données historiques plus anciennes, telles que les 115 jours fériés par an, en plus des cinquante-deux dimanches, soit 167 jours chômés annuels, dans le Moyen Âge chrétien, des jours fériés qui s’appliquaient à tous les travailleurs. Il rappelle également que les anciens Romains ne travaillaient pas, « being supported by the foreign tributes exacted by their government ». Plus près de nous, « When in the nineteenth century England led the world in trade and finance, London executives took 4-day weekends ». Les conséquences de cette différence entre les élites d’une époque à l’autre, sont manifestes, je pense, entre, d’un côté, une élite pouvant se consacrer à des activités non spécialisées, pendant son temps libre, et, de l’autre, une élite entièrement absorbée par ses fonctions spécialisées, sans loisir. – La course à la consommation, déclenchée, historiquement, par le « status panic » des classes moyennes, par cette compulsion de l’employé ou travailleur « intellectuel » à se distinguer du travailleur manuel, sans être de la classe possédante, compulsion qui le rend particulièrement sensible à l’influence de la publicité commerciale, a consacré un système de plus en plus aliénant pour l’individu. Au point que De Grazia affirme : « Opinion may be free, yet the laws conspire against a way of life. » (« Les opinions sont peut-être libres mais les lois conspirent contre un certain mode de vie. ») Ce mode de vie, c’est ce qu’il appelle le loisir. Et d’ajouter : « Are democracy and leisure compatible? The answer: No. »

Quand j’expliquais à des amis qu’une société libre peut se passer de classe politique (voir ici), l’un d’eux (qui tient à rester anonyme) me répondit la chose suivante : « Les hommes et les femmes politiques sont la preuve que des abrutis peuvent aller loin dans la vie, et notre société ne peut se passer d’un tel message d’espoir. »

Le professeur invite ses élèves ou étudiants à poser des questions. Celui qui pose une question que le professeur ne s’est jamais posée est perdu.

Selon Pierre Bourdieu, la plus haute ambition que puisse caresser un enfant d’ouvrier est de devenir enseignant. J’en infère, si c’est correct, que de nombreux enseignants sont enfants d’ouvriers, voire que le corps enseignant est en grande partie d’origine ouvrière. Selon Adorno et Frenkel-Brunswik, l’ouvrier est ordinairement élevé selon une mentalité autoritaire. Selon Inglehart (1976), les attitudes ne changent pas, ou changent peu, au cours de la vie ; ses recherches statistiques ont écarté un life-cycle effect dans la variation des valeurs et attitudes. – Conclusion : L’école fonctionne selon un mode autoritaire.

Le ventre bombé est une déformation caractéristique des femmes d’un certain âge après un ou plusieurs accouchements. Les suites d’un accouchement nécessitent normalement un repos prolongé, en position allongée, avec des bandes autour du ventre, pour remettre les entrailles en place, ce que les femmes ont aujourd’hui oublié. (On appelait cela être en couches, et la fin de cette période les relevailles). Or ce renflement du ventre rend la pénétration plus difficile, le membre masculin ne pouvant pénétrer aussi profondément. L’effet de cette déformation des femmes est encore aggravé par les bourrelets de l’homme, dus à une alimentation trop riche. De sorte que, si le membre masculin était d’une taille conforme aux parties génitales de la femme au début de la vie en couple, sa taille devient insuffisante après quelques années, à cause de ces déformations. Vous voyez le problème.

Rechtschreibreform. These last years the Germans have invented a few linguistic niceties, such as Schifffahrt, Rollladen, Stopppreis, Schwimmmeister, &c, and they are serious about it, they really mean to write like that. Once the philosopher said, « Jeder Wohlgesinnte und Einsichtige ergreife also mit mir Partei für die deutsche Sprache gegen die deutsche Dummheit. » (Schopenhauer) (« I call every good-meaning and reasonable person to take side with me for German language against German stupidity. ») As we can see, it’s now too late! Who cares about Germans and Germany anyway?

Février 2015