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Philo 33 : L’État idéal comme étape nécessaire du suicide collectif universel

« Si les mots tuent, pourquoi nous faire croire à la liberté des mots, pourquoi nous faire croire que les mots sont libres ? » (Philosophie 32)

– Parce que, tout comme les citoyens sont des hommes libres sans qu’il leur soit pour autant permis de tuer leur prochain, la liberté d’expression est garantie sans que les mots qui tuent soient permissibles. – Permettez : puisque l’on ne prétend pas que la liberté limitée par l’interdiction de tuer soit, dans ce rapport entre la liberté et l’interdit, un progrès, à savoir qu’il n’est pas plus permis de tuer aujourd’hui qu’hier, qu’est-ce qui justifie d’appeler la liberté d’expression un progrès si les mots qui tuent sont réprimés comme auparavant ?

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Dans le bouddhisme on vous dira que la mort absolue est un anéantissement qui se mérite. Ailleurs, qu’il faut se préparer à la vie éternelle. Le matérialisme dit que nous dormirons tous du même grand sommeil. Je suis dans les ténèbres et me fais la réflexion que ces problèmes appellent, et pas qu’un peu, des réponses. Si le raisonnement ne peut porter, sans doute faut-il tout de même y réfléchir car c’est seulement de cette manière que pourrait se produire une illumination, une révélation, c’est-à-dire que l’illumination ne vient pas quand on se contente de l’attendre mais seulement quand on la cherche.

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L’électricité « était connue et maniée dès les temps les plus reculés », affirme un personnage du roman de Joris-Karl Huysmans Là-bas (1891). Dès lors que la pile de Bagdad n’a été découverte qu’au vingtième siècle, sur quels éléments s’appuie donc l’écrivain ?

La pile électrique de Bagdad fut découverte en 1936 par l’archéologue autrichien Wilhelm König, qui estima qu’elle était d’origine parthe et que par conséquent son âge devait être de quelque deux mille années. Qu’il s’agisse d’une pile électrique est évidemment controversé mais, quoi qu’il en soit de cette controverse, d’autres indices d’utilisation de l’électricité dans les anciens temps doivent exister, puisque Huysmans y fait allusion : son roman, du moins quand les personnages discutent des résultats scientifiques de l’époque, s’appuie sur des documents et non sur l’imagination du romancier.

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Gilles de Rais, tueur d’enfants : « le mémorable fauve » (Là-bas, ch. XVIII)… Plutôt une hyène misérable. Les fauves ont de redoutables ennemis : buffles, cervidés, même les troupeaux de zèbres savent s’organiser pour rendre la chasse onéreuse. C’est le fauve infirme qui se rabat sur des proies plus minimes.

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La politique, « cette basse distraction des esprits médiocres » (À rebours), mais Huysmans a fini par y venir. À la politique cléricale, en l’occurrence.

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La critique littéraire, sur la nouvelle Le puits et le pendule d’Edgar Poe, semble (je ne parle que des critiques que j’ai pu lire, c’est-à-dire, pardon si c’est peu, deux pages Wikipédia) omettre de dire que la véritable nature de l’horreur du puits est passée sous silence par le narrateur. Il ne s’agit pas seulement d’une chute : « mon esprit se refusa à comprendre la signification de ce que je voyais [au fond du puits] … Oh ! toutes les horreurs, excepté celle-là ! – Avec un cri, je me rejetai loin de la margelle ». Ceci après que « [e]n face de cette destruction par le feu [les cloisons ardentes de la cellule] » « l’idée de la fraîcheur du puits » lui fut apparue « comme un baume ». En voyant le fond du puits, le narrateur ne peut finalement se résoudre à s’y précipiter, en raison de ce qu’il y voit et dont « la signification » nous échappe. La critique tait délibérément le moyen qui consiste à frustrer le lecteur d’une explication. C’est l’une des meilleures nouvelles d’Edgar Poe, et elle n’est pas exempte d’un stupide procédé.

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L’État idéal comme étape nécessaire
du suicide collectif universel

L’âme ne voit rien qui ne l’afflige quand elle y pense. (Pascal)

Les lendemains qui chantent ont souvent la forme de l’État idéal. Dans la philosophie de Philipp Mainländer, l’État idéal n’est pas et ne peut être une fin en soi. L’histoire est certes un mouvement vers l’État idéal : les inégalités sociales doivent être abolies, et la bourgeoise « égalité des chances » ne représente aucunement le fin mot de cette abolition, elle n’est qu’une façade égalitaire par laquelle on prétend justifier les inégalités en affirmant que chacun a reçu les mêmes chances et que les inégalités existantes sont donc justes, or les inégalités existantes rendent impossible la moindre égalité de chances. Mais la véritable finalité de la justice sociale n’est autre que de démontrer par l’expérience aux classes actuellement défavorisées qu’aucune réforme ne peut apporter le bonheur, et que l’État idéal ne peut rien pour les aspirations légitimes de l’homme. C’est dans l’État idéal que cette réalité devient une universelle réalité d’expérience. Tant qu’il existe des classes défavorisées, la notion prévaut parmi celles-ci que leurs souffrances et leurs humiliations sont le résultat d’une exploitation sociale à laquelle l’instauration de l’État idéal peut et doit remédier. Or, s’il est exact que l’exploitation sociale joue dans l’État actuel un rôle dans la souffrance de ces classes, la raison en est que l’exploitation est la forme pour elles de la souffrance universelle dans cet État, tandis que la souffrance a pour les classes favorisées dans ce même État, exploiteuses, une autre forme. Il s’agit donc de supprimer l’exploitation afin que la souffrance ne puisse plus être imputée par qui que ce soit aux conditions sociales, et c’est le mouvement historique vers l’État idéal. Cette impossibilité d’imputation n’a rien à voir, encore une fois, avec la bourgeoise égalité des chances, selon laquelle l’individu ne pourrait s’en prendre qu’à lui-même de sa situation. Dans la pensée bourgeoise, l’imputation est présumée ne pouvoir être faite sur les conditions sociales mais seulement sur soi-même, or il est absurde de considérer que les individus ne sont pas en partie déterminés par les conditions sociales. Dans l’État idéal, où la « question sociale » a été résolue, l’imputation n’est possible que sur la nature du monde et des choses, de la vie ; devient, de cette façon, universelle réalité d’expérience le fait que la vie ne vaut pas d’être vécue.

On a souvent perçu comme un paradoxe les taux élevés de suicide des pays scandinaves, qui sont les plus avancés vers l’État idéal en termes non seulement de sécurité sociale et d’égalité mais aussi de libertés fondamentales. Ce paradoxe est parfois résolu par l’idée selon laquelle c’est parce que les statistiques y sont meilleures que dans les autres pays : si les statistiques nationales françaises, par exemple, étaient aussi performantes que celles de la Suède, cette dernière ne se singulariserait pas en termes de suicides. Bien que ne reposant sur aucune preuve, puisqu’il faudrait pour cela comparer des ensembles statistiques suffisamment élaborés alors que l’argument consiste à dire que les autres ensembles sont déficients, le raisonnement n’est pas sans force. Où l’État est plus avancé, il faut en effet s’attendre à ce qu’il soit plus performant, par exemple quand il s’agit de recueillir des données sur les causes de la mortalité. L’argument est cependant spécieux : la question de savoir si telle mort est un suicide ou autre chose n’est pas de nature à pouvoir discriminer entre services statistiques de manière significative. Par exemple, quand une mort intervient à la suite d’une chute, dans certaines conditions la certitude d’un suicide plutôt que d’un accident ou vice-versa n’est guère permise, et ce quelle que soit la performance des services de l’État. Le témoignage des uns et des autres pourra faire pencher la balance vers une hypothèse ou vers l’autre, mais sans véritable certitude. En réalité, plus l’État est avancé dans la résolution définitive des contradictions sociales, plus le suicide y doit être élevé. Car la souffrance n’a plus dans l’État idéal, ou bien a beaucoup moins, de causes externes sur lesquelles s’imputer, et par conséquent elle ne permet plus que l’on puisse penser s’y soustraire autrement que dans la mort.

Cela signifie-t-il que, dans l’État imparfait, les riches se suicident plus que les pauvres ? Ce sont les pauvres qui peuvent en effet penser changer leur situation avec les réformes sociales et par là cesser de souffrir, mais les riches, dont nous disons qu’ils souffrent de la même souffrance universelle, ne peuvent, eux, espérer obtenir une meilleure situation sociale dans l’État idéal (bien qu’il se trouve aussi des riches qui soient pour la résolution de la question sociale, ce qui montre que certains d’entre eux ont aussi l’espoir d’alléger leurs souffrances par ce moyen) ; ont-ils d’autre possibilité que le suicide ? Si le pauvre ne se suicide pas quand il croit que l’État idéal mettra fin à ses souffrances, à quoi croit le riche pour ne pas se suicider ? On peut penser qu’il impute ses souffrances à l’inquiétude que les pauvres font peser sur lui par leurs revendications continuelles. Il est connu que les religions et les philosophies insistent sur les maux attachés aux richesses, ainsi que le proverbial « l’argent ne fait pas le bonheur ». On a cru que c’était un moyen d’endormir les pauvres : montrer que le riche souffre devrait rendre inutiles les revendications populaires et donc les faire cesser. Or, dans cette dualité de riches et de pauvres, la souffrance des uns est pour ceux-là une réalité d’expérience tandis que celle des autres ne l’est, pour les mêmes, nullement, et la différence est de taille. Le pauvre connaît d’expérience sa souffrance, tandis qu’il ne peut qu’imaginer celle du riche. La religion n’a pas tort de montrer du doigt les maux attachés aux richesses et le socialisme n’a pas tort de vouloir supprimer les inégalités sociales.

L’État social est la condition du passage universel de l’être au non-être, c’est-à-dire la condition de la fin du monde. Mainländer suppose alors que ce passage pourrait se produire par « contagion spirituelle », comme aux temps du martyre des premiers chrétiens et des Croisades. Il faut entendre par là que la contagion entraînerait un suicide collectif universel.

La relation de l’État actuel au suicide est, comme on peut s’y attendre, parfaitement incohérente. D’un côté, l’État avancé supprime l’absurdité, prétend-il, qui consiste à faire du suicide un crime alors que le coupable est mort et n’a commis de violence qu’envers lui-même. Cela n’empêche nullement cet État de demander à ce que les dettes d’un mort soient payées : les personnes sur qui retombent le cas échéant ces dettes n’ont-elles pas sujet de se plaindre d’un mort ? De même que celles envers qui le mort était obligé d’autres manières. D’un autre côté, l’État français traque les « dérives sectaires » depuis des affaires de suicide collectif au sein de communautés religieuses. On prétend que les suicidés ont agi sous emprise : quelle preuve a-t-on de cela ? N’est-ce pas plutôt une affirmation gratuite ? Il est parfaitement concevable que des individus décident collectivement de se tuer de plein gré ; le nier, c’est montrer un préjugé contre le suicide que l’on n’attendrait pas d’un État qui ne connaît plus du suicide comme crime. La question est évidemment différente lorsqu’il se trouve parmi ces suicidés collectifs des enfants. Cependant, des mineurs se suicident même en dehors des contextes « sectaires » : faut-il que les tuteurs de ces enfants, leurs parents, soient tenus responsables de leurs suicides ? L’incitation au suicide reste un crime en droit mais la raison n’en est pas du tout claire, compte tenu du fait que le suicide n’est plus un crime. Alors que les délits d’incitation ou provocation portent sur des actes réprimés par le droit, ici le délit ne porte plus que sur un acte décriminalisé. Il faut donc ou bien comprendre que le délit d’incitation au suicide est tacitement caduc depuis que le suicide n’est plus un crime, ou bien que cela reste un délit parce que notre droit entend punir des incitations contre la morale, car si l’incitation au suicide reste punissable c’est que le suicide est un mal, et définir un mal de la conduite personnelle qui ne soit pas un crime ne se peut guère qu’en disant que c’est un mal moral. Cette dernière interprétation est contraire à tous les présupposés de notre droit positif. Enfin, l’État qui tolère ou permet les suicides assistés est d’autant moins légitime à rechercher les raisons pour lesquelles les gens se suicident.

Le suicide collectif semble parfaitement cohérent avec le caractère de retrait du monde que présentent de nombreuses sociétés dites sectaires. Dès lors que l’on n’attend plus rien de ce monde, et que l’on ne cherche pas non plus à le changer si l’on perçoit la vanité de ces tentatives, on pratique une forme de retrait ascétique, de renoncement avec lequel le suicide n’est pas a priori contradictoire. Nous avons, dans de précédents billets, opposé une phénoménologie de l’au-delà (Philosophie 21 et 22) d’où le suicide s’évince de lui-même à la philosophie de la transmigration, où le suicide est un interdit moral sans justification phénoménologique : de même qu’à notre conception de l’anhistoricité de l’homme, nous y renvoyons le lecteur qui verrait une forme d’incitation répréhensible dans ce que nous écrivons ici. Hégésias de Cyrène, qui préconisait le suicide, fut exilé par Ptolémée II, et ses livres interdits. Mainländer, dont je discute la pensée, s’est suicidé peu de temps après la publication de son livre, Die Philosophie der Erlösung (1876), lequel n’a pas à ma connaissance été censuré, mais sans doute est-il permis de penser que si l’auteur avait vécu plus longtemps il aurait été inquiété, ce que je donne pour une raison possible de son suicide car je ne pense pas du tout qu’il se soit agi d’une supposée mise en conformité des actes avec la pensée : une telle conformation exigeait au contraire de sa part qu’il défende son livre devant les objections philosophiques qu’il pourrait susciter.

Revenons à la notion d’emprise. Que des gens renoncent au monde ensemble, même en admettant que ce soit par la conviction acquise après avoir entendu les paroles d’une certaine personne, d’un « gourou », si l’on veut, qu’est-ce qui permet de parler d’emprise ? Supposons qu’une personne dont un proche s’est ainsi confiné dans une ferme isolée avec d’autres après avoir vendu sa maison et purgé ses dettes, diligente un détective privé sur la personne du gourou de la secte. Au cas où le détective trouverait que le gourou vit, à l’insu de ses fidèles, une existence contraire à son enseignement, il s’agirait d’une tromperie : cet homme abuse de la crédulité d’autrui. Mais supposons que le détective trouve que ce gourou vit de la même manière que ses fidèles, qu’à ces derniers rien n’est caché, qu’est-ce qui permettrait de parler d’emprise dont l’État aurait à connaître si ces gens préméditaient ensemble de mettre fin à leurs jours ? On pourrait toujours supposer que l’un d’eux, de toute évidence le « gourou », provoque les autres à se suicider et serait donc coupable du délit de provocation au suicide, mais la supposition n’existe que parce que le délit existe, c’est-à-dire parce que la provocation n’a pas été décriminalisée en même temps que le suicide lui-même. Si le délit n’existait pas, cette supposition, fût-elle vraie, ne pourrait servir à l’État pour intervenir ; or, si l’État ne manque pas de justification du fait de l’existence en droit de ce délit, cette dernière exige quant à elle une justification qui lui fait défaut depuis la dépénalisation du suicide.

Cet interdit légal est, semble-t-il, une cause significative du fait que la question du suicide, la discussion du pour et du contre, ne soit pas davantage présente dans l’espace public, alors même qu’« il n’y a qu’un problème philosophique vraiment sérieux : le suicide », selon la célèbre formule d’Albert Camus dans son Mythe de Sisyphe, un problème que cet auteur traite cependant avec la médiocrité qu’on lui connaît. On peut également voir dans ce fait une autre raison de prudence, c’est qu’il ne convient pas de faciliter la tâche de ceux qui nous en veulent à mort, et que passer, même si c’est faux, pour suicidaire parce que l’on discute du seul problème philosophique vraiment sérieux est un moyen de leur faciliter la tâche dans la mesure où la chute mortelle d’une personne passant pour suicidaire n’éveille guère de soupçons.

Lorsque l’on demandait au philosophe Hégésias, qui préconisait le suicide, pour quelle raison il ne se suicidait pas, il répondait qu’il devait d’abord convaincre les gens du bien-fondé de sa philosophie : c’est la raison pour laquelle il incitait les gens à se suicider plutôt que de se suicider lui-même. Nous avons déjà parlé du suicide de Mainländer. Ce dernier aurait, selon une banale hypothèse, agi conformément à sa pensée en se suicidant. Or sa pensée est que l’humanité disparaîtra lorsque l’État idéal sera réalisé, possiblement – Mainländer se borne à des conjectures sur ce point – par un phénomène de contagion spirituelle qui verra l’humanité se suicider en masse, jusqu’au dernier homme. Et pourquoi pas ? L’État idéal est l’état du désespoir irrémédiable, il ne reste aucune chose à changer, plus rien ne peut être amélioré pour rendre l’homme heureux, et la vérité se montre alors à lui tout entière : le néant est préférable à l’être. Cette évidence en grande partie occultée par les imperfections sociales apparaîtra de manière universelle aux yeux de tous et de chacun, comme elle est apparue aux grands esprits de tous les temps. Et si ces grands esprits ne se sont pas tous suicidés, il est permis de penser que c’est en raison des obstacles propres à leurs époques respectives, à commencer par l’interdit du suicide, et faute de la contagion spirituelle requise. – Ceci est la seule philosophie de l’histoire réaliste fondée sur l’idée de progrès.

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Il n’existe à ce jour aucune traduction française de la Philosophie der Erlösung de Philipp Mainländer, publiée en 1876. Une telle traduction est impossible dans un pays comme la France.

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Le matérialisme est la philosophie par laquelle l’homme n’a rien à penser en vue de la mort. Nous mourrons tous mais ceci, pour le matérialiste, est complètement indifférent ; nous devons vivre comme si la mort n’existait pas, puisqu’il n’y a rien à faire en vue de la mort. La mort existe mais qu’est-ce que ça change ? Mènerions-nous une vie différente si la mort n’existait pas ? Celui qui se goberge continuerait de se goberger, celui qui veut devenir très savant deviendrait de plus en plus savant, le riche de plus en plus riche… Le matérialiste a la mentalité de la vie éternelle, dans cette vie barrée par l’horizon de la mort.

Ils disent : « Vivre sa vie avant la mort. » (Parfois, c’est pire, ils disent « profiter de la vie », quel aveuglement.) Mais cette mort – que demande-t-elle ?

Que veut de moi la mort ? Cette vie, c’est la nature, l’individu que je suis n’est qu’un instrument de son aveugle volonté, le prix qu’elle attache à ma personne celui de l’esclave pour le maître. Vous n’avez pas existé comme une personne pour elle, votre individu, celui qui vit sa vie, n’existe nulle part dans la nature comme une personne – et si vous vous croyez une personne, il faut pour cela que la nature n’ait pas le dernier mot, mais alors c’est la mort qui vous demande quelque chose en tant que personne, en tant que vous êtes une personne. La mort attend la personne que la nature a méconnue.

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Si la mort est un long sommeil, et si la vie peut être une jouissance, les malheureux peuvent se consoler à l’idée que la mort sera la fin de leurs maux et la fin des injustes jouissances des heureux. Eux doivent gagner la paix et les autres perdre leurs plaisirs. Pourquoi cette pensée ne serait-elle pas suffisamment consolatrice, qu’il faille imaginer en outre un paradis, un enfer ?

Strindberg : Un livre bleu II / Blå Bok

Voici donc, pour la première fois en français, deux textes du Livre bleu, II et III, de Strindberg. Pour ce qui est des textes originaux suédois, qui précèdent la traduction, le premier est écrit dans la graphie de l’époque, car le livre utilisé est un livre ancien, le second respecte l’orthographe moderne.

Je demande à mes lecteurs la permission de ne pas faire de commentaire.

[ADDENDUM. Toutes mes excuses, le premier des deux textes qui suivent a déjà été traduit et figure dans le choix de textes en français paru sous le nom Un livre bleu – ce dont je viens seulement de m’apercevoir, un peu tard. Le second texte le complète bien, sur le même sujet.]

Häxprocesserna

När på 1880-talet materialismen blomstrade och människorna förfäades, upptäckte fysiologen Charcot den onda viljans makt att influera medmänniskors psyke, så att de blefvo « besatta ». Detta kallades hypnotism och suggestion. Hemlighetsfulla tilldragelser med brottslig anstrykning började refereras, processer anlades därtill och mord förekommo, och där mördaren uppgaf sig ha handlat under inflytande och tryck af viss persons vilja, till och med på afstånd. Det var då Charcot fällde de ryktbara orden : Om femtio år ha vi häxprocesserna igen ! Därmed erkändes att det fanns något i häxprocesserna som var annat än inbillningar och bedrägeri.

Hvad menades då med en häxa ? En kvinna (mest kvinnor !) som händelsevis upptäckt själens förmåga att gå ut ur kroppen eller på afstånd influera på en annan, mest på de lägre sfärerna. Därjämte måtte de ägt förmågan att, särskildt hos barn, framkalla orena bilder.

Romarne kände alla dessa konster, men förstodo dem icke. De menade således med Lamia ett spöke som « diade » barn, och med Incubus, som i orena drömmar besökte ynglingar och flickor, menade de Faunus eller den ludne Pan. Luther talar ännu om dessa företeelser, och Huysmans har skildrat fenomenet i ett kloster som han besökte såsom om det var en upplefvelse.

Nu är saken den, som hvarje förälskad man känner till, att kvinnan kan, när hon attraheras till en man, intränga med sin själ eller delar af densamma i hans, så att han förlorar sig själf och blir besatt af henne.

Ynglingen och flickan plågas i drömmen sannolikt icke af sina fantasier utan af andras, och de som tycka sig förföljda af mänskor äro sannolikt förföljda af andras tankar, kärlek eller hat. När denna själens förmåga, under vilda tider af förfall, utvecklas och upptäckes, så missbrukas krafterna af de andra till andra ändamål. Ynglingen i pubertetsåldern, som blifvit föremål för en, kanske okänd, kvinnas böjelse, plågas af detta, känner sig ofri, besatt, och blir stundom frestad beröfva sig lifvet för att bli fri sin vampyr. Olycklig kärlek kan ju sluta i själfmord.

Dessa häxor, som brändes under häxeriprocesserna, voro antingen sådana vampyrer eller besatta, och man har exempel på häxor som af okunnighet och nyfikenhet praktiserat trolldom, sedan själfva angifvit sig och tiggt om bålet som enda räddningen, ty genom att göra ondt hade de trädt i förbindelse med en lägre region som vi ana men icke kunna känna fullständigt.

Albigenser och tempelherrar lära ha utöfvat trolldomssynd med alla afvikelser, och därför brändes de, icke för religionensskull. Och när tempelherrarne svuro på bålet att de voro oskyldiga, så menade de väl oskyldiga till den yttre handlingen, då lagen icke straffar tankesynd, viljesynd, önskesynd.

Häxeriprocesserna upphörde, men häxeriet är kvar delvis. En nådig försyn inbillade mänskorna att det bara var inbillningar ; och när deras tankar upphörde spela omkring dessa ämnen, blefvo de immuna.

När med hypnotismen, medevetandet om dolda, darliga krafter väktes till lif, började fenomenen återigen visa sig, och mäktiga andar, särskildt i Frankrike, bekämpade hvarandra, på afstånd, ibland med dödlig utgång. Flera af dem som framkallat krafterna blefvo skrämda, och flydde till religionen, där de funno säker hjälp. Andra förgingos i sin egen ondska.

Den kvinna, som af ondska och härsklystnad leker med en mans känslor, blifver icke ostraffad. Koketten som väcker svartsjuka blir oftast straffad genom svartsjuka, det vill säga : anfäktas af inbillningar, där hon ser mannen älska en annan kvinna, och det lär vara helvetets kval. Därför heter det så riktigt : Lek icke med kärleken !

Häxor

Swedenborg tror på häxor, efter som han sett dem, och så gör jag också ; ty jag har känt sådana.

Med Häxa menas en kvinna som kan utsända sin kroppssjäl genom en stark viljeakt. Hon kan skicka denna om natten till sovande ynglingar och män, och ge dem illusion (full verklighet) av en omfamning. Detta var medeltidens Succubus eller Incubus, som förekommer i Goethes Faust 1:a Delen, och vilket författaren till Medeltidens Magi aldrig kunde begripa emedan han levde i köttet.

Jag har för många år sedan känt en häxa i utlandet utan att förstå vem jag hade för mig. Hon kunde förvända min syn, så att jag såg det som icke fanns ; hon kunde besöka mig när hon ville ; när hon var ond på mig förmådde hon ingiva mig självmordsmani ; hon ägde kraft att bibringa mig alla slags känslor och hon låg och önskade sig gåvor och pengar, så att jag fick ingivelser inifrån att uppfylla hennes outtalade önskningar.

Swedenborg talar om lastbara kvinnor som bli trollkonor. « De ingiva andra dem de hata, att de må bringa dem om livet, ty de veta sig icke kunna dö ; sedan anklaga de dem som mördare och utsprida det. »

« I helvetet består deras livs högsta nöje i att pina ; ja, medelst i världen okända konster, genom vilka de förstå att bibringa de finaste känslor, alldeles som om de voro i kroppen. »

För att läsaren icke må tro att detta är fantasier eller inbillningar skall jag skvallra om vad en häxa berättat mig, ty jag har känt flera häxor.

Jag frågade en gång, när vinet öppnat hennes tunga : Hur bär ni er åt ? – Jo, jag ligger och tänker mig…

Jag gick med en häxa på gatan, och på långt håll sågo vi ett fruntimmer förgäves söka komma opp på sin cykel.

– Nej, du kommer icke opp förr än jag vill, mumlade min häxa.

Damen på cykeln stretade en stund.

 – Opp med dig då ! sade häxan, och vände bort huvet. I detsamma var damen i sadeln.

Hon hade alltså onda ögat, var jettatore (-trice), bragte otur och förbannelse med sig, var naturligtvis grym och vällustig, vilket följer med !

Hon var rysligt ful, men kunde förvända synen så att hon föreföll skön, dock icke för alla och icke alltid. Vid 43 år kunde hon vid tillfällen ge fullständig illusion av 17 år.

Nu vill jag erkänna, att de flesta kvinnor äga denna förmågan, och detta kallas deras charm, eller tjusningsförmågan, som kan beröva en man förståndet slutligen.

Många flickor, som upptäckt denna farliga gåva, missbruka den av oförstånd ; men många handla på befallning, med tvång, och äro skyddade i sitt rysliga ämbete : att straffa gudlösa män.

Därför är den ogudaktige värnlös mot furien ; och det har givit enfaldiga män anledning tala och skriva om kvinnomakt. Hon har endast makt över den gudlöse.

– Du hade ingen makt över mig, vore hon dig icke given ovanifrån !

Mot häxan finns endast en hjälpare : Herren, levande Gud !

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Under häxprocesserna förekommo ofta fall, att kvinnor angåvo sig själva och begärde brännas. Dessa hade antagligen handlat av nyfikenhet eller oförstånd, och när de framkallat det onda väsendet och fått det i kroppen, kände de att bålet var enda befrielsen.

Ännu för 7 år sen läste jag i tidning om häxor i Lima, vilka begärde få bli brända.

Alltså, kvinnor, bruka er makt som Gud givit er, men till det goda ; men om ni missbrukar den till härsklystnad, ondska eller vällust, så han I vansinnet eller döden att vänta !

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En man hade satt bort sin själ i en ond kvinna. Han hatade henne, men efter som hon bar omkring hans själ, så saknade han den. Och denna längtan förnam han såsom kärlek. De skiljdes. Och varje gång häxan överflyttade sina känslor på en annan blev han befriad.

När hon sista gången märkte att han blev befriad, så fattades hon av raseri. Hon ville äga sin älskare, men också pina den förre. Nu råkade hon i en dubbelsnara. Mannen ville hon icke släppa, och därför kastade hon sina känslor på honom, telepatiskt, ty hon var ju häxa. Men i samma stund fanns ingen plats för älskarn, och hon kunde icke « äga » honom, ty han blev neutraliserad.

Då uppfinner hon den sataniska intrigen att genom sin kroppssjäl sammanföra de två männen i olovlig förening. Detta kände den frånskilde mannen på sig, och för att undgå synden, så skött han sig !

Nu frågas : förtjänade icke en sådan kvinna bålet ?

Och hade icke mannen rättighet att döda sig, då han icke på annat sätt kunde bli fri synden, som han avskydde ?

 

Les Procès de sorcières

Dans les années 1880, quand le matérialisme prospérait et les hommes se crétinisaient, le physiologiste Charcot découvrit le pouvoir qu’a une volonté maléfique d’influer sur le psychisme d’autrui de façon qu’il soit « possédé ». On appela ce phénomène hypnotisme ou suggestion. On commença à parler de certains cas mystérieux, à caractère criminel, qui donnèrent lieu à des procès ; les meurtriers affirmaient avoir commis leurs crimes contrôlés par la volonté d’une autre personne, agissant sur eux, même à distance. C’est alors que Charcot prononça ces paroles fameuses : dans cinquante ans, nous verrons de nouveau des procès de sorcières ! On admettait, ainsi, que ces procès reposaient sur autre chose que l’imagination ou la tromperie.

Qu’entendait-on par sorcière ? Une femme (il s’agit la plupart du temps de femmes !) qui d’une manière ou d’une autre avait découvert le moyen de quitter son propre corps ou bien d’influencer autrui à distance, le plus souvent parmi les classes inférieures. De même, les sorcières auraient eu le pouvoir de susciter, en particulier chez les enfants, des pensées obscènes.

Les Romains connaissaient ces pratiques, mais ils ne les comprenaient pas. Ainsi, ils concevaient la Lamie comme un fantôme « allaitant » les enfants, et l’Incube qui hantait les jeunes hommes ou les jeunes filles dans des rêves impurs comme un faune ou comme le Pan hirsute. Luther évoque également ces faits, et Huysmans a décrit le phénomène comme quelque chose de vécu, dans un monastère où il séjourna.

Or la vérité, que tout homme amoureux admet, c’est que la femme peut, quand elle est attirée par un homme, pénétrer dans son âme ou prendre celle-ci dans la sienne, de sorte que l’homme est perdu à lui-même, possédé par elle.

Le jeune homme, la jeune femme ne sont sans doute pas tourmentés, en rêve, par leurs propres imaginations mais par celles de quelqu’un d’autre, et ceux qui se croient persécutés par les hommes le sont vraisemblablement par les pensées d’autres hommes, amour ou haine. Quand ces pouvoirs de l’âme se développent et se découvrent en des temps farouches de décadence, les forces de l’un peuvent être utilisées en vue des desseins d’un autre. Le jeune homme à l’âge de la puberté qui devient l’objet du désir d’une femme, peut-être inconnue, est tourmenté par elle, il ne se sent plus libre mais possédé, et il est parfois tenté de mettre fin à ses jours, afin de se délivrer de son vampire. L’amour malheureux peut certes conduire au suicide.

Ces sorcières qui furent brûlées lors des procès en sorcellerie étaient soit de tels vampires soit des femmes possédées, et on a l’exemple de sorcières qui commencèrent par ignorance et curiosité à pratiquer la sorcellerie, et qui se dénoncèrent ensuite d’elles-mêmes, demandant le bûcher comme leur seul salut, car, en s’initiant à ces maléfices, elles étaient entrées en relation avec des régions inférieures dont nous avons quelque pressentiment mais que nous ne connaissons pas dans toute leur horreur.

On dit que les Albigeois et les Templiers pratiquaient le péché de sorcellerie avec toutes sortes de déviances, et que c’est pour cela qu’ils furent conduits au bûcher, et non pour une question de religion. Lorsque les Templiers jurèrent, sur le bûcher, qu’ils étaient innocents, ils voulaient dire qu’ils étaient innocents des actes extérieurs, car la loi ne condamne pas le péché en pensée, le péché de volonté ou de désir.

Les procès en sorcellerie ont pris fin, mais la sorcellerie existe toujours, plus ou moins. Une divine Providence fit croire aux hommes qu’il ne s’agissait que de leur imagination ; lorsqu’ils cessèrent de penser à ces sujets, ils furent immunisés.

Quand, avec l’hypnose, la conscience de dangereuses forces cachées s’éveilla de nouveau, le phénomène ressurgit, et de puissants esprits, particulièrement en France, se combattirent les uns les autres, à distance, parfois avec des conséquences mortelles. Plusieurs de ceux qui avaient conjuré ces puissances prirent peur et se réfugièrent dans la religion, où ils trouvèrent un asile sûr. D’autres sombrèrent dans leur propre malignité.

La femme qui, par méchanceté ou manie de dominer, joue avec les sentiments d’un homme, ne reste pas impunie. La coquette qui éveille la jalousie est souvent punie par la jalousie, c’est-à-dire qu’elle est obsédée par la pensée que l’homme aime une autre femme, et l’on dit que c’est là un tourment de l’enfer. C’est pourquoi il est bien connu qu’on ne doit pas badiner avec l’amour !

Sorcières

Swedenborg croyait aux sorcières, parce qu’il en avait vu, et j’y crois également, car j’en ai connu.

Une sorcière est une femme dont l’âme peut quitter le corps par un acte de la volonté. Elle peut conduire son âme auprès d’hommes, la nuit, et leur donner l’illusion (aussi complète que la réalité) d’une étreinte. C’était le Succube ou l’Incube du moyen-âge, tel qu’il apparaît dans le Faust de Goethe, première partie, et c’est ce que l’auteur de la Magie au moyen-âge [Viktor Rydberg. NdT] ne put jamais comprendre, car il vivait dans la chair.

J’ai connu, il y a des années, à l’étranger, une sorcière, sans comprendre à qui j’avais affaire. Elle pouvait agir sur mes sens de sorte que je visse des choses qui n’existaient pas ; elle pouvait me hanter à sa guise ; quand elle était en colère contre moi, elle était capable de m’inspirer des pensées suicidaires ; elle avait le pouvoir de susciter en moi toutes sortes de sentiments, elle s’allongeait et pensait à des cadeaux, à l’argent qu’elle voulait, de façon que je ressentisse l’impulsion de satisfaire ses désirs inexprimés.

Swedenborg parle de femmes vicieuses qui deviennent des enchanteresses. « Elles inspirent à ceux qu’elles haïssent la pensée de les tuer, car elles savent qu’elles ne peuvent mourir ; ensuite, elles répandent le bruit que ce sont des assassins. »

« En Enfer, le plus grand plaisir de leur vie consiste à faire souffrir, par des moyens inconnus dans le monde, grâce auxquels elles savent inspirer les sentiments les plus profonds, exactement comme si elles avaient un corps. »

Afin que le lecteur n’aille pas croire que tout cela n’est qu’imagination, je vais raconter ce qu’une sorcière m’a dit elle-même, car j’ai connu plusieurs sorcières.

Un jour que le vin lui avait délié la langue, je lui demandai : Comment vous y prenez-vous ? – Eh bien, je m’allonge et je pense…

Je marchais dans la rue avec une sorcière, quand nous vîmes au loin une dame essayer en vain de monter sur sa bicyclette.

– Non, tu ne monteras pas avant que je l’aie voulu, murmura ma sorcière.

La dame redoubla d’efforts quelques instants.

– Allez, monte, maintenant ! dit la sorcière, en détournant la tête. Au moment même, la dame était en selle.

Elle avait aussi le mauvais œil, c’était une jettatrice, elle apportait avec elle accidents et malheurs, était bien sûr cruelle et voluptueuse, cela va ensemble.

Elle était affreusement laide mais pouvait altérer les sens de façon à apparaître belle, bien que cela ne lui fût pas possible avec tout le monde ni tout le temps. À quarante-trois ans elle pouvait à l’occasion donner l’illusion d’en avoir dix-sept.

Je reconnais que la plupart des femmes possèdent ce pouvoir, qu’on appelle leur charme ou séduction, et qui peut complètement priver un homme de sa raison.

Certaines jeunes femmes, découvrant ce don dangereux, en abusent par pure inconscience ; mais d’autres agissent sur commandement, sous la contrainte, et sont protégées dans leur affreuse mission, qui est de punir les hommes sans Dieu.

C’est pourquoi l’impie est sans défense face à une furie ; cela a conduit certains esprits peu profonds à parler et à écrire du pouvoir des femmes. En réalité, la femme n’a de pouvoir que sur l’impie.

– Tu n’aurais pas de pouvoir sur moi, si tu ne l’avais reçu d’en haut !

Contre une sorcière il n’y a qu’un sauveur : notre Seigneur, le Dieu vivant !

*

Au cours des procès de sorcières, il arrivait souvent que des femmes se dénoncent d’elles-mêmes et demandent à être brûlées. Ces femmes avaient certainement étaient conduites par la curiosité ou l’inconscience, et après avoir appelé l’être maléfique et l’avoir reçu dans leur corps, elles virent que le bûcher serait le seul moyen d’en être délivrées.

Il y a encore sept ans, je lisais dans un journal l’histoire de sorcières qui, à Lima, demandèrent à être brûlées.

Jeunes femmes, utilisez, mais pour le bien, le pouvoir que Dieu vous a donné ; si vous en abusez, par manie de dominer, méchanceté ou volupté, vous pouvez vous attendre à la folie ou à la mort !

*

Un homme avait soumis son âme à une femme mauvaise. Il la haïssait, mais parce qu’elle possédait son âme, son âme n’était plus en son pouvoir. Et il prenait ce désir de recouvrer son âme pour de l’amour. Ils se séparèrent. Et chaque fois que la sorcière déplaçait ses sentiments sur un autre homme, il devenait libre.

Quand elle remarqua, enfin, qu’il devenait libre, elle enragea. Elle voulait à la fois posséder son amant et torturer l’autre. Elle rencontra un dilemme. L’homme ne voulait pas la perdre, elle jeta donc ses sentiments sur lui, télépathiquement, car c’était une sorcière. Mais dès lors, il n’y avait plus de place pour l’amant, elle ne pouvait le « posséder » car il était neutralisé.

Alors elle imagina une intrigue satanique : par le biais de son âme, elle réunit les deux dans une union interdite. L’homme séparé d’elle le ressentit et, pour échapper au péché, il se tira une balle !

La question se pose : une telle femme ne méritait-elle pas le bûcher ?

Et cet homme n’avait-il pas le droit de se tuer, alors qu’il ne pouvait pas autrement échapper au péché, dont il avait horreur ?

[À suivre : d’autres traductions.]

Septembre 2013