Category: Pensées

Penses-tu que tu penses?

Those who make sexual pursuits too conspicuous a life goal are considered base. I’m not saying they are base, only that they are considered base, including by me.

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The very concept of meritocracy is abhorrent. You can’t expect somebody to accept his low status as being the result of his low merit as a human being. Merit in meritocracy is world wisdom (Klugheit) and may go hand in hand with utter despicability as a person.

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Religion struggles against passions with passions. It will be superseded like everything passionate. Self-salvation is immaterial to selfless intelligence.

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Man is the animal that can’t take science seriously.

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Having been a child when personal computers and video gaming were in their infancy, makes the difference.

Vasarely (filtre Neo)

Penses-tu que tu penses ?

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En Espagne, le SETSI est le secrétariat d’État aux télécommunications et à la société de l’information (Secretaria de Estado de Telecomunicaciones y para la Sociedad de la Información). Que fait-il pour organiser la fin du travail qui caractérise la société de l’information selon l’inventeur du concept, le Japonais Yoneji Masuda ?

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Un rapport de l’OCDE a mis en cause la politique de plein emploi (en raison de la courbe dite de Phillips censée montrer que le plein emploi est incompatible avec la stabilité des prix). Ainsi, ce rapport préconisait le chômage de masse comme instrument anti-inflationniste ! C’est tellement rassurant.

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Selon le systémisme, il existe des effets émergents et le tout est plus que la somme des parties. Les expériences de laboratoire, qui permettent de déterminer des causalités en sciences sociales à partir de corrélations, en éliminant méthodologiquement les tierces variables, appréhendent-elles autre chose que des parties au sein des systèmes ?

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Selon des études conduites à ce sujet, les publicitaires ne savent pas ce qu’est un message subliminal – alors que 62 % des Américains croient à l’existence de la publicité subliminale. On s’attendrait à ce que, visés par de telles suspicions, les publicitaires connaissent le sujet, mais non.

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Des gens que cela ne choque pas de travailler dans un palais de justice ont forcément la haine du progrès.
– Ce n’est qu’un mot, voyons !
– Oui, et qu’évoque le mot palais ?

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Avec notre législation sur les contenus haineux, nous sommes parvenus à créer un contentieux de masse sans victimes.

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Il est connu que nos codes juridiques comportent des incohérences fondamentales qu’il semble impossible de corriger sans modifications en profondeur de nos institutions et de notre société. Par exemple, la législation sur les accidents du travail s’oppose au principe selon lequel la réparation d’un dommage implique une faute ; de même, les conventions collectives s’opposent au principe selon lequel un contrat n’a d’effet que pour les parties contractantes, etc. Comment ces incohérences sont-elles à leur tour compatibles avec l’idée de sécurité juridique ? Il n’existe pas de sécurité juridique quand le droit dit en même temps une chose et son contraire.

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Les inégalités ethno-raciales enregistrées dans une société, avec stratification raciale en termes de richesse et d’éducation, sont une cause suffisante et purement sociale ou sociologique de racisme, puisque la pauvreté suscite une bonne part de délinquance attentatoire aux biens et aux personnes. (Les minorités qui s’en tirent mieux que les autres dans le partage des richesses, par exemple les Chinois, ne suscitent pas les mêmes réactions racistes.) Il n’est donc pas besoin de faire l’hypothèse d’un fondement biologique du racisme pour comprendre que le racisme peut avoir une base solide dans les inégalités sociales elles-mêmes. Dès lors, est voué à l’échec le message simpliste de la race comme « construit social », qui consiste de fait à dire aux groupes plus favorisés que leur état émotionnel vis-à-vis des groupes moins favorisés est irrationnel, alors que ces groupes racialement identifiables menacent objectivement leurs biens et leurs personnes vu que la délinquance est corrélée à la pauvreté.

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Tout comme les ouvriers français ont une espérance de vie inférieure aux cadres français, l’espérance de vie des Noirs américains est inférieure à celle des Blancs. Si les États-Unis avaient un système de retraite collectivisé comme le nôtre, les Noirs pauvres paieraient les retraites des Blancs riches. (Pour bien le comprendre, voyez mes « Mathématiques des retraites » x)

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Il existe un « droit » bureaucratique, en partie lié au dirigisme économique. Les administrations créent du droit par le biais de circulaires, instructions, etc., que les agents économiques ne peuvent, d’une part, ignorer ni, d’autre part, contester car ces « normes » ne sont pas opposables juridiquement.

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Le droit français est le dévoiement napoléonien, autoritaire et militariste, de la Révolution française des droits de l’homme inspirée des Constitutions des États américains.

Par sa révolution de 1789, la France avait vocation à devenir un système de common law. La codification napoléonienne est revenue sur les réformes révolutionnaires qui allaient en ce sens pour ramener le droit français dans les ornières romanistes de la monarchie absolue.

Sachant que le droit romaniste sous sa forme napoléonienne est la forme qui a prévalu grosso modo dans l’ensemble de l’Europe continentale, il convient de distinguer en Occident (mais aussi dans les autres parties du monde où l’influence occidentale s’est exercée) deux formes de société : l’une appliquant la common law, l’autre le droit napoléonien. Or, les deux formes affirmant obéir, sous l’empire de la raison, aux mêmes principes suprêmes, à savoir le respect des droits de l’homme et l’émancipation de l’humanité, et l’une de ces formes, le droit continental, n’étant à cet égard que le dévoiement de l’autre, il s’ensuit que le droit romaniste napoléonien doit être démantelé complètement, et réduit au néant à tout jamais.

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La règle de l’épuisement des voies de recours internes (pour saisir la Cour européenne des droits de l’homme) est interprétée comme signifiant que la juridiction internationale saisie après l’épuisement est « subsidiaire » ! Au contraire, malgré la lettre de ses statuts, la Cour EDH est clairement une juridiction suprême, et c’est bien ce qu’elle doit être.

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« Hannah Arendt a mis lumineusement en lumière… » (Danièle Lochak)

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Les immunités parlementaires protègent le représentant contre l’abus de la procédure judiciaire. C’est une suspicion de principe à l’égard du magistrat.

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Je ne suis pas obligé d’applaudir au procès de Socrate.

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Donner la plénitude des libertés (opinion, expression…) à des corporations seulement (journalistes, syndicalistes… dépendants d’une organisation) est de nature à favoriser les ententes et les pactes de corruption, pour ne pas dire de nature à les rendre possibles. Les premiers « chiens de garde » de la démocratie sont les citoyens eux-mêmes : le peuple. – En termes castoriadiens, la bureaucratie nie au peuple les libertés qu’elle proclame et ne défend que pour elle-même.

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La possibilité de poursuites judiciaires a un effet plus dissuasif sur la liberté d’expression dans un système romaniste, où le droit est régalien, que dans un système de common law, où le droit est contentieux.

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En 1937, un chirurgien et son patient sont jugés pour une opération de stérilisation effectuée après accord entre les deux. « L’intention de blesser existe dans cette résection des canaux, et cela suffit », déclare le juge. En quoi ce raisonnement obtus du juge est-il utile à la société ? La défense répond que la circoncision est également une « intention de blesser » et qu’elle est cependant admise. « Comparaison n’est pas raison », réplique le juge, qui voit dans la circoncision un « rite destiné à favoriser la fécondation » (!) tandis que la vasectomie est tout le contraire… Est-ce de porter une robe comme une femme qui le fait rêver de fécondité ? Mais surtout, quelle loi, quel article du code lui demande de favoriser la fécondité plutôt que le contraire ? Enfin, cette réponse est l’admission que, contrairement à ce que le juge a tout d’abord prétendu, l’intention de blesser ne suffit pas, puisqu’il y faut en outre l’absence d’un rite de fécondation… (Tiré de Le droit pénal, 1990, de Jean Larguier)

Sachant que nos concitoyens lisent et entendent ce genre d’histoires véridiques, il ne faut pas s’étonner que le plus innocent puisse manifester des signes de trouble et d’inquiétude devant un tribunal : cela ne provient pas forcément de la culpabilité de la personne, c’est peut-être plutôt qu’elle se doute de qui elle a affaire.

Un juge, en France, a condamné le propriétaire d’une voiture volée pour l’accident provoqué par le voleur. Il faut s’attendre à tout, en France.

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Je lis un précis sur le droit constitutionnel de Singapour. Vu que l’auteur (le Singapourien Kevin YL Tan) ne fait pas remonter l’histoire du droit à Singapour au-delà de la colonisation britannique, il semble bien que les Anglais aient à juste titre déclaré le territoire, en y posant le pied, terra nullius, comme l’Australie !

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Marketing pédocentré : les gens demandent à leurs enfants pour qui voter : « Regarde la télé et dis-nous qui tu préfères. » Les politiciens le savent. Cela n’explique-t-il pas bien des choses ?

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L’idée que le scrutin proportionnel est plus juste que le scrutin majoritaire, idée que « pratiquement personne ne met en cause » (Robert Dahl), repose sur une illusion. C’est la même, dans l’esprit de Dahl, que celle qui voudrait qu’un régime multipartisan soit plus démocratique qu’un régime bipartisan. Qu’en est-il en réalité ? Tout d’abord, dans un régime multipartisan les partis qui entrent au Parlement n’appliquent pas leur programme électoral mais un pacte ou accord de coalition négocié immédiatement après les élections (par exemple, qu’est-ce que le PC allié au PS sinon un PS bis ?). Ensuite, il n’y a pas de différence fondamentale que le débat ait lieu entre une pluralité de partis plutôt qu’au sein de deux partis : la diversité des plateformes électorales dans un régime multipartisan est l’équivalent de la diversité des courants au sein des deux partis qui débouche sur deux plateformes électorales dans un régime bipartisan, dès lors que les deux partis fonctionnent démocratiquement, avec des primaires.

Ainsi, le régime bipartisan (où le scrutin proportionnel n’a pas vocation à exister), loin d’être moins juste, moins démocratique que le régime multipartisan (qui fonctionne naturellement avec le scrutin proportionnel, mais pas en France, régime que je qualifierais plus volontiers de bâtard que de mixte), est le seul véritablement démocratique, puisque c’est le seul qui, dans tous les cas, engage un parti élu sur sa plateforme électorale plutôt que sur un pacte de coalition indépendant du choix des électeurs. Dans un régime multipartisan, le seul cas où le choix des électeurs peut être véritablement respecté par le parti au pouvoir est quand celui-ci obtient, parmi les multiples partis se présentant aux élections, une majorité absolue, et c’est plutôt l’exception que la règle. Quand, au contraire, les élections n’opposent que deux partis, l’un obtient forcément la majorité absolue.

Le mépris de l’électeur va si loin dans les régimes multipartisans que, bien que les coalitions soient en réalité souvent déjà déterminées avant l’élection, ce qui se traduit par une répartition concertée entre plusieurs partis des circonscriptions où les uns et les autres présentent des candidats, chaque parti continue de défendre son propre programme plutôt qu’un accord de coalition qui déterminera véritablement la politique conduite au terme des élections.

Cette logique existe en France, régime multipartisan avec scrutin majoritaire. La disposition constitutionnelle selon laquelle « tout mandat impératif est nul » prend dès lors une coloration ironique puisque, de fait, sauf cas de majorité absolue d’un parti (plus de 50 % des voix à lui seul), le mandat impératif est impossible : un candidat ne peut appliquer le programme pour lequel il a été élu, il doit appliquer le pacte conclu par son groupe parlementaire avec les autres groupes pour dégager une majorité absolue des voix au Parlement, pacte conclu sur la base de négociations échappant au processus électoral. Ce que devraient donc dire aux électeurs les partis, dans les régimes multipartisans, c’est qu’ils soumettent à leur choix tout au plus des propositions à soumettre à la négociation entre partis représentés au Parlement en vue d’une coalition majoritaire – et non un programme à proprement parler. Ce serait de la plus élémentaire honnêteté intellectuelle ; et les électeurs comprendraient qu’un régime bipartisan est préférable.

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Je n’ai aucune idée de ce qui se trouve dans la tête du Français moyen.

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Si le travail était humain, le Loto n’existerait pas.

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Vivre et laisser vivre, c’est tellement difficile aux esclaves.

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Il n’y a pas de bonnes excuses sous de mauvaises lois. (On ne peut pas s’excuser d’avoir enfreint une mauvaise loi et on ne peut pas non plus s’excuser d’avoir obéi à une loi, même mauvaise.)

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Le psychanalyste refuse prétendument de tenir les pratiques des peuples premiers pour absurdes, car il leur trouve, dit-il, une explication psychologique. Comme si trouver une explication psychologique cachée à une coutume qui met en avant de tout autres motivations n’était pas la qualifier d’absurde par le fait même !

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Le wergeld synallagmatique est conforme à l’anarchie proudhonienne, fondée sur le droit contractuel. L’émergence de la conception du fait pénal comme trouble à l’ordre public est le moment totalitaire par excellence.

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La real property anglaise ne connaît pas les pleins pouvoirs de l’usus, fructus et abusus de la propriété romaniste, seulement un estate (real estate), un intérêt sur le bien. Ainsi la propriété n’est-elle pas forcément le vol, selon la célèbre formule de Proudhon dans Qu’est-ce que la propriété ?, qui est une critique de la conception romaniste. L’estate du droit anglais n’est pas le vol, jusqu’à preuve du contraire. – L’Angleterre est pourtant le pays de la révolution industrielle et de la grande misère du prolétariat.

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La doctrine Monroe est bien implantée dans la tête des Français.

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Marie-toi si tu veux manger de la purée.

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La justice américaine est cette justice qui a condamné pour fraude fiscale Al Capone, le plus grand criminel de son temps. – Il n’est pas démontré que les autres pays aient fait mieux.

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« Les philosophes n’ont fait qu’interpréter diversement le monde, ce qui importe c’est de le transformer. » (Marx). Simpliste. Comme si les philosophes, en couchant leurs idées sur le papier, n’étaient pas convaincus du pouvoir révolutionnaire de la vérité qu’ils dévoilent au monde.

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Personne n’a besoin d’un traité de logique pour penser, s’il en est capable. Et s’il n’en est pas capable, un traité de logique ne peut l’aider.

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– Vous reprenez les arguments de l’extrême droite.
– Si l’extrême droite n’avait que de mauvais arguments, il y a longtemps qu’elle n’existerait plus.

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Rien ne peut racheter un homme d’esprit aux yeux des sots.

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Le malade droit.

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Avec leur bonheur, je serais malheureux.

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Il ne suffit pas d’être intelligent, quand les amis suffisent.

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Le bureaucrate est une personne qui se tient à l’écart du débat d’idées, car ses convictions sont inavouables.

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La laideur de tout ce que je traverse par contrainte…

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Toute personne qui n’est pas une personnalité publique est anonyme sur Twitter. Et vive la liberté d’expression.

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Lionel Jospin a été battu par Jean-Marie Le Pen aux élections après avoir parlé de « sentiment d’insécurité » (plutôt que d’une insécurité réelle), alors qu’en tant que socialiste il aurait dû savoir que le capitalisme crée l’insécurité. Mais c’était un socialiste « gestionnaire », et donc il ne savait rien.

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Mierdas de todos colores.

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Les capitaux occidentaux se sont désinvestis des colonies au moment de la décolonisation car les investisseurs ne veulent pas prendre de risques (Frantz Fanon). Cf. « Le capitaliste, celui qui prend des risques »…

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Rêve-contact 3

Nuit du 8 août 2018. Un ordinateur surpuissant, qui n’est désigné que par « Elle », répond à toutes les questions de l’humanité et doit, croit-on, faire son bonheur. J’ai un doute à ce sujet et cherche à l’exprimer : « Elle connaît tout puisqu’elle a toutes les données du monde en mémoire, qu’elle traite à l’aide de ses capacités colossales ; elle connaît tout sauf elle-même, elle ne se connaît pas, c’est-à-dire elle ne peut s’intégrer dans ses réponses. Ce qui conduira nécessairement à des erreurs. » Ce raisonnement ne me paraissant pas pleinement satisfaisant, je continue de chercher et parviens à : « Elle errera nécessairement à cause des contradictions qui sont dans le monde. »

(Voyez 1 et 2)

Le plus libre est le seul qui le soit

La nation la plus libre du monde
(n’est pas la France et ne l’a jamais été)

« Nous vivons dans la nation la plus grande, la plus libre et la plus prospère du monde, et pourtant trop de nos concitoyens ne croient pas que leur vie ait un sens ou une valeur. »

Cette citation est tirée du livre de George W. Bush, A Charge to Keep (1999), ridiculement traduit en français (à moins qu’il ne s’agisse d’une intention malveillante de ridiculiser l’auteur) Avec l’aide de Dieu.

La première partie de la citation est tout ce qu’il y a de plus vrai : les États-Unis d’Amérique sont la nation la plus grande, la plus libre et la plus prospère du monde. Ce pays doit selon moi sa grandeur suprême à son éminente liberté, et principalement à son droit du Premier Amendement relatif à la liberté d’expression. C’est le seul pays qui ait tiré, et ce très tôt dans son histoire, les conséquences de cette liberté et ne lui oppose pas comme les autres démocraties, ou prétendues telles, de fallacieuses considérations d’ordre public qui ne visent en réalité qu’à protéger les classes dirigeantes de toute forme de véritable contestation.

Les magistrats américains méritent l’hommage du monde entier pour la constance avec laquelle ils défendent l’exception américaine du droit de la liberté d’expression, une exception qui devrait être la règle. Je ne connais pas de libre penseur qui ne soit d’accord avec cela. Je ne connais ici, dans mon pays, que de lâches mercenaires de la plume, qui feraient mieux de la poser une fois pour toutes puisqu’ils se contentent désormais le plus souvent de vitupérer contre des opinions que le juge est de toute façon chargé de réprimer, et il n’a pas besoin d’eux pour le faire ; en voilà qui ne risquent pas d’être contredits (vu, par ailleurs, qu’on parle de moins en moins français dans le monde et que ce déclin doit être vrai aux États-Unis également) ! Je ne discute pas avec ceux qui se réjouissent de voir des opinions condamnées par la justice et se félicitent de ce genre de lois ; je ne veux pas non plus les appeler mes amis, même quand nos convictions seraient les mêmes sur la plupart des sujets importants.

Par la sanctuarisation du Premier Amendement, les juges américains ont fait davantage pour l’émancipation de l’humanité que tous les politiciens des autres démocraties, ou prétendues telles, réunies, et sans doute des politiciens de leur propre nation, puisque cette sanctuarisation qui est leur œuvre s’oppose le plus souvent au vote des législatures des États, qui semblent souffrir autant que dans les autres pays d’une inextinguible soif de répression.

Ces derniers temps, comme une traînée de poudre, comme une épidémie foudroyante, vingt-sept États ont adopté des lois « anti-boycott », forçant leurs fonctionnaires à prêter serment de ne pas boycotter un certain État étranger qui le mérite pourtant compte tenu de son mépris du droit international et des droits de l’homme, l’État sioniste, ou refusant tous contrats publics aux entreprises soutenant un tel boycott. Trois de ces lois ont été déjà déclarées inconstitutionnelles, contraires au Premier Amendement, par le juge américain, et je ne doute pas que c’est le sort réservé aux vingt-quatre autres dans les plus brefs délais.

Également, aujourd’hui même [31 juillet 2019] une cour fédérale américaine vient de rejeter les poursuites à l’encontre de Wikileaks, indiquant que la publication de ces documents est protégée par le Premier Amendement, et ce malgré les infamantes accusations portées par les personnalités les plus influentes et de tous les bords contre cet homme, cet étranger (Julian Assange est citoyen australien), cet « espion » à la solde des forces du mal…

Aucune pression, aucune menace ne semble pouvoir atteindre ces juges incorruptibles animés par la conviction que le Premier Amendement de la Constitution américaine est le bien le plus précieux de l’humanité, et qu’en faire une coquille vide, comme est le droit de la liberté d’expression dans les autres pays, serait une régression vers la barbarie dont l’humanité pourrait ne jamais se relever.

L’énorme poids qui pèse sur leurs épaules ne les rend que plus admirables, que plus augustes et vénérables, le fait qu’ils soient seuls contre tous les autres pouvoirs : pouvoirs des nations étrangères, pour lesquels l’exception américaine sera toujours un affront, comme la vertu est un affront au vice, et pouvoirs constitutionnels des États-Unis eux-mêmes, en proie trop souvent aux convulsions de la démagogie.

The day the First Amendment is an empty shell will have ceased God to bless America. May He prevent such a day from ever happening. And God bless America.

(Pour une présentation plus juridique, voyez mon essai Droit comparé de la liberté d’expression x)

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« Un drogué, apparemment une loque, paraissant n’avoir rien appris (étant incapable de le dire), voit quand même les autres, fussent-ils savants ou grands personnages, comme des étriqués. » (Henri Michaux, Misérable Miracle)

C’est donc sans doute en ce qui concerne les savants et les grands personnages que le drogué est le plus lucide.

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« The Rasta’s motto is ‘Peace and Love’ – this is the manner in wich they greet each other. » (Leonard Barrett Sr, The Rastafarians, 1997)

This very motto being better known as the hippies’, who took it from anti-Vietnam war protest chants in the late sixties, it should be acknowledged that the rastafarians were already using it long before, as they have been an identified group in Jamaica, other Caribbean islands, and the States from the fourties/fifties onwards.

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i

« Imam [Wallace] Muhammad ‘pointed out that the Constitution of the United States is basically a Qur’anic document. Its principles were presented to the world over 1,400 years ago by the Prophet Muhammad (PBUH). » (Mattias Gardel, Louis Farrakhan and the Nation of Islam, 1996)

God bless America.

Louis Farrakhan and the Nation of Islam Source

ii

Dans la même veine, d’après le Français Christian Cherfils (1858-1926), disciple d’Auguste Comte converti à l’islam, dans son livre Bonaparte et l’Islam d’après les documents français et arabes (1913), le code civil de 1804 ou code Napoléon (qui reste le fondement du droit français à ce jour) serait inspiré de la Charia.

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« Les Croisés ont combattu quelque chose devant quoi il leur aurait mieux convenu de se prosterner dans la poussière – une culture face à laquelle notre dix-neuvième siècle lui-même paraît très indigent, très ‘en retard’. » (Nietzsche, L’Antéchrist) (Die Kreuzritter bekämpften später Etwas, vor dem sich in den Staub zu legen ihnen besser angestanden hätte, – eine Cultur, gegen die sich selbst unser neunzehntes Jahrhundert sehr arm, sehr ‘spät’ vorkommen dürfte.)

Un philosophe dont les actuels paladins de la volonté de puissance ne peuvent, on le voit, rien tirer…

(N.B. La traduction française dont je me suis servi (GF Flammarion) écrit « à laquelle notre dix-neuvième lui-même pourrait paraître très indigent » pour « selbst unser neunzehntes Jahrhundert sehr arm, sehr ‘spät’ vorkommen dürfte », en raison de dürfte, mais ce dernier terme a clairement ici le sens emphatique de « à bon droit » plutôt que celui d’une atténuation comme le suggère la timide traduction française, atténuation qui ne peut d’ailleurs nullement se comprendre dans le contexte. C’est d’autant plus regrettable que « lui-même » (selbst) devient alors une forme de compliment, c’est-à-dire quelque chose « notre cher dix-neuvième lui-même pourrait, éventuellement, peut-être, à la rigueur (haussement d’épaules), selon certains (mais qui, au fait ?) paraître indigent », alors que l’expression « lui-même » n’est là que pour indiquer ce que les Occidentaux croient avoir fait de mieux à ce jour. Cette atténuation, cette euphémisation qui tend au contre-sens quasiment volontaire trahit la réticence intellectuelle du traducteur, employé de l’Éducation nationale, devant la pensée intransigeante du philosophe, et son peu de capacité à rendre un esprit fort, massif et franc. Le traducteur introduit de l’ambiguïté où il n’y en a pas et où même il ne peut y en avoir.)

D’autres – pas tout à fait du même acabit – ne pourront guère mieux servir à nos paladins : « Quand l’Islamisme semble se désagréger au contact des doctrines étrangères, c’est qu’il travaille à se les assimiler, pour se renouveler. On peut prédire à coup sûr d’étranges réveils de la foi musulmane. » (Bernanos, Textes non rassemblés)

Bien vu.

« Quand le catholicisme ne devrait pas reconquérir son hégémonie d’autrefois, il ne serait pas démontré qu’une autre doctrine ne pût rallier les esprits et suggérer une unité de conscience toute nouvelle. Il y aurait l’Islam, si le positivisme n’existait pas. » (Charles Maurras, Quand les Français ne s’aimaient pas, 1916)

Ainsi, le père du « nationalisme intégral » dit que l’Islam pourrait servir à une nouvelle unité de conscience en France ! L’Islam le pourrait « si le positivisme n’existait pas ». Mais le positivisme existe-t-il ? Qui sait ce que c’est ?

Et cette autre alors, non mais c’est incroyable : « On appelait la France le paradis des femmes, parce qu’elles y jouissaient d’une grande liberté, mais cette liberté même venait de la facilité avec laquelle on se détachait d’elles. Le Turc qui renferme sa femme prouve au moins par là qu’elle est nécessaire à son bonheur : l’homme à bonnes fortunes, tel que le dernier siècle nous en a fourni tant d’exemples, choisit les femmes pour victimes de sa vanité ; et cette vanité ne consiste pas seulement à les séduire, mais à les abandonner. » (Madame de Staël, De l’Allemagne)

Une femme qui préfère le Turc au séducteur français, la moutarde me monte au nez, bougre de bougre !

Et même en Suède : « Nous avons beaucoup à apprendre d’eux [les Musulmans] : ils n’ont pas honte d’afficher leurs convictions, alors que nous, nous cachons les nôtres. » (Strindberg, Un livre bleu)

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« Nous voyons les grands esprits de tous les temps attacher le plus grand prix au loisir ; car, tant vaut l’homme, tant vaut le loisir. » (Schopenhauer, Aphorismes sur la sagesse dans la vie)

Mais de petits hommes, politiciens souvent, nous rappellent sans cesse à la « valeur travail ». Alors même que la politique peut difficilement passer pour un « travail », sauf à considérer que discuter au comptoir après le travail, par exemple, est encore du travail.

En outre, on cherche à présent à nous faire passer les politiciens pour des experts. Mais où a-t-on vu que les experts devaient se faire élire au terme de campagnes électorales ?

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Pygmées néolithiques

« À la fin du siècle dernier, on a découvert au Schweizerbild [sic, lisez Schweizersbild], près de Schaffouse, en Suisse, les restes osseux d’hommes de taille minuscule, véritables pygmées de l’âge de la pierre récente. Kollmann, qui les a examinés, considère comme certain que leur nanisme ne peut être attribué à des causes pathologiques. ‘Il est possible, comme le suggère Nüesch, que la légende très répandue relative à l’existence passée de nains et de gnomes, qui hantaient, disait-on, des cavernes ou des retraites cachées dans les montagnes, pourrait être une réminiscence de ces pygmées néolithiques (James Geikie, géologue écossais).’ » (Bernard Heuvelmans, Sur la piste des bêtes ignorées, 1955)

&

« À l’examen des faits, les anthropologues ont acquis depuis de nombreuses années la certitude que les caractéristiques que l’on a toujours prêtées aux elfes proviennent de la mémoire collective plutôt que de l’imagination mythologique. C’est-à-dire que l’elfe, le troll, le gnome, le kobold, le leprechaun, le brownie, le lutin ou le fardadet de la tradition ne sont pas à proprement parler des démons nocturnes de la tradition aryenne mais une synthèse de ce personnage et d’une authentique race d’hommes nains ou pygmées que les Aryens chassèrent à une époque ou à une autre et qu’ils obligèrent à se réfugier dans des retraites souterraines … réduits au troglodytisme … Avec le temps, il est certain que de nombreux Aryens renégats passèrent dans leurs rangs – de la même façon qu’aujourd’hui les hommes adoptent le mode de vie indigène des contrées sauvages qu’ils habitent –, et qu’ils réussirent à inculquer leur répugnant système de culte de la fertilité à une catégorie d’Aryens décadents, donnant ainsi naissance au furtif culte des sorcières » (H.P. Lovecraft, Quelques origines du royaume des fées [Some Backgrounds of Fairyland], 1932)

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Polygamie féministe ?

« Les femmes nordiques n’ont commencé qu’au XVIIIe siècle à prendre le nom de famille de leur mari [elles portaient avant le nom de leur père : -dottir, « fille de », par exemple Jonsdottir]. À ce point de vue, l’héritage des Vikings s’est conservé en Scandinavie dans une large mesure ; aussi lorsqu’eut lieu l’émancipation de la femme au XXe siècle, les femmes nordiques avaient déjà sur les autres une avance considérable. » (Eric Oxenstierna, Les Vikings, 1956)

On voit cependant que les femmes nordiques portaient le nom de leur père et non de leur mère. Par ailleurs, la polygamie était connue des Vikings. Selon certains, elle était limitée aux cercles dynastiques : « En Scandinavie, la polygamie était un privilège des maisons royales. » (Borges, Essai sur les anciennes littératures germaniques)

Mais selon Carolus Lundius (1638-1715), dans son livre en latin sur Zamolxis et les Gètes (1687), elle était répandue dans toute la population de Scandinavie, sauf en Suède : « The Scandians, but not the Swedish, yet are not satisfied with one spouse, they being surrounded with many a wife, officially wedded, like in the past, too (see Tacit., De mor. Germ., chap.XVIII) more frequent in the villages than in towns; the Swedish were the single ones to be satisfied with one spouse. … Polygamy is still a habit, especially in villages. » (Traduction Honorius Crisan)

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« A Swede wants to be capable and industrious – and not only in the context of work, since the duktighet [ability, industry, sedulity] ideal encompasses the whole person. The situation is complicated by another notion, namely, that you are nothing by virtue of being an individual. … This cultural trait, called the ‘Law of Jante’ (Jantelagen), is also a significant component in Norwegian and Danish culture. Personal worth is gained not least as a reward for being duktig, industrious, hard-working, but one is admonished not to forget that ‘pride goes before a fall’. Such is the Scandinavian attitude. » (Åke Daun, Swedish Mentality [Svensk mentalitet], 1989)

I should think the ‘cultural trait’ here described is typical smalltown mentality no matter the country. This mentality will always be one of the causes that rush enterprising people into cities, or emigration when a country’s population is so small as to be pervaded by smalltown mentality. Scandinavians who migrated in great numbers to the United States knew of no Jantelag in their new surroundings and adopted as a matter of course the live-and-let-live, flaunt-it, individualistic mindset that has made America the first country in the world.

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Mystère de l’hymen

« Ambroise Paré, Du Laurens, Graaf, Pinæus, Dionis, Mauriceau, Palfyn et plusieurs autres anatomistes aussi fameux … soutiennent au contraire que la membrane de l’hymen n’est qu’une chimère, que cette partie n’est point naturelle aux filles, et ils s’étonnent de ce que les autres en ont parlé comme d’une chose réelle et constante. » (Buffon, Histoire naturelle)

Ces naturalistes éminents sont peut-être excusés par le fait que la membrane de l’hymen n’existe que chez la seule espèce humaine. À quoi s’ajoute que la biologie même la plus récente ne peut fournir aucune explication à l’évolution de cette partie chez notre espèce, et l’avoue. Autrement dit, il existe un mystère de l’hymen ; quand on l’aura percé, quelques corrections majeures sans doute s’ensuivront.

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« La transmission des caractères acquis est contraire aux dogmes actuels. Cependant elle seule peut rendre possible l’évolution » (Alexis Carrel, Jour après jour, 1956)

Je ne me prononce pas sur le fond, simplement Carrel semble justifié quand il parle ainsi de « dogmes », quand il dénonce le dogmatisme de la faculté. Or qui est à l’origine de ce dogmatisme ? Ce n’est certainement pas Darwin, bien que la faculté dise que le darwinisme a invalidé la transmission des caractères acquis théorisée par Cuvier. Ce n’est certainement pas Darwin lui-même puisque : « Nous devons nous rappeler surtout que des modifications acquises, qui ont continuellement rendu des services dans le passé, ont dû probablement se fixer et devenir héréditaires. … La sélection naturelle a été l’agent principal, bien qu’elle ait été largement aidée par les effets héréditaires de l’habitude, et un peu par l’action directe des conditions ambiantes. » (Darwin, La descendance de l’homme et la sélection sexuelle)

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Il y a dans Un livre bleu de Strindberg un texte intitulé Les Lumières noires (Den svarta upplysningen) qui se conclut ainsi : « La jeune France est christianisée par les païens, et le dernier apôtre du bon sens paysan [il est indiqué, en note des commentateurs, qu’il s’agit de Zola] se retrouve isolé, comme un vieil épouvantail, persuadé dans son aveuglement satanique d’être le seul homme éclairé au monde. Peut-on espérer que les Lumières noires prendront fin avec lui ? – Espérons-le ! » (Traduction des éditions de L’Herne)

Seulement voilà, le texte original de la dernière phrase est en réalité : « Hoppas vi att upplysningen är slut med honom? – Ja, vi hoppas. »

C’est-à-dire qu’il n’est pas question, dans la conclusion de ce texte, des « Lumières noires » mais des Lumières. On comprend alors, en suédois, que les Lumières noires et les Lumières, la philosophie des Lumières, ne sont qu’un. Cela ne peut être compris dans la traduction française, fautive, infidèle, que j’ai reproduite, car elle ne parle, faussement, que des « Lumières noires » et non des « Lumières », ce qui fait que le titre reste obscur et n’est pas éclairé par la conclusion. Il s’agit, comme pour la traduction de L’Antéchrist de Nietzsche citée plus haut, d’une révolte du traducteur devant l’évidence. Le traducteur se refuse à suivre le penseur dans une détestation aussi franche et massive des Lumières et il la voile, y mêle sa pusillanimité, sa sournoiserie d’homme « éclairé », et ce faisant la rend impure.