Tagged: religion
Philo 42 Intuition de la nature et Aperception du moi
Intuition de la nature et Aperception du moi
Ce n’est pas l’esprit qui est dans la nature mais la nature qui est dans l’esprit. Le fait que nous ne connaissions point de limites à la nature et ne puissions en connaître a quelque chose de choquant, parce que les objets de la nature ont une existence limitée dans l’espace et le temps mais la nature elle-même ne peut être pensée à la manière de l’un de ses objets quelconques sans antinomie. Tandis que l’idée selon laquelle l’esprit peut ne pas avoir de limites ne choque pas. L’absence de limites de la nature est choquante car la nature est dans les formes de l’espace et du temps, mais ces formes de l’intuition (Anschauung), qui est une synthèse continue, ne s’attachent pas à l’esprit dans l’aperception (Apperzeption), qui est une synthèse immédiate.
Ce que nous percevons, intuitionnons doit avoir des limites car cela est situé dans l’espace et le temps (les objets sont individualisés), mais ce n’est pas possible pour la totalité, le monde des choses perçues lui-même. Et c’est parce que l’esprit n’est pas dans la nature. Ce que nous appréhendons en revanche par aperception, immédiatement, précède l’espace et le temps, et la question des limites de cette chose-là est indifférente. La question ne se pose pas car elle n’a de sens que dans l’espace et le temps. C’est l’existence dans l’espace et le temps qui est paradoxale ou antinomique, non celle de l’esprit. Cette existence est paradoxale car elle est secondaire à l’aperception, est une représentation imparfaite. L’existence paradoxale du monde des choses, de la nature résulte de ce que la nature est une représentation (la nature est représentation, avant même que nous parlions de notre connaissance de la nature comme d’une représentation de la nature) ; la nature comme représentation n’étant pas la chose elle-même, la chose en soi, elle est secondaire et imparfaite. Si l’esprit était dans la nature, la connaissance de la nature ne serait point paradoxale ou antinomique, ce serait l’aperception qui présenterait des antinomies, or tel n’est pas le cas : mon existence en tant qu’esprit est évidente, incontestable et parfaite : « je pense, donc je suis. »
Elle est parfaite en tant que raison pratique guidée par l’idée de liberté. Je suis une liberté dans la nature, c’est-à-dire la nature est dans l’esprit et non l’esprit dans la nature. En me posant en liberté dans et par la loi morale, je ne dis pas autre chose et ne peux dire autre chose que : la nature est dans l’esprit et non l’esprit dans la nature. La liberté n’est pas une représentation mais une aperception. Rien dans la nature ne permet de se représenter une liberté.
L’idée que c’est parce que l’esprit est dans la nature qu’il ne peut connaître celle-ci sans antinomie, parce que le tout est inconnaissable en totalité à la partie, est incorrecte. Si l’esprit était dans la nature, il serait une forme de connaissance conforme à la nature et pourrait du moins envisager sans antinomie une connaissance parfaite de la nature. Or l’idée même d’une connaissance parfaite de la nature est antinomique. Et ce parce que la nature n’est pas l’objet premier de la connaissance, ce qui résulte du fait que la nature n’est pas la chose en soi. La connaissance première n’est pas dans l’intuition mais dans l’aperception : l’aperception de la liberté.
« Les objets de la nature ont une existence limitée dans l’espace et le temps mais la nature elle-même ne peut être pensée à la manière de l’un de ses objets sans antinomie » (cf. supra) : on ne peut penser la nature en tant que totalité, à savoir en tant que monde, cosmos, de la même manière que l’on pense n’importe lequel des objets de la nature. Non seulement nous ne pouvons avoir une intuition du monde en tant que totalité, alors même que chacun de ses objets ne peut être connu que par une intuition. Mais en outre le monde en tant que totalité n’existe pas sans antinomie : si le monde est spatialement fini ce n’est pas une totalité, et s’il est spatialement infini ce n’est pas un objet de la nature. La nature est une représentation.
La question de la création du monde est celle de la création d’une représentation. Le sceptique demandant : « Si Dieu a créé le monde, qu’est-ce qui a créé Dieu ? » ne saisit pas bien le problème. On est conduit à la question d’un créateur du monde par le fait que le monde n’est pas cohérent en soi et par soi, en raison des antinomies dont Kant a dressé la liste. La question de la création du monde découle de la saisie de l’imperfection du monde naturel, de son essence paradoxale ou antinomique. Ce qui est cohérent en soi et par soi n’appelle pas cette question ; ce qui est cohérent en soi et par soi est. L’imperfection du monde est liée aux formes de l’espace et du temps dans lesquelles il se présente : ce qui est dans ces formes n’est pas la chose en soi.
« Ce qui est cohérent en soi et par soi est » s’entend d’une quiddité non sujette au doute radical : il ne s’agit pas de dire qu’une imagination parfaitement cohérente a la même essence que l’être parfait. Je ne peux douter qu’il existe quelque chose, parce que « je pense ». En d’autres termes, le doute ne peut aller jusqu’à penser que rien n’existe. L’aperception pose une limite nécessaire au doute radical. Le domaine de la connaissance intuitive, c’est-à-dire la nature, ne possède pas cette évidence aperceptive et reste soumis au doute et à la négation dans le solipsisme. Ce domaine est non seulement douteux car n’ayant de relation à nous que par l’intuition mais aussi problématique en ce que sa connaissance en tant que totalité est quant à elle impossible par l’intuition. Le monde est donc une Idée. Quand on cherche à examiner cette idée à partir des catégories a priori de l’intuition et de l’entendement, on est conduit à des antinomies. Par exemple, l’antinomie de l’espace : si le monde est fini, il n’est pas totalité (le « vide » qui entoure le monde est quelque chose), or le monde est la totalité des choses de la nature ; si le monde est infini, ce n’est pas un objet de la nature, or le monde est la totalité des choses de la nature.
Comme je ne peux douter que quelque chose existe, c’est ce qui douteux et problématique qui nécessite une explication ou justification, par exemple en termes de création. Comme je ne peux douter que quelque chose existe, le concept de perfection m’assure qu’il existe quelque chose de parfait parce que cet être parfait ne dépend de rien d’autre que de soi pour exister tandis que ce dont je peux douter requiert l’existence d’un être dont je ne le puis. C’est la preuve de Descartes : un être parfait ne serait point parfait s’il lui manquait l’existence. Cette preuve est moins légère qu’on ne l’a dit, prise en compte la fonction de l’aperception. Dans le domaine de l’intuition, cette preuve ne vaut rien. Mais quand quelque chose existe dont je ne puis absolument pas douter, c’est l’aperception qui m’interdit de douter de cette existence, et dans le domaine de l’aperception je ne considère rien de problématique au sens où nous l’avons dit de la nature. « Je pense » est une connaissance évidente, incontestable et parfaite ; « je suis » en tant qu’être pensant, est également une connaissance parfaite. Mais je suis aussi dans la nature, domaine de l’intuition soumis aux antinomies, et n’ai de mon être naturel qu’une connaissance imparfaite, dans une synthèse intuitive continue. Puisque je ne peux douter que quelque chose existe et que ce quelque chose n’est pas la nature (de l’existence de laquelle je peux toujours douter dans le doute radical), ce quelque chose qui existe n’est pas la nature ; or la nature est le domaine de l’intuition, de la connaissance imparfaite, des antinomies, et si ce qui existe n’est pas la nature imparfaite, c’est soit quelque chose de parfait soit une autre chose imparfaite. Mais la nature est l’unité de ce qui existe pour l’intuition, tandis que ce qui existe en soi m’est donné, contre le doute radical, par l’aperception dans une connaissance parfaite. Nous avons donc : α) la nature qui est le tout de ce dont je puis douter et β) un être dont je ne puis douter. Puisque le tout de ce dont je puis douter est l’être imparfait dans l’intuition, l’être dont je ne puis douter est un être parfait. De même que la nature imparfaite ne permet qu’une connaissance imparfaite, la connaissance parfaite de l’aperception est permise par un être parfait. Ce qui existe en perfection n’a pas été créé. L’esprit est incréé.
« Un être parfait ne serait point parfait s’il lui manquait l’existence » signifie qu’une connaissance parfaite dans l’aperception implique un être parfait. Comme la nature imparfaite dépend d’autre chose que d’elle-même en raison de son caractère antinomique, elle dépend soit d’un être parfait qui l’a créée, soit d’un autre être imparfait qui l’a créée. Mais si la nature avait été créée par un autre être imparfait, cet autre être imparfait serait lui-même à l’intérieur du domaine de l’intuition, c’est-à-dire qu’il est contradictoire que la nature imparfaite soit créée par un être imparfait, dans la mesure où la nature est une totalité selon la loi de notre intuition. Que notre intuition ne puisse, à l’œil nu, via les sens, et même par les prolongements technologiques, espérer percevoir un jour la totalité des objets et des qualités du monde naturel n’est pas en cause : c’est là une propriété fondamentale de la connaissance intuitive, inductive. Mais la loi de cette connaissance est précisément que tout ce qui me reste inconnu est dans l’unité de la nature elle-même ; et puisque l’antinomique de la nature suppose une forme de dépendance vis-à-vis d’un être parfait cohérent en soi et par soi, cette dépendance est la création par un être parfait, de l’existence duquel je ne puis douter, et non d’un autre être imparfait car il n’y a pas d’autre être imparfait que la nature.
Or cette création n’est pas dans le temps car cela signifierait que le monde a commencé mais c’est là une proposition antinomique. La création du monde est une autoreprésentation de la chose en soi dans les formes de la nature, c’est-à-dire dans le temps et dans l’espace. La nature n’est pas, au sens où le reflet d’une personne dans un miroir n’est pas cette personne mais seulement sa représentation. On dit qu’elle est créée.
*
La civilisation théorique
La nature n’existe que pour la raison pure théorique.
Une civilisation théorique n’est une civilisation qu’en théorie. La science ne peut pas fonder une civilisation, seulement des théories. Plus la science progresse, plus la civilisation recule.
Les postulats de la science sont toujours en contradiction avec ceux de la religion, comme le matérialisme est en contradiction avec l’idéalisme philosophiques, mais ses résultats sont toujours indifférents au regard des vérités de la religion, parce que ces résultats ne peuvent déterminer nécessairement aucune forme de législation. Quels que soient ces résultats, la législation ne s’appuie pas sur eux mais sur une délibération de la raison morale pratique (étant entendu qu’une révélation religieuse peut s’entendre en ce sens sans que soit dénaturé son caractère de religion), et ce même quand un, plusieurs, voire tous les partis justifieraient leurs positions respectives au nom de résultats scientifiques.
C’est pourquoi la civilisation recule avec les progrès de la science, en raison de deux phénomènes. Tout d’abord, une civilisation repose sur la loi morale sous forme de législation juste, or la science rend les esprits moins familiers avec ces considérations par la mécanicité de son heuristique. Ensuite, les progrès de la science se payent d’une mobilisation toujours plus grande de l’intellect sur les questions mécaniques, car le Gestell (Heidegger) s’effondrerait sans cette mobilisation dans l’infrastructure technique. Une activité indifférente aux fins morales n’a pas les moyens de maintenir un niveau suffisant de moralité dans le corps social.
La science n’a produit et ne peut produire aucun résultat de législation. La méthode expérimentale a réduit la pensée dialectique alors qu’elle ne peut la remplacer comme support de l’activité législatrice. Cette activité est l’objet de la raison morale pratique.
Philosophie 16 : Paraphrases de Kant & Autre
L’homme est un être de passion : ceux qui n’ont pas de hautes passions ont des passions basses.
*
Le talent pâtit de la proximité de la médiocrité, mais pas la pensée.
*
Le concept de l’homme compris philosophiquement, c’est qu’il vit devant un Dieu. (Voyez Le Hegel de Kojève x)
*
Un progrès infini signifie que nous souffrirons toujours et toujours autant.
*
La croyance à la perfection dans le temps est plus contraire à la négation du vouloir-vivre que la foi en Dieu. (Même si Hegel montre que des dogmes religieux peuvent avoir un effet contraire à la morale : par exemple, l’idée de rétribution peut conduire une personne à considérer le moindre de ses échecs comme une injustice.)
*
Le caractère étranger du christianisme chagrine le jeune Hegel (cf, entre autres, les Fragmente über Volksreligion und Christentum).
*
La positivité de la religion chrétienne (1795/96) de Hegel
Une secte philosophique (philosophische Sekte) a des enseignements religieux (religiöse Lehren) mais dont la raison seule est juge, au contraire d’une « secte positive », c’est-à-dire d’une religion positive, rendue telle par des cérémonies etc. qui prennent la place de la loi morale. Le titre de l’essai, Die Positivität der christlichen Religion, peut donc se lire : ce qu’il y a de mauvais dans la situation historique de la religion chrétienne.
ii
Religion positive =/= religion naturelle. Cette distinction issue de l’Aufklärung est remise en question par Hegel en ce qu’elle tend à liquider toute religion positive : Hegel s’y oppose car toute religion est forcément positive (car l’idée de religion naturelle repose sur le concept, non vivant, de l’humanité plutôt que sur un idéal de l’humanité) et en même temps on ne peut liquider les « besoins supérieurs de la religiosité » (höhere Bedürfnisse der Religiosität) en l’homme, précisément en tant qu’être rationnel (vernünftiges Wesen).
iii
[I]hnen die Vollmacht mitzugeben, nach ihrer Einsicht den Glauben der Gemeine zu bestimmen und diesen der Mehrheit der Stimmen zu unterwerfen, würde eine repräsentative Republik bilden, die dem Rechte der Menschen, ihre Meinungen nicht einem fremden Autorität zu unterwerfen, ganz und gar widerspräche und sie in den gleichen Fall setzte, in dem sie bei dem soeben betrachteten Vertrag wären, – welche Konstitution man eine reine Demokratie nenne könnte.
Ce que je traduis : « Leur conférer [aux représentants élus d’un concile ou consistoire] le pouvoir absolu de déterminer la foi de la communauté selon leurs vues et de soumettre celle-ci à la majorité des voix reviendrait à constituer une république représentative qui contredirait entièrement le droit des individus de ne soumettre leurs opinions à aucune autorité extérieure et les placerait dans le cas considéré à l’instant, à savoir une Constitution que l’on pourrait qualifier de pure démocratie. »
Une « pure démocratie » a une connotation négative car elle permet à une majorité de décider de questions qui ne regardent pas les lois de l’État, ainsi dans le domaine de la conscience. Pure car absolue.
*
Le contentement moral peut être éprouvé, connu, le bonheur jamais.
*
Je ne me connais pas comme vivant (dans la nature) mais comme pensant (comme un être métaphysique).
Je ne connais dans la nature que des objets mais je ne me connais pas comme objet, donc je ne me connais pas comme étant dans et de la nature.
*
Le dogme spécifiquement chrétien n’est pas l’immortalité de l’âme mais la résurrection des corps : le maintien de la personnalité. Or c’est bien cette limitation qui m’importe, tandis que je vis. Une conscience qui n’est plus dans les limites de l’individuation, qui retourne à la conscience-en-soi, ne m’intéresse pas plus que la poussière à laquelle retourne mon cadavre.
*
Puisque le monde en tant que totalité de la nature n’existe que comme idée, la frontière du monde est notre esprit.
*
Pour résumer l’interprétation de Copenhague, ce n’est pas la faute de la science mais celle de la nature.
*
Le pessimisme, en philosophie, c’est ne pas croire que l’empire napoléonien est la fin de l’histoire.
*
Le Dr Tissot est, nous le savons, risible : la masturbation ne rend pas malade, seulement dépendant à la pornographie.
*
Il n’y a pas d’estoppel en droit administratif français (jurisprudence du Conseil d’État, tribunal administratif suprême). Ce qui signifie que l’administration française a le droit de se contredire.
*
Les institutions françaises étant ce qu’elles sont, la question de l’homosexualité ne se pose pas en termes de « vivre et laisser vivre » : l’État impose de fait une propagande homosexuelle massive à laquelle il ne permet pas de s’opposer (le risque que fait peser sur la prise de parole la législation « anti-haineuse » est trop élevé).
*
Dire que la liberté d’expression n’est pas garantie, c’est, si l’on est entendu, vouloir subir les foudres des « commentateurs ».
*
L’écologie est une science, un parti écologiste n’a donc pas plus de sens que n’en aurait un parti chimiste ou un parti biologiste.
*
Les auteurs à succès sont testostéronisés (c’est l’effet de tout succès), ce qui fait qu’ils restent, précisément, de simples auteurs à succès. Au cas où l’explication par la médiocrité des goûts du public ne suffit pas.
Notre esprit se forme en lisant des auteurs à succès, accessibles à notre immaturité. Prendre ces auteurs pour de grands esprits est l’erreur d’esprits immatures.
*
L’absence de toute lifeview, la grossière incohérence de pensées et de sentiments qui en résulte, c’est ce que les sots appellent une personnalité mesurée.
*
Des « échanges commerciaux » n’impliquent pas forcément une classe marchande. Les historiens parlent partout d’échanges commerciaux, y compris pour des peuples et des sociétés sans classe marchande.
*
La classe politique est à l’image de ceux qui votent – mais pas des abstentionnistes.
*
Quand l’Inquisition faisait condamner des individus pour leurs écrits, par exemple un Giordano Bruno, on voit bien qu’elle n’exerçait pas une censure au sens technique de censure préalable. Le modèle de notre « garantie » de la liberté d’expression est l’Inquisition moyenâgeuse : c’est un instrument de répression amplement suffisant, sans avoir à s’embarrasser de bureaux de censure. (Aujourd’hui, un Giordano Bruno n’est certes pas, en France par exemple, brûlé vif mais seulement emprisonné, cependant cette différence ne tient pas à une philosophie juridique distincte mais à une évolution des mœurs en général.)
*
Puisque les libertés « ne sont pas absolues », la différence entre un État totalitaire et un État dit libre n’est que dans ce que les uns et les autres interdisent, dans ce qu’ils appellent respectivement le bien et le mal. Pour un individu que ses tendances profondes poussent vers le domaine proscrit par l’État dit libre dont il est citoyen, cet État est un véritable État totalitaire, qui lui fait d’ailleurs comprendre sans ambigüité qu’il a pour vocation d’éliminer les individus tels que lui.
*
Quand la Cour européenne des droits de l’homme valide, en 2014, l’interdiction par la loi française de se couvrir le visage dans l’espace public, interdiction qui n’avait, sans le dire dans le texte même de la loi, d’autre objet de censure que le niqab islamique, elle recourt à la notion de « vivre ensemble » : cette interdiction se justifie selon la Cour par l’objectif du « vivre ensemble » avancé par les autorités françaises. C’est ainsi que nous apprenons que les « droits de l’homme » sont un droit de la société sur les hommes, sur les individus, et que nous revenons grâce aux droits de l’homme – et grâce à cette Cour – au Léviathan que le concept de droits de l’homme avait pour but de dépasser.
*
Paraphrases de Kant
Critique de la raison pure
Les concepts ne permettent pas de connaissance synthétique a priori ; il faut, pour une connaissance synthétique a priori, le recours à l’intuition (Anschauung) et à ses formes, l’espace et le temps (exemple de la géométrie pour l’espace, de la computation pour le temps). C’est parce que l’espace est une forme a priori de l’intuition que la géométrie a des axiomes apodictiques. Ce ne serait pas possible si l’espace et le temps étaient objectifs, étaient des conditions objectives de la possibilité des choses en soi. (Reproduire la démonstration.)
Il n’y a pas de définition possible des concepts (empiriques comme a priori) mais seulement une explicitation ou exposition, sauf dans les mathématiques (géométrie et calcul).
Une figure géométrique quelconque, dessinée sur le papier, est le schéma du concept de cette figure. Le concept d’un triangle est sa pure et simple définition, et les énoncés qui exposent celle-ci sont analytiques. Synthétiques et a priori sont les énoncés qui exposent les propriétés du triangle.
La construction de concepts n’est possible que pour le donné de l’intuition a priori, à savoir la forme pure des phénomènes, espace et temps, sous l’aspect de quanta de ces formes : la figure géométrique (leur qualité) et le nombre (leur quantité).
Le temps et l’espace sont les formes de l’intuition, les catégories sont les formes de l’entendement, faculté des concepts.
L’Idée de la raison pure d’un auteur originel du monde est utile en ce qu’elle permet d’expliquer les phénomènes par des lois téléologiques, par un Nexus finalis (teleologischer Zusammenhang) à côté d’un Nexus effectivus (mechanischer oder physischer Zusammenhang).
Critique de la raison pratique
Une proposition synthétique a priori n’est fondée sur aucune intuition, ni pure ni empirique. Au plan pratique, c’est-à-dire au plan de la raison pratique, une telle proposition synthétique a priori est « la conscience de cette loi fondamentale » de la raison pure pratique : « Agis de telle sorte que la maxime de ta volonté puisse en même temps toujours valoir comme principe d’une législation universelle. »
Les déterminations empiriques de la volonté sont dites quant à elles « pathologiques ».
Critique de la faculté de juger
Le temps n’a qu’une dimension : d’où le principe a priori de la continuité de tous les changements. Le temps n’est donc pas une dimension (la quatrième). L’espace a trois dimensions, le temps une. (Que le temps ait une dimension signifie qu’il est représenté par une ligne dont les limites sont des points.)
Le goût de contempler la nature témoigne d’une âme bonne, de la qualité du sentiment moral.
Il y a un « manque d’urbanité » de la musique car elle s’impose au voisinage (et la force parfois à laisser en plan son travail intellectuel). De même, la remémoration de la musique est le plus souvent importune.
Ne pas croire en Dieu ne délie pas des commandements de la loi morale, mais cela rend nul « le seul but idéal conforme à la haute exigence de cette loi », qui est le bonheur des êtres raisonnables conformément à leur qualité morale. – Remarque : Dans les Fondements de la métaphysique des mœurs et la Critique de la raison pratique, le bonheur est la satisfaction des inclinations sensibles, à laquelle la raison fait par elle-même obstacle ; et Schopenhauer : Depuis Kant, l’éthique n’est plus un eudémonisme.
Kant et le problème de la métaphysique (Heidegger)
L’espace est la forme intuitive pure du sens externe, le temps la forme du sens interne (succession d’états de conscience).
Principes de la théologie naturelle et de la morale
Toute démonstration est un syllogisme : elle va du sujet au prédicat par un membre intermédiaire. Est indémontrable toute proposition dans laquelle « l’identité ou la contradiction se trouve immédiatement dans les concepts ».
On procède par définitions quand l’objet est connu par sa définition, ce qui est le cas des objets construits dans l’intuition pure : les objets mathématiques. Or les objets de la physique sont déjà en dehors de ce cas. Aussi Kant fait-il remarquer que ce sont, parmi les objets des sciences empiriques, les corps célestes qui sont le plus propres à la connaissance par définitions, car le moins dissemblables des objets construits des mathématiques.
La religion dans les limites de la simple raison
L’amour de soi, pris comme principe de nos maximes, est l’origine du mal, car c’est subordonner l’accomplissement de la loi morale aux inclinations sensibles.
Les mystères de la religion (mystère de la vocation, mystère de la satisfaction, mystère de l’élection) ne peuvent être compris de l’homme, mais leur compréhension n’est pas à compter parmi les besoins universels de l’humanité. – Remarque : L’absence de réponse à ces questions (par exemple, pourquoi certains sont-ils élus et d’autres non ?) est pourtant une cause majeure de doute et d’incrédulité, même parmi des hommes convaincus de la sublimité de la loi morale.
Kant est par principe contre le célibat et le monachisme parce que ce sont des pratiques qui lèsent le monde. Voir pourtant ce qu’il dit du sort de l’homme vertueux, persécuté dans le monde.
Kant emploie aussi, et alternativement, le mot « liberté » dans une acception juridique, au sens du droit de chacun à chercher son bonheur suivant le chemin qui lui paraît être le bon. Ce n’est pas la liberté d’obéir à la loi morale abstraction faite des conditions sensibles (du bonheur).
Métaphysique des mœurs
La conscience est représentée comme une dualité de l’homme, jugeant-jugé, comme un dialogue avec un être qui sonde les cœurs, dialogue qui donne l’idée de Dieu (de l’existence duquel je ne puis par ailleurs avoir aucune preuve en raison pure).
Le conflit des facultés
La diversité des religions au sein de l’État n’est nullement une bonne chose, la religion rationnelle a vocation à l’universalité.
Progrès de la métaphysique depuis le temps de Leibniz et Wolff
Le sujet de l’aperception (le moi intellectuel) est différent du sujet de la perception (le moi intuitionnant). Le second est réceptivité, le premier pure spontanéité. Dit autrement, l’aperception est aperception pure, la perception est aperception empirique.
Prolégomènes à toute métaphysique future
Selon Hume, dans le principe de causalité, l’entendement fait passer une nécessité subjective (l’habitude d’une certaine relation) pour une nécessité objective, dont il lui est en fait impossible de savoir qu’elle est objectivement, dans le monde des objets.
Les intuitions a priori sont les formes de la sensibilité. – Ce n’est pas de l’idéalisme, malgré l’appellation « idéalisme transcendantal » : il existe des choses hors des sujets pensants mais nous ignorons ce qu’elles sont en soi.
Locke et d’autres nient, d’une « multitude de prédicats », qu’elles appartiennent aux choses hors de nos représentations ; Kant ajoute à ces prédicats qui n’appartiennent pas aux choses les « qualités premières » : l’étendue, le lieu et l’espace en général avec tout ce qui lui est inhérent (impénétrabilité ou matérialité, forme, etc.).
Des choses hors de nos représentations et qui ne sont pas dans l’espace puisque l’espace n’est que dans nos représentations.
Le fonctionnement de l’appareil cognitif est un fonctionnement par formes de la sensibilité et concepts purs de l’entendement (substance, causalité…), ces derniers a priori et non tirés de l’expérience comme chez Hume.
Conjectures sur les débuts de l’histoire humaine
Pour Kant, le progrès a une valeur morale : c’est, comme les Idées de la raison, une notion « régulatrice » et non « constitutive ». Il faut croire au progrès pour ne pas être découragé et renoncer à se perfectionner soi-même ; ne point croire au progrès aurait un effet négatif sur la moralité. – Pour répondre à cette exigence morale, le progrès doit être un progrès continu, même lent : donc, pas de révolutions. Pourtant, dans Le conflit des facultés, la Révolution française est considérée comme un événement justifiant la foi dans le progrès, et même prouvant la tendance morale de l’espèce humaine.
S’orienter dans la pensée
La superstition se laisse au moins ramener à une forme de légalité, donc de stabilité (par opposition à un usage anarchique de la raison). – Remarque : L’attachement rigide du néophyte aux formes rituelles de la religion tient au ressenti profond d’une urgente nécessité de stabilité qu’il oppose à l’usage anarchique de la raison dans son expérience, usage qui ne fait droit à aucune religion.
La religion rationnelle est universelle comme la loi morale.
