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Premier amour numéro deux: Recueil poétique

Ceci est mon sixième recueil de poésie, inédit à ce jour. Je le publie intégralement ici.

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Table des matières

  1. Premier amour numéro deux : Poèmes
  2. Premier amour (suite et fin) : Poèmes anciens
  3. Autres poèmes anciens

Sans titre I, par Cécile Cayla Boucharel

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*

I) Poèmes

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I

Donne à l’eau que tu bois dans ma bouche altérée
Le goût de souterrain, de baume enténébrée
Qui fera de cette eau flétrie en baisers morts
La source d’un baiser et d’un amour plus forts ;
Donne-lui la fraîcheur d’un précipice immense
Où n’atteint le rayon qui sur les palmes danse,
La clarté cristalline et pure jaillissant
Des antres stygiens, le torrent hennissant
Hors du gouffre sans fond où, roulant sur lui-même,
Il s’ensevelissait dans un vertige extrême ;
Donne à ce tourbillon de notre baiser fou
L’exaltante fraîcheur des neiges de ton cou,
Pour ce désert en moi, refleuri sous la pluie,
Où revienne brouter toute la faune enfuie.

La clarté d’iceberg du saphir de tes yeux
Inonde l’océan glacé de tant de feux
Que l’on ne peut savoir si le ciel se reflète
Dans la mer ou la mer, sa plus noble conquête,
Dans l’azur ; donne à l’eau qu’à ton souffle je bois
L’éther du firmament, mais plus pur mille fois !

*

II

Laisse-moi te ployer contre un cœur éclatant,
Parce que j’ai vécu sans amour, combattant
En des causes sans gloire, et privé de tendresse ;
Laisse-moi t’infliger la fiévreuse caresse
De rudes mains sans art ; laisse marquer ta chair
Du feu de mes baisers, comme une esclave au fer,
Mon tison te couvrir d’une immuable empreinte,
Qui sera sur ta peau le plan du labyrinthe
Où divague mon âme, enchaînée à tes yeux,
Une prison de nuit et de flambeaux joyeux…
Planant sur les miroirs d’eau lente de ta bouche,
M’enivrer de tes sangs, sueurs, comme une mouche,
C’est mon rêve animal, sous le muscle appelant
Ton sein de minéraux et d’ombre pantelant,
Pour que ton cri se noie en ma gueule affamée
Quand je mordrai les sels de ta bouche enflammée.

Pour que l’obscurité qui cache ta pudeur
Me dessine un chemin d’aurore et de splendeur,

Pour qu’il ne reste rien que perles à l’aurore
De tout ce que le cœur vindicatif adore,

Pour que sur ton front las d’opales ruisselant
Se moire le cristal des fleurs, étincelant,

Pour que sur ton front blanc ma tête en stalactite
Éclabousse l’abîme infernal d’anthracite,

Pour que sur cette mer de nos exhalaisons
Se déchaîne l’orage igné des pâmoisons,

Pour que les condamnés à l’amour que nous sommes
S’embrassent en démons ennemis de tous hommes,

Pour que l’amour ne soit qu’un plongeon au plus noir
Gouffre noir et sans fond du profond désespoir,

Pour que la volupté soit la chute des anges,
Et plus vertigineuse encore : Mes louanges !

Je mourrai si tu pars, j’ai longtemps attendu
Que tu donnes la clef du Paradis perdu…

*

III

Quelle félicité soudain dans ton regard
Quand sur ta nudité choppe mon œil hagard.

Pourquoi, puisque je sais que c’est là ma conquête,
Suis-je comme un enfant devant toi, si quiète ?

Comme un roi de jadis en mendiant grimé
Se découvrait à qui, sans l’avoir présumé,
Lui faisait bon accueil, ta nudité m’enseigne
Le royaume secret où ta puissance règne.

Ta nudité, royaume agreste et féodal
N’ayant pour suzerain que ton orgueil royal,
Est le terrain de chasse et de jeu de tes songes
Éveillés, et le rêve où, telle, tu me plonges.

Or comme tu voulus me le donner à voir,
Il faut que j’aie été digne d’un tel savoir.

Pourquoi tant de bonheur, complet, dans ta pupille
Quand tu me vois scrutant ce paradis qui brille

D’aurore boréale, et tu me vois voyant
Les mirages dorés d’un Éden chatoyant

Comme un enchantement sous une lune blonde,
Comme si je n’avais jamais bien vu le monde ?

*

IV

Quand je touche ta peau découverte, sans voiles,
Le monde disparaît dans un brouillard d’étoiles.

Si je n’ai hors de toi ni cœur ni passion,
C’est que le monde n’est qu’imagination.

C’est un rêve incertain dont le feu de ta joue
Me réveille, un vieux sort que ton souffle déjoue,

Un mirage qu’éteint l’oasis de tes yeux,
Une ombre que dissipe un souvenir des cieux

Pour mon âme absorbée en ton image sainte.
– Ce pâle simulacre est une idole peinte !

Penser à toi suffit pour l’abattre à jamais,
Révélé son néant par ce que tu promets.

Qu’il soit toujours le même à chaque replongée
Ne prouve rien : toi-même, es-tu jamais changée ?

Il ne peut être vrai, puisque par cet amour
Je perçois qu’il n’est rien que toi dans ce séjour.

Ainsi, l’illusion est par toi manifeste,
Par l’amour l’univers s’en va, toi seule reste.

Or cet amour si grand est vrai, puisque j’en vis !

(Et nul doute pour soi : « Je pense, donc je suis. »)

*

V

Non, je n’étais pas fait pour goûter au bonheur
Puisqu’en pensant à nous, seul dans ma chambre noire,
J’imaginais qu’un trait me foudroyait le cœur,
Et que sur moi, péri, tu pleurais ma mémoire.

C’est ainsi seulement que voyait l’avenir
Mon esprit délirant : cette flèche tirée
On ne sait d’où venait subitement finir
Mes jours, et j’étais mort à tes pieds, sidérée ;

Et devant tous alors, comprenant ton malheur
De me perdre à jamais, tu tombais comme folle,
Exhalant en sanglots une immense douleur,
Sur un assassiné, sans regard ni parole.

Tu serrais contre toi, convulsive, arrosant
Son visage figé de tes brûlantes larmes,
Cette vaine dépouille, immobile à présent,
De qui voulut tant vivre esclave de tes charmes ;

Et tu pleurais, pleurais ! pleurais de désespoir
Cet ami qui devait ne jamais disparaître
Pour que dans le bonheur tu lui fisses savoir
Que s’il était aimé c’est qu’il était ton maître.

Tu pleurais devant tous, toi si fière ! pour lui,
De tout ton corps pâmé tu pesais sur sa forme.
À quel point m’émouvait ton heur hélas enfui,
Seul dans mon lit, au cœur de la nuit noire informe !

Je ne pouvais dormir, tant ce drame accablant
De son funèbre éclat obsédait ma pensée ;
Et jamais je ne pus oublier ce brûlant
Désordre qui gonflait ma poitrine oppressée…

*

VI

Quand la vie était simple, Audrey fut mon amie,
Et déjà, pour Audrey, je connus l’insomnie.
Je revois cette époque et je me dis qu’Audrey
M’aurait bien plu – mais qui charme la Loreley ?
Audrey l’enchanteresse, avec tout l’or du monde
Dans ses cheveux, et tout le ciel et toute l’onde
Et tous les diamants dans ses yeux clairs et bleus,
Audrey de tout mon cœur, Audrey de tous ses feux…
Comme elle était alors je la vois en pensée :
Sublime, ainsi qu’elle est à présent, enchâssée
Dans un âge plus mûr ; je la voyais ainsi
Telle qu’elle serait, telle qu’alors aussi.
Ce que je voyais donc, c’est, dis-je, son Idée,
Au bord de la caverne une âme élucidée.
Comprenez-vous ? je vis de mes deux yeux alors,
Et n’en revenant point, une âme sans le corps !
Croyez-vous que s’oublie un pareil phénomène ?
Ne savez-vous donc point où la passion mène ?
C’est qu’Audrey me donna son cœur afin de voir
Par l’amour le secret, ce qu’il nous faut savoir.
Nous touchâmes au but d’emblée, ô sois bénie !

Quand la vie était belle, Audrey fut mon amie.

*

VII

Longtemps, longtemps après, Audrey, je t’ai revue,
Minute ni hasard ni tout à fait prévue,
Tellement importante ; il fallait te revoir,
Car je t’avais aimée et je voulais savoir,
Mais cela ne fut point quête préméditée :
La chose ne pouvait, au fond, être évitée.
Je n’en fus point surpris, tu n’avais pas changé,
Je l’avais pressenti, je l’avais présagé ;
Car j’avais vu ton âme, et l’avais vue entière,
Hors du corps, hors du temps, au-delà de la terre !
Au-dessus de la dune où se marquent nos pas,
Par le cœur j’avais vu ce qui ne change pas.

*

VIII

Audrey, la vie avait près de toi tant de roses
Qu’en mes jours de printemps j’ai comblé pour toujours
La toise que le cœur peut recevoir des choses,
Je ne demande rien au temps qui suit son cours.

Et qu’aurais-tu bien pu donner d’autre à mon âme,
Dès lors qu’en elle tout te venait consacré ?
Qu’aurait-il donc bien pu s’ajouter à la trame
De mon être, vivant dans un rêve adoré ?

La vie était un film, une chanson, un rêve
Plus intense que tout ce qu’on a jamais vu,
Où la moindre lueur dans tes yeux, la plus brève,
Avait l’inoubliable attrait d’un cœur à nu.

J’éprouvais près de toi des véhémences telles
Qu’en secret je riais des engouements d’autrui ;
Audrey, le monde entier, comme un vol d’hirondelles
Quand je disais ton nom s’enfuyait devant lui.

Audrey, en m’endormant je voyais ton visage ;
À mon réveil, Audrey, m’illuminaient tes yeux ;
En rêvant je suivais au cœur d’un paysage
Divin notre bonheur, calme et silencieux.

Nulle piste n’avait pour moi d’attrait que celle
Où je pouvais penser que s’entendraient tes pas,
En tout il me fallait remédier au zèle
Absent, quand je songeais : « Je ne m’appartiens pas. »

Audrey, je ne veux rien, ni de toi ni du monde,
Le bonheur de t’avoir aimée est si total,
Inaltérablement si pur, et si profonde
Ma gratitude, Audrey : je suis ton piédestal,

Je suis l’atlante d’or qu’a convoqué ma lyre,
Je suis le monument qu’érigea mon amour
À ton être sacré, tant fut grand le délire
De t’adorer ; le rêve est temple, est flèche, est tour.

C’est bien avant le temps du parjure et des larmes
Qu’ensemble nous avons vécu ce rêve aimé ;
Audrey, la vie avait près de toi tant de charmes…
Le monde était plus beau qu’un dessin animé.

Depuis lors, il me semble être sur cette terre
Comme un portrait maudit du vieux Dorian Gray ;
On me voit délabré par l’existence amère,
Mais en vrai, ton ami toujours le même, Audrey !

*

IX

1

Audrey, sourire d’eau, sourire d’océan,
Sourire où des couchers de soleil sur les vagues
Dessinent un amour de moire et de cyan,
Un amour hyalin lustrant des brises vagues,

Sourire blond d’aimer le printemps qui revient,
Sourire d’élysée où des fruits s’acclimatent,
Où le parfum rougit la fleur qui le contient,
Sourire d’île vierge où des oiseaux s’ébattent,

Où le halo des mers du Sud, opalescent,
Miroite, vole, irise une hauteur sauvage,
Farouche promontoire où l’étoile descend
Dans le rayon lilas d’un vespéral nuage,

Sourire étincelant de femme-enfant qui rêve,
D’enfant qui se voit femme et sourit de sa peur,
De femme entrevoyant un enfant qui se lève
Et qui lui tend les bras, appelant sa douceur…

2

Audrey, sourire d’île et de jardin de roses
Au bord de la mer bleue, étale un jour d’été,
Les tendres fleurs du cœur étaient à peine écloses
Qu’aspirant leurs parfums j’en devins entêté ;

Sourire d’horizon sans nuage et de moire
Où l’âme prend son vol si libre et forte, Audrey ;
Demande-moi, pensant à notre belle histoire,
Si je t’aimais beaucoup : je t’aimais tant, c’est vrai !

Cet amour était fol et pur, et fut unique,
Jamais plus je n’aimai d’une telle ferveur ;
Car je repris mon cœur il me revint cynique,
Car mon cœur fut parjure il perdit sa candeur.

Cela finit un jour, ainsi qu’un mauvais livre,
Et j’oubliai ce qu’est voltiger dans le ciel.
Ce jour où j’aurais dû mourir et non point vivre,
Je fus inconsolable, indifférent, cruel…

*

X

Désolé

Bonheur ! quand tu me vins en annonçant l’hommage
D’un cœur sincère aimant, par un geste inédit
Je te claquai la porte au nez : tel fut l’outrage
Dont je scellai mon sort de poète maudit.

Certes, en confessant ma foi, d’ailleurs connue,
Je me fis recevoir d’un œil si courroucé !
Qui fit conjecturer à mon âme ingénue
Qu’était dans le tapis pris mon pied empressé.

Puis le temps s’écoula, je restai sans nouvelles,
Jusqu’à ce qu’une Iris messagère des dieux
Vînt, le regard si noir, dire les solennelles
Paroles dont je fus cinglé, silencieux :

« Ne plus faire de mal à la douce Clitandre ! »
À ces mots je pensai mourir, ou sur le champ
Ou d’ici quelques jours, car je voyais descendre
La Camuse, exiger d’abandonner le camp…

En un sens j’étais mort : j’étais mort à ce rêve.
Je vécus cependant ; Clitandre reparut,
Je ne lui parlai point et je fus bon élève,
Ô mon premier amour, tombé du nid, mourut !

Un jour me voyant seul, Clitandre, un peu farouche,
Me demanda : « Pourquoi ce mutisme étonnant ? »
Je lui tournai le dos sans même ouvrir la bouche !
Quoi d’étonnant, après ce malheur détonant

Qui m’avait écrasé comme une foudre horrible !
Mais… ce pas qu’elle fit vers toi, grand demeuré,
Aurais-tu supposé qu’il fût même possible ?
Il te fallait saisir ce mot inespéré !

– …..

*

XI

Premier amour n° 2

Minérale beauté de blonde châtain clair,
Ton hâle éblouissant au retour des vacances
Disait ton corps ami des caresses de l’air
Et de baisers plus forts, dont je peuplais mes transes.

Tes yeux d’azur riaient comme un Éden en fleurs,
Tu sentais bon le sable étincelant des dunes,
Tes yeux d’azur gardaient aussi de tendres pleurs
Pour des nuits d’amour tendre et d’éclatantes lunes.

C’était le temps cruel des doux sens tôt mûris,
Le temps délicieux des bonheurs à portée
De main presque virile, et des jardins fleuris
Dans l’âme, où l’on entend qu’une idylle est chantée.

Quand je repense à toi je ne vois nul hiver,
Comme si nous vivions sous de chaudes tropiques
Ou dans un paradis bordé par une mer
Toujours bleue, au milieu de plantes exotiques.

Dans mon cœur je t’aimais presque comme une sœur –
Une sœur préférée entre tant de sylphides ;
Ce qu’était le secret de ta folle douceur,
Je crus le deviner dans tes gaîtés splendides.

Il était si certain que nous serions amants,
Cette issue inouïe était si naturelle,
Ayant le sceau béni des sacrés dénouements,
Et tout y conduisait… Mais j’embrassai Gisèle.

*

XII

Premier amour n° 2 : Suite

Quand je repense à toi je ne vois nul hiver,
Pourtant j’ai dit souvent : « Ô je te glorifie ! »
Par les yeux, les égards, sous la neige et l’éclair,
Au temps où les saisons duraient toute une vie.

Je revois, bacchanté, l’auguste paternel,
Grave représentant d’acropole lettrée ;
Jamais brillant fanal de cap spirituel
N’eut une enfant aussi follement délurée !

Ce contraste-sans-l’être ajoutait au piquant
De t’encenser en tout : où d’autres sur la terre
Miraient de tes gaîtés le charme coruscant,
Moi je voyais de plus en toi cette lumière.

Autre chose : tandis que le monde rampait
À tes pieds de déesse, et moi comme la masse
Des égaux, que ton pas après lui m’emportait,
Que je roulais avec le reste de la nasse,

Que tu pusses vouloir me distinguer du lot,
Me tirer du néant de la foule pantoise,
Assurer mon triomphe au-dessus de ce flot
Par un signe conquis d’humilité courtoise,

M’enfla d’un tel orgueil, géant, démesuré,
Que je ne pus porter cette palme sublime,
Qui, mon appui de là plus du tout assuré,
Entraîné vers son bord, me jeta dans l’abîme !

*

XIII

Notre amour fut au fond simple comme bonjour,
Comme serrer la main de gente familière,
Entrer en fusion d’hermaphrodite amour
À l’angle d’une rue, en un choc de lumière.

La passion avait dans cet émoi rêveur
Une tendre façon d’être contemplative ;
Son attente fut douce et sa claire douceur,
Murmure de la mer, fut toujours attentive.

T’aimer jusqu’à la mort, mon cœur te le devait ;
Avec toi j’aurais pu vivre mille existences,
Et sans les voir passer, car cet amour avait
Des pavots merveilleux d’éternelles latences.

*

XIV

Si tu ne t’es pas mis à genoux pour la bonne,
Tu prendras la mauvaise et la fera souffrir ;
Le regret gâtera sans cesse ton plaisir,
Le souvenir tuera tout bien que l’on te donne.

Ton cœur empoisonné par un premier amour
Tombé du ciel trop tôt ou trop loin pour l’atteindre,
Ne laissera qu’une ombre à chérir, sans l’étreindre,
Ne verra qu’un linceul au seuil du premier jour.

Tu feras des serments convaincus, sans y croire ;
Tu pleureras parfois, et ton sanglot cuisant
En toi se doublera d’un rire méprisant ;
Ô l’abîme sera la coupe où tu dois boire !

Mais si, guidé d’en haut, tu t’es agenouillé
Et que pourtant le sort déjoua cette idylle,
Tu garderas une âme en or, et non point vile,
Et te sera rendu ton cœur bon, non souillé.

*

XV

Ma bande

Je t’aime bien, d’accord, mais crois-tu que je vais
Avec toi chaque jour, comme roule une pierre,
Bras dessus bras dessous flânant, prendre le frais ?
Entre ma bande et toi, je choisis la première.

Nous autres, nous savons comment nous occuper ;
Les Cendrillons, pour nous, comme dans la légende,
Disparaissent quand l’aube aux carreaux vient frapper.
Tandis que rien ne fait se retirer la bande.

Ce cave que je vois, de quoi donc a-t-il l’air,
Traîné par sa Gisèle à lécher des vitrines
Et payer des sirops, tandis qu’encore hier
Il était respecté, mieux que par des gamines ?

Dès qu’il s’attache, l’homme ôte sa veste en cuir,
Et Gisèle au goût sûr lui trouve des pantoufles ;
Ce n’est même pas tout, pour lui faire plaisir :
Adieu gants noirs cloutés, voici de belles moufles !

J’aime quand tu te tords de rire à mes bons mots
Et quand tu me permets tu sais quoi – mais quand même,
Que ferais-je avec toi tout le temps sur le dos ?
Notre amour est o.k., n’en fais pas un problème.

Alors n’en parlons plus, s’il te plaît, non c’est non,
Ma bande est ma famille, et la règle est connue :
Ou tu vis pour ta bande et tu t’y fais un nom,
Ou ton duplicité n’est pas la bienvenue.

Et puis je n’aime pas ton frangin, tes parents,
Je n’aime pas ton art, n’aime pas tes études,
Je n’aime pas les films japonais noirs et blancs,
Je n’aime pas le thé ni les manières prudes.

Et toi tu n’aimes pas que je me roule un joint,
Tu n’adores pas Nietzsche et la polygamie,
Que la top de mon choix ne te ressemble point
(Ressemblant en effet à ta meilleure amie) ;

Tu ne me permets pas non plus – c’est grave – tout
Ce que je me dépeins, joyeux, et te demande :
Il me faut marchander tandis que le sang bout !
Enfin, tu n’aimes pas – c’est le pire – ma bande.

*

XVI

Maison hantée

Ma famille habitait un riant pavillon
Avec jardin planté d’arbres, buissons de roses,
Dans un calme faubourg de bâtisses encloses
Parmi des halliers verts, tableau de médaillon.

Près de nous, un manoir ancien, d’aspect lugubre,
Fermé par un portail fabuleux, saisissant,
Imposait à nos jeux son guet ennoblissant.
Ne t’imagine pas, lecteur, que j’élucubre :

Ce qui suit est la pure et simple vérité. –
Longeant notre jardin, son chemin touffu, sombre
De végétation étrange, dense, et d’ombre,
Conduisait au manoir gothique inhabité.

Sa hauteur en faisait le château de la ville,
Dominant les taillis d’un sous-bois épineux,
Et formant dans le ciel tourbillonnant, venteux
Un promontoire altier, nid de dragon vigile.

Un jour que j’étais seul dehors, et rêvassant,
Sans dessein je levai les yeux vers les fenêtres
De l’antique séjour, par delà les grands hêtres –
Où je vis me scruter un visage, glaçant.

C’était, bien que sans traits, une forme de femme ;
Elle était immobile et sans âge, et j’eus peur,
Sans bien savoir pourquoi, ce n’était ni stupeur
Ni panique non plus qui saisissait mon âme,

Plutôt comme un respect : la Dame du manoir,
Dans son cadre d’automne indistincte présence,
Pourtant indéniable, intangible évidence,
Comme une solitude altière en habit noir,

Me faisait le témoin de son navrant mystère…
En rentrant, je posai bien sûr la question :
Avions-nous des voisins ? La réponse était non. –
Je ne vis jamais plus ce fantôme sévère.

*

XVII

L’idole dans le labyrinthe

Dans ce dédale entré, nul ne ressort vivant ;
Derrière chaque porte un nouveau sortilège
Désoriente l’âme, à chaque pas un piège
S’ouvre, dans le donjon retraversé souvent.

Une pâle clarté présage la sortie,
Mais c’est le manteau blanc d’un combattant spectral ;
Un rire maléfique éclate, glacial,
C’est la haine infernale en guivre convertie.

Et lorsque, à bout de force, épuisé, tu verras
Devant toi sur ses gonds tourner lente la grille
Du temple où la déesse incandescente brille,
La goule d’or vermeil et de peau, tu sauras

Que ton sang doit couler en pompeux sacrifices,
Que ton cœur dans le feu sera jeté battant,
Ton chef énucléé sur l’autel ruisselant,
Et tes viscères chauds traités en immondices.

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Sans titre II, par Cécile Cayla Boucharel

*

II) Poèmes anciens

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Premier amour (suite et fin) (1991-92)

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« Suite et fin » car ces poèmes sont le reliquat de la partie « Premier amour » dans le recueil Les Pégasides.

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XVIII

C’était un soir et l’on riait
De choses bêtes et futiles
Et l’on riait elle priait
Mais tous vœux furent inutiles

Ô mon cœur je me suis trompé
Et j’ai brisé son clair sourire
Ô mon cœur tu m’as tant frappé
J’ai tant souffert de ton empire

Sa larme a glissé sur ma chair
Las ! à chaque coup que je donne
À chaque estoc à chaque fer
Dans sa poitrine qui résonne

C’est moi qui souffre et moi qui meurs
C’est moi qui tombe et moi qui saigne
Nos yeux ont perdu leurs couleurs
Et c’est la fin de notre règne

*

XIX

Amour ô femme Amour
Prends mon ciel mes étoiles
Prends tout va-t-en ! un jour
S’envoleront nos voiles

Mon cœur mon cœur est mort
Maintenant c’est un ange
Tu pleures l’ombre dort
Dans l’eau noire de fange

Ô mon visage est blême
Et lasse mon étreinte
J’ai tant crié je t’aime
Que ma voix s’est éteinte

*

XX

Amour défunt détruit déchiré décadent
Amour de décharnés et notre amour ma triste
Amour de rien de tout glacial obsédant
Amour et fiel rancœur haine long jeu de piste

Désespoir et fatigue ombres clartés de nuit
Tes yeux si froids si loin trempés par trop de larmes
Plus rien ni vent ni voix ni mains ni feu ni bruit
Plus rien j’ai tout perdu ton sourire et tes charmes

Mais quoi ? est-ce donc tout ? Tu ne dis rien ! Pourquoi ?
Où vas-tu ? tu t’enfuis tu te caches tu pleures
Et de toi que fais-tu car je te cherche moi
Dans ces Édens sans joie où les yeux sont des leurres

Mais va ! va-t-en pars donc insoutenable vice
Je suis las à la fin de ton piège à corbeau
Abominable amour où tout est sacrifice
Ma vie ô c’est ta chair ton cœur est mon tombeau

*

XXI

Te voir ainsi perdue au milieu de l’ordure
Heureuse puis tragique infâme puis sublime
Éclatante splendeur puis vague tache obscure
Ô femme au cœur mourant dont aimer fut le crime

Te voir ainsi c’est trop je veux la vérité
Je veux savoir ! t’aimer te donner mes trésors
Et puis prendre les tiens ta gaîté ta beauté
Tes yeux clairs et profonds dans lesquels je m’endors

Tu fus un océan d’amour et de splendeur
Et moi le goéland qui ne partage pas
Les pays qu’il découvre ô volant de bonheur
Pour n’aimer que ton cœur toujours – jusqu’au trépas

Je me sens loin de toi si loin de ta chère ombre
Défait d’avoir perdu la lumière et la voie
Je suis une âme errante ô dans le gouffre sombre
J’oubliai le chemin vers tes rêves de joie

*

XXII

C’est pour toi que le ciel fait briller son soleil
C’est pour toi que l’été resplendit de bonheur
Tout est pour toi déesse et mon feu mon sommeil
J’écris car cet amour est cruel est douleur

Je veux mourir de toi sous ton pâle visage
Tes cheveux sur ma joue et ta main dans la mienne
Ton sourire de lac si bleu comme un mirage
Ton sein contre mon cœur adieu magicienne

Pleure nous étions beaux et notre amour trop grand
Je veux pleurer aussi car je me sens si las
Âme en peine de toi spectre fantôme errant
Vivre je ne peux plus l’amour me tue hélas

J’avais vécu si mal ô j’avais tant menti
Qu’un jour je suis tombé à genoux dans ton ombre
J’ai dit plus rien n’est vrai le jeune âge est parti
J’ai trop de ton œil clair dans mon œil torve et sombre

Je ne veux plus souffrir de t’aimer comme ça
Ton corps est le témoin de ma lente agonie
Et ton cœur ivre d’air que le mien pourchassa
Saigne sur mon visage et sur mon harmonie

*

XXIII

Tout de moi t’appartient maîtresse aux yeux qui pleurent
Je n’ai plus rien à moi que suis-je alors ô rien
L’ami des éplorés ces souvenirs qui meurent
Dans le vent sans espoir et hurlant comme un chien

Tout de moi t’appartient et le monde et le monde
Tout tu mérites tout puisque tu m’as aimé
Belle enfin belle vrai dans le charnier immonde
De tes sœurs les putains au cœur envenimé

Reine trônant là-haut tes pieds sur mes épaules
Surmontant le fumier les rats les ossements
Les poètes blessés identiques aux saules
Pleurant toujours pourquoi ? leur cœur a des tourments

Je disais qu’il fallait de moi laisser un signe
De mon passage ici de mon long châtiment
Et toi tu répondis pure comme le cygne
Sur l’eau noire du lac : fais-moi donc un enfant

*

XXIV

Je t’ai tant adorée aurore bleue étoile
Que loin de toi je meurs comme un cabot galeux
D’un linge blanc crasseux mon corps torve se voile
Cachant à tout jamais un visage hideux

J’étais vraiment trop laid monstre amant des merveilles
Bête en l’ombre tapie et toujours aux aguets
D’un regard précieux d’un rire plein d’abeilles
D’un chaste pas qui va vers des jardins plus gais

Et je rêvais d’amour bien caché dans mon antre
De ces cœurs papillons qui volètent clartés
Fugaces du jardin roses et bleus au centre
Petits points de chaleur doux rayons emportés

Un jour tu m’apparus plus belle encor que toutes
Et j’ai voulu t’aimer ah quel sombre crétin
J’approchai tu t’enfuis que les sages m’écoutent
La nuit me voit pleurer jusqu’au petit matin

Tombé bas dans la fange et fouetté par l’ortie
J’ai perdu l’appétit j’ai perdu le sommeil
Et je meurs à présent ployé sous l’apathie
Oui mort d’avoir voulu caresser le soleil

*

XXV

Pâle c’est le printemps les gens aiment pas moi
Ils marchent dans les parcs heureux calmes et simples
Je marche triste et seul mon soleil est si froid
Et je hais ces gens-là heureux calmes et simples

A-t-il connu l’amour demandent les heureux
En me voyant passer sombre et presque invisible
Hélas oui plus que vous cœurs glaçants et lépreux
J’ai plus aimé que vous bien plus… bien plus horrible

Hélas elle était belle hélas peut-être trop
Hélas l’amour est noir comme du sang de goule
Elle est partie hélas ô tambour du héraut
Fais-la moi revenir va bats donc va roule

Mais rien n’a fait rentrer ma chatte à la maison
Jamais je n’oublierai heureux calmes et simples
Ces moments de tendresse à la belle saison
Ces doux moments d’amour heureux calmes et simples

*

XXVI

Que c’est triste ce temps que c’est triste l’automne
Marcher dans ce vent froid me rappelle l’amour
Frappé de tous côtés de mon pas monotone
J’avance condamné dans cette nuit de jour

Les feuilles ont quitté les branches squelettiques
Pour le trottoir glacé… du malheur au malheur
Et rien ne changera pour nous paralytiques
Automne dans le ciel automne dans mon cœur

*

XXVII

Ma fleur est dans le ciel on ne peut la cueillir
Que si l’on sait voler ô ma fleur est trop belle
Mais on ne peut l’aimer que si l’on veut mourir
Ma fleur est une femme attachante infidèle

Ma fleur me fait chanter ma fleur me fait pleurer
Son parfum est bien doux ma fleur est une larme
Qui coule sur mon cœur juste à peine effleuré
Mon cœur brisé vaincu par ma fleur et son charme

Ma fleur aime être aimée et je l’aime à la mort
Ma fleur est trop aimée et ma fleur est fragile
Ma fleur des nuits du Sud rêve quand elle dort
À des pays connus où l’amour est habile

Hélas je ne suis rien ma fleur n’est plus ma fleur
Quand un ange est passé la pauvre s’est flétrie
Sa chair ensanglantée implore la douleur
Ma fleur est la beauté sans l’amour appauvrie…

*

XXVIII

Ô rêve des noirs assassins
Fontaines bouillantes du lait
Des blancs et virginaux essaims
Je veux mourir si je suis laid

Ô vol sans bruit des esprits las
Crime sans espoir des perdants
À jamais violés hélas
Vivre en connaissant ces tourments

Ô murs infatigués des jours
Fétides charniers de nos nuits
Abondantes et dans les tours
Aimer sans demander : Et puis ?

Ô visages sans horizon
Sans ciel au fond des yeux sans rien
Regards creux et pleins de poison
Je vous hais vous embrassant bien

*

XXIX

Ô cieux d’argent désargentés
Rougeoiements sombres luminaires
Mousses de lumière éclatées
Vagues de brume qui s’éclairent

Ô ciel mouillé ô mon linceul
Voûte magnifique émeraude
Je chante la belle et vais seul
Et toi seul recueilles cette ode

Ohé le vent envole-toi
Et va la baiser sur les lèvres
Vent enivré rapporte-moi
La chaude saveur de ses fièvres

Ô cieux qui criez dans mon cœur
Pluie ô les larmes des déesses
Coule de mes yeux d’empailleur
J’ai vendu des rayons aux messes

Mais j’ai menti mais j’ai menti
Ma poésie est un mensonge
De l’art contrefait travesti
Le pus l’atteint le ver la ronge

Cieux laissez-moi je suis perdu
J’ai menti tout me ment mon frère
Qui riait ton rire s’est tu
Est-il pour nous autres un père

*

XXX

Jus d’orange

J’ai posé le soleil aux pieds
Blancs et soyeux de ma chérie
Mais les rayons d’or carnassiers
En ont fait de la chair pourrie

J’ai mis mes lèvres sur son cou
Les étreintes sont merveilleuses
Mais j’ai laissé sur ce coin mou
Des tumeurs noires et visqueuses

J’ai chanté comme un matelot
Pour qu’elle remplisse ma gourde
D’un peu de son amour falot
M… j’ai fait d’elle une sourde

Chez des amis je vais tout fier
Disant qui de moi ne succombe
Admirez donc son petit air
Mais où est-elle
…………………Dans la tombe

*

XXXI

Putride chair de nos seize ans
Terribles tourments de nos âmes
Vivre les regards malfaisants
Au fond du cœur et dans nos drames

Souffrir – à moins que l’on ne meure –
Dans les noires éternités
Démons que tout suit rien n’effleure
Vos cuirs malsains et dépités

Aux verbes qu’on a déglutis
Devant les poses des affreuses
Fuyez vers les cieux engloutis
Que les dents des charognes creusent

Débats futiles tristes gloses
Qui ne vous a supportés rage
Aux yeux vides sous les hypnoses
Des masques bleus pleins de cirage

Allons mourez ombres laquées
Luisantes faces de débris
Mourons ensemble âmes traquées
Meurs enfant meurs efface et ris

*

XXXII

Elle est allongée en des rêves
Sur des poufs flottants diaprés
Et ses étreintes sont si brèves
Que les sens restent effarés

Ses longs cheveux sur le visage
Elle avance et respire l’air
Qui l’aime et l’embrasse au passage
Et qui s’envole au loin si fier

Elle sourit aux morts qui passent
Ces souvenirs de vagues soirs
Et ces images la délassent
Au milieu des bâtiments noirs

Ô qu’elle est belle l’amoureuse
Dans son manteau de sentiment
Car savez-vous elle est frileuse
Sans les bras de son cher amant

L’amoureuse dans la lumière…

*

XXXIII

On irait mon amour chanter
Sous un ciel radieux et boire
L’eau pure du ruisseau l’été
Nous ferait un lit dans sa moire

On irait mon amour cueillir
Les fleurs des champs et les framboises
À nos lèvres dans un soupir
Toi tout pareille aux villageoises

On irait mon amour dormir
À l’ombre du saule et nos rêves
Nous diraient de ne point partir
Car les voluptés sont si brèves

On irait mon amour s’aimer
Sous le soleil de la campagne
Courir dans le blé parfumé
De ton souffle sous la montagne

On verrait mon amour le ciel
On raconterait un nuage
Affamés on aurait du miel
D’un ourson pour notre voyage

On le ferait tout ça mon cœur
Hein même on ne serait plus tristes
On rirait heureux quel bonheur
– Mes songes sont-ils réalistes

Mais je vais dormir à présent
Demain le jour sale et grisâtre
Renaîtra banal en disant
Non dans mon sein nul ne folâtre

*

XXXIV

Prophètes de bazar vos qui vivra verra
Me lassent à la fin vous mentez fanfarons
Que verrons-nous parlez pitres nous ne verrons
Rien nos yeux sont fermés point qui vivra mourra

*

b/ Dominus exercituum, ou Le néophyte (1999)

.

XXXV

D’un monde sans espoir cruelle hypocrisie,
L’idéal faux ne sert que les ambitions
Des lâches sans vertu, sans frein ni courtoisie,
Ne sert que la sottise et que les passions.

À faire naître un monde un idéal échoue ;
Ce culte à toi rendu, débile humanité,
Ne trompe point l’esprit : fol est celui qui loue
Cet état qui le tient hors de la vérité.

Mère aux flancs excessifs, la Nature est terrible !
Elle commande à l’homme impérieusement.
Pour l’esclave, le sens devient imperceptible ;
S’il cherche le savoir, il accroît son tourment ;

L’amant pleure sur soi la maîtresse haïe,
Indifférente aux vœux de son cœur déchiré ;
Et l’amante découvre un jour qu’elle est trahie,
Dans la débauche enterre un souvenir navré…

*

XXXVI

Au souffle du bourreau pleurent les pauvres biches !
Que je sois le premier à mourir si demain
La colère de Dieu ne s’abat sur les riches,
Ce jour où la vertu se tiendra dans Sa main.

Si je reprends l’accent des antiques prophètes,
C’est parce que je crains l’éternel châtiment ;
Et si je pousse un cri semblable au cri des bêtes,
C’est qu’un rayon du ciel me perce constamment.

*

XXXVII

« Baissez l’arme, les miens », leur âme détrompée,
Entendirent Jésus Marc, Luc et Mathieu ;
Et Jésus dit à Jean : « Les miens, prenez l’épée ;
Tenez-la fermement, ainsi que le veut Dieu. »

Ce fait surnaturel trouble l’âme indécise :
Se peut-il qu’une image ait différents reflets ?
Or le Christ est l’époux de la très sainte Église
Qui connaît le mystère et possède les clefs.

C’est l’Église des saints, l’Église catholique,
Communauté de grâce et d’amour et de paix,
Qui sacre les liens pour adorer l’Unique
Et guide le fidèle en allégeant son faix.

« Maintenant, prenez-là » dit Jésus à l’apôtre,
Et ma foi, s’il le faut, nous la prendrons aussi ;
Oui, nous la brandirons ! et celui qui se vautre
Devant Mammon l’idole, aura de nous souci.

Donne-nous les flambeaux de l’aube universelle
Et que tout appartienne à la Communauté !
Par la foi, par la croix, le glaive et l’étincelle,
Refaisons l’ordre saint de notre Chrétienté.

*

III) Autres poèmes anciens

.

XXXVIII

Distiques

Je suis le roi des sens, noyé dans les couleurs ;
Le fleuve aux beaux lointains emporte mes douleurs.

Un livre ne dit pas ce que dirait la lune
À ton cœur amoureux si tu foulais la dune.

Son visage est si beau, si tentant est son corps,
Je m’envole vers elle, entre ses bras je dors.

Nous pouvons ressentir mais ne pouvons comprendre ;
Les mots sont un plaisir ou sont un tas de cendre.

Secret désespérant, les mots ne viendront pas ;
Je baiserai l’humus que foulent tous ses pas.

Mais le poète danse au milieu des étoiles,
Il est fou, ça lui plaît, il ôte tous les voiles.

Je préfère cent fois la lueur des néons
Et ne veux pas dormir dans vos froids panthéons.

Crions : Vive l’amour, le reste a goût de cendre !
Sais-tu donc ce que c’est, toi qui n’es jamais tendre ?

Rien n’aurait pu – pleurons – éteindre mon amour,
Diamants, rubis, feux qui s’éclipsent un jour.

Je me sentais malade, étrangement malade,
J’aurais voulu vomir une triste ballade.

J’entends le bruissement des feuilles dans le vent,
Comme un feu de papier dans le soleil levant.

Il est un charme étrange, infini de tendresse,
Ce charme est ton regard qui m’exalte et m’oppresse.

Jeter ma poésie au gouffre noir et sec,
Et, perdue à jamais, je serai mort avec.

Je compte les regards qu’en silence tu m’offres ;
Je les garderai tous, mieux qu’au tréfonds de coffres.

Ayez pitié de moi, j’ai fait quelques beaux vers !
Chacun en fait parfois, ton cœur est plein de vers.

Mille fois génial, mille fois sans génie.
Bouddha vert, offre-moi ta bleue inharmonie !

Il n’est point de sommeil qui dure infiniment,
Et même, vrai, la mort n’est qu’un songe, vraiment.

Il pleurait de bonheur, heureux comme de naître,
Riait à son miroir, heureux comme de n’être.

Ô mes rires gentils, mes innocents matins…
Mais un jour je compris qu’on est laid pour certains.

Plongeant jusqu’à mon cœur de beaux yeux angéliques,
Comme elle vit je l’aime en vers mélancoliques.

C’est bête ce qu’on dit parfois, c’est bête et beau,
Un peu comme le chant au couchant d’un corbeau.

Où se trouve ta lyre ? Elle est déjà brisée.
Où se trouve ta Muse ? Elle fut leur risée.

J’entends d’ici ta voix d’élève, soprano,
Par ma fenêtre mi ! la ! sol ! au piano.

Tout est gris, tout est noir, tout est trempé de pluie,
Mes larmes ne sont pas de celles qu’on essuie.

Tu te trouveras femme et tu la serviras ;
Elle, comme son chien, te prendra dans ses bras.

Horreur, horreur, horreur ! je quitte votre monde.
Mais je ne peux m’enfuir, puisque la terre est ronde.

Je veux qu’on m’aime laid, sale, hirsute, crasseux ;
Ce serait vraiment bien car je suis paresseux.

Elle aimait sans savoir pourquoi, sans une plainte,
Et moi j’ai tant chanté que ma voix s’est éteinte.

Temps passé, temps perdu, sable tombé des mains,
Devant moi la poussière et de mornes chemins.

Des Orients lointains sont tout près de nos âmes ;
Cueillons la rose, non au rosier : dans les flammes !

Je respire les fleurs, j’écoute les grillons,
Et je me berce, Lune, à tes pâles rayons.

Du sang d’un ange noir est sorti Dolorème ;
Il paraît qu’il est né coiffé d’un diadème.

Comme tout bon à rien je hais les gens heureux,
N’aime point y frotter mon caoutchouc lépreux.

À Gaël

Florent, te souviens-tu du bruit d’un sac de billes ?
Que cherchais-tu, Gaël, sous les jupes des filles ?

*

XXXIX

Autres distiques

Le corps blafard d’un mort se dévoile à la lune,
Comme un naufragé fou s’arrache à la lagune.

Des chats noirs et boiteux miaulent rauquement,
Dansent devant la flamme au pourpre flamboiement.

Aux lèvres sans couleur je lampe la ciguë,
Tout en ayant l’horreur de sa poitrine aiguë.

*

XL

Mon altière jeunesse, au désir trop sensible,
Que les poignards du siècle ont juré d’égorger,
Si je veux la soustraire au terrible danger,
Ne dois-je la soumettre à la Raison terrible ?

Mais une fois dompté cet étalon sauvage,
Ne doit-il me conduire au plus altier sommet ?
Ma tête aux Salomés le frivole promet,
Tant il est périlleux de vouloir être sage.

Sans doute il vaudrait mieux abaisser ma nature,
Car la foule maudit un partage inégal
Et ce qui manque au faible a pris pour nom le Mal,
Sur les lois l’envieux a mis sa signature.

*

XLI

Quatrains

Matière grasse

Lasse, tu fais suer ta graisse, ignoble truie :
De tes flasques tissus goutte une épaisse pluie.
Maigris donc, maigris donc ! te dis-je, chose obèse,
Comment appeler femme un tel monceau de glaise ?

*

Ma Muse

Elle vit dans les bars et boit toute la nuit ;
Quand le bouge s’éteint, un ivrogne la suit.
Et quand ma Muse pisse au bord du caniveau,
Sur le papier je couche un poème nouveau.

*

Et quand mes godillots, usés sur les chemins,
Déjà ne seront plus que de tristes lanières,
Je m’assoirai paisible au milieu de gamins
Et ces humbles enfants fermeront mes paupières.

*

L’aveugle contre un mur tendait sa maigre main
Quand un rai de couleurs pénétra dans ses yeux ;
Il s’ébaudit, heureux : il voyait le chemin !
Un ange lui sourit devant l’arche des cieux.

*

Lune, à moi ton cancer ! Soleil, à moi tes cris !
Nuage, à moi ta lèpre ! Amour, à moi ta gale !
Travail, à moi… non, rien ! Cœur, à moi tes débris !
Vie, à moi tes bubons ! Mort, à moi ton dédale !

*

Ô pardonne à celui qui, trop plein d’amertume,
A sillonné le monde en gardant sa douleur
Et jeté dans la vie une horrible pâleur
D’amant désespéré, comme un long banc de brume.

*

Je donnerais tout l’or du monde pour te plaire
Si l’or pouvait m’avoir un sourire de toi ;
Je mettrais tout à bas et puis me ferais roi
Si roi j’étais aimé de celle qui m’est chère.

*

Au détour d’un bois ombragé,
Un nuage d’aras s’élance,
Formant dans le ciel dégagé
Un arc-en-ciel qui se balance.

*

Galatée a des yeux d’aurore boréale
Où brillent les reflets de rayons infinis ;
Toi qui cherchais le sein d’une amie idéale
Pour épancher tes maux, ils sont déjà finis !

*

Un défroqué

Ah, qu’il a bien connu l’état de sécheresse !
Quand il voulait prier, il se voyait aux bains,
Et, la nuit, le couvrait une ombre vampiresse,
Le ci-devant frocard du Club des Jacobins !

(Étude à conduire : les défroqués chez les Jacobins, Hébertistes, Enragés. La liste semble longue.)

*

Après avoir été quasiment délinquant
Dans la « contre-culture » (au fait, quoi de moins rare ?),
Je me fatiguai vite, avec l’appui de Kant.
Mon ambition fut : devenir chef de gare.

*

XLII

Et chantant Marceline avec des pleurs de joie
En serrant sur mon cœur des bouquets de lilas,
Aux amants de toujours, qui jamais ne sont las,
En chantant Marceline, ô je montre la voie !
Ces cœurs tombés du ciel qu’un sourire foudroie,
Conduits par les tourments avec des falbalas,
Qu’au rosier de leur âme il soit un échalas,
Ce canzo de mes pleurs dans lesquels je me noie !

*

XLIII

Marceline, je ne me lasse
De prononcer votre doux nom ;
Dans chaque vers il a sa place,
Ou bien le canzo n’est pas bon.

C’est un honneur inestimable
Que de chanter votre beauté ;
Mon œuvre soit impérissable,
Vous m’inspirez l’éternité.

*

XLIV

J’aime Galatée ! Ô je t’aime,
Galatée ! et je ne peux voir
Galatée ! Ô sache quand même
Que je n’ai d’autre désespoir.

Je chérirai cette folie
Comme ton époux ses enfants ;
Quand ma raison est abolie,
Je vois mes rêves triomphants.

*

XLV

« Merci de faire cas ainsi de mon renom. »
C’est le cas de le dire… En vérité, pardon !
« Or laquelle des deux est la plus convoitée
De la gloire ou de moi ? Doris ou Clitotée ? »

*

XLVI

Il s’étonne, il s’attriste, il se gratte le cou,
Ô devant pareil cas sa bouche reste close,
Lorsque le gai pinson sur la branche se pose
Et qu’il m’entend chanter Cassandre comme un fou !
La nuit vient, c’est pareil, quand dans son halo flou
M’étreint le bras glacé de la lune morose,
Qui s’ébahit tout bas d’entendre cette chose :
Le hululement las d’un poète hibou…

*

XLVII

Pourquoi le niez-vous, nous nous aimons, Monique ;
Qu’y pouvez-vous ? Comment l’aurions-nous évité ?
Quelle fut notre faute ? entrain ? frivolité ?
Nous sommes innocents, ne soyez pas inique.
Certes, je pus passer à vos yeux pour cynique,
Car – comme vous – j’étais dans la perplexité ;
Je n’osais concevoir cette sublimité,
Ce bouleversement : notre amour est unique !

*

XLVIII

Daignez poser vos yeux sur mon âme, Madame,
Pour que mon âme alors dans cet azur se noie.
Si vous m’aimez un peu, donnez-moi cette joie ;
Je vous aime, vos yeux seuls parlent à mon âme.

L’infini que j’y vois est à moi pour toujours,
me dis-je, vous aimant et me sachant aimé ;
Je ne m’appartiens plus, le monde inanimé
Me semble abandonner à jamais ses contours.

Je connais votre amour, où mon espoir s’abreuve,
Et s’il ne tarit point c’est que la source est bonne.
Votre vertu s’émeut que le cœur s’abandonne :
Je vous sais tant de gré d’une aussi belle preuve.

Comment discernerais-je un sentiment si pur
Sans le frémissement de la noble vertu ?
Mon cœur en fut saisi, comme atteint il s’est tu :
Vos yeux ! Qu’il se dilate à nouveau dans l’azur !

*

XLIX

Tu fus celle par qui mon âme,
Déployant ses ailes, se pâme
Dans un ciel de divin amour
Pour un voyage sans retour,
Seule vérité de ma vie. –
Tu me l’as offerte, et ravie !

*

L

L’instituteur

Ô mon instituteur, que le monde est injuste !
Quand l’illustre Jaurès t’exalte par son buste
Et que tu te vois, toi le sublime éveilleur,
À peine mieux doté qu’un triste barbouilleur,
Quoi ! quel est ce désordre, et quelle force inique,
Au lieu de te parer d’une pourpre tunique,
T’as revêtu de pulls ternes et peu seyants
À dessein d’affaiblir tes discours flamboyants ?
– Mais, mon instituteur, compte combien vous êtes
Et tu sauras pourquoi vous vivez en ascètes :
S’il fallait vous payer comme de bons Homais,
L’industrie et l’impôt n’y suffiraient jamais !
On se serait instruits pour payer vos vacances
Et farci le cerveau pour engraisser vos panses ;
Notre enfance aurait eu ce fade goût chanci
Et l’on ne pourrait pas même dire merci ;
On gagnerait des sous, oh mais pas pour nos proches,
Nos enfants, nos parents, non : pour remplir vos poches !…
Le bienfait peu commun que tu prodiguerais,
Quand c’est par notre sang que tu prospérerais !

*

LI

L’adieu, ou Ce n’est qu’un au revoir

Poème en deux chants

Pardonne-moi, l’enfant,
J’ai brûlé tes poèmes
Et jeté dans le vent,
Triste, les cendres blêmes.

Parce que je souffrais
Et ne fus point capable
D’entendre des mots vrais,
Je te jugeai coupable.

Oui, me voyant mourir
Si tu chantais encore,
J’ai, pour ne plus souffrir,
Frappé ce que j’adore !

Ô j’ai brisé ton cœur
Pour survivre en ce monde !
J’ai flétri ton bonheur
Et ta gaîté féconde,

J’ai revêtu le deuil,
J’ai piétiné ta joie,
Maudissant ton orgueil
Quand tu suivais ta voie ;

Tout l’amour que j’avais
Est devenu fétide ;
Je ne sais où je vais,
Il n’est plus que le vide.

Priant l’odieux sort
Que ta mort me délivre,
Comme ce monde est mort,
Je te tuai pour vivre.

Me voici parmi vous,
Hommes sans fantaisie :
Vitupérons les fous
Épris de poésie !

Mais quoi ! vous vous doutez
Que quelque chose cloche ?
Finauds, vous suspectez
Qu’une anguille est sous roche ?

On ne peut vous doubler !
Voici la plaie infâme
Que pour vous ressembler
Je fis à ma pauvre âme.

L’affreuse vision
Épouvantable à l’homme,
L’horreur… C’est Apollon
Voulant être Prudhomme !

C’est ce monstre qui vit
Car le dieu de lumière
Sans amis, sans profit,
Serait mort de misère.

Or le monstre fait peur,
Le stratagème échoue ;
Il périt sans honneur,
Sans amis, dans la boue.

Alors, si le trépas
Ne peut être rapide,
Son repos ici-bas
C’est penser au suicide !

Car vivre, retranché
Le talent le plus noble,
Se l’ayant arraché,
C’est un cas trop ignoble.

Ô zélote assassin,
Rends-les moi, mes poèmes,
Les enfants de mon sein
Morts de tes anathèmes !

Contemple ton malheur !
Le sang de ma blessure
Étouffe dans ton cœur,
Maudit, la flamme pure.

La vile fausseté
De tes jours, incurable,
Ne t’a point racheté
La perte irréparable.

Tu portes en tous lieux
La stupeur obstinée
De qui, fou furieux,
Brisa sa destinée.

Ombre vague, pantin
Que le néant réclame,
Bourreau de ton destin,
Tu survis à ton âme.

Maudit, trois fois maudit,
Rends-moi mon espérance
De lépreux interdit,
Rends-moi ma délivrance !…

Pardonne-moi, l’enfant,
J’ai brûlé tes poèmes
Et jeté dans le vent,
Triste, les cendres blêmes.

2

– Tu m’appelles l’enfant,
Pourtant j’étais plus homme
Que toi, morne et savant :
De ce nom je te nomme !

Mes émois sont perdus
Et se fane la rose ;
Tu les aurais vendus
Au prix de quelque chose !

C’est le summum affreux
Des lunes poursuivies :
Je n’étais pas heureux,
Malgré tout tu m’envies.

Tu pousses un soupir
Devant la joie innée ;
La beauté fait souffrir
Ton âme empoisonnée.

Il faut me dire adieu,
Avant que tu ne meures.
Aimer était un jeu ?
Aujourd’hui tu le pleures.

Twit28 «Y el amor será un huerto florentísimo»

Anthologie janvier-février 2020 FR-EN-ES

Y el amor será un huerto florentísimo.

Francisco González Guerrero 🇲🇽

*

Entre la espesa noche
si vamos a morir que sea
junto al pobre; si vamos
a vivir que sea
junto al pobre digno.

Samuel Feijóo 🇨🇺

*

Sólo el pueblo
hace libres a los hombres.

Miguel Ángel Asturias 🇬🇹

*

A los sueños también
les caen
los pelos y los dientes.

Euler Granda, in De cómo tus piernas venían con nosotros 🇪🇨

Nosotros los torpes
que sólo fuimos artífices de la banca rota,
los pelagatos,
los buenos para nada,
los envidiosos, los réprobos, los malos,
los inútiles para la compra y venta,
los condenados en vida
los apocados
que nunca tuvimos amigos influyentes
ni compadres,
los que sufrimos de vómitos incoercibles
frente a los gobernantes,
los que nacimos sin agallas,
los que escarbamos debajo de las cosas.
A Ustedes los mimados de la Divina Providencia
los que vamos a morir les escupimos.

Euler Granda, Fue un placer conocerles #tzantzismo

*

Los dos tipos de gente que dominan en Nicaragua los bebedores de sangre
y los comedores de mierda …
la Mierdocracia
generales y comerciantes, cuando no generales comerciantes.

Ernesto Cardenal, in La santidad de la revolución 🇳🇮

Los Jaguares son condecorados.
Juntas militares sobre montones de calaveras
y zopilotes comiendo ojos
El Dictador sacrificador-que-saca-corazones-humanos
Miss Guatemala asesinada
por la «Mano Blanca».

Ernesto Cardenal, in Los ovnis de oro

Note. Rogelia Cruz Martínez, Miss Guatemala 1958, et militante de la Jeunesse patriotique du travail, fut enlevée et assassinée par l’escadron de la mort La Main Blanche en 1968.

Al atardecer salen los cocuyos, como linternas;
sus ojos resplandecen como lumbres,
a su luz hilan y cosan y tejen y bailan los indios.

Ernesto Cardenal, in El estrecho dudoso #sandinismo

*

Y Dios creó a Superman
a imagen y semejanza suya
y le llamó U.S.A.

Alejandro Bravo, La Biblia contada a los niños por Richard Nixon 🇳🇮 #sandinismo

*

Llegó a enloquecer en su anhelo de querer que nadie sufriera.

Domingo Moreno Jimenes 🇩🇴

 *

Our people
have gone through so many different
changes. From the cowboy and Indian era
to our present so called space age.
The only thing going space high
is the cost of living

Alivia Nada #Chicano 🇺🇸 🇲🇽

#Aztlan

*

As ternas modulações
do teu falar tão pausado,
dão-me a vezes tentações
de me matar a teu lado.

Enquanto à tarde passeias
à beira do teu terraço
eu julgo ver no espaço
de beijos as nuvens cheias.

José da Silva Maia Ferreira (1827-1867) 🇵🇹 🇦🇴

*

D’après un document de la DGSI classé secret-défense, 150 quartiers sont « tenus » par les islamistes en France. Outre les banlieues de Paris, Lyon et Marseille, la situation « prend des proportions inquiétantes » à Roubaix selon un préfet. (JDD) (Brèves de presse)

Qu’est-ce que cela veut dire, « des quartiers sont tenus par les islamistes » : ils les tiennent par la barbichette ? Je pose une question sérieuse parce que ce n’est quand même pas comme si l’on ne nous avait jamais dit qu’il y a de l’islamophobie dans les services de police et de sécurité.

Décris-moi un quartier « tenu » par les islamistes. – Si les critères portent sur des actes illégaux, qu’attendez-vous pour intervenir, plutôt que de rédiger un rapport ? S’il n’y a rien d’illégal, en quoi la police est-elle concernée ?

Qu’est-ce donc que ce rapport de la DGSI sur les quartiers « tenus (?) par les islamistes » ? Une initiative de l’amicale maison des membres du RN pour donner un petit coup de pouce à leur parti à quelques semaines des élections municipales ?

On a donc un rapport DGSI « classé secret défense » dont les médias connaissent et diffusent les conclusions ! C’est le premier problème. Le deuxième problème : ces conclusions alarmantes ne peuvent être vérifiées par personne (le rapport étant secret, on n’en connaît pas la méthodologie). Ces conclusions alarmantes et invérifiables étant que 150 quartiers en France sont « tenus » par les islamistes, quelle aubaine, ce rapport, pour RN et LR à quelques semaines des élections municipales ! Quelle aubaine pour les islamophobes de tous poils ! Même LREM va s’y mettre, bien obligé…

Compte tenu de ces éléments, à savoir 1) fuite du secret-défense, 2) conclusions alarmantes invérifiables, 3) possible motivation discriminatoire (islamophobie), il faut de toute urgence une enquête parlementaire sur les pratiques de manipulation de l’opinion par les services dits spéciaux.

*

Une manifestation en marge du déplacement d’Emmanuel Macron à Dunkerque. Des avocats interpellés et placés en garde à vue. Très vite relâchés après l’intervention du procureur. (France Bleu Nord)

« C’est la première fois : un avocat a été interpellé sans aucun motif juridique et emmené au commissariat pour un début de garde à vue alors qu’aucun délit ne lui a été notifié. » (Maître Debeugny)

C’est peut-être la première fois pour un avocat mais sinon c’est tellement fréquent… Les interpellations malveillantes aux prétextes les plus futiles sont-elles sanctionnées, aussi ? Le juge constate que le policier a ouvert son code pénal au hasard et lu les premiers mots qu’il a trouvés : « Vas-y, c’est bon, embarque » (à son collègue)… La personne finit évidemment par être relâchée mais le policier court toujours !

Quelles sanctions sont-elles prononcées contre le policier qui envoie arbitrairement un citoyen en garde à vue (dans un pays libre) ? Ne répondez pas si vous craignez des ennuis avec une police dont le sentiment d’irresponsabilité et d’impunité est total. (Et ce non pas depuis un an ou deux, mais depuis toujours en France, ou bien il y a quelque chose que je n’ai pas compris.)

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The idea that “only humans eat themselves to death” is wrong. To be sure, animal species in their adaptive environments don’t, but entire ant colonies do eat themselves to death in labs when served human-processed food, because with drastically unbalanced food they get food-poisoned (from sheer consumption) before being able to reach satiation.

Some mental mechanisms surely prevent most human individuals from food-poisoning themselves in a single meal but the financial incentive of processed food producers is nevertheless to market food the consumption of which delays satiation ad infinitum so to speak, which means till the last bite before food-poisoning. Hyperpalatability plays a role in long-term addiction but unbalancedness makes the difference as to single meals.

Regarding human mental protections, dealers would maximize benefits by mixing inhibiting factors with the food. Assuming a system with both a neocortical part (first threshold) and a paleocortical part (secondary system for critical risk area), inhibiting the neocortical part would increase sales without any easily traceable public health effect (whereas blocking the paleo part would make no difference in consumption and blocking both parts of the system together would lead to mass food-poisoning).

Among the many chemicals found in processed food I suggest that, the true function of some of them, albeit they are labelled, say, colorants or emulsifiers, is, after extensive research in industry labs, to inhibit the neuromechanisms of satiation (and of prevention of food-poisoning).

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Health bureaucrats hit the road with ‘transformative’ new plan to tackle obesity. (Sidney Morning Herald, Nov 24, 2019)

The Australian health plan sounds good. Yet in “Manufacturers could also be forced to slash the amount of sugar, fat and salt in processed foods,” I don’t see the word ‘chemicals’ (colorants, emulsifiers etc), which are likely to affect the functioning of neuromechanisms.

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Contenus haineux sur Internet : « L’idée est de responsabiliser tant les auteurs de ces contenus que les plateformes. (…) Elles devront retirer dans un délai maximum de 24 heures les contenus haineux, sinon ce sera un délit. » (LCP)

Quand on voit comment fonctionne leurs filtres pour images sensibles : ils laissent passer des images  choquantes mais masquent la photo d’un homme politique, on se demande comment ils vont filtrer les contenus haineux, sur quels critères. (more light)

Sur les critères du gouvernement.

Par exemple : si c’est une religion qui le dit, c’est permis ? (more light)

Cela dépendra du gouvernement en place, et je suspecte tous les partis qui imaginent entrer au gouvernement de trouver au fond cette loi bonne. Je veux dire, vous avez vu le droit que nous nous payons déjà ? La France est le pays le plus condamné par la Cour européenne des droits de l’homme en matière de liberté d’expression, avec la Turquie et la Russie. Comment ça s’appelle, une classe politique nationale qui, depuis des décennies, ne tient jamais aucun compte de l’autorité de chose jugée des arrêts de la Cour européenne des droits de l’homme en matière de liberté d’expression ? Ça s’appelle un fléau à éradiquer.

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Épistémologie

Non, ce n’est pas une araignée. Il s’agit de la queue d’un serpent qui s’appelle Pseudocerastes urarachnoides ou vipère d’Iran à queue en forme d’araignée. En bougeant sa queue, la vipère attire ses proies. (Norbert explique-nous : lien vidéo)

Un jour, il faudra qu’un logiciel puisse montrer en accéléré par quelles micro-mutations avantageuses on arrive à une queue en forme d’araignée (quasi) parfaite qui bouge de manière autonome de la queue (c’est-à-dire selon un mouvement complexe par rapport à celui de la queue elle-même, l’appendice arachnéen se mouvant avec un certain degré d’autonomie, comme une sorte de bras articulé) pour imiter un mouvement d’araignée.

La première micro-mutation, que serait-elle ? Une petite boule blanche au bout de la queue ? Quel avantage pour le serpent ? Et puis la deuxième, un autre petit point blanc à côté, le début d’une pseudo-patte ? Quel avantage là encore ? Je ne parviens pas à voir les avantages pour le serpent d’un appendice caudal qui ne ressemble à rien pendant x mutations et puis commence à ressembler à une araignée à x+1, c’est-à-dire je ne vois pas comment on peut arriver à x+1 (qui est ce qu’on voit sur la vidéo). La seule hypothèse possible est tout de même « hard » : la première mutation est une macro-mutation tératologique ressemblant déjà suffisamment à un insecte ou à une araignée, donc avantageuse, tout en n’étant pas un handicap lourd, alors que cette monstruosité ralentit sûrement le serpent.

[En fait, selon d’autres prises de vue que j’ai observées entre-temps, cet appendice caudal semble peu encombrant eu égard à la taille du serpent. Une première mutation même très imparfaite comparée au produit « évolué » et fixé dans l’espèce (x+1) pouvait tout de même passer pour une proie suffisamment caractérisée, compte tenu de la perception elle-même approximative des oiseaux dont se nourrit le serpent. Je reproduis cependant les considérations qui suivent, car la discussion a débouché sur des considérations d’épistémologie scientifique plus larges.]

Dans la théorie synthétique de l’évolution (celle qu’on utilise actuellement), il n’y a pas de micro-mutations qui se cumulent, en fait. (Johnson)

L’hypothèse des micro-mutations reste de bon sens. Vu que le taux de micro-mutations avantageuses sur les micro-mutations indifférentes ou nuisibles est déjà infinitésimal, pour une macro-mutation le terme approprié n’existe même pas (infinitésimal au carré).

Une mutation avantageuse est un bilan positif entre l’avantage et l’inconvénient de la déviation. Une mutation tératologique (macro-mutation/monstruosité) a une chance infinitésimale au carré d’avoir un bilan positif. Mais enfin il suffit d’une fois…

La génétique statistique repose soi-disant sur « Ce qui doit arriver arrive » (c’est le principe sous-jacent à la prophylaxie des maladies récessives). Or, avec ce serpent, c’est : « Ce qui ne doit pas arriver (l’infinitésimal au carré) arrive. » En général, quand on dit « une chance sur cent millions », on interprète cela comme voulant dire « jamais ». Pas ici. Une chance sur cent millions doit toujours finir par arriver. Souvenez-vous-en quand, dans d’autres domaines scientifiques, vous lirez qu’une probabilité infinitésimale peut être considérée comme une impossibilité. – Le traitement heuristique de l’infinitésimal statistique est différent selon les domaines (génétique vs physique, par exemple). Cette différence de traitement est probablement justifiée mais, à ma connaissance, pas expliquée théoriquement (par une métathéorie).

Nous avons tous un grand nombre de mutations indifférentes. Quelques-uns ont des mutations nuisibles (maladies génétiques). On ne sait pas ce que pourraient être chez l’homme des mutations avantageuses aujourd’hui.

Si, on sait très bien : par exemple, doublement de cellule, grosse mutation hyper rare donnant un QI de génie, exemple Einstein qui la possédait. Ensuite, rhésus neutre : mutation permettant de recevoir du sang peu importe le rhésus. Ou encore immunité au sida : quelques cas existent. (Johnson)

Ces mutations seraient avantageuses si « l’avantage » que vous décrivez se répandait dans la population. Une mutation avantageuse est par définition celle qui donne un avantage reproductif. Les effets « bénéfiques » qui ne se traduisent pas par un tel avantage ne décrivent donc pas une mutation avantageuse au sens de l’évolution, le critère étant celui de la diffusion de la mutation. Dans les exemples que vous donnez, il est probable que, si ce sont bien des mutations, elles continueront d’apparaître de temps à autre à titre de mutations et rien d’autre si elles ne sont pas fixées dans la population par la voie de la sélection naturelle. C’est en ce sens que l’homme actuel ne connaît plus de mutations avantageuses.

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Le hasard n’existe pas en science : tout effet a une cause (principium rationis sufficientis). Le « hasard » est une façon pour nous d’appréhender statistiquement des phénomènes dont la multiplicité des facteurs nous empêche au stade x de les traiter mécaniquement.

Les interprétations actuelles de la mécanique quantique violent les lois de l’entendement et sont vouées à être révisées. Ce qui ne remet pas en cause ses résultats. Le système de Ptolémée parvenait à bien prédire les éclipses. Le travers consiste à confondre performance et validité : le système de Ptolémée était (relativement) performant et le défaut de Newton n’est pas tant sa performance que la singularité d’une vitesse infinie (dans l’action à distance) qui ne se laisse pas penser.

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La bouteille de Klein est une surface sans bord et non orientable (c’est-à-dire qui n’a ni intérieur, ni extérieur) (Norbert explique-nous, avec la vidéo d’une bouteille de Klein réalisée en verre : lien)

Si je bouche le trou dans le cul de cette bouteille, avec un bouchon en liège par exemple, elle est complètement fermée. Comme une bouteille normale, quoi. Donc une bouteille normale n’a ni intérieur ni extérieur. CQFD.

La différence avec une bouteille normale, c’est qu’on ne peut pas la remplir complètement par le trou. C’est-à-dire qu’elle a des compartiments… 😐

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Après avoir connu le « salaire d’appoint », les femmes auront la « retraite-appoint ». (Journal Fakir)

À l’époque, la femme était souvent le second revenu d’un ménage, à savoir que le mari travaillait déjà quand la femme s’y est mise ensuite, et ce assez souvent lorsque le revenu du premier ne suffisait plus aux besoins du ménage. Les patrons ont donc prétendu qu’un « salaire d’appoint » suffisait, et c’est passé. À l’époque, donc, dans bien des cas un second revenu arrivait dans le ménage quand le premier ne suffisait plus. Aujourd’hui, les deux dans le ménage travaillent déjà, et rebelotte ! les deux ensemble ne suffisent plus. On va donc passer au ménage à trois ?

[Je possède quelques statistiques pour les États-Unis : «Between the 1960 Census and the Current Population Survey of March 1970, the proportion of white skilled and semi-skilled workers with wives in the labor force jumped from 32 to 44 percent. But this rise is no clear justification for drawing conclusions about ‘progress.’ In this connection, it may be of some relevance to note that for married men aged 45-54, in this occupational group of whites, the proportion with wives in the labor force was 35 percent as of 1960, but ten years later, the proportion with working wives changed very little, to 41 percent.» (Sheppard & Herrick, Where Have All the Robots Gone? Worker Dissatisfaction in the 70s, 1972) Je crois me rappeler du temps de mes études qu’à l’orée des années 2000 ces taux restaient relativement bas aux États-Unis, à peine au-dessus de 50 % en moyenne générale, mais cela demande confirmation.]

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« Essayez la dictature et vous verrez ! » : Emmanuel Macron dénonce les discours affirmant que la France n’est plus une démocratie. (France Info)

Quand certains membres du parti présidentiel parlent de la Russie et de la Turquie, ils n’en parlent pas comme de démocraties très… démocratiques. Eh bien, la France est avec ces deux-là le pays le plus condamné par la Cour européenne des droits de l’homme pour violations de la liberté d’expression. CQFD.

Le problème n’est donc pas seulement l’actuelle majorité mais tout ce qu’elle a trouvé en arrivant et dont elle a certes usé sans modération ni la moindre finesse de jugement mais, à vrai dire, sans atteinte à notre législation, qui est bien la chose honteuse dont il est question dans le débat. (Ce qui ne veut pas dire que tout est légal dans ce qui se fait actuellement ; les violences policières ne le sont pas.)

Selon le Democracy Index, la France est une flawed democracy (traduit par démocratie imparfaite), loin derrière les full democracies, au 29e rang en 2018. Les Français demandent une démocratie pleine et entière.

Ces propos du président de la République sont donc très inquiétants. « Nous sommes une démocratie, dit-il en substance, mais le problème, avec les Français (qu’il a déjà traités de ‘Gaulois réfractaires’), c’est qu’ils ne sont jamais contents ; il faut que ça cesse, et nous allons donc faire encore plus de répression. »

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#Parodie Allez en dictature où il y a plein de kwassa-kwassa et vous verrez !

Je n’adore pas le mot kwassa-kwassa car cela donne l’impression qu’il amène du Comorien, c’est différent.

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Des enquêtes pénales transprescriptionnelles

Le parquet de Paris ouvre une enquête pour viols sur mineur contre Gabriel Matzneff après les révélations de Vanessa Springora dans son livre Le Consentement. Malgré la prescription, cela permettrait d’éclaircir ces actes, voire d’en découvrir de nouveaux. (Habeas Corpus)

Je relève les citations suivantes dans l’article du Monde du 3.1.2020 qui accompagne ce tweet :

« Il ne peut pas y avoir de procès dans de tels cas, mais l’enquête permet de ne pas laisser sans réponse les victimes. À l’issue de l’enquête, et avant de la classer pour prescription, le parquet propose une rencontre entre la victime et son agresseur présumé. … Il est arrivé que cette ‘mise en présence’ permette ce qu’une audience aux assises n’aurait jamais pu : ‘On a obtenu des aveux en confrontation, des lettres d’excuses’, avait expliqué M. Molins au Monde»

Si l’auteur ne veut pas parler, cette procédure est une perte de temps, et, comme il n’y aura pas de procès, en quoi une enquête l’inciterait-elle à parler ? En outre, un « agresseur présumé » n’est pas censé se faire enquêter, si je puis dire, sans l’assistance d’un avocat. En droit.

Peut-être parce qu’il ne risque rien. Le plus important ici n’est-il pas la pacification d’un trouble social devenu public, plus que l’issue judiciaire ? (Habeas Corpus)

Ce que j’y vois, pour ma part, c’est que le parquet français, déjà passablement suspect à bien des égards (cf la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l’homme) s’est arrogé un nouveau pouvoir par lequel il pourra persécuter des « agresseurs présumés » (présumés innocents) jusqu’à la fin de leurs jours.

En dehors de tout encadrement, ces enquêtes ne peuvent qu’exacerber les pratiques d’extorsion d’aveux, de fausses confessions par la police. Les interrogatoires ne cesseront que quand la personne aura « craché le morceau » et le parquet pourra se féliciter de ses bons résultats.

Quels bons résultats ? En tout état de cause, les faits seront prescrits et cela aboutira à un classement ou un non-lieu selon la procédure. Cela n’a aucun sens. (Habeas Corpus)

Quand une enquête débouche sur un procès, le procès permet d’examiner le déroulement de l’enquête : le procès encadre l’enquête. Dans des enquêtes « transprescriptionnelles », il n’y a donc aucun encadrement, quels que soient les textes que produira l’administration pour masquer ce fait fondamental.

Vous me demandez : « Quels bons résultats ? » Le parquet se rengorge déjà sur des résultats merveilleux dont aucune chambre d’assises ne peut rêver : « ce qu’une audience aux assises n’aurait jamais pu »…

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Une extradition de Carlos Ghosn par la France, s’il y retournait,
est possible en vertu de la théorie des actes de gouvernement du droit public

Carlos Ghosn et la non-extradition de nos nationaux : Si Carlos Ghosn revenait en France, pourrait-il être extradé au Japon ? Quelles règles en la matière ? (Habeas Corpus, article d’I. Shalabi du 6.1.2020, dont la conclusion est la suivante : « M. Ghosn, conformément à l’établissement du droit en vigueur et de la jurisprudence, intransigeante sur la question, s’il venait à revenir (sic) en France, ne pourrait effectivement pas être extradé. »)

Le droit français comporte en la matière deux (au moins) principes contradictoires.

Le premier est fixé à l’article 696-4 du code de procédure pénale cité : « L’extradition n’est pas accordée lorsque la personne réclamée a la nationalité française. »

Le second découle de la théorie des actes de gouvernement du droit public. « L’extradition, contrairement au mandat d’arrêt européen, intègre dans son processus une dimension diplomatique, en sus de la dimension judiciaire. » (Shalabi) C’est justement cette dimension diplomatique qui en fait un acte de gouvernement non susceptible de recours. Carlos Ghosn peut donc être extradé.

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Coronavirus

Au vu de la possible épidémie de coronavirus Wuhan en France après la découverte de deux cas, il faut que le gouvernement suspende officiellement l’application des lois interdisant la dissimulation du visage dans l’espace public, et encourage le port de 😷 et de niqabs.

Nota Bene. Si le masque sanitaire (😷) est un bon préventif (cf Dr Jena Grayson: “Cover your nose/mouth with a tissue“), alors le niqab, la burqa et tout autre voile intégral, islamique ou non, est également un bon moyen prophylactique contre le coronavirus et autres germes.

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A burqa is probably as good as any hazmat suit. This is paleoprophylaxy.

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Les masques ne servent effectivement à rien sauf si vous voulez dépenser inutilement. (Samuel H., qui fournit des liens vers deux articles, dont un que je cite pour montrer que sa conclusion n’est pas celle de cet article qu’il cite comme sa source.)

« Le coronavirus chinois, un peu comme la grippe, peut se transmettre de deux façons : par les postillons, la toux et les éternuements mais aussi par les mains. D’où l’intérêt de ce masque. S’il est porté correctement et qu’il s’accompagne du lavage des mains, il est très fiable. » (Prof. Jean-Christophe Lucet, « en charge de la prévention des infections à l’hôpital parisien Bichat »)

Oui, ce masque est très efficace s’il est porté par un malade, pour éviter de transmettre la maladie. En revanche, il est peu efficace porté par une personne saine pour éviter d’être contaminé. (Carpe Volubile)

Toujours dans le même article (maxisciences) : « La chercheuse du CNRS Sandrine Belouzard estime que le masque de protection ‘joue un rôle de barrière évident’ dans la transmission par voie aérienne. » Une barrière, c’est dans les deux sens. Même asymétrique, ce serait une raison suffisante pour dire que ça ne sert pas à rien de manière générale (et pas seulement pour le coronavirus). Et l’article maxisciences censé dire que le masque ne sert à rien dit en fait que les spécialistes sont divisés sur la question.

Voyons les arguments contre, selon l’article : « Mais l’efficacité de ce dispositif n’est pas garantie, et les différentes études menées à ce sujet ne sont pas parvenues à des résultats probants. » « Il existe peu de preuves mettant en évidence le bénéfice du masque porté ailleurs que dans un hôpital. »

« Pas garantie », « pas de résultats probants », mais le mieux : « peu de preuves » (Dr Jake Dunning), donc quand même des preuves ? Le principe de précaution peut s’appliquer dès la moindre preuve.

Le masque est forcément protecteur par rapport à une personne dont toutes les muqueuses sont exposées, simplement par réduction de la surface d’exposition.

Trois muqueuses : yeux, nez, bouche. Hypothèse : les trois muqueuses constituent à hauteur d’un tiers chacune la surface d’exposition totale. Si l’ensemble d’une population p se couvre le nez et la bouche, tout porteur de masque n’évitera pas la contamination par les yeux mais la surface d’exposition totale est réduite de deux tiers, et le risque global de contamination de deux tiers ou bien de x (dont il est probable que la valeur ne soit pas négligeable).

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Pour le monocamérisme

Le candidat d’opposition à l’élection présidentielle 2020 en Côte d’Ivoire, M. Mamadou Koulibaly, a retweeté mes analyses de 2019 sur la suppression du Sénat en France. Un Sénat a en effet été créé en Côte d’Ivoire en 2016.

Mon analyse, déjà publiée sur mon blog (Twit19 ici) est la suivante. Elle commence avec le tweet en photo (1/) (cliquez sur la photo pour l’agrandir).

2/ Pour résumer le tableau : les États monocaméraux sont majoritaires dans l’Union européenne (15 sur 27) et dans l’ensemble plus démocratiques et plus respectueux des libertés que la France bicamérale (seulement 5 États sur 15 font moins bien sur les deux indices).

3/ Une seconde chambre parlementaire a un sens dans un État fédéral pour représenter les États fédérés. Dans un État unitaire, aucun intérêt.

4/ Un Sénat ne sert donc à rien car 1) la France n’est pas un Etat fédéral, et 2) le Sénat ne rend pas la France plus démocratique ni plus respectueuse des libertés que ses voisins monocaméraux. Cela sert juste à recycler de vieux barbons qui n’ont rien fait pour les libertés.

« De l’utilité du Sénat en France » est évidemment ironique dans la bouche de Koulibaly : nous sommes tous les deux d’accord pour dire qu’un Sénat est inutile (en France comme en Côte d’Ivoire, autre pays unitaire et non fédéral) : « Le Sénat ivoirien est une arnaque. Totalement inutile et inefficace. Ça va être budgétivore, ça n’a pas de sens. La Constitution qui l’érige n’est pas une Constitution démocratique. » (Mamadou Koulibaly via Eburnie Today, 5.6.2017)

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Un Sénat a été créé en Côte d’Ivoire en 2016. (Par ailleurs, le Sénat a déjà été supprimé deux fois au Sénégal, en 2001, puis –après son rétablissement en 2007– en 2012.) Ma conviction est que, comme la Côte d’Ivoire est un État unitaire et non fédéral, une seconde chambre parlementaire est au mieux une excroissance inutile.

Dans un État unitaire, en réalité le Sénat fragilise même le pouvoir législatif. D’une part, les navettes alourdissent le processus législatif, faisant douter l’opinion publique de l’efficacité de l’institution et accroissant le pouvoir de l’exécutif par l’instrument du calendrier parlementaire. D’autre part, deux chambres peuvent conduire à un pouvoir législatif divisé contre lui-même (donc affaibli par rapport à l’exécutif). Par exemple, en France, les deux commissions d’enquête Sénat et Assemblée nationale sur l’affaire Benalla ont conduit à des conclusions opposées. Quelle crédibilité garde le législateur dans ces conditions ?

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Droit dit de la presse : Incompréhensible, ce contentieux est une loterie nationale

« Insulter la religion est une atteinte à la liberté de conscience » (Garde des sceaux [qui s’est rétractée depuis lors]) Depuis quand ? (Alexis Poulin, co-fondateur @Lemondemoderne)

Depuis que c’est dans la loi de 1881, qui prévoit des peines aggravées pour injure, diffamation, provocation à la haine envers « une personne ou un groupe de personnes à raison de leur origine ou de leur appartenance ou de leur non-appartenance à une ethnie, une nation, une race ou une religion déterminée ».

Quand les Musulmans commencent à réclamer la protection légale qui leur est due, tout à coup plus « personne » ne connaît la loi… #Islamophobie

La loi parle bien de personne ; l’Islam, comme les autres religions, n’est pas une personne mais une idéologie qui peut parfaitement être insultée. (Philippe)

Je peux donc aussi critiquer une race, puisque ce n’est pas une personne ?

Vas-y, essaie pour que je voie comment tu vas tourner ton tweet sans désigner explicitement une personne ou un groupe de personnes. (Philippe)

Ce que je vous demandais, c’est comment vous tournez, vous, une critique (vous dites même une insulte) d’une religion, défendue par la loi au même titre que la race, l’ethnie, la nationalité, etc, sans que ce soit illicite, alors que ce serait illicite pour une race, ethnie, nation, etc.

La loi ne protège pas les religions, seulement les croyants. C’est si compliqué de faire la différence entre l’idéologie et la personne qui y adhère ? (Philippe)

« La loi de protège pas les races, les ethnies, les nations, le sexe, l’orientation sexuelle… » Cette « idéologie » étant nommée dans la loi de 1881 avec d’autres catégories, elle est protégée au même titre que ces autres catégories et la distinction que vous faites est inexistante en droit. Un commentateur à Cnews en sait quelque chose, qui se pourvoit actuellement devant la Cour européenne des droits de l’homme.

X a été condamné pour avoir attaqué les musulmans. Le blasphème est un droit en France. (Philippe)

Il existe en France un contentieux des films « blasphématoires » : TGI Paris 22.9.1988, 1e civ. 29.10.1990 cf. J.-M. Denquin, Sur les conflits de liberté, 1981. Une jurisprudence dite « équilibrée ». [Retweeté de mon essai Race et religion en droit de la presse : kif-kif bourricot (Twit22 ici)]

Il y a donc d’un côté les musulmans et de l’autre l’islam ? De mieux en mieux…

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Des juristes, et sans doute non des moindres, donnent cependant raison à ce Philippe, mais ils ont évidemment tort (ils ridiculisent et fragilisent le droit). Explications.

#Blasphème Le droit français n’a aucun sens : « Il est possible de critiquer fermement, même avec des propos très virulents ou injurieux, une religion, alors que les croyants sont protégés par les infractions listées. » (Note juridique de 2016 publiée sur le site internet du Sénat qui, entre le moment où je tweetais, le 30 janvier 2020, et aujourd’hui l’a retirée du site : « Page d’erreur 404 ».)

Prenons un exemple. « Le babisme est une religion imbécile » : Licite ? « Le babisme est une religion d’imbéciles » : Illicite ?

Cette interprétation reprise par le Sénat est évidemment fautive car elle rend impossible « la protection des croyants » par la loi qui vise à les protéger. Mon exemple le montre pleinement : de deux propos équivalents, l’un serait condamné, l’autre non.

De deux choses l’une : ou bien vous supprimez ces lois (parce qu’elles sont liberticides) ou bien vous les appliquez. Car les interpréter de manière sournoise, équivoque et arbitraire, cela tue le droit.

Or je dis que cette interprétation reprise par le Sénat, qui empêche de protéger les croyants (puisqu’un simple ajustement verbal sans aucune conséquence sémantique permet d’échapper à toutes sanctions pénales), est, dans le contexte actuel, elle-même de l’islamophobie.

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Emmanuel Macron apporte son soutien à Mila et réaffirme le droit au blasphème : « La loi est claire : nous avons droit au blasphème, à critiquer, à caricaturer les religions. Ce qui est interdit, c’est l’appel à la haine, l’atteinte à la dignité. » (L’Obs)

Toutes les lois de répression de la parole (qui ne sont pas du tout claires, contrairement à ce qu’affirme le président) doivent être supprimées. Grandissez.

« Il est impossible de concéder que, par les mots ‘liberté de la presse’, les auteurs du Premier Amendement entendaient simplement adopter le point de vue étroit qui prévalait alors dans la loi anglaise selon lequel cette liberté ne consisterait qu’en une garantie vis-à-vis de toute censure préalable. » Cette phrase prononcée en 1936 par le juge Sutherland de la Cour suprême des États-Unis veut dire que la liberté d’expression n’est pas assurée par la seule absence de censure préalable (comme en France) mais qu’il faut aussi que soient déclarées inconstitutionnelles toutes lois condamnant des paroles quelles qu’elles soient. Le Premier Amendement date de 1791 ; la France a 230 ans de retard !

Le président de la République a dit que les paroles de Mila n’étaient pas illicites et le parquet à sa botte n’a pas engagé de poursuites, mais j’invite une association agréée qui serait d’un avis différent à porter plainte pour qu’un juge se prononce. Le gouvernemenet et le président de la République ne sont pas juges.

iv

« [Pourquoi] Dieudonné est-il interdit de spectacle quand il critique les juifs tandis qu’on offre à cette jeune femme [Mila] une tribune à la télé quand elle critique les musulmans ? » (Question du public via la journaliste Laurence Ferrari)

Dieudonné n’est pas seulement interdit de spectacle, il est aussi poursuivi et condamné en justice. Je ne parle pas de sa condamnation pour fraude fiscale mais de sa ou ses condamnations au titre de ce qu’on appelle le droit de la presse, c’est-à-dire pour des propos (paroles, écrits, dessins…). Je note que le juge qui l’a condamné pour fraude fiscale a justifié la sévérité de la peine par le fait que Dieudonné avait déjà eu des démêlés judiciaires ; or ces démêlés relèvent du droit de la presse et non du droit pénal commun, ce qui rend abusive une telle justification compte tenu de l’essence spéciale du droit de la presse, qu’il convient de protéger dans un État de droit.

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Censure par délégation de service public

Notre communiqué appelant l’ensemble des professionnels de justice à la solidarité dans le contexte des mobilisations en cours pour les retraites et la défense du service public de la justice. (Syndicat de la magistrature)

Le service public de la justice peut très bien fonctionner par délégation à des personnes privées, comme avec la #loiAvia qui investit les plateformes d’une mission de service public, à savoir la censure (des « contenus haineux », ce contentieux de masse).

On peut condamner à des peines privatives l’expression de « contenus haineux » mais une censure de ces contenus serait disproportionnée ? 🤔 [C’est un rappel que le Syndicat de la magistrature se montre, à juste titre, critique envers la proposition de loi Avia, mais que l’opposition à cette nouvelle forme de censure préalable qui s’introduit dans notre droit est peu cohérente puisque notre droit, par les peines privatives de liberté qu’il prévoit pour les délits d’expression, prétend faire de cette répression une priorité d’ordre public.]

Les magistrats ont failli dans leur mission de protéger le corps social contre cette gangrène qu’est la parole, contre les contenus haineux passibles de peines privatives. Place à la censure salvificatrice (avec délégation de service public) ! [Le propos est évidemment ironique.]

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« Va voir ta mère » : Jean-Luc Mélenchon perd son sang froid face à un manifestant qui l’interpelle. (BFMTV)

C’est sûr que « Vous patachonnez dans la tête », c’est tellement plus respectueux… 👌

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« ’Vous patachonnez dans la tête’: Le président de la République perd son sang-froid face à un manifestant qui l’interpelle. » La #parodie qui rend fictivement BFMTV moins servile…

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On n’a pas le droit de dire à quelqu’un « Vous patachonnez dans la tête ». En plus, un patachon, ça n’a jamais été un capitaine de kwassa-kwassa qui amène du Comorien ; grosse confusion, là.

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Bipartyism Is Better

Why Alexandria Ocasio-Cortez is in the same party as Joe Biden: The New York congresswoman declared recently that, in any country but the United States, she and former Vice President Joe Biden would be in different political parties. (wsws.org)

Bipartyism is better than multipartyism. Currents inside parties, with primaries, are the same as multiple parties, yet the advantage is that the winning party can apply its electoral platform whereas under multipartyism platforms are discarded on behalf of deals between parties in parliament. Under bipartyism the platform is carried out (at least there is no institutional obstacle). Under multipartyism what is carried out is the outcome of dealings between parties, based, to be sure, on their respective electoral platforms, but nonetheless different (compromises); the constituencies, their votes are treated like trash.

Under multipartyism, when no party gets above 50% of the seats (and this is the rule rather than the exception), no voter can tell what the coalition deal will be which the ex-post coalition will carry out. In fact, you can hardly call this mess a democratic system.

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Violences policières

Le gouvernement nie les violences policières car il en a une définition personnelle commode (on ne pourrait parler de violences policières que dans le cas d’un système organisé). Or toute condamnation d’un policier pour des actes de violence dans le cadre de ses fonctions indique une violence policière. Et il y en a eu récemment (par exemple un lancer de pavé dans une foule de manifestants par un CRS).

En donnant de manière injustifiée un sens restreint aux violences policières, pour dire qu’il n’y en a pas, car on ne pourrait pas prouver qu’il existe un usage systématique et politique de la violence, le gouvernement cherche à se défendre plutôt qu’à défendre les agents, qui, eux, continuent de se faire condamner pour les violences policières qu’ils commettent, s’ils sont attrapés (comme le lanceur de pavé). Or cette définition a tout de même cette conséquence que, comme selon lui il n’y a pas de problème, le gouvernement ne cherche pas à résoudre le problème.

On peut considérer que cette nouvelle définition jusque-là inconnue des violences policières, inconnue et donc inacceptable par principe, a justement pour but de couvrir un système de violence organisé de manière occulte par le gouvernement en tant que chef de l’administration policière.

En outre, quand en même temps que la justice condamne des violences policières (le CRS lanceur de pavé a été condamné en première instance à de la prison avec sursis) le gouvernement dit qu’il n’y a pas de violences policières, la séparation des pouvoirs est fragilisée : cette position gouvernementale est une pression de fait sur l’autorité judiciaire pour qu’elle ne condamne pas les violences commises par des policiers dans l’exercice de leurs fonctions.

ii

Macron se dit « prêt à attaquer en diffamation toute personne dénonçant les violences policières ». (Révolution Permanente)

Je ne comprends pas bien le sens de cette déclaration qui rabaisse la fonction présidentielle au rang de procureur. Qui est la victime diffamée par une personne dénonçant des violences policières ? Ou bien la personne dénonce des violences policières en général et alors il n’y a pas de victime de diffamation. Ou bien la personne dénonce des policiers en particulier et alors, si le tribunal, au terme du procès, ne condamne pas la personne attaquée par le président de la République, celui-ci doit être attaqué à son tour pour dénonciation calomnieuse, ce que son immunité présidentielle interdit ; la personne attaquée en diffamation par le président serait donc privée de son droit à un procès équitable (article 6 CEDH).

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Amendocratie

#Grève6Février Étonnement à La France Insoumise : Grévistes et Gilets Jaunes sont dans la rue et pas en train de les regarder à la télé défendre leurs 19.000 amendements… 🧐

19.000 amendements et après ? Quand a-t-on vu l’obstruction empêcher le vote d’un texte ? La LFI a bien moins de chances de parvenir à ses fins avec des amendements contre la réforme des retraites que de destituer le président de la République si elle osait une destitution !

La France Insoumise refuse de lancer une procédure de destitution car, soi-disant, celle-ci ne pourrait être adoptée. Quand ils déposent une proposition de loi, ils sont donc convaincus qu’elle va passer, même si ça n’est jamais arrivé ?

L’opposition est tombée dans un piège et va s’embourber dans son obstruction sans espoir. La seule solution : lancer la procédure de destitution avec tous les arguments constitutionnels que sert à l’opposition la crise politique que vit la France.

Naufrage d’opposition parlementaire. La situation de crise est unique, la mobilisation unique, que fait l’opposition ? Elle… dépose des amendements sur la loi de réforme des retraites, c’est-à-dire elle fait ce qu’elle a fait sur tous les autres textes – avec quel résultat ? Ils sont tous passés. Ce n’est pas 3.000 ou 4.000 amendements de plus qui vont faire la moindre différence.

Si le nombre d’amendements est si important que ça, pourquoi LFI n’en a pas déposé, au lieu de 19.000, 1.999.000 ? Rien de plus simple : changer un chiffre, un mot, une virgule ici ou là, un logiciel peut le faire en dix minutes. Comme il est avéré que cette obstruction sera inefficace, si l’opposition croit pouvoir faire moins qu’engager la destitution du président de la République (en pouvant de surcroît espérer coaliser l’ensemble de l’opposition sur la question ainsi que les nombreuses défections du parti majoritaire), elle ne mérite pas de gagner aux élections. (Le sujet est très transpartisan : selon moi, cela peut passer plus facilement qu’une proposition de loi. Et surtout, c’est davantage un débat judiciaire – justice constitutionnelle – qu’un débat de politique publique.)

Ces messieurs et dames ont le droit sacré de déposer mille milliards d’amendements sur chaque texte, et ils viennent nous dire : « Regardez comme nous sommes fortement opposés à la réforme des retraites : nous avons déposé 20.000 amendements ! » 😶

Je ne pardonnerai jamais à LFI de n’avoir déposé que 19.000 amendements contre la réforme des retraites alors qu’ils avaient le droit sacré et la possibilité technique (en 3 minutes) d’en déposer 111.900.900. Ils se moquent de nous.

Bientôt la fin des 19.000 amendements en commission. Ces inefficaces batailles d’amendements sont un dévoiement du parlementarisme. Pendant ce temps, la mission de contrôle est réduite à la peau de chagrin, les enquêtes restent sans effet (cf affaire Benalla)…

Les 19.000 amendements approchent de ZÉRO en commission et la réforme des retraites va être adoptée. Et quelles images ! Maintenant un « orateur » ne s’exprime plus depuis une tribune mais assis derrière une table en bras de chemise au milieu de paperasses et de bouteilles d’eau…

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& last but not least!

Le Griveaux Gate !

[Renoncement, à un mois des élections municipales 2020 en France, du candidat du parti présidentiel à Paris après la parution sur internet de sex tapes de masturbation envoyées à, semble-t-il, une maîtresse.]

M. Griveaux renonce aux Municipales 2020 mais ce n’est parce qu’il a quoi que ce soit à se reprocher, non, c’est parce qu’il subit des « attaques ignobles ». C’est tellement cohérent…

Les hommes politiques (personnalités publiques) qui demandent de respecter leur vie privée veulent en fait que leur vie privée soit mise en scène par les seuls médias sous contrôle comme pur instrument de propagande. Quand un homme politique demande à ce qu’on respecte sa vie privée, comptez d’abord le nombre de reportages sur sa vie privée qui font la propagande de cet homme politique dans les médias.

#Parodie #ViePrivée ⚠ Ignobles attaques contre Griveaux montré faisant du vélo en bord de Marne avec son épouse et échangeant avec elle des sourires complices. Images diffusées par Gala, Closer, Point de vue, Le Figaro Madame, Marie-Claire

ii

Vu les attaques contre Piotr Pavlenski [citoyen russe réfugié en France, à l’origine de la publication des sex tapes sur internet] sur les réseaux sociaux à l’initiative des trolls des partis politiques, il est temps de songer à appliquer le statut protecteur de lanceur d’alerte (whistleblower) aux diffuseurs de sex tapes politiques. C’est une exigence démocratique.

Le statut de lanceur d’alerte existe car il s’agit d’actes illégaux selon la lettre mais qui sont au bénéfice de l’intérêt général. Les sex tapes sont légitimes car elles démontent la propagande sur les « stars » politiques. Pas de procès pour Pavlenski !

Tout le monde politique « exprime son soutien » à Griveaux mais personne ne lui a dit de rester candidat ! Cela montre bien que la diffusion de la sex tape est d’intérêt public et qu’aucun procès ne doit donc avoir lieu contre Pavlenski.

Si Griveaux avait vraiment subi une « attaque ignoble », « menace sur la démocratie » bla bla bla, il n’aurait jamais dû démissionner. Et se serait pris une dérouillée inouïe aux Municipales 2020. Vox Populi Vox Dei.

iii

#Parodie Le militant LREM : « C’est une attaque ignoble, la démocratie en danger mais on a quand même sacrément eu le nez creux de sortir Griveaux du gouvernement, sinon ça faisait un nouveau Delevoye Gate… »

(Au fait, sa sortie du gouvernement – dont il était porte-parole – pour être candidat aux élections municipales, c’était censé être une promotion ?)

iv

Le recours par la classe politique à la vie privée comme argument électoral et politique rend inapplicable la loi de 2016 relatif à la protection de la vie privée au cas de la classe politique. Elle a fait voter cette loi justement pour se protéger, je sais, mais c’est non.

Appliquer la loi de 2016 aux #GriveauxLeaks d’intérêt public serait contraire à la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme : « L’homme politique s’expose inévitablement et consciemment à un contrôle attentif de ses faits et gestes tant par les journalistes que par la masse des citoyens. » (Cour européenne des droits de l’homme, 2013)

Mise en scène de la vie amoureuse 2019 : « Julia et Paris, les deux amours de Benjamin Griveaux » (Paris-Match) (via Virginie Martin, politiste-sociologue)

Bourrage de crâne médiatique sur le thème de la vie privée (la vie de couple). Une contre-propagande (au même niveau) est forcément permise en démocratie puisqu’elle est nécessaire.

v

Comment la démocratie peut-elle être « mise en danger » par une « américanisation » de la société ? Si les Griveaux Leaks sont une « américanisation » de la société, les États-Unis ont été « américanisés » avant nous et sont bien une démocratie, donc il n’y a pas de danger pour la démocratie.

La classe politique française, qui réclame (qui se réclame à elle-même, en réalité, c’est-à-dire que les réactions indignées ou plutôt enragées nous annoncent purement et simplement ce qu’ils vont faire suite à ce qui vient de se passer) une nouvelle loi de corsetage d’internet, a la répression dans le sang. Les sex tapes sont connues aux États-Unis depuis longtemps et c’est une démocratie !

vi

Une députée LREM : « Une élection devrait être un débat d’idées, pas un déballage nauséabond. »

« Julia et Paris, les deux amours de Benjamin Griveaux » (Paris-Match 11.4.2019). Extraits :

« Anne Hidalgo a fait retirer les ‘cadenas d’amour’, mais Benjamin Griveaux et Julia n’en restent pas moins captifs l’un de l’autre. » (Légende d’une photo de l’article)

« Le petit gars de Saône-et-Loire a épousé Julia, une vraie Parisienne. »

« ’Il n’y aura plus le concert des ministres, papa ?’ Une formule enfantine de sa fille a suffi pour le désarmer : chez les Griveaux, le sens de la formule se cultive dès le plus jeune âge. »

« Depuis, c’est l’amour fou entre balades romantiques dans le cœur de Paris, séjours tranquilles dans la maison de Givry et soirées entre amis dans leur appartement du Ier arrondissement. »

« Leur complicité sera précieuse dans la rude épreuve qui s’annonce. »

« ’Doudou’, le coq laissé par Christophe Castaner à son départ pour le ministère de l’Intérieur, fait des siennes en courant après une poule dans le jardin de l’hôtel de Rothelin-Charolais. ‘Leurs cinq ébats sexuels par jour ne me manqueront pas’, ironise Griveaux. »

« Il emporte avec lui la table d’ancien notaire de son père, Patrick. … Orphelin du soutien paternel, il en a fait le serment : ‘Les arbitrages sont et seront toujours en faveur de mes enfants.’ Quitte à arriver en retard à Matignon, chaque mardi matin. »

« Accompagner ses enfants à l’école est devenu un rituel. »

etc. etc.

Un déballage bien nauséabond offert par Paris-Match.