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Philo 19 : L’anhistoricité de l’homme

Quand, dans la Phénoménologie de l’esprit, Hegel critique longuement la physiognomonie, il ne la critique pas comme « pseudoscience » mais comme science. L’expression « pseudoscience » n’a pas de fondement scientifique, c’est un jugement exogène, politique, bureaucratique ou journalistique sur des recherches considérées indésirables selon divers points de vue n’ayant rien à voir avec la méthode scientifique, et l’emploi du terme est donc de nature à rabaisser cette méthode au rang de dogmatisme frelaté. La méthode scientifique est dévoyée au nom d’une idéologie scientiste qui prétend séparer le bon grain de l’ivraie au plan de la méthode, alors qu’elle se fonde sur un dévoiement de celle-ci.

Si ce n’est une idéologie ou des considérations métaphysiques, rien ne permet d’exclure a priori la recherche de corrélations entre des bosses crâniennes et des données psycho-mentales et la tentative de les expliquer, que le résultat avéré qu’il n’existerait pas de telles corrélations, et ce résultat ne peut être avéré sans que des recherches aient lieu. Or ceux qui parlent de « pseudoscience » pour la physiognomonie ne se fondent nullement sur une absence de résultats concluant des recherches mais sur le pur et simple a priori qu’il ne peut y avoir de causalité entre une capacité psycho-mentale et la formation d’une bosse crânienne, alors même que les localisations cérébrales sont par ailleurs quelque chose de complètement admis.

Compte tenu de ce que sait la science qui n’a pas nom de pseudoscience, à savoir qu’il existe des localisations cérébrales des capacités psycho-mentales, on s’attendrait à ce que soit acceptée une ligne physiognomonique de recherche. Peut-être certains s’appuient-ils sur le passage de Hegel dont j’ai parlé, dans lequel le philosophe attaque la physiognomonie en résumant la démarche de celle-ci comme consistant à dire que « l’homme est un os », mais la réflexion de Hegel n’est nullement fondée sur la méthode scientifique positive, elle est au contraire purement métaphysique. Il est impossible de qualifier de pseudoscientifique quelque chose que l’on rejette à partir d’une dialectique métaphysique.

Qui ne voit, en réalité, que la physiognomonie est appelée pseudoscience parce que notre société rejette – c’est son parti pris – l’eugénisme et tout ce qui paraît s’en approcher ? Que des bosses crâniennes permettent de distinguer des hommes, cela fonde un système de classification, et potentiellement de tri, des êtres humains sur un plan biologique : une prémisse de l’eugénisme. L’erreur est de parler de pseudoscience. C’est une erreur assez grave car, comme déjà dit, c’est étendre le domaine de la science jusqu’au dogmatisme, ce dont les pontes scientifiques ne se plaindront certainement jamais car on en fait ainsi des experts y compris en métaphysique. Pour profiter de l’autorité de la science, car c’est la seule autorité que l’on veut reconnaître, on la subvertit. Or la science est libre de dogmatisme à la condition de n’entraver aucune recherche. C’est en vain que l’on croit donner au point de vue contre l’eugénisme la caution de la méthode scientifique non dogmatique, et ce d’autant plus que l’on sape cette méthode en la défendant de fait comme un pur dogmatisme.

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Si l’histoire de l’homme est un progrès sans fin, alors l’homme n’est pas un être historique car sa distance à l’infini vers lequel conduit l’histoire est la même à quelque époque de l’histoire que ce soit, c’est-à-dire que la place d’un homme dans le temps historique ne le définit en rien. L’homme est anhistorique.

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Une philosophie de l’histoire n’est possible qu’à la fin de l’histoire : cf. « Le Hegel de Kojève » (Philosophie 14). Une philosophie de l’histoire avant la fin de l’histoire prétend lire l’avenir, et ce non comme un météorologue pour les prochains jours, mais tout l’avenir jusqu’à la fin de l’histoire. Par ailleurs, une philosophie de l’histoire présuppose une fin de l’histoire : l’histoire ne peut avoir un sens, une direction, qui est l’objet d’une philosophie de l’histoire, que si elle va vers une conclusion, une destination finale. En objectant que l’absence de destination finale déterminée n’empêche pas de concevoir une direction déterminée plutôt qu’un éparpillement ou tout autre mouvement arbitraire, on prétend qu’un perfectionnement infini est quelque chose de possible, mais qu’est-ce qu’un perfectionnement dont la perfection vers laquelle il tend n’existe pas en tant que déterminée ? Sans perfection déterminée possible – et si une perfection de l’histoire humaine était possible, on pourrait au moins la définir, même si, ce qui semblerait pourtant aussi pouvoir être demandé, tout le monde ne serait pas d’accord avec telle ou telle définition, or quel état concevable de la fin de l’histoire présenterait un tableau digne des efforts humains ? –, parler de perfectionnement, parler de progrès autrement que dans et pour des domaines circonscrits, est une naïveté. Les ventes de voitures et d’assurances peuvent progresser, mais qu’y gagne l’humanité ? L’illusion du progrès est tout entière dans ce sophisme : on prend quelques critères dont on note l’évolution, en fermant les yeux sur tout le reste, pour parler d’un progrès de l’humanité, comme si celle-ci était tout entière définie par l’espérance de vie, la santé, l’éducation, etc.

Du point de vue cognitif, le critère qui permettrait de fermer les yeux sur le reste est l’intelligence. Or nous ne sommes pas plus intelligents ; les grands penseurs du passé nous restent une source d’étonnement et d’émulation, ceux d’entre nous qui pensons ou voulons penser aujourd’hui continuent de les admirer et de les trouver supérieurs à nos contemporains. Comment se fait-il, si l’homme se perfectionne, que nous ne trouvions pas nos contemporains plus intelligents, au moins en moyenne, qu’un Platon ou un Aristote ? Et même quand nous comparons ces derniers avec les noms saillants de la philosophie plus récente, contemporaine, nous ne trouvons pas que notre admiration soit plus marquée pour ceux-ci. Quant au progrès des sciences, il est entièrement compris dans la problématique de l’infinitude qui nivelle tout.

Reste le progrès moral, mais celui qui peut parler avec conviction d’un progrès moral de l’humanité démontre par là-même sa propre infirmité morale, car un tel point de vue ne peut se défendre sans une relative indifférence, voire sans complaisance au mal présent ; c’est se placer dans un rapport théorique, abstrait au mal, ce qui est le contraire de la moralité. Quant à ceux qui croient au progrès du droit, sous-thème de la morale, ils n’ont pas assez étudié cette branche, même quand ils sont juristes de profession, l’insistance par les pouvoirs en place sur le respect du droit et des droits étant en étroite relation avec leur violation par ces mêmes pouvoirs, qui n’ont jamais été aussi étendus. – Le sophisme du progrès serait cependant enraciné dans la nature morale de l’homme, en serait une idée nécessaire : le progrès de l’humanité donne un sens à mon propre effort de progrès moral. Or la croyance à la vie éternelle suffit à donner un sens à l’effort du progrès moral individuel, tout en ne s’opposant pas à ce progrès, tandis que la foi dans le progrès moral de l’humanité s’y oppose en relativisant le mal présent par une comparaison avec les états supposés pires du passé. La moralité ne consiste pas à relativiser le mal. Et si nous nions la possibilité d’une fin de l’histoire, nous ne pouvons même pas croire à un quelconque progrès de l’humanité.

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Puisque la science est incrémentale, la civilisation matérielle, fondée sur les connaissances techniques et scientifiques, progresse. Ce point de vue est faux. Une science incrémentale dans l’infini a l’infini pour inconnu : ignorer une quantité infinie des choses à savoir, c’est ne jamais réduire le nombre de ces choses (l’infini moins un reste infini), c’est ne jamais en savoir plus qu’un autre par rapport à la totalité infinie (la distance à l’infini de tout fini est la même car, si l’on demande quand A et B arriveront au bout, il existe une réponse unique pour les deux : jamais), c’est donc ne rien connaître, ne rien savoir, comme Socrate, qui savait au moins cela. Le point de vue vrai sur la science est qu’elle est une ignorance perpétuelle, et de cette ignorance ne peut s’inférer aucun progrès. La science est le néant de l’esprit, la civilisation matérielle le néant de la société, le progrès matériel le néant de la vie.

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Si nous croyions au bonheur, nous ne croirions pas au progrès. Si nous croyons au progrès, nous ne croyons pas au bonheur.

Ceux qui croient au progrès, les Américains par exemple, en fait croient au bonheur dans l’action par laquelle le progrès se réalise : le progrès est un pur prétexte, c’est seulement l’action qui compte.

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Les gens qui croient au progrès sont tournés vers le passé. Tournés vers le passé et croyant au progrès, ils se sentent supérieurs. Si, croyant au progrès, ils étaient tournés vers l’avenir humain, ils se sentiraient inférieurs et cesseraient de croire au progrès.

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Cioran est appelé un « styliste » plutôt qu’un philosophe parce qu’il n’a pas pris la peine de discuter longuement la philosophie savante d’un Heidegger ou autre, mais c’est bien le comble du paradoxe que ce soit cette philosophie savante, érudite qui se donne pour une « phénoménologie », comme une appréhension dépouillée de toutes préconceptions et constructions savantes du « monde de la vie ». Un Cioran était mieux placé pour philosopher sans constructions savantes. Je sais, celui qui n’est pas savant ne peut faire que de la phénoménologie « naïve ». Au non-savant le monde de la vie est occulté par le voile de la tradition savante, par le sens commun érudit qui trouble ses représentations de tout un appareil conceptuel sophistiqué, raffiné, compliqué. Pour échapper au carcan savant qui déforme tout, il n’a d’autre choix que de devenir savant.

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Quand Heidegger affirme que « l’anthropologie, la psychologie, la biologie » ne peuvent répondre à la question de l’être (l’être du Dasein), il omet de dire que la question ne se pose pas pour elles. Ce sont elles qui ont une question pour Heidegger : Ce que vous dites de l’homme, du Dasein s’applique-t-il au singe, moyennant quelques corrections à la marge ? – La théorie de la descendance s’oppose à la conception du caractère unique, incomparable du Dasein (l’être humain), conception qui n’est pour elle que la vieille vanité humaine sous de nouveaux oripeaux, et c’est elle, cette théorie de la descendance, qui est la philosophie de notre temps, quand bien même la philosophie de Heidegger serait la philosophie des universités.

Il faut étendre le Dasein à l’être du singe et des autres animaux pour se conformer à la théorie de la descendance. Certes, les scientifiques ont des singes pour cobayes plutôt que (officiellement) des humains, mais cela ne relève pas à proprement parler d’un consensus scientifique, c’est une norme imposée à la science par la société, où subsistent des conceptions religieuses et métaphysiques. On n’a pas donné toute sa chance à la science. L’humanisme est une métaphysique qui, en tant que telle, s’oppose à la connaissance démystifiée de l’homme. Diderot demandait que les criminels condamnés servissent de cobayes à l’expérimentation scientifique ; à la même époque, Kant s’y opposait, plus précisément déclarait conforme à la droite raison que personne n’y songeât. Diderot appartenait à une nation d’un grand sens politique qui allait bientôt conquérir toute l’Europe continentale et lui imposer ses conceptions.

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Heidegger reproche à Descartes de s’être occupé du cogito en négligeant complètement le sum concomitant. Mais le sum est formellement une inférence (« ergo ») du cogito. En traitant du cogito, je dis tout ce que je peux dire du sum dans sa partie formelle, dans le logos, en tant que logos. Le reste entre dans le petit traité des passions.

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L’instrument avant la chose ?

Sein und Zeit §15/6

,,Die Seinsart von Zeug, in der es sich von ihm selbst her offenbart, nennen wir die Zuhandenheit.”

Ce que je traduis : « Nous appelons instrumentalité [parfois traduit en français par ustensilité] la modalité de l’instrument [ou de l’ustensile] dans laquelle de lui-même il se manifeste. »

,,Zuhandenheit ist die ontologisch-kategoriale Bestimmung von Seiendem, wie es ‘an sich’ ist.”

« L’instrumentalité est la détermination ontologique-catégorielle de l’étant, tel qu’il est ‘en soi’. »

C’est nous qui soulignons, afin de montrer l’extension par Heidegger de l’instrumentalité à l’étant objectal tout entier. Les choses sont ainsi d’abord instruments et l’étant est zuhanden, c’est-à-dire pas seulement en soi mais aussi pour autrui, comme dirait Hegel. Et cette conception enfreint l’ordre logique : l’instrument est zuhanden avant d’être vorhanden (présent) puisqu’il est zuhanden en bon état et vorhanden seulement quand inutilisable, auquel cas son objectalité s’impose alors à nous (§16). Si l’on réduit ces termes allemands à leur étymologie, l’ordre logique n’apparaît certes plus évident : « à main » (zu-handen) et « devant la main » (vor-handen), c’est grosso modo la même chose. Il n’en reste pas moins que le modèle de toute chose est ici l’instrument, on a donc affaire à de la « raison instrumentale », et ce parce que l’être-dans-le-monde (in-der-Welt-sein) est, selon Heidegger, Besorgen.

La phénoménologie est une régression par rapport à la réduction cartésienne, cette régression, ce retour en arrière est son principe même : alors que Descartes a conduit la réduction jusqu’au bout, a tout réduit à sa plus simple expression, on veut croire qu’il existe des sortes de « particules élémentaires » le long de ce parcours et l’on veut s’y tenir ; aller plus loin, c’est manquer quelque chose : manquer 1) la Zuhandenheit avant la destination cartésienne dans la Ding, manquer 2) le In-der-Welt-sein qui ne se décompose pas dans ses parties constituantes (§12), etc.

Quand tel explorateur perd sa boussole dans une forêt et que la trouve un chasseur-cueilleur, Descartes a raison : cet instrument dans la main du chasseur-cueilleur a perdu son instrumentalité de boussole sans avoir rien perdu de son objectalité. Son être n’est donc pas dans une quelconque instrumentalité avant d’être dans son objectalité. Et quand le chasseur-cueilleur se sert de la boussole pour casser des noix par exemple, et lui donne donc une instrumentalité conforme à son Lebenswelt de chasseur-cueilleur, ces différentes instrumentalités dépendent de la même objectalité. – On est gêné de recourir à de tels arguments qui relèvent du pur et simple bon sens, lequel n’a pu échapper à Heidegger malgré l’ardeur qui animait sa quête d’une refondation de la philosophie. À ce stade, nous voyons dans cette conception heideggérienne une tentative néo-aristotélicienne de surmonter l’opposition entre idée et chose (Platon) ou entre nature visible et sphère de l’être (Parménide) : l’instrument, l’ustensile est chose et idée à la fois. Si on peut le faire passer pour premier dans l’analytique de l’être, on surmonte le dualisme, on n’est plus dans le cogito supposé aveugle au sum. 

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,,Das theoretische Verhalten ist unumsichtiges Nur-hinsehen. Das Hinsehen ist, weil unumsichtig, nicht regellos, seinen Kanon bildet es sich in der Methode.” (Heidegger, Sein und Zeit, §15)

La phénoménologie, passablement encombrée de méthodologie, reste du fait de cet encombrement une théorisation, une construction aussi arbitraire que toutes les constructions savantes qu’elle critique, faute de laisser à la disposition (Anlage), au génie, le soin d’éclairer librement la pensée. La philosophie universitaire n’entend pas faire appel à ce qui est pour elle un facteur explicatif exogène, le génie. Elle ne veut pas non plus s’engager dans la moindre caractérologie, comme celle de Julius Bahnsen, par exemple, pour qui il existe, dans un monde tragique, néanmoins une disposition particulière au tragique, à défaut de laquelle la connaissance du tragique ne peut être pour l’individu qu’extérieure, adoptée, non vécue. Philosopher, pour cette philosophie universitaire, c’est simplement appliquer une méthode préétablie. Mais la philosophie n’est pas une histoire, c’est un dialogue, le dialogue des esprits philosophiques ; sa seule méthode est dialectique, c’est-à-dire non préétablie une fois pour toutes.

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Ce qu’un pape infaillible fait, un autre pape infaillible peut le défaire.

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Si Zénon voyait comment Cantor a résolu son paradoxe, il se retournerait de rire dans sa tombe.

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La fortune privée est un danger pour les libertés civiles : c’est en une phrase toute la sagesse politique de l’Antiquité. Et j’ajoute : c’est toute la sagesse.

Le marxisme est en rupture avec l’opprobre antique contre la fortune privée, opprobre qui s’est perpétué dans le christianisme médiéval. Pour le marxisme, la fortune privée est bonne, la grande bourgeoisie est une classe révolutionnaire, un vénérable modèle pour le prolétariat : les affirmations de Marx visant à dissiper à ce sujet tout malentendu, et souvent insultantes pour les socialistes moins prévenus que lui en faveur de la fortune privée, pullulent dans ses pages. C’est pourquoi nous n’avons jamais été marxiste. Si quelqu’un n’a rien compris au capitalisme, c’est bien Marx. Sa grande bourgeoisie industrielle et financière n’est autre que la fortune privée de la pensée antique, qui ne peut, ni consciemment ni inconsciemment, conduire aucun mouvement historique puisque sa seule action possible est de débiliter les libertés dans le corps social. Et comme le disait Hegel, qui marche très bien sur ses pieds tout seul, c’est un peu dénigrer le sans-culottisme que d’imputer à la seule convoitise son programme de redistribution. Une bonne redistribution de temps en temps est un parfait programme révolutionnaire.

C’est un fait établi par les économistes que la raison d’être de la croissance économique n’est nullement la satisfaction des besoins, puisque cette satisfaction conduirait au contraire à l’état stationnaire, mais bien plutôt la création artificielle des besoins. Même en admettant que cette création ne soit pas complètement artificielle mais au contraire fondée sur les réalités psychologiques de l’émulation, on peut concevoir que ces besoins « statutaires » soient contraints par la loi de se satisfaire en dehors des mécanismes de croissance économique. Un intérêt majeur de la décroissance ou de la non-croissance est de contrecarrer les mécanismes liberticides de la fortune privée.

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Le progrès du droit peut se concevoir quand le droit est conçu comme de la morale appliquée, car la morale est un savoir non empirique, complet, absolu, nullement un processus infini comme la science, et l’on peut concevoir progresser vers l’absolu mais non point à l’infini. Cependant, un tel progrès n’est pas possible dans l’État car l’État est la négation de la morale. (Pas d’État sans raison d’État, et plus les intérêts de l’État s’étendent avec son activité, plus la raison d’État trouve à s’employer.)

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Kierkegaard : le christianisme n’est pas pour les enfants.

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Le sommet de la bêtise est la science de la bêtise.

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Le subjectivisme est impossible car la subjectivité transcendantale est universelle. La subjectivité concrète du moi pensant est toujours relativisée par l’universalité transcendantale de sa forme, de sorte que cette subjectivité ne peut être conçue comme le fondement d’un relativisme absolu. Ce relativisme relativisé comporte la possibilité d’expérience de l’erreur subjective et non la possibilité théorique du subjectivisme total.

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La synthèse empirique continue signifie que même dans un monde fini les choses à savoir sont en nombre infini. Car la synthèse ne s’étend pas seulement sur les choses, elle étend aussi les qualités des choses. La connaissance d’une seule et même chose est elle-même infinie.

Je parle par exemple de ces qualités qui se mesurent avec des appareils dont la précision est plus ou moins grande et s’affine à l’infini. Comme l’a fait remarquer Pierre Duhem, une théorie physique est vraie quand on sait mesurer les choses avec tel degré de précision et fausse au-delà. Il faudrait inventer pour les matérialistes le concept d’asymptote stationnaire : plus la précision de nos mesures progresse et plus nos constructions théoriques doivent s’écrouler comme des châteaux de sable.

Que cette affirmation de Duhem soit, selon les explications mêmes de ce dernier, vraie seulement pour une portion du domaine de la mesure, et le fait qu’une théorie se maintiendra donc toujours dans l’autre portion, où la plus grande précision des mesures n’a pas d’influence sur l’adéquation de la théorie aux faits, ne sont pas une objection car ces explications de Duhem sont insuffisamment développées. Quand la précision de la mesure s’accroît, il est certain que cela n’altère pas l’adéquation de la théorie aux faits sur l’ensemble du domaine mesuré, mais les nouvelles constructions théoriques requises pour établir l’adéquation aux faits dans le domaine où la précision a mis au jour des écarts peuvent ne pas être compatibles avec les constructions théoriques existantes, et la précision entraîne le plus souvent la suppression de l’unité théorique explicative, ce qui est encore une façon de voir un château de sable s’écrouler.

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Quand on représente graphiquement une fonction asymptotique approchant d’une certaine valeur « à l’infini », on porte le trait tout près de cette valeur, et cette représentation dans l’intuition comporte avec elle un sentiment d’aboutissement car je crois voir les deux lignes se toucher, je l’imagine, contre la fonction elle-même. Mon imagination closes the gap. Telle est ici mon intuition. Mais si cette fonction est l’activité d’un homme et la valeur en question le but de cette activité, cette représentation, c’est formellement lui dire : « Tu n’y arriveras jamais. » Tel est le progrès. Notre imagination le voit comme un accomplissement alors que la raison sait qu’il n’en est rien, comme quand je vois, dans l’illusion de Müller-Lyer, inégaux les deux segments en sachant pourtant qu’ils sont égaux. (Dire cela, ce n’est pas s’opposer à une politique nationale du progrès car nous savons aussi que cette illusion joue un rôle vital dans l’économie de la lutte internationale pour le pouvoir.)

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– Ce monde, tu l’aimes ou tu le quittes. – Je n’ai aucun devoir envers le monde qui soit supérieur à la loi morale en moi.

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Si l’art progressait, le monde s’absorberait de plus en plus dans la contemplation de la beauté, deviendrait de moins en moins affairé. N’est-il pas évident que l’art ne fait que dégénérer ?

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J’imagine des extraterrestres nous visitant depuis une lointaine planète. Leur civilisation est tellement plus avancée que la nôtre qu’ils ont atteint des sommets de l’art insoupçonnés de nous. Ils arrivent dans le ciel et diffusent depuis leurs vaisseaux géants une musique si sublime que le monde est forcé de s’arrêter pour l’écouter. Le monde s’arrête ! Nous ne voulons plus rien faire d’autre qu’écouter cette musique supérieurement belle, qui nous charme au-delà de toute résistance possible. Nous nous laisserions mourir de faim s’ils continuaient indéfiniment. Quand la musique prend fin, notre vie sur terre n’a plus aucun sens. Le monde est à genoux devant la beauté.

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Un certain sens commun sur le génie artistique ou littéraire en fait l’antithèse du sage ou du philosophe. Cioran en a tiré des vues profondes ; à notre tour d’essayer. Le génie est l’antithèse du sage car son art le consume et le rend impropre à la phronésis, à la prudence capable de conduire la barque de la vie dans le juste milieu. Le génie artistique est un sacrifice de la vie humaine à la beauté. Le sage devient toujours plus sage, le génie toujours moins propre à la vie, et son chef-d’œuvre met fin à son sacrifice en le consommant. Le génie ayant son chef-d’œuvre derrière lui est mort vivant, s’il continue de vivre. C’est pourquoi il est encore plus sublime de n’avoir réalisé qu’une seule œuvre dans la vie, quand c’est un chef-d’œuvre, car le sacrifice a dans ce cas été conduit avec la plus héroïque détermination, les dieux ont élu leur favori en lui donnant sans attendre l’inspiration la plus violente, le feu sacré qui devait l’engloutir aussitôt. Le monde ne s’est toujours pas remis de Patrick Hernandez.

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Le bureau des luttes.

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Jeune guerrier casqué, ou Arès, statue exposée à la Canope de la villa Adriana, près de Tivoli (Source wkpd)

Cours de philosophie 2

Après une introduction assez substantielle (Cours de philo), un cours de mise en jambe avant du plus lourd.

Ce cours, tiré de mon activité de blogueur, est composé de quelques réactions qui furent les miennes à la lecture de textes philosophiques de deux autres blogueurs.

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Tout d’abord, une réponse à un blog qui n’a pas daigné ou osé publier cette réponse et dont j’oublie le nom, réponse à une présentation de la pensée du philosophe Hans Vaihinger (1852-1933).

Je ne suis pas certain – et cela rend d’autant plus intriguant pour moi le fait que ses sources soient « principalement Kant et Schopenhauer » – que l’espèce d’utilité cognitive que dessine Vaihinger ait vraiment un sens. De prime abord, je crois retrouver des échos du « tout est bon » qui caractérise l’anarchisme épistémologique de Feyerabend (c’est-à-dire que c’est la pensée de Feyerabend qui en serait l’écho, car plus tardive, bien que Feyerabend ne me paraisse pas citer Vaihinger dans son Contre la méthode).

Kant, de son côté, souligne certes l’utilité des sciences positives (empiriques), ce qui a néanmoins chez lui deux sens qu’il convient de distinguer.

Le premier, le plus connu, est que ce terme d’utilité vise à souligner a contrario les fruits d’une critique de la métaphysique dévoyée – toute la métaphysique traditionnelle –, en indiquant l’intérêt d’un usage empirique de la raison dans les sciences positives, à savoir que cet usage est utile.

Le second sens est que la science empirique est utile même si en soi la connaissance empirique est à jamais incomplète dans la synthèse continue des connaissances relatives à la nature. (À cet égard, l’expression de « connaissances cumulatives » est une feuille de vigne, une pudeur de l’entendement, car la réalité est simplement qu’il n’y a rien d’apodictique et donc rien d’autre qu’une roue de hamster intellective dans ce domaine de la pensée.) Kant ne valorise donc pas cet utile, et la remarque de Carnap selon laquelle Kant, penseur des sciences, n’a pas cherché grand-chose dans les sciences et la méthode scientifique elles-mêmes (à part une théorie des nébuleuses dont les savants lui font encore crédit), est très pertinente, plus même que Carnap ne s’en doutait. L’utile, en dehors de domaines particuliers considérés, ne peut être défini que par le biologique et est donc en philosophie une notion complètement bogus. La science n’est même pas utile : les primitifs se reproduisent tout autant et même plus, donc leur état est caractérisé par une plus grande utilité que l’état civilisé. – Et la rhétorique kantienne de l’utilité de la science est palpablement un artifice, une ficelle dans le projet de Kant d’éloigner les esprits de l’étude de la métaphysique traditionnelle.

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Les autres textes qui suivent, en anglais, sont tirés d’échanges avec la blogueuse maylynno (Lien vers son blog), professeur de philosophie et poétesse libanaise (qui blogue en anglais). Les citations sans indications d’auteur sont de maylynno.

Perhaps it’s secondary to the content, the length and the style in philosophical writings is still a dilemma. What are the reasons behind this issue and is there a mold to respect?

From Alain’s extremely short and concise Propos to Kant’s ponderous yet not verbose in the least bit Critique of Pure Reason, all formats may indeed do in philosophy.

Yet there’s a domain where long-windedness seems to be the rule, and a detrimental (but inevitable?) one:

‘’Dijksterhuis and van Knippenberg (2000) demonstrated behavioral effects of activation of the stereotype of politicians. In pilot testing, they had established that politicians are associated with longwindedness. People generally think that politicians talk a lot without saying much. In an experiment, Dijksterhuis and van Knippenberg activated the stereotype of politicians with the use of a scrambled sentence procedure for half of their participants. Subsequently, participants were asked to write an essay in which they argued against the French nuclear testing program in the Pacific (this experiment was carried out in 1996). As expected, participants primed with politician-related stimuli wrote essays that were considerably longer than did control participants.’’ (Dijksterhuis, Chartrand & Aarts, in Social Psychology and the Unconscious, 2007, John A. Bargh ed.)

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Whether global warming needs urgent and immediate actions, it is high time we let go of the past in order to face the future. What past are we talking about? Traditions and religions.

Let’s call tradition your ‘’traditions and religions.’’ Your programmatic call has already been taken up: By science – the very hard science that is burning our planet Earth to ashes. Science has assumed a dogmatic guise wholly uncongenial to its very essence; scientism is in truth the hopeless and embittered realization that the relativity of empirical knowledge (in the continuous synthesis of empirism) cannot fulfill the metaphysical functions of tradition.

In Heideggerian terms, science is not even so much relativism as outright nihilism. In that view, tradition would have to be re-understood, which means two things. First, tradition must be re-understood over the nihilism of hard science that has colonized modern Man. Second, to re-understand tradition means to understand its dialectics, which is to say that the actual tradition of our traditional past and present is not tradition yet.

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One might consider that thoughts or “a thought” is not a philosophical object to begin with, but a sociological one, what German psychologist Karl Marbe called a ,,Fremdeinstellung,’’ or borrowed attitude/disposition (ingrained, customary or transitive, through suggestion, priming, education, hypnosis and what not): More often than not a thought we call ours (‘’My thought is…’’) is a replicate of a thought from amidst the group we live in. These are thoughts in the sociological sense; philosophy being, in this context, meta-cognition, the way one deals with one’s sociological thoughts – which dealing, as Heidegger stressed, is bound to remain impractical in every sense of the word.

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That there be any individual benefits in reading philosophy is a moot point, and my conclusion is that this is why it should be made compulsory reading at one stage or other of one’s schooling.

The most obvious answer to the question about what the benefits of reading philosophy are, is, following Heidegger, that there are none for the individual: He or she will be no worse a cog in the machine if he or she completely lacks philosophical culture (or even, plain and simple, culture, as philosophy is part of culture). Yet when one gets acquainted with culture and philosophy, one needs it as one needs oxygen. There are no benefits but only one more need, and this is the need to be a human in the full sense of the word. Were it not compulsory during one’s education to read philosophy and work on these readings, in most cases one would not wish to get acquainted with it, precisely because the benefits of it are immaterial on the monetary market that we tend to see as “our future” in this life. Even when compulsory at some point, philosophy is discarded by many when the subject is no longer required for grades (and for getting in the marketplace). One underlying reason may be that, as the Hungarian economist Tibor Scitovsky once put it, “Culture is the occupation of the leisure class.” Where one’s vocation is to be a cog in the machine, philosophy has no place.

That the activity of thinking should make some people roll their eyes is no surprise, as it comes as no surprise either that sometimes feathers fly when a wealthy bank manager hears his son telling him he wants a degree in philosophy or in other “humanities.”

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‘‘I think philosophy should be marketed in order to be read/learned. Philosophers never really market themselves because they are above this and I agree with them. However the world today functions with marketing. While some silly stuff are followed by millions, I don’t see why we should not market philosophy and make it (look) accessible.’’

It happens already – philosophy is marketed – and I’ll tell you how this is done. There is that wealthy banker or industrialist; his son had his own way and studied philosophy instead of the business of trading bonds and securities. This son of his, not too brilliant as a matter of fact, has got his degree in philosophy anyway. What is he going to do now? His daddy picks up the phone, calls the manager of the weekly newspaper that his bank or holding owns, and tells him or her: “I want a column for my son in your paper.” Aussitôt dit, aussitôt fait! A new “influencer” is born, an abortive mind of rabidly conservative tendencies.

People who ask what the point of studying philosophy is, deserve no reply, or the reply of one’s shoulders shrugging. Among the very few things I find good in my country is that philosophy is (well, not sure that I shouldn’t have to say ‘’was’’ in fact, this is something I must check) compulsory for all students at least a couple of years till the baccalauréat.

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Xennials

Thank you for introducing this new object, Xennials, to my noetic sphere.

Albeit I am no buyer generally speaking of such overgeneralizations, I tend to see a statement like “Xennials are described as having had an analog childhood and a digital adulthood” as relevant, being under deep influences from the side of Marshall and Eric McLuhan (media ecology). Yet, although I understand that a characteristic such as multitasking skills may be logically inferred from statements about technological environments, I fail to see the link with “ambition,” or the alleged “unbridled optimism” of Millenials, an optimism I do not observe (especially since dispositions acquired during childhood are always subject to adjustments to current situations and in many countries such dispositions are bound to be blasted by events such as skyrocketing levels of poverty).

As to the present technological environment, my own view is that today’s kids are growing up along a virtual reality at the stage of the ”uncanny valley” (Masahiro Mori), that is, too realistic to be taken as the pixelated fairy tale it used to be when I was a kid (bordering with Xennials on the older side) and yet not realistic enough to be interchangeable with non-virtual reality. This uncaniness of computer-generated imagery (CGI), Actroids, etc, may be warping their tender minds, perhaps creating in the long run a deep-seated hatred toward all things virtual, and a willingness, so to speak from the cradle, to develop Blade-Runner tests for the ultimate sparks of uncaniness in the insurpassable Androids of the future, while, on the other hand, all animal life will have disappeared in repeated megafires, animal life in the mirror of which human minds find a neverending spring of emotional upheavals. When nature won’t be surrounding us anymore but we will be surrounding nature, owning it like a fish tank in a living room furniture, we will have lost, as Kant would say, our sense of the sublime, all generations alike from that time on to the end of times. Paradoxically, when there is no nature (natura naturata) any longer but a ‘’fish tank’’ zoo, Man is bound to lose all sight of his supernatural vocation.

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Aesthetics 1

Colors are the antidote to a modern world of greyness. This especially has been, after years of classicism militancy in the fine arts, what led me to modify my appreciation of contemporary art, namely its colourness as antidote (as well as its abstractness as antidote to perceptual overload).

As often, though, Kant’s philosophy serves as a mitigating factor here again, as he describes the value of fine arts as being in the drawing, colours being the lure (inferior). Quoth:

“En peinture, dans la sculpture, et d’une façon générale dans tous les arts plastiques … c’est le dessin qui est l’essentiel : en lui, ce n’est pas ce qui fait plaisir dans la sensation, mais seulement ce qui plaît par sa forme, qui est au principe de tout ce qui s’adresse au goût. Les couleurs, qui éclairent le dessin, font partie des attraits : elles peuvent certes rendre l’objet lui-même plus vivant pour la sensation, mais non pas beau et digne d’être contemplé.” (Critique de la faculté de juger)

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Aesthetics 2

I used to worship Beauty. I was young.

Now whenever she shows up I am hurt.

Beauty makes me feel sad for the life I’m living.

Beauty, what have I done to you that I can’t look at you in the eyes?

It is a betrayal of Beauty when one feels called to it and yet withholds the offering, as with time passing by one looks ever more deeply into the inescapable. Sometimes, then, when a grown-up man hears a song, a simple song from a simple heart, he is deeply shaken, as he remembers the days when a song was all he needed and yet he turned his back on the song, letting the song pass by that was the meaning of his life. What’s worth the song, he asks to himself. He looks around and comes to the conclusion: None of this. Beauty blinds him again. Always.

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All in all, I don’t think this Covid-19 pandemic will change anything in depth, that is, we will not stand corrected. We’ll find a vax and then conclude that quarantines aren’t needed anymore, even though vaccination campaigns won’t prevent relatively high rates of yearly deaths in case the coronavirus becomes recurrent like the flu. The flu is killing between 300.000 and 650.000 people every year (10.000 in a country like France where the vax is available for free); did governements impose quarantines each year, the death toll of the flu would be far less (say 200 in France), but the economy would stand still. So the choice is made (although no one were asked their opinion about it) to sacrifice human lives each year so the economy can go on. We’ll simply add the death toll of Covid-19 to the figure (in case it too becomes periodic) and will have business as usual.

People who will have experienced hunger and participated in food riots, like in Lebanon and South Italy, and in lootings in the US, certainly are not likely to forget these days soon. But – perhaps because, as some social scientists would argue, I have an alienated personality – I don’t think the future will be shaped by the people themselves, unless a revolution occurs, as business interests are always in the mood of keeping things as they are. Of course even business interests will have to make some adjustments, for instance in the way they brace for such so-called black swan events like Covid-19 in the future (black swan event theory is a brainchild of Lebanese-American economist Nassim Taleb), or in the short run to the hyperinflation that some see coming, and if things go awry, then it means collapse, and then again, revolution.

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1 Philosophy and Psychology
2 ,,Universätsphilosophie’’ and Philosophy

1/ The main difference between philosophy and psychology is that psychology being a positive science it is empirical throughout, whereas there is no such thing as a philosophy empirical throughout.

2/ “Philosophy is the study of the fundamental nature of knowledge, reality, and existence, especially when considered as an academic discipline.

True as far as the first part of the sentence is concerned, extremely dubious as to the rest.

As a matter of fact, the expression ,,Universitätsphilosophie’’ (university philosophy) reminds us that there is no congenial bond between the two. True enough, as early as the Antiquity philosophers taught at so-called Schools: Plato’s Academia, Aristotle’s Lyceum, the Stoics’ Portico… Yet at the same time, since Socrates they criticized the Sophists’ practice of having their teachings financially compensated. Which, I assume, means that a philosopher in, say, the Academia would not be paid. University professors being paid, they are the Sophists of our days. And the other distinction made by Schopenhauer, which overlaps the former, between those who live for philosophy and those who live of philosophy, stands. As was to be expected from these facts, Schopenhauer is hardly considered a philosopher by university “philosophers.” – All this bears no relation to anyone’s own personal situation, and I believe my readers are above taking my views as being personal regarding their situation. Kant was a professor too. (Schopenhauer explains that Kant could be a professor and a philosopher at the same time due to the ruling of an enlightened monarch in Prussia; and by this he was not meaning that in a democracy, then, university teachings would be free by mere virtue of a democratic Constitution.)

1 – I  may agree that psychology is not quite on par with physics, but this is only on a superficial level, given, at the core, the incompleteness of all empirical knowledge, its incrementality. As empirical sciences, both physics and psychology suffer from the same defect of being incremental knowledge providing at best an ,,analogon” of certainty.

Predictions based on exact sciences are in fact much more limited than usually acknowledged. True, when you start your car, you know it will go at your command, and this is due to scientific predictions upon which the apparatus is built up. Yet this is all we can do with exact science: to make technique out of it, that is, to harness forces in a predictable way — until the prediction is contradicted (by black swan events). It happens from time to time that a powder magazine explodes for no apparent reason, because of the particles’ Brownian movement which cannot be detected at the present stage of our technique; so these explosions are unpredictable, yet we are closing our eyes on the danger on which we stand. In the future we will find a way to predict these movements, but then still other events will escape our knowledge, ad infinitum, so progress amounts to nothing, it is only a change in conditions, not a progress in the true sense of the word, and that is true of the whole empirical field.

In this context, psychology is no different, and only ethical considerations have (allegedly) prevented us so far from designing apparata to predict and control human behavior based on the empirical knowledge of our psyche. Such apparata would, I believe, work as satisfactorily as a car does (only, we would have to deal with casualties there too, as we are dealing with road traffic casualties).

2 – When universities and schools are not free from all influences, philosophy professors are sophists because not only do they hold a remunerated tenure but also they make believe philosophy is what the government, the authorities, the “Prince,” or any other interest-holding influencer, says it is.

If we look at the history of relationships between university and philosophy beyond the controversy involving Greek philosophers and sophists, we see that universities were created in the middle ages and that the philosophy taught in these institutions then was scholasticism, as the ‘‘ancilla’’ (maid-servant) of theology. Modern philosophy developed against Scholastics (Hobbes et al) and from outside the university. As far as modern philosophy is concerned, the connexion with university is therefore not foundational, but a late evolution, the turning point of which is Hegelianism. Yet the relationship remains shaky at best. To take only a couple of examples, Nietzsche left university at an early stage in his professoral life as an uncongenial environment, and Sartre, although his curriculum was the via regia to holding a tenure, chose quite another path (namely, a literary career and journalism), leaving no doubt, in a couple of his novels, as to the paramount existential importance of this choice. Conversely, Heidegger made a brave attempt at justifying the position of tenured professor for a philosopher, namely, that “To teach is the best way to learn.” And I already talked about Kant. Kant and, in a lesser measure, Heidegger are the reason why I see the two distinctions, that is, between ,,Universitätsphilosophie’’ and philosophy, and between those who live of philosophy and those who live for philosophy, as overlapping greatly but not quite perfectly.

Thank you for your attention.