Category: poésie

Anaïs et Marie-Madeleine

Il convient d’établir une distinction entre science et technique. Cette dernière n’a jamais été empêchée par une vision traditionnelle, religieuse du monde : que l’on en juge par les pyramides d’Égypte, les édifices de Cuzco, l’aqueduc romain de Ségovie… En termes de technique, l’esprit des Lumières, ou plus généralement l’esprit positiviste, ne représente donc pas une rupture fondamentale, dans la mesure où les capacités techniques n’étaient pas entravées auparavant et ne l’ont peut-être jamais été. La Chine qui se ferme au monde pour, semble-t-il, vivre éternellement selon ses dogmes traditionnels, est celle qui construit une « grande muraille » à cette fin. En réalité, la rupture tient bien plutôt à l’apparition d’un positivisme scientifique qui, s’il ne s’accompagne pas en toutes circonstances de la plus grande liberté d’opinion et d’expression, est la substitution d’un dogmatisme à un autre (par exemple, en plein vingtième siècle, l’« interprétation de Copenhague », tissu d’interprétations arbitraires de résultats expérimentaux [voyez ici : Copenhagen interpretation]).

Alors qu’une certaine forme de pensée mystique subsiste chez Leibniz et Newton, l’apport de ces derniers, en termes d’avancée de la pensée scientifique, est bien supérieur à nombre de leurs successeurs chez qui cette pensée mystique a disparu.

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Lorsque Jünger défend l’astrologie tout en affirmant qu’elle ne peut être jugée du point de vue rationnel, il ne convainc personne. L’astrologie ne se donne pas à connaître comme un jeu, elle cherche à défendre sa pratique rationnellement.

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À Zénon qui affirmait que le mouvement n’existe pas, Diogène le Cynique « répondit » en allant et venant. Comme si Zénon ne s’était pas aperçu qu’il pouvait aller et venir lui aussi. Si une démonstration apparemment juste peut nier le mouvement en dépit de l’expérience sensible, cette dernière n’est pas invitée à servir de contre-argument.

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Paul Bourget est contre la circonstance atténuante de la passion dans le crime passionnel au motif que l’indulgence favorise le crime. Le droit lui a entre-temps donné raison et favorise à présent le cocufiage.

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Les visées œcuméniques admettent tacitement, même malgré elles, que les rites propres à chaque Église n’ont aucune valeur surnaturelle, qu’un fidèle s’y soumet par conformisme, et consacrent ainsi la supériorité d’une doctrine purement pratique comme le zwinglianisme, où la messe est une simple commémoration sans valeur surnaturelle.

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L’eucharistie : « Celui qui mange mon corps et boit mon sang a la vie éternelle. » Alors que le Christ dit lui-même ailleurs qu’il s’exprime par paraboles, et pourquoi il le fait, et alors que les théologiens recourent à l’interprétation symbolique des Écritures, de l’ancien comme du nouveau testament, il est permis de demander pourquoi la parole citée ici a reçu un sens aussi littéral dans le rite catholique.

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Il y a dans le Journal d’Anaïs Nin la pensée qu’elle n’avait jamais rendu son mari aussi heureux que depuis qu’elle avait un amant. Quel mari ne voudrait pas être malheureux plutôt qu’heureux dans ces conditions ?

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Une passion ne se satisfait jamais qu’au détriment d’un scrupule, dans certaines âmes consciencieuses. Y renoncer, c’est la sacrifier à un scrupule, mais jamais elle ne s’estime à si bas prix et rien ne la paye assez de son sacrifice.

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Il est plus difficile à celui qui a de la culture qu’à celui qui n’en a pas de montrer qu’il possède un vernis de culture comme demandé dans les épreuves de culture générale.

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Arriver par les femmes, loin d’être un motif de honte, c’est un double motif de fierté pour le Français : être arrivé et par les femmes.

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Sautez toujours la préface. Dans une édition de La Princesse de Clèves, le préfacier écrit : « Elle [Mme de La Fayette] évite de nous montrer le ventre de Henri VIII ‘chargé de graisse’ que l’annaliste anglais etc. », puis on lit dans le texte de Marie-Madeleine de La Fayette, en p.72 de la même édition : « Henri VIII mourut, étant devenu d’une grosseur prodigieuse. » Si ce n’est pas montrer le ventre d’Henri VIII, qu’est-ce que c’est ?

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Nietzsche a écrit « Dieu est mort » mais aussi « l’art est mort » : à l’ère de l’écroulement des certitudes, les représentations idéales, idéalisées de l’art sont périmées. La science a déclassé un art plus beau que le réel, les esprits s’émancipent également de cette mystification-là. Pourtant, l’art n’a pas disparu ; ce qui porte aujourd’hui ce nom semble être en grande partie une activité spécialisée dans la production d’œuvres plus laides que le réel (expressionnisme…). Est-ce encore une forme de mystification consolatrice, une manière de rendre le réel tolérable par comparaison ?

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Une certaine spécialisation des facultés semble inhérente à la nature humaine. Même aux esprits les plus doués et les plus éclectiques il est difficile de s’intéresser en même temps à des œuvres d’imagination et à des travaux analytiques (de sciences exactes). Une sorte de baromètre intérieur leur signale le dommage, à tout le moins provisoire, que le passage d’un type d’intérêt ou d’activité à un autre fait subir à la disposition cultivée dans la pratique de l’une ou l’autre. Tandis qu’il s’adonne à tel domaine, l’esprit adopte un certain type de personnalité conforme à ce domaine et excluant provisoirement l’intérêt pour tout autre domaine. Ces autres domaines appellent chacun à leur manière un type de personnalité différent. Une éducation trop large risque donc de favoriser les intelligences moyennes, l’esprit doué qui entend donner sa pleine mesure étant conduit à se chercher un domaine de spécialisation. Il conviendrait donc peut-être de commencer par la spécialisation et d’élargir ensuite, avec l’âge, le champ des études, à rebours de ce qui se pratique. Le postulat implicite de l’éducation actuelle est que les esprits ne sont doués que pour un certain type de savoir et qu’il convient de déterminer lequel en présentant à l’élève différents domaines du savoir parmi lesquels sa tendance interne se prononcera. Ce passage programmé du généralisme à la spécialisation demande à l’esprit d’être généraliste d’emblée ou de rester médiocre (excellent dans un domaine et médiocre dans les autres : la moyenne est médiocre). On peut craindre que l’esprit doué soit ainsi voué à la médiocrité dans un système qui va du généralisme à la spécialisation plutôt que de la spécialisation au généralisme.

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Apprendre des choses, cela peut aussi revenir à tuer le poète en soi.

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Ce qui m’a longtemps retenu de m’intéresser à un parti portant le nom de Labour, c’est justement son nom, à cause de ce que cela représente de contraire à mes tendances profondes.

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J’avais des rêves de grandeur et voilà que je lis Zazie dans le métro

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Sottisier poétique
(Avec tout le respect dû aux maîtres)

La mer gronde et se gonfle, et la bave des eaux
Bien au-dessus des monts va noyer les oiseaux (Leconte de Lisle, Poèmes barbares)

Le mot bave ne s’emploie plus au sens de « par métaph. ou compar. liquide écumeux » (Grand Robert).

Don Rui tire sa lame
Et lui fend la cervelle en deux jusques à l’âme (ibid.)

On entendait mugir le semoun meurtrier,
Et sur les cailloux blancs les écailles crier
Sous le ventre des crocodiles (Victor Hugo, Les Orientales)

Il semblerait que ce vent violent qu’est le simoun doive rendre difficile d’entendre le ventre des crocodiles glisser sur les cailloux, à moins que les crocodiles ne soient des espèces de colosses blindés.

L’héraldique lion qui fait rugir d’effroi
Les lionnes vivantes (ibid.)

Ne songe plus qu’aux vrais platanes (ibid.)

Où sont les faux, dans le poème ?

Ces cheveux
qui pleurent épars autour de ton beau front,
Comme les feuilles sur le saule (ibid.)

Est-ce parce qu’on parle de saule pleureur que le poète dit que les feuilles du saule pleurent ?

Grenade, la bien nommée,
Lorsque la guerre enflammée
Déroule ses pavillons,
Cent fois plus terrible éclate
Que la grenade écarlate
Sur le front des bataillons (ibid.)

Bien nommée parce qu’elle éclate comme une grenade explosive !

Ton sabre
Toujours dans la bataille on le voit resplendir,
Sans trouver turban qui le rompe (ibid.)

Le turban peut en effet casser un sabre, s’il est employé pour désigner par métonymie la tête, mais c’est bien le seul cas possible.

Berceau que la tombe a fait creux ! (Théophile Gautier, Émaux et Camées)

Quelle chute ! Le berceau que vide la mort de l’enfant est fait creux par la tombe…

Mille soldats partout, bandits aux yeux ardents (Victor Hugo, Les Burgraves)

La raison pour laquelle ce vers figure ici tient à la sonorité du second hémistiche, si l’on respecte, comme en principe on le devrait, les liaisons : « Bandits zaux zyeux zardents »…

Rome à ce grand dessein ouvrira tous ses bras (Corneille, Sertorius)

Rome comparée à la déesse indienne Kali…

Me croit-il en état de croire son arrêt ? (Corneille, Tite et Bérénice)

Faut croire.

Ses cheveux, par l’angoisse aplatis sur sa tête (Lamartine, Jocelyn)

Je crois me rappeler que Laurel et Hardy se sont inspirés de ce vers dans certains de leurs sketchs. Mais peut-être qu’ils avaient lu « dressés sur sa tête ». – Ou bien s’inspiraient-ils plutôt de cet autre vers de Lamartine :

Le vol de sa pensée agitait ses cheveux (Lamartine, Harmonies poétiques et religieuses)

Pégase te soufflait des vers de sa narine (Hugo, Les Contemplations)

Les morts, ne marchant plus, dressent leurs pieds funèbres (ibid.)

Cédar la regarda les bras croisés de joie (Lamartine, La chute d’un ange)

Comme on lance une roche aux gouffres effrayés (ibid.)

Et qu’on ne peut, à l’heure où les sens sont en feu,
Étreindre la beauté sans croire embrasser Dieu ! (Hugo, La Légende des siècles)

Vu que l’étreinte dont il est ici question, compte tenu du contexte, est celle de la copulation, « embrasser Dieu » dans une telle étreinte, c’est forniquer Dieu…

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Aragon m’a toujours fait l’effet d’être le plus mauvais des surréalistes : celui qui n’ose pas se droguer comme les copains. C’était peut-être aussi le plus mauvais des communistes.

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Louis Belmontet est un poète qui a écrit des Poésies guerrières sous le Second Empire et fut pour cette raison député. C’était avant la déculottée de l’armée française au Mexique et bien sûr avant Sedan.

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La notation numérique de l’école et de l’université françaises (de 0 à 20) est plus individualisante et par conséquent plus hiérarchisante que la notation littérale nord-américaine (A, B, C…).

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Nos ancêtres les Sarrazins

Provence et Midi de la France (voyez La chèvre d’or de Paul Arène), Vendée (La fosse aux lions d’Émile Baumann), Savoie (Le cœur et le sang d’Henri Bordeaux), Normandie (Devant la douleur de Léon Daudet), Dauphiné (Le bois du templier pendu d’Henri Béraud)…

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Gongorismes bien français

D’habitude les plus matineux sont les pigeons de Jaume ; l’aube aux mains molles jongle avec eux. (Giono, Colline)

(Le chien le suit) et Gondran écoute joyeusement le grignotis des petites pattes onglées, derrière lui. (ibid.)

La note filée d’un clairon blesse, d’une vague déchirante, le lac tumultueux de sa mémoire. (Antoine Blondin, Les enfants du Bon Dieu, 1952)

La cité de leurs fronts ombrageait la fontaine
De leurs yeux (Léon Deubel, Poèmes)

Mais les plus forts restent quand même les Hispaniques. Quelques gongorismes mexicains :

Carballo eyacula una sonrisa espesa como la esperma, como esperma mezclada de lodo. (Rubén Salazar Mallén, ¡Viva México!, 1968)

Con veloces navajas las estrellas cortan la piel de los abrevaderos. Sangra el agua. Sangra trémulos destellos (ibid.)

La mañana está echada como un perro azul en las azoteas y ladra luz. (ibid.)

Por las puertas de sus manos entra un ademán consternado. (ibid.)

Et puis :

Que ya el nocturno huevo, roto en un arrebol, Ha vertido la ardiente yema de oro del sol. (Leopoldo Lugones, Las horas doradas, 1922) (Argentine)

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Hypothèse. Il ne peut y avoir d’ataraxie parfaite. L’esprit qui s’en approche tend à s’accuser et à souffrir d’écarts de plus en plus minimes. De plus, l’absence de tout sentiment de coulpe dans ce même esprit serait un mouvement de passion (l’orgueil) qui le ramènerait en arrière. Non la sagesse mais l’amitié pour la sagesse.

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Barrès qui s’attaque à Kant en racontant des histoires d’amour (Les Déracinés), c’est d’une hallucinante loufoquerie.

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« Son visage pur » (Léon Daudet, Le cœur et l’absence) Pur de quoi ?

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La parcimonie des descriptions empêche qu’une atmosphère s’installe. La littérature contemporaine est retournée au stade primitif. Elle ennuiera ceux qui n’ont rien vu du monde censé se trouver dans ses pages.

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Quelques licences poétiques de Corneille

Et l’énigme du sphinx fut moins obscur pour moi (Œdipe)

Énigme est ici masculin : le vers ne peut pas être corrigé car obscure, au féminin, le rallongerait d’une syllabe.

Mais je ne réponds pas que vous trouviez les Grecs
Dans la même pensée et les mêmes respects (La conquête de la toison d’or)

Grecs est à prononcer « grès » pour le faire rimer avec respects.

Que voulez-vous, Madame, ici que je vous die ? (ibid.)

Pour rimer avec perfidie.

Je vous avouerai plus : à qui que je me donne (Sertorius)

Votre intérêt m’arrête autant comme le mien (ibid.)

Et détruit d’autant plus, que plus on le voit croître,
Ce que l’on doit d’amour aux vertus de son maître (Othon)

Croître doit ici, pour rimer avec maître, se prononcer craître (ou maître se prononcer moître).

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L’escobarderie au fond des intellectuels catholiques militants : « Quel plus lourd fardeau que leur morale [luthérienne] » (Maritain) Opposé à une morale légère ?

« C’est une absurdité flagrante, et en même temps un lâche procédé de réduction, de traiter les hommes comme des parfaits, et la perfection à acquérir, dont la plupart restent très loin, comme constitutive de la nature même. Tel est cependant le principe de Rousseau, son perpétuel postulat. » (Maritain, Trois réformateurs)

Écoutons donc Rousseau : « Il n’y a point d’intérieur humain, si pur qu’il puisse être, qui ne recèle quelque vice odieux. » (Les Confessions)

Au temps pour le « perpétuel postulat ». Toujours l’escobarderie.

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Les comètes du nôtre [de notre siècle] ont dépeuplé les cieux. (Musset, Poésies nouvelles)

Note du commentateur : « Ce vers obscur et peut-être fautif (certains voudraient lire « conquêtes ») a suscité de multiples discussions d’érudits. » Rien de plus simple à comprendre, pourtant : la science (l’astronomie, connaissance des comètes) a étouffé la croyance aux dieux, à la divinité. Pas besoin de je ne sais quelles conquêtes, les comètes sont nécessaires à l’équilibre du vers : ce sont des objets célestes – célestes mais objets de science – qui dépeuplent les cieux, demeure traditionnelle des dieux.

Le même commentateur n’a visiblement rien compris au vers suivant, pas plus qu’à Musset en général :

Et de ce bruit honteux qui salit la pensée

où le commentateur voit, je le cite, une « allusion aux lois de septembre 1835 contre la liberté de la presse ». Que va-t-il chercher ! La liberté de la presse est certes un beau combat mais il n’y a dans ce passage aucune allusion à de telles lois, seulement à la littérature dans la lignée de Voltaire et des philosophes dénoncée par Musset tout au long de ses poèmes. Le commentateur semble chercher à faire de Musset un libéral ou – mais ce serait un aveuglement incroyable – est convaincu qu’il l’est…

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Étude : les défroqués chez les Jacobins, Hébertistes, Enragés… La liste semble longue.

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Je peux être convaincu de la valeur de la vertu sans croire à celle de la messe.

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Tant que je n’avais pas de situation, j’avais un avenir, et maintenant que j’ai une situation je ne me vois aucun avenir, il me semble que ma vie est derrière moi.

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Dans ses carnets de voyage aux États-Unis, publiés sous le titre Outre-Mer (1895), Paul Bourget insiste sur la totale absence de grivoiserie au théâtre et dans les caricatures en Amérique. Quelle différence, par la suite, avec Hollywood (‘Pre-Code Era’) !

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Strindberg ne s’est pas trompé avec son « combat des âmes » (själakamp) : même après la mort de l’homme de génie, son préfacier le traite comme une créature malsaine.

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Zola, sur son roman La Débâcle, dans Le Gaulois : « une œuvre de patriote … maintenant la nécessité de la revanche ». Cinq ou six ans plus tard, il écrivait J’accuse.

Les antidreyfusards, du moins certains d’entre eux, en défendant si peu discrètement la raison d’État, le châtiment même sans culpabilité, avaient perdu d’avance : même un despote absolu a de la pudeur sur ce point et voile la raison d’État derrière des motifs plus convenables.

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Pourquoi ne pas être un homme du passé ? Le passé a sa grandeur.

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Il ne suffit pas de dire « c’est un homme à femmes » : il faut dire quelles femmes.

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Rêves-contacts (1)

Hypothèse. Les intelligences extraterrestres communiquent avec nous dans nos rêves (Nýall).

1

La nuit du 12 avril 2013, j’ai rêvé que je trouvais un fragment de roche contenant une trace de vie extraterrestre, sur le modèle de l’ambre qui encapsule un moustique de la préhistoire, à ceci près que cette roche contenait un hologramme animé d’insecte, insecte d’une dimension peu ordinaire, une espèce de grand cloporte. Cet objet était considéré par moi comme provenant des étoiles. À mon réveil, j’eus la pensée qu’on avait cherché à entrer en communication avec moi, qu’on cherchait à répondre à mon poème sur les intelligences extraterrestres qui est un appel au contact.

2

G. n’a plus répondu depuis l’envoi de mon poème sur les intelligences extraterrestres. Il a peur d’un contact du troisième type. La plupart des gens ont peur, ou auraient peur s’ils pensaient le provoquer, d’un tel contact, car il devient évident à un nombre toujours plus grand de personnes que c’est quelque chose de possible.

3

Kant a une curieuse façon d’insister sur d’hypothétiques êtres non humains extraterrestres doués de raison, pour dire qu’ils sont comme nous soumis à la loi morale.

4

Nuit du 4 mai 2013. De l’existence des géants sur terre avant l’homme. C’était une époque où l’alternance des saisons s’accompagnait de phénomènes climatiques beaucoup plus intenses que ce n’est le cas aujourd’hui. Un désert de glace se transformait ainsi en quelques jours en océan plein de vie, donnant lieu à des scènes de cataclysme. Pour que la vie soit possible, il fallait une constitution physique prodigieuse. C’est sur ce seul point que Schopenhauer conteste la théorie de Darwin. Le philosophe rappelle par ailleurs qu’Averroès a vécu à Nîmes et que lui-même loge dans une chambre aux fenêtres en « papier gâché ». Sa révélation sur les géants provoque chez moi une grande exaltation et je plane au-dessus d’un monde préhistorique qui est le monde, d’abord une mer la nuit, puis une terre d’une grande beauté, couverte de forêts et dorée par les premiers rayons de l’aube, entendant une voix qui m’exhorte à en déchiffrer les mystères.

5

Nuit du 7 mai 2013. Sur une autre planète, je suis conduit comme prisonnier dans une arène naturelle entre des rochers escarpés dont les flancs, derrière des grillages, servent de gradins au public. Le combat doit être un combat psychique. Chaque combattant a les pieds fixés sur un billot. Je suis ainsi un gladiateur psychique pour le plaisir de cette population extraterrestre. Or j’apprends que j’ai toutes mes chances car les humains sont considérés comme ayant un grand pouvoir psychique.

Exilé sur une autre planète, je suis transformé en figurine de pain. Je retrouve espoir en voyant un jour mon reflet sur une pièce polie de tuyauterie, car je me vois tel qu’en moi-même, et j’acquiers alors la certitude que je saurai reconduire tous ceux qui comme moi ont été transformés en pantins divers et variés, chez eux, où chacun retrouvera son vrai moi.

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Les progrès de la science semblent avoir pour conséquence de toujours plus établir l’homme dans la nature, au détriment de sa réalité nouménale, en même temps que le régime démocratique qui a toujours assuré favoriser ce progrès lui oppose toujours l’obstacle du libre-arbitre de l’homme, dont on ne sait d’où il le tire s’il ne le rapporte à une liberté de la volonté indépendante de la nature.

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Schopenhauer réfute les antinomies kantiennes en disant que quelque chose de réel (Wirkliches) ne peut en même temps être et ne pas être. Or les (deux premières) antinomies portent sur le temps et l’espace : ce sont des formes a priori qui ne disent rien du réel en tant que tel.

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Les vortex cosmiques en philosophie (Wirbel, δίνη) : Empédocle, Démocrite, Descartes, Laplace, Kant (dans Geschichte der Philosophie de Schopenhauer). J’ajoute, dans l’histoire des sciences et des idées sinon dans celle de la philosophie : Swedenborg (jeune) et Hans Hörbiger (Welteislehre).

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« Le soleil tourne autour du monde [de la terre] » (Rousseau, L’Émile) : le soleil suivrait un cercle dont le centre est au cœur de la terre. Et il a existé un état de nature où les hommes vivaient solitairement.

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« L’aveugle mécanisme de la matière mue fortuitement » ne peut conduire à l’harmonie du monde, affirme Rousseau, dans sa réfutation du matérialisme, à la suite de considérations sur les « jets » de Diderot par lesquels, selon ce dernier, s’est ordonné le chaos primordial (jets au sens probabiliste de combinaisons). Or, si le monde est volonté et représentation (Wille und Vorstellung), ces essais combinatoires de la matière en mouvement n’ont pas eu lieu réellement.

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Les langues tonales comme le thaï (où l’intonation sert à distinguer les mots entre eux) ont besoin de recourir à des expressions langagières pour exprimer les nuances émotionnelles que les autres langues expriment par des intonations. Par exemple, เสียเลย sia-lei « exprime le soulagement ».

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Selon Schopenhauer (Parerga und Paralipomena), les vérités du christianisme le distinguent du paganisme gréco-romain (à peine métaphysique) et le rapprochent du brahmanisme et du bouddhisme. D’ailleurs, le nouveau testament doit être d’origine indienne. Pendant la fuite en Égypte (Matthieu 2:13-15), Jésus fut initié par des prêtres égyptiens à leur religion, qui était d’origine indienne. Il aurait plus tard accompli des prodiges « au moyen de l’influence métaphysique de la volonté » (mittelst des metaphysischen Einflusses des Willens).

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Schopenhauer confirme mon objection à Max Weber sur les protestants « virtuoses de l’ascèse », en signalant, avant même que se soit exprimé Weber, qui aurait bien fait de lire son compatriote, que le protestantisme a rejeté le célibat et l’« ascèse authentique » (die eigentliche Askese).

Je rappelle la chronologie des faits :

1/ Schopenhauer dit que le protestantisme a rejeté l’ascèse authentique ;

2/ Max Weber écrit que les protestants sont des virtuoses de l’ascèse ;

3/ Je lis Weber et trouve que son idée n’a aucun sens, bien que ce soit une idée reçue autour de moi ;

4/ Je prends connaissance de 1/ et me félicite de n’avoir pas cédé aux tenants de l’idée reçue, car à présent nous sommes deux pour la combattre.

[Comme témoignage de 3/ voyez mon essai La théorie de l’agir communicationnel de Jürgen Habermas, de 1998, au chapitre 1A « Rationalisation et modernisation chez Max Weber » (ici). Habermas reprend à son compte l’idée de Weber sans discussion.]

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Avec Heidegger méditant sur la chose en soi kantienne, on approche dangereusement de la « pensée Tetris » (Tetris thinking) : comme les tétraminos, les pensées s’annulent et disparaissent en se combinant. Exemple : la chose en soi est un néant car elle n’est pas un étant : « Par néant, nous entendons ce qui n’est pas un étant mais est tout de même quelque chose. » (Kant et le problème de la métaphysique)

Je ne condamne pas d’emblée la pensée Tetris : c’est peut-être l’usage de la pensée le plus rationnel chez l’homme. Le flux constant de pensées-tétraminos en mode psychique par défaut nous contraint à une activité permanente de dégagement.

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Quand une dangereuse bête sauvage s’affaire dans vos provisions, vous n’êtes pas assez fou pour faire le moindre geste et risquer de provoquer une attaque de sa part. Vous l’observez de biais, pétrifié. Mais si elle lève les yeux sur vous ?

Poèmes de Polynésie anglophone (Traductions)

Les traductions suivantes, réalisées sans but lucratif comme tout ce qui est publié sur ce blog, sont tirées du recueil Mauri Ola: Contemporary Polynesian Poems in English (University of Hawai’i Press, Honolulu, 2010) (Mauri Ola : Poèmes polynésiens contemporains en anglais), compilée et présentée par Albert Wendt, Reina Whaitiri et Robert Sullivan. C’est la seconde anthologie de cette nature compilée par les mêmes, faisant suite à Whetu Moana publiée en 2003.

Comme l’expliquent les compilateurs dans leur introduction, l’expression mauri ola ou mauri ora est « la force vitale qui compénètre toutes choses, leur donne leur mana et les maintient en vie et ensemble ».

L’anthologie est un choix d’œuvres de poètes de différents États de Polynésie anglophone, y compris des poètes maoris de Nouvelle-Zélande. En ce qui concerne ces derniers, les présentes traductions complètent donc mes travaux sur la poésie maorie contemporaine (ici) publiés sur le blog en avril. Certains poètes figurent dans les deux recueils, celui qui a servi à mes traductions de poésie maorie et la présente anthologie, et dans le cas des poètes Phil Kawana et Apirana Taylor les lecteurs qui ont apprécié leurs poèmes sous le titre « Poésie maorie contemporaine » trouveront ici de nouvelles traductions, sous ce chapeau plus général de « Poèmes de Polynésie anglophone ».

Outre de la poésie maorie, le lecteur pourra ici prendre connaissance de quelques spécimens de poésie polynésienne

– d’Hawaï, territoire qui, bien que situé en Océanie, est un État des États-Unis d’Amérique ;

– des Samoa, lesquelles se divisent en un État indépendant et en un « territoire non incorporé » des États-Unis d’Amérique, les Samoa américaines ;

– de Tonga ;

– de Rotuma, partie intégrante de la République des Fidji mais qui culturellement se rattache plutôt aux Samoa et à Tonga ;

– ainsi que de Niué, île de 1.600 habitants « en libre association » avec la Nouvelle-Zélande.

L’origine des auteurs est indiquée entre guillemets à côté de leur nom ; elle est tirée de l’anthologie. Les notices biographiques de l’anthologie montrent que l’origine ne veut pas dire que le poète en question ne vit pas ailleurs. C’est apparent dans le poème Visite à Tonga (ci-dessous) de la poétesse Karlo Mila, où celle-ci raconte un séjour à Tonga, où elle passe pour étrangère ; Karlo vit en Nouvelle-Zélande.

Les poètes représentés sont Alohi Ae’a (Hawaï, deux poèmes), Tusiata Avia (Samoa, 2), David Eggleton (Rotuma, 1), Sia Figiel (Samoa, 1), Phil Kawana (Maori, 1), Brandy Nālani McDougall (Hawaï, 1), Karlo Mila (Tonga, 1), Ruperake Petaia (Samoa, 2), Kiri Piahana-Wong (Maori, 1), John Pule (Niue, 1), Momoe Malietoa von Reiche (Samoa, 1), Robert Sullivan (Maori, 1) et Apirana Taylor (Maori, 1).

Sur ces treize poètes, sept sont des femmes, à savoir (les prénoms ne permettant pas toujours à un lecteur francophone peu familier de ces cultures de tirer des conclusions sûres à cet égard) : Alohi Ae’a, Tusiata Avia, Sia Figiel, Brandy Nālani McDougall, Karlo Mila, Kiri Piahana-Wong et Momoe Malietoa von Reiche.

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Parenthèse

Je pense ainsi conclure mes traductions de poésie contemporaine pour ce blog.

Il y a peu, la fille et l’ayant droit d’un poète dont j’ai traduit deux poèmes à partir d’une anthologie de poésie cubaine de 1976 compilée par Ernesto Cardenal, m’a contacté au sujet de cette publication, et j’ai retiré les deux traductions de mon blog, compte tenu du fait que les poèmes étaient, comme les autres de l’anthologie dont ils sont tirés, une apologie de la Révolution cubaine et que cette dame ainsi que sa famille ont, dit-elle, souffert du régime castriste. Cette dame ne m’a pas formellement demandé de retirer ces traductions mais elle aurait souhaité que je lui demande son autorisation en tant qu’ayant droit avant de les publier sur mon blog. Après lui avoir présenté mes excuses, en expliquant ma démarche, non lucrative, et la difficulté devant laquelle je me trouve, traduisant à partir d’anthologies plus ou moins anciennes et de divers pays, de contacter toutes les personnes intéressées, pour, souvent, un nombre restreint de poèmes, voire un seul poème par auteur, j’ai fait ce que je pensais qu’elle voulait que je fasse.

Les poètes avec lesquels je suis parvenu à entrer en contact au sujet de mes traductions apprécient ma démarche, et d’être traduits, même s’ils ne peuvent pas forcément juger du résultat. Mais je n’ai pas pu entrer en contact avec beaucoup, d’une part car un certain nombre de poètes que j’ai traduits sont morts, d’autre part car je ne trouve pas, s’ils sont vivants, comment les joindre via internet (je ne fais, je l’avoue, que chercher des adresses personnelles sur internet et n’essaye pas de contacter les maisons d’édition qui ont publié les anthologies que j’utilise, mais certaines de ces maisons d’édition, comme celle qui a publié l’anthologie de poésie cubaine de Cardenal, n’existent même plus). Enfin, parmi ceux que j’ai pu contacter, dans leur langue maternelle, certains n’ont pas répondu.

Pour ce qui est des ayants droit, la seule base de données que je connaisse pour les rechercher est le répertoire Balzac, un répertoire national qui n’intègre que les auteurs français ou francophones et ne peut donc être d’aucune utilité pour des traductions en français. Étant complètement étranger au monde des grandes maisons d’édition, qui possèdent des services et sous-services juridiques spécialisés, j’ignore le b-a-ba de la procédure à suivre pour trouver les ayants droit des écrivains de langue étrangère. Sans doute n’y a-t-il pas de procédure internationale standardisée ; il serait bon qu’une organisation internationale créât un site internet dédié où ces informations seraient facilement accessibles en recherchant par nom d’auteur.

Ce qui me retient d’entrer en contact avec des maisons d’édition pour des travaux de traduction, c’est que je pense que je ne pourrai pas traduire ce que je veux mais devrai traduire ce qu’elles me demandent. Cela dit, je me rends parfaitement compte qu’étant inconnu des auteurs que je traduis, je ne leur permets pas, s’ils ne lisent pas le français, de se faire une idée de mon travail ni de savoir si celui-ci respecte leur intention ou la trahit. À cet égard, la maison d’édition sert aussi d’« expert », grâce à un autre de ses sous-services spécialisés, et peut donc rassurer l’auteur à ce sujet.

Par ailleurs, comme j’ai parfois placé mes traductions sous des titres à connotation politique, l’auteur, au-delà même de la question de la qualité littéraire de la traduction, peut être en désaccord avec le fait de voir ses œuvres figurer sous un chapeau tel que « Poésie révolutionnaire » ou « Poésie anti-impérialiste ». Quand l’anthologie où j’ai trouvé le texte a elle-même un titre de cette nature, la question est moins sensible car l’auteur a déjà donné son consentement à une telle anthologie, sous un tel titre (mais il a tout de même pu changer d’avis entre-temps…). Comme je l’ai déjà expliqué, j’ai aussi pu trouver des poèmes qui n’ont pas en soi de contenu politique défini, sur un support qui n’en a pas non plus, et je les ai néanmoins placés sous une étiquette politique à laquelle leur auteur peut trouver à redire. Si je me souviens bien, après quelques centaines de poèmes traduits, cela me paraît s’appliquer surtout à quatre ou cinq poèmes dans la série que j’ai intitulée « Poésie anti-impérialiste d’Antigua-et-Barduba », et pour lesquels j’ai donné les explications suivantes (voir ici) :

S. Hunte et W. Inniss paraissent être de jeunes poètes qui n’ont pas encore fait parler d’eux ; je les trouve prometteurs. J’ai recueilli leurs textes sur le site internet de poésie internationale poetrysoup.com (sur cette page). Leur poésie introspective et sentimentale n’est pas particulièrement « anti-impérialiste » et, ne connaissant pas leur vie, je n’ai pas à ma disposition d’éléments me permettant de dire s’ils ont le moindre engagement dans une cause politique anti-impérialiste. Au cas où ils jugeraient que leurs noms ne sont pas à leur place dans un billet sur la « poésie anti-impérialiste d’Antigua-et-Barbuda », je suis bien sûr prêt à rebaptiser mon travail en omettant l’adjectif.

Ou à retirer leurs poèmes, en fonction de leurs préférences, que je respecterai dans tous les cas s’ils entrent en contact avec moi.

Comme je le dis plus tôt au même endroit, la politique de l’État d’Antigua-et-Barbuda pourrait en partie me justifier de qualifier la poésie de ce pays d’anti-impérialiste de manière générale :

Antigua-et-Barbuda … fait partie de l’ALBA-TCP, l’Alliance bolivarienne pour les peuples d’Amérique – Traité de commerce des peuples (Alianza bolivariana para los pueblos de nuestra América – Tratado de comercio de los pueblos), initiée par la déclaration conjointe signée en 2004 à La Havane par Fidel Castro et Hugo Chávez. L’ALBA réunit aujourd’hui dans un même projet fédérateur, opposé au libéralisme impérialiste des U.S., les pays suivants : Cuba, le Venezuela, la Bolivie, le Nicaragua, la Dominique, Antigua-et-Barbuda, l’Équateur, Saint-Vincent-et-les-Grenadines, Sainte-Lucie, Saint-Christophe-et-Niévès et la Grenade.

Il n’est évidemment pas du tout certain qu’un poète antiguais-et-barbudien approuve la politique internationale de son pays plutôt qu’il ne la conteste, s’il en a le droit (et j’espère sincèrement qu’il l’a). C’est pourquoi j’ai écrit les lignes d’avertissement qui précèdent en introduction à mon billet sur la poésie d’Antigua-et-Barbuda, qui signifient qu’il ne faut pas prendre l’expression « poésie anti-impérialiste » au pied de la lettre au moins pour une partie des poèmes présentés.

C’est peut-être aussi le cas d’autres poèmes dans d’autres billets dont le titre comporte les mots « révolutionnaire » ou « anti-impérialiste », pour lesquels la même déclaration de ma part s’applique alors.

Par ailleurs, même si l’auteur a lui-même approuvé et/ou revendiqué l’étiquette « révolutionnaire » pour son œuvre, ses ayants droit peuvent ne pas être du même avis. Et ce sont ses ayants droit.

Enfin, même sous un titre complètement anodin, un auteur ou son éditeur a le droit d’objecter à trouver son nom sur mon blog, si le contenu de celui-ci ne lui plaît pas.

Autrement dit, j’adresse par avance mes excuses à tous ceux qui trouvent à redire à cette partie du blog, pour quelque raison que ce soit. Je ferai droit dans les plus brefs délais à toute demande de suppression de textes si je suis contacté à ce sujet.

L’inextricabilité de ces questions de propriété intellectuelle et leur absence de solution à tout point de vue satisfaisante (en capitalisme) me conduit donc à ne plus chercher à traduire autre chose que de la poésie ancienne. Cela signifie alors que je traduirai la plupart du temps des vers classiques, ce que j’ai tendu à éviter jusqu’à présent, en considérant – d’ailleurs peut-être à tort – que le passage d’un vers classique dans l’original à un vers libre dans la traduction représente une grosse perte de matière poétique.

*

Hālāwai (Réunion) par Alohi Ae’a (Hawaï)

Je rêve que tu es debout sous le ciel de la nuit,
regardant les étoiles. Tu suis des yeux
leurs mouvements tandis que le dôme de la terre se balance
au-dessus de toi. L’étoile que tu cherches s’élève

et quand elle perce l’horizon tu te tournes vers elle. Tu es face
à Tahiti. Le vent est silencieux. Je me tourne
dans mon lit ; l’air est frais.

Ce sont ces petites choses qui nous gardent unis. Je tresse
le sennit de notre amour, le roule entre
mes doigts. La semaine prochaine, je t’aiderai à arrimer
les mâts. Dans la haute mer, les cordages que nous tirons

maintiendront la barque. Elle montera
et descendra avec le vent, les vagues et la tempête. Tu vas
avec elle. Je reste là.

Tu es assis à Moa’iki sous l’intense lumière
d’une lune distante. À Waikiki, la lumière de la lune
importe peu – mais je suis sur la plage de Queen’s,
contemplant le gonflement des vagues sombres

sur fond d’horizon gris. Je retiens mon souffle – je vois
la pluie de lumière tomber, tomber. Je retrouve les quelques
constellations que je connais. M’en empare en pensée.

Neuf heures. Dimanche matin. Les dauphins filent
au loin. Je vois leurs ventres d’argent étinceler. Tu
veux les rejoindre et les toucher, caresser la pulsation luisante
de leurs flancs. Toute cette douceur,

que t’évoque-t-elle ? À quoi penses-tu quand le vent
gonfle les voiles ? Comment se fait-il que j’entende ta voix
en écho à travers les détroits lointains ?

*

Les fins (Endings) par Alohi Ae’a

La vérité, au sujet des fins, c’est
que rien n’est jamais vraiment fini
Quelqu’un reste toujours derrière
pour éteindre la lumière, passer un coup de chiffon
sur la table et mettre au lit une maisonnée
de nouveau calme.

Mais pour toi, mon ami, sur les lacets
d’une route sombre
dans la nuit noire – les choses n’étaient pas supposées
finir ainsi.

Et ce que cette fin laisse derrière elle
c’est nous, tandis que toi
tu es parti pour un autre lieu
que nous imaginons plein de lumière
et du vert des montagnes
que tu aimais tant.

Mais nous, nous restons ici,
où la nuit vient trop vite
et son obscurité dure trop longtemps
et nous ne pouvons voir les montagnes
ni la courbe de la route devant nous.

*

Des chiens sauvages sous ma jupe (Wild Dogs Under My Skirt) par Tusiata Avia (Samoa)

Je veux me tatouer les jambes.
Pas bleu ou vert,
mais noir.

Je veux m’asseoir devant le tufuga [maître tatoueur]
et savoir qu’il veut me faire mal.
Je veux qu’il sorte son burin
et son marteau
et qu’il frappe mes cuisses
sur toute leur circonférence
comme traversant le monde à pied
comme traversant l’océan Pacifique à la rame
dans une barque
en sachant qu’une fois quittée la rive
avec les chiens à bord
il n’y a pas de retour possible, Bingo.

Je veux que mes jambes soient aussi tranchantes que des crocs de chien
de chien sauvage
de chien sauvage des Samoa
de la sorte de chien galeux qui mord les étrangers.

Je veux que mes jambes soient comme une pieuvre
une pieuvre noire
qui saisit des rats et les dévore.

Et je veux que mes jambes soient comme des mille-pattes
ceux de couleur noire
dont la piqûre laisse la peau enflée pendant des semaines.

Et quand ce sera fini
je veux que le tufuga
s’enfonce dans son siège et sache qu’elles ne sont pas à lui
ne l’ont jamais été.

Je veux effrayer mes amants
les voir s’asseoir en face de moi
et siffler entre leurs dents.

*

Nafanua explique sa généalogie (Nafanua explains her pedigree) par Tusiata Avia

Ndt. Selon le glossaire attaché à l’anthologie, Nafanua est la déesse samoane de la guerre.

C’est vrai, mon père est une anguille
à moitié anguille.
Personne n’a jamais rien dit de ses ancêtres
et personne n’a jamais rien demandé à ce sujet.
Ma famille est cinglée
mais vraiment complètement.
Mon père a dévoré mes oncles et tantes
ma mère était une jumelle siamoise
ce n’est pas un problème en soi
mais sa sœur a pris les deux moitiés du cœur.
Ma mère a épousé son oncle
ce qui fait de moi ma propre nièce
et une moitié de moitié d’anguille
et une moitié de moitié de jumelle
et ma sœur
elle me hait

*

Steve Irwin Way par David Eggleton (Rotuma)

Ndt. Steve Irwin Way est une route du Queensland, en Australie.

Les monts Glass House flottent à l’horizon,
leurs formes étranges compénétrant le matin.
Ce sont des tonneaux de rhum qui ont roulé depuis Bundaberg,
ou de vieilles cloches de pagode déterrées
d’un monde ballasté de géants.
Steve Irwin Way oscille comme une queue de crocodile,
et les formes disparaissent quand gronde la circulation de Noosa.
La lumière du jour est à feu doux, vapeur grasse
et air chaud, une dose de sucre qui fait son effet.
Des yeux de reptile émergent à la surface de marécages couleur cappuccino,
les collines attendent de parler avec la langue du feu.
Les eucalyptus tamisent la lumière et suintent des onguents d’hôpital,
l’intérieur de mes sandales est aussi glissant que des peaux de mangue.
Le croassement ironique des corbeaux sur les toits
sonde l’ordre méridien des choses,
des vagues de puanteur ondulent à travers le nez.
Les feuilles sont faites dentelle par le rongement des insectes,
cercueils d’écorce tressés pour leurs congrégations.
De hautes déferlantes dirigent le peigne lumineux du soleil
sur le ressac qui se désintègre en écume tachetée.
Les surfeurs s’élèvent sur des pics et des creux de cumulus
au-dessus des vaisseaux fantômes de méduses,
comme pour rejoindre l’essor de l’aigle au ventre blanc,
puis chutent comme des pigeons vers l’extase,
une ruée de bulles, le Bouddha riant de la mer.

*

Les publicités pour les voitures (Car commercials) par Sia Figiel (Samoa)

Assise
Devant la télé
Je me sens possessive sans argent
Obsédée par l’apparence
L’âge
Essaye cette crème
Qui empêche les rides
À 25 ans
Auē ! (Hélas !)

Et puis les séries télé
Et les talk-shows
Sans parler des publicités pour les voitures
Vantant des autos avec des blondes
éternellement jeunes en bikini qui sourient
À mes obsessions
Ma pénurie de biens matériels
Auē !

Je me demande
Si les blondes
Vont elles aussi avec une garantie de trois ans
Elles non plus ne rouilleront pas
Dans le climat tropical ???

*

Comment former votre travailleur (How to Train Your Labourer) par Phil Kawana (Maori)

Elle pensait manifestement
qu’il était un peu bête. Après tout,
il était là pour déménager son
mobilier de bureau.
Quelle intelligence cela demande-t-il ?
Et comme il travaillait
sans ménager ses efforts et avec efficacité,
elle pensa qu’elle devait lui donner
quelque encouragement.

« Une pâtisserie ? »
offrit-t-elle, une viennoiserie danoise
au bout des doigts tendus.

Il la regarda un moment,
aboya, puis se coucha sur le dos
dans l’attente de chatouilles.

*

On Cooking Captain Cook par Brandy Nālani McDougall (Hawaï)

Note. Le titre est un jeu de mot intraduisible sur le nom du capitaine Cook, to cook voulant dire « cuisiner, faire cuire… » ; allusion à la mort du navigateur à Hawaï en 1779.

Si vous posez la question au portier blond
du Grand Kīhei Hotel, il vous dira
que nous l’avons dévoré tout entier,
…..que nous avons enfilé sa chair blanche sur une broche,
…..farci sa bouche de pommes,
…..avant de le rôtir à feu doux.

Le vendeur bronzé de tee-shirts
à Lāhaina vous dira lui aussi que nous l’avons mangé,
mais seulement certaines parties :
…..la tête, le cœur, les mains
…..enveloppés dans une sorte de feuille d’épinard
…..et mis à cuire au-dessus de laves chaudes.

Le patron du Hoola-Hoola Bar
and Grill vous dira que nous l’avons mangé parce que
nous ne connaissions pas la haute cuisine,
…..que nous avons frotté sa peau avec du sel de mer
…..puis nous l’avons fait bouillir dans du lait de coco
….avant de l’apprêter sur un plat de patates douces.

Mon professeur d’anthropologie, qui a pendant de longues années étudié
les anciennes cultures, vous expliquera la découverte
de son dernier ouvrage :
…..les hommes à peau blanche paraissaient des dieux
…..à ceux qui ne possédaient ni le métal ni l’écriture.
…..En le mangeant, ils souhaitaient devenir comme lui.

Mais si vous posez la question à ma grand-mère
tandis qu’elle arrose ses orchidées et protéas,
elle vous invitera chez elle
pour manger, manger.

*

Une visite à Tonga : Sextine (Visiting Tonga: A Sestina Variation) par Karlo Mila (Tonga)

Vous m’appelez Pālangi mais je ne suis pas blanche
Je ne connais pas les mots mais je me sens en paix entre ces murs
fredonnant des hymnes dans l’église de Sion. Je ne vois pas
Sisu [Jésus], non. Mais l’amour ?
Oui, je ne fais pas que tuer le temps
un long et lent dimanche. Là où Dieu est Amour, je le sens aussi.

Sisu Kalaisi [Jésus Christ] est toujours blanc.
Et blond la plupart du temps
sur les tapisseries taïwanaises à bon marché qu’aiment les Tongiens
sa claire image auréolée pend aux murs des églises
et à l’intérieur des maisons et sur les tombes aussi,
ballottée par le vent que ses yeux bleus ne semblent jamais voir…

Le problème avec Tonga c’est que c’est tellement
petit, me dit ma cousine. Même si tu n’es pas enfermée
(par tes frères / ta mère) il y a des yeux partout – et pire – des bouches.
Ils appellent cette cousine à moi fie pālangi « une qui veut être blanche »,
avec ses notions de liberté elle est en avance sur son temps.
Elle veut se marier par amour.

Une vieille tante m’invite chez elle, dans sa fale [maison] où en guise de papier peint on trouve
les pages du Tongan Times
sa maison est un autel involontaire au 8 mai 19991, quand le papier peint
fut refait et la pauvreté – lisez entre les lignes des gros titres –
ma tante n’est pas capable de vous dire ce qui s’est passé ce jour-là. Voyez-vous,
nous voyons et en même temps nous ne voyons pas.

Mais vous n’avez pas besoin de savoir lire pour aimer
le Roi. Un événement que j’ai eu la chance de voir :
le Roi dans un vaka [bateau] avec des rameurs musculeux, concentrés, gardant le rythme
le bois labourant les vagues, et le long
du vaka nageait un banc de poissons humains, blancs
sur bleu. Exténués mais pas découragés, désireux d’honorer eux aussi leur roi.

Le palais royal est blanc comme de la frangipane
reposant ses os craquants sur une plage, un canon en ses murs
que l’on tire occasionnellement pour prouver quelque chose. Mais
l’amour
des sujets n’est pas la chose en question la plupart du temps.
Selon cette logique une grosse détonation flatulente force le respect (mais aussi la peur).

Que suis-je sinon un enfant de l’Amour qui cherche un parent absent
…..et le plus souvent ne comprend pas. Elle me voit
aussi. Tonga murmure à l’intérieur des murs
d’une coquille blanche : « Koe ha mea fia ma’u ? Lau pisi !
…..Tout le temps. Pas pressé. Ha’u kai »2

1 8 mai 1999 : Il ne s’agit pas d’une date marquante de l’histoire de Tonga ou autre, mais simplement de la date du journal utilisé pour tapisser les murs de la maison de la tante.

2 Paroles en tongien que le glossaire attaché à l’anthologie traduit ainsi : « Qu’est-ce que tu cherches à prouver ? Tu as la grosse tête. … Viens manger. »

*

Choses à la pensée primitive, animaux (Primitive Thinking Things, Animals) par Ruperake Petaia (Samoa)

Choses à la pensée primitive, animaux
ils chassent en meutes
et se déplacent en troupeaux
ils nagent en bancs
et se rassemblent en colonies

ils vivent dans les plus sombres jungles
et dans les vallées et les océans les plus profonds
ils migrent de saison en saison
et vivent au jour le jour
de leur pâture accordée par Dieu

Pourtant, ils ne construisent jamais d’armées
pour se détruire eux-mêmes
comme font les hommes à la pensée primitive.

*

Notre passé (Our Past) par Ruperake Petaia

La plus grande partie de notre passé
est comme un bon roman à suspense
dont on se souvient surtout
en raison des innombrables
cauchemars que nous gardons
enterrés dans les tombeaux
de nos nuits sans sommeil :

les quelques moments
de repos verront
le héros se sortir de haute lutte
de la terreur vers
une suite probable.

*

Paroles en haute mer (Deep Water Talk) par Kiri Piahana-Wong (Maori)

en hommage à Hone Tuwhare
pour Melinda, Sophie et Nathan

et personne ne sait
si tes yeux sont
rougis par
le vent, par trop
de soleil ou
par les larmes striant ton
visage et qui peuvent être
des larmes ou simplement des lignes
de sel séché, qui
peut le dire

et tu ne peux jamais dire
si tu as le mal de mer
ou si tu es ivre ou si tu as juste
la gueule de bois – les
symptômes sont les
mêmes

et la mer et le ciel se confondent
si bien que l’horizon n’est
plus qu’une
infinie ligne bleue
dans toutes les directions,
et que tu navigues
non sur la mer comme
tu le pensais mais dans
un bol parfaitement bleu et circulaire,
ne quittant jamais
le centre

et tu te demandes qui
se déplace, de toi ou
des nuages courant
près de la tête du mât

et tu te demandes
si ces formes sombres
dans l’eau sont
des requins, des ombres ou
seulement de vieilles peurs
en chasse après
toi

et la grande masse de
la terre s’amenuise, jusqu’à
ce que tu oublies que tu
habitais la terre et
que tu commences à sentir
la traction de gènes anciens
– à chaque marée, ton
sang chante contre
la lune

et la nourriture ne fut jamais
si bonne ni l’eau
si douce – tu n’as
jamais gardé ton eau
en buvant du vin
avant – et du rhum ;
et du coca ; et des rhum-
coca ; et canette après
canette de bière
fraîche

et ton sommeil est
accompagné non par
le grondement de la circulation
sur l’autoroute
mais par les grincements
et vibrations de ton
bateau tandis qu’il tangue
et gémit à travers
le sombre océan,
tout seul

et tu te demandes –
d’où cet oiseau,
cette grande mouette perchée
sur le beaupré
vient-elle ?

*

Auckland, 30/12/08 par John Pule (Niue)

un autre jour comme une pierre
comme un morceau de néant dans
un grouillement d’insectes
ce rayon de soleil est un essieu brisé
mais je dois l’enfourcher

le centre de la vie d’un poète
est seulement une autre forme de fruit
le noyau si quiconque ose regarder
est une sombre colline où pousse
un arbre tronqué

un oiseau vit là
messager d’un ciel fortuné,
devrait si je ne renonce pas
chanter le chant le plus glorieux
pour me libérer de cette terre

*

Pute ‘Oso (Nombril saillant) – Une vie bien remplie (Pute ‘Oso – A Full Life) par Momoe Malietoa von Reiche (Samoa)

Ma mère me mit au monde
un jour de soleil
mordant à pleines dents le cordon ombilical
qu’elle enterra sous l’arbre nono.
Elle n’hésita pas une seconde
elle savait que je trouverais assistance
grâce à mon cordon terrestre
tel un fil électrique
me régénérant, cherchant de l’énergie dans la bienfaisance
de la terre profonde,
acquérant la sagesse dans l’humus de
toutes choses parties avant moi.

Ce sont les ingrédients d’une vie bien remplie.

*

Fragments d’une Odyssée Maorie (Fragments of a Māori Odyssey) par Robert Sullivan (Maori)

i/ Le suaire de Laërte

J’ai tissé cela pendant de longues années,
tâchant de produire une tunique digne d’un chef d’État
et repoussant les nouveaux-venus jusqu’au
retour de notre souveraineté.

ii/ Révérence

Le proverbe dit qu’il ne faut jamais incliner la tête
sinon devant une imposante chaîne de montagnes.
Un autre proverbe dit qu’un homme meurt pour deux
choses : la femme et la terre. Des parties de moi sont déjà
mortes pour l’une et l’autre, mais je suis prêt à passer
mes doigts par le chas d’une aiguille pour les atteindre.

iii/ Mer

Les cyclopes ont rédigé leurs critiques,
certaines si sévères qu’il est dur de traverser la mer
le cœur léger, sûr d’un bon accueil à la maison.
Les augures d’un retour sont mauvais.

iv/ Ithaque

Hawaiki3 met fin à la nostalgie, Hawaiki où l’âme
se repose après son plongeon vers l’idéal.
Nous entrons dans la grande demeure en nous déchaussant
et à ceux d’entre nous qui croient il pousse des ailes.

3 Hawaiki : « Hawaiki est une île mythique où les peuples de Polynésie situent leur origine. Dans leurs légendes, l’esprit des Polynésiens retourne vers Hawaiki après leur mort. » (Wkpd)

*

routes en zigzag (zigzag roads) par Apirana Taylor (Maori)

les routes de Taranaki
zigzaguent et serpentent
sur la terre douloureuse
elles vont rarement droit

les constructeurs de routes
ont payé des compensations
seulement quand les routes passaient
sur les terres des Pākehā4

ils n’en payèrent pas
quand ils lancèrent leurs routes
à travers les lambeaux
de terres maories

c’est pourquoi les routes follement
zigzaguent et serpentent
à travers la région

la route des menteurs
n’est jamais droite

4 Pākehā : Homme blanc, en maori.