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Exoparapsychologie: Rêve-contact 2

Le travail n’a jamais été la vocation de l’humanité : dans l’antiquité la valeur suprême est l’otium, le loisir, au moyen âge le travail est une malédiction, pour le mouvement des travailleurs c’est une aliénation, et de nos jours il n’existe que comme faux-semblant pour occuper une humanité vidée. Un travailleur aujourd’hui fait doublement pitié : non seulement parce que son travail est pénible et le plus souvent dénué d’intérêt, car parcellisé, mais aussi parce qu’il n’y a aucune raison pour que ce soit un homme qui l’accomplisse.

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Il ne manque au mari parfait que d’être l’amant de sa femme.

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La jeunesse est l’âge des admirations non feintes. Plus tard, il s’y mêle de l’envie, l’objet de notre admiration en même temps nous humilie et avec l’humiliation vient la haine, qui n’épargne pas même les morts.

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La doctrine kantienne annonce la fin du travail.

Dans une société de pénurie, la division du travail ne permet pas à la religion de se passer de « l’humiliante distinction entre laïcs et clercs » (Kant), car de nombreux métiers, voire tous, relèvent purement et simplement de « l’auto-abrutissement » qui est un manquement au devoir envers soi-même (toujours Kant). Le libre usage de notre temps est nécessaire à notre finalité morale : le travail inutile, le travail faux-semblant, le travail répétitif, monotone, usant, parcellisé, moralement douteux (commerce), est contraire à notre finalité et est par conséquent un manquement à notre devoir.

En outre, le travail de masse est l’organisation collective d’une violation de l’impératif catégorique « Ne traite point autrui comme moyen mais comme fin ».

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Compléments à Kantism & Astronomy (x)

1

L’infini est certes partout en mathématiques : entre 0 et 1 il existe une infinité de degrés. Mais dans l’expérience sensible une « valeur intensive » (Kant), ce que j’appelle une qualité empirique, ne peut être infinie [la démonstration a été apportée par Locke : voir Commentaires à Kantism & Astronomy]. La variabilité d’une qualité sensible peut être infinie, mais non son quantum : une qualité peut prendre une infinité de valeurs, même des valeurs sans représentation numérique (pi est un nombre fini dont je ne puis avoir une telle représentation) – toujours finies.

(L’expression « tend asymptotiquement vers l’infini » signifie que, dans une fonction asymptotique, la valeur d’une variable croît ou décroît indéfiniment avec le temps ou avec une autre variable.)

2

La théorie de la relativité est en contradiction avec la conception kantienne de l’espace et du temps en tant que formes a priori de notre intuition. Si l’espace et le temps sont les formes dans lesquelles notre sensibilité est affectée, il est absurde de dire, par exemple, que l’espace puisse être courbé, c’est-à-dire qu’il ait des propriétés à la manière des objets de l’expérience (la matière de notre intuition). Une absurdité (une dérogation aux conditions formelles de l’usage de notre pensée) étant admise, d’autres en découlent : valeurs infinies de propriétés empiriques…

3

Les géométries non euclidiennes, non intuitives, pourraient contredire Kant si elles ne se ramenaient pas, comme l’explique Poincaré, à la géométrie euclidienne. Ainsi, deux droites parallèles peuvent se croiser si l’on courbe l’espace (tiens, tiens… mais il s’agit ici de l’espace géométrique de l’intuition et non de l’espace physique de l’expérience).

4

On suppose un espace courbe pour expliquer l’orbite de Mercure. Il fallait que quelque chose fût courbé pour expliquer sa trajectoire, et comme on est dans le vide (n’est-ce pas ?) il n’y avait rien d’autre à courber que l’espace – ou l’espace-temps. Ce faisant, on imputait des propriétés physico-expérimentales (élasticité) à une pure forme de notre intuition.

5

L’univers du Big Bang s’étend dans le vide. L’univers en expansion de Kant s’étend dans un chaos de particules qui en viennent à se soumettre progressivement aux forces de l’univers.

6

En réponse aux critiques de « l’intuitionnisme » de Kant. 1°/ Kant admet sans ambiguïté, contre ceux qui la rejettent en se revendiquant justement de l’intuition, la notion d’infiniment petit. Par exemple, il cherche à définir le contact comme une distance infiniment petite. (En revanche, il dit explicitement [quelque part : à retrouver] qu’une vitesse infinie est possible et là je ne le suis plus.) 2°/ Il est l’auteur d’un essai sur les grandeurs négatives, qu’il introduit en philosophie et défend en mathématiques contre ceux qui se revendiquaient, à tort, de l’intuition. Si l’on ramène l’arithmétique au comptage des oranges, il ne peut certes y avoir -3 oranges. Mais si quelqu’un parcourt une distance en faisant trois pas en avant et deux pas en arrière, on a la sommation : +3 -2 +3 -2…, et si son mouvement est de trois pas en arrière et deux pas en avant : -3 +2 -3 +2… Les valeurs négatives sont complètement intuitives.

7

Les fréquences infrarouges et ultraviolettes ont pu être mesurées et sont donc indirectement perçues et attestées comme réelles dans notre expérience. En revanche, les dimensions « surnuméraires » de l’espace sont une construction, non dans l’intuition pure comme les objets de la géométrie, mais dans l’entendement pur, avec cette conséquence qu’elles ne sont qu’un jeu de l’esprit, des concepts vides.

Le champ de notre sensibilité peut être étendu par la technologie : nous percevons des objets de plus en plus petits, d’autres de plus en plus éloignés, un spectre de fréquences de plus en plus large, mais, ce principe de la technologie étant posé, demeure une impossibilité quant à l’appréhension, hors de l’entendement pur, de dimensions surnuméraires de l’espace, du fait que l’espace n’est pas une matière, mais la forme même, de notre expérience sensible.

8

Pour décrire l’espace, on peut toujours écrire n à la place de 3 (dimensions) et voir ce qui logiquement, en recourant aux opérateurs logiques, en résulte, mais il n’est pas pour autant permis, de ce que les opérations logiques ou formelles soient toujours possibles dans l’entendement pur, d’en tirer des conclusions sur l’étant. Une remarque que Kant a appliquée aux « preuves » de l’existence de Dieu avancées par la raison spéculative.

Un « espace vectoriel à n dimensions » ne décrit pas l’espace physique (forme de l’intuition sensible) mais une représentation des « dimensions d’un problème ».

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Le hasard étant ce qui n’est pas expliqué de manière causale, le modèle qui y recourt est inabouti, car tout dans la nature sensible se produit en vertu d’une cause, de par la règle a priori de notre entendement.

Mise au point. La statistique recourt à l’expression « lois du hasard » sans nier que les variations soient déterminées par des facteurs. L’intelligence artificielle parle de « voies non déterministes » (méthodes heuristiques) sans nier le déterminisme des phénomènes.

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Rêves-contacts (2)

Voyez (1)

Hypothèse. Les intelligences extraterrestres communiquent avec nous dans nos rêves (Nýall).

1

Nuit du 24 février 2010. Une race géante de monstres tentaculaires fait son apparition sur la terre. Ils détruisent tout ce que l’homme a produit, exterminent l’humanité dont ils se repaissent bien que cela ne leur soit pas une nourriture particulièrement appropriée. Ce qui caractérise ces monstres est leur gigantesque énergie vitale, et, bien qu’ils semblent dépourvus d’intelligence, l’homme ne peut rien contre eux. Ils sont une force brute dont l’instinct nous est totalement hostile. Certains parmi les derniers hommes tentent de mettre à profit les restes des programmes spatiaux de l’humanité pour émigrer vers d’autres planètes ; quelques vaisseaux sont lancés mais les difficultés de telles odyssées font qu’elles sont vouées à l’échec. Les derniers survivants décident de vivre sous terre, où ils sont appelés à muter.

2

Nuit du 15 décembre 2013. Étreignant la femme que j’aime, celle-ci m’avoue qu’elle est morte et revient d’outre-tombe pour faire l’amour avec moi. La révélation de sa mort m’attriste, puis je me fais la réflexion que, puisque sa présence me semble si réelle, nous pouvons continuer à vivre notre amour. Mais le prix en sera que je passerai aux yeux du monde pour un homme que la douleur a rendu fou. Je me réveille triste.

3

Nuit du 7 janvier 2016. Cette phrase : « The living obsess you, the dead will haunt you. »

Même nuit. Des insectes extraterrestres à la prodigieuse faculté de reproduction arrivent sur la terre. Leur piqûre rend les animaux et les hommes fous dangereux. Je suis le seul à le savoir.

4

Nuit du 7 février 2016. La falaise des hommes-crapauds poilus : les cavités en sont occupées selon la hiérarchie et la taille des individus varie en fonction de leur position sociale. Le mâle alpha, le roi des hommes-crapauds, est dix ou vingt fois plus gros que l’individu lambda et son corps remplit entièrement sa caverne, qu’il ne quitte jamais. Dans la foule au pied de la falaise, les hommes-crapauds sont mêlés à des lémuriens.

5

Nuit du 10 mars 2018. Un amphithéâtre dont tout le mur de droite, vu depuis les gradins, est vitré : l’amphithéâtre est une structure sous-marine. Un cours a lieu, l’amphithéâtre est plein. Un monstre marin gigantesque, dont les dimensions sont telles que la vitre, de proportions pourtant très considérables, ne permet pas de le voir entièrement, et qui est une sorte de pieuvre, attaque l’amphithéâtre. La structure est secouée tout le temps de l’attaque, la lumière s’est éteinte. Quand le monstre finalement renonce, j’interroge la jeune professeure dans un couloir : l’attaque n’a eu aucune conséquence si ce n’est sur le circuit électrique, ce qui a provoqué l’extinction des lumières. Je ne suis pas entièrement rassuré.

6

Nuit du 7 juin 2018. Débat sur le sexe de la monnaie des anges.

Même nuit. Un examen aux États-Unis. L’assesseur me demande, avant que l’examen commence, de dire un mot à mes voisins de classe, parce que je suis Français. Je leur dis : « Hi, my fellow competitors, I hope you all win. » Puis l’assesseur élucubre philosophiquement sur son admiration pour l’expression française « Ah bon ».

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Kant. Des infractions universelles à un principe ne prouvent rien contre ce principe. Ce n’est pas parce que tout le monde mentirait que la fausseté serait pour autant une vertu.

C’est le privilège de chacun de pouvoir s’abstraire du sort de tous.

La morale est la seule science exacte avec les mathématiques pures.

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G

Le problème de l’employeur, quand il recrute un salarié, est de maximiser g(a+b+c+d), où g est le facteur de Spearman (intelligence générale) et a, b, c, d un ensemble de compétences requises pour exercer une fonction donnée. C’est un résultat de psychologie expérimentale après des études sur la productivité.

L’intérêt de l’employeur est donc de tester en priorité g. Cela se fait par des tests d’intelligence générale.

La Cour suprême américaine demande que les employeurs réalisent des évaluations spécifiques de compétences en phase avec les postes à pourvoir plutôt que des évaluations d’intelligence générale. Ainsi, l’employeur doit tester a, b, c, d pour telle fonction, e, f, h, i pour telle autre.

L’employeur français n’est pas soumis à une telle restriction et peut tester g, et ne tester que g, si bon lui semble.

L’employeur américain contourne d’ailleurs largement la jurisprudence de la Cour suprême en demandant des résultats SAT, LSAT, MCAT, GMAT… Il existe certes un coaching pour ces tests mais ses effets ne sont pas déterminants ; c’est par exemple le point de vue de Herrnstein & Murray, qui ajoutent : « Although not technically IQ tests, … [ces tests] have high g loadings. »

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En « s’émancipant », la femme a fermé son salon – plus le temps ! – et maintenant qu’elle est occupée à des choses aussi intéressantes que vendre du dentifrice ou construire des ronds-points, l’homme d’esprit, l’homme d’imagination n’a plus d’asile nulle part, il ne lui reste qu’à crever dans la rue, avec les clochards, ou à vendre du dentifrice. La femme qui ne faisait rien pouvait s’intéresser à des choses inutiles, à ces choses qui ont fait que la civilisation est, ou était, autre chose qu’une fourmilière. Croire qu’un bureau de ministère peut remplacer une femme intelligente et libre de son temps, c’est faire grand cas d’une machine et peu du cœur humain.

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Nos cerveaux n’évolueront pas au point de rendre caduc le principe du tiers exclu.

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L’idée, chez Locke, qu’il est moral de connaître les limites de la raison humaine sera un fondement important de la pensée de Kant.

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L’interprétation de Copenhague relativement au principe d’incertitude de la physique quantique fait passer une impossibilité subjective pour une impossibilité objective.

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Il est parfaitement concevable que certaines personnes se sentent on ne peut plus libres dans un État totalitaire. Cela dépend des gens.

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Si vous avez des pensées obscènes, une femme peut les lire.

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Prague Castle. Spot the triangle with an eye inside (Masonic) at the top of one colored glass in St Vitus Cathedral.

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Prague. The hotel restaurant is due to open at 3:30pm. I go there at 4pm. No cook. The waitress tells me the cook usually arrives at 4:30pm.

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Station thermale Waters-Bonheur.

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Les anus de Ça Tourne.

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Village mondial et race cosmique. Global village. Raza cósmica. McLuhan et Vasconcelos déploient l’idée catholique viz. universelle.

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Los tiraniticos.

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Notre temps a un problème d’images sublimanales.

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Je t’attends dans la porcherie.

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Ils nous ont tués en vain.

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Se regarder le nombril n’est pas toujours méprisable, par exemple dans le cas de déformations physiques sévères.

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The Mismanagerial Revolution.

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Terrore nello Spazio (La planète des vampires), 1965, de Mario Bava, nouveau poster pour la version restaurée 2016

XV

Le travail est la mère de tous les vices. Une campagne prolétarienne pour la réduction de la journée de travail (était-ce pour une journée de treize ou quatorze heures ? Je tremble et ma mémoire se trouble quand je pense qu’un régime de progrès a pu traiter ainsi des êtres humains) insistait sur l’avantage du temps libre pour les mœurs, rapportant que le travailleur accablé passe son peu de temps libre non en famille mais au cabaret. Une présentation lucide de la situation du travailleur moderne a été donnée par le philosophe suédois Vitalis Norström, que je ne résiste pas au plaisir de citer dans sa langue originale (une langue que j’ai apprise, seul, à l’époque bénie où j’avais quelque temps libre) : « Då arbetet lägga sig öfver arbetaren såsom en tryckande börda, ligger en reaktion mot detta tryck helt enkelt i sakens natur. Den förestafvas af intet mindre än den personliga själfbevarelsen. (…) Det är njutningen, den starka sinnesnjutningen, som är den specifiska reaktionsformen hos den nutida arbetaren mot ett utsugande, maskiniserande arbete. » (Masskultur, 1910). (« Le travail pesant sur le travailleur comme un fardeau accablant, il n’y a rien que de naturel à ce que cette contrainte entraîne une réaction. C’est une question de vie ou de mort. (…) Le plaisir, l’âpre plaisir des sens est la forme de réaction spécifique du travailleur contemporain à un travail qui l’épuise et le déshumanise [le « machinise »]. ») Enfin, comment oublier ces propos, touchants de simplicité, d’une tenancière de maison close, c’était il n’y a pas si longtemps : « Les gens fréquentent mon établissement parce qu’ils s’emm… » Elle précisait qu’il s’agissait de gens ayant une bonne situation, un bon travail. Ainsi est-il possible, ô lecteur, de s’emm… en travaillant, comme à ne rien faire ; je vous l’apprends ?

« Tu travailleras à la sueur de ton front. » Cela veut dire que le travail nous fait suer.

Trouvée dans un journal quotidien national, cette nécrologie : X prit sa retraite (du métier d’éditeur) et se retira dans sa maison de campagne « pour écrire et travailler ». Il n’est jamais trop tard.

Avec le travail de masse, invention récente (le bourgeois du passé vivait volontiers de ses rentes, comme l’aristocrate du passé à ne rien faire), l’Occident a sombré dans une vulgarité sans nom. Quelle vie sociale pouvez-vous attendre de gens qui travaillent dans des bureaux du matin au soir ? Leur vie sociale elle-même se passe au bureau : les « pots » ! L’homme s’épanouit au travail comme un porc se vautre dans la boue.

Celui qui fait quelque chose dans la vie ne fait rien de sa vie.

La seule chose qui puisse, du point de vue de l’individu, conférer de la valeur à ce système de contrainte absurde qu’est le travail humain, système entièrement dépourvu de valeur intrinsèque, pur abus des facultés humaines, est la vanité. Celui qui est dépourvu de cette qualité indispensable est socialement mort.

L’inventeur, celui dont la pensée contribue à l’élimination du travail humain, n’est pas un travailleur mais un penseur. La réalisation de sa pensée nécessite un travail, mais plus nous avançons dans le temps et la technologie, plus ce travail est pris en charge par les machines, jusqu’au jour où la pensée de l’inventeur sera devenue à cet égard inutile, le travail humain ayant purement et simplement disparu. C’est pourquoi l’inventeur et l’ingénieur ne sont pas communément désignés comme penseurs, car leur pensée a un terme historique, elle œuvre en quelque sorte de manière négative, destructrice, son objet n’étant autre en effet que de détruire cet obstacle fondamental à l’accomplissement de l’humanité en l’homme qu’est le travail humain.

La force brute puis la dextérité manuelle ont perdu leur valeur avec l’avènement des outils manuels d’abord, des machines mécaniques ensuite. Les individus dont l’une ou l’autre est la faculté dominante sont dévalorisés. L’avènement des machines électroniques et informatiques est en train d’exercer la même influence sur des pans entiers de nos facultés intellectuelles. Certains usages du cerveau n’auront bientôt plus la moindre valeur : or ce sont les usages sur la sélection desquels se recrute actuellement la plus grande partie du salariat.

La danse contemporaine est purement lascive, et l’humanité souffre en moi quand je regarde les danseuses classiques : leurs pointes sont une sorte de supplice chinois.

De la philosophie de Rousseau. L’idée d’état de nature opposé à l’état civil, et de contrat social, est l’idée de Hobbes. Ce dernier rompait ainsi avec la pensée scolastique appuyée sur le naturalisme d’Aristote et la notion de zôon politikon. Rousseau reprend l’idée mais en substituant à l’état de nature hobbesien, état de violence de tous contre tous, un état de nature caractérisé par une indifférence bienveillante des uns envers les autres et par la vie solitaire de chacun. Or l’état de nature de Rousseau est, plus qu’une fiction, une impossibilité, tandis que celui de Hobbes est crédible. Tout d’abord, en effet, Rousseau, contrairement, par exemple, à la philosophie marxiste, nie que l’appropriation privée fût nécessaire. Or elle a été nécessaire parce que la consommation des biens matériels détruit ces biens : leur consommation est exclusive. (L’avènement d’une économie fondée sur les biens immatériels, « l’information », qui n’est pas détruite étant consommée, permet ou plutôt implique d’envisager la fin de la propriété privée.) Ensuite, l’homme à l’état de nature ne peut être solitaire car la femme enceinte et parturiente ne peut l’être, dans la plupart des milieux naturels envisageables. C’est une objection que je trouve exprimée dans Freud, qui en fait le point de départ de sa conception de la horde primitive (Totem et Tabou). Or le naturalisme aristotélicien est loin d’avoir perdu toute pertinence, et le développement des sciences naturelles, dans la mesure où il n’est pas permis d’affirmer (en effet, au nom de quoi ?) qu’elles n’ont rien à dire sur la société des hommes, rend toujours plus précaire le statut d’un juridisme philosophique selon lequel l’homme est sociable en tant qu’il rompt avec un état de nature, quelles que soient les caractéristiques supposées de ce dernier. La philosophie récente (Heidegger, Foucault) tend à impartir au point de vue scientifique une place non pertinente, et ce faisant elle prétend, au fond, que la loi de causalité ne s’applique pas à l’humanité. La science est purement et simplement l’application de la causalité aux objets de la connaissance – la philosophie du déterminisme. Une certaine pensée, depuis Rousseau, nie, à l’instar des monothéismes, le déterminisme des actions morales, contrairement à Hobbes et à la philosophie matérialiste (dialectique ou non). C’est pourquoi Rousseau peut être à juste titre appelé « l’inventeur de la moderne réaction » (Bakounine).

C’est à cause des mathématiques que je n’ai pu entrer en classe préparatoire littéraire. Peu attiré par les classes A2, littéraires-langues, en raison notamment de leur surféminisation et de leur dévalorisation (je me borne à la constater), j’étais entré dans la filière hybride A1, où, bien qu’elle fût destinée aux esprits littéraires, les mathématiques pesaient lourd dans les épreuves du baccalauréat. Or un goût exacerbé pour la poésie et les alexandrins, ainsi que pour les arts, m’avaient fait prendre en grippe les mathématiques, et ma note au baccalauréat s’en ressentit, ce qui fit écarter mon dossier par les services des classes hypokhâgnes où je l’avais envoyé, en dépit de notes très convenables dans les matières littéraires. Je ne conteste pas cette sanction, car les études littéraires concernent aussi la philosophie, et tous les grands philosophes du passé ou presque étaient mathématiciens. Seulement, y a-t-il aujourd’hui un professeur de philosophie sur mille qui soit capable de lire les écrits mathématiques des philosophes ?

Ce que j’appelle l’antinomie de la liberté (la raison ne peut trancher la question de la liberté humaine : troisième antinomie de la raison pure), est due au mouvement historique par lequel l’intelligence s’émancipe de son support génétique. Dans la mesure où l’intelligence poursuit un tel but, le déterminisme génétique a historiquement un statut précaire, aussi absolu soit-il dans l’individu (nonobstant la position erronée des tenants du libre arbitre). L’intelligence poursuit ce but en vertu d’une nécessité tout autre que génétique et qui est sa loi propre, car l’hérédité génétique ne transmet que des instincts, des tendances et des facultés, et non les connaissances nécessaires au travail de l’intelligence. Ces dernières doivent être acquises de nouveau, depuis les prémices, par chaque nouvelle unité génétique, chaque nouvel individu ; il y a là une discontinuité défavorable, que l’intelligence, Der Geist, cherche à surmonter. – Ce n’est pas supposer un quelconque primat spirituel. L’intelligence a pu naître et se développer à partir des combinaisons de la matière, et, même émancipée d’un support génétique, une telle intelligence aura toujours besoin d’un support matériel, circuits électroniques et autres. Elle contrôlera elle-même cette matière de façon à garantir son propre développement. Elle peut être amenée à concevoir à cette fin, afin de conduire ses expériences, des sociétés d’individus artificiels, exposés à la seule usure matérielle et non au vieillissement génétique, tout en étant alimentés en intelligence. Ces individus peuvent être quasiment immortels. Il se peut aussi que l’intelligence n’ait pas besoin de telles machines. Elle sera surtout occupée à entrer en contact avec les intelligences des autres corps célestes. Comment croire, face à l’immensité avérée, bien qu’insondable (encore), de l’Univers, que l’humanité ait une quelconque vocation dans les limites de ce système solaire ? L’humanité a vocation à explorer l’Univers et doit pour cela s’émanciper de son support génétique.

Octobre 2014